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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Faut-il noyer le sexe dans l'eau du genre ?</title>
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		<dc:date>2013-06-28T10:44:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>sexe/genre</dc:subject>
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&lt;p&gt;Voici l'intervention d'Alain Naze lors du dernier week end &#224; Besan&#231;on sur le genre &lt;br class='autobr' /&gt; Si bien des discours conservateurs, aujourd'hui, s'opposent &#224; l'introduction, dans les programmes scolaires, d'une suppos&#233;e &#171; th&#233;orie du genre &#187;, c'est qu'ils y voient une remise en question de ce qu'ils consid&#232;rent comme une &#233;vidence &#8211; &#224; savoir qu'il existe bel et bien une &#171; diff&#233;rence des sexes &#187;, irr&#233;ductible, inscrite dans les corps de la mani&#232;re la plus irr&#233;futable qui soit, c'est-&#224;-dire &#171; naturelle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=32" rel="tag"&gt;sexe/genre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=60" rel="tag"&gt;&#233;mancipation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=61" rel="tag"&gt;strat&#233;gie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=62" rel="tag"&gt;institution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voici l'intervention d'Alain Naze lors du dernier week end &#224; Besan&#231;on sur &lt;strong&gt;le genre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si bien des discours conservateurs, aujourd'hui, s'opposent &#224; l'introduction, dans les programmes scolaires, d'une suppos&#233;e &#171; th&#233;orie du genre &#187;, c'est qu'ils y voient une remise en question de ce qu'ils consid&#232;rent comme une &#233;vidence &#8211; &#224; savoir qu'il existe bel et bien une &#171; diff&#233;rence des sexes &#187;, irr&#233;ductible, inscrite dans les corps de la mani&#232;re la plus irr&#233;futable qui soit, c'est-&#224;-dire &#171; naturelle &#187;, anatomique et biologique &#224; la fois. Les diff&#233;rences de &#171; genre &#187;, dans cette optique, ne constitueraient que les cons&#233;quences, sur le plan des r&#244;les sociaux, de diff&#233;rences sexu&#233;es. Ces discours consid&#233;reront qu'adopter le prisme du genre entendu comme construction sociale pour analyser des ph&#233;nom&#232;nes qu'il conviendrait selon eux d'aborder &#224; partir de la diff&#233;rence des sexes, c'est faire preuve d'id&#233;ologie, en ce qu'en remettant en question l'alignement biologique entre le sexe et le genre, ce serait une v&#233;rit&#233; d'&#233;vidence qu'on remettrait en cause, celle de la diff&#233;rence des sexes, v&#233;rit&#233; qui cr&#232;verait les yeux de tout &#234;tre ayant conserv&#233; son bon sens. Si l'on suit la logique de cette position conservatrice, c'est la cat&#233;gorie du genre qui, en tant que telle, serait subversive &#224; l'&#233;gard des partages anatomo-biologiques cens&#233;s fonder la dualit&#233; hommes/femmes au sein du genre humain. Le genre aurait donc pour effet de dissoudre la diff&#233;rence des sexes, autrement dit de faire appara&#238;tre la cat&#233;gorie du sexe elle-m&#234;me comme construite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si la cat&#233;gorie du genre, dans l'usage qu'en font notamment les sciences sociales, avait effectivement, pour effet de dissoudre la dualit&#233; des sexes, par le simple fait d'en montrer la dimension strictement construite, contingente et ouvrait ainsi sur une multiplicit&#233; r&#233;elle des sexes (&#171; n sexes &#187; disait Deleuze), une vis&#233;e &#233;mancipatrice du point de vue des m&#339;urs ne pourrait sans doute qu'y trouver son compte. Or, si la cat&#233;gorie du genre contient bien en elle-m&#234;me cette puissance d'inqui&#233;ter l'id&#233;e d'une dualit&#233; des genres en en montrant le caract&#232;re construit (pourquoi seulement deux genres ?), il resterait &#224; &#233;tablir qu'elle contient aussi en elle-m&#234;me une capacit&#233; &#224; inqui&#233;ter la dualit&#233; des sexes. Car si la cat&#233;gorie du genre est susceptible d'enrayer l'alignement d'un genre sur un sexe (homme et masculin d'une part, femme et f&#233;minin d'autre part), le fait de ne pas limiter le nombre des modalit&#233;s du genre &#224; deux contient peut-&#234;tre aussi en lui-m&#234;me, &lt;i&gt;en droit&lt;/i&gt;, une capacit&#233; &#224; remettre en cause la dualit&#233; des sexes - mais l'usage courant de la cat&#233;gorie du genre, et cela devrait rassurer les conservateurs, ne nous entra&#238;ne gu&#232;re, de fait, dans ces parages. En effet, le risque n'est-il pas souvent, lorsqu'on substitue le &lt;i&gt;terme&lt;/i&gt; (peut-&#234;tre plus que la &lt;i&gt;cat&#233;gorie th&#233;orique&lt;/i&gt;) de &#171; genre &#187; &#224; celui de &#171; sexe &#187;, de laisser intacte cette derni&#232;re cat&#233;gorie, comme si elle constituait le socle naturel, sur lequel se construisent, &lt;i&gt;ensuite&lt;/i&gt;, des diff&#233;rences de genre ? Si les discours conservateurs s'&#233;pouvantent de l'introduction de la cat&#233;gorie du genre dans les manuels scolaires, n'est-ce pas qu'ils lui conf&#232;rent une puissance &#233;mancipatrice qu'elle n'a peut-&#234;tre pas en elle-m&#234;me, ou du moins qu'elle n'a pas dans l'usage qui en est fait couramment ? Le genre d&#233;construit-il bien le sexe &lt;i&gt;en droit&lt;/i&gt; ? S'il &#233;tait en capacit&#233; de le faire, cela demanderait en tout cas une conception du genre telle qu'elle soit capable d'englober la cat&#233;gorie du sexe comme une de ses modalit&#233;s. Ce n'est qu'&#224; ce prix que la cat&#233;gorie du genre pourra peut-&#234;tre s'articuler, sans contradiction th&#233;orique, avec les luttes des femmes, des minorit&#233;s sexuelles, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est bien certain que les luttes f&#233;ministes &#224; travers l'histoire se sont appuy&#233;es sur la cat&#233;gorie du sexe, ne serait-ce que pour &#233;noncer l'oppression mill&#233;naire dont les femmes sont l'objet. Comment, d'autre part, les mouvements homosexuels de lib&#233;ration auraient-ils pu rev&#234;tir la moindre consistance, si les membres de ces mouvements n'avaient caract&#233;ris&#233; leur orientation sexuelle comme les conduisant &#224; juger d&#233;sirables sexuellement des individus de m&#234;me sexe ? Les revendications transsexuelles elles-m&#234;mes ne peuvent pas se dire hors de toute r&#233;f&#233;rence &#224; la cat&#233;gorie du sexe, m&#234;me si c'est pour en critiquer la conception naturaliste. Les luttes des individus intersexu&#233;s ne peuvent elles-m&#234;mes se comprendre qu'&#224; travers la critique de la contrainte (chirurgicale !) qui leur est adress&#233;e de se d&#233;terminer pour l'un &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; l'autre sexe, autrement dit, qu'&#224; travers la critique de l'alternative propre &#224; la diff&#233;rence-des-sexes (gar&#231;on &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; fille). Bref, remplacer la cat&#233;gorie du sexe par celle du genre risque bien de rendre incompr&#233;hensibles de tels combats &#8211; ou pire, de faire parfois consid&#233;rer certains d'entre eux comme r&#233;trogrades, puisque ouvrant la voie &#224; tous les essentialismes -, en m&#234;me temps que cela peut priver ces luttes des modes de subjectivation produisant ces combattant(e)s. Et il ne s'agit pas seulement ici d'identit&#233;s strat&#233;giques. Le fait que des luttes soient men&#233;es par des femmes, par des transsexuels, etc., implique des modalit&#233;s de subjectivation plus profondes que celles qu'on lierait seulement &#224; une d&#233;marche strat&#233;gique. C'est aussi cela qui est &#224; comprendre, concernant des mouvements de lib&#233;ration, sans pour autant sombrer dans la moindre apologie de &lt;i&gt;l'identit&#233;&lt;/i&gt;. Il faut d'abord se construire, pour pouvoir se d&#233;construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que les femmes aient pu &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme relevant du &#171; sexe faible &#187;, ou du &#171; beau sexe &#187;, cela r&#233;clamait de leur part un combat pour s'affirmer dans un rapport &#233;galitaire, vis-&#224;-vis des hommes. Or, cette lutte &#224; vis&#233;e universaliste (&#234;tre reconnu l'&#233;gal de l'autre) demandait bien d'en passer par l'affirmation d'une capacit&#233; des femmes &#224; faire aussi bien que les hommes, par l'affirmation d'une absence d'incomp&#233;tence constitutive &#8211; l'incomp&#233;tence qu'on pouvait leur reprocher n'&#233;tant que le fruit de discriminations dans l'&#233;ducation, dans le domaine du travail, dans l'acc&#232;s &#224; la parole, etc., toutes discriminations socialement construites. Il a donc bien fallu que les femmes se constituent d'abord comme supports d'une parole susceptible de b&#233;n&#233;ficier d'une audience publique, autrement dit qu'elles en passent par cet acte performatif par lequel la prise de parole en public t&#233;moignait, en elle-m&#234;me, pour la lutte &#233;mancipatrice que le contenu de cette parole articulait. Ainsi, pour seulement r&#233;clamer un r&#233;gime d'&#233;galit&#233;, donc sur le fondement d'une revendication strictement universaliste, il n'est pas possible de ne pas adopter, au moins pendant un temps, un point de vue particulariste (en l'occurrence sexu&#233;), pour simplement articuler cette parole. On pourrait dire en m&#234;me temps que de cette fa&#231;on, on s'enferme moins dans une identit&#233; (si c'est le risque de tout combat, &#231;a n'en est pourtant pas le destin in&#233;luctable) qu'on ne r&#233;v&#232;le la nature de l'universalisme r&#233;publicain : n'&#234;tre que le particularisme de la majorit&#233;. Le parall&#232;le pourrait &#234;tre fait avec bien d'autres luttes, qui n'ont pu prendre forme qu'au moyen d'une affirmation de soi &#8211; face &#224; un monde qui vous nie. Dans ces conditions, m&#234;me des revendications s'adossant &#224; l'universalisme r&#233;publicain ne peuvent rester en-dehors de la partition de la soci&#233;t&#233; entre individus pr&#233;sentant certaines particularit&#233;s empiriques, au nombre desquelles, la diff&#233;rence hommes/femmes. C'est en ce sens que la loi fran&#231;aise sur la parit&#233; en politique, datant de 2000, a &#233;voqu&#233; explicitement le sort qui devait &#234;tre r&#233;serv&#233;, par les partis politiques, aux hommes et aux femmes &#8211; et c'est m&#234;me depuis 1946 que le pr&#233;ambule de la Constitution fran&#231;aise proclame, dans son article 3 : &#171; La loi garantit &#224; la femme, dans tous les domaines, des droits &#233;gaux &#224; ceux de l'homme &#187;. On peut bien s&#251;r regretter (et c'est en effet tr&#232;s regrettable) que de cette mani&#232;re ce soit la diff&#233;rence des sexes elle-m&#234;me qui s'inscrive dans la loi ; mais ce qu'on peut aussi souligner, c'est que toute lutte contre les discriminations peut difficilement se mener sans que le groupe discrimin&#233; ne se constitue politiquement - s&#233;cr&#233;tant donc une identit&#233;, qui, certes, peut se figer, comme ce fut le cas &#224; travers son inscription dans la loi, mais une identit&#233; qui peut aussi dessiner les contours de formes de socialit&#233; et de subjectivation in&#233;dites (groupes de paroles entre femmes, exp&#233;riences gays communautaires, etc.). Quand la communaut&#233; de lutte se constitue sur la base de discriminations sexuelles (de sexuation ou d'orientation sexuelle), la r&#233;f&#233;rence au sexe en tant que cat&#233;gorie s'av&#232;re donc in&#233;vitable. Cela ne signifie pas pour autant que ces groupes de lutte laissent n&#233;cessairement cette cat&#233;gorie inchang&#233;e. Il ne faut pas confondre en effet l'identit&#233; strat&#233;gique qu'un groupe doit rev&#234;tir pour obtenir des avanc&#233;es notamment dans le domaine du droit, avec les modalit&#233;s effectives de subjectivation que s&#233;cr&#232;te l'appartenance &#224; certains groupes minoritaires &#8211; m&#234;me si le risque que l'identit&#233; strat&#233;gique finisse par recouvrir les modalit&#233;s de subjectivation d&#233;velopp&#233;es au sein du groupe existe bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit certes pas de laisser entendre que la cat&#233;gorie du genre pourrait &#234;tre superposable &#224; celle de l'universalisme &#8211; ce qui serait absurde -, mais seulement de souligner que dans le cadre de luttes propres &#224; des groupes discrimin&#233;s du point de vue de la sexuation et/ou de l'orientation sexuelle, d&#233;placer sans nuances l'ensemble du d&#233;bat du terrain th&#233;orique du sexe vers celui du genre, c'est courir le risque de faire jouer &#224; la cat&#233;gorie du genre le r&#244;le de l'universel. A l'inverse, recourir &#224; la cat&#233;gorie du sexe pour articuler des luttes politique, c'est courir le risque que le sexe soit tenu lui-m&#234;me comme le fondement d'une identit&#233; substantielle &#8211; risque dans lequel sombre le f&#233;minisme essentialiste, et qui serait alors l'&#233;quivalent du risque de l'accroc fait au principe universaliste en inscrivant la diff&#233;rence des sexes dans la loi. C'est donc entre ces deux &#233;cueils qu'il faudrait chercher &#224; passer : ne pas nier le sexe en lui substituant la cat&#233;gorie du genre, et ne pas substantialiser non plus le sexe, cat&#233;gorie sur laquelle, de fait, prennent appui bien des luttes. Si l'on veut, une mani&#232;re assez g&#233;n&#233;rale de consid&#233;rer le genre &#8211; sans entrer pour l'instant dans le d&#233;tail d'analyses beaucoup plus fines de cette notion - revient &#224; en faire une cat&#233;gorie construite, qui opposerait le masculin et le f&#233;minin, dans des rapports de pouvoir. Il n'y aurait donc pas d'autres diff&#233;rences entre le masculin et le f&#233;minin, que construites. Par cons&#233;quent, si les femmes subissent l'oppression des hommes, ce serait moins parce que ce sont des femmes (sexe) que parce qu'elles sont situ&#233;es du c&#244;t&#233; du f&#233;minin. D'ailleurs, dans cette optique, si les gays sont discrimin&#233;s, ce serait parce qu'un doute existerait quant &#224; leur masculinit&#233; ; et plus g&#233;n&#233;ralement, la norme en la mati&#232;re serait qu'un groupe discrimin&#233;, &#224; un niveau ou un autre, subit une f&#233;minisation. On voit comment une telle conception du genre est susceptible de jouer le r&#244;le de l'universel : il n'y a plus ni hommes, ni femmes (r&#233;f&#233;rence au sexe), il y a des &#234;tres humains, hi&#233;rarchiquement distribu&#233;s entre les p&#244;les du masculin et du f&#233;minin (r&#233;f&#233;rence au genre), avec toutes les diff&#233;rences de degr&#233; envisageables. Que l'on touche ainsi quelque chose, c'est &#233;vident, comme nous le montreraient, par exemple, les figures de f&#233;minisation de l'autre d&#233;velopp&#233;es par les pens&#233;es racistes, ou encore l'assimilation de l'ennemi &#224; un &#234;tre eff&#233;min&#233;. Mais le probl&#232;me est qu'ainsi on tend &#224; faire dispara&#238;tre, par exemple, les violences sp&#233;cifiques faites aux femmes. Comment faire pour tenir compte de cette sp&#233;cificit&#233;, sans r&#233;activer pour autant la cat&#233;gorie &#171; femmes &#187; comme ontologiquement fond&#233;e ? Mais par ailleurs, cette pens&#233;e du genre qui substitue le genre au sexe, ne tend elle pas, de son c&#244;t&#233;, &#224; faire du sexe le socle originaire, initialement &lt;i&gt;donn&#233;&lt;/i&gt; &#8211; et donc naturel &#8211; &#224; partir duquel se d&#233;velopperait la construction du genre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de Fran&#231;oise Collin, sur cette question, est int&#233;ressante, puisque si elle s'av&#232;rait m&#233;fiante &#224; l'&#233;gard de ce qu'elle consid&#232;rait &#234;tre une h&#233;g&#233;monie du genre dans le domaine des sciences sociales, elle tenait cependant &#224; se maintenir &#224; l'&#233;cart des tendances essentialistes du f&#233;minisme. Pour ce faire, elle a fr&#233;quemment utilis&#233; l'expression &#171; les dites femmes &#187;, ce qui constitue une mani&#232;re de ne pas r&#233;duire la cat&#233;gorie &#171; femmes &#187; &#224; celles que l'on d&#233;finirait ainsi sur des bases naturalistes, et &#224; l'&#233;tendre &#224; toutes celles qu'on identifie ainsi, quel que soit leur sexe biologique. Revenant sur les notions de &#171; genre &#187; et de &#171; rapports sociaux de sexes &#187;, elle &#233;crivait : &#171; Ces notions ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;es par r&#233;action critique &#224; la notion de &#8220;diff&#233;rence des sexes&#8221; qui dissimulait, ou ne faisait pas appara&#238;tre le caract&#232;re &#8220;construit&#8221;, social, de cette diff&#233;rence. Mais la notion de &#8220;genre&#8221; - apparue dans les ann&#233;es 80-90 pour traduire le &lt;i&gt;gender&lt;/i&gt; am&#233;ricain &#8211; comme d'ailleurs la notion fran&#231;aise de &#8220;construction sociale de sexes&#8221; ou de &#8220;rapports sociaux de sexes&#8221;, dissimule la dissym&#233;trie et plus encore la hi&#233;rarchie des sexes qui est en jeu. Elles ont l'avantage de porter sur l'un et l'autre sexes, de probl&#233;matiser l'un par rapport &#224; l'autre, mais en dissimulant ou en tout cas en ne faisant pas appara&#238;tre la structure de domination qui les lie et qui a &#233;t&#233; le motif d&#233;terminant du mouvement f&#233;ministe, dans sa pratique et sa r&#233;flexion &#187; .1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, que le genre ne soit pas naturel, mais construit, cela ne le rend critiquable qu'&#224; la condition d'insister sur les rapports de hi&#233;rarchisation que cette division en genres entra&#238;ne. Sans cela, c'est le caract&#232;re construit du genre qu'on serait conduit &#224; critiquer, avec le soup&#231;on in&#233;vitable de chercher ainsi &#224; &#233;pouser une position naturaliste. Ce que Fran&#231;oise Collin veut dire, c'est qu'un raisonnement sur le genre est certes utile en ce qu'il arrache les femmes &#224; leur &#171; nature &#187; suppos&#233;e, &#233;vitant ainsi de faire de leur subordination un &#233;tat de fait qui d&#233;coulerait de leur essence, mais qu'un tel raisonnement pr&#233;sente n&#233;anmoins le risque, en oubliant tout rapport &#224; la notion de &#171; sexe &#187;, de rendre incompr&#233;hensible le mouvement f&#233;ministe &#8211; pire, d'en faire le reliquat d'une pens&#233;e essentialiste du f&#233;minin. Alors que si la notion de genre touche bien quelque chose, qui concerne tous les sexes, elle ne doit pas &#234;tre l'occasion de perdre de vue la hi&#233;rarchisation sociale sp&#233;cifique qui d&#233;coule du simple fait d'&#234;tre socialement &#233;tiquet&#233; comme &#171; femme &#187; - non pas seulement comme &#171; f&#233;minin &#187;, mais bien comme &#171; femme &#187;, et ce, encore une fois, quel que soit son sexe biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si, donc, les mouvements f&#233;ministes ont pu, parfois, refuser la mixit&#233;, et donc exclure les hommes, notamment de leurs groupes de paroles, il ne faudrait pas n&#233;cessairement y voir une forme de repli identitaire. Si l'on raisonne en termes de &#171; genre &#187;, la mixit&#233; sexuelle ne peut que s'imposer, pas si l'on raisonne en termes de &#171; sexe &#187;. Fran&#231;oise Collin &#233;crit ceci, &#224; propos de Mai 68, quant &#224; cette question de la mixit&#233; : &#171; [&#8230;] dans une r&#233;volution qui se voulait g&#233;n&#233;rale et libertaire, les femmes &#233;taient r&#233;duites au silence ou ne pouvaient se manifester que sous caution. Un mouvement qui revendiquait la libert&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e reconduisait la domination masculine, en contradiction flagrante avec son principe. C'est alors que les femmes ont fait s&#233;cession. Ceci &#233;claire le paradoxe qui fait que, pour r&#233;aliser une soci&#233;t&#233; v&#233;ritablement mixte, les femmes commencent par se r&#233;unir entre elles, en tant que femmes. Mais cet &#8220;en tant que femmes&#8221; est pr&#233;cis&#233;ment une riposte active &#224; l' &#8220;en tant que femmes&#8221; qui leur &#233;tait s&#233;culairement assign&#233; &#187; .(2) Comme toute pratique de r&#233;appropriation qui est aussi une pratique de re-signification, cet apparent repli sur la cat&#233;gorie du sexe ne vaut pas comme apologie de l'acception naturaliste qui &#233;tait initialement la sienne. Il n'y a donc pas que les f&#233;ministes essentialistes qui recourent &#224; cette cat&#233;gorie de sexe, voire qui en fassent l'instrument de coh&#233;sion d'un groupe en lutte, de m&#234;me qu'il n'y avait pas que les partisans du s&#233;paratisme racial qui, au sein des &lt;i&gt;Black Panthers&lt;/i&gt;, faisaient de leur couleur de peau le fer de lance des luttes d'&#233;mancipation, visant en fait, d'abord, &#224; sortir de l'invisibilit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si l'on se place &#224; pr&#233;sent sur un terrain plus directement th&#233;orique, on peut rencontrer des conceptions du &#171; genre &#187; nettement plus int&#233;ressantes que la vulgate en la mati&#232;re sur laquelle on s'est appuy&#233; pour &#233;tablir l'int&#233;r&#234;t &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; d'un recours maintenu &#224; la notion de &#171; sexe &#187;. Cette fois, en effet, l'impens&#233; selon lequel le sexe resterait ce fondement sur lequel prolif&#232;rerait la notion de genre est affront&#233;. Or, si l'on refuse de le consid&#233;rer comme un substrat naturel, le sexe ne devient-il pas d&#232;s lors lui-m&#234;me une construction sociale et/ou politique ? Dans ces conditions, comment pourrait-on encore distinguer sexe et genre ? Ne pourrait-on pas alors, tout aussi logiquement, se demander cette fois si ce n'est pas le sexe qui d&#233;construirait le genre ? A moins qu'on envisage la dispersion en une multiplicit&#233; de genres comme ouvrant sur une multiplicit&#233; de sexes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans cette discussion, on peut s'arr&#234;ter sur la position de Christine Delphy, qui correspond r&#233;solument &#224; celle selon laquelle c'est le genre qui d&#233;construit le sexe. En effet, au lieu d'opposer un genre (construit) &#224; un sexe (donn&#233;), elle va d&#233;fendre l'id&#233;e selon laquelle le sexe serait une cr&#233;ation propre au genre lui-m&#234;me. Revenant sur son itin&#233;raire th&#233;orique, Delphy indique que cette r&#233;flexion s'enracine dans une remarque initiale, &#224; travers laquelle elle soutenait que &#171; [s]i le genre n'existait pas, ce qu'on appelle le sexe serait d&#233;nu&#233; de signification, et ne serait pas per&#231;u comme important : ce ne serait qu'une diff&#233;rence physique parmi d'autres &#187; .(3) L'id&#233;e de d&#233;part est donc que c'est le genre qui donne au sexe sa signification, &#224; savoir cette capacit&#233; &#224; diviser en deux le genre humain ; sans le genre, le sexe ne constituerait qu'une diff&#233;rence anatomique parmi d'autres, et n'aurait pas ce pouvoir structurant. De cette remarque initiale, Christine Delphy en arriva &#224; la conclusion &#171; que le genre n'[a] pas de substrat physique &#8211; plus exactement que ce qui est physique (et dont l'existence n'est pas en cause) n'est pas le substrat du genre. Qu'au contraire c'[est] le genre qui cr[&#233;e] le sexe : autrement dit, qui donn[e] un sens &#224; des traits physiques qui, pas plus que le reste de l'univers physique, ne poss&#232;dent de sens intrins&#232;que &#187; .(4) Dans ces conditions, comment ne pas penser une interchangeabilit&#233; parfaite entre les termes de genre et de sexe ? En tout cas, une avanc&#233;e semble ici se dessiner, en ce que cette n&#233;gation de la naturalit&#233; du sexe permet d'&#233;chapper &#224; toute inscription de la diff&#233;rence des sexes &#224; un niveau ontologique. En m&#234;me temps, d'ailleurs, cette attribution sociale d'une signification renvoyant &#224; la diff&#233;rence des sexes, &#224; certains traits physiques en eux-m&#234;mes a-signifiants, ouvre la voie &#224; une suppression de la r&#233;f&#233;rence au sexe et/ou &#224; une possible multiplication des sexes : la d&#233;connexion du sexe par rapport au moindre substrat physique ouvre en effet la voie &#224; une dispersion des sexes, &#224; hauteur d'une diversification des genres. On pourrait ainsi en venir &#224; consid&#233;rer de simples diff&#233;rences de degr&#233; entre les sexes, dessinant un &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; d&#233;connect&#233; &lt;i&gt;de droit&lt;/i&gt; de tout trait anatomique et/ou biologique &#224; m&#234;me de lui fournir un fondement ontologique. Cela permettrait aux individus intersexu&#233;s de ne plus avoir &#224; subir l'injonction chirurgicale de se d&#233;terminer pour l'un ou l'autre sexe, ni m&#234;me pour quelque sexe que ce soit ; cela permettrait aussi aux transsexuel(le)s de modifier leur corps, non comme on change de sexe strictement parlant, mais comme on adapte son corps au sexe dans lequel on se reconna&#238;t. En suivant Christine Delphy sur cette question, on pourrait soutenir par cons&#233;quent que le genre, en construisant le sexe, le d&#233;construit. &lt;br class='autobr' /&gt; L'id&#233;e selon laquelle r&#233;f&#233;rer certains traits physiques &#224; une appartenance de sexe ne rel&#232;verait pas n&#233;cessairement d'une d&#233;rivation du sexe &#224; partir de la nature est une position que partage Marie-Blanche Tahon, qui objecte &#224; ce possible raisonnement que rien n'impose de consid&#233;rer le sexe physique comme relevant de la nature. En effet, fait-elle remarquer, dans nos soci&#233;t&#233;s, &#171; ce n'est pas un bulletin m&#233;dical qui assigne l'une des deux appartenances de sexe &#224; un enfant qui vient de na&#238;tre, mais l'inscription &#224; l'&#233;tat civil &#187; .(5) C'est tout &#224; fait exact, et l'on pourrait en effet en conclure que le sexe n'est pas intrins&#232;quement li&#233; &#224; la nature dans le cadre de cette construction sociale. Il y aurait m&#234;me en cela construction sociale par excellence pour l'auteure, &#224; travers la d&#233;liaison ainsi op&#233;r&#233;e entre sexe et naturalit&#233; : &#171; L'&#233;tablissement de deux sexes et de seulement deux indique une &#8220;v&#233;rit&#233; l&#233;galis&#233;e&#8221;, une l&#233;galisation qui fait appara&#238;tre une v&#233;rit&#233; (et non l'inverse) &#187; .(6) Autrement dit, il n'y aurait pas de v&#233;rit&#233; de la sexuation ant&#233;rieure &#224; l'&#233;tablissement juridique des deux sexes, &#233;tablissement arbitraire si l'on veut, contingent en tout cas, dans le sens d'une d&#233;connexion vis-&#224;-vis de quelque donn&#233; objectif. C'est sur cette dualit&#233; des sexes qu'a &#233;t&#233; &#233;tabli le droit &#224; la filiation, mais l&#224; non plus, selon l'auteure, il ne faudrait pas y voir une r&#233;duction du p&#232;re ou de la m&#232;re &#224; &#171; leur bagage de gam&#232;tes &#187;, sous le pr&#233;texte que jusqu'ici, un &#171; p&#232;re &#187; est un &#171; homme &#187;, et une &#171; m&#232;re &#187;, une &#171; femme &#187; : &#171; Le droit de la filiation ignore les &#8220;m&#226;les&#8221; et les &#8220;femelles&#8221;, pour ne reconna&#238;tre que des &#8220;p&#232;res&#8221; qui sont des &#8220;hommes&#8221; et des &#8220;m&#232;res&#8221; qui sont des &#8220;femmes&#8221; (tandis que tout &#8220;homme&#8221; n'est pas condamn&#233; &#224; &#234;tre &#8220;p&#232;re&#8221;, pas plus que toute &#8220;femme&#8221; n'est destin&#233;e &#224; &#234;tre &#8220;m&#232;re&#8221;) &#187; .(7) Si, par cons&#233;quent, pour Marie-Blanche Tahon, le sexe est susceptible de d&#233;construire le genre (position au moins nominalement oppos&#233;e &#224; celle de Christine Delphy), c'est que la consid&#233;ration de l'institution de l'&#233;tat civil permet de d&#233;lier sexe et nature : &#171; La r&#233;f&#233;rence au &#8220;sexe&#8221; institu&#233; par l'&#233;tat civil est suffisante pour se positionner sur le terrain de la &#8220;construction sociale&#8221;. Et suffisante pour s'y positionner afin de revendiquer la construction de l'&#233;galit&#233; entre &#8220;homme&#8221; et &#8220;femme&#8221; &#187; .(8) C'est la cat&#233;gorie du genre qui, cette fois, est jug&#233;e superflue, Marie-Blanche Tahon consid&#233;rant que l'&#233;tablissement du caract&#232;re institu&#233; du sexe suffit pour &#233;tablir la dimension de construction sociale du sexe. Pourtant, la notion de genre paraissait utile pour contrecarrer la d&#233;rivation effective du sexe &#224; partir de certains traits physiques, qui est op&#233;r&#233;e, de fait, par l'&#233;tat civil. Que le simple fait que le sexe constitue une fiction sociale suffise pour &#233;tablir son caract&#232;re construit, et donc contingent, c'est ce dont on peut douter si l'on envisage nombre de discours relatifs &#224; la notion d'ordre symbolique, dont la loi institu&#233;e serait le garant. La question se trouve en fait ici seulement d&#233;plac&#233;e : que le sexe ne soit pas d&#233;riv&#233; de la nature, mais fond&#233; sur l'&#233;tat civil, cela laisse enti&#232;re la question de savoir si la loi elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire l'institution op&#233;rant les partages sexu&#233;s, ne repose pas, en tant que telle, sur un fondement jug&#233; non n&#233;gociable, ind&#233;constructible. Lorsque Marie-Blanche Tahon &#233;crit que la r&#233;f&#233;rence au sexe institu&#233; est suffisante pour revendiquer l'&#233;galit&#233; entre les hommes et les femmes, et donc, qu'il n'est nul besoin d'en passer par la cat&#233;gorie du genre, elle laisse compl&#232;tement de c&#244;t&#233; le fait que si cette revendication d'une &#233;galit&#233; entre les hommes et les femmes est recevable &#224; partir de la seule consid&#233;ration du sexe comme institu&#233;, c'est parce que cette revendication d'&#233;galit&#233; n'est pas porteuse, en elle-m&#234;me, d'une remise en cause de la diff&#233;rence des sexes, ou de la limitation du nombre des sexes &#224; deux. Le simple fait de reconna&#238;tre que la loi op&#232;re des partages, notamment celui qui concerne la diff&#233;rence des sexes, cela n'introduit pas pour autant, &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt;, du jeu dans ces cat&#233;gories institu&#233;es. Il suffit d'&#233;couter Pierre Legendre, qui lui non plus ne nie pas l'institutionnalisation de la diff&#233;rence des sexes, mais qui juge que les partages ainsi effectu&#233;s sont garants de la coh&#233;rence du monde, ce en quoi ils constitueraient des partages propres &#224; la raison elle-m&#234;me, nous pr&#233;servant ainsi de la folie : &#171; Raval&#233;e au niveau d'une id&#233;ologie de masse, l'homosexualit&#233; &#8211; position subjective &#8211; est cens&#233;e apurer les comptes historiques de la r&#233;pression du sexe en Occident et d&#233;montrer, par la pens&#233;e-acte et par des th&#232;ses d'un simplisme accessible &#224; tous, l'inanit&#233; des questionnements classiques autour de l'Interdit. Cependant, en d&#233;pit de la majest&#233; universitaire dont s'entoure la dogmatique homosexualiste en formation, avec &#224; l'appui la revendication juridique d'un statut classant les couples dits homosexuels sous un &lt;i&gt;comme si&lt;/i&gt; annulatoire de la diff&#233;rence des sexes, &#233;merge tout bonnement l'imm&#233;moriale question de l'enfant : pourquoi y a-t-il des papas et des mamans, pourquoi les hommes et les femmes ? Mais &#224; manier d&#233;magogiquement le tourment humain par la man&#339;uvre du faussaire &#8211; j'entends par l&#224; : fausser le jeu des images -, on ignore ou on veut ignorer que, de la place fondatrice (le lieu de Tiers &#233;tatique, garant des cat&#233;gories normatives) subvertie, s'ouvrent pour ceux qui nous suivent les portes d'un monde incoh&#233;rent. Ils paieront la note, eux, non pas ceux qui aujourd'hui tiennent la main au discours ultralib&#233;ral et libertaire. Faire comprendre que les fragiles constructions de la Raison sont institutionnelles et que ruiner le cadre normatif, au nom du principe de plaisir &#8211; et, pr&#233;tend-on aussi, de la d&#233;mocratie plan&#233;taire -, constitue une m&#233;prise, faire comprendre cela rel&#232;ve de la quadrature du cercle &#187; .(9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans soup&#231;onner Marie-Blanche Tahon de vouloir emprunter un chemin comparable &#224; celui, strictement r&#233;actionnaire, de Pierre Legendre, on peut au moins souligner l'insuffisance de l'&#233;vocation de la dimension construite de fa&#231;on institutionnelle de la diff&#233;rence des sexes, s'il s'agit de fournir un point d'ancrage aux luttes de remise en question de ce type de construction sociale. C'est que lorsqu'on se r&#233;f&#232;re &#224; l'institutionnalisation elle-m&#234;me, on ne peut n&#233;gliger le socle, lui-m&#234;me hors institution, qui vaut comme &lt;i&gt;origine instituante&lt;/i&gt; &#8211; et, d&#232;s lors, tout discours de d&#233;montage des constructions institutionnelles risque de se heurter &#224; ce socle, qu'on l'appelle ordre symbolique, ou comme on voudra, et qui d&#233;fie le raisonnement. En effet, ce que l'institution de l'&#233;tat civil ne permet notamment pas de comprendre, c'est l'injonction adress&#233;e aux individus intersexu&#233;s d'avoir &#224; opter pour un sexe ou l'autre &#8211; ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, si l'on peut comprendre comment cette demande leur est adress&#233;e, dans le cadre de la partition binaire des sexes institu&#233;e par cet &#233;tat civil, en revanche, il est plus difficile de comprendre comment cette injonction prend la forme d'une injonction &#224; transformer son corps physique. Il y a l&#224; une incoh&#233;rence qui ne se comprend qu'&#224; partir d'un lieu pr&#233;-institu&#233;, et qui donne son sens &#224; l'institution. Il n'est pas plus &#233;vident, du point de vue d'une institution fonctionnant sur une base d&#233;clarative, de comprendre pourquoi l'&#233;tat civil n'enregistrerait pas les d&#233;clarations de changement de sexe de transgenres, le faisant cependant &#224; pr&#233;sent, au moins dans certains pays, pour les transsexuels ayant subi une op&#233;ration de &#171; r&#233;assignation sexuelle &#187;, selon le vocabulaire consacr&#233;. Serait &#233;galement incompr&#233;hensible le fait que le Procureur de Nanterre ait pu, en 2005, s'opposer au mariage entre Camille Barr&#233; (devenue femme depuis 1999, selon l'&#233;tat civil) et l'Argentin Benito Martin Leon (transgenre), puisque du simple point de vue de l'&#233;tat civil lui-m&#234;me, il s'agit l&#224; d'un mariage h&#233;t&#233;rosexuel. La d&#233;liaison suppos&#233;e entre nature et institution, mais aussi entre constat et d&#233;claration devrait emp&#234;cher qu'une v&#233;rit&#233; l&#233;galis&#233;e (la d&#233;claration d'appartenance &#224; un sexe aupr&#232;s de l'&#233;tat civil) demande &#224; &#234;tre redoubl&#233;e, confirm&#233;e, &#224; travers une inscription corporelle &#8211; ou alors il faut bien admettre que la v&#233;rit&#233; l&#233;galis&#233;e ne dispose d'aucune autonomie par rapport &#224; un constat relatif &#224; l'anatomie et/ou &#224; l'apparence d'un corps, que cette v&#233;rit&#233; l&#233;galis&#233;e ne vaut qu'aussi longtemps qu'aucun constat n'est venu apporter un &lt;i&gt;d&#233;menti&lt;/i&gt; &#224; la d&#233;claration faite aupr&#232;s de l'&#233;tat civil. Et dans ces conditions, il faudrait donc bien conclure que c'est le corps lui-m&#234;me qui subit l'institution de la dualit&#233; des sexes, elle-m&#234;me d&#233;riv&#233;e de la repr&#233;sentation qu'on se fait du lien entre sexe et nature. Il resterait donc &#224; comprendre comment s'institue la cat&#233;gorie du sexe, dans ce rapport complexe entre corps, nature et institution. La force de l'argumentation de Judith Butler, &#224; cet &#233;gard, est de ne pas &#233;viter cette question, et de tenter une r&#233;ponse qui, en complexifiant la notion de &#171; genre &#187;, renforce la difficult&#233;, d&#233;j&#224; soulign&#233;e par Christine Delphy, de maintenir l'opposition genre/sexe, telle qu'on a pu l'&#233;voquer dans la premi&#232;re partie de cette intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'en effet Judith Butler unit en profondeur sexe et genre, faisant l'hypoth&#232;se de ce dernier comme vecteur d'institution des sexes : &#171; Si le sexe devenait une cat&#233;gorie d&#233;pendante du genre, la d&#233;finition m&#234;me du genre comme interpr&#233;tation culturelle du sexe perdrait tout son sens. On ne pourrait alors plus concevoir le genre comme un processus culturel qui ne fait que donner un sens &#224; un sexe donn&#233; (c'est la conception juridique) ; d&#233;sormais, il faut aussi que le genre d&#233;signe pr&#233;cis&#233;ment l'appareil de production et d'institution des sexes eux-m&#234;mes. En cons&#233;quence, le genre n'est pas &#224; la culture ce que le sexe est &#224; la nature ; le genre, c'est aussi l'ensemble des moyens discursifs/naturels par quoi la &#8220;nature sexu&#233;e&#8221; ou un &#8220;sexe naturel&#8221; est produit et &#233;tabli dans un domaine &#8220;pr&#233;discursif&#8221;, qui pr&#233;c&#232;de la culture, telle une surface politiquement neutre &lt;i&gt;sur laquelle&lt;/i&gt; intervient la culture apr&#232;s coup &#187; .(10) La d&#233;construction du sexe par le genre emp&#234;che par cons&#233;quent de consid&#233;rer le genre comme simple interpr&#233;tation culturelle du sexe, et donc ruine l'id&#233;e selon laquelle le sexe constituerait bien un donn&#233;, &#224; partir duquel la culture op&#233;rerait ses partages, au moyen du genre. Il faudrait au contraire envisager le genre comme &#171; l'appareil de production et d'institution des sexes eux-m&#234;mes &#187;, c'est-&#224;-dire un appareil qui produit r&#233;ellement le sexe, au lieu d'avoir seulement &#224; le r&#233;interpr&#233;ter culturellement. Si, donc, Butler indique que le genre n'est pas, vis-&#224;-vis de la culture, ce qu'est la nature, vis-&#224;-vis du sexe, c'est qu'elle veut dire que l&#224; o&#249; la nature se contente de produire naturellement ses objets, comme naturels, le genre, lui, ne produirait pas que des objets culturels, identifi&#233;s comme culturels, mais userait aussi d'un entrem&#234;lement de moyens naturels et discursifs, pour produire des objets ant&#233;rieurs &#224; toute culture, et sur lesquels, ensuite, la culture op&#232;rerait ses partages. C'est l&#224; que r&#233;siderait la puissance d'institution propre au genre, tout comme l'institution du politique requiert une source instituante, elle-m&#234;me pr&#233;-politique &#8211; la &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187; comme source mythique de l'autorit&#233; d&#233;mocratique, par exemple. Face &#224; une puissance instituante, la faiblesse des individus est &#233;vidente, du moins en ce qui concerne une &#233;ventuelle capacit&#233; &#224; produire de nouvelles normes ; en revanche, peut-&#234;tre nous serait-il possible de &lt;i&gt;d&#233;faire&lt;/i&gt; certaines de ces normes, de &lt;i&gt;nous d&#233;faire&lt;/i&gt; en tant qu'individu genr&#233;, comme on se d&#233;fait d'une identit&#233; subie. C'est l&#224; que le propos de Judith Butler n'est pas sans port&#233;e politique, contrairement &#224; ce qu'on aurait pu en penser, en envisageant trop rapidement sa lutte contre la reformation des &lt;i&gt;identit&#233;s&lt;/i&gt; : si la th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; semble s'opposer &#224; toute &#171; revendication identitaire &#187;, il serait sans doute plus exact, juge-t-elle, de soutenir que &#171; l'opposition de la th&#233;orie queer &#224; la l&#233;gislation impos&#233;e de l'identit&#233; est [&#8230;] plus importante que toute pr&#233;supposition quant &#224; la plasticit&#233; de l'identit&#233; ou quant &#224; son caract&#232;re r&#233;trograde &#187; .(11) Ainsi, la th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; serait sensible, d'abord, &#224; la question de l'injonction &#224; l'identit&#233;, et cet angle de vue aurait minimis&#233; la place prise par un questionnement en profondeur sur l'identit&#233; v&#233;cue. Or, il n'y aurait pas incompatibilit&#233;&lt;i&gt; a priori&lt;/i&gt; entre cette th&#233;orie et une certaine pratique de l'identit&#233; : &#171; [&#8230;] le d&#233;sir transsexuel d'&#234;tre un homme ou une femme ne doit pas &#234;tre confondu avec un simple d&#233;sir de se conformer &#224; des cat&#233;gories identitaires &#233;tablies. Comme l'indique Kate Bornstein, il peut s'agir d'un d&#233;sir qui porte sur la transformation elle-m&#234;me, d'une poursuite de l'identit&#233; en tant qu'exercice transformateur, d'un exemple o&#249; le d&#233;sir lui-m&#234;me est une activit&#233; transformatrice ; mais m&#234;me si, dans chacun de ces cas, le d&#233;sir d'une identit&#233; stable est &#224; l'&#339;uvre, il est important de voir qu'une vie vivable n&#233;cessite un certain degr&#233; de stabilit&#233;. De la m&#234;me fa&#231;on qu'une vie pour laquelle il n'existe aucune cat&#233;gorie de reconnaissance n'est pas une vie vivable, une vie pour laquelle ces cat&#233;gories constituent une contrainte invivable n'est pas une option acceptable &#187; .(12) Ainsi, avant m&#234;me de penser l'identit&#233; qu'un groupe doit revendiquer pour lutter contre les discriminations dont il est l'objet, il y aurait &#224; consid&#233;rer l'existence proprement dite que les individus de ces futurs groupes ont d'abord &#224; gagner, pour sortir de l'irr&#233;alit&#233;. Qu'on pense aux femmes, minoris&#233;es dans un monde construit pour les hommes, aux homosexuels stigmatis&#233;s dans un monde h&#233;t&#233;rocentr&#233;, aux individus intersexu&#233;s, impensables dans un monde structur&#233; par la binaire diff&#233;rence des sexes, etc. Ce que Judith Butler nomme ici une &#171; vie vivable &#187;, c'est d'abord une existence devenue au moins en partie intelligible, c'est-&#224;-dire &#233;tant parvenue &#224; sortir de l'irr&#233;alit&#233; ; or, une telle vie n'est vivable qu'&#224; la condition d'avoir r&#233;ussi &#224; se construire soi-m&#234;me, c'est-&#224;-dire, qu'&#224; la condition d'&#234;tre parvenu &#224; &#233;merger en tant que sujet &#8211; m&#234;me si c'est ensuite pour d&#233;construire ce sujet. C'est &#224; partir de l&#224;, seulement, c'est-&#224;-dire de cette construction initiale, que l'affirmation de revendications pour son groupe d'appartenance (femmes, gays, trans, etc.) devient possible, mais c'est aussi &#224; partir de l&#224; que sont rendues possibles des pratiques de subversion des identit&#233;s. Comment, en effet, serait-il possible de parler de subversion des identit&#233;s, lorsque celles et/ou ceux qui en constitueraient le suppos&#233; fer de lance subiraient simplement l'effet des normes sociales, les condamnant &#224; une forme d'inexistence, d'irr&#233;alit&#233;. Les individus intersexu&#233;s ne peuvent contester l'ordre binaire de la diff&#233;rence des sexes qu'&#224; la condition de s'&#234;tre constitu&#233;s &#224; travers une certaine identit&#233;, et il se peut que cette construction en soit pass&#233;e par le choix effectif d'un sexe plut&#244;t qu'un autre &#8211; on doit soutenir alors que, m&#234;me en ayant subi cette intervention, en ayant donc objectivement obtemp&#233;r&#233; face &#224; la norme, qui demande qu'on se d&#233;finisse par un sexe ou l'autre, malgr&#233; cela, donc, cet individu sera plus apte, s'il en fait ensuite le choix, &#224; subvertir les normes que s'il n'avait pas r&#233;ussi &#224; rendre son existence r&#233;elle et/ou possible. Sans compter que cette op&#233;ration de transformation corporelle peut constituer en elle-m&#234;me une modalit&#233; sp&#233;cifique de subjectivation, bien davantage li&#233;e peut-&#234;tre alors &#224; un d&#233;sir qu'&#224; la moindre ob&#233;issance &#224; une norme. C'est donc dans le cas o&#249; la r&#233;alit&#233; qu'il/elle s'est construite serait d&#233;vast&#233;e par cette op&#233;ration, ou tout simplement parce que la question d'une telle intervention chirurgicale ne se pose pas pour lui/elle, que le maintien d'un corps intersexu&#233; constitue l'horizon possible d'une remise en question &#8211; qui soit donc ici &#233;galement &lt;i&gt;incorpor&#233;e&lt;/i&gt; - des normes relatives &#224; la diff&#233;rence des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Retenons donc, dans ce qu'on vient d'&#233;tablir, que si le sexe n'est pas en capacit&#233; de d&#233;construire le genre, c'est que l'institution de l'&#233;tat civil ne constitue qu'une source seconde d'institution du sexe, d&#233;rivant d'une source pr&#233;-culturelle (et par l&#224; m&#234;me instituante), ordonnant le partage entre les sexes (au nombre de deux seulement), que l'&#233;tat civil se contente de reproduire. Dans ces conditions, en effet, le fondement d&#233;claratif de l'appartenance de sexe n'op&#232;re de d&#233;liaison qu'apparente entre sexe et corps, puisque cette fiction selon laquelle l'&#233;tat civil n'a pas &#224; conna&#238;tre la r&#233;alit&#233; effective des corps qu'il classifie ne demeure valide qu'aussi longtemps que cet &#233;tat civil n'est pas plac&#233; en contradiction avec la puissance instituante dont il d&#233;rive, et qui d&#233;cide par avance de ce qu'est une &#171; nature sexu&#233;e &#187;, ou un &#171; sexe naturel &#187;. Cette puissance d'institution, dont &lt;i&gt;d&#233;rive&lt;/i&gt;, seulement, l'&#233;tat civil, Judith Butler l'appelle donc &#171; genre &#187;, d&#233;signant alors cette puissance de production du sexe, dans le cadre d'un domaine pr&#233;-discursif, c'est-&#224;-dire, ant&#233;rieurement m&#234;me &#224; toute institutionnalisation de la diff&#233;rence des sexes. Cette conception de la production du sexe confirme bien alors le genre dans sa capacit&#233; &#224; d&#233;construire le sexe : c'est parce qu'on r&#233;ussira &#224; bouleverser certaines normes de l'organisation genr&#233;e de nos existences que l'on parviendra &#224; remettre en question la diff&#233;rence des sexes, et/ou la partition binaire des sexes, et/ou l'impossibilit&#233; d'un cumul des sexes, etc., c'est-&#224;-dire, la d&#233;finition m&#234;me du sexe. Dans ces conditions, l'&#233;pouvante des conservateurs en mati&#232;re de m&#339;urs &#224; l'&#233;gard de la cat&#233;gorie du genre prend consistance : &#224; cet ordre issu des partages de la raison, et qui serait garant d'une existence pr&#233;serv&#233;e de l'incoh&#233;rence, dont nous parle Pierre Legendre, Judith Butler oppose en effet la notion de &#171; vie vivable &#187;, autrement dit, d'une existence qui, pr&#233;cis&#233;ment, ne sort de l'irr&#233;alit&#233;, de l'incoh&#233;rence, qu'&#224; la condition d'&#233;carter le joug socialement construit des identit&#233;s contraignantes au sein desquelles on est somm&#233; de se d&#233;terminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour conclure, on peut souligner que si la cat&#233;gorie du &#171; genre &#187; repr&#233;sente un danger possible pour des actions militantes relatives &#224; des revendications concernant l'orientation sexuelle et/ou la sexuation, c'est &#224; la condition que s'op&#232;re une substitution pure et simple de cette cat&#233;gorie &#224; celle de &#171; sexe &#187;. Dans ce cas, en effet, c'est le point d'ancrage rendant possible la lutte qui se d&#233;robe. Cependant, lorsqu'on cherche &#224; articuler politique et th&#233;orie, on comprend que l'id&#233;e m&#234;me de devoir choisir entre la cat&#233;gorie du sexe et celle du genre n'a gu&#232;re de sens, du moins d&#232;s qu'on &#233;carte la possible d&#233;finition du sexe sur des bases biologiques. Qu'il ait pu arriver que le mouvement &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; juge s&#233;v&#232;rement les transsexuel(le)s pour la confirmation des identit&#233;s sexu&#233;es que leur op&#233;ration aurait emport&#233;, c'est l&#224; une cons&#233;quence d'une vision &#224; l'emporte-pi&#232;ce, que la th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; permet de contester, notamment &#224; travers la voix de Judith Butler. C'est qu'il faut distinguer entre les pratiques de transformation du corps, qui ne sont pas sans rapport avec des d&#233;sirs, multiples, inanticipables, et les discours que les transsexuel(le)s doivent tenir dans le cadre du protocole visant &#224; obtenir l'autorisation de changer de sexe, et par lesquels ils/elles doivent faire r&#233;f&#233;rence au &lt;i&gt;vrai&lt;/i&gt; sexe que l'intervention chirurgicale serait cens&#233;e leur donner. Opter pour les transgenres plut&#244;t que pour les transsexuel(le)s parce que les premiers seraient en conformit&#233; avec la th&#233;orie qui d&#233;connecte l'appartenance de sexe &#224; l'apparence corporelle, c'est consid&#233;rer les choses &#224; l'envers. Karl Popper eut un jour cette formule : &#171; Laissez mourir les th&#233;ories, pas les hommes ! &#187;. C'est bien le message qu'on pourrait adresser &#224; certains activistes &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; &#224; cette occasion : c'est la th&#233;orie sur laquelle ils s'appuient qui est &#224; reprendre, si, au nom de la d&#233;connexion entre sexe et corps, cette th&#233;orie aboutit &#224; condamner celui/celle qui transforme son corps du point de vue du sexe anatomique. En effet, au nom de quoi pourrait-on pr&#233;juger du sens de cette intervention chirurgicale, sauf &#224; attribuer soi-m&#234;me &#224; cette op&#233;ration le sens d'une simple &#171; r&#233;assignation de sexe &#187;, autrement dit en &#233;pousant soi-m&#234;me le discours propre au protocole juridico-psychiatro-juridique de changement de sexe &#8211; et donc en niant tout simplement l'exp&#233;rience v&#233;cue par un/une transsexuel(le) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Fran&#231;oise Collin, Ir&#232;ne Kaufer, &lt;i&gt;Parcours f&#233;ministe&lt;/i&gt;, Bruxelles, Labor, 2005, p.102.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Id., p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Christine Delphy, &lt;i&gt;L'ennemi principal&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. 2. Penser le genre&lt;/i&gt;, Paris, Syllepse, 2001, p.26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;, p.27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Marie-Blanche Tahon, &#171; Et si le sexe d&#233;construisait le genre ? &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Collectif (Christiane Veauvy dir.), &lt;i&gt;Les femmes dans l'espace public. Itin&#233;raires fran&#231;ais et italiens,&lt;/i&gt; Paris, Editions de la Maison des Sciences de l'Homme / Le Fil d'Ariane, Universit&#233; Paris 8, 2002, p.152.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p.152-153.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p.153.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 Pierre Legendre, &lt;i&gt;La 901e conclusion. Etude sur le th&#233;&#226;tre de la raison,&lt;/i&gt; Paris, Fayard, 1998, p.413.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Judith Butler, &lt;i&gt;Trouble dans le genre. Pour un f&#233;minisme de la subversion&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2005, p.69.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 11 Judith Butler, &lt;i&gt;D&#233;faire le genre&lt;/i&gt;, Paris, Editions Amsterdam, 2006, p.20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>texte de pr&#233;sentation, th&#232;se Pasolini et Benjamin</title>
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		<dc:date>2010-03-09T08:49:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>r&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>identit&#233;/diff&#233;rence</dc:subject>
		<dc:subject>langage</dc:subject>
		<dc:subject>histoire</dc:subject>
		<dc:subject>temps</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans le cadre de cette th&#232;se, intitul&#233;e, Temps et r&#233;cit chez Walter Benjamin et Pier Paolo Pasolini, il s'agissait de faire entrer en r&#233;sonance les pens&#233;es de deux auteurs et/ou philosophes et/ou cin&#233;astes, de fa&#231;on &#224; envisager la possibilit&#233; de penser sous la cat&#233;gorie deleuzienne de la &#171; grande identit&#233; &#187; ce qui m'est apparu, d'abord sur un mode intuitif, comme un certain nombre d'affinit&#233;s entre Pasolini et Benjamin. Il s'agissait donc, initialement, de tester la possibilit&#233; de d&#233;passer (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=25" rel="tag"&gt;r&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=33" rel="tag"&gt;identit&#233;/diff&#233;rence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=34" rel="tag"&gt;langage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=35" rel="tag"&gt;histoire&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le cadre de cette th&#232;se, intitul&#233;e, Temps et r&#233;cit chez Walter Benjamin et Pier Paolo Pasolini, il s'agissait de faire entrer en r&#233;sonance les pens&#233;es de deux auteurs et/ou philosophes et/ou cin&#233;astes, de fa&#231;on &#224; envisager la possibilit&#233; de penser sous la cat&#233;gorie deleuzienne de la &#171; grande identit&#233; &#187; ce qui m'est apparu, d'abord sur un mode intuitif, comme un certain nombre d'affinit&#233;s entre Pasolini et Benjamin. Il s'agissait donc, initialement, de tester la possibilit&#233; de d&#233;passer le caract&#232;re un peu arbitraire de cette &#171; rencontre &#187; entre eux, c'est-&#224;-dire entre deux hommes qui ne se sont ni vus, ni connus, ni lus. L'id&#233;e &#233;tait donc d'envisager la possibilit&#233; de construire une &#171; grande identit&#233; &#187; entre Benjamin et Pasolini, &#224; l'image de celle qu'a pu mettre en place Gilles Deleuze, relativement &#224; Spinoza et Nietzsche.&lt;br class='autobr' /&gt; Par cons&#233;quent, et dans le sillage de cette entreprise deleuzienne, il fallait prendre garde &#224; ne pas nier les diff&#233;rences entre les deux auteurs, cette &#171; grande identit&#233; &#187; entre Benjamin et Pasolini n'&#233;tant en effet pensable que sur un fond de diff&#233;rences (en se souvenant qu'il n'y a m&#234;me de ressemblances qu'entre des diff&#233;rences). Le terme de la tentative consistait &#224; envisager, dans cette optique, la possibilit&#233; de faire appara&#238;tre un tout autre syst&#232;me de pens&#233;e, &#224; partir de la rencontre m&#234;me de ces diff&#233;rences (un syst&#232;me qui, au sens strict, ne soit plus ni du Benjamin, ni du Pasolini). Que l'absence de v&#233;ritable &#171; philosophie de l'histoire &#187;, chez Pasolini, ait pu, en fin de parcours, donner le sentiment que Benjamin, d&#232;s lors, cheminait seul, ou &#224; peu pr&#232;s, cela ne me semble pas constituer un emp&#234;chement &#224; la construction d'une &#171; grande identit&#233; &#187; entre les deux. En effet, si l'on reconna&#238;t en Benjamin et en Pasolini, dans ce travail, bien plus des &#171; personnages conceptuels &#187; que des personnes, chacun d'entre eux se d&#233;finit alors bien davantage comme &#171; agent d'&#233;nonciation &#187; - et il s'ensuit, par cons&#233;quent, que la rencontre entre ces deux personnages conceptuels a, elle-m&#234;me, permis le rep&#233;rage d'un plan d'immanence tiers, relativement auquel il importe assez peu de savoir, au fond, lequel prend la parole en effet, ici ou l&#224;, leur commune pr&#233;sence &#233;tant assur&#233;e dans l'&#233;nonciation elle-m&#234;me, pour autant qu'elle s'actualise en effet sur ce plan. Pour juger de l'effectivit&#233; de ce plan, il resterait &#224; nommer l'effet produit par ces rapprochements/frottements entre les deux auteurs, pour d&#233;signer, donc, ce &#171; boug&#233; &#187; qui me semble caract&#233;riser les figures de Benjamin et de Pasolini, &#224; l'issue du parcours. Ce travail s'inscrivant r&#233;solument dans le champ de la philosophie, il ne s'est pas voulu de simple comparaison, tenant en cela &#224; &#233;viter de figer les auteurs &#233;tudi&#233;s, c'est-&#224;-dire de les r&#233;duire &#224; des &#171; monuments &#187; de la culture, qu'il s'agirait d'analyser pour eux-m&#234;mes, simplement. Tout au contraire, rompant avec toute religion de l'auteur visant &#224; le constituer en corps sacr&#233;, ce travail a cherch&#233; &#224; faire fonctionner les deux auteurs comme des &#171; objets de pens&#233;e &#187;, en cherchant &#224; d&#233;passer la simple exactitude documentaire au profit de rapprochements &#233;clairants. En revanche, il est &#233;vident, dans l'&#233;ventualit&#233; d'une publication de ce travail, que l'actuelle absence d'une mention faisant &#233;tat du nom des traducteurs de Benjamin et de Pasolini devrait &#234;tre rectifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation de la th&#232;se :&lt;br class='autobr' /&gt; Pour fonder, ou plus exactement pour construire ce rapprochement, cette mise en r&#233;sonance de Benjamin et de Pasolini, il a fallu d'abord d&#233;terminer les lieux philosophiques autour desquels se r&#233;v&#233;laient de la fa&#231;on la plus sensible des affinit&#233;s entre les deux auteurs, de fa&#231;on &#224; pouvoir juger de la profondeur et de l'&#233;ventuelle f&#233;condit&#233; de ces r&#233;sonances. C'est donc essentiellement autour de la question du langage que s'est effectu&#233; le nouage le plus profond entre Benjamin et Pasolini, autour des th&#232;mes du &#171; nom &#187;, de la &#171; traduction &#187;, d'abord, puis &#233;galement autour de ceux du &#171; r&#233;cit &#187; et de la &#171; transmission &#187;, impliquant un certain rapport au langage. Le rapport au temps, ainsi, s'est trouv&#233; plac&#233; au centre de la r&#233;flexion, d&#232;s le d&#233;part, que ce soit autour de la question de &#171; l'origine &#187; par exemple (quel statut temporel conf&#233;rer &#224; cette origine du langage, situ&#233;e dans le &#171; cri &#187; chez Pasolini, et dans la langue adamique, chez Benjamin ?), ou autour de la question de la temporalit&#233; produite par telle ou telle forme de r&#233;cit ? C'est donc &#171; tout naturellement &#187;, si l'on peut dire, que ce travail se devait de d&#233;boucher sur une r&#233;flexion sur l'histoire, tout y conduisant, des consid&#233;rations benjaminiennes autour de la question de la traduction aux propos pasoliniens relatifs au triomphe de la langue italienne standard (instrumentale) dans l'univers contemporain du consum&#233;risme. Au fond, le motif messianique se trouvait inscrit au c&#339;ur de ce travail d&#232;s les premi&#232;res r&#233;flexions sur le langage, que ce soit &#224; travers l'ouverture messianique propre &#224; la traduction, chez Benjamin, ou bien &#224; travers l'id&#233;e pasolinienne de &#171; survivances &#187; inscrites dans la langue parl&#233;e, par-del&#224; la disparition de ce qu'il nomme les &#171; purs parlants &#187;. Evidemment, les modalit&#233;s selon lesquelles se d&#233;gage ce motif messianique diff&#232;rent grandement de l'un &#224; l'autre, la composante kabbalistique de la conception benjaminienne du langage c&#233;dant la place, chez Pasolini, &#224; une composante de type corporel (la prononciation enracin&#233;e dans les corps).&lt;br class='autobr' /&gt; D&#232;s le moment de la r&#233;flexion autour du langage (la premi&#232;re partie de la th&#232;se) est apparue l'id&#233;e que l'interrogation de l'un et de l'autre, relativement &#224; l'origine (l'origine du langage, en l'occurrence), ne d&#233;bouchait aucunement sur un d&#233;sir de restauration d'une origine perdue. De ce point de vue, l'&#233;cho messianique de la traduction n'aboutit pas &#224; la reconstitution d'un langage originaire chez Benjamin, pas plus que Pasolini ne cherche &#224; reconstituer la moindre langue &#171; pure &#187;, celle-ci &#233;tant d&#233;finie comme strictement th&#233;orique, comme id&#233;al-r&#233;gulateur. Ce point pouvant appara&#238;tre parfois comme ambigu chez Pasolini, j'ai cherch&#233; &#224; montrer comment il &#233;tait possible (et int&#233;ressant) de tirer la position pasolinienne du c&#244;t&#233; du ph&#233;nom&#232;ne originaire, pour &#233;viter de laisser place &#224; la possibilit&#233; d'une r&#233;gression effective vers l'origine (d'une actualisation effective de l'origine). A cette occasion, il est &#233;vident que je ne suis pas rest&#233; enferm&#233; dans un r&#244;le de commentateur, mais que je suis intervenu ici, non pas pour indiquer, contre Pasolini, ce qu'il aurait d&#251; penser, mais bien plut&#244;t pour tirer tout le profit possible de la r&#233;flexion pasolinienne sur le langage, dans le cadre d'une mise en r&#233;sonance avec la th&#233;orie benjaminienne du langage &#8211; par cons&#233;quent, un plan de r&#233;flexion se d&#233;couvre bien ici, qui n'&#233;merge qu'&#224; la faveur du rapprochement Benjamin/Pasolini : c'est en se situant sur ce plan que cette intervention consistant &#224; arracher Pasolini &#224; l'image jungienne pour le conduire vers le ph&#233;nom&#232;ne originaire goeth&#233;en prend sens (indiquant ce qu'il aurait pu penser), et non &#224; partir d'une pr&#233;f&#233;rence philosophique qui serait strictement mienne, arbitraire &#224; ce compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le passage &#224; la question du r&#233;cit s'est d'abord effectu&#233; &#224; partir de la question de l'oralit&#233;, ou plus exactement &#224; partir du probl&#232;me du r&#233;cit traditionnel. Il s'agissait, au fond, de se demander si le r&#233;cit pouvait survivre &#224; la mort de sa forme traditionnelle, orale. La question de la nostalgie se posait l&#224; encore : et de la m&#234;me fa&#231;on, il a bien fallu convenir qu'il n'y avait nulle tentative, ni chez l'un, ni chez l'autre, de r&#233;activer ce type de r&#233;cits. Il s'agissait seulement d'envisager de nouvelles mani&#232;res de raconter. Sans entrer dans le d&#233;tail des analyses, ces nouvelles formes ont pu chercher &#224; faire une place &#224; la langue orale, &#224; l'int&#233;rieur de formes r&#233;solument modernes de r&#233;cits (les romans romains de Pasolini par exemple, ou encore les petits r&#233;cits figurant dans Rastelli raconte&#8230; chez Benjamin), mais elles ont pu s'en affranchir radicalement (avec l'&#233;loge benjaminien du &#171; roman pur &#187; gidien, comme avec la fermeture sur soi de l'univers langagier de Salo ou les 120 journ&#233;es de Sodome, chez Pasolini). Plut&#244;t qu'une recherche consistant &#224; sauver, en tant que telles, des formes de r&#233;cits anciennes, il s'est agi, chez l'un et chez l'autre, de rechercher de nouvelles mani&#232;res de raconter, notamment &#224; travers le recours au cin&#233;ma. C'est dans cette optique que j'ai propos&#233; l'expression de &#171; pseudo-r&#233;cit &#187;, pour d&#233;signer (en marge de la d&#233;finition pasolinienne de ce terme) les r&#233;cits au sein desquels on peut sentir la cam&#233;ra, c'est-&#224;-dire les r&#233;cits pour lesquels les &#171; ficelles &#187; de l'art de raconter cessent d'&#234;tre cach&#233;es. C'est dans cette optique encore que l'art de Brecht a pu int&#233;resser Benjamin, m&#234;me si j'ai cherch&#233; &#224; montrer, en m'appuyant essentiellement ici sur les th&#232;ses de Florence Dupont, en quoi le th&#233;&#226;tre brechtien reste peut-&#234;tre essentiellement aristot&#233;licien, c'est-&#224;-dire li&#233; &#224; une forme de r&#233;cit, relativement ind&#233;pendante de la forme th&#233;&#226;trale en tant que telle. Autrement dit, des nouvelles formes de narration peuvent appara&#238;tre, dans des registres artistiques divers, mais elles ne seront vraiment int&#233;ressantes, nouvelles, qu'&#224; la condition de repenser les formes du r&#233;cit de fa&#231;on interne : cin&#233;matographiquement pour le cin&#233;ma, th&#233;&#226;tralement pour le th&#233;&#226;tre, etc. C'est ainsi que le cin&#233;ma de Pasolini peut sembler li&#233; &#224; l'art traditionnel de raconter (Les mille et une nuits, L'Evangile, la Trilogie de la vie, etc.), mais en fait, il ne l'est que superficiellement, Pasolini mettant bien en place des films ayant la structure de &#171; pseudo-r&#233;cits &#187;, cin&#233;matographiquement parlant &#8211; l'apparente transparence des r&#233;cits filmiques pasoliniens tenant &#224; son art du montage, recr&#233;ant artificiellement une continuit&#233; temporelle, c'est-&#224;-dire un effet de naturel, tout en ne sacrifiant pas &#224; la technique du plan-s&#233;quence.&lt;br class='autobr' /&gt; Si le lien avec l'histoire (avec un grand H) est pr&#233;sent dans les films de Pasolini, notamment &#224; travers l'id&#233;e des corps sous-prol&#233;tariens dispensant leurs derni&#232;res lumi&#232;res dans les films de la Trilogie, c'est sans doute &#224; travers la question du drame baroque, envisag&#233;e par Benjamin, que la r&#233;flexion s'est orient&#233;e, le plus nettement, vers le th&#232;me de l'histoire. En effet, relativement au &#171; temps triste &#187; du Trauerspiel (du drame baroque), la coupure, &#171; l'arr&#234;t messianique &#187; dira Benjamin, constitue la possibilit&#233; m&#234;me du passage &#224; un temps &#171; tragique &#187;, voire &#171; messianique &#187;. Or, si le Paris, capitale du XIXe si&#232;cle, ce livre benjaminien sur les passages, est bien consid&#233;r&#233;, par son auteur lui-m&#234;me, comme le quasi-&#233;quivalent, pour le XIXe si&#232;cle, du livre sur le baroque, c'est que l'&#233;quivalence contemporaine des choses, sous le r&#232;gne de la marchandise, r&#233;pond &#224; leur &#233;quivalente vanit&#233; dans le cadre du drame baroque. C'est donc dans cette r&#233;flexion benjaminienne autour du th&#233;&#226;tre baroque que prend tout son sens la notion d' &#171; &#233;tat d'exception &#187;, reprise &#224; Carl Schmitt &#8211; le retournement benjaminien consistera, dans les &#171; Th&#232;ses sur l'histoire &#187;, &#224; d&#233;finir un &#171; v&#233;ritable &#187; &#233;tat d'exception, comme &#233;tant celui qui reste &#224; instaurer, pr&#233;cis&#233;ment d'un point de vue r&#233;volutionnaire. Mais cette notion de coupure, d'interruption, est loin d'&#234;tre &#233;trang&#232;re &#224; Pasolini lui-m&#234;me, lequel la met bien en &#339;uvre, notamment &#224; travers les images des Mille et une nuits, en lesquelles les figurants fixent la cam&#233;ra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le dernier moment de la r&#233;flexion a donc &#233;t&#233; consacr&#233; &#224; la question de l'histoire, essentiellement &#224; travers les &#171; Th&#232;ses sur l'histoire &#187;, de Benjamin, mais aussi &#224; travers quelques remarques de Pasolini, avec leur prolongement, notamment chez Gramsci. La question, au fond, &#233;tait celle du r&#233;cit historique : comment &#233;crire l'histoire, comment transmettre un r&#233;cit historique qui ne n&#233;glige pas le rebut, le d&#233;chet &#8211; autrement dit, comment &#233;crire une histoire qui ne soit pas simplement l'histoire des vainqueurs ? De ce point de vue, il est apparu que le r&#233;cit construit au sein d'un temps vide et homog&#232;ne laissait place, n&#233;cessairement, &#224; une histoire fond&#233;e sur des rapports de causalit&#233; et entendue comme progr&#232;s &#8211; avec cette cons&#233;quence in&#233;vitable que les vaincus de l'histoire devaient &#234;tre sacrifi&#233;s, au nom du progr&#232;s. Pour rompre avec ces cons&#233;quences, le recours au temps discontinu est apparu comme n&#233;cessaire &#8211; c'est &#224; tout moment que le fil de l'histoire des vainqueurs peut &#234;tre rompu, laissant ainsi la place au surgissement des oubli&#233;s de l'histoire. S'il y a surgissement, en effet, c'est qu'on ne se situe pas du c&#244;t&#233; du simple souvenir (Andenken), mais bien du c&#244;t&#233; de la rem&#233;moration (Eingedenken), d'o&#249; l'int&#233;r&#234;t prononc&#233; de Benjamin pour Proust. Il s'agit donc de laisser place &#224; un r&#233;cit rendant possible la rem&#233;moration, c'est-&#224;-dire le retour effectif de ce qui, jamais, n'a &#233;t&#233; v&#233;cu. Dans cette optique, les g&#233;n&#233;alogies pasoliniennes (de type expressif, et non causaliste) dessinent bien quelque chose de ces r&#233;surgences pens&#233;es sur le mod&#232;le de la rem&#233;moration : le corps avoue, en ses formes, dans l'intonation d'un accent, un pass&#233; qu'il ignore, non pour l'avoir oubli&#233;, au sens strict, mais pour ne l'avoir lui-m&#234;me jamais v&#233;cu. Le corps se souvient de ce qu'il n'a pas v&#233;cu (soit par la manifestation d'anc&#234;tres non connus, soit par la manifestation d'un &#171; inconscient agricole &#187;, selon une expression de Pasolini).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultats :&lt;br class='autobr' /&gt; La question qu'il serait possible de poser, au terme de ce travail, est peut-&#234;tre au fond celle-ci : Que produit donc ce travail, en termes de devenir, entre Benjamin et Pasolini ?&lt;br class='autobr' /&gt; On pourrait dire que cette rencontre arrache Pasolini &#224; lui-m&#234;me, comme elle arrache Benjamin &#224; lui-m&#234;me, non pas en d&#233;figurant qui que ce soit, mais en permettant d'actualiser, chez chacun des deux, des potentialit&#233;s internes de d&#233;territorialisation. Au fond, l'actualisation de ces virtualit&#233;s r&#233;sulterait d'une sorte de technique du montage &#224; l'&#339;uvre dans ce travail, au moyen de rencontres inopin&#233;es (entre les deux auteurs, entre leurs &#233;nonc&#233;s respectifs, entre diff&#233;rents &#233;nonc&#233;s d'un m&#234;me auteur, etc.), et qui font sens. C'est en cela que le devenir qui s'emparerait et de Benjamin et de Pasolini, dans la pr&#233;sente th&#232;se, est bien construit. C'est qu'en effet, en mettant en place une confrontation entre Pasolini et Benjamin, qui ne soit pas comparatiste, une confrontation qui ne se r&#233;duise pas &#224; des rapprochements syst&#233;matiques quant &#224; tel ou tel point, mais cherche &#224; d&#233;boucher sur un plan de consistance nouveau, on peut d&#233;placer l'un et/ou l'autre, sans pour autant &#234;tre reconduit &#224; l'&#233;crasement (au moins partiel) d'un p&#244;le par l'autre. C'est en ce sens que Deleuze pouvait parler d'une philosophie donnant naissance &#224; un Hegel barbu, ou &#224; un Marx glabre. Si, donc, les conclusions de cette th&#232;se peuvent donner l'apparence que Benjamin, relativement &#224; la question de l'histoire en tout cas, prend le pas sur Pasolini, il serait en fait possible de conf&#233;rer une orientation exactement inverse &#224; ces conclusions, sur ce point, en envisageant, par exemple, ce que la pens&#233;e du corps, chez Pasolini, permet de faire affleurer &#224; la surface, chez Benjamin. Il y aurait ainsi, par exemple, toute une interrogation &#224; porter dans le domaine de la relation de Benjamin &#224; la psychanalyse : ce que Benjamin utilise chez Freud, notamment la notion de choc, pouvant largement &#234;tre utilis&#233; ind&#233;pendamment de l'essentiel du corpus freudien, cela ne nous reconduirait-il pas &#224; un inconscient proche de celui dont parle parfois Pasolini, cet inconscient &#171; d&#233;pos&#233; dans les choses &#187; ? De cette fa&#231;on, c'est la question m&#234;me de la philosophie de l'histoire qui serait &#224; reprendre &#224; nouveaux frais, Pasolini, cette fois, pouvant redevenir, dans ce registre &#233;galement, un p&#244;le r&#233;ellement actif dans la relation &#224; Benjamin. Une histoire pl&#233;b&#233;ienne &#233;crite &#224; partir des corps pauvres et discr&#233;dit&#233;s constitue un programme assez exaltant pour mobiliser bien des types de chiffonniers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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