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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Exposition : Reconstruction</title>
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		<dc:date>2014-06-26T08:39:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Bazin</dc:creator>



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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=27" rel="directory"&gt;Rencontres&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_187 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/pdf/LOCO_RECONSTRUCTION.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 292 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1773004269' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Jeff Wall, refonder la modernit&#233;.</title>
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		<dc:date>2011-10-13T19:34:48Z</dc:date>
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		<dc:creator>Philippe Bazin</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#192; partir du texte de Charles Baudelaire Le peintre de la vie moderne. Pr&#233;sentation pour le colloque Baudelaire, un trip philosophique, organis&#233; par Ici et ailleurs &#224; S&#233;trogran, Montigny-sur-Canne, les 30 septembre, 1er et 2 octobre 2011. Par Philippe Bazin &lt;br class='autobr' /&gt;
INTRODUCTION : En tant que photographe faisant cette pr&#233;sentation dans le cadre de ce colloque de philosophes, mon intention n'est pas de discuter des bien fond&#233;s et des contradictions baudelairiennes internes &#224; ce texte fameux Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=29" rel="directory"&gt;Le Baudelaire des philosophes septembre 2011&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; partir du texte de Charles Baudelaire Le peintre de la vie moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sentation pour le colloque Baudelaire, un trip philosophique, organis&#233; par Ici et ailleurs &#224; S&#233;trogran, Montigny-sur-Canne, les 30 septembre, 1er et 2 octobre 2011.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par Philippe Bazin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;INTRODUCTION :&lt;br class='autobr' /&gt;
En tant que photographe faisant cette pr&#233;sentation dans le cadre de ce colloque de philosophes, mon intention n'est pas de discuter des bien fond&#233;s et des contradictions baudelairiennes internes &#224; ce texte fameux Le peintre de la vie moderne. Beaucoup s'y sont employ&#233;s, et je n'ajouterai pas mon commentaire &#224; ceux-l&#224;. &#192; la relecture, sans cesse les photographies de Jeff Wall me revenaient &#224; l'esprit en images, semblant comme illustrer ce que Baudelaire nomme dans un autre c&#233;l&#232;bre texte, Critique du salon de 1859, &#171; les archives de notre m&#233;moire &#187;, &#224; propos de la photographie. Cette expression, qui a fait couler beaucoup d'encre dans le monde de la photographie depuis un si&#232;cle et demi, Baudelaire la pr&#233;cise dans Le peintre de la vie moderne comme &#233;tant l'action raisonn&#233;e de notre esprit curieux qui d&#233;sire tout absorber du monde entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi dans cette pr&#233;sentation, j'essaierai de mettre en dialogue les &#233;crits de ces deux artistes, alors que Wall indique qu'il n'y a pas d'&#233;crits critiques sur l'art produit par des peintres ou photographes au XIX&#232; si&#232;cle :&lt;br class='autobr' /&gt; Enfant j'avais beaucoup lu et je savais que la meilleure critique d'art &#233;tait celle des po&#232;tes, comme Baudelaire. J'avais bien remarqu&#233; que les grands critiques d'art du XIX&#232; si&#232;cle &#233;taient g&#233;n&#233;ralement des artistes, mais c'&#233;taient des po&#232;tes et non des peintres ou des photographes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jeff Wall est un artiste contemporain canadien, n&#233; en 1946 &#224; Vancouver, qui se dit photographe, et non &#171; artiste utilisant la photographie &#187; ainsi que les artistes conceptuels des ann&#233;es 70 le disaient, lui qui les a &#233;tudi&#233;s au cours de ses &#233;tudes d'histoire de l'art et &#224; l'occasion de textes critiques et th&#233;oriques qu'il a produits dans cette d&#233;cennie. Dans l'un de ses entretiens avec Jean-Fran&#231;ois Chevrier, il insiste sur ce qu'il doit &#224; Baudelaire :&lt;br class='autobr' /&gt; Mais j'ai &#233;galement compris qu'il &#233;tait impossible de revenir &#224; quoi que ce soit qui &#233;quivaudrait &#224; l'id&#233;e du &#171; peintre de la vie moderne &#187; selon la formule de Baudelaire. Pourtant je pense qu'&#224; bien des &#233;gards c'est pour le modernisme une expression fondamentale&#8230; Parce qu'il n'y a pas d'occupation plus juste. C'est une occupation compl&#232;te parce que cette forme d'art, la peinture, est la forme d'art la plus &#233;minente et le sujet est le sujet le plus grand.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il commence tardivement sa pratique artistique, en 1978 &#224; l'&#226;ge de 32 ans, par une photographie canonique, &lt;br class='autobr' /&gt;
The Destroyed Room, 1978&lt;br class='autobr' /&gt;
puis en produisant des images qui sont des citations directes de ses grandes r&#233;f&#233;rences, dans le domaine de la peinture quand il fait un remake du tableau de Manet Un bar aux Folies Berg&#232;res,&lt;br class='autobr' /&gt;
Manet, Le Bar aux Folies Berg&#232;res, 1881-1882&lt;br class='autobr' /&gt;
Picture For Women, 1979&lt;br class='autobr' /&gt; ou en photographie de Hippolyte Bayard, Bayard et son double :&lt;br class='autobr' /&gt;
Double Self-Portrait, 1979&lt;br class='autobr' /&gt;
Hippolyte Bayard, Bayard et son double, 1861&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit que pour Jeff Wall, le remake ne consiste pas &#224; refaire &#224; l'identique le pass&#233;, mais &#224; le r&#233;interpr&#233;ter dans le pr&#233;sent, pas les v&#234;tements, le d&#233;cors, le mobilier. Chacun de ces &#233;l&#233;ments dans sa photo devient une notation pr&#233;cise sur une typologie de la vie actuelle d'un jeune artiste : un mur blanc, nu sans tableau comme un espace vide qui devra se remplir, un mobilier entre le bon march&#233; Ik&#233;a (le divan) et une aspiration au design contemporain (le si&#232;ge). Le deux sc&#232;nes se fondent dans un effet technologique &#233;quivalent, si ce n'est que l'ordinateur a remplac&#233; le laboratoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1863, Charles Baudelaire publie enfin son fameux texte, Le peintre de la vie moderne. Dans ce texte, il affirme la valeur du pr&#233;sent comme source de plaisir esth&#233;tique :&lt;br class='autobr' /&gt; Le plaisir que nous retirons de la repr&#233;sentation du pr&#233;sent tient non seulement &#224; la beaut&#233; dont il peut &#234;tre rev&#234;tu, mais aussi &#224; sa qualit&#233; essentielle de pr&#233;sent.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Sudden Gust of Wind (after Hokusai), 1993&lt;br class='autobr' /&gt;
JW r&#233;alise plus de cent prises de vues pour cette photo tr&#232;s proche de l'oeuvre de Hokusai. Ce qui s'actualise ici, c'est l'&#233;vidence du proc&#233;d&#233; num&#233;rique de montage pour la r&#233;alisation de l'image, c'est en cela que celle-ci accomplit sa qualit&#233; essentielle de pr&#233;sent malgr&#233; la presque imitation d'Hokusai.&lt;br class='autobr' /&gt;
Baudelaire prend plaisir &#224; examiner les &#339;uvres des temps anciens dans la mesure o&#249; elles lui r&#233;v&#232;lent &#171; la morale et l'esth&#233;tique du temps &#187; en question. Acceptant l'id&#233;e d'un invariant esth&#233;tique quelle que soit l'&#233;poque, et qu'il nomme le Beau,&lt;br class='autobr' /&gt; Le beau est fait d'un &#233;l&#233;ment &#233;ternel, invariable dont la quantit&#233; est excessivement difficile &#224; d&#233;terminer&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
il pr&#233;f&#232;re s'int&#233;resser &#224; &lt;br class='autobr' /&gt; Un &#233;l&#233;ment relatif, circonstanciel, qui sera, si l'on veut, tour &#224; tour ou tout ensemble, l'&#233;poque, la mode, la morale, la passion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans cela le Beau serait indigeste, non appropri&#233; &#224; la nature humaine. C'est &#224; l'exploration des valeurs de ce qu'il nommera plus loin la modernit&#233; que se livre Baudelaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Jeff Wall, notre &#233;poque a produit une donn&#233;e nouvelle qui rend impossible le retour au peintre de la vie moderne selon Baudelaire, la peinture n'affrontant pas assez directement la question du produit technologique ayant envahi toute la vie quotidienne :&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai vu un panneau lumineux quelque part et ce qui m'a r&#233;ellement frapp&#233;, c'est de constater que c'&#233;tait pour moi la synth&#232;se technologique parfaite. Ce n'&#233;tait pas de la photographie,, ce n'&#233;tait pas du cin&#233;ma, ce n'&#233;tait pas de la peinture, ce n'&#233;tait pas de la publicit&#233;, mais c'&#233;tait fortement associ&#233; &#224; tout cela&#8230; Cela r&#233;pondait aux attentes essentielles vis-&#224;-vis de la technologie, c'est-&#224;-dire qu'elle repr&#233;sente par les moyens du spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE MOUVEMENT&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re valeur moderne signal&#233;e par Baudelaire, c'est la vitesse, le mouvement :&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a dans la vie triviale&#8230; un mouvement rapide qui commande &#224; l'artiste une &#233;gale v&#233;locit&#233; d'ex&#233;cution&#8230; un feu, une ivresse de crayon, de pinceau ressemblant presque &#224; une fureur&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; Mouvement qui va se mat&#233;rialiser plus loin dans le texte de cette fa&#231;on :&lt;br class='autobr' /&gt; La s&#233;rie de figures g&#233;om&#233;triques qu'un objet (ici le navire) &#8230;engendre successivement et rapidement dans l'espace.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne peut que souligner la prescience de l'invention de la chronophotographie par Edward Muybridge &#224; Palo Alto en 1878, ses d&#233;veloppements par Etienne-Jules Marey en France &#224; partir de 1882 et son intrusion dans le champ de l'art gr&#226;ce &#224; Marcel Duchamp en 1913 avec son Nu descendant l'escalier. Ce tableau, un demi-si&#232;cle apr&#232;s la phrase de Baudelaire, avait le pouvoir de d&#233;clancher encore un scandale &#224; l'Armory Show &#224; New York .&lt;br class='autobr' /&gt;
The Giant (1992) semble vouloir se r&#233;f&#233;rer au tableau de Duchamp, puisqu'il s'agit d'un nu dans un escalier. Mais deux &#233;l&#233;ments ont radicalement chang&#233; : le nu est immobile, et le personnage est surdimensionn&#233; par rapport &#224; l'environnement qui est ici reconnaissable. Il s'agit plus de la m&#232;re des connaissances (Alma Mater) dans la biblioth&#232;que de l'Universit&#233; de l'Etat de Washington &#224; Seattle que d'une femme faisant le m&#233;nage. La surdimension nous renvoie bien s&#251;r au montage, au trucage num&#233;rique et informe sur la technologie de r&#233;alisation. Mais pour la premi&#232;re fois JW produit une image de petites dimensions, o&#249; le personnage n'est pas &#224; l'&#233;chelle 1. Ainsi la surdimension du corps est-elle contrecarr&#233;e par les dimensions de la photo (39x48 cm).&lt;br class='autobr' /&gt;
An Eviction (1998), d&#233;tail, dont JW a fait le film pr&#233;paratoire &#224; la prise de vue, met bien en lumi&#232;re la question du mouvement, bien s&#251;r par la course de la jeune femme, mais aussi pas la scansion rythmique des corps juxtapos&#233;s et des jambes entrecrois&#233;es. Tous les gestes sont th&#233;&#226;tralis&#233;s, surjou&#233;s, que ce soit dans la photographie ou dans le film pr&#233;paratoire de JW. Ici je ne montre qu'un d&#233;tail de la photo, reprenant l&#224; ce que pratique JW lui-m&#234;me, notamment lors d'une exposition de cette &#339;uvre en 2004.&lt;br class='autobr' /&gt;
Milk (1984) : Dans Milk, comme dans quelques autres de mes images, des formes naturelles complexes jouent un r&#244;le important. En jaillissant du r&#233;cipient qui le contenait, le lait prend une forme que l'on ne peut pas vraiment ni d&#233;crire ni caract&#233;riser, mais qui provoque de nombreuses associations d'id&#233;es. Toute forme naturelle, avec ses contours incertains, est l'expression de m&#233;tamorphoses qualitatives infinit&#233;simales. La photographie semble parfaitement adapt&#233;e &#224; la repr&#233;sentation de ce genre de mouvement et de forme, et ceci parce que, selon moi, l'acte m&#233;canique d'ouverture et de fermeture de l'obturateur, qui constitue le fond d'instantan&#233;it&#233; pr&#233;sent dans toute image photographique, est concr&#232;tement un type de mouvement oppos&#233; &#224; ce qu'est, par exemple, l'&#233;coulement d'un liquide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi le mouvement m&#233;canis&#233;, celui que la m&#233;moire de Baudelaire enregistre comme des figures g&#233;om&#233;triques successives et saccad&#233;es, ne reproduit en rien le mouvement naturel des choses comme l'&#233;coulement d'un liquide, mais au contraire la mani&#232;re dont la technologie reproduit l'action de la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ANONYME VOYAGEUR&lt;br class='autobr' /&gt;
Baudelaire invente un peintre auquel il se r&#233;f&#232;re sans cesse et qu'il nomme par des initiales. Il s'en explique en indiquant que ce peintre de ses amis lui a express&#233;ment enjoint de ne pas citer son nom, il le supplie &lt;br class='autobr' /&gt; De supprimer son nom et de ne parler de ses ouvrages que comme des ouvrages d'un anonyme.&lt;br class='autobr' /&gt;
De cette qualit&#233; d'anonymat en d&#233;coule une autre, celle de non-sp&#233;cialiste. En effet, Baudelaire oppose l'artiste au sens d'un sp&#233;cialiste &#224; &#171; l'homme du monde &#187;, celui qui embrasse, parcourt et observe le monde entier, un voyageur toujours en mouvement d'un pays &#224; l'autre. Le peintre moderne est donc d&#233;sp&#233;cialis&#233; et anonymis&#233; pour parcourir &#171; le monde moral et politique &#187;. Il peut &#234;tre &#171; un citoyen spirituel de l'univers &#187; et non, comme l'artiste, &#171; une intelligence de village &#187;, &#171; une brute tr&#232;s adroite &#187;, une &#171; cervelle de hameau &#187;, etc&#8230; Le peintre moderne est curieux de tout, et cette curiosit&#233; est devenue &#171; une passion fatale, irr&#233;sistible &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Overpass, 2001&lt;br class='autobr' /&gt;
Dorothea Lange, Famille de sans abris Oklahoma 1938&lt;br class='autobr' /&gt;
Heinrich Zille, Retour de Grunewald, vers 1900&lt;br class='autobr' /&gt;
The Thinker (1986) est r&#233;alis&#233; par JW en r&#233;f&#233;rence &#224; une &#339;uvre de D&#252;rer, La colonne du paysan. Mais cette photographie &#233;voque aussi le Penseur de Rodin. Pourtant, ce qui nous est montr&#233; ici est aussi un marcheur, avec ses grosses chaussures, un homme qui avec son sabre semble venir &#224; la fois d'une autre contr&#233;e que j'imagine asiatique et d'une autre &#233;poque. Presque arriv&#233; &#224; la ville, notre marcheur semble se poser une derni&#232;re fois pour contempler le paysage urbain de la nouvelle vie qui l'attend. Il est d&#233;j&#224; encadr&#233; par les r&#233;seaux urbains de la lumi&#232;re et du transport de l'&#233;lectricit&#233; alors qu'au loin s'&#233;talent les chemins de fer et les autoroutes qui m&#232;nent au centre d'affaires de Vancouver et ses gratte-ciels. C'est donc un homme anonyme, mais pas un paysan, plut&#244;t quelqu'un qui pense, que nous montre JW, semblant ici faire &#233;cho &#224; la conception de l'artiste homme du monde entier de Baudelaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, citoyen de l'univers, homme du monde entier, multiplicit&#233; des endroits du monde &#224; parcourir, Jeff Wall analyse cela, au contraire de Baudelaire, comme une exp&#233;rience ali&#233;nante du fait que l'image sugg&#232;re toujours deux mondes en m&#234;me temps, celui du spectateur et celui du tableau :&lt;br class='autobr' /&gt; Pour moi, cette exp&#233;rience de deux endroits, de deux mondes, en un instant, est la forme essentielle de la modernit&#233;. C'est une exp&#233;rience de dissociation, d'ali&#233;nation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Jeff Wall, le produit technologique est responsable de cette dissociation fondamentale et renvoie, non au personnage du tableau, mais &#224; celui qui le regarde. Baudelaire pressent tout de m&#234;me cela dans le Salon de 1859 en d&#233;non&#231;ant la ru&#233;e sur le st&#233;r&#233;oscope. Le st&#233;r&#233;oscope r&#233;alise d&#233;j&#224; ce rapport au secret que supposent les moyens technologiques du spectacle, le spectateur voit celui qui regarde seul dans le binoculaire et est mis dans l'impossibilit&#233; de voir ce que voit l'autre, forme d'interdit que les moyens industriels et de contr&#244;le ont syst&#233;matis&#233;s. Pour Jeff Wall :&lt;br class='autobr' /&gt; Je pense qu'il y a une fascination fondamentale pour la technologie qui vient du fait qu'il y a toujours un espace cach&#233;, une salle de contr&#244;le, une cabine de projection, une source de lumi&#232;re quelconque, d'o&#249; provient l'image.&lt;br class='autobr' /&gt;
Movie audience, 1979&lt;br class='autobr' /&gt; Quand nous allons au cin&#233;ma, nous entrons dans un th&#233;&#226;tre qui a &#233;t&#233; r&#233;am&#233;nag&#233; en machine &#224; monumentaliser. Les immenses figures fragment&#233;es projet&#233;es sur l'&#233;cran sont les d&#233;bris agrandis de trag&#233;diens d'un autre &#226;ge. Ceci implique que le spectateur du film est historiquement aussi un fragment, qui acquiert une identit&#233; sociale par une accumulation r&#233;p&#233;titive ; dans ce processus, cela devient un &#171; public &#187;. Le public ne regarde pas le produit ou l'action d'une machine ; il est &#224; l'int&#233;rieur d'une machine et fait l'exp&#233;rience de la fantasmagorie de cet int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ENFANCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Le peintre moderne est un convalescent dont les facult&#233;s sont aiguis&#233;es au plus haut point par la privation momentan&#233;e engendr&#233;e par la maladie qui s'&#233;loigne enfin. Il est alors comme un enfant qui veut tout voir et tout comprendre du monde. L'enfant n'est pas spontan&#233;ment tourn&#233; vers les valeurs du pass&#233;, &#171; il voit tout en nouveaut&#233; &#187;, il est ivre, il absorbe tout. Pour Baudelaire, &#171; le g&#233;nie n'est que l'enfance retrouv&#233;e &#224; volont&#233; &#187;, mais une enfance dou&#233;e &#171; d'organes virils et d'un esprit analytique &#187; comme l'enfant qu'&#233;tait son ami :&lt;br class='autobr' /&gt; Il assistait &#224; la toilette de son p&#232;re, et il contemplait &#8230; les muscles des bras, les d&#233;gradations des couleurs de la peau nuanc&#233;e de rose et de jaune, et le r&#233;seau bleu&#226;tre des veines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et plus loin, Baudelaire insiste sur l'artificialit&#233; de l'enfance qui est hors d'un sentiment de r&#233;el face &#224; l'existence :&lt;br class='autobr' /&gt; Le sauvage et le baby t&#233;moignent, par leur aspiration na&#239;ve vers le brillant&#8230; vers la majest&#233; superlative des formes artificielles, de leur d&#233;go&#251;t pour le r&#233;el, et prouvent ainsi, &#224; leur insu, l'immat&#233;rialit&#233; de leur &#226;me. Malheur &#224; celui qui&#8230; pousse la d&#233;pravation jusqu'&#224; ne plus go&#251;ter que la simple nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Backpack, 1981-1982&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette photographie, un &#171; &#233;pisode &#187; de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; se joue. Le fils de JW endosse le sac &#224; dos de son p&#232;re. Normalement les enfants essaient les v&#234;tements de leurs parents. Devant ce fond uniforme, un l&#233;ger grotesque point car il n'y a pas d'&#233;chelle. Le personnage pourrait &#234;tre un enfant trop grand pour son &#226;gen mais alors le sac est surdimensionn&#233;, ou bien le sac est dimensionn&#233; pour un enfant, alors celui-ci est tr&#232;s (trop) petit, ou bien enfin le sac est de taille adulte et l'enfant devrait avoir dans les 8 &#224; 10 ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
The Smoker, 1986&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin The Smoker montre l'autre fils de JW quatre ans plus tard, dans l'arch&#233;type de l'adolescent qui fume sa cigarette en d&#233;pit de l'interdiction des parents. Son air est un peu but&#233;, il adopte d&#233;j&#224; la position, l'attitude, du dandy styl&#233; d&#233;crit par Baudelaire. Mais ce n'est pas &#171; un homme riche, oisif&#8230; &#233;lev&#233; dans le luxe et accoutum&#233; d&#232;s sa jeunesse &#224; l'ob&#233;issance des autres hommes &#187; et l'&#233;tranget&#233; vient de ce d&#233;calage du port de la cigarette qui semble &#234;tre celui d'un vieil habitu&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
A Ventriloquist at a Birthday Party in October 1947, 1990&lt;br class='autobr' /&gt;
Le th&#232;me de l'artificiel comme signe du monde de l'enfance revient ici avec plus de force, la poup&#233;e est explicitement pr&#233;sente comme accessoire du ventriloque. C'est aussi, comme au cin&#233;ma, une photo r&#233;tro o&#249; JW a reconstitu&#233; le d&#233;cors et l'atmosph&#232;re des go&#251;ters d'anniversaire de la bourgeoisie am&#233;ricaine avant l'arriv&#233;e massive de la t&#233;l&#233;vision dans les foyers. L&#224; donc, ce n'est pas la situation qui est actualis&#233;e, c'est le processus tr&#232;s contemporain d'un cin&#233;ma qui se retourne sur les &#233;poques pass&#233;es, c'est une citation de film r&#233;tro et non un remake. Les enfants sont &#233;merveill&#233;s devant ce faux artificiel qui parle, merveilleux qui est aussi, &#224; propos de la ville et ses fastes ce sur quoi insiste Baudelaire. Comme presque toujours chez JW, le format de la photographie est tr&#232;s grand (229x352 cm) et le caisson lumineux r&#233;current &#224; la pr&#233;sentation de l'ensemble de l'&#339;uvre ou presque produit &#224; plein son effet cin&#233;matographique. Un effet d'&#233;tranget&#233; famili&#232;re vient de l&#224;, de la fa&#231;on dont la photographie se rapproche alors de l'exp&#233;rience cin&#233;matographique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vampires' Picnic, 1991&lt;br class='autobr' /&gt; Je voulais que ma famille de vampires soit une parodie grotesque des photos de groupe de ces horribles et fascinantes familles des s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es comme Dynastie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici JW inscrit le grotesque, le gore et l'anthropophagie dans l'univers familial, la sauvagerie rejoignant de mani&#232;re trop appuy&#233;e et mani&#233;riste la violence intrins&#232;que de cet univers. Les effets d'&#233;clairages du cin&#233;ma d'horreur, la lumi&#232;re rasante et les contrastes tr&#232;s forts, sont manifestes et soulignent surabondamment le grotesque et l'artifice de la sc&#232;ne. Il le reconna&#238;t lui-m&#234;me, JW atteint l&#224; une position extr&#234;me et difficilement tenable du d&#233;veloppement de ses grandes machineries photographiques des ann&#233;es 80-90.&lt;br class='autobr' /&gt;
In the Public Garden, 1993&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc une position de retrait plus nuanc&#233;e qu'il adopte ensuite. L'enfant sortant de ce buisson ressemble &#224; une poup&#233;e de porcelaine, &#224; un automate. Il repr&#233;sente une innocence m&#233;canis&#233;e, cette m&#233;canisation produisant ce sentiment de merveilleux et d'artificiel dont parle Baudelaire dans son texte. Ici ce qui est brillant, c'est l'enfant lui-m&#234;me, son front trop bomb&#233; et la lumi&#232;re qui donne &#224; sa chair une carnation de poup&#233;e. Mais ce qui est brillant aussi, c'est le point de vue de photographe, l'appareil est tr&#232;s bas, &#224; la hauteur de l'enfant, c'est une position totalement artificielle que seuls les adultes qui veulent reproduire la vision suppos&#233;e d'un enfant utilisent. Dans la photo de famille, peut-&#234;tre la m&#232;re peut ainsi s'accroupir pour un tel point de vue, mais alors elle ne saurait garder une telle photo &#224; moins d'un go&#251;t un peu macabre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA VILLE-LUMI&#200;RE&lt;br class='autobr' /&gt;
Le peintre moderne, dou&#233; de cette facult&#233; d'observation analytique peut :&lt;br class='autobr' /&gt; Admirer l'&#233;ternelle beaut&#233; et l'&#233;tonnante harmonie de la vie dans les capitales,&#8230; les paysages de la grande ville,&#8230; les fiers chevaux,&#8230; les grooms,&#8230; les valets,&#8230; en un mot la vie universelle&#8230; La foule est son domaine, comme l'air est celui de l'oiseau, comme l'eau celui du poisson. Sa passion et sa profession, c'est &#171; d'&#233;pouser la foule &#187;. Pour le parfait fl&#226;neur, pour l'observateur passionn&#233;, c'est une immense jouissance que d'&#233;lire domicile dans le nombre, dans l'ondoyant mouvement, dans le fugitif et l'infini&#8230; L'observateur est un &#171; prince &#187; qui jouit de son incognito.&lt;br class='autobr' /&gt;
La ville, c'est &#224; cette &#233;poque le lieu o&#249; passe un r&#233;giment chamarr&#233;, le lieu o&#249; le guerrier d&#233;ploie ses ors. Mais la nuit arrive et tout change :&lt;br class='autobr' /&gt; Mais le soir est venu. C'est l'heure bizarre et douteuse o&#249; les rideaux du ciel se ferment, o&#249; les cit&#233;s s'allument. Le gaz fait tache sur la pourpre du couchant. Le peintre restera le dernier partout o&#249; peut resplendir la lumi&#232;re, retentir la po&#233;sie, fourmiller la vie, vibrer la musique&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
La vision de la ville de JW est totalement transform&#233;e par l'intrusion des technologies modernes de communication, issues du th&#233;&#226;tre, de la photographie et du cin&#233;ma :&lt;br class='autobr' /&gt; Le d&#233;part des spectateurs du cin&#233;ma laisse les rues de la ville d&#233;sertes. Ma ville natale, Vancouver, est une ville universelle, c'est-&#224;-dire une ville structur&#233;e par les r&#233;seaux de la t&#233;l&#233;vision cabl&#233;e, de l'exportation hydro&#233;lectrique et des mati&#232;res premi&#232;res et, bien s&#251;r, par le r&#233;seau de l'urbanisation&#8230;. La nuit, les rues de cette ville sont peupl&#233;es avant tout de panneaux lumineux que personne ne regarde parce que personne n'est dans les rues. Ces panneaux sont culturellement &#224; mi-chemin entre la gigantophilie archa&#239;que du cin&#233;ma, le post-monumentalisme implos&#233; de la t&#233;l&#233;vision et l'art monumental dont la critique interne est le modernisme. Les panneaux fonctionnent de fa&#231;on alambiqu&#233;e entre ces trois p&#244;les de culture, trois exp&#233;riences du monument, trois formes d'acuit&#233; et d'amn&#233;sie historiques. Les panneaux sont du cin&#233;ma sans public, de la t&#233;l&#233;vision pour le fl&#226;neur et de l'art mural nomade.&lt;br class='autobr' /&gt;
The Bridge, 1980&lt;br class='autobr' /&gt;
JW met ici l'accent sur une qualit&#233; sp&#233;cifique de la photographie dans la presse, le pouvoir indicateur de la l&#233;gende. Cette photo est r&#233;alis&#233;e &#224; une &#233;poque o&#249; prend forme un courant critique des donn&#233;es de la photographie de presse utilisant les codes de celle-ci pour en d&#233;tourner les effets et ainsi en montrer les subterfuges.&lt;br class='autobr' /&gt;
Steves Farm, Steveston, 1980&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette photographie est directement r&#233;f&#233;r&#233;e &#224; la fois &#224; Baudelaire dans sa partie gauche (le cheval) et &#224; Dan Graham dans sa partie droite. JW a &#233;crit un texte critique sur le travail de Dan Graham qui a lui-m&#234;me &#233;crit sur celui de JW. Ici la r&#233;f&#233;rence concerne &#171; Homes for America &#187;, o&#249; Dan Graham met en &#233;vidence dans un magazine populaire la dimension industrialis&#233;e et normalis&#233;e de l'habitat am&#233;ricain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pleading, 1984&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la nuit, au sortir du spectacle dans la rue &#233;clair&#233;e, l'arm&#233;e du salut plaide sa cause. Une jeune femme interpelle ici un homme appareil photo en bandouli&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
After &#171; Invisible man &#187; by Ralph Ellison, the prologue, 1999-2000&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette photographie est une illustration tr&#232;s proche de la description d'un noir s'enfermant dans sa cave apr&#232;s en avoir couvert le plafond d'ampoules &#233;lectriques allum&#233;es 24h sur 24. Les lumi&#232;res de la ville ne sont pas les m&#234;mes pour tous, le livre se passe par ailleurs dans les rues d'une grande ville am&#233;ricaine plong&#233;es dans le noir lors d'&#233;meutes raciales. On retrouve l&#224; le go&#251;t de JW pour les r&#233;f&#233;rences &#224; la litt&#233;rature, ainsi que son soucis d'utiliser les diff&#233;rentes applications de la photographie, notamment l'illustration ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE FANTASTIQUE&lt;br class='autobr' /&gt;
Le peintre moderne est donc celui qui veille apr&#232;s tout le monde, tirant par son &#171; crayon &#187;, sa &#171; plume &#187;, son &#171; pinceau &#187; la quintessence de ce monde :&lt;br class='autobr' /&gt; Maintenant, &#224; l'heure o&#249; les autres dorment, celui-ci est pench&#233; sur sa table, dardant sur une feuille de papier le m&#234;me regard qu'il attachait tout &#224; l'heure sur les choses, s'escrimant avec son crayon, sa plume, son pinceau&#8230; Et les choses renaissent sur le papier&#8230; La fantasmagorie a &#233;t&#233; extraite de la nature&#8230; Tous les mat&#233;riaux dont la m&#233;moire s'est encombr&#233;e, se classent, se rangent, s'harmonisent&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Baudelaire, cette fantasmagorie, c'est &#171; le fantastique r&#233;el extrait de la vie &#187; qui sans cesse emplit la m&#233;moire ordonnatrice. Le peintre, apr&#232;s avoir vu et parcouru le monde toute la journ&#233;e, se retire en dernier la nuit venue dans sa chambre et fait agir sa m&#233;moire pour pouvoir se mettre au travail. Le monde prend un ordre dans son esprit, les informations se classent et s'harmonisent donc, et le travail du dessin peut commencer et celui-ci proposer une figure synth&#233;tique et compr&#233;hensible du monde. Le fantastique est l&#224;, dans cette transformation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Adrian Walker, 1992&lt;br class='autobr' /&gt; Michael Fried parle des diff&#233;rentes relations entre les personnages des tableaux et leurs spectateurs. Il a d&#233;fini un mode absorb&#233;, le mode th&#233;&#226;tral &#233;tant exactement le contraire. Dans les tableaux absorb&#233;s, nous regardons des personnages qui ne semblent pas interpr&#233;ter leur monde, seulement &#234;tre dedans. Les deux sont bien s&#251;r des modes de performances.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chez Jeff Wall, on voit son assistant en train de dessiner, celui-ci ne voulant pas plus poser que le peintre myst&#233;rieux de Baudelaire ne voulait r&#233;v&#233;ler son identit&#233;. Dans la photo, JW oppose deux bras, celui qui dessine et celui qui fait mod&#232;le en un jeu de miroir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que dans la photo de John Thomson, &#171; l'absence &#187; du dessinateur signale surtout son ali&#233;nation &#224; un travail &#224; la pi&#232;ce qui lui permet &#224; peine de survivre au jour le jour dans sa mansarde.&lt;br class='autobr' /&gt;
John Thomson, Le peintre de lettres, Londres 1878&lt;br class='autobr' /&gt;
Philippe Bazin, Centre de restauration des &#339;uvres du Mus&#233;e Harvard, Cambridge Mass., 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA GUERRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Si, avec une incroyable prescience, Baudelaire en appelle &#171; &#224; la beaut&#233; sobre et &#233;l&#233;gante du navire moderne &#187;, pr&#233;-voyant en cela Gropius ou Le Corbusier &#224; la recherche de mod&#232;les pour l'architecture moderne, il oppose &#224; cette beaut&#233;, comme l'autre face d'une m&#234;me pi&#232;ce, la guerre et &lt;br class='autobr' /&gt; Ses d&#233;bris fun&#232;bres, charrois de mat&#233;riaux&#8230; ambulances o&#249; l'atmosph&#232;re elle-m&#234;me semble malade&#8230; bless&#233;s livides et inertes&#8230; un monde guerrier tra&#238;nant des provisions ou des munitions de toutes sortes&#8230; tableaux vivants et surprenants, d&#233;calqu&#233;s sur la vie elle-m&#234;me&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les soldats chamarr&#233;s qui traversent les villes, si Baudelaire est enclin &#224; les voir dans leurs atours comme des figures de mode, pourtant il en conna&#238;t le r&#233;sultat final, sombre et &#233;pouvantable. Il ne nous &#233;pargne rien, dans une description pr&#233;cise qui veut nous faire sentir toute l'horreur physique de la guerre pour les soldats.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dead Trops Talk (a vision after an ambush of a Red Army Patrol, near Moqor, Afghanistan, winter 1986), 1992&lt;br class='autobr' /&gt;
JW traite lui de la guerre par le comique noir, le grotesque, le gore. &lt;br class='autobr' /&gt; L'humour noir, l'humour diabolique, le grotesque sont proches&#8230;. Le rire prend un caract&#232;re sinistre, n&#233;vrotique, acide et ironique&#8230; L'humour noir se distingue du comique, m&#234;me s'il peut l'inclure : on le trouve aussi m&#234;me quand personne ne semble rire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les morts des deux camps, afghan et russe, se r&#233;veillent et discutent, plaisantent ensemble. Le corps sont fragment&#233;s et d&#233;sarticul&#233;s, toujours en r&#233;f&#233;rence &#224; Manet commen&#231;ant d'objectiver la crise de la perspective classique. Ici, la perspective photo &#233;tant respect&#233;e, c'est de l'int&#233;rieur que la d&#233;sarticulation se produit, par les corps morts et d&#233;membr&#233;s qui se rel&#232;vent, la cervelle ouverte et d&#233;goulinante. Les r&#233;f&#233;rences cin&#233;matographiques sont &#233;videntes et nombreuses, comme une condensation de La nuit des morts-vivants et Full metal Jackett, et bien d'autres. Dans son film documentaire pour la s&#233;rie Contacts, JW insiste sur la mani&#232;re dont la photo est construite, morceau par morceau, signant l&#224; un grand tableau de la dislocation. Maintenant, tout est spectacle, n'importe quelle bataille peut &#234;tre reconstitu&#233;e ou invent&#233;e en studio pour figurer comme reportage dans les actualit&#233;s t&#233;l&#233;vis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA PROSTITUTION&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la soci&#233;t&#233; moderne industrielle, la prostitution est l'&#233;tat normal. (Godard dans l'Avant-sc&#232;ne du cin&#233;ma n&#176;70, 1967, p 9)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Baudelaire, le peintre moderne est sensible aussi aux effets de la politique sur les peuples, car&lt;br class='autobr' /&gt; Sous un gouvernement despotique, ce sont les races opprim&#233;es, et parmi elles, celles surtout qui ont le plus &#224; souffrir, qui fournissent le plus de sujets &#224; la prostitution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces races opprim&#233;es, Baudelaire les situe parmi les peuples balkaniques et caucasiens, l&#224; o&#249; Neil Painter identifie dans cette m&#234;me &#233;poque la naissance de l'id&#233;e de racisme &#224; partir de la figure de la belle orientale blanche. Baudelaire recherche chez ces femmes &lt;br class='autobr' /&gt; Le signe principal de civilisation&#8230; dans un coin de leur ajustement &#8230; si bien qu'elles ont l'air de Parisiennes qui auraient voulu se d&#233;guiser.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'orientalisme, l'exotisme se tiennent l&#224;, dans ce l&#233;ger &#233;cart qui nous permet de voir sous le familier l'autre comme diff&#233;rent, inf&#233;rieur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la peinture de Manet Le bar au Folies berg&#232;res, la serveuse d&#233;doubl&#233;e dans le miroir est une figure de l'absence dans un lieu de divertissement, indiquant l'arri&#232;re-plan prostitutionnel de sa situation, et m&#233;tonymiquement la relation identique que le peintre entretient avec son mod&#232;le. Les Folies berg&#232;res sont un des hauts lieux du demi-monde parisien de l'&#233;poque. JW interpr&#232;te lui aussi ce tableau de Manet comme un classique de l'ali&#233;nation de la vie moderne :&lt;br class='autobr' /&gt; Les figures qu'il peint et repr&#233;sente sont simultan&#233;ment palpables, c'est-&#224;-dire &#233;rotis&#233;es de fa&#231;on traditionnelle, et cependant d&#233;sint&#233;gr&#233;es, vid&#233;es et m&#234;me d'ores et d&#233;j&#224; &#171; d&#233;construites &#187; parce qu'elles s'inscrivent dans cette crise de la perspective.&lt;br class='autobr' /&gt;
Picture for Women, 1979&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce que veut remettre en jeu JW dans cette photographie dont il dit que :&lt;br class='autobr' /&gt; C'est un remake du tableau de Manet&#8230; J'ai con&#231;u mon image comme le sch&#233;ma th&#233;orique d'une salle de classe vide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette photo, c'est en fait l'appareil photo qui a pris la place de la barmaid, l'&#339;il m&#233;canique la rempla&#231;ant et jouant le r&#244;le de cette absence, de ce vide. Le regard de l'homme sur la femme y devient donc central par le biais de l'appareil, et l'artiste est au service de sa machine. La femme n'est plus d&#233;doubl&#233;e par son reflet, elle tourne le dos &#224; l'homme. C'est le regard de l'artiste qui est redoubl&#233; par la machine. La femme, elle, au lieu d'&#234;tre absente et vide, nous regarde avec &#233;nergie, son air assez dur nous indiquant m&#234;me une confrontation qui intimide l'artiste. La femme, par son jeu d'acteur, tient la performance de la prise de vue.&lt;br class='autobr' /&gt;
No, 1983&lt;br class='autobr' /&gt;
Quatre ans plus tard, JW revient sur la question de la prostitution de fa&#231;on explicite dans la photo No. Une femme s'avance dans la nuit vers un homme pour lui proposer ses services. Les deux corps sont perdus dans la composition architecturale qui semble imposer ses angulations &#224; la relation. L'espace est limit&#233; au coin de trottoir comme le geste de l'homme se limite au refus. Mais pourquoi ce refus si ce n'est qu'un autre regard est pr&#233;sent, la cam&#233;ra, inscrivant l'homme dans une sc&#232;ne potentiellement m&#233;diatis&#233;e. En refusant les attraits de la jeune femme, l'homme signe son ali&#233;nation &#224; la sph&#232;re m&#233;diatique de son &#233;poque.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Woman and her Doctor, 1980-1981&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette photo aborde finalement la m&#234;me probl&#233;matique que celle de Picture for Women, moins la pr&#233;sence de l'appareil technologique. Mais la suj&#233;tion &#224; la technologie est sous-jacente dans le personnage du docteur qui semble bien vouloir exercer son pouvoir sur la jeune femme. On assiste l&#224; presque &#224; un rendez-vous de prostitution, un homme &#226;g&#233; convoite une jeune femme attractive et d&#233;collet&#233;e. Celle-ci semble vivre la situation avec ironie et patience, elle repr&#233;sente une autre solution au refus d'ali&#233;nation propos&#233; par JW, elle est moins en col&#232;re, plus condescendante, plus s&#251;re d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE FAIT DIVERS&lt;br class='autobr' /&gt;
Chez Baudelaire, la nature ne saurait donc &#234;tre la source du Beau :&lt;br class='autobr' /&gt; La nature n'enseigne rien&#8230; la nature contraint l'homme &#224; dormir, &#224; boire, &#224; manger et &#224; se garantir contre les hostilit&#233;s de l'atmosph&#232;re. C'est elle aussi qui pousse l'homme &#224; tuer son semblable, &#224; le manger, &#224; le s&#233;questrer, &#224; le torturer, car sit&#244;t que nous sortons de l'ordre des n&#233;cessit&#233;s et des besoins pour entrer dans celui du luxe et des plaisirs, nous voyons que la nature ne peut conseiller que le crime. C'est cette infaillible nature qui a cr&#233;&#233; le parricide et l'anthropophagie, et autres abominations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au contraire de cette nature sauvage et d&#233;vastatrice de l'homme, &lt;br class='autobr' /&gt; Tout ce qui est beau et noble est le r&#233;sultat de la raison et du calcul&#8230; Le bien est toujours le produit d'un art.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Fight on a Sidewalk, 1994&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette photo, on peut d&#233;celer la position de JW sur la question du fait divers. En effet deux &#233;l&#233;ments se confrontent ici. D'abord les deux personnages qui se roulent par terre l'un sur l'autre. A premi&#232;re vue il s'agit d'une bagarre, mais les corps sont tellement emm&#234;l&#233;s qu'on ne voit pas de signe &#233;vident du r&#233;sultat d'une lutte. On peut aussi regarder cette sc&#232;ne comme un enlacement &#233;rotique. La condensation de l'id&#233;e de fait divers et de relation amoureuse est un premier signe du point de vue de JW. Le deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment est le tag sur le mur derri&#232;re. En fait, &#224; y regarder de pr&#232;s, c'est un trac&#233; abstrait qui &#233;voque la grande peinture de l'abstraction lyrique am&#233;ricaine plut&#244;t qu'un tag. Ainsi, le fait divers, v&#233;cu au XIX&#232; si&#232;cle comme une sauvagerie et au mieux comme un divertissement vulgaire que Baudelaire d&#233;plore, est-il montr&#233; ici par JW dans sa relation &#233;rotis&#233;e s'inscrivant maintenant dans le grand art. Le spectateur de la sc&#232;ne n'est autre qu'un substitut du photographe qui contemple d'un air m&#233;content et d&#233;sabus&#233; cette transformation op&#233;r&#233;e par la sph&#232;re des m&#233;dias.&lt;br class='autobr' /&gt;
The Arrest, 1989&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette photographie annonce en fait A Fight on a Sidewalk, elle reprend la sc&#232;ne urbaine nocturne qui constitue le background g&#233;n&#233;ralis&#233; de l'&#339;uvre de JW. Deux policiers blancs arr&#234;tent un portoricain. Le regard de celui-ci est absent, comme pourrait l'&#234;tre la serveuse du Bar aux Folies berg&#232;res, signant l&#224; la situation r&#233;elle du personnage. Le racisme est tr&#232;s &#233;vident dans cette image, l'arrestation semblant aussi &#234;tre v&#233;cue comme une fatalit&#233; pr&#233;visible par le portoricain. Dans l'arri&#232;re-plan, l'ombre sur le mur est une &#233;bauche de ce qu'on verra ensuite dans A Fight on a Sidewalk. Le geste du policier qui introduit son doigt dans la petite poche du jean est pour le moins ambigu d'autant que finalement ce portoricain semble sorti tout droit d'une backroom homosexuelle. Ce trio devient alors aussi une image de la prostitution. JW condense dans cette image le fait divers, l'homosexualit&#233; (coupable du SIDA), le racisme, la prostitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE GESTE&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de la mode, Baudelaire nous invite &#224; observer du v&#234;tement, la &#171; coupe &#187;, le &#171; pli &#187;, le &#171; geste &#187;, trois termes auxquels on peut juxtaposer au XX&#232; si&#232;cle : le montage, la mode, la performance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Baudelaire, ce que l'homme cherche, c'est la &#171; modernit&#233; &#187;, il s'agit &#171; de comprendre le caract&#232;re de la beaut&#233; pr&#233;sente &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt; La modernit&#233;, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent&#8230; (le peintre moderne) a cherch&#233; partout la beaut&#233; passag&#232;re, fugace, de la vie pr&#233;sente, le caract&#232;re de ce que le lecteur nous a permis d'appeler la &#171; modernit&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
JW insiste beaucoup sur la question du geste et sa transformation au XIX si&#232;cle, dans une perspective qui met en relation comparative la gestuelle pleine du corps dans sa totalit&#233; telle qu'elle s'exprime de mani&#232;re th&#233;&#226;trale jusqu'au Baroque, avant que l'&#232;re industrielle ne r&#233;duise ce corps &#224; des fonctions parcellaires, m&#233;caniques et s&#233;par&#233;es :&lt;br class='autobr' /&gt; Le c&#244;t&#233; c&#233;r&#233;monieux, l'&#233;nergie et la volupt&#233; des gestes de l'art baroque sont remplac&#233;s dans la modernit&#233;, par des mouvements m&#233;caniques, des r&#233;flexes, des r&#233;actions involontaires et compulsives. R&#233;duites &#224; de simples &#233;missions d'&#233;nergie biom&#233;canique ou bio&#233;lectronique, ces actions ne sont pas &#224; proprement parler des &#171; gestes &#187; au sens que donne &#224; ce mot l'esth&#233;tique ancienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jeff Wall semble faire cette synth&#232;se &#224; propos de la performance quand il indique :&lt;br class='autobr' /&gt; La seule mani&#232;re d'&#233;tablir une collaboration entre le photographe et le personnage dans l'image &#233;tait de mettre en place un jeu d'acteur&#8230; L'esth&#233;tique photographique &#233;tait au c&#339;ur de ce que j'essayais de faire, mais il fallait y introduire la performance pour la transformer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, cette esth&#233;tique du transitoire, du fugitif, du contingent est-elle absorb&#233;e par les photographes de la rue, comme Henri Cartier-Bresson et son c&#233;l&#232;bre Instant d&#233;cisif qui en d&#233;coule et qu'il d&#233;finit ainsi :&lt;br class='autobr' /&gt;
Une photographie est pour moi la reconnaissance simultan&#233;e, en une fraction de seconde, d'une part de la signification d'un fait, et de l'autre d'une organisation rigoureuse des formes per&#231;ues visuellement qui expriment ce fait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et JW d'ajouter paraphrasant HCB :&lt;br class='autobr' /&gt; Le photographe devait &#234;tre invisible et les sujets inconscients de la situation, indiff&#233;rents, trop pr&#233;occup&#233;s par leurs conditions d'existence pour remarquer la pr&#233;sence du photographe.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est que JW rejette, ce dont il se d&#233;marque radicalement, en insistant sur le jeu de l'acteur, sur la th&#233;&#226;tralit&#233; de la photographie non contingent&#233;e &#224; l'acte de la prise de vue&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la condition de la mode dans la rue est justement d'&#234;tre remarqu&#233;e, la gestuelle du v&#234;tement et du corps qui l'anime faite pour attirer l'attention du passant, alors sont cr&#233;&#233;es les conditions d'une relation de &#171; performance &#187; et non d'inconscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mimic, 1982&lt;br class='autobr' /&gt;
Mimic est une des images dans lequelles j'ai investi le plus d'&#233;nergie, et dont j'ai &#233;t&#233; le plus satisfait : j'avais cherch&#233; &#224; reprendre et &#224; transformer la photo de rue. Je pouvais d&#233;sormais me rendre compte de l'exp&#233;rience qui est le propre de la Street Photography : la confrontation avec un inconnu dans la rue mais &#224; une autre &#233;chelle, en dirigeant des acteurs et en inventant une composition&#8230; Je monumentalisais la photo de rue&#8230; Le corps humain &#224; l'&#233;chelle o&#249; il appara&#238;t dans la peinture d'histoire. Faire se rencontrer le genre documentaire et la peinture d'histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r ici on peut voir que la performance ne r&#233;side pas dans la gestuelle des acteurs de la photo mais plut&#244;t dans le travail de JW a ordonner cette reconstitution de telle sorte que la photo semble absolument prise sur le vifn ou bien encore qu'il puisse s'agir d'un arr&#234;t sur image cin&#233;matographique. Tous les d&#233;tails sont extr&#234;mement pens&#233;s afin que rien n &#8216;&#233;chappe &#224; ce sentiment d'instantan&#233;it&#233;. En regardant la photographie c&#233;l&#232;bre de Charles N&#232;gre, qui a sans doute inspir&#233; celle de JW, on se rend compte de l'extraordinaire investissement n&#233;cessaire &#224; la r&#233;alisation de cette effet de r&#233;el alors que l'image est en m&#234;me temps une condensation &#233;tonnante de multiples couches de significations comme : une altercation, la complexit&#233; des expressions de chaque visage, la question du racisme, la moquerie m&#233;chante, la domination de l'homme sur la femme, la diff&#233;rence de classes sociales, la violence de l'homme qui tire sa femme, le barbu post hippie, la jeune femme en short rouge et maillot blanc &#233;voquant le drapeau japonais, la rue prise dans sa profondeur, le groupe qui marche vers le photographe (voir Garry Winogrand), la lumi&#232;re dont les ombres sont parfaitement dirig&#233;es dans l'axe de la prise de vue, l'effet s&#233;rie am&#233;ricaine des ann&#233;es 70 (Les rues de San Francisco), etc. Ce qui est fugace au cin&#233;ma est ici fig&#233; de telle sorte qu'aucun d&#233;faut de jeu, d'accessoire, de lumi&#232;re, de cadrage, n'&#233;chapperait au spectateur. JW R&#233;alise l&#224; une grande machine &#224; voir qui constitue l'un de ses chefs d'&#339;uvre lui permettant d'acc&#233;der &#224; la notori&#233;t&#233; internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Charles N&#232;gre, Les petits ramoneurs, Paris 1853&lt;br class='autobr' /&gt;
Garry Winogrand, sans titre, New York 1961&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CONCLUSION&lt;br class='autobr' /&gt;
Le peintre moderne, c'est celui qui cr&#233;e les &#171; archives pr&#233;cieuses de la vie civilis&#233;e &#187;, et cette notion d'archive semble finalement &#234;tre au c&#339;ur du projet de Baudelaire pour un art moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Revenant au texte du salon de 1859, il en appelle &#224; rien d'autre pour la photographie :&lt;br class='autobr' /&gt; Qu'elle sauve de l'oubli&#8230; les choses pr&#233;cieuses dont la forme va dispara&#238;tre et qui demandent une place dans les archives de notre m&#233;moire&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pour Baudelaire, l'archive, c'est la mani&#232;re de prendre la distance avec le quotidien, de l'id&#233;aliser la nuit seul dans sa chambre avec le recul. C'est l'activation de la m&#233;moire sur les contingences de l'existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout l'art moderne, si l'on suit Bernard Lamarche-Vadel, est hant&#233; par la disparition et &#233;rige le motif de sa propre disparition comme figure centrale d'un art qui n'existera que par l'enregistrement et l'archive. C'est aussi ce qu'indique Jeff Wall, cette fois-ci &#224; propos de la litt&#233;rature moderne comme objet d'art :&lt;br class='autobr' /&gt; Il m'a sembl&#233; qu'&#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du mouvement de rejet de la litt&#233;rature par l'art moderniste, s'&#233;tait dessin&#233;e l'hypoth&#232;se d'une nouvelle relation &#224; la litt&#233;rature&#8230; une nouvelle conscience, &#224; travers sa n&#233;gation, de la relation entre art et litt&#233;rature&#8230; Nadja, de Breton &#233;tait pour moi le mod&#232;le d'une pratique de l'&#233;criture qui participe de l'art.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette remarque concernant la litt&#233;rature pourrait s'appliquer tout aussi bien &#224; la photographie. La question pour Jeff Wall est de savoir comment int&#233;grer celle-ci comme pratique artistique en s'appuyant sur sa n&#233;gation par les milieux artistiques. Ce rejet &#233;tait tr&#232;s pr&#233;gnant dans les ann&#233;es 70, &#224; un moment o&#249; les artistes minimalistes et conceptuels se disaient utilisateurs de la photographie et non photographes, et cherchaient avant tout une photographie pauvre, sans les qualit&#233;s internes au m&#233;dium que la photographie traditionnelle d&#233;fendait, surtout aux USA avec le mouvement F64. Ainsi ce que propose Baudelaire pour la photographie, &#234;tre l'archiviste des arts est peut-&#234;tre une mani&#232;re de la placer hors du jeu de l'art traditionnel pour qu'elle assume un nouveau r&#244;le de transformation de l'art tout entier dans ses finalit&#233;s, ce que bien plus tard Andr&#233; Bazin reconna&#238;tra dans son texte Ontologie de l'image photographique :&lt;br class='autobr' /&gt; La photographie appara&#238;t donc bien comme l'&#233;v&#233;nement le plus important de l'histoire des arts plastiques. &#192; la fois d&#233;livrance et accomplissement, elle a permis &#224; la peinture occidentale de se d&#233;barrasser d&#233;finitivement de l'obsession r&#233;aliste et de retrouver son autonomie esth&#233;tique&#8230; la photographie nous permet d'une part d'admirer dans sa reproduction l'original que nos yeux n'auraient pas su aimer et dans la peinture un pur objet dont la r&#233;f&#233;rence &#224; la nature a cess&#233; d'&#234;tre la raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jeff Wall nous propose ainsi, avec la photographie accept&#233;e dans l'humilit&#233; de son m&#233;dium, les &#171; archives &#187; de notre propre &#233;poque : le cin&#233;ma, la peinture murale, le panneau publicitaire &#233;clairant la nuit des grandes villes, la circulation et le voyage, le racisme, l'art moderne dans la hantise de sa disparition, la prostitution de la bourgeoisie poss&#233;dante, la fin de l'enfance curieuse, etc&#8230; reprenant ainsi, comme le souligne Jean-Fran&#231;ois Chevrier, le programme de Baudelaire dans Le peintre de la vie moderne. La r&#233;novation de la photographie moderniste, et donc de ce que celle-ci a enti&#232;rement d&#233;place dans tout l'art, passe par la performance.&lt;br class='autobr' /&gt;
The Destroyed Room appara&#238;t alors comme la hantise de cette disparition. Le lieu d'une archive elle-m&#234;me saccag&#233;e, de la mode pouss&#233;e dans sa propre contradiction, le geste suppos&#233; par ce qu'on voit dans l'image d&#233;coupant le r&#233;el avec toute la violence et la furie de la folie. Jeff Wall :&lt;br class='autobr' /&gt; Je me suis inspir&#233; du style des vitrines des magasins de v&#234;tement et d'ameublement. &#192; ce moment-l&#224;, elles &#233;taient tr&#232;s violentes, surtout sous l'influence du ph&#233;nom&#232;ne punk qui avait rapidement infiltr&#233; toute l'industrie culturelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi cette photographie constitue-t-elle exactement ce &#224; quoi en appelle Baudelaire, &#171; la morale et l'esth&#233;tique de notre temps &#187;. Jeff Wall ne dit pas autre chose en reconnaissant sa dette &#224; Baudelaire quand il dit ceci lors d'un entretien avec Jean-Fran&#231;ois Chevrier :&lt;br class='autobr' /&gt; Baudelaire &#224; reconnu que, avec l'essor de la notion du quotidien, de la vie v&#233;cue dans son actualit&#233; par les individus, tout ce qui compte devait &#234;tre exprim&#233; dans les termes de cette exp&#233;rience de l'actualit&#233;, &#224; tout moment, et que cette exp&#233;rience devait &#234;tre capable d'absorber et de r&#233;inventer toutes les formes pr&#233;dominantes dans lesquelles l'art avait &#233;t&#233; jusqu'alors imagin&#233;, religieuses, mythiques, rationalistes, etc. Tout devait pouvoir se retrouver &#171; dans la rue &#187;, o&#249; l'aur&#233;ole du po&#232;te est &#224; jamais tomb&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette notion de performance, apparue dans l'art au d&#233;but des ann&#233;es 60 &#224; New York (voir le texte de Susan Sontag), a permis &#224; l'art de se lib&#233;rer du cadre du mus&#233;e et de la galerie, investissant ainsi tout lieu disponible, un garage, la rue, le d&#233;sert etc. Mais bien s&#251;r cette notion n'est pas propre &#224; l'art et s'est &#233;tendue &#224; tout le champ des activit&#233;s humaines, dans l'entreprise, la communication, la publicit&#233;, le tourisme, la guerre. JW, int&#233;grant cette notion, montre comment celle-ci a peut-&#234;tre provoqu&#233; &#171; la chute du po&#232;te dans la rue &#187;. La rue est le paradigme d'une soci&#233;t&#233; de la performance, pour qui aucun espace ne saurait &#233;chapper &#224; son emprise, l'espace priv&#233; quel qu'il soit devenant le lieu r&#233;tr&#233;ci de la ruine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>LARRY CLARK : LE CORPS DU D&#201;LIT</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=101</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=101</guid>
		<dc:date>2010-11-24T14:01:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Bazin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit pour le s&#233;minaire de Mathilde Girard et Bernard Stiegler D&#233;sir et technologie, au Centre Georges Pompidou &#224; Paris et donn&#233; en conf&#233;rence le 21 f&#233;vrier 2008. Une nouvelle exposition de Larry Clark se d&#233;roule &#224; Paris dans une atmosph&#232;re de controverse et de censure vis &#224; vis des adolescents : ils constituent pourtant le sujet essentiel de l'&#339;uvre, &#339;uvre qui est une constante adresse &#224; ceux-ci depuis presque 50 ans. Cette &#339;uvre s'est construite dans une relation intime et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit pour le s&#233;minaire de Mathilde Girard et Bernard Stiegler D&#233;sir et technologie, au Centre Georges Pompidou &#224; Paris et donn&#233; en conf&#233;rence le 21 f&#233;vrier 2008. Une nouvelle exposition de Larry Clark se d&#233;roule &#224; Paris dans une atmosph&#232;re de controverse et de censure vis &#224; vis des adolescents : ils constituent pourtant le sujet essentiel de l'&#339;uvre, &#339;uvre qui est une constante adresse &#224; ceux-ci depuis presque 50 ans. Cette &#339;uvre s'est construite dans une relation intime et violente au v&#233;cu de Larry Clark lui-m&#234;me. On ne saurait donc &#233;viter d'&#233;voquer les &#233;l&#233;ments biographiques de l'artiste, non pas comme information anecdotique, mais pour montrer comment, dans une sorte de mouvement rousseauiste, l'&#339;uvre fonde ses dimensions profond&#233;ment esth&#233;tiques et politiques sur une autobiographie de plus en plus revendiqu&#233;e au fil de son &#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Larry Clark (LC)&lt;/strong&gt; est n&#233; en 1943 &#224; Tulsa, Oklahoma, petite ville perdue dans le Midwest Am&#233;ricain.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s l'&#226;ge de 12 ans, il est sensibilis&#233; &#224; la photographie par sa m&#232;re, qui fait du porte-&#224;-porte comme photographe de b&#233;b&#233;s. Tr&#232;s vite, vers l'&#226;ge de 14 ans, LC l'assiste et fait lui-m&#234;me des prises de vues. De 1961 &#224; 1963, il prend des cours de photographie commerciale &#224; l'&#233;cole d'art Layton, &#224; Milwaukee, dans le Wisconsin. Par ailleurs d&#232;s l'&#226;ge de 16 ans, il se shoote aux amph&#233;tamines avec ses copains. Lors de son premier retour &#224; Tulsa en 1963, il constate avec surprise que m&#234;me dans une petite ville perdue, ses copains consomment autant de drogues qu'&#224; New-York, se piquent &#224; l'h&#233;ro&#239;ne et font des soir&#233;es de sexe et de drogue. Il a son Leica avec lui et commence &#224; faire des photos : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Un jour, j'ai eu cette sorte de r&#233;v&#233;lation que je pourrais photographier mes amis parce que je n'avais rien vu qui leur ressemble. Nous sortions des ann&#233;es 50 o&#249; tout &#233;tait r&#233;prim&#233; et &#224; l'&#233;poque, en Am&#233;rique, on ne parlait jamais de drogue. Ce n'&#233;tait pas cens&#233; exister, et pourtant &#231;a existait&#8230; C'est un peu comme si je n'avais pas eu mon appareil, c'&#233;tait du genre &#171; Larry qu'est-ce que tu as fait de ton appareil &#187;&#8230; &#199;a faisait partie de la sc&#232;ne, c'&#233;tait tr&#232;s organique, on ne se posait pas la question de savoir si les photos allaient &#234;tre montr&#233;es ou publi&#233;es. C'&#233;tait tr&#232;s intime.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
LC revient &#224; Tulsa en 1968 avec l'intention de faire un film, il fait quelques prises, mais n'a pas les connaissances techniques, pas d'&#233;quipe ni de budget. Il continue les photos. Dernier retour &#224; Tulsa en 1971, et publication du livre Tulsa la m&#234;me ann&#233;e chez Lustrum Press, la maison d'&#233;dition du photographe new-yorkais Ralph Gibson. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le livre est un choc, une r&#233;v&#233;lation &#224; l'&#233;poque, et LC appara&#238;t imm&#233;diatement comme un &#171; passeur de la contre-culture am&#233;ricaine des ann&#233;es 70 &#187; selon Brian Wallis, conservateur de l'International Center of Photography &#224; New-York en 2003.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1974, LC est tra&#238;n&#233; en justice pour avoir menac&#233; de mort avec une arme &#224; feu l'un de ses copains, qui a port&#233; plainte. L'affaire ne semble pas claire, les menaces r&#233;ciproques, mais il semble que Tulsa ait jou&#233; en sa d&#233;faveur au proc&#232;s. LC est condamn&#233; &#224; 4 ans de prison, plus 1 an pour port d'arme ill&#233;gal. Il y passera finalement 18 mois et cette exp&#233;rience le brise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il r&#233;appara&#238;t en 1983, avec la sortie de Teenage Lust chez Meriden Gravure (Meriden, Connecticut), livre o&#249; il reprend des photos de Tulsa, ainsi que d'autres, faites &#224; cette &#233;poque mais non publi&#233;es. Mais surtout, il introduit dans le sous-titre (An Autobiography) une dimension autobiographique manifeste (et s&#233;lective : il mentionne &#224; peine son s&#233;jour &#224; l'arm&#233;e en 65-66). Le livre d&#233;bute en outre par une photo de lui b&#233;b&#233; comme r&#233;f&#233;rence &#224; la m&#232;re. Et il inclut des coupures de presse concernant des faits-divers relatant les ennuis avec la justice de certains des copains figurant dans ses photos, notamment sa propre arrestation chez Jacky Dean Johnson en 1968. Celui-ci d&#233;tient de la marijuana et sera condamn&#233; &#224; plusieurs ann&#233;es de prison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es 80, LC a un studio de photographe &#224; New York, et continue de photographier des adolescents, notamment des jeunes prostitu&#233;s qu'il prend nus et en &#233;rection. Pour lui il ne s'agit pas d'une question de p&#233;dophilie ou d'homophilie, mais simplement il dit s'identifier &#224; eux, il se sent comme &#231;a et il voudrait avoir toujours cet &#226;ge.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1993 il publie The Perfect Childhood chez LCB &#224; Londres, au moment o&#249; il entame une plong&#233;e dans la 42&#232; rue aupr&#232;s de jeunes skaters. Le skate est pour lui l'expression m&#234;me de la libert&#233; adolescente, l'expression d'un besoin d'affranchissement du monde des parents. LC projette de r&#233;aliser un film sur ces jeunes, d&#233;couvrant que le cin&#233;aste Gus Van Sant travaille sur ses propres centres d'int&#233;r&#234;t. Il rencontre un dimanche un adolescent de 17 ans, Harmony Korine, encore &#233;l&#232;ve dans une highschool, passionn&#233; de cin&#233;ma et qui a d&#233;j&#224; travaill&#233; avec Paul Schrader. Korine &#233;crit des sc&#233;narios. Lorsque LC aura trouv&#233; l'argument de Kids, il recontacte Korine pour &#233;crire le film. Kids sera tourn&#233; avec les skaters de la 42&#232; rue, et produit par Gus Van Sant. Korine lui-m&#234;me finira par y jouer un r&#244;le.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le d&#233;but d'une carri&#232;re retentissante et controvers&#233;e de cin&#233;aste, qui appara&#238;t largement, en regard des photos de LC, comme un prolongement de celles-ci.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tulsa et Teenage Lust sont alors r&#233;&#233;dit&#233;s (en 1996 et 1997) puis LC pr&#233;sente une &#233;norme exposition de 700 photos et documents au Groningen Museum (Hollande) en 1999, avant de publier une somme r&#233;unissant toutes ses exp&#233;riences, photos, documents sur l'adolescence accumul&#233;s depuis 40 ans, dans le livre Punk Picasso chez AKA &#224; NYC en 2003. Ce travail est pr&#233;sent&#233; sous ce titre dans diverses expositions internationales, dont la Biennale d'Art Contemporain de Lyon &#224; l'automne 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Interroger ses influences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LC souligne combien il est marqu&#233; avant tout par l'esth&#233;tique des films noirs am&#233;ricains des ann&#233;es 50. Il les voit et revoit sans cesse &#224; cette &#233;poque. Son film f&#233;tiche reste par ailleurs Shadow (1961) de John Cassavetes. Il r&#233;v&#232;re aussi Lenny Bruce, chanteur, parolier et humoriste caustique mort en 1966, ainsi que Bob Dylan. En photographie, il se r&#233;clame avant tout d'Eugene Smith, dont il verra sans doute l'&#233;norme r&#233;trospective (600 photos) organis&#233;e au Jewish Museum &#224; New-York en 1971. Ce qu'il revendique de commun avec Smith, comme d'ailleurs avec Lenny Bruce, c'est un d&#233;sir violent de v&#233;rit&#233; (&#171; the truth, the truth, the truth &#187;). Smith est photographe, oeuvrant plut&#244;t dans le genre du document social, ne se consid&#233;rant pas &#224; proprement parler comme photojournaliste : il claque la porte de Life parce qu'il refuse les d&#233;lais impos&#233;s et les reconstructions fictives op&#233;r&#233;es par le journal. LC est admiratif de sa sinc&#233;rit&#233;, de son grand souci de dire la v&#233;rit&#233; et de sa mani&#232;re longue et en profondeur de travailler. M&#234;me si Smith n'a pas encore r&#233;alis&#233; son grand &#339;uvre, Minamata, qu'il n'entame que fin 1971, il a d&#233;j&#224; publi&#233; des sujets importants comme Le M&#233;decin de campagne, ou un travail sur la noire et industrielle Pittsburg et ses ouvriers m&#233;tallurgistes. C'est un photographe du noir, du clair-obscur, &#224; qui l'on reproche son expressionnisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
LC est aussi marqu&#233; par Robert Frank, photographe suisse qui vient de parcourir entre 1956 et 1958 toute l'Am&#233;rique dans un long et lent road-movie photographique en r&#233;f&#233;rence &#224; ses amis &#233;crivains de la beat-generation. Les Am&#233;ricains, son livre majeur pr&#233;fac&#233; par Jack Kerouac, para&#238;t aux Etats-Unis en 1959. C'est un long po&#232;me doux-amer comme le qualifie Kerouac, celui de l'Am&#233;rique profonde et d&#233;senchant&#233;e, de l'Am&#233;rique qui ne s'identifie pas aux vainqueurs h&#233;ro&#239;ques. Celle des petites gens, des lieux sans histoires, de la route comme univers et de la mort dans l'oubli comme destin&#233;e. Comment ne pas se r&#233;f&#233;rer &#224; Frank, qui rompt ainsi avec la chape de plomb d'un essentialisme photographique et acad&#233;mique dominant alors en Am&#233;rique. C'est une bouff&#233;e d'air, une libert&#233; qui est donn&#233;e &#224; tous les photographes de cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le photographique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont avant tout ces qualit&#233;s du noir, de l'ombre, du clair-obscur, des forts contrastes et d'une forte granulation qu'on retrouve chez LC. Tout se passe dans TULSA en int&#233;rieur, en contre-jour, en vues rapproch&#233;es prises au grand angle ou au 50 mm, en vues plongeantes sur les corps et sur les lits. Le flou-net est constant, signant l'implication personnelle du photographe qui pourtant ne se montre jamais. Les bras des personnes, ceux dans lesquels ils se piquent, forment la figure g&#233;om&#233;trique principale des photos, &#233;tablissant des diagonales fortes, tranchantes, inscrivant ainsi de multiples figures de rupture, d&#233;coupant les photos en lignes hach&#233;es bris&#233;es qui signent bien le contenu de celles-ci.&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit dans ces photos plusieurs &#171; sujets &#187; entrecrois&#233;s qui forment un tout : la pr&#233;sence des armes &#224; feu (r&#233;elles) brandies et mena&#231;antes, qui visent un hors champ, un tir malencontreux touchant m&#234;me la cuisse d'un jeune homme barbu allong&#233; sur son lit ; des sc&#232;nes de sexe, souvent en groupe, simultan&#233;es de sc&#232;nes de shoot. La symbolique du miroir bris&#233; est r&#233;currente ; le drapeau am&#233;ricain, les voitures, semblent des figures d&#233;risoires d'une Am&#233;rique d&#233;chue. La naissance, la paternit&#233;, et une fin sur la mort du b&#233;b&#233; : tout se passe en int&#233;rieur, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, pour insister sur des &#233;l&#233;ments comme les armes ou les voitures. Int&#233;rieur &#233;touffant, dont on ne voit que des fragments, souvent des ouvertures. Parfois une indication &#233;crite est donn&#233;e, comme &#034;dead&#034; (&#224; propos d'une fille, et du jeune homme au revolver sur la couverture), &#034;death is more perfect than life&#034;. Deux doubles pages de photogrammes, datant de 1968, semblent partager le livre en deux de mani&#232;re incompr&#233;hensible, introduisant une autre figure de rupture. Le seul texte est de LC, il ouvre le livre :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Je suis n&#233; &#224; Tulsa, Oklahoma, en 1943. J'ai commenc&#233; &#224; me shooter aux amph&#233;tamines &#224; 16 ans. Je me suis shoot&#233; tous les jours pendant trois ans, avec des copains, puis j'ai laiss&#233; tomber, mais j'ai repiqu&#233; ensuite pendant de nombreuses ann&#233;es. Une fois que l'aiguille est rentr&#233;e, elle ne ressort plus.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Curieusement le texte se pr&#233;sente sans aucune lettre majuscule, aucune capitale, comme si la drogue avait tout aplani, aras&#233;. Seules les initiales de LC, en majuscules, semblent &#224; la fin signer le texte, comme une affirmation de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Questionner les contexte&lt;/strong&gt;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Dans le monde de la photographie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Quand Tulsa para&#238;t, la relation &#224; Robert Frank se fait imm&#233;diatement, comme une &#233;tape de plus dans la critique am&#232;re, et apparemment non politis&#233;e, d'une Am&#233;rique post beat-generation. L'errance qui traversait le territoire Am&#233;ricain s'est resserr&#233;e dans un int&#233;rieur anonyme de maison, autour d'un autre voyage : celui qu'offre la drogue. La relation &#224; Eugene Smith n'est pas vraiment envisag&#233;e, sans doute parce que Smith souffre, dans les milieux photographiques proches du MOMA, d'une connotation commerciale, et aussi d'avoir fait partie de l'exposition The Family of Man, organis&#233;e par Steichen, dont les orientations &#224; la t&#234;te du MOMA sont contest&#233;es et battues en br&#232;che par son successeur, John Szarkovski.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail de LC est rapproch&#233; aussi de celui de Diane Arbus, qui se suicide l&#8216;ann&#233;e de la parution de Tulsa, en 1971, et qui devient imm&#233;diatement une figure mythique de la photographie Am&#233;ricaine. Mais le registre photographique est tr&#232;s diff&#233;rent, notamment ces effets de distanciation et d'ironie qu'on ne retrouve pas chez LC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Quand Teenage Lust est publi&#233; 12 ans plus tard, c'est &#224; une v&#233;ritable r&#233;&#233;valuation symbolique de son travail que se livre LC. En effet, cet ouvrage qui s'ouvre sur des photos de lui b&#233;b&#233; et enfant, est sous-titr&#233; Une autobiographie. LC reprend ses photos des ann&#233;es 60, celles o&#249; il appara&#238;t lui-m&#234;me, celles o&#249; ses copains le regardent explicitement comme s'adressant &#224; lui. Les regards fuyants des protagonistes de Tulsa sont remplac&#233;s par ce recentrage sur la personne de LC, effet major&#233; par l'inclusion dans le livre de coupures de presse et de polaro&#239;ds faits pendant son s&#233;jour en prison, notamment son tatouage Tulsa sur l'&#233;paule. Cette entr&#233;e dans l'autobiographie change la donne. LC est alors cit&#233; en r&#233;f&#233;rence par Nan Goldin qui r&#233;alise dans les ann&#233;es 80 une plong&#233;e photographique avec ses proches malades du sida dans leur vie intime.&lt;br class='autobr' /&gt;
LC est aussi r&#233;cup&#233;r&#233; par le mouvement fran&#231;ais qui s'intitule Photobiographie dans les ann&#233;es 80 et qui est men&#233; par Denis Roche, Gilles Mora, Claude Nori et dans une moindre mesure Bernard Plossu et Arnaud Claas. La vie de LC y est h&#233;ro&#239;s&#233;e, son s&#233;jour en prison attribu&#233; &#224; la parution de TULSA qui montre des gens qui se droguent (c'est ill&#233;gal), s&#233;jour qui de plus se serait d&#233;roul&#233; &#224; Sing-Sing et non &#224; la moins dure prison d'Oklahoma City. LC assurerait donc alors la continuit&#233; du trajet de l'autobiographie, de Robert Frank &#224; Goldin et Araki. Je pense que c'est l&#224; une m&#233;sinterpr&#233;tation, ou tout au moins une interpr&#233;tation tr&#232;s insuffisante, de Tulsa et des intentions g&#233;n&#233;rales du travail de LC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) Relations &#224; l'art contemporain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t plus int&#233;ressant de r&#233;&#233;valuer cette &#339;uvre en relation &#224; l'art de son &#233;poque. LC a fait des &#233;tudes dans les sous-sols d'une &#233;cole d'art, et en reste tr&#232;s marqu&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Mes amis &#233;taient des &#233;tudiants artistes qui faisaient de la sculpture, de la peinture, et j'ai compris qu'on pouvait se servir de n'importe quoi pour s'exprimer. J'aurais sans doute pr&#233;f&#233;r&#233; &#234;tre peintre ou sculpteur, n'importe quoi mais pas photographe, &#233;crivain m&#234;me, mais j'ai eu un appareil photo.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1971 Chris Burden se livre dans son &#233;cole d'art &#224; une performance qui le rend c&#233;l&#232;bre, et dont attestent des photographies : un ami lui tire une balle dans le bras gauche, avec une carabine. Burden, touch&#233;, a mis son corps en danger, a pris des risques vitaux. Difficile de ne pas faire une relation avec ce qu'on voit dans Tulsa.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le milieu des ann&#233;es 70, Paul McCarthy, Mike Kelley, se font conna&#238;tre par des performances, des films et des installations qui convoquent l'univers de l'enfance et de l'adolescence, leur sexualit&#233;, le monde des contes et la violence de l'univers familial. Face un art Am&#233;ricain alors tr&#232;s d&#233;mat&#233;rialis&#233; (art minimal, art conceptuel), ces artistes r&#233;introduisent la chair et la mati&#232;re organique dans l'art, en r&#233;action &#224; cette d&#233;mat&#233;rialisation. Le corps trivial, souffrant, ses humeurs, ses d&#233;chets, les violences qu'il a &#224; subir, tout cela prend le contre-pied de l'art dominant de l'&#233;poque. Ces &#339;uvres sont d'ailleurs peu et mal re&#231;ues &#224; ce moment-l&#224;. Comment ne pas alors regarder d'un autre &#339;il cette photo dans TULSA de trois adolescents qui se sont roul&#233;s dans la boue et dans la peinture ? &lt;br class='autobr' /&gt;
LC dit d'ailleurs &#224; propos de son travail &#224; Tulsa :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;&#199;a faisait partie de la sc&#232;ne, c'&#233;tait organique.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mike Kelley r&#233;alisera par la suite une grande interview de LC pour Flash Art, en 1992.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, il faut dire un mot de l'extraordinaire premier livre de Brett Easton Ellis, Moins que Z&#233;ro, &#233;crit &#224; l'&#226;ge de 20 ans en 1983 et paru en 1985. On y croise des adolescents dont la vie est vide de tout sens et de toute valeur morale, &#233;voluant comme des zombies, et se livrant &#224; la violence, au sexe et &#224; la drogue avec l'indiff&#233;rence la plus parfaite. Moins que Z&#233;ro, c'est l'autobiographie du retour d'Ellis chez lui apr&#232;s un semestre de fac, et qui commence ainsi dans l'avion :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Plus rien ne semble important. Ni que j'aie dix-huit ans, que nous soyons en d&#233;cembre et que le vol ait &#233;t&#233; plut&#244;t p&#233;nible, avec ce couple de Santa Barbara assis en face de moi en premi&#232;re classe et qui a pass&#233; son temps &#224; se saouler. Ni la boue qui, plus t&#244;t dans la journ&#233;e, devant un a&#233;roport du New Hampshire, a &#233;clabouss&#233; le bas de mes jeans, brusquement froids et collants. Ni la tache sur le bras de ma chemise humide et frip&#233;e&#8230;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c) Relation &#224; la politique am&#233;ricaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas l'&#233;voquer ? Comment se contenter d'une autobiographie individualiste ? Dans les ann&#233;es 80, Nan Goldin fait ses photographies dans le contexte de l'&#233;pid&#233;mie incontr&#244;lable du sida : ses amis, elle-m&#234;me, son milieu sont accus&#233;s par les pouvoirs en place de propager la maladie par leurs comportements. C'est toute une remise en cause de ceux-ci, qui est relay&#233;e par les grands m&#233;dias.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le contexte du d&#233;but des ann&#233;es 70 est tout aussi significatif. L'Am&#233;rique se livre &#224; une guerre sanglante au Vietnam, ses images de mort emplissent les &#233;crans de TV. L'artiste am&#233;ricaine Martha Rossler remplace d'ailleurs les baies vitr&#233;es des villas am&#233;ricaines par ces images de guerre en un raccourci spectaculaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que nous montre LC, me semble-t-il, ce sont ces corps de jeunes Am&#233;ricains promis &#224; la destruction. Ceux-ci sont dans une sorte d'alternative entre la mort par les armes ou la mort par la drogue. La r&#233;currence des armes &#224; feu dans les photos montre cette violence d'Etat &#224; laquelle sont soumis ces gens. C'est la m&#233;taphore au plan individuel d'une guerre men&#233;e collectivement, mais refus&#233;e par toute une frange de la population. Mais, de toute fa&#231;on, une mort qui plane. Tulsa existerait alors comme l'un des deux &#233;l&#233;ments de cette alternative binaire. Binarit&#233; r&#233;introduite dans Teenage Lust par une figure que reprendra plus tard Michael Moore dans son film Bowling for Columbine, o&#249; sans cesse se font les aller-retours du singulier au collectif et &#224; l'Etat. Tulsa exprime l'impossibilit&#233; d'&#233;chapper &#224; cette violence d'Etat qui pr&#233;cipite les adolescents dans une voie sans issue, impossibilit&#233; que montre bien Punishment Park de Peter Watkins, qui sort lui aussi en 1971. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un fort mouvement de contestation de la guerre qui se d&#233;veloppe alors, et l'Etat Am&#233;ricain veut le r&#233;duire &#224; n&#233;ant. C'est en 1971 que Nixon d&#233;clare aussi la guerre au trafic de drogue, et tout montre que c'est &#224; partir de ce moment que l'h&#233;ro&#239;ne va inonder tout le pays. Depuis, de nombreuses enqu&#234;tes et rapports montrent que la CIA est le principal organisateur de ce trafic dont les objectifs sont doubles : armer et financer des &#233;tats amis, en g&#233;n&#233;ral des dictatures, et r&#233;duire aux Etats-Unis les mouvements de contestation. La drogue est utilis&#233;e &#224; cet effet lors de la guerre du Vietnam, et plus tard, avec le crack, dans le quartier noir de South Central &#224; Los Angeles, quartier dans lequel LC tournera Wassup Rockers (2006). L'Etat Am&#233;ricain se livre &#224; un v&#233;ritable an&#233;antissement de toute une frange de la jeunesse de son pays, dont Tulsa est aussi l'un des premiers t&#233;moignages, comme l'annonce d'un massacre &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une aberration topographique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le chef d'&#339;uvre de Gus Van Sant, Elephant, on voit l'univers du lyc&#233;e comme un lieu glac&#233; fait de couloirs immenses dans lesquels se d&#233;placent, souvent seuls, les adolescents. La cam&#233;ra bouge comme dans un jeu vid&#233;o, renfor&#231;ant un sentiment de d&#233;mat&#233;rialisation, de d&#233;sincarnation. Cet univers sans empathie n'est plus r&#233;f&#233;renc&#233; &#224; rien, tout est alors d&#233;solation, &#233;vitement, rien n'est expliqu&#233;. Gus Van Sant semble r&#233;aliser ce &#224; quoi en appelle Marilyn Manson dans le film Bowling for Columbine de Moore. A la question : &#034;Que diriez-vous aux adolescents ?&#034;, il r&#233;pond : &#034;Rien, je demande qu'on les &#233;coute, ce que personne n'a fait jusqu'ici&#034;. Et, comme l'&#233;crit Patrice Blouin dans Art Press :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Entrer dans le lyc&#233;e d'Elephant, c'est p&#233;n&#233;trer dans un asile panoptique pour adolescents s&#233;niles o&#249; chacun semble condamn&#233; &#224; errer &#233;ternellement le long d'interminables couloirs&#8230; Il suffit que deux trajectoires individuelles cessent un instant de se croiser harmonieusement pour qu'elles s'entrem&#234;lent et forment un abc&#232;s de fixation. La chambre des assassins est dans le film cette aberration topographique&#8230;&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tulsa se manifeste comme la premi&#232;re de ces aberrations topographiques. L&#224; se trouve le lieu de la d&#233;solation, sans r&#233;f&#233;rence aucune &#224; un quelconque monde ext&#233;rieur, et qui va donc son chemin &#224; l'aveugle, jusqu'&#224; l'an&#233;antissement. C'est la vraie morale de v&#233;rit&#233; que revendique LC : regardez vraiment ce que nous sommes. Pour LC, il n'y a pas de &#034;en dehors&#034; d'o&#249; juger des comportements, pas de compr&#233;hension sans engagement. C'est &#224; cette exigence que nous invite Tulsa..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Ce texte a fait l'objet d'une conf&#233;rence au Centre Georges Pompidou en f&#233;vrier 2008, dans le cadre du s&#233;minaire D&#233;sir et technologie, organis&#233; par Mathilde Girard et Bernard Stiegler)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Bazin&lt;br class='autobr' /&gt;
Ouvrages r&#233;cents : &lt;br class='autobr' /&gt;
La Radicalisation du monde, ed. Filigranes / L'Atelier d'&#233;dition, Paris, 2009, et Long s&#233;jour, ed. ah !/Le Cercle d'Art, Bruxelles et Paris, 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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