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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Albanian kitsch</title>
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		<dc:date>2025-09-29T04:29:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ardian Vehbiu</dc:creator>



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&lt;p&gt;R&#233;guli&#232;rement, dans les journaux ou magasines de par le vaste monde, il arrive qu'on publie un article ou reportage ayant pour sujet l'Albanie, qui finit, presque infailliblement, par &#234;tre traduit et publi&#233; en retour dans les m&#233;dias albanais. Les raisons de tels choix &#233;ditoriaux, et ce qui pousse leurs auteurs &#224; penser que ce qu'un journaliste, disons britannique, juge int&#233;ressant &#224; raconter &#224; ses lecteurs &#224; &#201;dimbourg devrait l'&#234;tre aussi pour le lecteur albanais &#224; Tirana ou Prizren, ces &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#233;guli&#232;rement, dans les journaux ou magasines de par le vaste monde, il arrive qu'on publie un article ou reportage ayant pour sujet l'Albanie, qui finit, presque infailliblement, par &#234;tre traduit et publi&#233; en retour dans les m&#233;dias albanais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte initialement paru en albanais, dans une publication en ligne :&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les raisons de tels choix &#233;ditoriaux, et ce qui pousse leurs auteurs &#224; penser que ce qu'un journaliste, disons britannique, juge int&#233;ressant &#224; raconter &#224; ses lecteurs &#224; &#201;dimbourg devrait l'&#234;tre aussi pour le lecteur albanais &#224; Tirana ou Prizren, ces &#171; rasions &#187; donc, ne sont pas toujours claires, surtout quand il s'agit de textes creux, superficiels, et remplis d'inexactitudes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ce hasard qui g&#232;re si bien nos navigations sur la toile, je suis tomb&#233; r&#233;cemment sur un tel article, publi&#233; originellement par un certain Ian Thompson dans la revue &lt;i&gt;The Spectator&lt;/i&gt;, intitul&#233; &#8220;Albania has long lived in Italy's shadow&#8221;, et qui avait &#233;t&#233; repris en traduction par la &lt;i&gt;Gazeta Liberale&lt;/i&gt; &#224; Tirana, sous le titre &#171; Comment j'ai connu l'Albanie d'Enver Hoxha, le pays des Balkans qui vit depuis longtemps dans l'ombre' de l'Italie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Si e njoha Shqip&#235;rin&#235; n&#235; regjimin e Enver Hoxh&#235;s, vendi ballkanas q&#235; jeton (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; (rang&#233;, pour d'obscures raisons, sous la rubrique &#171; pol&#233;miques &#187;). L'ayant lu, je n'y ai vu qu'une illustration, presque un id&#233;al-type de ces sous-produits journalistiques &#224; l'exotisme de troisi&#232;me main, et dont les m&#233;dias albanais peuvent d&#233;sormais se permettre de se lib&#233;rer &#8211; car on ne voit pas ce qu'ils peuvent encore apporter &#224; leurs lecteurs, &#224; part l'humour accidentel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme nombre d'autres &#233;crits de ce genre, morceau sans originalit&#233; ni pr&#233;tentions d'une &lt;i&gt;travelogy&lt;/i&gt; devenue universelle, le texte commence par donner quelques informations st&#233;r&#233;otyp&#233;es sur l'Albanie et les Albanais &#8211; depuis leur origine &#8220;from the most ancient of European peoples, the Illyrians&#8221;, jusqu'au premier monarque de l'Albanie moderne, &#8220;the glorified Muslim chieftain King Zog&#8221;, sans omettre, &#233;videmment, quelques informations dispensables, mais piquantes, sur Enver Hoxha &lt;i&gt;himself&lt;/i&gt; (&#8220;Muslim-born Ottoman dandy figure&#8221;). L'auteur &#233;voque ensuite un de ses anciens voyages dans l'Albanie communiste en 1988, avec un groupe de touristes &#8211; o&#249; l'on apprend in&#233;vitablement qu'un des membres du groupe se serait fait raser la barbe &#224; la fronti&#232;re, &#8220;as beards were synonymous with Greek Orthodoxy&#8221;, de sorte qu'on ne pouvait qu'en interdire s&#233;v&#232;rement l'entr&#233;e du territoire national.&lt;br class='autobr' /&gt;
Retournant r&#233;cemment en Albanie, voil&#224; notre Ian Thompson qui visite la ville de Bajram Curri, &#8220;some 30 miles west of the Serbian border&#8221;, ayant omis, manifestement, de mettre &#224; jour sa carte politique des Balkans. Lors de ces tribulations dans ladite contr&#233;e, ils croise une &#8220;refuge tower&#8221;, partiellement en ruines, occasion inratable de mentionner Isma&#239;l Kadar&#233; (l'Avril &#233;ternellement bris&#233;) et la loi coutumi&#232;re du Kanun, &#8220;Albania's ancient tribal constitution known as the Kanun which the Illyrians codified.&#8221; En r&#233;alit&#233;, la codification du Kanun est l'&#339;uvre du savant religieux Shtjef&#235;n Gje&#231;ovi, au XXe si&#232;cle &#8211; mais peut-&#234;tre, va savoir, pour Ian Thompson ou ses acolytes, les Shtjef&#235;n et les Gje&#231;ovi auront sonn&#233; comme des beaux noms de tribus illyriennes.&lt;br class='autobr' /&gt;
On en revient ainsi &#224; Enver Hoxha, &#224; ses tentatives d'&#233;radiquer le Kanun et son influence, et qui, avec sa femme &#8220;are believed to have owned 25 refrigerators, 28 colour television sets and 19 telephone lines&#8221; (les 25 frigos d'Enver Hoxha &#8211; voil&#224; un vrai sujet de film d'horreur). Autre information fondamentale concernant Enver Hoxha : &#8220;[he] was known for his love of Norman Wisdom films&#8221; (en fait, c'est &#224; nous autres qu'ils plaisaient surtout, ainsi qu'au public de la t&#233;l&#233; britannique de l'&#233;poque, qui les finan&#231;ait et les produisait en masse).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le voyage de termine &#224; Shirok&#235;, au bord du lac de Shkodra, o&#249; l'auteur s'est vu offrir un d&#238;ner aux carpes du lac, accompagn&#233; de &#8220;milk curds and maize braid&#8221;, le tout servi par un gar&#231;on d&#233;sormais impun&#233;ment &#171; barbu &#187;. Rideau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_932 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/img_3420.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/img_3420.jpg' width='500' height='411' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai pr&#233;f&#233;r&#233; garder les extraits en anglais, parce qu'il m'a sembl&#233; que le traducteur albanais avait l&#226;ch&#233; un peu trop la bride &#224; sa cr&#233;ativit&#233; dans le rendu final du texte. &#8220;The glorified Muslim chieftain King Zog&#8221; est traduit par &#8220;prij&#235;si i lavd&#235;ruar mysliman, Mbreti Zog&#8221; (&#171; le Roi Zog, chef musulman digne d'&#233;loges &#187;), tandis que l'appellation d'Enver Hoxha comme &#8220;Muslim-born Ottoman dandy figure&#8221; devient &#8220;nj&#235; figur&#235; osmane me origjin&#235; myslimane&#8221; (&#171; une figure ottomane d'origine musulmane &#187; &#8212; quelle myst&#233;rieuse cr&#233;ature est-ce l&#224; ?) ; &#8220;Serbian border&#8221;, sans doute au nom de la correction herm&#233;neutique, est simplement r&#233;duit en &#8220;kufiri&#8221; (&#171; la fronti&#232;re &#187;) ; &#8220;refuge tower&#8221;, qui en albanais aurait d&#251; &#234;tre &#8220;kull&#235; &lt;i&gt;ngujimi&lt;/i&gt;&#8221;, est aussi simplifi&#233; en &#8220;kull&#235;&#8221; (&#171; tour &#187;), ce qui rend d'autant plus incompr&#233;hensible l'affirmation suivante, selon laquelle &#171; il semble hautement improbable que de telles tours aient surv&#233;cues dans l'Albanie actuelle &#187;. Cependant, dans la version albanaise aussi le Kanun est dit avoir &#233;t&#233; codifi&#233; par les Illyriens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les traductions m&#233;diocres d'articles de presse (et pas seulement) en albanais, sont monnaie courante, et bon nombre sont pires que celui-ci. En l'esp&#232;ce, ma pr&#233;occupation principale n'est pas la qualit&#233; de la traduction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui m'intrigue, en revanche, ce qui pour moi reste encore et toujours une insondable &#233;nigme, c'est la raison pour laquelle tant de journalistes qui visitent l'Albanie, dont certains m&#234;me pour la deuxi&#232;me ou troisi&#232;me fois, continuent de rem&#226;cher ce genre de th&#232;mes et de motifs us&#233;s jusqu'&#224; la corde. En ce qui concerne la codification du Kanun par les Illyriens, ou les musulmans qui surgissent aux moments les plus improbables, de m&#234;me qu'Enver Hoxha d&#233;peint en &#8220;Ottoman dandy&#8221; pourvu de 25 frigos et 19 lignes t&#233;l&#233;phoniques, je me suis exprim&#233; ailleurs, et je ne veux pas ici me r&#233;p&#233;ter ; ni insister plus que n&#233;cessaire sur les b&#234;tises du genre de la barbe des hommes comme &#171; synonyme de l'orthodoxie grecque &#187;, de la fronti&#232;re serbe dans le voisinage de Bajram Curri, ni m&#234;me sur le snobisme &lt;i&gt;cheap&lt;/i&gt; qui d&#233;gouline des commentaires condescendants sur le pr&#233;tendu amour qu'aurait port&#233; Enver Hoxha au personnage de Mr. Pitkin qu'incarnait Norman Wisdom.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voudrais plut&#244;t poser la question de la fa&#231;on suivante : o&#249; diable le journaliste est-il all&#233; chercher de telles &#226;neries ? Et avancer en guise de r&#233;ponse : &lt;i&gt;on les lui as servies&lt;/i&gt; ! Parce que j'ai imm&#233;diatement reconnu dans le texte le menu fade et r&#233;chauff&#233;, le kit entier presque sous cellophane de l'ensemble de ces &#171; choses &#187; que nombre de nos compatriotes pensent qu'il est de leur devoir de raconter aux voyageurs qui viennent visiter l'Albanie, certains m&#234;me insistant pour les leur communiquer toutes affaires cessantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si mon hypoth&#232;se tient quelque peu la route, il s'ensuit que la communication la plus &#233;l&#233;mentaire entre le journaliste baladeur et ses h&#244;tes autochtones aura &#233;t&#233;, en fin de compte, un &#233;chec total. Ceux-ci, auront voulu convaincre le journaliste de leur &#171; incontestable anciennet&#233; &#187;, au point que m&#234;me leur code coutumier, &#171; le Kanun [ait] &#233;t&#233; codifi&#233; depuis les Illyriens &#187;, et que cette mise en contexte de longue dur&#233;e aiderait ses lecteurs &#224; mieux les comprendre, et &#224; appr&#233;hender dans leur juste nature &#8211; en derni&#232;re analyse &#8211; les atrocit&#233;s des &#171; bandes albanaises qui ont pris le contr&#244;le du trafic de coca&#239;ne en Grande-Bretagne &#187;. Mais ce que le baladin, de son c&#244;t&#233;, raconte &#224; ses compatriotes lecteurs de &lt;i&gt;The Spectator&lt;/i&gt;, c'est que si les codes et coutumes des Albanais sont bien anciens, leur go&#251;ts sont bien d&#233;pass&#233;s &#8211; comme le laisse entendre leur entichement pour Norman Wisdom ; bien que maintenant, ils peuvent au moins laisser librement pousser leurs barbes, quitte &#224; y voir &#8211; pourquoi pas ! &#8212; un clin d'&#339;il au Patriarcat de Constantinople.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le titre : &#171; L'Albanie a longtemps v&#233;cu sous l'ombre de l'Italie &#187;, est &#224; lui-m&#234;me une autre &#233;nigme, l'Italie n'&#233;tant mentionn&#233;e que tr&#232;s rapidement et bri&#232;vement dans le texte ; une fois &#224; propos de Mussolini, qui &#171; a chass&#233; &#187; le roi Zog, et une autre fois en rapportant la r&#233;action &#224; chaud de la Premi&#232;re-ministre Meloni &#224; une d&#233;cision prise par une cour europ&#233;enne concernant les centres de r&#233;tention italiens install&#233;s &#224; Gjad&#235;r (en Albanie) et destin&#233;s aux demandeurs d'asile intercept&#233;s en mer. A tel point que, si l'on se basait uniquement sur les informations que se pla&#238;t &#224; v&#233;hiculer l'article, on ne serait pas loin de devoir croire que ce n'est point l'Italie, mais bien les Britanniques qui, gr&#226;ce probablement &#224; Miss Edith Durham et &#224; Mr. Pitkin, ont exerc&#233; la plus profonde influence sur les Albanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Albanais et &#171; &#233;trangers &#187; : la vieille sc&#232;ne de cette rencontre, ce genre de contact vici&#233;, encore aujourd'hui, plus de trente ans apr&#232;s l'ouverture de l'Albanie et sa sortie de l'isolement reste aussi irr&#233;el que toxique, et il n'est jamais ais&#233; de faire la part des choses, entre ce que remarquent vraiment les &#233;trangers qui visitent le pays, et ce que les n&#244;tres veulent (&#224; tout prix ?) qu'ils remarquent ou leur faire remarquer, ni de comprendre ce qui pr&#233;side au choix de l'information que ceux-ci d&#233;cident de leur communiquer, en fonction d'id&#233;es &#8211; parfois hallucinantes &#8211; qu'ils se font des attentes des visiteurs. L'image de l'Albanie v&#233;hicul&#233;e par ce genre d'articles ne me semble pas avoir grand-chose en commun avec la r&#233;alit&#233; ; il se signale plut&#244;t comme un sympt&#244;me, comme le r&#233;sultat du m&#233;lange de deux attentes mutuellement fantasm&#233;es, relev&#233; avec la dose habituelle de &lt;i&gt;bullshit&lt;/i&gt; path&#233;tique dont regorgent les guides touristiques. C'est toujours le m&#234;me bruit de fond, fait des m&#234;mes informations, moiti&#233; invent&#233;es et moiti&#233;s p&#233;rim&#233;es, rem&#226;ch&#233;es et recycl&#233;es ind&#233;finiment entre les journalistes, les locaux qui viennent croiser leur route, les articles de journaux et jusqu'&#224; leur retour sous forme de traduction &#8211; qui finit par former un tr&#232;s rigoureux &lt;i&gt;ordre du discours exotique&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car les motivations de la traduction et de la republication, dans un journal albanais, de cet article clairement con&#231;u pour et destin&#233; &#224; un lectorat britannique &#8211; et encore, bien sp&#233;cifique : celui de &lt;i&gt;The Spectator&lt;/i&gt; &#8211; n'en sont pas moins myst&#233;rieuses. Elle est tout de m&#234;me r&#233;volue, l'&#233;poque o&#249; nous paradions comme des caniches &#224; la moindre mention de l'Albanie dans la presse &#233;trang&#232;re, m&#234;me s'il s'agit de louer notre potentiel touristique, ou l'authenticit&#233; et l'anciennet&#233; des m&#339;urs. En r&#233;alit&#233;, cette soupe paresseuse ne dit et n'apprend rien au lecteur albanais, si ce n'est qu'elle le confirme dans l'id&#233;e qu'il se fait de l'image que sont cens&#233;s avoir de nous &#171; ceux de l'autre c&#244;t&#233; &#187;, y compris les curiosit&#233;s sur l'amour pour Mr. Pitkin ou l'interdiction des barbes orthodoxes. Coup&#233; de tout rapport avec le r&#233;el, ce discours ne sert qu'&#224; maintenir b&#233;ant l'ab&#238;me de l'incompr&#233;hension mutuelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je peux comprendre qu'il y ait, et il y en aura toujours, des journalistes que le go&#251;t pour la cuisine locale (&#171; la carpe &#224; la cr&#232;me de lait &#187;) pousse &#224; &#233;crire des reportages sur l'Albanie ; comme je suis conscient que la responsabilit&#233; principale de cette catastrophe communicative nous incombe d'abord &#224; nous-m&#234;mes, &#224; nos convictions rassies concernant les fables narcissiques que nous croyons devoir raconter &#224; l'Autre. Toutes ces convictions qui, en fusionnant, ont fini par donner consistance &#224; un r&#233;cit visqueux, parasitaire, prescriptif, qui s'est autonomis&#233; au point que &#171; nous &#187; et &#171; eux &#187; ne sommes plus que les instances de son recyclage spontan&#233;, alors que chacune des parties croit qu'il ne s'agit l&#224; que du rituel bienveillant de l'hospitalit&#233;. Quoi qu'il en soit, une chose au moins ne fait point de doute : ce discours, &#233;mancip&#233; du r&#233;el, a d&#233;sormais totalement triomph&#233; du bon sens et de l'intelligence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a pourtant tant de choses &#224; d&#233;couvrir en Albanie, et &#224; son propos &#8211; non certes sur l'anciennet&#233; des Illyriens, l'anecdotique roi Zog ou le dictateur &#171; Hoxha, ottoman d'origine musulmane &#187;, mais sur le nouveau qui s'invente tous les jours dans les interstices du d&#233;veloppement urbain, de l'&#233;conomie informelle et de la transformation sociale galopante, en lutte, souvent d&#233;sesp&#233;r&#233;e, avec la fuite des jeunes, la d&#233;sertification des p&#233;riph&#233;ries, ou l'influence, si ce n'est le contr&#244;le, de l'&#233;conomie et de la vie politique par les structures du crime organis&#233;. Mais, pour raconter tout ceci, il faudrait des journalistes enqu&#234;teurs, mus par la passion de d&#233;couvrir l'envers de la r&#233;alit&#233;, ce qui est rest&#233; jusque-l&#224; cach&#233; aux yeux du monde, loin du d&#233;compte des postes de t&#233;l&#233; suppos&#233;ment poss&#233;d&#233;s par le couple Hoxha ou des s&#233;ances de d&#233;gustation de &#171; la cr&#232;me de lait &#187; sur les rivages de Shirok&#235;. Il serait temps qu'une passion semblable puisse animer aussi ceux qui choisissent de tels &#233;crits, pour les servir au public albanais en retour, et rompre une fois pour toutes ce cercle vici&#233;, qui, s'il n'est ni ne saurait valoir comme un miroir, fonctionne bien jusqu'ici comme un boomerang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ardian VEHBIU&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'albanais par &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Orgest Azizaj&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte initialement paru en albanais, dans une publication en ligne : &lt;a href=&#034;https://peizazhe.com/2025/03/27/albanian-kitsch/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://peizazhe.com/2025/03/27/albanian-kitsch/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Si e njoha Shqip&#235;rin&#235; n&#235; regjimin e Enver Hoxh&#235;s, vendi ballkanas q&#235; jeton prej koh&#235;sh n&#235;n &#8216;hijen' e Italis&#235;&#8221; : &lt;a href=&#034;https://liberale.al/op-ed/polemike/nga-ian-tomson-si-e-njoha-shqiperine-ne-regjimin-e-enver-hoxhes-v-i112223&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://liberale.al/op-ed/polemike/nga-ian-tomson-si-e-njoha-shqiperine-ne-regjimin-e-enver-hoxhes-v-i112223&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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