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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>&#171; Qui ne dit mot consent &#187;</title>
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		<dc:date>2018-03-21T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat, Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>enfance</dc:subject>
		<dc:subject>biopolitique</dc:subject>

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&lt;p&gt;Cet air de gravit&#233; qu'affectent les &#171; experts &#187;, les gouvernants et les faiseurs d'opinion lorsqu'ils font la promotion de ce nouveau dispositif de contr&#244;le et de r&#233;pression de l'activit&#233; sexuelle des jeunes, baptis&#233; &#171; &#226;ge du consentement sexuel &#187;, c'est vraiment l'arbre qui cache la for&#234;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
La sexualit&#233;, sp&#233;cialement celle des jeunes, sp&#233;cialement celle des femmes, mais aussi celle des subalternes et des stigmatis&#233;s a toujours &#233;t&#233; un enjeu politique de premi&#232;re importance ; non moins (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=88" rel="tag"&gt;biopolitique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet air de gravit&#233; qu'affectent les &#171; experts &#187;, les gouvernants et les faiseurs d'opinion lorsqu'ils font la promotion de ce nouveau dispositif de contr&#244;le et de r&#233;pression de l'activit&#233; sexuelle des jeunes, baptis&#233; &#171; &#226;ge du consentement sexuel &#187;, c'est vraiment l'arbre qui cache la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sexualit&#233;, sp&#233;cialement celle des jeunes, sp&#233;cialement celle des femmes, mais aussi celle des subalternes et des stigmatis&#233;s a toujours &#233;t&#233; un enjeu politique de premi&#232;re importance ; non moins qu'elle est un sismographe sur lequel se dessinent les sinuosit&#233;s et les &#233;volutions des orientations id&#233;ologiques et des dispositions morales (fa&#231;on de dire...) des gouvernants et des dominants. Avec l'&#233;volution des m&#339;urs, la mont&#233;e des revendications des femmes en faveur de la libre disposition de leur propre corps, la l&#233;galisation de la contraception et la d&#233;criminalisation de l'avortement, la d&#233;diabolisation des pratiques homosexuelles, le mariage pour tous (etc.), avec tous ces &#171; progr&#232;s &#187;, r&#233;els ou suppos&#233;s, et pouss&#233;es de &#171; lib&#233;ralisation &#187; en mati&#232;re d'orientation et de pratiques sexuelles, la bataille pour le &#171; gouvernement de la sexualit&#233; &#187; comme partie int&#233;grante du gouvernement des vivants, n'a jamais cess&#233;. La sexualit&#233; (des femmes, des jeunes, des gays...) a &#233;t&#233; moins lib&#233;r&#233;e ou &#233;mancip&#233;e que soumise &#224; de nouveaux dispositifs de prise en charge et d'encadrement dont plusieurs, parmi les plus notoires d'entre eux, portaient la marque de la tol&#233;rance et du souci d'&#233;tendre la sph&#232;re des droits, dans leur relation &#224; la sexualit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un faisceau d'indices convergents surgis dans notre actualit&#233; fait appara&#238;tre au grand jour toutes les ambigu&#239;t&#233;s de ces avanc&#233;es, leur fragilit&#233; et leur caract&#232;re parfaitement r&#233;versible : que ce soit &#224; l'occasion de la frairie m&#233;diatique plac&#233;e sous le signe des slogans &#171; #Me Too ! &#187;, &#171; #BalanceTonPorc ! &#187;, de pratiques de criminalisation de la prostitution (m&#234;me si la tendance actuelle, en France, tend davantage &#224; une criminalisation du client, dont la prostitu&#233;e serait la &lt;i&gt;victime&lt;/i&gt;, ce type d'&#233;volution est r&#233;versible &#8211; ou plut&#244;t n'exclut pas un envers r&#233;pressif extr&#234;me &#224; l'&#233;gard de la prostitution &#8211;, comme l'indique en particulier le cas de la Su&#232;de, o&#249; un surcro&#238;t sans pr&#233;c&#233;dent de criminalisation &#224; outrance de la prostitution, f&#251;t-elle occasionnelle, est intervenu apr&#232;s qu'en 1999 la Su&#232;de ait innov&#233; en mati&#232;re l&#233;gislative, en sanctionnant le client - la loi ne reconnaissant pas le consentement des prostitu&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merci &#224; Alexandre Costanzo d'avoir attir&#233; notre attention sur cette d&#233;cision (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), ou bien encore, donc, de ce projet visant &#224; donner un tour de vis r&#233;pressif &#224; l'arsenal juridique encadrant la sexualit&#233; des mineurs (eux-m&#234;mes d&#233;finis tout uniment comme victimes d'agissements d'adultes pervers, forc&#233;ment manipulateurs), dans tous ces cas se d&#233;couvre le double fond franchement r&#233;pressif et victorien des dynamiques de protection et d'encadrement &#224; l'&#339;uvre dans le domaine de la sexualit&#233;, ainsi que des normes immunitaires qui en forment la trame. C'est qu'en effet il ne s'agit plus seulement, dans la phase qui s'ouvre sous nos yeux, d'affiner les dispositifs du gouvernement des corps et d'encadrement des pratiques sexuelles ; il s'agit bien aussi d'introduire dans ces proc&#233;dures de contr&#244;le un esprit de police qui en restreigne le champ, les intensit&#233;s, les occasions et, pr&#233;cis&#233;ment tout ce qui tend, par d&#233;finition, &#224; faire de la sexualit&#233; (du d&#233;sir, des conduites et pratiques sexuelles...) un domaine plastique et fluide, un domaine d'inventions perp&#233;tuelles peu propice &#224; un encadrement et un gouvernement par quelque &#171; police &#187;, religieuse, morale, scientifique, disciplinaire ou arm&#233;e que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont les gouvernants et les faiseurs d'opinion ont repris la balle au bond de deux non-&#233;v&#233;nements &#8211; les accordailles sexuelles de deux jeunes hommes avec deux jeunes filles mineures, dans des circonstances diff&#233;rentes, mais, dans les deux cas, avec le consentement de ces derni&#232;res &#8211; parle d'elle-m&#234;me. Il s'agissait bien de mettre sur le march&#233; la notion polici&#232;re d'&#226;ge du consentement sexuel et de convaincre au passage le public, si besoin &#233;tait, de la n&#233;cessit&#233; de l&#233;gif&#233;rer dans l'urgence sur ce sujet. Tout un dispositif discursif se met en place, avec les &#171; &#233;l&#233;ments de langage &#187; de rigueur &#224; l'appui , destin&#233; &#224; r&#233;duire ces jeunes filles &#224; la condition de victimes muettes et torpides &#8211; le vrai nom de leur consentement, nous dit-on, c'est l'&#233;tat de &#171; sid&#233;ration &#187; dans lequel elles ont subi l'ascendant de leurs s&#233;ducteurs ; elles ont suivi ces sataniques joueurs de fl&#251;te en somnambules, en automates, pour subir ce qui ne saurait &#234;tre qualifi&#233; que comme derniers outrages - violences, viol dans la langue de la loi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui ne saurait &#234;tre entendu, dans quelque espace public que ce soit, c'est le r&#233;cit d'une exp&#233;rience assur&#233;ment litigieuse et &#171; limite &#187; &#224; plus d'un &#233;gard, mais pas n&#233;cessairement qualifiable pour autant comme criminelle voire monstrueuse &#8211; r&#233;cit qui pourrait et m&#234;me devrait &#234;tre attendu d'un sujet humain qui y occupa sa place, r&#233;cit de soi, en situation, r&#233;cit d'un &#233;v&#233;nement dont ce sujet ne consid&#232;re pas a priori qu'il a pr&#233;sent&#233; la forme d'un tort &#224; lui inflig&#233; &#8211; il n'est pas spontan&#233;ment plaignant. Pourquoi faut-il que ce sujet, une tr&#232;s jeune fille pub&#232;re, mineure, soit pr&#233;sent&#233; ici comme &#233;tant dans l'absolue incapacit&#233; de faire usage de son jugement, d'user de son discernement, alors m&#234;me que dans d'autres situations, scolaires, familiales, sociales, au contraire, la pr&#233;supposition de l'autorit&#233; sera qu'elle est en &#233;tat de raisonner et opiner ? Est-ce &#224; dire que la sexualit&#233;, le d&#233;sir sexuel, la tentation de l'aventure lorsque le sexe y a part doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s, jusqu'&#224; un &#226;ge de raison qu'il reviendra au l&#233;gislateur (cornaqu&#233; par les experts) de fixer, comme un &lt;i&gt;stup&#233;fiant&lt;/i&gt;, un puissant narcotique psychique et moral ? &lt;br class='autobr' /&gt;
On retrouve dans ce pr&#233;suppos&#233; qui ne s'avoue pas un peu ce que remarquait Foucault &#224; propos du criminel : les juges veulent bien qu'il t&#233;moigne de ses m&#233;faits, qu'il en retrace les circonstances - s'il le fait en repenti, c'est encore mieux ; mais ce qui ne saurait en aucun cas &#234;tre tol&#233;r&#233;, c'est qu'il r&#233;fl&#233;chisse &#224; haute voix, devant la cour, sur sa condition criminelle, ce qui l'a entra&#238;n&#233; sur la voie du crime, qu'il d&#233;veloppe une critique de l'institution judiciaire, qu'il pr&#233;sente le contrechamp d'une approche fond&#233;e sur les &#171; raisons &#187; du criminel, ce qui revient aussit&#244;t &#224; politiser insupportablement le rituel de justice... De la m&#234;me fa&#231;on, la jeune fille qu'on a fait entrer de gr&#233; ou de force dans la peau de la pure et simple victime se verra d&#233;pourvue de toute chance de r&#233;fl&#233;chir &#224; voix haute et surtout pas devant le tribunal de l'opinion sur les conditions dans lesquelles elle a &#233;t&#233; conduite &#224; avoir cette exp&#233;rience sexuelle avec un jeune adulte, sur ses dispositions pass&#233;es et pr&#233;sentes &#224; son propos, etc. C'est qu'elle a &#233;t&#233;, dans la perspective de la requalification des faits, format&#233;e comme pure et simple plaignante, par la famille, la police, les &#233;ducateurs, les experts, les juges, etc. Elle n'aura plus, d&#232;s lors, qu'&#224; venir au proc&#232;s montrer les plaies ouvertes de son traumatisme, quand bien m&#234;me il se trouverait, dans l'un des deux cas en instance de jugement, que c'est elle qui a longtemps poursuivi son &#171; s&#233;ducteur &#187; de ses assiduit&#233;s, avant que celui-ci finisse par se laisser tenter...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encourant une peine pouvant aller jusqu'&#224; 10 ans de r&#233;clusion, un professeur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Concernant le cas r&#233;cent d'une autre tr&#232;s jeune fille, de 11 ans, ayant entretenu une relation sexuelle avec un homme, s'exprimant sur France Culture, Mich&#232;le Riot-Sarcey pontifiait &#224; ce propos dans un ton de vertu indign&#233;e, r&#233;ussissant en cela &#224; surench&#233;rir sur son partenaire dans cette discussion, le s&#233;nateur LR Philippe Bas. Elle soutenait carr&#233;ment l'id&#233;e que se poser la question de la valeur du consentement, en l'occurrence, &#233;tait d&#233;j&#224;, en soi, une insanit&#233;. Bel exemple d'ouverture au d&#233;bat chez cette universitaire ! Pourtant, n'y aurait-il pas mati&#232;re &#224; s'interroger sur la complexit&#233; des choses, dans la mesure o&#249; la jeune fille en question n'a jamais fait &#233;tat de violences, et a donn&#233; son consentement &#224; ces relations ? Certaines f&#233;ministes historiques, perdues aujourd'hui dans des combats r&#233;actionnaires, semblent avoir oubli&#233; les ann&#233;es o&#249; elles r&#233;clamaient le droit pour les femmes de disposer de leur propre corps. Une question, en passant : cette jeune fille, &#233;tant en m&#234;me temps une femme, qui a autorit&#233; pour fixer l'&#226;ge auquel le d&#233;sir est recevable ? C'est d&#233;sormais un fait : sur les questions de m&#339;urs et les enjeux li&#233;s &#224; la sexualit&#233;, tout un pan du f&#233;minisme est pass&#233; dans le camp de la police et de l'ordre moral - bel exemple d'involution r&#233;actionnaire d'un discours d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve une logique tout &#224; fait comparable dans le cas de la prostitution dans le cas de la France, o&#249;, &#233;tudes m&#233;dicales et de sciences sociales r&#233;unies se sont accord&#233;es pour faire valoir, toutes ces derni&#232;res ann&#233;es en particulier, l'id&#233;e que la prostitution serait toujours, chez une femme qui en fait profession, la r&#233;sultante d'un traumatisme survenu dans l'enfance. La prostitu&#233;e ne serait donc plus celle sur qui devrait porter prioritairement le stigmate de r&#233;probation sociale (mais on a vu l'instabilit&#233; de ce processus, singuli&#232;rement dans le cas su&#233;dois, o&#249; victimisation et criminalisation des prostitu&#233;es peuvent tr&#232;s bien coexister, f&#251;t-ce au prix d'une incoh&#233;rence logique), la &lt;i&gt;compassion&lt;/i&gt; devant bien davantage entourer la &#171; personne prostitu&#233;e &#187; (d&#233;tachable de ses actes, puisque contrainte, &lt;i&gt;malgr&#233; elle&lt;/i&gt;, &#224; agir ainsi), et c'est d&#233;sormais le client qui aurait &#224; subir cette condamnation, ce dernier venant l&#226;chement profiter de la faiblesse, psychique et physique d'une femme. Quant &#224; ce que la prostitu&#233;e pourra dire, notamment pour contester son statut de victime pure et simple, nul n'en tiendra compte, eu &#233;gard au traumatisme dont tout son &#234;tre reste impr&#233;gn&#233;, et qui lui fait adopter le point de vue de son agresseur &#8211; parole ali&#233;n&#233;e par excellence. Il suffit, pour se convaincre qu'un tel processus de construction de la prostitu&#233;e par tout un dispositif de savoir-pouvoir est bien &#224; l'&#339;uvre, de parcourir, par exemple, le rapport synth&#233;tique &#233;tabli par le Docteur Muriel Salmona, psychiatre-traumatologue, pr&#233;sidente de l'association &#171; M&#233;moire traumatique et Victimologie &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La prostitution est une des cons&#233;quences psychotraumatiques des violences sexuelles, particuli&#232;rement de violences sexuelles subies dans l'enfance. [&#8230;] de nombreuses &#233;tudes montrent :&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Que la relation entre violences sexuelles et entr&#233;e en prostitution est &lt;i&gt;&#233;vidente&lt;/i&gt; [nous soulignons &#8211;BN].&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Une &#233;tude r&#233;cente men&#233;e par une &#233;quipe de chercheurs internationaux [&#8230;] a mis en &#233;vidence des modifications anatomiques visibles par IRM de certaines aires corticales du cerveau de femmes adultes ayant subi dans l'enfance des violences sexuelles. [&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Les troubles psychotraumatiques sont li&#233;s &#224; des m&#233;canismes psychologiques et neurobiologiques de sauvegarde exceptionnels :&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Mis en place par le cerveau pour &#233;chapper &#224; un risque vital intrins&#232;que cardiovasculaire et neurologique induit par une r&#233;ponse &#233;motionnelle d&#233;pass&#233;e et non contr&#244;l&#233;e (stress extr&#234;me) par &lt;i&gt;un psychisme en &#233;tat de sid&#233;ration&lt;/i&gt; [nous soulignons &#8211; BN] &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dr Muriel Salmona, &#171; Cons&#233;quences psychotraumatiques de la prostitution &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que ce rapport se situe dans le contexte fran&#231;ais actuel, et que cette position n'est pas, en soi, exclusive d'une criminalisation pure et dure de la prostitution, comme on a pu le voir dans l'exemple du cas su&#233;dois. Ne g&#233;n&#233;ralisons donc pas cette position &#224; toutes les &#171; d&#233;mocraties europ&#233;ennes &#187;, et rappelons une fois encore que cette face &lt;i&gt;tol&#233;rante&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;compassionnelle&lt;/i&gt; est susceptible de rapidement coexister avec son exact inverse. Dans ce rapport, en tous cas, les termes utilis&#233;s font se rejoindre ceux qu'on r&#233;serve aux mineur(e)s et aux prostitu&#233;(e)s, dans le cadre du discours de la victimologie, ceux d'&#233;tat de &#171; sid&#233;ration &#187;, aboutissant &#224; vider de toute port&#233;e le consentement que les un(e)s et les autres ont pu accorder aux relations sexuelles, respectivement avec un majeur ou un client. Il y aurait mati&#232;re &#224; en faire une r&#233;plique de com&#233;die, en rempla&#231;ant la formule d'Harpagon justifiant l'int&#233;r&#234;t qu'il a &#224; marier Elise &#224; Anselme (&#171; Sans dot ! &#187;) par celle-ci &#171; En &#233;tat de sid&#233;ration ! &#187; : &#171; Cela ferme la bouche &#224; tout. &lt;i&gt;Sans dot !&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;En &#233;tat de sid&#233;ration !&lt;/i&gt; pour l'adaptation &#8211; BN]. Le moyen de r&#233;sister &#224; une raison comme celle-l&#224; ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#232;re, in Moli&#232;re, L'Avare, Acte I, sc&#232;ne 5.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit dans le cadre scolaire ou bien du c&#244;t&#233; des institutions r&#233;pressives (justice), lorsque des mineurs s'engagent dans des actions litigieuses ou des ill&#233;galismes, il est aujourd'hui de saison d'insister sur le fait que les enfants aussi, les mineurs (c'est le nom fort intimidant que l'administration, la police et la justice attribuent &#224; l'enfance et &#224; l'adolescence) sont responsables de leurs actes, car dot&#233;s de la facult&#233; de discerner le bien du mal, de s'orienter dans le domaine des normes sociales, etc. Quand il s'agit d'envoyer de (tr&#232;s) jeunes d&#233;linquants dans des centres ferm&#233;s o&#249; le r&#233;gime est p&#233;nitentiaire, le motif de la responsabilit&#233; est la banni&#232;re sous laquelle s'administre la rigueur des peines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Sch&#233;rer identifie clairement une &#233;volution propre &#224; notre &#233;poque, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... Et puis cela, encore : quand il s'agit de renvoyer &#224; la rue des centaines de mineurs &#233;trangers isol&#233;s, faute de dispositifs appropri&#233;s qui puissent les accueillir, mais surtout de volont&#233; politique de mettre en place des dispositifs &#224; la hauteur du probl&#232;me &#8211; nos &#233;lites gouvernementales et assimil&#233;es se montrent infiniment moins sensibles au motif du traumatisme et de la sid&#233;ration que dans le cas pr&#233;sent, plus propice &#224; la mise en sc&#232;ne de la restauration de l'ordre moral... Le destin du gamin africain ou afghan qui dort dans les squares ou sous les &#233;changeurs d'autoroutes urbaines &#224; Paris ou Marseille (comme &#224; Lagos ou Bucarest, beaut&#233;s de la globalisation...) ne saurait susciter ce sentiment d'horreur morale que soul&#232;ve la conduite buissonni&#232;re de la (trop, n&#233;cessairement trop) jeune fille qui s'engage d'un c&#339;ur l&#233;ger dans sa premi&#232;re rencontre sexuelle et dont la &lt;i&gt;l&#233;g&#232;ret&#233;&lt;/i&gt;, pr&#233;cis&#233;ment, se doit d'&#234;tre imm&#233;diatement recod&#233;e par les vertueux nouveaux : Juliette pervertie par un inf&#226;me s&#233;ducteur - du Sade de caniveau pour &#171; r&#233;seaux sociaux &#187;. De quoi donner raison &#224; Nietzsche, lorsqu'il &#233;non&#231;ait qu'on avait &lt;i&gt;invent&#233;&lt;/i&gt; le libre arbitre en vue de rendre les individus &lt;i&gt;responsables&lt;/i&gt;. En effet, dans le cas d'ill&#233;galismes adolescents, les instances r&#233;pressives semblent adopter la morale sartrienne, voulant que toute tentative d'&#233;chapper &#224; sa responsabilit&#233; soit le signe d'une forme de &#171; mauvaise foi &#187;, et donc irrecevable, alors que dans le cas d'une jeune fille mineure s'engageant dans des relations sexuelles avec un majeur, un renversement s'op&#232;re : les arguments dont ou pourrait estimer qu'ils &#233;tayent une attitude de &#171; mauvaise foi &#187; (toujours dans une logique morale sartrienne) sont cette fois adopt&#233;s, comme fond&#233;s, par les juges eux-m&#234;mes pour &#233;valuer les raisons de la conduite de cette jeune fille&#8230; Le r&#233;sultat de la d&#233;marche n'est pas plus avantageux pour la mineure, le prix &#224; payer, pour elle, &#233;tant en effet son irresponsabilit&#233;, son &lt;i&gt;incapacit&#233;&lt;/i&gt; (au sens juridique, mais soutenu par tout un dispositif scientifico-m&#233;dical visant &#224; en &#233;tablir &lt;i&gt;positivement&lt;/i&gt; le bien-fond&#233;) &#224; consentir. Imaginons un instant qu'elle se rebiffe, refuse d'entrer dans la peau de Juliette et revendique cr&#226;nement son incartade : cas bien peu probable, vu le bombardement massif de moraline (et autre...) &#224; elle inflig&#233;e, mais qui, s'il se pr&#233;sentait, l'exposerait dans l'instant &#224; passer du statut de la malheureuse victime &#224; celle de la perverse pr&#233;coce, incube, succube, d&#233;linquante sexuelle sur laquelle s'abattrait l'opprobre de toutes les instances morales et disciplinaires...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie, les gouvernants &#8211; et pas seulement les Eglises &#8211; ont toujours eu du mal avec la sexualit&#233; des jeunes et &#233;t&#233; port&#233;s &#224; leur mener la vie dure sur ce front - on a eu trop vite fait des manifestes de Wilhelm Reich exaltant la lutte sexuelle des jeunes des documents d'&#233;poque... Mai 68 et ses suites ont, bien s&#251;r, rebattu les cartes de ce jeu avec le sexe et entre les sexes, au point de redessiner tout le champ du loisible et du possible en la mati&#232;re. Guy Hocquenghem, parlant de son enfance (r&#233;invent&#233;e, bien s&#251;r, comme toute enfance) exprimait une id&#233;e tr&#232;s int&#233;ressante &#8211; certes pas tr&#232;s reichienne, l'auteur de &lt;i&gt;La fonction de l'orgasme&lt;/i&gt; restant le tenant d'une sexualit&#233; distinctement h&#233;t&#233;ronorm&#233;e - relativement aux d&#233;sirs qui peuvent traverser l'enfant (m&#234;me si chez lui, cela reste inexprim&#233; sous cette forme &#8211; l&#224; est la r&#233;invention de l'enfance dans ce cas) : il disait avoir r&#234;v&#233;, enfant, d'&#234;tre &#171; d&#233;tourn&#233; &#187;, soupirant ainsi apr&#232;s cet homme qui serait venu le d&#233;tourner, lui, ce mineur attendant son ravisseur / ravissant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un tr&#232;s beau texte introduisant aux &lt;i&gt;R&#234;veries du promeneur solitaire&lt;/i&gt;, Ren&#233; Sch&#233;rer &#233;voque, apr&#232;s Paule Adamy, la multiplicit&#233; des corps de Jean-Jacques Rousseau, parmi lesquels un corps &lt;i&gt;enfantin&lt;/i&gt;, r&#233;v&#233;lant toutes les puissances de &lt;i&gt;d&#233;tournement&lt;/i&gt; propre &#224; l'enfance &#8211; l'enfance capable d'op&#233;rer un d&#233;tournement d'adulte. Cette pr&#233;face dit pr&#233;cis&#233;ment ceci : &#171; [&#8230;] il y en a plusieurs [des corps de Rousseau], modul&#233;s comme des variations musicales tout au cours de l'&#339;uvre, pers&#233;cut&#233; et &#233;rotique, sexu&#233; ou non, f&#233;minin et, pr&#233;cis&#233;ment, enfantin, que magnifient les &lt;i&gt;Confessions&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;R&#234;veries&lt;/i&gt;. Et c'est bien dans ces derni&#232;res [&#8230;] que l'enfant appara&#238;t au mieux dans sa fonction b&#233;n&#233;fique et secourable, &lt;i&gt;d&#233;tournant&lt;/i&gt; [nous soulignons] d'un univers adulte qui est celui des relations de mensonge, de fausset&#233;. L'enfant est la v&#233;racit&#233; de l'homme, sa spontan&#233;it&#233;, son innocence, au sens propre, si l'on entend par l&#224; qu'il est incapable du mal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Sch&#233;rer, &#171; Une solitude peupl&#233;e &#187;, pr&#233;face in Ren&#233; Sch&#233;rer pr&#233;sente (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Loin de la coupure mortif&#232;re entre l'enfance et l'&#226;ge adulte, on se trouve ici face &#224; la forme d'une enfance hantant l'&#234;tre devenu adulte, le conduisant &#224; renouer avec les chemins de traverse. Cet enfant en nous, cette enfance qui ne passe pas, mais qui, bien plut&#244;t, revient en un &#233;clair, c'est l'enfance qui vient sauver l'adulte, qui vient notamment le sauver des faux savoirs, des fausses &#233;vidences. Cette puissance de d&#233;tournement, propre &#224; l'enfant, a bien une fonction &#233;ducative, en un sens bien particulier, celui faisant se conjoindre &#233;ducation et promenade (l'enfant d&#233;tourne l'adulte de son chemin) : &#171; Le ma&#238;tre n'est-il pas dit [dans &lt;i&gt;Emile&lt;/i&gt;], plus que le recteur de l'&#233;l&#232;ve, son camarade ? &#8220;Il devrait &#234;tre enfant lui-m&#234;me&#8221;, afin de mieux &lt;i&gt;l'accompagner&lt;/i&gt; [nous soulignons &#8211; BN] dans cette promenade que constitue l'&#233;ducation [&#8230;] &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Accompagner n'est pas guider, encore moins forcer, mais suppose bien une confiance r&#233;ciproque, une ouverture aux occurrences aventureuses de toute promenade. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais aujourd'hui, ce qu'on voit revenir en force, &#224; l'occasion de ces affaires, c'est ni plus ni moins que l'horreur spontan&#233;e qu'inspire &#224; ce monde-l&#224; (&#224; cette engeance qui &#233;choue si manifestement &#224; se gouverner elle-m&#234;me et n'en pr&#233;tend pas moins gouverner la vie de la jeunesse jusque dans ses moindres recoins), ni plus ni moins que &lt;i&gt;la notion m&#234;me d'une vie sexuelle de la jeunesse&lt;/i&gt;, ce foisonnement d'activit&#233;s vagabondes tiss&#233;es d'&#233;chapp&#233;es belles, de d&#233;placements h&#233;t&#233;rotopiques, de petits et grands secrets excluant l'&#226;ge adulte. Comme leurs b&#251;chers sont trop petits pour br&#251;ler Freud et toute la litt&#233;rature psychanalytique, ils ne vont pas aller jusqu'&#224; remettre en cause la notion m&#234;me de sexualit&#233; infantile, mais ils vont faire de celle-ci un pur et simple objet &#224; surveiller-encadrer-discipliner-&#233;duquer, par opposition &#224; la notion d'une vie sexuelle de la jeunesse ou de la prime adolescente, laquelle suppose non pas une libert&#233; sans bornes et moins encore le retour &#224; l'&#233;tat de nature, mais du moins la possibilit&#233; d'exp&#233;rimenter, d'entrer dans des conduites sexuelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hors des seules limites du cadre appauvrissant d'un &#171; dispositif &#187; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; hors tutelle, bref, de faire de la sexualit&#233;, et de ses formes ind&#233;finiment variables, activement, un enjeu et un milieu de d&#233;prise(s), de contre-conduites...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il va donc s'agir d'associer toute notion d'une sexualit&#233; pr&#233;coce &#224; de terribles menaces &#8211; c'est la version la&#239;que et m&#233;dicale des cons&#233;quences fatales du p&#233;ch&#233; de chair de jadis : du rapport &#233;tabli par les experts charg&#233;s par le premier ministre de r&#233;diger un rapport sur la question de l'&#226;ge du consentement sexuel (une sainte-alliance form&#233;e de m&#233;decins, sp&#233;cialistes de l'enfance, magistrats...), il ressort en effet que les &#171; acquis des neurosciences &#187; d&#233;montrent la n&#233;cessit&#233; d' &#171; une protection renforc&#233;e en raison des traces profondes provoqu&#233;es par les traumatismes sexuels sur la structure et le fonctionnement du cerveau &#187;. En d'autres termes, ce que d&#233;montre le dernier cri de la science, c'est l'association irr&#233;cusable de la sexualit&#233; pr&#233;coce au traumatisme. Le parall&#232;le avec le traitement de la question prostitutionnelle d&#233;sormais selon l'optique de la &#171; victimologie &#187; saute aux yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Traumatisme est l'un de ces mots puissants de l'&#233;poque qui, ici, en exer&#231;ant son empire, ouvre un cr&#233;dit illimit&#233; au placement de la sexualit&#233; des jeunes sous la surveillance de la justice et de la police, avec le consentement actif des familles. On imagine les effets d&#233;l&#233;t&#232;res que sont appel&#233;es &#224; produire dans les temps qui viennent les surench&#232;res annonc&#233;es entre ces appareils et instances... L'&#226;ge minimal du consentement sexuel, c'est le bracelet &#233;lectronique de la sexualit&#233; des jeunes. Michel Foucault avait bien pressenti ce qui se profilait &#224; cet &#233;gard, d&#232;s 1979 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; [&#8230;] ce qui se dessine, et c'est pourquoi je crois qu'il &#233;tait important [&#8230;] de parler du probl&#232;me des enfants, [&#8230;] c'est un nouveau syst&#232;me p&#233;nal, un nouveau syst&#232;me l&#233;gislatif qui se donnera pour fonction non pas tellement de punir ce qui serait infraction &#224; ces lois g&#233;n&#233;rales de la pudeur que de prot&#233;ger des populations ou des parties de populations consid&#233;r&#233;es comme particuli&#232;rement fragiles. [&#8230;] et cela donnera aux psychiatres le droit d'intervenir deux fois. Premi&#232;rement, en termes g&#233;n&#233;raux, pour dire : oui, bien s&#251;r, la sexualit&#233; de l'enfant existe, [&#8230;]. Et d'autre part, dans chaque cas particulier, il dira : voil&#224; qu'un adulte est venu m&#234;ler sa sexualit&#233; &#224; la sexualit&#233; de l'enfant. Peut-&#234;tre l'enfant avec sa sexualit&#233; propre a pu d&#233;sirer cet adulte, peut-&#234;tre m&#234;me a-t-il consenti, peut-&#234;tre m&#234;me a-t-il fait les premiers pas. On admettra que c'est lui qui a s&#233;duit l'adulte ; mais nous autres, avec notre savoir psychologique, nous savons parfaitement que m&#234;me l'enfant s&#233;ducteur risque et m&#234;me dans tous les cas va subir un certain dommage et un &lt;i&gt;traumatisme&lt;/i&gt; [nous soulignons] du fait qu'il aura eu affaire &#224; un adulte. Par cons&#233;quent, il faut prot&#233;ger l'enfant de ses propres d&#233;sirs, d&#232;s lors que ses d&#233;sirs l'orienteraient vers l'adulte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, &#171; La loi de la pudeur &#187;, entretien entre M. Foucault, G. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les prolongements actuels des mots de Michel Foucault, dans notre &#233;poque sont assez &#233;vidents, mais on devrait m&#234;me, aujourd'hui, supprimer la fin de la derni&#232;re phrase de la citation, de fa&#231;on &#224; souligner la voie dans laquelle nos gouvernants s'engagent : il faudrait prot&#233;ger l'enfant de ses propres d&#233;sirs, d&#233;sirs interdits de tout passage &#224; l'acte s'il a moins de quinze ans, et ce, quel que soit l'&#226;ge de sa-son-ses partenaire(s). Le caract&#232;re inextricable de la justice p&#233;nale et de la m&#233;decine appara&#238;t ici au grand jour : &#233;tablissant le caract&#232;re traumatisant d'une sexualit&#233; en acte avant l'&#226;ge de quinze ans, la m&#233;decine ouvre ainsi la voie &#224; sa p&#233;nalisation. Les m&#233;decins, scientifiques et autres experts en uniforme ont encore de beaux jours devant eux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous entrons dans une &#233;poque o&#249; l'acc&#232;s aux relations sexuelles va devenir toujours plus compliqu&#233; : que cela suppose, comme l'exigent certaines f&#233;ministes, une sorte de contrat pr&#233;alable ou bien alors qu'il faille, avant toute chose, commencer par montrer ses papiers et avouer son &#226;ge. Sans compter le fait que de plus en plus de gens, dans nos soci&#233;t&#233;s, se trouvent, de fait et sur un mode institutionnel et policier ou disciplinaire assign&#233;s &#224; une condition de privation de vie sexuelle ou de mis&#232;re sexuelle organis&#233;e : d&#233;tenus des prisons, pensionnaires des maisons de retraite, malades en hospitalisation de longue dur&#233;e et, maintenant, dans l'id&#233;al de police sexuelle qui monte, jeunesse mineure &#8211; &#224; terme, il est clair comme de l'eau de roche que ce qui est dans le collimateur, c'est toute forme de sexualit&#233; pr&#233;coce des jeunes, donc y compris entre mineurs. &lt;i&gt;It rings a bell&lt;/i&gt; &#8211; celle de l'obsession de la masturbation infantile au XIX&#176; si&#232;cle. D'ailleurs, dans un entretien accord&#233; au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 9 mars, Marl&#232;ne Schiappa, la secr&#233;taire d'Etat charg&#233;e de l'&#233;galit&#233; entre les sexes, vend la m&#232;che sans se faire prier : comme les journalistes lui demandent si les dispositions envisag&#233;es ne reviennent pas &#224; &#171; inscrire cet &#226;ge [moins de 15 ans] comme celui au-dessous duquel les rapports sexuels sont proscrits, en tout cas avec un majeur &#187;, elle r&#233;pond : &#171; c'est d&#233;j&#224; le cas. La majorit&#233; sexuelle est fix&#233;e &#224; 15 ans en France... &#187;. On voit bien ici comment la clause de la relation avec un majeur devient ici tout &#224; fait accessoire, le c&#339;ur de l'op&#233;ration de police sexuelle consistant &#224; assimiler la notion implicite de minorit&#233; sexuelle &#224; celle de la prohibition de toute relation sexuelle pour des mineurs. C'est toute esp&#232;ce de relation sexuelle qui, pour un(e) mineur(e) se voit potentiellement assimil&#233;e au croquemitaine &#8211; le traumatisme. C'est qu'il en faudrait de l'imagination aux grosses t&#234;tes en &#171; sciences cognitives &#187; pour nous administrer la d&#233;monstration du fait que c'est, en toutes circonstances, l'&#226;ge du partenaire qui est constitutif du traumatisme &#8211; ou pas... Non, d&#233;cid&#233;ment, ce qu'il faut, c'est, au nom d'une protection de l'enfance &#224; g&#233;om&#233;trie tr&#232;s variable, donner force de loi &#224; ces dispositifs de dissuasion des rapports sexuels pr&#233;coces que, de tout temps, les familles ont tent&#233; d'opposer aux vell&#233;it&#233;s des enfants en lisi&#232;re d'adolescence de disposer de leur corps sexu&#233; pour toutes sortes d'exp&#233;riences int&#233;ressantes... C'est l' &#171; ordre r&#233;publicain &#187;, dans sa version autoritaire de saison, qui vole au secours de l'ordre des familles mis &#224; mal par bien des mutations en cours. C'est en somme l'&#233;tat d'urgence ind&#233;finiment reconduit et aggrav&#233; qui vient s'infiltrer dans la vie de l'enfance. Comme le rel&#232;ve Ren&#233; Sch&#233;rer, celle-ci, dans ce temps o&#249; l'esprit de police triomphe sur toute la ligne, est appel&#233;e &#224; &#234;tre trait&#233;e toujours davantage en suspecte, voire en esp&#232;ce ennemie &#8211; sous la victime &#224; prot&#233;ger envers et contre elle-m&#234;me, cet indisciplin&#233;/indisciplinaire naturel qu'est l'enfant &#8211; l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bref, ce qui est en train de se profiler, c'est la fabrication par les disciplines et les savoirs assembl&#233;s autour du fonts baptismaux de cette merveille polici&#232;re, l'&#226;ge minimal du consentement sexuel, de cat&#233;gories vari&#233;es d'humains dont la particularit&#233; est d'&#234;tre &lt;i&gt;interdits de relations sexuelles&lt;/i&gt;, ceci comme il y a des interdits de s&#233;jour, des interdits de permis de conduire et de carte bancaire, des gens que la Justice prive du droit de voir leurs enfants, de quitter le territoire national, de sortir de chez eux (placement sous bracelet &#233;lectronique), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus &#233;tonnant peut-&#234;tre dans toute cette s&#233;quence, c'est le silence assourdissant, qu'on imagine donc volontiers complice, des champions, des professionnels de &lt;i&gt;l'&#233;coute&lt;/i&gt; &#8211; ceux l&#224;-m&#234;me qui, aux grilles et recettes de la psychiatrie m&#233;dicamenteuse, opposent la patiente &#233;coute des sujets en souffrance. Or, s'il est un dispositif g&#233;n&#233;ral dans lequel les sujets &#171; en question &#187; sont chosifi&#233;s comme victimes muettes et infantilis&#233;es (in-fans &#8211; qui ne cause pas), c'est bien celui qui s'agence autour de la notion d'&#226;ge minimal du consentement sexuel ou bien de la prostitu&#233;e comme traumatis&#233;e sexuelle. Tout un syst&#232;me d'accaparement de la parole ( et de la d&#233;cision) par l'expert, le psy, le travailleur social et, au bout de la cha&#238;ne, le juge, se met en place, destin&#233; &#224; &#233;liminer toute possibilit&#233; qu'une autre figure du tort (que celle qu'&#233;pingle la nouvelle police des m&#339;urs) &#233;merge : celle, notamment, de l'enfance, de l'adolescence trait&#233;e en suspecte perp&#233;tuelle, d&#233;sign&#233;e comme cible privil&#233;gi&#233;e de la nouvelle police sexuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Merci &#224; Alexandre Costanzo d'avoir attir&#233; notre attention sur cette d&#233;cision de justice pour le moins &#233;tonnante : &#171; En 2014, Eva-Maree Kullander-Smith, 27 ans a &#233;t&#233; poignard&#233;e de trente-deux coups de couteau dans les bureaux des services sociaux de la ville de V&#228;ster&#228;s. L'assassin ? Son ex-compagnon, qu'elle avait quitt&#233; trois ans plus t&#244;t, &lt;i&gt;pour fuir des violences conjugales&lt;/i&gt; [Nous soulignons]. Entre-temps, pour subvenir aux besoins de sa famille, elle avait travaill&#233; cinq fois comme escort girl. Un crime aux yeux des services sociaux qui lui avaient retir&#233; la garde de ses enfants, la confiant &#224; leur p&#232;re. Le message est on ne peut plus clair : un p&#232;re violent est plus &#224; m&#234;me de s'occuper de ses enfants qu'une prostitu&#233;e, f&#251;t-elle occasionnelle &#187;. L'article pr&#233;cise comment se concilient dans le cas su&#233;dois p&#233;nalisation du client et acharnement judiciaire &#224; l'encontre des prostitu&#233;es : &#171; Point d'orgue de ce revirement : le vote, en 1999, d'une loi criminalisant les clients de prostitu&#233;s &#8211; une premi&#232;re mondiale. Mais le plus pervers, c'est qu'alors que tr&#232;s peu de clients ont &#233;t&#233; inqui&#233;t&#233;s, les travailleuses du sexe, elles, ont fait l'objet d'une v&#233;ritable chasse aux sorci&#232;res, voire d'une r&#233;&#233;ducation mentale forc&#233;e. &#8220;En Su&#232;de, toute passe est consid&#233;r&#233;e comme un viol. L&#233;galement, le consentement des prostitu&#233;es n'est pas reconnu. Elles sont trait&#233;es comme des femmes fragiles mentalement, sous influence, dans des d&#233;marches d'autodestruction&#8230; Donc incapables d'&#233;lever leurs enfants&#8221; &#187;. Th&#233;ophile Pillault, &#171; Ovidie : &#8220;En Su&#232;de, f&#233;ministes et r&#233;actionnaires se tapent dans la main&#8221; &#187;, 2 f&#233;vrier 2018, &lt;i&gt;in Vice&lt;/i&gt;, source Internet : &lt;a href=&#034;https://vice.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://vice.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Encourant une peine pouvant aller jusqu'&#224; 10 ans de r&#233;clusion, un professeur de math&#233;matiques, de 31 ans, ayant entretenu pendant plusieurs mois une relation amoureuse avec une coll&#233;gienne de 14, s'est vu condamn&#233; &#224; 18 mois de prison avec sursis, peine assortie d'une &#171; obligation de soins &#187; et d'une interdiction de travailler au contact de mineurs. Un article du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; expose bien la complexit&#233; de cette affaire, et le sens de la nuance avec lequel il convient de l'aborder : &#171; L'affaire d&#233;bute en f&#233;vrier. L'&#233;l&#232;ve contacte son professeur sur &lt;i&gt;Instagram&lt;/i&gt; et lui d&#233;clare sa flamme. &#8220;Je ne veux pas finir en prison, il ne se passera jamais rien entre nous&#8221;, r&#233;pond-il. Elle insiste. Il conc&#232;de : &#8220;J'&#233;tais clair au d&#233;part. Et puis en avril j'ai dit non, mais moins clairement. Je disais qu'il ne se passerait rien tant qu'elle n'aurait pas 18 ans.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
La porte est ouverte, la correspondance se poursuit. &#8220;Je me suis attach&#233; &#224; elle.&#8221; Premiers baisers et premi&#232;res relations sexuelles en juin, dans le plus grand secret. La relation dure tout l'&#233;t&#233;. Emilie fait le mur la nuit pour voir son professeur, qu'elle retrouve aussi parfois en journ&#233;e. Il l'emm&#232;ne au Parc Ast&#233;rix et la couvre de cadeaux. Les choses se compliquent quand la jeune fille s'&#233;prend d'un gar&#231;on de son &#226;ge, ce qui rend L&#233;o T. terriblement jaloux.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire prend fin d&#233;but novembre, lorsqu'un copain de la coll&#233;gienne informe la famille de la situation. Deux jours plus tard, le beau-p&#232;re d'Emilie &#8211; qu'elle consid&#232;re comme son vrai p&#232;re &#8211; surprend le professeur en train de r&#244;der pr&#232;s de chez eux. Il appelle la police apr&#232;s l'avoir brutalis&#233; et enferm&#233; dans sa voiture [&#8230;].&lt;br class='autobr' /&gt;
Emilie se pr&#233;sente [&#8230;] &#224; la barre, alors que, deux m&#232;tres derri&#232;re, le maquillage coule sur les joues de sa m&#232;re, qui avait elle-m&#234;me rencontr&#233; le p&#232;re de sa fille &#224; 14 ans alors qu'il en avait 26, et &#233;tait tomb&#233;e enceinte &#224; 17. Lors de son audition par la police, quarante-huit heures apr&#232;s les faits, la coll&#233;gienne avait pris la d&#233;fense de son ancien professeur, quelqu'un de &#8220;doux, gentil, attentionn&#233;&#8221; : &#8220;Il ne m'a jamais oblig&#233;e &#224; avoir des relations sexuelles, j'&#233;tais toujours consentante.&#8221; Elle avait menac&#233; de se suicider s'il allait en prison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au tribunal, le discours a chang&#233;. &#8220;Je pense avoir &#233;t&#233; manipul&#233;e&#8221;, lance-t-elle d'embl&#233;e. La pr&#233;sidente recadre gentiment l'adolescente, qu'elle soup&#231;onne d'avoir appris par c&#339;ur un texte dict&#233; par ses parents ou son avocate, et lui demande de se concentrer sur les faits, &#8220;pas sur des choses ing&#233;r&#233;es, dig&#233;r&#233;es et r&#233;p&#233;t&#233;es&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Quels sentiments aviez-vous vis-&#224;-vis de lui ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; J'&#233;tais amoureuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Pour vous, c'&#233;tait votre petit copain ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Oui.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Mais vous saviez que c'&#233;tait interdit, il vous l'avait dit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Oui.&#8221; &#187; (Henri Seckel, &#171; Dix-huit mois avec sursis pour le professeur qui entretenait une liaison avec une coll&#233;gienne &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 28 novembre 2017, source Internet : &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lemonde.fr&lt;/a&gt; ).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dr Muriel Salmona, &#171; Cons&#233;quences psychotraumatiques de la prostitution &#187;, r&#233;f&#233;rence internet : site memoiretraumatique.org.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#232;re, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Moli&#232;re, &lt;i&gt;L'Avare&lt;/i&gt;, Acte I, sc&#232;ne 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Sch&#233;rer identifie clairement une &#233;volution propre &#224; notre &#233;poque, dans son rapport &#224; la violence de la jeunesse, r&#233;sultant notamment d'un dispositif de quasi-s&#233;gr&#233;gation (hors milieu familial) entre les enfants et les adultes : &#171; La violence de la jeunesse n'apitoie pas [aujourd'hui], voire ne s&#233;duit plus : elle inqui&#232;te surtout, elle fait peur. L'enfant est moins ressenti comme un &#234;tre souffrant dont nous aurions la charge que comme un adversaire. L'enfant fait peur, il est l'ennemi, notre ennemi. Et d'abord parce qu'il est s&#233;par&#233; [nous soulignons], parce qu'il est l'inconnu, l'&#233;tranger. A l'apitoiement vient succ&#233;der une x&#233;nophobie de l'enfance &#187; (Ren&#233; Sch&#233;rer, &#171; Trois remarques possibles sur &#233;ducation et violence &#187;, postface &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Ren&#233; Sch&#233;rer pr&#233;sente Jean-Jacques Rousseau, &lt;i&gt;Une solitude peupl&#233;e. Les r&#234;veries du promeneur solitaire&lt;/i&gt;, Paris, Editions Eterotopia, 2017, p.117). C'est alors l'enfant non domestiqu&#233;, l'enfant des rues envisag&#233; selon un prisme sombre qui est craint par la soci&#233;t&#233;, quand cette m&#234;me rue pouvait aussi bien se r&#233;v&#233;ler &#8211; version solaire d'une &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; approche de l'enfance des rues &#8211; &#171; une &#233;chapp&#233;e d'&#233;cole buissonni&#232;re &#187;, la rue se faisant alors &#171; espace ouvert &#224; une enfance hors normes &#233;ducatives &#187; (&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p.119).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Sch&#233;rer, &#171; Une solitude peupl&#233;e &#187;, pr&#233;face &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Ren&#233; Sch&#233;rer pr&#233;sente Jean-Jacques Rousseau, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hors des seules limites du cadre appauvrissant d'un &#171; dispositif &#187; de sexualit&#233;, c'est-&#224;-dire en s'ouvrant &#224; l'id&#233;e deleuzo-guattarienne d'une sexualit&#233; &lt;i&gt;non g&#233;nitale.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &#171; La loi de la pudeur &#187;, entretien entre M. Foucault, G. Hocquenghem, J. Danet, P. Hahn, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Michel Foucault, &lt;i&gt;Dits et &#233;crits II&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2001, p.768-769.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Suppl&#233;ment au voyage chez Jacques Demy</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=393</link>
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		<dc:date>2014-04-13T07:17:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>enfance</dc:subject>
		<dc:subject>imitation</dc:subject>
		<dc:subject>imagination</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le fait d'avoir choisi de parler de Jacques Demy pour aborder la question du cin&#233;ma et, indissociablement, celle du bonheur, comme j'ai essay&#233; de le faire dans ce petit livre dont il est question aujourd'hui, c'&#233;tait, au fond, d&#233;cider d'aborder la question du cin&#233;ma, et de l'amour du cin&#233;ma, par la seule porte alors peut-&#234;tre praticable, celle de l'enfance. Comment, en effet, chercher s&#233;rieusement &#224; op&#233;rer un lien entre bonheur et cin&#233;ma, sinon en acceptant l'id&#233;e que les films sont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=41" rel="tag"&gt;enfance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=42" rel="tag"&gt;imitation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=43" rel="tag"&gt;imagination&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le fait d'avoir choisi de parler de Jacques Demy pour aborder la question du cin&#233;ma et, indissociablement, celle du bonheur, comme j'ai essay&#233; de le faire dans ce petit livre dont il est question aujourd'hui, c'&#233;tait, au fond, d&#233;cider d'aborder la question du cin&#233;ma, et de l'amour du cin&#233;ma, par la seule porte alors peut-&#234;tre praticable, celle de l'enfance. Comment, en effet, chercher s&#233;rieusement &#224; op&#233;rer un lien entre bonheur et cin&#233;ma, sinon en acceptant l'id&#233;e que les films sont susceptibles de permettre une forme de retour de l'enfance, ou plut&#244;t une r&#233;ouverture actuelle de ses virtualit&#233;s sp&#233;cifiques ? L&#224; r&#233;siderait sans doute un des secrets de la magie du cin&#233;ma, magie aux effets tr&#232;s r&#233;els, et qui se fondent sur un certain rapport au temps. Il entrerait ainsi dans les puissances du cin&#233;ma de faire revenir l'enfance, au sens proustien d'un &#171; temps retrouv&#233; &#187;, et les films de Jacques Demy m'ont bien sembl&#233; d&#233;tenir la capacit&#233; de provoquer ce type de retour, par lequel le cin&#233;ma est plus que le cin&#233;ma &#8211; cette capacit&#233;, non de provoquer un r&#234;ve nous d&#233;tournant de la r&#233;alit&#233;, mais un r&#234;ve qui, la r&#233;v&#233;lant, rend ce monde habitable, en y r&#233;introduisant la possibilit&#233; du bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette question d'un lien, peut-&#234;tre intrins&#232;que, entre cin&#233;ma et enfance, c'est aussi celle qu'avait fortement &#233;voqu&#233;e Serge Daney, dans ses entretiens avec R&#233;gis Debray, intitul&#233;s&lt;i&gt; Itin&#233;raire d'un &#171; cin&#233;-fils &#187;&lt;/i&gt;, lorsqu'il affirmait : &#171; Le cin&#233;ma, c'est l'enfance &#187;. Tout l'int&#233;r&#234;t du propos de Daney est alors en effet de d&#233;connecter l'enfance de l'id&#233;e d'imagination entendue comme pure fantaisie. Parce que si l'enfance a bien un rapport, essentiel m&#234;me, avec l'imagination, ce n'est pas du tout avec une forme d'imagination qui consisterait &#224; se d&#233;tacher du r&#233;el, au profit de pures chim&#232;res &#8211; car alors, le cin&#233;ma n'aurait rien &#224; nous dire de ce monde, et serait notamment d&#233;pourvu de toute possibilit&#233; de le rendre habitable. Ecoutons les mots de Serge Daney, visant &#224; distinguer l'enfance de l'adolescence : &#171; [ &#8230;] c'est un sentiment beaucoup plus intense, plus insouciant et beaucoup plus grave de ne pas faire partie du monde &#8211; ou d'&#234;tre tol&#233;r&#233; par extr&#234;me justesse dans le monde tel qu'il est. Et on sait &#224; l'&#226;ge de cinq ans [&#8230;], la premi&#232;re ann&#233;e d'&#233;cole primaire, qu'il y a des gens avec qui on ne sera pas copains, et qu'on va faire une bande, &#224; trois ou quatre dans un coin, et &#231;a sera les introvertis, peut-&#234;tre plus tard les homosexuels (&#231;a a &#233;t&#233; le cas pour moi). En tout cas, les cin&#233;philes, &#233;videmment, ils ne vont pas partager leurs tr&#233;sors, ils savent qu'ils appartiennent &#224; une autre version du monde, ou de l'esp&#232;ce humaine &#187;. Et il ajoute : &#171; Ce n'est pas fuir. [&#8230;] Je n'ai aucune imagination. [&#8230;] On aura ce monde-l&#224;, mais on l'habitera enfin. Voil&#224;, moi, l'essence de ma cin&#233;philie. On l'habitera enfin. Mais ce sera &lt;i&gt;le monde&lt;/i&gt;, ce ne sera jamais la soci&#233;t&#233;. De la soci&#233;t&#233;, il n'y a que des choses horribles &#224; attendre &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Bien s&#251;r, Serge Daney parle ici de sa propre enfance, mais la port&#233;e biographique du propos est comme d&#233;bord&#233;e, les mots disant par cons&#233;quent quelque chose sur l'enfance entendue comme ce qui ne se r&#233;duit pas &#224; une question d'&#233;tat civil, mais s'av&#232;re relever proprement de ce qui ne passe pas, de ce qui insiste, et peut, &#224; l'occasion, revenir, &#224; tout &#226;ge. La &#171; version du monde &#187; rejet&#233;e ici par l'enfant, c'est sa version objectiviste, et sans point de vue singulier, la version qu'en donnent les autres, la soci&#233;t&#233; ; cette &#171; autre version du monde &#187; dont se r&#233;clame l'enfant, c'est celle qu'il puise au sein des films vus, et des &#171; tr&#233;sors &#187; qu'ils rec&#232;lent. Daney insiste bien pour qu'on n'y voie pas ici cependant le repli sur un monde imaginaire, que l'enfant introverti opposerait &#224; la trop dure r&#233;alit&#233; &#8211; cette &#171; autre version du monde &#187; est bien faite de l'&#233;toffe du r&#233;el lui-m&#234;me. Le monde de l'enfance (r&#233;v&#233;l&#233; ici par le biais du cin&#233;ma), c'est le monde battu en br&#232;che par les adultes, par la soci&#233;t&#233;, comme chose sans importance, et qui passera avec le temps de l'enfance. C'est en cela que l'enfant se sent &#171; tout juste tol&#233;r&#233; &#187; dans le monde des adultes : son monde &#233;tant pos&#233;e comme purement fantomatique, sans consistance, c'est aussi l'existence de qui cherche &#224; habiter ce monde qui est remise en cause. De fait, l'int&#233;r&#234;t des enfants pour les choses infimes, pour le rebut, les fait passer du c&#244;t&#233; du n&#233;gligeable, du sans importance. Or, le cin&#233;ma, lui, serait susceptible de donner un monde &#224; l'enfance, un monde enfin habitable, o&#249; ses objets de pr&#233;dilection ne seraient pas r&#233;duits &#224; l'&#233;tat d'insignifiance, mais bien plut&#244;t conduits &#224; leur signification ; et encore une fois, ce monde est bien le monde r&#233;el, et non un pur lieu imaginaire. Daney a toujours insist&#233;, &#224; cet &#233;gard, sur le fait que le cin&#233;ma &#233;tait vou&#233; au r&#233;alisme : &#171; Le cin&#233;ma est un art r&#233;aliste, sinon, rien &#187;. C'est le &#171; Nous &#187; monstrueux des adultes (de ce que Daney nomme ici la soci&#233;t&#233;) qui vient &#233;craser la singularit&#233; enfantine, nier ce qui, pour elle, constitue bien le monde . Or, la version du monde qui s'impose serait enfin inqui&#233;t&#233;e par le cin&#233;ma lui-m&#234;me, laissant percer la version des vaincus. L&#224; serait aussi, sans doute, la cause profonde de la fragilit&#233; du cin&#233;ma, et en l'occurrence de celui de Jacques Demy : les moqueries que son cin&#233;ma &#171; en chant&#233; &#187; a essuy&#233;es sont l&#224; pour en t&#233;moigner. Ce monde o&#249; l'on s'adresse aux autres en chantant, o&#249; l'on danse dans les rues, o&#249; l'on peut donner naissance &#224; des jumelles &#171; par hasard &#187;, c'est une autre version du monde, puis&#233;e au sein de la m&#234;me &#233;toffe que les autres versions possibles &#8211; au sein du r&#233;el lui-m&#234;me. Quant &#224; l'enfance elle-m&#234;me, sa consid&#233;ration doit se garder de deux &#233;cueils : bien s&#251;r de celui qui consisterait &#224; limiter l'enfance &#224; cette cat&#233;gorie, historiquement construite, qu'on pourrait nommer l'enfance &lt;i&gt;institu&#233;e&lt;/i&gt; ; mais aussi de cet autre, qui consisterait, &#224; l'inverse, &#224; envisager l'enfance comme &lt;i&gt;pure spontan&#233;it&#233;&lt;/i&gt;, comme &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt;. Autrement dit, il s'agirait d'envisager ici une sp&#233;cificit&#233;, une singularit&#233;, qu'on pourrait dire relever de l'enfance &#8211; et c'est donc &#224; ce titre que son institutionnalisation nous la masquerait, en portant les traces laiss&#233;es par le geste adulte qui l'institue -, sans pour autant donner consistance &#224; un &#171; monde de l'enfance &#187;, qu'on opposerait au &#171; monde des adultes &#187;, comme en &#233;tant strictement s&#233;par&#233;, car alors, l'enfance s'av&#233;rerait incapable de surgir au sein de l'&#226;ge adulte (et du r&#233;el tout simplement), pour y jouer ce r&#244;le interruptif, qu'on peut d&#233;signer comme une &lt;i&gt;puissance d'anachronisme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dire que cette &#171; autre version &#187; du monde que le cin&#233;ma nous proposerait ne constitue pas un univers purement fictif, imaginaire, cela ne signifie pas pour autant que l'imagination n'y joue pas un grand r&#244;le &#8211; et cela, on peut le saisir notamment &#224; travers ce film de Jacques Demy, que, faute de place, j'ai &#224; peine pu &#233;voquer dans le livre, &lt;i&gt;Peau d'&#226;ne&lt;/i&gt;, du fait que le jeu sur les couleurs qui s'y d&#233;ploie est de nature &#224; donner consistance &#224; cette autre version de l'imagination, que Walter Benjamin nommait &#171; d&#233;formante &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans ce film, ce sont essentiellement les personnages prenant la parole qui pr&#233;sentent un visage couleur de chair, car pour les serviteurs (qui ne disent pas un mot, &#224; une exception pr&#232;s), le traitement qui est r&#233;serv&#233; &#224; leur visage consiste &#224; leur donner la m&#234;me couleur que celle r&#233;serv&#233;e aux chevaux (soit le bleu, soit le rouge). Ce sont donc les &#234;tres priv&#233;s de paroles, &#224; l'image de &lt;i&gt;l'infans&lt;/i&gt; latin, qui vont se trouver unis dans cette coloration &#8211; quant au personnage de Peau d'&#226;ne, son statut ambigu, entre l'humain et l'animal, trouve &#224; se manifester dans un traitement &#224; mi-chemin : la cendre dont la F&#233;e des lilas barbouille la princesse brouille la teinte du visage, sans la recouvrir tout &#224; fait. Tout se passe comme si les couleurs, qui devraient &#234;tre celles des v&#234;tements (ou de la peau de l'&#226;ne mort) avaient d&#233;bord&#233; sur les visages, non, certes de tous les personnages, mais de ceux qui, semblables en cela au petit enfant, sont priv&#233;s de la capacit&#233; de parler (pas dans le cas de peau d'&#226;ne, pr&#233;cis&#233;ment du fait de son statut interm&#233;diaire). Ce d&#233;bordement des contours par la couleur n'est-il pas le signe d'une dissolution des formes ? D'ailleurs, cette dissolution ne trouve-t-elle pas son expression achev&#233;e dans le cas de la princesse, devenue indiscernable de l'&#226;ne, c'est-&#224;-dire, l&#224; o&#249; l'humanit&#233; en vient &#224; se dissoudre dans la nature (confusion dont les paroles prononc&#233;es par le perroquet, mais aussi par la rose s'adressant au prince, constitueraient d'autres signes) ? C'est une telle dissolution des formes dans la couleur qu'on peut voir &#233;galement &#224; l'&#339;uvre dans la c&#233;l&#232;bre danse qui, signalant le passage du noir et blanc &#224; la couleur, dans &lt;i&gt;Ivan le terrible&lt;/i&gt;, d'Eisenstein, produit une dissolution des contours dans le mouvement des &#233;toffes rouges. Ecoutons Benjamin sur cette question de l'imagination, en sa connexion avec celle de la couleur : &#171; [&#8230;] l'imagination n'a rien &#224; voir avec les formes, avec une mise en forme. Elle conquiert certes ses apparitions sur le terrain de l'imagination, mais elle est si peu assujettie &#224; celle-ci qu'on est m&#234;me fond&#233; &#224; d&#233;signer les apparitions de l'imagination comme d&#233;formation de ce qui a &#233;t&#233; mis en forme. C'est le propre de toute imagination que d'entra&#238;ner les formes dans un jeu de dissolution. Le monde des nouvelles apparitions, qui se constitue avec la dissolution de ce qui a &#233;t&#233; mis en forme, a ses propres lois qui sont celles de l'imagination et dont la loi supr&#234;me est que l'imagination, si elle d&#233;forme, ne d&#233;truit pourtant jamais &#187;(1). En cela, &#224; travers le jeu m&#234;me de l'imagination (dont on pourrait dire, avec Benjamin, que la couleur constitue son &#233;l&#233;ment), on n'a aucunement n&#233;gation ou destruction du r&#233;el, mais d&#233;formation du r&#233;el, et donc conservation du r&#233;el, seulement, sous une autre version. Repeindre la ville de Cherbourg, peindre en bleu le March&#233; du Bouffay, &#224; Nantes, ce n'est aucunement nier leur mat&#233;rialit&#233;, voire les d&#233;truire au profit d'une repr&#233;sentation &lt;i&gt;fantastique&lt;/i&gt; du r&#233;el, c'est leur faire subir une d&#233;formation qui les r&#233;v&#232;le au sein d'une autre version du monde.&lt;br class='autobr' /&gt; La couleur ainsi entendue cesse en effet d'&#234;tre l'attribut des choses, puisqu'en participant &#224; la dissolution des formes, elle devient la consistance m&#234;me du monde, qu'aucune objectivit&#233; n'est plus susceptible de contenir &#8211; les contours ayant fondu. On comprend alors que c'est la version objectiviste du monde (sa version adulte, si l'on veut) qui vacille sous l'effet de la couleur. On pourrait m&#234;me consid&#233;rer que dans le cas des diff&#233;rentes robes fabriqu&#233;es pour la princesse (autant de caprices inspir&#233;s par la F&#233;e des lilas), on se trouve face &#224; la tendance conjugu&#233;e de l'enfance &#224; la d&#233;formation color&#233;e et &#224; l'imitation : tout comme un enfant n'imite pas seulement d'autres &#234;tres humains, mais tout autant une table, ou un train, ici, c'est &#224; un v&#234;tement qu'on va demander, successivement, d'imiter la couleur du temps, puis celle de la lune, et enfin celle du soleil : s'il y a dissolution des formes, il y a donc aussi une r&#233;organisation de l'&#233;l&#233;mentaire qui est &#224; l'&#339;uvre dans le jeu des couleurs. Sous ce rapport, la teinte du visage humain est instructive, dont on dit qu'elle r&#233;unit en elle l'ensemble des couleurs. En effet, si tel est le cas, comment la peau peut-elle se salir (comme dans le cas de Peau d'&#226;ne ici) ? - question que Ren&#233; Sch&#233;rer et Guy Hocquenghem formulent ainsi, dans&lt;i&gt; L'&#226;me atomique&lt;/i&gt; : &#171; Pourquoi la couleur est-elle sale sur la peau, si elle n'est sale ni sur la palette, ni sur le tableau ? &#187;(2). Dans les aventures de &lt;i&gt;Proprette et Cochonnet&lt;/i&gt;, ouvrage de Mme G&#233;rard d'Hourville dont nous entretiennent Ren&#233; Sch&#233;rer et Guy Hocquenghem, on va assister &#224; l'initiation de l'innommable Cochonnet &#224; la propret&#233;, &#224; travers les le&#231;ons de la blanche et sage Proprette. Or, la description qui y est donn&#233;e du visage barbouill&#233; du jeune gar&#231;on est tr&#232;s significative : &#171; Sa figure &#233;tait une palette o&#249; se m&#233;langeaient des restes de jaune d'&#339;uf, de confiture rouge, de noir de charbon, de gris de craie et de traces bleues qui devaient &#234;tre de l'encre &#187;. Et, puisque ce m&#233;lange, en tant que tel, serait apte &#224; rendre &#171; la vie m&#234;me de la peau &#187;, dont on dit que sa teinte r&#233;sulte du m&#233;lange de l'ensemble des couleurs, il faut donc bien conclure, avec les auteurs , que &#171; [l']essence de la salet&#233; correspond &#224; un clivage autre que le pur et l'impur &#187;, et qu'ainsi, &#171; [p]ar le sale et le propre, la couleur libre et la couleur ad&#233;quate, l'opaque et le transparent (l'eau du bain) contestent ou rassurent l'ordre du r&#233;el, en fonction de la valeur morale qui leur est attribu&#233;e &#187;(3). Le propre serait donc l'&#233;quivalent de la couleur ad&#233;quate, qui, ne d&#233;bordant pas, conserve aux choses leurs contours, confirmant ainsi l'ordre du r&#233;el, quand la salet&#233;, elle, d&#233;signerait la couleur libre, qu'aucun contour ne parvient &#224; contenir, et qui menace &#224; tout instant de dissoudre les formes du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La belle et propre princesse, transform&#233;e en souillon sous sa peau d'&#226;ne, est celle qui dissout si bien les formes du r&#233;el qu'elle en arrive &#224; inqui&#233;ter la coupure humain/animal. C'est bien en cela que r&#233;siderait, profond&#233;ment, la puissance &#233;manant de l'enfance dans le film de Demy &#8211; car il y va d'une forme de fascination pour ce jeu des m&#233;tamorphoses, susceptible de creuser une dimension du r&#233;el qu'un regard adulte aura appris &#224; recouvrir. Ce n'est donc pas d'abord par son th&#232;me, tir&#233; d'un conte de Perrault, que &lt;i&gt;Peau d'&#226;ne&lt;/i&gt; actualise les puissances de l'enfance, mais bien &#224; partir du m&#233;dium cin&#233;matographique lui-m&#234;me, en l'occurrence &#224; travers le traitement qui y est r&#233;serv&#233; &#224; la couleur. La confusion entre les humains et les animaux (la princesse et l'&#226;ne, mais aussi la rose qui parle) n'est donc aucunement ici le produit d'une imagination d&#233;brid&#233;e, se laissant porter au gr&#233; de sa simple fantaisie, mais bien un effet du m&#233;dium cin&#233;matographique lui-m&#234;me, capable de r&#233;v&#233;ler au spectateur une version inhabituelle du monde, obtenue seulement en poussant &#224; l'extr&#234;me la logique d&#233;formatrice de l'imagination, trouvant dans la couleur son &#233;l&#233;ment &#8211; car, d&#233;bordant l'objet dont elle n'est aucunement une propri&#233;t&#233;, la couleur le rend tout simplement &lt;i&gt;visible&lt;/i&gt;. Loin d'inventer de toute pi&#232;ce un univers, l'imagination ainsi entendue est capable de le r&#233;v&#233;ler, tel qu'on ne l'avait jamais vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est donc de fa&#231;on tout &#224; fait coh&#233;rente que, dans cet univers, un p&#232;re puisse en venir &#224; envisager d'&#233;pouser sa fille, ce qui n'offusque aucunement le personnage du savant/magicien qui, bien que n'ayant pas de fille, d&#233;clare que s'il en avait une, il l'&#233;pouserait probablement. Au fond, il n'y a gu&#232;re que la jalousie de la F&#233;e des lilas qui s'opposera &#224; cette union, arguant du fait que la loi et les traditions interdisent l'inceste : &#171; On n'&#233;pouse jamais / ses parents / Vous aimez votre p&#232;re, je comprends [&#8230;] On n'&#233;pouse pas plus sa maman / On dit que traditionnellement / Des questions de culture / Et de l&#233;gislature / D&#233;cid&#232;rent en leur temps / Qu'on ne mariait pas / Les filles avec leur papa &#187;. On est l&#224; face au discours de la soci&#233;t&#233;, avec les contours bien trac&#233;s entre les objets, d&#233;finissant en l'occurrence la fronti&#232;re entre les objets susceptibles de fonder un amour l&#233;gitime et les objets interdits. Or, dans cet univers o&#249; les couleurs m&#232;nent le bal (jusqu'au &#171; Bal des chats et des oiseaux &#187;, mettant en sc&#232;ne des cochons musiciens habill&#233;s de rose), le licite et l'illicite sont l'&#233;quivalent du pur et de l'impur qu'on avait envisag&#233;s tout &#224; l'heure &#8211; ces deux couples y sont en fait d&#233;tr&#244;n&#233;s par l'opposition entre couleurs libres et couleurs ad&#233;quates. La logique de l'imagination d&#233;formante appelle une dissolution des p&#244;les familiaux, destituant ainsi l'id&#233;e m&#234;me d'un &#171; hymen insens&#233; &#187;. Apr&#232;s tout, n'est-ce pas m&#234;me &#224; un devenir-animal de l'amour vers lequel fait signe le perroquet, lorsque, reprenant la chanson : &#171; Amour, amour, je t'aime tant &#187;, il rejoue quelque chose des chansons se r&#233;p&#233;tant &#224; travers les personnages des&lt;i&gt; Demoiselles de Rochefort&lt;/i&gt;, et qui, &#224; travers ce jeu d'&#233;chos, dessinaient les contours des couples appel&#233;s &#224; se former ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Walter Benjamin, &lt;i&gt;Fragments&lt;/i&gt;, trad. Christophe Jouanlanne et Jean-Fran&#231;ois Poirier, Paris, PUF, 2001, p.146-147.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ren&#233; Sch&#233;rer, &lt;i&gt;L'&#226;me atomique&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel, 1986, p.216.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p.218.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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