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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Populisme, que de sottises on prof&#232;re en ton nom...</title>
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		<dc:date>2018-12-02T06:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>populisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La construction de l'objet d'une narration politique et id&#233;ologique a toujours quelque chose de fascinant, lorsqu'elle peut &#234;tre observ&#233;e in vivo et &#171; en temps r&#233;el &#187;. C'est tr&#232;s exactement le privil&#232;ge qui nous est r&#233;serv&#233; aujourd'hui, avec l'expansion fulgurante des termes &#171; populisme &#187;, &#171; populiste &#187; dans la logomachie des pouvoirs, des gens de l'Etat comme de ceux des m&#233;dias. Dans de telles situations, c'est en premier lieu la puissance de coagulation des nouveaux mots puissants qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=22" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=102" rel="tag"&gt;fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=104" rel="tag"&gt;populisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La construction de l'objet d'une narration politique et id&#233;ologique a toujours quelque chose de fascinant, lorsqu'elle peut &#234;tre observ&#233;e &lt;i&gt;in vivo&lt;/i&gt; et &#171; en temps r&#233;el &#187;. C'est tr&#232;s exactement le privil&#232;ge qui nous est r&#233;serv&#233; aujourd'hui, avec l'expansion fulgurante des termes &#171; populisme &#187;, &#171; populiste &#187; dans la logomachie des pouvoirs, des gens de l'Etat comme de ceux des m&#233;dias&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les gens de m&#233;dias (couramment : les journalistes) et les gens de l'Etat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans de telles situations, c'est en premier lieu la &lt;i&gt;puissance de coagulation&lt;/i&gt; des nouveaux mots puissants qui impressionne, c'est-&#224;-dire la vitesse &#224; laquelle le discours politique des ma&#238;tres du jeu se r&#233;agence autour de ces vocables-cl&#233;s. Avec lui, c'est tout l'argumentaire de la l&#233;gitimation de l'ordre existant qui se red&#233;ploie, au-del&#224; de politique au jour le jour. Ce qui est en jeu ici, c'est la ma&#238;trise strat&#233;gique et tactique de la formation des &#233;nonc&#233;s pr&#233;sidant &#224; ce qui tient lieu de &#171; vie politique &#187; et en cr&#233;ent les conditions de possibilit&#233; m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Populisme &#187; et &#171; populiste &#187; sont devenus au fil de l'actualit&#233; politique des d&#233;mocraties de march&#233; (qui sont aussi, ne l'oublions pas, des &lt;i&gt;logocraties&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouve ce terme chez Claude Lefort, notamment, dont le seul tort fut de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) des exp&#233;dients destin&#233;s &#224; tenter de ralentir, &#224; d&#233;faut de mieux, une redoutable &lt;i&gt;h&#233;morragie de sens&lt;/i&gt;. Celle-ci se produit d&#232;s lors que tend &#224; s'imposer comme &lt;i&gt;figure du pr&#233;sent&lt;/i&gt; (de l'&#233;poque ?) l'arriv&#233;e aux affaires par les moyens les plus r&#233;guliers et les mieux l&#233;gitim&#233;s (les &#233;lections g&#233;n&#233;rales) de personnages dont les affinit&#233;s &#233;lectives avec le fascisme, sous toutes ses esp&#232;ces, sont impossibles &#224; camoufler ou &#224; euph&#233;miser &#8211; Duerte aux Philippines, le trio Netanyahou-Liberman-Bennett en Isra&#235;l, Trump aux Etats-Unis, Salvini en Italie, Bolsonaro au Br&#233;sil &#8211; la liste est provisoire et non exhaustive...&lt;br class='autobr' /&gt;
L'approche superficielle (journalistique) de ces personnages par leur c&#244;t&#233; &#233;nergum&#232;ne, voyou, braillard, tartarin... est une diversion g&#233;n&#233;ralement destin&#233;e &#224; nous faire oublier que le fascisme, c'est quand m&#234;me toujours pour commencer une &lt;i&gt;musique&lt;/i&gt;, abjecte, mais une &#171; musique &#187;, avec tous les guillemets que vous voulez, faite de mots, d'affects, d'intensit&#233;s f&#233;tides, de gestes, de sonorit&#233;s, de stridences, d'&#233;clats de souvenirs et de d&#233;bris d'&#233;nonc&#233;s qui cristallisent en discours, agencent un ou des r&#233;cits, toujours en qu&#234;te de style et de puissance rh&#233;torique. Le fascisme, &#231;a passe toujours par la langue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor Klemperer l'a montr&#233; de fa&#231;on in&#233;gal&#233;e dans LTI, la langue du III&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par la conqu&#234;te de la langue, par des mots-cl&#233;s et des ritournelles &#8211; et cela forme un mat&#233;riau d'une tout autre qualit&#233; indiciaire, pour juger de la chose, que les grimaces des pitres pouss&#233;s sur les devant de la sc&#232;ne par leur puissance toute vampirique &#8211; les Duerte, Trump, Liberman, Bolsonaro (etc.), il faut les &lt;i&gt;&#233;couter&lt;/i&gt; et apprendre ou r&#233;apprendre &#224; entendre la &#171; musique &#187; du fascisme et de rien d'autre, dans ses d&#233;clinaisons famili&#232;res &#8211; le supr&#233;macisme racial, la conviction que la force cr&#233;e le droit, le culte du fait accompli, la passion des &#233;purations sanglantes, les rodomontades m&#233;lodramatiques et les volte-faces &#8211; toute cette dramaturgie grotesque et sinistre du fascisme et qui, avant tout, s'inscrit dans la langue, braill&#233;e, &#233;ruct&#233;e massacr&#233;e, tweet&#233;e, comme la marque sanglante d'un meurtre crapuleux sur le lieux du crime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, ce qui se donne &#224; entendre dans la &#171; musique &#187; du fascisme, ce sont toujours &lt;i&gt;des promesses&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire, en l'occurrence, des actions annonc&#233;es. De ce point de vue, la logomachie fasciste se distingue bien de celle des r&#233;gimes qui se disent d&#233;mocratiques : en d&#233;mocratie, ceux qui sont en concurrence pour les postes dirigeants multiplient les &lt;i&gt;engagements&lt;/i&gt; lors des campagnes &#233;lectorales et, comme chacun sait, dans de tels contextes, les engagements n'engagent que ceux qui sont assez na&#239;fs pour y pr&#234;ter foi. Les promesses &#233;nonc&#233;es sur un mode plus ou moins m&#233;lodramatique par les leaders fascistes, y compris ceux qui aspirent &#224; gouverner dans le cadre des institutions d&#233;mocratiques et &#224; parvenir aux affaires par la voie &#233;lectorale, sont, elles d'une autre esp&#232;ce &#8211; elles sont faites pour &#234;tre tenues, et en g&#233;n&#233;ral, elles le sont, pour autant qu'elles sont &lt;i&gt;des promesses de mort&lt;/i&gt;, des promesses tourn&#233;es vers la mort : quand Duerte annonce, pendant sa campagne &#233;lectorale, qu'il massacrera ceux qu'il d&#233;signe comme les trafiquants de drogue et les drogu&#233;s, il tient parole, les escadrons de la mort compos&#233;s de policiers et de milices parall&#232;les se mettent au boulot d&#232;s le lendemain de son accession au pouvoir. Quand Netanyahou promet &#224; la droite sioniste expansionniste et supr&#233;maciste qu'il poursuivra la colonisation (la conqu&#234;te des territoires) en Cisjordanie, il tient promesse. Quand Trump promet &#224; l'&#233;lectorat blanc d&#233;class&#233; et x&#233;nophobe qu'il harc&#232;lera les sans-papiers et fermera les fronti&#232;res aux migrants latinos, il le fait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il fait m&#234;me mieux aujourd'hui : il les asperge de gaz et leur balance des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand Salvini gagne les &#233;lections italiennes en proclamant qu'il interdira les ports italiens aux bateaux charg&#233;s de migrants africains et autres, qu'il criminalisera l'aide que leur apporteront les humanitaires, il le fait, ceci sous le regard impavide de ses alli&#233;s du mouvement &lt;i&gt;5 Stelle&lt;/i&gt;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Les fascistes tiennent leurs promesses pour autant que ce sont des promesses de mort et que ceux auxquelles elles sont faites s'y retrouvent, et dans la mesure o&#249; ces derniers imaginent que ceux qu'il s'agit de faire ou laisser mourir, ce seront toujours &lt;i&gt;les autres&lt;/i&gt; &#8211; ceux qui sont suppos&#233;s les envahir et aspirer &#224; vivre &#224; leurs crochets. C'est qu'ils ignorent la fin de l'histoire annonc&#233;e, car sur ce point, l'histoire se r&#233;p&#232;te inlassablement : arrive toujours le moment o&#249; les promesses de mort fascistes se retournent contre ceux auxquelles elles sont adress&#233;es, ceux qui sont cens&#233;s en tirer b&#233;n&#233;fice et en jouir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci pour dire que les fascistes qui, depuis quelques temps, arrivent en rafale aux affaires pour &#171; occuper &#187; non pas Wall Street (&#224; Dieu ne plaise...), mais les positions gouvernementales dans des pays o&#249; sont &#233;tablies, de longue date parfois, des institutions d&#233;mocratiques v&#233;n&#233;rables, ne sont pas &lt;i&gt;des fascistes pour rire&lt;/i&gt;, des braillards et des poseurs parvenus aux affaires par l'effet de concours de circonstances improbables et peu susceptibles de se reproduire, des agit&#233;s sous surveillance et qui n'exerceraient le pouvoir qu'en apparence - le &lt;i&gt;Legal State&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Rule of Law&lt;/i&gt; demeurant, dans ces pays, ce qu'ils sont. C'est exactement l'inverse qui est vrai : ce sont des gens si press&#233;s que, dans l'instant m&#234;me o&#249; ils prennent les commandes d'un pays, ils commencent par mettre en &#339;uvre leurs promesses de mort les plus saillantes &#8211; des actions qui, aussit&#244;t, multiplient les flaques de sang sur le sol de l'actualit&#233; du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invention ou plut&#244;t le red&#233;ploiement et la r&#233;intensification des termes &#171; populisme &#187;, &#171; populiste &#187; a donc en premier lieu pour vocation de pratiquer l'&#233;vitement de cette question qui constitue &#233;videmment le plus infranchissable des ponts-aux-&#226;nes pour les tenants de la d&#233;mocratie lib&#233;rale (entendue non plus seulement comme le &#171; moins pire &#187; des r&#233;gimes possibles, mais comme &lt;i&gt;le seul&lt;/i&gt; concevable et acceptable) : l'&#233;vidence selon laquelle, dans son r&#233;gime pr&#233;sent, actuel, effectif, &#171; la d&#233;mocratie &#187; a cess&#233; d'&#234;tre ce qui constitua depuis la Seconde guerre mondiale l'une des sources majeures de sa l&#233;gitimit&#233; &#8211; ce qui s'oppose au fascisme, ce qui inlassablement le combat, l'a vaincu et se destine &#224; en emp&#234;cher le retour &#8211; &#171; &lt;i&gt;plus jamais &#231;a&lt;/i&gt; &#187; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque tend &#224; s'affirmer comme un trait d'&#233;poque (le temps d'apr&#232;s la d&#233;mocratie entendue comme l'oppos&#233; du fascisme, &lt;i&gt;id est&lt;/i&gt; le temps de&lt;i&gt; la post-d&#233;mocratie facho-compatible&lt;/i&gt;) ; puisque semble se banaliser la compatibilit&#233; des institutions d&#233;mocratiques, des modalit&#233;s d&#233;mocratiques de promotion des &#233;lites gouvernantes (le suffrage universel) et de la promotion de fascistes notoires (il suffit de les &#233;couter et d'entendre leurs promesses pour s'en convaincre) &#224; la t&#234;te de d&#233;mocraties repr&#233;sentatives d&#251;ment estampill&#233;es comme telles &#8211; c'est bien alors qu'une pi&#232;ce ma&#238;tresse a rompu (quelque chose comme la courroie de transmission dans un moteur de voiture automobile), dans la machine d&#233;mocratique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La tentation serait grande ici de s'adonner &#224; &#171; la blague &#187; &#224; la Brecht : puisqu'il s'av&#232;re que le suffrage universel est un dispositif suffisamment pernicieux pour ouvrir d&#233;sormais les portes du pouvoir &#224; des fascistes de pure souche &#8211; ne serait-il pas temps de le supprimer &lt;i&gt;pour sauver la d&#233;mocratie et ses institutions&lt;/i&gt; ? De revenir, du moins, au suffrage censitaire en s'en remettant &#224; la sagesse de ceux que Bernanos appelait les &lt;i&gt;Grands Citoyens&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Bernanos : Les enfants humili&#233;s (1940).&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ceux qui ont le sens des responsabilit&#233;s parce qu'ils ont un peu plus que leurs cha&#238;nes &#224; perdre et ne passent pas leurs soir&#233;es &#224; regarder Zemmour et Hanouna &#224; la t&#233;l&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la mesure-m&#234;me o&#249; les gardiens du dogme de l'insubstituabilit&#233; de la d&#233;mocratie de march&#233; sont dans l'absolue incapacit&#233; d'apporter une r&#233;ponse au d&#233;fi que constitue ce &#171; fait pol&#233;mique &#187; sur lequel vient se fracasser leur scolastique, la seule ligne de fuite qu'ils puissent envisager est &lt;i&gt;discursive&lt;/i&gt; : elle consiste &#224; construire une strat&#233;gie narrative dans laquelle les mots &#171; populisme &#187;, &#171; populistes &#187; vont se substituer &#224; &#171; fascisme &#187;, &#171; fascistes &#187;. Ce proc&#233;d&#233; d'euph&#233;misation a une longue barbe, comme on dit : c'est le m&#234;me qui, &#224; l'&#233;poque de la guerre froide, permettait, en d&#233;signant comme r&#233;gime &#171; autoritaires &#187; des dictatures sanglantes et infr&#233;quentables, de les fr&#233;quenter quand m&#234;me et de leur pr&#233;server leur statut de parties prenantes du &#171; monde libre &#187; (le Chili de Pinochet, la dictature de Park en Cor&#233;e...), donc d' &#171; amis &#187; des d&#233;mocraties occidentales &#8211; ceci par contraste et opposition avec les r&#233;gimes dits &#171; totalitaires &#187; &#8211; l'autre camp, &lt;i&gt;l'ennemi&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'euph&#233;misation des traits distinctement fascistes de la politique mise en &#339;uvre par les nouveaux venus susnomm&#233;s de la d&#233;mocratie de march&#233; virant au brun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tiens, justement : je vois que j'ai oubli&#233; dans mon &#233;num&#233;ration les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est ce qui va permettre aux vigiles du &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; d&#233;mocratique de s'&#233;tablir dans cette position pr&#233;tendument r&#233;aliste selon laquelle ces &lt;i&gt;leaders&lt;/i&gt; (le mot passe mieux en langue globale qu'en italien ou en allemand) sont un mal relatif dont il convient de s'accommoder et face auquel il importe de prendre patience &#8211; et non pas des &lt;i&gt;ennemis&lt;/i&gt; (de la d&#233;mocratie, des d&#233;mocrates). S'ils &#171; occupent &#187; les lieux et les espaces de pouvoir d&#233;mocratiques, c'est bien qu'ils sont par quelque trait &#171; d&#233;mocratiques &#187; &#8211; ce genre de sophisme. On objectera que l'on a rarement vu, dans le cours de l'histoire contemporaine, des occupations fascistes se temp&#233;rer, se mod&#233;rer, voir se convertir en leur contraire sous l'effet des conditions locales &#8211; mais ici comme ailleurs, les &#171; le&#231;ons de l'histoire &#187; sont &#224; g&#233;om&#233;trie variable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela pour dire que les mots &#171; populisme &#187;, &#171; populiste &#187; sont, dans ce contexte, non pas des m&#233;dicaments, des &#171; pharmak&#244;n &#187;, mais plus prosa&#239;quement, des pansements ou alors, peut-&#234;tre, des attelles. Des mots-tampons destin&#233;s &#224; ralentir l'&#233;rosion, si ce n'est l'&#233;croulement du discours de l&#233;gitimation de la d&#233;mocratie de march&#233;, plac&#233;e dans les rayons des supermarch&#233;s de la politique contemporaine sous l'&#233;tiquette &#171; d&#233;mocratie repr&#233;sentative &#187;. Ce dont la mont&#233;e au pouvoir des fascistes d&#233;mocratico-compatibles (ceux qui font l'&#233;conomie de la marche sur Rome et autres coups de force pour prendre tranquillement l'ascenseur du suffrage universel) est le r&#233;v&#233;lateur, s'il en fallait encore un, est clair et distinct : le m&#233;canisme &lt;i&gt;princeps&lt;/i&gt; de la d&#233;mocratie contemporaine n'est en aucun cas la repr&#233;sentation ni m&#234;me la d&#233;l&#233;gation, mais bien &lt;i&gt;la prise d'ascendant&lt;/i&gt;. Les &#233;lecteurs n'&#233;lisent pas des hommes et des femmes destin&#233;s &#224; les repr&#233;senter ou auxquels ils &#171; font confiance &#187; en raison de leurs qualit&#233;s suppos&#233;es, ils votent pour ceux qui sont parvenus &#224; exercer sur eux la plus forte emprise &#8211; au point, justement, de les incliner &#224; voter pour eux plut&#244;t que pour les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que la &#171; repr&#233;sentation &#187; ne soit que la fiction utile et une fable (ou un mythe) aussi fid&#232;le au fonctionnement effectif des d&#233;mocraties contemporaine que l'est le r&#233;cit de la fondation de Rome dans le l&#233;gendaire latin &#224; ce que l'on sait de ses conditions historiques &#8211; cela se voit toujours plus distinctement dans un pays comme le n&#244;tre : le pr&#233;sidentialisme &#224; outrance y a pour effet de renforcer toujours davantage le caract&#232;re pl&#233;biscitaire des &#233;lections destin&#233;es &#224; d&#233;signer le magistrat supr&#234;me qui constituent le pivot de toute la vie politique institutionnelle. Il est bien loin le temps o&#249; les gens votaient encore, pour une bonne part, en faveur d'un parti avec lesquels ils &#233;prouvaient des affinit&#233;s ou entretenaient des relations organiques en fonction de leur position dans les rapports sociaux. L'emporte d&#233;sormais (comme le montre de fa&#231;on exemplaire la derni&#232;re &#233;lection pr&#233;sidentielle), en France, le malin, l'agile, l'habile rh&#233;teur qui a su trouver le pli, s'engouffrer dans la br&#232;che lui permettant de prendre l'ascendant sur ses concurrents et de s'assurer d'un (tout provisoire) ascendant sur une majorit&#233; d'&#233;lecteurs (&#171; majorit&#233; &#187; est d'ailleurs ici aussi, &#224; prendre les choses rigoureusement, une fiction utile, une convention narrative &#8211; il y a bien longtemps qu'il n'y a plus, en d&#233;mocratie de march&#233;, de &lt;i&gt;vraies majorit&#233;s&lt;/i&gt;, pour ne pas dire de citoyens, pour ne pas dire de gens vivant dans ce pays...). Pour le reste, quant &#224; dire de qui ce Bonaparte en culottes courtes surgi de nulle part serait, &#224; rigoureusement parler le &lt;i&gt;repr&#233;sentant&lt;/i&gt;, c'est l&#224; une t&#226;che devant laquelle la politologie la plus conqu&#233;rante pr&#233;f&#233;rera se d&#233;rober.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cela que l'arriv&#233;e aux affaires des Trump et Cie &#233;claire d'une lumi&#232;re crue et blafarde &#224; la fois &#8211; l'efficace premi&#232;re de ce m&#233;canisme de la prise d'ascendant. Elu avec quelques centaines de milliers de voix de moins que sa concurrente, Trump n'en remporte pas moins une victoire &#233;crasante &#224; l'issue d'un vrai &lt;i&gt;Blitzkrieg&lt;/i&gt; rh&#233;torique &#8211; les Blancs d&#233;class&#233;s, appauvris, endett&#233;s, d&#233;sorient&#233;s embo&#238;tent le pas au millionnaire new-yorkais, envo&#251;t&#233;s par les paroles all&#232;gres de son chant de marche vengeur &#8211; &lt;i&gt;America first&lt;/i&gt; !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce point l'essai de Mikkel Bolt Rasmussen : Trump's (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est dans ce pr&#233;sent o&#249; il s'av&#232;re que la fable de la repr&#233;sentation craque sous toutes ses coutures et s'efface devant la sc&#232;ne r&#233;elle (celle o&#249; il saute aux yeux que les d&#233;magogues n&#233;o-fascistes excellent d&#233;sormais &#224; prendre l'ascendant sur le public &lt;i&gt;more democratico&lt;/i&gt;) que s'impose l'urgence de r&#233;&#233;crire sur le premier coin de table venu les Evangiles de la d&#233;mocratie de march&#233;. Et c'est dans cette fi&#232;vre qu'ont surgi comme le g&#233;nie de la lampe d'Aladin, les deux mots magiques &#8211; populisme, populiste... Le populisme aux affaires, c'est&lt;i&gt;le fascisme &#224; visage humain&lt;/i&gt; de nos logographes, celui avec lequel il y a toujours moyen de s'arranger &#8211; apr&#232;s tout, n'est-ce pas, il n'y a peut-&#234;tre pas que du mauvais, n'est-ce pas, dans le ton nouveau inaugur&#233; par Trump, dans ses relations avec l'envahissante Chine... ? Il suffit de voir la rapidit&#233; avec laquelle les journaux de la bien-pensance d&#233;mocratique (tel &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;) se sont accommod&#233;s de Trump, la fa&#231;on dont leur l&#233;gendaire &#171; r&#233;alisme &#187; a ploy&#233; le genou devant l'intol&#233;rable, non sans le soupir r&#233;glementaire de la cr&#233;ature afflig&#233;e, &lt;i&gt;id est&lt;/i&gt; comme la bourgeoisie fran&#231;aise s'est jadis accommod&#233;e de l'Occupation allemande apr&#232;s la d&#233;faite de juin 1940, il suffit de le voir pour prendre la mesure de l'enjeu discursif du &#171; populisme &#187; &#8211; le populisme de gouvernement, c'est incommodant mais supportable, &#224; la diff&#233;rence donc de ce fascisme, avec lesquels l'on n'est pas cens&#233; pactiser...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une modalit&#233; courante de la question insoluble que pose &#224; la th&#233;odic&#233;e d&#233;mocratique d'aujourd'hui la mont&#233;e en puissance des fascismes d&#233;mocratiques ou d&#233;mocratico-compatibles, c'est l'argument de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;, de la dissemblance &#8211; c'est qu'&#233;videmment, &#224; quantit&#233;s d'&#233;gards les cuv&#233;es fascistes d'aujourd'hui sont tr&#232;s diff&#233;rentes de celles d'hier, celles des ann&#233;es 20, 30 et 40 du si&#232;cle dernier en particulier. Mais c'est l&#224; un tour purement sophistique du raisonnement : le fait que les flux fascistes qui traversent nos soci&#233;t&#233;s (et cristallisent de plus en plus dans des formes gouvernementales et institutionnelles) surviennent dans des conditions, des configurations en effet tr&#232;s &#233;loign&#233;es de celles de la premi&#232;re moiti&#233; du XX&#176; si&#232;cle, ce fait m&#234;me ne change rigoureusement rien &#224; cette pure &#233;vidence : &lt;i&gt;un &#233;nonc&#233; fasciste est un &#233;nonc&#233; fasciste, une action fasciste est une action fasciste, un fasciste est un fasciste&lt;/i&gt;. Je veux dire, le fait que Salvini soit loin d'&#234;tre la copie conforme de Mussolini et que sa marche au pouvoir ait &#233;t&#233; un long fleuve tranquille au long des urnes plut&#244;t qu'une aventureuse marche sur Rome n'y change rien : le type qui emporte une &#233;lection en axant toute sa campagne sur la promesse que les migrants seront impitoyablement rejet&#233;s &#224; la mer, que ceux qui les aident seront impitoyablement ch&#226;ti&#233;s et qui, arriv&#233; aux affaires, joint aussit&#244;t le geste &#224; la parole (&lt;i&gt;veni, dixi, feci !&lt;/i&gt;) est &lt;i&gt;un pur fasciste&lt;/i&gt;. C'est sur ce que disent et font ces gens-l&#224;, sur les flux qu'ils chevauchent, les passions mortif&#232;res qu'ils attisent et les agr&#233;gats qu'ils suscitent que doivent &#234;tre &#233;valu&#233;s et non pas sur de doctes comparaisons dont le r&#233;sultat est forc&#233;ment escompt&#233; d'avance &#8211; l'histoire ne se r&#233;p&#232;te pas &#224; l'identique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il existe, y compris dans les milieux qui se pensent radicaux et de forte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenez-les tous les uns apr&#232;s les autres et l'&#233;vidence s'en imposera : il n'est aucun d'eux dont la rh&#233;torique et les annonces (puis les actes quand ils arrivent au pouvoir) ne soient pas avant tout agenc&#233;es sur un d&#233;sir d'&#233;puration, d'exclusion, de pers&#233;cution &#8211; de mort. Et le &#171; peuple &#187; qui va avec eux, ce sont les milices blanches qui patrouillent le long de la fronti&#232;re entre les Etats-Unis et le Mexique pour d&#233;busquer les migrants latinos clandestins, les colons qui abattent les oliviers des paysans palestiniens en Cisjordanie occup&#233;e, les courageux qui ratonnent des Africains isol&#233;s en Italie du Nord, ou bien s&#251;r, pour ne pas oublier notre beau pays, les cr&#233;tins dit identitaires qui s'en vont monter la garde aux fronti&#232;res du c&#244;t&#233; de Brian&#231;on... Dans cet emploi fourre-tout et opportuniste, les mots &#171; populiste &#187; et &#171; populisme &#187; servent &#224; ne pas appeler un chat un chat quand ces gens-l&#224; arrivent aux affaires et &#224; s'&#233;viter, en cons&#233;quence, d'avoir &#224; faire les d&#233;clarations d'hostilit&#233; qui s'imposeraient pourtant mais qui, bien s&#251;r, mettraient cul par-dessus t&#234;te toute la discursivit&#233; &lt;i&gt;d&#233;mocratologique&lt;/i&gt; : comment nommer, d&#233;signer en effet une &#171; d&#233;mocratie &#187; gouvern&#233;e en tout ou en partie par des fascistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#171; d&#233;mocrates &#187; n'ont pas d'ennemis, ils n'ont que des adversaires &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; examiner les choses avec attention, on d&#233;couvre que les termes &#171; populisme &#187;, &#171; populiste &#187; sont des &lt;i&gt;Janus bifrons&lt;/i&gt; &#8211; ils n'ont pas, &#224; proprement parler, deux t&#234;tes, mais plut&#244;t &lt;i&gt;deux visages&lt;/i&gt;. C'est ce qui leur permet de se d&#233;ployer dans deux directions non seulement distinctes, mais dans une large mesure oppos&#233;es. D'une part, nous l'avons vu, organiser discursivement les conditions de la cohabitation en d&#233;pit de tout de la l&#233;gitimit&#233; et de la continuit&#233; d&#233;mocratiques et des pulsions fascistes cristallis&#233;es en forces gouvernementales. Et de l'autre, d&#233;signer le &lt;i&gt;bouc &#233;missaire&lt;/i&gt; auquel faire endosser la responsabilit&#233; de cette situation m&#234;me &#8211; la mont&#233;e au pouvoir d'&#233;nergum&#232;nes ne respectant aucune des conditions minimales de la &lt;i&gt;common decency&lt;/i&gt; dans la vie politique institutionnelle, dans les relations entre Etats&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un ph&#233;nom&#232;ne distinctement genr&#233;, notons-le au passage, et qui, du coup, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L&#224; aussi, la sophistique m&#233;diatique et politicienne s'en donne &#224; c&#339;ur joie : le populisme, c'est cette irresponsabilit&#233; du citoyen frustr&#233;, d&#233;sorient&#233; et qui, c&#233;dant &#224; ses humeurs, s'abandonne au chant des sir&#232;nes des d&#233;magogues, des aventuriers, des charlatans surfant sur le malaise ambiant pour tailler des croupi&#232;res aux partis traditionnels et changer les r&#232;gles du jeu de la politique institutionnelle, en produisant sciemment toutes sortes de &#171; courts-circuits &#187;. En bref, le populisme, c'est le peuple des votants devenu irresponsable, vindicatif, mettant en danger les institutions &#8211; en cong&#233;diant les partis traditionnels et les &#233;lites l&#233;gitim&#233;es. Nouvelles rencontre avec Brecht, donc : que faire, diable, d'un peuple de plus en plus distinctement enfonc&#233;, engonc&#233; dans son irresponsabilit&#233; &#8211; &lt;i&gt;si ce n'est le dissoudre&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; mont&#233;e des populismes &#187;, ce sont les citoyens qui ne se montrent pas &#224; la hauteur de la situation, les &#171; gens &#187; qui, perdant le nord, dans les conditions difficiles du pr&#233;sent (&#171; la crise &#187;, toujours &#171; la crise &#187;), d&#233;m&#233;ritent et, pour un peu, nous feraient regretter les temps heureux du suffrage censitaire. Ce ne sont pas les partis-Etat, les partis-d&#233;mocratie de march&#233;, les &#233;lites nomenklaturistes qui les ont jet&#233;s dans les bras de ces p&#232;lerins du n&#233;ant prompts &#224; les s&#233;duire &#224; coup de f&#234;tes sauvages promises et de radicales &#233;purations annonc&#233;es. Ou alors, si l'on admet du bout des l&#232;vres que les carences de ces partis de gouvernement dits &#171; traditionnels &#187; font le lit des populistes de gouvernement, ce sera pour soutenir sans &#233;tat d'&#226;me les solutions de rechange fond&#233;es sur le recyclage de ce qui peut &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233; sur les ruines de ces partis &#8211; Macron, comme chiffonnier arm&#233; de son crochet et expert &#224; tirer des d&#233;combres quelques barons de la droite de droite et de la droite de gauche, dont il fera des ministres et un parti en kit &#8211; ultime barrage &#233;rig&#233; contre le populisme de gouvernement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui, en France, complique un peu l'op&#233;ration consistant &#224; noyer le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le populisme &#187;, comme ressort de l'op&#233;ration discursive destin&#233;e &#224; esquiver la question du diagnostic (o&#249; en est la d&#233;mocratie de march&#233; comme r&#233;gime de la politique contemporaine ?), c'est ce qui va permettre d'asseoir l'id&#233;e que ce sont les &#233;lites et les gouvernants qui sont, dans les d&#233;mocraties, d&#233;&#231;us et de plus en plus souvent &#171; trahis &#187; par &#171; les gens &#187; (les cochons de votants), plut&#244;t que l'inverse : non, mais, quelle mouche a donc piqu&#233; ces dizaines de millions de Br&#233;siliens du peuple d'en bas qui sont all&#233;s &#233;lire ce gorille, nostalgique de la dictature militaire &#8211; lequel, au nom de la lutte contre la criminalit&#233;, annonce sans d&#233;tour qu'il pi&#233;tinera all&#232;grement les libert&#233;s publiques ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour comprendre comment on passe de Lula &#224; un type qui, pour seule consolation, propose les escadrons de la mort, il faut &#233;videmment saisir ce qu'est une esp&#233;rance populaire (tout autre chose qu'un bouquet de vagues espoirs) humili&#233;e, pi&#233;tin&#233;e. Il faut comprendre que la transformation, dans un pays comme le Br&#233;sil, d'un parti de l'esp&#233;rance comme le PT en machine de pouvoir incomp&#233;tente et corrompue, opportuniste, magouilleuse, menteuse &#8211; et peupl&#233;e dans ses &#233;chelons &#233;lev&#233;s d'une nomenklatura d'ex-intellectuels gauchistes mu&#233;s en parvenus experts dans l'enrichissement ill&#233;gal &#8211; c'est quand m&#234;me autre chose que les palinodies ou m&#234;me, si l'on veut, les trahisons d'un Hollande ou les forfaitures arrogantes d'un Tony Blair... L'esp&#233;rance pl&#233;b&#233;ienne d'un peuple &#224; ce point tromp&#233;e, &#231;a se paie au prix fort &#8211; ce geste nihiliste collectif consistant &#224; hisser sur le pavois un fasciste d&#233;clar&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand bien m&#234;me on ne retiendrait pas les affaires de corruption comme le facteur premier &#224; avoir suscit&#233; le grand d&#233;go&#251;t des milieux populaires et conduit &#224; l'&#233;lection de Bolsonaro, le fait massif auquel il faudrait faire face serait bien celui-ci : avec la chute fracassante du PT comme parti de gouvernement, n'est-ce pas &lt;i&gt;toute une strat&#233;gie de colonisation ou d'occupation du pouvoir&lt;/i&gt; par des forces politiques se disant porteuses d'alternatives globales et de programmes de changement radicaux qui s'effondre ? N'a-t-on pas vu se d&#233;gager sur cette sc&#232;ne o&#249;, inexorablement, de la d&#233;position de Dilma Rousseff, l'inculpation de Lula &#224; l'&#233;lection dans un fauteuil de Bolsonaro, tout s'encha&#238;ne, se d&#233;gager quelque chose comme un &lt;i&gt;paradigme br&#233;silien&lt;/i&gt; ? Et tous ces mouvements d'indignation, toutes ces crises convulsives, tous ces affectations d'incr&#233;dulit&#233; navr&#233;es qui se donnent libre cours quand se dessine puis se confirme l'effectivit&#233; du pire des sc&#233;narios possibles, tous ces exorcismes agenc&#233;s autour de la formule sacramentelle &#8211; &#171; mais comment de telles choses sont-elles donc (encore) possibles ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin : &#171; Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire &#187;.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &#8211; la &#171; chose &#187; &#233;tant le surgissement du diable &lt;i&gt;populiste&lt;/i&gt; hors du chaudron de sorci&#232;re de la politique br&#233;silienne &#8211; toute cette agitation assourdissante se destine-t-elle vraiment &#224; autre chose qu'&#224; tout faire pour &#233;viter d'avoir &#224; le regarder en face, dans les yeux, ce &lt;i&gt;paradigme br&#233;silien&lt;/i&gt; ? Ce &lt;i&gt;crash-test&lt;/i&gt; en grandeur nature &#224; l'occasion duquel vient voler en &#233;clat la strat&#233;gie de ce pseudo-radicalisme baptis&#233; par certains &#171; populisme de gauche &#187; et qui consiste &#224; tout miser sur la formation d'un bloc h&#233;g&#233;monique cr&#233;ant les conditions d'une &lt;i&gt;radicalisation de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt; via la conqu&#234;te du pouvoir (l'occupation de l'Etat) par la voie des urnes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chantal Mouffe : Pour un populisme de gauche, Albin Michel (2018).&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Que leur faut-il de plus, apr&#232;s le passage de Syriza sous les fourches caudines des diktats aust&#233;ritaires bruxellois, apr&#232;s la noyade de Podemos dans les mar&#233;cages de la politique politicienne espagnole, apr&#232;s que l'on a pris la mesure des pagnolades et autres donquichotteries m&#233;lanchonesques &#8211; que leur faut-il de plus que le naufrage br&#233;silien pour comprendre qu'il en faudrait un peu plus qu'un &#171; populisme de gauche &#187; (et de gouvernement) pour reconfigurer une politique de l'&#233;mancipation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire &#224; ce titre que le livre-programme de Chantal Mouffe est vraiment l'une des choses les plus path&#233;tiques qui nous aient &#233;t&#233; donn&#233; de lire ces derniers temps. Voici en effet une philosophe du politique s'autorisant avec insistance de son travail commun de longue haleine avec Ernesto Laclau, lui-m&#234;me auteur d'un ouvrage de r&#233;f&#233;rence se destinant &#224; revitaliser le concept de populisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On Populist Reason, Verso (2005) &#8211; La raison populiste, Seuil (2008) &#8211; je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et qui se met en t&#234;te de s'&#233;tablir dans la position v&#233;n&#233;rable du (de la) philosophe entendu comme &lt;i&gt;conscience r&#233;flexive&lt;/i&gt; de courants et mouvements qui, dans le pr&#233;sent de la politique europ&#233;enne, portent l'estampille de la radicalit&#233; ; soit le r&#244;le le plus ringard et, dirait Deleuze, carr&#233;ment comique, dans lequel puisse pr&#233;tendre aujourd'hui un(e) philosophe du politique (&#224; supposer m&#234;me qu'une telle d&#233;nomination ait une quelconque consistance...) : celle du-de la philosophe qui &lt;i&gt;pense&lt;/i&gt; ce que font les mouvements, se formant et agissant par impulsion, affectivement, mais bien incapables par d&#233;finition de se doter du &lt;i&gt;concept&lt;/i&gt; (Concept ?) de leurs gestes et conduites. Il faudrait donc un(e) philosophe l&#224; o&#249; ces radicaux &lt;i&gt;feraient du populisme de gauche sans le savoir&lt;/i&gt; (comme M. Jourdain, etc.), et avant que Chantal Mouffe ne leur explique, du point de vue de la philosophie, ce qu'ils font. C'est, somme toute, la version d&#233;mocratique et contemporaine des aventures de Platon aupr&#232;s du tyran de Syracuse &#8211; des aventures qui, comme nous l'enseigne la fameuse Lettre VII du susnomm&#233;, sont vou&#233;es &#224; tourner &#224; la m&#233;saventure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernesto Laclau &#233;tant arriv&#233; trop tard pour &#234;tre le Machiavel du G&#233;n&#233;ral (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Chantal Mouffe, il est vrai, ne se retrouve pas comme son illustre pr&#233;d&#233;cesseur, dans un cul-de-basse-fosse &#8211; simplement, mais impitoyablement &#233;chou&#233;e sur le sable des d&#233;mentis cinglants apport&#233;s par le cours des choses &#224; la perspective strat&#233;gique dont elle s'est faite la missionnaire : Syriza dans les choux (de Bruxelles), Podemos en affaires avec le sinistre PSOE, M&#233;lenchon plus caricaturale parodie des orateurs lambertistes des ann&#233;es 1970 que jamais &#8211; toute cette nomenklatura de la &#171; radicalit&#233; &#187; de gouvernement europ&#233;enne avec laquelle elle adore s'afficher...&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cela le path&#233;tique de la situation d'un livre qui, dans le temps m&#234;me o&#249; il se publie et se diffuse comme un &lt;i&gt;manifeste&lt;/i&gt;, s'est trouv&#233; int&#233;gralement r&#233;cus&#233; par le pr&#233;sent, dans ses grandes lignes comme dans les d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre, apr&#232;s tout, qu'il est une justice immanente, prompte &#224; s'exercer dans le cours des choses m&#234;me. Comme dirait Deleuze, quand la philosophie se met &#224; parler &lt;i&gt;dans les mots&lt;/i&gt; des journalistes et des gouvernants, &#224; partager les &#233;nonc&#233;s premiers de ceux-ci, c'est qu'il y a quelque chose qui ne va pas &#8211; et la r&#233;alit&#233; ne tarde pas &#224; se venger... Et en effet, l'&#233;cart que tente de construire Chantal Mouffe avec la doxa n&#233;o-lib&#233;rale en se faisant l'avocate d'un &#171; populisme de gauche &#187; est, au fond, de peu de poids en comparaison de ce qui constitue le socle commun &#224; sa proposition et &#224; l'id&#233;ologie des premiers : le culte de l'Etat, l'acceptation sans discussion des notions 100% doxiques de &#171; droite &#187; et de &#171; gauche &#187;, le go&#251;t des chefs et le culte du leadership, l'horreur des &#171; extr&#234;mes &#187;, l'ind&#233;fectible attachement &#224; la forme parti, le culte f&#233;tichiste de &#171; la d&#233;mocratie repr&#233;sentative &#187;, l'horreur de la d&#233;mocratie directe, l'inusable mantra &#171; progressiste &#187;, etc. La r&#233;orientation de la politique, d&#233;finie comme une &#171; autre fa&#231;on de faire de la politique &#187; se r&#233;duit aux dimensions de ce qu'elle d&#233;signe, en disciple attard&#233;e de Jaur&#232;s, comme un &#171; r&#233;formisme radical &#187; ou, ce qui donne une petit id&#233;e de la consistance conceptuelle de toute l'op&#233;ration, &#171; un r&#233;formisme r&#233;volutionnaire &#187;. Derri&#232;re la magie des mots, la passion de l'Etat, de son investissement, de sa colonisation &#8211; un si&#232;cle et davantage d'histoire du r&#233;formisme europ&#233;en effac&#233;s sur l'ardoise magique de la m&#233;moire politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le motif de la &#171; radicalisation &#187; de la d&#233;mocratie n'est que le truchement d'un r&#233;formisme relook&#233; (plut&#244;t que &#171; resignifi&#233; &#187;, selon l'ambitieux vocabulaire de Chantal Mouffe) et dop&#233; aux hormones du populisme, ceci dans un temps (une &#233;poque) o&#249; le basculement du paradigme keyn&#233;sien dans le n&#233;o-lib&#233;ralisme ass&#232;che toutes les r&#233;serves et sape toutes les bases de man&#339;uvre du r&#233;formisme traditionnel. Avec &lt;i&gt;Pour un populisme de gauche&lt;/i&gt;, ce qui &#233;tait un bon livre de philosophie (&lt;i&gt;On Populist Reason&lt;/i&gt;), discutable en tous points, comme il se doit, mais lest&#233; de toutes sortes de propositions de pens&#233;e, se trouve rabaiss&#233; au niveau d'un m&#233;mento, d'un pense-b&#234;te destin&#233; &#224; fournir au gotha des radicaux de gouvernements press&#233;s (et qui hantent les sc&#232;nes publiques europ&#233;ennes) les &#233;l&#233;ments de langage philosophique qui leur font cruellement d&#233;faut. Un livre compl&#232;tement hors-sol, dans les configurations politiques du pr&#233;sent et qui, invoquant les noms de Machiavel et Gramsci, ne fait que du Bernstein piment&#233; par Laclau ; ceci, notamment, en prenant bien garde d'&#233;viter toutes les questions qui f&#226;chent &#8211; les politiques migratoires, la lutte contre les fascistes de gouvernement, le n&#233;o-imp&#233;rialisme des d&#233;mocraties occidentales, l'&#233;dification d'un Etat de police, etc. C'est qu'il s'agit de ne s'engager &#224; rien qui soit susceptible de donner une tournure trop... radicale au radical-populisme de gouvernement &#8211; notamment sur la question des politiques migratoires &#8211; un motif sur lequel on a vu plus ou moins r&#233;cemment un M&#233;lenchon commencer &#224; l&#226;cher du lest, comme pour prendre date : le jour o&#249; les Insoumis seront aux affaires et Chantal Mouffe &#224; M&#233;luche ce que Giddens fut &#224; Blair, la France continuera sur sa lanc&#233;e &#224; &lt;i&gt;ne pas accueillir toute la mis&#232;re du monde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en faudrait donc &lt;i&gt;un peu davantage&lt;/i&gt; qu'une r&#233;affectation et une &#171; resignification &#187; du terme populiste pour d&#233;finir les lin&#233;aments d'une &lt;i&gt;toute autre fa&#231;on de faire de la politique&lt;/i&gt;. Une telle rupture passe certes par la critique sans rel&#226;che de la langue de la domination et de la phras&#233;ologie des pouvoirs. Mais elle tourne court si elle consiste &#224; retrouver le bon visage de ce que les stakhanovistes du pastorat d&#233;mocratique s'acharnent &#224; d&#233;crier et discr&#233;diter. On ne fonde pas une nouvelle politique sur des notions corrompues &#8211; un &#171; populisme de gauche &#187; &#8211; &lt;i&gt;populiste&lt;/i&gt; comme qui ? Tsipras qui, en guise de &lt;i&gt;radicalisation de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, vendit aux Grecs le slogan &#171; l'aust&#233;rit&#233; ou le chaos &#187; ? De gauche comme qui ? &lt;i&gt;Die Linke&lt;/i&gt; qui, sur la question de l'immigration, s'est trouv&#233;e saisie par des &#233;tats d'&#226;me prometteurs de tous les reniements, les circonstances aidant ? Plut&#244;t que le &#171; moment populiste &#187; sorti de l'imagination de Chantal Mouffe, la conjoncture pr&#233;sente ne serait-elle pas faite en premier lieu du rejet par &#171; les gens &#187; de tout ce qui s'apparenterait au recommencement des palinodies d'une gauche au pouvoir, f&#251;t-elle d&#251;ment radicalis&#233;e et populistement correcte &#8211; la seule chose dont nous puissions &#234;tre assur&#233;s si, de la mani&#232;re la plus improbable qui soit, son sc&#233;nario commen&#231;ait &#224; prendre consistance... ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Distinctement, un mouvement comme celui des gilets jaunes, avec sa tonalit&#233; anti-partis, anti-&#233;lites, anti-Etat centraliste et autoritaire, est port&#233; et travers&#233; par des flux contradictoires : l'aspiration au renversement du paradigme violemment in&#233;galitaire tel qu'il prosp&#232;re sous l'&#233;gide du n&#233;o-lib&#233;ralisme (l'aspiration &#224; l'&#233;galit&#233;, donc), mais aussi des pulsions vindicatives, autochtonistes, &#233;puratrices (des affects fascistes, donc). C'est le peuple qui se divise contre lui-m&#234;me, plut&#244;t que l'affrontement du &#171; populisme de droite &#187; et du &#171; populisme de gauche &#187;. Dans la situation pr&#233;sente, aucune reconfiguration de la formation h&#233;g&#233;monique ne se d&#233;gage clairement. C'est cela m&#234;me qui rend la situation pr&#233;sente si n&#233;buleuse, ind&#233;chiffrable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que faire d'autre en un tel temps que travailler &#224; la plus active, la plus joyeuse et la plus prolif&#233;rante des &lt;i&gt;d&#233;fections&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Brossat (28/11/2018)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les gens de m&#233;dias (couramment : les journalistes) et les gens de l'Etat (couramment : ceux qui &#171; gouvernent &#187; ou aspirent &#224; le faire) se livrent &#224; une bataille f&#233;roce et perp&#233;tuelle pour la conduite de l'opinion. En revanche, ils diff&#232;rent rarement sur le fond quant &#224; la fa&#231;on de nommer les choses, quant &#224; la fa&#231;on d'agencer les discours sur le monde &#8211; ils s'accordent sur les mots-cl&#233;s. Une des raisons, pas la seule, en est qu'ils sont souvent issus des m&#234;mes moules &#8211; Sciences Po, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouve ce terme chez Claude Lefort, notamment, dont le seul tort fut de l'avoir assign&#233; aux seuls r&#233;gimes totalitaires. Or le pr&#233;sent de la &#171; total-d&#233;mocratie &#187; d&#233;montre avec suffisamment d'&#233;clat que si ce mot a pu s'appliquer &lt;i&gt;passag&#232;rement&lt;/i&gt; aux r&#233;gimes totalitaires, dans le temps limit&#233; de leur dur&#233;e, il s'applique &lt;i&gt;structurellement&lt;/i&gt; aux d&#233;mocraties dites lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor Klemperer l'a montr&#233; de fa&#231;on in&#233;gal&#233;e dans &lt;i&gt;LTI, la langue du III&#176; Reich&lt;/i&gt;, Albin Michel (Agora, 2003).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il fait m&#234;me mieux aujourd'hui : il les asperge de gaz et leur balance des grenades asphyxiantes sur le c&#244;t&#233; mexicain de la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Bernanos : &lt;i&gt;Les enfants humili&#233;s&lt;/i&gt; (1940).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tiens, justement : je vois que j'ai oubli&#233; dans mon &#233;num&#233;ration les n&#233;o-fascistes autrichiens, des vrais bruns de v&#233;n&#233;rable tradition, ceux-l&#224;, et dont le bras semble toujours pr&#234;t &#224; se tendre compulsivement vers l'avant et vers le haut, comme dans &lt;i&gt;Dr Folamour&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce point l'essai de Mikkel Bolt Rasmussen : &lt;i&gt;Trump's Counter-Revolution&lt;/i&gt;, Zero Books (2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il existe, y compris dans les milieux qui se pensent radicaux et de forte teinture marxiste voire anarchiste, une perp&#233;tuelle tentation de l'expertise historiciste, et qui, au nom de savantes analyses historiques de ce que furent les fascismes du XX&#176; si&#232;cle, fait rempart de son corps devant toute r&#233;flexion sur le pr&#233;sent et le devenir du fascisme dans nos soci&#233;t&#233;s &#8211; sur l'actualit&#233; du motif fasciste. Mais expertise historique, aussi savante soit-elle, n'est pas raison, elle est plut&#244;t, en la mati&#232;re, incapacit&#233; de s'extraire du r&#244;le de conservateur des antiquit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#171; d&#233;mocrates &#187; n'ont pas d'ennemis, ils n'ont que des adversaires &#8211; c'est ce qui leur permet de cohabiter sans heurts avec les n&#233;o-fascistes et de trouver bien des m&#233;rites au mar&#233;chal Sissi et bien des excuses au prince sanglant qui pr&#233;side aux destin&#233;es de l'Arabie Saoudite. Les djihadistes de Syrie ou du Sahel ne sont pas des ennemis, ce sont des nuisibles &#224; &#233;liminer ou &#224; &#171; neutraliser &#187;, comme l'&#233;crit &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;. Simplement, le jour o&#249; les marines chinoise et &#233;tats-unienne s'affronteront en Mer de Chine, ils red&#233;couvriront que l'on ne saurait, tous comptes faits, vivre sans ennemis &#8211; et ce sera pour s'aligner comme des toutous derri&#232;re Trump ou son successeur...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un ph&#233;nom&#232;ne distinctement genr&#233;, notons-le au passage, et qui, du coup, fait signe &#224; ce titre en direction du fascisme : des &lt;i&gt;dames de fer ultra-lib&#233;rales&lt;/i&gt;, ultra-conservatrices ou nationalistes, on en trouve &#224; la pelle &#224; la t&#234;te des Etats, par les temps qui courent, des &#233;quivalents de Trump ou Duerte, beaucoup moins.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui, en France, complique un peu l'op&#233;ration consistant &#224; noyer le poisson fasciste dans la bassine du &#171; populisme &#187;, c'est &#233;videmment le fait connu de tous que Marine est la fille de son p&#232;re, lequel est tomb&#233; tout petit dans... les &#171; d&#233;tails de l'histoire &#187;... Les dirigeants du FN pourront rebaptiser vingt fois leur parti et br&#251;ler tous les cierges qu'ils voudront sur les autels de la R&#233;publique &#8211; ils ne pourront jamais effacer cette tache ind&#233;l&#233;bile sur la g&#233;n&#233;alogie de leur parti. C'est pour cette raison m&#234;me que les promoteurs de la fable passe-partout de la &#171; mont&#233;e du populisme &#187; s'attachent sans rel&#226;che, en France, &#224; accr&#233;diter l'id&#233;e que deux versions du populisme, &#233;galement nocives, s'y font face &#8211; un populisme de droite (Marine et son singe Dupont-Aignan) et un de gauche (le spasmodique M&#233;luche et sa garde pr&#233;torienne). Cette police discursive des &#233;quivalences qui d&#233;marque la fa&#231;on dont la droite s'attache traditionnellement &#224; criminaliser &#171; le communisme &#187; en pla&#231;ant un signe d'&#233;galit&#233; entre le goulag et Auschwitz en dit suffisamment long sur la consistance de ces nouveaux gimmicks de la pens&#233;e lib&#233;rale &#8211; &#171; populisme &#187;, &#171; populiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin : &#171; Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chantal Mouffe : &lt;i&gt;Pour un populisme de gauche&lt;/i&gt;, Albin Michel (2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;On Populist Reason&lt;/i&gt;, Verso (2005) &#8211; &lt;i&gt;La raison populiste&lt;/i&gt;, Seuil (2008) &#8211; je veux dire le seul livre de philo-sophie politique qui, &#224; distance des approches politologiques et journalistiques, tente de faire de la notion de populisme un concept et &#224; analyser rigoureusement les op&#233;rations politiques auxquelles il se rattache. Pour une pr&#233;sentation et une discussion des th&#232;ses de ce livre, on pourra se reporter aux textes de &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/voyons-ou-la-philo-mene/article/ernesto-laclau-la-raison&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fr&#233;d&#233;ric Astier&lt;/a&gt; et d'&lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/politique-et-subjectivation/article/le-partage-du-politique-pour&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alain Naze&lt;/a&gt; sur ce m&#234;me site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernesto Laclau &#233;tant arriv&#233; trop tard pour &#234;tre le Machiavel du G&#233;n&#233;ral Peron, Chantal Mouffe tente de rattraper l'occasion perdue en s'imposant comme celui (celle) de Pablo Iglesias et Jean-Luc M&#233;lenchon... Le &#034;populisme de gauche&#034; prend les M&#233;dicis qu'il trouve...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Pas nazi pour un sou&#8230; &#187; Le dessinateur Marsault, victime de l'intol&#233;rance des bien-pensants ?</title>
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		<dc:date>2018-10-17T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;dric Cagnat</dc:creator>


		<dc:subject>fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>discours identitaire</dc:subject>
		<dc:subject>industries culturelles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment, Fran&#231;ais, c'est bien vrai que, chez vous, &#171; on ne peut plus rien dire ! &#187;. Votre pays s'enfonce tous les jours un peu plus dans l'obscurantisme de la pens&#233;e unique. La censure, Fran&#231;ais, s&#233;vit de toutes parts &#8211; dans la patrie de Voltaire ! Le camp du Bien, celui de l'ang&#233;lisme cosmopolite, remporte ces derniers temps bataille sur bataille. Bient&#244;t, ceux qui s'obstinent &#224; ne pas vouloir regarder la r&#233;alit&#233; en face, auront gagn&#233; la guerre. Alors, Fran&#231;ais, il sera trop tard. Ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=107" rel="tag"&gt;industries culturelles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment, Fran&#231;ais, c'est bien vrai que, &lt;i&gt;chez vous&lt;/i&gt;, &#171; on ne peut plus rien dire ! &#187;. Votre pays s'enfonce tous les jours un peu plus dans l'obscurantisme de la &lt;i&gt;pens&#233;e unique&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La censure, Fran&#231;ais, s&#233;vit de toutes parts &#8211; dans la patrie de Voltaire ! Le &lt;i&gt;camp du Bien&lt;/i&gt;, celui de l'ang&#233;lisme cosmopolite, remporte ces derniers temps bataille sur bataille. Bient&#244;t, ceux qui s'obstinent &#224; &lt;i&gt;ne pas vouloir regarder la r&#233;alit&#233; en face&lt;/i&gt;, auront gagn&#233; la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, Fran&#231;ais, il sera trop tard. Ce sera la domination sans partage du &#171; parti de l'Autre &#187; &#8211; comme dit avec sagacit&#233; l'un de vos plus brillants acad&#233;miciens &#8211; le r&#232;gne de &lt;i&gt;ceux qui n'aiment pas la France&lt;/i&gt;. Un r&#232;gne de mille ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non, Fran&#231;ais, la France n'est pas un pays raciste. Je vous connais, vous &#234;tes super sympas. Et vous avez des copains noirs et arabes. Ne c&#233;dez pas &#224; ce chantage. La doxa multiculturelle n'est pas encore parvenue &#224; &#233;touffer enti&#232;rement les voix dissidentes, mais elle a d&#233;j&#224; fait beaucoup de d&#233;g&#226;t : Jean-Marie Le Pen n'a pu &#233;couler que 100 000 exemplaires du premier tome de ses &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; ; et le subtil Eric Zemmour n'est demeur&#233; n&#176;1 des ventes, tous genres confondus, qu'une toute petite semaine&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Si vous n'y prenez garde, le phare grandiose de l'Esprit fran&#231;ais cessera bient&#244;t d'illuminer le reste du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais, vos ennemis ne connaissent point de limite. Voil&#224;-t'y pas qu'ils s'attaquent maintenant aux Arts &#8211; au pays de Moli&#232;re ! A la Beaut&#233; ! A l'Esth&#233;tique&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre que certains d'entre vous ne connaissent pas encore le dessinateur Marsault ? C'est pourtant, dans la cat&#233;gorie BD, l'un des plus gros succ&#232;s de librairie de ces cinq derni&#232;res ann&#233;es. 200 000 albums.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marsault a post&#233;, il y a quelques jours, sur la page youtube de son &#233;diteur, Ring, une vid&#233;o d'une tristesse insondable. On y voit cet artiste antisyst&#232;me, affubl&#233; de son gilet Adidas, annoncer, les yeux humides, sa d&#233;cision de s'&#171; &#233;loigner du milieu de la BD pour une dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e &#187;. La pression des censeurs a &#233;t&#233; trop forte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il vous faut, Fran&#231;ais, regarder cette vid&#233;o ; c'est &#224; vous d&#233;chirer le c&#339;ur. Ce gar&#231;on talentueux, dont la sensibilit&#233;, la pond&#233;ration et la douceur irradient de partout et &#224; chaque seconde, contraint d'abandonner cet art auquel il a tout sacrifi&#233;, qui est pour lui une vocation, un sacerdoce&#8230; Cela vous vaccine &#224; jamais contre la bien-pensance.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est que Marsault ne se contente pas de dessiner. Il pense. Il r&#233;fl&#233;chit son &#233;poque. A preuve :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_424 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/afrique-marsault-texte.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/afrique-marsault-texte.png' width='500' height='420' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, les coupeurs de cheveux en quatre sempiternels n'ont rien entendu &#224; cette analyse p&#233;n&#233;trante et circonstanci&#233;e de votre situation nationale, Fran&#231;ais. Leur unique recours fut la calomnie. Nul besoin d'entrer dans le d&#233;tail des accusations. L'air est connu, et l'on per&#231;oit imm&#233;diatement &#224; quel type d'interpr&#233;tation malveillante la prose ci-dessus peut pr&#234;ter le flanc, chez ceux qui ont pour habitude de c&#233;der sans scrupule &#224; la facilit&#233;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, Fran&#231;ais, ce n'est pas tout. Comme tout artiste digne de ce nom, Marsault caresse aussi un certain id&#233;al po&#233;tique. Il couve, tout au fond de son &#226;me vuln&#233;rable, une sorte de th&#233;orie des lignes, du point et du plan :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_425 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/marsault1.png' width='500' height='578' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un tel syst&#232;me des Beaux-arts, faut-il le pr&#233;ciser, n'a malheureusement pas su, hors du cercle tr&#232;s restreint d'une &#233;lite choisie (les Blancs du groupe 1), provoquer l'enthousiasme qu'il m&#233;rite. C'est pourquoi Marsault a post&#233; la fameuse vid&#233;o. Pour ne pas s'en aller sur une m&#233;sinterpr&#233;tation&#8230; Pour vous rass&#233;r&#233;ner, vous les Fran&#231;ais qui l'avez toujours soutenu. Vous, les 270 000 personnes qui le suivez sur sa page facebook, et dont les messages d'amour l'ont tellement aid&#233; &#224; affronter la violence des m&#233;chants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais, sur l'Afrique du Sud, la forme &#233;tait excessive&#8230; Ce n'est pas vrai, il n'y a pas des millions de personnes qui veulent la mort des Blancs en France. Par contre, des milliers, des dizaines de milliers y en a quand m&#234;me. Y a une r&#233;alit&#233; c'est que le racisme anti-blanc existe. Pour de vrai. C'est un racisme qui va monter, qui continue de monter, avec la d&#233;mographie, tout &#231;a, et &#231;a va finir par faire mal, quoi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais, sur la soi-disant apologie du IIIe Reich, c'&#233;tait en fait une appr&#233;ciation graphique de l'art totalitaire en g&#233;n&#233;ral. Une comparaison avec l'art contemporain. Avant y avait plus ou moins des esp&#232;ces de b&#226;timents &#233;normes, des statues en marbres, et une esp&#232;ce de respect des proportions&#8230; Et aujourd'hui c'est plus du tout &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais, Marsault c'est un rigoureux. Il aime bien quand les choses sont propres. Quand les choses sont carr&#233;es. Quand elles sont vraiment bien fa&#238;tes. Donc, automatiquement, il est beaucoup plus attir&#233; par un athl&#232;te en marbre de quatre m&#232;tres que par un &lt;i&gt;plug&lt;/i&gt; anal place Vend&#244;me. Gonflable, en plus. Vous voyez, Fran&#231;ais, un truc en plastique&#8230; Voil&#224; ce qu'il expliquait. C'&#233;tait juste &#231;a. En plus, d&#232;s le d&#233;part du texte, il avait dit : &#171; Si on fait abstraction des crimes commis par le IIIe Reich, mon cul, etc., voil&#224;. &#187; C'&#233;tait bien expliqu&#233;. Mais ce n'est pas grave. Les gens ont voulu comprendre ce qu'ils ont voulu comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais ! Les gens qui connaissent vraiment bien Marsault, qui l'ont rencontr&#233; en d&#233;dicace, qui le suivent depuis longtemps, savent tr&#232;s bien qu'il n'est pas nazi pour un sou&#8230; &#199;a c'est &#233;vident.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui lui a fait de la peine, surtout, c'est les gens qui au d&#233;part disaient : mais non, Marsault il n'est pas nazi, il n'est pas facho, c'est un mec bien, on le conna&#238;t, y a pas de probl&#232;me. Ce sont ces gens-l&#224; qu'il ne veut pas d&#233;cevoir&#8230; Ce serait une d&#233;ception injuste. Injustifi&#233;e. Il ne veut pas perdre cette histoire avec son lectorat, parce que c'est une histoire vraiment magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais, quand &#231;a a commenc&#233; &#224; marcher avec Ring, Marsault n'a m&#234;me pas profit&#233; de son succ&#232;s. Son argent, il l'a d&#233;pens&#233; dans des trucs de merde, m&#234;me pas pour se faire plaisir. Que des trucs utiles : des portes blind&#233;es, de la picole, des flingues, des fusils. Pas nazi pour un sou, bordel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais, les gauchistes les plus extr&#233;mistes, c'est un truc assez gla&#231;ant, quand m&#234;me. Ces champions de la d&#233;mocratie sont d'une extr&#234;me violence. Vouloir faire perdre son travail &#224; quelqu'un, &#231;a c'est un truc quand m&#234;me tr&#232;s brutal, surtout quand ce quelqu'un n'est pas nazi pour un sou. &#199;a, jamais Marsault ne se le permettrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais&#8230; Vous aimez Marsault, et il vous aime aussi. S'il a tant travaill&#233;, c'est pour arriver &#224; &#231;a, &#224; cet amour, voir vos petites t&#234;tes sur facebook, alors qu'il ne vous conna&#238;t pas &#8211; &#231;a c'est un truc qui est magique : &#171; Je n'ai pas besoin d'en dire plus. Les gens qui s'aiment n'ont pas besoin d'&#233;crire des romans pour se dire qu'ils s'aiment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais ! Vite, r&#233;veillez-vous ! Votre pays de merde est en danger !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 octobre 2018&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>M - Moindre mal</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=666</link>
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		<dc:date>2018-03-11T19:33:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>
		<dc:subject>fascisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'un des nombreux inconv&#233;nients du vocable &#171; fascisme &#187;, c'est qu'il est une invective non moins qu'un concept de la politique. Je peux me faire du bien et envoyer des signes d'intelligence aux initi&#233;s en &#233;voquant tel remuant petit gauleiter des Alpes maritimes, cela ne fera gu&#232;re avancer la cause d'une analytique du fascisme en France, aujourd'hui. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, entreprendre de remettre en selle &#171; fascisme &#187;, comme id&#233;e de la politique, cela passe en premier lieu par l'&#233;tablissement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=56" rel="directory"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=22" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=96" rel="tag"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=102" rel="tag"&gt;fascisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'un des nombreux inconv&#233;nients du vocable &#171; fascisme &#187;, c'est qu'il est une invective non moins qu'un concept de la politique. Je peux me faire du bien et envoyer des signes d'intelligence aux initi&#233;s en &#233;voquant tel &lt;i&gt;remuant petit&lt;/i&gt; gauleiter &lt;i&gt;des Alpes maritimes&lt;/i&gt;, cela ne fera gu&#232;re avancer la cause d'une analytique du fascisme en France, aujourd'hui. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, entreprendre de remettre en selle &#171; fascisme &#187;, comme id&#233;e de la politique, cela passe en premier lieu par l'&#233;tablissement d'une distinction &#8211; entre ce qui est une id&#233;e du XX&#176; si&#232;cle &#8211; &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; fascisme et ce sur quoi nous sommes appel&#233;s &#224; r&#233;fl&#233;chir aujourd'hui toutes affaires cessantes : &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; fascisme. Au sens o&#249; l'on dirait : &#171; il y a &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; fascisme dans cette phrase, dans ce geste, cette proposition &#8211; il y a une inqui&#233;tante densit&#233; de fascisme dans l'atmosph&#232;re, c'est devenu irrespirable ! &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fascisme comme substance, forme institutionnelle, &#201;tat-parti, modalit&#233; de la mobilisation des masses et du culte du chef, le fascisme comme forme de violence de l'&#201;tat et culte de la guerre, ce fascisme-l&#224;, en tant que d&#233;sastre inscrit au c&#339;ur de l'histoire du si&#232;cle dernier et figure abominable du pass&#233; dont il convient d'emp&#234;cher co&#251;te que co&#251;te la r&#233;p&#233;tition, ce fascisme pour une part interchangeable avec le concept valise de &#171; totalitarisme &#187;, est devenu le plus rassembleur, mais aussi le plus &lt;i&gt;d&#233;mobilisateur&lt;/i&gt; des repoussoirs. En tant que mal absolu (ce revenant qu'il s'agit de conjurer par tous les moyens possibles), il est devenu le truchement de tous les accommodements et de toutes les compromissions avec les figures infinies du... mal relatif. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le partage des incarnations politiques en ces deux cat&#233;gories dont le fondement est l'attribution d'un statut d'exception &#224; un nom, un visage, un parti, une politique au titre du mal absolu - par contraste et opposition avec ce dont on nous dit qu'il s'y oppose, cette op&#233;ration politique est, bien, elle, un d&#233;sastre absolu. C'est qu'elle est ce dont l'effet est d'&#233;tablir durablement, si ce n'est interminablement les rassemblements politiques majoritaires dans les eaux glauques du &#171; moindre mal &#187;, elle est l'alibi de la tol&#233;rance (au nom de l'intol&#233;rance &#224; ce qui aura &#233;t&#233; diligemment &#233;tiquet&#233; comme &#171; fasciste &#187;) aux capitulations r&#233;sign&#233;es devant ce qu'il y a de plus impr&#233;sentable et inconsistant &#8211; Macron comme &#171; barrage &#187; contre Marine, soit la politique du ch&#226;teau de sable &#233;rig&#233; en forteresse imprenable, alibi du consentement honteux au gouvernement de l'argent, de la matraque et de la ceinture pour le grand nombre. &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit bien comment l'&#233;pouvantail du fascisme, agit&#233; rituellement, fr&#233;n&#233;tiquement, lors des rendez-vous &#233;lectoraux, en l'absence de toute discussion sur ce qu'il en serait de ce fascisme substantiel et de ses affinit&#233;s avec le ou les fascismes pass&#233;s, pave la voie de l'association de la politique au grand d&#233;go&#251;t et &#224; la soumission de la relation entre le sujet votant (le suppos&#233; citoyen) et la d&#233;mocratie parlementaire ou pr&#233;sidentielle sous le r&#233;gime de la honte de soi. Voici ce qui caract&#233;rise distinctement cet usage principal et constant de l'&#233;pouvantail fasciste par l'agr&#233;gat h&#233;g&#233;monique dans un pays comme la France : l'association perp&#233;tuelle de la vie politique &#224; des sensations et affects n&#233;gatifs &#8211; l'horreur du pr&#233;sent, la crainte de l'avenir, le ressentiment, la haine de l'&#233;tranger ou suppos&#233; tel &#8211; et, avant tout, la conviction qu'&#224; d&#233;faut d'&#234;tre un domaine dans lequel des d&#233;placements &#233;nergiques et heureux pourraient effectu&#233;s au profit du plus grand nombre, la politique est le domaine du sacrifice perp&#233;tuel des esp&#233;rances ; ceci au profit de l'id&#233;ologie r&#233;tract&#233;e du rassemblement sans d&#233;lib&#233;ration autour de tout ce qui saura incarner le &#171; moindre mal &#187;, le &#171; mal relatif &#187;. Quel que soit l'adjectif choisi, cela reviendra, encore et toujours, &#224; placer la vie politique sous le signe du mal in&#233;luctable, un mal plut&#244;t qu'un autre, un suppos&#233; moindre plut&#244;t qu'un horrifique &#8211; mais qui, &#224; l'usage, s'av&#232;re &#234;tre tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment le visage de ce que Walter Benjamin d&#233;signait comme la figure continu&#233;e de la catastrophe dans le pr&#233;sent. &lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, la transaction perverse en vertu de laquelle on consent au &#171; mal relatif &#187; en politique pour prix de l'endiguement du mal absolu a pour effet l'accoutumance &#224; ce que Foucault appelait l'intol&#233;rable &#8211; ce avec quoi il ne saurait &#234;tre question de cohabiter, ce dont l'apparition appelle un &#171; &#231;a, non ! &#187; public et d&#233;cid&#233;, toutes affaires cessantes. Or, ce qui caract&#233;rise la politique fran&#231;aise, dans les relations entre gouvernants et gouvern&#233;s, depuis que le Front national en est devenu le centre de gravit&#233;, et le croquemitaine institutionnel, c'est que les arrangements avec l'intol&#233;rable s'y sont &#233;tablis comme la r&#232;gle, non seulement pour les gouvernants (on en a l'habitude), mais, infiniment plus grave, pour les gouvern&#233;s dans leur plus grand nombre. &lt;br class='autobr' /&gt; Or, le propre d'une politique qui n'a pas renonc&#233; &#224; s'orienter selon des fins (ce qui est tout autre chose que la sauce vaguement &#233;thique des &#171; valeurs &#187;), c'est d'&#233;tablir qu'il est des choses avec lesquelles il n'est pas question de transiger, de &lt;i&gt;relativiser&lt;/i&gt; ; qui au contraire demandent &#224; &#234;tre refus&#233;es et rejet&#233;es &lt;i&gt;absolument&lt;/i&gt;. Ce ne sont pas les exemples qui manquent : un gouvernement &#224; l' &#171; inhospitalit&#233; &#187; dont les noyades en masse en M&#233;diterran&#233;e sont l'effet direct, l'&#233;tat d'urgence perp&#233;tuellement reconduit au nom de la croisade contre le terrorisme, les campagnes n&#233;o-imp&#233;riales en Afrique et au Moyen-Orient, entre autres. En l'absence de tels rep&#232;res, si &#233;l&#233;mentaires, si visibles que l'on s'afflige que se soit aussi massivement perdu, en ce pays, la capacit&#233; partag&#233;e d'&#233;mettre ce simple &#171; &#231;a non ! &#187; dont d&#233;coule le refus de composer de quelque mani&#232;re que ce soit et au nom de quoi que ce soit avec les forces, les hommes ou les partis qui incarnent ces figures de l'intol&#233;rable &#8211; on se voue &#224; servir de marchepied &#224; toute la palette des baudruches de l'autoritarisme n&#233;o-lib&#233;rales, h&#226;tivement repeints au gr&#233; des p&#233;rip&#233;ties &#233;lectorales aux couleurs de l'antifascisme d'op&#233;rette qui y fait alors flor&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout du chemin, et quand les promoteurs de la d&#233;mocratie de march&#233; n'ont vraiment plus rien d'autre &#224; vendre, le rassemblement &#171; antifasciste &#187; somnambulique d&#233;bouche, avec Macron, sur le miracle programm&#233; de l'&#233;lection du candidat des march&#233;s relook&#233; en St Georges terrassant le dragon mariniste. Et c'est ici que se boucle piteusement la boucle de cette logomachie perverse : avec la victoire de l'homoncule providentiel, la continuit&#233; de la politique ext&#233;rieure fran&#231;aise est assur&#233;e, une politique dont les joyaux sont entre autres l'amiti&#233; ind&#233;fectible avec les supr&#233;macistes sionistes qui r&#234;vent de faire de la Cisjordanie leur Nouveau Mexique, avec la monarchie ch&#233;rifienne et le dictateur Sissi &#8211; des r&#233;gimes et des potentats aupr&#232;s desquels, en mati&#232;re de &#171; fascisme &#187;, les h&#233;ritiers en costard de l'homme au treillis l&#233;opard font vraiment figure d'amateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet sans doute le plus dommageable de l'usage concert&#233; que fait l'establishment politique du Front national comme repoussoir providentiel est d'&#233;touffer dans l'&#339;uf toute tentative de relancer la discussion sur la question du fascisme. L'image fantasmagorique de l'horrifique &lt;i&gt;r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt; sature le champ de vision du pr&#233;sent et obscurcit l'intelligibilit&#233; de ce que pourrait &#234;tre, aujourd'hui, une actualit&#233; du fascisme. Les rites de conjuration manipul&#233;s par les experts de la d&#233;mocratie pl&#233;biscitaire font puissamment obstacle au d&#233;ploiement de nos facult&#233;s imaginatives d&#232;s lors qu'il est question de cerner les contours de ce qui constituerait un &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; fasciste dans le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de rappeler ici une v&#233;rit&#233; aussi irr&#233;cusable que constamment refoul&#233;e : la raison premi&#232;re pour laquelle les &#233;lites de ce pays continuent &#224; s'opposer r&#233;solument, dans leur majorit&#233;, &#224; la promotion du Front national au rang de parti de gouvernement n'est pas de moralit&#233; publique ; elle ne d&#233;coule pas non plus de la crainte que le FN arriv&#233; aux affaires ne transforme le r&#233;gime d&#233;mocratique en r&#233;gime &#171; autoritaire &#187; exer&#231;ant une violence insupportable sur ses opposants, d&#233;truisant massivement les libert&#233;s publiques, etc. Il est, sur ce plan, de notori&#233;t&#233; publique que Sarkozy a vol&#233; son programme s&#233;curitaire et r&#233;pressif au FN, que Valls et Hollande n'ont ensuite fait que surench&#233;rir sur Sarkozy et que Macron est appel&#233;, en la mati&#232;re, &#224; &#171; g&#233;rer les acquis &#187; des pr&#233;c&#233;dents, sans oublier d'y ajouter sa petite touche personnelle, utilement second&#233; par ce social-lib&#233;ral d'ordre qu'est G&#233;rard Collomb. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui fait que le FN continue &#224; ne pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme &lt;i&gt;salonf&#228;hig&lt;/i&gt; par les gardiens de la raison d'&#201;tat et de la maison-&#201;tat, c'est autre chose : il n'offre pas suffisamment de garanties en mati&#232;re d'orthodoxie gouvernementale bruxelloise et autre : politique mon&#233;taire (la question de l'euro), appartenance &#224; l'UE, relations avec la Russie, dossier syrien, etc. Si le FN n'est pas (encore ?) &#171; &#233;ligible &#187; comme parti de gouvernement, ce n'est pas parce que c'est un parti raciste, ce n'est pas (en premier lieu) en raison de son h&#233;r&#233;dit&#233; historique charg&#233;e, ce n'est pas &#224; cause de sa surench&#232;re r&#233;pressive et s&#233;curitaire, ce n'est d'aucune fa&#231;on parce qu'il serait soup&#231;onn&#233; d'avoir en vue l'instauration d'une dictature &#8211; c'est, tout simplement parce que les gardiens de la continuit&#233; du gouvernement n&#233;o-lib&#233;ral, aussi bien du c&#244;t&#233; de l'institution politique que de l'entreprise, des march&#233;s et des m&#233;dias redoutent que l'arriv&#233;e aux affaires de ces amateurs f&#233;briles et pas tout &#224; fait ma&#238;tres de leur affect populiste ne produise de ces effets de tangage et de disruption dont la Grande Nation en d&#233;bine et l'&#233;conomie en berne n'ont vraiment pas besoin par les temps qui courent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le reste, il y a belle lurette que les pulsions fascistes (n&#233;o/post...) qui parcourent ce grand corps malade du &lt;i&gt;d&#233;clin fran&#231;ais&lt;/i&gt;, le FN, donc, ont m&#233;tastas&#233; dans tous les partis de l'arc parlementaire, et au del&#224;, dans l'organisme social lui-m&#234;me. Quand bien m&#234;me il ne parviendrait jamais &#224; ses fins (l'exercice du pouvoir, la conqu&#234;te de l'ex&#233;cutif), le FN l'a d'ores et d&#233;j&#224; emport&#233;, si ce n'est sur le mode classique de la conqu&#234;te de l'&#201;tat, du moins sur celui de la diss&#233;mination non pas de ses &#171; id&#233;es &#187; &#8211; il n'en a pas davantage que ses concurrents sur le march&#233; de la politique n&#233;o-lib&#233;rale &#8211; mais bien de l'affect qui &lt;i&gt;donne le ton&lt;/i&gt; aussi bien du discours public des gens de l'&#201;tat que de l'esprit de vindicte qui a conquis de vastes secteurs de la population. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'il est une actualit&#233; du fascisme, c'est de ce c&#244;t&#233; l&#224; qu'il conviendrait de la d&#233;tecter. Un fascisme de flux qui ne demandent qu'&#224; se p&#233;trifier en campagnes de pers&#233;cutions et formes de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Illustration : Henry Streatham&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>F - Fascisme</title>
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		<dc:date>2018-01-07T20:47:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>


		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>
		<dc:subject>fascisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Penser le fascisme aujourd'hui, cela suppose que l'on s'&#233;loigne de son approche politologique (le fascisme comme r&#233;gime politique hyperviolent) ou &#233;conomiste (le fascisme comme dictature du capital) et que l'on se d&#233;place vers d'autres r&#233;f&#233;rences : le fascisme comme affection d'une &#233;poque, pand&#233;mie dans le pr&#233;sent. Une modalit&#233; &#233;pid&#233;mique de l' &#171; actualit&#233; &#187; dont il s'agirait d'&#233;tudier les formes de virulence, le champ d'expansion, les sympt&#244;mes, les manifestations. R&#233;duire la question du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=96" rel="tag"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=102" rel="tag"&gt;fascisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Penser le fascisme&lt;/i&gt; aujourd'hui, cela suppose que l'on s'&#233;loigne de son approche politologique (le fascisme comme r&#233;gime politique hyperviolent) ou &#233;conomiste (le fascisme comme dictature du capital) et que l'on se d&#233;place vers d'autres r&#233;f&#233;rences : le fascisme comme affection d'une &#233;poque, pand&#233;mie dans le pr&#233;sent. Une modalit&#233; &#233;pid&#233;mique de l' &#171; actualit&#233; &#187; dont il s'agirait d'&#233;tudier les formes de virulence, le champ d'expansion, les sympt&#244;mes, les manifestations. R&#233;duire la question du fascisme aujourd'hui &#224; sa dimension institutionnelle (les post-n&#233;o-fascistes parviendront-ils &#224; se hisser au pouvoir en empruntant le chemin des urnes ?), c'est en ignorer les caract&#233;ristiques essentielles : le fascisme aujourd'hui, c'est ce qui prolif&#232;re au point de confluence de dispositions collectives, d'un affect de la masse (&#171; les gens &#187;) et de calculs politiques mobilisant deux motifs conjoints : &lt;i&gt;law and order&lt;/i&gt; et &#171; nettoyage &#187; et &#233;limination des ind&#233;sirables, des &#171; en-trop &#187;. Ce sont des flux d'affects charg&#233;s de ressentiment, de d&#233;sirs de mort &#224; peine masqu&#233;s, d'aspirations incontr&#244;l&#233;es &#224; des revanches obscures, de qu&#234;tes d'exutoires aux frustrations accumul&#233;es. Des flux en attente d'occasions de cristalliser sous forme de passage &#224; l'acte et de dispositifs de pouvoir ou d'exercice de la capacit&#233; de nuire. John Berger le dit bien : le fascisme aujourd'hui, c'est &#171; ce qui fait de ceux qui tentent de survivre [les migrants] des coupables &#187;, c'est ce qui se cristallise sous la forme de ces &#171; nous &#187; abjects dont les politiciens usent et abusent et auxquels il est vital que nous opposions une ferme &lt;i&gt;eux&lt;/i&gt; &#8211; pas nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;fl&#233;chir et travailler sur le fascisme au pr&#233;sent, c'est identifier ces lignes de mort qui strient notre actualit&#233; et la d&#233;figurent. Les d&#233;sirs de mort sont toujours secondaires : ils prosp&#232;rent l&#224; o&#249; les aspirations, promesses et esp&#233;rances &lt;i&gt;vitales&lt;/i&gt; ont &#233;t&#233; non pas seulement d&#233;&#231;ues et tromp&#233;es, mais d&#233;lib&#233;r&#233;ment saccag&#233;es par les gouvernants et, plus g&#233;n&#233;ralement, ceux qui fixent la r&#232;gle du jeu. Les flux d'affects n&#233;gatifs et les d&#233;sirs de mort se bousculent au portillon du pr&#233;sent l&#224; o&#249; les flux de vie se sont fracass&#233;s contre la paroi de verre, la vitre blind&#233;e du &#171; r&#233;el &#187; &#8211; entendu comme ce dispositif g&#233;n&#233;ral de gouvernement du vivant humain dont la r&#232;gle premi&#232;re est l'entrave, l'emp&#234;chement et la r&#233;duction du champ des possibles de &#171; la vie &#187; des gens &#8211; le &#171; gouvernement &#187; entendu non pas seulement comme &#171; domination &#187;, mais comme mise sous s&#233;questre des puissances vitales &#8211; il s'agit bien de dissocier les gens de leur d&#233;sir vital pour r&#233;orienter leurs &#233;nergies vers la vindicte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le fascisme aujourd'hui peut &#234;tre vu comme une machine de capture des affects et de r&#233;orientation des subjectivit&#233;s. Ce n'est pas &#171; le ch&#244;mage &#187; qui, m&#233;caniquement, jette les ouvriers d&#233;semploy&#233;s dans les bras des post-n&#233;o-fascistes : la fin du plein emploi et la d&#233;mobilisation partielle de la force de travail pourraient parfaitement, dans d'autres circonstances ou sous d'autres pr&#233;misses que celles qui s'imposent aujourd'hui, &#234;tre accueillie comme une heureuse nouvelle &#8211; qui n'a jamais r&#234;v&#233; d'une r&#233;duction massive des heures pass&#233;es &#224; l'atelier, au bureau, en classe, etc. ? Ce qui alimente les pulsions fascistes aujourd'hui, c'est plut&#244;t la production concert&#233;e d'une &#233;conomie subjective de la frustration, de la culpabilit&#233;, de la haine de la concurrence, sur fond de d&#233;mobilisation partielle de la force de travail. On voit bien ici ce qui est en jeu : r&#233;agencer les subjectivit&#233;s de la masse afin de les placer sous ce r&#233;gime de l'autorit&#233; con&#231;ue comme ce qui pr&#233;side aux &#233;purations salutaires. L'aspiration autoritaire et les pulsions (ou passions &#233;l&#233;mentaires) vindicatives sont, ici, ins&#233;parables, c'est le sol du fascisme mol&#233;culaire d'aujourd'hui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on reste captif des &#171; mod&#232;les &#187; du XXe si&#232;cle, on voit le fascisme comme une concr&#233;tion, une &#171; boule &#187; de puissance et de violence compacte, une machine de mobilisation totale de la masse en vue de la guerre. On le voit, au pouvoir, comme dictature et donc comme l'antonyme de &#171; la d&#233;mocratie &#187; &#8211; ne sont-ce pas &#171; les d&#233;mocraties &#187; occidentales qui en ont &#233;t&#233; les premi&#232;res victimes et qui se sont coalis&#233;es contre lui, alli&#233;es &#224; l'URSS, certes, pour le d&#233;faire ? Comment donc penser une actualit&#233; du fascisme au temps de la d&#233;mocratie globale, sur un mode qui &#233;chappe &#224; ce &#171; ou bien... &#187; (la d&#233;mocratie)... ou bien... (le fascisme) format&#233; par l'histoire apocalyptique du XXe si&#232;cle ? C'est cela le d&#233;fi intellectuel, th&#233;orique, imaginatif que nous avons &#224; relever aujourd'hui, pr&#233;cis&#233;ment : penser les agencements, les compatibilit&#233;s et les compl&#233;mentarit&#233;s de la d&#233;mocratie de march&#233; comme syst&#232;me global de &#171; gouvernementalisation &#187; des populations avec ce fascisme de flux dont la prolif&#233;ration balafre notre actualit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'il faut parvenir &#224; concevoir, c'est l'articulation de l'&#233;l&#233;ment r&#233;solument &lt;i&gt;archa&#239;que&lt;/i&gt; qui soutient toute esp&#232;ce de fascisme (le d&#233;sir de r&#233;gression, le c&#244;t&#233; &#171; pipi-caca &#187; qui accompagne toute subjectivit&#233; fasciste) avec des traits d'hypermodernit&#233; av&#233;r&#233;s &#8211; comme tout ce qui se rattache &#224; l'entr&#233;e de la politique parlementaire dans son &#226;ge &#171; terminal &#187;. C'est au fond la figure d'une d&#233;mocratie autoritaire totalement infect&#233;e, contamin&#233;e dans le contexte g&#233;n&#233;ral de la pand&#233;mie fasciste. C'est bien l&#224; que se discerne la compl&#232;te infirmit&#233; mentale de la position consistant &#224; imaginer un Macron en &#171; barrage contre le fascisme &#187; : &#224; peine arriv&#233; aux affaires, celui-ci entreprend de &#171; constitutionnaliser &#187; l'&#233;tat d'exception, de le rendre permanent &#8211; la figure la plus exemplaire qui se puisse imaginer d'un &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; entre d&#233;mocratie autoritaire et fascisme mol&#233;culaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que ce fascisme d'aujourd'hui &#171; conserve &#187; du fascisme du XXe si&#232;cle, c'est la combinaison obscure du d&#233;sir de &#171; beaux incendies &#187;, d'immondes frairies, qui n'est pas seulement une passion de destruction, mais d'autodestruction aussi (le c&#244;t&#233; &#171; suicidaire &#187; du fascisme de la masse) avec la passion de l'autorit&#233; &#8211; le d&#233;sir du knout, en bref. En d'autres termes, pas de fascisme sans &#171; fascisation &#187;, c'est-&#224;-dire sans circulations entre une &#171; offre &#187; et une &#171; demande &#187;, sans interactions entre &#171; les gens &#187;, un champ social, et des &#171; &#233;lites &#187;, des appareils politiques. Le fascisme, ce n'est jamais un processus &#224; sens unique, c'est des &#233;changes permanents et des synergies entre des gens &#171; en souffrance &#187; et des pousse-au-crime dont le (sale) boulot est de mettre en musique et en mots (maux) le d&#233;sir obscur de la masse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont toujours des processus dynamiques &#8211; c'est en ce sens m&#234;me qu'on peut parler du &#171; fascisme qui vient &#187;, comme on peut parler de &#171; la guerre qui vient &#187;, avec l'accumulation des bombes &#224; retardements en Asie orientale ou au Moyen-Orient. Mais cette chose &#171; promise &#187; n'est, bien s&#251;r, jamais chose &lt;i&gt;due&lt;/i&gt; &#8211; in&#233;luctable, la cristallisation de ce qui circule dans le pr&#233;sent n'est jamais jou&#233;e d'avance. Ce que l'on peut faire de mieux, dans notre pr&#233;sent, c'est donc saisir des signes, des motifs, des manifestations patentes ou subreptices de ces dynamiques susceptibles de conduire &#224; la &lt;i&gt;catalyse&lt;/i&gt; qui donnerait naissance &#224; un fascisme de pouvoir. Ces sympt&#244;mes sont innombrables, ils sont faits d'&#233;nonc&#233;s, de conduites, d'exactions, d'actes manqu&#233;s, d'obsessions, de rodomontades, etc. Ce sont les fragments de verre d'un kal&#233;idoscope qui ne demandent qu'&#224; s'assembler. On n'en finirait plus d'en faire l'inventaire. Je me contenterai d'en &#233;num&#233;rer quelques uns parmi ceux qui me paraissent, aujourd'hui, les plus exemplaires &#8211; si l'on peut dire. Tableau h&#233;t&#233;rog&#232;ne, n&#233;cessairement, puisqu'au stade pr&#233;sent, c'est &#224; un &lt;i&gt;champ de dispersion&lt;/i&gt; que l'on a affaire, dans lequel les &#171; pi&#232;ces &#187; aspirant &#224; composer le tableau d'un fascisme contemporain demeurent encore &#233;parses. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	&#171; On va garder ton adresse, comme &#231;a on saura o&#249; te retrouver &#187;, dit un flic &#224; la jeune femme plac&#233;e en garde-&#224;-vue, pour prix de sa d&#233;testable habitude de filmer les interventions polici&#232;res. Cette menace qui ne se dissimule pas, s&#251;re de son impunit&#233;, c'est ni plus ni moins que le subliminaire des escadrons de la mort. Le fascisme qui cristallise, c'est le moment o&#249; une partie des corps r&#233;pressifs de l'Etat se met en devoir de rendre la &#171; justice &#187; l&#224; o&#249; les juges n'en finissent pas d'&#234;tre ralentis par leurs scrupules l&#233;galistes et leurs lenteurs proc&#233;duri&#232;res. On sent bien que celui qui fait cette belle promesse piaffe d'impatience. Quand le flic de base se met &#224; ressembler aux &#171; drougs &#187; d'Alex rev&#234;tus de l'uniforme dans &lt;i&gt;Orange m&#233;canique&lt;/i&gt; et leurs chefs au grad&#233; coca&#239;nomane de &lt;i&gt;Bad Lieutnant&lt;/i&gt; (le vrai, celui d'Abel Ferrara), c'est que le d&#233;nouement approche. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	La nostalgie du militaire, des hymnes, de la jeunesse qui marche au pas et ob&#233;it au doigt et &#224; l'&#339;il &#8211; cette droite d'ordre qui r&#234;ve &#224; voix haute d'&#233;coliers en uniformes, de lever des couleurs chaque matin dans les cours des &#233;tablissements scolaires, de r&#233;tablissement du service militaire, etc. C'est le vieil inconscient p&#233;tainiste de cette ind&#233;racinable engeance qui travaille ici. Comme le dessine d'un trait le cin&#233;aste alg&#233;rien Tariq Teguia : &#171; Ce p&#233;tainisme-l&#224; aura ses affiches rouges &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Il y aurait aussi ces coups de menton mussoliniens, ces imp&#233;rieux &#171; Je veux ! &#187;, ces m&#226;choires serr&#233;es, ces airs de brute et ces mani&#232;res de pr&#233;torien, &#224; la Sarkozy, &#224; la Valls, son &#233;mule &#8211; ce qui montre bien que cette tentation du &#171; triomphe de la volont&#233; &#187; et du c&#233;sarisme traverse tous les appareils de la politique institutionnelle. Le calcul de ces sp&#233;cialistes du passage en force est transparent &#8211; ce &#224; quoi aspire la masse, en ces temps troubl&#233;s, c'est &#224; &lt;i&gt;un chef&lt;/i&gt;, un vrai, une poigne, un balai de fer ! Tout cet imaginaire facho-r&#233;publicain de ces petits ma&#238;tres de la d&#233;mocratie de caserne, qui est &#224; l'Etat contemporain ce que le facho-humanisme des films de Clint Eastwood est au cin&#233;ma &#233;tats-unien. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Ce &#171; qu'ils cr&#232;vent ! &#187; qui se dissimule de moins en moins, ce d&#233;sir de disparition &#233;quivalent &#224; un d&#233;sir de mort constitutif de la relation aux &lt;i&gt;migrants&lt;/i&gt; d'un nombre croissant des gens de ce pays, des sommets de l'Etat aux comptoirs de bistrot des zones rurales. La blague de Macron sur les kwassa-kwassa comoriens est, de ce point de vue exemplaire &#8211; &lt;i&gt;du comorien&lt;/i&gt; &#8211; cette viande humaine ind&#233;sirable et vou&#233;e &#224; nourrir les poissons... Le lapsus de l'homoncule &#233;lys&#233;en n'est jamais ici que l'&#233;cho de sa politique sur le terrain : dans l'ex-jungle de Calais, de plus en plus repeupl&#233;e d'aspirants au passage en Angleterre, la police s'active en vue de leur interdire l'acc&#232;s aux robinets d'eau et aux repas distribu&#233;s par les associations &#8211; qu'ils cr&#232;vent ! C'est &#231;a le fascisme aussi : l'&#233;vidence de plus en plus partag&#233;e selon laquelle la disparition de la part ind&#233;sirable de la population serait une condition &lt;i&gt;vitale&lt;/i&gt; pour l'autre ; quand la &#171; fracture biopolitique &#187; qui traverse la soci&#233;t&#233; se trouve ainsi plac&#233;e sous le signe du terrible, de la terreur. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Identifier un fascisme anti-animal (l'animal libre, le sauvage &#8211; le loup) comme il y a un fascisme anti-immigr&#233;, anti-migrants. Cette compulsion exterminatrice qui s'est empar&#233;e de populations enti&#232;res l&#224; o&#249; prosp&#232;re la fantasmagorie du loup d&#233;voreur de troupeaux, imaginaire port&#233; &#224; bout de bras par les gens de l'Etat &#8211; &#171; nos enfants n'en dorment plus ! &#187;, statuait un jour S&#233;gol&#232;ne Royal &#8211; &#224; propos du loup, toujours. Plus facile, visiblement, de hurler &#224; la mort du loup que de r&#233;former les pratiques de mise &#224; mort industrielles /concentrationnaires des animaux de boucherie. L'ennemi du mouton, rappelons-le au passage, ce n'est pas le loup, c'est le gars qui l'&#233;l&#232;ve en vue de l'abattoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La texture de ce fascisme, c'est la haine du pr&#233;sent et la haine de soi et des autres dans ce pr&#233;sent. L'incapacit&#233; croissante &#224; imaginer un ou d'autres pr&#233;sents possibles et soi-m&#234;me (et les autres) hors de ce pr&#233;sent d&#233;l&#233;t&#232;re, l'incapacit&#233; croissante &#224; s'extraire de soi, de cette condition pr&#233;sente &#8211; &#224; diff&#233;rer et cr&#233;er du nouveau. Cet enfermement dans un pr&#233;sent plac&#233; sous le signe de la b&#234;tise et de la m&#233;chancet&#233;, est, dirait Deleuze, une fabrique de &#171; damn&#233;s &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le fascisme, c'est la punition que les damn&#233;s du pr&#233;sent s'infligent &#224; eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Illustration : Henry Streatham&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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