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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>&#171; &#201;crire au bord du gouffre &#187; : arch&#233;ologie du pr&#233;sent et r&#233;sistance infinie</title>
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		<dc:creator>Jean Claude No&#235;l</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans &#201;crire au bord du gouffre. Victor Klemperer ou la r&#233;sistance dans la langue (Mim&#233;sis, coll. &#171; SAMSA. &#201;critures pour le Destituant &#187;, 2025), Alain Brossat op&#232;re bien plus qu'une simple recension critique ou une &#233;tude historique. Il se livre &#224; une r&#233;appropriation philosophique de la figure de Victor Klemperer, ce philologue allemand d'origine juive qui, au c&#339;ur des t&#233;n&#232;bres du IIIe Reich, a tenu la chronique minutieuse de la langue totalitaire. Loin de vouloir figer Klemperer dans le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=4" rel="tag"&gt;menu_droit&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_950 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/screenshot_2026-01-06_at_12.54.49.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/screenshot_2026-01-06_at_12.54.49.png' width='500' height='331' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;&#201;crire au bord du gouffre. Victor Klemperer ou la r&#233;sistance dans la langue&lt;/i&gt; (Mim&#233;sis, coll. &#171; SAMSA. &#201;critures pour le Destituant &#187;, 2025), Alain Brossat op&#232;re bien plus qu'une simple recension critique ou une &#233;tude historique. Il se livre &#224; une r&#233;appropriation philosophique de la figure de Victor Klemperer, ce philologue allemand d'origine juive qui, au c&#339;ur des t&#233;n&#232;bres du IIIe Reich, a tenu la chronique minutieuse de la langue totalitaire. Loin de vouloir figer Klemperer dans le marbre froid de l'histoire ou de la mus&#233;ification acad&#233;mique, Brossat le &#171; r&#233;anime &#187; pour en faire un contemporain capital, un proph&#232;te pour notre &#232;re post-moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage ne se contente pas de commenter ; il performe une m&#233;thode. Brossat s'y d&#233;finit comme un penseur qui travaille &#171; avec &#187; les auteurs plut&#244;t que &#171; sur &#187; eux, une distinction cruciale qui transforme l'essai en un dialogue vivant, une &#171; pens&#233;e avec &#187; qui abolit la distance temporelle pour faire de l'analyse klemper&#233;rienne une bo&#238;te &#224; outils critique imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'inscrivant dans une d&#233;marche r&#233;solument foucaldienne, Brossat propose ici une ontologie de l'actualit&#233;, une &#171; lecture du pr&#233;sent &#187; qui utilise le pass&#233; non comme un refuge, mais comme une lentille pour d&#233;chiffrer les m&#233;canismes de pouvoir qui r&#233;gissent nos propres existences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant l'anatomie du d&#233;sastre, la &lt;i&gt;LTI&lt;/i&gt; se lit comme syst&#232;me sanguin. Le point de d&#233;part de cette r&#233;flexion est la relecture de la LTI (&lt;i&gt;Lingua Tertii Imperii&lt;/i&gt;), l'&#339;uvre ma&#238;tresse de Klemperer. Brossat invite &#224; d&#233;passer la lecture purement philologique pour y voir une v&#233;ritable ph&#233;nom&#233;nologie de la domination. Ce que Klemperer a identifi&#233;, et que Brossat met en exergue avec une acuit&#233; renouvel&#233;e, c'est que la langue du IIIe Reich n'&#233;tait pas simplement un vecteur de propagande externe, un mensonge plaqu&#233; sur le r&#233;el. Elle &#233;tait une force organique, un &#171; syst&#232;me sanguin &#187; du r&#233;gime.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'analyse se fait ici biologique et virale : la langue nazie est d&#233;crite comme une &#171; cellule canc&#233;reuse &#187; qui prolif&#232;re sur le corps de la langue allemande, la corrompant de l'int&#233;rieur, modifiant la chimie m&#234;me de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie ne se pr&#233;sente pas d'abord sous la forme d'un syst&#232;me conceptuel auquel on adh&#232;re rationnellement, mais sous la forme d'une &#171; police des &#233;nonc&#233;s &#187;. Cette police ne fonctionne pas uniquement par la coercition visible, mais par une colonisation insidieuse des esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brossat souligne avec force la dimension &#171; subreptice &#187; de cette contamination. C'est l&#224; que r&#233;side la le&#231;on la plus effrayante de la &lt;i&gt;LTI&lt;/i&gt; : on ne devient pas nazi par une conversion soudaine, mais en adoptant, souvent par mim&#233;tisme ou par lassitude, les mots, la syntaxe et les tournures du pouvoir. L'analyse du &#171; Judenkatze &#187; (le chat des Juifs), que Brossat reprend, illustre parfaitement cette victoire de l'id&#233;ologie sur le r&#233;el : l'animal lui-m&#234;me est requalifi&#233;, red&#233;fini par la langue du pouvoir jusqu'&#224; ce que la perception du monde s'aligne sur la fiction id&#233;ologique. Cette mall&#233;abilit&#233; de la langue r&#233;v&#232;le, en derni&#232;re instance, l'inqui&#233;tante mall&#233;abilit&#233; des subjectivit&#233;s politiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un gouffre &#224; l'autre : l'archipel des pouvoirs contemporains ! C'est dans le deuxi&#232;me mouvement de sa r&#233;flexion que Brossat d&#233;ploie toute sa puissance pol&#233;mique et son audace th&#233;orique. Il jette un pont entre deux gouffres : celui du totalitarisme historique et celui, plus (in)saisissable, de nos d&#233;mocraties lib&#233;rales contemporaines. Si ce rapprochement peut sembler p&#233;rilleux, il est justifi&#233; par une continuit&#233; structurelle dans la volont&#233; de ma&#238;trise des consciences. Brossat soutient que la probl&#233;matique de la langue comme enjeu de pouvoir est devenue la condition g&#233;n&#233;rale de notre modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence r&#233;side dans la modalit&#233; de l'exercice du pouvoir. L&#224; o&#249; la propagande nazie &#233;tait &#171; tonitruante &#187;, martiale et spectaculaire, la domination dans les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le actuelles se veut &#171; feutr&#233;e, oblique ou subreptice &#187;. Cependant, la m&#233;canique de fond demeure identique : il s'agit toujours d'&#171; embarquer les populations &#187; dans un grand r&#233;cit forg&#233; par les &#233;lites, de faire entrer la masse des vivants dans &#171; le r&#234;ve et le moule du pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brossat identifie les avatars modernes de la &lt;i&gt;LTI&lt;/i&gt; dans le &#171; storytelling &#187;, les &#171; &#233;l&#233;ments de langage &#187;, la &#171; bienparlance &#187; et les &#171; fake news &#187;. Ces dispositifs discursifs fonctionnent comme une nouvelle &#171; police des &#233;nonc&#233;s &#187;, plus douce mais tout aussi efficace pour circonscrire le pensable. En convoquant la critique que Klemperer adressait &#224; Rousseau &#8212; vu comme le pr&#233;curseur de l'orateur totalitaire exer&#231;ant un pouvoir magn&#233;tique sur la masse &#8212; Brossat tend un miroir &#224; notre &#233;poque. Il nous montre que le &#171; discours du chef &#187;, m&#234;me sous les atours de la communication d&#233;mocratique, cherche toujours &#224; imposer une vision unifi&#233;e du monde, excluant la complexit&#233; et la dissonance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche s'inscrit dans la continuit&#233; des travaux ant&#233;rieurs de Brossat, notamment Le Corps de l'ennemi ou La r&#233;sistance infinie, o&#249; il traquait d&#233;j&#224; la violence et la domination au sein m&#234;me des dispositifs d&#233;mocratiques. C'est une vision deleuzienne et foucaldienne o&#249; le pouvoir n'est pas seulement une entit&#233; qui interdit, mais une force qui produit du r&#233;el, des discours et des sujets conformes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;crire au bord du gouffre&lt;/i&gt; ne se limite pas &#224; une analyse distanci&#233;e ; c'est un texte habit&#233;, presque charnel. Brossat ne cache pas que cet essai est aussi une mani&#232;re de se mettre en sc&#232;ne, de se positionner dans le champ intellectuel comme un &#171; soldat de la Raison &#187;, un &#171; r&#233;sistant &#187; au sens noble du terme. L'auteur tisse un lien intime et subjectif entre sa propre trajectoire et celle du philologue allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette identification se manifeste par le r&#233;cit de ses propres batailles intellectuelles, ses conflits avec l'establishment et l'intelligentsia, &#233;voquant par exemple ses brouilles avec Claude Lanzmann. Pour Brossat, l'acte d'&#233;crire n'est jamais neutre ; c'est un &#171; combat &#187;, une &#171; mani&#232;re de conserver le respect de soi &#187; face aux injonctions du consensus. En ce sens, le livre prend par moments des allures d'autobiographie intellectuelle, o&#249; la figure de Klemperer sert de catalyseur &#224; la propre &#171; r&#233;sistance infinie &#187; de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brossat critique vivement le &#171; devoir de m&#233;moire &#187; institutionnalis&#233; et les narrations fig&#233;es qui instrumentalisent le pass&#233;. Contre cette m&#233;moire de marbre, il oppose une m&#233;moire vive, combative, une m&#233;moire qui sert &#224; interpeller le pr&#233;sent. S'il peut sembler parfois qu'il s'octroie une part de la lumi&#232;re de Klemperer, se posant en h&#233;ritier d'une solitude h&#233;ro&#239;que, c'est pour mieux souligner la n&#233;cessit&#233;, pour tout intellectuel, de se tenir &#224; l'&#233;cart des &#171; grands r&#233;cits qui embarquent &#187; et de maintenir une vigilance de tous les instants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re partie de l'analyse, et sans doute la plus poignante, se concentre sur la dimension existentielle de l'&#233;criture. Face au &#171; gouffre &#187; &#8212; celui de la terreur, de l'effacement, de la mort sociale &#8212; l'&#233;criture surgit comme l'ultime rempart. Brossat revient inlassablement au journal de Klemperer, qu'il qualifie de &#171; manuel de survie intellectuelle &#187;. L'&#233;criture se pr&#233;sente comme salut et &#171; diamant de la modernit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'enfer du nazisme, le journal intime n'est pas un repli narcissique, mais une &#171; exigence &#233;thique &#187;, un &#171; r&#233;flexe d'autod&#233;fense contre la mort &#187;. C'est une &#171; bulle &#187;, un espace herm&#233;tique o&#249; le sujet peut continuer &#224; exercer sa souverainet&#233; int&#233;rieure alors m&#234;me que toute libert&#233; ext&#233;rieure lui est d&#233;ni&#233;e. L'&#233;criture devient ce que Brossat appelle magnifiquement un &#171; diamant de la condition de modernit&#233; &#187; : elle est l'outil par lequel l'individu, r&#233;duit &#224; l'impuissance, maintient sa capacit&#233; de jugement et pr&#233;serve sa propre humanit&#233; contre la barbarie ambiante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stylo ou le bout de crayon, objets d&#233;risoires face &#224; la machinerie nazie, se transforment en armes de r&#233;sistance m&#233;taphysique. C'est gr&#226;ce &#224; cette &#171; petite fabrique d&#233;mocratique &#187; personnelle que Klemperer a pu ne pas sombrer dans l'apathie ou la folie. Brossat souligne l'ironie supr&#234;me de cette trajectoire : ce ne sont pas les travaux acad&#233;miques savants de Klemperer qui lui ont assur&#233; la post&#233;rit&#233;, mais ces &#171; feuillets clandestins &#187;, ces notes prises dans l'urgence du danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; bouteille &#224; la mer &#187;, lanc&#233;e sans la certitude qu'elle trouverait un jour un lecteur, est devenue l'acte de t&#233;moignage le plus retentissant du XXe si&#232;cle. Brossat nous montre ainsi que l'&#233;criture constitue une victoire inali&#233;nable : non pas la d&#233;faite imm&#233;diate de l'adversaire politique, mais la victoire de la survie, la trace ind&#233;l&#233;bile laiss&#233;e sur le temps contre les forces de l'effacement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, &lt;i&gt;&#201;crire au bord du gouffre&lt;/i&gt; invite &#224; la veille philosophique. Il se dresse comme un ouvrage n&#233;cessaire, un appel &#224; la lucidit&#233; radicale. Si Alain Brossat endosse les habits du pol&#233;miste et du provocateur, c'est pour mieux secouer la torpeur de nos certitudes d&#233;mocratiques. Le gouffre dont il parle n'est pas seulement celui du pass&#233; totalitaire, c'est celui qui s'ouvre chaque fois que la langue est confisqu&#233;e, simplifi&#233;e ou instrumentalis&#233;e par le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage r&#233;ussit le tour de force de faire de l'&#233;rudition philologique une arme de combat contemporain. En reliant l'analyse m&#233;ticuleuse des faits de langue &#224; une posture philosophique engag&#233;e, Brossat nous rappelle que la r&#233;sistance commence dans les mots. Son livre est une invitation pressante &#224; ne jamais cesser de &#171; questionner les &#233;vidences &#187;, &#224; diss&#233;quer la langue du pouvoir sous toutes ses formes, et &#224; faire de l'&#233;criture et de la pens&#233;e critique des actes de survie quotidiens. C'est en cela que Brossat, fid&#232;le &#224; la tradition de Foucault et s'appuyant sur l'exemple de Klemperer, nous offre une v&#233;ritable ontologie du pr&#233;sent, un manuel de vigilance pour les temps incertains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Claude No&#235;l&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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