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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Discussion autour du livre d'Alain Brossat Les serviteurs sont fatigu&#233;s (les ma&#238;tres aussi)</title>
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		<dc:date>2013-06-09T13:17:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>&#233;meute</dc:subject>
		<dc:subject>argumentation</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;galit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>sexe/genre</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le nouveau livre d'Alain Brossat peut &#234;tre envisag&#233; comme la reprise et le prolongement d'une r&#233;flexion entam&#233;e nagu&#232;re, quant &#224; la relation ma&#238;tre/serviteur, dans le cadre d'un pr&#233;c&#233;dent ouvrage, Le serviteur et son ma&#238;tre. Essai sur le sentiment pl&#233;b&#233;ien . Nous aurons l'occasion d'&#233;voquer les modifications d'inflexion entre ces deux moments, dont on pourrait dire qu'ils mettent en sc&#232;ne deux &#233;poques bien diff&#233;rentes de ce rapport. C'est qu'Alain Brossat envisage en effet le rapport (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=29" rel="tag"&gt;&#233;meute&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=30" rel="tag"&gt;argumentation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=31" rel="tag"&gt;&#233;galit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=32" rel="tag"&gt;sexe/genre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le nouveau livre d'Alain Brossat peut &#234;tre envisag&#233; comme la reprise et le prolongement d'une r&#233;flexion entam&#233;e nagu&#232;re, quant &#224; la relation ma&#238;tre/serviteur, dans le cadre d'un pr&#233;c&#233;dent ouvrage, L&lt;i&gt;e serviteur et son ma&#238;tre. Essai sur le sentiment pl&#233;b&#233;ien&lt;/i&gt; . Nous aurons l'occasion d'&#233;voquer les modifications d'inflexion entre ces deux moments, dont on pourrait dire qu'ils mettent en sc&#232;ne deux &#233;poques bien diff&#233;rentes de ce rapport. C'est qu'Alain Brossat envisage en effet le rapport ma&#238;tre/serviteur, comme un &#171; invariant &#187;, en tant que &#171; principe d'intelligibilit&#233; &#187; , qui, traversant des types de rapports diversement identifi&#233;s, constituerait leur commun, &lt;i&gt;malgr&#233; tout,&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire lors m&#234;me qu'on n'identifierait pas, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, ce commun. Autrement dit, si le rapport ma&#238;tre/serviteur est bien de l'ordre de &lt;i&gt;l'imm&#233;morial&lt;/i&gt;, il ne manque de s'insinuer, &#233;galement, dans les rapports entre capitalistes et prol&#233;taires, quand bien m&#234;me la pens&#233;e marxiste consid&#233;rerait le rapport ma&#238;tre/serviteur comme d&#233;pass&#233; pour l'essentiel dans le cadre de la modernit&#233;. A n&#233;gliger cette dimension d'imm&#233;morial, r&#233;tif &#224; toute substantialisation dans un type de rapports sociaux d&#233;termin&#233;s, le risque alors serait &#233;vident d'ouvrir la voie &#224; une sorte de Grand R&#233;cit de l'&#233;mancipation des opprim&#233;s &#224; partir de la figure du prol&#233;taire, en faisant passer par pertes et profits les luttes pl&#233;b&#233;iennes du serviteur ingouvernable. Qu'on songe seulement &#224; la violence de Marx &#224; l'&#233;gard du &lt;i&gt;Lumpenproletariat&lt;/i&gt;. Or, &#224; insister sur le caract&#232;re &lt;i&gt;imm&#233;morial&lt;/i&gt; du rapport ma&#238;tre/serviteur, le nouveau livre d'Alain Brossat laisse entendre qu'un &lt;i&gt;petit r&#233;cit&lt;/i&gt;, t&#234;tu, ne cesse pourtant de s'inscrire dans les marges de l'Histoire &#8211; petite musique pl&#233;b&#233;ienne que l'orchestration dialectique de l'histoire tend &#224; &#233;touffer, mais qui parvient pourtant &#224; percer, par intermittences, dans notre modernit&#233;, et selon des modalit&#233;s diff&#233;renci&#233;es. Et c'est bien l&#224; l'objectif affirm&#233; de ce livre : &#171; Tenter de discerner la fa&#231;on dont l'immense continent perdu de la lutte qui oppose le ma&#238;tre au serviteur affleure constamment, dans le moderne et le contemporain sous le vocabulaire fossilis&#233; de la lutte des classes, dans les failles du discours h&#233;g&#233;monique de la coh&#233;sion sociale [...] &#187; . Or, une telle attention est celle que requi&#232;rent les surgissements inopin&#233;s, intempestifs de la pl&#232;be elle-m&#234;me &#8211; dont on pourrait alors dire que, pour surgir &#233;ventuellement dans le cadre d'un rapport de classes de type capitaliste, elle le d&#233;borde cependant, dans la mesure m&#234;me o&#249; dans cet affrontement il en va d'une actualisation du rapport ma&#238;tre/serviteur. Cette n&#233;cessit&#233; de discerner ce qui fait signe, dans notre pr&#233;sent, vers ce rapport imm&#233;morial, c'est ce qui conduira l'auteur &#224; rapprocher, dans une certaine mesure (c'est-&#224;-dire aussi &#224; op&#233;rer les diff&#233;renciations n&#233;cessaires) la figure de &lt;i&gt;l'&#233;meute&lt;/i&gt; de celle de &lt;i&gt;l'argumentation&lt;/i&gt;, cette derni&#232;re dont les personnages de Figaro et de Jacques (le fataliste) avaient alors permis de cerner les contours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que l'&#233;meute soit aujourd'hui devenue le th&#233;&#226;tre de l'irruption, sur la sc&#232;ne publique, d'une voix discordante, brisant le consensus, &#233;chappant aux conditions du &#171; dialogue social &#187;, c'est pourtant ce qui doit se penser dans un rapport de continuit&#233; &#8211; certes paradoxal, contrari&#233; &#8211; avec l'ancienne capacit&#233; du pl&#233;b&#233;ien &#224; faire triompher sa cause au moyen de l'argumentation. C'est que le fond de la cause d&#233;fendue reste le m&#234;me, celui de l'affirmation d'une &#171; appartenance au commun &#187;, celui qu'Alain Brossat &#233;non&#231;ait ainsi dans &lt;i&gt;Le serviteur et son ma&#238;tre&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire lorsqu'il envisageait l'inscription du pl&#233;b&#233;ien sur le terrain, non de la bataille, mais de la parole : &#171; Le jeu du pl&#233;b&#233;ien est tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment celui qui consiste &#224; mettre en place un dispositif strat&#233;gique dans lequel l'&#233;galit&#233;, le principe d'&#233;quivalence universelle de tout humain avec tout autre sera pr&#233;sent&#233; comme cela m&#234;me qui est l'objet du litige, cela m&#234;me qui fait l'objet d'un d&#233;ni et d'un refoulement obstin&#233; de la part des ma&#238;tres &#187; . Se situant alors sur le terrain de la parole, le pl&#233;b&#233;ien (Figaro chez Beaumarchais, Jacques, chez Diderot) participe bien alors des formes de pacification propres au processus de d&#233;mocratisation moderne, mais comme un p&#244;le de r&#233;sistance, dans le cadre d'une relation ma&#238;tre/serviteur sans cesse en cours de recomposition, &#224; la mani&#232;re d'une &#171; r&#233;serve de l&#233;gitimit&#233; in&#233;puisable &#187; . Sur cette base de la ma&#238;trise de la langue, il suffira alors &#224; un serviteur de parler et raisonner (comme tout &#234;tre humain en a la capacit&#233;) &#171; pour brouiller la relation imm&#233;moriale &#8211; en apparaissant comme ma&#238;tre de la langue face &#224; un ma&#238;tre emprunt&#233; &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt; Or, cette r&#233;tivit&#233;, cette ingouvernabilit&#233; vont devoir se red&#233;finir, lorsqu'aux &#171; &#233;changes verbaux &#187; du &lt;i&gt;Mariage de Figaro&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Jacques le fataliste&lt;/i&gt; vont se substituer, comme c'est le cas aujourd'hui, &#171; le dispositif g&#233;n&#233;ral de la communication &#187; . D&#232;s lors, en effet, les enjeux de cette lutte imm&#233;moriale entre le ma&#238;tre et le serviteur vont devenir confus, rendant ainsi impossible une ma&#238;trise pl&#233;b&#233;ienne sur le terrain du langage. Comme l'indique Alain Brossat, &#171; la &#8220;communication&#8221; est ce qui permet &#224; la langue des ma&#238;tres de reprendre barre continuellement sur les dispositions, les pens&#233;es, les paroles et les gestes des serviteurs en les enveloppant dans des fa&#231;ons de dire, des syntagmes brevet&#233;s, des r&#233;gimes de r&#233;partition du vrai et du faux, des formules &#8220;correctes&#8221;, des &#8220;&#233;l&#233;ments de langage&#8221; - bref tout un r&#233;gime d'infiltration et d'emmaillotage de leurs modes de pens&#233;e et d'agir destin&#233;s &#224; produire une sorte de maximum de conformit&#233; discursive et donc de &lt;i&gt;docilit&#233;&lt;/i&gt; &#187; . La pacification d&#233;mocratique prend alors la forme du &#171; consensus anomique &#187; , ce qui signifie alors que l'entente entre serviteurs et ma&#238;tres se d&#233;place sur le terrain de l'impens&#233; &#8211; cet accord est au fond extorqu&#233; &#224; travers les syntagmes faussement descriptifs par lesquels r&#232;gnent les ma&#238;tres, en ce qu'&#224; les employer, f&#251;t-ce dans une intention critique, on en reproduit n&#233;cessairement la logique ali&#233;nante : &#171; la crise &#187;, &#171; le terrorisme &#187;, &#171; le dialogue social &#187;, &#171; les flux migratoires &#187;, &#171; la s&#233;curit&#233; &#187;, etc . On comprend que la parole ne peut plus d&#232;s lors constituer, pour les pl&#233;b&#233;iens, le moyen d'une affirmation du principe d'&#233;galit&#233; selon lequel un homme vaut un homme : &#171; Les pl&#233;b&#233;iens d'aujourd'hui sont &#233;cartel&#233;s entre les idiomes qui les enferment, les &#233;pinglent, les d&#233;valorisent, les ethnicisent ou les folklorisent (le langue des cit&#233;s) et la parole standard de la &#8220;communication&#8221; - le sabir du pouvoir et des &#233;lites mis en partage par les m&#233;dias&#8221; . Dans ces conditions, on comprend bien que ce sont d&#232;s lors les corps qui, dans leur surgissement, viennent exhiber l'insupportable, et non plus le langage qui vient le pr&#233;senter &#8211; &#224; ce moment, &#8220;l'&#233;meute se substitue &#224; l'altercation&#8221; . &lt;br class='autobr' /&gt; Que toutefois, &#224; travers le langage et l'argumentation, jadis, et au moyen de l'&#233;meute, aujourd'hui, on ait bien &#224; faire au &lt;i&gt;pl&#233;b&#233;ien&lt;/i&gt;, aux prises avec son ou ses ma&#238;tre(s), c'est notamment ce qu'indique le fait que, dans les deux cas, il ne s'agit pas pour le serviteur de se transformer en ma&#238;tre &#8211; il ne veut pas le pouvoir, mais il cherche seulement &#224; faire entendre son appartenance au commun. On se trouve bien ici, par cons&#233;quent, face au &lt;i&gt;pl&#233;b&#233;ien&lt;/i&gt;, qui ne s'identifie nullement au prol&#233;tariat, qui ne se sent investit d'aucune t&#226;che historique &#8211; ce qu'Alain Brossat indique de cette mani&#232;re : &#171; [Le pl&#233;b&#233;ien] &#233;nonce avec nettet&#233;, parfois v&#233;h&#233;mence, ce qui ne peut plus durer, mais son &#233;nergie ne s'investit pas dans un de ces ambitieux programmes de destruction/r&#233;&#233;dification que l'on a vu prosp&#233;rer aux XIXe et XXe si&#232;cles. Il aspire &#224; l'autonomie, &#224; la reconnaissance de son int&#233;grit&#233; (comme personne humaine), il n'est pas en marche vers la conqu&#234;te du pouvoir &#187; . En ce qui concerne notre temps pr&#233;sent, on dira que &lt;i&gt;l'&#233;meute&lt;/i&gt; n'est pas davantage la recherche d'une prise de pouvoir, et qu'ainsi elle maintient la violence pl&#233;b&#233;ienne &#224; l'&#233;cart de toute tentative qui chercherait &#224; op&#233;rer une captation allant dans ce sens - mais il est vrai que les choses ont bien chang&#233; et qu'en passant du langage &#224; l'&#233;meute, la &#171; condition ensoleill&#233;e du serviteur &#187; a laiss&#233; place &#224; un &#171; corps souffrant &#187; C'est qu'entretemps, la &lt;i&gt;distance&lt;/i&gt; entre le serviteur et son ma&#238;tre s'est accrue comme jamais, ne serait-ce qu'&#224; travers le fait de ne plus partager une langue commune. Des corps souffrants se substituent par cons&#233;quent &#224; cette forme d'all&#233;gresse du serviteur, qui, sans m&#234;me recourir &#224; la violence vive, &lt;i&gt;d&#233;faisait&lt;/i&gt; les pr&#233;tentions imm&#233;moriales du ma&#238;tre, ou, comme l'&#233;crit l'auteur, &#171; &lt;i&gt;&#233;vid[ait]&lt;/i&gt; la ma&#238;trise en mettant les rieurs de son c&#244;t&#233; &#187; . La figure du pl&#233;b&#233;ien est par cons&#233;quent toujours pr&#233;sente dans celle de l'&#233;meutier, mais c'est son inefficacit&#233; &#224; enrayer le pouvoir de ma&#238;trise qui nous frappe. La r&#233;volte de la servante, humili&#233;e dans la suite 2806 du Sofitel de New York, ne trouve pas m&#234;me &#224; se dire sur le terrain de la justice institutionnelle &#8211; le m&#233;pris infini avec lequel DSK traite cette femme de m&#233;nage, noire, migrante d'un pays africain, se trouve redoubl&#233;e par l'impossibilit&#233; de porter le &lt;i&gt;litige&lt;/i&gt; sur la place publique. Comme le souligne Alain Brossat : &#171; A ce m&#233;pris ne peut r&#233;pondre qu'une fureur et une rage dont les moyens d'expression non violents dans les espaces publics sont &#224; peu pr&#232;s nuls &#187; . S'il est une t&#226;che urgente pour notre pr&#233;sent, par cons&#233;quent, ce serait bien celle qui consisterait &#224; trouver les moyens de faire d&#233;jouer les effets de pouvoir qui r&#233;duisent la pl&#232;be &#224; l'impuissance. Non pas pour que cette pl&#232;be endosse un projet de domination (car alors elle se nierait comme pl&#232;be, en se substantialisant), mais pour qu'elle d&#233;veloppe de nouveaux moyens d'enrayer les processus de pouvoir produisant de l'humiliation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Prolongeant cette r&#233;f&#233;rence &#224; &#171; l'affaire DSK &#187;, et pour ouvrir la discussion, on peut se pencher un instant sur la question du rapport ma&#238;tre/serviteur susceptible de traverser, de mani&#232;re sp&#233;cifique, la relation hommes/femmes. Il ne peut s'agir en cela, bien &#233;videmment, de r&#233;duire le rapport hommes/femmes &#224; une question de &#171; rapports de sexes &#187; calqu&#233;s sur le mod&#232;le des rapports de classes dans le cadre de la th&#233;orie marxienne. Autrement dit, si les relations entre les hommes et les femmes sont susceptibles, partiellement, et selon des occurrences toujours singuli&#232;res, d'&#234;tre consid&#233;r&#233;es &#224; partir de cet imm&#233;morial qu'est le rapport ma&#238;tre/serviteur, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que &#171; la &#187; femme, dans ce rapport, ne saurait &#234;tre assimil&#233;e, sans autre forme de proc&#232;s &#224; &#171; la prol&#233;taire du prol&#233;taire &#187;. Disant cela, je pense en particulier aux situations dans lesquelles r&#232;gne une forme d'&#233;galit&#233; sociale &#224; l'int&#233;rieur d'un couple homme/femme, sans cependant emp&#234;cher l'&#233;mergence d'une figure de la conjugalit&#233; comme domesticit&#233;, irr&#233;ductible cependant au rapport bourgeois/prol&#233;taire &#8211; la r&#233;partition des t&#226;ches domestiques au sein de ce couple, par exemple, pourra fort bien reproduire les modalit&#233;s imm&#233;moriales de la division sexuelle du travail. Dans ces conditions, et en en restant &#224; l'exemple de DSK, l'attitude de l'agresseur se trouverait surd&#233;termin&#233;e en ceci que son m&#233;pris social &#224; l'&#233;gard de la femme de chambre Nafissatou Diallo se trouverait redoubl&#233; par le fait qu'il s'agit d'une femme &#8211; en cela, il y aurait une modalit&#233; sp&#233;cifique du rapport ma&#238;tre/serviteur qui trouverait l'occasion de s'actualiser, dans le cadre de certaines formes de rapports hommes/femmes. C'est en ce sens, me semble-t-il, qu'on peut saisir la remarque d'Alain Brossat, selon laquelle les figures f&#233;minines prises par le personnage du serviteur (&#171; la bonne, la servante, la domestique &#187;) nous enseignent que &#171; les enjeux du genre sont ici [&#8230;] cruciaux &#187; . Plus pr&#233;cis&#233;ment, lorsqu'il est question de &#171; l'enjeu [de] la pr&#233;dation sexuelle &#187;, la question du genre est &#233;voqu&#233;e dans ce livre en lien avec celle de la sexuation, et non pas en lieu et place de cette derni&#232;re : &#171; Ce n'est pas seulement ici [la question de] la &lt;i&gt;sexuation&lt;/i&gt; de la relation qui est en jeu, mais aussi celle du genre &#8211; le masculin comme composante de la ma&#238;trise et le f&#233;minin comme accompagnement de la subalternit&#233; [...] &#187; . Cet &#233;cart entre sexe et genre est donc bien ouvert par cette remarque, mais il me semblerait int&#233;ressant d'envisager un renversement d'accent dans la relation, en soulignant alors plut&#244;t que dans &#171; l'affaire du Sofitel &#187;, ce n'est pas seulement une question de genre qui est en jeu, mais aussi une question de sexuation (et pour &#233;viter tout risque d'essentialisation &#224; cet &#233;gard, pr&#233;cisons : les dites femmes et les dits hommes). Autrement dit, que le rapport homme/femme, sur le mode du rapport imm&#233;morial ma&#238;tre/serviteur ait suffisamment &#233;t&#233; pens&#233; sous l'angle de la sexuation, pour devoir laisser &#224; pr&#233;sent la premi&#232;re place &#224; un questionnement sur le genre (entendu &#224; partir de l'opposition masculin/f&#233;minin renvoyant &#224; l'opposition ma&#238;trise/subalternit&#233;), cela ne me semble pas aller de soi. En effet, le rapport de sexuation a bien souvent &#233;t&#233; plut&#244;t consid&#233;r&#233; selon l'axe des &#171; rapports de sexes &#187;, eux-m&#234;mes envisag&#233;s sur le mod&#232;le des &#171; rapports de classes &#187;, et par ailleurs, le mod&#232;le d'&#233;mancipation, pour les femmes, a surtout &#233;t&#233; celui d'une &#233;galisation des conditions selon un principe universaliste, o&#249; l'universel, de fait, s'identifiait, pour l'essentiel du moins, au masculin. C'est par exemple le fait, pour les femmes, de travailler en dehors de l'espace domestique (&#224; l'image de ce que faisaient g&#233;n&#233;ralement les hommes) qui fut valoris&#233;, et si, en effet, c'&#233;tait bien l&#224; pour elles le moyen d'acqu&#233;rir, notamment, une forme d'autonomie financi&#232;re, ce fut aussi souvent ce qui entra&#238;na pour les femmes la n&#233;cessit&#233; de fournir une double journ&#233;e de travail. Par ailleurs, cette valorisation du travail des femmes hors du milieu domestique n'a pas manqu&#233; d'entra&#238;ner un jugement n&#233;gatif &#224; l'&#233;gard des &#171; femmes au foyer &#187;, au b&#233;n&#233;fice d'une nouvelle normativit&#233;, comme si elles &#233;taient n&#233;cessairement les tenantes d'un mod&#232;le archa&#239;que, heureusement d&#233;pass&#233; par les progr&#232;s de l'&#233;mancipation f&#233;minine. C'est le Grand R&#233;cit, l&#224; encore, qui menace d'&#233;touffer les petits r&#233;cits o&#249; peut-&#234;tre, pourtant, se dirait quelque chose d'essentiel des modalit&#233;s par lesquelles les femmes, dans le rapport ma&#238;tre/serviteur qui affleure au sein des relations hommes/femmes, inventent des moyens pour enrayer le pouvoir du ma&#238;tre. Les strat&#233;gies que les femmes, dans leurs rapports aux hommes, peuvent &#234;tre amen&#233;es &#224; utiliser pour subvertir le rapport ma&#238;tre/serviteur ne sont pas sans rapport avec les jeux d'argumentation que Figaro pouvait utiliser, si elles ne se confondent pas avec eux cependant &#8211; et, en cela, la figure de la pl&#232;be qui se d&#233;gage ici rev&#234;t des traits incontestablement sexu&#233;s, vers lesquels feraient signe ces mots de Pasolini, malgr&#233; leur dimension provocatrice : &#171; Il est vrai que pendant des si&#232;cles, la femme a &#233;t&#233; exclue de la vie civile, des professions, de la politique. Mais en m&#234;me temps elle a joui de tous les privil&#232;ges que l'amour de l'homme lui donnait : elle a v&#233;cu l'exp&#233;rience extraordinaire d'&#234;tre servante et reine, esclave et ange. L'esclavage n'est pas une situation pire que la libert&#233;, elle peut au contraire &#234;tre merveilleuse &#187; . Bien s&#251;r, l'esclavage est &#224; entendre ici dans un sens m&#233;taphorique, la figure d&#233;sign&#233;e &#224; travers ces mots &#233;tant bien plut&#244;t celle des femmes comme servantes des hommes. Dans ces conditions, les mots de Pasolini indiqueraient les possibilit&#233;s de gestes discr&#232;tement subversifs dont cette figure de la servante serait riche &#8211; elle qui, &#224; aucun moment n'envisage l'acquisition d'une position de ma&#238;trise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la relation entre Julien Sorel et Madame de R&#234;nal, est plac&#233;e par Alain Brossat dans un rapport d'opposition avec celle que Marx entretenait avec sa bonne, et qui le conduisit &#224; lui faire un enfant, c'est que cette opposition met bien en &#233;vidence une sp&#233;cificit&#233; &lt;i&gt;sexuelle&lt;/i&gt;, une dissym&#233;trie, &#224; travers laquelle un amour &#233;galisateur des conditions s'av&#232;re possible entre Madame de R&#234;nal et Julien, qui occupe pourtant &#224; ce moment-l&#224; une position &#233;quivalente &#224; celle du serviteur, alors que la seconde forme de relation, entre Marx et sa domestique, ne peut &#234;tre que de pr&#233;dateur &#224; proie. Certes, mais en revanche, l'inscription de cette dissym&#233;trie sexu&#233;e au sein d'une in&#233;galit&#233; des conditions sociales, dans les deux cas, me semble emp&#234;cher de penser la relation imm&#233;moriale ma&#238;tre/serviteur (au-del&#224; de la relation empirique ma&#238;tre/servante, donc) comme susceptible de s'incarner, sous certaines conditions, dans le cadre des relations hommes/femmes en tant que tel, ind&#233;pendamment de la question du statut social. La t&#226;che qui me semble encore &#224; effectuer, de ce point de vue, serait celle consistant &#224; isoler la relation sexu&#233;e pour en &#233;tudier les formes sp&#233;cifiques que la relation ma&#238;tre/serviteur peut y prendre, en venant s'y incarner, avec les gestes de contre-conduites, eux-m&#234;mes sp&#233;cifiques, qui en d&#233;couleraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour finir, j'aimerais &#233;voquer un extrait d'un r&#233;cit tir&#233; du livre d'Afdhere Jama, intitul&#233; &lt;i&gt;Citoyens interdits. Les minorit&#233;s sexuelles dans les pays musulmans,&lt;/i&gt; pour ce qu'il indique des strat&#233;gies que certaines femmes sont conduites &#224; d&#233;ployer, dans le cadre d'un rapport ma&#238;tre/serviteur, s'inscrivant ici dans le cadre des valeurs propres au patriarcat &#8211; gestes de contre-conduites qui, toutes sp&#233;cifiques qu'elles soient, me semblent faire &#233;cho aux strat&#233;gies langagi&#232;res de Figaro ou de Jacques, le personnage du roman de Diderot, mais aussi aux &#233;meutes contemporaines, pour les &lt;i&gt;corps souffrants&lt;/i&gt; que, parfois, ces strat&#233;gies conduisent &#224; jeter dans la lutte. Il s'agit en l'occurrence de l'histoire de Fatma, femme libanaise attir&#233;e sexuellement par les femmes : &#171; Quand elle eut dix-sept ans, son p&#232;re la maria &#224; un homme qui avait plus de deux fois son &#226;ge. Elle ne fut pas forc&#233;e mais elle se sentit contrainte par sa culture. &lt;br class='autobr' /&gt; &#8220;Ce fut une situation tr&#232;s difficile &#224; accepter au d&#233;but parce que je savais que j'&#233;tais lesbienne, dit-elle avec des larmes dans les yeux. Je ne pensais pas que cela poserait probl&#232;me. Je pensais &#8220;Je peux toujours faire semblant&#8221;. Apr&#232;s tout, je connaissais toutes ces femmes dans ma famille qui n'&#233;taient pas satisfaites sexuellement&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour Fatma, le mariage pouvait s'av&#233;rer &#234;tre une chance en soi.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8220;Pour la premi&#232;re fois, j'allais obtenir une forme de libert&#233; dans ma vie, dit-elle. J'avais imagin&#233; pendant si longtemps une vie loin de mon p&#232;re. Et m&#234;me si j'&#233;tais lesbienne, je savais que la seule porte de sortie serait le mariage. Je sais que cela semble contradictoire mais en r&#233;alit&#233;, c'est la v&#233;rit&#233;. J'ai donc accept&#233; le mariage dans l'intention d'avoir enfin une vie loin de ma famille&#8221; &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'id&#233;e d'introduire le principe explicatif constitu&#233; par le rapport ma&#238;tre/serviteur dans l'analyse des rapports hommes/femmes ne doit pas nous conduire &#224; identifier les hommes, en tant que tels, &#224; des oppresseurs visant &#224; soumettre les femmes, bien &#233;videmment. Il s'agit seulement d'indiquer un imm&#233;morial propre au rapport hommes/femmes qui n'est pas sans consoner avec l'imm&#233;morial rapport ma&#238;tre/serviteur. Ce qui n'exclut pas, de mani&#232;re tout aussi &#233;vidente, qu'il y ait des hommes n'ayant aucune intention d'entretenir un rapport de domination &#224; l'&#233;gard des femmes. Malgr&#233; tout, cela n'emp&#234;che pas, structurellement, que chacun de ces rapports imm&#233;moriaux parvienne &#224; se frayer un passage, &lt;i&gt;nolens volens&lt;/i&gt;. Il me semble que privil&#233;gier en cela une analyse en termes de genre, de pr&#233;f&#233;rence &#224; une analyse en termes de sexuation, ce serait prendre le risque de dissoudre les modalit&#233;s sexu&#233;es de l'imm&#233;morial rapport ma&#238;tre/serviteur dans les modalit&#233;s socio-&#233;conomiques de cet imm&#233;morial, et ainsi courir le risque de manquer le renforcement de la dissym&#233;trie entre le ma&#238;tre et le serviteur, lorsque ce dernier est identifi&#233; comme une femme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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