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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Les gestes des Lip</title>
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		<dc:date>2023-11-13T17:54:09Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Roy</dc:creator>



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&lt;p&gt;[NdI&amp;A : en compl&#233;ment de ce texte, on pourra visionner cette s&#233;rie d'entretiens avec Charles Piaget men&#233;s par Philippe Roy] &lt;br class='autobr' /&gt;
I/ R&#233;sistances et gestes de r&#233;sistance &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de me tourner vers les gestes des LIP, j'ai besoin de faire une br&#232;ve analytique de la r&#233;sistance. Je propose de distinguer deux modes de r&#233;sistance. La premi&#232;re est celle de la r&#233;sistance occasionnelle ou ponctuelle, elle est une cons&#233;quence qui co-existe avec ce qui la cause. Par exemple la r&#233;sistance peut &#234;tre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=19" rel="directory"&gt;Portraits philosophiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[NdI&amp;A : en compl&#233;ment de ce texte, on pourra visionner cette &lt;a href=&#034;https://www.dailymotion.com/groupechatelet#videoId=xcmgck&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s&#233;rie d'entretiens&lt;/a&gt; avec Charles Piaget men&#233;s par Philippe Roy]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I/ R&#233;sistances et gestes de r&#233;sistance&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte est celui remani&#233; d'une intervention lors d'un s&#233;minaire &#224; la MSH (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de me tourner vers les gestes des LIP, j'ai besoin de faire une br&#232;ve analytique de la r&#233;sistance. Je propose de distinguer deux modes de r&#233;sistance. La premi&#232;re est celle de la r&#233;sistance occasionnelle ou ponctuelle, elle est une cons&#233;quence qui co-existe avec ce qui la cause. Par exemple la r&#233;sistance peut &#234;tre contre tel projet de restructuration ou parce que quelque chose a assez dur&#233; (les salaires n'&#233;voluent plus, les conditions de travail deviennent insupportables) ou contre tel point de r&#232;glement, telle ill&#233;galit&#233;. Ces r&#233;sistances ont lieu &#224; l'occasion d'une annonce ou d'un seuil d&#233;pass&#233; ou sur un point juridique. Ce sont bien des causes occasionnelles ou ponctuelles de r&#233;sistances, celles-ci en sont les cons&#233;quences. C'est &#224; chaque fois une r&#233;sistance contre. Lorsque la cause de ce contre quoi il y a r&#233;sistance n'est plus, soit parce qu'elle l'a emport&#233;, qu'elle a perdu ou qu'un compromis a &#233;t&#233; trouv&#233;, alors la r&#233;sistance s'arr&#234;te. C'est &#224; la cause ext&#233;rieure que doit se rapporter tout ce qui est d&#233;battu et combattu. C'est &#224; elle que l'on r&#233;agit. La r&#233;sistance est ici de l'ordre d'une r&#233;action qui ne sort pas du registre de ce contre quoi elle r&#233;agit, il y a homog&#233;n&#233;it&#233; entre la cause et la r&#233;action. Si la cause est une restructuration on discutera, on se querellera &#224; propos du chiffre d'affaire de l'entreprise et c'est tout. Tel est donc le premier mode de r&#233;sistance que l'on peut appeler r&#233;sistance occasionnelle ou ponctuelle ou &lt;i&gt;r&#233;sistance de r&#233;action&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la r&#233;sistance au lieu d'&#234;tre cons&#233;quence d'une cause ext&#233;rieure peut tr&#232;s bien opposer une autre cause. Par exemple je r&#233;siste &#224; l'agriculture intensive car je d&#233;fends la cause d'une agriculture &#233;cologique. Qu'est-ce que veut dire ici d&#233;fendre la cause ? cela signifie d&#233;fendre ce qui cause une agriculture &#233;cologique, les pratiques de cette agriculture. D&#233;fendre la cause ici, c'est se r&#233;clamer de gestes que l'on pense ad&#233;quats &#224; telle ou telle chose. Un geste est ad&#233;quat &#224; une chose s'il en est la cause immanente c'est-&#224;-dire s'il la produit au mieux. Je r&#233;siste donc, au nom de gestes, contre une agriculture intensive dont je pense que la pratique est inad&#233;quate puisqu'elle est simplement au service d'une injonction &#224; &#171; vendre plus &#187; qui &#224; terme d&#233;t&#233;riore la chose, ici la fertilit&#233; de la terre ou supprime des esp&#232;ces de plantes ou agit sur la sant&#233; etc. Je peux donc r&#233;sister au nom de gestes, je lutte pour pr&#233;server ces gestes, ce sont ces gestes qui sont causes de ma r&#233;sistance active, de mes luttes. La cause de r&#233;sistance n'est plus occasionnelle ou ponctuelle mais continue et &#233;tendue. En ce cas, il y a &lt;i&gt;r&#233;sistance active&lt;/i&gt; lorsque quelque chose veut se substituer &#224; autre chose et quand la r&#233;sistance tient son ressort de l'essence radicalement diff&#233;rente de la chose menac&#233;e : ses gestes ou son identit&#233; comme c'est le cas quand un pays est occup&#233;. En parlant d'identit&#233; j'&#233;tends de suite le champ des r&#233;sistances actives. Car d'autres identit&#233;s que celle d'une nation peuvent &#234;tre cause d'une r&#233;sistance active, cette identit&#233; peut &#234;tre celle de l'Homme pos&#233;e comme universelle et donc motiver la r&#233;sistance active au nom de l'&#233;galit&#233; et de la libert&#233; ou celle de la classe ouvri&#232;re ou celle plus singuli&#232;re d'une communaut&#233; mais aussi celle d'un principe politique. Or ces identit&#233;s sont des causes qui, &#224; la diff&#233;rence des gestes dont je parlais plus haut, peuvent &#234;tre des causes de ce qui est &#224; venir, l'Homme est la cause finale d'une &#233;galit&#233; et d'une libert&#233; qu'il faut toujours encore faire advenir, une communaut&#233; peut &#234;tre, elle aussi, &#224; venir, de m&#234;me qu'une nouvelle soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur un autre principe politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la distinction entre r&#233;sistance de r&#233;action et r&#233;sistance active peut para&#238;tre discutable. En effet on peut r&#233;sister &lt;i&gt;&#224; l'occasion&lt;/i&gt; d'une restructuration d'entreprise au nom d'un travail qui va devenir encore moins ad&#233;quat &#224; son objet (comme le soutiennent les postiers par exemple) ou &#224; cause d'une identit&#233; (la classe ouvri&#232;re) ou d'une autre cause. Dans ce cas c'est l'occasion qui en causant une r&#233;sistance de r&#233;action a r&#233;veill&#233; ou r&#233;v&#233;l&#233; une cause active d'une autre nature que la cause ext&#233;rieure. Ainsi l'agriculture n'est devenue agriculture &lt;i&gt;&#233;cologique&lt;/i&gt;, elle ne s'est constitu&#233;e comme sujet de ses gestes (elle s'est dite &#233;cologique) qu'&#224; partir du moment o&#249; elle a &#233;t&#233; contest&#233;e &#224; plusieurs occasions, sur plusieurs points. La r&#233;sistance de r&#233;action peut donc &#234;tre relay&#233;e et &#234;tre doubl&#233;e par une r&#233;sistance active. Elle se double car il se peut que certaines personnes r&#233;sistent activement et d'autres en r&#233;action, ne sortant pas du registre de ce qui cause occasionnellement leur r&#233;sistance de r&#233;action. Je peux r&#233;sister &#224; la restructuration de la Poste au nom d'un principe de service public (r&#233;sistance active) ou simplement parce que je pense que cela engendrera des licenciements (je reste sur le terrain &#233;conomique). De m&#234;me des agriculteurs peuvent r&#233;sister seulement &#224; cause d'une baisse des prix de leurs produits. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai jusque-l&#224; parl&#233; que des raisons de la r&#233;sistance mais non pas du &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; on r&#233;siste. Ici s'&#233;tablit tout d'abord le registre des modes d'action ou r&#233;pertoire d'actions : manifestation, gr&#232;ve, conflit juridique, d&#233;brayage, sabotage, d&#233;sob&#233;issance civile, s&#233;questration, actions individuelles etc. Quand l'action de r&#233;sister n'est pas individuelle, il faut rechercher la riposte appropri&#233;e en s'assurant qu'elle engage un collectif. Les modes d'action sont des ripostes, donc des &lt;i&gt;r&#233;actions pour r&#233;sister&lt;/i&gt;. Ces r&#233;actions pour r&#233;sister peuvent &#234;tre autant au service de r&#233;sistances de r&#233;action que de r&#233;sistances actives. Des agriculteurs &#233;cologistes peuvent manifester. Mais de m&#234;me qu'il existe des gestes propres &#224; telle ou telle chose, ressorts des r&#233;sistances actives, ne peut-on pas penser qu'il existe des gestes de r&#233;sistance qui sont des &lt;i&gt;actions&lt;/i&gt; (et non des r&#233;actions) pour r&#233;sister, convenant seulement &#224; des r&#233;sistances actives ? Ainsi occuper des terres, des logements pour ceux qui en sont priv&#233;s sont des gestes de r&#233;sistance indiscernables de la r&#233;sistance active dont la cause est le refus d'&#234;tre sans terre ou &#224; la rue. Le geste de r&#233;sistance adh&#232;re &#224; la cause. Faucher un champ d'OGM est un geste de r&#233;sistance d'agriculteurs &#233;cologistes. Des gestes de r&#233;sistance peuvent m&#234;me participer &#224; leur cause&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'occupation des terres par le mouvement des sans terre au Br&#233;sil est tout &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, surtout dans les cas o&#249; celle-ci s'est pr&#233;sent&#233;e au d&#233;part sous la forme d'un affect. Pour une f&#233;ministe la cause de sa r&#233;sistance est de l'ordre d'un affect de rejet d'une domination, mais dire quelle est au fond &lt;i&gt;la raison&lt;/i&gt; de cette domination a divis&#233; les f&#233;ministes elles-m&#234;mes, est-ce l'exploitation domestique de la femme ? est-ce pour la libre disposition de son corps ? est-ce li&#233; &#224; la domination de classe ? est-ce la violence masculine ? ou alors l'essence phallocrate de la sexualit&#233; ? etc. Il y a donc plusieurs causes et m&#234;mes possibilit&#233;s de divergences conflictuelles entre f&#233;ministes quand elles n'en d&#233;fendent qu'une. La cause va donc prendre encore plus de consistance avec les gestes de r&#233;sistance f&#233;ministes dont l'identit&#233; &#171; f&#233;ministe &#187; va &#234;tre la subjectivation, ces gestes peuvent &#234;tre des contre-conduites (ne plus se conduire en femme &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; l'homme), des gestes de r&#233;sistance pour le droit &#224; l'avortement et des gestes discursifs d'&#233;laboration des causes (dont les &lt;i&gt;genders studies&lt;/i&gt; sont la poursuite actuelle). La cause est donc caus&#233;e (et on peut entendre ici les deux sens du verbe &#171; causer &#187;) par la multiplication des gestes de r&#233;sistance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Peuvent m&#234;me &#234;tre envisag&#233;s des gestes qui ne sont plus que de r&#233;sistance. Olivier Razac montre par exemple comment ce geste de r&#233;sistance qu'est l'encha&#238;nement de gr&#232;ves de la faim des prisonniers de l'IRA dans les prisons anglaises de Mme Thatcher a &#233;t&#233; actif en tant qu'il a d&#233;samorc&#233; la r&#233;action violente de l'Etat. &#171; Le fait de cr&#233;er un cercle de la violence de soi vers soi, emp&#234;che le pouvoir de l&#233;gitimer sa r&#233;action comme une contre-violence, il le renvoie &#224; la source de cette violence qui est le d&#233;ni de l&#233;gitimit&#233; initial. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Razac, &#171; Sur le film Hunger, ou la question des prisonniers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais la part active de ce geste ne provient pas du fait qu'il est un moyen de plus pour obtenir l'ind&#233;pendance. Ce geste est un moyen sans fin, un pur geste de r&#233;sistance qui a trouv&#233; un tact adapt&#233; &#224; la situation. Ce n'est pas un geste pour r&#233;sister mais un geste qui se d&#233;signe lui-m&#234;me comme geste &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; r&#233;sistance, non plus sur l'horizontalit&#233; des causes mais dress&#233; sur la verticalit&#233; du temps vide, vers un pur virtuel, un &#233;v&#233;nement absolu, comme la mort. &#171; On ne r&#233;siste pas pour quelque chose qui ne serait pas encore l&#224;, mais &#224; quelque chose qui s'impose ici et maintenant, et ce geste est sans raison. Plus pr&#233;cis&#233;ment, il ne peut pas s'expliquer avec les raisons de ce &#224; quoi il r&#233;siste. En ce sens, le fait de la r&#233;sistance est absolu. Dit autrement, la r&#233;sistance n'est pas relative &#224; un l&#224;-bas qui serait comparable, en mieux ou en moins bien, &#224; ce qui se passe ici. Si elle est en &#8220; relation &#8221; avec &#8220; quelque chose &#8221;, c'est avec de l'incommensurable, c'est-&#224;-dire en derni&#232;re instance avec rien. C'est l'exp&#233;rience v&#233;cue du n&#233;ant de la mort comme absolu qui permet de rompre la logique dialectique du relatif. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Plus que des gestes de r&#233;sistance, je vais montrer qu'il y a des gestes politiques inaugurateurs, cr&#233;ateurs, et ceci en abordant l'&#233;v&#233;nement &#171; Lip &#187;. Ce qui me permettra de revenir encore sur ces modalit&#233;s que sont &lt;i&gt;la r&#233;sistance de r&#233;action&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;r&#233;sistance active&lt;/i&gt; et sur le &#171; comment on r&#233;siste &#187; c'est-&#224;-dire soit les &lt;i&gt;r&#233;actions pour r&#233;sister&lt;/i&gt; (modes d'action) soit les &lt;i&gt;gestes de r&#233;sistance&lt;/i&gt; ceux-ci convenant seulement aux r&#233;sistances actives mais surtout d'aborder ces &lt;i&gt;gestes politiques cr&#233;ateurs&lt;/i&gt; constituants de l'&#233;v&#233;nement &#171; Lip &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant l'&#233;v&#233;nement de 1973 que se passe-t-il chez Lip ? Lip dans l'apr&#232;s-guerre c'est &#224; la fois la parcellisation des gestes professionnels et l'individualisation des travailleurs, un parfait diagramme disciplinaire au sens de Michel Foucault. Comme l'&#233;crivent Charles Piaget et Raymond Burgy &#171; nous sommes isol&#233;s les uns des autres, nul ne peut sortir de son lieu de travail sans autorisation. Nous nous c&#244;toyons seulement aux entr&#233;es et sorties du travail, &#224; la pause de 10 minutes le matin et en partie au r&#233;fectoire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'extrais ceci et d'autres citations &#224; venir d'un livret compos&#233; par Charles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Normalisation des conduites, surveillance (&#224; l'horlogerie les petits &#233;tablis sont individuels, une estrade o&#249; tr&#244;ne le bureau du chef est dans leur dos, quand Lip sera &#224; Palente, c'est tout un univers vitr&#233; qui sera am&#233;nag&#233;), les gestes du travail ne sont que des instructions &#224; suivre, des protocoles dirait-on aujourd'hui et les individus sont asservis &#224; la machine, machine qui est pour certains leur principal instructeur. &#171; Travail p&#233;nible, ennuyeux, inhumain et qui vous emp&#234;che de faire tout autre geste que ceux dict&#233;s par la machine &#187; &#233;crit Alice dans le recueil de textes &lt;i&gt;Lip au f&#233;minin&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lip au f&#233;minin, Syros, 1977, p. 20.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Charles sera tr&#232;s affect&#233; par cette organisation disciplinaire quand &#233;tant d&#233;l&#233;gu&#233; du personnel, il aura le droit, &#224; la diff&#233;rence des autres travailleurs, de circuler dans toute l'entreprise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y aura bien des r&#233;sistances de r&#233;action, par exemple contre la suppression d'une prime dont le mode d'action sera une gr&#232;ve d'un groupe de jeunes. D'autres r&#233;sistances de r&#233;action vont &#234;tre plus importantes car elles vont montrer que le directeur peut capituler : une r&#233;action ponctuelle parce qu'une prime n'est pas int&#233;gr&#233;e dans le salaire de base pour le calcul des majorations des heures suppl&#233;mentaires ceci par un mode d'action juridique en recourant &#224; la direction d&#233;partementale du travail et une autre r&#233;action au licenciement abusif d'un directeur de production. Mais &#224; c&#244;t&#233; de ces r&#233;sistances de r&#233;action occasionnelles, ponctuelles, vont entrer en jeu des r&#233;sistances actives et avec elles de premiers &lt;i&gt;gestes de r&#233;sistance&lt;/i&gt;. Une premi&#232;re r&#233;sistance active se fera au nom de l'&#233;galit&#233;, r&#233;sistance &#224; des in&#233;galit&#233;s de salaire ceci par un geste de r&#233;sistance qui est la publication des feuilles de paye sur un tract. Ce n'est pas ici un mode d'action, pas une riposte, car il vise un changement plus global dans l'entreprise. Une autre r&#233;sistance active sera celle dont la cause est une communaut&#233; de travailleurs &lt;i&gt;en train&lt;/i&gt; d'advenir, une subjectivation collective se constituant par ses gestes de r&#233;sistance. Les gestes participent &#224; leur cause. Contrairement &#224; leurs a&#238;n&#233;s qui refusent de transmettre leur savoir pratique, les jeunes s'entraident &#171; en notant au jour le jour, sur un carnet, les tours de main, les mani&#232;res de r&#233;ussir ou ce qui a conduit &#224; l'&#233;chec &#187; et &#171; ils se passent les carnets r&#233;guli&#232;rement &#187;, geste de r&#233;sistance. La communication entre les travailleurs va &#234;tre de plus en plus d&#233;velopp&#233;e, &#171; chaque DP et membre du CE doit se munir d'un carnet et profiter des moments comme la pause du matin pour se m&#234;ler aux groupes naturels qui se forment dans la cour int&#233;rieure, couloirs etc. pour &#233;couter, noter toutes les remarques sur la vie quotidienne &#224; l'usine &#187;. Le geste de r&#233;sistance ne r&#233;pond donc pas tant &#224; une cause formul&#233;e (une raison) qui lui pr&#233;c&#232;de qu'&#224; une cause coexistante qui, avec et par lui, se renforce en sourdine. Si cause rep&#233;rable il y a ici c'est plut&#244;t un affect qui lie &#224; la fois l'affect du &#171; &#231;a ne peut plus continuer comme cela &#187; et le d&#233;sir que cela change.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ajoutons &#224; tout cela un gros travail syndical en parall&#232;le pour se former, pour mieux conna&#238;tre les rouages &#233;conomiques de Lip, on informe par tract, on se rencontre entre syndicalistes en dehors de l'entreprise et se tisse aussi un r&#233;seau syndical actif et solidaire &#224; Besan&#231;on (la CGT et la CFDT de plusieurs entreprises r&#233;fl&#233;chissent et agissent ensemble, autre geste de r&#233;sistance : les syndicats vont s'inviter entre eux pour venir visiter leurs entreprises). L'&#233;v&#233;nement &#171; 68 &#187; va en plus inaugurer des ann&#233;es d'apprentissage de la d&#233;mocratie directe, de l'intelligence collective. On y verra fleurir chez Lip de nouveaux gestes de r&#233;sistance comme le serpentin r&#233;pondant &#224; un blocage des salaires. Le serpentin est comme la mat&#233;rialisation passag&#232;re de la cause active qu'est cette communaut&#233; qui se cherche et se trouve de mieux en mieux chez Lip. En effet ce jour-l&#224; les Lip &#171; organisent un d&#233;fil&#233; &#224; travers toute l'usine (le serpentin) en silence. A chaque atelier ou bureau travers&#233; par le serpentin, des LIP se d&#233;tachent et vont parler &#224; ceux qui travaillent et qu'ils connaissent bien. &#8220;J'ai peur&#8221; &#8220;Cette fois c'est grave&#8221; r&#233;ponses &#8220;un accord doit &#234;tre respect&#233; sinon ou va-t-on, il cherche &#224; nous intimider&#8230;&#8221; Alors plusieurs LIP rejoignent le serpentin, sous les applaudissements, et le serpentin continue &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
De plus en plus des gestes de r&#233;sistance se substituent donc aux modes d'actions traditionnels car la r&#233;sistance active fait, gr&#226;ce &#224; eux, de plus en plus surface. Il sera m&#234;me d&#233;cid&#233; en 1970-1971 de lutter contre un plan de restructuration de toute la m&#233;canique sans faire usage de ce mode d'action qu'est la gr&#232;ve, lutte qui &#171; aboutira &#224; une d&#233;sob&#233;issance g&#233;n&#233;rale dans l'usine &#187;. Ce plan de restructuration &#233;tant d'ailleurs destin&#233; &#224; d&#233;stabiliser la force syndicale. On d&#233;tecte ici un signe que la r&#233;sistance est active : celui &#224; qui on r&#233;siste rentre lui aussi en r&#233;sistance, il se sent menac&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II/ Le geste-&#233;v&#233;nement &#171; Lip &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'annonce d'une autre restructuration de Lip, la d&#233;mission du directeur le 17 avril 1973, les Lip vont riposter jusqu'au 12 juin en organisant plusieurs manifestations et en informant la population bisontine. C'est &#224; partir du 12 juin que va avoir lieu un encha&#238;nement de gestes politiques. Et cela commence par un &#233;v&#233;nement n&#233;faste, la s&#233;questration des administrateurs provisoires &#233;choue car les CRS interviennent et les lib&#232;rent. Mais cet &#233;v&#233;nement en tant qu'il arrive &#224; plusieurs personnes &#224; la fois et qu'il r&#233;sonne en chacun par un sentiment d'injustice, mettant en lumi&#232;re l'in&#233;galit&#233; des classes, va faire saillir et renforcer les contours d'une identit&#233; commune. C'est un groupe &#224; la fois sous le choc et d&#233;termin&#233; qui maintenant se demande : que faire ? or bien souvent ce sont les situations les plus d&#233;sesp&#233;rantes qui appellent les r&#233;ponses les plus folles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au terme d'une longue palabre la petite partie des Lip qui reste encore dans l'usine va d&#233;cider d'emporter le stock de montres dans une cache. Comme le dit Charles, la palabre a permis une mont&#233;e progressive de l'id&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lors de notre entretien film&#233;.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or il faut bien voir ici qu'une id&#233;e est indissociablement &#171; geste &#187;, c'est une id&#233;e-geste, c'est une pens&#233;e du geste, le pouvoir de l'imagination. Une palabre est motiv&#233;e par le &#171; que faire ? &#187;, son d&#233;sir est gestuel. Si bien qu'une fois le geste d&#233;cid&#233;, le d&#233;sir n'a plus qu'&#224; se r&#233;aliser par le passage &#224; l'acte. La palabre a d&#233;bouch&#233; ici non pas sur un mode d'action habituel, ni m&#234;me sur un geste de r&#233;sistance, mais sur un geste inaugurateur car &#224; partir de lui va commencer &#224; se d&#233;ployer un espace et un individu collectif qui ne lui pr&#233;-existaient pas. Le geste implique ainsi un risque puisque l'on ne sait pas d'avance o&#249; l'on va. Le mode d'action appartient au domaine de l'&#233;change, de la strat&#233;gie, on agit comme ceci pour avoir cela, alors que le geste est du domaine du don ou du vol. Ce pourquoi parler de &lt;i&gt;vol&lt;/i&gt; du stock est heureux au sujet du geste des Lip. Mais il faut cependant bien voir que si il y a une part incalculable propre au geste, un risque, il n'est pas aussi sans &#234;tre soutenu par une foi, une croyance que c'est possible, que &#231;a peut marcher, ce n'est pas un geste d&#233;sesp&#233;r&#233;, il y a une force proph&#233;tique associ&#233;e au geste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut &#234;tre &#224; la hauteur de ce geste qui fait &#233;v&#233;nement, c'est un geste d&#233;cisif. Et comme tout &#233;v&#233;nement il va ensuite retentir. Au geste-&#233;v&#233;nement du vol des montres vont en effet succ&#233;der le geste de reprise du travail par les travailleurs le 18 juin puis le geste de vente directe des montres le 20 juin, qui m&#232;nera &#224; la premi&#232;re paye des travailleurs par eux-m&#234;mes le 2 ao&#251;t. Le geste-&#233;v&#233;nement a cr&#233;&#233; un possible &#171; c'est possible, on produit, on vend, on se paie &#187; sera-t-il affich&#233; sur le frontispice de l'usine. Le geste du vol des montres est le geste qui va r&#233;v&#233;ler &#224; elle-m&#234;me cette communaut&#233; qui agissait d&#233;j&#224; en sourdine dans les r&#233;sistances actives des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, les individus travaillant &#224; Lip deviennent alors clairement &#171; les Lip &#187;, ils se constituent franchement comme sujets par ce geste, ils s'auto-nomment, ils ne s'appelaient pas ainsi avant, &#171; Lip &#187; est le nom propre de leur &#233;v&#233;nement, leur &#171; qui ? &#187;. Cette subjectivation va m&#234;me beaucoup d&#233;sorienter les opposants aux Lip, ils essaieront constamment de les ramener &#224; des nominations plus identifiables que leur nom propre &#171; Lip &#187;, d&#233;clarant qu'ils sont men&#233;s par quelques gauchistes par exemple. La communaut&#233; Lip s'est constitu&#233;e avec et par ce geste-l&#224;, singuli&#232;rement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce geste des Lip est une subjectivation mais il est aussi un geste d'appropriation du travail. Ce geste inaugurateur est donc bipolaire, &#224; la fois il ouvre un futur, lan&#231;ant ses actes, et &#224; la fois le sens qu'il produit a un certain &#233;clat, remontant en lui comme un geste symbolique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce pourquoi, dans l'autre sens, un geste symbolique peut &#234;tre inaugurateur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Quand faire c'est dire. En s'appropriant les montres, les Lip s'approprient leur travail, le geste du vol des montres va donc naturellement vers la reprise du travail par les travailleurs. Mais par &#171; reprise &#187; il faut bien entendre r&#233;appropriation, ils vont devenir sujets de leurs gestes professionnels et non plus assujettis &#224; eux, ils ne seront plus des ex&#233;cutants. C'est donc logiquement toute l'organisation disciplinaire de la membrane qui va s'&#233;crouler. On travaille maintenant en changeant r&#233;guli&#232;rement de poste si on le d&#233;sire, on discute ensemble en travaillant, on d&#233;cide des horaires, de l'organisation globale de l'usine et on y fait des choses qu'on ne faisait pas avant (des bals, du th&#233;&#226;tre, un journal par exemple). Au lieu de l'indiff&#233;rence disciplinaire, ce sont maintenant des affects d'amiti&#233;s et de solidarit&#233;s qui circulent. Et on n'h&#233;site plus &#224; exprimer ses d&#233;saccords, ses craintes. Ce sont m&#234;me toutes les normalisations de conduite qui sont &#233;corn&#233;es, tout un mode de gouvernement des conduites qui est remis en question. Le pr&#233;sident de l'union Patronale des Industries du Doubs ne s'y trompera pas puisqu'il d&#233;clarera dans l'Est R&#233;publicain du 10/08/73 : &#171; Qu'attendent-ils pour se remettre au travail ? On ne peut pas passer son temps &#224; dorer sur les pelouses, &#224; faire de la musique et des bals. La vie, ce n'est pas &#231;a. La vie c'est travailler [&#8230;] Sachez que l'anarchie n'est pas et ne sera jamais un mode de gouvernement &#187;. C'est le mode de gouvernement des conduites qui est donc remis en question, dont celui des conduites du rapport homme/femme. Les gestes politiques ont lib&#233;r&#233; des gestes r&#233;sonnants, des paroles, hors de ceux qui gouvernaient leurs conduites, car ils ont &#233;t&#233; justement des gestes de contre-conduites cr&#233;ateurs d'une communaut&#233; ouverte. Gestes irr&#233;versibles, d&#233;cisifs. Comme le dit la chanson des Lip du 18 juin &#171; rien ne sera plus jamais comme avant &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Citons ici un extrait du texte &#171; Lip, les effets formateurs d'une lutte &#187; &#233;crit par des travailleurs de Lip. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On peut dire que les habitudes, la crainte, le respect excessif, des situations toujours hi&#233;rarchis&#233;es, forgent des barri&#232;res mentales qui sont de v&#233;ritables Rubicon &#224; franchir. Une fois que l'action collective a permis de l'exprimer, on se rend compte petit &#224; petit de l'ancien asservissement. Il y a une v&#233;ritable lib&#233;ration qui se fait. Mais l'expression de ces craintes &#224; propos de rien n'y suffirait pas. Cela se fait &#224; propos d'une action. C'est l'action qui r&#233;v&#232;le la capacit&#233; et l'imagination des travailleurs. L'utilisation par les travailleurs de ses outils de travail (ceux du patron en droit) marque d&#233;j&#224; le franchissement de barri&#232;res : un apprentissage du contr&#244;le ouvrier. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Lisons quelques expressions de travailleurs : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; J'en ai plus appris en dix mois que pendant ces six derni&#232;res ann&#233;es &#187;, &#171; Maintenant ce ne sera plus comme avant pour moi. Je sais beaucoup de choses, je me suis affirm&#233;, je suis plus s&#251;r de moi &#187;, &#171; Je n'avais jamais cru, avant, les r&#233;alit&#233;s d&#233;couvertes pendant cette lutte. Je ne voyais pas les choses comme cela. J'&#233;tais aveugle, je ne le suis plus &#187;, &#171; Quand j'entends autour de moi dans la famille ou ailleurs des propos simplistes, des id&#233;es toutes faites, je me dis : Tiens, j'&#233;tais comme cela. J'&#233;tais aveugle, je ne le suis plus. Mais maintenant, m&#234;me si je ne sais pas tout, loin s'en faut, j'ai des points de rep&#232;re qui m'aident &#224; r&#233;fl&#233;chir, &#224; raisonner &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jamais une victoire sur un point, une r&#233;sistance de r&#233;action, ne pourra donner lieu &#224; ce genre de paroles. Seule aura lieu la joie temporaire d'une victoire. Ici on sent bien que l'on est pass&#233; dans autre chose, dans le lieu h&#233;t&#233;rotopique ouvert par un geste politique actif &#233;mancipateur, un geste &#233;thico-politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
On mesure donc toute la diff&#233;rence ici entre un geste politique et un mode d'action, celui-ci est un moyen succ&#233;dant &#224; une demande alors que le geste a &lt;i&gt;cr&#233;&#233;&lt;/i&gt; quelque chose. Les gestes de r&#233;sistance, dont on a vu l'apparition avant l'&#233;v&#233;nement Lip de 73, par leur c&#244;t&#233; cr&#233;ateur et parce qu'en prise sur une r&#233;sistance active &#224; laquelle ils contribuaient ont un statut interm&#233;diaire entre modes d'action et gestes politiques cr&#233;ateurs. Le geste politique n'est &#224; vrai dire m&#234;me plus une r&#233;sistance, m&#234;me active. Le geste arrive avec sa cause, il est cause de soi et m&#234;me cause d'un soi. En effet le geste politique a conditionn&#233; avec et par son cort&#232;ge de gestes qu'il a fait r&#233;sonner, le champ actif d'une communaut&#233;, ces gestes en sont la cause comme le sont maintenant ceux des individus de ce collectif. On peut suivre ici Gilbert Simondon qui souligne que lors d'une individuation psychique et collective &#171; le collectif est ce en quoi une action individuelle a un sens pour les autres individus, comme symbole : chaque action pr&#233;sente aux autres est symbole des autres [&#8230;] chaque action y est signification &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'individuation &#224; la lumi&#232;re des notions de forme et d'information, p. 219.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela ne veut &#233;videmment pas dire que tout devient facile pour les Lip car il faut &#224; chaque fois affronter de nouvelles emb&#251;ches et se confronter &#224; des dilemmes tel le partage, qui peut tourner au tiraillement, que doit faire chacun entre ses int&#233;r&#234;ts priv&#233;s et cette nouvelle vie collective. Le geste politique des Lip a cr&#233;&#233; une br&#232;che dans la membrane sociale de normalisation, il l'a trou&#233;e, cr&#233;ant &#224; la fois une ligne de fuite et un lieu h&#233;t&#233;rotopique. Et je crois que c'est cette trou&#233;e qui va attirer tant de monde, comme un appel d'air, et qui va aussi tant faire peur &#224; ceux qui gouvernent, peur que le trou fasse des petits (que le corps social se v&#233;role disaient-ils)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Christian Rouaud, Les Lip. L'imagination au pouvoir.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou s'&#233;largisse. Ce pourquoi la communaut&#233; Lip est d'embl&#233;e ouverte sur l'ext&#233;rieur par son geste m&#234;me, en tant qu'il r&#233;sonne dans nos vies contre nos vies normalis&#233;es. Mais si le geste politique n'est plus en lui-m&#234;me une r&#233;sistance il va n&#233;anmoins devoir affronter les gestes de ceux qui veulent l'annihiler. Ce pourquoi le geste politique d&#233;bouche naturellement aussi sur une r&#233;sistance active en tant qu'il va falloir maintenant prot&#233;ger cette communaut&#233; ouverte. Les assembl&#233;es, les palabres, sont autant des lieux o&#249; on parle de l'organisation du travail que des luttes en grande partie consacr&#233;es &#224; la popularisation du mouvement, lutte contre la d&#233;sinformation m&#233;diatico-politique. De m&#234;me le lieu du travail est aussi celui des luttes puisque par exemple les machines seront utilis&#233;es pour fabriquer des pancartes, tirer des tracts, r&#233;pondre aux lettres etc. L'organisation du travail prend m&#234;me en compte la lutte &#171; c'est ainsi qu'il y a eu une rotation des gens au travail pour &#233;viter qu'ils se coupent du combat principal : la popularisation &#187;. Le geste politique a fait donc na&#238;tre un nouveau r&#233;gime de r&#233;sistance active, d'autres gestes de r&#233;sistance vont na&#238;tre tel le d&#233;ploiement de Lip dans Besan&#231;on apr&#232;s le blocage de l'usine par les forces de l'ordre. Au contour des CRS qui entourent l'usine, le trou &#171; Lip &#187; r&#233;pond qu'il n'a aucune fronti&#232;re assignable car, comme va le lancer superbement Charles &#171; l'usine est l&#224; o&#249; sont les travailleurs &#187;, v&#233;ritable geste de parole au sens de Merleau-Ponty. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il me faut maintenant aborder l'aspect embrouill&#233; de la r&#233;sistance, le conflit des r&#233;sistances en quelque sorte. Car en parall&#232;le &#224; la r&#233;sistance active a encore lieu pour d'autres ou pour les m&#234;mes, une r&#233;sistance de r&#233;action sur les points qui pr&#233;c&#233;daient le geste (suppression des licenciements, recherche d'un repreneur etc.). Le gouvernement et m&#234;me des syndicalistes ne veulent pas parler autrement de la r&#233;sistance que sous la forme de la r&#233;action. On peut m&#234;me dire que cela va &#234;tre le mode dominant d'interpr&#233;tation de la r&#233;sistance. Ainsi le vol des montres a &#233;t&#233; essentiellement interpr&#233;t&#233; comme pouvant &#234;tre un moyen de pression sur les pouvoirs publics et la direction, une riposte. On dirait que le geste politique ne prend pas assez place dans la &lt;i&gt;conscience&lt;/i&gt; de ses acteurs-auteurs, sa qualit&#233; &#233;v&#233;nementielle fait qu'il ne sera v&#233;ritablement pens&#233; qu'au futur ant&#233;rieur. Bien apr&#232;s on se dira : c'&#233;tait donc &#231;a que nous aurons voulu. Mais cette conscience r&#233;calcitrante est s&#251;rement due au fait que ce geste se confond avec une r&#233;action pour r&#233;sister, li&#233;e encore pour certains &#224; une r&#233;sistance de r&#233;action (&#224; l'occasion des licenciements et du d&#233;mant&#232;lement). Un des Lip, Jean Ragu&#233;n&#232;s dans son livre &lt;i&gt;De Mai 68 &#224; LIP&lt;/i&gt; exprime bien cela : &#171; Il me semble que cet acte [le vol des montres] affirme profond&#233;ment la volont&#233; d'une communaut&#233; qui se refuse &#224; subir passivement son destin. Voler des montres a &#233;t&#233; un acte d'autod&#233;fense [c'est une r&#233;action] et, en m&#234;me temps, un acte d'affirmation de soi [un geste] &#187; ce pourquoi &#171; la s&#233;questration du stock et sa d&#233;localisation &#224; l'ext&#233;rieur du 12 juin a une signification tr&#232;s importante &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De Mai 68 &#224; LIP , Karthala, 2008, p. 196. C'est moi qui rajoute ce qui est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 18 juin lors de l'assembl&#233;e pr&#233;sidant &#224; la reprise du travail Charles va m&#234;me nier qu'il y ait volont&#233; d'autogestion &#171; Dans un syst&#232;me &#233;conomique capitaliste, &#231;a n'est pas possible de mettre en marche l'usine pour le compte des ouvriers. Impossible, il y aurait imm&#233;diatement un boycott de tous les produits comme du circuit commercial. Et avec &#231;a l'op&#233;ration tournerait court. Il n'est pas question de parler d'autogestion, on ne va pas aller raconter n'importe quoi &#187;. Et pourtant c'est le m&#234;me Charles Piaget qui titre son article &#233;crit avec Raymond Burgy en 2007 &#171; LIP, l'avant 1973&#8230; La construction d'une force des travailleurs&#8230; Vers l'autogestion &#187;. Mais il n'y a pas l&#224; une contradiction, le 18 juin Charles ne peut pas encore mesurer l'ampleur du geste des Lip et m&#234;me s'il en a le pressentiment il doit avant tout masquer l'&#233;v&#233;nement par un discours qui ne lui correspond pas, pour prot&#233;ger son geste. Et c'est bien de discours qu'il est question &#171; il n'est pas question de &lt;i&gt;parler&lt;/i&gt; d'autogestion, on ne va pas aller &lt;i&gt;raconter&lt;/i&gt; n'importe quoi &#187; il faut donc peut-&#234;tre lire la phrase de Charles &#224; l'envers, il ne faut pas en parler, car sinon il y aura un boycott de tous les produits comme du circuit commercial.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant les dix mois de l'&#233;v&#233;nement va donc s'installer un double discours, celui &#233;mancipateur tenu par les travailleurs et l'autre officiel entre les repr&#233;sentants des pouvoirs publics et les repr&#233;sentants de Lip. Un discours de la r&#233;sistance active issue du geste politique et un discours qui tant bien que mal essaie de le recoder et de le d&#233;nier par un discours de r&#233;sistance de r&#233;action. On peut se demander si m&#234;me le terme d'autogestion n'est pas un terme qui peut avoir des accents de recodage de ce qui a eu lieu vraiment pour les Lip et pour tous ceux qui les soutiennent, c'est-&#224;-dire une remise en question du gouvernement des conduites par un autre mode de vie en communaut&#233; qui d&#233;passe le seul cadre de la vie du travail. N'est-ce pas ce que sugg&#232;re Reine J. dans &lt;i&gt;Lip au f&#233;minin&lt;/i&gt; quand elle a d&#251; retourner en 74 travailler &#224; nouveau normalement chez Lip sous la direction de Neuschwander &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Lorsque j'ai appris ma r&#233;embauche, j'ai eu des sentiments diff&#233;rents. Le premier : une certaine angoisse. Pour moi, c'&#233;tait la fin de cette libert&#233; qui nous avait permis d'&#233;voluer : libert&#233; fraternelle, libert&#233; d'expression, forme de culture que nous avions acquise en dialoguant avec tous ceux qui sont venus &#224; Lip. C'&#233;tait, &#224; nouveau, le conditionnement, les horaires &#224; respecter, se lever t&#244;t, courir au travail ; le soir, revenir vite &#224; la maison, recommencer une autre journ&#233;e avec le mari, les gosses. Autrement dit, je redevenais compl&#232;tement d&#233;pendante de cette soci&#233;t&#233; qui ne nous laisse m&#234;me pas le temps de penser. Je r&#233;trogradais&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lip au f&#233;minin, pp. 58-59.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et aussi comme le rel&#232;ve Thomas Champeau dans son m&#233;moire &#171; Lip : le conflit et l'affaire &#187;, ce n'est pas tant une gestion collective du travail qui comptait qu'agencer un mode de vie qui traverserait et d&#233;passerait celle-ci gr&#226;ce &#224; un autre mode de production (Charles le 18 juin parle bien d'un mode non orient&#233; par le profit) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; dans une lettre ouverte aux employ&#233;es de la Laini&#232;re de Giromagny, &#224; l'&#233;t&#233; 78, &#8220;quelques femmes&#8221; de Lip &#233;crivent : &#8220;Nous devions, en manifestation, crier des slogans tels que : &#8216;Nous voulons du travail !' Et cela avait du mal &#224; sortir de notre gorge, parce que le travail, nous savons bien que nous n'aimons pas &#231;a [&#8230;] nous avons compris que nous avons &#233;t&#233; trop conditionn&#233;es &#224; respecter le travail''. Suit une critique acerbe des c&#233;d&#233;tistes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Lip : le conflit et l'affaire &#187;, pp. 124-125. Citation tir&#233;e de COLLECTIF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour finir revenons maintenant vers nous, vers notre pr&#233;sent. Certains ont pu dire de l'&#233;v&#233;nement Lip qu'il cl&#244;turait la s&#233;quence de 68. Qui peut en &#234;tre s&#251;r ? Que l'&#233;v&#233;nement Lip ait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; par 68 cela ne fait pas de doute mais qu'il soit la fin de quelque chose, il est permis d'en douter. Il n'est pas pertinent de parler de s&#233;quence au sujet des gestes politiques. La s&#233;quence s'adosse &#224; l'horizontalit&#233; chronologique du temps alors que les gestes sont bien plus souterrains. Ils sont un peu comme ces aiguilles qui une fois pass&#233;es dans le matelas peuvent tr&#232;s bien un jour revenir nous piquer dans notre sommeil. C'est vrai, nous vivons un temps bien matelass&#233;, mais de l&#224; &#224; dire que l'aiguille de type &#171; Lip &#187; ne trouera pas &#224; nouveau le matelas social c'est beaucoup s'avancer. Bien s&#251;r, m&#234;me s'il y a toujours des gestes par ci par l&#224;, il est l&#233;gitime de se demander s'il n'y a pas un d&#233;p&#233;rissement des gestes. N'y a-t-il plus qu'un seul geste, celui du gouvernement lib&#233;ral ? De plus, majoritairement semblent n'exister maintenant que des r&#233;sistances de r&#233;action sans r&#233;sistance active ou des gestes d&#233;sesp&#233;r&#233;s (faire sauter l'usine). Les modes d'actions n'ont pas &#233;chapp&#233; &#224; la normalisation des conduites, ils sont de plus en plus cod&#233;s, encadr&#233;s, pr&#233;visibles. On peut m&#234;me dire qu'ils servent &#224; normaliser la r&#233;sistance elle-m&#234;me. &#202;tre un manifestant suffit maintenant &#224; dire que l'on est r&#233;sistant. Notre &#233;poque semble de plus en plus allergique aux gestes de r&#233;sistances, ne s'y retrouvant qu'avec les &lt;i&gt;mouvements sociaux&lt;/i&gt; qui supposent que l'on dispose d'une palette d&#233;termin&#233;e de modes d'action (&#171; des ar&#232;nes sp&#233;cifiques &#187; disent les sociologues) pour faire entendre nos demandes qui, ainsi d&#233;pos&#233;es, pourront donner lieu &#224; des tables rondes pr&#233;sid&#233;es par une instance tierce. On en appellera &#224; la p&#233;dagogie et &#224; la tol&#233;rance. Tout est &lt;i&gt;trait&#233;&lt;/i&gt; comme s'il n'&#233;tait plus question que de r&#233;sistances de r&#233;action. Et inversement, puisque le d&#233;sert avance, tout geste un tant soit peu original, un peu artistique, passe pour un geste de r&#233;sistance. Pourtant les &#233;v&#233;nements n&#233;fastes ne manquent pas, allons-nous longtemps nous sevrer de gestes v&#233;ritables ? Alors, pour aller de l'avant, je voudrais terminer en citant cette anecdote que m'a rapport&#233;e Charles. Lui aussi semblait bien sevr&#233; quand le 1er mai 1966, alors que cette f&#234;te &#233;tait si peu suivie, juste quelques syndicalistes dans une grande salle des f&#234;tes, ils se disaient tous ensemble : il y a trente ans c'&#233;tait le Front populaire eh bien on n'est pas pr&#232;s de revoir &#231;a ! deux ans apr&#232;s c'&#233;tait 68 et quelques ann&#233;es apr&#232;s ce fut l'&#233;v&#233;nement Lip. Des gestes avaient trou&#233; le matelas. Certains ne pouvaient plus dormir tranquille et d'autres ne le voulaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Philippe Roy&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte est celui remani&#233; d'une intervention lors d'un s&#233;minaire &#224; la MSH Paris nord le 5 mai 2010 sur &#171; L'&#233;v&#233;nement LIP &#187; en pr&#233;sence de Charles Piaget. Il est un des chapitres de mon livre &lt;i&gt;Trouer la membrane. Penser et vivre la politique par des gestes&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'occupation des terres par le mouvement des sans terre au Br&#233;sil est tout &#224; la fois un geste de r&#233;sistance et une r&#233;sistance active puisque constituant de leur subjectivit&#233; et de leur cause. &#171; C'est dans cette action que des individus sont convertis &#224; la lutte et commencent &#224; comprendre ce que veut dire &#8220; &#234;tre un &#8220; sans terre &#8221; &#8221; [&#8230;] L'identit&#233; des &#8220; sans terre &#8221; n'est pas donn&#233;e une fois pour toutes, elle est toujours en train de se faire, notamment &#224; travers les modes d'action choisis comme possibles et ceux qui sont &#233;cart&#233;s, car jug&#233;s non conformes &#224; la pr&#233;sentation qu'ils entendent donner d'eux-m&#234;mes. &#187; Collectif, &lt;i&gt;Sociologie des mouvements de pr&#233;caires. Espaces mobilis&#233;s et r&#233;pertoires d'action&lt;/i&gt;, Editions L'Harmattan, p. 59 et p. 64.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Razac, &#171; Sur le film Hunger, ou la question des prisonniers politiques en d&#233;mocratie &#187;, Revue &lt;i&gt;Appareil&lt;/i&gt;, Varia, &lt;a href=&#034;http://revues.mshparisnord.org/appareil/index.php?id=1245&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://revues.mshparisnord.org/appareil/index.php?id=1245&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'extrais ceci et d'autres citations &#224; venir d'un livret compos&#233; par Charles Piaget et Raymond Burgy, &#171; LIP, l'avant 1973&#8230;La construction d'une force des travailleurs&#8230;Vers l'autogestion&#8230; &#187; que Charles Piaget m'a donn&#233; &#224; l'occasion d'un entretien film&#233; que j'ai eu avec lui intitul&#233; &#171; Le geste et la palabre &#187;. &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/groupechatelet#videoId=xcmgck&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.dailymotion.com/groupechatelet#videoId=xcmgck&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lip au f&#233;minin&lt;/i&gt;, Syros, 1977, p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lors de notre entretien film&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce pourquoi, dans l'autre sens, un geste symbolique peut &#234;tre inaugurateur tel celui de Ephialte pour la Gr&#232;ce d&#233;mocratique. C'est &#224; lui &#171; que la tradition assigne d'avoir fait &#8220;descendre la loi&#8221;, fa&#231;on d'en la&#239;ciser l'existence et d'en faciliter la consultation lorsque, en un geste &#233;minemment symbolique, il d&#233;pla&#231;a les v&#233;n&#233;rables supports des lois de Solon de la colline sacr&#233;e de l'Acropole vers le m&#233;son politique qu'est l'Agora &#187;. Nicole Loraux, &lt;i&gt;La cit&#233; divis&#233;e&lt;/i&gt;, pp. 68-69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'individuation &#224; la lumi&#232;re des notions de forme et d'information&lt;/i&gt;, p. 219.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Christian Rouaud, &lt;i&gt;Les Lip. L'imagination au pouvoir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De Mai 68 &#224; LIP&lt;/i&gt; , Karthala, 2008, p. 196. C'est moi qui rajoute ce qui est entre crochets.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lip au f&#233;minin&lt;/i&gt;, pp. 58-59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Lip : le conflit et l'affaire &#187;, pp. 124-125. Citation tir&#233;e de COLLECTIF, &lt;i&gt;Il &#233;tait une fois la r&#233;volution&lt;/i&gt;, Paris, Gilles Tautin, 1974, p. 140.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Une approche critique du grand confinement</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1014</link>
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		<dc:date>2021-06-23T15:16:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Roy</dc:creator>



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&lt;p&gt;Pand&#233;mie Covid-19 de 2020-2021-20&#8230; Que s'est-il pass&#233; ? Que se passe-t-il encore ? Qu'est-ce qu'il aurait d&#251; se passer ? Ces questions hantent l'ensemble des textes publi&#233; sous le titre Le grand confinement. Une approche critique de la pand&#233;mie Covid-19, ils sont en grande partie &#233;crits par Alain Brossat et Alain Naze (mais aussi Denise Avenas, Ali Kebir, Sylvie Parquet et Sophie Tregan). Ces questions peuvent sembler aller de soi puisque personne ne niera que cette pand&#233;mie a &#233;t&#233; un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pand&#233;mie Covid-19 de 2020-2021-20&#8230; Que s'est-il pass&#233; ? Que se passe-t-il encore ? Qu'est-ce qu'il aurait d&#251; se passer ? Ces questions hantent l'ensemble des textes publi&#233; sous le titre &lt;i&gt;Le grand confinement. Une approche critique de la pand&#233;mie Covid-19&lt;/i&gt;, ils sont en grande partie &#233;crits par Alain Brossat et Alain Naze (mais aussi Denise Avenas, Ali Kebir, Sylvie Parquet et Sophie Tregan). Ces questions peuvent sembler aller de soi puisque personne ne niera que cette pand&#233;mie a &#233;t&#233; un &#233;v&#233;nement, une effraction dans le cours dit &#171; normal &#187; des choses. Mais, le sous-titre le pr&#233;cise, il s'agit ici d'une approche &lt;i&gt;critique&lt;/i&gt;. On peut la comprendre au sens de Kant. Quelles sont les conditions de possibilit&#233; qui ont rendu possible ce qui nous est arriv&#233; ? Les questions ne portent donc pas sur l'origine du virus mais sur les conditions politiques que cet &#233;v&#233;nement a r&#233;v&#233;l&#233;es ou produites. D'o&#249; ce probl&#232;me, qui est moins celui des auteurs que celui qui m'est venu &#224; la lecture de ces essais et qui va orienter mon texte : L'&#233;v&#233;nement r&#233;v&#232;le-t-il des conditions politiques qui lui pr&#233;existaient ou produit-il de nouvelles conditions ? La r&#233;ponse semble entendue pour Alain Brossat puisqu'il d&#233;clare qu' &#171; avec la pand&#233;mie du covid a pris forme dans le Nord global (et tout autant ou davantage, on l'imagine, dans le Sud global) un &lt;i&gt;nouvel&lt;/i&gt; &#226;ge de la biopolitique, une &#233;poque &lt;i&gt;nouvelle&lt;/i&gt; dans l'histoire du gouvernement des vivants &#187; [je souligne] (p. 29) Par quoi est marqu&#233;e cette nouveaut&#233; des conditions politiques en temps de pand&#233;mie Covid-19 ? Dans le texte d'o&#249; est tir&#233;e la citation pr&#233;c&#233;dente, Alain Brossat d&#233;signe le &lt;i&gt;tri&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;s&#233;lection&lt;/i&gt; comme geste de cette nouvelle biopolitique, dont le corr&#233;lat est de laisser &#224; l'abandon ceux qui ne seront pas s&#233;lectionn&#233;s, non prioritaires dans les soins (surtout les r&#233;sidants des EHPAD) (p. 11). Cela me semble discutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi le tri et la s&#233;lection seraient des nouveaut&#233;s ? Le geste de la biopolitique, du biopouvoir est intrins&#232;quement s&#233;lectif, il est une gestion s&#233;lective qui op&#232;re par normalisations et sous immunisations (protection des parcours de normalisation, m&#233;canismes de s&#233;curit&#233;). Nous ne cessons d'&#234;tre confront&#233;s au geste de tri s&#233;lectif en fonction des normes, des conduites &#224; assimiler. Les tri&#233;s sont incit&#233;s &#224; se plier au tri, raison pour laquelle c'est une s&#233;lection puisqu'il faut faire en sorte d'&#234;tre s&#233;lectionn&#233;. Le tri s&#233;lectif est tourn&#233; vers l'assimilation. En effet, un simple tri peut suivre la volont&#233; de l'individu qui trie comme lorsque nous faisons le tri de nos habits alors que, par exemple, dans le tri &lt;i&gt;s&#233;lectif&lt;/i&gt; de d&#233;chets nous sommes incit&#233;s &#224; adopter un comportement, &#224; l'assimiler (de m&#234;me qu'un.e &#233;tudiant.e cherche &#224; &#234;tre s&#233;lectionn&#233;.e dans une grande &#233;cole en assimilant les normes attendues). C'est par ce geste (entre autres) que le corps social se conserve. Ce geste est donc envelopp&#233; par les perceptions et cat&#233;gories sociales normalisatrices (qui valorisent ou d&#233;pr&#233;cient certains comportements, certaines populations). Les populations consid&#233;r&#233;es comme ne pouvant pas &#234;tre assimilables &#233;tant trait&#233;es diff&#233;remment, voire exclues ou surveill&#233;es (si on consid&#232;re qu'elles sont dangereuses pour le reste de la population). &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avoue alors &#234;tre surpris de lire sous la plume d'Alain Brossat que la crise pand&#233;mique &#171; traduit la mont&#233;e d'une approche de ce corps commun (la population) en termes de cat&#233;gories, lesquelles ne sont pas seulement hi&#233;rarchis&#233;es, mais font l'objet de saisies ou d'&#233;pinglages rigoureusement oppos&#233;es [...] apparition de ce geste barbare consistant &#224; trancher dans le corps du vivant en op&#233;rant tris et s&#233;lections entre ceux que l'on soignera et ceux qui seront abandonn&#233;s au bord du chemin &#187; (pp. 26-27). Je l'ai dit plus haut, l'approche du corps commun par des cat&#233;gories s&#233;lectives n'est pas nouvelle. Et de quel corps commun est-il question ? Plus pr&#233;cis&#233;ment : quel est ce &#171; commun &#187; ? Si corps de la population (du biopouvoir) il y a, je le vois plus comme une membrane en tant justement qu'elle implique, en son sens biologique, la s&#233;lection (ce qui est assimilable ou pas). Le tri dans les soins, &#224; travers les moyens que certains ont d'&#234;tre soign&#233;s et pas d'autres, de m&#234;me que les abandons sociaux existaient bien avant la pand&#233;mie. Ce point est m&#234;me reconnu par Alain Naze et Alain Brossat quand ils notent que &#171; les gestes gouvernementaux courants [...] consistent &#224; produire des divisions, s&#233;parer, opposer, hi&#233;rarchiser - comme c'est la fonction du &lt;i&gt;racisme d'&#201;tat&lt;/i&gt; &#187; (p. 65). Nous ne formons pas un corps, nous avons &#224; nous adapter &#224; ce corps membranique. Le &#171; commun &#187; n'est pas une union ou un int&#233;r&#234;t mais un &#171; m&#234;me &#187; que nous avons &#224; &#234;tre pour que le corps se conserve (d'o&#249; le rapport &#224; l'assimilation, &#224; la normalisation, au racisme...).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais des vents diff&#233;rents soufflent dans ce livre. L'&#233;v&#233;nement impr&#233;vu, excessif, de cette pand&#233;mie n'a-t-il pas r&#233;v&#233;l&#233; l'&#233;tat dans lequel &#233;tait l'institution hospitali&#232;re et plus largement celle de la sant&#233; publique en France ? Le nouvel &#226;ge de la biopolitique n'avait-il pas d&#233;j&#224; commenc&#233; ? Sophie Tregan le rappelle avec force : la saturation des h&#244;pitaux est &#171; due &#224; 30 ans de politiques n&#233;olib&#233;rales visant &#224; d&#233;manteler le service public &#187; (p. 188), &#171; ce sont les politiques qui ont supprim&#233; des lits dans les h&#244;pitaux, des postes, restreignent les budgets. Ce sont les politiques qui n'ont pas anticip&#233;, ou voulu anticiper la crise sanitaire dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui. Ce sont les politiques qui ont d&#233;cid&#233; de nous sacrifier au profit de la productivit&#233;, de l'&#233;conomie, des dividendes : il est bien plus important de rassurer la finance que de sauver des vies. &#187; (p. 196). Sophie Tregan rappelle qu'Emmanuel Macron en personne a reconnu dans son fameux discours du &#171; nous sommes en guerre &#187; que : &#171; Ce que rel&#232;ve cette pand&#233;mie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent &#234;tre plac&#233;s en dehors des lois du march&#233; &#187; (p. 197) Pour rappel aussi : en d&#233;cembre 2019, d&#233;cision rare, plus de 1000 m&#233;decins-chefs de services hospitaliers avaient d&#233;cid&#233; de d&#233;missionner de leurs responsabilit&#233;s, d&#233;non&#231;ant l'effondrement du service public, en s'alignant sur les gr&#232;ves de 250 services d'urgence commenc&#233;es depuis 10 mois. De plus, le d&#233;mant&#232;lement lib&#233;ral du service public hospitalier a trouv&#233; ses garanties imaginaires dans les pr&#233;somptions immunitaires de nos soci&#233;t&#233;s : &#171; Les dirigeants de nos pays [...] n'imaginaient pas, en proie &#224; leurs pr&#233;somptions immunitaires, que jamais, ce &#034;genre de chose&#034; (l'&#233;pid&#233;mie en version Wuhan) ne pourrait arriver sous nos latitudes. &#187; (Alain Brossat p. 238). Il y a l&#224; un pr&#233;jug&#233; g&#233;opolitique des d&#233;mocraties occidentales qui est un prisme important, voire principal, de certaines analyses de ce livre, je vais y venir. En tout cas, tous ces points montrent en quoi les conditions &#233;taient pr&#234;tes pour que l'&#233;v&#233;nement de la pand&#233;mie fasse r&#233;gner la &lt;i&gt;panique&lt;/i&gt; comme que le dit justement Denise Avenas (p. 150) ou le &lt;i&gt;naufrage&lt;/i&gt; (Alain Brossat p. 116). &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, un autre argument de ce livre pr&#233;tend expliquer, non pas pourquoi il y a eu cette panique, mais pourquoi il n'a pas &#233;t&#233; possible d'y faire face. Nos r&#233;gimes d&#233;mocratiques sur lesquels est index&#233; l'&#201;tat de droit avec ses libert&#233;s fondamentales et ses droits de l'homme sont incapables de faire r&#233;gner un &#233;tat d'exception (dictature) pouvant r&#233;pondre efficacement &#224; la pand&#233;mie. Mais cet argument est, selon moi, plus probl&#233;matique que convaincant. Alain Brossat et Alain Naze prennent aux mots, aux concepts, aux principes la d&#233;mocratie &#171; telle qu'elle s'entend elle-m&#234;me &#187; (p. 128). Ils ont tout &#224; fait conscience que ce qu'elle dit d'elle n'est pas ce qu'elle est &lt;i&gt;en pratique&lt;/i&gt; et qu'il y a un &#171; &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; entre l'&#233;tat de droit index&#233; sur la normativit&#233; d&#233;mocratique et ce qui est cens&#233; en constituer l'antagonisme parfait - l'&#233;tat de police, entendu comme &#201;tat policier, autoritaire, dans lequel la loi est, &lt;i&gt;en pratique&lt;/i&gt; [je souligne], ce qu'en dit et ce qu'en fait l'ex&#233;cutif &#187; (p. 77). Et si les d&#233;mocraties ne disent pas ce qu'elles font c'est aussi et surtout pour se diff&#233;rencier et donner des le&#231;ons aux r&#233;gimes non d&#233;mocratiques. L'enjeu est g&#233;opolitique, &#171; enjeu de guerre froide &#187; (p. 170) avec la Chine, enjeu sous-tendu aussi par le mouvement de Hong Kong (p. 180). D&#232;s lors, &#224; quoi bon demander &#224; ces &#201;tats d&#233;mocratiques de fa&#231;ade qu'ils &lt;i&gt;disent&lt;/i&gt; qu'ils suspendent l'&#201;tat de droit &#171; en en justifiant la d&#233;cision en rapport &lt;i&gt;&#224; la tyrannie des circonstances&lt;/i&gt; &#187; (p. 79) et encore moins demander que cette suspension soit vot&#233;e au parlement (Alain Brossat p. 110) ? N'est-ce pas ici enfoncer des portes ouvertes ? &#171; Les d&#233;mocraties ne peuvent pas sauter par-dessus leur ombre &#187; (p. 129 et aussi p. 50) Il n'y a pas de peuple dans nos soci&#233;t&#233;s de normalisation, il n'y a que des populations : &#171; Selon les conditions premi&#232;res de ce type de r&#233;gime (la d&#233;mocratie), il existe toujours un &lt;i&gt;peuple politique&lt;/i&gt; qui n'est pas soluble dans la population entendue comme ce dont les gouvernants, comme pasteurs, bergers plus ou moins comp&#233;tents, ont la garde ou la charge &#187;. (p. 76) J'ajouterais que c'est sur ce manque du peuple que prennent appui les partis nationalistes actuels mais, et c'est l&#224; o&#249; est la perversion, dans le diagramme des soci&#233;t&#233;s de normalisation, de biopouvoir : ce qui ne consiste qu'&#224; faire peuple en parlant aux normaux et aux bien n&#233;s car ils aiment qu'on les aime... Peuple du m&#234;me, du m'aime. &lt;i&gt;Narcissisme immunitaire&lt;/i&gt; (p. 47) &#233;lectoral. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est sur cette voie &#171; du tout immunitaire qui tient lieu aujourd'hui de civilit&#233; d&#233;mocratique &#187; (Alain Brossat p. 99) que les analyses de Alain Naze et Alain Brossat auraient d&#251; &lt;i&gt;plus&lt;/i&gt; tendre. Ils ne sont pas sans savoir que Foucault a d&#233;fendu la th&#232;se que les droits fondamentaux d&#233;mocratiques avaient pour fonction de masquer les mesures normalisatrices du biopouvoir, et c'est tout l'int&#233;r&#234;t des analyses par Alain Brossat et Alain Naze de l'usage strat&#233;gique national-et-international du signifiant &#171; d&#233;mocratie &#187; par les gouvernants. Les droits fondamentaux int&#232;grent m&#234;me ces mesures normalisatrices. On le voit bien avec la tentation d'inscrire l'&#233;tat d'urgence dans la constitution mais aussi au travers des conflits r&#233;currents entre la justice et la police (on l'a vu encore r&#233;cemment). Le droit est plut&#244;t &#224; la crois&#233;e de la justice des droits fondamentaux et de la police : gestion des ill&#233;galismes. Dans une interview publi&#233;e dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; en f&#233;vrier 1975 Michel Foucault d&#233;clarait : &#171; Tout dispositif l&#233;gislatif a m&#233;nag&#233; des espaces prot&#233;g&#233;s et profitables o&#249; la loi peut &#234;tre viol&#233;e, d'autres o&#249; elle peut &#234;tre ignor&#233;e, d'autres, enfin, o&#249; les infractions sont sanctionn&#233;es. A la limite [poursuit Foucault] je dirais volontiers que la loi n'est pas faite pour emp&#234;cher tel ou tel type de comportement, mais pour diff&#233;rencier les mani&#232;res de tourner la loi elle-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, Dits et &#233;crits II, Editions Gallimard, 1994, p. 719.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si bien que la d&#233;mocratie est &lt;i&gt;en pratique&lt;/i&gt; fondamentalement polici&#232;re (le syntagme &#171; d&#233;mocratie polici&#232;re &#187; appara&#238;t p. 81). Cette d&#233;mocratie polici&#232;re est int&#233;rieure au biopouvoir, au geste de tri s&#233;lectif et donc au faire vivre et laisser mourir (tendance thanatopolitique). Son droit naturel est le droit &#224; la vie et non les droits de l'homme. Mais ce droit &#224; la vie est le droit &lt;i&gt;d'une forme de vie majeure&lt;/i&gt; et en l'occurrence celle des formes normalis&#233;es, certes toujours en variation mais toujours aussi produites par le biopouvoir et productrice de ce dernier. Autant dire que l'impossibilit&#233;, voire le non sens, d'un &#233;tat d'exception temporaire dictatorial (en son sens originaire romain) dans nos soci&#233;t&#233;s a pour cause cet &#233;tat d'exception policier permanent. La police ne se r&#233;duit pas &#224; l'institution dudit nom, il y a de la police o&#249; il y a de la s&#233;lection-protection normalisatrice, c'est-&#224;-dire a peu pr&#232;s partout dans nos soci&#233;t&#233;s. La surface membranique du biopouvoir n'est pas le terrain dans lequel la verticalit&#233; dictatoriale peut pousser. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour mieux en saisir les raisons, et c'est l&#224; je pense ce qui manque le plus dans les interpr&#233;tations propos&#233;es par Alain Brossat et Alain Naze, pourquoi n'avoir pas pouss&#233; plus loin l'analyse de l'id&#233;e de &lt;i&gt;d&#233;mocratie polici&#232;re&lt;/i&gt;, une fois dit que ce n'est pas la d&#233;mocratie d'un peuple, ni des droits fondamentaux ? (qui, quand ils sont invoqu&#233;s dans nos soci&#233;t&#233;s sont surtout ceux de la libert&#233; d'expression ou de circuler et moins de se loger ou de se nourrir correctement, ce n'est pas un hasard, la suite va le montrer). Je ne conteste pas qu'il faille parler de d&#233;mocratie mais je m'oppose &#224; l'id&#233;e qu'elle doive &#234;tre seulement associ&#233;e aux droits fondamentaux (m&#234;me si c'est pour en montrer l'inanit&#233; et son usage strat&#233;gique discursif). La d&#233;mocratie dont il aurait d&#251; &#234;tre question est celle qui a pour fond les libert&#233;s individuelles ch&#232;res aux diff&#233;rentes formes de lib&#233;ralisme. Ces libert&#233;s individuelles sont celles de la libert&#233; d'ind&#233;pendance. Je me table ici sur ce qu'en dit Benjamin Constant : la libert&#233; individuelle &#171; doit se composer de la jouissance paisible de l'ind&#233;pendance priv&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin Constant, &#201;crits politiques, &#201;ditions Gallimard, 1997, &#171; De la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et pour que ces jouissances soient garanties, il faut que les lois et des m&#233;canismes sociaux les s&#233;curisent. &#171; Le but des modernes est la &lt;i&gt;s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; dans les jouissances priv&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 603.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; [je souligne] Ainsi comprise, la d&#233;mocratie est n&#233;cessairement polici&#232;re mais aussi de &lt;i&gt;march&#233;&lt;/i&gt; (Alain Brossat p. 43) car ces jouissances sont &#233;videmment et surtout celles d'acheter et d'entreprendre (sur cet aspect voir la note 48 d'Alain Naze et Alain Brossat pp. 170-171). Faut-il alors s'&#233;tonner d'entendre r&#233;guli&#232;rement, dans la bouche des hommes politiques, que la s&#233;curit&#233; est la premi&#232;re des libert&#233;s ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Michel Foucault va dans ce sens dans son cours &lt;i&gt;Naissance de la biopolitique&lt;/i&gt; : &#171; Le lib&#233;ralisme formule ceci, simplement : je vais te produire de quoi &#234;tre libre. Je vais faire en sorte que tu sois libre d'&#234;tre libre. [...] Il faut d'une main produire la libert&#233;, mais ce geste m&#234;me implique que, de l'autre, on &#233;tablisse des limitations, des contr&#244;les, des obligations appuy&#233;es sur des menaces, etc. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, Naissance de la biopolitique, Seuil/Gallimard, 2004, p. 65.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Or, si Foucault traite du lib&#233;ralisme dans un cours qui devait &#234;tre consacr&#233; &#224; la biopolitique c'est justement parce que le biopouvoir est ins&#233;parable, d&#232;s sa naissance et en son geste, du capitalisme. La forme de vie normalis&#233;e inclut celle de l'agent rationnel (ou &lt;i&gt;homo &#339;conomicus&lt;/i&gt;) dont le lib&#233;ralisme et les capitalistes ont besoin. Si bien que nos gouvernements jouent sur deux fronts : la production et l'immunisation des formes normalis&#233;es de vies (rapport donc &#224; la sant&#233;) mais aussi la s&#233;curit&#233; des jouissances individuelles que veulent les &lt;i&gt;homines &#339;conomici&lt;/i&gt;. La libert&#233; est en effet &#171; un rapport actuel entre gouvernants et gouvern&#233;s, un rapport o&#249; la mesure du &#034;trop peu&#034; de libert&#233; qui existe est donn&#233; par le &#034;encore plus&#034; de libert&#233; qui est demand&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 64.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce rapport est apparu assez nettement avec le gouvernement Castex. Ce gouvernement s'est ing&#233;ni&#233; &#224; cr&#233;er des mesures particuli&#232;res, adapt&#233;es, variables pour que les limites des libert&#233;s des gouvern&#233;s ne leur soient pas trop insupportables (et qu'ils en r&#233;clament encore plus) et en faisant en sorte de ne pas s'exposer aux critiques de ne pas avoir assez prot&#233;g&#233; les individus contre la pand&#233;mie. L'ensemble des mesures devait aussi garantir la continuit&#233; de la conduction &#233;conomique par la membrane sociale. Ces mesures ont d&#251; prendre en compte les diff&#233;rences &lt;i&gt;s&#233;lectives&lt;/i&gt; entre des formes de vies qu'il faut maintenir plus que d'autres, voire au d&#233;triment des autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le geste de ce gouvernement des libert&#233;s individuelles, de cette d&#233;mocratie de march&#233; polici&#232;re inclut aussi la mobilisation de la libert&#233;-volont&#233;, la responsabilit&#233;s de chaque gouvern&#233; (et non pas seulement la libert&#233; de leur ind&#233;pendance priv&#233;e). Ali Kebir a tenu &#224; faire ressortir ce point : il faut &#171; prendre la mesure de ce qui se joue dans le progressif engluement des libert&#233;s fondamentales dans le marais des mesures d'exception : elles ne sont pas seulement dissoutes comme telles, mais r&#233;utilis&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de dispositifs participatifs-communicationnels de contr&#244;le des populations et de majoration de leurs forces (l'appel &#224; fabrication de masques par les bonnes volont&#233;s citoyennes pour pallier les manquements de l'&#201;tat bat son plein !) &#187; (pp. 90-91) La d&#233;mocratie est donc ici une &lt;i&gt;technologie de pouvoir&lt;/i&gt; (Ali Kebir, p. 91) Certains &#233;conomistes ont m&#234;me propos&#233; des mod&#232;les faisant de la politique une forme de march&#233; comme le soulignait d&#233;j&#224; en son temps Gilles Ch&#226;telet : &#171; Dans ce mod&#232;le, les politiciens sont des entrepreneurs, des &lt;i&gt;fournisseurs de biens et services politiques&lt;/i&gt; qui se disputent le march&#233; des votes de &lt;i&gt;citoyens-pan&#233;listes-consommateurs&lt;/i&gt; de ces biens et services politiques. Il suffisait d'y penser : tout comme la pression du march&#233; contraint l'entrepreneur &#224; maximiser les fonctions d'utilit&#233;s de consommateurs, les politiciens et partis entrent en comp&#233;tition pour satisfaire la demande de biens et services politiques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Ch&#226;telet, Vivre et penser comme des porcs, Exils &#201;diteurs, 1998, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; coup s&#251;r, le gouvernement Castex a d&#251; jouir secr&#232;tement de son exercice en roue libre, avec les regards tourn&#233;s chaque jour sur les chiffres qui montent, qui descendent, &#244; amour des belles courbes ! le pr&#233;sident Macron s'est m&#234;me pris de passion, para&#238;t-il, pour l'&#233;pid&#233;miologie. Et s&#251;r aussi, qu'en lisant ces courbes c'est virtuellement sur les courbes des prochaines &#233;lections que ce gouvernement lorgnait. Cependant, &#224; force de vouloir jouer les experts en bio-l&#233;galit&#233;, ce gouvernement s'est souvent pris les pieds dans son filet aux mailles variables, proposant des mesures contradictoires, incompr&#233;hensibles, avec comme cons&#233;quence une baisse de cr&#233;dibilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si biopouvoir et lib&#233;ralisme vont main dans la main, leurs logiques ne sont, par contre, pas toujours compatibles. Le capital sant&#233; moyen de la population n'est pas n&#233;cessairement dans un rapport proportionnel &#224; la sant&#233; du capital. Il y a deux p&#244;les, dont un peut prendre le dessus sur l'autre. On peut convenir de parler d'&#201;tat social quand c'est le p&#244;le biopolitique qui l'emporte. C'est l'inverse depuis plusieurs ann&#233;es, je l'ai rappel&#233; plus haut : d&#233;mant&#232;lement des services publics, d&#233;mant&#232;lement de l'&#201;tat social : &#171; Cette r&#233;orientation du gouvernement des vivants vers la conduite (la veille) des march&#233;s est un tournant majeur dans la politique contemporaine qui correspond, plus ou moins, au d&#233;mant&#232;lement de l'&#201;tat social &#187; (Alain Brossat, p. 97). Chaque individu doit pouvoir jouir dans sa bulle et sa qualit&#233; de vie sera &#224; la hauteur de celle qu'il pourra se payer. &#171; La voiture comme habitacle &#233;tanche o&#249; se maintient une douce fra&#238;cheur tandis qu'&#224; l'ext&#233;rieur r&#232;gne une atmosph&#232;re moite et irrespirable, c'est la bulle non pas tout &#224; fait du pauvre, mais de la classe moyenne, une bulle qu'elle ne quitte que pour en gagner une autre, le bureau, le restaurant &#224; air conditionn&#233;... &#187; (Alain Brossat et Alain Naze p. 185). Comme le souligne remarquablement Denise Avenas le &#171; sans contact &#187; n'a pas attendu le confinement, il est une tendance qui &#233;tait d&#233;j&#224; en cours. &#171; Le &#034;sans contact&#034; est &#224; l'ordre du jour, &#224; la mode, le &#034;d&#233;confinement&#034; ne l'abolira pas, et le covid ne fait qu'acc&#233;l&#233;rer une tendance d&#233;j&#224; en cours &#187; (p. 155). &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc la dispersion du &#171; sans contact &#187; qui r&#232;gne, dans ces conditions comment pourrait fleurir une volont&#233; g&#233;n&#233;rale ? Ce n'est pas la volont&#233; g&#233;n&#233;rale mais la volont&#233; de tous, c'est-&#224;-dire selon Rousseau l'alignement de toutes les volont&#233;s particuli&#232;res, qui ont pouss&#233; les gens &#224; applaudir sur leurs balcons (car ils se sentaient menac&#233;s dans leur bulle par l'invisible danger qu'est un virus). &#171; La majorit&#233; des gens qui sont &#224; la fen&#234;tre, nous ne les avons pas entendus pendant la gr&#232;ve des h&#244;pitaux, nous ne les avons pas vus &#224; nos c&#244;t&#233;s en manifestation pendant un an, lorsque nous scandions des slogans pour sauver des services publics, lorsque nous devions faire face aux gaz lacrymog&#232;nes, aux coups, aux insultes d'une police au service de l'autoritarisme &#187; (Sophie Tregan p. 196). Il faut en conclure que le d&#233;mant&#232;lement de l'&#201;tat social, la polarisation plus lib&#233;rale que biopolitique, a en partie &#233;t&#233; rendu possible parce que ce gouvernement et les pr&#233;c&#233;dents ont pris appui sur ce d&#233;sir de confinement (ou du sans contact) des libert&#233;s individuelles (&lt;i&gt;Confinement, mon amour&lt;/i&gt;... Alain Brossat p. 61) qui n'a que faire de l'int&#233;r&#234;t commun et de la solidarit&#233;, ceci &lt;i&gt;bien avant&lt;/i&gt; le confinement &lt;i&gt;impos&#233;&lt;/i&gt; lors de la pand&#233;mie, imposition plus difficile &#224; vivre pour ceux chez qui le confinement est un mode de vie moins bien &#233;tabli (&#171; Les conditions de confinement ne sont pas les m&#234;mes en HLM &#224; La Courneuve qu'&#224; Neuilly et surtout ceux qui vont travailler et prennent le m&#233;tro, on l'a assez entendu, sont les travailleurs les plus pauvres. &#187; Sylvie Parquet, p. 207). Que peut alors valoir, contre ces d&#233;sirs, celui de la politique ? Arendt &#171; buta sur l'absence du d&#233;sir de tous de &#034;faire de la politique&#034;, d'aucuns pr&#233;f&#232;rent &#233;crire des romans, peindre, faire de la musique, ou cultiver leur jardin... &#187; (Denise Avenas p. 225) Difficile d'imaginer le soul&#232;vement d'un peuple au nom de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale, seule la volont&#233; de tous aurait pu le faire, en scandant : nous voulons des terrasses ! nous voulons des terrasses ! (&lt;i&gt;Peuple des terrasses&lt;/i&gt;, Alain Brossat p. 105). Seul le &#171; nous sommes en guerre &#187; pouvait solliciter la volont&#233; de tous pour que chacun veuille restreindre sa libert&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors, il est bien difficile d'imaginer un dictateur capable &#171; &lt;i&gt;d'incarner la volont&#233; g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; dans la lutte contre le danger vital &#187; (Alain Brossat, Alain Naze p. 80). Comment un &lt;i&gt;centre&lt;/i&gt; peut-il &#233;merger au sein de la dispersion ? La solution, la pire, serait de faire centre par identification &#224; une identit&#233; nationale, ce peuple du m'aime dont je parlais plus haut, identit&#233; qui n'existe que parce qu'elle aime parler d'elle et surtout par haine de ce &#224; quoi elle est cens&#233;e s'opposer (peuple du m'haime). Mais est-ce le probl&#232;me du rapport &#224; &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; centre (&#171; L'affrontement d&#233;cisif se produit toujours, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &lt;i&gt;au centre&lt;/i&gt; &#187; Alain Naze, Alain Brossat p. 135) ou d'un &lt;i&gt;poly&lt;/i&gt;centrage ? Polycentrage des gestes retentissants, r&#233;sonant et pers&#233;v&#233;rant diff&#233;remment en plusieurs centres ou alors, chez les pr&#233;caires de la bulle immunitaire ou de ceux qui ne les supportent plus et les font &#233;clater, de nouvelles pratiques locales et solidaires faisant t&#226;che d'huile. J'aimerais r&#234;ver qu'il ne soit m&#234;me plus n&#233;cessaire d' &#171; aller r&#233;cup&#233;rer la brebis divaguant au fond du karaok&#233; o&#249; elle s'&#233;tait, disons, &#034;&#233;gar&#233;e&#034; &#187; (Alain Brossat, Alain Naze p. 178, ce livre ne manque pas d'humour ! Y est m&#234;me os&#233; Jos&#233;phine !). Mon r&#234;ve va jusqu'&#224; imaginer des brebis qui inventeraient leurs chansons car le karaok&#233;, c'est bien beau, mais c'est toujours la musique des autres ! Elles auraient de suite renvoy&#233; leur Pasteur &#224; ses &#233;tudes : &#224; la seule prise en charge de la vie microbienne (et c'est bien utile en ces temps). Mais surtout, la brebis d&#233;couvrirait qu'on l'a emp&#234;ch&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent d'&#234;tre l'animal politique qu'elle aurait d&#251; toujours &#234;tre. Elle pourrait m&#234;me pressentir que jamais plus on ne la reprendra &#224; s'&#233;garer au fond d'un karaok&#233; m&#234;me quand la mer berg&#232;re l'appelle. C'est fini la mer, c'est fini, sur la plage le sable b&#234;le comme des moutons d'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Roy&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;Dits et &#233;crits II&lt;/i&gt;, Editions Gallimard, 1994, p. 719.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin Constant, &lt;i&gt;&#201;crits politiques&lt;/i&gt;, &#201;ditions Gallimard, 1997, &#171; De la libert&#233; des anciens compar&#233;e &#224; celle des modernes &#187;, p. 602.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 603.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;Naissance de la biopolitique&lt;/i&gt;, Seuil/Gallimard, 2004, p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 64.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Ch&#226;telet, &lt;i&gt;Vivre et penser comme des porcs&lt;/i&gt;, Exils &#201;diteurs, 1998, p. 63. C'est Gilles Ch&#226;telet qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Virus, mon prochain</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=979</link>
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		<dc:date>2021-02-21T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Roy</dc:creator>



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&lt;p&gt;Longtemps, je me suis demand&#233; de bonnes heures, pourquoi il m'&#233;tait si difficile d'&#233;crire en ces temps de Covid-19 alors m&#234;me que j'en sentais la n&#233;cessit&#233;. La difficult&#233; redoublait car cette n&#233;cessit&#233; faisait boucle avec elle : n&#233;cessit&#233; d'&#233;crire sur la difficult&#233; d'&#233;crire. Impossible m&#234;me d'&#233;crire pour prendre le large, une forme de reflux affectif tenace me ramenait dans l'&#233;paisseur p&#226;teuse de ces temps de Covid-19. Qu'est-ce qui m'arrivait ? Qu'est-ce qui m'arrive ? Qu'est-ce qui nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Longtemps, je me suis demand&#233; de bonnes heures, pourquoi il m'&#233;tait si difficile d'&#233;crire en ces temps de Covid-19 alors m&#234;me que j'en sentais la n&#233;cessit&#233;. La difficult&#233; redoublait car cette n&#233;cessit&#233; faisait boucle avec elle : n&#233;cessit&#233; d'&#233;crire sur la difficult&#233; d'&#233;crire. Impossible m&#234;me d'&#233;crire pour prendre le large, une forme de reflux affectif tenace me ramenait dans l'&#233;paisseur p&#226;teuse de ces temps de Covid-19. Qu'est-ce qui m'arrivait ? Qu'est-ce qui m'arrive ? Qu'est-ce qui nous arrive ? Rien. Rien ne semble plus arriver, sinon des nouvelles venant du front de la lutte men&#233;e contre la Covid-19 (avec ses victoires et ses d&#233;faites). L'espace des &#233;v&#233;nements est satur&#233; par un seul type d'&#233;v&#233;nement reli&#233; de pr&#232;s ou de loin &#224; l'&#233;v&#233;nementialit&#233; invisible et biologique des virus. Et si saturation &lt;i&gt;&#233;v&#233;nementielle&lt;/i&gt; il y a, n'est-ce pas aussi parce que cette invisibilit&#233; virale manifeste quelque chose de tout &#233;v&#233;nement ? : &lt;i&gt;ne pas le voir arriver&lt;/i&gt;. On n'en finit pas de ne pas voir arriver ce qui nous arrive. On n'en finit pas aussi de voir les &lt;i&gt;effets&lt;/i&gt; de ce qui nous arrive puisque les &#233;v&#233;nements s'&lt;i&gt;effectuent&lt;/i&gt; r&#233;ellement dans nos corps : le nombre de cas et de morts en sont la preuve. Cet &#233;cart entre l'effectuation visible et l'arriv&#233;e invisible est, de surcro&#238;t, occup&#233; par des mesures de protection, souvent incoh&#233;rentes et par une bouillie de discours sans fin, allant des gouvernementaux aux complotistes en passant par ceux des experts, des m&#233;dias, de ceux qui pensent en savoir plus que les autres et de tout un chacun. Ces mesures et ces discours (qui sont aussi et surtout des discours sur ces mesures) participent &#224; cette saturation. Rien n'arrive plus que cela. Et pourtant... en ces temps de Covid-19 il y a bien s&#251;r d'autres &#233;v&#233;nements qui arrivent dans le monde (par exemple, au moment o&#249; j'&#233;cris, en Birmanie) mais cette saturation a &lt;i&gt;ici&lt;/i&gt;, en France, le pouvoir de tout occulter. L'horizon n'est pas seulement noir, il est noirci. Et c'est encore sous cet horizon que l'espoir fleurit : celui du monde d'apr&#232;s, de la baisse des courbes, celui de trouver un vaccin, etc. Pas d'espoir sans fond de d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais pouvoir me r&#233;jouir d'autre chose que de l'id&#233;e d'en finir avec cet &#233;v&#233;nement, mais on ne d&#233;cr&#232;te pas l'arriv&#233;e d'un &#233;v&#233;nement, on en pressent ou pas la possible imminence. Ce pressentiment se manifeste par une tonalit&#233; affective. Ainsi, la r&#233;volte est pr&#233;c&#233;d&#233;e par exemple d'affects d'indignation, d'injustice, de sentir qu'on n'en peut plus, etc. Mais l&#224;, en ces temps de Covid-19, quel affect peut nous faire pressentir quelque chose ? L'affect de d&#233;sespoir-espoir ne me semble annoncer qu'une chose qui est un non-&#233;v&#233;nement : le soulagement du retour &#224; la vie d'avant, le retour &#224; la normale. J'irais m&#234;me jusqu'&#224; soutenir et &#224; diagnostiquer que c'est d'autant plus l'annonce d'un non-&#233;v&#233;nement qu'il y a comme une forme de continuit&#233; entre ces temps de Covid-19 et ceux qui viendront apr&#232;s (et qui existaient avant). Cette continuit&#233; s'appelle &#171; confinement &#187; c'est-&#224;-dire la protection pour r&#233;duire les risques de menaces corporelles, ce qui ne veut donc pas dire se couper de toute communication (rien n'emp&#234;che, par exemple, de se d&#233;fouler sur les r&#233;seaux...). On passera d'un confinement r&#233;glement&#233;, avec toutes ses variantes inventives (confinement all&#233;g&#233;, couvre-feux etc.) &#224; un confinement d&#233;sir&#233; (&#224; condition, bien s&#251;r, d'en avoir les moyens...). Chacun pourra se confiner avec qui il veut, quand et o&#249; il veut. Un des points que ce temps de Covid-19 a fait ressortir est bien celui-ci : le confinement n'a pas &#233;t&#233; v&#233;cu que comme une contrainte, il y a un certain plaisir &#224; &#234;tre confin&#233;, &#224; se sentir prot&#233;g&#233;. Souvent, celles et ceux qui se plaignent du confinement r&#233;glement&#233; y sont pouss&#233;s par le sourd d&#233;sir &lt;i&gt;contrari&#233;&lt;/i&gt; de ne pas choisir le confinement qu'ils veulent. Tout d&#233;confinement est alors un reconfinement qui ne dit pas son nom (n'a-t-on pas entendu parler derni&#232;rement d'auto-confinement ?). Or, cette continuit&#233; du confinement, seul ou &#224; plusieurs, est aux antipodes de toute coupure risqu&#233;e propre &#224; l'exposition collective d'un &#233;v&#233;nement politique ouvrant sur des puissances &#233;mancipatrices. Je ne parle pas sp&#233;cialement d'un &#233;v&#233;nement &#224; l'&#233;chelle nationale ou internationale, j'ai m&#234;me plut&#244;t en t&#234;te l'&#233;chelle locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, je crains que l'emprise de nos d&#233;sirs de confinement forme des niches d'o&#249; sortiront de nouveaux chiens de garde pour s'attaquer &#224; tout d&#233;rangement de ces confinements voulus, intimes et sanitaires. Il se peut m&#234;me que certains regrettent ces temps de confinements contraints... les d&#233;plorables conditions de travail, en &#171; pr&#233;sentiel &#187;, pouvant en &#234;tre la cause. N'allons-nous pas, petit &#224; petit, vers le triomphe du Dernier Homme qu'entrevoyait Nietzsche ? :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#171; &#034;Nous avons invent&#233; le bonheur&#034;, diront les Derniers Hommes, en clignant de l'&#339;il. [...] Tous voudront la m&#234;me chose, tous seront &#233;gaux ; quiconque sera d'un sentiment diff&#233;rent entrera volontairement &#224; l'asile des fous. &#034; Jadis, tout le monde &#233;tait fou&#034;, diront les plus malins, en clignant de l'&#339;il &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, GF-Flammarion,1996, Prologue, 5, p. 53.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tous ces fous qui seront ou, je l'esp&#232;re, ne seront pas de jadis, il revient et reviendra d'ouvrir l'&#339;il pour ne pas laisser passer les moindres lueurs &#233;v&#233;nementielles, comme on guette des lucioles et, bien s&#251;r, sans cligner de l'&#339;il. N'&#233;coutons pas les marchands de bonheur, soyons fid&#232;les au virus qui, comme &lt;i&gt;mani&#232;re d'&#234;tre en nous&lt;/i&gt;, pousse au d&#233;confinement. En effet, n'y a-t-il pas plus d&#233;confin&#233; qu'un virus ? &#201;tant un-et-plusieurs, d'&#233;v&#233;nements en &#233;v&#233;nements il se reproduit en passant de corps en corps, de pays en pays, sans jamais faire une halte pour se confiner. Son &#171; m&#234;me &#187; d&#233;pend de l'autre et l'autre le fait muter. Alors, d&#233;couronner Corona de son &#233;v&#233;nementialit&#233; dominante, OUI ; ne pas le prendre &lt;i&gt;en partie&lt;/i&gt; pour mod&#232;le, NON. Et si le virus qui est &lt;i&gt;en nous&lt;/i&gt; l'emportait quand viendra la Lib&#233;ration ? (puisque nous sommes en guerre) Hypoth&#232;se aussi peu probable que l'apparition d'un virus... Ainsi &lt;i&gt;parla&lt;/i&gt; celui qui ne pouvait pas &#233;crire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nietzsche, &lt;i&gt;Ainsi parlait Zarathoustra&lt;/i&gt;, GF-Flammarion,1996, Prologue, 5, p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Autour de Nos d&#233;faites - Conversation</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=928</link>
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		<dc:date>2020-08-06T20:25:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Adam Pa&#353;ek, Alain Brossat, Alain Naze, C&#233;dric Cagnat, Joachim Dupuis, Orgest Azizaj, Philippe Roy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Que nous reste-t-il de forces pour affronter le chaos du pr&#233;sent ? Nos d&#233;faites dresse un portrait de nos rapports &#224; la politique par un jeu de r&#233;interpr&#233;tation par des lyc&#233;ens, d'extraits issus du cin&#233;ma post-68, associ&#233; &#224; des interviews de ces jeunes acteurs. Comment appr&#233;hendent-ils le monde dans lequel ils grandissent et surtout, auraient-ils envie de le changer, de le d&#233;truire ou d'en construire un nouveau ?&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Que nous reste-t-il de forces pour affronter le chaos du pr&#233;sent ? &lt;i&gt;Nos d&#233;faites&lt;/i&gt; dresse un portrait de nos rapports &#224; la politique par un jeu de r&#233;interpr&#233;tation par des lyc&#233;ens, d'extraits issus du cin&#233;ma post-68, associ&#233; &#224; des interviews de ces jeunes acteurs. Comment appr&#233;hendent-ils le monde dans lequel ils grandissent et surtout, auraient-ils envie de le changer, de le d&#233;truire ou d'en construire un nouveau ?&lt;/p&gt;
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		<title>Parce que jouer n'est pas faire semblant </title>
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		<dc:date>2019-10-15T13:48:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Roy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Jouer, est-ce faire semblant ? Si il est difficile de d&#233;finir ce que veut dire jouer, cela l'est moins pour &#034;faire semblant&#034;. Faire semblant, en premier lieu, c'est imiter quelque chose, un mod&#232;le. Je fais semblant d'&#234;tre un pompier en imitant un v&#233;ritable pompier. Mais ce n'est pas suffisant, un pompier apprend &#224; &#234;tre pompier en imitant d'autres pompiers, on ne dira pas de lui qu'il fait semblant mais qu'il ressemble &#224; son mod&#232;le afin d'&#234;tre comme lui. Pour faire semblant, il faudrait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jouer, est-ce faire semblant ? Si il est difficile de d&#233;finir ce que veut dire jouer, cela l'est moins pour &#034;faire semblant&#034;. Faire semblant, en premier lieu, c'est imiter quelque chose, un mod&#232;le. Je fais semblant d'&#234;tre un pompier en imitant un v&#233;ritable pompier. Mais ce n'est pas suffisant, un pompier apprend &#224; &#234;tre pompier en imitant d'autres pompiers, on ne dira pas de lui qu'il fait semblant mais qu'il ressemble &#224; son mod&#232;le afin d'&lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt; comme lui. Pour faire semblant, il faudrait plut&#244;t imiter un mod&#232;le tout en ne voulant pas &lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt; ce mod&#232;le. C'est pourquoi, faire semblant n'est pas copier un mod&#232;le mais comme Platon le soutenait pour l'art, c'est copier la copie. Autrement dit, cela signifie ne pas vouloir ressembler au mod&#232;le mais seulement &#224; son image. De m&#234;me, le peintre qui peint un pompier ne veut pas que sa peinture soit comme un pompier, sa peinture n'&#233;teindra jamais un feu, le peintre veut que sa peinture ne soit qu'&#224; l'image du pompier. Faire semblant c'est se satisfaire des images et non des aptitudes que poss&#232;de ce dont on fait semblant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ensuit-il alors que lorsque je fais semblant d'&#234;tre un pompier, je &lt;i&gt;joue&lt;/i&gt; au pompier ? D'un certain point de vue, oui, car comme un enfant qui joue, je me calque sur l'image du pompier, je ne pr&#233;tends pas &#233;teindre un feu, je veux simplement me prendre et &#234;tre pris pour un pompier et non l'&#234;tre v&#233;ritablement. Mais d&#233;tournons-nous de l'id&#233;e de l'enfant qui joue, cela pourrait &#234;tre aussi une imposture : je fais si bien semblant d'&#234;tre un pompier que j'arrive &#224; me faire passer pour un pompier. D&#232;s lors, ne devrions-nous pas en conclure, qu'ainsi v&#233;cu, le jeu d'&#234;tre pompier aurait comme finalit&#233; ou au moins comme horizon de s'annuler comme jeu, puisque &lt;i&gt;je me ferais passer&lt;/i&gt; pour un pompier, bien que cela ne soit qu'en apparence ? N'est-ce pas d'ailleurs ce que recherche tout imposteur qui &#034;fait semblant de&#034; : jouer en vue d'annuler le jeu, m&#234;me si il ne le fait pas assez bien ? On pressent alors &lt;i&gt;ici&lt;/i&gt; que si jouer c'est faire semblant, le jeu aurait comme &#233;trange finalit&#233; de s'annuler lui-m&#234;me. Paradoxalement, jouer serait tendre &#224; annuler le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons sur les conditions de ce paradoxe car je suis s&#251;rement all&#233; un peu vite. Tendre &#224; annuler le jeu suppose de vouloir se prendre et de vouloir &#234;tre pris pour un pompier. Il y a donc une &lt;i&gt;motivation&lt;/i&gt; &#224; prendre ici en compte. Pourquoi voudrais-je &#234;tre pris ou me prendre pour un pompier ? Cela pourrait &#234;tre en vue de m'introduire dans la caserne ou &#224; cause d'une question identitaire : je m'identifie au pompier pour combler un manque identitaire, par exemple pour faire croire &#224; mon entourage que je suis pompier alors que je n'y suis pas. Pensons &#224; ce fait divers, qui s'est tr&#232;s mal termin&#233;e, un certain Jean-Claude Romand s'est fait pass&#233; pour un m&#233;decin de l'OMS aupr&#232;s de sa famille et de son entourage pendant dix-huit. Le &#034;faire semblant&#034; serait donc &#224; chaque fois un moyen en vue d'une fin. C'est le premier point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux me faire passer pour un pompier en vue de quelque chose car on a &lt;i&gt;id&#233;e&lt;/i&gt; de ce qu'est un pompier. Une seconde condition de ce paradoxe serait donc qu'il n'y aurait pas de &#034;faire semblant&#034; sans mod&#232;le, c'est-&#224;-dire sans identit&#233; pure, qui rel&#232;ve du M&#234;me (une identit&#233; pure reste la &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt;). Il y a dans nos t&#234;tes une id&#233;e de ce qu'est un pompier, une id&#233;e fixe, une identit&#233;-mod&#232;le, pure. Cela n'aurait pas de sens de se faire passer pour un pompier dans une soci&#233;t&#233; o&#249; il n'y a pas d'id&#233;e du pompier. Le &#034;faire semblant&#034; suppose donc des id&#233;es identitaires et par l&#224;-m&#234;me des jugements de v&#233;rit&#233; : un tel est un vrai pompier car il renvoie &#224; l'id&#233;e, un tel est un faux car il ne fait que semblant. Si bien que c'est dans cet univers du vrai et du faux que sont possibles la tricherie, le mensonge, le secret et bien s&#251;r l'hypocrisie. Je triche en faisant semblant, en trompant mon monde en vue d'une fin, et je mens m&#234;me en disant que je ne fais pas semblant ou par omission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait m&#234;me aller jusqu'&#224; inclure la morale dans cet univers : on ne peut mentir que parce que certains ne mentent pas et veulent le vrai. Il est &lt;i&gt;mal&lt;/i&gt; de mentir car mentir ne peut pas &#234;tre universalisable (Kant). Pas de mensonge sans rapport au vrai. Il est donc mal de ne pas vouloir le vrai (ce qui ne signifie pas &#234;tre dans le vrai, on peut se tromper tout en voulant le vrai, l'erreur n'est pas la faute). Si je reviens &#224; mes questions sur l'identit&#233;, on pourrait dire que quelqu'un peut mal vivre de ne pas assez vouloir &#234;tre l'identit&#233; &#224; laquelle il veut se conformer (cette ad&#233;quation identitaire &#233;tant ici la figure de la v&#233;rit&#233;). Or c'est justement ce qui est arriv&#233; &#224; Jean-Claude Romand dont je parlais plus haut. Il avait bien commenc&#233; des &#233;tudes de m&#233;decine, mais &#224; cause d'une panne temporaire de sa volont&#233; il ne s'est pas rendue &#224; un examen important. Cela s'est alors transform&#233; en culpabilit&#233;, si bien que le &#034;faire semblant&#034; lui est apparu comme la seule solution. Il a, certes, menti &#224; son entourage en disant qu'il &#233;tait all&#233; passer son examen mais il a surtout ensuite fait semblant d'&#234;tre m&#233;decin. En quoi le &#034;faire semblant&#034; fut dans ce cas indissociable d'une volont&#233; de v&#233;rit&#233;. Pour faire &#233;cho au premier point expos&#233; plus haut, il n'est donc pas absurde de dire que le &#034;faire semblant&#034; peut &#234;tre aussi motiv&#233; par le vrai !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai encore que la fixation d'une identit&#233;, plus pr&#233;cis&#233;ment la fixation de ses traits identitaires, est corr&#233;l&#233;e aux traits fixes d'un r&#233;el. Ainsi le pompier a pour traits certaines aptitudes et son &#233;quipement doit poss&#233;der certaines propri&#233;t&#233;s pour &#234;tre adapt&#233;s aux traits fixes que comportent le r&#233;el des missions du pompier. Le feu aura toujours pour trait d'&#234;tre br&#251;lant. Il y a des lois fixes de la nature qui participent &#224; la fixation des traits identitaires du pompier, la fixit&#233; pouvant &#234;tre la loi envelopp&#233;e par une variation (ce que les math&#233;maticiens appellent une fonction).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034;faire semblant &#034; de l'imposture se dit donc de l'univers de l'identitaire, des id&#233;es pures, du moyen en vue d'une fin (de la finalit&#233;), du vrai, du faux, de la tricherie, du mensonge, du secret et de l'hypocrisie enfin d'un r&#233;el comportant certaines fixit&#233;s. On en d&#233;duit que si faire semblant est un jeu qui tend &#224; annuler le jeu chez l'imposteur, le fondement de cette paradoxale annulation s'expliquerait par l'appartenance du &#034;faire semblant&#034; &#224; cet univers que je viens de parcourir. Le jeu n'existerait donc pas &lt;i&gt;pleinement&lt;/i&gt; au milieu des &#233;l&#233;ments de cet univers, au point m&#234;me d'&#234;tre rejet&#233; quand il est question par exemple de se tabler sur un r&#233;el avec lequel il va falloir composer, comme dans le cas d'un travail. On travaille ou on joue, mais on ne fait pas les deux &#224; la fois. Cet univers est donc trop s&#233;rieux pour le jeu, bien plus je propose de dire qu'il est l'univers du s&#233;rieux lui-m&#234;me. Le &#034;faire semblant&#034; ne serait qu'une forme mineure de l'application du &#034;jouer&#034;. Le s&#233;rieux et le &#034;faire semblant&#034; se pr&#233;-supposent r&#233;ciproquement. Pas de s&#233;rieux sans la traque du &#034;faire semblant&#034; car la croyance au &#034;faire semblant&#034; suppose justement qu'il y ait du s&#233;rieux. Par contre, et cela montre encore pourquoi le jouer n'est pas r&#233;ductible au &#034;faire semblant&#034;, dans l'univers du s&#233;rieux est insupportable celui qui joue et qui ne peut pas &#234;tre rapport&#233; &#224; de l'identitaire ou au &#034;faire semblant&#034;. Le s&#233;rieux ne peut alors que se d&#233;battre en r&#233;p&#233;tant : &#224; quoi vous jouez, allez on arr&#234;te de jouer, c'est pas s&#233;rieux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer et d&#233;velopper ceci, voyons quelques implications politiques. La politique ne pr&#233;tend-elle pas ne se d&#233;ployer que dans la sph&#232;re du s&#233;rieux ? Elle aurait m&#234;me son r&#233;el : par exemple les principes de la r&#233;publique (ou m&#234;me l'id&#233;e de la R&#233;publique chez Platon) ou encore les lois du march&#233; ou m&#234;me le mat&#233;rialisme historique ou le mat&#233;rialisme dialectique pour certains. Ce point est soulign&#233; par Sartre dans &lt;i&gt;L'&#234;tre et le n&#233;ant&lt;/i&gt; : &#034;Il faut remarquer d'abord que le jeu, en s'opposant &#224; l'esprit de s&#233;rieux, semble l'attitude la moins possessive, il enl&#232;ve au r&#233;el sa r&#233;alit&#233;. Il y a du s&#233;rieux quand on part du monde et qu'on attribue plus de r&#233;alit&#233; au monde qu'&#224; soi-m&#234;me, &#224; tout le moins quand on se conf&#232;re une r&#233;alit&#233; dans la mesure o&#249; on appartient au monde. Ce n'est pas par hasard que le mat&#233;rialisme est s&#233;rieux, ce n'est pas par hasard non plus qu'il se retrouve toujours et partout comme la doctrine d'&#233;lection du r&#233;volutionnaire. C'est que les r&#233;volutionnaires sont s&#233;rieux. Ils se connaissent &#224; partir du monde qui les &#233;crase et ils veulent changer ce monde qui les &#233;crase. En cela ils se retrouvent d'accord avec leurs vieux adversaires les poss&#233;dants, qui se connaissent eux aussi et s'appr&#233;cient &#224; partir de leur position dans le monde &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul Sartre, L'&#234;tre et le n&#233;ant, Gallimard, 1943, pp. 760-761.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. R&#233;volutionnaires et poss&#233;dants n'existent qu'en tant qu'ils ont comme plan de r&#233;f&#233;rence un r&#233;el qu'ils veulent conserver ou transformer. Ils sont s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le r&#233;p&#232;te, c'est parce qu'il y a cet univers du s&#233;rieux que l'on peut tricher, que l'on peut mentir, &#234;tre hypocrite et &#234;tre suspect&#233; de faire semblant. En quoi, le journaliste qui traque la triche et le mensonge participe &#224; la &lt;i&gt;consistance&lt;/i&gt; de cet univers du s&#233;rieux, en tant qu'il laisse entendre qu'il cherche &#224; d&#233;masquer ceux qui font semblant. Mais je voudrais pousser plus loin cette hypoth&#232;se du lien entre le s&#233;rieux et le faire semblant. Qui ne voit pas non plus que dans cet univers du s&#233;rieux plane comme un air &lt;i&gt;permanent&lt;/i&gt; du &#034;faire semblant&#034; ? Les hommes politiques, en &#233;tant si s&#233;rieux, ont l'air de faire semblant d'en &#234;tre comme d'autres hommes qui endossent d'autres identit&#233;s sociales. Ce p&#232;re a l'air si s&#233;rieux d'&#234;tre p&#232;re qu'on a m&#234;me l'impression qu'il fait semblant d'y &#234;tre. Le s&#233;rieux pouss&#233; &#224; l'extr&#234;me n'est-il donc pas indiscernable du &#034;faire semblant&#034; ? N'est-ce pas la raison pour laquelle le jeu du &#034;faire semblant&#034; propre au s&#233;rieux d&#233;range finalement beaucoup moins qu'on ne le cro&#238;t, m&#234;me chez les journalistes. Vous avez s&#251;rement souvent remarqu&#233; que les interpr&#233;tations journalistiques nous font part du jeu du &#034;faire semblant&#034; sans le d&#233;noncer, comme si cela &#233;tait normal. Je prends comme exemple les commentaires portant sur les r&#233;actions des responsables politiques au mouvement des Gilets jaunes : &#034; Emmanuel Macron joue l'apaisement&#034; (&lt;i&gt;Euronews&lt;/i&gt; 23/12/2018) ou encore &#034;Castaner et Edouard Philippe jouent la fermet&#233;&#034; (La Parisien 20/11/2018). Macron, Castaner, Philippe &lt;i&gt;jouent&lt;/i&gt;. Leur s&#233;rieux est indiscernable du semblant car ils doivent &lt;i&gt;donner l'impression&lt;/i&gt; d'apaiser les choses ou d'&#234;tre fermes. Si l'imposteur du &#034;faire semblant&#034; ne peut exister sans le s&#233;rieux, &#224; l'inverse le s&#233;rieux n'est pas sans avoir en lui une part d'indiscernabilit&#233; avec le &#034;faire semblant&#034;, je dis &#034;une part&#034; car dans ce cas il n'y a pas d'imposteur, seulement &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; l'imposture...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, je ne suis pas le premier &#224; &#233;noncer cette part d'indiscernabilit&#233; du s&#233;rieux et du &#034;faire semblant&#034;, j'ai parl&#233; de Sartre plus haut, il suffirait de rappeler le fameux passage sur le gar&#231;on de caf&#233; dans &lt;i&gt;L'&#234;tre et le n&#233;ant&lt;/i&gt; o&#249; Sartre veut montrer qu'il joue tr&#232;s s&#233;rieusement (et m&#234;me &lt;i&gt;trop&lt;/i&gt; s&#233;rieusement) &#224; &#234;tre un gar&#231;on de caf&#233; (mais il faut aussi qu'il soit capable de mettre en &#339;uvre les comp&#233;tences du gar&#231;on de caf&#233; : savoir tenir son plateau, rendre la monnaie, m&#233;moriser la carte des boissons etc.). Les identit&#233;s sociales ne seraient-elles pas des r&#244;les &#224; jouer, comme si nous &#233;tions dans un gigantesque th&#233;&#226;tre, ainsi que tend &#224; le montrer Erving Goffman dans son livre &lt;i&gt;La mise en sc&#232;ne de la vie quotidienne&lt;/i&gt; ? Dans ce livre il cite le sociologue et journaliste am&#233;ricain Robert Ezra Park : &#171; Ce n'est probablement pas par un pur hasard historique que le mot personne, dans son sens premier, signifie un masque. C'est plut&#244;t la reconnaissance du fait que tout le monde, toujours et partout, joue un r&#244;le, plus ou moins consciemment.[...] C'est dans ces r&#244;les que nous nous connaissons les uns les autres, et que nous nous connaissons nous-m&#234;mes. [...] A la longue, l'id&#233;e que nous avons de notre r&#244;le devient une seconde nature et une partie int&#233;grante de notre personnalit&#233;. Nous venons au monde comme individus, nous assumons un personnage et nous devenons des personnes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Erving Goffman, La mise en sc&#232;ne de la vie quotidienne, Les &#201;ditions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais si la vie sociale est un th&#233;&#226;tre, il ne faut pas non plus manquer d'en souligner les diff&#233;rences : la sc&#232;ne sociale n'a pas de limites spatiales et temporelles finies comme celle de l'art th&#233;&#226;tral, elle a prise sur notre subsistance alors que le com&#233;dien sur la sc&#232;ne ne joue pas &lt;i&gt;tel r&#244;le&lt;/i&gt; pour assurer sa subsistance (par contre son statut &lt;i&gt;social&lt;/i&gt; de com&#233;dien peut avoir la subsistance pour objet, en tant que le th&#233;&#226;tre lui permet de gagner sa vie), de plus il n'a pas besoin de poss&#233;der les aptitudes du r&#244;le qu'il joue (il peut jouer un pompier sans savoir &#233;teindre un feu...). Notre r&#244;le social n'est pas &#233;crit par un auteur (il est vrai que cela peut l'&#234;tre aussi de certaines formes th&#233;&#226;trales) et il y a dans la vie sociale des cr&#233;ations de nouveaux r&#244;les par les acteurs eux-m&#234;mes, comme celui des Gilets jaunes dont je parlais plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si il faut s'appliquer &#224; jouer son r&#244;le, comme le gar&#231;on de caf&#233;, le p&#232;re de famille ou le politicien, pour faire se rejoindre le semblant et le s&#233;rieux, il importe &#224; pr&#233;sent de mettre l'accent sur cette &lt;i&gt;production&lt;/i&gt; propre au verbe &#034;jouer&#034;. Je le r&#233;p&#232;te : le &#034;faire semblant&#034; n'est qu'une application du &#034;jouer&#034; en tant que le &#034;jouer&#034; se r&#233;clame d'identit&#233;s, de mod&#232;les pr&#233;-existants. Il n'en est qu'une application car le &#034;jouer&#034; peut ne pas &#234;tre subordonn&#233; &#224; l'univers du s&#233;rieux, il est plus fondamentalement une puissance productrice telle qu'on peut la voir dans les jeux que les enfants cr&#233;ent librement. Ce n'est plus l'image produite par le jeu qui compte, comme le sont les images sociales dont l'objectif est d'&#234;tre causes de certains effets tourn&#233;s vers l'ext&#233;rieur, telle la face s&#233;rieuse du p&#232;re pour faire effet sur son enfant, ce qui importe est le &#034;jouer&#034; en tant que principe de production, le &#034;jouer&#034; vaut pour lui-m&#234;me. C'est la raison pour laquelle des enfants, m&#234;me lorsqu'ils jouent &#224; faire semblant, comme lorsqu'ils jouent par exemple aux Indiens, sont moins tourn&#233;s vers l'image, le semblant, qu'ils renvoient comme Indiens que sur l'activit&#233; &lt;i&gt;de se produire comme indiens&lt;/i&gt;, ils se sentent indiens. Comme dirait Deleuze : ils ne se voient pas indiens, ils &lt;i&gt;deviennent&lt;/i&gt; indiens. Ils ne font pas semblant, ils se produisent. La valeur premi&#232;re de la production dans le jeu est bien marqu&#233;e par le philosophe Eugen Fink dans son livre &lt;i&gt;Le jeu comme symbole du monde&lt;/i&gt; : &#171; Jouer n'est point une activit&#233; productrice qui toucherait &#224; son terme en donnant un r&#233;sultat que l'on pourrait d&#233;tacher de l'activit&#233; elle-m&#234;me. Nous ne jouons pas apr&#232;s avoir produit le jeu ou le monde ludique. La production du jeu n'est pas un r&#233;sultat. [...] L'image est essentiellement produit ; le jeu, essentiellement production &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eugen Fink, Le jeu comme symbole du monde, Les &#201;ditions de Minuit, 1966, p. 111.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette production est &#224; l'&#339;uvre dans toutes ces inventions qui ne renvoient plus &#224; une quelconque identit&#233; pr&#233;-donn&#233;e. Jouer au foot est une invention qui ne suppose pas l'identit&#233; pr&#233;-donn&#233;e du footballeur. Le footballeur se produit avec le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons au &#034;faire semblant&#034; des jeux. Il n'en est donc qu'une modalit&#233; (puisque le &#034;jouer&#034; d&#233;borde le &#034;faire semblant&#034;), &#233;tant v&#233;cu comme un &#034;se produire&#034; et non comme un moyen en vue d'une fin. L'univers social du s&#233;rieux est dans l'autre sens une captation de cette production au service d'une identit&#233; &#233;tablie. Tel gar&#231;on doit se produire comme gar&#231;on de caf&#233; pour s'assurer un salaire. Ceci explique pourquoi la vie d'un joueur peut se substituer &#224; l'univers du s&#233;rieux lorsque le joueur ne met plus prioritairement sa production au service d'une captation identitaire. Jouer devient du s&#233;rieux, l'univers du s&#233;rieux est rabattu sur le jeu. Toutefois, et c'est sur ce point que je voudrais surtout m'attarder, est conserv&#233;e au sein de l'univers du s&#233;rieux, cette part plus libre du jeu, qui ne cesse de produire des diff&#233;rences, du jeu (au sens d'un &#233;cart) ou, pour le dire de fa&#231;on volontairement exag&#233;r&#233;e, cette part lib&#233;r&#233;e du jeu ne cesse de produire des monstres au regard des identit&#233;s &#233;tablies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Gilets jaunes rentreraient dans cette cat&#233;gorie. Les Gilets jaunes s'auto-produisent, non pas dans le vide, mais en prenant appui sur des &#233;l&#233;ments qu'ils vont en quelque sorte transfigurer, comme ce gilet jaune de s&#233;curit&#233; ou les ronds-points, mais aussi en prenant appui sur des r&#232;gles qu'ils vont se donner (comme les manifestations tous les samedis, les assembl&#233;es r&#233;guli&#232;res, les d&#233;clarations, les permanences dans les cabanes etc.). Cette auto-production qui n'existe qu'en prenant appui, n'est pas autre chose que la libert&#233;. Pas de libert&#233; sans appuis. C'est un point que souligne le philosophe Colas Duflo quand il tient &#224; caract&#233;riser les jeux par une libert&#233; se produisant dans et par les r&#232;gles du jeu dans son livre &lt;i&gt;Jouer et philosopher&lt;/i&gt;. &#034; La fonction de la loi ludique n'est pas d'abord d'interdire ou d'autoriser tel ou tel mouvement de telle ou telle pi&#232;ce, mais de la produire en m&#234;me temps qu'elle le codifie, car c'est cette codification m&#234;me qui le produit. C'est la m&#234;me chose de dire : 1/ le fou peut aller en diagonale ; 2/ il n'existe pas ind&#233;pendamment des r&#232;gles de son mouvement ; 3/ ce sont les r&#232;gles de son mouvement qui le cr&#233;ent comme fou&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Colas Duflo, Jouer et philosopher, PUF, 1997, p. 67.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#034; Les r&#232;gles produisent des possibilit&#233;s de mouvement et ouvre un champ de choix possibles au joueur. Cette petite chose en bois qu'est la pi&#232;ce appel&#233;e &#034;fou&#034; est comme transfigur&#233;e, convertie, en tant qu'elle est &#224; pr&#233;sent anim&#233;e d'un mouvement &lt;i&gt;r&#233;gl&#233;&lt;/i&gt; et ne peut plus &#234;tre manipul&#233;e n'importe comment. De donn&#233;e mat&#233;rielle, cette petite chose r&#233;gl&#233;e est devenue un &lt;i&gt;appui&lt;/i&gt; pour jouer, pour rendre effective une libert&#233;. Une libert&#233; ne peut exister dans le vide, elle a besoin d'appuis pour &#234;tre effective. De m&#234;me, ce gilet jaune de s&#233;curit&#233; ne renvoyait qu'&#224; la contrainte d'avoir &#224; le porter en cas d'accident ou d'incident m&#233;canique avant de devenir un appui pour agir &lt;i&gt;collectivement&lt;/i&gt; (puisque tout le monde en avait obligatoirement un dans sa voiture).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapport entre appui, jeu et libert&#233; est aussi impliqu&#233; par les jeux cr&#233;&#233;s par les enfants. Le philosophe Jacques Henriot &#233;voque, dans son livre intitul&#233; &lt;i&gt;Le jeu&lt;/i&gt;, le cas d'un enfant de 4 ans qui &#171; joue &#224; &#034;laver&#034; un chien en peluche &#224; l'aide d'un cube de bois pr&#233;lev&#233; sur les &#233;l&#233;ments d'un jeu de construction &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Henriot, Le jeu, PUF, 1969, p. 71.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cube, transfigur&#233; en morceau de savon, est l'appui par lequel l'enfant peut jouer librement. Henriot mentionne m&#234;me ce concept d'appui quand il &#233;crit dans la page suivante que &#171; le bon jouet est celui qui se pr&#234;te au jeu [...]Il permet au joueur de garder le contact avec l'univers concret des objets, mais lui sert en m&#234;me temps de point d'appui pour la re-cr&#233;ation ou la r&#233;invention de cet univers. [...] Le jouet n'est jouet que dans la mesure o&#249; il sert &#224; jouer. Il y a des choses nomm&#233;es jouets avec lesquelles l'enfant joue peu, joue mal, ne joue pas ; inversement il y a des objets quelconques, non intentionnellement fabriqu&#233;s pour &#234;tre &#034;jouets&#034;, et dont il fait pourtant ses jouets favoris &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 72. Henriot convoque une seconde fois l'id&#233;e d'appui quand il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne s'agit pas, bien s&#251;r, de dire que le gilet jaune est un jouet car il faut distinguer le monde &lt;i&gt;fini&lt;/i&gt; du jouet et des jeux, ceux-ci ont toujours lieu dans un espace et un temps limit&#233;s (ne serait-ce qu'en d&#233;terminant un vainqueur dans certains jeux) et suppose la &lt;i&gt;d&#233;cision&lt;/i&gt; de jouer (et de ne faire que jouer) &#224; celui &lt;i&gt;ind&#233;fini&lt;/i&gt; du s&#233;rieux dans lequel se produisent les Gilets jaunes, avec toute la violence que peut v&#233;hiculer cet univers ind&#233;fini du s&#233;rieux. Je dirais plut&#244;t qu'avec les Gilets jaunes, il y a intrusion d'un libre jeu dans l'univers du s&#233;rieux, ce &#034;jouer&#034; prenant appui sur des &#233;l&#233;ments de cet univers. N'est-ce pas la raison pour laquelle il y a comme un effet en retour de ce &#034;jouer&#034; introduit dans l'univers du s&#233;rieux, dans les jeux des enfants, ce qui en manifesterait alors la communaut&#233; inavouable ? En effet, il est &#224; pr&#233;sent de bon ton de jouer &#224; CRS contre Gilets jaunes dans les cours d'&#233;cole...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette auto-production propre au jeu qui est donc intrins&#232;quement production d'une libert&#233; par le biais d'appuis, ne peut que donner place &#224; de l'impr&#233;visible dans le cadre m&#234;me de la vie sociale, impr&#233;visibilit&#233; qui pimente et dramatise aussi les jeux comme on peut le voir dans les jeux de hasard ou lorsqu'on lance les d&#233;s mais aussi dans le th&#233;&#226;tre, les jeux sportifs et m&#234;me chez l'artiste. Je cite Jacques Henriot : &#171; La premi&#232;re dimension de l'attitude ludique r&#233;side dans cette impr&#233;visibilit&#233;. Jouer, c'est ne pas savoir o&#249; l'on va, m&#234;me si l'on a soigneusement pr&#233;par&#233; son itin&#233;raire et calcul&#233; ses effets. C'est se lancer dans une aventure dont on ignore &#224; l'avance quelles pourront &#234;tre les suites &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Henriot, Le jeu, op.cit., p. 76.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si la sph&#232;re du s&#233;rieux se r&#233;clamait d'un r&#233;el avec des lois fixes, on comprend que c'est &#224; &lt;i&gt;l'&#233;v&#233;nement&lt;/i&gt; plut&#244;t qu'&#224; l'&#234;tre ou &#224; un en-soi propre au r&#233;el que se r&#233;f&#232;re le &#034;jouer&#034;. Au point que le fantasme du s&#233;rieux serait d'arriver &#224; ma&#238;triser l'&#233;v&#233;nementialit&#233; du monde, ne serait-ce qu'en voulant expliquer tout &#233;v&#233;nement en le rapportant &#224; la mod&#233;lisation que comporte tel univers du s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais insister sur un autre point, en revenant sur des concepts que j'avais &#233;voqu&#233;s dans le colloque &#034;Pourquoi une philosophie pl&#233;b&#233;ienne ?&#034; du 25 Octobre 2014 des ateliers de philosophie pl&#233;b&#233;ienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si il y a des imposteurs dans l'univers du s&#233;rieux, en tant qu'ils font semblant en vue d'obtenir quelque chose, on n'en dira pas autant quand la part libre du jeu l'emporte. Les Gilets jaunes ne sont pas des imposteurs mais produisent une posture qui est indiscernable d'une imposture en tant justement qu'ils ne peuvent &#234;tre inscrits dans la sph&#232;re du s&#233;rieux et surtout qu'ils ne &lt;i&gt;veulent pas&lt;/i&gt; se prendre au s&#233;rieux si on entend par l&#224; : rentrer dans les cases du jeu politique r&#233;gl&#233;, par exemple en se faisant repr&#233;senter. La posture est d'imposture, une im-posture. La productivit&#233; du jeu se redouble donc par un jeu entre posture et imposture, par un &#233;cart avec soi-m&#234;me qui est incompatible avec la fixation dans une identit&#233;. Et c'est l&#224; aussi un trait que l'on retrouve quand on joue &#224; des jeux : nous ne nous identifions pas &#224; notre statut de joueur. Le joueur de cartes sait qu'il joue aux cartes, alors qu'un p&#232;re peut ne pas savoir qu'il joue au p&#232;re, le joueur de cartes sait qu'il est dans une posture qui est aussi une imposture assum&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, cette posture-imposture permet d'envisager une autre figure du rapport entre le &#034;faire semblant&#034; et le &#034;jouer&#034;. J'ai soutenu tout &#224; l'heure que dans l'univers du s&#233;rieux, le &#034;jouer&#034; &#233;tait subordonn&#233; au &#034;faire semblant&#034; que cela soit pour &#234;tre dans une imposture ou pour jouer un r&#244;le social. Mais il est possible aussi que le &#034;faire semblant&#034; soit subordonn&#233; au &#034;jouer&#034; quand celui qui fait semblant le fait pour le plaisir propre au &lt;i&gt;jeu&lt;/i&gt; du &#034;faire semblant&#034;, au jeu mim&#233;tique, pour le plaisir donc de la posture-imposture, de l'im-posture. On pourrait parler d'humour ici. Je reprends deux citations que j'avais mentionn&#233;es lors de mon intervention d'octobre 2014. Alain Naze, parlant de l'enfance soulignait qu' &#171; il ne saurait pas davantage y avoir d'&#233;mancipation enfantine dans le fait d'endosser &lt;i&gt;sans l'&#233;cart humoristique d'un jeu mim&#233;tique&lt;/i&gt; un langage d'adulte &#187;. Il y a identification du &#034;faire semblant&#034; au &#034;jouer&#034; (d'o&#249; le concept de &lt;i&gt;jeu mim&#233;tique&lt;/i&gt; d'Alain) quand il y a cet &#233;cart humoristique propre &#224; la posture-imposture. C'est tr&#232;s diff&#233;rent de l'imposture dans l'univers du s&#233;rieux, telle celle de l'enfant Jean-Paul Sartre qui avoue dans &lt;i&gt;Les mots&lt;/i&gt;. &#171; Ma v&#233;rit&#233;, mon caract&#232;re et mon nom &#233;taient aux mains des adultes ; j'avais appris &#224; me voir par leurs yeux ; [...] Dans mon joli bocal, dans mon &#226;me, mes pens&#233;es tournaient, chacun pouvait suivre leur man&#232;ge : pas un coin d'ombre. Pourtant, sans mots, sans forme ni consistance, dilu&#233;e dans cette innocente transparence, une transparente certitude g&#226;chait tout : j'&#233;tais un imposteur. Comment jouer la com&#233;die sans savoir qu'on la joue ? Elles se d&#233;non&#231;aient d'elles-m&#234;mes, les claires apparences ensoleill&#233;es qui composaient mon personnage : par un d&#233;faut d'&#234;tre que je ne pouvais ni tout &#224; fait comprendre ni cesser de ressentir. Je me tournais vers les grandes personnes, je leur demandais de garantir mes m&#233;rites : c'&#233;tait m'enfoncer dans l'imposture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul Sartre, Les mots, Editions Gallimard, 1964, p. 70.&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; L'imposture se pr&#233;sente bien ici comme un moyen en vue d'une fin. Dans le cas du petit Sartre, c'est celui narcissique d'&#234;tre valoris&#233; par les adultes, en se montrant m&#234;me &#234;tre bien au-dessus de la moyenne. Il n'y a pas d'humour dans cette imposture, le &#034;jouer&#034; &#233;tant subordonn&#233; &#224; l'univers du s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Envisageons encore le jeu mim&#233;tique, cette subordination du &#034;faire semblant&#034; au &#034;jouer&#034;. Un autre Alain, Brossat &#233;voquant Rousseau la laisse entendre dans les im-postures de Jean-Jacques. Il signale en effet dans une note de son livre &lt;i&gt;Le pl&#233;b&#233;ien enrag&#233;&lt;/i&gt; &#171; le go&#251;t prononc&#233; de Jean-Jacques pour les h&#233;t&#233;ronymes et les changements d'identit&#233; [Par exemple Rousseau &#233;crit dans &lt;i&gt;Les confessions&lt;/i&gt; ] : &#034;Me voil&#224; ma&#238;tre &#224; chanter sans savoir d&#233;chiffrer un air [...] je m'avisai de passer pour Anglais, je me donnai pour jacobite, on me prit pour tel ; je m'appelai Dudding, et l'on m'appela M. Dudding&#034; [Alain Brossat poursuit] Avec toutes ces impostures, Jean-Jacques s'&#233;mancipe sur un mode ludique des codes sociaux de l'Ancien R&#233;gime, il s'invente des vies, exp&#233;rimente sa libert&#233; en faisant de sa propre vie une fiction &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Brossat, Le pl&#233;b&#233;ien enrag&#233;, Le Passager clandestin, 2013, note 2 p. 31.&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme Alain Naze, Alain Brossat met l'accent sur l'&#233;mancipation et donc la libert&#233; propre &#224; cette im-posture, mettant bien en avant la productivit&#233; d'une libert&#233; qui prend appui sur des r&#244;les institu&#233;s ou invent&#233;s qui appartiennent ou pourraient appartenir &#224; l'univers du s&#233;rieux. Remarquons, l&#224; encore, que ce plaisir du jeu mim&#233;tique existe dans les jeux quand il est question de bluffer, comme au poker. Se met donc de plus en plus &#224; jour l'importance existentielle du &#034;jouer&#034; que traduit ces diff&#233;rents va-et-vient entre l'univers fini des jeux et celui ind&#233;fini du s&#233;rieux. Le premier mettant plus &#224; d&#233;couvert certaines facettes du &#034;jouer&#034; que recouvre le second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais alors conclure en poussant un peu plus loin ce que me sugg&#232;re toutes ces id&#233;es, tout en m'excusant d&#232;s maintenant de l'insuffisance de ce que je vais avancer, parce que cela appellerait de plus amples d&#233;veloppements. Convenons tout d'abord que si le s&#233;rieux est le nom de l'univers des identit&#233;s, il se r&#233;clame alors du principe de non-contradiction : une identit&#233; ne peut pas avoir &#224; la fois tels traits identitaires et ne pas les avoir. Ce ne serait pas s&#233;rieux. Je tiens toutefois &#224; faire remarquer qu'identifier ici suppose de nommer, de d&#233;finir (puisqu'il y a rapport &#224; un mod&#232;le). Le principe de non-contradiction est un principe du &lt;i&gt;discours&lt;/i&gt;. Par contre, le joueur, dans son effectivit&#233; m&#234;me, qu'il soit celui qui joue une identit&#233; sociale ou dans une posture-imposture est ce qu'il joue tout en n'&#233;tant pas ce qu'il joue. Comme le dit Sartre dans &lt;i&gt;L'&#234;tre et le n&#233;ant&lt;/i&gt; : &#034;il est ce qu'il n'est pas et il n'est pas ce qu'il est&#034;. Il est ce qu'il n'est pas (c'est-&#224;-dire il est ce qu'il joue) &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; il n'est pas ce qu'il est puisqu'il n'est pas non plus r&#233;ductible &#224; ce qu'il joue. Or, Sartre caract&#233;rise ici le sujet humain (le pour-soi). En cons&#233;quence, ne serait-ce pas soutenir que le &#034;jouer&#034; caract&#233;riserait fondamentalement le sujet humain ? Si bien que toute identit&#233; sociale serait une imposture en tant qu'elle refoulerait le &#034;jouer&#034;. C'est d'ailleurs ce que Sartre appelle &#034;la mauvaise foi&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais allons de suite vers une autre cons&#233;quence de cette position : la simulation serait alors originaire et non l'identitaire. La simulation ne serait pas la copie d'un mod&#232;le, d'un M&#234;me. Ce serait le mod&#232;le, constitutif du champ discursif dont se r&#233;clame le principe de non contradiction, qui fixerait et figerait le libre jeu de la simulation. C'est en ce sens que Gilles Deleuze comprend le syntagme &#034;renversement du platonisme&#034; : &#034;Dans le renversement du platonisme [...] le m&#234;me et le semblable n'ont plus pour essence que d'&#234;tre simul&#233;s&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, Logique du sens, Les &#201;ditions de Minuit, 1969, p. 303. C'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour revenir &#224; l'exemple canonique de mon intervention : &#034;Gilet jaune&#034; est le nom d'une libre simulation, d'un jeu qui produit ses r&#232;gles et les modifient. Il faudrait donc entendre &#034;simulation&#034; au sens o&#249; on parle d'un simulateur de vol, c'est-&#224;-dire de quelque chose de virtuel, qui ne veut pas dire fictif, que le geste de piloter un avion enveloppe. Les neurologues ont m&#234;me mis au jour des simulateurs neuronaux. Bergson l'avait d&#233;j&#224; pressenti : &#171; Comment proc&#233;dons-nous pour apprendre tout seuls un exercice complexe, tel que la danse ? Nous commen&#231;ons par regarder danser [&#8230;]. L'image dont nous allons nous servir [&#8230;] n'est ni purement visuelle ni purement motrice ; elle est l'un et l'autre &#224; la fois, &#233;tant le dessin de relations, surtout temporelles, entre les parties successives du mouvement &#224; ex&#233;cuter. Une repr&#233;sentation de ce genre, o&#249; sont surtout figur&#233;s des rapports, ressemble beaucoup &#224; ce que nous appelions un sch&#233;ma&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Bergson &#171; L'effort intellectuel &#187; dans L'&#233;nergie spirituelle, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Le sch&#233;ma est un dessin de relations propre &#224; une danse mais propre aussi aux attitudes de telle identit&#233; sociale. Ou encore, nous apprenons &#224; parler en simulant sur nos l&#232;vres ce que l'on est en train de nous dire, partout des sch&#232;mes imaginatifs et moteurs d'esquisse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Bergson, Mati&#232;re et m&#233;moire, op.cit., pp. 123-124.&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, partout des simulations. Comprenons que cette activit&#233; simulatrice ne dispara&#238;t pas avec l'effectuation des gestes, bien au contraire, elle l'assiste. Si chaque geste particulier passe, elle, ne passe pas, pr&#233;parant d&#233;j&#224; la r&#233;p&#233;tition d'un autre geste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gestes politiques des Gilets jaunes enveloppent eux aussi un simulateur qui est ce qui dirige et met en variation leurs productions, il n'est pas copi&#233; mais rejou&#233;, avec les mani&#232;res propres &#224; chaque individu qui per&#231;oit les gestes enveloppant ce simulateur. Ce simulateur est ce que j'appelle pour mon compte un diagramme, il implique toujours une forme d'auto-affection avec ses affects associ&#233;s. En effet, les gestes des gilets jaunes font sens et affectent les autres gilets jaunes appartenant au m&#234;me diagramme. Les affects sont donc de l'ordre d'une auto-affection diagrammatique puisqu'ils sont ceux qui n'existent pas hors de ce diagramme. Le diagramme &#034;Gilets jaunes&#034; est une individuation collective. Nous prenons place dans un diagramme qui nous fait agir et percevoir et que, tout &#224; la fois, nous faisons &#233;voluer par nos gestes. Le diagramme est bien productif. Et c'est pourquoi, le &#171; jouer &#187; n'&#233;tant pas subordonn&#233; au s&#233;rieux, vont appara&#238;tre des simulacres humoristiques perturbant l'univers du s&#233;rieux tel le proc&#232;s fictif de Macron, suivi de la d&#233;capitation de son pantin (qui fut ensuite br&#251;l&#233;). Edouard Philippe ne s'y est pas tromp&#233; quand il a condamn&#233; cet acte dans un tweet qui d&#233;non&#231;ait &#171; un &lt;i&gt;simulacre&lt;/i&gt; de d&#233;capitation du chef de l'&#201;tat &#187; (23/12/2018). La seule visibilit&#233; du simulacre vient briser les mod&#232;les-idoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les identit&#233;s n'en sont pas pour autant supprim&#233;es, elles ne sont seulement plus premi&#232;res, &#233;tant des effets de ces simulateurs-diagrammes. Je cite Deleuze : &#034; Que le M&#234;me et le Semblable soient simul&#233;s ne signifie pas qu'ils soient des apparences ou des illusions. La simulation d&#233;signe la puissance de produire un &lt;i&gt;effet&lt;/i&gt; &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 304. C'est Deleuze qui souligne.&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'identit&#233; &#034;Gilets jaunes&#034; est cet effet de ressemblance, du Semblable, produit par le jeu du diagramme-simulateur en variation, cet effet &#233;tant aussi recueilli dans le langage par la nomination &#034;Gilets jaunes&#034; comme nom propre. D&#232;s lors, le nom propre ne va-t-il pas devenir un nom commun car fix&#233; dans une d&#233;finition ? Le destin d'un diagramme ou simulateur ne serait-il pas de finir sa course dans une fixation identitaire ? Le ou les diagrammes ou simulateurs des Gilets jaunes tournaient &#224; plein r&#233;gimes mais sous les coups r&#233;p&#233;t&#233;s de la machine &#224; identifier, &#224; d&#233;finir, des s&#233;rieux hommes d'Etat ou des journalistes qui leur sont inf&#233;od&#233;s et m&#234;me &#224; cause de la volont&#233; de certains Gilets jaunes de se d&#233;finir, de se repr&#233;senter, ne vont-ils pas faire du simulateur une ritournelle identitaire, un simulateur de re-production ? Si bien que le jeu auto-producteur peut avoir comme issue de se subordonner &#224; la re-production, le renversement du platonisme est renvers&#233;, le platonisme peut alors produire son effet.... Mais ne peut-on pas le dire pour toutes les identit&#233;s, ne sont-elles pas des effets de simulateurs qui se sont gripp&#233;s, qui se sont mis &#224; jouer toujours leur m&#234;me petite musique ? Des programmes recouvrent alors les diagrammes. Cependant, la vie diagrammatique continue, et elle n'est pas sans se f&#233;conder par des formes de bouturage diagrammatique ; ce pourquoi, pour en donner juste une id&#233;e, dans l'identit&#233; de parent a fleuri l'identit&#233; de chef d'entreprise, on le constate chez ces familles pour qui la r&#233;ussite de leurs enfants occupe leur esprit comme s'il s'agissait de celle de leur petite entreprise (parents du n&#233;o-lib&#233;ralisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai dit tout &#224; l'heure, je ne peux proposer ici qu'une esquisse de ma position diagrammatique, gestuelle, la place manquant pour la d&#233;velopper. Sachez que je ne r&#233;duis pas la question de la subjectivit&#233; &#224; cette seule question des jeux identitaires. J'ai pu montrer ailleurs comment on peut penser aussi diagrammatiquement et gestuellement la &lt;i&gt;constitution&lt;/i&gt; de la subjectivit&#233;, celle-ci incluant la question de la permanence du sujet, ses ancrages psycho-corporels (que j'appelle des centres d'indiff&#233;rence propres au comment on se &lt;i&gt;porte&lt;/i&gt;), ses effets de miroir, de doubles, d'&#233;chos, et la question de la m&#233;moire avec la topologie propre aux connexions affectives et ses retentissements &#233;v&#233;nementiels, ses croisements, m&#233;moire du virtuel. N'entendez pas non plus que mon intention &#233;tait de d&#233;fendre que l'univers du s&#233;rieux serait &#224; bannir. Je veux seulement signaler en &#233;voquant au passage la question des ancrages subjectifs, qu'il ne faut pas r&#233;duire ces ancrages &#224; un ancrage identitaire. Pour seulement s'en donner une id&#233;e et revenir au jeu, pensons au film de Cronenberg, &lt;i&gt;eXistenZ&lt;/i&gt; : l'angoisse qui va submerger un des joueurs provient du fait de ne plus savoir o&#249; est ancr&#233; son corps. Un ancrage lui fait d&#233;faut, sauf &#224; accepter de se re-porter dans les diff&#233;rents centres des univers virtuels du jeu. De m&#234;me que faisait d&#233;faut &#224; Descartes, au d&#233;but de ses &lt;i&gt;M&#233;ditations m&#233;taphysiques&lt;/i&gt;, une certitude absolue qu'il pourrait prendre comme centre et qu'il d&#233;couvrira comme &#233;tant justement l'ancrage subjectif qu'est la substance pensante. Les ancrages subjectifs ne sont pas sans &#234;tre aussi ceux qui, politiquement, sont propres aux gestes qu'une communaut&#233; perp&#233;tue, cr&#233;e et refuse. M&#234;me la volont&#233; g&#233;n&#233;rale rousseauiste suppose un point d'ancrage propre au geste de souverainet&#233; du peuple. Et m&#234;me jouer un r&#244;le (social, d'imposture ou autre) suppose de savoir en habiter les gestes (pour en &#234;tre le porteur). Et on pourrait d&#233;fendre que la politique se vide quand l'univers identitaire du s&#233;rieux n'a plus comme soubassement que les ancrages de chaque r&#244;le et non plus des ancrages propres &#224; des gestes collectifs. &lt;br class='autobr' /&gt;
S&#251;rement est-ce cet ancrage propre &#224; des gestes collectifs qui est le ressort du d&#233;sir &lt;i&gt;actif&lt;/i&gt; des Gilets jaunes. Par contre, quand les identit&#233;s deviennent aussi fixes que des quilles, il importe illico que &#034;jouer&#034; soit comme un chien dans le jeu de quilles du &#034;faire semblant&#034;. Alors le &#034;faire semblant&#034; identitaire vacille et le chien remue la queue, tout content d'avoir perturb&#233; ce mauvais jeu. &#212; chien, que ton cynisme, que ton im-posture me fait du bien dans ces temps o&#249; plus grand chose ne donne envie de rire. Allez, continue encore, remue la queue et fait grimacer une fois de plus ces joueurs qui ressemblent tellement &#224; leurs quilles, qu'ils n'osent m&#234;me plus les faire tomber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Roy&lt;br class='autobr' /&gt;
La part du jeu - Atelier de philosophie pl&#233;b&#233;ienne - Samedi 22 juin 2019 - Fertans&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul Sartre, &lt;i&gt;L'&#234;tre et le n&#233;ant&lt;/i&gt;, Gallimard, 1943, pp. 760-761.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Erving Goffman, &lt;i&gt;La mise en sc&#232;ne de la vie quotidienne&lt;/i&gt;, Les &#201;ditions de Minuit, 1973, p. 27.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eugen Fink, &lt;i&gt;Le jeu comme symbole du monde&lt;/i&gt;, Les &#201;ditions de Minuit, 1966, p. 111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Colas Duflo, &lt;i&gt;Jouer et philosopher&lt;/i&gt;, PUF, 1997, p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Henriot, &lt;i&gt;Le jeu&lt;/i&gt;, PUF, 1969, p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 72. Henriot convoque une seconde fois l'id&#233;e d'appui quand il &#233;crit dans la m&#234;me page que &#034;Le jeu du com&#233;dien ne serait rien s'il ne prenait appui, &#224; ses risques et p&#233;rils, sur le texte dont il se fait l'interpr&#232;te, sur le corps dont il utilise les ressources&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Henriot, &lt;i&gt;Le jeu, op.cit.&lt;/i&gt;, p. 76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://reseau.philoplebe.lautre.net/2014/10/07/colloque-philosophie-plebeienne/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://reseau.philoplebe.lautre.net/2014/10/07/colloque-philosophie-plebeienne/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul Sartre, &lt;i&gt;Les mots&lt;/i&gt;, Editions Gallimard, 1964, p. 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Brossat, &lt;i&gt;Le pl&#233;b&#233;ien enrag&#233;&lt;/i&gt;, Le Passager clandestin, 2013, note 2 p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Logique du sens&lt;/i&gt;, Les &#201;ditions de Minuit, 1969, p. 303. C'est Deleuze qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Bergson &#171; L'effort intellectuel &#187; dans &lt;i&gt;L'&#233;nergie spirituelle&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1949, pp. 178-179.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Bergson, &lt;i&gt;Mati&#232;re et m&#233;moire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, pp. 123-124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 304. C'est Deleuze qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Apprendre sans recevoir de le&#231;ons</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=732</link>
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		<dc:date>2018-10-19T17:38:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Roy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le pouvoir disciplinaire, donner des le&#231;ons &lt;br class='autobr' /&gt;
Commen&#231;ons comme commence ce petit court-m&#233;trage. Par l'irruption d'un &#233;nonc&#233; au sein d'un quotidien routinier &#171; je ne retournerai plus &#224; l'&#233;cole &#187;, &#233;nonc&#233; dont le ton n'est pas celui combatif d'une opposition mais plut&#244;t celui d'une d&#233;cision assum&#233;e, insouciante, l&#233;g&#232;rement joyeuse. Cet &#233;nonc&#233; est de suite accompagn&#233; d'un myst&#233;rieux &#171; &#224; l'&#233;cole on apprend des choses qu'on ne sait pas &#187; sur lequel je reviendrai. Cet &#233;nonc&#233; va provoquer de suite (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pouvoir disciplinaire, donner des le&#231;ons&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons comme commence ce petit court-m&#233;trage. Par l'irruption d'un &#233;nonc&#233; au sein d'un quotidien routinier &#171; &lt;i&gt;je ne retournerai plus &#224; l'&#233;cole&lt;/i&gt; &#187;, &#233;nonc&#233; dont le ton n'est pas celui combatif d'une opposition mais plut&#244;t celui d'une d&#233;cision assum&#233;e, insouciante, l&#233;g&#232;rement joyeuse. Cet &#233;nonc&#233; est de suite accompagn&#233; d'un myst&#233;rieux &#171; &lt;i&gt;&#224; l'&#233;cole on apprend des choses qu'on ne sait pas&lt;/i&gt; &#187; sur lequel je reviendrai. Cet &#233;nonc&#233; va provoquer de suite un aiguillage, une coupure, qu'exprime le montage du film, on passe de la s&#233;quence de la cuisine familiale &#224; celle de l'&#233;cole o&#249; va tenter d'&#234;tre effectu&#233;e une reprise en main d'Ernesto. Il faut ramener l'enfant dans le droit chemin. Intervient alors le directeur de l'&#233;cole en compagnie des parents. A ce comportement anormal d'Ernesto va r&#233;pondre une tentative de renormalisation. Il faut remettre Ernesto aux normes, il faut que le geste du pouvoir disciplinaire puisse &#224; nouveau s'effectuer.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;voquant le pouvoir disciplinaire, je me r&#233;f&#232;re &#224; Michel Foucault. Il est bien ici question de ce pouvoir qui consiste &#224; imposer des conduites m&#233;ticuleuses, des savoirs, sous contr&#244;le, surveillance, au sein de parcours aux &#233;tapes ordonn&#233;es et dont les rythmes de d&#233;veloppement sont pr&#233;-d&#233;finis. Les passages d'une &#233;tape &#224; une autre &#233;tant sanctionn&#233;s par des examens (et donc des classements, des rangs). Ces parcours d&#233;passent le cadre de l'&#233;cole, ils traversent nos soci&#233;t&#233;s, allant de l'&#233;cole &#224; l'entreprise, aux parcours de soin, d'insertion etc. On peut condenser cela en disant que l'on a affaire &#224; des &lt;i&gt;suivis&lt;/i&gt;, chaque point du suivi supposant donc un instructeur-normateur-contr&#244;leur. Et si on ne peut pas suivre, sont pr&#233;vus d'autres suivis, sur des parcours plus &#233;loign&#233;s de la normale, mais qui restent des parcours de normalisation (mais selon d'autres normes), des parcours sp&#233;cialis&#233;s. Chaque d&#233;crochage d'un parcours a ses mesures d'accompagnement. Il y a donc constamment des triages, nous faisant passer dans des compartiments avec leurs normes propres. La m&#232;re d'Ernesto fera r&#233;f&#233;rence &#224; ces compartiments quand elle dira au directeur &#224; propos de son fils &#171; &lt;i&gt;vous voyez le genre&lt;/i&gt; &#187;. Michel Foucault insiste beaucoup sur le genre &#171; compartimenteux &#187; de cet ensemble de concepts propres au pouvoir disciplinaire : quadrillage, espace cellulaire, tableaux, s&#233;ries, parcelle, emploi du temps etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici deux des acteurs principaux du pouvoir disciplinaire sont pr&#233;sents, la famille et l'&#233;cole. La famille ayant au sein du pouvoir disciplinaire un r&#244;le plus protecteur et un r&#244;le d'accompagnateur de l'enfant. La disposition spatiale dans le film le manifeste, les parents sont au plus proche de l'enfant sous l'&#339;il du contr&#244;leur-instructeur qu'est le directeur. Mais cette disposition est aussi temporelle en tant que ce moment prend donc place sur un parcours, est &#233;voqu&#233; constamment le &#171; que va-t-il devenir ? &#187; au sujet d'Ernesto, le film se terminant non sans humour par la connexion avec le parcours professionnel et de celui d'une vie d'adulte normal &#171; &lt;i&gt;C'est-y vrai que &#231;a saura quand m&#234;me lire un jour, boire et manger, travailler-travailler, se tromper et tout le machin ?&lt;/i&gt; &#187;. La disposition est donc spatiale et temporelle. Se pr&#233;sente ici la topologie propre &#224; ce que j'appelle un diagramme, topologie spatio-temporelle. Plus g&#233;n&#233;ralement, je soutiens que chaque pouvoir n&#233;cessite un diagramme pour s'effectuer, des places y sont dispos&#233;es et pour chacune des places des fonctions sont assign&#233;es s'effectuant par des actions et perceptions sp&#233;cifiques. Ici la fonction d'imposer certaines conduites est effectu&#233;e par le directeur, les parents ayant donc plut&#244;t la fonction d'un accompagnement protecteur. Le diagramme permet que soit effectu&#233; le geste disciplinaire, geste dont on remarquera qu'il n'est pas propre &#224; un seul type d'acteur (le normateur) mais &#224; tous ceux du diagramme et donc m&#234;me &#224; l'&#233;l&#232;ve. En effet pour que le geste disciplinaire s'effectue il faut que les conduites de l'&#233;l&#232;ve soient conformes aux autres, qu'elles soient en phase avec elles. L'&#233;l&#232;ve effectue donc normalement autant le geste que les autres. Or ici Ernesto est un point de r&#233;sistance &#224; l'effectuation du geste qui se traduit par un certain nombre de contre-conduites que ce soit par ses r&#233;pliques ou par ses attitudes (ses regards, sa tenue bras en arri&#232;re, il m&#226;che un chewing gum etc.). &lt;br class='autobr' /&gt;
En quoi va alors consister la r&#233;action des agents du geste disciplinaire, la r&#233;sistance &#224; la r&#233;sistance, ici men&#233;e essentiellement par le directeur ? Eh bien dans ce cas, car c'est bien d'un cas qu'il s'agit, (&#171; &lt;i&gt;cas unique&lt;/i&gt; &#187; dit le directeur) par cette tentative de renormalisation dont je parlais tout &#224; l'heure. Ce n'est pas un jugement, on n'a pas affaire &#224; un tribunal. Quelle forme va prendre cette renormalisation ? Je pense qu'on pourrait la synth&#233;tiser par le terme de &#171; le&#231;on &#187;. Le directeur va essayer de donner une le&#231;on &#224; Ernesto. Il faut entendre &#171; le&#231;on &#187; aux deux sens du terme, le&#231;on &#224; r&#233;citer et le&#231;on au sens de correction. Il est int&#233;ressant de voir que le terme de &#171; le&#231;on &#187; est n&#233; dans les monast&#232;res au XIIe si&#232;cle l&#224; o&#249; justement a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; cette forme de pouvoir, disciplinaire. Un exemple parmi beaucoup d'autres : Foucault signale que le &lt;i&gt;programme scolaire&lt;/i&gt; est n&#233; dans un groupe religieux, les Fr&#232;res de la Vie commune. Or si le&#231;on (&lt;i&gt;lectionem&lt;/i&gt;) a voulu au d&#233;part dire &#171; r&#233;citer un texte &#187;, tr&#232;s vite cela a signifi&#233; &#171; respecter des conduites &#187; ou &#171; sanctionner &#187;. Ce mot de le&#231;on venant m&#234;me de &lt;i&gt;lectio&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire du verbe trier, ce qui signifie que toute le&#231;on est au d&#233;part un tri parmi ce qu'il y a &#224; r&#233;citer, &#224; apprendre et comment l'apprendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous ces sens sont bien pr&#233;sents dans la le&#231;on que le directeur et m&#234;me les parents vont essayer de donner &#224; Ernesto en pointant &#224; la suite : le portrait de Mitterrand, le papillon &#233;pingl&#233; sous verre et le globe terrestre. En posant la question &#171; et &#231;a qu'est-ce que c'est ? &#187; le directeur veut &#224; la fois imposer un savoir, une perception &#224; Ernesto et &#233;liminer toutes les autres id&#233;es, toutes les autres perceptions que l'on pourrait avoir &#224; leurs sujets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces injonctions n'ont donc pas &#224; &#234;tre justifi&#233;es par le directeur, il faut qu'elles d&#233;clenchent un comportement voulu, pr&#233;f&#233;r&#233;, ceci par des phrases concises, des gestes codifi&#233;es (comme le directeur qui montre du doigt le portrait de Mitterand). &#171; &lt;i&gt;Toute l'activit&#233; de l'individu disciplin&#233; doit &#234;tre scand&#233;e et soutenue par des injonctions dont l'efficace repose sur la bri&#232;vet&#233; et la clart&#233; ; l'ordre n'a pas &#224; &#234;tre expliqu&#233;, ni m&#234;me formul&#233; ; il faut et il suffit qu'il d&#233;clenche le comportement voulu&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, Surveiller et punir, Gallimard, 1975, p. 195.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est un interrogatoire, un examen mais non une enqu&#234;te, car il sert &#224; codifier, &#224; normaliser (on retrouve cela dans les fameux audits dans le travail et dans toutes les soi-disant &#233;valuations). Normer c'est n&#233;cessairement exprimer la pr&#233;f&#233;rence d'une norme et donc d&#233;pr&#233;cier les autres. Ce qui compte au fond ce n'est pas de faire adopter des normes mais de faire adopter des pr&#233;f&#233;rences. Il faut qu'Ernesto pr&#233;f&#232;re dire ce que le directeur pr&#233;f&#232;re qu'il dise. Ernesto ne doit pas pr&#233;f&#233;rer la norme parce qu'elle est pr&#233;f&#233;rable mais parce qu'il faut la pr&#233;f&#233;rer. C'est pourquoi quand on donne une le&#231;on on donne aussi une bonne le&#231;on (au sens moral ou &#233;ducatif du terme), en ce sens que l'on demande &#224; celui qui la re&#231;oit d'adopter ce qui est consid&#233;r&#233; d'apr&#232;s elle comme &#233;tant le bien, comme &#233;tant ce qu'il faut pr&#233;f&#233;rer. Alors, bien s&#251;r, puisque ce qui est en jeu est de l'ordre d'un affect (la pr&#233;f&#233;rence exig&#233;e), cela ne pourra pas se faire sans des conditionnements affectifs, faire plaisir au ma&#238;tre, aux parents, recevoir des bons points, &#234;tre bien class&#233; etc. ou alors avoir peur de la sanction etc. Remarquons que les parents adoptent eux aussi les normes pr&#233;f&#233;r&#233;es car ils assistent le directeur en demandant &#224; Ernesto ce qu'est le papillon &#233;pingl&#233;. Les parents sont des assistants-incitateurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
On comprend donc aussi pourquoi, dans le cadre scolaire, le geste disciplinaire ne vise pas fondamentalement &#224; nous apprendre quelque chose mais &#224; nous faire apprendre comme il veut. Ce que veut le geste disciplinaire c'est que nous fassions comme lui, que nous soyons ses bras. Un geste ne se transmet pas par accord sur des buts mais avant cela par des mani&#232;res de faire, de percevoir, de savoir. Ou pour le dire autrement, ce que les agents du geste disent vouloir, par exemple le bien de l'enfant, qu'il soit &#233;duqu&#233;, qu'il connaisse des choses, est secondaire par rapport au vouloir fondamental qui est de vouloir adopter les conduites du geste, sa mani&#232;re d'&#234;tre. Preuve en est que les buts sont relativement ind&#233;termin&#233;s (que veut vraiment dire le bien de l'enfant, apprendre etc.) et n'ont de sens que sous un certain geste (c'est le bien de l'enfant &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; le geste disciplinaire). J'ai parl&#233; tout &#224; l'heure de compartimentations comme &#233;tant essentiel au geste disciplinaire or on voit bien que c'est ce que va demander le directeur &#224; Ernesto : &#171; compartimente avec moi , adopte la mani&#232;re d'&#234;tre du geste &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#202;tre dans un compartiment implique de n'&#234;tre pas dans un autre, Mitterrand ne peut pas &#234;tre aussi un bonhomme, le globe ne peut pas &#234;tre aussi un ballon ou une pomme de terre. Les choses doivent donc &#234;tre d&#233;coup&#233;es selon des crit&#232;res qui les destinent au classement comme notre vie doit &#234;tre segmentaris&#233;e dans l'espace-temps du diagramme. On peut dire qu'au regard du diagramme nous ne sommes que des individus caract&#233;ris&#233;s par des normes, propres &#224; la place que l'on occupe et non des singularit&#233;s. Ce qu'exprime bien aussi le rapport qu'il est demand&#233; d'avoir au papillon, le voir comme un individu qui illustre une classe d'individus et non comme ce papillon qui a &#233;t&#233; tu&#233;, &#171; &lt;i&gt;un crime&lt;/i&gt; &#187; dit Ernesto. Bref le directeur normalise en engageant Ernesto &#224; subjectiver le geste pour qu'il puisse &#224; nouveau l'effectuer. Qu'apprendre ne soit pas dirig&#233; vers quelque chose &#224; d&#233;couvrir, qu'il ne soit pas apprendre au sens noble, cela est donc clair ici puisque le directeur se fout des remarques d'Ernesto au sujet du globe terrestre et que le directeur ne pose pas des questions au sujet de quelque chose de particuli&#232;rement int&#233;ressant, il aurait d'ailleurs pu prendre n'importe quoi (il prend ce qui lui tombe sous la main) mais son objectif est de donner une bonne le&#231;on, peu importe ce qu'elle r&#233;cite. D'une certaine mani&#232;re on n'interroge pas les objets, on ne cherche pas &#224; les conna&#238;tre, ce sont eux qui nous interrogent : dis-moi que je suis Mitterrand, dis-moi que je suis la terre etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Remarquons enfin que le directeur ferme d'embl&#233;e l'espace, le cloisonne, il dit &#224; Ernesto qu'&#171; &lt;i&gt;ici on est ici et non de partout&lt;/i&gt; &#187;, sous l'&#339;il du directeur des directeurs, le pr&#233;sident, dont le regard orient&#233; vers la classe vient participer &#224; ce cloisonnement, de m&#234;me que la vitre du papillon dans laquelle se refl&#232;te les parents interrogateurs, geste cin&#233;matographique des Straub pour montrer que l'objet n'existe que comme objet d'interrogation des normateurs, dans ce rapport ferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand le directeur ne r&#233;cite plus que des le&#231;ons&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que Ernesto ne veut pas recevoir de le&#231;ons. Il ne veut pas apprendre comme le directeur le propose et plus largement comme l'&#233;cole le propose. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le geste disciplinaire ne peut donc pas s'effectuer. Habituellement dans ce genre de situation on fait appel &#224; de gentils sp&#233;cialistes qui viendront r&#233;pondre au dysfonctionnement diagrammatique pour permettre une r&#233;-orientation de l'&#233;l&#233;ment r&#233;sistant. Les Straub vont nous &#233;pargner cela, pour notre plus grand plaisir. Car le geste disciplinaire qui ne s'effectue pas est comme mort, ce geste n'existe qu'en s'effectuant contin&#251;ment. Ce n'est pas le cas par exemple du geste de souverainet&#233; qui existe en se suspendant, pensons &#224; la situation o&#249; un condamn&#233; est graci&#233;. Il n'y a pas d'&#234;tre en suspens du geste disciplinaire. S'il ne peut s'effectuer, s'il reste en suspens, il tourne &#224; vide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le directeur va se trouver d&#233;sempar&#233;, on sent que le temps d'impuissance commence &#224; s'&#233;tirer et il va appara&#238;tre avec une certaine clart&#233; que lui aussi est comme en train de r&#233;citer une le&#231;on (son &#233;locution en t&#233;moigne), c'est un grand moment du film. Les Straub soulignent bien ici que la le&#231;on n'est &#224; vrai dire pas seulement &#224; r&#233;citer par l'&#233;l&#232;ve car le directeur lui aussi r&#233;cite. C'est qu'en effet le geste disciplinaire est celui auquel ob&#233;issent tous les acteurs du diagramme, le geste n'est pas personnalis&#233; comme il l'est dans le cas du geste de souverainet&#233;, les normateurs ob&#233;issent autant que les norm&#233;s, ce pourquoi eux-m&#234;mes peuvent faire l'objet de normes sp&#233;cifiques et de surveillances (comme l'inspecteur envers le ma&#238;tre ). Le directeur r&#233;cite sa le&#231;on sans la donner, le geste &#233;tant suspendu nous pouvons alors prendre plaisir &#224; le contempler. Et le filmage s'y attarde, c'est le directeur qui devient l'observ&#233; et non plus Ernesto. M&#234;me dans les plans o&#249; il n'appara&#238;t pas, parlant en hors champ, les regards des parents et d'Ernesto sont riv&#233;s sur lui. Les plans ne sont plus centr&#233;s sur Ernesto comme cela l'&#233;tait au d&#233;but du court-m&#233;trage. Un point de basculement a eu lieu. Qui a commenc&#233; quand Ernesto affirme au directeur qu'il a une nouvelle m&#233;thode, &#171; &lt;i&gt;rach&#226;cher&lt;/i&gt; &#187;. Le directeur per&#231;oit alors que derri&#232;re les contre-conduites d'Ernesto il y a un geste, le geste de rach&#226;cher, que sa r&#233;sistance n'est pas passive mais active, car sous-tendue par un geste. On rentre alors dans une lutte gestuelle, la confrontation va ainsi se traduire par un v&#233;ritable face &#224; face, visible dans les regards d&#233;termin&#233;s d'Ernesto et du directeur qui lui dit d'ailleurs &#171; &lt;i&gt;faites attentions &#224; vos expressions o&#249; vous allez me braquer&lt;/i&gt; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque le geste disciplinaire ne trouve pas les actions qui lui permettent de s'effectuer et puisque le conflit est maintenant d&#233;clar&#233;, le directeur va &#234;tre tent&#233; de passer &#224; l'acte violent, pour remettre &#224; sa place l'enfant, car il est clair maintenant que Ernesto n'occupe plus sa place dans le diagramme disciplinaire puisqu'il se r&#233;clame d'un autre geste, il remet donc en m&#234;me temps en cause l'ordre des places et donc la place du normateur-instructeur qui ne tient la sienne que de sa diff&#233;rence avec l'autre. Or la violence esquiss&#233;e du directeur, puisqu'elle prend pour cible un individu qui doit normalement &#234;tre prot&#233;g&#233;, immunis&#233; par le geste disciplinaire, est mal per&#231;ue par les agents de celui-ci, voire inacceptable. Ce pourquoi la m&#232;re va recadrer le directeur, effectuant sa mission protectrice, en le mena&#231;ant d'une contre-violence &#171; &lt;i&gt;n'approchez pas o&#249; je cogne&lt;/i&gt; &#187;. On voit bien ici toute la diff&#233;rence qu'il y a entre geste disciplinaire et geste de souverainet&#233; puisque le directeur n'a pas le monopole de la violence, seule la contre-violence protectrice est tol&#233;r&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est peut-&#234;tre m&#234;me contre le geste de souverainet&#233; que cette contre-violence est &#224; ce moment-l&#224; destin&#233;e car on peut penser que le directeur a comme effectu&#233; un d&#233;crochage, ne pouvant plus &#234;tre sous le geste disciplinaire il a alors pris la main de la violence souveraine, d&#233;-clivant la pyramide miniaturis&#233;e de souverainet&#233; qui est imbriqu&#233;e normalement dans le diagramme disciplinaire, petite pyramide de directeur. La souverainet&#233; annex&#233;e au geste disciplinaire est comme un instant sortie de ses gonds pour se retrouver de suite annex&#233;e au geste disciplinaire par la contre-violence protectrice. Le directeur n'est pas souverain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rach&#226;cher &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernesto se r&#233;clame donc d'un autre geste, celui de rach&#226;cher. Si Ernesto ne veut pas apprendre, pas recevoir de le&#231;on, c'est au nom d'un autre geste (justement une autre mani&#232;re d'apprendre), il ne r&#233;siste donc pas au geste disciplinaire il s'y oppose &lt;i&gt;en cons&#233;quence&lt;/i&gt;, sa r&#233;sistance est un effet de son geste. Ce pourquoi le concept de r&#233;sistance est bien souvent insuffisant en politique car il occulte la dimension gestuelle. Ici il ne s'agit pas seulement d'un point o&#249; le geste a des difficult&#233;s pour s'effectuer auquel cas le geste disciplinaire peut essayer de trouver, de cr&#233;er ses rem&#233;diations propres, en ce sens il peut, lui aussi, r&#233;sister. Ici c'est une lutte gestuelle, c'est geste contre geste. Le geste d'Ernesto n'est pas un point r&#233;sistant dans le diagramme mais un &lt;i&gt;trou&lt;/i&gt; sur lequel on ne peut pas avoir de prise, on tourne autour d'un trou mais on ne peut pas agir sur lui. Le trou est l'apport d'un dehors dans le diagramme, les parents d'Ernesto vont en avoir furtivement conscience quand, apr&#232;s l'expression de l'opposition d'Ernesto &#224; l'apprentissage disciplinaire, ils se disent en coeur &#171; &lt;i&gt;au fond du fond il a peut-&#234;tre raison&lt;/i&gt; &#187; entendu par l&#224; qu'il y a un dehors du diagramme, il y a un fond, un trou. Que ce geste fasse trou dans le diagramme se remarque d&#233;j&#224; &#224; sa formule incompr&#233;hensible, par ce geste de parole &#171; &lt;i&gt;en rach&#226;chant&lt;/i&gt; &#187; accompagn&#233; par le sens non moins myst&#233;rieux du &#171; &lt;i&gt;je ne veux pas apprendre ce que je ne sais pas encore&lt;/i&gt; &#187;. Et cela d&#233;sempare compl&#232;tement les agents du geste disciplinaire qui souffrent de ne pas saisir son geste, ce trou est un point aveugle, &#171; &lt;i&gt;&#233;trange&lt;/i&gt; &#187; dit le directeur. Seul Ernesto est en mesure de voir le directeur, alors les phrases du d&#233;but du court-m&#233;trage r&#233;sonnent maintenant tout autrement, &#171; &lt;i&gt;personne ne le voit il a l'air de rien&lt;/i&gt; &#187; &#233;tait-il dit de lui, de m&#234;me le directeur disait de lui qu'il ne le reconnaissait pas, Ernesto lui r&#233;torquant &#171; &lt;i&gt;moi, je vous connais&lt;/i&gt; &#187;. Et les Straub nous pr&#233;sentent tout au long du court-m&#233;trage la puissance d'un regard qui va se transmettre au n&#244;tre, spectateur, et qui est d'autant plus puissant, plus ac&#233;r&#233;, qu'il est celui de l'individu qui n'avait l'air de rien sous le geste disciplinaire. Le trou d'Ernesto est celui o&#249; la cam&#233;ra a plac&#233; notre &#339;il. Nous sommes avec lui des voyants et nous nous retirons avec lui du diagramme disciplinaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais alors par quel geste nous saisit Ernesto ? le peu qu'il nous en dit suffit pourtant &#224; nous saisir. Le signifiant &#171; &lt;i&gt;En rach&#226;chant&lt;/i&gt; &#187; semble renvoyer &#224; une sorte d'obstination, comme s'il fallait rab&#226;cher, ressasser, pour avancer et apprendre. Or rab&#226;cher avec fermet&#233; suppose de partir de ce que l'on conna&#238;t pour aller petit &#224; petit vers ce que l'on ne conna&#238;t pas, &#171; &lt;i&gt;in&#233;vitablement&lt;/i&gt; &#187; nous dit Ernesto au sujet de lire et &#233;crire. On apprend &#224; lire et &#233;crire en fonction de ses n&#233;cessit&#233;s et des choses que l'on sait, pour &#234;tre amen&#233; &#224; conna&#238;tre encore. Ernesto nous dit m&#234;me que c'est une m&#233;thode. On a l'impression d'entendre Descartes qui proposait lui aussi dans sa m&#233;thode de ne passer que par le connu (qui est clair et distinct) pour aller vers une autre id&#233;e claire et distincte. Sauf qu'Ernesto laisse entendre que ce chemin de connaissance lui est propre et non r&#233;gl&#233; par le clair et le distinct comme pour Descartes qui, &#224; travers ce crit&#232;re, le rendait valable pour tout homme, universel et non singulier.&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#233;thode d'Ernesto serait donc plut&#244;t celle valable pour tout chemin de connaissance singulier, ne sommes-nous en effet pas tous pass&#233;s d'un connu &#224; un autre connu, ces connus n'&#233;tant pas les m&#234;mes pour chacun et m&#234;me quand ils le sont n'&#233;tant pas connus dans le m&#234;me ordre, pas par les m&#234;mes chemins ? Rach&#226;cher serait donc peut-&#234;tre ce qui &#233;chappe &#224; toute &#233;ducation en tant qu'il serait le nom g&#233;n&#233;rique des encha&#238;nements diff&#233;rents et n&#233;cessaires de connaissances propres &#224; chacun, rach&#226;cher serait du c&#244;t&#233; de l'apprendre par soi-m&#234;me et non de l'&#233;duquer. Ce qui ne signifie pas qu'il ne faille pas une discipline particuli&#232;re puisqu'il y va d'une certaine m&#233;thode. Avec Ernesto se d&#233;fait le lien entre &#233;duquer et apprendre, lien qui est scell&#233; dans l'&lt;i&gt;&#233;ducation&lt;/i&gt; nationale. Le geste disciplinaire n'est-il pas justement celui qui a absorb&#233; l'apprendre dans son &#233;ducation normalisante ? La normalisation ayant pour fin v&#233;ritable d'articuler un ensemble s&#233;riel de normes s&#233;lectives, les unes n&#233;cessitant les autres, pour passer d'un compartiment &#224; un autre par filtrage. Et on pourrait dire en poussant un peu la tendance du geste disciplinaire, mais c'est ce &#224; quoi incite le film, que les normes ne sont pas des r&#232;gles permettant l'acc&#232;s &#224; d'autres choses mais qu'elles seraient aussi ce &#224; quoi il faudrait acc&#233;der. Une norme serait &#224; la fois la porte et la pi&#232;ce dans laquelle on rentre, la pi&#232;ce est comme sous la porte, la porte c'est la pi&#232;ce, c'est un compartiment. Ainsi on apprend une r&#232;gle de grammaire pour elle-m&#234;me, on souligne les titres dans son cahier parce qu'il faut les souligner, on fait la r&#232;gle de trois parce que c'est comme &#231;a, bref on retient les le&#231;ons car ce sont des le&#231;ons. Si bien qu'on n'arr&#234;te pas de passer des portes, des toutes petites (souligner le C.O.D&#8230;) comme des toutes grandes (le bac&#8230;), arriver &#224; passer d'une porte &#224; une autre porte voil&#224; la vie disciplinaire. Chacun essayant comme il peut de trouver les bonnes portes. Comme on dit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est bien ce que cette fable nous raconte, Ernesto est comme l'incarnation du libre apprentissage en face des incarnations disciplinaires, ce court-m&#233;trage propose une situation tr&#232;s &#233;pur&#233;e, &#224; vrai dire peu r&#233;aliste au sens o&#249; des parents, comme un directeur ou un ma&#238;tre d'&#233;cole, ne sont jamais &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; des agents du geste disciplinaire, de m&#234;me qu'un enfant assume rarement un geste d'apprendre par soi-m&#234;me. Ernesto a bien vu qu'il n'y avait que des portes qui ne donnent nulle part, il a bien vu l'arbitraire des portes, pourquoi celle-ci et pas une autre, pourquoi on apprend des choses qu'on ne sait pas ? mais il l'a vu parce qu'il est all&#233; voir ailleurs, et c'est depuis l&#224;-bas qu'il voit, il peut donc pour finir prendre cong&#233; de tout ce petit monde, les laisser faire leur bilan, le directeur retrouvant d'ailleurs &#224; nouveau de la s&#233;r&#233;nit&#233; puisqu'il r&#233;occupe la fonction propre &#224; sa place. Ernesto n'est plus l&#224;, on ne voit plus grand chose, on entend mal, tout s'&#233;loigne, on s'enfonce dans le temps. Et la vie d'Ernesto se trace d&#233;j&#224;, loin dans le temps, puisque toutes les portes lui semblent &#224; pr&#233;sent ferm&#233;es. Pour lui donner le dernier mot, retournons alors la formule d'Ernesto, &#171; &lt;i&gt;&#224; l'&#233;cole on apprend des choses qu'on ne sait pas&lt;/i&gt; &#187; car, pourrait-on dire, &#171; &lt;i&gt;&#224; l'&#233;cole on n'apprend pas des choses que l'on sait&lt;/i&gt; &#187; puisqu'elles ne sont pas faites pour &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Echanges &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Est-ce que la locution &#171; rach&#226;cher &#187; n'a pas une valeur plus n&#233;gative que positive ? N'est-elle pas une allusion au fait d'&#234;tre &#171; rebut&#233; &#187; par l'institution ou d'y r&#233;sister ? (le &#171; ra &#187; renvoyant au &#171; r&#233; &#187; de &#171; r&#233;sister &#187;). &#171; En rach&#226;chant &#187; n'est-ce pas proche de &#171; en s'arrachant &#187; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs cette locution est le produit d'un geste de souverainet&#233; d'Ernesto, tant tout cr&#233;ateur d'un langage est souverain. Mais de quelle souverainet&#233; est-il question ? Il faudrait distinguer le geste de souverainet&#233; au sens du geste personnifi&#233; (celui du roi, de l'Etat) de la souverainet&#233; du geste qui n'appartient a priori &#224; personne, impersonnel. Le nom propre &#233;tant ici plus celui du geste que d'un auteur suppos&#233; premier. Le nom propre &#171; Ernesto &#187; ne renvoie-t-il pas au pr&#233;nom de &#171; Che Guevara &#187; c'est-&#224;-dire &#224; un geste r&#233;volutionnaire, &#224; la souverainet&#233; d'un geste ? (la personne du Che n'ayant pris sa consistance que par la subjectivation propre &#224; ses gestes r&#233;volutionnaires, elle ne pr&#233;-existe pas &#224; ses gestes). Cette souverainet&#233; du geste on la retrouve aussi dans l'acte de jouer. Le jeu cr&#233;e un espace de souverainet&#233;, on le distinguera du sport qui est justement de l'ordre du disciplinaire (en tant que le sport suppose des normes, des mesures, des classements). Par contre n'est-il pas encore question de geste de souverainet&#233; quand le directeur montre du doigt le portrait de &#171; Mitterrand &#187;, d'autant plus qu'il est vertical, du bas vers le haut ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce film montre un univers disciplinaire qui ne correspond pas &#224; la date de sa sortie, c'est un film des ann&#233;es 1980 mais qui pr&#233;sente plut&#244;t l'institution des ann&#233;es 1950. Ce d&#233;calage n'est-il pas aussi celui que nous ressentons maintenant &#224; l'&#233;gard de ce type de pouvoir ? Le pouvoir disciplinaire s'exerce-t-il encore ? Il a &#233;t&#233; rapport&#233; que certains formateurs de la formation professionnelle sont d&#233;sempar&#233;s, car leur pouvoir disciplinaire n'a plus prise sur les jeunes qu'ils forment. Ils ne savent plus comment les prendre. De plus ils ressentent une forme d'humiliation li&#233;e &#224; la rel&#233;gation de leur comp&#233;tence technique au regard de celles des r&#233;seaux informatiques que ma&#238;trisent ces jeunes. Ces nouvelles technologies propres aux vitesses de transmission et de r&#233;ception engendrant la difficult&#233;, pour ceux qui les pratiquent, de ne pas avoir la patience que certains apprentissages supposent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Les Cahiers de Philom&#232;ne, n&#176;2)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;, Gallimard, 1975, p. 195.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La production de l'ignorance</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Roy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;G&#238;te Le Closet Fertans (17-19 gde rue, 25330) Samedi 10 f&#233;vrier 2018 &lt;br class='autobr' /&gt;
Atelier de philosophie pl&#233;b&#233;ienne Atelier... cela veut dire un essai d'abandon de l'autorit&#233; du ma&#238;tre et de la posture d'&#233;l&#232;ve au profit d'une tentative de production en commun. &lt;br class='autobr' /&gt;
Centre de R&#233;flexion et de Documentation sur les Philosophies Pl&#233;b&#233;iennes de l'association &#171; Voyons o&#249; la philo m&#232;ne... &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
La production de l'ignorance &lt;br class='autobr' /&gt;
9h Accueil &lt;br class='autobr' /&gt;
9h30-11h30 &#171; Avons-nous des trous de savoir ? &#187; Orgest Azizaj &lt;br class='autobr' /&gt;
Le statut (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#238;te Le Closet Fertans (17-19 gde rue, 25330)&lt;br class='autobr' /&gt;
Samedi 10 f&#233;vrier 2018&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Atelier de philosophie pl&#233;b&#233;ienne &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Atelier... cela veut dire un essai d'abandon de l'autorit&#233; du ma&#238;tre et de la posture d'&#233;l&#232;ve au profit d'une tentative de production en commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Centre de R&#233;flexion et de Documentation sur les Philosophies Pl&#233;b&#233;iennes&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'association &#171; Voyons o&#249; la philo m&#232;ne... &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La production de l'ignorance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9h Accueil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9h30-11h30 &lt;strong&gt;&#171; Avons-nous des trous de savoir ? &#187;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Orgest Azizaj&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le statut du savoir a toujours fait question pour l'homme : par rapport &#224; soi-m&#234;me, par rapport au monde, et par rapport &#224; son &#234;tre en commun dans la soci&#233;t&#233;. Platon se demandait : Qui &lt;i&gt;doit&lt;/i&gt; savoir ? - soucieux de maintenir dans la cit&#233; un partage entre savants et ignorants pour la meilleure gestion des affaires communes. Kant se demandait : Que &lt;i&gt;puis&lt;/i&gt;-je savoir ? - soucieux de maintenir le partage entre des objets qui rel&#232;vent de la connaissance humaine et ceux qui n'en rel&#232;vent pas (mais rel&#232;vent, par exemple, de la foi). Or, c'est avec la psychanalyse (science des trous, s'il en est) qu'apparait, sous la forme du &#171; d&#233;ni &#187;, une nouvelle figure n&#233;gative par rapport au savoir : non pas un partage des sujets (qui sait et qui non ?), ni un partage des objets (lesquels peuvent &#234;tre connus et lesquels non ?), mais un partage du sujet lui-m&#234;me, sous la forme : Je ne &lt;i&gt;veux&lt;/i&gt; pas le savoir. Zizek insistera pour y reconnaitre la forme m&#234;me du comportement id&#233;ologique (&#171; je sais bien, mais quand-m&#234;me &#187;). Introduit dans un conflit de forces (forces psychiques, forces sociales...), le savoir n'est plus un, ni homog&#232;ne, ni continu, ni progressif, mais fractur&#233;, hoquetant : divis&#233; en fronts, ramass&#233; en n&#339;uds, parcouru de trous. Le non-savoir est parlant, car il en dit plus sur le r&#233;el que le savoir. On peut alors renverser la perspective, et demander non plus le qui et le quoi du savoir, mais &lt;i&gt;le comment et le pourquoi de l'ignorance&lt;/i&gt;. Il y aurait ainsi, une science (paradoxale ?) des ignorances et des m&#233;canismes qui les produisent. Elle parlerait de nous, et de nos multiples aveuglements, organis&#233;s ou consentants. Elle a m&#234;me &#233;t&#233; baptis&#233;e r&#233;cemment du nom grec d'Agnotologie. Elle est jeune, mais pas si innocente que cela. Et elle gagne &#224; &#234;tre connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11h30 Ap&#233;ro puis repas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15h-17h &lt;strong&gt;&#171; Des gestes de lecteurs : sortir du flou &#187;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Claire Aubert&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Produire l'ignorance consisterait &#224; &#171; laisser volontairement dans le flou &#187; certains points. Et quelques mauvais esprits iraient jusqu'&#224; chercher &#224; qui profite ce flou ? Plongeons donc dans le flou qui entoure le mot simple et r&#233;pandu de &#171; lecture &#187;, arm&#233;s pour cela de questions na&#239;ves et de nos propres exp&#233;riences :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; o&#249; je suis quand je lis, comment j'ai appris ? De quoi sont faites nos propres fa&#231;ons de faire ? Comment se sont-elles construites ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; quoi tient cette fronti&#232;re entre &#171; lecteurs &#187; et &#171; non-lecteurs &#187;, d&#233;sign&#233;e par le monde des biblioth&#232;ques, voire le monde culturel ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de quoi nos rapports respectifs &#224; la lecture nous rendraient responsables, en tant que p&#233;dagogues, intellectuels, parents, voisins, habitants, professionnels, militants ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En colportant ces questions aupr&#232;s d'autres lecteurs, en faisant r&#233;sonner leurs propos avec quelques constats simples, en les mettant en perspective avec des travaux sociologiques et philosophiques, nous en arriverons peut-&#234;tre &#224; &#233;chafauder des &#171; gestes &#187; de lecteurs, pour toucher du doigt les cons&#233;quences &#233;thiques et politiques de nos impens&#233;s de l'&#233;crit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces questions floues pourraient bien nous amener &#224; parler de responsabilit&#233; des intellectuels : ce que je choisis d'assumer plut&#244;t que d'ignorer, pour agir dessus. Voire de cons&#233;quences pratiques en mati&#232;re de p&#233;dagogie : comment pr&#233;supposer le moins possible des personnes avec qui je travaille ? Ou encore du parti pris de l'&#233;galit&#233; des intelligences propos&#233; par Ranci&#232;re, qui propose de soigner ses ignorances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17h15-19h15 &lt;strong&gt;&#171; Faire l'idiot. Columbo, inspecteur anti-patricien &#187; &lt;i&gt;Olivier Razac&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous int&#233;resserons &#224; cette figure de la culture populaire m&#233;diatique pour trois raisons : 1. Afin de saisir certains traits caract&#233;ristiques de la conflictualit&#233; pl&#233;b&#233;iens/patriciens. D'abord, Columbo est un personnage qui condense d'une mani&#232;re remarquable tous les signes de pl&#233;b&#233;ianit&#233; (origines, corps, gestes, habillement, discours etc.). Certes en incarnant aussi une autorit&#233; &#233;tatique polici&#232;re. Ensuite, il met en oeuvre une m&#233;thode d'enqu&#234;te, de recherche de la v&#233;rit&#233;, qui ne consiste pas &#224; dire le vrai contre le faux, mais &#224; faire chuter d'une mani&#232;re socratique une pr&#233;tention de v&#233;rit&#233; par la tactique du vide : &#034;Qu'est-ce que vous en pensez, vous ?&#034; Certes en d&#233;construisant moins des sophismes que des mensonges. Enfin, il ne s'attaque qu'&#224; des &#034;grands&#034; (par h&#233;ritage, par arrivisme, par spoliation) qui pensaient &#233;chapper &#224; la justice commune gr&#226;ce &#224; leur intangibilit&#233; (sociale et donc juridique). Certes au nom de la loi et pas de la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Ce travail d'enqu&#234;te critique contre des puissants implique une torsion d&#233;cisive des principes de la morale lib&#233;rale selon laquelle on ne doit pas faire &#224; autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'il nous fasse. Pour faire appara&#238;tre la v&#233;rit&#233;, Columbo n'h&#233;site pas &#224; manipuler &#233;motionnellement et discursivement ses interlocuteurs, &#224; tendre des pi&#232;ges, voire &#224; mentir et constituer des fausses preuves. Ces entorses manifestes aux r&#232;gles de proc&#233;dures ne se font pas au nom d'une raison d'Etat, mais au nom d'une relativit&#233; de la morale entre les faibles et les puissants. La r&#232;gle lib&#233;rale (d&#232;s lors libertaire) ne vaut qu'entre &#233;gaux. Une trop grande concentration de puissance sociale produit une torsion einsteinienne de l'espace-temps de la morale, objectivement et pas par caprice arbitraire. Ce que nous illustrerons rapidement avec le film &#034;Merci Patron !&#034; de Fran&#231;ois Ruffin.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Enfin, nous rebouclerons la boucle en interrogeant le succ&#232;s populaire d'une telle figure. Les spectateurs sont idiots, ils n'ont rien vu de tout cela : hypoth&#232;se &#224; rejeter. Les spectateurs se vengent en repr&#233;sentation des affronts politiques subis, de telle mani&#232;re qu'ils n'agissent pas dans le r&#233;el : hypoth&#232;se probable, mais insuffisante. L'affinit&#233; des spectateurs avec cette figure pl&#233;b&#233;ienne t&#233;moigne, &#224; la fois, de ressources de col&#232;re toujours exploitable (m&#234;me chez la &#034;m&#233;nag&#232;re de moins de 50 ans&#034;) et de ressources cognitives et morales d&#233;construisant toujours d&#233;j&#224; la falsification de la morale lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19h30 Ap&#233;ro puis repas&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Tarif de la journ&#233;e (interventions + repas midi) : 20 &#8364;. Repas du soir : 10 &#8364;. Nuit&#233;e du samedi : 20&#8364;&lt;br class='autobr' /&gt;
Week-end complet (avec repas et nuit&#233;e du vendredi soir) : 75 &#8364;. R&#233;duction pour ch&#244;meurs, &#233;tudiants et enfants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Possibilit&#233;s de transport depuis les gares de Besan&#231;on le vendredi (maximum 20h), retour le dimanche (minimum 11h30). &lt;br class='autobr' /&gt;
Inscription et renseignements : &lt;br class='autobr' /&gt;
crdpp25@gmail.com ou Philippe Roy 06 51 38 43 45&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;a href=&#034;http://reseau.philoplebe.lautre.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://reseau.philoplebe.lautre.net/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Vid&#233;o - La voie gestuelle diagrammatique</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=637</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Roy</dc:creator>



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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=16" rel="directory"&gt;Politique et subjectivation&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/YeDap3sWxe0&#034; frameborder=&#034;0&#034; gesture=&#034;media&#034; allow=&#034;encrypted-media&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>A - Amour de la France</title>
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		<dc:creator>Philippe Roy</dc:creator>


		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>

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&lt;p&gt;Lors de son premier discours apr&#232;s avoir &#233;t&#233; &#233;lu pr&#233;sident, Emmanuel Macron n'a pu se retenir de lancer un &#171; Aimons la France ! &#187;. L'expression n'est pas nouvelle. Le 24 novembre 2016, Manuel Valls, lors d'un discours prononc&#233; &#224; l'occasion de la journ&#233;e &#171; Mobilis&#233;s contre le racisme et l'antis&#233;mitisme &#187;, avait r&#233;p&#233;t&#233; : &#171; Etre fran&#231;ais, c'est aimer la France &#187;. Dans ses v&#339;ux pour 2014, Hollande nous exhortait : &#171; Il faut aimer la France ! &#187;. La liste n'est pas close et reste plus que jamais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_296 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/casus-belli-nst-1l-5.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/casus-belli-nst-1l-5.png' width='300' height='856' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lors de son premier discours apr&#232;s avoir &#233;t&#233; &#233;lu pr&#233;sident, Emmanuel Macron n'a pu se retenir de lancer un &#171; Aimons la France ! &#187;. L'expression n'est pas nouvelle. Le 24 novembre 2016, Manuel Valls, lors d'un discours prononc&#233; &#224; l'occasion de la journ&#233;e &#171; Mobilis&#233;s contre le racisme et l'antis&#233;mitisme &#187;, avait r&#233;p&#233;t&#233; : &#171; Etre fran&#231;ais, c'est aimer la France &#187;. Dans ses v&#339;ux pour 2014, Hollande nous exhortait : &#171; Il faut aimer la France ! &#187;. La liste n'est pas close et reste plus que jamais ouverte. Elle n'est pas seulement dans la bouche des hommes politiques. J'entends encore deux personnes exprimer en soir&#233;e leur haine des Chinois de Belleville car ces derniers n'aimaient pas la France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qu'aimer cette id&#233;e, au fond bien abstraite : la France ? Qui pourrait dire ce qu'&lt;i&gt;est&lt;/i&gt; la France ? Mais est-ce vraiment la question ? Prenons plut&#244;t les choses par l'autre bout. Comment peut-on demander d'aimer ? On ne peut se forcer &#224; aimer, on ne d&#233;cide pas d'aimer. Que veulent ceux qui veulent qu'on aime ce qu'ils aiment ? Je pense qu'il faut commencer par se satisfaire d'une r&#233;ponse tr&#232;s simple. C'est un appel de ralliement. &#171; Aimons la France ! &#187; signifie &#171; aimons-&lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; ! &#187;. C'est en aimant ensemble un m&#234;me objet-&#171; id&#233;e &#187;(la France) que nous nous aimerons, que nous serons &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt;. Je ne peux pas d&#233;cider d'aimer quelque chose, mais j'aime ce que quelqu'un aime &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; &#234;tre aim&#233;(e) de lui (je l'aime alors en retour). De plus, pour &#234;tre aim&#233;(e), j'aime ce qu'il aime parce qu'il l'aime. Toutes ces relations se conditionnent car elles sont comprises dans un m&#234;me diagramme affectif. Par lui, chacune existe avec et par les autres (on ne peut se satisfaire d'aimer la France tout(e) seul(e)..). De plus l'objet-France a comme propri&#233;t&#233; de symboliser les sujets fran&#231;ais (aimer la France c'est aussi aimer les dits Fran&#231;ais). Le diagramme est donc compos&#233; de renvois narcissiques. J'aime celui qui &lt;i&gt;m'&lt;/i&gt;aime et nous aimons lui &lt;i&gt;comme moi&lt;/i&gt; le m&#234;me objet qui symbolise justement ce sujet Fran&#231;ais que &lt;i&gt;je suis&lt;/i&gt;. Entendons donc que nous ne nous aimons pas pour ce que nous sommes singuli&#232;rement mais en tant que pure forme mo&#239;que imaginaire, sans contenu singulier. &#171; France &#187; est le mot-miroir dans lequel chaque moi de ce &#171; nous &#187; se mire. Celui qui dit aimer la France manifeste un narcissisme qui n'existe qu'en formant une caisse de r&#233;sonnance pour les narcissismes de ceux qui en re&#231;oivent l'appel : narcissisme group&#233; dans un narcissisme de groupe (la France). &#171; Soyons fiers d'&#234;tre Fran&#231;ais &#187; (Valls, Macron, Fillon etc.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant sa campagne, Macron fut m&#234;me plus direct, il a dit et redit qu'il aimait les personnes &#224; qui il s'adressait et en retour ceux-ci le lui rendaient par des &#171; on t'aime &#187; ou &#171; je t'aime &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple on peut visionner ici un &#171; Je t'aime Mr Macron, merde ! &#187; lors (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Personne ne connaissait personne et tout le monde s'aimait. Cela ne posa aucun probl&#232;me. Et en effet, puisque chaque meeting &#233;tait un op&#233;rateur pour que tout le monde s'aime (soi-m&#234;me), personne n'avait &#224; conna&#238;tre personne. Le visage de Macron, ic&#244;ne vivante de celui qui donne &#224; s'aimer, &#233;tait au centre de ce diagramme de tous les renvois narcissiques fran&#231;ais. On lui aurait donn&#233; la sainte Vierge sans confession tellement son &#234;tre tenait dans cette image.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au demeurant, quelle case politique vient remplir ce peuple de l'amour de soi ? Puisque dans nos gouvernements le peuple manque, le peuple en son sens politique, souverain, rousseauiste, d&#232;s lors qu'il n'y a que des populations, il faut en produire un. R&#233;p&#233;tons que nous aimons la France, pour produire un peuple des ego (et non des &#233;gaux). Le point de raccordement allant de &lt;i&gt;La France insoumise&lt;/i&gt; jusqu'au &lt;i&gt;Front national&lt;/i&gt; en passant par tous les autres partis, de gauche (PS), du centre et de droite, est leur nationalisme inv&#233;t&#233;r&#233;. Ils aiment la France et ils le disent ! Le suppos&#233; seul fascisme du &lt;i&gt;Front national&lt;/i&gt; n'est qu'un arbre pour cacher la for&#234;t du nationalisme, de cette R&#233;publique qui aime &#224; se dire &lt;i&gt;fran&#231;aise&lt;/i&gt; comme elle vante sa la&#239;cit&#233;, &#224; la fran&#231;aise !&lt;br class='autobr' /&gt;
La polito-pathologie ne s'arr&#234;te malheureusement pas &#224; un simple amour narcissique du Fran&#231;ais. Freud nous a appris qu'un narcissisme pouss&#233; prend la forme d'un d&#233;lire de grandeur. On n'aime pas seulement la France mais sa grandeur. Sarkozy : &#171; Il y a quelque chose de plus grand que nous, il y a la France &#187;. Et derri&#232;re cette grandeur, il y a celle de celui qui l'&#233;nonce. Sarkozy : &#171; J'ai la France en moi, je n'y peux rien &#187;, traduisez : &#171; J'ai la grandeur en moi, je n'y peux rien &#187;. Et pas de d&#233;lire de grandeur sans menace, sans parano&#239;a. Il faut aimer la grandeur de la France car trop de choses la menacent, o&#249; va la France ?! S'y ajoute un autre corollaire : cette grandeur est exceptionnelle donc elle se m&#233;rite. On ne peut pas dire seulement que nous aimons la France, il faut en donner des preuves, &#234;tre &#224; la &lt;i&gt;hauteur&lt;/i&gt;. Xavier Bertrand (entre autres) : &#171; &#234;tre fran&#231;ais, &#231;a se m&#233;rite &#187; (31 juillet 2010 &#224; Ajaccio). Un certain rapport &#224; l'&#233;tranger en d&#233;coule. Pour les amoureux de la France, un individu voulant devenir Fran&#231;ais devra plus montrer qu'il le m&#233;rite que n'importe quel Fran&#231;ais. Le pire &#233;tant ces Fran&#231;ais (des musulmans, &#233;videmment...) qui ne disent et ne montrent pas assez qu'ils aiment la France, ils sont comme des faux Fran&#231;ais, des pr&#233;sum&#233;s d&#233;chus. Certes, en se flattant de la &#171; diversit&#233; &#187; des Fran&#231;ais, certains pr&#233;tendent aller &#224; contre-courant de toute stigmatisation. Mais c'est l&#224; encore &lt;i&gt;se&lt;/i&gt; flatter... La France, patrie des droits de l'homme, patrie de l'humanit&#233;, rien que &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet amour de la France n'est donc pas sans donner lieu &#224; une forme de mysticisme patriotique (qui est ici un patriotisme des narcissismes, un patriotisme creux) ou plut&#244;t &#224; un patriotisme qui mime le mysticisme. C'est un point soulign&#233; par Bergson dans &lt;i&gt;Les deux sources de la morale et de la religion&lt;/i&gt; : &#171; Le principe, seul capable de neutraliser la tendance &#224; la d&#233;sagr&#233;gation, est le patriotisme.[...] Il fallait un sentiment aussi &#233;lev&#233;, &lt;i&gt;imitateur de l'&#233;tat mystique&lt;/i&gt;, pour avoir raison d'un sentiment aussi profond que l'&#233;go&#239;sme de la tribu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, PUF, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Regardez les yeux brillants des hommes politiques quand ils parlent de la France, dont ils sentent la pr&#233;sence comme ils entendent battre leur c&#339;ur. Il faut &lt;i&gt;croire&lt;/i&gt; en la France, &#224; la croissance de l'entreprise &lt;i&gt;France&lt;/i&gt;. C'est toute l'histoire de la France qu'il faut emmener avec soi. La France forme une nappe qui vient recouvrir la table des oppositions politiques. Que le d&#238;ner commence ! On n'h&#233;sitera pas &#224; c&#233;l&#233;brer Versailles, avec Poutine, au nom de la visite &#224; Paris du tsar Pierre 1er en 1717, peu importe qu'il y ait eu entre temps la r&#233;volution fran&#231;aise et la r&#233;volution russe ! Et faire un crochet r&#233;publicain par Versailles, ce n'est pas ce qu'on a fait de mieux en France... Mais peu importe, la France c'est comme le cochon, tout est bon chez elle ! L'amour de la France n'est donc pas sans app&#233;tit. Le Narcisse fran&#231;ais ne se regarde pas seulement, il &lt;i&gt;se nourrit&lt;/i&gt; de son image pour se r&#233;engendrer. La France c'est l'estomac de Cronos dans le regard de Narcisse. Quand finira-t-elle de se manger des yeux ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple on peut visionner ici un &#171; Je t'aime Mr Macron, merde ! &#187; lors d'un meeting (le narcissisme de groupe est aussi bien marqu&#233; dans &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=7mGXkFCUB5k&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cet extrait&lt;/a&gt; par la Marseillaise entonn&#233;e spontan&#233;ment par le public)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Bergson, &lt;i&gt;Les deux sources de la morale et de la religion&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 2008, pp. 294-295. Je souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pas de retour &#224; la normale !</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=529</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=529</guid>
		<dc:date>2017-08-04T14:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Roy</dc:creator>



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&lt;p&gt;Que nous sommes loin de cette &#233;poque pas si lointaine o&#249; on pouvait entendre des &#233;nonc&#233;s joyeux du type &#034;rien ne sera jamais plus comme avant ! &#034;. Il semble en effet que nous soyons dans un temps o&#249; il est plut&#244;t question d'un d&#233;sir de retour au plus vite &#224; la normale. Le ton s'inverse en celui d'une lamentation : ah ! maintenant, rien ne sera jamais plus comme avant...(1) C'est qu'en effet, l'&#233;tat actuel de nos vies politiques consid&#233;r&#233;es sous leur seule forme gouvernementale, consiste &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Que nous sommes loin de cette &#233;poque pas si lointaine o&#249; on pouvait entendre des &#233;nonc&#233;s &lt;i&gt;joyeux&lt;/i&gt; du type &#034;rien ne sera jamais plus comme avant ! &#034;. Il semble en effet que nous soyons dans un temps o&#249; il est plut&#244;t question d'un d&#233;sir de retour au plus vite &#224; la normale. Le ton s'inverse en celui d'une lamentation : ah ! maintenant, rien ne sera jamais plus comme avant...(1) C'est qu'en effet, l'&#233;tat actuel de nos vies politiques consid&#233;r&#233;es sous leur seule forme gouvernementale, consiste &#224; vivre avec la mont&#233;e en acc&#233;l&#233;ration constante du Front national (mont&#233;e qui est plut&#244;t une chute...) et la menace terroriste. Je m'en tiendrai ici &#224; la r&#233;action de ceux qui auraient en commun avec leurs gouvernants (et autres politiciens) de vouloir que les choses redeviennent normales : retrouver leur vie normale d'avant les attentats et ne pas trop risquer d'&#234;tre gouvern&#233;s par ce parti anormal qu'est le Front national. C'est ce qui s'agr&#232;ge sous l'id&#233;e d'un front r&#233;publicain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus pr&#233;cis&#233;ment, je voudrais montrer que ce d&#233;sir de retour &#224; la normale est celui du geste gouvernemental. Il appartient &#224; ce geste. Commen&#231;ons par ce qui semble &#234;tre une trivialit&#233;. Le d&#233;sir de retour &#224; la normale est le d&#233;sir des normalis&#233;s. Les hommes normaux r&#233;publicains d&#233;sirent retrouver leur forme de vie, ou du moins que cette forme ne soit pas trop perturb&#233;e, car on ne peut pas dire qu'ils l'ont perdue. Si on peut bien comprendre pourquoi la menace terroriste perturbe leur forme de vie en tant que la s&#233;curit&#233; est un attribut de celle-ci, la question se pose de savoir pourquoi la mont&#233;e du Front national la perturbe aussi. La r&#233;ponse est donn&#233;e par les normalis&#233;s eux-m&#234;mes (dont se disent les politiciens r&#233;publicains) : le Front national c'est le rejet de l'&#233;tranger, le racisme, l'ultra-nationalisme. C'est une perturbation &lt;i&gt;morale&lt;/i&gt;. Les hommes normaux r&#233;publicains ne veulent pas vivre avec mauvaise conscience, ils ne veulent pas entendre tous les jours des discours ultra-nationalistes et de rejet se dire en leur nom (puisque ce seraient &lt;i&gt;leurs&lt;/i&gt; gouvernants, leurs repr&#233;sentants qui pourraient s'autoriser &#224; les &#233;noncer). Ils auraient honte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce point qu'il faut alors un peu s'arr&#234;ter. Les partis de droite et de gauche dits r&#233;publicains (se r&#233;clamant des valeurs de la R&#233;publique) qui se sont succ&#233;d&#233;s au pouvoir depuis les ann&#233;es 1980 n'ont-ils pas de plus en plus conduit des politiques de rejet des &#233;trangers, de stigmatisation des populations issues de l'immigration, de nationalisme exacerb&#233; o&#249; tout le monde se doit d'aimer la France ? La menace de l'&#233;tranger, de l'immigr&#233; ou de l'issu de l'immigration n'est-elle pas s&#233;cr&#233;t&#233;e par ces partis qui disent s'opposer &#224; la mont&#233;e du Front national ? Ou pour aller droit &#224; ce que je veux affirmer : la mont&#233;e du Front national n'a-t-elle pas en commun avec les suppos&#233;es populations dangereuses d'avoir &#233;t&#233; produite par les pouvoirs en place comme repr&#233;sentation d'une menace pour la R&#233;publique ? Comprenons que je ne veux pas dire que la mont&#233;e du Front national est une &lt;i&gt;cons&#233;quence&lt;/i&gt; des politiques discriminatoires men&#233;es ces trente derni&#232;res ann&#233;es mais que la voix du FN a &#233;t&#233; n&#233;cessaire pour que ces politiques aient lieu. Le front r&#233;publicain contre le Front national est un pare-feu discursif contre les critiques, afin de mener ces politiques. En montrant du doigt les mauvais nous insinuons que nous sommes moralement bons (nous, les R&#233;publicains). Toutefois il importe, pour que ce stratag&#232;me de gouvernementalit&#233; s'exerce, que la menace ne d&#233;passe pas un certain seuil. Or, ce d&#233;passement qui se traduirait par une accession du Front national au pouvoir semble devenir possible avec la mont&#233;e de la menace terroriste li&#233;e aux attentats de 2015. C'est pourquoi ce qui motive le front r&#233;publicain est surtout, derri&#232;re ce qui se pr&#233;sente comme une perturbation morale, une volont&#233; de retour &#224; la normale, c'est-&#224;-dire une politique s&#233;curitaire avec un Front national seulement mena&#231;ant et contre lequel il faut se positionner en allant voter. La bonne conscience de qui fait &lt;i&gt;barrage&lt;/i&gt; au Front national en votant (dans le cas o&#249; c'est pour cette seule raison morale, mais qu'est-elle d'autre &#224; pr&#233;sent ?), est aussi celle de celui qui entrevoit la continuation d'une vie normale, peu perturb&#233;e moralement, prot&#233;g&#233;e, quand bien m&#234;me la politique de rejet est mise en &#339;uvre par les gouvernements &#233;lus. Le rejet des individus soi-disant mena&#231;ants &#233;tant justement la condition de sa s&#233;curit&#233;. N'est-ce pas symptomatique qu'en m&#234;me temps qu'il a &#233;t&#233; demand&#233; de faire barrage au Front national lors de ces R&#233;gionales 2015, nos gouvernants multipliaient les mesures pour fermer encore plus l'Europe aux migrants (parmi lesquels il pourrait de plus y avoir de dangereux terroristes). Le barrage d'un c&#244;t&#233;, la forteresse de l'autre. Combien de fois ai-je entendu des personnes s'indigner de la mont&#233;e du FN et rester pratiquement de marbre quand je leur faisais remarquer que la politique actuelle n'est pas si &#233;loign&#233;e de celle du FN. On crie au fascisme du FN alors que bon nombre se satisfont actuellement d'un &#233;tat d'urgence aux contours extensibles et fait pour durer (une d&#233;mocratie polici&#232;re). Il y a l&#224; des sympt&#244;mes qui m&#233;ritent une attention particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon sens on peut suivre cette logique inconsciente en faisant l'hypoth&#232;se que le Front national et l'&#233;tranger (plus largement le non assimilable) sont deux objets d'un m&#234;me geste gouvernemental (effectu&#233; par les gouvernants et les gouvern&#233;s). Le geste qui s'effectue &#224; m&#234;me la soci&#233;t&#233;, sous sa forme polici&#232;re (qui concernent donc aussi les &lt;i&gt;mesures&lt;/i&gt; gouvernementales), rejette le non assimilable. Et dans le cadre d&#233;mocratique des &#233;lections (et plus largement de la politique des Partis), ce rejet a pour objet le Front national. Le geste s&#233;lectif social, normalisateur, prend une autre tournure avec son effectuation dans cette mati&#232;re id&#233;elle qu'est celle des valeurs de la R&#233;publique. Le rejet passe du non assimilable au non r&#233;publicain (ce pourquoi la permutation des objets a un sens : le non assimilable est consid&#233;r&#233; comme ne partageant pas les valeurs de la r&#233;publique et le FN est inassimilable &#224; cette r&#233;publique). Et puisque le discours politique, et ce qu'on donne &#224; entendre de ce que serait la politique, se situe au niveau des partis et des &#233;lections (et de toute leur m&#233;diatisation), c'est la bonne conscience du premier rejet (accompagn&#233; d'un saupoudrage de lois et de discours d&#233;fendant les inassimilables) qui assure le d&#233;ni du second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprendra alors pourquoi le geste politique de rejet du FN, dans le champ des valeurs louables (telle l'&#233;galit&#233; dont se r&#233;clame l'opposition au racisme) est efficace : il poss&#232;de la mani&#232;re d'&#234;tre du geste de normalisation des conduites sociales. Il &#034;parle&#034; aux normalis&#233;s r&#233;publicains. L'objet n'est que secondaire puisqu'il est corr&#233;latif de la mati&#232;re dans laquelle s'effectue le geste. Par exemple, et dans un tout autre registre, le geste de soulever peut avoir comme objet un meuble mais aussi un probl&#232;me (je soul&#232;ve un probl&#232;me...). C'est la raison pour laquelle les &#233;lecteurs ont r&#233;guli&#232;rement l'impression que voter c'est &#034;voter contre&#034;. Ainsi va la grande monotonie de la politique actuelle : il faut lutter contre, contre le ch&#244;mage (voire les ch&#244;meurs), contre le cancer, contre l'ins&#233;curit&#233;, contre les Etats totalitaires, contre le r&#233;chauffement climatique etc. Ce geste en variation est &lt;i&gt;intrins&#232;quement&lt;/i&gt; constitu&#233; par le rejet. Le FN faisant jouer un rejet contre un autre. Le rejet du ch&#244;mage se fera par le rejet de ceux qui viennent prendre le travail aux Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains objets sont m&#234;me privil&#233;gi&#233;s car ils permettent au geste d'avoir une solution de continuit&#233; entre le champ des valeurs et celui des conduites sociales. Ainsi l'id&#233;e de la&#239;cit&#233; permet &#224; la fois de rejeter discursivement ceux qui s'opposent aux valeurs de la R&#233;publique et de rejeter les &lt;i&gt;conduites&lt;/i&gt; des individus qui seraient inassimilables (parce qu'ils portent un foulard ou qu'ils ne mangent pas certains plats...). Au point qu'on en arriverait presque &#224; croire qu'&#234;tre la&#239;c c'est ne pas porter de foulard et ne pas ne pas manger de porc... L'identit&#233; &#034;France&#034; est, elle aussi, &#224; la fois ce qui se dirait des valeurs de la R&#233;publique et qui de fait, permet un tri social entre ceux qui sont fran&#231;ais et ceux qui ne le sont pas. Les objets &#034;La&#239;cit&#233;&#034; et &#034;France&#034; sont donc des objets de jonction plus nets du geste s'effectuant par les discours r&#233;publicains et par les pratiques normalisatrices de pouvoir (ils sont m&#234;me parfois indiscernables quand on &#233;voque la la&#239;cit&#233; &lt;i&gt;&#224; la fran&#231;aise&lt;/i&gt;...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mauvaise conscience, la honte qui pointent quand le FN monte un peu trop est donc la cons&#233;quence de l'impossibilit&#233; d'avoir encore bonne conscience puisqu'il vient aux yeux et aux oreilles ce que les images et les discours des politiciens r&#233;publicains &#233;taient cens&#233;s &lt;i&gt;contenir&lt;/i&gt; en n'en montrant peu et n'en parlant qu'&#224; mi-mots... La protection psychique, tenant &#224; l'&#233;cart entre le discours des valeurs et la normalisation des conduites, c&#232;de. Le FN dit ce qu'il fait et fait ce qu'il dit, le saupoudrage discursif et l&#233;gislatif n'est plus. Dans ces conditions on concevra que la solution n'est donc pas de voter contre le FN, de constituer un front r&#233;publicain pour un retour &#224; la normale, puisque front r&#233;publicain, normalit&#233; et FN se disent d'une variation autour du m&#234;me geste. Ce qui d'ailleurs nous permettrait de mieux comprendre pourquoi le front r&#233;publicain, lors du second tour des pr&#233;sidentielles de 2002, n'a en rien &#233;vit&#233; la mont&#233;e du FN. Le front r&#233;publicain est le front des bien lotis, de ceux qui ont une vie normale ou qui veulent en avoir une. Leur rejet du FN prend le relais d'une indiff&#233;rence au rejet de ceux qui sont tr&#232;s diff&#233;rents d'eux : les inassimilables. Car leur normalit&#233; repose sur ce rejet, l'inassimilable &#233;tant une menace identitaire, &#233;conomique, sanitaire etc. Ce rejet inavouable se sublime en rejet r&#233;publicain du FN. C'est donc une sublimation qui n'a rien de sublime et dont la laideur perce &#224; chaque nouvelle appropriation par certains partis r&#233;publicains des id&#233;es du FN ou m&#234;me par le choix de ce Parti par des bien lotis quand ils se sentent trop menac&#233;s (m&#234;me si cette menace est fantasmatique, mais l&#224; n'est pas le probl&#232;me). C'est aussi cette laideur qui perce dans cette haine des bons R&#233;publicains &#224; l'&#233;gard des abstentionnistes (2). Les &#233;lections avec happy end r&#233;publicain &#233;vitent d'avoir &#224; se positionner pour ou contre les r&#233;elles pratiques politiques. Les &#233;lections &#233;pargnent l'homme normal r&#233;publicain de toute action politique. La honte de la possible accession du FN au pouvoir compose avec la peur d'avoir &#224; prendre position politiquement contre un gouvernement d'extr&#234;me droite, de s'engager v&#233;ritablement ou pas, la peur donc de ne plus vivre tranquillement sa vie d'homme normal en dissertant de temps &#224; autres sur les vertus de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut donc rien attendre d'une quelconque solution &#233;lectorale. Il ne sert &#224; rien de faire cause commune avec la bonne conscience. Il ne s'agit pas bien s&#251;r de se sentir coupable mais de prendre les choses en main. Ni Front national, ni front r&#233;publicain. Laissons ces deux fronts s'appuyer l'un sur l'autre dans un t&#234;te &#224; t&#234;te sans fin, les yeux dans les yeux dans leur miroir glac&#233;. Laissons-les compter leurs voix comme des vieillards avares comptent leurs sous et sont pr&#234;ts &#224; tout pour obtenir l'unit&#233; suppl&#233;mentaire. La politique d'Etat n'est plus qu'une affaire de comptables. Mis&#232;re de ceux qui veulent faire du chiffre. Et mis&#232;re de ceux qui passent leur temps &#224; essayer de les interpr&#233;ter. Du vide additionn&#233; &#224; du vide. Ne comptons pas sur la majorit&#233;. Au rejet des fronts il faut substituer le &lt;i&gt;refus&lt;/i&gt; de cette politique. Puisqu'il est de plus en plus difficile d'affronter l'Etat, suivi comme son ombre par ses arm&#233;es et services policiers, proposons par exemple de passer par des gestes de refus pervers. Qu'est-ce qu'un geste politique &lt;i&gt;pervers&lt;/i&gt; ? C'est au sens masochiste du terme, pousser le geste gouvernemental sur des points o&#249; il se retourne contre lui. Comme si un geste s'effectuant &#224; deux mains &#233;tait tel que le geste d'une des mains ne fut plus compatible avec celui de l'autre. Derni&#232;rement Alain Brossat (avec l'appui et la collaboration d'autres personnes, dont je fais partie) a pu donner l'exemple d'un geste discursif pervers en publiant une lettre ouverte au ministre de l'int&#233;rieur, faisant office de p&#233;tition, intitul&#233;e &#034;Assignez-moi !&#034; (3). Puisque vous assignez tous azimuts alors il n'y a pas de raison que nous n'y soyons pas aussi, en tant que nous faisons ce que vous valorisez par ailleurs : nous exprimer librement sur des choix politiques. Autre exemple : imaginons que nous allions en ses p&#233;riodes de f&#234;te &#224; l'entr&#233;e des grands magasins en emp&#234;chant les gens d'y rentrer au nom de la s&#233;curit&#233; anti-attentat... Ou alors, inondons le web et les r&#233;seaux du slogan &#034;j'aime la France&#034; (comme avec &#034;je suis Charlie&#034;), en faisant aussi des montages vid&#233;o des politiques et vedettes en tout genre le pronon&#231;ant, pour rendre indigeste ce syntagme qui suinte constamment de leurs bouches (4). Ou encore, retrouvons-nous devant le parc des Princes pour demander qu'il n'y ait pas en France que des migrants &#233;conomiques qataris... Exigeons qu'il existe un d&#233;compte transparent du nombre d'armes vendues par la France chaque ann&#233;e, en indiquant vers quelles destinations, pour pouvoir nous en f&#233;liciter comme il faut avec nos gouvernants. Qui inventera une &#233;mission TV o&#249; des dirigeants d'entreprise viendront faire un peu de &lt;i&gt;p&#233;dagogie&lt;/i&gt; pour nous expliquer pourquoi il est normal que leur r&#233;mun&#233;ration moyenne soit cent fois sup&#233;rieure &#224; la r&#233;mun&#233;ration moyenne des salari&#233;s ? (5) Bref, le temps est venu de se laisser aller &#224; la multiplication de gestes politiques pervers. Rien de tel pour se d&#233;prendre des nouvelles pathologies de l'homme normal (Canguilhem). &lt;br class='autobr' /&gt; (Premi&#232;re publication le 25 d&#233;cembre 2015)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - C'est par exemple ainsi que l'entendent ces intellectuels qui ont titr&#233; dans le &lt;i&gt;Figaro magazine&lt;/i&gt; du 19/11/2015 : &#034;Attentats de Paris : rien ne sera plus jamais comme avant&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 On a bon &#233;chantillon de cette haine dirig&#233;e vers les abstentionnistes chez ce R&#233;publicain bien loti qu'est le chroniqueur sur &lt;i&gt;Europe 1&lt;/i&gt; : ledit Rapha&#235;l Enthoven. Le lendemain du premier tour des R&#233;gionales, le 7 d&#233;cembre 2015, il traite tour &#224; tour les abstentionnistes d'ingrats, de fain&#233;ants, de malhonn&#234;tes, d'enfants g&#226;t&#233;s, d'irresponsables, d'orgueilleux et de snob. Allant m&#234;me pour finir par inverser la formule Sartrienne de &#034;Elections, pi&#232;ge &#224; cons&#034; en &#034;Abstention, pi&#232;ge &#224; cons&#034; (ind&#233;niablement, nous sommes bien pass&#233;s dans une autre &#233;poque...). Il ne voit donc les abstentionnistes que comme des gens normaux comme lui, mais en plus mauvais (l'ingrat, l'enfant g&#226;t&#233;, le fain&#233;ant suppose d'&#234;tre un individu bien prot&#233;g&#233;). Il les critique en soulignant que c'est pourtant gr&#226;ce aux gens &#233;lus que sont g&#233;r&#233;s les transports, la culture et l'&#233;ducation qui sont en effet l'apanage de la vie douce de l'homme normal. A aucun moment ne lui vient &#224; l'esprit que beaucoup de personnes sont confront&#233;s &#224; des probl&#232;mes autres que ceux des transports, de la culture et de l'&#233;ducation et qui sont en raison directe avec la gouvernementalit&#233; (quelle qu'en soit l'alternance). Il ne lui vient pas non plus &#224; l'esprit que certains ne votent pas car ils &lt;i&gt;pensent&lt;/i&gt; que la gouvernementalit&#233; est essentiellement tourn&#233;e vers ceux qui en profitent au d&#233;triment du reste. Ils se soucient du reste avant de penser &#224; partir d'eux. Qui est alors l'enfant g&#226;t&#233;, l'ingrat, l'irresponsable, le snob etc. ? N'est-ce pas, sous son phras&#233; de normalien, le cri animal du nanti que ce chroniqueur nous a donn&#233; &#224; entendre, avec quelque chose de la tarentule nietzsch&#233;enne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &lt;a href=&#034;http://ici-et-ailleurs.org/spip.php?article527&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://ici-et-ailleurs.org/spip.php...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Je vous invite &#224; entrer ce syntagme sur votre moteur de recherche pour vous rendre compte de l'&#233;tendue des d&#233;g&#226;ts. M&#234;me Badiou s'est senti oblig&#233; de dire qu'il aimait la France quand il tuait le temps en s'expliquant avec Alain Finkielkraut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 C'est du moins le rapport en France, il est de 354 aux Etats-Unis (Source OCDE, &#233;tude publi&#233;e sur le Figaro.fr &#224; l'adresse suivante :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/11/23/20002-20131123ARTFIG00235-le-grand-ecart-des-remunerations-entre-salaries-et-patrons-a-travers-le-monde.php )&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lefigaro.fr/conjoncture/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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