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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>The border's body : the Meloni-Rama agreement on migrations</title>
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		<dc:date>2025-05-17T16:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Claudio Reggente</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ma come fate a dire che qui &#232; tutto normale ? Per tracciare un confine con linee immaginarie bombardate un ospedale, per un pezzo di terra o per un pezzo di pane, non c'&#232; mai pace Ghali, Casa Mia, 2024 &lt;br class='autobr' /&gt;
A la question qu'est-ce qu'une fronti&#232;re, Etienne Balibar r&#233;pond qu'il n'est pas possible de donner une r&#233;ponse simple. Cela parce qu'on ne peut attribuer &#224; la fronti&#232;re une essence qui vaudrait pour tous les lieux et tous les temps et qui serait incluse de la m&#234;me fa&#231;on dans toutes les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=18" rel="directory"&gt;Migrations, fronti&#232;res&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ma come fate a dire che qui &#232; tutto normale ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Per tracciare un confine con linee immaginarie&lt;br class='autobr' /&gt;
bombardate un ospedale,&lt;br class='autobr' /&gt;
per un pezzo di terra o per un pezzo di pane,&lt;br class='autobr' /&gt;
non c'&#232; mai pace&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ghali, &lt;i&gt;Casa Mia&lt;/i&gt;, 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la question qu'est-ce qu'une fronti&#232;re, Etienne Balibar r&#233;pond qu'il n'est pas possible de donner une r&#233;ponse simple. Cela parce qu'on ne peut attribuer &#224; la fronti&#232;re une essence qui vaudrait pour tous les lieux et tous les temps et qui serait incluse de la m&#234;me fa&#231;on dans toutes les exp&#233;riences individuelles et collectives. Or, ce n'est pas &#224; nous d'en donner une, mais gardant &#224; l'esprit le lieu d'o&#249; mon discours s'achemine [l'Italie] et celui o&#249; nous nous trouvons aujourd'hui [l'Albanie], je voudrais citer les mots tir&#233;s de l'&#339;uvre d'Alessandro Leogrande, &lt;i&gt;La fronti&#232;re&lt;/i&gt;, concernant un jeune &#233;rythr&#233;en : &#034;pour les autres, il n'&#233;tait qu'un num&#233;ro parmi les survivants. Un segment des statistiques des flux migratoires. Une pratique humanitaire &#224; traiter. Allong&#233; dans son lit, Ali savait que les Italiens ne pourraient jamais comprendre ce que signifie traverser la ligne. Le faire seul, en mer, &#224; l'&#226;ge de vingt-deux ans&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci ne constitue pas une d&#233;finition, plut&#244;t, un t&#233;moignage litt&#233;ralement &lt;i&gt;de fronti&#232;re&lt;/i&gt;, parce qu'on ne peut d&#233;finir la fronti&#232;re que par les corps qui la vivent et en font l'exp&#233;rience. On pourrait pousser cette r&#233;flexion, reprenant les mots du titre de cette universit&#233;, jusqu'&#224; dire que la fronti&#232;re est d&#233;j&#224; en soi une infraction incarn&#233;e, tant subie que agie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;flexions, tr&#232;s &#233;bauch&#233;es par ailleurs, que je veux partager ici avec vous ont trait aux rapports entre les multiples usages de la fronti&#232;re et les corps, entre la fronti&#232;re comme dispositif politique de racialisation et la race comme dispositif biopolitique de &lt;i&gt;bordering&lt;/i&gt;. R&#233;flexions tir&#233;es, parmi d'autres, &#224; partir de l'essai de Achille Mbembe, &lt;i&gt;Bodies as borders&lt;/i&gt;. Dans cet essai Mbembe affirme que &#034;on ne devrait pas parler de fronti&#232;res en g&#233;n&#233;ral, mais plut&#244;t de &lt;i&gt;bordering&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire le processus par lequel certains espaces sont transform&#233;s en lieux infranchissables pour certaines classes de populations qui subissent ainsi un processus de racialisation, lieux o&#249; la vitesse doit &#234;tre d&#233;sactiv&#233;e et les vies d'une multitude de personnes jug&#233;es ind&#233;sirables sont destin&#233;s &#224; &#234;tre immobilis&#233;s, sinon bris&#233;s&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour entrer dans le vif de mon intervention, je veux m'arr&#234;ter sur le protocole d'entente sign&#233; en 2023 par Giorgia Meloni et Edi Rama, faisant le point sur l'&#233;tat des choses aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait d&#233;sormais que selon cet accord bilat&#233;ral l'Albanie reconna&#238;t &#224; l'Italie le droit d'utiliser certaines zones de son territoire national, accord&#233;es &#224; titre gratuit, afin d'y &#233;tablir des centres d'identification et rapatriement pour migrants, centres sous la seule juridiction italienne. Le premier, construit &#224; c&#244;t&#233; du port de Sh&#235;ngjin, fonctionne comme un &lt;i&gt;hotspot&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire comme lieu de premier accueil o&#249; se d&#233;roulent les proc&#233;dures de d&#233;barquement, identification et de contr&#244;les m&#233;dicaux. C'est &#233;galement ici que les autorit&#233;s enregistrent les demandes d'asile et identifient les demandeurs les plus vuln&#233;rables, qui ne peuvent pas &#234;tre transf&#233;r&#233;s &#224; Gjad&#235;r et doivent donc &#234;tre renvoy&#233;s en Italie.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre centre est situ&#233; &#224; Gjad&#235;r et fonctionne comme centre pour le rapatriement, o&#249; sont transf&#233;r&#233;es toutes les personnes jug&#233;es non vuln&#233;rables. Initialement, celui-ci &#233;tait partag&#233; en trois sections : la premi&#232;re pour les demandeurs d'asile dont les demandes sont cens&#233;es &#234;tre trait&#233;es dans un d&#233;lai de maximum 28 jours ; la deuxi&#232;me pour les migrants dont les demandes ont &#233;t&#233; rejet&#233;es et qui attendent d'&#234;tre rapatri&#233;s ; et la troisi&#232;me pour les migrants faisant l'objet d'une proc&#233;dure p&#233;nale.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'objectif et la substance politique de cet accord sont manifestes : il s'agit d'une strat&#233;gie d&#233;lib&#233;r&#233;e visante &#224; extraterritorialiser la gestion de l'immigration et de l'asile de l'Union Europ&#233;enne, en &#233;valuant les demandes d'asile par le biais d'une proc&#233;dure acc&#233;l&#233;r&#233;e dans des zones frontali&#232;res comme les sont &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; les centres situ&#233;s en Albanie, emp&#234;chant ainsi l'acc&#232;s physique des migrants au territoire italien.&lt;br class='autobr' /&gt;
La philosophe du droit Enrica Rigo affirme que &#034;ce protocole red&#233;finit la notion de territoire national par le biais d'une fiction juridique qui assimile les zones appartenant &#224; l'Etat albanais aux zones frontali&#232;res italiennes&#034;. Il existe, donc, un risque concret de conflit de comp&#233;tences et de d&#233;viation des responsabilit&#233;s entre les autorit&#233;s italiennes et albanaises qui peut donner suite &#224; des situations o&#249; les deux autorit&#233;s seraient conjointement responsables des violations des droits de l'homme. Et, juste pour insister sur ce point, nous voici au carrefour o&#249; les l&#233;gislations en mati&#232;re de droits de l'homme en chef aux institutions europ&#233;ennes se trouvent mobilis&#233;es, jouant un r&#244;le non secondaire dans ce champ de bataille qui est tant politique que policier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme on vient de dire, ces centres ont &#233;t&#233; con&#231;us pour les demandeurs d'asile provenant de pr&#233;tendus &#034;pays s&#251;rs&#034; et intercept&#233;s dans les zones maritimes SAR (&lt;i&gt;safe and rescue areas&lt;/i&gt;). Toutefois, le 28 mars 2025 le gouvernement italien a &#233;mis un nouveau d&#233;cret &#8211; et il ne faut pas manquer de souligner, encore une fois, l'usage des proc&#233;dures d'urgence. Ce d&#233;cret modifie le pr&#233;c&#233;dent accord Meloni-Rama en ce qu'il pr&#233;voit que les personnes &#233;trang&#232;res irr&#233;guli&#232;res d&#233;j&#224; d&#233;tenues dans un CPR italien peuvent &#234;tre transf&#233;r&#233;es dans les CPR albanais, toujours par des transferts par voie maritime. Dans ce cas, la loi italienne pr&#233;voit une p&#233;riode de d&#233;tention qui peut aller jusqu'&#224; 180 jours, mais dans la r&#233;alit&#233; il s'agit d'un temps d'attente ind&#233;fini. Cette derni&#232;re modification du protocole confirme ponctuellement ce que Balibar dit quand il affirme que pour un pauvre d'un pays pauvre la fronti&#232;re est non seulement un obstacle tr&#232;s difficile &#224; franchir, mais un lieu o&#249; l'on revient sans cesse se heurter, que l'on passe et repasse au gr&#233; d'expulsions. La fronti&#232;re vient &#224; &#234;tre, ainsi, une zone spatio-temporelle extraordinairement visqueuse, presque un lieu de vie en attente de vivre. &#192; tel propos, le psychanalyste Andr&#233; Green a &#233;crit qu'il est d&#233;j&#224; difficile de vivre sur une fronti&#232;re, mais que ce n'est rien compar&#233; au fait d'&#234;tre soi-m&#234;me une fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_882 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/melo1.jpg' width='384' height='720' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Navire Libra, port de Shenjin, 10/4/2025&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici donc, le 10 avril le navire de la marine militaire italienne, Libra, qui a quitt&#233; le port de Brindisi pour arriver au port de Shenjin. Par cette op&#233;ration polici&#232;re fracassante, le gouvernement Meloni a rendu ex&#233;cutif le nouveau d&#233;cret, avec la premi&#232;re d&#233;portation des 40 personnes &#233;trang&#232;res d&#233;tenues dans divers CPR italiens vers les centres albanais. Cette premi&#232;re application du nouveau d&#233;cret a &#233;t&#233; accomplie, en harmonie avec son intentionnalit&#233; politique, par une spectacularisation de la force polici&#232;re : deux policiers pour contr&#244;ler chaque &#233;tranger menott&#233; &#224; l'usage exclusif des cam&#233;ras et des journalistes afin de b&#226;tir une narration captieuse de dangerosit&#233; sociale des migrants. Ces images nous font penser directement aux d&#233;portations de citoyens mexicains effectu&#233;es aux &#201;tats-Unis et intensifi&#233;es avec l'installation de Donald Trump &#224; la maison blanche. Tout cela nous montre de fa&#231;on frappante que le tournant politique au c&#339;ur de ce dernier d&#233;cret consiste &#224; rendre executive l'id&#233;e qu'une &lt;i&gt;d&#233;portabilit&#233;&lt;/i&gt; cr&#233;ative et flexible des migrants vers des pays autres de ceux de leur origine est &#224; tous les effets impos&#233;e, &lt;i&gt;de facto et de jure&lt;/i&gt;, sur le continent europ&#233;en. Il y a quelques ann&#233;es, Nicholas De Genova a forg&#233; l'expression de &lt;i&gt;deportation regimes&lt;/i&gt; pour fixer dans un concept th&#233;orique ce qu'on vient &#224; peine de tracer par ce nouvel accord italo-albanais.&lt;br class='autobr' /&gt;
En appui &#224; ce qu l'on vient de dire, recourant &#224; une perspective historico-politique un peu plus large et suivant l'analyse de Enrica Rigo, on remarque comme l'ambition de d&#233;passer les fronti&#232;res de la vieille Europe, &#224; commencer par l'&#233;largissement &#224; l'Est de 2004, a &#233;t&#233; imm&#233;diatement r&#233;duite par la fortification des fronti&#232;res encore plus ext&#233;rieures et l'imposition de r&#233;gimes de circulation &#224; g&#233;om&#233;trie variable aussi bien pour les migrants que pour les citoyens eux-m&#234;mes. La strat&#233;gie suivie a &#233;t&#233; celle d'ill&#233;galiser les mouvements des migrants bien avant qu'ils n'atteignent les fronti&#232;res de l'Europe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, suivant le long cours de ces politiques de fronti&#232;re, on remonte vers des &#233;v&#233;nements qui nous semblent coh&#233;rents avec les politiques mis en place en ces jours. C'est en 2004 que le premier ministre italien de l'&#233;poque, Silvio Berlusconi, se rendit en Libye pour inaugurer &lt;i&gt;Greenstream&lt;/i&gt;, le gazoduc exploit&#233; par Eni, la compagnie italienne pour l'&#233;nergie, cens&#233; transporter le gaz libyen jusqu'&#224; nos foyers. Dans les m&#234;mes jours, 1134 migrants furent expuls&#233;s et d&#233;port&#233;s de Lampedusa vers la Libye. Il s'agit de la plus grande d&#233;portation dans la longue histoire du &lt;i&gt;hotspot&lt;/i&gt; de Lampedusa. Cette rencontre fut l'occasion pour ren&#233;gocier la surveillance de 2000 kilom&#232;tres de c&#244;tes libyennes et pour &#233;tablir le financement pour la construction et la gestion des camps dans lesquels seront regroup&#233;s et intern&#233;s, jusqu'&#224; l'heure actuelle, les migrants provenant d'Afrique subsaharienne. Aussi dans ce cas, saisissante est l'analyse de Balibar qui affirme que plus la circulation transnationale s'intensifie, qu'il s'agisse d'hommes ou de capitaux, et plus aussi les &#201;tats, y compris et surtout les plus puissants d'entre eux, ont tendance &#224; fonctionner au service d'une diff&#233;renciation de classe internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois retrouver ici une mise en forme des relations complexes et enchev&#234;tr&#233;es entre les corps migrants et les fronti&#232;res. Les corps, en tant que signes, en tant que marqueurs de fronti&#232;res, r&#233;&#233;crivent sans cesse les espaces territoriaux qui se trouvent, ainsi, mis en tension dans les relations de pouvoir entre les &#201;tats souverains. Et, &#233;galement, les corps eux-m&#234;mes sont marqu&#233;s par celles-ci, dans un mouvement r&#233;ciproque et contraire. En cons&#233;quence, ce que ces corps migrants mettent violemment en cause, sinon ouvertement en conflit, est le rapport probl&#233;matique entre territorialit&#233;, souverainet&#233; et juridiction, rapport qui est en train de produire de plus en plusde frictions entre tout le continent europ&#233;en et ses marges.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et &#224; propos de l'usage biopolitique de la fronti&#232;re en tant qu'op&#233;rateur de diff&#233;renciation qui est &#224; la fois de classe et racialisante, on suivra l'analyse de Achille Mbembe quand il affirme que les restrictions contemporaines aux d&#233;placements ne se limitent pas aux fronti&#232;res nationales mais s'appliquent &#224; l'&#233;chelle mondiale. Elles approfondissent les asym&#233;tries spatiales et temporelles entre diff&#233;rentes cat&#233;gories d'humanit&#233; tout en conduisant &#224; la ghetto&#239;sation progressive de r&#233;gions enti&#232;res du monde. Dans une large mesure, cela s'apparente &#224; une universalisation du mod&#232;le isra&#233;lien. Le but d'une soci&#233;t&#233; de s&#233;curit&#233; n'est pas d'affirmer la libert&#233;, mais de contr&#244;ler et gouverner les modes d'arriv&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour revenir &#224; notre actualit&#233;, je reprends le commentaire critique produit par l'association italienne d'&#233;tudes juridiques sur l'immigration (ASGI) &#224; propos du d&#233;cret mentionn&#233; plus haut, puisqu'il saisit un point d&#233;cisif dans cette question : &#034;le transfert forc&#233; au-del&#224; des fronti&#232;res nationales de personnes d&#233;j&#224; d&#233;tenues dans des CPR marque un &lt;i&gt;changement de paradigme&lt;/i&gt;. Il accentue davantage le traitement juridique et administratif radicalement diff&#233;renci&#233; des corps migrants, cr&#233;ant une profonde fracture dans le syst&#232;me juridique dans son ensemble. Les politiques migratoires, donc, se trouvent &#234;tre encore un fois un laboratoire d'exp&#233;rimentations normatives &#224; vocation autoritaire. Le mod&#232;le &lt;i&gt;albanais&lt;/i&gt; constitue une acc&#233;l&#233;ration de ce processus, dont les effets se d&#233;ploient sur plusieurs fronts. D'une part, pour les personnes transf&#233;r&#233;es se pr&#233;sente un r&#233;gime d'isolement extr&#234;me, des obstacles suppl&#233;mentaires &#224; l'acc&#232;s &#224; la protection l&#233;gale et une aggravation des conditions de d&#233;tention d&#233;j&#224; d&#233;t&#233;rior&#233;es dans les CPR. D'autre part, pour l'ensemble de la population migrante oblig&#233;e de renouveler son permis de s&#233;jour, le risque de chantage est intensifi&#233;, exacerb&#233; davantage par la menace d'un transfert forc&#233; &#224; l'&#233;tranger&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans leur ouvrage &lt;i&gt;Borders as method&lt;/i&gt; Sandro Mezzadra et Brett Neilson parlent de la multiplication du travail produite par des r&#233;gimes de fronti&#232;re h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Cette multiplication se fait &#224; partir des m&#234;mes corps migrants qui, dans ce cas, on le voit bien, nous semblent avoir une fonction de marchandises mises constamment en valeur jusqu'&#224; leur consomption humaine. Cet aller et retour entre les deux c&#244;t&#233;s de l'Adriatique, d'un CPR &#224; l'autre, aller et retour de corps, de navires, d'op&#233;rateurs humanit&#233;s, de policiers, de la machine m&#233;diatique, elle-m&#234;me marchandise, nous permet de voir tr&#232;s plastiquement comme il s'agit &#224; tous &#233;gards d'un gouvernement logistique des migrations. Gouvernement qui, &#224; la fois, produit et entra&#238;ne avec soi des dynamiques d'encampement et enchev&#234;trement des corps autour desquels se g&#233;n&#232;rent des perverses et quand m&#234;me bien rentables &#233;conomies d'Etat et priv&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s tout ce que l'on vient de mentionner, l'Albanie nous appara&#238;t beaucoup plus lointaine que le 8 ao&#251;t 1991 o&#249;, en un seul jour, 20.000 r&#233;fugi&#233;s albanais d&#233;barqu&#232;rent dans le port de Bari avec le bateau Vlora.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_883 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/melo3.jpg' width='500' height='457' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, bien des choses ont &#233;videmment chang&#233;. Sauf dans des cas tr&#232;s rares, comme &#224; Lampedusa en 2013 et en Calabre en 2023, qui se sont termin&#233;s avec des naufrages o&#249; des centaines de personnes ont trouv&#233; la mort en mer, il serait presque impossible d'imaginer aujourd'hui des d&#233;barquements massifs des migrants directement sur les c&#244;tes italiennes. Pendant ces ann&#233;es, l'appareil humanitaire et policier a chang&#233; &#224; plusieurs reprises et toujours de mani&#232;re diff&#233;rente ; les trajectoires migratoires aussi ; comme les lois et les accords avec les pays au sud et &#224; l'est de la M&#233;diterran&#233;e. Ce qui ne change pas est la mobilit&#233; humaine et le pouvoir politique de la fronti&#232;re, qui se d&#233;place bien s&#251;r, mais qui ne cesse pas de fonctionner comme marqueur de corps et de vies. Et &#233;videmment on ne peut pas parler des corps de fa&#231;on abstraite, car chaque corps, et je pense notamment aux corps de femmes, des enfants, des personnes dont l'expression de genre n'est pas conforme aux canons de l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233;, est marqu&#233; par des types de violence sp&#233;cifique. Les Etats, comme le dit Balibar, ont tendance &#224; fonctionner au service d'une diff&#233;renciation de classe internationale et &#224; utiliser pour cela leurs fronti&#232;res et leurs appareils de contr&#244;le frontalier comme des instruments de discrimination et de tri, o&#249; chaque corps est marqu&#233;, travers&#233;, indentifi&#233; par differentes fronti&#232;res qui decident de leur l&#233;gimit&#233; &#224; exister ou pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
On en a fait mention auparavant et c'est au c&#339;ur de toutes ces politiques d'externalisation des migrations : l'issue, sinon l'objectif ultime, &#224; quoi ces politiques de &lt;i&gt;bordering&lt;/i&gt; mises en &#339;uvre par l'Etat visent est celui des formes concr&#232;tes d'encampement. &#192; tel propos, je voudrais citer ici les mots troublants de Nicholas de Genova qui nous rappellent que bien avant qu'une solution finale n'arrive, il y a &#8212; comme son n&#233;cessaire et incontournable pr&#233;lude &#8212; pr&#233;cis&#233;ment cette premi&#232;re et pr&#233;liminaire &#034;solution&#034; par laquelle l'humanit&#233; est soumise &#224; la strat&#233;gie de &lt;i&gt;bordering&lt;/i&gt; de la race et &#224; la strat&#233;gie racialisante des fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_884 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/melo4.jpg' width='443' height='753' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Bari, 16/8/1991, Stadio della Vittoria&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet potentiellement et intrins&#232;quement n&#233;cropolitique de cette strat&#233;gie, le partage hi&#233;rarchique de la vie humaine qu'elle produit, est mise tr&#232;s efficacement en &#233;vidence par Nicholas De Genova qui constate que nous sommes syst&#233;matiquement en train de nous habituer &#224; (et de nous accommoder de) l'id&#233;e que la M&#233;diterran&#233;e est un cimeti&#232;re, une fosse commune. Et c'est en quelque sorte la naturalisation ultime de la notion de la M&#233;diterran&#233;e comme fronti&#232;re, comme fronti&#232;re de l'Europe. En fait, cela banalise ces morts et naturalise l'id&#233;e que ces morts sont en quelque sorte ext&#233;rieures.&lt;br class='autobr' /&gt;
A ce propos, je ne peux pas ne pas mentionner le fait que le 28 mars 1997 un navire de la marine militaire italienne a &#233;peronn&#233; le bateau albanais &lt;i&gt;Kater i Rades&lt;/i&gt; dans les eaux internationales, en provoquant le naufrage et la mort de 105 personnes. Ce ne fut pas un accident mais l'effet concret et intentionnel de l'op&#233;ration navale appel&#233;e Drapeaux blancs d&#233;cid&#233;e par le gouvernement italien de l'&#233;poque, de gauche. Op&#233;ration qui, sous ce faux nom, constituait en r&#233;alit&#233; la politique de blocus naval et militaire mis en place pour s'opposer &#224; la migration albanaise vers les c&#244;tes italiennes, migration qui &#233;tait alors encore &#224; haute intensit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
En reconstruisant l'&#233;puisement progressif et les effets tanathopolitiques du droit d'asile en Europe, Luca Rastello, dans son ouvrage &lt;i&gt;La fronti&#232;re sur soi&lt;/i&gt;, remarque comme dans les d&#233;cennies qui ont suivi la Guerre froide, le droit d'asile est devenu quelque chose de plus en plus difficile &#224; conqu&#233;rir et de plus en plus soumis &#224; des restrictions diverses. Le r&#233;fugi&#233; pour le pays qui peut l'accueillir est devenu un fardeau, la fronti&#232;re une condamnation. Ainsi, la fronti&#232;re n'est plus un lieu : c'est une culpabilit&#233;, une condamnation, quelque chose dont ceux qui ont eu le malheur de rencontrer ne s'en d&#233;barrasseront plus jamais. Le migrant, malgr&#233; soi, est une sorte d'illustration vivante ou d'incarnation de ces traversements de fronti&#232;res, de ce faisceau de luttes. Dans la rencontre avec ces fronti&#232;res polymorphes, avec ces multiples luttes, les migrations cr&#233;ent des conflits parce qu'elles renversent l'ordre des privil&#232;ges de race, de genre et de classe soutenus par la matrice coloniale des fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_885 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/melo2.jpg' width='500' height='654' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je vous laisse avec cette image dont on se demandera si elle est seulement la premi&#232;re page d'un quotidien d'une &#233;poque d&#233;sormais pass&#233;e. Comme dit le sous titre : Pour la d&#233;fense de la paix et des int&#233;r&#234;ts de l'Italie dans l'Adriatique. C'&#233;tait le 7 avril 1938, il y a pr&#232;s de 90 ans, et je vous assure qu'il ne serait pas inhabituel de trouver des mots pareils dans l'actu d'aujourd'hui. C'&#233;tait la guerre, guerre d'invasion, guerre de colonisation. La question sur laquelle je termine est la suivante : &lt;i&gt;o&#249; en sommes-nous aujourd'hui avec tout &#231;a ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Claudio Reggente&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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