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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Je suis partout</title>
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		<dc:creator>Alain Brossat, Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>racisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En quel sens le nom de Tariq Ramadan associe-t-il plus &#233;troitement celui de l'Islam aux violences faites aux femmes que le nom de Dominique Strauss-Kahn celui de la religion ou de la communaut&#233; juive au m&#234;me motif, ou que le nom de Barbarin, archev&#234;que et cardinal, celui de l'Eglise catholique &#224; la pratique de la p&#233;dophilie ? C'est &#233;videmment la question qu'appelle la couverture de Charlie Hebdo, du 1er novembre 2017, consistant &#224; &#171; compacter &#187; la condition de harceleur et violeur pr&#233;sum&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=2" rel="tag"&gt;racisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En quel sens le nom de Tariq Ramadan associe-t-il plus &#233;troitement celui de l'Islam aux violences faites aux femmes que le nom de Dominique Strauss-Kahn celui de la religion ou de la communaut&#233; juive au m&#234;me motif, ou que le nom de Barbarin, archev&#234;que et cardinal, celui de l'Eglise catholique &#224; la pratique de la p&#233;dophilie ? C'est &#233;videmment la question qu'appelle la couverture de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, du 1er novembre 2017, consistant &#224; &#171; compacter &#187; la condition de harceleur et violeur pr&#233;sum&#233; du premier avec sa condition islamique &#8211; Ramadan est en effet caricatur&#233; &#224; travers un personnage au sexe d&#233;mesur&#233; et en &#233;rection, repr&#233;sentation s'accompagnant de ces mots plac&#233;s dans sa bouche : &#171; Je suis le sixi&#232;me pilier de l'islam &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi avoir choisi cette association entre une sexualit&#233; d&#233;bordante et monstrueuse (celle signifi&#233;e par le dessin) et l'Islam, mais aussi, plus g&#233;n&#233;ralement, pourquoi avoir r&#233;activ&#233; une fois encore (&lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; est coutumier du fait) le clich&#233; orientaliste de l'Arabe &#224; la sexualit&#233; exub&#233;rante ? Pourquoi, en effet, ne pas avoir plut&#244;t repr&#233;sent&#233; Ramadan, par exemple, bras dessus bras dessous avec les deux autres susnomm&#233;s dont le nom s'est, notoirement et il n'y a pas si longtemps, associ&#233; avec de massives violences faites aux femmes et aux enfants ? Quelle belle occasion aurait eu pourtant, en cette glauque actualit&#233;, le journal satirique d'agir selon la vocation &#8211; de la satire, &#224; vrai dire, plus que de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; - &#224; censurer les abus et outrages s'associant au nom des trois grandes religions monoth&#233;istes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc bien qu'il appara&#238;trait que Ramadan, lorsqu'il entre dans le r&#244;le de l'infracteur ou du criminel, serait identifiable &#224; sa condition islamique comme &lt;i&gt;ne le seraient pas&lt;/i&gt; DSK &#224; sa condition juive ou Barbarin &#224; sa condition catholique, dans des circonstances comparables. Ce serait, entre autres choses que Ramadan est th&#233;ologien et professeur de th&#233;ologie, promoteur aussi, peut-&#234;tre, d'une certaine th&#233;ologie politique &#8211; celle de la n&#233;buleuse des Fr&#232;res musulmans. Mais cela suffit-il &#224; ouvrir le champ aux massives assimilations entre ses forfaits all&#233;gu&#233;s et sa religion, dont proc&#232;de l'agitation entreprise &#224; grand fracas par &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; (et bien d'autres) en cette occasion ? Existe-t-il ici un fondement en raison solide pour cette singularisation de l'Islam dont l'effet imm&#233;diat et &#233;vident serait qu'un violeur de confession musulmane &#171; embarque &#187; sa religion et sa culture comme ne &lt;i&gt;saurait le faire&lt;/i&gt;, pr&#233;cis&#233;ment, un pr&#233;dateur sexuel d' &#171; origine juive &#187;, comme on dit, ni m&#234;me un pr&#233;lat catholique de haut rang faisant rempart de son corps devant un de ses subordonn&#233;s p&#233;dophile endurci ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Feignant de ne pas apercevoir le traitement &lt;i&gt;de faveur&lt;/i&gt; dont b&#233;n&#233;ficie l'Islam &#224; travers cette une du journal, Philippe Val s'en vient, sur BFMTV, affirmer que la situation, concernant la &#171; libert&#233; d'expression &#187;, a encore empir&#233; depuis les attentats de janvier 2015, en ce que, cette fois, ce n'est pourtant pas le proph&#232;te qui est caricatur&#233;, mais un simple &#234;tre humain, et que des menaces de mort ont malgr&#233; tout &#233;t&#233; prof&#233;r&#233;es &#224; l'encontre des journalistes de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;. En cela, le d&#233;ni est assez &#233;vident : le fait que cette une fasse entrer en co&#239;ncidence Tariq Ramadan et l'Islam, au point de les rendre indiscernables, fait de cette religion (ou indistinctement, du &#171; pr&#233;dicateur &#187;) un danger pour les femmes. Comment pourrait-on ne pas en tirer la conclusion selon laquelle les d&#233;boires judiciaires annonc&#233;s de Ramadan sont utilis&#233;s, de fa&#231;on plus ou moins consciente, d'ailleurs, au d&#233;triment de l'Islam, pr&#233;sent&#233; comme une religion irrespectueuse de la libert&#233; des femmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A d&#233;faut d'&#234;tre un th&#233;ologien, DSK ne dissimule pas ses affiliations communautaires : assidu aux d&#238;ners du CRIF, avec ou sans kipa, il a toujours fait &#233;talage de son soutien ind&#233;fectible &#224; l'Etat d'Isra&#235;l &#8211; une forme de religion de l'Etat et de la force, un culte autrement plus rassembleur, parmi ceux qui s'identifient &#224; ce qui s'arroge le titre de &#171; communaut&#233; juive &#187;, que ce qui les porterait &#224; v&#233;n&#233;rer le nom de l'Eternel. Lorsqu'il refait surface dans les m&#233;dias, apr&#232;s sa (modique) travers&#233;e du d&#233;sert, histoire de dire tout le mal qu'il pense de ses anciens amis socialistes et de faire all&#233;geance &#224; l'homme fort du moment, c'est &#233;quip&#233; d'une &#233;l&#233;gante barbe blanche de huit jours propre &#224; sugg&#233;rer la notion d'un retour aux sources de la pi&#233;t&#233; trop longtemps n&#233;glig&#233;e au profit de la gestion des affaires publiques globales... &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais avec tout &#231;a, demeure trac&#233;e dans l'ordre des discours et plus que jamais, cette ligne rouge : associer les turpitudes d'un DSK &#224; sa condition communautaire, culturelle ou religieuse est une insanit&#233; et un d&#233;lit, ceci d'une mani&#232;re aussi automatique et naturelle que, en sens inverse, associer les violences faites aux femmes imput&#233;es &#224; Ramadan &#224; sa condition religieuse est une op&#233;ration non seulement licite mais encourag&#233;e par des figures publiques de premier plan, &#224; commencer par un ancien premier ministre. Quant &#224; Barbarin, ne va-t-il pas de soi, pour un certain sens commun, qu'il ne faut pas faire porter &#224; toute l'Eglise catholique et moins encore &#224; tous les chr&#233;tiens du royaume le chapeau des manquements d'un seul, f&#251;t-il de haut rang ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors pourquoi faut-il que cette r&#232;gle ne s'applique pas dans le cas de Ramadan, au point que la couverture de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; apparaisse comme ce qui, &#224; l'&#233;vidence, donne le ton de l'&#233;tat d'esprit ambiant parmi de vastes fractions de l'opinion et des &#233;lites ? Un tel traitement d'exception r&#233;serv&#233; &#224; l'Islam met une fois encore en &#233;vidence le fait que la stigmatisation op&#233;r&#233;e par notre soci&#233;t&#233; relativement &#224; l'une des trois religions monoth&#233;istes (jug&#233;e insuffisamment assimil&#233;e, pas compl&#232;tement convertie &#224; une la&#239;cit&#233; &#224; la fran&#231;aise, etc.), est syst&#233;mique &#8211; ce qui implique un traitement dissym&#233;trique r&#233;serv&#233; &#224; l'Islam par rapport aux deux autres monoth&#233;ismes. Insuffisamment s&#233;cularis&#233;e (toujours selon le discours stigmatisant), la religion musulmane ne pourrait pas b&#233;n&#233;ficier de la s&#233;paration entre le priv&#233; et le cultuel (permettant d'&#233;tablir une cloison &#233;tanche entre DSK et la religion juive, ou Barbarin et la religion chr&#233;tienne), et les exactions imput&#233;es &#224; Tariq Ramadan, d&#232;s lors, concerneraient un citoyen ins&#233;parable de sa religion (ce qui, par contagion, affecterait l'ensemble de ses coreligionnaires). L'usage d'une image porno-orientaliste en couverture de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; ne laisse pas d'inqui&#233;ter quant au traitement, aujourd'hui, de l'Islam, en France. Ne se situe-t-on pas, ici, dans la parfaite continuit&#233; de cette veine d'agitation qui, jadis et nagu&#232;re, participa au mouvement par lequel s'op&#233;ra la mise au ban du Juif, fond&#233;e sur des proc&#233;d&#233;s d'&#233;tiquetage et de stigmatisation dans lesquels se trouvaient amalgam&#233;s motifs raciaux, culturels et religieux ? La fracture invisible qui parcourt l'ordre des discours sur la ligne de faille du pr&#233;tendu choc des civilisations, avec son corollaire, l'&#233;pinglage de la &#171; mauvaise religion &#187; comme jadis de la &#171; sale race &#187;, tout naturellement associ&#233;e &#224; la d&#233;linquance sexuelle, &#224; la criminalit&#233; et &#224; tous les exc&#232;s, est plus que jamais op&#233;rante - elle est au principe de ce qui expose Ramadan &#224; la vindicte publique, comme de ce qui permet &#224; un DSK ou un Barbarin de conserver leur inalt&#233;rable immunit&#233; - &#224; d&#233;faut d'honneur ou de respectabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, on pourrait se demander pourquoi les questions ayant trait &#224; la sexualit&#233;, aux relations entre les sexes entrent d&#233;sormais r&#233;guli&#232;rement dans l'espace du d&#233;bat public sous les formes les plus d&#233;testables, pour y &#234;tre d&#233;battues dans des termes et selon une pente o&#249; pr&#233;vaut cet amalgame de b&#234;tise et de m&#233;chancet&#233; qui semble constituer, dans notre pr&#233;sent, le ciment le plus solide de l'esprit du temps. Lorsque le d&#233;sir insatiable de punition, de vengeance et de r&#233;pression se substitue aussi radicalement au d&#233;sir d'&#233;mancipation, m&#234;me les causes les plus incontestables en viennent &#224; pourrir sur pied. L'affaire Weinstein ne trouve pas son origine dans le soul&#232;vement d'une courageuse Rosa Parks d'aujourd'hui payant de sa personne (et sacrifiant, au passage, son plan de carri&#232;re, souci il est vrai &#233;pargn&#233; &#224; Rosa Parks) pour exposer un tout puissant harceleur au regard du public, mais dans un coup journalistique, celui d'un homme, suivi d'une campagne de r&#233;v&#233;lations ou de d&#233;nonciations qui, dans certains cas, prend la tournure d'une cur&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un pays comme la France o&#249; la d&#233;lation a toujours &#233;t&#233; peu ou prou un sport national, tout particuli&#232;rement dans les moments vou&#233;s &#224; l'abjection collective (la Semaine sanglante, l'Occupation...), cette forme d' &#171; exposition &#187; des pr&#233;sum&#233;s coupables n'a pas bonne allure - le &#171; l&#226;chage &#187; - le lynchage individuel en forme de &#171; Balance ton porc ! &#187; n'est pas pr&#233;cis&#233;ment ce qu'on appellerait une conduite d'&#233;mancipation collective et entretient trop d'affinit&#233;s avec le r&#232;glement de compte pour ne pas laisser transpara&#238;tre sa ligne de force vindicative et ressentimentale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Soit dit en passant, si le &lt;i&gt;f&#233;minisme punitif&lt;/i&gt; d'aujourd'hui qui s'est substitu&#233; au f&#233;minisme d'&#233;mancipation des jours meilleurs pouvait laisser les animaux en dehors de ses appels civiques au caftage g&#233;n&#233;ralis&#233;, on ne s'en porterait pas plus mal - on ne voit vraiment pas ce que les porcs, animaux pacifiques, sensibles et intelligents, ont fait pour &#234;tre assimil&#233;s &#224; un DSK et autres harceleurs endurcis et imp&#233;nitents - n'en d&#233;plaise &#224; Marcella Iacub. Pour le reste, il existe une multitude de formes de lutte qui ne sont solubles ni dans le d&#233;sir de r&#233;pression ni dans l'esprit de vindicte, celles, par exemple, que r&#233;invent&#232;rent les f&#233;ministes et les homosexuels dans les ann&#233;es 1970-80 et qui empruntaient heureusement &#224; la tradition du charivari plut&#244;t qu'&#224; celle de la chasse &#224; l'homme ou du pilori. Le charivari suppose une collectivit&#233; d'affects joyeux et inspire de lumineux collectifs de lutte, par contraste avec ce cri d'exultation de la victime qui trouve enfin l'occasion de pr&#233;senter l'addition au coupable et &#224; tout ce qui s'y assimile - &#224; d&#233;faut d'avoir su, en son temps, exposer le tort subi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque des f&#233;ministes vinrent exiger devant la Cin&#233;math&#232;que fran&#231;aise la suspension de la r&#233;trospective consacr&#233;e &#224; Polanski, certaines d'entre elles r&#233;clamaient &#224; corps et &#224; cri que ce dernier soit livr&#233; par les autorit&#233;s fran&#231;aises &#224; l'exemplaire et d&#233;mocratique Justice des Etats-Unis... Si l'on peut comprendre que la d&#233;fense de Polanski au nom de la Culture et d'une certaine connivence de classe (on vit Jack Lang voler &#224; son secours, s'&#233;tonnant que la Justice puisse demander des comptes &#224; un homme aussi talentueux...) ait pu entra&#238;ner une demande l&#233;gitime de justice &#233;gale pour tous, en revanche, il saute aux yeux que l'affect en appelant &#224; l'extradition du r&#233;alisateur rel&#232;ve, lui d'une pure et simple haine vengeresse - &#171; Au trou, le monstre, et qu'il y cr&#232;ve ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Dans le m&#234;me contexte, Agn&#232;s Varda elle-m&#234;me, qui connut de meilleures heures, s'indigne de ce qu'on ait pu, en son temps, porter aux nues un film comme &lt;i&gt;Orange m&#233;canique&lt;/i&gt; qui lui appara&#238;t &#224; la lumi&#232;re des &#233;vidences du pr&#233;sent comme un pur et simple manifeste en faveur des violences faites aux femmes... D'autres, en leur temps, et pas des moindres, s'indignaient de ce que l'on puisse diffuser en livres de poche les romans pervers de Vladimir Nabokov... &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l'effet boule de neige de l'esprit de vindicte conjugu&#233; &#224; la nouvelle pruderie et &#224; l'esprit de censure - on ne sait jamais au fond de quel gouffre &#231;a va s'arr&#234;ter... De quels nouveaux maccarthysmes notre &#233;poque est-elle grosse ? L'un d'eux, en tout cas, a de beaux jours devant lui, s'il se donne pour objectif cette t&#226;che infinie qui consisterait &#224; &#233;radiquer l'&lt;i&gt;obscur objet du d&#233;sir&lt;/i&gt;, pour lui substituer un d&#233;sir atrophi&#233;, pass&#233; &#224; la moulinette du &lt;i&gt;contrat&lt;/i&gt; et des droits de la &lt;i&gt;personne&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alain Brossat, Alain Naze&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Comment dites-vous &#171; Muslim friendly &#187; en fran&#231;ais, d&#233;j&#224; ? </title>
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		<dc:date>2017-08-05T20:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>


		<dc:subject>racisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce n'est pas un conte de f&#233;es, ce n'est pas non plus une utopie situ&#233;e sur quelque &#238;le imaginaire, c'est juste une info, le genre d'info que vous ne trouverez pas dans les journaux fran&#231;ais &#8211; je ne parle pas du reste. L'histoire se passe certes de l'autre c&#244;t&#233; de la Terre, mais sur une &#238;le bien r&#233;elle et qui est aussi un pays &#8211; Ta&#239;wan. &lt;br class='autobr' /&gt;
A l'occasion de la fin du Ramadan et des festivit&#233;s qui traditionnellement les accompagnent, la municipalit&#233; de la capitale, Taipei, a pris l'initiative (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=18" rel="directory"&gt;Migrations, fronti&#232;res&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=2" rel="tag"&gt;racisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce n'est pas un conte de f&#233;es, ce n'est pas non plus une utopie situ&#233;e sur quelque &#238;le imaginaire, c'est juste une info, le genre d'info que vous ne trouverez pas dans les journaux fran&#231;ais &#8211; je ne parle pas du reste. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire se passe certes de l'autre c&#244;t&#233; de la Terre, mais sur une &#238;le bien r&#233;elle et qui est aussi un pays &#8211; Ta&#239;wan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'occasion de la fin du Ramadan et des festivit&#233;s qui traditionnellement les accompagnent, la municipalit&#233; de la capitale, Taipei, a pris l'initiative d'organiser un &#233;v&#233;nement public, sur une grande et belle place, &#224; proximit&#233; de la monumentale gare centrale. Les familles musulmanes &#233;taient convi&#233;es &#224; y venir c&#233;l&#233;brer l'&lt;i&gt;Aid-el-Fitr&lt;/i&gt; en pri&#232;res, musique(s) et autres r&#233;jouissances incluant des jeux et la distribution par le maire de la ville, Ko Wen-je d'&#171; enveloppes rouges &#187;, pratique associ&#233;e, dans le monde chinois, aux f&#234;tes et &#233;v&#233;nements heureux. Des stands de nourriture locale et un march&#233; halal avaient &#233;t&#233; &#233;galement install&#233;s pour l'occasion. Des musiciens populaires indon&#233;siens &#233;taient pr&#233;sents pour animer la f&#234;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ko, un chirurgien pass&#233; &#224; la politique, un politicien de calibre tr&#232;s moyen s'effor&#231;ant de tirer son &#233;pingle du jeu en louvoyant entre les deux grands partis rivaux de l'&#238;le, Ko, donc, qui aime &#224; &#233;mailler ses discours de r&#233;f&#233;rences &#224; la sagesse bouddhiste, ne distribua pas moins de 500 &#171; enveloppes rouges &#187; &#224; cette occasion &#8211; chacune d'entre elle contenant, selon la tradition, quelques billets de banque &#8211; le montant de la somme n'&#233;tant pas pr&#233;cis&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;tail int&#233;ressant, les &#171; enveloppes rouges &#187; &#233;taient, ce jour-l&#224; et &#224; titre exceptionnel, &lt;i&gt;vertes&lt;/i&gt; &#8211; cette couleur &#233;tant symbole de vie dans le monde musulman, devait pr&#233;ciser l'un des organisateurs de l'&#233;v&#233;nement. Pour le public ta&#239;wanais, compos&#233; dans son immense majorit&#233; de Chinois ethniques (les uns taiwanais &#171; de souche &#187;, d'autres implant&#233;s sur l'&#238;le plus r&#233;cemment, suite &#224; la d&#233;faite du Kuomintang face aux communistes sur le continent chinois), ce don d'argent s'associe traditionnellement aux festivit&#233;s du Nouvel An chinois, &#224; l'occasion de l'Ann&#233;e lunaire, la plus grande f&#234;te communautaire dans le monde chinois. Il s'agissait donc bien, en distribuant les &#171; enveloppes vertes &#187;, de lui donner &#224; entendre que l'&lt;i&gt;Aid-el-Fitr&lt;/i&gt; est aux musulmans ce que la c&#233;l&#233;bration de l'Ann&#233;e lunaire est au monde chinois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les musulmans sont, dans la population de Ta&#239;wan une goutte d'eau dans la mer : 300 000 au maximum, sur un total de 23 millions d'habitants. Ce sont, dans leur grande majorit&#233;, des Indon&#233;siens ou plut&#244;t des Indon&#233;siennes employ&#233;es en principe par des familles locales pour prendre soin &#224; domicile des vieillards et des malades, mais faisant souvent office de bonnes-&#224;-tout-faire, parfois maltrait&#233;es, exploit&#233;es par les interm&#233;diaires, mal pay&#233;es, victimes, souvent, d'un racisme end&#233;mique. Des sous-prol&#233;taires, de la pl&#232;be immigr&#233;e, donc, au point que, r&#233;guli&#232;rement la presse locale se fait l'&#233;cho de cas d'abus r&#233;voltants de la part d'employeurs ou interm&#233;diaires sans scrupules &#8211; viols, confiscation de passeports, refus d'accorder les jours de cong&#233; l&#233;galement dus, etc. Ce n'est pas pour rien qu'&#224; l'occasion de la fin du Ramadan, le minist&#232;re du Travail s'est fendu d'une d&#233;claration, rappelant que ce jour-l&#224;, les employ&#233;es de maison musulmanes avaient &lt;i&gt;droit&lt;/i&gt; &#224; un jour de cong&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En organisant cet &#233;v&#233;nement officiellement d&#233;fini comme &#171; Muslim friendly &#187;, les autorit&#233;s locales et gouvernementales ta&#239;wanaises ne se contentaient donc pas de donner libre cours &#224; leur esprit de tol&#233;rance et &#224; leur bon c&#339;ur. Elles mettaient en avant la &#171; diversit&#233; culturelle &#187; pr&#233;valant d&#233;sormais sur l'&#238;le &#8211; un motif couramment utilis&#233; par les actuels gouvernants pour tenter de marquer la diff&#233;rence entre Ta&#239;wan et la Chine continentale. Elles s'effor&#231;aient aussi de promouvoir le motif n&#233;o-confuc&#233;en d'usage courant des &#171; relations harmonieuses &#187; entre employeurs et employ&#233;(e)s en encourageant les premiers &#224; respecter les convictions religieuses des second(e)s. Il s'agissait donc bien, sous cet angle, de jeter un voile de g&#233;n&#233;reuse convivialit&#233; sur l'exploitation domestique sans merci subie par ces femmes d&#233;pourvues de toute possibilit&#233; de faire valoir leurs droits &#233;l&#233;mentaires lorsque ceux-ci sont mis &#224; mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'un autre c&#244;t&#233;, que le maire de la capitale de cet atypique Etat &#171; de facto &#187;, rapidement relay&#233; par la Pr&#233;sidente elle-m&#234;me, Tsai Ing-wen, rende un hommage public, bien relay&#233; par les m&#233;dias, &#224; une population immigr&#233;e occupant dans le pays une position distinctement identifiable comme celle de &lt;i&gt;subalternes&lt;/i&gt; - un tel &#233;v&#233;nement tend &#224; prendre pour nous, Fran&#231;ais, Europ&#233;ens, la tournure d'un r&#234;ve &#233;veill&#233;. Le jour de l'Aid, en effet, la Pr&#233;sidente, ne voulant pas &#234;tre en reste sur son &#233;ventuel concurrent lors d'une &#233;lection &#224; venir, a post&#233; sur Facebook un message adress&#233; aux musulmans de l'&#238;le, accompagn&#233; d'une vid&#233;o dans laquelle elle remerciait les travailleurs musulmans de l'&#238;le pour leur contribution &#224; la vie &#233;conomique de l'&#238;le. Elle ajoutait que &#171; la culture musulmane avait enrichi la soci&#233;t&#233; ta&#239;wanaise &#187;, que Ta&#239;wan &#171; croit &#224; la diversit&#233; culturelle et &#224; l'&#233;galit&#233; entre tous les groupes ethniques &#187;, que le gouvernement s'activait en vue de la cr&#233;ation d'un &#171; Muslim-friendly environment &#187;, en mettant notamment en place un syst&#232;me de certification halal, en promouvant la cr&#233;ation de salles de pri&#232;re et d'&#233;v&#233;nements festifs pour les musulmans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quels que soient les motifs de Madame Tsai (qui, pour le reste, a les yeux de Chim&#232;ne pour Trump et Abe et attise sciemment les tensions avec la Chine continentale), on ne peut ici que lui tirer son chapeau bien bas &#8211; et se prendre &#224; r&#234;ver : et pourquoi ce qui est possible &#224; Taipei ne le serait pas &#224; Paris et dans toutes les grandes villes de France ? Et de quoi donc sont faites les pr&#233;tendues fatalit&#233;s et rigoureuses impossibilit&#233;s qui ont pour effet qu'un &#233;v&#233;nement comme celui qui vient d'&#234;tre organis&#233; par la municipalit&#233; de Taipei soit &lt;i&gt;inconcevable &lt;/i&gt; dans la capitale fran&#231;aise, sous le r&#232;gne suppos&#233; &#233;clair&#233; de Madame Hidalgo ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi faut-il qu'il soit exclu par principe qu'en France, l'Etat, l'autorit&#233; puisse &#234;tre, par quelque biais que ce soit, &lt;i&gt;Muslim friendly&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title> Macron r&#233;v&#233;l&#233; par son &#171; humour &#187;</title>
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		<dc:date>2017-06-12T06:09:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>racisme</dc:subject>
		<dc:subject>inconscient colonial</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce 2 juin 2017, le nouveau pr&#233;sident de la R&#233;publique, Emmanuel Macron, se risque &#224; l'humour pour &#233;voquer la situation tragique des Comoriens cherchant &#224; gagner Mayotte au moyen de kwassa-kwassa, on est en droit de se demander ce qu'une telle saillie r&#233;v&#232;le du personnage. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; La gen&#232;se de l'esprit dans l'inconscient est indubitable lorsqu'il s'agit de mots d'esprit dict&#233;s par des tendances inconscientes ou renforc&#233;es par l'inconscient, partant dans la plupart des mots d'esprit &#8220;cyniques&#8221; &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce 2 juin 2017, le nouveau pr&#233;sident de la R&#233;publique, Emmanuel Macron, se risque &#224; l'humour pour &#233;voquer la situation tragique des Comoriens cherchant &#224; gagner Mayotte au moyen de kwassa-kwassa, on est en droit de se demander ce qu'une telle saillie r&#233;v&#232;le du personnage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; La gen&#232;se de l'esprit dans l'inconscient est indubitable lorsqu'il s'agit de mots d'esprit dict&#233;s par des tendances inconscientes ou renforc&#233;es par l'inconscient, partant dans la plupart des mots d'esprit &#8220;cyniques&#8221; &#187; (Freud)&lt;br class='autobr' /&gt;
On se rappelle les mots par lesquels Nicolas Sarkozy mena&#231;ait Dominique de Villepin de le suspendre &#224; un &#171; croc de boucher &#187;. Qu'il se soit agi d'une figure rh&#233;torique relevant de l'hyperbole, c'est une &#233;vidence. Il n'emp&#234;che, les termes utilis&#233;s ont fourni un aper&#231;u de l'imaginaire du locuteur, lequel imaginaire apparait compos&#233; pour partie de motifs fascistes. Cela ne signifie pas, bien s&#251;r, que Sarkozy est lui-m&#234;me fasciste, mais plut&#244;t que sa fibre politique est irrigu&#233;e par des images structurantes relevant d'une violence de type fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, ce 2 juin 2017, le nouveau pr&#233;sident de la R&#233;publique, Emmanuel Macron, se risque &#224; l'humour pour &#233;voquer la situation tragique des Comoriens cherchant &#224; gagner Mayotte au moyen de kwassa-kwassa, on est en droit de se demander ce qu'une telle saillie r&#233;v&#232;le du personnage. On sait combien Freud accordait d'importance au &#171; mot d'esprit &#187; (Witz), en ce qu'il poss&#232;de la fulgurance de l'&#233;clair, dans sa capacit&#233; &#224; faire entrer en r&#233;sonance &#8211; parfois &#224; l'insu m&#234;me du locuteur &#8211; des r&#233;alit&#233;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, Le mot d'esprit et sa relation &#224; l'inconscient, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que visait l'imaginaire d'E. Macron en faisant prononcer au pr&#233;sident ces paroles sur les Comoriens ? Dans tous les cas il s'agit d'une forme d'acte manqu&#233; &#8211; s'en excuser n'efface en rien les propos tenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une vid&#233;o diffus&#233;e vendredi soir sur TMC montre Emmanuel Macron en train d'&#233;changer avec des officiels, lors d'une visite au Centre r&#233;gional de surveillance et de sauvetage atlantique (Cross) d'Etel (Morbihan). L'un d'entre eux &#233;voque diff&#233;rents types d'embarcations : &#8220;Il y a les tapouilles et des kwassa-kwassa&#8221;. &#8220;Ah non, c'est &#224; Mayotte, le kwassa-kwassa&#8221;, note le pr&#233;sident. Avant de plaisanter : &#8220;Mais le kwassa-kwassa p&#234;che peu, il am&#232;ne du Comorien, c'est diff&#233;rent&#8221;. Apr&#232;s un bref silence, il ajoute : &#8220;Les tapouilles, c'est les crevettiers&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde avec AFP, &#171; Des propos de Macron sur Mayotte et les Comoriens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Goguenard &#224; la suite de sa propre &#171; blague &#187;, Emmanuel Macron s'aper&#231;oit cependant vite que les premiers rires alentours ont laiss&#233; la place &#224; un silence g&#234;n&#233;, notamment chez Jean-Yves Le Drian, qui l'accompagne dans son d&#233;placement. Probablement se rend-il compte du caract&#232;re d&#233;plac&#233; des termes utilis&#233;s puisque son visage se crispe un peu. A preuve, la vid&#233;o reprise sur le site du Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#234;tre pr&#233;cis sur ce point ; le &#171; mot d'esprit &#187; ne fonctionne qu'&#224; la condition de trouver imm&#233;diatement sa forme, d'&#234;tre cisel&#233; pour ainsi dire sans travail conscient. Dans le cas pr&#233;sent, l'expression &#171; du Comorien &#187; ravale des &#234;tres humains au statut de marchandise. Du &#171; Comorien &#187; comme on dirait &#171; du m&#233;rou &#187;... C'est tr&#232;s exactement cela qui, &#233;nonc&#233; sur le registre d'une plaisanterie, devient obsc&#232;ne. On d&#233;tecte ind&#233;niablement un trait esclavagiste, dans les mots prononc&#233;s, qui se caract&#233;rise par le fait de consid&#233;rer des &#234;tres humains du seul point de vue de la quantit&#233;. A cela s'ajoute ceci : les habitants de l'Archipel des Comores vont, pour une partie d'entre eux, constituer la main d'&#339;uvre &#224; bon march&#233;, non d&#233;clar&#233;e, dans certains secteurs d'activit&#233; de Mayotte, en particulier le b&#226;timent. L'aveu inconscient est ici terrifiant, et surtout irr&#233;parable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rire, superpos&#233; au souvenir obs&#233;dant de tant de naufrag&#233;s ayant p&#233;ri (et continuant de p&#233;rir) en mer, sur leurs fr&#234;les esquifs, en cherchant &#224; gagner Mayotte, pour tenter d'&#233;chapper &#224; la mis&#232;re, peut-&#234;tre pour pouvoir faire vivre une famille rest&#233;e &#224; Anjouan, ce rire, donc, est intol&#233;rable. Car cette quantification de vies humaines, c'est celle qui s'effectue &#224; travers les chiffres effarants des migrants morts en mer, au large d'Anjouan, comme &#224; Lampedusa. Des morts sans s&#233;pulture, engloutis &#224; jamais, mais survivant dans la m&#233;moire douloureuse de leurs proches. Et cette quantification anonyme, Macron l'aggrave d'une d&#233;shumanisation radicale contenue tout enti&#232;re dans cet article partitif &#171; du &#187;. A la faute fran&#231;aise, du visa Balladur, et plus g&#233;n&#233;ralement de l'occupation ill&#233;gale de Mayotte, Macron ajoute ainsi le m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre l'inconscient colonial, qui renvoie &#224; l'esclavage, cette &#171; plaisanterie &#187; pr&#233;sidentielle se caract&#233;rise aussi par une composante raciste inconsciente. En effet, l'indiff&#233;renciation entre les Comoriens, qu'implique l'usage de l'expression &#171; du Comorien &#187;, fait in&#233;vitablement signe vers la conception typiquement raciste de l'autre : &#171; ils sont tous pareils, comment voulez-vous qu'on les reconnaisse ? &#187;. On identifie ce trait raciste notamment dans le qualificatif fr&#233;quemment r&#233;serv&#233; par la police fran&#231;aise aux personnes noires, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rique : &#171; Bamboula &#187; - terme qu'un syndicaliste policier avait jug&#233; &#171; &#224; peu pr&#232;s convenable &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#8220;Bamboula, &#231;a reste convenable&#8221; : un syndicaliste de la police d&#233;rape, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, il ne s'agit pas de soutenir l'id&#233;e que Macron serait partisan de l'esclavage, qu'il serait raciste, etc. Il est seulement question d'identifier les caract&#233;ristiques qui structurent son imaginaire. D&#232;s lors, Macron est-il du c&#244;t&#233; de celui qui consid&#232;re que la colonisation fran&#231;aise a pr&#233;sent&#233; des c&#244;t&#233;s positifs, ou du c&#244;t&#233; de celui qui fait de la colonisation un &#171; crime contre l'humanit&#233; &#187; ? Des deux c&#244;t&#233;s serait-on tent&#233; de dire, selon qu'on consid&#232;re la pens&#233;e politique consciente de Macron, ou ses soubassements inconscients, mais aussi en prenant en compte la dimension contradictoire de ses d&#233;clarations successives. Dans ce cas, le tic langagier du candidat d'En marche ! - la r&#233;p&#233;tition lassante de la formule &#171; en m&#234;me temps &#187; - ne constituerait pas qu'une mani&#232;re de ratisser large (&#224; droite et &#224; gauche), mais serait peut-&#234;tre l'indice d'un inconscient &#224; fleur de peau, venant ainsi perturber les intentions du sujet conscient. Il est vain, alors, de se demander o&#249; est le &#171; vrai &#187; Macron, ce nom propre devant &#234;tre plut&#244;t consid&#233;r&#233; comme le nom d'un mat&#233;riau instable. Dans ces conditions, juste retour des choses, on pourrait donner un sens litt&#233;ral &#224; l'expression : &#171; C'est du Macron ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien pour cette raison que le communiqu&#233; de l'Elys&#233;e ne r&#233;sout rien du tout :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'&#233;tait une plaisanterie pas tr&#232;s fine et malheureuse, mais qui ne refl&#232;te pas la politique d'Emmanuel Macron ou sa prise de position sur le sujet. Il est difficile de taxer le pr&#233;sident de racisme ou de l&#233;g&#232;ret&#233; [...]. C'est une pol&#233;mique qui n'a pas lieu d'&#234;tre. Emmanuel Macron a une ligne claire vis-&#224;-vis de l'immigration clandestine et des migrants. Il a par exemple &#233;t&#233; l'un des premiers &#224; saluer la politique migratoire d'Angela Merkel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communiqu&#233; de l'Elys&#233;e, repris in &#171; Une plaisanterie de Macron sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots tendent &#224; minimiser l'incident, en insistant sur la position politique du chef de l'Etat, qui ne serait pas inhumaine en mati&#232;re d'immigration en g&#233;n&#233;ral. A suppos&#233; que ce soit le cas (ce qu'on ne discute pas ici), les propos du pr&#233;sident ne sont pas supprim&#233;s pour autant, en ce qu'ils fonctionnent un peu comme une d&#233;claration off o&#249; il est impossible de ne pas entendre l'expression d'un m&#233;pris &#224; l'encontre des d&#233;sh&#233;rit&#233;s embarqu&#233;s sur des kwassa-kwassa. Il en &#233;tait de m&#234;me lorsque, dans un registre certes plus l&#233;ger, l'opinion avait eu connaissance de la confidence faite par Lionel Jospin &#224; des journalistes, selon laquelle il jugeait le pr&#233;sident Chirac &#171; vieilli, us&#233;, fatigu&#233; &#187;. Ses tentatives pour se d&#233;marquer de cette d&#233;claration avaient &#233;t&#233; vaines &#8211; &#171; &#231;a n'est pas moi, &#231;a ne me ressemble pas &#187;. Ni Macron ni Jospin n'aurait voulu, de fa&#231;on consciente, dire cela, c'est entendu, mais ils ont dit ce qu'ils ont dit. Et c'est cela qui demeure, beaucoup plus s&#251;rement que tous les d&#233;mentis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saura jamais si Fran&#231;ois Hollande a r&#233;ellement us&#233;, en priv&#233;, de la formule m&#233;prisante &#171; les sans dents &#187;, pour d&#233;signer les plus d&#233;munis, mais elle a &#233;t&#233; d&#233;vastatrice, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'au-del&#224; de toutes les mesures sociales que ce pr&#233;sident aurait pu adopter, elle aurait continu&#233; de se faire entendre, &#224; la mani&#232;re d'un sous-titre, en accompagnant toutes les d&#233;clarations officielles de Hollande dans ce domaine, et en livrant &#224; son insu sa pens&#233;e la plus profonde, celle qu'il aurait voulu garder secr&#232;te. Si la boutade inexcusable de Macron est une forme de lapsus, tous les d&#233;mentis n'y changeront rien non plus. Ces mots fonctionnent d&#233;sormais comme le sceau qui garantit l'authenticit&#233; des dispositions affectives les plus profondes du nouveau pr&#233;sident &#224; l'&#233;gard des migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tons-le, cela ne pr&#233;sage en rien des choix effectifs du nouveau pr&#233;sident en mati&#232;re d'immigration ; il peut chercher &#224; r&#233;sister &#224; son propre inconscient. Disons en tout cas que cette plaisanterie, faite en pr&#233;sence de cam&#233;ras et de micros, ne constitue pas le t&#233;moignage le plus probant relativement &#224; son opposition &#224; de tels propos. D'ailleurs il ne commence &#224; percevoir l'inconvenance de sa d&#233;claration (le moment o&#249; son visage se crispe l&#233;g&#232;rement) qu'&#224; travers l'attitude, embarrass&#233;e, de ceux qui assistent &#224; la sc&#232;ne &#8211; et non en raison d'un malaise qu'il aurait pu ressentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute honte bue, Fran&#231;ois Fillon, pris dans la tourmente des &#171; affaires &#187;, avait adress&#233; &#224; ses &#233;lecteurs potentiels, cette formule : &#171; Je ne vous demande pas de m'aimer &#187;. Concernant Macron, cette plaisanterie inf&#226;me relative aux Comoriens, non seulement nous pr&#233;serve de l'aimer (si cela &#8211; qu'&#224; Dieu ne plaise ! - nous avait effleur&#233;), mais plus profond&#233;ment nous incite &#224; nous garder de toute forme de proximit&#233; avec un tel personnage. S'est r&#233;v&#233;l&#233; en cette occasion l'alliage dont est constitu&#233; ce nouveau pr&#233;sident. De sa bouche sont sortis des mots irr&#233;parables, qui frappent du sceau du m&#233;pris l'id&#233;e qu'il se fait des pauvres, des exploit&#233;s, des d&#233;sh&#233;rit&#233;s, des migrants sans bagages. Apr&#232;s l'enfumage des &#233;lections pr&#233;sidentielles, Macron vient de livrer le chiffre de son identit&#233; politique. Et le moins qu'on puisse en dire, c'est que ce n'est pas tr&#232;s rago&#251;tant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Naze (il enseigne la philosophie au Lyc&#233;e du Nord, &#224; M'tsangadoua, Mayotte)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;DITION : LES MOTS EN CAMPAGNE&lt;br class='autobr' /&gt;
6 JUIN 2017&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;Le mot d'esprit et sa relation &#224; l'inconscient&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Monde avec AFP, &#171; Des propos de Macron sur Mayotte et les Comoriens suscitent de vives r&#233;actions &#187;, Source Internet : &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/06/03&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lemonde.fr/politique/art...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#8220;Bamboula, &#231;a reste convenable&#8221; : un syndicaliste de la police d&#233;rape, Le Roux le recadre &#187;, Le Monde avec AFP, Source Internet : &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/police-justice/ article/2017/02/10&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lemonde.fr/police-justic...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Communiqu&#233; de l'Elys&#233;e, repris in &#171; Une plaisanterie de Macron sur les Comoriens suscite l'indignation &#187;, Source Internet : &lt;a href=&#034;http://www.lefigaro.fr/politique/2017/06/03&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lefigaro.fr/politique/20...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Non, je ne suis PAS Charlie !</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=471</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>racisme</dc:subject>
		<dc:subject>violence</dc:subject>
		<dc:subject>islamophobie</dc:subject>
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		<dc:subject>la&#239;cit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Affiche de propagande r&#233;alis&#233;e par le cinqui&#232;me bureau d'action psychologique de l'arm&#233;e fran&#231;aise, incitant les femmes &#224; se d&#233;voiler. &lt;br class='autobr' /&gt; Personne ne peut se r&#233;jouir des assassinats perp&#233;tr&#233;s ce mercredi 7 janvier &#224; l'encontre des gens de Charlie Hebdo. D'abord parce que cette violence est le fruit d'une froide d&#233;lib&#233;ration, qui n'a rien &#224; voir avec la moindre violence lib&#233;ratrice, et ensuite parce qu'il est &#233;vident que cet attentat va renforcer &#224; l'extr&#234;me l'islamophobie r&#233;gnante. Que cet (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=16" rel="directory"&gt;Politique et subjectivation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=2" rel="tag"&gt;racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=66" rel="tag"&gt;islamophobie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=67" rel="tag"&gt;n&#233;ocolonialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=68" rel="tag"&gt;la&#239;cit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Affiche de propagande r&#233;alis&#233;e par le cinqui&#232;me bureau d'action psychologique de l'arm&#233;e fran&#231;aise, incitant les femmes &#224; se d&#233;voiler.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Personne ne peut se r&#233;jouir des assassinats perp&#233;tr&#233;s ce mercredi 7 janvier &#224; l'encontre des gens de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;. D'abord parce que cette violence est le fruit d'une froide d&#233;lib&#233;ration, qui n'a rien &#224; voir avec la moindre violence lib&#233;ratrice, et ensuite parce qu'il est &#233;vident que cet attentat va renforcer &#224; l'extr&#234;me l'islamophobie r&#233;gnante. Que cet acte ait suscit&#233; de l'&#233;motion, c'est bien compr&#233;hensible, mais il n'est pas possible de s'en tenir &#224; ce niveau de r&#233;action imm&#233;diate, sauf &#224; renoncer &#224; toute r&#233;flexion et &#224; toute prise de position politiques, au profit d'une simple forme d'indignation morale. Et l'on renonce &#224; cette r&#233;flexion politique, sit&#244;t qu'on embraie sur les effets massifs du rouleau compresseur m&#233;diatique, c&#233;dant ainsi &#224; une forme de dictature de l'&#233;motion, par ailleurs n&#233;cessairement s&#233;lective en ses indignations. Nous ferions pourtant bien de nous inspirer, pour l'occasion, de la c&#233;l&#232;bre maxime de Spinoza : &#171; Non ridere, nec lugere, neque detestari, sed intellegere &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Condamner l'attentat contre &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; au nom de la &#171; libert&#233; d'expression &#187;, de la &#171; d&#233;mocratie &#187;, de la &#171; la&#239;cit&#233; &#187;, de la &#171; pens&#233;e des Lumi&#232;res &#187;, des &#171; droits de l'Homme &#187;, etc, cela revient tout bonnement &#224; utiliser des signifiants plus sonores que r&#233;ellement riches de sens. Renon&#231;ant &#224; cette ventriloquie des slogans, nous ferions bien d'adopter un certain recul historique, bien utile en cette affaire : c'est aussi &lt;i&gt;au nom de la la&#239;cit&#233;&lt;/i&gt;, en vue de lutter contre un obscurantisme qui aurait maintenu les femmes dans une situation de soumission que la France coloniale a pu proc&#233;der, jadis, &#224; d'indignes s&#233;ances de &#171; d&#233;voilement &#187;, en place publique, de femmes musulmanes. Comment, d&#232;s lors, ne pas entendre l'&#233;cho que la loi relative &#224; l'interdiction des signes religieux en milieu scolaire a pu entretenir en son temps avec ces actions violentes pass&#233;es, conduites au nom des m&#234;mes principes ? C'est dans ce cadre g&#233;n&#233;ral qu'il faut interroger la ligne &#233;ditoriale de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, de fa&#231;on &#224; &#233;viter de canoniser ce journal, notamment en consid&#233;rant par principe que toute caricature est en soi salutaire, quel que soit le contexte historique, social, culturel. Ne tournons pas autour du pot : &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; n'avait plus rien &#224; voir avec son inspiration libertaire initiale, et ne constituait plus qu'un journal vomissant chaque semaine la religion musulmane, et encensant la politique des Etats-Unis, comme celle d'Isra&#235;l ! Le droit de blasph&#233;mer est &#233;videmment un droit essentiel, mais lorsque &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; reprend imb&#233;cilement les caricatures publi&#233;es par un journal danois proche de l'extr&#234;me droite, en particulier celle qui repr&#233;sente Mahomet, cachant une bombe sous son turban, peut-il ignorer qu'il le fait &#224; un moment o&#249; l'opinion publique n'a d&#233;j&#224; que trop tendance &#224; voir en chaque musulman un terroriste en puissance ? Se r&#233;f&#233;rer alors aux valeurs de l'anticl&#233;ricalisme pour justifier bien des caricatures odieuses &#224; l'&#233;gard des musulmans, c'est oublier que nous ne sommes pas ici, en France, dans une situation o&#249; l'islam constituerait une institution qui aurait une puissance comparable &#224; celle de l'Eglise catholique du XIXe et des d&#233;buts du XXe si&#232;cle - Olivier Cyran l'&#233;tablit clairement dans une excellente lettre ouverte, en date du 17 d&#233;cembre 2013, adress&#233;e &#224; ses anciens coll&#232;gues de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; S'il semble aujourd'hui &#233;tabli que ce sont bien de jeunes hommes, &#171; radicalis&#233;s &#187; selon l'expression actuellement en vogue, qui ont commis cet attentat contre &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, il ne faut pr&#233;cis&#233;ment rien oublier de tout cet arri&#232;re-plan, qui leur a d&#233;sign&#233; ce journal comme le symbole de l'Occident imp&#233;rialiste. Par cons&#233;quent, l'id&#233;e selon laquelle ces assassinats seraient le fruit de l'obscurantisme, de l'ignorance, etc, emp&#234;che d'identifier les fondements &lt;i&gt;politiques&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;sociaux&lt;/i&gt; de ces actes, et par cons&#233;quent nous expose, outre au fait de ne rien comprendre, au risque que la chose se reproduise, sous des formes variables. En effet, se livrer &#224; une sorte d'auto-c&#233;l&#233;bration des valeurs occidentales, au nom m&#234;me de l'universel, c'est oublier tout simplement que l'Occident est bien &lt;i&gt;incarn&#233;&lt;/i&gt;, qu'il se caract&#233;rise par des int&#233;r&#234;ts qui lui sont propres, notamment &#233;conomiques (et il y a bien une &lt;i&gt;violence&lt;/i&gt; &#233;conomique provenant de cet Occident !), et c'est ainsi prendre le risque de renforcer encore l'image arrogante que l'Occident renvoie de lui-m&#234;me au reste du monde. Si, dans le cadre d'une sorte d'&lt;i&gt;union sacr&#233;e&lt;/i&gt;, allant pour ainsi dire du Parti de gauche au Front national, Sarkozy parle aujourd'hui d'une &#171; guerre d&#233;clar&#233;e &#224; la civilisation &#187;, c'est bien qu'il reproduit le sch&#233;ma m&#234;me de l'Etat colonial que la France n'a jamais tout &#224; fait cess&#233; d'&#234;tre, mais aussi celui qu'adopt&#232;rent les Etats-Unis, pour &lt;i&gt;exporter&lt;/i&gt; la &#171; D&#233;mocratie &#187; en terre irakienne (et les &#171; valeurs &#187; occidentales &lt;i&gt;utilis&#233;es&lt;/i&gt; par l'Administration am&#233;ricaine furent bien alors, de fa&#231;on cette fois &#233;vidente, des armes de guerre). Si les valeurs occidentales &lt;i&gt;sont&lt;/i&gt; la civilisation &#8211; conclusion in&#233;vitable dans le cadre d'une partition du monde s'adossant &#224; un sch&#233;ma progressiste de l'histoire, et opposant un Occident &lt;i&gt;&#233;clair&#233;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;moderne&lt;/i&gt; &#224; un monde non occidental &lt;i&gt;obscurantiste&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;r&#233;trograde&lt;/i&gt; -, comment s'&#233;tonner d'attentats aussi &lt;i&gt;barbares&lt;/i&gt;, puisque aussi bien, nous n'aurions alors, face &#224; &#171; &lt;i&gt;Nous&lt;/i&gt; &#187;, que des hordes de &#171; barbares &#187;, abrutis d'obscurantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si nous restons dans cette position intellectuellement aveugle et autarcique, tout occup&#233;s &#224; nous f&#233;liciter d'&#234;tre, &#171; Nous &#187;, excellents occidentaux, tellement &#171; bons &#187;, &#171; justes &#187;, &#171; tol&#233;rants &#187;, etc, nous ne comprendrons jamais rien &#224; la violence que &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; produisons, et donc rien non plus &#224; la violence qui nous affecte &#224; certaines occasions. Saisissons-nous au contraire de cet &#233;v&#233;nement pour nous interroger sur la n&#233;cessit&#233; de fissurer notre homog&#233;n&#233;it&#233;, en y introduisant de l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne, &lt;i&gt;du pl&#233;b&#233;ien&lt;/i&gt;. Sans cela, nous resterons face &#224; &lt;i&gt;nous-m&#234;mes&lt;/i&gt;, dans un monde dont nous aurons &#233;radiqu&#233; le diff&#233;rent &#8211; contre cet atroce huis-clos &#224; venir, je pr&#233;f&#232;re me tenir aux c&#244;t&#233;s d'Ernest C&#339;urderoy, qui en appelait aux &#171; Cosaques &#187; - autant dire aux &#171; Barbares &#187; -, comme on en appelle &#224; l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne, pour provoquer une r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Texte &#233;crit le samedi 10 janvier 2015, dans la matin&#233;e (avant les manifestations du week-end)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Un court extrait : &#171; Vous connaissant, je m'interroge cependant : c'est quoi, au juste, votre probl&#232;me avec les musulmans de ce pays ? Dans votre texte du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, vous invoquez la salutaire remise en cause des &#171; &lt;i&gt; si grands pouvoirs des principaux clerg&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, mais sans pr&#233;ciser en quoi l'islam &#8211; qui n'a pas de clerg&#233;, mais on ne peut pas tout savoir, hein &#8211; exerce en France un &#171; si grand pouvoir &#187;. Hors de la version hardcore qu'en donnent quelques furieux, la religion musulmane ne me para&#238;t pas rev&#234;tir chez nous des formes extraordinairement intrusives ou belliqueuses. Sur le plan politique, son influence est nulle : six millions de musulmans dans le pays, z&#233;ro repr&#233;sentant &#224; l'Assembl&#233;e nationale. Pour un parlementaire, il est plus prudent de plaider la cause des avocats d'affaires et de voter des lois d'invisibilit&#233; pour les femmes voil&#233;es que de s'inqui&#233;ter de l'explosion des violences islamophobes. Pas un seul musulman non plus chez les propri&#233;taires de m&#233;dias, les directeurs d'information, les poids lourds du patronat, les grands banquiers, les gros &#233;diteurs, les chefferies syndicales. Dans les partis politiques, de gauche comme de droite, seuls les musulmans qui savent r&#233;citer par c&#339;ur les &#339;uvres compl&#232;tes de Caroline Fourest ont une petite chance d'acc&#233;der &#224; un strapontin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source Internet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.article11.info/?Charlie-...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Nous sommes tous des voleurs de poules roumains ! </title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=96</link>
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		<dc:date>2010-10-04T07:10:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>


		<dc:subject>racisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Parasite &#187; est un terme dont la fortune dans les soci&#233;t&#233;s modernes n'est pas faite pour nous &#233;tonner : il d&#233;ploie en effet ses puissances &#224; l'intersection de plusieurs domaines strat&#233;giques &#8211; la politique, la biologie, l'&#233;conomie sociale, etc. De ce fait m&#234;me, sa propri&#233;t&#233; de faire image, de trouver des emplois utiles dans toutes sortes de r&#233;gimes discursifs et de nourrir les rh&#233;toriques les plus vari&#233;es se manifeste constamment ; ceci dans des configurations, des s&#233;quences et des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=16" rel="directory"&gt;Politique et subjectivation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=2" rel="tag"&gt;racisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Parasite &#187; est un terme dont la fortune dans les soci&#233;t&#233;s modernes n'est pas faite pour nous &#233;tonner : il d&#233;ploie en effet ses puissances &#224; l'intersection de plusieurs domaines strat&#233;giques &#8211; la politique, la biologie, l'&#233;conomie sociale, etc. De ce fait m&#234;me, sa propri&#233;t&#233; de faire image, de trouver des emplois utiles dans toutes sortes de r&#233;gimes discursifs et de nourrir les rh&#233;toriques les plus vari&#233;es se manifeste constamment ; ceci dans des configurations, des s&#233;quences et des topographies tr&#232;s diverses. Bref, &#171; parasite &#187; est, davantage qu'un mot d'&#233;poque, un terme qui fait &#233;poque, un vocable puissant susceptible de se hausser, selon tel ou tel r&#233;gime discursif, &#224; la dignit&#233; du concept, voire de se pr&#234;ter au jeu de la construction de paradigmes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il suffise de le mentionner pour que tout ou presque soit dit : en plus d'une occasion, dans les moments totalitaires mais pas exclusivement, il a suffi qu'un individu ou un groupe soit d&#233;sign&#233; par le pouvoir comme &#171; parasite &#187; pour qu'il soit virtuellement mort &#8211; &#171; parasite &#187; d&#233;signant politiquement l'exterminable, l'indigne de vivre, le danger mortel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;re singularit&#233; du terme, donc, employ&#233; comme substantif ou adjectif, dans la langue et le discours de la modernit&#233; : il met en relation, &#224; la faveur d'une fertile in-distinction (ind&#233;termination), plusieurs domaines du vivant : l'humain, l'animal, le v&#233;g&#233;tal. Le grand discours (moderne) de la vie, celui de la biologie, de la m&#233;decine notamment, saisit, red&#233;ploie et intensifie le vieux terme gr&#233;co-romain qui, lui, d&#233;signait une figure sociale (celui qui tire sa subsistance d'un mieux nanti), un personnage de la com&#233;die humaine - le parasite, personnage r&#233;current de la com&#233;die latine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au rebond des savoirs modernes, le parasite devient un organisme, animal, plante, qui vit aux d&#233;pens d'un ou d'une autre &#8211; mais nous verrons combien est susceptible de se diffracter, de s'effriter ce simple &#171; aux d&#233;pens &#187;. Cette extension, ce red&#233;ploiement du vocable va en d&#233;cupler les puissances en favorisant toutes sortes de translations, d'&#233;changes, de franchissements de la &#171; barri&#232;re des esp&#232;ces &#187; : bien avant que les rh&#233;toriques totalitaires ne s'emparent du terme, le discours pl&#233;b&#233;ien ou r&#233;volutionnaire de la guerre des esp&#232;ces va, au XIX&#176; si&#232;cle, biologiser les repr&#233;sentations politiques et politiser la langue des sciences du vivant en construisant la figure du parasite &#8211; capitaliste, bourgeois, rentier qui prosp&#232;re au d&#233;triment du travailleur productif, lui suce le sang, l'affame, etc. Un mot formidablement mobilisateur, mais pour autant, pr&#233;cis&#233;ment, qu'il animalise l'imagerie politique et balise cet espace de l'affrontement des esp&#232;ces en lutte ; l'ennemi y est le repr&#233;sentant de la classe adverse comme il est, aussi bien, une sangsue, un t&#233;nia &#8211; une forme nuisible et abjecte du vivant. La mal&#233;fique intelligence (politique) de ce terme est, pr&#233;cis&#233;ment, dans le discours de la modernit&#233; (le parasite de Plaute et Moli&#232;re est un personnage plein d'exp&#233;dients et de ressources, une figure joyeuse et divertissante qui fait partie du &#171; tableau &#187; de la soci&#233;t&#233; des vivants et dont nul ne songerait &#224; r&#233;clamer l'&#233;limination violente), de rendre pensable et op&#233;ratoire l'&#233;limination n&#233;cessaire, requise et salutaire de cette part d&#233;grad&#233;e et dangereuse de la collectivit&#233; des vivants qui subsiste et prosp&#232;re au d&#233;triment de la majorit&#233;. Le mot parasite appara&#238;t, dans cet ordre des discours, comme l'op&#233;rateur providentiel d'une d&#233;gradation (destitution) du vivant humain, permettant d'en nommer sans ciller la s&#233;paration requise au nom de l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur, d'avec le corps commun. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme chacun sait, ces op&#233;rations destin&#233;es &#224; s&#233;parer la part du vivant humain dont la vie doit &#234;tre promue, entretenue et prot&#233;g&#233;e (celle qui est &#171; digne de vivre &#187;, en idiome nazi) de celle qui, d&#233;fectueuse ou parasitaire, d&#233;fectueuse et parasitaire, le plus souvent, doit &#234;tre &#233;cart&#233;e ou &#233;limin&#233;e (&#171; indigne de vivre &#187; dans la m&#234;me Lingua Tertii Imperii) ne sont pas, dans nos soci&#233;t&#233;s, confin&#233;es sur les bords excentr&#233;s du syst&#232;me &#8211; elles sont une de ses r&#233;gularit&#233;s les plus obstin&#233;es, il suffit d'ouvrir les journaux d'aujourd'hui pour en avoir la confirmation. En renvoyant le parasite humain, figure d'une typologie sociale, culturelle, raciale, politique, &#224; son peu de valeur sur l'&#233;chelle du vivant, ce terme est un formidable facilitateur de solutions extr&#234;mes &#8211; l'anesth&#233;siant parfait des scrupules humanitaires... &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mot parasite est, dans nos soci&#233;t&#233;s, l'adjuvant r&#234;v&#233; des passages &#224; l'acte les plus destructeurs, il les habille de lin blanc et de probit&#233; candide, il est, dans la langue de l'Etat, des redresseurs de torts, des justiciers exp&#233;ditifs et des policiers consciencieux, le mot magique dont se parent les actions les plus brutales. Dans La lucidit&#233;, admirable fable sur l'extinction de la d&#233;mocratie contemporaine imagin&#233;e par Jos&#233; Saramago, c'est un premier ministre frustr&#233; par l'avalanche de bulletins blancs qui vient de submerger les urnes lors de la toute r&#233;cente consultation &#233;lectorale qui parle ainsi : &#171; (&#8230;) La lutte sera une entreprise ardue et de longue haleine, l'an&#233;antissement de la nouvelle peste blanche exigera du temps et beaucoup d'efforts sans oublier, certes, sans oublier la t&#234;te maudite du t&#233;nia, cette t&#234;te qui se tapit quelque part. Tant que nous n'aurons pas r&#233;ussi &#224; la d&#233;busquer du sein naus&#233;abond de la conspiration, tant que nous ne l'en arracherons pas pour l'exposer &#224; la lumi&#232;re et la livrer au ch&#226;timent qu'elle m&#233;rite, ce parasite mortel continuera &#224; multiplier ses anneaux et &#224; miner les forces de la nation, mais nous remporterons la derni&#232;re bataille, ma parole et la v&#244;tre seront le gage de cette promesse aujourd'hui et jusqu'&#224; la victoire finale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation qui s'&#233;tablit entre rh&#233;torique du parasite et violence promise appara&#238;t, ici comme ailleurs, dans son aveuglante clart&#233;. &#171; Parasite &#187; a &#233;t&#233;, au XX&#176; si&#232;cle, l'un des s&#233;sames les plus efficaces de toutes les &#233;purations, les bruyantes comme les silencieuses. La coagulation de sens qui s'op&#232;re dans l'emploi politique du terme entre ce qui rel&#232;ve de la satire des m&#339;urs ou d'une critique sociale pratiquement imm&#233;moriale et ce qui emprunte au registre r&#233;cent des sciences du vivant &#171; dope &#187; le terme, en d&#233;multiplie les effets, en fait, dans la m&#234;l&#233;e des discours, une redoutable machine de guerre. L'ind&#233;termination persistante du terme (dans ses usages de combat, encore une fois), inh&#233;rente &#224; sa polys&#233;mie, le dote d'une tr&#232;s exp&#233;diente plasticit&#233; : les id&#233;ologues nazis peuvent donc d&#233;velopper leur propre discours du parasite index&#233; sur le crit&#232;re racial, les supp&#244;ts du r&#233;gime stalinien, eux, vont le d&#233;ployer sur le versant du naturalisme social &#8211; d'un c&#244;t&#233; le Juif ou le Tzigane comme parasite, de l'autre le koulak, le nepman, etc. Le &#171; grand discours &#187; id&#233;ologique du parasite est donc susceptible de se diffracter &#224; l'infini, au gr&#233; des situations, des strat&#233;gies, des &#171; grammaires &#187; politiques &#8211; dans la fable imagin&#233;e par Jos&#233; Saramago, on l'a vu, il fait un retour remarqu&#233; dans des conditions non-totalitaires par excellence - celles du &#171; pan-d&#233;mocratisme &#187; &#224; bout de souffle. Mais ce n'est pas la premi&#232;re fois que nous le noterons, avec Ernesto Laclau par exemple : bien souvent, c'est le flou, le vague, l'ind&#233;termination d'un mot, d'un syntagme ou d'un &#233;nonc&#233; politique qui en programme le succ&#232;s &#8211; plut&#244;t que sa pr&#233;cision, sa distinction et sa clart&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ses emplois politiques, le mot parasite prosp&#232;re sur un fond de guerre &#8211; de lutte &#224; mort des esp&#232;ces. Il est un op&#233;rateur majeur du processus de zoologisation, de biologisation des discours, des repr&#233;sentations et des pratiques politiques - l'une des pentes le long desquelles l'Histoire du XX&#176; si&#232;cle s'est jet&#233;e dans l'ab&#238;me. C'est, dans ce contexte, un mot dont l'id&#233;ologie (si l'on peut s'exprimer ainsi) est parfaitement incoh&#233;rente : en effet, il a en propre &#224; la fois de r&#233;tablir un plan de continuit&#233; anomique dans l'ordre du vivant (le Juif comme rat, le koulak comme pou, la chef conspiratrice, chez Saramago, comme t&#233;nia&#8230;) dans l'ordre du vivant (ce, donc, &#224; contre-courant d'une tradition philosophique qui va d'Aristote &#224; Kant via Descartes, dixit Derrida) et de mettre en place des taxinomies, des hi&#233;rarchies compactes et rigides, destin&#233;es &#224; rendre pensable et faisable l'op&#233;ration d'&#233;limination de l'en-trop &#171; nuisible &#187; et d&#233;chu de sa &#171; nationalit&#233; humaine &#187;, pour parler un peu la langue des Henkersknechte du moment. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, comme plus haut, cette &#171; inconsistance &#187; de l'id&#233;ologie politique du parasite est la condition de son succ&#232;s, de son maniement ais&#233; (la politique a besoin de mots &#224; la fois souples, flous et puissants, d'outils &#224; usage multiples et de dispositifs simples et robustes). Elle va r&#233;tablir de la continuit&#233;, effranger les bords et les &#171; barri&#232;res &#187; dans l'ordre du vivant (le &#171; sous-homme &#187; d&#233;grad&#233; au rang de l'animal) non pas en vue de repenser et refonder notre (nous les humains) &#224; l'animal sur des fondements moins violents (comme Derrida et toute une sensibilit&#233; contemporaine nous invitent &#224; le faire), mais au contraire pour penser l'extermination, ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, l'amputation par la communaut&#233; humaine d'une suppos&#233;e part parasitaire d'elle-m&#234;me. Le motif, l'image, la fantasmagorie du parasite sont nich&#233;s au creux du grand r&#233;cit eug&#233;niste de la premi&#232;re modernit&#233;, laquelle statue : le salut et la prosp&#233;rit&#233; de la communaut&#233; ont un prix - sa s&#233;paration d'avec la part d&#233;fectueuse ou nuisible du vivant susceptible d'entra&#238;ner sa d&#233;g&#233;n&#233;rescence ; l'immunisation de la communaut&#233;, le renforcement de sa qualit&#233; (biologique en premier lieu, mais aussi sociale, culturelle et politique) passent donc par cette op&#233;ration salutaire d'&#233;limination de ce d&#233;chet parasitaire. Et c'est cette figure &#233;minemment politique de l'immunisation par amputation qui, apr&#232;s les grands moment totalitaires et les grandes exterminations du XX&#176; si&#232;cle, porte le nom m&#234;me de l'inhumain : d&#233;sormais, l'immunisation du vivant, humain ou autre, r&#233;cuse les op&#233;rations de tri s&#233;lectif et les gestes d'&#233;limination qui en d&#233;coulent, ergo la peine de mort est barbare, les corps en d&#233;sh&#233;rence doivent &#234;tre nourris et soign&#233;s (l'humanitaire y pourvoit), les camps accueillent des r&#233;fugi&#233;s plut&#244;t qu'ils ne sont l'enfer o&#249; sont jet&#233;s et broy&#233;s les d&#233;class&#233;s et les r&#233;prouv&#233;s, le vivant animal doit se voir aussi reconna&#238;tre des droits, etc. &#8211; une figure d'inclusion sans reste plac&#233;e sous le signe global du &#171; droit &#224; la vie &#187; refoule avec toujours davantage de rigueur celle des partages requis qui constituait la norme &#224; l'&#233;poque ant&#233;rieure (la premi&#232;re modernit&#233;). &lt;br class='autobr' /&gt;
Du coup, le discours du parasite, sans pour autant dispara&#238;tre, tend &#224; devenir flottant, &#224; s'euph&#233;miser, &#224; se masquer, se diffracter : m&#234;me un Besson, m&#234;me un Hortefeux se gardent, au temps des surench&#232;res s&#233;curitaires, de d&#233;signer express&#233;ment et sans d&#233;tour les Rroms et les sans-papiers dont ils orchestrent la pers&#233;cution comme des parasites. On tiendrait peut-&#234;tre l&#224; un fil nous conduisant au c&#339;ur du labyrinthe de la confusion pr&#233;sente : d'un c&#244;t&#233;, il y a ce profil vertueux de l'Etat d&#233;mocratique qui, lorsqu'il entend &#233;difier les enfants des &#233;coles &#224; propos de la barbarie nazie et de l'id&#233;ologie antis&#233;mite, leur pr&#233;sente des extraits de ce film de propagande terrifiant o&#249; le suppos&#233; parasitisme juif est illustr&#233; par des hordes de rats grouillant dans les &#233;gouts. Mais de l'autre, il y a ce pli toujours plus accentu&#233; de l'Etat policier, s&#233;curitaire et x&#233;nophobe qui, &#224; d&#233;faut d'avoir une politique, remet sans rel&#226;che en selle la figure du partage salutaire, imp&#233;rieux, de la s&#233;paration brutale d'avec l'ind&#233;sirable, le dangereux, le fou, l'indigent, l'allog&#232;ne suspect, etc. Simplement, comme cette s&#233;paration ne peut (pour des raisons historiques plut&#244;t que morales) prendre la forme des salutaires exterminations de jadis, le discours du parasite demeure entre deux eaux, affleurant sans cesse ici et l&#224;, immense carcasse, charogne putr&#233;fi&#233;e d&#233;rivant sans fin au fil du courant, mais impossible &#224; renflouer vraiment &#8211; tant il est vrai que, encore une fois, le parasite, comme mot politique, &#231;a sert avant tout &#224; penser l'extermination. &lt;br class='autobr' /&gt;
On va donc assister &#224; la prolif&#233;ration d'un discours du parasite et du parasitisme en demi-teinte, agenc&#233; sur des dispositifs d'amputation &#171; all&#233;g&#233;s &#187; : le refoulement, l'expulsion, le rejet plut&#244;t que la mise &#224; mort ; plut&#244;t que de parasites, on parlera d' &#171; en situation irr&#233;guli&#232;re &#187;, d'ill&#233;gaux, de clandestins ; la neutralit&#233; du langage administratif vient masquer la brutalit&#233; des pratiques de s&#233;paration d'avec l'ind&#233;sirable, comme la suggestivit&#233; de l'expression emprunt&#233;e &#224; la biologie venait intensifier et exalter les pratiques d'&#233;puration et de nettoyage mise en &#339;uvre par les d&#233;fenseurs de la puret&#233; du sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;construire la fantasmagorie du parasite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parasitologie, science tr&#232;s respectable, attire notre attention sur le fait que le parasitisme est avant tout une relation entre deux organismes vivants dont les interactions peuvent prendre une forme extr&#234;mement variable : au sens courant, l'organisme parasite vit et prosp&#232;re au d&#233;triment de l'organisme &#171; h&#244;te &#187; ; mais aussi bien, le parasitisme pourra prendre une forme dite &#171; mutualiste &#187; telle que l'un et l'autre organisme en tire parti. Prenons un exemple simple, voire simpliste, qui illustre bien la complexit&#233; de la relation parasitaire, son instabilit&#233;, sa r&#233;versibilit&#233; : la sangsue, dont on sait quel imaginaire r&#233;pulsif et hostile elle nourrit (tr&#232;s belle s&#233;quence dans African Queen o&#249; l'aventurier endurci et macho de haut vol Charlie Allnutt - Humphrey Bogart -, ayant surmont&#233; toutes les &#233;preuves, perd toutes ses assurances lorsque les sangsues viennent se coller &#224; sa peau..), n'a-t-elle pas longtemps trouv&#233; son utilit&#233; en m&#233;decine, moyen naturel des salutaires (voire&#8230;) saign&#233;es ? Autre exemple, tout aussi &#233;l&#233;mentaire : ces oiseaux qui, le long des fleuves africains, viennent se poser hardiment sur le dos des crocodiles et des hippopotames pour se nourrir des vers et autres insectes incrust&#233;s dans leur peau ; salutaires parasites de leurs h&#244;tes, nourris d'autres parasites, n&#233;fastes, eux. Le &#171; jeu &#187; parasitaire se complexifie ici, faisant appara&#238;tre ses contigu&#239;t&#233;s avec la symbiose : lorsque le parasite se nourrit des d&#233;chets de son h&#244;te, l'association des deux organismes est profitable &#224; l'un comme &#224; l'autre. On est l&#224;, dans le vaste spectre de la relation parasitaire, aux antipodes du mildiou (un champignon) ou du phyllox&#233;ra (un puceron) qui ravagent nos vignes et d&#233;solent nos campagnes&#8230; D'autre part, des &#233;l&#233;ments de subjectivit&#233; humaine entrent n&#233;cessairement en compte dans la d&#233;finition de ce qui sera r&#233;put&#233; parasitaire et ne le sera pas : pour le jardinier, il ne fait aucun doute que la sauterelle, la chenille, la limace qui infestent son potager sont des parasites ; mais par l'abeille, bien s&#251;r, qui butine utilement dans le rosier voisin. Mais qu'en dirait la rose, e&#251;t-elle d'aventure voix au chapitre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapide survol de la variabilit&#233; des notions du parasite et du parasitisme, telle qu'elle a &#233;t&#233; red&#233;ploy&#233;e par la biologie et la m&#233;decine modernes, sugg&#232;re toute une s&#233;rie de m&#233;tamorphoses possibles : en d&#233;construisant la figure abjecte du parasite construite par la premi&#232;re modernit&#233;, en en red&#233;ployant les puissances, les potentialit&#233;s dans le domaine des conduites, des contre-conduites. En ressaisissant par le bon bout le fil de l'animalisation du parasite humain qui, dans les configurations totalitaires ou sous le r&#233;gime de l'Histoire associ&#233;e &#224; la terreur, accompagne la brutalisation litt&#233;ralement infernale des pratiques politiques et guerri&#232;res. &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; o&#249; se sont retir&#233;s, ont perdu leur substance strat&#233;gique et leur souffle historique les grands mod&#232;les (politiques) de l'affrontement massif et direct (classe contre classe&#8230;), de la bataille ou de l'insurrection qui impose la d&#233;cision (Clausewitz revisit&#233; par L&#233;nine et Trotski), l&#224; o&#249; la figure de la r&#233;sistance, orpheline de sa majuscule, est conduite &#224; se red&#233;ployer sur un mode non-h&#233;ro&#239;que, mol&#233;culaire davantage que molaire, de nouvelles tactiques, de nouvelles intensit&#233;s sont appel&#233;es &#224; se nouer autour du parasite et du parasitisme &#8211; ceci dans l'horizon g&#233;n&#233;ral d'un indispensable red&#233;ploiement g&#233;n&#233;ral de l'entendement politique. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'efforcer &#224; devenir un parasite actif de tel ou tel &#171; organisme &#187;, mammouth, Moloch ou L&#233;viathan, peut, dans les circonstances pr&#233;sentes (tout autres que l' &#171; heure des brasiers &#187; que c&#233;l&#233;brait le lyrisme r&#233;volutionnaire des ann&#233;es 1960-70), &#234;tre un geste de cr&#233;ation, un moment de r&#233;invention de la politique &#8211; c'est, par exemple, ce que font les activistes de la &#171; Mutuelle des fraudeurs &#187; qui, militant en faveur de la gratuit&#233; des transports en commun et se cotisant pour payer les amendes, agissent en parasites cons&#233;quents de ces pachydermes glac&#233;s que sont la RATP et la SNCF. Faire de l'enseignement de la philosophie tout autre chose que ce qu'en attend le commanditaire de la rue de Grenelle sans franchir la limite qui exposerait le contrevenant &#224; sa mise &#224; pied est une pratique parasitaire active susceptible d'ouvrir un champ dans lequel peut reprendre vigueur le long combat pour l'&#233;mancipation. Celui/celle qui s'y essaiera aura d'ailleurs toujours beau jeu d'abriter cette utile exp&#233;rimentation derri&#232;re l'autorit&#233; de Diog&#232;ne, qui, le premier, sut faire de la philosophie non seulement un domaine de vie, mais une activit&#233; intrins&#232;quement parasitaire. Il aura beau jeu, aussi bien, de remarquer alors que se donner un &#171; devenir-parasite &#187;, c'est toujours tendre &#224; s'animaliser, pencher vers l'animal &#8211; Diog&#232;ne-le-chien, Diog&#232;ne v&#234;tu de sa peau de b&#234;te !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, si l'on y regarde de pr&#232;s, on s'avise que, sous la ligne de flottaison de la violence du souverain ou de l'Etat moderne, c'est, de Diog&#232;ne &#224; Boudu ou Bartleby en passant par le Neveu de Rameau, un fil ininterrompu qui court pour c&#233;l&#233;brer la r&#233;tivit&#233; joyeuse et inventive du parasite allergique aux hi&#233;rarchies, aux disciplines, &#224; l'autocontrainte, moteur du &#171; proc&#232;s de civilisation &#187; (Norbert Elias). Pour cette raison, les formes de r&#233;sistance anciennes ou contemporaines qui se d&#233;ploient sur le versant du parasitisme (vol, coulage, refus de travailler, mendicit&#233;&#8230;) font toujours revenir le sauvage au c&#339;ur du monde civilis&#233;, par quelque biais, elles passent toujours par des conduites d'ensauvagement. Le braconnier, figure litt&#233;raire ou cin&#233;matographique, en ce premier XX&#176; si&#232;cle ou la France se voit encore rurale, en est un bon exemple : le Raboliot de Genevois, le Marceau de Renoir (La R&#232;gle du jeu) sont des hommes de la for&#234;t dont l'activit&#233; pr&#233;datrice et la proximit&#233; avec l'animal sauvage v&#233;hicule toute une morale : celle qui &#233;nonce que la vie &#171; civilis&#233;e &#187; moderne, c'est la guerre et le massacre (ils savaient de qui ils parlaient, &#233;crivant, filmant entre 1918 et 1939). &lt;br class='autobr' /&gt; Dans une autre veine, The Party, com&#233;die de Black Edwards, est une somptueuse d&#233;construction d'une fantasmagorie enracin&#233;e au plus profond du monde post-colonial occidental (blanc) : celle de l'&#233;tranger de peu (g&#233;n&#233;ralement un ancien colonis&#233; au teint mat et au statut social modeste, voire carr&#233;ment pauvre et pr&#233;caire) en tant que parasite par vocation. A Hollywood, donc, un obscur acteur indien est invit&#233; &#224; une r&#233;ception chic par erreur et, ignorant de tous les codes en vigueur, y commet gaffe sur gaffe, produisant une s&#233;rie de perturbations, de d&#233;sordres et de confusions, ouvrant autant de br&#232;ches dans la com&#233;die sociale immuable que constitue ce genre de c&#233;r&#233;monie, l&#233;zardes o&#249; se d&#233;voile le vide de l'existence de ce microcosme et du rite lui-m&#234;me qui les rassemble. Le parasite post-colonial, ici en position de pique-assiette et d' &#171; innocent &#187; magnifique, en plein &#233;tat d'apesanteur sociale et culturelle, se comporte (comme toujours au mieux de la com&#233;die am&#233;ricaine), en fauteur d'un d&#233;sordre requis, salutaire destructeur des ornements mensongers de la vie polic&#233;e, r&#233;v&#233;lateur, intensificateur b&#233;n&#233;fique des antagonismes refoul&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les puissances de v&#233;ridiction recel&#233;es par la succession ininterrompue des &#171; gestes &#187; inappropri&#233;s de ce maladroit consomm&#233; qu'est le sujet post-colonial en tant que parasite objectif (et ce d'autant plus et &#171; mieux &#187; qu'il l'est sans le savoir !) sont infinies. Une le&#231;on fondamentale se d&#233;gage de sa travers&#233;e du monde spectral de la bonne soci&#233;t&#233; hollywoodienne &#8211; la production de la v&#233;rit&#233; passe par l'amplification du d&#233;sordre et la production en s&#233;rie des catastrophes. C'est sur ce versant burlesque que se d&#233;voilent au mieux les puissances du parasite comme &#233;nonciateur candide des v&#233;rit&#233;s les plus incommodes. Dans le registre de l'animalisation, nous dirons que le flux vital qui traverse l'accumulation des bourdes dont est tiss&#233;e l'inconduite de Hrundi V. Backshi (Peter Sellers) tout au long de la party est celui-l&#224; m&#234;me qui met en mouvement l'&#233;l&#233;phant dans le magasin de porcelaine : &#224; l'issue de cette d&#233;vastatrice travers&#233;e, une chose se trouve solidement &#233;tablie : tous les vases renvers&#233;s, pi&#233;tin&#233;s, r&#233;duits en miettes &#233;taient de toc et nullement ces v&#233;n&#233;rables antiquit&#233;s chinoises dont ils empruntaient l'apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film de Black Edwards, r&#233;alis&#233; en la magique ann&#233;e 1968, soit dit en passant, peut &#234;tre revisit&#233; aujourd'hui comme une ironique mais insistante incitation &#224; nous doter, en autant de circonstances qu'il sera possible, d'un devenir-parasite actif, cr&#233;atif, agenc&#233; sur toutes sortes de gestes et de conduites de d&#233;fection, de diversion, de ralentissement ou d'entrave (de blocage), tout ce qui, selon Foucault, entre dans le registre des contre-conduites, des r&#233;sistance de conduite, des r&#233;voltes de conduite (des simples inconduites aux insurrections de conduite) ; une disposition qui manifeste, selon les intensit&#233;s et les modulations les plus variables, l'obstination du refus d'&#234;tre gouvern&#233;s (comme nous le sommes, selon les modalit&#233;s en cours et par ceux qui s'estiment fond&#233;s &#224; le faire) ; mais aussi, inversement, le d&#233;sir de nous gouverner nous-m&#234;mes ou d'inventer d'autres formes de gouvernement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le devenir-parasite que chacun est susceptible de se donner est constitutif de moments ou de p&#244;les de r&#233;sistance, de constitution de contre-forces, d'&#233;laboration de strat&#233;gies et de tactiques se d&#233;ployant selon les modalit&#233;s diverses du refus, de l'esquive, de l'obstruction, de la ruse, de la fuite, etc. Il engage les subjectivit&#233;s individuelles mais en appelle aussi &#224; la formation de collectifs (sur le mod&#232;le des mouvements de &#171; ch&#244;meurs heureux &#187; apparus en Allemagne il y a quelques ann&#233;es), il est aussi un espace de r&#233;invention de la politique, d'une politique sans bords. Ainsi, le piratage joyeux, insouciant, parfois compulsif et boulimique du dernier cri des produits d&#233;vers&#233;s sur le march&#233; par les industries culturelles, ce piratage tel qu'il est universellement pratiqu&#233; par les ados, sous nos latitudes, est, bien s&#251;r, inclus dans la sph&#232;re d'un consum&#233;risme en tous points conforme aux canons du n&#233;o-lib&#233;ralisme ambiant. Mais d&#232;s lors que ces pratiques d'appropriation sauvage heurtent de front le code de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, suscitent des dispositifs r&#233;pressifs, des d&#233;bats sur les relations entre art, culture, marchandise et argent (etc.), le piratage, comme forme de parasitisme massif, global, &#233;tendu &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te, devient un enjeu politique : le grand motif de la gratuit&#233;, celui de l'expansion sauvage de formes d'appropriation ou d'&#233;change soustraites &#224; l'emprise du march&#233; viennent parasiter (au sens radiophonique du terme) le discours h&#233;g&#233;monique des marchands de culture, des financiers et des d&#233;fenseurs inconditionnels de la &#171; propri&#233;t&#233; intellectuelle &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Fondamentalement, dans ses formes multiples, &#233;clat&#233;es, disparates, ironiques, cyniques, vertueuses, s&#233;rieuses ou futiles, le parasitisme contemporain est une pratique (une activit&#233;, une conduite, un geste&#8230;) de d&#233;fection : un refus de faire &#171; comme avant &#187;, comme prescrit (gouverner, c'est &#171; faire faire &#187;, dit Foucault) ou, tout simplement, une interruption silencieuse de la r&#233;gularit&#233; gouvernementale : on ne fait plus, on fait autrement, on se d&#233;place, on se rend ind&#233;tectable, ininscriptible, insaisissable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; qui jette peut-&#234;tre quelque lumi&#232;re sur deux sc&#232;nes r&#233;centes o&#249; se sont manifest&#233; avec une intensit&#233; particuli&#232;res les obsessions polici&#232;res, s&#233;curitaires de ceux qui pr&#233;tendent gouverner nos vies : l'affaire de Tarnac et celle des Roms. Le z&#232;le flicard qui s'est d&#233;ploy&#233; contre les terroristes imaginaires install&#233;s ( en communaut&#233;) dans le village du Limousin avait valeur d'avertissement lanc&#233; &#224; toute cette jeunesse souvent &#233;duqu&#233;e, pass&#233;e par les universit&#233;s, issue de la suppos&#233;e classe moyenne et qui, depuis des ann&#233;es d&#233;j&#224;, est entr&#233;e dans toutes sortes de conduites de r&#233;tivit&#233;, de refus des carri&#232;res programm&#233;es, de d&#233;placements et de rebonds, d'invention de lieux de vie et de pratiques politiques radicales, tout ceci port&#233; par un parti d'irr&#233;conciliation de principe avec les dogmes ( &#171; les valeurs &#187;, en langue de police intellectuelle) sur lesquels se fonde aujourd'hui la domination. Ce domaine d'&#233;chapp&#233;es belles diffract&#233;es - variable, flottant, prolif&#233;rant, innommable comme il l'est - se devait d'&#234;tre d&#233;sign&#233; par les policiers de gouvernement comme une forme de parasitisme particuli&#232;rement dangereuse et perverse : celui d'une jeunesse qui ne se r&#233;sout pas &#224; &#234;tre &#171; employable &#187;, &#233;clate de rire quand on lui parle de travailler plus pour gagner plus, ne se soucie pas beaucoup de sa retraite, ni de &#171; fonder une famille &#187;. A ce parasitisme, il fallait donc donner un nom de code particuli&#232;rement repoussant - et ce fut &#171; mouvance anarcho-autonome &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On en rit encore, du c&#244;t&#233; de Tarnac et d'autres &#171; espaces autres &#187; o&#249; souffle l'esprit de la d&#233;fection.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes choses &#233;gales par ailleurs, ceux que le bunker s&#233;curitaire s'acharne &#224; &#233;pingler sur son tableau de chasse sous le nom de &#171; Roms &#187; ou &#171; gens du voyage &#187; pr&#233;sentent &#233;galement toutes les qualit&#233;s requises pour &#234;tre promus au rang de parasites d'&#233;lection. Ce n'est pas d'hier que leur association au motif du &#171; voyage &#187; (du d&#233;placement incessant et incontr&#244;lable) ; leur a-territorialit&#233;, leur conviction que la terre est inappropriable, leur attachement &#224; leur libert&#233; de mouvement, leur rejet du culte aveugle du travail, salari&#233; au outre, font d'eux des suspects aux yeux de l'Etat et des pouvoirs &#233;tablis : m&#234;me fran&#231;ais, ils sont des citoyens sous condition, se voient imposer des obligations sp&#233;ciales (carnet de circulation, livret de circulation&#8230;). La force des pr&#233;jug&#233;s largement partag&#233;s dans la population qui font d'eux des nomades vivant de rapines petites et grandes rencontre l'inertie des autorit&#233;s locales r&#233;tives &#224; leur accorder leurs droits &#8211; concernant par exemples les aires de stationnement qui leur sont d&#233;volues. Le coup politique imagin&#233; par le premier cercle sarkozyste au cours de l'&#233;t&#233; 2010 aura ici consist&#233; &#224; accorder la l&#233;gitimit&#233; d'une politique, d'une priorit&#233; absolue dans la hi&#233;rarchie des t&#226;ches gouvernementales, d'un imp&#233;ratif d'Etat &#224; tous ces remugles, toute cette rumeur imm&#233;moriale plus ou moins distinctement articul&#233;e, agenc&#233;e autour du motif du Tzigane-Rom-Manouche-Boh&#233;mien (etc. &#8211; la vari&#233;t&#233; et l'incertitude des d&#233;nominations &#171; colle &#187; avec le caract&#232;re approximatif et ind&#233;termin&#233; de la rumeur, condition premi&#232;re de sa long&#233;vit&#233;) entendu comme parasite de toujours. L'administration qui, syst&#233;matiquement, exile et parque les &#171; gens du voyage &#187; &#224; la p&#233;riph&#233;rie des agglom&#233;rations, du c&#244;t&#233; des d&#233;chetteries et des &#233;changeurs autoroutiers a constamment tendu, par ce proc&#233;d&#233;, &#224; avaliser le pr&#233;jug&#233; populaire qui voit dans le &#171; nomade &#187; si ce n'est un sous-homme, tout du moins un diff&#233;rent et un inf&#233;rieur ou un &#171; d&#233;grad&#233; &#187;, du point de vue de la &#171; qualit&#233; &#187; humaine, inassimilable &#224; tenir &#224; distance ; son mode de vie l'&#233;tablit en effet dans une topographie indistincte qui le destine &#224; vivre ou survivre, sur un mode tendant infailliblement &#224; l'animaliser, dans des no man's lands indistincts, entre un tas d'ordures, une rivi&#232;re et un mur de b&#233;ton&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, le &#171; coup &#187; tent&#233; par les pyromanes de gouvernement pendant l'&#233;t&#233; 2010 fait franchir un palier d&#233;cisif au pr&#233;jug&#233; et &#224; la discrimination : il projette le routinier, le latent, l'inavouable au c&#339;ur des espaces publics en faisant du &#171; parasite &#187; une figure, un personnage central de la politique et du gouvernement des vivants, en levant toutes les inhibitions qui, jusqu'alors, interdisaient de d&#233;signer ouvertement &#171; ces gens-l&#224; &#187; comme des coupables-n&#233;s, des boucs &#233;missaires d'&#233;lection. Ne manque, &#224; cette r&#233;installation de la figure du parasite au c&#339;ur des repr&#233;sentations politiques que le nom de la chose, dans son explicite m&#234;me &#8211; ce pour les raisons dites plus haut : les d&#233;mocraties contemporaines, quand elles pers&#233;cutent et tombent sous l'emprise de leur pulsion de mort, continuent de subir la contrainte premi&#232;re, originaire, qui s'impose &#224; elle : le faire sur un mode tel que ne devienne pas imperceptible ce qui distingue des r&#233;gimes totalitaires de nagu&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ligne de front se dessine donc, dans notre pr&#233;sent, mieux, une actualit&#233; tiss&#233;e autour du motif du parasite. Comme souvent, le stigmate ne demande qu'&#224; &#234;tre renvers&#233;, appropri&#233;, pour que prenne corps une subjectivit&#233; r&#233;sistante. Arrach&#233;e, disput&#233;e &#224; la b&#234;tise, la condition parasitaire se red&#233;ploie du c&#244;t&#233; d'une politique qui, une fois, encore nous voue &#224; la condition d'h&#233;ritiers que n'aura pr&#233;c&#233;d&#233;s aucun testament &#8211; &#171; Nous sommes tous des voleurs de poules roumains ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Brossat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Orientation biblio-filmographique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jos&#233; Saramago : La lucidit&#233;, traduit du portugais par Genevi&#232;ve Leibrich, Le Seuil, 2006.&lt;br class='autobr' /&gt;
Victor Klemperer : LTI La langue du III&#176; Reich, traduit de l'allemand par Elisabeth Guillot, Albin Michel, 1996.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ernesto Laclau : On Populist Reason, Verso (Londres), 2005.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jacques Derrida : L'animal que donc je suis, &#233;dition &#233;tablie par Marie-Louise Mallet, Galil&#233;e, 2006.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Pierre Dacheux et Bernard Delemotte : Roms de France, Roms en France, Le peuple du voyage, Cedis, 2010.&lt;br class='autobr' /&gt;
Emmanuel Dreux : Le cin&#233;ma burlesque, L'Harmattan, 2008.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maurice Genevoix : Raboliot, Omnibus, 1998.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, si je puis me permettre :&lt;br class='autobr' /&gt;
Alain Brossat : Droit &#224; la vie ?, Le Seuil, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#232;gle du jeu, film de Jean Renoir, 1939.&lt;br class='autobr' /&gt;
The Party, film de Black Edwards, 1968.&lt;br class='autobr' /&gt;
African Queen, film de John Huston, 1951.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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