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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>La meute populaire : du m&#233;pris &#224; l'extermination</title>
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		<dc:creator>C&#233;dric Cagnat</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
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&lt;p&gt;Dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, le bourgeois philistin subissait les foudres des g&#233;nies litt&#233;raires du moment. Flaubert demeure sans doute la figure la plus repr&#233;sentative de cet antagonisme : sa fureur contre la b&#234;tise bourgeoise, qui se retrouve aussi bien dans sa correspondance que dans ses &#339;uvres &#8211; la figure d'Homais dans Madame Bovary, le Dictionnaire des id&#233;es re&#231;ues et Bouvard et P&#233;cuchet &#8211; avait quelque chose d'obsessionnel. Mais cette condamnation, chez Flaubert comme chez (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=104" rel="tag"&gt;populisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, le bourgeois philistin subissait les foudres des g&#233;nies litt&#233;raires du moment. Flaubert demeure sans doute la figure la plus repr&#233;sentative de cet antagonisme : sa fureur contre la b&#234;tise bourgeoise, qui se retrouve aussi bien dans sa correspondance que dans ses &#339;uvres &#8211; la figure d'Homais dans &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Dictionnaire des id&#233;es re&#231;ues&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Bouvard et P&#233;cuchet&lt;/i&gt; &#8211; avait quelque chose d'obsessionnel. Mais cette condamnation, chez Flaubert comme chez ses contemporains, avait pr&#233;cis&#233;ment des racines strictement esth&#233;tiques : l'incapacit&#233; ind&#233;crottable du bourgeois &#224; saisir la valeur de leurs &#339;uvres. La haine de la bourgeoisie s'arr&#234;te l&#224; : on cherchera en vain une critique d'ordre politique ou une d&#233;sapprobation directe de l'exploitation des classes laborieuses par les poss&#233;dants. &#171; En effet, les &#233;crivains consid&#232;rent que les forces sociales qui remettent en cause la soci&#233;t&#233; bourgeoise sont encore plus dangereuses que les bourgeois &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Lidsky, Les &#233;crivains contre la Commune, Paris, La D&#233;couverte, 1999, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Hormis quelques exceptions de taille, comme L&#233;on Bloy, qui n'a cess&#233; de mettre sa plume furibonde au service des plus pauvres, nul des beaux esprits de ce temps n'&#233;chappe enti&#232;rement &#224; ce constat. Ni le Hugo des &lt;i&gt;Mis&#233;rables&lt;/i&gt; &#8211; &#171; barbares &#187;, &#171; sauvages &#187;, &#171; nomades &#187;, voil&#224; le lexique employ&#233; par le grand socialiste pour d&#233;signer le peuple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.,p.24.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; ni Zola, dont la m&#233;thode pour &#171; d&#233;fendre &#187; et promouvoir les int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re consistait principalement &#224; l'humilier dans ses romans. La haine artiste du bourgeois proc&#232;de donc avant tout d'un sentiment aristocratique de soi plut&#244;t que d'une empathie &#224; l'&#233;gard des exploit&#233;s que fabrique l'&#233;mergence de la soci&#233;t&#233; industrielle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le peuple est bien plut&#244;t l'objet d'un m&#233;pris et d'un d&#233;go&#251;t ostensiblement affich&#233;s. La stupidit&#233; et les vices populaires sont d'ailleurs ce qui justifie la n&#233;cessit&#233; d'un pouvoir autoritaire et coercitif. Le peuple, cette &#171; canaille &#187; (E. de Goncourt), est &#171; une &#233;ternelle race d'esclaves qui ne peut vivre sans b&#226;t et sans joug &#187; (Leconte de Lisle). Aux mesures de pr&#233;vention sanitaire s'ajoute une autre justification du maintien du peuple dans l'ignorance et l'exploitation. C'est que le peuple remplit une fonction utile &#224; l'existence m&#234;me de l'art et des artistes. Tout comme l'esclavage antique permettait &#224; l'aristocratie ath&#233;nienne de consacrer du temps &#224; l'observation de la vo&#251;te c&#233;leste, la masse laborieuse de l'&#232;re industrielle est l&#224; pour assurer les t&#226;ches n&#233;cessaires &#224; la production cependant que, selon les mots de Renan, &#171; quelques-uns remplissent pour elle les hautes fonctions de la vie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.,p.32.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le naturalisme litt&#233;raire introduit la th&#233;matique et le parler populaires dans ses &#339;uvres, sa motivation ne doit rien &#224; l'&#233;ventuelle bienveillance qu'il pourrait nourrir &#224; l'endroit d'un type humain jusque-l&#224; n&#233;glig&#233; par les litt&#233;rateurs : comme l'affirme &#224; plusieurs reprises E. de Goncourt, l'int&#233;r&#234;t est purement documentaire et proc&#232;de d'une curiosit&#233; pour l'exotisme et l'alt&#233;rit&#233; radicale d'une population qui rel&#232;ve d'une sorte de sous-humanit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.,pp.22-23.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'ab&#234;tissement, l'&#233;normit&#233; des vices, les basses jouissances qu'induit la pauvret&#233; extr&#234;me sont avant tout des motifs aptes &#224; susciter et entretenir la curiosit&#233; du lecteur. Ce qui int&#233;resse les &#233;crivains de la fin du Second Empire, c'est l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; absolue de l'ouvrier des bas-fonds, assimil&#233; &#224; un sauvage, et nullement la possibilit&#233; d'une quelconque &#233;mancipation que pourrait favoriser les descriptions litt&#233;raires de sa condition mis&#233;reuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette litt&#233;rature a suscit&#233; une atmosph&#232;re d'&#233;pouvante dans le monde bourgeois, atmosph&#232;re dans laquelle le pouvoir a puis&#233; les justifications du maintien d'un cadre autoritaire strict afin d'emp&#234;cher la contagion des vices populaires &#224; l'ensemble du corps social ou les explosions de violences sauvages dont cette &#171; race &#187; &#233;tait porteuse. C'est cette atmosph&#232;re qui s'est concr&#233;tis&#233;e en actes lors d'un &#233;pisode, devenu mythique, de l'histoire europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_445 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/9782707131447-200x303-1.jpg' width='303' height='198' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;La Commune de Paris, de mars &#224; mai 1871, d&#233;bouche sur une r&#233;pression sanglante : &#171; 30 000 hommes, femmes et enfants sont ex&#233;cut&#233;s [&#8230;] en moins de huit jours par les forces de l'ordre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.,p. 7.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le livre de Lidsky montre que ce massacre est l'aboutissement paroxystique d'une certaine vision de la nature du peuple partag&#233;e par tous les &#171; honn&#234;tes gens &#187;, qui se retrouve dans les commentaires de l'&#233;v&#233;nement &#233;mis au jour le jour par les publicistes et &#233;crivains de l'&#233;poque. Ces &#233;crits r&#233;v&#232;lent le foss&#233; id&#233;ologique et sociologique s&#233;parant la bourgeoisie intellectuelle et la classe ouvri&#232;re, la rel&#233;gation de la condition populaire &#224; une sorte d'&#233;tat primitif, et l'image de barbarie &#224; laquelle elle est associ&#233;e. L'anthropologie pessimiste, dont la philosophie politique de Hobbes fournit la version moderne, a construit une cat&#233;gorie repoussoir embl&#233;matique visant &#224; illustrer ses pr&#233;suppos&#233;s et &#224; maintenir un sentiment de peur, en vue de l&#233;gitimer une domination contraignante capable de pr&#233;server la soci&#233;t&#233; du danger que repr&#233;senterait une licence accord&#233;e aux exploit&#233;s et aux d&#233;munis. La perp&#233;tuation, de nos jours, de l'anthropologie pessimiste montre que cette stigmatisation du peuple n'a pas disparue et explique dans une large mesure l'inhibition sociale et morale de la violence insurrectionnelle et la condamnation de toute perspective r&#233;volutionnaire. Elle montre aussi que la vision p&#233;jorative du peuple entretenue par la domination peut aller jusqu'&#224; l'&#233;radication lorsqu'elle se sent vraiment menac&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'anthropologie pessimiste se caract&#233;rise par son biologisme. Elle situe la violence et les vices humains &#8211; et plus pr&#233;cis&#233;ment populaires &#8211; du c&#244;t&#233; de la nature : &#171; L'ouvrier socialiste ivrogne, pervers et agitateur est pr&#233;sent dans presque toutes les &#339;uvres. Une fois encore, on se trouve non devant un type social mais devant un type caract&#233;riel qui rel&#232;ve de la pathologie. Il s'agit d'un individu qui est n&#233; fain&#233;ant, noceur, l&#226;che, &#233;go&#239;ste, sournois, nuisible parce que pervertisseur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.,p. 103.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La &#171; pathologie &#187; dont il est question est comme un affleurement &#224; la surface du fond naturel de l'individu qui serait cens&#233; le caract&#233;riser, faute du fragile vernis culturel dont l'homme socialis&#233; est habituellement recouvert. C'est une sorte de rat&#233; du processus de civilisation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le peuple est donc la m&#233;tonymie de l'humain tel que le con&#231;oit l'anthropologie pessimiste &#8211; l'humain &#224; l'&#233;tat de nature, mais tel que ses caract&#232;res font retour ou se perp&#233;tuent au sein m&#234;me de la condition civilis&#233;e. Vicieux par essence, quelle que soit sa conduite, il ne peut &#234;tre m&#251; que par de basses inclinations. L'envie jouera ici le r&#244;le de la cause efficiente. Ce qui surgit et se r&#233;pand en ces journ&#233;es sanglantes, c'est le fonds primitif de la cr&#233;ature biblique p&#233;cheresse : &#171; L'origine de la Commune remonte en effet au temps de la Gen&#232;se, elle date du jour o&#249; Ca&#239;n a tu&#233; son fr&#232;re. C'est l'envie qui est derri&#232;re toutes ces revendications b&#233;gay&#233;es par des paresseux auxquels leur outil fait honte, et qui en haine du travail pr&#233;f&#232;rent les chances du combat &#224; la s&#233;curit&#233; du travail quotidien &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.,p.48.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#8211; On sait qu'en mati&#232;re d'envie, l'auteur de cette phrase, Maxime du Camp, pouvait se targuer d'une expertise certaine, lui dont l'&#339;uvre apparaissait tellement m&#233;diocre aupr&#232;s de celle de son grand ami Flaubert&#8230;Tout se jouera donc entre le triomphe de l'anarchie des plus vils instincts ou le maintien de l'ordre civilisationnel. Dans l'esprit des gens de plume et des d&#233;tenteurs de la parole, l'enjeu de la Commune n'est en rien politique, il est d'ordre moral et rel&#232;ve &#171; d'une lutte manich&#233;enne du Bien contre le Mal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 48.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trop ab&#234;tie par l'alcool et naturellement grossi&#232;re, la masse insurg&#233;e ne saurait saisir ni les raisons, ni les enjeux de sa propre insurrection. Conform&#233;ment &#224; la p&#233;tition de principe hobbesienne, la disparition momentan&#233;e des contraintes sociales ne font que laisser libre cours au d&#233;ferlement aveugle des instincts les plus d&#233;testables que l'ordre civil habituel ne parvient qu'&#224; ensommeiller. L'&#233;v&#233;nement est l'occasion, pour les intellectuels &#233;galement, d'abandonner toute retenue et de livrer sans fard leurs poncifs haineux. Du Camp, encore lui : &#171; Brutes obtuses ne comprenant rien, sinon qu'ils ont bonne paye, beaucoup de vin et trop d'eau-de-vie &#187;, &#171; Ils recherchaient le plaisir grossier, le trouvaient sans peine, ajoutaient leur d&#233;pravation particuli&#232;re &#224; la d&#233;pravation g&#233;n&#233;rale et se tenaient pour satisfaits &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 61.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et le bon Feydeau : &#171; L'effronterie de ces coquins n'avait d'&#233;gales que leur b&#234;tise et leur sc&#233;l&#233;ratesse [&#8230;]. Cela puait le vin, la crasse, le jus de pipe, bien autre chose encore, et je ne sais quelle bestiale vanit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.62.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les femmes n'&#233;taient pas en reste et ne pouvaient se pr&#233;valoir de davantage de lumi&#232;res. Catulle Mend&#232;s : &#171; Quelle est donc la fureur qui emporte ces furies ? Savent-elles ce qu'elles font, comprennent-elles pourquoi elles meurent ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 64.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le soul&#232;vement de 1871 n'aurait pu &#234;tre interpr&#233;t&#233; autrement qu'&#224; l'aune de ces pr&#233;suppos&#233;s. Ce fut l'un des &#233;pisodes les plus repr&#233;sentatifs de ce refoulement de la dimension &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; de la violence populaire. Lorsque la populace s'&#233;broue, cela ne peut proc&#233;der que de basses motivations. La Commune de Paris &#171; n'est donc ni une lutte politique, ni une r&#233;volution sociale. C'est l'&#339;uvre d'un petit groupe de brigands, de barbares ayant pr&#233;par&#233; leur coup depuis longtemps, qui ont profit&#233; de la surexcitation de la population parisienne provoqu&#233;e par le si&#232;ge et la d&#233;faite pour s'emparer de la ville et la livrer &#224; l'anarchie. Cette vision &#8220;apolitique&#8221; des brigands et des b&#234;tes fauves, &#233;labor&#233;e d&#232;s les premiers jours, a pris sa forme d&#233;finitive &#224; la fin de la Commune &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 46.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouvrage de Lidsky est une aide pr&#233;cieuse pour comprendre comment l'inhibition de la contre-violence sociale et sa condamnation morale ont, d&#232;s l'origine, trouv&#233; dans la classe populaire une cat&#233;gorie anthropologique apte &#224; incarner les phantasmes et les peurs dont elles avaient besoin pour assurer leur emprise sur les esprits et devenir ainsi les &#233;l&#233;ments de l&#233;gitimation d&#233;cisifs d'un Etat de droit pr&#233;sent&#233; comme oppos&#233; &#224; la violence bestiale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un lien peut alors s'&#233;tablir entre la fonction id&#233;ologique qui &#233;tait d&#233;volue &#224; la classe ouvri&#232;re et les discours tenus aujourd'hui sur d'autres types de populations &#224; qui l'on fait tenir un r&#244;le similaire. Toutefois, un changement s'est op&#233;r&#233; de nos jours : le m&#233;pris &#224; l'&#233;gard du peuple pouvait, &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, s'&#233;taler en toute bonne foi dans la mesure o&#249; il ne devait pas s'articuler &#224; la valorisation ininterrompue des droits politiques des citoyens et de leur contribution active au fonctionnement du syst&#232;me repr&#233;sentatif. La m&#233;sestime dans laquelle &#233;tait tenu le peuple s'accompagnait tout logiquement d'une condamnation du suffrage universel et d'une &#171; haine de la d&#233;mocratie &#187; (Ranci&#232;re) qui n'avait nullement &#224; emprunter nos propres d&#233;tours. Les m&#234;mes qui ont fustig&#233; l'ivrognerie et la brutalit&#233; des Communards ne laissent pas, avec cons&#233;quence, d'exprimer la r&#233;vulsion que leur inspire les pr&#233;tentions d&#233;mocratiques du r&#233;gime institu&#233; par Thiers aux lendemains de la d&#233;faite face &#224; la Prusse et de la r&#233;pression meurtri&#232;re de la guerre civile. Feydeau : &#171; La pr&#233;tention saugrenue de donner les m&#234;mes droits politiques aux hommes les plus intelligents, les plus instruits d'une nation, et aux brutes qui ne sont bonnes qu'&#224; se so&#251;ler ! &#187;. Flaubert : &#171; Le premier rem&#232;de serait d'en finir avec le suffrage universel, la honte de l'esprit humain &#187;. E. de Goncourt : &#171; Quelle impr&#233;voyance, quel ganachisme ! La soci&#233;t&#233; se meurt du suffrage universel. C'est de l'aveu de tous, l'instrument fatal de sa ruine prochaine. Par lui, l'ignorance de la vile multitude gouverne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 84.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il semble bien que notre &#233;poque, si experte en duplicit&#233;, ait trouv&#233; le moyen d'en finir avec la souverainet&#233; populaire tout en chantant les louanges de la d&#233;mocratie, des &#171; initiatives citoyennes &#187;, et des urnes consciencieusement remplies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Lidsky, &lt;i&gt;Les &#233;crivains contre la Commune&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 1999, (1ere &#233;d. 1970), p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;,p.24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;,p.32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;,pp.22-23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;,p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;,p. 103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;,p.48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p.62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 64.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 84.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Populisme, que de sottises on prof&#232;re en ton nom...</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=748</link>
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		<dc:date>2018-12-02T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>populisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La construction de l'objet d'une narration politique et id&#233;ologique a toujours quelque chose de fascinant, lorsqu'elle peut &#234;tre observ&#233;e in vivo et &#171; en temps r&#233;el &#187;. C'est tr&#232;s exactement le privil&#232;ge qui nous est r&#233;serv&#233; aujourd'hui, avec l'expansion fulgurante des termes &#171; populisme &#187;, &#171; populiste &#187; dans la logomachie des pouvoirs, des gens de l'Etat comme de ceux des m&#233;dias. Dans de telles situations, c'est en premier lieu la puissance de coagulation des nouveaux mots puissants qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=22" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=102" rel="tag"&gt;fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=104" rel="tag"&gt;populisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La construction de l'objet d'une narration politique et id&#233;ologique a toujours quelque chose de fascinant, lorsqu'elle peut &#234;tre observ&#233;e &lt;i&gt;in vivo&lt;/i&gt; et &#171; en temps r&#233;el &#187;. C'est tr&#232;s exactement le privil&#232;ge qui nous est r&#233;serv&#233; aujourd'hui, avec l'expansion fulgurante des termes &#171; populisme &#187;, &#171; populiste &#187; dans la logomachie des pouvoirs, des gens de l'Etat comme de ceux des m&#233;dias&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les gens de m&#233;dias (couramment : les journalistes) et les gens de l'Etat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans de telles situations, c'est en premier lieu la &lt;i&gt;puissance de coagulation&lt;/i&gt; des nouveaux mots puissants qui impressionne, c'est-&#224;-dire la vitesse &#224; laquelle le discours politique des ma&#238;tres du jeu se r&#233;agence autour de ces vocables-cl&#233;s. Avec lui, c'est tout l'argumentaire de la l&#233;gitimation de l'ordre existant qui se red&#233;ploie, au-del&#224; de politique au jour le jour. Ce qui est en jeu ici, c'est la ma&#238;trise strat&#233;gique et tactique de la formation des &#233;nonc&#233;s pr&#233;sidant &#224; ce qui tient lieu de &#171; vie politique &#187; et en cr&#233;ent les conditions de possibilit&#233; m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Populisme &#187; et &#171; populiste &#187; sont devenus au fil de l'actualit&#233; politique des d&#233;mocraties de march&#233; (qui sont aussi, ne l'oublions pas, des &lt;i&gt;logocraties&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouve ce terme chez Claude Lefort, notamment, dont le seul tort fut de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) des exp&#233;dients destin&#233;s &#224; tenter de ralentir, &#224; d&#233;faut de mieux, une redoutable &lt;i&gt;h&#233;morragie de sens&lt;/i&gt;. Celle-ci se produit d&#232;s lors que tend &#224; s'imposer comme &lt;i&gt;figure du pr&#233;sent&lt;/i&gt; (de l'&#233;poque ?) l'arriv&#233;e aux affaires par les moyens les plus r&#233;guliers et les mieux l&#233;gitim&#233;s (les &#233;lections g&#233;n&#233;rales) de personnages dont les affinit&#233;s &#233;lectives avec le fascisme, sous toutes ses esp&#232;ces, sont impossibles &#224; camoufler ou &#224; euph&#233;miser &#8211; Duerte aux Philippines, le trio Netanyahou-Liberman-Bennett en Isra&#235;l, Trump aux Etats-Unis, Salvini en Italie, Bolsonaro au Br&#233;sil &#8211; la liste est provisoire et non exhaustive...&lt;br class='autobr' /&gt;
L'approche superficielle (journalistique) de ces personnages par leur c&#244;t&#233; &#233;nergum&#232;ne, voyou, braillard, tartarin... est une diversion g&#233;n&#233;ralement destin&#233;e &#224; nous faire oublier que le fascisme, c'est quand m&#234;me toujours pour commencer une &lt;i&gt;musique&lt;/i&gt;, abjecte, mais une &#171; musique &#187;, avec tous les guillemets que vous voulez, faite de mots, d'affects, d'intensit&#233;s f&#233;tides, de gestes, de sonorit&#233;s, de stridences, d'&#233;clats de souvenirs et de d&#233;bris d'&#233;nonc&#233;s qui cristallisent en discours, agencent un ou des r&#233;cits, toujours en qu&#234;te de style et de puissance rh&#233;torique. Le fascisme, &#231;a passe toujours par la langue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor Klemperer l'a montr&#233; de fa&#231;on in&#233;gal&#233;e dans LTI, la langue du III&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par la conqu&#234;te de la langue, par des mots-cl&#233;s et des ritournelles &#8211; et cela forme un mat&#233;riau d'une tout autre qualit&#233; indiciaire, pour juger de la chose, que les grimaces des pitres pouss&#233;s sur les devant de la sc&#232;ne par leur puissance toute vampirique &#8211; les Duerte, Trump, Liberman, Bolsonaro (etc.), il faut les &lt;i&gt;&#233;couter&lt;/i&gt; et apprendre ou r&#233;apprendre &#224; entendre la &#171; musique &#187; du fascisme et de rien d'autre, dans ses d&#233;clinaisons famili&#232;res &#8211; le supr&#233;macisme racial, la conviction que la force cr&#233;e le droit, le culte du fait accompli, la passion des &#233;purations sanglantes, les rodomontades m&#233;lodramatiques et les volte-faces &#8211; toute cette dramaturgie grotesque et sinistre du fascisme et qui, avant tout, s'inscrit dans la langue, braill&#233;e, &#233;ruct&#233;e massacr&#233;e, tweet&#233;e, comme la marque sanglante d'un meurtre crapuleux sur le lieux du crime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, ce qui se donne &#224; entendre dans la &#171; musique &#187; du fascisme, ce sont toujours &lt;i&gt;des promesses&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire, en l'occurrence, des actions annonc&#233;es. De ce point de vue, la logomachie fasciste se distingue bien de celle des r&#233;gimes qui se disent d&#233;mocratiques : en d&#233;mocratie, ceux qui sont en concurrence pour les postes dirigeants multiplient les &lt;i&gt;engagements&lt;/i&gt; lors des campagnes &#233;lectorales et, comme chacun sait, dans de tels contextes, les engagements n'engagent que ceux qui sont assez na&#239;fs pour y pr&#234;ter foi. Les promesses &#233;nonc&#233;es sur un mode plus ou moins m&#233;lodramatique par les leaders fascistes, y compris ceux qui aspirent &#224; gouverner dans le cadre des institutions d&#233;mocratiques et &#224; parvenir aux affaires par la voie &#233;lectorale, sont, elles d'une autre esp&#232;ce &#8211; elles sont faites pour &#234;tre tenues, et en g&#233;n&#233;ral, elles le sont, pour autant qu'elles sont &lt;i&gt;des promesses de mort&lt;/i&gt;, des promesses tourn&#233;es vers la mort : quand Duerte annonce, pendant sa campagne &#233;lectorale, qu'il massacrera ceux qu'il d&#233;signe comme les trafiquants de drogue et les drogu&#233;s, il tient parole, les escadrons de la mort compos&#233;s de policiers et de milices parall&#232;les se mettent au boulot d&#232;s le lendemain de son accession au pouvoir. Quand Netanyahou promet &#224; la droite sioniste expansionniste et supr&#233;maciste qu'il poursuivra la colonisation (la conqu&#234;te des territoires) en Cisjordanie, il tient promesse. Quand Trump promet &#224; l'&#233;lectorat blanc d&#233;class&#233; et x&#233;nophobe qu'il harc&#232;lera les sans-papiers et fermera les fronti&#232;res aux migrants latinos, il le fait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il fait m&#234;me mieux aujourd'hui : il les asperge de gaz et leur balance des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand Salvini gagne les &#233;lections italiennes en proclamant qu'il interdira les ports italiens aux bateaux charg&#233;s de migrants africains et autres, qu'il criminalisera l'aide que leur apporteront les humanitaires, il le fait, ceci sous le regard impavide de ses alli&#233;s du mouvement &lt;i&gt;5 Stelle&lt;/i&gt;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Les fascistes tiennent leurs promesses pour autant que ce sont des promesses de mort et que ceux auxquelles elles sont faites s'y retrouvent, et dans la mesure o&#249; ces derniers imaginent que ceux qu'il s'agit de faire ou laisser mourir, ce seront toujours &lt;i&gt;les autres&lt;/i&gt; &#8211; ceux qui sont suppos&#233;s les envahir et aspirer &#224; vivre &#224; leurs crochets. C'est qu'ils ignorent la fin de l'histoire annonc&#233;e, car sur ce point, l'histoire se r&#233;p&#232;te inlassablement : arrive toujours le moment o&#249; les promesses de mort fascistes se retournent contre ceux auxquelles elles sont adress&#233;es, ceux qui sont cens&#233;s en tirer b&#233;n&#233;fice et en jouir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci pour dire que les fascistes qui, depuis quelques temps, arrivent en rafale aux affaires pour &#171; occuper &#187; non pas Wall Street (&#224; Dieu ne plaise...), mais les positions gouvernementales dans des pays o&#249; sont &#233;tablies, de longue date parfois, des institutions d&#233;mocratiques v&#233;n&#233;rables, ne sont pas &lt;i&gt;des fascistes pour rire&lt;/i&gt;, des braillards et des poseurs parvenus aux affaires par l'effet de concours de circonstances improbables et peu susceptibles de se reproduire, des agit&#233;s sous surveillance et qui n'exerceraient le pouvoir qu'en apparence - le &lt;i&gt;Legal State&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Rule of Law&lt;/i&gt; demeurant, dans ces pays, ce qu'ils sont. C'est exactement l'inverse qui est vrai : ce sont des gens si press&#233;s que, dans l'instant m&#234;me o&#249; ils prennent les commandes d'un pays, ils commencent par mettre en &#339;uvre leurs promesses de mort les plus saillantes &#8211; des actions qui, aussit&#244;t, multiplient les flaques de sang sur le sol de l'actualit&#233; du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invention ou plut&#244;t le red&#233;ploiement et la r&#233;intensification des termes &#171; populisme &#187;, &#171; populiste &#187; a donc en premier lieu pour vocation de pratiquer l'&#233;vitement de cette question qui constitue &#233;videmment le plus infranchissable des ponts-aux-&#226;nes pour les tenants de la d&#233;mocratie lib&#233;rale (entendue non plus seulement comme le &#171; moins pire &#187; des r&#233;gimes possibles, mais comme &lt;i&gt;le seul&lt;/i&gt; concevable et acceptable) : l'&#233;vidence selon laquelle, dans son r&#233;gime pr&#233;sent, actuel, effectif, &#171; la d&#233;mocratie &#187; a cess&#233; d'&#234;tre ce qui constitua depuis la Seconde guerre mondiale l'une des sources majeures de sa l&#233;gitimit&#233; &#8211; ce qui s'oppose au fascisme, ce qui inlassablement le combat, l'a vaincu et se destine &#224; en emp&#234;cher le retour &#8211; &#171; &lt;i&gt;plus jamais &#231;a&lt;/i&gt; &#187; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque tend &#224; s'affirmer comme un trait d'&#233;poque (le temps d'apr&#232;s la d&#233;mocratie entendue comme l'oppos&#233; du fascisme, &lt;i&gt;id est&lt;/i&gt; le temps de&lt;i&gt; la post-d&#233;mocratie facho-compatible&lt;/i&gt;) ; puisque semble se banaliser la compatibilit&#233; des institutions d&#233;mocratiques, des modalit&#233;s d&#233;mocratiques de promotion des &#233;lites gouvernantes (le suffrage universel) et de la promotion de fascistes notoires (il suffit de les &#233;couter et d'entendre leurs promesses pour s'en convaincre) &#224; la t&#234;te de d&#233;mocraties repr&#233;sentatives d&#251;ment estampill&#233;es comme telles &#8211; c'est bien alors qu'une pi&#232;ce ma&#238;tresse a rompu (quelque chose comme la courroie de transmission dans un moteur de voiture automobile), dans la machine d&#233;mocratique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La tentation serait grande ici de s'adonner &#224; &#171; la blague &#187; &#224; la Brecht : puisqu'il s'av&#232;re que le suffrage universel est un dispositif suffisamment pernicieux pour ouvrir d&#233;sormais les portes du pouvoir &#224; des fascistes de pure souche &#8211; ne serait-il pas temps de le supprimer &lt;i&gt;pour sauver la d&#233;mocratie et ses institutions&lt;/i&gt; ? De revenir, du moins, au suffrage censitaire en s'en remettant &#224; la sagesse de ceux que Bernanos appelait les &lt;i&gt;Grands Citoyens&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Bernanos : Les enfants humili&#233;s (1940).&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ceux qui ont le sens des responsabilit&#233;s parce qu'ils ont un peu plus que leurs cha&#238;nes &#224; perdre et ne passent pas leurs soir&#233;es &#224; regarder Zemmour et Hanouna &#224; la t&#233;l&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la mesure-m&#234;me o&#249; les gardiens du dogme de l'insubstituabilit&#233; de la d&#233;mocratie de march&#233; sont dans l'absolue incapacit&#233; d'apporter une r&#233;ponse au d&#233;fi que constitue ce &#171; fait pol&#233;mique &#187; sur lequel vient se fracasser leur scolastique, la seule ligne de fuite qu'ils puissent envisager est &lt;i&gt;discursive&lt;/i&gt; : elle consiste &#224; construire une strat&#233;gie narrative dans laquelle les mots &#171; populisme &#187;, &#171; populistes &#187; vont se substituer &#224; &#171; fascisme &#187;, &#171; fascistes &#187;. Ce proc&#233;d&#233; d'euph&#233;misation a une longue barbe, comme on dit : c'est le m&#234;me qui, &#224; l'&#233;poque de la guerre froide, permettait, en d&#233;signant comme r&#233;gime &#171; autoritaires &#187; des dictatures sanglantes et infr&#233;quentables, de les fr&#233;quenter quand m&#234;me et de leur pr&#233;server leur statut de parties prenantes du &#171; monde libre &#187; (le Chili de Pinochet, la dictature de Park en Cor&#233;e...), donc d' &#171; amis &#187; des d&#233;mocraties occidentales &#8211; ceci par contraste et opposition avec les r&#233;gimes dits &#171; totalitaires &#187; &#8211; l'autre camp, &lt;i&gt;l'ennemi&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'euph&#233;misation des traits distinctement fascistes de la politique mise en &#339;uvre par les nouveaux venus susnomm&#233;s de la d&#233;mocratie de march&#233; virant au brun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tiens, justement : je vois que j'ai oubli&#233; dans mon &#233;num&#233;ration les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est ce qui va permettre aux vigiles du &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; d&#233;mocratique de s'&#233;tablir dans cette position pr&#233;tendument r&#233;aliste selon laquelle ces &lt;i&gt;leaders&lt;/i&gt; (le mot passe mieux en langue globale qu'en italien ou en allemand) sont un mal relatif dont il convient de s'accommoder et face auquel il importe de prendre patience &#8211; et non pas des &lt;i&gt;ennemis&lt;/i&gt; (de la d&#233;mocratie, des d&#233;mocrates). S'ils &#171; occupent &#187; les lieux et les espaces de pouvoir d&#233;mocratiques, c'est bien qu'ils sont par quelque trait &#171; d&#233;mocratiques &#187; &#8211; ce genre de sophisme. On objectera que l'on a rarement vu, dans le cours de l'histoire contemporaine, des occupations fascistes se temp&#233;rer, se mod&#233;rer, voir se convertir en leur contraire sous l'effet des conditions locales &#8211; mais ici comme ailleurs, les &#171; le&#231;ons de l'histoire &#187; sont &#224; g&#233;om&#233;trie variable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela pour dire que les mots &#171; populisme &#187;, &#171; populiste &#187; sont, dans ce contexte, non pas des m&#233;dicaments, des &#171; pharmak&#244;n &#187;, mais plus prosa&#239;quement, des pansements ou alors, peut-&#234;tre, des attelles. Des mots-tampons destin&#233;s &#224; ralentir l'&#233;rosion, si ce n'est l'&#233;croulement du discours de l&#233;gitimation de la d&#233;mocratie de march&#233;, plac&#233;e dans les rayons des supermarch&#233;s de la politique contemporaine sous l'&#233;tiquette &#171; d&#233;mocratie repr&#233;sentative &#187;. Ce dont la mont&#233;e au pouvoir des fascistes d&#233;mocratico-compatibles (ceux qui font l'&#233;conomie de la marche sur Rome et autres coups de force pour prendre tranquillement l'ascenseur du suffrage universel) est le r&#233;v&#233;lateur, s'il en fallait encore un, est clair et distinct : le m&#233;canisme &lt;i&gt;princeps&lt;/i&gt; de la d&#233;mocratie contemporaine n'est en aucun cas la repr&#233;sentation ni m&#234;me la d&#233;l&#233;gation, mais bien &lt;i&gt;la prise d'ascendant&lt;/i&gt;. Les &#233;lecteurs n'&#233;lisent pas des hommes et des femmes destin&#233;s &#224; les repr&#233;senter ou auxquels ils &#171; font confiance &#187; en raison de leurs qualit&#233;s suppos&#233;es, ils votent pour ceux qui sont parvenus &#224; exercer sur eux la plus forte emprise &#8211; au point, justement, de les incliner &#224; voter pour eux plut&#244;t que pour les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que la &#171; repr&#233;sentation &#187; ne soit que la fiction utile et une fable (ou un mythe) aussi fid&#232;le au fonctionnement effectif des d&#233;mocraties contemporaine que l'est le r&#233;cit de la fondation de Rome dans le l&#233;gendaire latin &#224; ce que l'on sait de ses conditions historiques &#8211; cela se voit toujours plus distinctement dans un pays comme le n&#244;tre : le pr&#233;sidentialisme &#224; outrance y a pour effet de renforcer toujours davantage le caract&#232;re pl&#233;biscitaire des &#233;lections destin&#233;es &#224; d&#233;signer le magistrat supr&#234;me qui constituent le pivot de toute la vie politique institutionnelle. Il est bien loin le temps o&#249; les gens votaient encore, pour une bonne part, en faveur d'un parti avec lesquels ils &#233;prouvaient des affinit&#233;s ou entretenaient des relations organiques en fonction de leur position dans les rapports sociaux. L'emporte d&#233;sormais (comme le montre de fa&#231;on exemplaire la derni&#232;re &#233;lection pr&#233;sidentielle), en France, le malin, l'agile, l'habile rh&#233;teur qui a su trouver le pli, s'engouffrer dans la br&#232;che lui permettant de prendre l'ascendant sur ses concurrents et de s'assurer d'un (tout provisoire) ascendant sur une majorit&#233; d'&#233;lecteurs (&#171; majorit&#233; &#187; est d'ailleurs ici aussi, &#224; prendre les choses rigoureusement, une fiction utile, une convention narrative &#8211; il y a bien longtemps qu'il n'y a plus, en d&#233;mocratie de march&#233;, de &lt;i&gt;vraies majorit&#233;s&lt;/i&gt;, pour ne pas dire de citoyens, pour ne pas dire de gens vivant dans ce pays...). Pour le reste, quant &#224; dire de qui ce Bonaparte en culottes courtes surgi de nulle part serait, &#224; rigoureusement parler le &lt;i&gt;repr&#233;sentant&lt;/i&gt;, c'est l&#224; une t&#226;che devant laquelle la politologie la plus conqu&#233;rante pr&#233;f&#233;rera se d&#233;rober.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cela que l'arriv&#233;e aux affaires des Trump et Cie &#233;claire d'une lumi&#232;re crue et blafarde &#224; la fois &#8211; l'efficace premi&#232;re de ce m&#233;canisme de la prise d'ascendant. Elu avec quelques centaines de milliers de voix de moins que sa concurrente, Trump n'en remporte pas moins une victoire &#233;crasante &#224; l'issue d'un vrai &lt;i&gt;Blitzkrieg&lt;/i&gt; rh&#233;torique &#8211; les Blancs d&#233;class&#233;s, appauvris, endett&#233;s, d&#233;sorient&#233;s embo&#238;tent le pas au millionnaire new-yorkais, envo&#251;t&#233;s par les paroles all&#232;gres de son chant de marche vengeur &#8211; &lt;i&gt;America first&lt;/i&gt; !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce point l'essai de Mikkel Bolt Rasmussen : Trump's (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est dans ce pr&#233;sent o&#249; il s'av&#232;re que la fable de la repr&#233;sentation craque sous toutes ses coutures et s'efface devant la sc&#232;ne r&#233;elle (celle o&#249; il saute aux yeux que les d&#233;magogues n&#233;o-fascistes excellent d&#233;sormais &#224; prendre l'ascendant sur le public &lt;i&gt;more democratico&lt;/i&gt;) que s'impose l'urgence de r&#233;&#233;crire sur le premier coin de table venu les Evangiles de la d&#233;mocratie de march&#233;. Et c'est dans cette fi&#232;vre qu'ont surgi comme le g&#233;nie de la lampe d'Aladin, les deux mots magiques &#8211; populisme, populiste... Le populisme aux affaires, c'est&lt;i&gt;le fascisme &#224; visage humain&lt;/i&gt; de nos logographes, celui avec lequel il y a toujours moyen de s'arranger &#8211; apr&#232;s tout, n'est-ce pas, il n'y a peut-&#234;tre pas que du mauvais, n'est-ce pas, dans le ton nouveau inaugur&#233; par Trump, dans ses relations avec l'envahissante Chine... ? Il suffit de voir la rapidit&#233; avec laquelle les journaux de la bien-pensance d&#233;mocratique (tel &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;) se sont accommod&#233;s de Trump, la fa&#231;on dont leur l&#233;gendaire &#171; r&#233;alisme &#187; a ploy&#233; le genou devant l'intol&#233;rable, non sans le soupir r&#233;glementaire de la cr&#233;ature afflig&#233;e, &lt;i&gt;id est&lt;/i&gt; comme la bourgeoisie fran&#231;aise s'est jadis accommod&#233;e de l'Occupation allemande apr&#232;s la d&#233;faite de juin 1940, il suffit de le voir pour prendre la mesure de l'enjeu discursif du &#171; populisme &#187; &#8211; le populisme de gouvernement, c'est incommodant mais supportable, &#224; la diff&#233;rence donc de ce fascisme, avec lesquels l'on n'est pas cens&#233; pactiser...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une modalit&#233; courante de la question insoluble que pose &#224; la th&#233;odic&#233;e d&#233;mocratique d'aujourd'hui la mont&#233;e en puissance des fascismes d&#233;mocratiques ou d&#233;mocratico-compatibles, c'est l'argument de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;, de la dissemblance &#8211; c'est qu'&#233;videmment, &#224; quantit&#233;s d'&#233;gards les cuv&#233;es fascistes d'aujourd'hui sont tr&#232;s diff&#233;rentes de celles d'hier, celles des ann&#233;es 20, 30 et 40 du si&#232;cle dernier en particulier. Mais c'est l&#224; un tour purement sophistique du raisonnement : le fait que les flux fascistes qui traversent nos soci&#233;t&#233;s (et cristallisent de plus en plus dans des formes gouvernementales et institutionnelles) surviennent dans des conditions, des configurations en effet tr&#232;s &#233;loign&#233;es de celles de la premi&#232;re moiti&#233; du XX&#176; si&#232;cle, ce fait m&#234;me ne change rigoureusement rien &#224; cette pure &#233;vidence : &lt;i&gt;un &#233;nonc&#233; fasciste est un &#233;nonc&#233; fasciste, une action fasciste est une action fasciste, un fasciste est un fasciste&lt;/i&gt;. Je veux dire, le fait que Salvini soit loin d'&#234;tre la copie conforme de Mussolini et que sa marche au pouvoir ait &#233;t&#233; un long fleuve tranquille au long des urnes plut&#244;t qu'une aventureuse marche sur Rome n'y change rien : le type qui emporte une &#233;lection en axant toute sa campagne sur la promesse que les migrants seront impitoyablement rejet&#233;s &#224; la mer, que ceux qui les aident seront impitoyablement ch&#226;ti&#233;s et qui, arriv&#233; aux affaires, joint aussit&#244;t le geste &#224; la parole (&lt;i&gt;veni, dixi, feci !&lt;/i&gt;) est &lt;i&gt;un pur fasciste&lt;/i&gt;. C'est sur ce que disent et font ces gens-l&#224;, sur les flux qu'ils chevauchent, les passions mortif&#232;res qu'ils attisent et les agr&#233;gats qu'ils suscitent que doivent &#234;tre &#233;valu&#233;s et non pas sur de doctes comparaisons dont le r&#233;sultat est forc&#233;ment escompt&#233; d'avance &#8211; l'histoire ne se r&#233;p&#232;te pas &#224; l'identique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il existe, y compris dans les milieux qui se pensent radicaux et de forte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenez-les tous les uns apr&#232;s les autres et l'&#233;vidence s'en imposera : il n'est aucun d'eux dont la rh&#233;torique et les annonces (puis les actes quand ils arrivent au pouvoir) ne soient pas avant tout agenc&#233;es sur un d&#233;sir d'&#233;puration, d'exclusion, de pers&#233;cution &#8211; de mort. Et le &#171; peuple &#187; qui va avec eux, ce sont les milices blanches qui patrouillent le long de la fronti&#232;re entre les Etats-Unis et le Mexique pour d&#233;busquer les migrants latinos clandestins, les colons qui abattent les oliviers des paysans palestiniens en Cisjordanie occup&#233;e, les courageux qui ratonnent des Africains isol&#233;s en Italie du Nord, ou bien s&#251;r, pour ne pas oublier notre beau pays, les cr&#233;tins dit identitaires qui s'en vont monter la garde aux fronti&#232;res du c&#244;t&#233; de Brian&#231;on... Dans cet emploi fourre-tout et opportuniste, les mots &#171; populiste &#187; et &#171; populisme &#187; servent &#224; ne pas appeler un chat un chat quand ces gens-l&#224; arrivent aux affaires et &#224; s'&#233;viter, en cons&#233;quence, d'avoir &#224; faire les d&#233;clarations d'hostilit&#233; qui s'imposeraient pourtant mais qui, bien s&#251;r, mettraient cul par-dessus t&#234;te toute la discursivit&#233; &lt;i&gt;d&#233;mocratologique&lt;/i&gt; : comment nommer, d&#233;signer en effet une &#171; d&#233;mocratie &#187; gouvern&#233;e en tout ou en partie par des fascistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#171; d&#233;mocrates &#187; n'ont pas d'ennemis, ils n'ont que des adversaires &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; examiner les choses avec attention, on d&#233;couvre que les termes &#171; populisme &#187;, &#171; populiste &#187; sont des &lt;i&gt;Janus bifrons&lt;/i&gt; &#8211; ils n'ont pas, &#224; proprement parler, deux t&#234;tes, mais plut&#244;t &lt;i&gt;deux visages&lt;/i&gt;. C'est ce qui leur permet de se d&#233;ployer dans deux directions non seulement distinctes, mais dans une large mesure oppos&#233;es. D'une part, nous l'avons vu, organiser discursivement les conditions de la cohabitation en d&#233;pit de tout de la l&#233;gitimit&#233; et de la continuit&#233; d&#233;mocratiques et des pulsions fascistes cristallis&#233;es en forces gouvernementales. Et de l'autre, d&#233;signer le &lt;i&gt;bouc &#233;missaire&lt;/i&gt; auquel faire endosser la responsabilit&#233; de cette situation m&#234;me &#8211; la mont&#233;e au pouvoir d'&#233;nergum&#232;nes ne respectant aucune des conditions minimales de la &lt;i&gt;common decency&lt;/i&gt; dans la vie politique institutionnelle, dans les relations entre Etats&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un ph&#233;nom&#232;ne distinctement genr&#233;, notons-le au passage, et qui, du coup, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L&#224; aussi, la sophistique m&#233;diatique et politicienne s'en donne &#224; c&#339;ur joie : le populisme, c'est cette irresponsabilit&#233; du citoyen frustr&#233;, d&#233;sorient&#233; et qui, c&#233;dant &#224; ses humeurs, s'abandonne au chant des sir&#232;nes des d&#233;magogues, des aventuriers, des charlatans surfant sur le malaise ambiant pour tailler des croupi&#232;res aux partis traditionnels et changer les r&#232;gles du jeu de la politique institutionnelle, en produisant sciemment toutes sortes de &#171; courts-circuits &#187;. En bref, le populisme, c'est le peuple des votants devenu irresponsable, vindicatif, mettant en danger les institutions &#8211; en cong&#233;diant les partis traditionnels et les &#233;lites l&#233;gitim&#233;es. Nouvelles rencontre avec Brecht, donc : que faire, diable, d'un peuple de plus en plus distinctement enfonc&#233;, engonc&#233; dans son irresponsabilit&#233; &#8211; &lt;i&gt;si ce n'est le dissoudre&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; mont&#233;e des populismes &#187;, ce sont les citoyens qui ne se montrent pas &#224; la hauteur de la situation, les &#171; gens &#187; qui, perdant le nord, dans les conditions difficiles du pr&#233;sent (&#171; la crise &#187;, toujours &#171; la crise &#187;), d&#233;m&#233;ritent et, pour un peu, nous feraient regretter les temps heureux du suffrage censitaire. Ce ne sont pas les partis-Etat, les partis-d&#233;mocratie de march&#233;, les &#233;lites nomenklaturistes qui les ont jet&#233;s dans les bras de ces p&#232;lerins du n&#233;ant prompts &#224; les s&#233;duire &#224; coup de f&#234;tes sauvages promises et de radicales &#233;purations annonc&#233;es. Ou alors, si l'on admet du bout des l&#232;vres que les carences de ces partis de gouvernement dits &#171; traditionnels &#187; font le lit des populistes de gouvernement, ce sera pour soutenir sans &#233;tat d'&#226;me les solutions de rechange fond&#233;es sur le recyclage de ce qui peut &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233; sur les ruines de ces partis &#8211; Macron, comme chiffonnier arm&#233; de son crochet et expert &#224; tirer des d&#233;combres quelques barons de la droite de droite et de la droite de gauche, dont il fera des ministres et un parti en kit &#8211; ultime barrage &#233;rig&#233; contre le populisme de gouvernement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui, en France, complique un peu l'op&#233;ration consistant &#224; noyer le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le populisme &#187;, comme ressort de l'op&#233;ration discursive destin&#233;e &#224; esquiver la question du diagnostic (o&#249; en est la d&#233;mocratie de march&#233; comme r&#233;gime de la politique contemporaine ?), c'est ce qui va permettre d'asseoir l'id&#233;e que ce sont les &#233;lites et les gouvernants qui sont, dans les d&#233;mocraties, d&#233;&#231;us et de plus en plus souvent &#171; trahis &#187; par &#171; les gens &#187; (les cochons de votants), plut&#244;t que l'inverse : non, mais, quelle mouche a donc piqu&#233; ces dizaines de millions de Br&#233;siliens du peuple d'en bas qui sont all&#233;s &#233;lire ce gorille, nostalgique de la dictature militaire &#8211; lequel, au nom de la lutte contre la criminalit&#233;, annonce sans d&#233;tour qu'il pi&#233;tinera all&#232;grement les libert&#233;s publiques ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour comprendre comment on passe de Lula &#224; un type qui, pour seule consolation, propose les escadrons de la mort, il faut &#233;videmment saisir ce qu'est une esp&#233;rance populaire (tout autre chose qu'un bouquet de vagues espoirs) humili&#233;e, pi&#233;tin&#233;e. Il faut comprendre que la transformation, dans un pays comme le Br&#233;sil, d'un parti de l'esp&#233;rance comme le PT en machine de pouvoir incomp&#233;tente et corrompue, opportuniste, magouilleuse, menteuse &#8211; et peupl&#233;e dans ses &#233;chelons &#233;lev&#233;s d'une nomenklatura d'ex-intellectuels gauchistes mu&#233;s en parvenus experts dans l'enrichissement ill&#233;gal &#8211; c'est quand m&#234;me autre chose que les palinodies ou m&#234;me, si l'on veut, les trahisons d'un Hollande ou les forfaitures arrogantes d'un Tony Blair... L'esp&#233;rance pl&#233;b&#233;ienne d'un peuple &#224; ce point tromp&#233;e, &#231;a se paie au prix fort &#8211; ce geste nihiliste collectif consistant &#224; hisser sur le pavois un fasciste d&#233;clar&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand bien m&#234;me on ne retiendrait pas les affaires de corruption comme le facteur premier &#224; avoir suscit&#233; le grand d&#233;go&#251;t des milieux populaires et conduit &#224; l'&#233;lection de Bolsonaro, le fait massif auquel il faudrait faire face serait bien celui-ci : avec la chute fracassante du PT comme parti de gouvernement, n'est-ce pas &lt;i&gt;toute une strat&#233;gie de colonisation ou d'occupation du pouvoir&lt;/i&gt; par des forces politiques se disant porteuses d'alternatives globales et de programmes de changement radicaux qui s'effondre ? N'a-t-on pas vu se d&#233;gager sur cette sc&#232;ne o&#249;, inexorablement, de la d&#233;position de Dilma Rousseff, l'inculpation de Lula &#224; l'&#233;lection dans un fauteuil de Bolsonaro, tout s'encha&#238;ne, se d&#233;gager quelque chose comme un &lt;i&gt;paradigme br&#233;silien&lt;/i&gt; ? Et tous ces mouvements d'indignation, toutes ces crises convulsives, tous ces affectations d'incr&#233;dulit&#233; navr&#233;es qui se donnent libre cours quand se dessine puis se confirme l'effectivit&#233; du pire des sc&#233;narios possibles, tous ces exorcismes agenc&#233;s autour de la formule sacramentelle &#8211; &#171; mais comment de telles choses sont-elles donc (encore) possibles ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin : &#171; Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire &#187;.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &#8211; la &#171; chose &#187; &#233;tant le surgissement du diable &lt;i&gt;populiste&lt;/i&gt; hors du chaudron de sorci&#232;re de la politique br&#233;silienne &#8211; toute cette agitation assourdissante se destine-t-elle vraiment &#224; autre chose qu'&#224; tout faire pour &#233;viter d'avoir &#224; le regarder en face, dans les yeux, ce &lt;i&gt;paradigme br&#233;silien&lt;/i&gt; ? Ce &lt;i&gt;crash-test&lt;/i&gt; en grandeur nature &#224; l'occasion duquel vient voler en &#233;clat la strat&#233;gie de ce pseudo-radicalisme baptis&#233; par certains &#171; populisme de gauche &#187; et qui consiste &#224; tout miser sur la formation d'un bloc h&#233;g&#233;monique cr&#233;ant les conditions d'une &lt;i&gt;radicalisation de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt; via la conqu&#234;te du pouvoir (l'occupation de l'Etat) par la voie des urnes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chantal Mouffe : Pour un populisme de gauche, Albin Michel (2018).&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Que leur faut-il de plus, apr&#232;s le passage de Syriza sous les fourches caudines des diktats aust&#233;ritaires bruxellois, apr&#232;s la noyade de Podemos dans les mar&#233;cages de la politique politicienne espagnole, apr&#232;s que l'on a pris la mesure des pagnolades et autres donquichotteries m&#233;lanchonesques &#8211; que leur faut-il de plus que le naufrage br&#233;silien pour comprendre qu'il en faudrait un peu plus qu'un &#171; populisme de gauche &#187; (et de gouvernement) pour reconfigurer une politique de l'&#233;mancipation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire &#224; ce titre que le livre-programme de Chantal Mouffe est vraiment l'une des choses les plus path&#233;tiques qui nous aient &#233;t&#233; donn&#233; de lire ces derniers temps. Voici en effet une philosophe du politique s'autorisant avec insistance de son travail commun de longue haleine avec Ernesto Laclau, lui-m&#234;me auteur d'un ouvrage de r&#233;f&#233;rence se destinant &#224; revitaliser le concept de populisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On Populist Reason, Verso (2005) &#8211; La raison populiste, Seuil (2008) &#8211; je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et qui se met en t&#234;te de s'&#233;tablir dans la position v&#233;n&#233;rable du (de la) philosophe entendu comme &lt;i&gt;conscience r&#233;flexive&lt;/i&gt; de courants et mouvements qui, dans le pr&#233;sent de la politique europ&#233;enne, portent l'estampille de la radicalit&#233; ; soit le r&#244;le le plus ringard et, dirait Deleuze, carr&#233;ment comique, dans lequel puisse pr&#233;tendre aujourd'hui un(e) philosophe du politique (&#224; supposer m&#234;me qu'une telle d&#233;nomination ait une quelconque consistance...) : celle du-de la philosophe qui &lt;i&gt;pense&lt;/i&gt; ce que font les mouvements, se formant et agissant par impulsion, affectivement, mais bien incapables par d&#233;finition de se doter du &lt;i&gt;concept&lt;/i&gt; (Concept ?) de leurs gestes et conduites. Il faudrait donc un(e) philosophe l&#224; o&#249; ces radicaux &lt;i&gt;feraient du populisme de gauche sans le savoir&lt;/i&gt; (comme M. Jourdain, etc.), et avant que Chantal Mouffe ne leur explique, du point de vue de la philosophie, ce qu'ils font. C'est, somme toute, la version d&#233;mocratique et contemporaine des aventures de Platon aupr&#232;s du tyran de Syracuse &#8211; des aventures qui, comme nous l'enseigne la fameuse Lettre VII du susnomm&#233;, sont vou&#233;es &#224; tourner &#224; la m&#233;saventure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernesto Laclau &#233;tant arriv&#233; trop tard pour &#234;tre le Machiavel du G&#233;n&#233;ral (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Chantal Mouffe, il est vrai, ne se retrouve pas comme son illustre pr&#233;d&#233;cesseur, dans un cul-de-basse-fosse &#8211; simplement, mais impitoyablement &#233;chou&#233;e sur le sable des d&#233;mentis cinglants apport&#233;s par le cours des choses &#224; la perspective strat&#233;gique dont elle s'est faite la missionnaire : Syriza dans les choux (de Bruxelles), Podemos en affaires avec le sinistre PSOE, M&#233;lenchon plus caricaturale parodie des orateurs lambertistes des ann&#233;es 1970 que jamais &#8211; toute cette nomenklatura de la &#171; radicalit&#233; &#187; de gouvernement europ&#233;enne avec laquelle elle adore s'afficher...&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cela le path&#233;tique de la situation d'un livre qui, dans le temps m&#234;me o&#249; il se publie et se diffuse comme un &lt;i&gt;manifeste&lt;/i&gt;, s'est trouv&#233; int&#233;gralement r&#233;cus&#233; par le pr&#233;sent, dans ses grandes lignes comme dans les d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre, apr&#232;s tout, qu'il est une justice immanente, prompte &#224; s'exercer dans le cours des choses m&#234;me. Comme dirait Deleuze, quand la philosophie se met &#224; parler &lt;i&gt;dans les mots&lt;/i&gt; des journalistes et des gouvernants, &#224; partager les &#233;nonc&#233;s premiers de ceux-ci, c'est qu'il y a quelque chose qui ne va pas &#8211; et la r&#233;alit&#233; ne tarde pas &#224; se venger... Et en effet, l'&#233;cart que tente de construire Chantal Mouffe avec la doxa n&#233;o-lib&#233;rale en se faisant l'avocate d'un &#171; populisme de gauche &#187; est, au fond, de peu de poids en comparaison de ce qui constitue le socle commun &#224; sa proposition et &#224; l'id&#233;ologie des premiers : le culte de l'Etat, l'acceptation sans discussion des notions 100% doxiques de &#171; droite &#187; et de &#171; gauche &#187;, le go&#251;t des chefs et le culte du leadership, l'horreur des &#171; extr&#234;mes &#187;, l'ind&#233;fectible attachement &#224; la forme parti, le culte f&#233;tichiste de &#171; la d&#233;mocratie repr&#233;sentative &#187;, l'horreur de la d&#233;mocratie directe, l'inusable mantra &#171; progressiste &#187;, etc. La r&#233;orientation de la politique, d&#233;finie comme une &#171; autre fa&#231;on de faire de la politique &#187; se r&#233;duit aux dimensions de ce qu'elle d&#233;signe, en disciple attard&#233;e de Jaur&#232;s, comme un &#171; r&#233;formisme radical &#187; ou, ce qui donne une petit id&#233;e de la consistance conceptuelle de toute l'op&#233;ration, &#171; un r&#233;formisme r&#233;volutionnaire &#187;. Derri&#232;re la magie des mots, la passion de l'Etat, de son investissement, de sa colonisation &#8211; un si&#232;cle et davantage d'histoire du r&#233;formisme europ&#233;en effac&#233;s sur l'ardoise magique de la m&#233;moire politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le motif de la &#171; radicalisation &#187; de la d&#233;mocratie n'est que le truchement d'un r&#233;formisme relook&#233; (plut&#244;t que &#171; resignifi&#233; &#187;, selon l'ambitieux vocabulaire de Chantal Mouffe) et dop&#233; aux hormones du populisme, ceci dans un temps (une &#233;poque) o&#249; le basculement du paradigme keyn&#233;sien dans le n&#233;o-lib&#233;ralisme ass&#232;che toutes les r&#233;serves et sape toutes les bases de man&#339;uvre du r&#233;formisme traditionnel. Avec &lt;i&gt;Pour un populisme de gauche&lt;/i&gt;, ce qui &#233;tait un bon livre de philosophie (&lt;i&gt;On Populist Reason&lt;/i&gt;), discutable en tous points, comme il se doit, mais lest&#233; de toutes sortes de propositions de pens&#233;e, se trouve rabaiss&#233; au niveau d'un m&#233;mento, d'un pense-b&#234;te destin&#233; &#224; fournir au gotha des radicaux de gouvernements press&#233;s (et qui hantent les sc&#232;nes publiques europ&#233;ennes) les &#233;l&#233;ments de langage philosophique qui leur font cruellement d&#233;faut. Un livre compl&#232;tement hors-sol, dans les configurations politiques du pr&#233;sent et qui, invoquant les noms de Machiavel et Gramsci, ne fait que du Bernstein piment&#233; par Laclau ; ceci, notamment, en prenant bien garde d'&#233;viter toutes les questions qui f&#226;chent &#8211; les politiques migratoires, la lutte contre les fascistes de gouvernement, le n&#233;o-imp&#233;rialisme des d&#233;mocraties occidentales, l'&#233;dification d'un Etat de police, etc. C'est qu'il s'agit de ne s'engager &#224; rien qui soit susceptible de donner une tournure trop... radicale au radical-populisme de gouvernement &#8211; notamment sur la question des politiques migratoires &#8211; un motif sur lequel on a vu plus ou moins r&#233;cemment un M&#233;lenchon commencer &#224; l&#226;cher du lest, comme pour prendre date : le jour o&#249; les Insoumis seront aux affaires et Chantal Mouffe &#224; M&#233;luche ce que Giddens fut &#224; Blair, la France continuera sur sa lanc&#233;e &#224; &lt;i&gt;ne pas accueillir toute la mis&#232;re du monde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en faudrait donc &lt;i&gt;un peu davantage&lt;/i&gt; qu'une r&#233;affectation et une &#171; resignification &#187; du terme populiste pour d&#233;finir les lin&#233;aments d'une &lt;i&gt;toute autre fa&#231;on de faire de la politique&lt;/i&gt;. Une telle rupture passe certes par la critique sans rel&#226;che de la langue de la domination et de la phras&#233;ologie des pouvoirs. Mais elle tourne court si elle consiste &#224; retrouver le bon visage de ce que les stakhanovistes du pastorat d&#233;mocratique s'acharnent &#224; d&#233;crier et discr&#233;diter. On ne fonde pas une nouvelle politique sur des notions corrompues &#8211; un &#171; populisme de gauche &#187; &#8211; &lt;i&gt;populiste&lt;/i&gt; comme qui ? Tsipras qui, en guise de &lt;i&gt;radicalisation de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, vendit aux Grecs le slogan &#171; l'aust&#233;rit&#233; ou le chaos &#187; ? De gauche comme qui ? &lt;i&gt;Die Linke&lt;/i&gt; qui, sur la question de l'immigration, s'est trouv&#233;e saisie par des &#233;tats d'&#226;me prometteurs de tous les reniements, les circonstances aidant ? Plut&#244;t que le &#171; moment populiste &#187; sorti de l'imagination de Chantal Mouffe, la conjoncture pr&#233;sente ne serait-elle pas faite en premier lieu du rejet par &#171; les gens &#187; de tout ce qui s'apparenterait au recommencement des palinodies d'une gauche au pouvoir, f&#251;t-elle d&#251;ment radicalis&#233;e et populistement correcte &#8211; la seule chose dont nous puissions &#234;tre assur&#233;s si, de la mani&#232;re la plus improbable qui soit, son sc&#233;nario commen&#231;ait &#224; prendre consistance... ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Distinctement, un mouvement comme celui des gilets jaunes, avec sa tonalit&#233; anti-partis, anti-&#233;lites, anti-Etat centraliste et autoritaire, est port&#233; et travers&#233; par des flux contradictoires : l'aspiration au renversement du paradigme violemment in&#233;galitaire tel qu'il prosp&#232;re sous l'&#233;gide du n&#233;o-lib&#233;ralisme (l'aspiration &#224; l'&#233;galit&#233;, donc), mais aussi des pulsions vindicatives, autochtonistes, &#233;puratrices (des affects fascistes, donc). C'est le peuple qui se divise contre lui-m&#234;me, plut&#244;t que l'affrontement du &#171; populisme de droite &#187; et du &#171; populisme de gauche &#187;. Dans la situation pr&#233;sente, aucune reconfiguration de la formation h&#233;g&#233;monique ne se d&#233;gage clairement. C'est cela m&#234;me qui rend la situation pr&#233;sente si n&#233;buleuse, ind&#233;chiffrable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que faire d'autre en un tel temps que travailler &#224; la plus active, la plus joyeuse et la plus prolif&#233;rante des &lt;i&gt;d&#233;fections&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Brossat (28/11/2018)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les gens de m&#233;dias (couramment : les journalistes) et les gens de l'Etat (couramment : ceux qui &#171; gouvernent &#187; ou aspirent &#224; le faire) se livrent &#224; une bataille f&#233;roce et perp&#233;tuelle pour la conduite de l'opinion. En revanche, ils diff&#232;rent rarement sur le fond quant &#224; la fa&#231;on de nommer les choses, quant &#224; la fa&#231;on d'agencer les discours sur le monde &#8211; ils s'accordent sur les mots-cl&#233;s. Une des raisons, pas la seule, en est qu'ils sont souvent issus des m&#234;mes moules &#8211; Sciences Po, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouve ce terme chez Claude Lefort, notamment, dont le seul tort fut de l'avoir assign&#233; aux seuls r&#233;gimes totalitaires. Or le pr&#233;sent de la &#171; total-d&#233;mocratie &#187; d&#233;montre avec suffisamment d'&#233;clat que si ce mot a pu s'appliquer &lt;i&gt;passag&#232;rement&lt;/i&gt; aux r&#233;gimes totalitaires, dans le temps limit&#233; de leur dur&#233;e, il s'applique &lt;i&gt;structurellement&lt;/i&gt; aux d&#233;mocraties dites lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor Klemperer l'a montr&#233; de fa&#231;on in&#233;gal&#233;e dans &lt;i&gt;LTI, la langue du III&#176; Reich&lt;/i&gt;, Albin Michel (Agora, 2003).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il fait m&#234;me mieux aujourd'hui : il les asperge de gaz et leur balance des grenades asphyxiantes sur le c&#244;t&#233; mexicain de la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Bernanos : &lt;i&gt;Les enfants humili&#233;s&lt;/i&gt; (1940).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tiens, justement : je vois que j'ai oubli&#233; dans mon &#233;num&#233;ration les n&#233;o-fascistes autrichiens, des vrais bruns de v&#233;n&#233;rable tradition, ceux-l&#224;, et dont le bras semble toujours pr&#234;t &#224; se tendre compulsivement vers l'avant et vers le haut, comme dans &lt;i&gt;Dr Folamour&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce point l'essai de Mikkel Bolt Rasmussen : &lt;i&gt;Trump's Counter-Revolution&lt;/i&gt;, Zero Books (2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il existe, y compris dans les milieux qui se pensent radicaux et de forte teinture marxiste voire anarchiste, une perp&#233;tuelle tentation de l'expertise historiciste, et qui, au nom de savantes analyses historiques de ce que furent les fascismes du XX&#176; si&#232;cle, fait rempart de son corps devant toute r&#233;flexion sur le pr&#233;sent et le devenir du fascisme dans nos soci&#233;t&#233;s &#8211; sur l'actualit&#233; du motif fasciste. Mais expertise historique, aussi savante soit-elle, n'est pas raison, elle est plut&#244;t, en la mati&#232;re, incapacit&#233; de s'extraire du r&#244;le de conservateur des antiquit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#171; d&#233;mocrates &#187; n'ont pas d'ennemis, ils n'ont que des adversaires &#8211; c'est ce qui leur permet de cohabiter sans heurts avec les n&#233;o-fascistes et de trouver bien des m&#233;rites au mar&#233;chal Sissi et bien des excuses au prince sanglant qui pr&#233;side aux destin&#233;es de l'Arabie Saoudite. Les djihadistes de Syrie ou du Sahel ne sont pas des ennemis, ce sont des nuisibles &#224; &#233;liminer ou &#224; &#171; neutraliser &#187;, comme l'&#233;crit &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;. Simplement, le jour o&#249; les marines chinoise et &#233;tats-unienne s'affronteront en Mer de Chine, ils red&#233;couvriront que l'on ne saurait, tous comptes faits, vivre sans ennemis &#8211; et ce sera pour s'aligner comme des toutous derri&#232;re Trump ou son successeur...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un ph&#233;nom&#232;ne distinctement genr&#233;, notons-le au passage, et qui, du coup, fait signe &#224; ce titre en direction du fascisme : des &lt;i&gt;dames de fer ultra-lib&#233;rales&lt;/i&gt;, ultra-conservatrices ou nationalistes, on en trouve &#224; la pelle &#224; la t&#234;te des Etats, par les temps qui courent, des &#233;quivalents de Trump ou Duerte, beaucoup moins.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui, en France, complique un peu l'op&#233;ration consistant &#224; noyer le poisson fasciste dans la bassine du &#171; populisme &#187;, c'est &#233;videmment le fait connu de tous que Marine est la fille de son p&#232;re, lequel est tomb&#233; tout petit dans... les &#171; d&#233;tails de l'histoire &#187;... Les dirigeants du FN pourront rebaptiser vingt fois leur parti et br&#251;ler tous les cierges qu'ils voudront sur les autels de la R&#233;publique &#8211; ils ne pourront jamais effacer cette tache ind&#233;l&#233;bile sur la g&#233;n&#233;alogie de leur parti. C'est pour cette raison m&#234;me que les promoteurs de la fable passe-partout de la &#171; mont&#233;e du populisme &#187; s'attachent sans rel&#226;che, en France, &#224; accr&#233;diter l'id&#233;e que deux versions du populisme, &#233;galement nocives, s'y font face &#8211; un populisme de droite (Marine et son singe Dupont-Aignan) et un de gauche (le spasmodique M&#233;luche et sa garde pr&#233;torienne). Cette police discursive des &#233;quivalences qui d&#233;marque la fa&#231;on dont la droite s'attache traditionnellement &#224; criminaliser &#171; le communisme &#187; en pla&#231;ant un signe d'&#233;galit&#233; entre le goulag et Auschwitz en dit suffisamment long sur la consistance de ces nouveaux gimmicks de la pens&#233;e lib&#233;rale &#8211; &#171; populisme &#187;, &#171; populiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin : &#171; Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chantal Mouffe : &lt;i&gt;Pour un populisme de gauche&lt;/i&gt;, Albin Michel (2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;On Populist Reason&lt;/i&gt;, Verso (2005) &#8211; &lt;i&gt;La raison populiste&lt;/i&gt;, Seuil (2008) &#8211; je veux dire le seul livre de philo-sophie politique qui, &#224; distance des approches politologiques et journalistiques, tente de faire de la notion de populisme un concept et &#224; analyser rigoureusement les op&#233;rations politiques auxquelles il se rattache. Pour une pr&#233;sentation et une discussion des th&#232;ses de ce livre, on pourra se reporter aux textes de &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/voyons-ou-la-philo-mene/article/ernesto-laclau-la-raison&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fr&#233;d&#233;ric Astier&lt;/a&gt; et d'&lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/politique-et-subjectivation/article/le-partage-du-politique-pour&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alain Naze&lt;/a&gt; sur ce m&#234;me site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernesto Laclau &#233;tant arriv&#233; trop tard pour &#234;tre le Machiavel du G&#233;n&#233;ral Peron, Chantal Mouffe tente de rattraper l'occasion perdue en s'imposant comme celui (celle) de Pablo Iglesias et Jean-Luc M&#233;lenchon... Le &#034;populisme de gauche&#034; prend les M&#233;dicis qu'il trouve...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le partage du politique &#8211; pour un populisme &#224; venir</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>populisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'adjectif &#171; populiste &#187; a connu bien des usages, de la d&#233;nomination de courants litt&#233;raires &#224; celle de mouvements, voire de r&#233;gimes politiques, en passant par la d&#233;signation d'un certain type de discours. Cette diversit&#233; indique &#224; elle seule la difficult&#233; qu'il y a &#224; saisir intuitivement un contenu pr&#233;cis qui renverrait &#224; l'&#233;tiquette &#171; populiste &#187;, mais une analyse empirique des points communs propres aux &#233;l&#233;ments d&#233;sign&#233;s comme &#171; populistes &#187; risque bien de conduire &#224; un &#233;chec comparable, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=16" rel="directory"&gt;Politique et subjectivation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=22" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=104" rel="tag"&gt;populisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'adjectif &#171; populiste &#187; a connu bien des usages, de la d&#233;nomination de courants litt&#233;raires &#224; celle de mouvements, voire de r&#233;gimes politiques, en passant par la d&#233;signation d'un certain type de discours. Cette diversit&#233; indique &#224; elle seule la difficult&#233; qu'il y a &#224; saisir intuitivement un contenu pr&#233;cis qui renverrait &#224; l'&#233;tiquette &#171; populiste &#187;, mais une analyse empirique des points communs propres aux &#233;l&#233;ments d&#233;sign&#233;s comme &#171; populistes &#187; risque bien de conduire &#224; un &#233;chec comparable, tant le terme embrasse de r&#233;alit&#233;s contradictoires. Certes, &#224; chaque fois une r&#233;f&#233;rence au &#171; peuple &#187; existe dans les discours identifi&#233;s aujourd'hui comme &#171; populistes &#187; &#8211; c'est l'ancrage &#233;tymologique du terme qui le r&#233;clame -, mais c'est ce r&#233;f&#233;rent lui-m&#234;me qui n'a rien d'univoque, pouvant renvoyer aussi bien au &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; propre &#224; la d&#233;mocratie, qu'&#224; l'&lt;i&gt;ethnos&lt;/i&gt; propre &#224; ce qui serait le fondement d'une nation, ou bien encore &#224; un &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; pens&#233; sur une base ethnique, mais il peut aussi renvoyer &#224; des parties du peuple consid&#233;r&#233;es comme exclues du &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; reconnu dans le fonctionnement d'un r&#233;gime d&#233;mocratique, et donc d&#233;signer alors aussi bien le prol&#233;tariat, que les femmes, ou encore une ethnie, mais aussi &#171; ceux qui se l&#232;vent t&#244;t &#187;, selon la rh&#233;torique sarkozyste, ou bien une sorte de &#171; majorit&#233; silencieuse &#187;, etc. &lt;br class='autobr' /&gt; Ces usages de l'adjectif &#171; populiste &#187; appellent &#233;videmment une approche plus rigoureuse de ce que pourrait &#234;tre le &#171; populisme &#187; lui-m&#234;me, pr&#233;cis&#233;ment pour la r&#233;f&#233;rence au &#171; peuple &#187; que ce terme engage. Une telle analyse aura donc pour fonction de nous conduire &#224; nous arr&#234;ter sur cette notion de &#171; peuple &#187;, les difficult&#233;s &#224; d&#233;finir le &#171; populisme &#187; n'&#233;tant au fond pas autre chose que le reflet de la difficult&#233; qu'il y a &#224; d&#233;finir le &#171; peuple &#187;, ou plus exactement, le reflet de la diversit&#233; des conceptions qui s'opposent en la mati&#232;re. Pourquoi, en effet, utiliser le terme de &#171; populiste &#187; comme une &#233;tiquette stigmatisante, sinon pour combattre une conception, suppos&#233;e d&#233;magogique, du &#171; peuple &#187;, ou le faisceau de conceptions du &#171; peuple &#187; et de son action qu'un type de discours, ou de politique peut charrier ? &lt;br class='autobr' /&gt; Le discours de l'extr&#234;me-droite pourra &#234;tre ainsi qualifi&#233; de &#171; populiste &#187; notamment par les partis disposant d'une repr&#233;sentation parlementaire, qui utiliseront d'ailleurs le m&#234;me adjectif pour d&#233;signer les discours de Jean-Luc M&#233;lenchon ; or, si ce dernier essaie de retourner le sens de l'&#233;tiquette, en la revendiquant, il court le risque (&#224; supposer que parfois il ne le recherche pas, notamment comme lorsqu'il traite par le m&#233;pris les Lithuaniens) d'avaliser l'id&#233;e d'une continuit&#233; entre son propos et celui de Marine Le Pen, identifi&#233; lui-m&#234;me comme &#171; populiste &#187;. Strat&#233;giquement, donc, si l'on veut rendre op&#233;ratoire, d'un point de vue politique, l'adjectif &#171; populiste &#187;, il n'est pas possible de seulement r&#233;cup&#233;rer ce terme actuellement insultant sans engager en m&#234;me temps tout un travail de resignification, qui en passerait par une interrogation relative &#224; la notion de &#171; peuple &#187;, dont la d&#233;finition retenue conditionne en effet le sens du &#171; populisme &#187; dont il s'agit. C'est dans cet ordre d'id&#233;e que j'&#233;voque dans le titre de cette intervention un &#171; populisme &#224; venir &#187;, car alors, il correspondrait &#224; un peuple d&#233;fini comme &#171; peuple &#224; venir &#187;, c'est-&#224;-dire jamais donn&#233; par avance, ni jamais constitu&#233; en entit&#233; fixe. C'est cette base, celle d'un peuple envisag&#233; non pas comme une substance, mais comme ce qui se construit &#224; travers certains processus (et n'a donc pas d'existence en dehors de ceux-ci), que je partage avec Ernesto Laclau, m&#234;me si j'&#233;voquerai une divergence quant &#224; la nature de cette constitution, qu'il pose comme &lt;i&gt;h&#233;g&#233;monique&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Que le &#171; peuple &#187; ne soit pas un donn&#233; initial, qu'il ne soit donc pas une substance, localisable, d&#233;nombrable, c'est aussi ce que pr&#233;suppose le discours m&#234;me de la d&#233;mocratie, notamment lorsqu'il emprunte la voix de Rousseau. Celui-ci, en effet, distingue la simple &#171; agr&#233;gation &#187; de &#171; l'association &#187;, cette derni&#232;re seule constituant le lien caract&#233;risant le &#171; peuple &#187; en tant que &#171; corps politique &#187;, lequel peuple est alors suppos&#233; n'&#233;merger qu'&#224; la faveur d'une &#171; premi&#232;re convention &#187;. Cette convention est elle-m&#234;me n&#233;cessairement fictive (&#224; l'image de &#171; l'&#233;tat de nature &#187; dont elle nous ferait sortir), ce qui &#233;vite qu'on puisse la r&#233;duire &#224; l'&#233;tablissement d'une simple majorit&#233;. La &#171; premi&#232;re convention &#187; supporte donc bien plut&#244;t l'&#233;difice fictionnel de la &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187;, entendue comme unanime, et par cons&#233;quent comme fondement en l&#233;gitimit&#233; de toute d&#233;cision ult&#233;rieure du peuple ainsi constitu&#233; en corps politique. Je cite Rousseau :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un peuple, dit Grotius, peut se donner &#224; un roi. Selon Grotius, un peuple est donc un peuple avant de se donner &#224; un roi. Ce don m&#234;me est un acte civil ; il suppose une d&#233;lib&#233;ration publique. Avant donc que d'examiner l'acte par lequel un peuple &#233;lit un roi, il serait bon d'examiner l'acte par lequel un peuple est un peuple ; car cet acte, &#233;tant n&#233;cessairement ant&#233;rieur &#224; l'autre, est le vrai fondement de la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, s'il n'y avait point de convention ant&#233;rieure, o&#249; serait, &#224; moins que l'&#233;lection ne f&#251;t unanime, l'obligation pour le petit nombre de se soumettre au choix du grand ? Et d'o&#249; cent qui veulent un ma&#238;tre ont-ils le droit de voter pour dix qui n'en veulent point ? La loi de la pluralit&#233; des suffrages est elle-m&#234;me un &#233;tablissement de convention et suppose, au moins une fois, l'unanimit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, Livre I, chapitre 5.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Or, si la l&#233;gitimit&#233; de l'&#233;difice d&#233;mocratique repose ultimement sur cette &#171; premi&#232;re convention &#187;, c'est bien que le syst&#232;me repr&#233;sentatif ne serait qu'un pis-aller, l&#224; o&#249; la r&#233;union du peuple entendu comme totalit&#233; (donc source d'unanimit&#233;), jug&#233;e pourtant pr&#233;f&#233;rable, n'est simplement pas possible. Du moins est-ce ainsi qu'on peut consid&#233;rer la position de Rousseau, que Jean Starobinski, envisageant chez lui cette tendance de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, avait appel&#233; un d&#233;sir de &#171; transparence &#187;, vis-&#224;-vis duquel la repr&#233;sentation constituerait une forme d'&#171; obstacle &#187;. C'est dans cette optique que Laclau a raison d'indiquer que &#171; la th&#233;orie de la d&#233;mocratie, &#224; commencer par Rousseau, a toujours &#233;t&#233; tr&#232;s m&#233;fiante &#224; l'&#233;gard de la repr&#233;sentation et ne l'a accept&#233;e que comme un moindre mal, &#233;tant donn&#233; l'impossibilit&#233; de la d&#233;mocratie directe dans de grandes communaut&#233;s comme les Etats-nations modernes. A partir de ces pr&#233;misses, poursuit Laclau, la d&#233;mocratie doit &#234;tre la plus transparente possible : le repr&#233;sentant doit transmettre le plus fid&#232;lement possible la volont&#233; de ceux qu'il repr&#233;sente &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernesto Laclau, La raison populiste, trad. Jean-P&#239;erre Ricard, Paris, Seuil, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est en ce point, c'est-&#224;-dire sous la condition d'endosser un temps, comme le fait lui-m&#234;me ponctuellement Laclau, ce discours de la d&#233;mocratie sur elle-m&#234;me, qu'on pourrait soutenir que le &#171; populisme &#187; constitue &#224; la fois la v&#233;rit&#233; des r&#233;gimes d&#233;mocratiques, et l'indice d'un manquement n&#233;cessaire &#224; leurs principes. Il faudrait en effet alors consid&#233;rer, dans le fonctionnement des d&#233;mocraties, &#224; la fois les modalit&#233;s effectives de la prise en compte du peuple sur un mode repr&#233;sentatif (arr&#234;t d'une d&#233;cision institutionnelle, d&#233;signation d'un repr&#233;sentant de l'autorit&#233; &#233;tatique), et les indices d'un fonctionnement d&#233;faillant de ces r&#233;gimes d&#233;mocratiques par rapport &#224; ce qu'on devrait alors consid&#233;rer comme leurs principes fondateurs (&#171; le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple &#187;). Plus pr&#233;cis&#233;ment, ce manquement propre aux r&#233;gimes d&#233;mocratiques, et que le populisme soulignerait par son existence m&#234;me, pourrait se comprendre comme le fait que le peuple, n'existant justement pas &#224; la mani&#232;re d'une substance, les d&#233;coupes op&#233;r&#233;es par le pouvoir politique, dans son fonctionnement m&#234;me, laissent in&#233;vitablement de c&#244;t&#233; une partie du tout constituant le &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; (ne serait-ce qu'&#224; travers les modalit&#233;s propres &#224; la d&#233;mocratie &lt;i&gt;repr&#233;sentative&lt;/i&gt;). Autrement dit, le principe m&#234;me de la &lt;i&gt;repr&#233;sentation politique&lt;/i&gt;, propre aux d&#233;mocraties repr&#233;sentatives, serait &#224; l'origine d'une exclusion in&#233;vitable d'une partie du &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; des proc&#233;dures ordinaires de fonctionnement des institutions d&#233;mocratiques. Et c'est d'ailleurs sur ce terrain que s'enracinent certains discours dits &#171; populistes &#187;, condamnant la confiscation du pouvoir politique par des &#171; &#233;lites &#187;, par une classe politique s'&#233;tant autonomis&#233;e par rapport au reste de la soci&#233;t&#233; &#8211; et les revendications allant dans le sens d'une d&#233;mocratie participative, voire d'une d&#233;mocratie r&#233;f&#233;rendaire (selon le mod&#232;le suisse) seront &#233;ventuellement tax&#233;es de &#171; populistes &#187;. Il s'agirait, pour les tenants d'un discours pr&#244;nant plus ou moins le mod&#232;le de la d&#233;mocratie directe, de revendiquer un droit &#224; la parole pour ceux qui constitueraient les &lt;i&gt;exclus&lt;/i&gt; du syst&#232;me repr&#233;sentatif, autrement dit, pour ceux qui s'opposeraient aux &#233;lites. On saisit ainsi tr&#232;s simplement l'ambigu&#239;t&#233; du propos identifi&#233; comme populiste : il s'agit de consid&#233;rer que les exclus du &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; sont le v&#233;ritable &#171; peuple &#187;, ce qui revient &#224; faire, l&#224; encore, d'une partie du &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; (en l'occurrence les suppos&#233;s &#171; exclus &#187;) ce qui vaut pour le tout. Autrement dit, dans les formes m&#234;mes de sa revendication en faveur du principe d'une d&#233;mocratie directe contre ses formes repr&#233;sentatives, le populisme emprunterait alors lui-m&#234;me une logique proprement repr&#233;sentative &#8211; et c'est aussi en cela qu'il constituerait la v&#233;rit&#233; des r&#233;gimes d&#233;mocratiques, en l'occurrence, dans leur aveuglement quant &#224; leur nature &lt;i&gt;repr&#233;sentative&lt;/i&gt;, la jugeant comme un obstacle r&#233;siduel, l&#224; o&#249; elle en d&#233;signerait bien plut&#244;t un des traits essentiels. Et c'est ce point qu'il faudrait interroger : est-ce bien par ce d&#233;tour par la repr&#233;sentation que la d&#233;mocratie courrait le risque d'&#234;tre infid&#232;le &#224; ses principes ? Avec cette question corr&#233;lative : le populisme constituerait-il un quelconque correctif &#224; cette infid&#233;lit&#233; m&#234;me seulement suppos&#233;e ? &lt;br class='autobr' /&gt; Pour bien comprendre cela, il convient alors de s'arr&#234;ter sur cette notion de repr&#233;sentation, car &#224; suivre Laclau, elle contiendrait en elle-m&#234;me un enracinement sectoriel, &#224; d&#233;passer, certes, mais susceptible d'&#234;tre envisag&#233;e non comme un obstacle &#224; une repr&#233;sentation d&#233;mocratique, mais comme sa condition de possibilit&#233; (la volont&#233; &#224; repr&#233;senter en &#233;manant) : &#171; La fonction du repr&#233;sentant n'est pas seulement de transmettre la volont&#233; de ceux qu'il repr&#233;sente, mais aussi de donner de la cr&#233;dibilit&#233; &#224; cette volont&#233; dans un milieu diff&#233;rent de celui dans lequel cette volont&#233; fut &#224; l'origine constitu&#233;e. Cette volont&#233; est toujours la volont&#233; d'un groupe sectoriel, et le repr&#233;sentant doit montrer qu'elle est compatible avec les int&#233;r&#234;ts de la communaut&#233; comme totalit&#233;. Il est dans la nature de la repr&#233;sentation que le repr&#233;sentant ne soit pas seulement un acteur passif, mais qu'il ajoute quelque chose aux int&#233;r&#234;ts qu'il repr&#233;sente. Cette addition, &#224; son tour, se refl&#232;te dans l'identit&#233; de ceux qui sont repr&#233;sent&#233;s, qui change &#224; la suite du processus m&#234;me de repr&#233;sentation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernesto Laclau, Id.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lorsque les d&#233;put&#233;s, par exemple, ont vot&#233; une loi d&#233;bouchant sur l'adoption du Pacs, les repr&#233;sentants ont alors en effet cess&#233; d'&#234;tre les simples porte-paroles des citoyens les ayant &#233;lus (et parmi eux des groupes de pression homosexuels) et qui attendaient de la gauche parlementaire une loi rendant possibles les unions de m&#234;me sexe, pour devenir porteurs d'int&#233;r&#234;ts d&#233;passant ce groupe, ce qui voulut &#234;tre nettement signifi&#233;, &#224; travers le fait que le Pacs ne fut pas r&#233;serv&#233; aux homosexuels, mais ouvrit pour tous des modalit&#233;s in&#233;dites d'union ; et, en retour, le groupe des repr&#233;sent&#233;s s'en est trouv&#233; modifi&#233;, s'&#233;tant en l'occurrence consid&#233;rablement &#233;largi. Les &#233;lecteurs, en effet, ne constituent pas le peuple en tant que tel, la &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187; ne se confondant pas avec une volont&#233; se contentant d'&#233;merger des urnes et, &#224; ce titre, toujours essentiellement caract&#233;ris&#233;e par des int&#233;r&#234;ts particuliers. La limite, de ce point de vue, interviendrait lorsque les repr&#233;sentants, ne se contentant pas d'ajouter quelque chose aux int&#233;r&#234;ts qu'ils d&#233;fendent, les trahissent purement et simplement, comme cela a &#233;t&#233; le cas &#224; l'occasion du &#171; Non &#187; fran&#231;ais au r&#233;f&#233;rendum relatif au Trait&#233; constitutionnel en 2005, bient&#244;t remplac&#233;, en court-circuitant ce vote pr&#233;cis&#233;ment, par l'adoption en 2007 du Trait&#233; de Lisbonne. Cela dit, qu'&#224; cette occasion, le syst&#232;me parlementaire en son ensemble ait pu &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le moyen par excellence de confiscation du pouvoir au b&#233;n&#233;fice d'une &#233;lite, cela n'emp&#234;che pas que cette critique elle-m&#234;me s'articule sur un sch&#233;ma qui est celui de la repr&#233;sentation. C'est en effet &lt;i&gt;au nom du peuple spoli&#233; par ce syst&#232;me politique&lt;/i&gt; qu'un mouvement de contestation de la d&#233;mocratie parlementaire aurait pu &#234;tre initi&#233; &#8211; et donc pas seulement au b&#233;n&#233;fice de l'int&#233;r&#234;t particulier de ceux qui, en l'occurrence, avaient vot&#233; &#171; Non &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; C'est donc surtout lorsque le foss&#233; s'&#233;largit entre repr&#233;sentants et repr&#233;sent&#233;s que quelque chose qu'on a pu appeler une &#171; crise de la repr&#233;sentation &#187; peut appara&#238;tre, notamment sous la forme de mouvements dits &#171; populistes &#187;. Mais au fond, et je suis Ernesto Laclau l&#224; encore, le populisme en tant que tel n'est pas la n&#233;gation des principes m&#234;mes de la repr&#233;sentation, et c'est d'ailleurs en ce sens qu'on peut aussi l'interpr&#233;ter parfois comme une demande d'un surcro&#238;t de d&#233;mocratie, car m&#234;me si certains mouvements populistes vont r&#233;clamer une forme de d&#233;mocratie directe, ils n'agissent pas sur des bases radicalement autres (autres que repr&#233;sentatives). En effet, si le &#171; peuple &#187; se constitue aux points de convergence de &#171; demandes populaires &#187; pour Laclau, c'est-&#224;-dire de demandes non satisfaites par l'institution d&#233;mocratique, alors il conserve quelque chose de l'enracinement sectoriel qui l'a vu na&#238;tre (une certaine situation sociale, une couleur de peau, etc.), mais s'il ne parvenait pas &#224; d&#233;passer ce point de vue particulier, alors il ne pourrait pas agr&#233;ger, &#224; un moment, tout un ensemble de demandes non d&#233;pourvues d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;. Si un &#233;v&#233;nement insurrectionnel, par exemple, peut trouver son origine dans une demande non satisfaite tr&#232;s localis&#233;e, il est &#233;vident que cela n'aura alors &#233;t&#233; possible que parce que d'autres demandes seront venues s'agr&#233;ger &#224; cette premi&#232;re, et surtout, parce qu'un terrain commun aura pu &#234;tre d&#233;gag&#233;, sur lequel se sera constitu&#233;e cette unit&#233; (cela aura pu s'effectuer autour du signifiant &#171; d&#233;mocratie &#187;, par exemple, qui aura jou&#233; le r&#244;le de ciment du mouvement dans le cas des r&#233;volutions arabes). &lt;br class='autobr' /&gt; Autrement dit, le peuple ne peut &#233;merger, dans ce cas, qu'&#224; la condition de se donner pour le tout, ce qui n'est possible qu'en d&#233;passant les points d'ancrage propres aux demandes sectorielles. En cela, l'acte de nomination par lequel la &lt;i&gt;pl&#232;be&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;plebs&lt;/i&gt;) se donne pour le &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;populus&lt;/i&gt;) suit la figure rh&#233;torique de la m&#233;tonymie qui, en tant que telle, n'est pas &#233;trang&#232;re &#224; la repr&#233;sentation politique en g&#233;n&#233;ral. Ce point est capital, en ce qu'en &#233;tablissant une telle parent&#233; entre populisme et d&#233;mocratie, on est conduit &#224; retrouver quelque chose de l'ordre du conflit (de l'&lt;i&gt;agon&lt;/i&gt;) qui fonde originairement la d&#233;mocratie. C'est donc vers un retour de la d&#233;mocratie &#224; la politique (entendue comme le lieu m&#234;me de l'affrontement, du conflit) que fait signe cette parent&#233; entre populisme et d&#233;mocratie, ce qui serait une fa&#231;on de renouer avec l'origine violente de la d&#233;mocratie, que cette derni&#232;re aurait imm&#233;diatement cherch&#233; &#224; oublier, si l'on en croit Nicole Loraux, revenant sur les deux termes composant le mot &lt;i&gt;demokratia&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; (le peuple) et &lt;i&gt;kratos&lt;/i&gt; (le pouvoir) : &#171; Au sens propre, &lt;i&gt;kratos&lt;/i&gt; d&#233;signe une sup&#233;riorit&#233; de fait : on l'a emport&#233;, on a eu le dessus (dans une lutte). Mais alors qu'une telle notion devrait aller de soi dans une soci&#233;t&#233; aussi agonistisque que la Gr&#232;ce des cit&#233;s, il semble bien que, simultan&#233;ment &#224; l'&#233;nonciation de ce mot, une valeur p&#233;jorative, voire inqui&#233;tante s'attache &#224; &lt;i&gt;kratos&lt;/i&gt;. [&#8230;] l'inqui&#233;tude est pour ainsi dire &#224; son comble dans l'&#233;nonc&#233; du mot &lt;i&gt;demokratia&lt;/i&gt; lorsque c'est un ath&#233;nien qui l'emploie, comme si le &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; n'assumait pas d'avoir eu la victoire et d'occuper le pouvoir, car il lui faudrait par la m&#234;me occasion reconna&#238;tre qu'il n'est pas le tout &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicole Loraux, &#171; Eloge de l'anachronisme en histoire &#187;, in Le genre humain, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est bien l'adversaire sur lequel le &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; a eu le dessus qui dessine alors la limite, la fronti&#232;re de la partie qui l'emporte, et qui constituera le &#171; peuple &#187; de la d&#233;mocratie. De ce point de vue, c'est la date de 403 avant J&#233;sus-Christ qui devrait &#234;tre retenue comme moment o&#249; &#171; le &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt;, rentr&#233; victorieux &#224; Ath&#232;nes &#8211; ayant, selon les historiens anciens, eu le &lt;i&gt;kratos&lt;/i&gt; sur ses adversaires &#8211; apr&#232;s la sanglante dictature oligarchique des Trente, pr&#234;ta, en commun avec les partisans de ses ennemis vaincus, le serment d'oublier les malheurs du pass&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p.34.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ces conditions, le populisme pourrait bien constituer, pour les r&#233;gimes d&#233;mocratiques, une occasion de se souvenir de leurs origines agonistiques, de renouer par cons&#233;quent avec la reconnaissance du &lt;i&gt;dehors&lt;/i&gt; qui, par diff&#233;rence, les constitue &#8211; cet ennemi, que nos d&#233;mocraties temp&#233;r&#233;es, &#224; force de le d&#233;nier, ne reconnaissent plus aujourd'hui que sous la forme du monstre, de l'ennemi du genre humain en tant que tel, &#233;ventuellement susceptible de justifier le recours &#224; une &#171; guerre juste &#187;. Sous ce rapport, le &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; se donnant pour le tout est lui-m&#234;me dans cette position m&#233;tonymique qui est le propre de la repr&#233;sentation &#8211; c'est donc &lt;i&gt;originairement&lt;/i&gt; que la d&#233;mocratie serait repr&#233;sentative, y compris, paradoxalement, sous les formes de d&#233;mocraties dites &#171; directes &#187;. Il faudrait pouvoir prendre au pied de la lettre la &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187; de Rousseau (et donc pas seulement comme une fiction) pour consid&#233;rer s&#233;rieusement que la repr&#233;sentation constitue une premi&#232;re forme de d&#233;ch&#233;ance du mod&#232;le d&#233;mocratique, ce qui supposerait qu'on envisage un &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt; strictement homog&#232;ne, sans divisions ni fissures, ce qui signifie donc aussi sans enracinement sectoriel aucun &#8211; autant dire un peuple strictement fictif. &lt;br class='autobr' /&gt; Cela &#233;tant, doit-on consid&#233;rer pour autant que l'avenir du populisme en passerait, lui aussi, par l'appropriation du &lt;i&gt;kratos&lt;/i&gt;, autrement dit, l'horizon du populisme est-il n&#233;cessairement celui d'une &#171; pl&#232;be &#187; (entendue ici comme une partie du &lt;i&gt;d&#233;mos&lt;/i&gt;), qui, assurant son &lt;i&gt;h&#233;g&#233;monie&lt;/i&gt;, s'emparerait du pouvoir ?&lt;br class='autobr' /&gt; Certes, l'objet &#224; conqu&#233;rir (le pouvoir) est toujours partiel chez Laclau, et on ne tombe donc pas dans l'illusion d'un pouvoir strictement localisable, et dont on pourrait parfaitement s'emparer ; mais cette analyse en termes d'h&#233;g&#233;monie est-elle tout &#224; fait transf&#233;rable au cas d'un pouvoir envisag&#233; &#224; l'&#232;re de la biopolitique ? Et la recherche de l'h&#233;g&#233;monie est-elle-m&#234;me souhaitable ? Autrement dit, la question du pouvoir peut-elle se r&#233;duire &#224; celle de son d&#233;tenteur, c'est-&#224;-dire &#224; celle de l'&#233;tablissement d'une nouvelle h&#233;g&#233;monie ? &lt;br class='autobr' /&gt; Rappelons que Laclau d&#233;signe comme &lt;i&gt;h&#233;g&#233;monie&lt;/i&gt; &#171; cette op&#233;ration par laquelle une particularit&#233; prend une signification incommensurable avec elle-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Laclau, op. cit., p.89.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, l'op&#233;ration h&#233;g&#233;monique est celle par laquelle une demande populaire sectorielle, limit&#233;e, acquiert un statut d'universalit&#233;, c'est-&#224;-dire se trouve arrach&#233;e &#224; sa particularit&#233;. C'est en de tels points de cristallisation que se constituerait le &#171; peuple &#187;, selon cette lecture. De cette fa&#231;on, le signifiant &#171; d&#233;mocratie &#187; a pu fonctionner, dans le cas des r&#233;volutions arabes, &#224; titre de &#171; signifiant vide &#187; - les demandes les plus diverses ont pu venir cristalliser autour de ce signifiant, rendant alors possible la constitution d'un peuple r&#233;volutionnaire. Si l'h&#233;g&#233;monie mondiale du signifiant &#171; d&#233;mocratie &#187; a certes permis d'en user efficacement &#224; l'encontre de pouvoirs liberticides, pour autant, cette forme d'h&#233;g&#233;monie va-t-elle plus loin ? Est-elle porteuse d'un v&#233;ritable contenu positif ? En fait, &#224; partir du moment o&#249; Laclau entend reprendre quelque chose de l'h&#233;g&#233;monie, telle que Gramsci l'entendait, sans pour autant &#8211; ce que je ne lui reproche certes pas &#8211; r&#233;activer l'id&#233;e d'un parti susceptible d'articuler &#171; spontan&#233;it&#233; &#187; et &#171; direction consciente &#187;, on voit mal comment cette forme d'h&#233;g&#233;monie pourrait encore d&#233;boucher sur l'id&#233;e d'une orientation politique &lt;i&gt;positive&lt;/i&gt; &#224; suivre (au-del&#224; d'un simple renversement du r&#233;gime en place). Encore une fois, il ne s'agit pas de regretter cette unit&#233; th&#233;orique que le parti pouvait ajouter &#224; l'unit&#233; pratique en vue d'atteindre l'h&#233;g&#233;monie politique, mais plus profond&#233;ment de s'interroger sur l'id&#233;e d'un remplacement d'une h&#233;g&#233;monie par une autre &#8211; est-ce bien l&#224; une finalit&#233; politique enviable que de se proposer de renverser un pouvoir politique pour lui substituer une domination, une h&#233;g&#233;monie, f&#251;t-elle celle du &#171; peuple &#187; ? Et puis, n'oublions pas cette question : l'usage de la cat&#233;gorie d'&lt;i&gt;h&#233;g&#233;monie&lt;/i&gt; n'est-il pas devenu inop&#233;rant &#224; l'&#232;re de la biopolitique ? La notion de &lt;i&gt;r&#233;sistance&lt;/i&gt; n'est-elle pas plus efficiente en la mati&#232;re ? Cette notion de &#171; r&#233;sistance &#187; permet en effet de chercher &#224; supprimer l'&lt;i&gt;intol&#233;rable&lt;/i&gt; l&#224; o&#249; il se pr&#233;sente, mais sans qu'on envisage pour autant qu'en finir avec tel r&#233;gime, ce serait en finir avec le pouvoir en tant que tel, qui deviendrait alors vacant &#8211; et donc disponible pour l'entreprise h&#233;g&#233;monique qu'on vient de d&#233;crire. &lt;br class='autobr' /&gt; C'est qu'il s'agit, contre cette tentation h&#233;g&#233;monique, de prendre en compte le fait que le &#171; peuple &#187; semble aujourd'hui tendanciellement remplac&#233; par la cat&#233;gorie de &#171; population &#187;, et qu'il s'agirait, dans ces conditions, pour des mouvements de r&#233;sistance, de chercher &#224; arracher cette derni&#232;re &#224; l'emprise d'un pouvoir essentiellement pastoral. C'est toute la le&#231;on de Michel Foucault, en effet, de nous avoir indiqu&#233; la n&#233;cessit&#233; de rompre avec le sch&#233;ma souverainiste du pouvoir, selon lequel ce dernier s'exercerait du haut en bas, sur un mode r&#233;pressif. A l'inverse de cette conception, il aura fait valoir l'id&#233;e de la &#171; biopolitique &#187;, c'est-&#224;-dire d'une multiplicit&#233; de &#171; micro-pouvoirs &#187;, diss&#233;min&#233;s dans tout l'espace social, emp&#234;chant ainsi qu'on puisse penser des zones comme exemptes de toute participation au pouvoir. Pour le dire rapidement, l&#224; o&#249; le paradigme du pouvoir souverain pouvait tenir dans la formule &#171; Laisser vivre et faire mourir &#187;, celui du biopouvoir aurait invers&#233; les choses, renversant la formule, qui devient un &#171; Faire vivre et laisser mourir &#187; - pr&#233;cisons tout de suite que cela n'implique &#233;videmment pas que les gouvernants aient cess&#233; de massacrer leurs populations &#224; l'occasion (Bachar el Assad est l&#224; pour nous le rappeler), d'une part parce que des modalit&#233;s strictement r&#233;pressives de l'art de gouverner continuent d'exister, et d'autre part parce que les modalit&#233;s proprement biopolitiques de la gouvernementalit&#233; pastorale peuvent tout &#224; fait s'articuler &#224; des modalit&#233;s meurtri&#232;res (en d&#233;signant les conditions d'une vie &#171; digne d'&#234;tre v&#233;cue &#187;, les nazis tra&#231;aient aussi, et par l&#224; m&#234;me, le contour des massacres &#224; venir). Il devient clair, d&#232;s lors, que les modalit&#233;s propres &#224; un pouvoir ainsi con&#231;u, c'est-&#224;-dire comme biopouvoir, vont consister &#224; encadrer la vie des populations, autrement dit, &#224; d&#233;velopper des modes sp&#233;cifiques de gouvernementalit&#233;, s'&#233;tant enracin&#233;s initialement dans une connaissance statistique de ces populations. C'est en cela qu'on pourra parler d'un pouvoir &lt;i&gt;pastoral&lt;/i&gt;, l'op&#233;ration du pouvoir consistant alors essentiellement &#224; encadrer la population, &#224; l'accompagner, au moyen de dispositifs sp&#233;cifiques multiples, bien plus qu'&#224; d'abord r&#233;primer. D&#232;s lors, circulant partout, aucunement substance, un tel pouvoir fonctionne moins &#224; l'interdit qu'&#224; la norme &#8211; raison pour laquelle nous pouvons devenir nous-m&#234;mes demandeurs d'un surcro&#238;t de gouvernementalit&#233;. En effet, si les demandes populaires &#233;manent d'une partie de la population suppos&#233;e oubli&#233;e par la politique, qu'il s'agisse de demandes &#233;manant de minorit&#233;s opprim&#233;es (selon les cas : sociales, sexuelles, ethniques, etc.), ou qu'elles proviennent de ce qui se nomme parfois la &#171; majorit&#233; silencieuse &#187;, dans les deux cas on risque bien de se trouver face &#224; des demandes s'articulant en effet dans le sens d'un surcro&#238;t de protection et d'encadrement de la part des pouvoirs publics (tant&#244;t pour la &lt;i&gt;reconnaissance&lt;/i&gt; ou la prise en charge d'une frange de la population &#8211; pour le cas d'une demande de reconnaissance du mariage homosexuel, par exemple -, tant&#244;t peut-&#234;tre pour satisfaire telle demande de renforcement de dispositifs s&#233;curitaires &#8211; comme ce pourrait &#234;tre le cas lors de &#171; marches blanches &#187; notamment). Les conditions politiques actuelles d'une prise en charge pastorale de la population par de multiples dispositifs impliquent qu'on soit attentif &#224; la forme des revendications : envisag&#233;es sous le seul angle d'une h&#233;g&#233;monie populaire, et quelles qu'en soient les modalit&#233;s, ces demandes risquent bien d'aboutir &#224; un renforcement de cette prise en charge biopolitique, donc &#224; un renforcement de cette forme d'assujettissement, pr&#233;cis&#233;ment en vue de rem&#233;dier &#224; une exclusion pr&#233;alable. Le risque, en effet, de consid&#233;rer les demandes populaires ind&#233;pendamment de leur enracinement biopolitique, c'est d'en faire imm&#233;diatement des demandes qui, si elles d&#233;bouchent sur une forme d'agr&#233;gation de demandes diverses, gagnent une valeur d'universalit&#233; en s'arrachant &#224; leur ancrage sectoriel, et deviennent par l&#224; m&#234;me le moyen de la constitution d'un &#171; peuple &#187;. Or, il se pourrait bien qu'&#224; la place de ce &#171; peuple &#187;, on se trouve face &#224; une simple &#171; population &#187;, et dans ce cas, on voit mal quel mouvement de lib&#233;ration se serait dessin&#233; &#224; travers ce mouvement de cristallisation.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans ces conditions, en effet, si un &#171; peuple &#187; prend naissance, par exemple dans le cadre d'un soul&#232;vement insurrectionnel, n'est-ce pas seulement sur cette pointe extr&#234;mement fine &#224; partir de laquelle s'est r&#233;v&#233;l&#233; l'&lt;i&gt;intol&#233;rable&lt;/i&gt; ? Par cons&#233;quent, ce sont moins les demandes en tant que telles qui constitueraient le ciment de ce &#171; peuple &#187; r&#233;volutionnaire, que cette pointe o&#249; elles se rejoignent, pr&#233;cis&#233;ment en s'effilant au point de ne plus d&#233;signer que cet &lt;i&gt;intol&#233;rable&lt;/i&gt;. Il s'ensuit que le peuple en tant que tel ne survivra probablement pas &#224; l'&#233;v&#233;nement r&#233;volutionnaire qui l'aura vu na&#238;tre, mais laissera bien plut&#244;t la place aux demandes en leur positivit&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; des demandes &#224; pr&#233;sent devenues celles d'une &lt;i&gt;population&lt;/i&gt;. Sous ce rapport, on pourrait dire que l&#224; o&#249; le peuple &#233;tait toujours &lt;i&gt;&#224; venir,&lt;/i&gt; une population, elle, est toujours d&#233;j&#224; l&#224; &#8211; ce qui signifie qu'elle pr&#233;existe aux demandes qui &#233;manent d'elles. D&#232;s lors, on n'est plus du c&#244;t&#233; de l'&lt;i&gt;association&lt;/i&gt;, m&#234;me &#233;pisodique, mais bien dans le registre d'une simple &lt;i&gt;agr&#233;gation&lt;/i&gt; d'individus. Mais dans ce cas, c'est l'arrachement aux int&#233;r&#234;ts particuliers qui devient impossible, et un populisme pens&#233; &#224; partir de la &lt;i&gt;population&lt;/i&gt;, et non plus du &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;, cesse de signifier un mouvement de retour &#224; la politique vive. &lt;br class='autobr' /&gt; C'est bien &#224; un tel mouvement de ressac auquel on a assist&#233;, bien souvent, lorsque des &#233;lections ont fait suite &#224; des mouvements d'insurrection, voire &#224; un renversement de r&#233;gime : il y a le plus souvent, dans ce cas, une volont&#233; d'un retour &#224; la normale, &#224; une vie quotidienne reprenant ses droits, et l'on pourrait penser aux &#233;lections d'apr&#232;s mai 68, tout comme aux &#233;lections tunisiennes ayant derni&#232;rement port&#233; au pouvoir le parti Ennahdha (Renaissance), nationaliste et conservateur, partisan d'un &#171; islam mod&#233;r&#233; &#187;, selon la formule consacr&#233;e. Le passage &#224; l'isoloir, au fond, rompt le lien du &#171; peuple &#187; constitu&#233; dans l'&#233;v&#233;nement r&#233;volutionnaire, et reconduit chacun &#224; ses pr&#233;occupations individuelles, raison pour laquelle il ne s'agirait gu&#232;re, en de telles occasions, de politique &#8211; ce qu'avait tr&#232;s justement relev&#233; Sartre dans son article des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt;, de 1973, &#171; Elections, pi&#232;ge &#224; cons &#187;. Si, donc, un pouvoir politique s'impose &#224; la suite d'une r&#233;volution conduite jusqu'au renversement du r&#233;gime pr&#233;c&#233;dent, il est bien difficile de soutenir que c'est le peuple lui-m&#234;me qui, de cette fa&#231;on, devient &lt;i&gt;h&#233;g&#233;monique&lt;/i&gt;, cette domination nouvelle s'apparentant en effet davantage &#224; un retour aux int&#233;r&#234;ts qui sont ceux d'une population, voire d'une partie de la population. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'une &lt;i&gt;survivance&lt;/i&gt; du peuple devrait alors se penser dans les interstices d'une &lt;i&gt;r&#233;sistance&lt;/i&gt; s'inaugurant d&#232;s le lendemain de l'intronisation d'un nouveau pouvoir, raison pour laquelle il y aurait peut-&#234;tre un avantage &#224; penser le peuple plus comme une &lt;i&gt;puissance de destitution&lt;/i&gt; que d'institution.&lt;br class='autobr' /&gt; Si, donc, dans l'instauration de nouveaux r&#233;gimes faisant suite &#224; des pouvoirs liberticides, on fait face au passage de la d&#233;mocratie, du statut de signifiant vide &#224; celui de r&#233;f&#233;rence effective &#224; un contenu relatif aux formes d'organisation d'une soci&#233;t&#233;, un &lt;i&gt;populisme &#224; venir&lt;/i&gt; aurait alors &#224; rappeler un tel r&#233;gime d&#233;mocratique &#224; ses fondements conflictuels, plut&#244;t qu'&#224; en flatter la version pastorale, en esp&#233;rant &#233;ventuellement la satisfaction d'un certain nombre de demandes ayant enfin pu &#233;merger dans l'espace d&#233;mocratique &#8211; demandes &#233;mergeant alors de la &lt;i&gt;population&lt;/i&gt;, et non plus du peuple lui-m&#234;me, ce qui les transforme en &#233;l&#233;ments venant relayer les dispositifs du pouvoir, en lieu et place d'&#233;l&#233;ments susceptibles de constituer un p&#244;le de tension et de r&#233;sistance. Un &lt;i&gt;populisme &#224; venir&lt;/i&gt; devrait par cons&#233;quent s'entendre en sa dimension dissolvante, et d'abord &#224; l'encontre m&#234;me de subjectivit&#233;s soumises aux conditions de dispositifs biopolitiques &#8211; l'&#233;mergence d'un &lt;i&gt;peuple &#224; venir&lt;/i&gt; r&#233;clame d'en passer par une telle d&#233;prise. Cela signifie par cons&#233;quent que le peuple &lt;i&gt;manque&lt;/i&gt;, mais pas dans le sens d'un reproche qu'on pourrait lui adresser, ou d'un regret qu'on pourrait entretenir &#8211; le peuple &lt;i&gt;manque&lt;/i&gt;, tout simplement &#224; l'image d'une couleur, dont on dit qu'elle ne &lt;i&gt;fixe&lt;/i&gt; pas. C'est en cela qu'il se r&#233;v&#232;le &lt;i&gt;principe d'anarchie&lt;/i&gt;, r&#233;alit&#233; contradictoire se destituant d'abord elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Les Cahiers de Philom&#232;ne, n&#176;1)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Jacques Rousseau, &lt;i&gt;Du contrat social&lt;/i&gt;, Livre I, chapitre 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernesto Laclau, &lt;i&gt;La raison populiste&lt;/i&gt;, trad. Jean-P&#239;erre Ricard, Paris, Seuil, 2008, p. 187.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernesto Laclau, &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicole Loraux, &#171; Eloge de l'anachronisme en histoire &#187;, &lt;i&gt;in Le genre humain&lt;/i&gt;, juin 1993, p.33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;, p.34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Laclau, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Z - Zeus </title>
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		<dc:date>2018-04-08T14:23:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joachim Dupuis</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les m&#233;dias ont tout faux, ils l'appellent Jupiter. C'est lui donner une aura divine, une port&#233;e surhumaine, lui qui r&#234;ve d'&#234;tre un marcheur d'exception. Macron ou Marathon Man. Il saute toutes les haies, portant avec lui un id&#233;al sportif digne des Jeux Olympiques : gagner le coeur des hommes et leur donner une &#171; vision &#187; de la r&#233;ussite. La marche de Macron a quelque chose du pionnier ou du proph&#232;te. Dans ses discours, il n'a de cesse de nous faire esp&#233;rer. Espoir d'un autre monde ? Mais quel (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=96" rel="tag"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les m&#233;dias ont tout faux, ils l'appellent Jupiter. C'est lui donner une aura divine, une port&#233;e surhumaine, lui qui r&#234;ve d'&#234;tre un marcheur d'exception. Macron ou &lt;i&gt;Marathon Man&lt;/i&gt;. Il saute toutes les haies, portant avec lui un id&#233;al sportif digne des Jeux Olympiques : gagner le coeur des hommes et leur donner une &#171; vision &#187; de la r&#233;ussite. La marche de Macron a quelque chose du pionnier ou du proph&#232;te. Dans ses discours, il n'a de cesse de nous faire esp&#233;rer. Espoir d'un autre monde ? Mais quel monde ? Que veut-il ? Un poste &#233;lys&#233;en ? Un bain de foule pr&#233;sidentiel ? R&#234;ve-t-il de d&#233;crocher la lune comme Caligula ? Non, rien de tout cela N'a-t-il pas la m&#234;me ambition que les personnages litt&#233;raires du XIX e si&#232;cle, lui qui admire, se reconna&#238;t en Julien Sorel ? A moins, &#224; moins que ce soit Rastignac ? &#171; A nous deux Paris ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite de l'arriviste Macron ne peut pas signifier &#171; convoiter une simple place &#187; &#8211; d&#251;t-elle &#234;tre celle de Pr&#233;sident fran&#231;ais. Macron veut cr&#233;er une nouvelle place du pouvoir en faisant &lt;i&gt;tabula rasa&lt;/i&gt; des pr&#233;c&#233;dentes. Faire place net, n'avoir aucun mod&#232;le, voil&#224; le sens de ce nouvel arrivisme qui est en fait, il faut bien le dire, d&#233;j&#224; ancien &#8211; celui du &lt;i&gt;Self Made Man&lt;/i&gt;. Car c'est celle de l'entrepreneur. Et non pas de l'&#233;crivain. Un premier essai de roman rest&#233; lettre morte. Il sait qu'il n'a pas le talent (et la chance) de Houellebecq, mais peut-&#234;tre les id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix de Macron sera d'arriver sur la capitale et d'y devenir une sorte de terroriste de la politique. Apr&#232;s tout Daech aura peut-&#234;tre &#233;t&#233; un mod&#232;le politique inattendu pour les gouvernants occidentaux. Savoir placer les bombes l&#224; o&#249; il faut, l&#224; o&#249; &#231;a fait mal, pour pulv&#233;riser tout le syst&#232;me politique. Faire &#233;clater les &lt;i&gt;blocs&lt;/i&gt; politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En marche&lt;/i&gt; : c'est une bombe Manhattan jet&#233;e &#224; la face des politiques par un jeune loup pragmatique et d&#233;complex&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi Macron est-il le nom ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'abord le nom d'une bombe. &lt;i&gt;Blockbuster&lt;/i&gt; : c'est le nom de cette bombe cr&#233;&#233;e par la R.A.F, qui, en son temps, a su modifier le paysage de la guerre, en lui donnant une port&#233;e a&#233;rienne d&#233;vastatrice (dont la bombe atomique a par la suite &#233;t&#233; le symbole). Aujourd'hui, Macron endosse &#224; sa fa&#231;on ce patronyme pour d&#233;truire, d'en bas (en ralliant &#224; lui une grande partie de la soci&#233;t&#233; civile), et non du ciel, l'image de la politique et lui enlever sa monumentalit&#233;.Les m&#233;dias, aveugles comme toujours, ne voient pas qu'il veut d&#233;sormais &#234;tre invisible pour agir n'importe o&#249; et n'importe quand, ils ne voient pas qu'il veut incarner une sorte de fluidit&#233;, pour ne pas &#234;tre justement assimil&#233; &#224; un Pr&#233;sident de plomb, statue ou colosse de Rhodes dans l'ar&#232;ne du pouvoir. Macron, c'est une vraie machine de guerre. Mais, ce que ne veulent pas voir les m&#233;dias, c'est que cette machine en marche est dangereuse par sa volatilit&#233;. Nuage de poudre, il a le m&#234;me effet qu'une drogue. Si nous n'y prenons pas garde, nous succomberons &#224; son charme. La force du mouvement &lt;i&gt;En marche&lt;/i&gt;, c'est de donner l'impression que quelque chose &lt;i&gt;bouge&lt;/i&gt; en politique, qu'&#224; nouveau tous les r&#234;ves sont possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si Macron se met en marche, c'est pour d&#233;faire les oppositions, &#171; noyer &#187; les esprits dans une m&#233;taphysique de l'intrication n&#233;cessaire. Car le pouvoir qu'il entend incarner veut porter au plus loin le capitalisme, en acc&#233;l&#233;rant la transformation de la &lt;i&gt;d&#233;mocratie immunitaire, d&#233;j&#224; install&#233;e, en un d&#244;me&lt;/i&gt;. Le nom qu'il porte, c'est donc celui du processus de &lt;strong&gt;domisation&lt;/strong&gt;. La d&#233;mocratie par ce mouvement &lt;i&gt;En marche&lt;/i&gt; va compl&#232;tement se fermer herm&#233;tiquement ; le seul air respirable sera produit par les g&#233;n&#233;rateurs de la machine du Capital et par les leviers de travailleurs devenus des zombies, capables de tout accepter, m&#234;me leur esclavage. Le monde de Macron, c'est de forger des bombes pour arriver &#224; ce &#171; nouveau monde &#187; sans vie, sans singularit&#233;. Macron est porteur de mort, plus que de la peste ou du chol&#233;ra (que nous r&#233;servons &#224; Marine), il a amorc&#233; le plus grand fl&#233;au de l'humanit&#233; : sa post-humanisation. Macron ou &lt;i&gt;Metropolis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; un ensemble de &#171; bombardements &#187; pour accomplir ce grand changement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier bombardement. &#171; En marche &#187;, c'est d'abord un mouvement qui met fin &#224; la politique politicienne. La machine Macron est un geste d'asphyxie. Il veut briser l'&#233;chiquier politique, en faisant se d&#233;gonfler tous les partis, y compris les extr&#234;mes. Macron n'est pas l'homme du parti ou d'un parti, c'est l'homme du &lt;i&gt;management&lt;/i&gt; dans ce qu'il y a de plus terrible. Ce qui compose le tissu de ce parti ou de ce mouvement c'est essentiellement des personnes de cat&#233;gorie sociale et professionnelle sup&#233;rieure, notamment beaucoup des chefs d'entreprise. Etre en marche, c'est s'inscrire dans un mouvement qui, issu de la soci&#233;t&#233; civile, vient percer les bulles politiciennes d&#233;tach&#233;es du r&#233;el. Le geste Macron, c'est de faire coexister dans un m&#234;me &#171; ensemble &#187; des choses qui ont des modalit&#233;s de vie diff&#233;rentes, ou comme dit Souriau des modes d'existences s&#233;par&#233;s. Ni h&#233;g&#233;lien, ni kantien, il articule les contraires, il fait feu de tout bois. Quand on le voit gauche, il se d&#233;place &#224; droite et constitue un gouvernement clairement marqu&#233; par des personnalit&#233;s de droite, quand on le dit de droite, il rappelle qu'il a eu une grand-m&#232;re qui a su lui inculquer des valeurs de gauche. Sans cesse, il veut tenir les deux bras politiques, droite-gauche, mais ce qui compte pour lui, c'est ce nouveau tronc, cet arbre politique qui doit &#234;tre fondateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me bombardement. Macron en fin dialecticien cherche &#224; cr&#233;er une sorte de pouvoir-Frankenstein, fait de diverses &lt;i&gt;pi&#232;ces&lt;/i&gt;, en les animant, en leur donnant une vie autonome. Macron n'est plus un homme d'Etat, qui verrait dans l'Etat le moyen de tout r&#233;gler, il veut que l'Etat fasse corps avec le Capital, pour qu'il n'y ait plus de pol&#233;mique, pour que l'on accepte l'autorit&#233; de l'Etat et la fluidit&#233; &#233;conomique comme &#233;tant la &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; chose, l'expression du &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; corps. Ce que Macron cherche &#224; faire, c'est au fond ce que Gilles Ch&#226;telet, dans un pamphlet, a d&#233;crit comme la &#171; thermocratie &#187;, une esp&#232;ce de pouvoir en miroir o&#249; les hommes sont comme pris dans les flux du pouvoir &#233;conomique, cybern&#233;tique, politique, pris dans l'&lt;i&gt;automutilation&lt;/i&gt; : automutilation par rapport &#224; leurs valeurs habituelles, aux distinctions politiques qui ont du sens. Macron c'est l'homme de la &#171; grande-&#233;quivalence &#187; des valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, Macron d&#233;fait les anciens gestes pr&#233;sidentiels. Il va plus loin que la &#171; vampirisation sarkozienne &#187; (int&#233;grer des gens de partis diff&#233;rents dans son parti) ; il refuse la stigmatisation de certains branches de la soci&#233;t&#233; - notamment des Banlieues (syst&#232;me Chirac) ; il refuse le geste de diabolisation de l'extr&#234;me-droite (syst&#232;me Mitterrand) ; il refuse d'&#234;tre un pr&#233;sident &#171; normal &#187; qui a &#224; la fois joue la carte du consensus, &#224; l'ext&#233;rieur et celle de la division de son parti (syst&#232;me Hollande). Il cherche ainsi &#224; porter le lib&#233;ralisme jusqu'&#224; son niveau de flexibilit&#233; le plus fort, pour donner les mains libres au capital en d&#233;sossant le droit du travail et ainsi passer &#224; la &#171; grande centrifugeuse &#187; (G.Ch&#226;telet) o&#249; chacun se sacrifiera pour le bien de tous les capitalistes du monde. Il op&#232;re m&#234;me la refonte du r&#244;le des d&#233;put&#233;s en les renvoyant sur les bancs de l'&#233;cole, celle de sa nouvelle R&#233;publique. Macron est satisfait : d&#233;sormais personnalit&#233; de l'ann&#233;e, l'ancien banquier peut se voir en politique. Il produit en lui-m&#234;me une image de la r&#233;conciliation : Macron banquier et Macron politique, c'est en fait la m&#234;me chose, la m&#234;me personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me bombardement. Macron pousse la normalisation d&#233;mocratique jusqu'au bout. Ce qui nous guette, c'est la domisation. Dans cette perspective, la d&#233;mocratie n'aura plus &#224; s'affirmer dans ses droits, car les droits ne seront plus un moyen de revendication. Chacun n'aura qu'&#224; suivre ce que fait son voisin, comme dans l'Abbaye de Th&#233;l&#232;me. Au niveau s&#233;curitaire, tous les pays europ&#233;ens seront bient&#244;t unis et fonctionneront selon les m&#234;mes donn&#233;es de surveillance, les m&#234;mes normes sanitaires : les individus pourront ainsi &#234;tre &lt;i&gt;prot&#233;g&#233;s&lt;/i&gt; le plus possible de toute menace ext&#233;rieure au &#171; grand d&#244;me &#187;. D'o&#249; la mis en place d'un syst&#232;me de cordons policiers de plus en plus invisible, virtuel, informatis&#233; pour une nouvelle immunit&#233;. Le premier trait de la domisation du pouvoir &lt;i&gt;En Marche&lt;/i&gt; : c'est la volont&#233; d'instaurer un &#233;tat d'urgence permanent, permettant de donner &#224; la police plus de pouvoir, et &#224; l'individu, moins de libert&#233;. L'&#233;col(ogi)e &#171; verte &#187; n'est pas en reste. Elle est aussi pour le Pr&#233;sident un moyen de &#171; domiser &#187; l'Europe et le monde, car plus la normalisation commune sera &#233;tendue, plus pourront se cr&#233;er des interactions fluides. L'image consensuelle de Nicolas Hulot en est la parfaite image. Face &#224; la politique contre-productive de Trump en mettant en p&#233;ril l'immunit&#233; de la nature tant d&#233;sir&#233;e, Macron fut d'ailleurs le premier &#224; mobiliser le monde. L'&#233;cologie est aussi un moyen, au niveau international, de modeler l'homme vers un devenir plus capitalistique : logique de gestion des ressources, de recyclage qui cr&#233;e le moins de pertes possible et le plus de profit. L'espace aussi est une arme sophistiqu&#233; : on entend encore l'Homme-Pr&#233;sident dire &#224; Thomas Pesquet, au Bourget, qu'il ira bient&#244;t sur Mars. Le geste en marche de Macron, c'est le geste en marche vers Mars : &#171; orange m&#233;canique &#187; d'une politique de colonisation absolue (dominer Mars avant les autres, c'est imposer un type d'h&#233;g&#233;mon que l'on ne peut plus faire sur Terre, sans se mettre en danger).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me bombardement : Macron cherche &#224; sortir de la phras&#233;ologie des m&#233;dias et des politiciens (qui fonctionne de la m&#234;me fa&#231;on), il refuse la logique de l'audimat ou de son &#233;quivalent le couac politique (hommage &#224; la reine Duflot qui l'a tant pratiqu&#233; !). Il faut sinon museler les m&#233;dias, du moins les emp&#234;cher de suivre leur logique &lt;i&gt;naturelle&lt;/i&gt; de la division. Macron invente des miroirs aux alouettes en les bombardant d'&#233;v&#233;nements dont ils vont pouvoir se repa&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>P - Populisme(s)</title>
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		<dc:date>2018-03-25T17:32:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Dacheux</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
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		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>

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&lt;p&gt;La philosophie politique ne sait, au fond, pas trop quoi faire du peuple Jean-Fran&#231;ois Kervegan &lt;br class='autobr' /&gt;
1 &#8211; Du confusionnisme volontaire. Le populisme n'est pas ce qu'on en dit &lt;br class='autobr' /&gt;
Les z&#233;lateurs d'Emmanuel Macron auraient &#171; ronronn&#233; de bonheur &#187; apr&#232;s la victoire de leur leader en laquelle ils voyaient &#171; le premier coup d'arr&#234;t d&#233;cisif &#224; la vague populiste &#187;. Olivier Duhamel, dans un article dat&#233; du 10 Mai 2017, paru dans Lib&#233;ration avait titr&#233; : &#171; Macron, premi&#232;re victoire contre le populisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;La philosophie politique ne sait, au fond, pas trop quoi faire du peuple&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Fran&#231;ois Kervegan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour en savoir plus, consulter :&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8211; Du confusionnisme volontaire. Le populisme n'est pas ce qu'on en dit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les z&#233;lateurs d'Emmanuel Macron auraient &#171; ronronn&#233; de bonheur &#187; apr&#232;s la victoire de leur leader en laquelle ils voyaient &#171; le premier coup d'arr&#234;t d&#233;cisif &#224; la vague populiste &#187;. Olivier Duhamel, dans un article dat&#233; du 10 Mai 2017, paru dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; avait titr&#233; : &#171; Macron, premi&#232;re victoire contre le populisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi et de qui parle-t-on quand on &#233;voque les dangers du populisme ? Historiquement, du &#171; boulangisme &#187;, c'est-&#224;-dire, de l'appel au peuple d'un personnage de la fin du XIXe si&#232;cle, le g&#233;n&#233;ral Boulanger, qui a laiss&#233; le souvenir d'un d&#233;magogue d'extr&#234;me-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses successeurs, tels Pierre Poujade (1920-2003) furent, un temps, (de 1953 &#224; 1958), les repr&#233;sentants de la r&#233;volte contre, tout &#224; la fois, les &#171; gros &#187;, le fisc, les notables et les intellectuels au nom du &#171; bon sens &#187; et des &#171; petites gens &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est &#233;videmment pas de ce populisme-l&#224; dont il est question, de nos jours dans la presse. Populisme est un vocable d&#233;cr&#233;dibilisant. Nombre de journalistes en font un abondant usage. Ils amalgament, ainsi, les courants politiques radicaux qui n'entrent pas dans les cat&#233;gories partisanes conventionnelles. Ils y ajoutent, le cas &#233;ch&#233;ant, les suppos&#233;s ou bien r&#233;els d&#233;magogues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'ambigu&#239;t&#233; repose sur la confusion, &#224; mes yeux volontaire, faite par ceux qui veulent que soient rejet&#233;s vers l'extr&#233;misme les contestataires du syst&#232;me &#171; &#233;conomiste &#187; n&#233;o-lib&#233;ral. Serait alors &#171; populiste &#187; quiconque ne s'est pas r&#233;sign&#233; au dogme thatch&#233;rien sur l'in&#233;luctabilit&#233; du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aussi une autre confusion, peut-&#234;tre plus grave. Elle consiste &#224; mettre, dans le m&#234;me panier &#171; populiste &#187;, ceux des perdants des &#233;lections r&#233;centes rest&#233;s id&#233;ologiquement socialistes : Sanders, Corbyn, Iglesias, M&#233;lenchon, et m&#234;me Renzi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le num&#233;ro du 14 au 20 septembre 2017 de Politis demande : &#171; le populisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8211; Mais qu'en est-il, en fait, de ce &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; qui enfanterait des populistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; est intouchable. Il figure dans la m&#232;re des lois. ll a donc fallu r&#233;duire sa dimension &#224; celle du seul corps &#233;lectoral afin de n'accorder au peuple que le pouvoir de se faire repr&#233;senter par des &#233;lus. Pourquoi alors, si on le prive de son sens et de son effectivit&#233;, laisser figurer, dans le texte m&#234;me de notre Constitution, ce principe perp&#233;tuellement trahi, oubli&#233; ou d&#233;form&#233; (&#171; la R&#233;publique est le gouvernement du peuple &lt;strong&gt;par le peuple&lt;/strong&gt;, pour le peuple &#187;, article 2 du Titre I : De la souverainet&#233;) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quiconque pr&#233;tend que le &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; seul est souverain est soup&#231;onn&#233; de &#171; populisme &#187;. Quiconque recherche une d&#233;mocratie plus directe serait aussi un populiste, plus dangereux encore, un anarchiste. De quel &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; parlait donc Lincoln quand il d&#233;clarait, (peu avant son assassinat) : &#171; on peut tromper tout le peuple une partie du temps, une partie du peuple tout le temps, mais pas tout le peuple tout le temps &#187; ? Ce peuple am&#233;ricain-l&#224;, &#233;tait, alors, selon son pr&#233;sident, celui qui entendait rester, &#224; jamais, ma&#238;tre de son destin et pas seulement par ses &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quel &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; parlait-on encore quand, &#8211; durant les guerres coloniales et sous l'apartheid &#8211;, on &#233;voquait &#171; le droit des peuples &#224; disposer d'eux m&#234;mes &#187; ? Tout dirigeant qui s'y opposa par la force, finit par &#233;chouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Rousseau &#224; Toqueville, de Lamartine &#224; Hugo et Jaur&#232;s, toujours ces &#233;crivains politiques, penseurs ou po&#232;tes, et tant d'autres qu'on loue et qu'on commente sans fin, sans les comprendre, voire sans les lire, ont &#233;voqu&#233; la d&#233;mocratie comme le pouvoir non pas &lt;i&gt;accord&#233; au peuple&lt;/i&gt;, mais intrins&#232;quement &lt;i&gt;constitutif de ce peuple m&#234;me&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8211; Est-il un ou des populismes, un &#224; gauche et un &#224; droite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ric Fassin, professeur de sciences politiques &#224; l'universit&#233; ParisVIII, a publi&#233;, cette ann&#233;e, aux &#233;ditions Textuel, un court essai : &lt;i&gt;Populisme : le grand ressentiment&lt;/i&gt;. Il y d&#233;nonce &#171; le caract&#232;re ind&#233;fini du mot &#187;, &#171; qu'on utilise pour disqualifier &#187;. Jusque l&#224; on ne peut que le suivre. La nouveaut&#233;, dit-il, est qu'&#224; pr&#233;sent on l'utilise &#224; gauche ! Il exprime, alors, son d&#233;saccord avec la philosophe belge Chantal Mouffe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui th&#233;oriserait le populisme de gauche et aurait inspir&#233; Jean-Luc M&#233;lenchon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous ce diff&#233;rend se cache mal la controverse entre ceux qui estiment que les concepts de gauche et de droite sont obsol&#232;tes et ceux qui, au contraire, pensent que le clivage droite / gauche reste une r&#233;alit&#233;, sous peine de &#171; d&#233;politiser la politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple, affirme &#201;ric Fassin, ne s'identifie pas &#224; la classe populaire. Populaire, ...? Encore un mot de la famille de peuple qui d&#233;tient sa dose d'ambigu&#239;t&#233; ! La d&#233;mocratie &#171; populaire &#187; n'eut de populaire que son adjectif. Le Front &#171; populaire &#187;, au contraire, fut, durant un temps, la coalition efficiente de forces issues du monde salarial. Ce qui en &#233;mana et qui se prolongea apr&#232;s la guerre 1939-1945, en application du &lt;i&gt;Programme du Conseil National de la R&#233;sistance&lt;/i&gt;, n'appartint pas seulement &#224; la partie la plus malmen&#233;e du peuple, mais au peuple fran&#231;ais tout entier. Nous en conservons encore les traces et les effets aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fuyons les &#171; ismes &#187;. Presque tous les mots se terminant par ce suffixe s'emparent d'une valeur et en font un syst&#232;me id&#233;ologique total qui rapidement se referme sur lui-m&#234;me, quand il ne se contredit pas totalement. Il y a loin de la libert&#233; au lib&#233;ral&lt;i&gt;isme&lt;/i&gt;, des Communs au commun&lt;i&gt;isme&lt;/i&gt;, de la Sociale au social&lt;i&gt;isme&lt;/i&gt;, et, actuellement, du peuple au populisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, tout acteur de la vie politique qui &#171; sort du cadre &#187;, autrement dit qui ne se satisfait pas de l'existant et recherche une autre organisation des pouvoirs publics, peut se voir accus&#233; de populisme, surtout quand il s'exprime, comme philosophe, sociologue, historien, ou simple citoyen influent, en s'effor&#231;ant de convaincre ses contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 &#8211; Le populisme utilis&#233; contre le peuple&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le terme populisme est souvent utilis&#233; dans un sens p&#233;joratif par les classes dirigeantes ou les politiciens au pouvoir pour critiquer l'opposition &#224; leur politique &#187; lit-on, dans l'article de Wikipedia consacr&#233; &#224; ce terme ! Le mot populisme &#171; d&#233;signe un complexe d'id&#233;es, d'exp&#233;riences et de pratiques qu'aucune typologie, si fouill&#233;e soit-elle, ne saurait &#233;puiser &#187;, &#233;crit, de son c&#244;t&#233;, l'historien Philippe Roger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Roger est directeur d'&#233;tudes &#224; l'EHSS, directeur de recherche au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Autrement dit, le vocable populisme n'est qu'un fourre-tout, pratique quand il s'agit de d&#233;consid&#233;rer un adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuit-debout&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; aura &#233;t&#233;, en France, au cours de l'ann&#233;e 2016, l'une des expressions politiques qui appelaient les citoyens &#224; exercer directement leur souverainet&#233;. Albert Ogien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandra Laugier et Albert Ogien, Le Principe D&#233;mocratie : enqu&#234;te sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un sociologue fran&#231;ais, directeur de recherches au CNRS, estime que ces initiatives citoyennes sont &#171; un ph&#233;nom&#232;ne tr&#232;s g&#233;n&#233;ral en Europe &#187; qui s'explique par &#171; le fait que le syst&#232;me des partis &#8211; le syst&#232;me de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative &#8211; apr&#232;s 70 ann&#233;es d'existence en paix, apr&#232;s la Seconde guerre mondiale, est un peu rouill&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La rue ne saurait faire la loi &#187; rab&#226;chent les conservateurs de toutes sensibilit&#233;s. &#171; Le peuple ne peut pas s'exprimer uniquement par les &#233;lus, au Parlement &#187; r&#233;pondent les citoyens les plus conscients d'avoir &#224; intervenir dans la vie politique, y compris dans cette &#171; rue &#187;, o&#249; s'est souvent &#233;crite l'histoire, pour peu que les int&#233;r&#234;ts directs et l&#233;gitimes du peuple aient &#233;t&#233; mis en jeu et menac&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2017, les &#233;lections, pr&#233;sidentielle et l&#233;gislatives n'ont pas fourni la r&#233;ponse qu'attendaient les Fran&#231;ais et beaucoup, parfois en majorit&#233;, se sont abstenus. Le &#171; d&#233;gagisme &#187; n'a pas tout d&#233;gag&#233;, c'est-&#224;-dire sorti de l'espace politique, ce qui avait longuement paralys&#233; le pays &#224; savoir le personnel (fourbu) et les organisations politiques (d&#233;su&#232;tes.) Des partis ont, certes, vol&#233; en &#233;clats ou largement perdu de leur influence, mais il s'en est suivi plus un vaste d&#233;placement qu'un grand changement. La V&#232;me R&#233;publique &#233;tait en fin de course au printemps ; la voil&#224; semble-t-il requinqu&#233;e &#224; l'automne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le paysage politique se transforme. Les humains venus d'ailleurs, &#171; migrants &#187; ou r&#233;fugi&#233;s, (en fait des &#171; arrivants &#187;, en qu&#234;te de pouvoirs &#224; exercer sur leur vie m&#234;me), p&#232;sent au sein des &#201;tats o&#249; ils passent ? Ces exil&#233;s contraints seront, de plus en plus nombreux, en France aussi, en d&#233;pit des freinages constants de nos gouvernements successifs ! Plus encore, la fuite des habitants menac&#233;s par les bouleversements climatiques augmentera aussi les arriv&#233;es en Europe, et ce pendant longtemps... Mais qui s'y pr&#233;pare ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le &lt;i&gt;Brexit&lt;/i&gt; a chang&#233; profond&#233;ment notre perspective europ&#233;enne. En politique, tout &#171; bouge &#187; constamment. &#201;chapper au populisme c'est, d'abord, &#233;chapper aux nationalismes, leurs replis, et leur fixisme. Tout populisme, contient, en effet, sa dose de nationalisme. On le voit en Pologne, en Hongrie, Tch&#233;quie, en Autriche, sans oublier aux marges de l'Union, la vaste Turquie, et l'immense Russie. Y r&#232;gnent des populistes qui usent, certes, du vocabulaire d&#233;mocratique, mais sans en penser un mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 &#8211; Parler moins de populisme, et plus du peuple&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; populisme de gauche &#187; que Chantal Mouffe est cens&#233;e voudrait opposer au populisme &#171; tout court &#187;, est, en fait, un anti-populisme plus qu'un autre populisme. Mieux vaut, pour la comprendre, la citer : &#171; Le terme populisme passe souvent mal&#8230;,constate-t-elle, et c'est pour cela qu'&lt;strong&gt;il est urgent de le resignifier&lt;/strong&gt;. Il ne faut pas se laisser accuser d'&#234;tre &#8220;populiste&#8221;. Je ne suis pas d'accord, &#233;crit-elle, avec Pierre Rosanvallon, qui juge que le populisme est une perversion de la d&#233;mocratie. Pour moi, c'est une dimension n&#233;cessaire de la d&#233;mocratie, dont l'&#233;tymologie est &lt;i&gt;demos cratos&lt;/i&gt;. Il faut donc cr&#233;er un peuple. Aujourd'hui, nous avons une d&#233;mocratie sans peuple, sans &lt;i&gt;demos&lt;/i&gt;. Nous vivons dans une post-d&#233;mocratie qui n'a que l'apparence des institutions d&#233;mocratiques. Comme le disaient les Indignados, &#8220;on a un vote, mais on n'a pas de voix&#8221;. Les &#233;lections ne permettent gu&#232;re que de choisir &#8220;entre Coca-Cola et Pepsi-Cola&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bien lire Chantal Mouffe, le populisme est donc bien ce qu'elle combat et non ce qu'elle promeut. Ce qu'il faut &#171; resignifier &#187;, c'est le peuple constituant comme l'&#233;crivait Antonio Negri&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Relisons : Antonio Negri, Le Pouvoir constituant, Paris, Puf, 1997&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un peuple qui a les moyens d'exprimer la volont&#233; g&#233;n&#233;rale et pas seulement la passion collective, comme l'affirmait aussi Simone Weil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Simone Weil, Note sur la suppression g&#233;n&#233;rale des partis politiques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en se r&#233;f&#233;rant &#224; Rousseau. Il va donc falloir redonner leur signification aux locutions et &#224; tous vocables se r&#233;f&#233;rant au mot peuple qui se sont ternis ou affadis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion : les populismes sont des machines politiques servant &#224; duper&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque populisme ob&#233;it &#224; la m&#234;me loi et prend m&#234;me visage : il est l'ennemi du peuple en lequel il voit un fauve &#224; dompter ou s&#233;duire. Les populismes, aurait dit La Bo&#233;tie, sont, le plus souvent, des tyrannies, qui nous dominent, parce que nous nous laissons dominer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tienne de la Bo&#233;tie, Discours de la servitude volontaire, &#233;crit en 1576, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les tyrans r&#232;gnent, &#233;crit-il, (il n'a alors que 18 ans !) &#171; soit par l'&#233;lection du peuple, soit par la force des armes, soit par la succession de race &#187;. Son propos d&#233;borde des marges du seizi&#232;me si&#232;cle. Il est actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, &#224; bien y regarder, on s'aper&#231;oit, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, que, parce que dominateur, &lt;strong&gt;tout populisme est de droite ou le devient&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour en savoir plus, consulter : &lt;a href=&#034;http://nosophi.univ-paris1.fr/perso/jfkervegan.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://nosophi.univ-paris1.fr/perso/jfkervegan.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le num&#233;ro du 14 au 20 septembre 2017 de &lt;i&gt;Politis&lt;/i&gt; demande : &#171; le populisme peut-il sauver la gauche ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chantal_Mouffe&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chantal_Mouffe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Roger est directeur d'&#233;tudes &#224; l'EHSS, directeur de recherche au CNRS, et dirige la revue &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/221017/nuit-debout-ce-qu-il-en-reste&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/221017/nuit-debout-ce-qu-il-en-reste&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandra Laugier et Albert Ogien, &lt;i&gt;Le Principe D&#233;mocratie : enqu&#234;te sur les nouvelles formes du politique&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Relisons : Antonio Negri, &lt;i&gt;Le Pouvoir constituant&lt;/i&gt;, Paris, Puf, 1997&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Simone Weil, &lt;i&gt;Note sur la suppression g&#233;n&#233;rale des partis politiques&lt;/i&gt;, &#233;dition Climats-Flammarion 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;tienne de la Bo&#233;tie, &lt;i&gt;Discours de la servitude volontaire&lt;/i&gt;, &#233;crit en 1576, R&#233;imprim&#233; en 2017 par les &#233;ditions Mille et Une Nuits.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>M - Moindre mal</title>
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		<dc:date>2018-03-11T19:33:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>
		<dc:subject>fascisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'un des nombreux inconv&#233;nients du vocable &#171; fascisme &#187;, c'est qu'il est une invective non moins qu'un concept de la politique. Je peux me faire du bien et envoyer des signes d'intelligence aux initi&#233;s en &#233;voquant tel remuant petit gauleiter des Alpes maritimes, cela ne fera gu&#232;re avancer la cause d'une analytique du fascisme en France, aujourd'hui. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, entreprendre de remettre en selle &#171; fascisme &#187;, comme id&#233;e de la politique, cela passe en premier lieu par l'&#233;tablissement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=56" rel="directory"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=22" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=96" rel="tag"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=102" rel="tag"&gt;fascisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'un des nombreux inconv&#233;nients du vocable &#171; fascisme &#187;, c'est qu'il est une invective non moins qu'un concept de la politique. Je peux me faire du bien et envoyer des signes d'intelligence aux initi&#233;s en &#233;voquant tel &lt;i&gt;remuant petit&lt;/i&gt; gauleiter &lt;i&gt;des Alpes maritimes&lt;/i&gt;, cela ne fera gu&#232;re avancer la cause d'une analytique du fascisme en France, aujourd'hui. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, entreprendre de remettre en selle &#171; fascisme &#187;, comme id&#233;e de la politique, cela passe en premier lieu par l'&#233;tablissement d'une distinction &#8211; entre ce qui est une id&#233;e du XX&#176; si&#232;cle &#8211; &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; fascisme et ce sur quoi nous sommes appel&#233;s &#224; r&#233;fl&#233;chir aujourd'hui toutes affaires cessantes : &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; fascisme. Au sens o&#249; l'on dirait : &#171; il y a &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; fascisme dans cette phrase, dans ce geste, cette proposition &#8211; il y a une inqui&#233;tante densit&#233; de fascisme dans l'atmosph&#232;re, c'est devenu irrespirable ! &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fascisme comme substance, forme institutionnelle, &#201;tat-parti, modalit&#233; de la mobilisation des masses et du culte du chef, le fascisme comme forme de violence de l'&#201;tat et culte de la guerre, ce fascisme-l&#224;, en tant que d&#233;sastre inscrit au c&#339;ur de l'histoire du si&#232;cle dernier et figure abominable du pass&#233; dont il convient d'emp&#234;cher co&#251;te que co&#251;te la r&#233;p&#233;tition, ce fascisme pour une part interchangeable avec le concept valise de &#171; totalitarisme &#187;, est devenu le plus rassembleur, mais aussi le plus &lt;i&gt;d&#233;mobilisateur&lt;/i&gt; des repoussoirs. En tant que mal absolu (ce revenant qu'il s'agit de conjurer par tous les moyens possibles), il est devenu le truchement de tous les accommodements et de toutes les compromissions avec les figures infinies du... mal relatif. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le partage des incarnations politiques en ces deux cat&#233;gories dont le fondement est l'attribution d'un statut d'exception &#224; un nom, un visage, un parti, une politique au titre du mal absolu - par contraste et opposition avec ce dont on nous dit qu'il s'y oppose, cette op&#233;ration politique est, bien, elle, un d&#233;sastre absolu. C'est qu'elle est ce dont l'effet est d'&#233;tablir durablement, si ce n'est interminablement les rassemblements politiques majoritaires dans les eaux glauques du &#171; moindre mal &#187;, elle est l'alibi de la tol&#233;rance (au nom de l'intol&#233;rance &#224; ce qui aura &#233;t&#233; diligemment &#233;tiquet&#233; comme &#171; fasciste &#187;) aux capitulations r&#233;sign&#233;es devant ce qu'il y a de plus impr&#233;sentable et inconsistant &#8211; Macron comme &#171; barrage &#187; contre Marine, soit la politique du ch&#226;teau de sable &#233;rig&#233; en forteresse imprenable, alibi du consentement honteux au gouvernement de l'argent, de la matraque et de la ceinture pour le grand nombre. &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit bien comment l'&#233;pouvantail du fascisme, agit&#233; rituellement, fr&#233;n&#233;tiquement, lors des rendez-vous &#233;lectoraux, en l'absence de toute discussion sur ce qu'il en serait de ce fascisme substantiel et de ses affinit&#233;s avec le ou les fascismes pass&#233;s, pave la voie de l'association de la politique au grand d&#233;go&#251;t et &#224; la soumission de la relation entre le sujet votant (le suppos&#233; citoyen) et la d&#233;mocratie parlementaire ou pr&#233;sidentielle sous le r&#233;gime de la honte de soi. Voici ce qui caract&#233;rise distinctement cet usage principal et constant de l'&#233;pouvantail fasciste par l'agr&#233;gat h&#233;g&#233;monique dans un pays comme la France : l'association perp&#233;tuelle de la vie politique &#224; des sensations et affects n&#233;gatifs &#8211; l'horreur du pr&#233;sent, la crainte de l'avenir, le ressentiment, la haine de l'&#233;tranger ou suppos&#233; tel &#8211; et, avant tout, la conviction qu'&#224; d&#233;faut d'&#234;tre un domaine dans lequel des d&#233;placements &#233;nergiques et heureux pourraient effectu&#233;s au profit du plus grand nombre, la politique est le domaine du sacrifice perp&#233;tuel des esp&#233;rances ; ceci au profit de l'id&#233;ologie r&#233;tract&#233;e du rassemblement sans d&#233;lib&#233;ration autour de tout ce qui saura incarner le &#171; moindre mal &#187;, le &#171; mal relatif &#187;. Quel que soit l'adjectif choisi, cela reviendra, encore et toujours, &#224; placer la vie politique sous le signe du mal in&#233;luctable, un mal plut&#244;t qu'un autre, un suppos&#233; moindre plut&#244;t qu'un horrifique &#8211; mais qui, &#224; l'usage, s'av&#232;re &#234;tre tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment le visage de ce que Walter Benjamin d&#233;signait comme la figure continu&#233;e de la catastrophe dans le pr&#233;sent. &lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, la transaction perverse en vertu de laquelle on consent au &#171; mal relatif &#187; en politique pour prix de l'endiguement du mal absolu a pour effet l'accoutumance &#224; ce que Foucault appelait l'intol&#233;rable &#8211; ce avec quoi il ne saurait &#234;tre question de cohabiter, ce dont l'apparition appelle un &#171; &#231;a, non ! &#187; public et d&#233;cid&#233;, toutes affaires cessantes. Or, ce qui caract&#233;rise la politique fran&#231;aise, dans les relations entre gouvernants et gouvern&#233;s, depuis que le Front national en est devenu le centre de gravit&#233;, et le croquemitaine institutionnel, c'est que les arrangements avec l'intol&#233;rable s'y sont &#233;tablis comme la r&#232;gle, non seulement pour les gouvernants (on en a l'habitude), mais, infiniment plus grave, pour les gouvern&#233;s dans leur plus grand nombre. &lt;br class='autobr' /&gt; Or, le propre d'une politique qui n'a pas renonc&#233; &#224; s'orienter selon des fins (ce qui est tout autre chose que la sauce vaguement &#233;thique des &#171; valeurs &#187;), c'est d'&#233;tablir qu'il est des choses avec lesquelles il n'est pas question de transiger, de &lt;i&gt;relativiser&lt;/i&gt; ; qui au contraire demandent &#224; &#234;tre refus&#233;es et rejet&#233;es &lt;i&gt;absolument&lt;/i&gt;. Ce ne sont pas les exemples qui manquent : un gouvernement &#224; l' &#171; inhospitalit&#233; &#187; dont les noyades en masse en M&#233;diterran&#233;e sont l'effet direct, l'&#233;tat d'urgence perp&#233;tuellement reconduit au nom de la croisade contre le terrorisme, les campagnes n&#233;o-imp&#233;riales en Afrique et au Moyen-Orient, entre autres. En l'absence de tels rep&#232;res, si &#233;l&#233;mentaires, si visibles que l'on s'afflige que se soit aussi massivement perdu, en ce pays, la capacit&#233; partag&#233;e d'&#233;mettre ce simple &#171; &#231;a non ! &#187; dont d&#233;coule le refus de composer de quelque mani&#232;re que ce soit et au nom de quoi que ce soit avec les forces, les hommes ou les partis qui incarnent ces figures de l'intol&#233;rable &#8211; on se voue &#224; servir de marchepied &#224; toute la palette des baudruches de l'autoritarisme n&#233;o-lib&#233;rales, h&#226;tivement repeints au gr&#233; des p&#233;rip&#233;ties &#233;lectorales aux couleurs de l'antifascisme d'op&#233;rette qui y fait alors flor&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout du chemin, et quand les promoteurs de la d&#233;mocratie de march&#233; n'ont vraiment plus rien d'autre &#224; vendre, le rassemblement &#171; antifasciste &#187; somnambulique d&#233;bouche, avec Macron, sur le miracle programm&#233; de l'&#233;lection du candidat des march&#233;s relook&#233; en St Georges terrassant le dragon mariniste. Et c'est ici que se boucle piteusement la boucle de cette logomachie perverse : avec la victoire de l'homoncule providentiel, la continuit&#233; de la politique ext&#233;rieure fran&#231;aise est assur&#233;e, une politique dont les joyaux sont entre autres l'amiti&#233; ind&#233;fectible avec les supr&#233;macistes sionistes qui r&#234;vent de faire de la Cisjordanie leur Nouveau Mexique, avec la monarchie ch&#233;rifienne et le dictateur Sissi &#8211; des r&#233;gimes et des potentats aupr&#232;s desquels, en mati&#232;re de &#171; fascisme &#187;, les h&#233;ritiers en costard de l'homme au treillis l&#233;opard font vraiment figure d'amateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet sans doute le plus dommageable de l'usage concert&#233; que fait l'establishment politique du Front national comme repoussoir providentiel est d'&#233;touffer dans l'&#339;uf toute tentative de relancer la discussion sur la question du fascisme. L'image fantasmagorique de l'horrifique &lt;i&gt;r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt; sature le champ de vision du pr&#233;sent et obscurcit l'intelligibilit&#233; de ce que pourrait &#234;tre, aujourd'hui, une actualit&#233; du fascisme. Les rites de conjuration manipul&#233;s par les experts de la d&#233;mocratie pl&#233;biscitaire font puissamment obstacle au d&#233;ploiement de nos facult&#233;s imaginatives d&#232;s lors qu'il est question de cerner les contours de ce qui constituerait un &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; fasciste dans le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de rappeler ici une v&#233;rit&#233; aussi irr&#233;cusable que constamment refoul&#233;e : la raison premi&#232;re pour laquelle les &#233;lites de ce pays continuent &#224; s'opposer r&#233;solument, dans leur majorit&#233;, &#224; la promotion du Front national au rang de parti de gouvernement n'est pas de moralit&#233; publique ; elle ne d&#233;coule pas non plus de la crainte que le FN arriv&#233; aux affaires ne transforme le r&#233;gime d&#233;mocratique en r&#233;gime &#171; autoritaire &#187; exer&#231;ant une violence insupportable sur ses opposants, d&#233;truisant massivement les libert&#233;s publiques, etc. Il est, sur ce plan, de notori&#233;t&#233; publique que Sarkozy a vol&#233; son programme s&#233;curitaire et r&#233;pressif au FN, que Valls et Hollande n'ont ensuite fait que surench&#233;rir sur Sarkozy et que Macron est appel&#233;, en la mati&#232;re, &#224; &#171; g&#233;rer les acquis &#187; des pr&#233;c&#233;dents, sans oublier d'y ajouter sa petite touche personnelle, utilement second&#233; par ce social-lib&#233;ral d'ordre qu'est G&#233;rard Collomb. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui fait que le FN continue &#224; ne pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme &lt;i&gt;salonf&#228;hig&lt;/i&gt; par les gardiens de la raison d'&#201;tat et de la maison-&#201;tat, c'est autre chose : il n'offre pas suffisamment de garanties en mati&#232;re d'orthodoxie gouvernementale bruxelloise et autre : politique mon&#233;taire (la question de l'euro), appartenance &#224; l'UE, relations avec la Russie, dossier syrien, etc. Si le FN n'est pas (encore ?) &#171; &#233;ligible &#187; comme parti de gouvernement, ce n'est pas parce que c'est un parti raciste, ce n'est pas (en premier lieu) en raison de son h&#233;r&#233;dit&#233; historique charg&#233;e, ce n'est pas &#224; cause de sa surench&#232;re r&#233;pressive et s&#233;curitaire, ce n'est d'aucune fa&#231;on parce qu'il serait soup&#231;onn&#233; d'avoir en vue l'instauration d'une dictature &#8211; c'est, tout simplement parce que les gardiens de la continuit&#233; du gouvernement n&#233;o-lib&#233;ral, aussi bien du c&#244;t&#233; de l'institution politique que de l'entreprise, des march&#233;s et des m&#233;dias redoutent que l'arriv&#233;e aux affaires de ces amateurs f&#233;briles et pas tout &#224; fait ma&#238;tres de leur affect populiste ne produise de ces effets de tangage et de disruption dont la Grande Nation en d&#233;bine et l'&#233;conomie en berne n'ont vraiment pas besoin par les temps qui courent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le reste, il y a belle lurette que les pulsions fascistes (n&#233;o/post...) qui parcourent ce grand corps malade du &lt;i&gt;d&#233;clin fran&#231;ais&lt;/i&gt;, le FN, donc, ont m&#233;tastas&#233; dans tous les partis de l'arc parlementaire, et au del&#224;, dans l'organisme social lui-m&#234;me. Quand bien m&#234;me il ne parviendrait jamais &#224; ses fins (l'exercice du pouvoir, la conqu&#234;te de l'ex&#233;cutif), le FN l'a d'ores et d&#233;j&#224; emport&#233;, si ce n'est sur le mode classique de la conqu&#234;te de l'&#201;tat, du moins sur celui de la diss&#233;mination non pas de ses &#171; id&#233;es &#187; &#8211; il n'en a pas davantage que ses concurrents sur le march&#233; de la politique n&#233;o-lib&#233;rale &#8211; mais bien de l'affect qui &lt;i&gt;donne le ton&lt;/i&gt; aussi bien du discours public des gens de l'&#201;tat que de l'esprit de vindicte qui a conquis de vastes secteurs de la population. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'il est une actualit&#233; du fascisme, c'est de ce c&#244;t&#233; l&#224; qu'il conviendrait de la d&#233;tecter. Un fascisme de flux qui ne demandent qu'&#224; se p&#233;trifier en campagnes de pers&#233;cutions et formes de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Illustration : Henry Streatham&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>O - Oxyg&#232;ne</title>
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		<dc:date>2018-03-04T11:35:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joachim Dupuis</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>

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&lt;p&gt;La marche Le moment est solennel. Sur l'esplanade du Louvre, un homme seul est en marche, il avance en direction de l'estrade pos&#233;e devant la pyramide, ouvrage jadis command&#233; par Fran&#231;ois Mitterrand &#224; l'architecte Leoh Ming Pei. L'homme marche d'un pas d&#233;cid&#233;, avec majest&#233;, il est envelopp&#233; d'un grand manteau, la cam&#233;ra le filme en plan large, le temps de la marche en contre-plong&#233;e, et &#224; hauteur d'homme, quand il arrive &#224; son but. Par t&#233;l&#233;vision interpos&#233;e, nous suivons cette longue (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=96" rel="tag"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La marche &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment est solennel. Sur l'esplanade du Louvre, un homme seul est &lt;i&gt;en marche&lt;/i&gt;, il avance en direction de l'estrade pos&#233;e devant la pyramide, ouvrage jadis command&#233; par Fran&#231;ois Mitterrand &#224; l'architecte Leoh Ming Pei. L'homme marche d'un pas d&#233;cid&#233;, avec majest&#233;, il est envelopp&#233; d'un grand manteau, la cam&#233;ra le filme en plan large, le temps de la marche en contre-plong&#233;e, et &#224; hauteur d'homme, quand il arrive &#224; son but. Par t&#233;l&#233;vision interpos&#233;e, nous suivons cette longue marche du 07 mai 2017, celle de l'homme dont tous les m&#233;dias parlent, celui qui a bris&#233; l'ancien monde politique, celui qui murmurait &#224; l'oreille de Hollande. Durant la marche et jusque sur l'estrade, on entend de mani&#232;re tonitruante l'&#171; Ode &#224; la joie &#187; de Beethoven, devenue, il y a quelques ann&#233;es, le concert des nations, l'hymne europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est s&#251;re, l'homme qui marche n'est pas Jean-Michel Jarre. Pourtant, l'&#233;v&#233;nement a des allures de sc&#232;ne de concert ! Mais on a beau chercher, on ne d&#233;couvre &#224; la cam&#233;ra, nulle machine &#224; bidouiller, nul accompagnateur musical, nul &#233;clairage multidirectionnel, tout ce dont Jean-Michel Jarre aurait &#233;t&#233; sans doute entour&#233; s'il avait fait son show en ces lieux. L'homme qui marche, c'est le nouveau Pr&#233;sident fran&#231;ais, Emmanuel Macron !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur sc&#232;ne, l'Homme-Pr&#233;sident est seul devant les Fran&#231;ais, et commence son discours ; plus tard il sera rejoint par quelques membres de son &#233;quipe, sa femme et les enfants de son &#233;pouse, des hommes et des femmes sympathisants, tous en rang bien serr&#233;, derri&#232;re lui. Aucune mar&#233;e humaine &#224; l'horizon. Un petit auditoire sur mesure, parqu&#233; devant l'estrade, dans une sorte de carr&#233; qui ressemble &#224; un salon g&#233;ant ou une salle de classe grandeur nature. Nous qui sommes derri&#232;re notre t&#233;l&#233;vision nous sommes &#224; l'image de cette petite foule qui &#233;coute le discours pr&#233;sidentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'estrade, l'Homme-Pr&#233;sident fait son show, mais tr&#232;s vite quelque chose sonne faux. Est-ce parce que le discours est un discours qui fait double emploi ? Est-ce parce que la marche en rappelle une autre ? L'Homme-Pr&#233;sident s'est d&#233;j&#224; manifest&#233; quelques heures plus t&#244;t, pour brandir sa victoire. Pourquoi se repr&#233;senter alors ? Pour l'image, dira-t-on. Ce pouvoir en pure repr&#233;sentation est n&#233;cessaire pour marquer une &#171; rupture visuelle &#187;. L'Homme-Pr&#233;sident veut qu'on le voie autrement que ses pr&#233;d&#233;cesseurs. On dirait une mauvaise mise en sc&#232;ne : un orateur sur un plateau de t&#233;l&#233;vision, avec, en transparence, un d&#233;cor de p&#233;plum style pharaonique, et une pl&#232;be &#171; bien rang&#233;e &#187;, au sens de Simone de Beauvoir, dans un amphith&#233;&#226;tre de fortune. Mais c'est ToutanMacron !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours a &#224; peine commenc&#233; que les politologues commencent d&#233;j&#224; leur travail de d&#233;chiffrement, devant cette nouvelle Pierre de Rosette politique. Les voil&#224; qui jubilent ! On les entend rep&#233;rer un &#224; un les symboles du nouveau pouvoir. Ils sont l&#224; &#224; penser &#224; Mitterrand : la marche, l'hymne, la mani&#232;re m&#234;me de s'habiller tout nous rappelle le vieux monarque, entend-on. Cette soir&#233;e est-elle le remake d'une vieille &#233;lection ? Pourtant, il n'y a pas de quoi s'extasier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De deux choses l'une : ou la mise en sc&#232;ne est celle d'amateurs, qui rapi&#232;cent d'anciens symboles, renouant avec la gauche qui a offert &#224; l'Homme-Pr&#233;sident ses chances ; ou la mise en sc&#232;ne n'est pas ce qu'elle semble &#234;tre. La premi&#232;re option n'explique pas pourquoi le geste politique de Macron marque une pouss&#233;e &#224; droite, apr&#232;s les l&#233;gislatives, notamment avec la cr&#233;ation du gouvernement d'Edouard Philippe. La seconde option est plus &#233;clairante. Il ne s'agit pas de rejouer le symbole m&#234;me de la puissance mitterrandienne, pour le faire sien, une mani&#232;re de s'associer &#224; sa lign&#233;e politique, il s'agit au contraire de l'exposer extr&#234;mement pour le d&#233;faire, pour le faire exploser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marche de Macron est une mani&#232;re de passer d'un monde &#224; un autre. En ce sens, Macron est un mort-vivant de la politique. La pyramide derri&#232;re lui, c'est le pass&#233;, le pass&#233; politique, le devant de la sc&#232;ne incarne une nouvelle &#232;re, un nouveau monde &#224; construire, un monde &lt;i&gt;en Marche&lt;/i&gt; : quand on regarde les gens autour de lui, on retient surtout la pr&#233;sence de l'homme &#224; la casquette. Macron, au terme de sa marche, met en avant ceux qui l'ont port&#233; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; se place en avant de ceux qui l'ont fait pr&#233;sidentiable. L'instant dessine les lignes d'un produit marketing du pouvoir : montrer que le pouvoir n'est plus symbolique, aur&#233;ol&#233; d'un pass&#233;, mais qu'il est devenu un simple geste qui se porte, o&#249; &#171; celui qui porte &#187; et &#171; celui qui est port&#233; &#187; ne font qu'un. Macron appara&#238;t comme un pur geste : le pouvoir est un &#171; &lt;strong&gt;cristal&lt;/strong&gt; &#187; o&#249; le pr&#233;sident regarde en ses troupes &lt;i&gt;lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, et celles-ci sont comme indiscernables de sa personne. Le pouvoir n'est plus dans les symboles mais dans le geste. Tous les symboles sont d&#233;sormais caduques. La sc&#232;ne de l'&#233;lection se devait donc de prendre les symboles les plus forts pour les faire s'effondrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il y en a quand m&#234;me un qui perdure, pr&#233;cis&#233;ment &lt;i&gt;parce qu'il n'est pas encore&lt;/i&gt;. C'est le symbole de l'Europe qui, bien que d&#233;j&#224; install&#233; depuis plus d'un demi-si&#232;cle, n'est pas encore compl&#232;tement d&#233;velopp&#233;. Prise dans le geste de refonte politique de Macron, l'Europe n'est plus le symbole de l'entente franco-allemande, de la reconstruction d'un lien ou le signe d'une &#233;volution vers la sociale d&#233;mocratie, elle est d&#233;sormais le scellement d'une entit&#233; en devenir, o&#249; chaque Etat ne serait qu'un &lt;i&gt;Land&lt;/i&gt; d'une &#171; globalit&#233; &#187;, l'&#233;manation d'un Englobant (Jaspers). Macron vise non pas &#224; mettre en avant l'Europe, mais &#224; l'emporter dans sa marche, &#224; la fa&#231;onner selon son geste. Pour Macron rien n'est pos&#233; encore concernant l'Europe : elle est comme une belle vache que Zeus veut s'accaparer. Tout va se faire, se configurer dans un geste de saisie, de saillie. Il faut mettre en branle la machine europ&#233;enne, lui donner le bon mouvement.L'Europe indisciplin&#233;e doit rentrer dans le rang. L'effet hyperbolique des symboles (la pyramide, l'hymne...) sert donc autant &#224; rappeler une certaine Europe qu'&#224; l'asphyxier pour une autre plus lib&#233;rale et normalisatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours auparavant, l'&#233;quipe-Macron se r&#233;unissait. Nulle cam&#233;ra n'a film&#233;, mais on peut facilement imaginer ce qui s'est pass&#233;. Il s'agissait de d&#233;cider du nouveau lieu pour la soir&#233;e pr&#233;sidentielle. Il fallait un lieu capable de porter le mouvement &lt;i&gt;En marche&lt;/i&gt; : le plus apte &#224; ouvrir le mouvement, c'&#233;tait le champ de Mars. Mais tr&#232;s vite cette possibilit&#233; n'est plus envisageable. Macron r&#234;vait de se produire dans le m&#234;me lieu o&#249; Jean-Michel Jarre quelques ann&#233;es plus t&#244;t avait emport&#233; la foule parisienne. Comme le musicien qui soul&#232;ve les foules rien qu'en jouant quelques notes, Macron r&#234;vait d'un triomphe au champ de Mars ! Pour y faire quoi ? Un nouvel &lt;i&gt;Oxyg&#232;ne&lt;/i&gt; ? Non, plut&#244;t une nouvelle fa&#231;on d'inaugurer sa politique &lt;i&gt;a&#233;rophagique&lt;/i&gt; : d&#233;compresser, vider notre air, celui dans lequel nous avons l'habitude de respirer, voil&#224; les traits de son manifeste. La mairie ayant dit non &#224; ce premier choix (pour des raisons li&#233;es au C.I.O.), Macron a du se r&#233;soudre &#224; changer d'air ! Ses conseillers lui proposent la cour du Louvre : pourquoi pas ? On &#233;vite d'&#234;tre trop &#224; droite et d'&#234;tre trop &#224; gauche. Ni Concorde ni Bastille. Pour tous, les choses sont claires : il ne faut surtout pas se plier aux symboles, les symboles sont les gammes, dans la t&#234;te de beaucoup de Fran&#231;ais, les gammes d'un &#233;chiquier politique.La pyramide, c'est l'incarnation d'un pouvoir, celui de Mitterrand qui y a &#233;difi&#233; le monument dans le cadre de la politique de ses grands travaux. Mais c'est aussi l'incarnation du pouvoir de Napol&#233;on qui a donn&#233; son nom &#224; la cour du Louvre : la pyramide rappelle d'ailleurs la marche des savants et de l'arm&#233;e napol&#233;onienne sur le sol &#233;gyptien ; la &lt;i&gt;marche&lt;/i&gt;, oui, c'est peut-&#234;tre ce qui retient l'&#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, cette soir&#233;e d'&#233;lection que nous avons d&#233;crite est la reconduction d'un geste politique initi&#233; avant l'&#233;lection et qui va se r&#233;p&#233;ter d&#233;sormais, retentir partout. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce geste a en apparence tout du geste subversif (il l'est pour les m&#233;dias, peu ouverts &#224; la pens&#233;e critique), bien qu'il soit &#233;minemment conservateur : bombarder le syst&#232;me politique. Macron n'a de cesse en effet de vouloir bombarder les &#171; assises &#187; politiques de la soci&#233;t&#233;, telles qu'elles sont, pour acc&#233;l&#233;rer en fait le processus biopolitique (d&#233;mocratie immunitaire) et capitaliste (lib&#233;ralisme absolu) que le syst&#232;me politique en place (depuis trop longtemps) retarde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Macron a compris tr&#232;s t&#244;t qu'il fallait donner un bon coup d'acc&#233;l&#233;rateur &#224; la gouvernementalit&#233; en place et accomplir la politique qui porte le capitalisme et le s&#233;curitaire l&#224; o&#249; jamais ils ne sont all&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Palais de cristal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce geste politique de Macron s'est donn&#233; &#224; nous, en une fraction de seconde, dans toute sa splendeur, le jour de son &#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une image m'a saisi en particulier &#224; vrai dire, produite par l'&#233;quipe de Macron : d&#233;coupant le ciel, la pyramide, vu d'en bas de la sc&#232;ne, encadrait le corps de Macron, et semblait l'int&#233;grer au monument. Certains y ont vu un symbole fort, celui des &lt;i&gt;Illumnati&lt;/i&gt;, une r&#233;f&#233;rence &#224; la Franc-ma&#231;onnerie et au livre &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme nous l'avons dit, avec Macron, le symbole est toujours &#224; asphyxier. De fait, l'enveloppement de l'homme dans la pyramide du Louvre met en valeur non pas le monument comme symbole d'&#233;ternit&#233;, de puissance, mais juste sa fonction de &lt;i&gt;d&#244;me&lt;/i&gt;. La pyramide est un d&#244;me, un poly&#232;dre transparent proche du cristal (chaque jour des milliers de personnes entrent par les faces de la pyramide pour voir les chefs-d'&#339;uvre du Louvre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#244;me de cristal est en fait non pas le pass&#233;, mais le futur : il incarne l'horizon politique vers lequel les spectateurs de la bo&#238;te t&#233;l&#233;vis&#233;e et le public parqu&#233; dans un box face &#224; lui sont d&#233;j&#224; en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#244;me est l'incarnation d'un pouvoir fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macron veut mettre en place un &lt;i&gt;contr&#244;le absolu&lt;/i&gt; sur nos vies : travail, sant&#233;, s&#233;curit&#233;, Europe, Monde. Tout va dispara&#238;tre ! Attention, on va manquer d'air.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>I - Ind&#233;pendance (politique)</title>
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		<dc:date>2018-02-25T16:01:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Dacheux</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;colonisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une note br&#232;ve, pour appeler &#224; la critique et pour obliger &#224; une suite. (ce qui va se passer en Catalogne, l'Espagne tout enti&#232;re et l'Europe, qui se cherche sans se trouver, peut y aider) ___ &lt;br class='autobr' /&gt; Au cours de cette ann&#233;e 2017, il est difficile de faire porter la r&#233;flexion philosophique sur la question de l'ind&#233;pendance sans consid&#233;rer la situation en Catalogne, aujourd'hui. Il est m&#234;me impossible de ne pas se r&#233;f&#233;rer &#224; ce que l'histoire, a fourni, hier, comme enseignements durant le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=56" rel="directory"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=22" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=96" rel="tag"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=101" rel="tag"&gt;d&#233;colonisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une note br&#232;ve, pour appeler &#224; la critique et pour obliger &#224; une suite.&lt;br class='autobr' /&gt; (ce qui va se passer en Catalogne, l'Espagne tout enti&#232;re et l'Europe, qui se cherche sans se trouver, peut y aider)&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
___&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Au cours de cette ann&#233;e 2017, il est difficile de faire porter la r&#233;flexion philosophique sur la question de l'ind&#233;pendance sans consid&#233;rer la situation en Catalogne, aujourd'hui. Il est m&#234;me impossible de ne pas se r&#233;f&#233;rer &#224; ce que l'histoire, a fourni, hier, comme enseignements durant le dernier si&#232;cle &#233;coul&#233;. Mais le futur aussi est concern&#233; : une fois pass&#233;e la tourmente catalane, on ne pensera plus, demain, en Espagne et ailleurs, l'ind&#233;pendance politique comme on l'a pens&#233;e, jusqu'&#224; pr&#233;sent.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
___&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mardi 10 octobre 2017&lt;/strong&gt;, le Parlement catalan avait eu &#224; choisir entre trois options :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 &#8211; Tirer les enseignements du r&#233;f&#233;rendum et annoncer au monde entier que la Catalogne avait d&#233;cid&#233; souverainement d'entrer dans une ind&#233;pendance politique irr&#233;versible.&lt;br class='autobr' /&gt; 2 &#8211; Proposer d'ouvrir une n&#233;gociation visant &#224; cr&#233;er, en Espagne, une &#171; ind&#233;pendance dans l'inter- d&#233;pendance &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
3 &#8211; Accepter un &#233;largissement de l'autonomie de la Catalogne qui ne d&#233;bouche pas sur l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A - Les objections qui sont faites aux partisans de l'ind&#233;pendance &#233;taient de nature tr&#232;s diff&#233;rente :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'ind&#233;pendance serait une rupture dans la solidarit&#233; et une manifestation de l'&#233;go&#239;sme des habitants d'une province riche ne voulant plus &#171; payer pour les pauvres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'ind&#233;pendance de la Catalogne serait un refus, et un rejet anticonstitutionnels de l'unit&#233; du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'ind&#233;pendance de la Catalogne risquerait d'entra&#238;ner, en Europe, des s&#233;cessions en cascades (Pays basque, Flandre, Corse, &#201;cosse, Lombardie...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B - Les r&#233;ponses et autres arguments des partisans de l'ind&#233;pendance se fondent souvent sur &lt;i&gt;le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes&lt;/i&gt;, droit reconnu depuis longtemps au niveau international. Il s'y ajoute quelques autres consid&#233;rations.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; En Afrique, &#224; la suite du retrait des empires coloniaux anglais et fran&#231;ais, et en Europe, apr&#232;s la chute de l'Empire sovi&#233;tique et de la dislocation de la Yougoslavie, l'ONU a vu augmenter, sensiblement, le nombre de ses membres. Elle compte, &#224; ce jour, officiellement, &#224; ce 193 &#201;tats-membres (plus les deux &#201;tats-observateurs permanents : le Vatican et la Palestine, d'une part, et les Iles Cook et Niue, les deux &#201;tats encore sous souverainet&#233; n&#233;o-z&#233;landaise, d'autre part,) soit 197 &#201;tats reconnus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;51 membres fondateurs en 1945, 60 en 1950, 80 en 1956, 99 en 1960, 189 en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Le nombre des &#201;tats n'a donc cess&#233; de cro&#238;tre sans que cela ait engendr&#233; de conflits majeurs&lt;/i&gt; (hormis Ta&#239;wan et le Kosovo qui n'ont pu rester ou n'ont pu entrer dans l'ONU par opposition entres autres de la Chine continentale et de la Serbie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;Le catalan et l'occitan sont deux langues et deux cultures distinctes mais cousines&lt;/i&gt;. Le catalan est aussi la langue officielle de la principaut&#233; d'Andorre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;Le castillan&lt;/i&gt; (l'espagnol) est une langue diff&#233;rente. &lt;i&gt;L'histoire linguistique r&#233;v&#232;le des diff&#233;rences culturelles essentielle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;La Catalogne a beaucoup souffert du franquisme&lt;/i&gt;. Les blessures ne sont pas encore toutes gu&#233;ries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;L'ind&#233;pendance n'est pas la rupture, c'est la non-d&#233;pendance, l'autod&#233;termination, l'auto-gestion&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;Un conflit ne peut, survenir qu'en cas de recours &#224; la force pour interdire la volont&#233; populaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C &#8211; Un conflit politique se noue qui ne concerne pas que l'Espagne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi 10 octobre 2017, au soir, la Catalogne, par la voix de Carles Puygdemont, son pr&#233;sident, a affirm&#233; que le processus d'ind&#233;pendance &#233;tait bien engag&#233; mais prendrait le temps de la n&#233;gociation afin que la violence soit &#233;vit&#233;e. Le Conseil des ministres espagnol par la voix de son pr&#233;sident, Mariano Rajoy, a consid&#233;r&#233;, d&#232;s le lendemain matin du 11 octobre, que cette d&#233;claration &#233;tait ambig&#252;e et demandait &#224; &#234;tre pr&#233;cis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les deux parties sont bloqu&#233;es, l'une par sa volont&#233; d'aboutir, t&#244;t ou tard, &#224; une R&#233;publique de Catalogne, l'autre par sa d&#233;cision de rejeter toute &#233;ventualit&#233; d'ind&#233;pendance quitte &#224; retirer au Parlement Catalan son pouvoir de gestion autonome. L'appel &#224; une intercession europ&#233;enne visant &#224; obtenir un compromis n'est pas pris en consid&#233;ration au sein de l'union europ&#233;enne et celui qui a le plus pris de distances, par rapport &#224; cette proposition, est Emmanuel Macron pour qui un &#201;tat et une r&#233;gion ne sauraient &#234;tre mis sur le m&#234;me plan. On reconna&#238;t l&#224;, la doctrine traditionnelle de la France pour qui un &#201;tat ne se divise pas et pour qui l'Europe est une Union ou une f&#233;d&#233;ration d'&#201;tats-nations. La solidarit&#233; avec le gouvernement de Madrid, celui de l'Espagne tout enti&#232;re ne se discute donc m&#234;me pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, de nombreuses questions de philosophie politique essentielles, directes ou connexes, sont pos&#233;es par ce qui se passe en Catalogne et elles ne peuvent mener qu'&#224; des modifications du statu quo. C'est de l'avenir de l'Europe, voire de l'ONU, de la place des r&#233;gions dans chaque &#201;tat d&#233;j&#224; organis&#233; par r&#233;partition des pouvoirs locaux, dont il va &#234;tre question &#224; &#233;chelle internationale. C'est dangereux mais in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D - Des questions redoutables sont, en effet, pos&#233;es ou repos&#233;es ; elles sont ineffa&#231;ables ; il faudra bien y r&#233;pondre.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mots m&#234;mes du vocabulaire politique sont interrog&#233;s ainsi que les concepts les mieux &#233;tablis :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'un &#201;tat au XXI&#232;me si&#232;cle&lt;/strong&gt;, en ce temps &#171; mondial &#187; o&#249; les peuples se m&#234;lent, parlent des langues diff&#233;rentes et occupent des territoires modifi&#233;s par l'&#233;conomie et le climat plus encore que par l'histoire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;strong&gt;&#171; L'&#233;tat-nation &#187; qu'inventa la France est une figure de l'&#201;tat qui soude le territoire &#224; sa population d'une fa&#231;on ind&#233;fectible&lt;/strong&gt;. S'agit-il, partout, d'une unit&#233; de gouvernement encore en rapport avec la gestion d'un pays moderne ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;strong&gt;Est-ce le droit qui fa&#231;onne l'organisation d'une communaut&#233; humaine ou la politique ?&lt;/strong&gt; Le droit contient les r&#232;gles et les lois qui &lt;i&gt;r&#233;sultent&lt;/i&gt; de rapports de forces mesur&#233;s au sein d'un Parlement ou suite &#224; des manifestations de la volont&#233; populaire exprim&#233;es autrement, et notamment par &#171; la rue &#187;, comme il advint fr&#233;quemment en Europe.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;strong&gt;Les &#201;tats qui ne reconnaissent pas ou ne respectent pas le droit international sont-ils sanctionnables ?&lt;/strong&gt; Qui a autorit&#233;, alors, pour juger et punir les &#201;tats fautifs ? Et par quels moyens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;strong&gt;Pourquoi des &#201;tats qui &#171; fonctionnent &#187; ne sont-ils pas encore membres de l'ONU&lt;/strong&gt; (Ta&#239;wan, Kosovo, Tibet, entre autres,) &lt;strong&gt; ?&lt;/strong&gt; Qui l'interdit sinon un autre &#201;tat qui s'estime en droit, &#171; propri&#233;taire &#187; du territoire concern&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;strong&gt;Il est des r&#233;gions plus puissantes que des &#201;tats&lt;/strong&gt; (la Bavi&#232;re par rapport au Luxembourg, par exemple, ou encore, pr&#233;cis&#233;ment, la Catalogne, par rapport &#224; l'&#238;le de Malte ). Qu'est-ce alors que l'ind&#233;pendance d'un &#201;tat &#233;conomiquement faible ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;strong&gt;Il est, bien entendu, des entreprises priv&#233;es plus puissantes que des &#171; puissances publiques &#187;.&lt;/strong&gt; De tels constats ne bouleversent-ils pas les ordres nationaux et ou internationaux et leurs l&#233;galit&#233;s ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &lt;strong&gt;Les 5 membres permanents du Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU : Chine, &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, F&#233;d&#233;ration de Russie, France et Royaume-Uni sont les &#201;tats les plus arm&#233;s.&lt;/strong&gt; O&#249; est le si&#232;ge des pouvoirs de ces &#201;tats nucl&#233;aires dot&#233;s de l'arme absolue ? Ils figent, &#224; leur profit, les relations internationales et bloquent toute &#233;volution de l'ONU. Ce fixisme politique peut-il perdurer longtemps encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E - L'ind&#233;pendance est n&#233;cessaire au fonctionnement d&#233;mocratique des soci&#233;t&#233;s humaines.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mot ind&#233;pendance contient, &#224; lui seul, depuis des d&#233;cennies, et m&#234;me des si&#232;cles, l'aspiration de populations enti&#232;res &#224; l'autod&#233;termination, &#224; la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours du si&#232;cle pass&#233;, l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie, apr&#232;s plusieurs ann&#233;es d'une guerre qui fut, de fait, coloniale, d&#233;boucha sur un r&#233;f&#233;rendum d'autod&#233;termination, le 8 janvier 1961 qui pr&#233;para le retrait de la France, au grand dam de l'extr&#234;me-droite fran&#231;aise. La France-Afrique, celle de l'ind&#233;pendance fictive, de la domination &#233;conomique maintenue et de la manipulation des &#233;lites locales, dont Jacques Foccart, (1913-1997), tr&#232;s proche de De Gaulle, fut charg&#233;, a succ&#233;d&#233;, de fait &#224; la Communaut&#233; Fran&#231;aise (article 76 de la constitution de 1958, devenue caduque d&#232;s 1960&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La &#171; Communaut&#233; fran&#231;aise &#187; fut l'association politique entre la France et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vocable, ind&#233;pendance, appartint au vocabulaire &#171; progressiste &#187; et fut une valeur politique dite &#171; de gauche &#187;. De nos jours, toute vell&#233;it&#233; d'ind&#233;pendance est pr&#233;sent&#233;e comme une manifestation d'un s&#233;paratisme s&#233;ditieux, voire d'un s&#233;cessionnisme nationaliste imm&#233;diatement condamnable. Cette condamnation est exprim&#233;e par des dirigeants politiques, eux-m&#234;mes fort nationalistes et conservateurs, de droite comme de gauche, et qui ne supportent pas la contestation de l'&#201;tat-nation centralisateur. Ce courant de pens&#233;e nationaliste s'&#233;tend et enferme les citoyens dans une appartenance territoriale dont ils ne peuvent m&#234;me envisager de sortir ! (Ce qui les pousse &#224; ne pas vouloir que de nouveaux venus y entrent !). La mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite en Europe peut trouver l&#224; l'une de ses sources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;pendance d'un peuple, ind&#233;pendance de chaque citoyen : il n'est pas de d&#233;mocratie sans libert&#233; de penser et surtout sans prise en compte de cette pens&#233;e libre dans les d&#233;cisions &#224; prendre. Le r&#233;f&#233;rendum, &#224; cet &#233;gard, semble plus simple et &#233;vident, pour exercer un pouvoir qu'une &#233;lection &#224; mode de scrutin variable ne donnant que d&#233;l&#233;gation. Il importe, cependant, que quelques conditions soient remplies avant vote : conna&#238;tre, sans &#233;quivoque, qui est appel&#233; l&#233;gitimement &#224; voter et savoir, avec certitude, si la question pos&#233;e ne contient aucune ambigu&#239;t&#233;. Autrement dit : s'entendre au pr&#233;alable sur le juste territoire d'application, la d&#233;termination exacte des &#233;lecteurs concern&#233;s et r&#233;daction sans &#233;quivoque de la question soumise &#224; ces &#233;lecteurs. Le r&#233;f&#233;rendum confirme l'ind&#233;pendance bien plus qu'il ne l'institue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, l'ind&#233;pendance n'est pas principalement la cr&#233;ation d'un nouvel &#201;tat, m&#234;me si &lt;a href=&#034;http://www.linternaute.com/histoire/categorie/67/a/1/3/histoire_de_la_decolonisation.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la d&#233;colonisation a permis l'&#233;mergence de nombreux &#201;tats&lt;/a&gt; entre 1946 et 2002. C'est la politique qui. d&#233;termine les rapports de force, id&#233;ologiques d'abord, et secondairement militaires. La c&#233;l&#232;bre formule d'Edgar Faure (&lt;i&gt;&#171; l'ind&#233;pendance dans l'interd&#233;pendance &#187;&lt;/i&gt;) n'emp&#234;cha pas l'ind&#233;pendance du Maroc, en 1956, et de la Tunisie, en 1957. Pr&#233;sident du Conseil, alors, Edgar Faure accompagna, sans s'y opposer, la naissance de ces nouveaux &#201;tats. L'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie, en 1962, s'effectua, au contraire, dans la douleur et le sang. De Gaulle comprit, trop tard, qu'elle &#233;tait in&#233;vitable et les effets de cette ind&#233;pendance, arrach&#233;e au lieu d'avoir &#233;t&#233;, &#224; temps, n&#233;goci&#233;e, ont &#233;t&#233; immenses et p&#232;sent encore sur la politique et les institutions de la France actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ind&#233;pendance n'est jamais totalement acquise dans un monde qui &#171; bouge &#187;. Elle n'est pas davantage interdite au nom d'un droit qui serait intangible et qui, lui-m&#234;me dat&#233;, r&#233;sulte d'&#233;v&#233;nements politiques ant&#233;rieurs d&#233;terminants. La Catalogne, quoi qu'il arrive, donne et donnera &#224; penser &#224; tous ceux qui veulent, en ce si&#232;cle, par la pratique, organiser des communaut&#233;s de destin, de type nouveau, paisibles et efficaces, o&#249; les conflits, in&#233;vitables, puissent se g&#233;rer autrement que l'arme au poing.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;51 membres fondateurs en 1945, 60 en 1950, 80 en 1956, 99 en 1960, 189 en l'an 2000, 193 depuis 2011...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La &#171; Communaut&#233; fran&#231;aise &#187; fut l'association politique entre la France et les &#201;tats de son empire colonial, alors en voie de d&#233;colonisation. Cr&#233;&#233;e en1958 par la Constitution de la Ve R&#233;publique pour remplacer l'Union fran&#231;aise, la Communaut&#233; devient caduque d&#232;s 1960 du fait de l'ind&#233;pendance de tous les &#201;tats membres. Ce n'est cependant qu'en 1995 que les dispositions constitutionnelles la concernant furent officiellement abrog&#233;es. La 5&#232;me R&#233;publique issue de la constitution de 1958, mainte fois retouch&#233;e, est rest&#233;e monocratique jusqu'&#224; pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Kanaky</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=645</link>
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		<dc:date>2017-12-24T20:29:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Ferrand</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>n&#233;ocolonialisme</dc:subject>
		<dc:subject>colonialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le cynisme politique n'a pas de bornes : alors qu'ont &#233;t&#233; constat&#233;es des fraudes aux inscriptions dans les commissions administratives sp&#233;ciales charg&#233;es de l'&#233;tablissement et de la r&#233;vision des listes &#233;lectorales, la question des inscriptions irr&#233;guli&#232;res - reconnues par l'&#201;tat fran&#231;ais lui-m&#234;me - a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;, en f&#233;vrier 2016, comme &#171; politiquement close &#187; par le 14e comit&#233; des signataires du gouvernement de la Nouvelle-Cal&#233;donie. Aussi, depuis mars 2016, une mission d'observation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=22" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=67" rel="tag"&gt;n&#233;ocolonialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=74" rel="tag"&gt;colonialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le cynisme politique n'a pas de bornes : alors qu'ont &#233;t&#233; constat&#233;es des fraudes aux inscriptions dans les commissions administratives sp&#233;ciales charg&#233;es de l'&#233;tablissement et de la r&#233;vision des listes &#233;lectorales, la question des inscriptions irr&#233;guli&#232;res - reconnues par l'&#201;tat fran&#231;ais lui-m&#234;me - a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;, en f&#233;vrier 2016, comme &#171; politiquement close &#187; par le &lt;a href=&#034;https://gouv.nc/actualites/07-02-2016/les-conclusions-du-comite-des-signataires&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;14e comit&#233; des signataires du gouvernement de la Nouvelle-Cal&#233;donie&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, depuis mars 2016, une mission d'observation mandat&#233;e par les Nations unies a-t-elle &#233;t&#233; charg&#233;e de jeter un &#339;il sur les pratiques de r&#233;vision des listes &#233;lectorales qui permettront aux n&#233;o-cal&#233;doniens de se prononcer par r&#233;f&#233;rendum sur leur autod&#233;termination (ne parlons surtout pas d'ind&#233;pendance) &#224; la fin de l'ann&#233;e 2018.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 octobre 2017, et alors que plus de 23000 kanaks n'&#233;taient inscrits sur aucune liste &#233;lectorale, certains acteurs du jeu politique n&#233;o-cal&#233;donien plaidaient devant la commission de d&#233;colonisation de l'ONU pour que le r&#233;f&#233;rendum &#224; venir soit &#171; sinc&#232;re et incontestable &#187;. Au m&#234;me moment, une synchronicit&#233; &#233;tonnante pr&#233;sidait &#224; la d&#233;signation d'un ancien premier ministre fran&#231;ais &#224; la pr&#233;sidence de la mission d'information parlementaire sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Cal&#233;donie. Chacun en appr&#233;ciera le beau sourire, au centre de la photo, &lt;a href=&#034;https://gouv.nc/actualites/07-02-2016/les-conclusions-du-comite-des-signataires ou l&#224; https://gouv.nc/actualites/10-11-2016/un-comite-des-signataires-dans-la-continuite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autant de signes continus et manifestes de la vitalit&#233; n&#233;ocoloniale d'une r&#233;publique fran&#231;aise qui, n'ayant plus gu&#232;re l'occasion de maintenir son empire territorial par la force comme le fait aujourd'hui l'Espagne &#224; l'encontre de la Catalogne, use des pratiques douteuses, pour ne pas dire mafieuses, qui ont fait la gloire de la fran&#231;afrique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut certes avoir un peu de m&#233;moire pour se rappeler qu'au moment m&#234;me o&#249; les kanak avaient souhait&#233; associer &#224; leur destin toutes les &#171; victimes de l'histoire &#187; (descendants de bagnards et de communards, mineurs asiatiques soumis au r&#233;gime de l'indig&#233;nat, immigr&#233;s du pacifique, etc.), le premier ministre fran&#231;ais, Pierre Mesmer, affichait ouvertement sa volont&#233; de submerger les kanak par le nombre en surfant sur le boom &#233;conomique du nickel pour accompagner une nouvelle vague de peuplement de la Nouvelle-Cal&#233;donie : &#171; La pr&#233;sence fran&#231;aise en Cal&#233;donie ne peut &#234;tre menac&#233;e, sauf guerre mondiale, que par une revendication nationaliste des populations autochtones, appuy&#233;es par quelques alli&#233;s &#233;ventuels dans d'autres communaut&#233;s ethniques venant du Pacifique. &#192; court et moyen terme, l'immigration massive de citoyens fran&#231;ais m&#233;tropolitains ou originaires des d&#233;partements d'outre-mer devrait permettre d'&#233;viter ce danger, en maintenant ou en am&#233;liorant le rapport num&#233;rique des communaut&#233;s. &#192; long terme la revendication nationaliste autochtone ne sera &#233;vit&#233;e que si les communaut&#233;s non originaires du Pacifique repr&#233;sentent une masse d&#233;mographique majoritaire &#187;. No comment ! Fran&#231;afrique a toujours rim&#233; avec France &#224; fric.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est pas parce que la Cal&#233;donie (nouvelle) est loin de nous qu'il faut oublier le geste d'Eloi Machoro brisant, en 1984, l'urne &#233;lectorale du statut Lemoine et recouvrir d'un silence complice les pratiques de l'&#233;tat n&#233;ocolonial fran&#231;ais qui souillent chaque jour une d&#233;mocratie morte avant d'&#234;tre n&#233;e, en France comme &#224; l'&#233;tranger. Comme si le r&#234;ve de la Kanaky, r&#233;publique ind&#233;pendante imagin&#233;e dans les ann&#233;es 80 par des ind&#233;pendantistes, &#233;tait destin&#233; &#224; rejoindre le cimeti&#232;re des utopies forg&#233;es au feu des exp&#233;riences r&#233;volutionnaires pour &#234;tre ensuite sacrifi&#233;es sur l'autel des int&#233;r&#234;ts de la &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/revue-casus-belli/article/c-caledonie-nouvelle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;puissance (n&#233;o)coloniale fran&#231;aise&#8230;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>E - &#201;clectisme</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=636</link>
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		<dc:date>2017-12-17T11:37:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Razac</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>norme</dc:subject>
		<dc:subject>id&#233;ologie</dc:subject>
		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La question de savoir comment une autorit&#233; arrive &#224; s'imposer, c'est-&#224;-dire &#224; produire des effets d'ob&#233;issance, appelle de multiples r&#233;ponses : par la force, par la position sociale, par le mensonge ou l'illusion, par la raison etc. Souvent, bien s&#251;r, nous sommes gouvern&#233;s par un m&#233;lange de toutes ces modalit&#233;s d'exercice du pouvoir. Chacune poss&#232;de ses propres exigences, de puissance, de hi&#233;rarchie, de ruse, d'argumentation, qui peuvent entrer en synergie ou au contraire se contrecarrer. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=56" rel="directory"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=22" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=85" rel="tag"&gt;norme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=87" rel="tag"&gt;id&#233;ologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=96" rel="tag"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question de savoir comment une autorit&#233; arrive &#224; s'imposer, c'est-&#224;-dire &#224; produire des effets d'ob&#233;issance, appelle de multiples r&#233;ponses : par la force, par la position sociale, par le mensonge ou l'illusion, par la raison etc. Souvent, bien s&#251;r, nous sommes gouvern&#233;s par un m&#233;lange de toutes ces modalit&#233;s d'exercice du pouvoir. Chacune poss&#232;de ses propres exigences, de puissance, de hi&#233;rarchie, de ruse, d'argumentation, qui peuvent entrer en synergie ou au contraire se contrecarrer. Ceci est tr&#232;s classique. Pour autant, l'actualit&#233; de notre r&#233;gime de gouvernement, en particulier en France, engage &#224; faire le focus sur deux caract&#233;ristiques relativement &#233;tonnantes de l'autorit&#233; politique. D'un c&#244;t&#233;, il ne faudrait pas n&#233;gliger le reste de gouvernement par la raison dans les discours institutionnels et politiciens. En fait, la justification rationnelle de l'autorit&#233; poss&#232;de encore une place d&#233;cisive dans les d&#233;mokraties, malgr&#233; les apparences. L'autorit&#233; gouvernementale continue de rechercher ce qu'on pourrait appeler une ob&#233;issance minimale, volontaire et rationnelle, qui fluctue entre la passivit&#233; n&#233;vrotique et la r&#233;sistance neutralis&#233;e. Car, en effet, il ne s'agit pas de produire l'adh&#233;sion sans reste &#224; l'autorit&#233; ; ceci est non seulement hors d'atteinte mais irrationnel et inutile pour une gouvernementalit&#233; n&#233;olib&#233;rale. Cette ob&#233;issance, l'autorit&#233; l'obtient par des formes d'argumentation justifiant son droit &#224; g&#233;rer l'&#233;tat des choses par les multiples jeux de contraintes et de stimulations dont elle dispose. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, cette exigence rationnelle ne suffit pas &#224; expliquer notre condition de gouvern&#233;s (elle la rend m&#234;me incompr&#233;hensible). En effet, si on l'accepte sans reste, alors, d'une certaine mani&#232;re, tout va bien &#8211; ce qui ne viendrait &#224; l'id&#233;e de personne &#233;videmment. Si l'autorit&#233; repose sur une argumentation rationnelle, il reste aux gouvern&#233;s insatisfaits &#224; opposer d'autres formes d'argumentations qui rempliraient d'une mani&#232;re plus satisfaisante des conditions partag&#233;es de rationalit&#233;. Tout le monde sait, l&#224; aussi, que cela ne marche pas. Parce que le pouvoir est arbitraire, violent, qu'il ment et manipule, d'accord. Mais aussi, et peut-&#234;tre surtout, parce qu'il manipule des formes h&#233;t&#233;rog&#232;nes d'argumentations qui produisent des effets variables de conviction qui se combinent pour produire une ob&#233;issance minimale. C'est ce que l'on se propose d'appeler ici un &#233;clectisme des formes de justification de l'autorit&#233; politique. Pour &#233;claircir cette d&#233;finition tr&#232;s ramass&#233;e, on se propose de prendre l'exemple d'un discours politique cens&#233; produire ou reproduire un fort consensus autour des institutions r&#233;publicaines, celui prononc&#233; devant le Parlement par le Premier ministre Manuel Valls apr&#232;s les attentats du 7 janvier 2015. Tout en pr&#233;cisant imm&#233;diatement que, bien que pratique, ce n'est pas le meilleur exemple. Cet &#233;clectisme de l'autorisation du pouvoir est bien plus important et subtil dans les rationalit&#233;s gouvernementales des multiples institutions qui nous gouvernent comme l'entreprise, l'&#233;cole, les m&#233;dias, la police, la justice etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les attentats dits de &#171; Charlie Hebdo &#187; le premier ministre prononce donc un discours important, parmi ceux qui marquent une carri&#232;re politique, discours qui poss&#232;de au moins trois fonctions : Reformuler une identit&#233; r&#233;publicaine (par opposition absolue avec le &#171; terrorisme &#187;), produire un consensus et une &#233;nerg&#233;tique agglom&#233;rante autour de cette id&#233;e, afin de justifier des lois s&#233;curitaires d'exception. On a donc imm&#233;diatement une structure surprenante puisque des lois qui mettent en difficult&#233; les principes d'un &#201;tat de droit sont justifi&#233;es par la r&#233;affirmation solennelle de la sacralit&#233; de ce mod&#232;le institutionnel. On pourrait bien s&#251;r se contenter d'opposer un grand rire au ridicule d'une telle d&#233;marche, mais ce rire s'&#233;trangle imm&#233;diatement dans nos gorges et l'on se retrouve bien seuls si on ne fait pas l'effort de comprendre comment une telle argumentation est possible et poss&#232;de une certaine efficacit&#233; politique, &#224; l'&#233;poque du &#171; Je suis Charlie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Certes le discours du 13 janvier succ&#232;de aux grandes manifestations du 10 et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, il est possible de faire fonctionner socialement et politiquement une contradiction dans les termes &#8211; l'exception est justifi&#233;e par la r&#232;gle &#8211; parce qu'elle repose sur un patchwork mobile, plastique, de justifications qui poss&#232;dent chacune des exigences de validit&#233; testables. On se propose ainsi de rep&#233;rer dans ce discours diff&#233;rentes lignes argumentatives de justification de l'autorit&#233; politique qui reposent chacune sur des socles th&#233;oriques solides et anciens. On trouve, au moins, cinq registres de discours diff&#233;rents. Un registre &#171; patriotique &#187; mythique, un registre &#171; d&#233;mocratique &#187; de l&#233;galit&#233;, un registre &#171; s&#233;curitaire &#187; d'exception, un registre &#171; &#233;conomique &#187; lib&#233;ral, et un registre &#171; social &#187; solidaire. Or, il faut avoir en t&#234;te que chacun de ces registres poss&#232;de sa propre verticalit&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il articule des concepts, des finalit&#233;s, un champ de r&#233;f&#233;rence et des conditions de validit&#233; sp&#233;cifiques (on pourrait ajouter des conditions historiques et sociales, des personnages types, etc.). Plus important encore, on peut consid&#233;rer que chacun de ces registres s'est construit en opposition, souvent explicite, avec un ou plusieurs des autres registres. Autrement dit, ce type de discours de l&#233;gitimation pr&#233;tend produire une synergie argumentative entre des logiques qui s'excluent l'une l'autre, soit par contradiction, soit par &#171; incommensurabilit&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le registre &#171; patriotique &#187; mythique appara&#238;t d'abord dans des formules de &#171; personnification &#187; du principe d'autorit&#233; d'une &#171; Nation &#187; qui poss&#232;de l'unit&#233; d'un corps et d'un esprit : &#171; c'est la France qu'on a touch&#233;e au c&#339;ur &#187;, &#171; autant de visages de la France &#187;, une France qui se &#171; tiendra &#224; leurs c&#244;t&#233;s &#187; et qui est &#171; debout &#187; &#171; toujours pr&#233;sente &#187; qui &#171; apr&#232;s le choc, a dit &#8220;non&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On remarquera les guillemets du &#171; non &#187; indiquant que le ministre cite ici (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, malgr&#233; le fait qu'on a voulu abattre &#171; son esprit &#187; etc. Ce personnage mythique poss&#232;de un destin particulier et surplombant qui prescrit et l&#233;gitime par avance la r&#233;action de la Nation (en l'occurrence du parlement et de l'ex&#233;cutif), sa &#171; lumi&#232;re &#187; unique doit rester &#171; &#224; la hauteur de son histoire &#187;, de sa &#171; grandeur &#187; et de ce &#171; qu'elle incarne d'universel &#187; d'o&#249; un &#171; mouvement spontan&#233; d'unit&#233; nationale &#187; qu'il faut entretenir &#171; comme un feu ardent &#187; &#171; en nous rappelant sans cesse nos h&#233;ros, ceux qui sont tomb&#233;s &#187; etc. D'un c&#244;t&#233;, cette ligne argumentative, comme toutes les autres, pourrait (devrait) se suffire &#224; elle-m&#234;me. Elle est ancienne, on la trouve chez quelqu'un comme Joseph de Maistre, &#224; cheval entre Ancien R&#233;gime et modernit&#233;, d&#232;s la toute fin du 18e si&#232;cle. L'autorit&#233; ne saurait &#234;tre d'origine humaine, sinon elle ne peut qu'&#234;tre variable et discutable, ce qui est contradictoire. L'autorit&#233; ne peut venir que d'un principe transcendant ceux sur qui elle s'applique. Elle vient de l'unit&#233; et de la v&#233;n&#233;rabilit&#233; des coutumes institutionnelles d'un peuple qui t&#233;moigne de l'origine plus qu'humaine de cette autorit&#233;. Elle vient d'un principe spirituel incarn&#233; dans la Nation qui s'impose aux int&#233;r&#234;ts priv&#233;s des individus et des groupes. Il est amusant d'entendre des r&#233;publicains manipuler aussi effront&#233;ment un argumentaire contre-r&#233;volutionnaire et anti-contractualiste. On le comprend pourtant facilement en consid&#233;rant un argument de ce type : &#171; &lt;i&gt;Peuple fran&#231;ais, ne te laisse point s&#233;duire par les sophismes de l'int&#233;r&#234;t particulier, de la vanit&#233; ou de la poltronnerie. N'&#233;coute plus les raisonneurs : on ne raisonne que trop en France, et le raisonnement en bannit la raison. Livre-toi sans crainte et sans r&#233;serve &#224; l'instinct infaillible de ta conscience. Veux-tu te relever &#224; tes propres yeux ? Veux-tu acqu&#233;rir le droit de t'estimer ? Veux-tu faire un acte de souverain ?&#8230; Rappelle ton souverain&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joseph de Maistre, Consid&#233;rations sur la France, in &#338;uvres, Robert Laffont, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Il n'y a pas &#224; chercher les raisons du terrorisme, il suffit de faire corps sous l'autorit&#233; de la t&#234;te de la Nation, l'ex&#233;cutif. D'un autre c&#244;t&#233;, le discours du Premier ministre ne peut &#233;videmment pas se contenter de cette ligne argumentative qui, seule, n'est pas r&#233;publicaine ! Pour la faire fonctionner dans un cadre l&#233;gitimant r&#233;publicain, il faut l'entrem&#234;ler, la tisser avec d'autres m&#233;lodies.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; la pr&#233;sence indispensable du registre &#171; d&#233;mocratique &#187; de l&#233;galit&#233; qui fait reposer la l&#233;gitimit&#233; politique sur l'expression positive de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale. Ce qu'il faut d&#233;fendre contre le terrorisme, c'est non plus &#171; la France &#187;, mais &#171; notre d&#233;mocratie, l'ordre r&#233;publicain, nos institutions &#187;, &#171; la la&#239;cit&#233; &#187;. Cette r&#233;publique, elle n'a plus un corps, un esprit, mais elle est constitu&#233;e de &#171; citoyens &#187;. Ces citoyens et leurs repr&#233;sentants doivent agir &#171; avec les yeux riv&#233;s sur l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187; ce qui implique de d&#233;fendre la &#171; d&#233;mocratie &#187;, &#171; l'&#201;tat de droit &#187;, &#171; les grands principes r&#233;publicains &#187;, &#171; les libert&#233;s publiques &#187;. Concr&#232;tement cela implique de respecter les proc&#233;dures d&#233;mocratiques et les &#171; conditions juridiques &#187; de production de la loi qui doit &#234;tre &#171; vot&#233;e &#187; par les repr&#233;sentants du peuple et dont l'application devra se faire sous &#171; le contr&#244;le strict du juge &#187;. Ce n'est plus de Maistre, ce serait plut&#244;t Rousseau (mais un Rousseau honteux castr&#233; par Montesquieu). Mais cela ne suffit pas encore parce que ce cadre juridique r&#233;publicain limite bien trop la marge de man&#339;uvre d'une gouvernementalit&#233; gestionnaire par d&#233;finition extra-juridique puisque pragmatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut faire attention ici au fait que ce &#171; pragmatisme &#187; ne concerne pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; le troisi&#232;me pied du tabouret r&#233;publicain, malgr&#233; tout branlant (heureusement), le registre &#171; s&#233;curitaire &#187; d'exception. Car la &#171; menace globale &#187; est toujours pr&#233;sente, des &#171; risques s&#233;rieux et tr&#232;s &#233;lev&#233;s demeurent &#187;, il y a en France des &#171; dizaines de MERAH potentiels &#187;. Face &#224; cela, il faut &#171; &#234;tre &#224; la hauteur de l'attente, de l'exigence du message des Fran&#231;ais &#187; (qui ne sont plus ici les membres du corps de la France ou les citoyens produisant la loi, mais des victimes potentielles demandant protection &#224;&#8230;). C'est pourquoi des &#171; d&#233;cisions graves s'imposent &#187;. Il faut permettre &#171; un niveau d'engagement massif &#187; des forces de l'ordre permettant la &#171; protection permanente &#187; des points sensibles. Car, &#171; &#224; aucun moment nous ne devons baisser la garde &#187;. &#171; Il faut nous battre sans rel&#226;che &#187;, &#171; en permanence &#187;, avec &#171; une vigilance de chaque instant &#187;. Il s'agit &#171; d'une guerre &#187; qui suppose que les moyens soient &#171; r&#233;guli&#232;rement renforc&#233;s &#187; et de &#171; donner aux services tous les moyens juridiques &#187;. Il faut &#171; prendre enfin toute la mesure de ces enjeux &#187;, &#171; le plus rapidement possible &#187;, &#171; nous ne pouvons plus perdre de temps ! &#187;. On entend du Hobbes ici, selon lequel le calcul rationnel sur fond de passion pour la survie implique d'autoriser une autorit&#233; absolue. Or, ce registre de l'urgence, de la guerre totale, de l'exigence de r&#233;sultat, selon une dimension absolue de vie et de mort, est tout &#224; fait incompatible avec la temporalit&#233; et la relativit&#233; d&#233;mocratiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, il faut ajouter &#224; ce triptyque majoritaire deux autres &#233;dulcorants discursifs. Un registre &#171; &#233;conomique &#187; lib&#233;ral qui indique que tout cela doit prendre en consid&#233;ration la pluralit&#233; des int&#233;r&#234;ts des individus et des groupes, des opinions et des affaires priv&#233;es. Car cette &#171; France &#187;, c'est aussi celle d'une &#171; libert&#233; farouche &#187;, d'une grande &#171; diversit&#233; &#187; (celle des &#171; trois couleurs [sic] &#187;), ce &#171; m&#233;lange si singulier de dignit&#233;, d'insolence et d'&#233;l&#233;gance [sic] &#187;. Il ne s'agit pas seulement des libert&#233;s publiques, mais aussi &#171; individuelles &#187;, ce qui suppose la &#171; tol&#233;rance &#187; et la &#171; libert&#233; d'expression &#187;, &#171; les d&#233;bats et les confrontations &#187; de &#171; ceux qui croient comme de ceux qui ne croient pas. &#187; De plus, les d&#233;cisions qui seront prises doivent prendre en consid&#233;ration les difficult&#233;s actuelles &#171; sur le plan &#233;conomique. &#187; Ce n'est plus Maistre, Rousseau ou Hobbes, mais plut&#244;t Locke ! On trouve &#233;galement des traces d'un registre &#171; solidariste &#187; qui &#233;dulcore quelque peu la tonalit&#233; guerri&#232;re du registre s&#233;curitaire. La &#171; France &#187; r&#233;pond &#233;galement par la &#171; compassion et le soutien &#187; envers les victimes et leurs familles. Il faut r&#233;pondre au &#171; racisme &#187; par la &#171; fraternit&#233; &#187;, mais il faut aussi r&#233;pondre d'une mani&#232;re &#171; pr&#233;ventive &#187; par &#171; le suivi et la r&#233;insertion des personnes radicalis&#233;es &#187;, &#171; accompagner, aider, suivre de nombreux mineurs menac&#233;s &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ces registres sont entrelac&#233;s au niveau du discours dans son entier mais restent s&#233;par&#233;s dans l'argumentation, ce qui permet de sauvegarder le minimum de coh&#233;rence n&#233;cessaire de chacune des logiques. Mais il faut n&#233;anmoins qu'elles se rencontrent parfois, produisant ainsi de magnifiques justifications torsad&#233;es qui devraient &#234;tre &#233;tudi&#233;es en &#233;coles de rh&#233;torique (et, pour des raisons diff&#233;rentes, en &#233;coles de logique). &#171; Avec d&#233;termination, avec sang-froid, la R&#233;publique va apporter la plus forte des r&#233;ponses au terrorisme, la fermet&#233; implacable dans le respect de ce que nous sommes, un Etat de droit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ou encore : &#171; A une situation exceptionnelle doivent r&#233;pondre des mesures (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'&#233;clectisme est (ou devrait &#234;tre) un champ d'&#233;tude de &#171; philosophie politique &#187;. Contentons-nous ici de trois remarques. Premi&#232;rement, on peut se demander ce qui permet &#224; cet &#233;clectisme de fonctionner. D'un c&#244;t&#233;, on peut insister sur l'impossibilit&#233; de ce patchwork qui produit des couples de contradictions &#8211; sacr&#233;/profane, absolu/relatif, unicit&#233;/pluralit&#233;, d&#233;cision/concertation, exception/droit, temporalit&#233; de l'urgence/temporalit&#233; de l'&#233;laboration etc. &#8211; mais aussi des champs de r&#233;f&#233;rences &#171; incommensurables &#187;, c'est-&#224;-dire posant des visions du monde exclusives les unes des autres &#8211; un monde s'ordonnant &#224; la transcendance m&#233;taphysique, un autre &#224; la transcendance positive, un autre &#224; l'immanence des menaces inh&#233;rentes aux relations sociales, un autre &#224; l'immanence de la pluralit&#233; productive des relations sociales, un autre &#224; la transcendance sociale de la coh&#233;sion &#171; holiste &#187; etc. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, il faut constater que ce montage poss&#232;de aussi une &#233;trange consistance et efficacit&#233;, parce qu'il peut toujours se retrancher sur la solidit&#233; de chacune des lignes argumentatives prises isol&#233;ment, parce qu'il peut faire fonctionner des synergies locales (R&#233;publique et Nation, R&#233;publique et droit, R&#233;publique en danger, R&#233;publique et lib&#233;ralisme, R&#233;publique et solidarit&#233; etc.), parce qu'il peut enfin faire oublier ces contradictions dans la fluidit&#233; m&#233;diatique du jonglage entre ces argumentations. Il suffit de postuler la synergie entre ces arguments, que personne n'en remarque les difficult&#233;s (ou toujours trop tard ou d'une mani&#232;re trop ennuyeuse), et laisser l'amn&#233;sie toujours renouvel&#233;e des spectateurs faire le reste. Ceci est d'une actualit&#233; qui n'&#233;chappera &#224; personne &#224; l'&#233;poque du &#171; et en m&#234;me temps &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;mement, on comprend peut-&#234;tre mieux avec cet exemple la notion de conviction et d'ob&#233;issance minimales. D'un c&#244;t&#233;, ce montage ne peut absolument pas produire une conviction rationnelle &#171; claire et distincte &#187;, solide et qui pourrait donner ses raisons. Elle peut par contre produire un sentiment diffus et inquiet d'adh&#233;sion par d&#233;faut, en combinant des bribes de compr&#233;hension et de conviction avec l'incapacit&#233; &#224; produire une critique &#171; plus &#187; rationnelle du montage complet. Neutralisation d'une capacit&#233; critique captur&#233;e dans un filet paradoxal de raisons qui se retranche alors sur la passivit&#233; de la continuation d'un quotidien de la frustration, du ressentiment et de la mauvaise conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;mement, il faut insister sur le fait qu'il ne s'agit pas l&#224; d'une strat&#233;gie imputable &#224; des personnes (la mauvaise qualit&#233; de notre personnel politique) ou &#224; la d&#233;gradation des institutions r&#233;publicaines qu'il faudrait refonder. La structure de cet &#233;clectisme permet de comprendre que l'on ne peut pas &#234;tre gouvern&#233; autrement dans une d&#233;mocratie (soi-disant) repr&#233;sentative, une monarchie &#233;lective &#224; mandat limit&#233; dans le cas de la France. L'&#233;clectisme est impliqu&#233; par le couple &#233;lection/souverainet&#233;, c'est-&#224;-dire pluralit&#233; de raisons/pouvoir unique. Tant qu'il y a un pouvoir de d&#233;cision supr&#234;me qui peut &#234;tre capt&#233; par l'agglom&#233;ration de suffrages, nous ne pouvons qu'&#234;tre pris dans cette toile d'araign&#233;e. Car notre probl&#232;me ce n'est pas la pluralit&#233; des raisons, ce n'est m&#234;me pas seulement la transcendance de la souverainet&#233;, c'est l'articulation paradoxale entre les deux. Il faut donc lib&#233;rer la pluralit&#233; des raisons de la souverainet&#233; en produisant des institutions multiples et locales, d'&#233;laboration collective, &#233;galitaire et permanente des r&#232;gles qui r&#233;gissent notre vie en commun. Toute autre proposition est une nouvelle &#171; illusion spectaculaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo d'illustration Henry Streatham&#169;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Certes le discours du 13 janvier succ&#232;de aux grandes manifestations du 10 et du 11, il surfe sur l'&#233;lan de solidarit&#233; mais contribue &#224; institutionnaliser une &#233;nerg&#233;tique &#171; d'union sacr&#233;e &#187; tr&#232;s r&#233;publicaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On remarquera les guillemets du &#171; non &#187; indiquant que le ministre cite ici la parole m&#234;me de la France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Joseph de Maistre, &lt;i&gt;Consid&#233;rations sur la France&lt;/i&gt;, in &#338;uvres, Robert Laffont, Bouquins, 2007, p. 253&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut faire attention ici au fait que ce &#171; pragmatisme &#187; ne concerne pas essentiellement l'efficacit&#233; op&#233;rationnelle des mesures s&#233;curitaires mais leur efficacit&#233; en termes de communication politique et de maintien au pouvoir. Nous faisons tout, et m&#234;me plus, pour vous prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ou encore : &#171; A une situation exceptionnelle doivent r&#233;pondre des mesures exceptionnelles. Mais je le dis aussi avec la m&#234;me force : jamais des mesures d'exception qui d&#233;rogeraient aux principes du droit et des valeurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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