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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Merci, Lionel !</title>
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		<dc:date>2025-02-12T08:50:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>



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&lt;p&gt;Je viens d'apprendre, ce samedi, la disparition de Lionel Soukaz, le 4 f&#233;vrier 2025. Une immense tristesse m'a envahi, pour l'ami et le cin&#233;aste qu'il &#233;tait. Son travail n'a que rarement &#233;t&#233; reconnu &#224; la hauteur de sa valeur &#8211; Nicole Brenez, attentive au cin&#233;ma exp&#233;rimental, ne s'y est pourtant pas tromp&#233;e, reconnaissant l'originalit&#233; et la qualit&#233; de sa production. Oui, Lionel Soukaz &#233;tait pleinement cin&#233;aste, et il n'a jamais d&#233;vi&#233; dans sa trajectoire, les causes qui lui tenaient &#224; c&#339;ur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je viens d'apprendre, ce samedi, la disparition de Lionel Soukaz, le 4 f&#233;vrier 2025. Une immense tristesse m'a envahi, pour l'ami et le cin&#233;aste qu'il &#233;tait. Son travail n'a que rarement &#233;t&#233; reconnu &#224; la hauteur de sa valeur &#8211; Nicole Brenez, attentive au cin&#233;ma exp&#233;rimental, ne s'y est pourtant pas tromp&#233;e, reconnaissant l'originalit&#233; et la qualit&#233; de sa production. Oui, Lionel Soukaz &#233;tait pleinement cin&#233;aste, et il n'a jamais d&#233;vi&#233; dans sa trajectoire, les causes qui lui tenaient &#224; c&#339;ur n'ayant, chez lui, jamais tenu le cin&#233;ma comme un simple moyen de les communiquer, de leur donner une visibilit&#233;. Les formes cin&#233;matographiques qu'il adoptait t&#233;moignaient, en acte, pour la cause d&#233;fendue &#8211; jamais il ne s'est agi pour lui de transmettre un &#171; message &#187; (horrible terme), qui aurait r&#233;duit son &#339;uvre au statut de simple moyen. Militant, son cin&#233;ma l'&#233;tait, assur&#233;ment, mais jamais au d&#233;triment des exigences propres au m&#233;dium qui &#233;tait le sien, le cin&#233;ma. Le texte qui suivra (issu d'une communication lors du colloque : &#171; Eros militant : le cin&#233;ma de Lionel Soukaz &#187;) d&#233;veloppera ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, j'aimerais &#233;voquer l'ami, celui qui accepta de bon c&#339;ur, g&#233;n&#233;reusement, de filmer ma soutenance de th&#232;se, celui qui regretta sinc&#232;rement de ne pas avoir particip&#233; au colloque quimp&#233;rois autour de Guy Hocquenghem, en 2008, souffrant alors d'un lumbago. Il regrettait de ne pas avoir particip&#233; &#224; cet &#233;v&#233;nement, qui avait fait droit &#224; l'importance (et &#224; l'actualit&#233;) de son ancien amant. Lionel avait &#233;t&#233; sensible au fait que je lui ai d&#233;di&#233; mon &lt;i&gt;Manifeste contre la normalisation gay&lt;/i&gt;. Il me disait avoir &#233;t&#233; veng&#233; des d&#233;clarations qu'il avait &#233;t&#233; conduit &#224; effectuer (ainsi que Ren&#233; Sch&#233;rer) en faveur (sans nuances envisageables alors) du &#171; mariage pour tous &#187;. Lionel et Ren&#233; avaient &#233;prouv&#233; le besoin de soutenir cette loi, &#224; un moment o&#249; les manifestations homophobes se multipliaient. De mon c&#244;t&#233;, j'ai eu la chance de pouvoir attendre le vote de cette loi, avant d'exprimer mes r&#233;serves, dans ce livre. Lionel me disait qu'&#224; chacune des interventions qu'il &#233;tait amen&#233; &#224; effectuer, il &#233;voquait mon livre, en le soutenant radicalement. Inutile de dire que cela m'a beaucoup touch&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le cin&#233;ma de Lionel Soukaz est apte &#224; provoquer le scandale &#8211; il m'a confirm&#233; &#234;tre, depuis toujours, admiratif de Pasolini. Lors du colloque de Quimper, nous avions pr&#233;vu de projeter &lt;i&gt;Race d'Ep&lt;/i&gt;. La responsable du cin&#233;ma quimp&#233;rois &#171; Le chapeau rouge &#187; (aujourd'hui disparu) s'y &#233;tait oppos&#233;e, arguant du caract&#232;re &#171; amateur &#187; du film &#8211; la raison de ce refus &#233;tait ailleurs, bien s&#251;r, et s'apparentait &#224; une censure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas r&#233;ussi &#224; communiquer derni&#232;rement avec Lionel (il avait chang&#233; d'op&#233;rateur et je n'avais pas ses nouvelles coordonn&#233;es), mais, la derni&#232;re fois que je l'ai eu au t&#233;l&#233;phone (il y a de cela 5 ans je crois), il me disait sortir de l'h&#244;pital, o&#249; il avait fr&#244;l&#233; la mort. En sursis, c'est ainsi qu'il se consid&#233;rait, depuis qu'il avait contract&#233; le sida (presque &#233;tonn&#233; qu'au milieu de tous ses amis disparus il soit encore vivant), mais depuis cet &#233;pisode r&#233;cent, il ressentait encore plus profond&#233;ment son statut de survivant. Il continuait pourtant &#224; travailler, et &#224; participer &#224; des colloques et r&#233;trospectives autour de son &#339;uvre. Sa parole, toujours, t&#233;moignait de son humilit&#233;, et de son int&#233;r&#234;t pour les motivations de celles et ceux qui pensaient et travaillaient &#224; partir de ce qu'il avait propos&#233;. Il ne s'est jamais enferm&#233; dans le r&#244;le de t&#233;moin d'une p&#233;riode disparue (celle du FHAR notamment), plus int&#233;ress&#233; par les &#233;chos que son travail pouvait entretenir avec notre &#233;poque actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu nous manqueras immens&#233;ment, Lionel, pour ton courage et ton int&#233;grit&#233;, n'ayant jamais renonc&#233; &#224; pratiquer un cin&#233;ma exigeant, quoi qu'il ait pu t'en co&#251;ter, notamment du point de vue de tes conditions d'existence. Je te salue, ami, on ne t'oubliera pas, et tout ce qu'on pourra faire pour rendre visible ton travail, on le fera. On te le doit, mais on le doit aussi &#224; l'&#233;gard de ceux qui viendront apr&#232;s nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Texte que j'ai pr&#233;sent&#233; lors du colloque &#171; Eros militant : le cin&#233;ma de Lionel Soukaz &#187; (2013)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Lionel Soukaz. Filmer comme on respire &#8211; pour un cin&#233;ma pl&#233;b&#233;ien.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Parler de Lionel Soukaz, de son travail de cin&#233;aste, c'est &#234;tre reconduit &#224; la question m&#234;me du cin&#233;ma &#8211; &#224; une question d'images en mouvement et de sons, simplement. Mais c'est aussi, et dans le m&#234;me mouvement, &#234;tre reconduit &#224; soi-m&#234;me, au c&#339;ur de sa propre r&#233;alit&#233; v&#233;cue, au plus pr&#232;s de ce souffle, dont on ne sait plus bien s'il est n&#244;tre ou celui de la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure elle-m&#234;me, tant la trace de bu&#233;e laiss&#233;e sur cette interface, qui peut &#234;tre la vitre d'une voiture circulant par exemple dans New-York&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Le Souk in New-York, source internet :&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pr&#233;sente cette condition d'indistinction par laquelle les fronti&#232;res int&#233;rieur/ext&#233;rieur vacillent. Si l'on peut donc parler d'&lt;i&gt;autobiographie film&#233;e&lt;/i&gt;, pour caract&#233;riser une partie du travail de Lionel Soukaz, il n'y a pourtant aucun repli identitaire et narcissique dans ce geste cin&#233;matographique par lequel le cin&#233;aste nous adresse comme un hymne au simple fait de vivre, d'o&#249; d&#233;rive notamment l'usage de cette technique du collage syncop&#233;, le regard cherchant ainsi &#224; embrasser le monde sous l'infinie diversit&#233; de ses aspects. L&#224; est la g&#233;n&#233;rosit&#233; de ce cin&#233;ma, exp&#233;rimental si l'on veut, mais alors dans le sens o&#249; c'est le simple fait de vivre qui devient l'occasion d'exp&#233;rimentations tous azimuts, nullement gratuites ni seulement formelles, mais provenant du d&#233;sir de &lt;i&gt;s'&#233;prouver&lt;/i&gt; vivant &#8211; &#224; cet &#233;gard, Nicole Brenez &#233;voque l'affiche du film de Kurosawa &lt;i&gt;Vivre&lt;/i&gt; qui, dit-elle, &#171; scande le chef d'&#339;uvre &lt;i&gt;Ixe&lt;/i&gt; &#224; la mani&#232;re d'une rime visuelle, [et qui] r&#233;sume, condense et intensifie sous forme de point d'exclamation [&#8230;] toute la po&#233;sie de Rimbaud &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicole Brenez, source internet :&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Reprenant, de fait, le programme rimbaldien par lequel il s'agirait de se faire &#171; voyant &#187; &#224; travers &#171; un long, immense et raisonn&#233; d&#233;r&#232;glement de tous les sens &#187;, Lionel Soukaz reconduirait bien le cin&#233;ma &#224; sa singularit&#233; constitutive, c'est-&#224;-dire l'inscrirait r&#233;solument du c&#244;t&#233; d'une esth&#233;tique du &lt;i&gt;choc&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Un mot sur le titre de cette intervention : si j'ai parl&#233; d'un &#171; cin&#233;ma pl&#233;b&#233;ien &#187;, c'est pour &#233;voquer cette tendance propre &#224; l'&#339;uvre de Lionel Soukaz, et qu'on rencontre &#233;galement chez Jonas Mekas, consistant &#224; donner &#224; voir et &#224; entendre le monde, certes &#224; travers tout un ensemble d'op&#233;rations techniques complexes, mais en vue d'en faire ressortir, d'en rendre visible la dimension de mat&#233;riau, pour ainsi dire brut, en tout cas non d&#233;j&#224; filtr&#233; par une intention de signification, ou par un r&#233;cit. Ce geste entrerait alors en r&#233;sonance avec celui de Walter Benjamin, dans le montage de citations et de commentaires qu'il effectue dans &lt;i&gt;Paris, capitale du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt; &#8211; l&#224; se r&#233;v&#233;lerait une dimension politique commune, consistant &#224; mettre en place une &lt;i&gt;forme cin&#233;matographique&lt;/i&gt;, t&#233;moignant en tant que telle, en faveur des causes pour lesquelles ce cin&#233;ma se bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une certaine proximit&#233; entre les cin&#233;mas de Lionel Soukaz et Jonas Mekas pourrait d&#233;j&#224; &#234;tre envisag&#233;e en faisant s'entre-r&#233;pondre leurs paroles respectives. Dans &lt;i&gt;Walden. Diaries notes and sketches&lt;/i&gt;, Mekas prononce ces quelques mots, sur un fond d'accord&#233;on : &#171; Je vis... donc je fais des films. Je fais des films... donc je vis. Lumi&#232;re. Mouvement &#187;. Une r&#233;versibilit&#233; compl&#232;te entre vie et cin&#233;ma se trouve donc ainsi affirm&#233;e, en m&#234;me temps qu'une impossibilit&#233; de s&#233;parer l'un de l'autre &#8211; il s'agirait de filmer comme on respire, donc. De son c&#244;t&#233;, dans une interview, Lionel Soukaz d&#233;clare : &#171; [&#8230;] la sexualit&#233; passait par le cin&#233;ma, le cin&#233;ma par la sexualit&#233; et tout &#231;a &#233;tait tr&#232;s li&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lionel Soukaz, entretien avec Virgile Iscan, source internet :&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L&#224; encore, c'est une forme de r&#233;versibilit&#233; qui est &#233;voqu&#233;e, cette fois entre sexualit&#233; et cin&#233;ma. Ce qui se trouve ainsi affirm&#233;, chez les deux cin&#233;astes, c'est une absence de coupure entre le cin&#233;ma et la vie, un peu comme si le geste cin&#233;matographique lui-m&#234;me constituait une des modalit&#233;s possibles d'habiter le monde. C'est donc un rapport d'immanence qui est ainsi affirm&#233; entre le monde, la vie et le cin&#233;ma, non pas que la cam&#233;ra en cela se contenterait d'enregistrer passivement la r&#233;alit&#233;, mais bien plut&#244;t en ce sens qu'elle nous donne &#224; voir cette r&#233;alit&#233;, mais telle qu'on ne l'avait jamais vue &#8211; et si pourtant on finit bien par la reconna&#238;tre, c'est que ce que le cin&#233;ma alors nous restitue, c'est ce que notre perception consciente avait laiss&#233; &#233;chapper. Il serait donc erron&#233; de soutenir qu'un choix est effectu&#233; par Lionel Soukaz, pour la vie, alors entendue comme non-cin&#233;ma, et au service de laquelle seraient r&#233;quisitionn&#233;s les moyens propres du cin&#233;ma. Je ne partage donc pas tout &#224; fait la vision d'Olivier Assayas, quand, parlant du rapport de Kenneth Anger au cin&#233;ma, il &#233;crit : &#171; [&#8230;] le projet de &lt;i&gt;Fireworks&lt;/i&gt; n'est pas cin&#233;matographique. Anger ne fait que se servir du cin&#233;ma comme &lt;i&gt;outil d'exploration&lt;/i&gt; et jamais il ne d&#233;viera tout &#224; fait de cette approche &#187;, alors que je m'accorde avec lui pour reconna&#238;tre que la &#171; force du cin&#233;ma &#187; tient au fait de se nourrir &#171; du non-cin&#233;ma, du hors-le-cin&#233;ma, du avant-le-cin&#233;ma &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Assayas, Kenneth Anger, Paris, Editions de l'Etoile / Cahiers du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, s'il n'y a de cin&#233;ma r&#233;ellement &lt;i&gt;vivant&lt;/i&gt; qu'&#224; partir de la reconnaissance d'un &lt;i&gt;dehors&lt;/i&gt;, en revanche, un cin&#233;ma r&#233;duit au statut d'outil, d'instrument, est un cin&#233;ma qui se nie lui-m&#234;me. C'est plut&#244;t dans un entrem&#234;lement entre le cin&#233;ma et son dehors que se joue la possibilit&#233; d'un cin&#233;ma sortant de ce que Assayas appelle &#171; l'&#233;ternelle tautologie du cin&#233;ma produisant du cin&#233;ma, ne produisant rien &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p.17.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, car alors le cin&#233;ma est susceptible de se laisser alt&#233;rer par son dehors &#8211; mais en pr&#233;cisant aussit&#244;t que ce dehors n'est pas lui-m&#234;me sans &#234;tre alt&#233;r&#233;, modifi&#233; par sa rencontre avec l'appareil (et non l'instrument) cin&#233;matographique. Dire cela, c'est aussit&#244;t reconna&#238;tre que le cin&#233;ma se red&#233;finit constamment en fonction du dehors auquel il s'attache, et &lt;i&gt;Walden&lt;/i&gt;, de Jonas Mekas, nous montre combien la mani&#232;re de filmer et d'op&#233;rer le montage diff&#232;re, selon que l'objet du film est une m&#233;tropole tumultueuse, ou un endroit pr&#233;serv&#233; du bruit et de l'agitation, par exemple un sous-bois enneig&#233;. Lionel Soukaz filmant la sexualit&#233; gay, lui donnera certes une visibilit&#233; et une repr&#233;sentation de soi (l'objet en sort donc modifi&#233;), mais il serait faux de dire qu'en cela il met son art &lt;i&gt;au service&lt;/i&gt; d'une cause &#8211; il approfondit bien plut&#244;t ainsi son travail cin&#233;matographique, r&#233;v&#233;lant certaines possibilit&#233;s du m&#233;dium, certaines sp&#233;cificit&#233;s, elles-m&#234;mes r&#233;v&#233;l&#233;es dans cette rencontre avec un certain &#171; objet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; N'op&#233;rant pas, ou seulement de fa&#231;on exceptionnelle, au moyen d'un d&#233;tour par l'&#233;criture, les cin&#233;mas de Lionel Soukaz et de Jonas Mekas peuvent l&#224; aussi &#234;tre envisag&#233;s dans une certaine proximit&#233;, sugg&#233;r&#233;e cette fois par un rapprochement avec une certaine pratique de la peinture. En effet, ils nous livrent, nous, spectateurs, &#224; un flux de couleurs et de mouvements (auxquelles il faudrait ajouter un flux de sons, bien s&#251;r), qui n'est pas sans faire penser &#224; certaines &#339;uvres picturales abstraites. C'est notamment le cas, de fa&#231;on &#233;vidente, dans &lt;i&gt;Requiem&lt;/i&gt;, film de Lionel Soukaz, faisant immanquablement penser &#224; certaines &#339;uvres abstraites, et t&#233;moignant ainsi pour un usage de la cam&#233;ra comme d'un pinceau, ou peut-&#234;tre plut&#244;t comme d'une machine &#224; projeter des couleurs (&#224; l'instar du geste propre &#224; un certain expressionnisme abstrait). Le point commun qui serait ici &#224; consid&#233;rer entre la peinture abstraite et ce cin&#233;ma, outre l'absence de v&#233;ritable r&#233;cit - absence qui rapproche le cin&#233;ma de la peinture en l'&#233;loignant de la litt&#233;rature - ce serait la m&#234;me rupture op&#233;r&#233;e vis-&#224;-vis d'une vision consciente, centrale et focalisante, ouvrant par cons&#233;quent sur un autre type de vision, inconsciente, lat&#233;rale et p&#233;riph&#233;rique, le regard, alors priv&#233; de centre, se d&#233;pla&#231;ant sur l'espace de la toile peinte, retrouvant le mouvement &#224; l'&#339;uvre sur l'&#233;cran de cin&#233;ma. Le rapprochement ici esquiss&#233; entre peinture abstraite et un certain type de cin&#233;ma s'enracine donc dans une question de perception. Si l'on reprend ici les analyses de Walter Benjamin, on peut souligner que l'attitude du spectateur de cin&#233;ma (m&#233;dium qu'il apparente en cela &#224; l'architecture) rel&#232;ve fondamentalement de la &#171; distraction &#187;, et non plus du &#171; recueillement &#187;, qui caract&#233;risait l'attitude contemplative du spectateur de mus&#233;e face aux &#339;uvres non modernes. L'image utilis&#233;e par Benjamin est parlante, qui &#233;voque, pour le cas de la contemplation, l'exemple de ce peintre chinois, dont la l&#233;gende soutenait qu'il avait disparu dans son tableau, comme litt&#233;ralement absorb&#233; par son &#339;uvre ; aux antipodes de cette attitude contemplative, le spectateur de cin&#233;ma, ou plut&#244;t le collectif assistant &#224; la projection, absorberait en lui le spectacle. L&#224; est le propre d'une esth&#233;tique du choc, la perception de l'&#339;uvre se faisant, non plus contemplative, mais bien &lt;i&gt;tactile&lt;/i&gt;. Si l'attitude du spectateur rel&#232;ve de la distraction, c'est, explique Benjamin, dans son livre sur Baudelaire, et en pliant alors &#224; ses besoins les r&#233;flexions freudiennes pr&#233;sentes dans l'ouvrage &lt;i&gt;Par-del&#224; le principe de plaisir&lt;/i&gt;, parce que la conscience doit se prot&#233;ger contre ces chocs, ces derniers s'inscrivant donc dans le psychisme humain &#224; titre de &lt;i&gt;traces mn&#233;siques&lt;/i&gt;. Ces affects non li&#233;s ne peuvent donc, en tant que tels, appara&#238;tre au niveau conscient, ce qui laisse envisager le niveau de profondeur auquel les effets du m&#233;dium cin&#233;matographique se produisent. C'est donc parce que le cin&#233;ma, lorsqu'il est vraiment cin&#233;ma, lorsqu'il est &#224; la hauteur du m&#233;dium lui-m&#234;me, nous frappe &#224; l'estomac, nous &#233;branle au plus profond, en nous livrant un spectacle stup&#233;fiant et essentiellement infra-conscient, que cin&#233;ma et vie peuvent s'envisager dans un profond rapport de r&#233;versibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si l'aspect de ce rapport, dont parlait Lionel Soukaz, dans l'interview &#233;voqu&#233;e tout &#224; l'heure, et qui faisait entrer dans une relation de r&#233;versibilit&#233; cin&#233;ma et sexualit&#233;, peut se lire &#224; plusieurs niveaux, depuis les rencontres sexuelles dans une salle de cin&#233;ma, &#224; des fins de masturbation r&#233;ciproque, cet aspect peut aussi avoir des racines plus profondes, et appara&#238;tre &#224; pr&#233;sent, apr&#232;s ce qui vient d'&#234;tre dit des effets en profondeur du cin&#233;ma, dans toute sa lumi&#232;re, tant il est certain que nombre de nos &#233;mois &#233;rotiques sont souvent intimement li&#233;s &#224; une r&#233;v&#233;lation de type cin&#233;matographique &#8211; &lt;i&gt;r&#233;v&#233;lateur&lt;/i&gt; (pour ainsi dire au sens chimique du terme) de nos d&#233;sirs, le cin&#233;ma fait surgir ce que notre perception consciente n'avait pas aper&#231;u, ou qu'elle avait censur&#233;. Le caract&#232;re syncop&#233; des collages auxquels recourt fr&#233;quemment Lionel Soukaz, notamment dans &lt;i&gt;Ixe&lt;/i&gt;, et par lesquels reviennent, comme un leitmotiv obs&#233;dant, parfois &#224; la limite du subliminal, des images de fellation, de sodomie, de corps emm&#234;l&#233;s, ou de parties de corps branch&#233;es sur d'autres objets partiels, constitue un usage tr&#232;s cons&#233;quent du m&#233;dium cin&#233;matographique, en sa sp&#233;cificit&#233;, dont on vient de voir qu'elle rel&#232;ve avant tout d'un certain type de perception, caract&#233;ris&#233;e par des effets de choc. En cela, on pourrait rejoindre une certaine dimension de l'id&#233;e de Charles Fourier, pour qui la technique &#8211; une certaine forme de technique, en tout cas, dessinant les contours de rapports harmonieux avec la nature &#8211; &#233;tait susceptible d'accoucher la nature, puisqu'ici, le cin&#233;ma t&#233;moignerait de sa capacit&#233; &#224; nous accoucher de nos propres d&#233;sirs. Censurer une &#339;uvre cin&#233;matographique, d&#232;s lors, ce ne serait pas seulement porter atteinte &#224; la libert&#233; d'expression, ce serait surtout censurer le d&#233;sir lui-m&#234;me, &#224; sa source, pourrait-on dire. Et c'est bien en cela que le film de Lionel Soukaz &lt;i&gt;Ixe&lt;/i&gt; n'est pas qu'un t&#233;moignage d'engagement contre la censure, en ce qu'il apporte bien plut&#244;t la preuve que pour &#233;chapper &#224; la censure, il lui faudrait ne pas aller jusqu'au bout de ce que le cin&#233;ma lui-m&#234;me exige du cin&#233;aste, du moins pour autant que ce dernier entend faire &#339;uvre cin&#233;matographique, c'est-&#224;-dire entend recourir aux moyens sp&#233;cifiques que ce m&#233;dium offre aux cr&#233;ateurs, en l'occurrence, lorsqu'il s'agit ici, d'abord, de filmer des pratiques sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans les d&#233;m&#234;l&#233;s de Lionel Soukaz avec la censure, on peut dire que c'est bien en effet &lt;i&gt;l'objet&lt;/i&gt; du film qui est censur&#233;, comme dans le cas de &lt;i&gt;Race d'Ep !&lt;/i&gt;, mais peut-&#234;tre pourrait-on soutenir que c'est surtout la mani&#232;re dont la forme cin&#233;matographique adopt&#233;e fait appara&#238;tre le sexe qui est sanctionn&#233;e &#8211; ce cin&#233;ma qui engage de fa&#231;on si &#233;vidente le corps du spectateur est condamn&#233; &#224; rencontrer de fortes r&#233;sistances, y compris chez des spectateurs &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; plut&#244;t bien dispos&#233;s &#224; l'&#233;gard des gays. Envisag&#233; positivement, cela signifie qu'on se trouve en pr&#233;sence d'un cin&#233;ma intrins&#232;quement transgressif, c'est-&#224;-dire en puissance ininterrompue d'h&#233;r&#233;sie, y compris dans une &#233;poque largement &#339;cum&#233;nique ouvrant aux homosexuels la possibilit&#233; de se marier. Filmer le sexe selon ce que ce dehors r&#233;clame du m&#233;dium cin&#233;matographique, voil&#224; bien ce qui place le cin&#233;aste en opposition irr&#233;ductible avec toutes les formes de censure &#8211; Pasolini lui-m&#234;me avait fait une exp&#233;rience comparable, ne pouvant proc&#233;der autrement qu'en donnant &#224; voir des sexes en &#233;rection, dans &lt;i&gt;Le D&#233;cam&#233;ron&lt;/i&gt;, lorsqu'il s'&#233;tait agi, l&#224; aussi, de filmer le sexe (explicitement envisag&#233; alors comme le symbole m&#234;me de la r&#233;alit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le propos de Jonas Mekas, dans &lt;i&gt;Walden&lt;/i&gt;, qui &#233;voquait une r&#233;versibilit&#233; entre vie et cin&#233;ma se prolonge par ces quelques mots, qui permettent d'&#233;clairer un autre aspect du parall&#232;le entre ce cin&#233;aste et Lionel Soukaz : &#171; Je fais des &lt;i&gt;home movies&lt;/i&gt;... donc je vis. Je vis... donc je fais des &lt;i&gt;home movies&lt;/i&gt; &#187;. C'est au fond la m&#234;me relation de r&#233;versibilit&#233; entre cin&#233;ma et vie qui est r&#233;affirm&#233;e, mais &#233;clair&#233;e cette fois sous l'angle d'une indistinction (de nature en tout cas) entre cin&#233;ma professionnel et cin&#233;ma amateur. Dans tous les cas, il s'agirait pareillement de donner &#224; voir et &#224; entendre. De son c&#244;t&#233;, et toujours dans le cadre de l'interview &#233;voqu&#233;e tout &#224; l'heure, Lionel Soukaz d&#233;clare, quant &#224; la naissance de son int&#233;r&#234;t pour le cin&#233;ma : &#171; Le cin&#233;ma, j'ai toujours aim&#233; &#231;a, parce que ma m&#232;re prenait des photos et elle organisait des diaporamas le dimanche. C'&#233;tait chiant, mais c'&#233;tait bien. Et j'ai r&#233;ellement commenc&#233; &#224; fr&#233;quenter la cin&#233;math&#232;que vers 1967 &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lionel Soukaz, entretien avec Virgile Iscan, source internet d&#233;j&#224; cit&#233;e.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne s'agit pas davantage, dans ces mots, de distinguer entre professionnels et amateurs, et dans le cas pr&#233;sent, la distinction n'est m&#234;me pas pos&#233;e entre cin&#233;ma et photographie, signe qu'il s'agit avant tout d'une affaire concernant le visible. C'est en cela qu'on peut ici conjoindre les deux cin&#233;astes, au sein de ce qu'on pourrait appeler une pratique &lt;i&gt;pl&#233;b&#233;ienne&lt;/i&gt; du cin&#233;ma, consistant fondamentalement &#224; rendre visibles les images, certes en op&#233;rant un montage, mais sans les noyer dans une logique interpr&#233;tative, qui tendrait n&#233;cessairement &#224; introduire un voile entre l'image et le spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si cette fa&#231;on de proc&#233;der peut &#234;tre nomm&#233;e &lt;i&gt;pl&#233;b&#233;ienne&lt;/i&gt;, c'est ici d'abord en ce qu'elle rel&#232;ve d'une logique permettant de faire le partage entre le grand r&#233;cit des vainqueurs, et le petit r&#233;cit (pass&#233; sous silence) des vaincus. En effet, &#224; partir du moment o&#249; il s'agit de donner &#224; voir la r&#233;alit&#233;, le r&#233;cit nous fait toujours courir le risque de recouvrir ce qu'il s'agirait de montrer, ou plut&#244;t de masquer toute une partie de ce qu'il y aurait eu &#224; voir. L'infime, le n&#233;gligeable, le rebut est alors ce qui passe par pertes et profits, rendu proprement invisible, inaudible. C'est contre cela que Walter Benjamin va se faire &lt;i&gt;chiffonnier&lt;/i&gt; de l'histoire. N'en passant pas par le r&#233;cit, pour l'essentiel, Lionel Soukaz, comme Jonas Mekas, vont &#234;tre conduits &#224; montrer les choses, pour elles-m&#234;mes, dans une forme relative de juxtaposition, et en cela, ils pourraient bien se r&#233;v&#233;ler des cin&#233;astes chiffonniers. C'est qu'on retrouve ainsi la d&#233;marche de Walter Benjamin dans son grand livre sur Paris, o&#249; les citations sont arrach&#233;es &#224; leur contexte, et montr&#233;es pour elles-m&#234;mes, l'int&#233;r&#234;t n'&#233;tant pas alors de donner &#224; lire un mat&#233;riau d&#233;j&#224; filtr&#233; par une intention de signification, mais bien d'exposer ce mat&#233;riau pour lui-m&#234;me. &#171; Je n'ai rien &#224; dire. Seulement &#224; montrer &#187;, disait Benjamin. Ce faisant, il entendait &#171; obtenir justice &#187; pour ces guenilles, ces rebuts, de la seule fa&#231;on qui lui semblait possible, c'est-&#224;-dire &#171; en les utilisant &#187;. On pourrait dire que la pratique pasolinienne des &lt;i&gt;Appunti&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;notes&lt;/i&gt;, rel&#232;ve elle-m&#234;me d'une logique chiffonni&#232;re, et que pour le cin&#233;aste italien aussi, en proc&#233;dant de cette fa&#231;on, le souci n'&#233;tait plus alors que celui de montrer, de donner &#224; voir. On retrouve &#233;galement dans ce type de &#171; notes &#187;, terme qu'utilise aussi Mekas, un c&#244;t&#233; inachev&#233;, nous reconduisant encore au livre de Benjamin &#8211; et comment penser m&#234;me l'ach&#232;vement d'une telle collecte, puisqu'il n'est pas de mat&#233;riau qui, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, puisse en &#234;tre exclu. Lionel Soukaz ne cessant de filmer des lieux, New-York, Istanbul, des manifestations, contre la prohibition de la prostitution, contre le G8, ou encore visant &#224; t&#233;moigner pour &#171; Les morts de la rue &#187;, se situe dans une logique qui est celle d'un recueil de mat&#233;riau, et ce qu'il nous donne &#224; voir entre bien dans une m&#234;me d&#233;marche de juxtaposition et d'inach&#232;vement. Un texte de Jonas Mekas, un po&#232;me plut&#244;t, de 1953, laisse entendre quelque chose de cette pratique de la juxtaposition dont t&#233;moigne son cin&#233;ma, et ces mots nous reconduisent presque aux mouvements de cam&#233;ra auxquels il nous a habitu&#233;s, et par lesquels on passerait d'un objet ou d'une couleur &#224; l'autre, si le cin&#233;aste avait utilis&#233; ce jour-l&#224; sa cam&#233;ra plut&#244;t que son stylo, pour tenir son journal : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Saules rouges. Blancheur. Aulnes &#224; la cime flexible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vertes et fragiles frondaisons, tout juste n&#233;es d'avril.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peupliers argent&#233;s, fraises sauvages, champs de tr&#232;fle rouge bruissant du bourdonnement des abeilles, chaleur d'&#233;t&#233;. Et la senteur des arbrisseaux dans les clairi&#232;res, leur &#233;corce tendre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jonas Mekas, Je n'avais nulle part o&#249; aller, trad. Jean-Luc Mengus, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De la m&#234;me mani&#232;re que le fait d'&lt;i&gt;obtenir justice&lt;/i&gt; pour le rebut rev&#234;tait une dimension &#233;minemment politique dans l'&#339;uvre de Benjamin, cette fa&#231;on de proc&#233;der n'en est pas moins politique chez Lionel Soukaz, mais comme on l'a d&#233;j&#224; indiqu&#233;, sans rupture aucune, dans le sens o&#249; son engagement politique est homog&#232;ne &#224; l'utilisation qu'il effectue du m&#233;dium cin&#233;matographique. Lorsque l'objet du film est une manifestation pour les victimes du Sida dans le monde, ou lorsque cet objet est une manifestation pour se souvenir des &#171; morts dans la rue &#187;, de ces anonymes auxquels enfin on redonne un nom ici, la cam&#233;ra de Lionel Soukaz s'av&#232;re alors plong&#233;e dans un &#233;l&#233;ment qui est comme naturellement le sien. Et nul discours n'est ici n&#233;cessaire pour que l'engagement politique du cin&#233;aste soit perceptible. Mais il faut &#233;largir le champ politique du cin&#233;ma de Lionel Soukaz, la d&#233;marche chiffonni&#232;re qu'on a dit &#234;tre la sienne l'exigeant. En effet, c'est tout &#233;l&#233;ment du monde qui est comme &lt;i&gt;sauv&#233;&lt;/i&gt;, sit&#244;t que sa cam&#233;ra s'est tourn&#233;e vers lui &#8211; un sauvetage relatif &#224; une forme de messianisme sans dieu, bien s&#251;r, &#224; l'image de ce que visait Siegfried Kracauer, lorsqu'il parlait de la &#171; r&#233;demption de la mati&#232;re &#187;, visant ainsi le sauvetage susceptible d'&#234;tre op&#233;r&#233; par un film, pour autant qu'il se r&#233;v&#232;le v&#233;ritablement &lt;i&gt;cin&#233;matographique&lt;/i&gt; : &#171; Le film est pleinement lui-m&#234;me lorsqu'il enregistre et r&#233;v&#232;le la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle. Or cette r&#233;alit&#233; comporte nombre de ph&#233;nom&#232;nes qui ne sont gu&#232;re perceptibles que gr&#226;ce &#224; la capacit&#233; qu'a la cam&#233;ra de les saisir au vol. Et comme tout m&#233;dium privil&#233;gie les choses qu'il est seul &#224; pouvoir rendre, on peut s'attendre &#224; ce que le cin&#233;ma soit mu par le d&#233;sir de repr&#233;senter la vie mat&#233;rielle en ce qu'elle a de fugitif, de plus &#233;ph&#233;m&#232;re. Les foules des rues, les gestes involontaires, les impressions passag&#232;res sont ses mets de choix. [&#8230;] &lt;i&gt;Je postule donc que les films sont fid&#232;les au m&#233;dium dans la mesure o&#249; ils explorent le monde que nous avons sous les yeux&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Siegfried Kracauer, Th&#233;orie du film. La r&#233;demption de la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les corps que la cam&#233;ra de Lionel Soukaz saisit, dans un moment d'abandon sexuel, les visages que son cin&#233;ma parvient &#224; capter, au moment d'un sourire peut-&#234;tre, les armatures m&#233;talliques d'un pont de New York que sa cam&#233;ra embarqu&#233;e dans un taxi parvient &#224; donner &#224; voir dans un d&#233;filement rapide, permettant d'apercevoir de grands buildings, vis-&#224;-vis desquels les &#233;l&#233;ments du pont prennent un peu l'apparence d'un voile r&#233;v&#233;lant ce qu'ils masquent partiellement, et la liste pourrait se poursuivre ind&#233;finiment, ce sont l&#224; autant d'&#233;l&#233;ments de notre monde que le cin&#233;ma de Lionel Soukaz conduit &#224; se r&#233;v&#233;ler. Cet invisible qui le serait demeur&#233; sans cette attention que lui porte la cam&#233;ra, c'est le rebut, l'&#233;quivalent des vaincus de l'histoire, et de m&#234;me qu'un historien positiviste ne saurait leur rendre justice, &#224; travers le r&#233;cit qu'il ferait, pour chercher, &#224; travers cette interpr&#233;tation, &#224; &#171; comprendre ce qui s'est pass&#233; &#187;, un cin&#233;aste ne rendra pas davantage justice &#224; ce rebut s'il s'attache &#224; lier les choses au moyen d'un r&#233;cit, car elles ne seront plus envisag&#233;es pour elles-m&#234;mes, mais au travers du r&#233;seau de significations venues les d&#233;figurer. On retrouve l&#224;, d'ailleurs, un &#233;l&#233;ment important de ce qu'a &#233;t&#233; la critique du roman bourgeois par les tenants du &#171; Nouveau roman &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Des affects non li&#233;s, voil&#224; donc ce que le cin&#233;ma peut, sans doute, nous livrer de plus important, d'un point de vue politique, car, en prenant la forme de traces mn&#233;siques en notre psychisme, ces affects se r&#233;v&#232;lent alors propices &#224; produire des ph&#233;nom&#232;nes de &lt;i&gt;rem&#233;moration&lt;/i&gt;, seuls susceptibles de sauver le pass&#233;. C'est qu'en effet, si un film produit sur nous un effet durable, il le doit le plus souvent &#224; ce qui nous demeure le mieux cach&#233; &#8211; la dimension d'un film atteignant notre niveau conscient ne peut faire l'objet que d'un &#171; ressouvenir &#187;, insusceptible de faire revenir ce pass&#233;, par d&#233;finition r&#233;volu, alors que ce qui atteint notre niveau le plus inconscient, ce qui r&#233;sonne ainsi le plus profond&#233;ment en notre corps, c'est ce qui, ne pouvant faire l'objet d'un souvenir constitu&#233;, revient comme un bloc de pass&#233; qui ne passe pas, &#224; l'image de cette enfance rem&#233;mor&#233;e dont nous parle Fran&#231;oise Proust, &#171; l'enfance toujours d&#233;j&#224; perdue, [qui] revient et rena&#238;t, c'est-&#224;-dire na&#238;t enfin &#224; jamais, par bouff&#233;es, par &#233;clairs, dans les rires et les larmes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;oise Proust, L'histoire &#224; contretemps. Le temps historique chez Walter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour conclure, on fera remarquer que, non substantielle, selon l'usage m&#234;me que Michel Foucault faisait de ce terme, la pl&#232;be ne peut se manifester que sporadiquement, par &#233;clats, et que c'est aussi pour cette raison que le cin&#233;ma de Lionel Soukaz peut &#234;tre dit &lt;i&gt;pl&#233;b&#233;ien&lt;/i&gt;. En effet, l'action politique de la pl&#232;be ne peut &#234;tre pens&#233;e selon les cat&#233;gories d'intentions, de projets, de moyens d'action, caract&#233;ristiques d'un &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; politique constitu&#233;. Le cin&#233;ma de Lionel Soukaz n'est pas un cin&#233;ma militant dans le sens o&#249; il se placerait &lt;i&gt;au service&lt;/i&gt; de certaines causes &#8211; pas m&#234;me de la cause homosexuelle. C'est qu'il ne pense pas du tout l'homosexualit&#233; comme une essence, au contraire, il la pense sur un mode non substantiel : &#171; [&#8230;] je pense que toute sexualit&#233; est une &#233;ternelle possibilit&#233; de changement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lionel Soukaz, entretien avec Virgile Iscan, source internet d&#233;j&#224; cit&#233;e.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un cin&#233;ma pl&#233;b&#233;ien, donc, ouvert sur une pratique pl&#233;b&#233;ienne de la politique, c'est vers une forme d'anarchie principielle que le cin&#233;ma de Lionel Soukaz me semble faire signe &#8211; un cin&#233;ma de l'immanence, livr&#233; &#224; la pure visibilit&#233;, et produisant des effets politiques au moyen de son simple d&#233;ploiement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Alain Naze&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Le Souk in New-York&lt;/i&gt;, source internet : &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=DbhcFGrg01g&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=DbhcFGrg01g&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicole Brenez, source internet : &lt;a href=&#034;http://lapravda.free.fr/actualite/avril04.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://lapravda.free.fr/actualite/avril04.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lionel Soukaz, entretien avec Virgile Iscan, source internet : &lt;a href=&#034;http://www.vice.com/fr/read/lionel-soukaz-694-v5n3&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.vice.com/fr/read/lionel-soukaz-694-v5n3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Assayas, &lt;i&gt;Kenneth Anger&lt;/i&gt;, Paris, Editions de l'Etoile / Cahiers du cin&#233;ma, 1999, p.17-20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;, p.17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lionel Soukaz, entretien avec Virgile Iscan, source internet d&#233;j&#224; cit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jonas Mekas, &lt;i&gt;Je n'avais nulle part o&#249; aller&lt;/i&gt;, trad. Jean-Luc Mengus, Paris, P.O.L. Editeur, 2004, p.391.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Siegfried Kracauer, &lt;i&gt;Th&#233;orie du film. La r&#233;demption de la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 2010, p.13-14 (je souligne)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;oise Proust, &lt;i&gt;L'histoire &#224; contretemps. Le temps historique chez Walter Benjamin&lt;/i&gt;, Paris, Editions du Cerf, 1994, p.84.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lionel Soukaz, entretien avec Virgile Iscan, source internet d&#233;j&#224; cit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Recension - Pouvoir destituant. Th&#232;mes, Figures, G&#233;n&#233;alogies</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1398</link>
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		<dc:date>2024-12-19T10:07:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce volume regroupe des textes &#233;crits &#224; l'occasion de cet ouvrage, mais aussi des textes moins r&#233;cents (convoqu&#233;s &#224; titre de &#171; mat&#233;riaux &#187;), ainsi que des &#171; conversations &#187;. La diversit&#233; de ces textes et entretiens permet de saisir quelque chose de la dimension non fig&#233;e de la notion de &#171; pouvoir destituant &#187;, &#224; la fois &#224; travers les angles d'approche multiples adopt&#233;s par les contributeurs, mais aussi en appr&#233;hendant les conceptions, parfois divergentes, de cette notion, qui se font jour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce volume regroupe des textes &#233;crits &#224; l'occasion de cet ouvrage, mais aussi des textes moins r&#233;cents (convoqu&#233;s &#224; titre de &#171; mat&#233;riaux &#187;), ainsi que des &#171; conversations &#187;. La diversit&#233; de ces textes et entretiens permet de saisir quelque chose de la dimension non fig&#233;e de la notion de &#171; pouvoir destituant &#187;, &#224; la fois &#224; travers les angles d'approche multiples adopt&#233;s par les contributeurs, mais aussi en appr&#233;hendant les conceptions, parfois divergentes, de cette notion, qui se font jour dans les conversations, mais encore &#224; travers une saisie des &#233;volutions temporelles relatives &#224; l'&#233;laboration de cette id&#233;e de &#171; pouvoir destituant &#187;. Disons d'embl&#233;e que l'int&#233;r&#234;t central de ce livre r&#233;side sans doute dans le fait que ce qui se donne &#224; lire ici se pr&#233;sente moins comme une somme homog&#232;ne que comme un espace ouvert de r&#233;flexion. On n'y pratique pas le raccourci, qui permettrait d'effacer ou de taire les difficult&#233;s pr&#233;sent&#233;es par cette notion, on en fait un lieu de discussion &#8211; qu'il s'agisse de la nomination m&#234;me de cette notion (&#171; pouvoir destituant &#187;, ou &#171; puissance destituante &#187; ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mariavita Cambria, &#171; Le pouvoir destituant &#8220;speaks English&#8221; ? Vers une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), ou encore de ses implications politiques concr&#232;tes. Nullement tenu en lisi&#232;re, le lecteur lui-m&#234;me se trouve impliqu&#233; dans cette r&#233;flexion, parfois enthousiasm&#233; par une proposition, parfois conduit &#224; nuancer cet enthousiasme, et, chemin faisant, peut-&#234;tre conduit &#224; une certaine perplexit&#233;. Ce n'est pas le moindre m&#233;rite de ce livre que cette manifestation d'honn&#234;tet&#233; conduisant le lecteur &#224; envisager ce champ du &#171; destituant &#187; comme un chantier ouvert. L'avant-propos (p.7) l'indique clairement :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous voulons donner vie &#224; une sorte de glossaire conceptuel, sans pour autant occulter les impasses, les d&#233;raillements, les faux pas de cette recherche, vou&#233; &#224; dessiner une carte, toujours &lt;i&gt;in progress&lt;/i&gt;, jamais finie, qui permettrait de s'orienter dans le corps de cette notion &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propre du &#171; pouvoir destituant &#187; consiste &#224; &#233;chapper au couple &#171; constitu&#233; &#187;/&#171; constituant &#187;. D&#232;s lors, il s'agirait de d&#233;faire le constitu&#233;, sans que ce geste ne d&#233;g&#233;n&#232;re en la constitution d'un nouveau pouvoir (le risque, pour l'insurrection, par exemple, de se nier dans le pouvoir constituant d'une r&#233;volution) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le pouvoir destituant est une notion qui rejette la s&#233;paration traditionnelle entre un pouvoir transcendant, constituant, qui p&#233;n&#232;tre le monde et qui, en se d&#233;ployant, &#233;tablit un ordre nouveau, et un autre pouvoir, constitu&#233;, juridico-policier, appel&#233; au contraire &#224; pr&#233;server l'ordre &#233;tabli. Dans son exercice, le pouvoir destituant r&#233;v&#232;le la fausse opposition entre pouvoir constituant et pouvoir constitu&#233;, en montrant plut&#244;t leur implication dialectique destin&#233;e &#224; prot&#233;ger dans tous les cas la logique de la souverainet&#233;, du sujet, de la violence &#187; (Avant-propos, p.8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, donc, le pouvoir destituant est &#171; ce qui mat&#233;rialise l'&#233;v&#233;nement de la politique &#187;, c'est qu'&#224; l'&#233;cart du constituant et du constitu&#233;, il se d&#233;finit comme ce geste de refus, par lequel &#171; le cours normal de l'histoire est rompu &#187; (Avant-propos, p.8-9). La gr&#232;ve, &#224; cet &#233;gard, constitue une telle suspension, faisant du travailleur un &#171; d&#233;s&#339;uvr&#233; &#187;, celui qui fait &#171; un pas en arri&#232;re &#187;, qui prend ses distances &#224; l'&#233;gard &#171; de la souverainet&#233; &#8211; mat&#233;rielle, psychologique, symbolique &#8211; du travail &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierandrea Amato, Luca Salza, &#171; Pour une gr&#232;ve Charlot &#187;, p.111.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par cet arr&#234;t, il r&#233;clame une autre fa&#231;on de vivre, d&#233;jouant ainsi la logique du Capital : &#171; tout destituer et avant tout soi-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.113.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le lien est ainsi &#233;tabli entre destitution politique et destitution existentielle. De cette mani&#232;re se profile une subjectivit&#233; destitu&#233;e/destituante, Alain Brossat allant jusqu'&#224; consid&#233;rer &#171; l'autodestitution &#187; comme &#171; un pr&#233;alable &#224; toute esp&#232;ce de destitution &#187;, sans quoi le &#171; sujet destituant &#187; risque fort de se muer en un &#171; souverain de substitution &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Brossat, &#171; Les apories de la destitution et de l'autodestitution &#187;, p.51.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La difficult&#233;, logique, &#224; penser un sujet autodestitu&#233;, pourtant capable d'un geste de destitution est point&#233;e ici comme une forme d'aporie : &#171; [&#8230;] comment donc une puissance destituante pourrait-elle se former, l&#224; o&#249; le sujet destituant a d'embl&#233;e entrepris de s'autodestituer, c'est-&#224;-dire comme Kafka, de toujours pr&#233;f&#233;rer en fin de compte, les plaisirs ou les conforts du renoncement aux b&#233;n&#233;fices de l'accomplissement ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; D&#233;faut de pouvoir d&#233;passer cette aporie, Alain Brossat propose de &#171; l'examiner sous ses diff&#233;rentes facettes &#187; : &#171; toute proposition destituante suppose la composition d'une force, toute force destituante est autoinstituante &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.52.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La r&#233;flexion s'ach&#232;ve sur la notion de &#171; repr&#233;sentation &#187; : si la repr&#233;sentation requiert des &#171; sujets puissants &#187;, comment &#171; comprendre [le fait que] le processus de destitution de la repr&#233;sentation qui s'est poursuivi avec tant d'ardeur et d'inventivit&#233; dans le domaine des arts (litt&#233;rature, musique, peinture&#8230;), au cours du si&#232;cle dernier, en Occident, est demeur&#233; &lt;i&gt;en panne&lt;/i&gt; dans le domaine de la vie politique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.56.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question d'une destitution de la repr&#233;sentation, on la retrouve dans les propos de Paolo Virno, faisant valoir la &#171; foule &#187;, contre le &#171; peuple &#187; : &#224; la suggestion qui lui est adress&#233;e, dans la discussion, selon laquelle le nom de Ben Laden, outre le fait de constituer &#171; une invention de la d&#233;mocratie lib&#233;rale &#187; (la construction de l'ennemi), a aussi connu une phase o&#249; il aurait &#171; repr&#233;sent&#233; la r&#233;volte des masses arabes, de cette foule sans nom, sans visage &#187;, sans souverainet&#233; &#187; (p.190), Paolo Virno d&#233;fend l'id&#233;e que Ben Laden, comme son ex&#233;cution, n'ont pas grand-chose &#224; voir avec le &#171; destituant &#187;. Son objection repose pr&#233;cis&#233;ment sur une critique de la repr&#233;sentation :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je pense [&#8230;] qu'Oussama Ben Laden repr&#233;sentait, s'il repr&#233;sentait quelque chose, une continuit&#233;, au-del&#224; de la limite ultime, apr&#232;s la fin du temps imparti, de la notion de peuple contre la notion de foule. [&#8230;] Dans une r&#233;volte, la foule, avant de se dresser contre le souverain, se dresse contre le peuple. Dans la foule, la relation pr&#233;vaut sur les termes corr&#233;l&#233;s, d'o&#249; l'impossibilit&#233;, pour elle, d'&#234;tre repr&#233;sent&#233;e. C'est pourquoi la r&#233;volte des uns contre l'Un, de la foule contre le peuple, a eu lieu au Maghreb, contre Ben Laden, contre cette figure incarnant la continuit&#233;, au-del&#224; du temps limite, de la cat&#233;gorie de peuple &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paolo Virno (Table ronde), &#171; Le spectre d'Oussama Ben Laden et le pouvoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La dimension destituante des Printemps arabes aurait donc relev&#233; d'une capacit&#233; &#224; se tenir hors du champ du repr&#233;sentable &#8211; y compris sous la figure de Ben Laden &#8211;, c'est-&#224;-dire en se r&#233;v&#233;lant affaire de foule plut&#244;t que de peuple. Paolo Virno tente ainsi de montrer que Ben Laden demeure dans le diagramme d'un geste souverainiste, et qu'ainsi, ni son nom, ni sa construction par les d&#233;mocraties lib&#233;rales n'en font un &#233;l&#233;ment d'un dispositif destituant :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; [&#8230;] &#233;tant donn&#233; que le pouvoir destituant signifie [&#8230;] un geste nocif pour la souverainet&#233; et ses dispositifs, qui, en quelque sorte, tente de le supplanter, un geste destituant est un geste radicalement antimonopoliste, sans aucune pr&#233;tention quant &#224; la gestion diff&#233;rente de ce monopole particulier, qui vaut davantage que n'importe quel autre monopole : le monopole de la d&#233;cision politique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.191-192.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toni Negri, concernant cette critique de la &#171; repr&#233;sentation &#187;, va proposer de substituer le concept d' &#171; expression &#187; (registre spinozien), dans sa logique des &#171; multitudes &#187;, &#224; celui de &#171; repr&#233;sentation &#187; : il s'agirait certes de sortir d'une subjectivit&#233; individualiste (la &#171; singularit&#233; &#187; s'y substituant), mais en ayant comme horizon, malgr&#233; tout, &#171; un projet constituant &#187;, certes &#171; tr&#232;s ouvert &#187;, r&#233;sultant d'une multiplicit&#233;, mais sortant r&#233;solument du champ du destituant. Au fond, il s'agirait de s'appuyer sur une forme d'autodestitution (&#224; travers le concept de &#171; multiplicit&#233; &#187;), pour au fond, &lt;i&gt;constituer, organiser&lt;/i&gt;. Negri s'exprime ainsi :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le commun qui organise la multitude est [&#8230;] une matrice que les singularit&#233;s exp&#233;rimentent et expriment (au sens que ce dernier verbe prend dans cette nouvelle philosophie d'inspiration spinoziste : expression veut dire production et mise en forme de l'&#234;tre). Le probl&#232;me de l'organisation devient alors le dispositif m&#234;me de notre existence commune &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toni Negri (conversation), &#171; Communisme-commun biopolitique &#187;, p.155.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La difficult&#233;, ici, au regard de la question du destituant, c'est que si quelque chose est effectu&#233; du c&#244;t&#233; de la d&#233;fection &#224; l'&#233;gard d'un sujet tout-puissant (nulle transcendance ne vient ici dicter des formes d'organisation), l'horizon des singularit&#233;s, pens&#233;es comme multitudes, demeure cependant l'organisation, autrement dit une actualisation d'un pouvoir constituant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, du moins du c&#244;t&#233; de l'affirmation d'une n&#233;cessaire &#171; organisation &#187; des luttes, on peut &#233;voquer les propos de Rossana Rossanda, qui, &#224; l'interrogation relative &#224; un &#171; pouvoir destituant &#187;, r&#233;pond :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Sans organisation, rien ne se fera. C'est une question de rapports de force. Par exemple, m&#234;me lors des printemps arabes, il n'y avait pas d'organisation qui soit vaguement &#224; la mesure du pouvoir. Et c'est peut-&#234;tre aussi pour cela qu'ils ne sont pas all&#233;s jusqu'au bout. Bien s&#251;r, je sais qu'avec une organisation on cr&#233;e une structure verticale. Mais sans organisation, j'en suis convaincue, on ne trouve pas de solution &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rossana Rossanda (conversation), &#171; Pour une critique du pouvoir destituant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces mots indiquent clairement une recherche d'efficacit&#233; politique, et d&#233;nient au &#171; pouvoir destituant &#187; la moindre capacit&#233; en la mati&#232;re, en renon&#231;ant &#224; &#171; l'organisation &#187;. La difficult&#233; point&#233;e est claire, mais, dans ce volume, on entend aussi que, sans recourir pour autant &#224; la moindre &#171; structure verticale &#187;, il y a possibilit&#233; d'interroger, dans le champ du destituant, la notion de &#171; transcendance &#187;, mais cette fois d&#233;connect&#233;e de l'id&#233;e de &#171; pouvoir transcendant &#187; (synonyme de &#171; pouvoir constituant &#187;). C'est ainsi que Paolo Virno va en venir &#224; d&#233;finir la notion de transcendance, non comme un lieu contenant n&#233;cessairement en lui la restauration d'une position (d&#233;cisionniste) de surplomb, mais comme un exc&#232;s, dessinant les limites de notre action :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La transcendance devrait &#233;videmment &#234;tre d&#233;finie comme un comportement mat&#233;riel, comme un hors de soi dans le monde. [&#8230;] la transcendance ne signifie que cela, que je mets l'accent sur les limites de mon champ d'action. C'est une notion tr&#232;s plate, qui ne pr&#233;voit pas de transcendance politique ou de geste constituant, au contraire, elle fait elle-m&#234;me partie du processus destituant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paolo Virno, art. cit., p.206-207.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi entendue, la transcendance s'av&#232;re une dimension motrice pour un pouvoir destituant, ne restaurant pas le principe directeur d'une &#171; organisation &#187; (maintien, dans ce cas, de la forme constituante et souveraine de la transcendance), mais ouvrant sur un &#171; au-del&#224; &#187; du &#171; contexte &#187;, permettant au pouvoir destituant de ne pas se r&#233;sorber dans une forme de nihilisme, d'inaction par simple non-pr&#233;f&#233;rence :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mettre l'accent sur les limites de mon contexte veut dire mettre l'accent, du moins sur le principe, sur son au-del&#224;, et cet aspect me semble tr&#232;s vraisemblable, concret et pas encore pr&#233;judici&#233;. Il peut prendre une forme constituante et souveraine, mais il peut &#234;tre un moteur extraordinaire pour le geste destituant. Extase constitutive ou destituante &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.207.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien d'autres &#233;l&#233;ments de discussion et th&#232;mes auraient pu &#234;tre &#233;voqu&#233;s ici, de l'id&#233;e d'un &#171; cin&#233;ma destituant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alessia Cervini, &#171; Mettre en images la r&#233;volution. Une t&#226;che pour le cin&#233;ma (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; celle d'une &#171; destitution du moi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fabio Domenico Palumbo, &#171; R&#234;ve, folie et art. Passions de la psych&#233; et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en en passant par la belle interrogation critique de Georges Didi-Huberman quant &#224; la notion de &#171; pouvoir destituant &#187;, se demandant notamment si les &#171; gestes invent&#233;s &#187; ne sont pas toujours, au fond, des &#171; gestes rem&#233;mor&#233;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, &#171; &#8220; NE PAS&#8230; ENCORE&#8221;. Destitution, Geste, D&#233;sir. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et j'en oublie, tant le recueil est riche. Le lecteur s'apercevra, en avan&#231;ant dans sa lecture, combien, plus que des r&#233;ponses, c'est un foisonnement de questionnements qu'il r&#233;colte &#8211; non pas que son itin&#233;raire aura &#233;t&#233; vain : en circonscrivant un champ de questions, ce livre balise le champ exploratoire de la notion de &#171; pouvoir destituant &#187;. Le domaine reste &#224; arpenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Alain Naze&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Pouvoir destituant. Th&#232;mes, Figures, G&#233;n&#233;alogies&lt;/i&gt;, sous la direction de Pierandrea Amato, Melinda Palombi et Luca Salza, aux &#201;ditions Mimesis, dans la collection Samsa. &#201;critures pour le destituant, 2024 (215 pages, 20,00 euros). &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mariavita Cambria, &#171; Le pouvoir destituant &#8220;speaks English&#8221; ? Vers une g&#233;n&#233;alogie de l'anglais en tant que &lt;i&gt;lingua franca&lt;/i&gt; de la destitution &#187;, p.41-49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierandrea Amato, Luca Salza, &#171; Pour une gr&#232;ve Charlot &#187;, p.111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p.113.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Brossat, &#171; Les apories de la destitution et de l'autodestitution &#187;, p.51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p.52.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p.56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paolo Virno (Table ronde), &#171; Le spectre d'Oussama Ben Laden et le pouvoir destituant &#187;, p.191.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p.191-192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toni Negri (conversation), &#171; Communisme-commun biopolitique &#187;, p.155.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rossana Rossanda (conversation), &#171; Pour une critique du pouvoir destituant &#187;, p.213.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paolo Virno, art. cit., p.206-207.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p.207.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alessia Cervini, &#171; Mettre en images la r&#233;volution. Une t&#226;che pour le cin&#233;ma destituant &#187;, p.25-31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fabio Domenico Palumbo, &#171; R&#234;ve, folie et art. Passions de la psych&#233; et destitution du moi &#187;, p.69-74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, &#171; &#8220; NE PAS&#8230; ENCORE&#8221;. Destitution, Geste, D&#233;sir. Lette-pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;La r&#233;volte&lt;/i&gt; &#187;, p.99-110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Mayotte, une confirmation colonialiste</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1271</link>
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		<dc:date>2024-02-20T04:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>



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&lt;p&gt;Jusqu'o&#249; ira la macronie dans sa d&#233;rive extr&#234;me-droiti&#232;re ? La question se pose aujourd'hui, alors que le gouvernement fran&#231;ais pr&#233;voit de supprimer le droit du sol &#224; Mayotte. G&#233;rald Darmanin disait pourtant, il y a six ans, dans un d&#233;bat l'opposant &#224; Jean-Marie Le Pen, sur France 2, qu'il n'y a pas &#171; deux cat&#233;gories de Fran&#231;ais &#187;, qui pourraient acqu&#233;rir de fa&#231;on diff&#233;rente la nationalit&#233; fran&#231;aise selon leur lieu de naissance. Visiblement, il est revenu sur cette parole, entendant bien, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=18" rel="directory"&gt;Migrations, fronti&#232;res&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jusqu'o&#249; ira la macronie dans sa d&#233;rive extr&#234;me-droiti&#232;re ? La question se pose aujourd'hui, alors que le gouvernement fran&#231;ais pr&#233;voit de supprimer le droit du sol &#224; Mayotte. G&#233;rald Darmanin disait pourtant, il y a six ans, dans un d&#233;bat l'opposant &#224; Jean-Marie Le Pen, sur France 2, qu'il n'y a pas &#171; deux cat&#233;gories de Fran&#231;ais &#187;, qui pourraient acqu&#233;rir de fa&#231;on diff&#233;rente la nationalit&#233; fran&#231;aise selon leur lieu de naissance. Visiblement, il est revenu sur cette parole, entendant bien, d&#233;sormais, r&#233;server un statut particulier aux habitants de Mayotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, d&#232;s 2018, l'acquisition de la nationalit&#233; fran&#231;aise, pour les enfants n&#233;s &#224; Mayotte, fut d&#233;j&#224; soumise &#224; des conditions plus drastiques qu'en ce qui concernait l'Hexagone : alors qu'en m&#233;tropole, un enfant &#233;tranger n&#233; en France pouvait acqu&#233;rir la nationalit&#233; fran&#231;aise &#224; ses 18 ans, s'il avait v&#233;cu au moins cinq ans en France depuis ses 11 ans, pour le territoire de Mayotte, la loi stipulait qu'un enfant ne pouvait acqu&#233;rir la nationalit&#233; fran&#231;aise que si, outre les conditions n&#233;cessaires dans l'Hexagone, l'un des parents avait r&#233;sid&#233; au moins depuis trois mois sur le territoire, avant la naissance de l'enfant. Cette condition suppl&#233;mentaire s'appuyait sur l'id&#233;e que les femmes comoriennes choisissaient, tr&#232;s largement, de venir accoucher &#224; Mayotte, pour conf&#233;rer &#224; leur enfant la nationalit&#233; fran&#231;aise. Ce fantasme de femmes comoriennes &#171; enceintes jusqu'aux yeux &#187; (Estelle Youssouffa dixit) embarquant sur des kwassa-kwassas est aliment&#233; par cette d&#233;put&#233;e LIOT de Mayotte, allant jusqu'&#224; soutenir que 90% des naissances &#224; Mayotte sont, actuellement, &#233;trang&#232;res. Les chiffres de l'INSEE disent bien autre chose, qui indiquent que, pour l'ann&#233;e 2021, si ce sont bien 75% des femmes comoriennes qui donnent naissance &#224; un enfant &#224; Mayotte, ces enfants ont, &#224; plus de 50% un p&#232;re fran&#231;ais. En fait, il s'agit de d&#233;fendre l'id&#233;e d'une immigration de peuplement, dans le sens de ce que Renaud Camus a nomm&#233; le &#171; grand remplacement &#187; &#8211; il s'agirait, selon cette logique complotiste, de r&#233;int&#233;grer Mayotte au sein des Comores, au moyen d'une population d'origine comorienne venant remplacer la population mahoraise. Ainsi, quand Estelle Youssouffa soutient que 90% des femmes qui accouchent &#224; Mayotte donnent naissance &#224; un enfant &#233;tranger, elle ment en substituant 90 &#224; 75, mais, surtout, elle va plus loin qu'une demande de suppression du droit du sol : elle consid&#232;re que des enfants de femmes comoriennes, quand bien m&#234;me le p&#232;re serait fran&#231;ais, restent malgr&#233; tout des &#233;trangers. Et c'est cette d&#233;put&#233;e que les m&#233;dias mettent en avant, comme si elle &#233;tait la voix de la sagesse, connaissant bien la r&#233;alit&#233; &#224; laquelle ont &#224; faire face les Mahorais. Une &#233;tude de l'INSERM, qui commence certes &#224; dater (elle est de 2008), indiquait le motif pour des Comorien.nes de leur venue &#224; Mayotte : 49,3% y d&#233;claraient venir pour des raisons &#233;conomiques, 27% pour des raisons familiales, et seulement 2,3% pour l'avenir des enfants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tude cit&#233;e par Pierre Carminade, Comores-Mayotte : une histoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Citant cette &#233;tude, Pierre Carminade commente ainsi ces chiffres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne retrouve pas ici la ru&#233;e de femmes enceintes qui iraient &#224; Mayotte pour y accoucher et ainsi obtenir la nationalit&#233; fran&#231;aise pour leur enfant, comme l'affirmait Mansour Kamardine dans l'expos&#233; des motifs de la proposition relative au renforcement des dispositions de lutte contre l'immigration clandestine (n&#176;2534, 28.09.05) : &#8220;La situation est [&#8230;] alarmante. [&#8230;] Ce sont environ 50000 naturalisations, par l'effet m&#233;canique du droit du sol, qui interviendront dans les quinze prochaines ann&#233;es, soit un tiers de la population mahoraise actuelle&#8221;. Une proportion &#233;difiante&#8230; si elle &#233;tait vraie. Cette motivation des immigr&#233;s est toujours mise en avant par le gouvernement actuel [2010], pour tenter de faire de Mayotte le laboratoire du droit du sang ou du test ADN de paternit&#233; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Carminade, op. cit., ibid.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question n'est donc pas nouvelle &#224; Mayotte, la ministre Girardin ayant notamment, en 2018, caress&#233; l'id&#233;e d'une maternit&#233; &#224; Mayotte qui serait r&#233;gie selon une r&#232;gle d'extra-territorialit&#233;. C'est bien l&#224; qu'on touche &#224; la dimension colonialiste de telles mesures, port&#233;e &#224; son summum &#224; travers l'actuel projet de suppression pure et simple du droit du sol &#224; Mayotte. Un tel projet l&#233;gislatif ne peut en effet que r&#233;activer la distinction coloniale, ayant pr&#233;valu en Alg&#233;rie, entre &#171; sujet &#187; et &#171; citoyen &#187;, selon termes du code de l'indig&#233;nat. Autrement dit, il s'agirait de renouer ind&#233;niablement avec une rupture dans l'unit&#233; du droit sur le territoire fran&#231;ais, rupture qui n'a &#233;t&#233; inaugur&#233;e que dans le cadre de la politique coloniale de la France et, par ailleurs, sous le r&#233;gime de Vichy. On ne manquera pas de relever, ici, l'incons&#233;quence des d&#233;fenseurs mahorais de la d&#233;partementalisation du territoire, aspirant &#224; ce statut l&#233;gislatif pour arrimer Mayotte, une fois pour toutes, &#224; la R&#233;publique fran&#231;aise, la &#171; sauvant &#187; d'un rattachement &#224; l'archipel des Comores. En effet, en soutenant &#224; pr&#233;sent la suppression du droit du sol sur le territoire de Mayotte, ces Mahorais acceptent (mieux : revendiquent) une disposition d&#233;rogatoire, alors que jusqu'ici, les diff&#233;rences l&#233;gislatives entre la m&#233;tropole et l'outre-mer ne se justifiaient qu'&#224; la condition d'&#234;tre au b&#233;n&#233;fice de ces territoires. Cette fois, c'est bien une restriction au droit du sol (donc un &lt;i&gt;moins&lt;/i&gt; du point de vue du droit) qui caract&#233;riserait cette diff&#233;rence juridique entre l'Hexagone et Mayotte. Plus pr&#233;cis&#233;ment, cette abolition du droit du sol &#224; Mayotte ent&#233;rinerait une diff&#233;rence &lt;i&gt;de droit&lt;/i&gt;, quand d'autres d&#233;rogations au droit fran&#231;ais, bien r&#233;elles &#224; Mayotte, comme par exemple la minimisation du RSA restaient des diff&#233;rences &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'oubliera pas, par ailleurs, que le droit du sol rel&#232;ve d'un principe juridique. D&#232;s lors, une entorse au droit du sol, pire, sa suppression sur une partie du territoire, entra&#238;ne, de fait, sa suppression en tant que principe. Au-del&#224; du seul cas de Mayotte, par cons&#233;quent, c'est sur une possibilit&#233; d'abolition du droit du sol sur l'ensemble du territoire que s'ouvre la s&#233;quence actuelle. Les partis de droite et d'extr&#234;me droite ne s'y sont d'ailleurs pas tromp&#233;s, r&#233;clamant une telle abolition du droit du sol sur l'ensemble du territoire fran&#231;ais. L'opposition, pr&#233;visible, du Conseil constitutionnel (pour rupture d'&#233;galit&#233; sur le territoire) leur donnerait presque raison : la possibilit&#233; d'abolir le droit du sol &#224; Mayotte r&#233;clame de l'&#233;largir &#224; la France en son ensemble, ou d'y renoncer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons cependant un instant sur les motifs ayant soutenu, de longue date, cette revendication d'une abolition du droit du sol &#224; Mayotte. L'immigration, essentiellement d'origine comorienne, est depuis bien longtemps index&#233;e (dans les discours) sur l'augmentation de la d&#233;linquance. Ce faisant, on laisse de c&#244;t&#233; la question de l'extr&#234;me pauvret&#233;, qui affecte Comoriens &#224; Mayotte comme Mahorais. Face aux prix exorbitants pratiqu&#233;s dans les commerces de l'&#238;le (la pr&#233;sence de m&#233;tropolitains, bien pay&#233;s, n'arrange rien &#224; l'affaire), face &#224; cette fa&#231;ade consum&#233;riste, des bandes se constituent, pour effectuer ce qu'on pourrait appeler, dans un registre anarchiste, une forme de &#171; reprise individuelle &#187;, et bien malin qui pourrait dire qu'en ces groupes d'action on ait &#224; faire &#224; des Comoriens, ou &#224; des Mahorais &#8211; d'ailleurs, ils sont souvent les deux (par les liens familiaux). Quant aux mineurs isol&#233;s &#224; Mayotte, le projet de Darmanin de diviser par cinq le regroupement familial est tout simplement criminel. L&#224; o&#249; ces gamins isol&#233;s pourraient voir se reformer une structure familiale capable de les encadrer, et les emp&#234;cher ainsi de d&#233;river vers des conduites dangereuses et/ou d&#233;linquantes, mais aussi des dangers multiples qui les menacent quotidiennement, le ministre de l'Int&#233;rieur d&#233;cide de les laisser &#224; l'abandon. Rappelons que beaucoup de ces enfants ne sont isol&#233;s &#224; Mayotte que du fait que leurs parents ont &#233;t&#233; expuls&#233;s vers les Comores &#8211; leurs parents, en d&#233;tresse, ont alors pr&#233;f&#233;r&#233; ne pas les reconna&#238;tre comme leurs enfants au moment du contr&#244;le, pour leur laisser une chance de vie moins difficile, en devenant peut-&#234;tre mahorais, donc fran&#231;ais. Abandonner ainsi leur enfant est pour eux un d&#233;chirement, et l'on imagine &#224; peine les conflits de fid&#233;lit&#233; dans lesquels ils sont pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette affaire, au fond, s'origine dans un suppos&#233; diff&#233;rend entre Mahorais et Comoriens. Toute une mythologie mahoraise existe (&#224; partir de la construction fantasmatique d'une &#171; identit&#233; mahoraise &#187;), &#224; cet &#233;gard, qui soutient l'id&#233;e que les Mahorais ont eu &#224; se d&#233;fendre contre les Comoriens, cherchant, plus ou moins, &#224; les asservir. L'&#233;pisode des &#171; chatouilleuses &#187; est significative &#224; cet &#233;gard &#8211; des &#233;l&#232;ves (que j'ai eus en cours) les d&#233;fendaient comme &#233;tant &#224; l'origine de la libert&#233;, aujourd'hui, des Mahorais, quand cet &#233;pisode constitue une forme d'intimidation violente &#224; l'encontre d'une r&#233;unification comorienne. Cette fiction d'&#238;les antagonistes m'est apparue d'abord de mani&#232;re existentielle, au moment o&#249; je vivais &#224; M'tsangadoua, dans le nord de l'&#238;le. Dans les &lt;i&gt;voul&#232;&lt;/i&gt; (f&#234;tes sur la plage, o&#249; l'on partage du poulet grill&#233;, le tout en musique) auxquels j'ai particip&#233;, il me semblait &#233;vident que Comoriens et Mahorais &#233;taient fr&#232;res &#8211; j'aurais m&#234;me &#233;t&#233; en peine de dire qui &#233;tait mahorais ou comorien. Leur famille &#233;tait souvent pr&#233;sente sur les quatre &#238;les. Le drapeau comorien avait un sens pour eux, avec les quatre &#233;toiles, symbolisant les quatre &#238;les (dont Mayotte, par cons&#233;quent). J'ai accompagn&#233; des Comoriens expuls&#233;s, leur permettant mat&#233;riellement le retour &#8211; de quelle cruaut&#233; faudrait-il user pour emp&#234;cher un &#234;tre humain de voir sa famille &#224; Mayotte ? Sans emphase, je peux dire que j'ai fait alors l'exp&#233;rience de la fraternit&#233; la plus bouleversante &#8211; se dire &#171; mon fr&#232;re &#187;, la main sur le c&#339;ur, est ce dont j'ai &#233;t&#233; t&#233;moin, ainsi que de la solidarit&#233; qui s'ensuit. J'ai fait l'exp&#233;rience d'UN PEUPLE. Et que cette exp&#233;rience rel&#232;ve d'un &#171; petit pays &#187; (Cesaria Evora) change tout &#224; l'affaire : l'exp&#233;rience est charnelle, et fond&#233;e sur la fraternit&#233; v&#233;cue. Toutes choses que j'ai &#233;prouv&#233;es aussi, d'abord peut-&#234;tre, &#224; Anjouan, la famille de mon ami m'ayant accueilli comme un prince, avec une foule de plats magnifiquement ornement&#233;s &#8211; leur pauvret&#233;, &#233;vidente, me faisait un honneur sans nom de go&#251;ter ce qu'ils avaient pr&#233;par&#233; pour moi. Comment est-il possible de faire du peuple comorien, si doux et gentil, et fraternel, l'ennemi ? C'est d'une pure construction colonialiste que cela r&#233;sulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ex-secr&#233;taire d'&#201;tat aux DOM TOM (1974-1978), interview&#233; dans l'&#233;mission &#171; La fabrique de l'histoire &#187;, sur France Culture, le 23 f&#233;vrier 2009 d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [&#8230;] Mayotte avait toujours eu peur d'&#234;tre envahie par les Anjouanais et les Grands Comoriens, historiquement. Je pense que si les trois &#238;les avaient choisi de rester fran&#231;aises, Mayotte aurait peut-&#234;tre choisi l'ind&#233;pendance parce que leur probl&#232;me, ce n'est pas d'&#234;tre Fran&#231;ais, leur probl&#232;me est de ne pas &#234;tre d&#233;pendants des Anjouanais et Grands Comoriens &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Pierre Carminade, op. cit., p.61.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces propos montrent bien qu'un amour immod&#233;r&#233; pour la France de la part de Mayotte, n'est qu'une construction a posteriori. Reste &#224; comprendre la r&#233;pulsion &#224; l'&#233;gard des Comores. Il faut alors consid&#233;rer les aspects d'une sorte de &#171; pr&#233;paration &#187; au r&#233;f&#233;rendum de 1975 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8211; la menace de les soumettre [les Mahorais] aux avatars du r&#233;gime d'Ahmed Abdallah, qui dirige l'archipel depuis 1973 ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211;	L'instrumentalisation d'un &#8220;sentiment&#8221; anti-comorien pour promouvoir la &#8220;sanctuarisation&#8221; de Mayotte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Carminade, op. cit., p.62.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, la France a souffl&#233; sur les braises (les inventant au besoin), pour constituer un ressentiment mahorais &#224; l'&#233;gard des Comores :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Mahorais avaient le choix entre deux tutelles : ils ont &#8220;choisi&#8221; la plus &#233;loign&#233;e. La plus &#233;loign&#233;e g&#233;ographiquement (8000 km contre 70 km), linguistiquement (5% seulement des Mahorais parlaient alors fran&#231;ais), culturellement, ethniquement (la &#8220;composition ethnique&#8221; &#233;tant semblable sur les quatre &#238;les, aux proportions pr&#232;s), etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;] En bon pyromane-pompier, la France s'est pr&#233;sent&#233;e comme seule protectrice possible contre Abdallah.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face au despote d'Anjouan,&#8221; l' &#233;motion patriotique pro-fran&#231;aise&#8221; est donc largement une feinte strat&#233;gique du Mouvement mahorais. Nous n'en finirons jamais de d&#233;cortiquer les m&#233;andres de ce calcul &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.64-65.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'une inimiti&#233; ancestrale entre Mayotte et les Comores (Anjouan en premier lieu) ayant ainsi fait long feu, on peut retrouver dans ce mouvement de protection affirm&#233;e de Mayotte contre un potentiel dominateur quasi-esclavagiste un indice r&#233;current des techniques colonisatrices, en l'occurrence &#224; travers l'incrimination des Comoriens, relativement aux conduites d&#233;linquantes qui agitent l'&#238;le de Mayotte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [&#8230;] si la connexion entre l'immigration clandestine et la criminalit&#233; d&#233;coule en grande partie des &#233;quilibres propres au dispositif de la lutte contre l'immigration clandestine, elle se fonde &#233;galement sur des m&#233;canismes sociaux plus g&#233;n&#233;raux favorisant la construction d'une corr&#233;lation entre l'origine ethnique des individus et leur participation &#224; des entreprises criminelles. Cette logique de criminalisation [&#8230;] implique l'attribution aux membres d'un groupe ethnique d'une criminog&#233;n&#233;it&#233; intrins&#232;que combin&#233;e &#224; une racisation qui implique qu'une personne n'est trait&#233;e qu'en, tant que repr&#233;sentant d'une entit&#233; collective &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Denis Duez, L'Union europ&#233;enne et l'immigration clandestine. De la s&#233;curit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; pr&#233;sent un &lt;i&gt;Wuambushu 2&lt;/i&gt; se profile, en parall&#232;le de ce projet de loi visant &#224; supprimer le droit du sol &#224; Mayotte. Initialement, selon la parole officielle, il s'agissait de &#171; lutter contre l'habitat insalubre &#187;. Aucun relogement n'&#233;tant pr&#233;vu &#224; la suite de ces destructions, cette op&#233;ration militaro-polici&#232;re appara&#238;t nettement pour ce qu'elle est : une op&#233;ration visant &#224; rendre invivable une existence &#224; Mayotte pour des personnes et des familles non estampill&#233;es mahoraises (un parall&#232;le peut &#234;tre effectu&#233;, sans contexte, avec la politique isra&#233;lienne &#224; l'&#233;gard des Palestiniens). Ajouter de la pr&#233;carit&#233; &#224; la pr&#233;carit&#233;, procurer de l'engrais aux ferments racistes &#224; Mayotte, diviser les colonis&#233;s, voil&#224; la nouvelle politique colonialiste initi&#233;e par Macron et ses sbires. &#201;tablir &#171; un rideau de fer dans l'eau &#187; entre Anjouan et Mayotte, voil&#224; qui fleure bon son Orban (et son mur &#171; anti-migrants &#187;), voil&#224; qui actualise l'illib&#233;ralisme macronien. Si l'&#233;lectorat pr&#233;f&#233;rera toujours l'original &#224; la copie, les lendemains &#233;lectoraux peuvent &#234;tre attalistes : o&#249; est la copie ? O&#249; est l'original ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas, par ailleurs, que toutes ces questions ne se posent qu'&#224; partir d'une infraction fran&#231;aise &#224; une r&#233;solution de l'ONU, faisant d'un ensemble constitu&#233; (y compris sous une forme colonialiste) comme un archipel un tout indivisible. C'est parce que le r&#233;f&#233;rendum de 1974 a permis un rattachement de la seule &#238;le de Mayotte &#224; la France que les Comoriens apparaissent, administrativement comme des &#233;trangers. C'est donc &#224; constituer le Comorien comme &#233;tranger que les affects les moins sympathiques de Mayotte ont coop&#233;r&#233;. R&#233;sistons &#224; cette tendance mortif&#232;re &#8211; se distinguer de ses fr&#232;res sous les cat&#233;gories du colonisateur est une indignit&#233;, et les cons&#233;quences de cette soumission sont difficilement mesurables, les Mahorais eux-m&#234;mes devenant ainsi des citoyens de seconde zone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Alain Naze&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;tude cit&#233;e par Pierre Carminade, &lt;i&gt;Comores-Mayotte : une histoire n&#233;ocoloniale&lt;/i&gt;, Agone, 2003, 2010, p.95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Carminade, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Pierre Carminade, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Carminade, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p.64-65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Denis Duez, &lt;i&gt;L'Union europ&#233;enne et l'immigration clandestine. De la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure &#224; la construction de la communaut&#233; politique&lt;/i&gt;, &#201;ditions de l'Universit&#233; de Bruxelles, 2008, p.187.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cin&#233; qui chante, cin&#233; qui danse. Jacques Demy et le musical</title>
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		<dc:date>2023-12-22T22:24:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>



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&lt;p&gt;On sait que Jacques Demy a &#233;t&#233; habitu&#233;, d&#232;s son enfance, aux spectacles d'op&#233;rettes auxquels il allait assister, &#224; Nantes, avec ses parents. On sait aussi que les films anim&#233;s, notamment de Disney, furent &#233;galement des spectacles l'ayant tellement marqu&#233;, enfant, qu'il s'essaya alors &#224; de petits films d'animation r&#233;alis&#233;s &#224; partir de collages. Le lien entre formes th&#233;&#226;trale et cin&#233;matographique se manifeste donc d&#233;j&#224;, chez le tr&#232;s jeune Jacques Demy. Entre couleurs et musique, son amour du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On sait que Jacques Demy a &#233;t&#233; habitu&#233;, d&#232;s son enfance, aux spectacles d'op&#233;rettes auxquels il allait assister, &#224; Nantes, avec ses parents. On sait aussi que les films anim&#233;s, notamment de Disney, furent &#233;galement des spectacles l'ayant tellement marqu&#233;, enfant, qu'il s'essaya alors &#224; de petits films d'animation r&#233;alis&#233;s &#224; partir de collages. Le lien entre formes th&#233;&#226;trale et cin&#233;matographique se manifeste donc d&#233;j&#224;, chez le tr&#232;s jeune Jacques Demy. Entre couleurs et musique, son amour du cin&#233;ma le conduira &#224; adopter la forme la plus originale de son propre cin&#233;ma, &#224; travers son rapport, profond, &#224; la com&#233;die musicale. Il a d&#233;fini son cin&#233;ma, du moins pour certaines de ses r&#233;alisations, comme relevant d'un cin&#233;ma &#171; en chant&#233; &#187;. La forme de ses films musicaux n'est certes pas une simple reprise, &#224; l'identique, de la com&#233;die musicale am&#233;ricaine (ou d'une des formes singuli&#232;res qu'elle a pu emprunter dans son histoire), mais on va voir qu'il y puise cependant constamment. Il mettra en sc&#232;ne des films enti&#232;rement chant&#233;s, comme &lt;i&gt;Les parapluies de Cherbourg&lt;/i&gt;, ou encore &lt;i&gt;Une chambre en ville&lt;/i&gt; (ce dernier film faisant d'ailleurs surtout signe vers une forme op&#233;ratique de la com&#233;die musicale), mais d'autres films de Demy ne seront que partiellement chant&#233;s : &lt;i&gt;Les demoiselles de Rochefort&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Trois places pour le 26&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Peau d'&#226;ne&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Joueur de fl&#251;te&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Parking&lt;/i&gt;. Mais, quel que soit le choix qu'il ait pu op&#233;rer pour tel ou tel film, la r&#233;f&#233;rence &#224; la com&#233;die musicale semble omnipr&#233;sente, m&#234;me si elle ne traverse pas toute sa filmographie. Comment se manifeste ce rapport ? La question qu'on se propose d'aborder ici est celle qui revient &#224; se demander dans quelle mesure la com&#233;die musicale irrigue le cin&#233;ma de Jacques Demy. On le verra, la r&#233;ponse est multiple, entre les clins d'&#339;il &#224; la com&#233;die musicale, la reprise de certains de ses codes, appartenant &#224; un moment historique d&#233;termin&#233; du musical, mais aussi la prise en compte (et une certaine r&#233;appropriation, voire r&#233;invention) de ses formes mouvantes, &#224; travers le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par &lt;i&gt;Les demoiselles de Rochefort&lt;/i&gt; (film de 1967). Il s'agit d'un film o&#249; alternent les passages parl&#233;s et les passages chant&#233;s. En cela, on est plus proche de la com&#233;die musicale am&#233;ricaine classique que dans le cas des &lt;i&gt;Parapluies de Cherbourg&lt;/i&gt;, et les r&#233;f&#233;rences &#224; cette forme ne manquent pas. Songeons &#224; l'ouverture, o&#249; intervient un instrumental, avant que commence le spectacle. L&#224; o&#249; l'ouverture, dans les op&#233;ras des XVIIe au XIXe si&#232;cles, &#233;tait constitu&#233;e de v&#233;ritables compositions, l'ouverture d'une com&#233;die musicale, elle, est souvent constitu&#233;e d'extraits du musical qui suit, sous forme d'un pot-pourri savamment orchestr&#233;. On retrouve dans l'ouverture des &lt;i&gt;Demoiselles de Rochefort&lt;/i&gt;, certains des &#233;l&#233;ments, assez peu nombreux, il est vrai, constitutifs de la ligne m&#233;lodique du film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce m&#234;me film, un clin d'&#339;il assez &#233;vident est adress&#233; &#224; la com&#233;die de Vincente Minelli, de 1951, sur des musiques de George Gershwin, &lt;i&gt;Un Am&#233;ricain &#224; Paris&lt;/i&gt;. La pr&#233;sence de Gene Kelly, dans ce film de Demy, suffirait &#224; assurer le rapport de continuit&#233; avec le musical de Minelli (comme celle de George Chakiris, cette fois dans le r&#244;le d'un des forains, dans ce m&#234;me film, participe d'une r&#233;f&#233;rence plus g&#233;n&#233;rale &#224; la com&#233;die musicale, en particulier &#224; &lt;i&gt;West Side Story&lt;/i&gt;, sorti en 1961), mais c'est aussi dans la mani&#232;re de filmer que la filiation est &#233;vidente avec le film de 1951. Entre le Paris reconstitu&#233;, et assez caricatural, d'un &lt;i&gt;Am&#233;ricain &#224; Paris&lt;/i&gt; et la ville de Rochefort, fonctionnant largement en circuit ferm&#233; dans les &lt;i&gt;Demoiselles de Rochefort&lt;/i&gt;, on per&#231;oit un &#233;cho tr&#232;s net &#8211; il s'agit, dans les deux cas d'un d&#233;cor s'apparentant &#224; une sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre (dans le cas des &lt;i&gt;Demoiselles de Rochefort&lt;/i&gt;, on entre et l'on sort du caf&#233; un peu comme on entrerait, ou sortirait de sc&#232;ne, en un ballet un peu invraisemblable &#8211; l&#224; serait la convention th&#233;&#226;trale -, o&#249; certaines rencontres, paraissant in&#233;vitables, sont pourtant ind&#233;finiment ajourn&#233;es). Ici, ce sur quoi je voudrais insister, c'est sur la nature du point de vue cin&#233;matographique, dans une s&#233;quence du d&#233;but du film de Demy, sur la mani&#232;re de filmer, pr&#233;cis&#233;ment en attirant l'attention sur un certain mouvement de cam&#233;ra. C'est &#224; ce niveau que la proximit&#233; avec &lt;i&gt;Un Am&#233;ricain &#224; Paris&lt;/i&gt; va devenir &#233;clatante, la r&#233;f&#233;rence au film de Minelli d&#233;passant alors le niveau relativement anecdotique, pour affecter la forme du film : c'est &#224; travers une fen&#234;tre ouverte que la cam&#233;ra va venir d&#233;voiler la salle de danse des deux s&#339;urs Garnier, dans &lt;i&gt;Les demoiselles de Rochefort&lt;/i&gt;, quand c'est un mouvement de cam&#233;ra semblable, qui, dans &lt;i&gt;Un Am&#233;ricain &#224; Paris&lt;/i&gt;, permet d'entrer dans l'intimit&#233;, successivement, de Gene Kelly, repr&#233;sentant le personnage du peintre, sous le nom de Gerry Mulligan, et du personnage Adam Cook, musicien. Ici, il s'agit clairement d'un hommage &#224; l'&#233;l&#233;gance dans la pr&#233;sentation des personnages, dans la com&#233;die de Minelli, ce mouvement de cam&#233;ra, dans &lt;i&gt;Les Demoiselles de Rochefort&lt;/i&gt;, ayant la m&#234;me fonction di&#233;g&#233;tique : nous pr&#233;senter les personnages principaux, en l'occurrence Delphine (incarn&#233;e par Catherine Deneuve) et Solange (incarn&#233;e par Fran&#231;oise Dorl&#233;ac).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, dans le film de Demy, c'est le personnage du musicien qu'incarnera Gene Kelly, quand celui du peintre sera interpr&#233;t&#233; par Jacques Perrin, jouant le r&#244;le de Maxence. Un autre clin d'&#339;il s'identifie &#233;galement dans ce moment o&#249; Andy (Gene Kelly), r&#233;cup&#233;rant la partition de Solange tomb&#233;e au sol, joue avec les enfants, &#224; l'image du rapport ludique entre Gerry Mulligan et les enfants de son quartier parisien. On peut peut-&#234;tre aussi, dans &lt;i&gt;Les Demoiselles de Rochefort&lt;/i&gt; (et pas seulement dans ce film, d'ailleurs), identifier une autre r&#233;f&#233;rence, cette fois &#224; la com&#233;die &lt;i&gt;On the Town&lt;/i&gt;, de L&#233;onard Bernstein, Adolph Green, Betty Comden et Jerome Robbins, de 1944, selon cette id&#233;e que les marins se prom&#232;nent souvent par trois (&#224; la recherche de conqu&#234;tes f&#233;minines) &#8211; le chiffre peut varier chez Demy, mais l'id&#233;e demeure, &#224; travers les matelots, d&#233;ambulant, &#224; plusieurs, dans la ville de Rochefort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence au musical am&#233;ricain, en tant que genre, est &#233;vidente, mais Demy n'en r&#233;alise cependant pas un calque. En effet, l'originalit&#233; de Jacques Demy, ici, consiste en ceci qu'il n'accorde pas aux chansons le statut de simple pause, sans lien organique avec le reste de l'action, comme cela a souvent &#233;t&#233; le cas dans les com&#233;dies musicales am&#233;ricaines, se contentant fr&#233;quemment d'int&#233;grer les chansons comme des standards devenant gages de leur succ&#232;s. Il est vrai, cependant, qu'il reprend certains codes de la com&#233;die musicale am&#233;ricaine, en l'occurrence &#224; partir de ce qu'elle commence &#224; pratiquer &#224; partir de 1945, notamment lorsqu'elle fait des chor&#233;graphies des &#233;l&#233;ments, non seulement d&#233;coratifs, mais participant au d&#233;veloppement de l'intrigue : on peut notamment penser &#224; la chor&#233;graphie caract&#233;ristique du prologue de &lt;i&gt;West Side Story&lt;/i&gt;, o&#249;, sans qu'aucun mot soit prononc&#233;, les seuls mouvements des danseurs sugg&#232;rent que nous sommes en pr&#233;sence de deux bandes rivales. Dans le cadre des &lt;i&gt;Demoiselles de Rochefort&lt;/i&gt;, la psychologie de Gene Kelly (Andy), amoureux de Solange, est rendue &#233;vidente par ses pas de danse, a&#233;riens, lorsqu'il se dirige, dans les rues de Rochefort, vers la boutique de musique de Simon Dame (personnage incarn&#233; par Michel Piccoli).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait par ailleurs qu'une des premi&#232;res v&#233;ritables &#233;motions cin&#233;matographiques de Jacques Demy eut lieu &#224; l'occasion de la projection du film de 1937, &lt;i&gt;Blanche Neige et les sept Nains&lt;/i&gt;, de Walt Disney. On est l&#224; face &#224; un spectacle qui entrem&#234;le musique et couleurs. Le lien entre les deux (couleurs et musique) deviendra d&#232;s lors ind&#233;fectible pour Demy. Il avait ainsi envisag&#233; de r&#233;aliser un premier long m&#233;trage, musical et en couleur, dont le titre devait &#234;tre &lt;i&gt;Un billet pour Johannesburg&lt;/i&gt;. Apprenant qu'il ne pourrait pas tourner ce film en couleur, faute du budget n&#233;cessaire, il renonce &#224; ce projet, et r&#233;alise &lt;i&gt;Lola&lt;/i&gt;, en 1961. Certes, un moment m&#233;morable de ce film reste l'interpr&#233;tation, par Anouk Aim&#233;e, de la &#171; Chanson de Lola &#187;, compos&#233;e par Michel Legrand, mais d'une part, ce premier long m&#233;trage de Demy restera pour l'essentiel un film parl&#233;, et, d'autre part, ce passage chant&#233; empruntera plus au registre de la revue qu'&#224; celui de la com&#233;die. Dans le personnage de Lola, on identifiera ais&#233;ment une r&#233;f&#233;rence au personnage de Lola, dans le film &lt;i&gt;L'Ange bleu&lt;/i&gt;, de Josef Sternberg, de 1930. Le lien entre film musical et couleurs semble donc intrins&#232;que pour Demy. C'est en ce sens que le film &lt;i&gt;Peau d'&#226;ne&lt;/i&gt; (film de 1970), par exemple, est tout entier du c&#244;t&#233; du musical. La couleur bleue ou rouge des chevaux, les visages color&#233;s (eux aussi de bleu ou de rouge) des personnages sans paroles, les couleurs de la robe de la princesse, les couleurs changeantes de la robe habillant la f&#233;e des lilas, etc., tous ces &#233;l&#233;ments font de la couleur le centre m&#234;me de ce film. Regardant &lt;i&gt;Peau d'&#226;ne&lt;/i&gt;, des images du &lt;i&gt;Magicien d'Oz&lt;/i&gt; (1939) (ce sont les d&#233;buts de la couleur, concernant cette fois les films qui ne sont pas seulement d'animation) ne peuvent pas ne pas revenir en notre m&#233;moire. Qu'on songe seulement &#224; ce moment, o&#249;, dans le film de Victor Fleming, s'arrachant du Kansas, on se retrouve dans un univers color&#233;, o&#249; jaillit du jaune, puis du rose. Que l'on pense, encore, toujours dans &lt;i&gt;Le Magicien d'Oz&lt;/i&gt;, aux couleurs changeantes du cheval. La musique du film est inextricablement li&#233;e au jeu des couleurs, le titre lui-m&#234;me semblant d&#233;signer l'origine m&#234;me de toute couleur : &lt;i&gt;Over the Rainbow&lt;/i&gt; &#8211; le montage m&#234;me du film a &#233;t&#233; command&#233;, dans une certaine mesure, par la musique. Voyons d'abord la r&#233;v&#233;lation d'un autre monde, celui de la couleur. Il s'agit, dans &lt;i&gt;Le Magicien d'Oz&lt;/i&gt;, de ce passage o&#249; Dorothy (incarn&#233;e par Judy Garland) cherche &#224; &#233;chapper aux tourments que lui inflige une voisine acari&#226;tre, mais riche, et, par cons&#233;quent influente : elle veut, ni plus ni moins, exterminer Toto, le petit chien de Dorothy. Le film d&#233;bute en noir et blanc (pour les 20 premi&#232;re minutes), et c'est dans ce d&#233;but que Dorothy entonne cette chanson qui deviendra si c&#233;l&#232;bre : &lt;i&gt;Over the Rainbow&lt;/i&gt;. Elle r&#234;ve alors &#224; un endroit tranquille, o&#249; elle n'aurait plus d'ennuis. &#171; Si les oiseaux vont au-del&#224; de l'arc-en-ciel, pourquoi pas moi ? &#187; disent les paroles de la chanson. Apr&#232;s quelques p&#233;rip&#233;ties, Dorothy a cherch&#233; &#224; fuir le Kansas, mais revient &#224; la ferme, pr&#233;cis&#233;ment au moment o&#249; une temp&#234;te se d&#233;cha&#238;ne. Le vent arrache une fen&#234;tre, qui vient frapper Dorothy &#224; l'arri&#232;re de la t&#234;te &#8211; &#224; ce moment, c'est la maison qui semble emport&#233;e dans un tourbillon, avant que de retomber, quelque part, on ne sait trop o&#249;. La fin du film nous indiquera que le choc subi par Dorothy la laissera longtemps inconsciente, et qu'ainsi, toutes les aventures aux pays d'Oz auront &#233;t&#233; en fait r&#234;v&#233;es, mais, pour le moment, le spectateur ignorant &#233;videmment l'&#233;pilogue du r&#233;cit, nous la voyons ouvrir la porte de la maison. Le film passe alors &#224; la couleur, nous donnant &#224; voir un paysage riche en fleurs tr&#232;s color&#233;es. C'est, dans tous les sens du mot, un univers onirique qui se d&#233;voile aux yeux de Dorothy, d&#233;clarant : &#171; J'ai l'impression que nous ne sommes plus au Kansas. Nous sommes au-del&#224; de l'arc-en-ciel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux m&#233;tamorphoses color&#233;es du cheval, dans &lt;i&gt;Le Magicien d'Oz&lt;/i&gt;, l'&#233;cho avec le film &lt;i&gt;Peau d'&#226;ne&lt;/i&gt;, de Demy, est &#233;vident. Disons quelques mots des &#233;v&#233;nements qui conduisent &#224; ce moment. Dorothy, son chien, et leurs nouveaux amis rencontr&#233;s dans ce pays merveilleux (l'&#233;pouvantail, l'homme en fer blanc et le lion) arrivent enfin au ch&#226;teau couleur &#233;meraude du Magicien d'Oz. C'est l&#224; que les amis seront invit&#233;s &#224; monter dans une voiture tir&#233;e par un cheval blanc &#8211; mais, rapidement, le cheval vire au mauve, puis au rouge, et enfin au jaune. L'explication de ces changements chromatiques r&#233;siderait dans le fait que le cheval serait le r&#233;sultat d'un croisement entre une jument et un cam&#233;l&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette importance accord&#233;e &#224; la couleur dans le musical, Demy donne peut-&#234;tre tout son poids &#224; cette forme artistique, &#224; savoir sa capacit&#233; &#224; mettre en mouvement des objets (de tout type) initialement inertes, fig&#233;s. La couleur inqui&#232;te le contour des choses, et nous renvoie &#224; un rapport plus sensitif au monde (&#224; un rapport au monde pour ainsi dire ant&#233;rieur &#224; la perception, c'est-&#224;-dire ant&#233;rieur &#224; l'organisation des sensations selon les formes du temps et de l'espace &#8211; autrement dit, &#224; un rapport au monde qui est celui de l'enfant, pour lequel le contour des choses n'est pas encore fig&#233;). Le fait de chanter, au lieu de parler, de danser, au lieu de seulement se mouvoir, de faire des claquettes, y compris sous la pluie, cela reconduit &#224; un usage non strictement utilitaire de la voix et du corps, et, plus largement, cela introduit une sorte de faille entre le monde et le rapport familier que nous entretenons ordinairement avec lui. Le personnage m&#234;me de Peau d'&#226;ne (incarn&#233; par Catherine Deneuve) fait signe vers une sorte d'indistinction entre l'humain et l'animal, et plus g&#233;n&#233;ralement, ce sont les partages anthropologiques et moraux que ce film inqui&#232;te &#8211; la distinction, par exemple, entre amours autoris&#233;es et &#171; hymen insens&#233; &#187; (la fin du film est d'ailleurs beaucoup plus ambigu&#235; qu'il pourrait sembler &#224; premi&#232;re vue : la distinction entre amour filial et amours incestueux n'y est pas nettement r&#233;tablie, &#224; la diff&#233;rence de ce qui a lieu &#224; la fin du conte de Perrault). On pourrait dire que &lt;i&gt;Le Magicien d'Oz&lt;/i&gt;, &#224; l'image du conte de Perrault, constitue aussi un conte qui restaure finalement les partages et les distinctions entre les choses et les r&#232;gnes, puisque la fin du film, avec le r&#233;veil de Dorothy, assure un retour dans le monde ordinaire, dont les aventures au pays d'Oz n'auront donc valu que comme un divertissement, comme une plong&#233;e dans l'imaginaire (l'imaginaire lui-m&#234;me alors instaur&#233; comme l'autre de la r&#233;alit&#233;). De ce point de vue, on peut dire que &lt;i&gt;Peau d'&#226;ne&lt;/i&gt; constitue, &#224; cet &#233;gard, un film plus audacieux que &lt;i&gt;Le Magicien d'Oz&lt;/i&gt;, dans sa capacit&#233; &#224; introduire du flou dans notre perception du monde &#8211; ce trouble dans la perception ne s'achevant pas, alors, avec le mot &#171; Fin &#187;. On peut d'ailleurs souligner que nombre de com&#233;dies musicales ont &#233;t&#233; l'occasion de remises en question radicales, &#224; la mani&#232;re de &lt;i&gt;J&#233;sus Christ Superstar&lt;/i&gt;, mais peut-&#234;tre surtout de &lt;i&gt;Hair&lt;/i&gt;, qui ont su mobiliser des &#233;nergies corporelles (y compris vocales) au profit d'une conception &#233;largie de l'existence. On n'oubliera pas, &#224; ce propos, que Demy et Varda furent des amis de Jim Morrison, et plus largement de certains po&#232;tes de la &lt;i&gt;beat generation&lt;/i&gt;, comme Allen Ginsberg. C'est aussi vers cet univers pop et psych&#233;d&#233;lique que fait signe un certain courant de la com&#233;die musicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai, cependant, que l'histoire du musical est vaste, et que ses diff&#233;rents courants sont tr&#232;s divers. Chez Jacques Demy, ce sont en effet diff&#233;rents &#226;ges de la com&#233;die musicale qu'on retrouve : des &#233;l&#233;ments emprunt&#233;s &#224; tel moment de l'&#226;ge d'or du musical (&#226;ge d'or que, selon des d&#233;coupages toujours discutables, on peut faire commencer apr&#232;s 1943, et connaissant son terme dans les ann&#233;es 60 &#8211; d&#233;coupage que j'emprunte &#224; Patrick Niedo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patrick Niedo, Hello Broadway. Une histoire de la com&#233;die musicale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), et des &#233;l&#233;ments plus tardifs. A cet &#233;gard, le film &lt;i&gt;Trois places pour le 26&lt;/i&gt; (film de 1988 de Jacques Demy), est fort int&#233;ressant. En effet, on y trouve un m&#233;lange d'&#233;l&#233;ments emprunt&#233;s aux univers d'Hollywood et de Broadway, d'une part, et une porosit&#233; entre des &#233;poques tr&#232;s diff&#233;rentes du musical, d'autre part. La forme m&#234;me du film est tr&#232;s instructive, qui emprunte &#224; la pratique du &lt;i&gt;backstage musical&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &#224; cette forme de la com&#233;die musicale qui a pour trame principale le montage d'un spectacle ou d'un musical. En 1948, Cole Porter &#233;crit la musique de la com&#233;die &lt;i&gt;Kiss me Kate&lt;/i&gt;, cr&#233;&#233;e &#224; Broadway, et qui illustre parfaitement le concept de &lt;i&gt;backstage musical&lt;/i&gt; : il s'agit d'une mise en abyme de la pi&#232;ce &lt;i&gt;La M&#233;g&#232;re apprivois&#233;e&lt;/i&gt;, des parall&#232;les &#233;tant instaur&#233;s, dans le musical, entre la vie en coulisse et l'&#233;laboration d'un spectacle. Dans le cas de &lt;i&gt;Trois places pour le 26&lt;/i&gt;, il s'agit d'un film autour du chanteur Yves Montand, o&#249; l'on se trouve face &#224; deux niveaux narratifs qui s'entrem&#234;lent. D'une part, il y a le retour &#224; Marseille du chanteur &#224; un &#226;ge m&#251;r (qui va retrouver des camarades, mais aussi une femme anciennement aim&#233;e, et qui revient dans les quartiers qu'il fr&#233;quentait dans sa jeunesse), et, d'autre part, le spectacle qui se pr&#233;pare (sur le mod&#232;le d'un musical de Broadway) autour de la biographie (romanc&#233;e) d'Yves Montand, sur la sc&#232;ne d'un th&#233;&#226;tre de Marseille. Le personnage contemporain de Montand jouera son propre r&#244;le lors du spectacle projet&#233; (tant&#244;t comme narrateur &#8211; d'autres acteurs, alors, incarneront un Montand jeune -, tant&#244;t chantant et dansant, se souvenant des airs qui l'enchantaient). On est donc face &#224; un film (celui de Demy), donnant &#224; voir la mise en forme d'un spectacle th&#233;&#226;tral (et musical) autour de Montand. On assiste &#233;galement &#224; des sc&#232;nes se jouant dans les coulisses du th&#233;&#226;tre, ou dans le cadre de la loge de l'artiste. Le lien entre com&#233;die musicale au th&#233;&#226;tre (Broadway) et com&#233;die musicale cin&#233;matographique est ainsi clairement &#233;tabli (des films ont bien &#233;t&#233; tir&#233;s de com&#233;dies de Broadway, et des com&#233;dies ont &#233;t&#233; mises en sc&#232;ne au th&#233;&#226;tre, &#224; la suite d'un film). Dans &lt;i&gt;Trois places pour le 26&lt;/i&gt;, les deux registres sont utilis&#233;s, puisque certaines chansons existent dans le film, hors de la mise en place du spectacle. Le lien entre ces deux registres est m&#234;me r&#233;alis&#233; par Montand lui-m&#234;me, lorsque, dans le cadre du spectacle, il &#233;voque les films que, jeune, il allait voir &#224; Marseille (au cin&#233;ma &lt;i&gt;Le Star&lt;/i&gt;, entre la Rue Paradis et la Rue Saint-Ferr&#233;ol, pr&#233;cise-t-il), &#233;vocation inscrite dans une mise en sc&#232;ne inspir&#233;e de Broadway.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre dans ce film que Demy revendique le plus explicitement (certes sous la forme d'un malicieux clin d'&#339;il) sa filiation avec la com&#233;die musicale. En effet, on y voit et entend Montand chanter son amour du musical, ins&#233;rant dans sa chanson de c&#233;l&#232;bres m&#233;lodies am&#233;ricaines de com&#233;dies de renom, mais aussi une r&#233;f&#233;rence aux &lt;i&gt;Parapluies de Cherbourg&lt;/i&gt;. &#171; Cin&#233; qui chante, cin&#233; qui danse &#187; est aussi un chant d'amour, de Demy, &#224; la com&#233;die musicale am&#233;ricaine, et il se d&#233;clare ainsi h&#233;ritier de cette tradition. Dans les citations pr&#233;sentes dans cette chanson, en effet, on trouve &#171; &lt;i&gt;I singin in the Rain&lt;/i&gt; &#187;, chanson &#233;crite par Arthur Freed et compos&#233;e par Nacio Herb Brown, &#171; &lt;i&gt;Cheek to cheek&lt;/i&gt; &#187;, chanson compos&#233;e par Irving Berlin, en 1935, pour &lt;i&gt;Le danseur du dessus&lt;/i&gt;, avec Fred Astaire et Ginger Rogers, mais aussi &lt;i&gt;Je ne pourrai jamais vivre sans toi&lt;/i&gt;, chanson des &lt;i&gt;Parapluies de Cherbourg&lt;/i&gt;, compos&#233;e par Michel Legrand. Si filiation il y a entre Demy et le musical, elle n'est sans doute nulle part affirm&#233;e plus explicitement que dans ce film. Dans l'extrait qu'on va voir, on notera &#233;galement la pr&#233;sence d'une cam&#233;ra, sur la sc&#232;ne, cam&#233;ra dirig&#233;e vers un mur o&#249; se dessine un &#233;cran lumineux, dispositif donnant le sentiment que les danseurs, sur cette m&#234;me sc&#232;ne, sortent d'un &#233;cran de cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Trois places pour le 26&lt;/i&gt; est &#233;galement un film int&#233;ressant en ce qu'il n'op&#232;re pas seulement une filiation entre les films de Demy et les com&#233;dies musicales classiques, mais &#233;tablit aussi un lien avec des musicals plus r&#233;cents. &lt;i&gt;West Side Story&lt;/i&gt;, notamment, me semble une r&#233;f&#233;rence sugg&#233;r&#233;e dans &lt;i&gt;Trois places pour le 26&lt;/i&gt;, &#224; travers l'esth&#233;tique urbaine qui se d&#233;gage de certaines sc&#232;nes du film de Demy. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un moment du film &lt;i&gt;West Side Story&lt;/i&gt;, sorte de &lt;i&gt;Rom&#233;o et Juliette&lt;/i&gt; des temps modernes, on se trouve dans un lieu d&#233;saffect&#233;, prot&#233;g&#233; par de hauts grillages. Sur cette sc&#232;ne (&lt;i&gt;West Side Story&lt;/i&gt; fut d'ailleurs d'abord une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre) vont s'affronter dramatiquement deux bandes rivales d'adolescents, les Sharks, d'origine portoricaine, et les Jets, se consid&#233;rant comme des Am&#233;ricains &#171; authentiques &#187;. Cette esth&#233;tique urbaine est bien pr&#233;sente dans le film de Demy, notamment dans ce moment o&#249; des ouvriers sont mis en sc&#232;ne, dansant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces sc&#232;nes de chantier se d&#233;gage aussi une certaine esth&#233;tique gay (certains danseurs, en casque et en short ne sont pas sans rappeler certaines figures des Village People), qu'on pourrait aussi rapprocher d'autres productions am&#233;ricaines post&#233;rieures &#224; &lt;i&gt;West Side Story&lt;/i&gt;, comme &lt;i&gt;The March of the Fasettos&lt;/i&gt; (1981), montrant une homosexualit&#233; bien moins &#233;dulcor&#233;e et romantique que celle de la &lt;i&gt;Cage aux folles&lt;/i&gt; (com&#233;die musicale tir&#233;e de la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre fran&#231;aise, et qui connut un grand succ&#232;s &#224; Broadway). De cette fa&#231;on, Demy parvient &#224; ne pas faire de son film une simple d&#233;claration nostalgique d'amour envers le musical &#8211; ses formes les plus r&#233;centes, celles qui renouvellent le genre, l'int&#233;ressent &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, je voudrais &#233;voquer le rapport de Jacques Demy &#224; la r&#233;alit&#233;, dans son cin&#233;ma et, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt;, lorsqu'il emprunte au genre de la com&#233;die musicale. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne vise aucunement une forme cin&#233;matographique naturaliste, en faisant chanter les personnages, en peignant de bleu le quartier du Bouffay, en empruntant au genre de l'op&#233;ra (&lt;i&gt;Une chambre en ville&lt;/i&gt;), et la liste est loin d'&#234;tre close. Cependant, on se tromperait, me semble-t-il, si l'on voyait dans ce recours &#224; des conventions et artifices une volont&#233; de donner &#224; voir une r&#233;alit&#233; onirique, d&#233;connect&#233;e de la r&#233;alit&#233;. C'est bien l'inverse qui se produit : l'irr&#233;alit&#233; apparente, parfois, de son cin&#233;ma n'a peut-&#234;tre pas d'autre fonction que celle de nous r&#233;v&#233;ler la r&#233;alit&#233;. Une citation, emprunt&#233;e &#224; Siegfried Kracauer, indiquera ce que je veux dire ici, pr&#233;cisant ce qu'il entend exactement lorsqu'il parle d'un film pleinement &lt;i&gt;cin&#233;matographique&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le film est pleinement lui-m&#234;me lorsqu'il enregistre et r&#233;v&#232;le la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle. Or cette r&#233;alit&#233; comporte nombre de ph&#233;nom&#232;nes qui ne sont gu&#232;re perceptibles que gr&#226;ce &#224; la capacit&#233; qu'a la cam&#233;ra de les saisir au vol. Et comme tout m&#233;dium privil&#233;gie les choses qu'il est seul &#224; pouvoir rendre, on peut s'attendre &#224; ce que le cin&#233;ma soit mu par le d&#233;sir de repr&#233;senter la vie mat&#233;rielle en ce qu'elle a de fugitif, de plus &#233;ph&#233;m&#232;re. Les foules des rues, les gestes involontaires, les impressions passag&#232;res sont ses mets de choix. [&#8230;] Je postule donc que les films sont fid&#232;les au m&#233;dium dans la mesure o&#249; ils explorent le monde que nous avons sous les yeux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Siegfried Kracauer, Th&#233;orie du film. La r&#233;demption de la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, si l'on suit l'indication de Kracauer, le cin&#233;ma serait capable (lorsqu'il est fid&#232;le &#224; ce que peut ce m&#233;dium) de nous r&#233;v&#233;ler le monde qu'on a sous les yeux, et donc pas seulement de nous le restituer. C'est en enrayant notre rapport ordinaire au monde que le cin&#233;ma de Demy nous r&#233;apprend &#224; le voir. Dans ces conditions, le rapport de Jacques Demy au musical, dans son cin&#233;ma, participerait bien de cette d&#233;stabilisation des cat&#233;gories par lesquelles, ordinairement, nous percevons la r&#233;alit&#233;. Il nous conduit &#224; renouer avec la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, en pla&#231;ant &#224; distance la r&#233;alit&#233; ordinaire. C'est une sorte de vision d'enfance qui nous est ainsi restitu&#233;e, non en ce que nous redeviendrions enfant en voyant ses films, mais bien parce qu'il permet &#224; des blocs d'enfance de surgir dans notre pr&#233;sent. En cela, il nous permet de ne pas entretenir un rapport seulement nostalgique &#224; l'enfance (celle qui surgit avec les images du souvenir), mais bien un rapport pr&#233;sent : il s'agit d'une rem&#233;moration de l'enfance, en ce qu'alors des moments pass&#233;s reviennent, en un &#233;clair, dans notre pr&#233;sent, &#224; l'image du &#171; temps retrouv&#233; &#187;, chez Proust. C'est peut-&#234;tre l&#224; que se situe le secret de la joie &#233;manant de bien des films de Demy : le pass&#233; n'est pas r&#233;volu, et des instants pass&#233;s, mais non v&#233;cus consciemment, peuvent surgir inopin&#233;ment dans notre pr&#233;sent. Nous les recevons alors dans les rires et dans les larmes. La r&#233;f&#233;rence &#224; la com&#233;die musicale joue, &#224; cet &#233;gard, un r&#244;le &#233;minent dans le cin&#233;ma de Demy, en ce que, par sa dimension enchanteresse, le musical fait tomber certaines de nos d&#233;fenses, au moyen desquelles nous cherchions &#224; nous pr&#233;munir contre une mise entre parenth&#232;ses des cat&#233;gories par lesquelles, de fa&#231;on ordinaire, nous nous assurons un rapport familier au monde &#8211; familier, mais largement aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Alain Naze&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_784 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/9782343025759b.jpg' width='500' height='304' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_785 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/9782140494659b.jpg' width='500' height='313' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patrick Niedo, &lt;i&gt;Hello Broadway. Une histoire de la com&#233;die musicale am&#233;ricaine&lt;/i&gt;, Paris, Les &#233;ditions Ipanema, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Siegfried Kracauer, &lt;i&gt;Th&#233;orie du film. La r&#233;demption de la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle&lt;/i&gt;, trad. Daniel Blanchard, Claude Orsoni, Paris ? Flammarion, 2010, p.13-14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Tout se passe comme si les combattants palestiniens avaient voulu produire un effet-miroir de la guerre men&#233;e par Isra&#235;l contre la Palestine &#187;</title>
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		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le fait que l'on somme quiconque intervient autour de l'action militaire des Palestiniens de l'identifier comme &#171; terroriste &#187; indique d&#233;j&#224; une volont&#233; de disqualifier cette op&#233;ration, au nom de ce qui serait inacceptable, y compris en situation de guerre. Que le caract&#232;re asym&#233;trique de cette guerre impose un certain type d'intervention aux Palestiniens, de cela, il n'est tenu aucun compte. Mais, surtout, cette insistance montre bien que cette op&#233;ration en territoire isra&#233;lien a atteint son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le fait que l'on somme quiconque intervient autour de l'action militaire des Palestiniens de l'identifier comme &#171; terroriste &#187; indique d&#233;j&#224; une volont&#233; de disqualifier cette op&#233;ration, au nom de ce qui serait inacceptable, y compris en situation de guerre. Que le caract&#232;re asym&#233;trique de cette guerre impose un certain type d'intervention aux Palestiniens, de cela, il n'est tenu aucun compte. Mais, surtout, cette insistance montre bien que cette op&#233;ration en territoire isra&#233;lien a atteint son but, certes pas m&#233;diatiquement, mais en termes d'explicitation de la nature de la politique guerri&#232;re d'Isra&#235;l. En effet, tout se passe comme si les combattants palestiniens avaient voulu produire un effet-miroir de la guerre men&#233;e par Isra&#235;l &#224; l'encontre de la Palestine. De cette intervention en territoire isra&#233;lien des images ont effectivement &#233;t&#233; produites &#8211; film&#233;es par les combattants palestiniens, mais aussi, apr&#232;s coup, par des m&#233;dias de multiples nations. Or, jusqu'ici, les bombardements isra&#233;liens touchant la Palestine &#233;taient seulement relay&#233;s au moyen d'un r&#233;cit froid, indiquant &#233;ventuellement le nombre des victimes, mais ne pr&#233;sentant jamais les visages des Palestiniens tu&#233;s ou estropi&#233;s. Cette fois, les reportages se multiplient, qui insistent sur les d&#233;tails de la mise &#224; mort d'Isra&#233;liens, ou qui donnent la parole aux familles de victimes ou d'otages des combattants palestiniens. L'empathie internationale, d&#232;s lors, se trouve mise en branle, qui va jusqu'&#224; justifier un soutien &lt;i&gt;inconditionnel&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;gard des mesures de r&#233;torsion qu'Isra&#235;l pourrait &#234;tre conduit &#224; adopter. Le fait qu'on prive la Palestine d'eau, d'&#233;lectricit&#233;, de gaz, d'alimentation, tout cela serait l&#233;gitim&#233; par le fait qu'on se trouve face &#224; des &#171; sauvages &#187; (expression d'un ministre du gouvernement isra&#233;lien), justifiant qu'on ne respecte plus, en l'occurrence, les lois de la guerre. Netanyahu parle d'ailleurs d'une &#171; vengeance &#187; &#224; exercer &#224; l'encontre des Palestiniens, et pas du tout de justice. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on peut dire, malgr&#233; tout (y compris le d&#233;luge de feu s'abattant actuellement sur la Palestine) que cette op&#233;ration a atteint son but, c'est qu'elle r&#233;v&#232;le ce qu'a toujours &#233;t&#233; la politique isra&#233;lienne &#224; l'&#233;gard des Palestiniens &#8211; une volont&#233; d'extermination, dans le sens o&#249; un &#171; bon &#187; Palestinien devrait &#234;tre mort, ou int&#233;gr&#233; &#224; l'Etat d'Isra&#235;l. Aujourd'hui, au moment o&#249; ne pas d&#233;finir cette op&#233;ration militaire comme &#171; terroriste &#187; voue quiconque aux g&#233;monies, l'Etat isra&#233;lien triomphe, dans sa volont&#233; exterminatrice &#8211; exceptant les combattants palestiniens de l'humanit&#233;, il est d&#232;s lors ais&#233; de les livrer &#224; une extermination hors des lois de la guerre. J'insiste : cela n'est pas nouveau, et constitue le fond de la justification isra&#233;lienne des violences et privations exerc&#233;es &#224; l'encontre du peuple palestinien. Cette op&#233;ration a jou&#233; &#224; cet &#233;gard le r&#244;le de r&#233;v&#233;lateur. N'oublions pas, en effet, que lorsque Isra&#235;l s'est trouv&#233; en face d'opposants palestiniens plus souples que le Hamas, toujours il a fait en sorte de ne rien c&#233;der, ouvrant ainsi la voie &#224; une d&#233;sesp&#233;rance dont on mesure aujourd'hui la port&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, si cette op&#233;ration militaire a atteint son but, c'est aussi en ce que, images &#224; l'appui, elle a pu rendre visible ce qui jusqu'ici &#233;tait invisibilis&#233; : la mort, les mutilations de femmes, d'enfants, sous les bombardements de r&#233;torsion isra&#233;liens. Rien de tout cela n'&#233;tait visible &#8211; juste un communiqu&#233; froid de l'AFP, signalant des repr&#233;sailles &#224; l'encontre du territoire palestinien. Oui, le meurtre d'enfants isra&#233;liens soul&#232;ve le c&#339;ur, mais lorsque les enfants sont palestiniens, cela doit-il moins nous r&#233;vulser ? Cette op&#233;ration palestinienne en territoire isra&#233;lien permet de saisir, enfin, le malheur subi par les populations palestiniennes depuis des d&#233;cennies. Si j'osais, je dirais que cette op&#233;ration rev&#234;t une vertu p&#233;dagogique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un article d'ao&#251;t-septembre 2006, &lt;i&gt;Le monde diplomatique&lt;/i&gt; &#233;voque le documentaire de Claude Lanzmann, &lt;i&gt;Tsahal&lt;/i&gt;, lors duquel, en tant qu'interviewer, il laisse passer sans broncher cette parole de g&#233;n&#233;raux de l'arm&#233;e isra&#233;lienne : &#171; Notre arm&#233;e est pure (...), elle ne tue pas d'enfants. Nous avons une conscience et des valeurs et, &#224; cause de notre morale, il y a peu de victimes [palestiniennes] &#187;. Les bombardements sur des zones surpeupl&#233;es de Palestine suffisent pour d&#233;mentir cette affirmation, et lorsque, sur un des th&#233;&#226;tres d'op&#233;rations actuel des combattants palestiniens revient, inscrite, la m&#234;me affirmation : &#171; Nous ne tuons ni les femmes ni les enfants &#187;, le jeu de miroir est &#233;vident. Bien s&#251;r, tout cela passera sous les radars, alors que cette mise en perspective permettrait de saisir les soubassements de cette op&#233;ration de la r&#233;sistance palestinienne, me semble-t-il. Cette d&#233;monstration par l'action a tout de ce qui caract&#233;rise le scandale. Elle est devenue n&#233;cessaire, mais gageons qu'elle ne sera pas entendue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>To be or not to be (a sexual minority)</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1189</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#224; Y. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les femmes, c'est tellement eff&#233;min&#233; qu'&#231;a fait p&#233;d&#233; &#187; (Serge Gainsbourg). &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est aujourd'hui par l'acronyme LGBTQIA+ qu'on d&#233;signe fr&#233;quemment les minorit&#233;s sexuelles &#8211; englobant ainsi &#224; la fois des situations relatives &#224; l'orientation sexuelle, mais aussi &#224; l'identit&#233; sexuelle. En cela, on viserait &#224; la fois des minorit&#233;s, distingu&#233;es de la majorit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle et/ou cisgenre. Il est alors question de minorit&#233;s de type quantitatif, mais cela peut &#233;galement faire signe vers une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=59" rel="directory"&gt;&#202;tre (devenir) minoritaire - Universit&#233; d'&#233;t&#233;, du 22 juillet au 31 juillet 2023 / To be (become) minority - Summer conference, from 7/22 to 7/31&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#224; Y.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les femmes, c'est tellement eff&#233;min&#233; qu'&#231;a fait p&#233;d&#233; &#187; (Serge Gainsbourg).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aujourd'hui par l'acronyme LGBTQIA+ qu'on d&#233;signe fr&#233;quemment les minorit&#233;s sexuelles &#8211; englobant ainsi &#224; la fois des situations relatives &#224; l'orientation sexuelle, mais aussi &#224; l'identit&#233; sexuelle. En cela, on viserait &#224; la fois des minorit&#233;s, distingu&#233;es de la majorit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle et/ou cisgenre. Il est alors question de minorit&#233;s de type quantitatif, mais cela peut &#233;galement faire signe vers une situation de minoris&#233;.e.s, &#233;ventuellement sous des angles l&#233;gislatif, social, ou encore symbolique. Qu'une minorit&#233; ne le soit m&#234;me pas n&#233;cessairement de mani&#232;re quantitative, c'est ce que montre le cas des femmes, pouvant faire l'objet de discriminations diverses de la part d'un pouvoir souvent encore masculin, voire patriarcal, bien qu'elles puissent constituer une majorit&#233; num&#233;rique. Cependant, si l'on en restait &#224; ce niveau de consid&#233;rations pour d&#233;finir le statut des minorit&#233;s, alors, les luttes qui leur sont propres ne pourraient gu&#232;re prendre d'autres formes que celles s'apparentant &#224; des revendications d'acc&#232;s &#224; l'espace social, de reconnaissance symbolique, peut-&#234;tre &#233;galement d'acc&#232;s au pouvoir politique, ou encore d'&#233;galit&#233; l&#233;gislative. Autrement dit, ce type de revendications irait dans le sens d'une demande d'inclusion au sein de la soci&#233;t&#233;. Que la simple possibilit&#233; d'exister socialement, et m&#234;me d'exister tout simplement en passe par une reconnaissance symbolique, mais aussi par une visibilit&#233; dans l'espace public, c'est une &#233;vidence &#8211; comment une personne intersexe pourrait-elle seulement &#233;prouver son &#234;tre sans une cat&#233;gorie, socialement et existentiellement efficiente, dans laquelle elle se reconna&#238;trait ? Si l'on nomme &#171; inclusion &#187; la revendication de ce minimum vital, on ne peut aller contre, c'est &#233;vident. En revanche, si, par inclusion, on entend le simple fait d'&#234;tre inclus dans la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est, la question devient plus probl&#233;matique. En effet, une telle inclusion peut s'apparenter parfois &#224; une forme d'assimilation &#8211; ce fut le cas pour le &#171; mariage pour tous &#187;, puisqu'il s'agissait, dans ce cas, pour les gays et lesbiennes, de se fondre dans un mode d'union pens&#233; par et pour une soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;rocentr&#233;e. Dans cette tentation assimilationniste, c'est le statut de minorit&#233; sexuelle des gays et lesbiennes qui tend &#224; se nier. La demande d'une inclusion ainsi entendue implique donc la dilution des minorit&#233;s homosexuelles au sein de la majorit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle (au sexe du, ou de la partenaire pr&#232;s). On pressent d&#233;j&#224; qu'une logique inclusive entendue en ce dernier sens tend &#224; faire perdre aux minorit&#233;s sexuelles leur dimension d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;, au regard de la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est, ce qui revient &#224; les faire se dissoudre plus ou moins compl&#232;tement dans le majoritaire &#8211; cela est d'autant plus &#233;vident dans le cas de la France que le mod&#232;le universaliste r&#233;publicain ne peut effectuer ce geste d'inclusion que sur le mode de l'assimilation, c'est-&#224;-dire sur un fond d'exclusion. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#233;viter une telle r&#233;sorption du minoritaire dans le majoritaire &#8211; et ceci est n&#233;cessaire, si l'on juge d&#233;sastreux le fait que les minorit&#233;s n'envisagent de salut qu'aux conditions du majoritaire -, alors, il conviendrait sans doute de commencer &#224; penser les minorit&#233;s autrement que selon le seul axe minorit&#233;/majorit&#233; (car en ce cas, le combat peut difficilement viser autre chose qu'une forme de participation au majoritaire), et bien plut&#244;t envisager les minorit&#233;s comme ayant &#224; entrer dans un devenir-mineur. Ce n'est qu'&#224; ce prix que le potentiel r&#233;volutionnaire du mineur a quelque chance de dynamiter les logiques et les partages les plus assur&#233;s de la soci&#233;t&#233; majoritaire. Et ce combat, d&#232;s lors, rompra tout lien avec une logique corporatiste, puisqu'il concernera en effet tout le monde. C'est bien ce sur quoi me semblent d&#233;boucher ces mots de Deleuze, dans &lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il y a une figure universelle de la conscience minoritaire, comme devenir de tout le monde, et c'est ce devenir qui est cr&#233;ation. Ce n'est pas en acqu&#233;rant la majorit&#233; qu'on y atteint. Cette figure, c'est pr&#233;cis&#233;ment la variation continue, comme une amplitude qui ne cesse de d&#233;border par exc&#232;s et par d&#233;faut le seuil repr&#233;sentatif de l'&#233;talon majoritaire. En dressant la figure d'une conscience universelle minoritaire, on s'adresse &#224; des puissances de devenir qui sont d'un autre domaine que celui du Pouvoir et de la Domination. C'est la variation continue qui constitue le devenir minoritaire de tout le monde, par opposition au Fait majoritaire de Personne. Le devenir minoritaire comme figure universelle de la conscience s'appelle autonomie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, Capitalisme et schizophr&#233;nie. Mille plateaux, Les &#233;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon propos, pour le dire d'abord rapidement, il va s'agir de se pencher sur la question de l'homosexualit&#233;, ou plut&#244;t des homosexualit&#233;s, en vue d'arracher les sexualit&#233;s gays &#224; l'axe homo/h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. L'intention est de chercher &#224; donner corps &#224; l'id&#233;e d'une homosexualit&#233; fluide, qui circule, &#224; une homosexualit&#233; non substantielle, c'est-&#224;-dire &#224; une homosexualit&#233; non d&#233;finie par le sexe des partenaires. Non substantielle, cette homosexualit&#233; s'av&#232;rera donc effectivement mineure, en concernant bien tout le monde. Elle ne sera donc pas l'affaire des seul.e.s dit.e.s &#171; homosexuel.le.s, qui, en tant que groupe social minoritaire, reproduisent fr&#233;quemment des m&#233;canismes majoritaires, notamment en cr&#233;ant de l'exclusion, variable selon les &#233;poques, dans la suppos&#233;e &#171; communaut&#233; &#187; gay &#8211; pensons &#224; l'actuel jeunisme qui y r&#232;gne, ou encore &#224; la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des racis&#233;.e.s pas toujours assez enthousiastes &#224; l'id&#233;e d'acc&#233;der &#224; un &#171; mariage pour tous &#187;, ou &#224; l'id&#233;e de devoir recourir au &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt;, mais aussi envers les &#171; Folles &#187;, cens&#233;es donner une image d&#233;gradante de la &#171; communaut&#233; &#187;. Au fond, c'est bien une recherche de respectabilit&#233; qui se joue &#224; travers ces pratiques de marginalisation, de stigmatisation. Or, aux yeux de qui est-elle recherch&#233;e, sinon aux yeux de la majorit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle ? Le ph&#233;nom&#232;ne n'est pas nouveau, et Guy Hocquenghem faisait d&#233;j&#224; remarquer, en 1977, dans &lt;i&gt;La d&#233;rive homosexuelle&lt;/i&gt;, la tendance des gays &#224; l'uniformisation, rendant de plus en plus d&#233;licate la distinction entre homos et h&#233;t&#233;ros :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La pression normalisante va vite, m&#234;me si Paris et les bo&#238;tes de la rue Sainte-Anne ne sont pas toute la France. Il reste encore des folles &#224; Arabes en banlieue ou &#224; Pigalle. N'emp&#234;che que le mouvement est lanc&#233; d'une homosexualit&#233; enfin blanche, dans tous les sens du terme. Et il est assez curieux de constater, &#224; regarder les publicit&#233;s ou les films, puis la sortie des bo&#238;tes de tantes, l'apparition d'un mod&#232;le unisexuel &#8211; c'est-&#224;-dire commun aux homosexuels et aux h&#233;t&#233;rosexuels &#8211; propos&#233; aux d&#233;sirs et &#224; l'identification de chacun. Les homosexuels deviennent indiscernables, non parce qu'ils cachent mieux leur secret, mais parce qu'ils sont de c&#339;ur et de corps uniformis&#233;s, d&#233;barrass&#233;s de la saga du ghetto, r&#233;ins&#233;r&#233;s &#224; part pleine et enti&#232;re non dans leur diff&#233;rence, mais au contraire dans leur ressemblance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Hocquenghem, La d&#233;rive homosexuelle, Jean-Pierre Delarge &#201;diteur, 1977, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces mots, on retrouve bien cette tentation d'une minorit&#233; &#224; se rendre fr&#233;quentable par la majorit&#233;, mieux, &#224; lui ressembler. Dans ces quelques lignes, ce sont les &#171; tantes &#187; et les &#171; Arabes &#187; qui font les frais de cette transformation, qu'on pourrait bien nommer petite-bourgeoise, en ce qu'il s'agirait, pour les gays en l'occurrence, de se d&#233;barrasser des stigmates de la marge. Loin d'engager un devenir-mineur de la minorit&#233; gay, il s'agirait alors de la laver des traces du ghetto, pour la placer dans un rapport d'homog&#233;n&#233;it&#233; avec la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Dans le m&#234;me livre, Hocquenghem le dit tr&#232;s clairement, le sacrifice d'anciens compagnons est rendu n&#233;cessaire par cette recherche de respectabilit&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand l'homosexualit&#233; s'avoue et se rationalise, elle tente de repousser dans l'ombre ses anciens compagnons des bas-fonds. La rupture avec les amours interclassistes est la condition du salut homosexuel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p.18.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il m'a d&#232;s lors sembl&#233; utile d'interroger, &#224; travers un regard r&#233;trospectif, ce que cette &#171; rupture avec les amours interclassistes &#187; avait profond&#233;ment transform&#233; dans la mani&#232;re d'&#234;tre de la minorit&#233; gay. Pour ce faire, je me suis pench&#233; sur le beau et si riche livre de George Chauncey, &lt;i&gt;Gay New York&lt;/i&gt;, portant sur la p&#233;riode allant de 1890 &#224; 1940&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;George Chauncey, Gay New York. 1890-1940, trad. Didier &#201;ribon, Fayard, 2003 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les enseignements qu'il m'a sembl&#233; possible d'y puiser n'alimentent pas une d&#233;marche nostalgique, ni ne visent &#224; engager une restauration (de toute fa&#231;on impossible, et par certains c&#244;t&#233;s, non souhaitable) d'une &#233;poque ancienne. Il s'agit plut&#244;t pour moi, sans doute en lecteur de Benjamin, d'identifier certaines virtualit&#233;s, qu'il serait peut-&#234;tre utile de faire surgir dans notre pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par certains c&#244;t&#233;s, Florence Tamagne r&#233;alisera pour l'Europe (Berlin, Londres et Paris, entre 1919 et 1939)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Florence Tamagne, Histoire de l'homosexualit&#233; en Europe, Berlin, Londres, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; un travail s'apparentant &#224; celui de Chauncey pour New York. Dans les deux cas, il s'agit d'abord de s'opposer &#224; l'id&#233;e re&#231;ue selon laquelle les &#233;meutes de Stonewall (en 1969)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#233;meutes de Stonewall sont une s&#233;rie de manifestations spontan&#233;es et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; constitueraient l'&#233;v&#233;nement fondateur ayant donn&#233; naissance, pour la premi&#232;re fois, &#224; une visibilit&#233; homosexuelle, avec l'id&#233;e qu'auparavant les gays et lesbiennes &#233;taient n&#233;cessairement condamn&#233;s au &#171; placard &#187;. Ce que ces deux livres vont &#233;tablir, c'est bien que dans la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle (et m&#234;me dans les derni&#232;res ann&#233;es du XIXe pour New York), dans certaines m&#233;tropoles, une vie gay intense existait d&#233;j&#224;, notamment au travers de cabarets, bars, bo&#238;tes, lieux de rencontre, avant que la r&#233;action (sous des formes diverses aux &#201;tats-Unis et en Europe), depuis les ann&#233;es 40, y mette fin. D'ailleurs Chauncey indique qu'alors l'expression consacr&#233;e pour d&#233;signer l'entr&#233;e dans une existence gay manifeste &#233;tait un compos&#233; de &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;coming into&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;coming out into&lt;/i&gt;), signifiant ainsi qu'on insistait moins sur une sortie de la clandestinit&#233;, dont il se serait agi de s'affranchir, que sur une entr&#233;e dans un monde sp&#233;cifique. Il d&#233;crit ainsi cet emprunt &#224; la culture f&#233;minine du rituel de la &#171; d&#233;butante &#187; pr&#233;sent&#233;e &#224; la soci&#233;t&#233; de son milieu culturel :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le &#8220;&lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt;&#8221; d'un gay signifiait donc qu'il &#233;tait officiellement pr&#233;sent&#233; lors de la plus grande manifestation collective de la soci&#233;t&#233; gay d'avant-guerre, &#224; savoir les gigantesques bals travestis, qui &#233;taient calqu&#233;s sur le mod&#232;le des bals des d&#233;butantes et des bals costum&#233;s de la culture dominante et se tenaient &#224; date fixe &#224; New York, Chicago, La Nouvelle-Orl&#233;ans, Baltimore et dans d'autres villes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Chauncey, op. cit., p.17.&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toute une subculture gay se r&#233;v&#232;le ainsi, avec ses codes, ses modalit&#233;s sp&#233;cifiques de sociabilit&#233; et de divertissements. Et le &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt;, s'il est &lt;i&gt;into&lt;/i&gt;, indique bien qu'il ne s'agit pas de &#171; s'avouer &#187; aux non-gays, mais de se pr&#233;senter publiquement, sur la sc&#232;ne qui sera la sienne &#8211; une forme d'intronisation, si l'on veut. Ce sur quoi il faut peut-&#234;tre surtout insister, c'est que si un monde gay visible existait en effet au d&#233;but du XXe si&#232;cle &#224; New York, ce monde entretenait des liens tr&#232;s &#233;vidents avec les milieux populaires, et ce monde, par ailleurs, n'existait pas de mani&#232;re &#233;tanche &#224; l'&#233;gard des h&#233;t&#233;rosexuels. Chauncey insiste sur l'acceptation beaucoup plus grande des gays dans les milieux populaires qu'au sein de la classe moyenne :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Alors que les &#233;tablissements et les bars du Bowery servaient avant tout de lieux de rencontre aux hommes des classes populaires, aussi bien gays que &#8220;normaux&#8221;, ils &#233;taient &#233;galement fr&#233;quent&#233;s par des hommes de classes moyennes, et pas seulement ceux qui venaient des quartiers r&#233;sidentiels pour y passer une nuit sans tabous. De nombreux hommes gays des quartiers r&#233;sidentiels y venaient aussi, afin d'&#233;chapper aux contraintes qui pesaient sur eux dans leur propre milieu. [&#8230;] Dans la mesure o&#249; &#8220;le monde sup&#233;rieur, chic, hypocrite et bigot, affirme Werther [un &#233;tudiant qui a v&#233;cu &#224; New York dans les ann&#233;es 1890 et 1900 &#8211; AN], consid&#232;re le bisexuel [par quoi il entend &#8220;un type interm&#233;diaire&#8221; ou tante, pr&#233;cise le traducteur] comme un monstre ou un paria, j'ai &#233;t&#233; &lt;i&gt;conduit&lt;/i&gt; &#224; me retrouver dans le monde des bas-fonds, d&#233;mocratique, franc et large d'esprit&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.62-63.&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce monde, que fait revivre Chauncey, faisait se croiser, dans des bars, sur les quais, des &#171; tantes &#187; (gays d'apparence eff&#233;min&#233;e), des hommes virils, consid&#233;r&#233;s comme de &#171; vrais hommes &#187;, des hommes des classes moyennes, des ouvriers, des marins, mais aussi des prostitu&#233;.e.s de tous les sexes. Ce tableau, qui n'est pas sans rappeler les romans de Jean Genet, indique un univers aux fronti&#232;res poreuses, faisant se rencontrer une diversit&#233; sociale et sexuelle &#233;vidente, &#224; l'oppos&#233; du caract&#232;re &#171; unisexuel &#187; et socialement homog&#232;ne du monde gay, que d&#233;non&#231;ait Hocquenghem. On comprend que, dans cet univers, on &#233;chappait radicalement &#224; la r&#233;sorption de l'homosexualit&#233; dans une conception objectiviste (en fonction du choix de l'objet sexuel), qui ferait plus tard un gay de quiconque entretient des rapports sexuels avec d'autres hommes. Il est &#233;vident que si les &#171; tantes &#187; recherchaient de &#171; vrais hommes &#187;, leur attirance pour eux &#233;tait fond&#233;e sur le fait qu'ils ne les consid&#233;raient pas comme gays, de m&#234;me que si les hommes virils acceptaient ce type de relations, ils ne se consid&#233;raient pas eux-m&#234;mes comme gays. On reviendra sur les difficult&#233;s qu'une telle conception peut poser, mais &#233;coutons d'abord Chauncey, lorsqu'il &#233;voque un t&#233;moignage selon lequel la ligne de partage homo/h&#233;t&#233;ro a r&#233;duit les possibilit&#233;s de rencontre avec des hommes dits &#171; normaux &#187; pour les gays :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un [&#8230;] t&#233;moin, barman dans des &#233;tablissements gays depuis 1940, atteste ce r&#233;tr&#233;cissement des possibilit&#233;s ouvertes aux &#8220;normaux&#8221;, en notant, en 1983, que lui-m&#234;me et ses amis consid&#232;rent qu'il est devenu plus difficile, depuis un certain nombre d'ann&#233;es, &#8220;de se faire des h&#233;t&#233;ros&#8221;. Ce barman sugg&#232;re une explication &#224; cette &#233;volution, en reprochant am&#232;rement au &#8220;mouvement gay&#8221; d'avoir &#8220;fait peur&#8221; aux h&#233;t&#233;ros qui auraient pu avoir des rapports avec lui &#8211; peur de se voir alors eux-m&#234;mes &#233;tiquet&#233;s comme gays. [&#8230;] Le changement observ&#233; par le barman ne portait pas seulement sur la mani&#232;re dont les gens &#8220;pensaient&#8221; la sexualit&#233;, mais aussi sur la fa&#231;on dont l'id&#233;ologie se traduisait dans les r&#232;gles gouvernant les pratiques &#233;rotiques ordinaires &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p.36-37.&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut adresser bien des objections &#224; ce mod&#232;le o&#249; l'homosexuel est la &#171; tante &#187; et o&#249; l'homme viril, lui, ne rel&#232;verait pas de la cat&#233;gorie &#171; gay &#187;. On pourrait d'abord consid&#233;rer que ce type de subjectivation des rapports sexuels se contente de reproduire le sch&#233;ma h&#233;t&#233;rosexuel, en ce que la &#171; tante &#187; serait consid&#233;r&#233;e comme une femme, l'homme viril, comme un homme. Et l'on ne peut nier qu'il arriva que bien des &#171; tantes &#187; fussent m&#233;pris&#233;es par leur amant, selon cet angle viriliste faisant que certains hommes &#233;tablissent un rapport de sup&#233;riorit&#233; &#224; l'&#233;gard des femmes. Chauncey le reconnait tout &#224; fait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dire que les tantes &#233;taient tol&#233;r&#233;es dans la plupart des milieux populaires ne revient pas &#224; dire qu'elles &#233;taient respect&#233;es. Les hommes qui devenaient des tantes devaient renoncer aux privil&#232;ges que leur donnait leur statut d'hommes. Si la culture populaire du genre offrait un espace aux tantes, c'&#233;tait un espace probl&#233;matique, et elles devaient se battre pour se cr&#233;er une place en tant que tantes dans leurs propres quartiers. [&#8230;] Si les tantes et les autres homosexuels &#233;taient largement reconnus en tant que types sociaux dans les rues des quartiers populaires, ils &#233;taient aussi consid&#233;r&#233;s comme des proies commodes par les bandes de jeunes qui contr&#244;laient les rues. &#8220;Aller casser de la tante&#8221; &#233;tait une mani&#232;re facile de se faire de l'argent, observait un jeune Italien de dix-neuf ans appartenant &#224; une bande de Harlem au d&#233;but des ann&#233;es 1930 &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p.81-82.&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en cela que je pr&#233;cisais, en d&#233;but d'intervention, que rien n'&#233;tait plus &#233;tranger &#224; mon intention que de pr&#244;ner un retour pur et simple &#224; cette p&#233;riode de la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle pour les gays. Cela dit, pour cerner l'int&#233;r&#234;t, malgr&#233; tout, de cette p&#233;riode, pour nous, aujourd'hui, il convient d'abord de faire remarquer que ce n'&#233;tait pas avec n'importe quel type de femmes que les &#171; tantes &#187; &#233;taient quasiment assimil&#233;es &#8211; elles &#233;taient avant tout rapproch&#233;es des prostitu&#233;es femmes. Or, le statut que les hommes accordaient aux prostitu&#233;es et aux &#171; tantes &#187; diff&#233;rait du statut qu'ils conf&#233;raient aux femmes en tant que telles. C'est l&#224; qu'un trouble dans le genre et dans la sexualit&#233; s'introduit, de fait, quand bien m&#234;me il ne jouerait que sur le fond d'un m&#233;pris social :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un homme pouvait avoir une relation romantique avec une femme qu'il esp&#233;rait &#233;pouser et qu'il traitait avec affection et respect, mais il se sentait libre cependant d'avoir recours aux services d'une prostitu&#233;e pour satisfaire ses besoins sexuels imm&#233;diats. Tr&#232;s peu d'hommes auraient pu ne serait-ce qu'imaginer de remplacer leur bien-aim&#233;e par une tante [&#8230;]. Mais pour nombre d'entre eux, il &#233;tait relativement facile de remplacer une prostitu&#233;e par une tante, puisque tous les deux offraient une satisfaction sexuelle imm&#233;diate, et les plaisirs et les amusements d'une compagnie &#8220;f&#233;minine&#8221; d&#233;bauch&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p.111-112.&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut bien s&#251;r insister sur le fait que c'est, dans cette p&#233;riode d'avant la seconde guerre mondiale, la repr&#233;sentation, g&#233;n&#233;ralement partag&#233;e, du fait qu'un homme ou une femme, en pratiquant une fellation, se trouve d&#233;choir de son statut social, qui implique que cette pratique est sollicit&#233;e aupr&#232;s des prostitu&#233;es et des &#171; tantes &#187;. En ce cas, on insisterait sur le m&#233;pris social s'attachant &#224; ces derni&#232;res. Mais on peut &#233;galement effectuer un pas de c&#244;t&#233;, en vue de s'interroger sur le caract&#232;re alors interchangeable des prostitu&#233;es et des tantes. C'est bien &#224; une dimension qu'on nommerait aujourd'hui &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; de l'identit&#233; sexuelle et de l'orientation sexuelle qu'on a &#224; faire ici. Insistant sur le fait que le pr&#233;jug&#233; selon lequel les prostitu&#233;es femmes &#233;taient plus susceptibles de transmettre des maladies sexuelles que les &#171; tantes &#187; n'&#233;tait pas rare, les hommes pr&#233;f&#233;raient avoir recours &#224; ces derni&#232;res, ne consid&#233;rant donc pas que ce type de relations f&#251;t de nature &#224; remettre en question leur virilit&#233;, Chauncey en conclut que l'appartenance sexuelle anatomique semble d&#232;s lors importer bien peu, ce qui conduit, de fait, ces relations sexuelles avec des tantes &#224; sortir de l'axe homo/h&#233;t&#233;rosexualit&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; S'il &#233;tait [&#8230;] possible de comparer les risques pour la sant&#233; que repr&#233;sentaient les prostitu&#233;es et les tantes, c'est bien parce que l'on pr&#233;supposait que les hommes pouvaient remplacer les prostitu&#233;es par des tantes sans mettre en p&#233;ril leur masculinit&#233;. Cette capacit&#233; des hommes &#224; &#233;valuer les plaisirs et les risques inh&#233;rents &#224; chaque type de rencontre fournit la meilleure preuve que l'axe h&#233;t&#233;ro-homosexualit&#233; ne gouvernait pas la mani&#232;re dont ils pensaient leurs pratiques sexuelles. Dans certaines circonstances, presque tous pouvaient faire le choix d'exp&#233;rimenter l'&#233;trange plaisir d'un rapport sexuel avec une tante &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p.115.&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait bien &#233;videmment insister sur les assignations de sexe qu'impliquait une telle conception des &#171; tantes &#187;, mais il me semble int&#233;ressant de bien voir que les pratiques qui en d&#233;coulaient ne se trouvaient pas limit&#233;es par ces repr&#233;sentations. En effet, le caract&#232;re substituable des &#171; tantes &#187; et des prostitu&#233;es implique un tel brouillage des identit&#233;s qu'on peut bien dire qu'en ce genre de relation circule &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; l'homosexualit&#233;, bien que ni l'homme viril ni la &#171; tante &#187; ne s'identifie comme homosexuel. Encore une fois, il est vrai qu'on pourrait y discerner le triomphe de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, avec des p&#244;les masculin et f&#233;minin, mais on peut tout aussi bien y voir une commune destitution de l'homosexualit&#233; et de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. On se trouve face &#224; des pratiques qui n'impliquent pas une orientation sexuelle d&#233;termin&#233;e. Plus pr&#233;cis&#233;ment, des rapports objectivement d&#233;finis comme homosexuels peuvent &#234;tre v&#233;cus tr&#232;s diff&#233;remment, et il en va de m&#234;me pour des rapports identifi&#233;s objectivement comme h&#233;t&#233;rosexuels. J'y reviendrai en conclusion. Dans ces conditions, dire qu'il y a &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; l'homosexualit&#233; dans tout type de rapports sexuels, cela signifie &#224; la fois qu'on ne peut d&#233;finir objectivement un rapport sexuel comme homo ou h&#233;t&#233;rosexuel, et, d'autre part, que les p&#244;les masculin et f&#233;minin ne rec&#232;lent rien de monolithique (ce serait le cas si l'on r&#233;f&#233;rait le genre &#224; l'anatomie), leur d&#233;finition tenant bien davantage &#224; une sorte de jeu social. Il suffit de jouer &#224; la &#171; tante &#187; pour &#234;tre classifi&#233; comme femme, il suffit de jouer au macho pour &#234;tre classifi&#233; comme &#171; vrai homme &#187;. Pensons &#224; &lt;i&gt;Querelle&lt;/i&gt;, de Jean Genet : le personnage de Nono pr&#233;sente tous les attributs d'une extr&#234;me virilit&#233;, et cela ne l'emp&#234;chera pas d'accepter de se faire sodomiser par le patron du bar, &#224; la suite d'un pari perdu. Nono en &#233;prouvera un plaisir certain, ce qui indique quelque chose du jeu (de dupe) social auquel donne lieu le fait de surjouer la masculinit&#233; ou la f&#233;minit&#233;. Dans ce monde de m&#226;les, la tendresse (inavou&#233;e) y trouve aussi sa place &#8211; pensons au film &lt;i&gt;Chant d'amour&lt;/i&gt;, du m&#234;me Genet, lorsque le rapport sexuel entre deux m&#226;les en passe par la m&#233;taphore de la cigarette. Se joue ind&#233;niablement une dimension performative de l'identit&#233; sexuelle et du r&#244;le sexuel en toute cette affaire, et le fait qu'un homme se consid&#233;rant comme &#171; vrai homme &#187; puisse consid&#233;rer qu'en ayant un rapport sexuel avec une prostitu&#233;e ou une &#171; tante &#187;, cela ne change rien, prouve la puissance effective du performatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers ce retour vers le d&#233;but du XXe si&#232;cle, il s'agissait pour moi de tenter une forme de t&#233;lescopage entre deux temporalit&#233;s, objectivement tr&#232;s diff&#233;rentes, mais dont les diff&#233;rences m&#234;mes m'ont sembl&#233; riches d'enseignements. Aujourd'hui, se reconna&#238;tre (et s'affirmer) comme homosexuel passe g&#233;n&#233;ralement comme un gain de libert&#233;. D&#232;s lors, dans certaines cultures o&#249; l'id&#233;e m&#234;me du &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt; est impensable, il semble g&#233;n&#233;ralement qu'on est face &#224; des soci&#233;t&#233; en panne, du point de vue de la suppos&#233;e &#171; lib&#233;ration sexuelle &#187;. Les choses ne sont sans doute pas si simples. Bien s&#251;r, on peut y voir une crispation sur une forme de masculinisme, en ce que le fait de se dire gay vous ferait d&#233;choir de votre statut social. Mais l'important n'est-il pas plut&#244;t, au-del&#224; des repr&#233;sentations, dans ce qui peut se produire, effectivement, en termes de rapports sexuels ? Qu'un gar&#231;on de culture africaine continue de se dire homme et surtout pas gay, la belle affaire, lorsqu'il entretient une relation &#233;rotique avec un autre gar&#231;on ! Le fait m&#234;me qu'il place cette relation en dehors de l'axe homo/h&#233;t&#233;rosexualit&#233; fait de lui quelqu'un qui s'inscrit (sans le vouloir, &#224; son corps d&#233;fendant peut-&#234;tre) dans une pratique &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;. Il n'objective pas le sexe de son partenaire, et donc pas non plus la nature des rapports qu'il entretient avec lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour finir, j'&#233;voquerai le superbe roman de Francis Carco, &lt;i&gt;J&#233;sus la Caille&lt;/i&gt;. Au milieu d'une foule de personnages entre souteneurs, prostitu&#233;.e.s, &#171; tantes &#187;, Fernande, sous la domination du Corse, commence &#224; &#233;prouver une attirance pour la Caille :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Elle aimait alors Petit Maurice et, maintenant, c'est la Caille qu'elle aimait. Elle sentait combien profond&#233;ment il la tenait. De ses yeux grands cern&#233;s, de sa longue m&#232;che blonde, de sa bouche prometteuse et de sa peau de femme, elle &#233;tait &#233;prise par-dessus tout. Et il lui montait au c&#339;ur un imp&#233;rieux besoin d'&#234;tre avec lui moins de son sexe que de l'autre ; ce besoin la poursuivait depuis si longtemps !...&lt;br class='autobr' /&gt;
D'ailleurs, l'exemple &#233;tait-il rare d'une fille amoureuse d'un J&#233;sus ? Friquette, Gaby, la m&#244;me Gis&#232;le ne se g&#234;naient pas pour choisir comme amants les plus &#233;quivoques &#8220;flancheurs&#8221; du Moulin. Elle &#233;tait libre enfin et le mot de Friquette : &#8220;Ma ch&#232;re, c'est plus &#233;patant qu'une gonzesse !&#8221; lui &#233;tait rest&#233; dans l'esprit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Francis Carco, J&#233;sus la Caille, Albin Michel, 1932, p.65.&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment finir de mani&#232;re plus explicite cette intervention qu'&#224; travers cette citation, o&#249; il appert qu'un gar&#231;on eff&#233;min&#233; (une &#171; tante &#187;) serait peut-&#234;tre plus satisfaisant qu'une femme, pour quelqu'un ayant une attirance pour les femmes ? Toute la fluidit&#233; d'une homosexualit&#233; non substantielle me para&#238;t r&#233;sider en ces mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Naze&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Capitalisme et schizophr&#233;nie. Mille plateaux&lt;/i&gt;, Les &#233;ditions de Minuit, 1980, p.134.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy Hocquenghem, &lt;i&gt;La d&#233;rive homosexuelle&lt;/i&gt;, Jean-Pierre Delarge &#201;diteur, 1977, p.132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;, p.18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;George Chauncey, &lt;i&gt;Gay New York. 1890-1940&lt;/i&gt;, trad. Didier &#201;ribon, Fayard, 2003 pour la traduction fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Florence Tamagne, &lt;i&gt;Histoire de l'homosexualit&#233; en Europe, Berlin, Londres, Paris 1919-1939&lt;/i&gt;, Le Seuil, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#233;meutes de Stonewall sont une s&#233;rie de manifestations spontan&#233;es et violentes contre un raid de la police qui a eu lieu dans la nuit du 28 juin 1969 &#224; New York, au Stonewall Inn, dans le quartier de Greenwich Village, dans l'&#201;tat de New York. Ces &#233;v&#233;nements sont souvent consid&#233;r&#233;s comme la premi&#232;re lutte des personnes gays, lesbiennes, bisexuelles et transgenres contre un syst&#232;me oppressant, soutenu par les autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Chauncey, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p.62-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;, p.36-37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;, p.81-82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;, p.111-112.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;, p.115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Francis Carco, &lt;i&gt;J&#233;sus la Caille&lt;/i&gt;, Albin Michel, 1932, p.65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mayotte, une rafle suivie d'une d&#233;portation</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1168</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1168</guid>
		<dc:date>2023-04-26T11:29:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;J'ai enseign&#233; &#224; Mayotte, de 2015 &#224; 2018. Dans ces trois ann&#233;es, j'ai rep&#233;r&#233; des indices inqui&#233;tants, faisant signe vers une possible guerre civile. Nous y arrivons quasiment aujourd'hui. Les indices rep&#233;r&#233;s tenaient essentiellement &#224; un d&#233;veloppement fantasm&#233; d'une &#171; identit&#233; mahoraise &#187;. En effet, les Comoriens, ou les Mahorais d'origine comorienne se trouvaient rejet&#233;s du c&#244;t&#233; de l'&#233;tranger ind&#233;sirable &#8211; &#224; preuve ces Fran&#231;ais d'origine comorienne dont les papiers d'identit&#233; fran&#231;aise (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai enseign&#233; &#224; Mayotte, de 2015 &#224; 2018. Dans ces trois ann&#233;es, j'ai rep&#233;r&#233; des indices inqui&#233;tants, faisant signe vers une possible guerre civile. Nous y arrivons quasiment aujourd'hui. Les indices rep&#233;r&#233;s tenaient essentiellement &#224; un d&#233;veloppement fantasm&#233; d'une &#171; identit&#233; mahoraise &#187;. En effet, les Comoriens, ou les Mahorais d'origine comorienne se trouvaient rejet&#233;s du c&#244;t&#233; de l'&#233;tranger ind&#233;sirable &#8211; &#224; preuve ces Fran&#231;ais d'origine comorienne dont les papiers d'identit&#233; fran&#231;aise &#233;taient d&#233;chir&#233;s, lors de d&#233;casages men&#233;s par des milices mahoraises, suppos&#233;ment centr&#233;es &#8211; ce qui n'&#233;tait pas plus d&#233;fendable &#8211; contre de suppos&#233;s immigr&#233;s &#171; ill&#233;gaux &#187;. La question est alors, de fa&#231;on absurde, devenue une question de type ethnique (absurde lorsqu'on sait combien les familles, dans cette r&#233;gion, unissent r&#233;put&#233;s Comoriens et r&#233;put&#233;s Mahorais). Aujourd'hui, bien des discours de Mahorais favorables &#224; l'op&#233;ration men&#233;e par G&#233;rald Darmanin en viennent &#224; caricaturer les Comoriens, comme on le fait g&#233;n&#233;ralement lors de conflits arm&#233;s, o&#249; l'ennemi est identifi&#233; &#224; un monstre. Ils deviennent, selon les mots d'Estelle Youssouffa (d&#233;put&#233;e mahoraise LIOT), des &#171; illettr&#233;s &#187;, mais aussi des &#171; b&#233;b&#233;s barbus &#187; (image &#233;vidente du &#171; monstre &#187;, et surtout fa&#231;on de remettre en cause la minorit&#233; des &#233;l&#232;ves en &#8230; CP). Et je ne parle pas de Salime Md&#233;r&#233;, premier vice-pr&#233;sident du Conseil d&#233;partemental de Mayotte, appelant &#224; &#171; tuer &#187; des Comoriens &#8211; Comoriens assimil&#233;s &#224; des terroristes &#8211;, sans quoi, soutient-il, ils vont continuer &#224; &#171; oser &#187; [sous-entendu : oser d&#233;fier la loi]. O&#249; est la barbarie dont parle Estelle Youssouffa, du c&#244;t&#233; des Comoriens essayant de survivre et de faire vivre leur famille, ou bien du c&#244;t&#233; de celles et ceux qui r&#233;futent les liens ancestraux unissant les habitants des quatre &#238;les (je dis bien des quatre &#238;les) constituant l'archipel des Comores ? Une trag&#233;die se joue en ce moment &#224; Mayotte, et la question est de savoir qui saura se tenir &#224; la hauteur d'une fraternit&#233; comorienne. Faire appel &#224; l'occupant pour se lib&#233;rer de ses fr&#232;res et s&#339;urs moins fortun&#233;s (de fa&#231;on tr&#232;s relative), cela revient &#224; se d&#233;solidariser de la pl&#232;be, pour en tirer des b&#233;n&#233;fices, fussent-ils hypoth&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration Darmanin a connu ce matin un deuxi&#232;me revers (apr&#232;s le refus des autorit&#233;s comoriennes d'accepter sur leur sol les r&#233;sidents expuls&#233;s de Mayotte), en ce que le Tribunal judiciaire de Mayotte s'est oppos&#233; &#224; la destruction de bangas (habitats de fortune), entravant ainsi cette op&#233;ration de police. La destruction &#233;tait pr&#233;vue, non pas le relogement syst&#233;matique. Le pr&#233;fet fait cependant appel. En cela, on est au c&#339;ur du sujet : la France toujours revendique &#171; l'&#233;tat de droit &#187;, et ne cesse pas, cependant, de pester contre ces tribunaux emp&#234;chant l'action de l'Etat. Les choses sont pourtant claires, en ce que Mayotte, pourtant d&#233;partement fran&#231;ais, subit d'importantes discriminations au regard de l'&#233;galit&#233; dite r&#233;publicaine : RSA minor&#233; par rapport &#224; la m&#233;tropole, restrictions au droit du sol, etc., toutes choses permettant de saisir une partie du probl&#232;me actuel. L'&#233;tonnement relatif &#224; cette d&#233;cision judiciaire tient d&#232;s lors au fait que pour une fois (pour combien de temps ?) on (le pouvoir judicaire) ait tenu compte des objections &#233;manant d'associations attentives aux droits humains. A cet &#233;gard, les interrogations actuelles de l'ex&#233;cutif quant &#224; la l&#233;gitimit&#233; de continuer &#224; subventionner des associations comme la LDH en dit long sur l'illib&#233;ralisme du gouvernement fran&#231;ais. Ce gouvernement veut mener, au nom de &#171; l'Etat de droit &#187;, une op&#233;ration de police qui a plus &#224; voir avec le maintien de l'ordre en Alg&#233;rie, au moment de son exigence d'ind&#233;pendance, qu'avec une simple op&#233;ration de restauration de la suppos&#233;e &#171; &#233;galit&#233; r&#233;publicaine &#187;. C'est l&#224; que se r&#233;v&#232;le la contradiction interne de cette logique &#171; r&#233;publicaine &#187; : soit &#171; l'&#233;tat de droit &#187; est reconnu par l'instance judiciaire, et l&#224;, tout va bien, soit l'instance judiciaire prend des d&#233;cisions, formellement en accord avec le droit, mais emp&#234;chant l'action (suppos&#233;e l&#233;gitime) de l'Etat, et l&#224;, ce serait un scandale, r&#233;clamant des am&#233;nagements du droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on parle de l'appartenance de Mayotte &#224; la France, on oublie les r&#233;solutions de l'ONU, emp&#234;chant une puissance d'effectuer un r&#233;f&#233;rendum &#224; partir d'un &#233;l&#233;ment isol&#233; d'un archipel, lequel constitue un tout. Que Mayotte, &#224; rebours des autres &#238;les de l'archipel, ait choisi le rattachement &#224; la France, cela n'aurait pas d&#251; emp&#234;cher de consid&#233;rer le r&#233;sultat global, du moins si l'on se revendique d'un &#171; &#233;tat de droit &#187;. Disons-le : la France a annex&#233; ill&#233;galement (au regard du droit international) Mayotte. Que l'Etat comorien revendique comme une de ses parties Mayotte n'a donc rien de scandaleux, au regard de ce droit international. Et c'est en cela qu'on retrouve &#224; Mayotte, sur la forme et sur le fond, au travers de son gouvernement par la France, la logique propre &#224; une puissance colonialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les limites de cet article des pistes de solution ne pourront &#234;tre &#233;voqu&#233;es, mais au moins pourrait-on envisager une simple direction : que la France (qui a cr&#233;&#233; un d&#233;s&#233;quilibre &#233;vident dans cette r&#233;gion du monde) pr&#233;pare son retrait, non sans prendre en compte le devenir des Comores &#8211; j'y inclus Mayotte &#8211; (d&#233;stabilisateur, l'Etat fran&#231;ais devra assumer sa part, notamment financi&#232;rement, presque comme un d&#233;dommagement), non comme une mani&#232;re de se retirer de ce qui ne la concerne pas, mais bien plut&#244;t dans le sens o&#249; celui qui est &#224; l'origine du trouble ne peut se laver les mains de ce qui advient apr&#232;s lui. A rebours d'un post-colonialisme (la France, toujours omnipr&#233;sente en Afrique), il s'agirait d'inventer une responsabilit&#233; de fait, s'interdisant cependant toute intervention politique, ou, pire encore militaire. Peut-&#234;tre une responsabilit&#233; &#233;thique, au sens de L&#233;vinas &#8211; une &#171; crainte pour l'autre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Naze&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Recension - Joachim Daniel Dupuis, Marco Candore. M&#233;canoscope, un cin&#233;ma pirate</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1159</link>
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		<dc:date>2023-03-22T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>



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&lt;p&gt;Parmi les livres utiles, celui de Joachim Daniel Dupuis figure en bonne place. En effet, il a le m&#233;rite de placer sous la lumi&#232;re un cin&#233;ma m&#233;connu, bien qu'int&#233;gralement accessible sur Internet, celui de Marco Candore. Dans cette approche de l'int&#233;gralit&#233; de l'&#339;uvre du r&#233;alisateur (le terme &#171; &#339;uvre &#187; ne serait d'ailleurs peut-&#234;tre pas retenu par lui), l'auteur s'attache &#224; une analyse fine de l'ensemble des films, fournissant ainsi un ancrage solide aux d&#233;veloppements th&#233;oriques pr&#233;sents (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parmi les livres utiles, celui de Joachim Daniel Dupuis figure en bonne place. En effet, il a le m&#233;rite de placer sous la lumi&#232;re un cin&#233;ma m&#233;connu, bien qu'int&#233;gralement accessible sur Internet, celui de Marco Candore. Dans cette approche de l'int&#233;gralit&#233; de l'&#339;uvre du r&#233;alisateur (le terme &#171; &#339;uvre &#187; ne serait d'ailleurs peut-&#234;tre pas retenu par lui), l'auteur s'attache &#224; une analyse fine de l'ensemble des films, fournissant ainsi un ancrage solide aux d&#233;veloppements th&#233;oriques pr&#233;sents dans l'ouvrage. La voix de Marco Candore n'est pas absente non plus, puisqu'un entretien avec l'auteur permet de revenir sur les motivations ayant pr&#233;sid&#233; &#224; la r&#233;alisation de ces films, sur les influences revendiqu&#233;es (cin&#233;matographiques, litt&#233;raires, philosophiques), et plus largement sur le contexte g&#233;n&#233;ral ayant conduit &#224; la r&#233;alisation de ces films, depuis 2013, prolongeant et accompagnant ses activit&#233;s de com&#233;dien (th&#233;&#226;tre et cin&#233;ma) et d'&#233;crivain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les films de Marco Candore sont regroup&#233;s dans un ensemble qu'il nomme &#171; M&#233;canoscope &#187;, constitu&#233; de formes br&#232;ves. Comme le montre Joachim Dupuis, ce cin&#233;ma est certes exigeant, de type exp&#233;rimental, mais n'en entretient pas moins une affinit&#233; centrale avec le d&#233;sir cin&#233;matographique (d&#233;sir au cin&#233;ma et d&#233;sir de cin&#233;ma), l'exp&#233;rience &#233;tant alors tout autant celle du spectateur. C'est que les r&#233;alisations filmiques de Marco Candore, si elles op&#232;rent bien une forme de dissection de la forme cin&#233;matographique, visent plut&#244;t en cela &#224; mettre &#224; nu les processus par lesquels le cin&#233;ma se fait &#171; pouvoir &#187;, visant en cela &#224; le reconduire &#224; ses &#171; puissances &#187;, &#224; ses &#171; virtualit&#233;s &#187;. Autrement dit, il est bien question ici des &#171; fantasmagories &#187; engendr&#233;es par le cin&#233;matographe, mais le r&#233;alisateur ne vise pas tant &#224; rendre conscients les ph&#233;nom&#232;nes hypnotiques qui s'y jouent (en accord ici avec Walter Benjamin, ne d&#233;signant nulle v&#233;rit&#233; objective au-del&#224; du jeu des images), qu'&#224; reconfigurer ces fantasmagories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le fim &lt;i&gt;Miscellanium&lt;/i&gt;, en particulier, film compos&#233; d'un agencement de fragments, de courts extraits de films, souvent de s&#233;rie B, le r&#233;alisateur fait clairement signe vers le d&#233;sir au cin&#233;ma. Si, en cela, il y a bien une op&#233;ration de &#171; mutilation &#187; du cin&#233;ma (objets partiels, histoire &#233;vid&#233;e de ses encha&#238;nements, etc.), en ce cas, pourtant, l'objectif est moins directement critique (&#224; la diff&#233;rence de &lt;i&gt;Contre Chant&lt;/i&gt;), en ce qu'il s'agirait, cette fois, de composer &#171; un nouveau type de corps &#187; (le corps du cin&#233;ma) : &#171; [&#224;] partir de &#8220;morceaux&#8221; de cin&#233;ma, et d'une s&#233;rie d'agencements subtils, il se propose de lib&#233;rer les intensit&#233;s qu'ils contiennent, &lt;i&gt;pour chaque fragment&lt;/i&gt;, le film jouant sur ce qui en lui nous &#8220;tue&#8221;, autant que sur le moyen de lui (re)donner la vie &#187; (p.76-77).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, dans ces conditions, le cin&#233;ma de Marco Candore vise bien &#224; &#171; tuer &#187; quelque chose du cin&#233;ma, c'est avant tout ce qui entretient un rapport avec la standardisation de ce m&#233;dium. En cela, donner au cin&#233;ma un nouveau type de corps (l'ambition se situe &#224; ce niveau), c'est bien, en premier lieu, rompre avec les &#171; fantasmes produits de l'industrie, d'Hollywood et autres Cinecitt&#224; &#187;, en vue de &#171; cr&#233;e[r] une distanciation entre les images et nous &#187; (p.11). L&#224; se situe la dimension proprement critique du cin&#233;ma de Marco Candore, d&#233;marche de &lt;i&gt;d&#233;composition&lt;/i&gt; du corps du cin&#233;ma, dimension ne prenant cependant tout son sens qu'&#224; travers une (re)composition d'un nouveau corps cin&#233;matographique, sur les cendres des membres disjoints du cin&#233;ma standardis&#233;. Briser les encha&#238;nements fantasmagoriques et les &#233;l&#233;ments fondant un f&#233;tichisme cin&#233;matographique, c'est reconduire le cin&#233;ma &#224; sa &lt;i&gt;mati&#232;re&lt;/i&gt; et c'est sur cette base que peut se (re)composer un nouveau type de corps cin&#233;matographique (un &#171; corps sans organes &#187; aurait dit Deleuze, poursuivant Artaud, et visant ainsi des organes affranchis de la loi propre &#224; l'organisme comme structure organisationnelle totale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joachim Daniel Dupuis nous fait saisir, dans ce livre, la mani&#232;re dont le cin&#233;ma de Marco Candore parvient &#224; destituer la narration (notamment dans le film &lt;i&gt;Lipodrame&lt;/i&gt;, mais encore &lt;i&gt;Tentative &#233;puisante&lt;/i&gt;), mais &#233;galement &#224; &#171; d&#233;faire l'&#233;motion &#187; (p.46), notamment en ce que &#171; [le] personnage est affect&#233; par lui-m&#234;me, [&#8230;] est sans cesse sa propre cr&#233;ation, sa propre annihilation &#187; (p.50), ou encore &#224; d&#233;construire les personnages, comme dans &lt;i&gt;Nombre premier&lt;/i&gt;, en ce que &#171; le personnage (si, quand, il y en a un), se comporte plut&#244;t comme une particule, qui ne laisserait comme trace ou enregistrement sur la cam&#233;ra, qu'apparitions : fant&#244;mes qui apparaissent plus ou moins longuement &#187; (p.56-57).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend qu'en tout cela, il s'agit, pour Marco Candore, de faire en sorte que le cin&#233;ma, en se lib&#233;rant de ses puissances ali&#233;nantes, renoue avec ses puissances d&#233;sirantes. Car ces formes courtes, si elles contiennent une charge critique &#224; l'encontre du cin&#233;ma standard (et de ses fantasmagories), s&#233;cr&#232;tent aussi des formes de d&#233;sir, mol&#233;culaires, comme auraient dit Deleuze et Guattari. Au fond, et en le disant trop vite (le livre est plus subtil), il s'agirait d'op&#233;rer une rupture &#224; l'&#233;gard d'une grammaire cin&#233;matographique, largement initi&#233;e par Griffith. &lt;i&gt;Naissance d'une nation&lt;/i&gt; constitue certes un film ayant r&#233;alis&#233; de notables innovations techniques, mais il est aussi le film qui a induit nombre de proc&#233;d&#233;s normalisateurs et fantasmagoriques dans la production cin&#233;matographique, en l'occurrence au service d'une id&#233;ologie supr&#233;maciste. Un des enjeux de ce livre consiste &#224; se lib&#233;rer du &#171; diagramme &#187; instaur&#233; par Griffith : &#171; Le cin&#233;ma [selon les formes propos&#233;es par Marco Candore] est port&#233; d&#233;sormais par un vaisseau pirate qui d&#233;fait les spectralit&#233;s restantes de la machine-Griffith pour ne plus que produire des champs d'intensit&#233; &#187; (p.111).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Joachim Dupuis nous permet de renouer avec les puissances d'un cin&#233;ma dit &#171; exp&#233;rimental &#187;. &#192; mille lieues de d&#233;samorcer le d&#233;sir au cin&#233;ma, il s'agirait de le r&#233;agencer. En rompant avec un d&#233;sir normalis&#233;, il s'agirait de renouer avec un d&#233;sir mol&#233;culaire, reconduisant le cin&#233;ma &#224; &lt;i&gt;ce qu'il peut&lt;/i&gt;. Et ce que le M&#233;canoscope nous enseigne, c'est que le cin&#233;ma peut beaucoup. Critique &#224; l'&#233;gard d'un cin&#233;ma standardis&#233;, cette proposition cin&#233;matographique n'en demeure pas moins un chant d'amour au cin&#233;ma. &#192; lui de s'inventer un nouveau corps &#8211; &lt;i&gt;work in progress&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alain Naze&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Joachim Daniel Dupuis, &lt;i&gt;Marco Candore. M&#233;canoscope, un cin&#233;ma pirate&lt;/i&gt;, L'Harmattan, Collection Champs visuels, 2022, 154 pages, 19,50 euros.&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_732 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/marco_photogramme.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/marco_photogramme.png' width='500' height='842' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tous les films de Marco Candore sont disponibles en libre acc&#232;s sur le site : &lt;a href=&#034;https://www.mecanoscope.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mecanoscope.com&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une nouvelle s&#233;rie de films sera visible prochainement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Contre le cr&#233;tinisme &#233;lectoral (ter)</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1076</link>
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		<dc:date>2022-04-06T20:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat, Alain Naze</dc:creator>



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&lt;p&gt;Pourquoi ter ? La premi&#232;re fois, c'&#233;tait il y a dix ans, quand parut dans une revue de la radicalit&#233; chic, Vacarme, un appel &#224; voter &#171; utile &#187;, c'est-&#224;-dire dans les circonstances d'alors, Hollande, apostrophant au passage, et sur quel ton, les imb&#233;ciles qui persisteraient &#224; pr&#244;ner l'abstention active dans ces circonstances o&#249; s'imposait aux yeux des premiers (les apostropheurs) l'imp&#233;rieuse obligation tant morale que politique, en un mot, citoyenne, de faire barrage &#224; Sarkozy. Le slogan (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi &lt;i&gt;ter&lt;/i&gt; ? La premi&#232;re fois, c'&#233;tait il y a dix ans, quand parut dans une revue de la radicalit&#233; chic, &lt;i&gt;Vacarme&lt;/i&gt;, un appel &#224; voter &#171; utile &#187;, c'est-&#224;-dire dans les circonstances d'alors, Hollande, apostrophant au passage, et sur quel ton, les imb&#233;ciles qui persisteraient &#224; pr&#244;ner l'abstention active dans ces circonstances o&#249; s'imposait aux yeux des premiers (les apostropheurs) l'imp&#233;rieuse obligation tant morale que politique, en un mot, &lt;i&gt;citoyenne&lt;/i&gt;, de faire barrage &#224; Sarkozy. Le slogan d&#233;sormais en vogue deviendrait donc : &#171; Abstention pi&#232;ge &#224; cons &#187; &#8211; sinistre retournement de la formule de Sartre, signifiant au fond un retour &#224; la niche (citoyenniste). Il nous fallut donc, &#224; cette occasion, rompre avec ceux qui parmi ces d&#233;vots du vote utile et vertueux, nous avaient pris de si haut et que nous consid&#233;rions encore, alors, comme des amis &#8211; le ton comminatoire cr&#233;e alors la rupture, franchissant les limites du d&#233;saccord, f&#251;t-il vif. Ce que, dans la suite des temps, Hollande devait faire de leur vote utile, ils eurent cinq interminables ann&#233;es pour s'en faire les t&#233;moins d&#233;sol&#233;s et, on l'esp&#232;re, repentants. Et puis ce fut, il y a cinq ans, cet habitu&#233; de nos colonnes qui, emport&#233; par la fi&#232;vre macroniste alors si contagieuse se prit &#224; nous traiter de tous les noms, jusque dans les colonnes des magazines de salle d'attente dentaire, sous pr&#233;texte que non, d&#233;cid&#233;ment non, nous n'irions pas voter pour son homme providentiel, histoire de faire barrage &#224; Marine. D&#251;ment bastonn&#233;, il s'&#233;vanouit comme cette chim&#232;re qu'il n'avait jamais cess&#233; d'&#234;tre (ou plut&#244;t se jeta un temps dans les bras d'Onfray, ce qui souligne sa vista politique) &#8211; &lt;i&gt;good riddance&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis voici que &#231;a recommence, comme pour convaincre ceux qui en doutaient encore, que les &#233;lections, et tout particuli&#232;rement, en France, la reine d'entre elles, la pr&#233;sidentielle, c'est vraiment la machine &#224; d&#233;cerveler, comme si la machine m&#233;diatique appareillant cette grande messe &#233;lectorale &#233;tait si puissante qu'elle &#233;tait capable d'emporter aussi des gens d'ordinaire plus regardants quant &#224; de tels effets hypnotiques : sous une signature n&#233;buleuse para&#238;t sur ce site m&#234;me un appel enflamm&#233; en faveur du vote pour M&#233;lenchon et qui constitue le plus parfait condens&#233; de la sottise &#233;lectoraliste qui se puisse imaginer. Or, c'est malheureusement une r&#232;gle que ce genre d'effondrement mental (se produisant dans le temps de la narcose &#233;lectorale) n'a pas la simple consistance d'un accident, d'une glissade, d'un lapsus dont ceux/celles qui en sont victimes se rel&#232;veraient promptement, comme on sort d'une cuite carabin&#233;e, au lendemain de la farce ou la frairie &#233;lectorale. C'est plut&#244;t &lt;i&gt;tout un pli&lt;/i&gt; qui se dessine ici : qui a vot&#233; votera, qui s'est laiss&#233; capter par la rh&#233;torique &#233;lectorale y succombera &#224; nouveau, qui s'est laiss&#233; emporter par la pseudo-pragmatique &#233;lectoraliste y reviendra, c'est une addiction, une forme de maladie r&#233;cidivante, le palu ou la malaria de la politique institutionnelle, une fois piqu&#233; par le moustique du vote utile et de la philosophie (LOL) du moindre mal qui va avec, on est infect&#233; et les crises de fi&#232;vre reviendront, au rythme m&#234;me du calendrier &#233;lectoral, avec les bouff&#233;es d&#233;lirantes qui vont avec&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous ne faisons pas du refus de participer aux &#233;lections en tous genres et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a recommence, et donc, une nouvelle fois, il nous faut en d&#233;coudre avec la Grande B&#234;tise &#233;lectoraliste. Sur ce point comme sur quelques autres (la Palestine, la guerre d'ind&#233;pendance des Alg&#233;riens, la Colonie et la criminalit&#233; polici&#232;re...), nous ne l&#226;cherons jamais, quand bien m&#234;me notre carnet d'adresses d&#251;t-il se trouver r&#233;duit de ce fait m&#234;me &#224; sa plus simple expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cr&#233;tinisme &#233;lectoral, donc, &#231;a commence quand des gens suppos&#233;s &#233;clair&#233;s se mettent &#224; prendre au s&#233;rieux et &#224; envisager comme des engagements pour l'avenir les discours de campagne et les promesses, les effets de manche et les prouesses d'estrade des candidats &#224; une &#233;lection ; plus les candidats se tiennent &#233;loign&#233;s des votants lors de cette op&#233;ration, et plus on peut &#234;tre assur&#233; que ces promesses n'engagent que les faibles d'esprit qui y croient. A ce titre, l'&#233;lection pr&#233;sidentielle est donc bien l'&#233;preuve reine &#8211; celle &#224; l'occasion de laquelle programmes et promesses des candidats (et pas seulement quand ils sont inscrits sur la ligne d'horizon de 2050, quand ceux/celles qui les &#233;noncent seront morts) les engagent le moins. Dans le cas pr&#233;sent, donc, le cr&#233;tinisme &#233;lectoral, c'est ce qui consiste &#224; penser que dans l'hypoth&#232;se o&#249; M&#233;lenchon parviendrait aux affaires (une pure exp&#233;rience de pens&#233;e, au demeurant), l'une de ses premi&#232;res d&#233;cisions consisterait &#224; r&#233;gulariser les sans-papiers, conform&#233;ment &#224; ses engagements de campagne &#8211; cela n'est pas sans rappeler la promesse socialiste, toujours ajourn&#233;e, d'accorder le droit de vote aux immigr&#233;s. Tout au contraire, bien s&#251;r, l'un des premiers reniements du rh&#233;teur drap&#233; dans le drapeau de la R&#233;publique et hiss&#233; sur le pavois &#224; la faveur d'un improbable concours de circonstances consisterait &#224; &lt;i&gt;ne pas tenir cet engagement&lt;/i&gt;, ce qui conduirait les mouvements et associations concern&#233;s (parmi lesquels, on peut l'esp&#233;rer, le &#171; QG d&#233;colonial &#187; et ses troupes compactes) &#224; descendre dans la rue pour le rappeler &#224; ses obligations, l&#224; o&#249; ils seraient tout aussi assur&#233;ment accueillis avec la m&#234;me proverbiale bienveillance qu'au temps d'avant, par la m&#234;me police r&#233;publicaine, &#233;quip&#233;e des m&#234;mes matraques et lance-patates que jadis et nagu&#232;re (quand bien m&#234;me, verbalement, M&#233;lenchon en appelle &#224; ses potentiels &#233;lecteurs pour exiger que les &#233;lus FI tiennent leurs engagements, une fois &#233;lus) &#8211; plac&#233;e d&#233;sormais sous l'autorit&#233; du mini-Corbi&#232;re en lieu et place du petit Darmanin &#8211; la belle affaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si vous voulez vraiment savoir de quoi serait faite la politique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est proprement sid&#233;rant dans le texte publi&#233; par les courageux anonymes du &#171; QG d&#233;colonial &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Se pourrait-il que ces intr&#233;pides pensent que leur engagement en faveur du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est sa radicale absence aux conditions r&#233;elles de cette s&#233;quence &#233;lectorale : une campagne spectrale autant qu'&#233;m&#233;tique sur fond de d&#233;go&#251;t g&#233;n&#233;ralis&#233; de ce qui appara&#238;t aux yeux des gens de fa&#231;on toujours plus &#233;vidente comme un pur simulacre, une grimace du pouvoir des &#233;lites en mal de reconduction. Pour le &#171; QG &#187;, le motto, ce n'est pas &#171; un seul &#234;tre vous manque et tout est d&#233;peupl&#233; &#187; &#8211; juste l'inverse : un seul M&#233;lenchon providentiel suffit &#224; ce que ce d&#233;sert qu'est la pr&#233;sente campagne soit magiquement repeupl&#233;, et de la mani&#232;re la plus enchanteresse ; bien loin que le spectacle mortif&#232;re de l'actuelle campagne soit l'occasion pour les d&#233;coloniaux ralli&#233;s &#224; l'Insoumis en chef de pousser plus avant leur r&#233;flexion sur la d&#233;r&#233;liction du dispositif pr&#233;tendument repr&#233;sentatif, au temps de la d&#233;mocratie du troisi&#232;me &#226;ge, les voici qui, basculant tout de go dans l'enthousiasme pour ce social-patriote de la plus belle eau (quoiqu'&#233;galement tardif), oublient tout de ce qui est effectivement en jeu dans le dispositif structurel d'une &#233;lection pr&#233;sidentielle en France : une op&#233;ration se produisant non pas dans l'espace de la repr&#233;sentation, sous aucune forme que ce soit, mais bien dans celui de la &lt;i&gt;prise d'ascendant&lt;/i&gt; des &#233;lites sur les gens, des gouvernants sur les gouvern&#233;s, op&#233;ration conduite dans des formes r&#233;gl&#233;es destin&#233;es &#224; la parer d'une apparence de l&#233;gitimit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cr&#233;tinisme &#233;lectoral, c'est en l'occurrence ce qui va conduire des d&#233;coloniaux d&#233;clar&#233;s (mais sous emprise) &#224; engager le cr&#233;dit dont ils peuvent jouir aupr&#232;s d'une partie des racis&#233;s et assimil&#233;s pour tenter de convaincre ceux-ci d'apporter leurs suffrages &#224; l'un des protagonistes les plus endurants de l'op&#233;ration toujours plus d&#233;risoire de remise &#224; flots du dispositif pseudo-repr&#233;sentatif en mode pr&#233;sidentialiste-bonapartiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, insistons sur ce point, il se trouve que ce personnage est un social-patriote notoire, un de ces &#171; r&#233;publicains &#187; bien de chez nous chez qui la ferveur tricolore et l'adoration des embl&#232;mes de ladite R&#233;publique ne sauraient se s&#233;parer de la plus naturelle des pr&#233;somptions imp&#233;riales : avec M&#233;lenchon, comme avec la quasi-totalit&#233; de ses concurrents, les confettis de l'Empire, c'est du sacr&#233; et la mission civilisatrice et humaniste de la Patrie des Lumi&#232;res ne se d&#233;ment jamais. Social-patriote et social-imp&#233;rialiste, c'est tout un et on n'aura ici que l'embarras du choix, dans les d&#233;clarations et prises de position circonstanci&#233;es de l'&#233;lu du &#171; QG &#187;, pour valider cette affirmation. Du coup, on sera port&#233; &#224; se demander de quel bois peuvent bien &#234;tre faites les convictions d&#233;coloniales de ces n&#233;ophytes de la &lt;i&gt;m&#233;lanchomania&lt;/i&gt; saisonni&#232;re qui avalent sans sourciller les rodomontades de leur chouchou &#224; propos de la lutte contre les envahisseurs comoriens &#224; Mayotte (et pour qui l'appartenance de Mayotte &#224; la France ne fait pas question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourra consulter avec profit l'intervention de M&#233;lenchon &#224; l'Assembl&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ou de quelques drapeaux fran&#231;ais br&#251;l&#233;s dans les rues d'Alger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; C'est le drapeau de la libert&#233; que vous br&#251;lez &#187;, avait-il os&#233; proclamer, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; dis-moi qui tu soutiens, je te dirai ce qu'il en est de la qualit&#233; de ton anticolonialisme, de ton d&#233;colonialisme port&#233; en sautoir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon toute probabilit&#233;, M&#233;lenchon, n'ayant pas franchi le cap du second tour, appellera toute honte bue et en bon politicien du s&#233;rail qu'il est, &#224; voter pour Macron au second round (sans doute sous la forme utilis&#233;e pour la derni&#232;re pr&#233;sidentielle : &#171; Pas une voix pour l'extr&#234;me-droite &#187;, ce qui est la moindre des choses, mais ouvre tout autant &#224; un vote Macron qu'&#224; l'abstention) non sans s'&#234;tre acquitt&#233; du tour de passe-passe consistant &#224; &#171; consulter ses adh&#233;rents &#187; &#8211; ceci au nom de l'increvable outre vide du &#171; barrage &#187; &#224; Marine. Le moment sera alors venu pour nous de demander aux enthousiastes du &#171; QG &#187; : tout &#231;a pour &#231;a ? Toute cette usine &#224; gaz et ce grotesque tour de piste pour ce r&#233;sultat ? Irez-vous jusqu'&#224; suivre votre candidat (&#171; la meilleure offre &#187;, on se croirait dans une &#233;cole de commerce...) jusque dans cette ultime palinodie, en contribuant &#224; remettre en selle tout ce contre quoi il vous avait appel&#233;s &#224; vous mobiliser ? En apportant votre &#233;cot &#224; ce qui est la plus parfaite incarnation du d&#233;sastre du pr&#233;sent &#8211; histoire d'&#234;tre fid&#232;les &#224; votre &#233;garement jusqu'au bout ? Avant m&#234;me que la com&#233;die du premier tour ne se soit jou&#233;e, la bulle M&#233;lenchon cr&#232;ve et le Matamore se tire dans le pied en laissant entendre que, les choses &#233;tant ce qu'elles sont, il appellera &#224; voter pour Macron... d&#232;s le second tour. Autant dire que tous les &#171; tours &#187; pr&#233;c&#233;dents auront &#233;t&#233; &lt;i&gt;just for the show&lt;/i&gt; et que la vraie religion de tous ces gens-l&#224;, une fois les &lt;i&gt;sunlights&lt;/i&gt; &#233;teints, c'est le plus parfait des immobilismes. L'Annonce faite au candidat &#224; sa propre succession par le chef des Insoumis (pas &#224; la superstition &#233;lectoraliste, en tout cas) expose ici en pleine lumi&#232;re le leurre parfait que constitue l'op&#233;ration &#171; Election pr&#233;sidentielle &#187; &#8211; un parfait village Potemkine, une fois encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que s'extasier sur les beaut&#233;s du programme de carton-p&#226;te de leur candidat, nos d&#233;coloniaux, en pleine crise de somnambulisme seraient bien inspir&#233;s de se demander d'o&#249; &#231;a vient, cette engeance, quelle en est la provenance. La r&#233;ponse est distincte : le moule dans lequel a &#233;t&#233; fabriqu&#233; M&#233;lenchon, &#224; l'&#233;gal des Jospin, Cambad&#233;lis, Stora et quelques autres de m&#234;me qualit&#233; gouvernementale, c'est le lambertisme. Le lambertisme est un courant issu du trotskysme historique dont le propre a constamment &#233;t&#233; de tendre un pont entre des &#233;nergies issues de la tradition marxiste r&#233;volutionnaire et les appareils de la social-d&#233;mocratie, voire, au-del&#224;, les boutiques obscures de l'anticommunisme institutionnel, via notamment le syndicat Force ouvri&#232;re. A ce jeu, c'est toujours la social-d&#233;mocratie qui gagne en recyclant quelques belles b&#234;tes politiques dont elle fait des s&#233;nateurs, des d&#233;put&#233;s, des ministres, des historiens asserment&#233;s, etc. Le milieu dans lequel ces petits ma&#238;tres-l&#224; &#233;voluent comme des poissons dans l'eau, ce sont les appareils politiques et syndicaux, les confins incertains de l'Etat et de la plan&#232;te militante (la MNEF a longtemps &#233;t&#233; une mine d'or pour la micro-bureaucratie lambertiste), les &#171; bons plans &#187; en tous genres et qui rapportent gros &#224; tous &#233;gards &#8211; phynances non moins que r&#233;seaux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant M&#233;lenchon, longtemps s&#233;nateur PS, l'arbre du &#171; populisme &#187; suppos&#233; cache la for&#234;t d'un profil des plus triviaux : un n&#233;o-r&#233;formisme dont la caract&#233;ristique fondamentale est qu'il surgit &#224; contretemps &#8211; le r&#233;formisme classique peut prosp&#233;rer &#224; deux conditions : une p&#233;riode de &#171; croissance &#187; fond&#233;e sur un mod&#232;le productiviste classique et donnant leur &#233;lan &#224; un progressisme et un optimisme en trompe l'&#339;il, d'une part, et de l'autre l'existence d'un patronat qui, pour un part au moins, &#171; joue le jeu &#187; de la r&#233;forme et de la collaboration entre &#171; partenaires sociaux &#187; &#8211; avec &#224; la cl&#233; des augmentations de salaires, la r&#233;duction du temps de travail, l'am&#233;lioration des conditions de travail &#8211; en partenaire de l'Etat social.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, le propre de l'&#233;poque actuelle est pr&#233;cis&#233;ment de ne remplir aucune de ces deux conditions ou plus exactement de leur tourner le dos. C'est ce qui explique que, d&#233;pourvu de tout espace politique ou historique propre, de toute marge de man&#339;uvre r&#233;elle, le r&#233;formisme g&#226;teux &#224; la M&#233;lenchon se doive de se parer de plumes d'Indien, histoire de nous ouvrir les portes de l'espace enchant&#233; d'un Front populaire en forme de Disneyland. Ce qui rend M&#233;lenchon si braillard et port&#233; &#224; toutes les surench&#232;res, ce n'est pas seulement son atavisme lambertiste (il y aurait tout un trait&#233; &#224; &#233;crire sur la rh&#233;torique et la gestuelle lambertistes), c'est surtout le fait que son projet politique, en tant qu'il est tout entier circonscrit dans les espaces de la politique institutionnelle et appareill&#233; par celle-ci, n'a pas davantage de chance d'embrayer sur les conditions du pr&#233;sent que les tentatives de ses &#233;quivalents dans l'&#233;tranger proche &#8211; Syriza en Gr&#232;ce, Podemos en Espagne...&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment se peut-il que ceux qui, aujourd'hui, tombent sous le charme de l'Insoumis charismatique (&#224; condition d'&#234;tre bon public) ne se posent jamais la question de savoir par quel miracle l'avenir sourirait, dans des conditions pas si diff&#233;rentes, &#224; ce r&#233;formiste tardif, l&#224; o&#249; le sol s'est effondr&#233; sous les pieds de ses semblables dans des pays proches ? Ou bien alors est-ce que nos d&#233;coloniaux, tout &#233;moustill&#233;s &#224; l'id&#233;e de le voir flirter par la gr&#226;ce toute illusoire des sondages, avec &#171; le pouvoir &#187;, consid&#232;rent que l'actuelle participation de Podemos &#224; une r&#233;sistible coalition gouvernementale &#171; de gauche &#187; les acculant chaque jour &#224; un reniement de plus (tout r&#233;cemment, &#224; propos du Sahara occidental) voient l&#224; l'exemple &#224; suivre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;lenchon n'a jamais &#233;t&#233; si pr&#232;s du pouvoir ! s'enthousiasment nos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? M&#233;lenchon &#224; la t&#234;te d'un &#171; grand minist&#232;re &#187; dans une grande coalition nationale et patriotique allant de Bayrou &#224; Cl&#233;mentine Autain, pour prix de son ralliement au &#171; mieux offrant &#187; des marchands de sable ? La belle, la sublime id&#233;e &lt;i&gt;d&#233;coloniale&lt;/i&gt; que voil&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A suivre cette vari&#233;t&#233;-l&#224; de d&#233;coloniaux dans tous les m&#233;andres, toutes les circonvolutions de leurs parcours accident&#233;s, on attrape le tournis. Il n'y a pas si longtemps que cela, il fallait voir avec quelle superbe ils nous remettaient &#224; notre place de suppos&#233;s progressistes blancs en proie &#224; leurs tourments de conscience et leurs d&#233;risoires vell&#233;it&#233;s de nous mettre au service de la bonne cause indig&#232;ne ! Comme ils excellaient dans l'art du &lt;i&gt;shaming&lt;/i&gt;, sans r&#233;mission, molaire, imp&#233;rieux &#8211; tout particuli&#232;rement adress&#233; &#224; ces pauvres cons de bl&#234;mes tout affair&#233;s depuis tant de temps &#224; d&#233;chirer leur carte de Blanc ! Et puis voici que tout &#224; coup, volte-face, ce sont les m&#234;mes qui sortent de l'ombre aujourd'hui, toujours aussi s&#251;rs d'eux-m&#234;mes et p&#233;remptoires, pour nous administrer la le&#231;on du jour : qui ne votera pas d&#232;s demain pour M&#233;lenchon sera le dernier des derniers et n'aura rien compris &#224; rien ! Mais, dites-nous un peu, camarades d&#233;coloniaux, c'est quoi, M&#233;lenchon, si ce n'est la caricature m&#234;me du Blanc autoglorifiant et narcissique et qui fait tourner le monde entier autour de son app&#233;tit de pouvoir dans sa forme la plus repoussante ? Se peut-il que vous n'ayez jamais ouvert un livre d'histoire pour ignorer que le m&#233;tier de ces gens-l&#224;, dans son obstination la plus constante, c'est de &lt;i&gt;trahir l'esp&#233;rance populaire&lt;/i&gt; ? Et que la voie de l'&#233;mancipation, s'il en est une aujourd'hui, passe n&#233;cessairement par la d&#233;fection massive, collective et d&#233;cid&#233;e d'avec les appareils de la &#171; d&#233;mocratie repr&#233;sentative &#187; toujours plus assimilable &#224; un village Potemkine ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re chose dont il nous faut nous &#233;manciper, c'est d'un temps de la vie politique qui n'est pas le n&#244;tre &#8211; celui de la vie de l'Etat, scand&#233;e par les consultations &#233;lectorales, les crises de gouvernement et autres p&#233;rip&#233;ties de la politique politicienne. Il nous faut nous &#233;tablir dans notre propre temporalit&#233; politique, qui est celle des luttes, des r&#233;sistances et des mouvements collectifs tourn&#233;s vers l'&#233;mancipation. Une temporalit&#233; radicalement h&#233;t&#233;rog&#232;ne &#224; celle qui vise &#224; appareiller la vie des gens aux conditions de la domination (du gouvernement de la vie mutil&#233;e). Nous aspirons tous/toutes &#224; changer d '&#233;poque, condition pour que nous puissions entrer dans un autre devenir &#8211; eh bien, le jour o&#249; ce basculement se dessinera, cela pourrait bien &#234;tre celui o&#249; une &lt;i&gt;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de l'&#233;lection&lt;/i&gt; l'aura emport&#233; et o&#249; les gouvernants eux-m&#234;mes et les &#233;lites, et les journaux devront se plier &#224; l'&#233;vidence que la bulle a crev&#233;, que la machine est d&#233;finitivement enray&#233;e. Ce jour-l&#224;, nous pourrons dire que nous sommes entr&#233;s dans une nouvelle &#233;poque et qu'une relance du devenir est possible &#8211; un nouveau lancer de d&#233;s. Ce jour-l&#224;, les batteurs d'estrade &#224; la M&#233;lenchon auront &#233;t&#233; remis &#224; leur place, leur caquet rabattu et les d&#233;coloniaux, revenus de leur cuite &#233;lectoral(ist)e, d&#233;coloniseront &#224; plein temps, conform&#233;ment &#224; leur vocation, plut&#244;t que r&#234;ver d&#233;raisonnablement de Fronts populaires de papier qui seraient pour eux, enfin, l'occasion de passer du c&#244;t&#233; du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Addendum &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vid&#233;o : Jean-Luc M&#233;lenchon consid&#232;re la venue de Comoriens sur l'&#238;le de Mayotte comme relevant de l'immigration clandestine - il ent&#233;rine donc le r&#233;f&#233;rendum condamn&#233; par l'ONU. Il op&#232;re par ailleurs un lien (dans le pur style de l'extr&#234;me droite) entre immigration (suppos&#233;e clandestine en l'esp&#232;ce) et d&#233;linquance. En quoi devrions-nous entretenir le moindre espoir envers ce triste sire ? La question me d&#233;sesp&#232;re quand il m'advient de la poser &#224; partir d'une position suppos&#233;ment &#034;d&#233;coloniale&#034;, plus que confuse me semble-t-il, &#224; tous &#233;gards au regard de l'article auquel cette vid&#233;o tente de r&#233;pondre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Alain Naze&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/P9y696c0-N0?start=2377&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous ne faisons pas du refus de participer aux &#233;lections en tous genres et en toutes circonstances une question de principe &#8211; contrairement &#224; Badiou, par exemple. Prendre part le cas &#233;ch&#233;ant &#224; des &#233;lections de proximit&#233; (municipales, dans un village ou une bourgade) dans l'espoir de voir &#233;lu ou r&#233;&#233;lu un maire s'engageant sur des propositions de terrain de bon aloi plut&#244;t qu'un tenant de l'agro-business et de l'&#233;levage des poules en batterie ne nous appara&#238;t aucunement comme une action bl&#226;mable. Mais cette grande messe noire de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative qu'est la Pr&#233;sidentielle &#8211; &#231;a, jamais !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si vous voulez vraiment savoir de quoi serait faite la politique de M&#233;lenchon au &#171; pouvoir &#187;, &#233;coutez attentivement les apart&#233;s de ce petit Corbi&#232;re qui se r&#234;ve toutes les nuits en ministre de l'Int&#233;rieur plut&#244;t que les tirades d'estrades de son chef. C'est lui qui, quand M&#233;luche se l&#226;che un peu sur les violences polici&#232;res, temp&#232;re et rassure (les flics et les gens de l'Etat), c'est lui qui, quand le m&#234;me s'en prend aux journalistes, assure le service apr&#232;s-vente tout en douceur &#8211; l'arrondisseur d'angles en chef et dont le r&#244;le est d'inciter les &#233;lites et les gens responsables &#224; &#171; faire la part des choses &#187; dans la rh&#233;torique &#171; populiste &#187; du leader de la France insoumise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Se pourrait-il que ces intr&#233;pides pensent que leur engagement en faveur du Rebelle tricolore soit une action si subversive et p&#233;rilleuse qu'elle m&#233;rite qu'on ne s'y engage pas en son nom propre ? Si tel &#233;tait le cas, qu'ils-elles se rassurent : elle est tout au contraire ce qui, par excellence, les fait entrer dans la cat&#233;gorie des gens respectables.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourra consulter avec profit l'intervention de M&#233;lenchon &#224; l'Assembl&#233;e nationale, o&#249; il d&#233;fend le r&#233;f&#233;rendum ill&#233;gal organis&#233; &#224; Mayotte pour son rattachement &#224; la France, intervention lors de laquelle il ajoute un &#233;loge des &#171; chatouilleuses &#187;, qu'il qualifie positivement de &#171; commandos f&#233;minins &#187;. R&#233;f&#233;rence Internet (entre 9' et 9'55) : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=PHaF5Um1oU8&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=PHaF5Um1oU8&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au mouvement des &#171; chatouilleuses &#187;, apparu comme tel &#224; Mayotte en 1966, au moment du transfert du chef-lieu de Dzaoudzi (Mayotte) &#224; Moroni (Grande Comore), loin de constituer un mouvement pl&#233;b&#233;ien, il agissait aux c&#244;t&#233;s du Congr&#232;s des notables &#8211; ses revendications visaient &#224; une plus grande repr&#233;sentation de Mayotte au sein de l'Assembl&#233;e territoriale, ainsi qu'&#224; la d&#233;partementalisation de Mayotte. Leur mani&#232;re d'agir est euph&#233;mis&#233;e &#224; travers le terme de &#171; chatouilles &#187;, car ce sont de v&#233;ritables violences qu'elles exer&#231;aient &#224; l'encontre de ceux (mais aussi de celles) qui ne partageaient pas leurs positions : &#171; Leur violence, qui ne s'&#233;tait jusqu'alors [avant 1966] exerc&#233;e qu'&#224; l'encontre d'hommes, commence &#224; concerner tout individu acquis aux id&#233;es unionistes ou ind&#233;pendantistes, plus couramment regroup&#233;s sous l'&#233;tiquette de &lt;i&gt;serrer-la-main&lt;/i&gt;, femmes comprises. Une note des renseignements g&#233;n&#233;raux rend compte des repr&#233;sailles men&#233;es par des femmes au domicile d'une &lt;i&gt;serrer-la-main&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mercredi 11 octobre &#233;coul&#233; [1966], vers 17 heures, la nomm&#233;e X, &#233;pouse de&#8230;, surveillant des TP [travaux publics], domicili&#233; &#224; M'tsapere, s'est rendu chez la nomm&#233;e Y pour lui reprocher de ne jamais participer aux r&#233;unions organis&#233;es par le Mouvement des femmes de Mayotte. L'interpell&#233;e lui a fait savoir que ces r&#233;unions ne l'int&#233;ressaient pas et qu'elle consid&#233;rait Sa&#239;d Mohamed Cheikh uniquement comme le chef du gouvernement. &#192; la suite de cette d&#233;claration, la nomm&#233;e X a r&#233;uni plusieurs femmes de la localit&#233; et ensemble elles se rendirent chez Y, p&#233;n&#233;tr&#232;rent dans son habitation et jet&#232;rent dehors du mobilier et des objets divers. Puis, s'adressant aux nombreuses personnes du village qui s'&#233;taient rassembl&#233;es, la nomm&#233;e X a d&#233;clar&#233; : &#8220;Au nom des Mayottais et de la Pr&#233;sidente&#8230;, apprenez que Y et sa famille ne doivent plus &#224; compter de ce jour avoir aucun rapport avec la population de Mayotte qui doit les ignorer &#187; (Mamaye Idriss, &#171; Le mouvement des chatouilleuses : genre et violence dans l'action politique &#224; Mayotte (1966-1976) &#187;, in &lt;i&gt;Le mouvement social&lt;/i&gt;, 2016/2) .Voil&#224; une technique qui s'apparente fort aux d&#233;casages actuels, et que M&#233;lenchon, f&#233;ru d'histoire, ne peut ignorer, mais qu'il valide pourtant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; C'est le drapeau de la libert&#233; que vous br&#251;lez &#187;, avait-il os&#233; proclamer, &#224; l'adresse des Alg&#233;riens &#8211; en cela, on ne peut nier qu'il ose tout&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;lenchon n'a jamais &#233;t&#233; si pr&#232;s du pouvoir ! s'enthousiasment nos d&#233;coloniaux se voyant d&#233;j&#224; hanter les all&#233;es d'un gouvernement d'Union populaire &#224; la fran&#231;aise... Disons-le carr&#233;ment : ceux que le pouvoir commence &#224; faire r&#234;ver ne nous font pas r&#234;ver.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Macron, et apr&#232;s ?</title>
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		<dc:date>2022-04-01T19:52:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>



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&lt;p&gt;Imaginons, et cela ne demande pas une imagination d&#233;lirante, que Macron soit r&#233;&#233;lu en avril. Quelles pourraient en &#234;tre les suites ? Le parti macroniste n'a pas r&#233;ussi &#224; faire &#233;merger une autre figure &#8211; et ce n'&#233;tait certes pas le but, le mouvement EM &#233;tant d&#233;di&#233; &#224; la seule figure du chef. Edouard Philippe constitue la seule personnalit&#233; ayant r&#233;ussi, &#224; cet &#233;gard, &#224; s'imposer, dans ce camp. Or, venant des LR, il attend de pouvoir s'&#233;manciper de Macron pour rejoindre ses amis habituels de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Imaginons, et cela ne demande pas une imagination d&#233;lirante, que Macron soit r&#233;&#233;lu en avril. Quelles pourraient en &#234;tre les suites ? Le parti macroniste n'a pas r&#233;ussi &#224; faire &#233;merger une autre figure &#8211; et ce n'&#233;tait certes pas le but, le mouvement EM &#233;tant d&#233;di&#233; &#224; la seule figure du chef. Edouard Philippe constitue la seule personnalit&#233; ayant r&#233;ussi, &#224; cet &#233;gard, &#224; s'imposer, dans ce camp. Or, venant des LR, il attend de pouvoir s'&#233;manciper de Macron pour rejoindre ses amis habituels de droite et du centre-droit. Or, les scores que les sondages attribuent &#224; Macron tiennent essentiellement &#224; la figure de Macron, ainsi qu'&#224; son statut de Chef de l'Etat &#8211; particuli&#232;rement en situation de tensions internationales. Laissons de c&#244;t&#233; la question des l&#233;gislatives, dont on ne peut que difficilement douter qu'elle ne donne une majorit&#233; au Pr&#233;sident nouvellement &#233;lu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je parle en fait de 2027. Une fois Macron parti, ne pouvant se pr&#233;senter pour un nouveau mandat, si personne ne s'impose pour lui succ&#233;der, si la gauche continue de dispara&#238;tre, de devenir inconsistante &#8211; et seul l'illusionniste M&#233;lenchon la maintient jusqu'ici &#224; flot (ou presque), dont on imagine mal qu'il puisse encha&#238;ner sur une nouvelle campagne &#8211;, si la droite LR continue de se dissoudre, qui (quel camp plut&#244;t) s'imposera alors ? La r&#233;ponse est &#233;vidente : la droite extr&#234;me et l'extr&#234;me-droite. On remarquera d'ailleurs que l'am&#233;lioration des scores sondagiers du PC tient essentiellement &#224; sa droitisation (participation de Roussel &#224; la manifestation des policiers contre une Justice jug&#233;e laxiste, insistance sur des valeurs suppos&#233;ment &#171; fran&#231;aises &#187; - l'amour de la viande et du vin -, sans parler de &#171; l'ap&#233;roussel &#187;, clin d'&#339;il aux ap&#233;ritifs saucisson, excluant les Musulmans), gu&#232;re &#233;loign&#233;e de cette destruction de cit&#233;s h&#233;bergeant des immigr&#233;s, par Robert Hue. Ajoutons encore qu'&#224; pr&#233;sent Roussel (sur la m&#234;me ligne en cela que M&#233;lenchon) choisit, &#224; l'occasion de la guerre en Ukraine, d'ajourner l'id&#233;e d'une sortie de l'Otan, c'est-&#224;-dire renvoie aux calendes grecques l'id&#233;e d'une &#233;mancipation &#224; l'&#233;gard des d&#233;cisions &#233;tats-uniennes en mati&#232;re de politique &#233;trang&#232;re et des op&#233;rations militaires qui en d&#233;coulent. &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit la catastrophe arriver, des n&#233;ofascistes acc&#233;dant au pouvoir. Il &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;visible que le mandat piteux de Hollande d&#233;boucherait sur une mont&#233;e d'un n&#233;ofascisme &#8211; cela a &#233;t&#233; le cas, et seul son clone (avec un repeint de nouveaut&#233;), Macron, a pu ajourner l'&#233;ch&#233;ance. Aggravant la politique de Hollande, du point de vue des politiques sociales, mais aussi du point de vue d'une radicalisation des pratiques polici&#232;res violentes, Macron a entra&#238;n&#233; encore une hausse d'audience de l'extr&#234;me-droite &#8211; les scores sondagiers cumul&#233;s de Le Pen et de Zemmour &#233;tant aux alentours de 30% au premier tour. Enlevons Macron, pour 2027, et la figure falote qui lui succ&#233;dera ach&#232;vera le processus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le prochain quinquennat de Macron sera encore pire : &#171; Je ne m'interdis rien &#187;, clame-t-il, certain de sa r&#233;&#233;lection. Et il en donne d&#233;j&#224; une id&#233;e : la retraite &#224; 65 ans, avec 45 ann&#233;es de cotisation, un travail gratuit (de 20 heures) impos&#233; aux &#171; b&#233;n&#233;ficiaires &#187; du RSA, une baisse des taux de succession, etc. &#171; Apr&#232;s moi le d&#233;luge &#187;. C'est toujours la m&#234;me histoire : l'opinion &#233;tant de plus en plus droiti&#232;re en France, droitisons nos positions, pour ne pas &#234;tre d&#233;pass&#233; par la droite. En cela, deux solutions possibles (qui n'en font qu'une) : soit des revendiqu&#233;s &#171; d&#233;mocrates &#187; m&#232;nent une politique de droite, voire de droite extr&#234;me sur certains th&#232;mes (pour endiguer la mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite), soit ils ne le font pas, et laissent l'extr&#234;me-droite appliquer son programme. O&#249; est la diff&#233;rence ?&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#233;lenchon n'&#233;chappe pas &#224; cette strat&#233;gie, lui qui, r&#233;publicaniste de la premi&#232;re heure, consid&#232;re que la question des Outre-mer n'est qu'une question d'&#233;galit&#233; r&#233;publicaine, et que l'ind&#233;pendance n'est pas une question qui puisse se poser. Partant de l&#224;, il donne raison aux Mahorais voulant chasser les Comoriens de Mayotte, acceptant l'id&#233;e d'une instauration, sur ce territoire, de r&#232;gles d'exception concernant les migrants. Le pire est, qu'en disant cela, il reconnait qu'entre Mahorais et Comoriens, on a souvent des familles, r&#233;parties sur les diff&#233;rentes &#238;les de l'archipel &#8211; mais cela n'infl&#233;chit pas son discours. Jamais il ne remet en question le r&#233;f&#233;rendum sc&#233;l&#233;rat, condamn&#233; par l'ONU, qui a abouti &#224; privil&#233;gier les r&#233;sultats concernant la seule &#238;le de Mayotte (favorables au rattachement &#224; la France) &#8211; quand le droit international interdit de consid&#233;rer de tels r&#233;sultats ind&#233;pendamment du r&#233;sultat global (qui penchait tr&#232;s majoritairement pour l'ind&#233;pendance des Comores), concernant toutes les &#238;les de l'archipel. En quoi se diff&#233;rencie-t-il du RN, pr&#234;t &#224; accepter les demandes de tous les Mahorais se revendiquant d'une identit&#233; (fantasmatique, cela va de soi) mahoraise ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, l'&#233;lection &#224; venir sera un non-&#233;v&#233;nement. Que TF1, certes pour des raisons p&#233;cuniaires, envisage de diffuser &lt;i&gt;Les visiteurs&lt;/i&gt;, en lieu et place d'une soir&#233;e &#233;lectorale, indique suffisamment que le suspense n'existe gu&#232;re. Je n'irai pas jusqu'&#224; regarder ce film, mais ignorer cette soir&#233;e &#233;lectorale, c'est d&#233;j&#224; un premier pas vers une forme de d&#233;fection. Les luttes viendront, &#224; nous d'en d&#233;finir les contours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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