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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Suppl&#233;ment au voyage chez Jacques Demy</title>
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		<dc:date>2014-04-13T07:17:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>enfance</dc:subject>
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&lt;p&gt;Le fait d'avoir choisi de parler de Jacques Demy pour aborder la question du cin&#233;ma et, indissociablement, celle du bonheur, comme j'ai essay&#233; de le faire dans ce petit livre dont il est question aujourd'hui, c'&#233;tait, au fond, d&#233;cider d'aborder la question du cin&#233;ma, et de l'amour du cin&#233;ma, par la seule porte alors peut-&#234;tre praticable, celle de l'enfance. Comment, en effet, chercher s&#233;rieusement &#224; op&#233;rer un lien entre bonheur et cin&#233;ma, sinon en acceptant l'id&#233;e que les films sont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le fait d'avoir choisi de parler de Jacques Demy pour aborder la question du cin&#233;ma et, indissociablement, celle du bonheur, comme j'ai essay&#233; de le faire dans ce petit livre dont il est question aujourd'hui, c'&#233;tait, au fond, d&#233;cider d'aborder la question du cin&#233;ma, et de l'amour du cin&#233;ma, par la seule porte alors peut-&#234;tre praticable, celle de l'enfance. Comment, en effet, chercher s&#233;rieusement &#224; op&#233;rer un lien entre bonheur et cin&#233;ma, sinon en acceptant l'id&#233;e que les films sont susceptibles de permettre une forme de retour de l'enfance, ou plut&#244;t une r&#233;ouverture actuelle de ses virtualit&#233;s sp&#233;cifiques ? L&#224; r&#233;siderait sans doute un des secrets de la magie du cin&#233;ma, magie aux effets tr&#232;s r&#233;els, et qui se fondent sur un certain rapport au temps. Il entrerait ainsi dans les puissances du cin&#233;ma de faire revenir l'enfance, au sens proustien d'un &#171; temps retrouv&#233; &#187;, et les films de Jacques Demy m'ont bien sembl&#233; d&#233;tenir la capacit&#233; de provoquer ce type de retour, par lequel le cin&#233;ma est plus que le cin&#233;ma &#8211; cette capacit&#233;, non de provoquer un r&#234;ve nous d&#233;tournant de la r&#233;alit&#233;, mais un r&#234;ve qui, la r&#233;v&#233;lant, rend ce monde habitable, en y r&#233;introduisant la possibilit&#233; du bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette question d'un lien, peut-&#234;tre intrins&#232;que, entre cin&#233;ma et enfance, c'est aussi celle qu'avait fortement &#233;voqu&#233;e Serge Daney, dans ses entretiens avec R&#233;gis Debray, intitul&#233;s&lt;i&gt; Itin&#233;raire d'un &#171; cin&#233;-fils &#187;&lt;/i&gt;, lorsqu'il affirmait : &#171; Le cin&#233;ma, c'est l'enfance &#187;. Tout l'int&#233;r&#234;t du propos de Daney est alors en effet de d&#233;connecter l'enfance de l'id&#233;e d'imagination entendue comme pure fantaisie. Parce que si l'enfance a bien un rapport, essentiel m&#234;me, avec l'imagination, ce n'est pas du tout avec une forme d'imagination qui consisterait &#224; se d&#233;tacher du r&#233;el, au profit de pures chim&#232;res &#8211; car alors, le cin&#233;ma n'aurait rien &#224; nous dire de ce monde, et serait notamment d&#233;pourvu de toute possibilit&#233; de le rendre habitable. Ecoutons les mots de Serge Daney, visant &#224; distinguer l'enfance de l'adolescence : &#171; [ &#8230;] c'est un sentiment beaucoup plus intense, plus insouciant et beaucoup plus grave de ne pas faire partie du monde &#8211; ou d'&#234;tre tol&#233;r&#233; par extr&#234;me justesse dans le monde tel qu'il est. Et on sait &#224; l'&#226;ge de cinq ans [&#8230;], la premi&#232;re ann&#233;e d'&#233;cole primaire, qu'il y a des gens avec qui on ne sera pas copains, et qu'on va faire une bande, &#224; trois ou quatre dans un coin, et &#231;a sera les introvertis, peut-&#234;tre plus tard les homosexuels (&#231;a a &#233;t&#233; le cas pour moi). En tout cas, les cin&#233;philes, &#233;videmment, ils ne vont pas partager leurs tr&#233;sors, ils savent qu'ils appartiennent &#224; une autre version du monde, ou de l'esp&#232;ce humaine &#187;. Et il ajoute : &#171; Ce n'est pas fuir. [&#8230;] Je n'ai aucune imagination. [&#8230;] On aura ce monde-l&#224;, mais on l'habitera enfin. Voil&#224;, moi, l'essence de ma cin&#233;philie. On l'habitera enfin. Mais ce sera &lt;i&gt;le monde&lt;/i&gt;, ce ne sera jamais la soci&#233;t&#233;. De la soci&#233;t&#233;, il n'y a que des choses horribles &#224; attendre &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Bien s&#251;r, Serge Daney parle ici de sa propre enfance, mais la port&#233;e biographique du propos est comme d&#233;bord&#233;e, les mots disant par cons&#233;quent quelque chose sur l'enfance entendue comme ce qui ne se r&#233;duit pas &#224; une question d'&#233;tat civil, mais s'av&#232;re relever proprement de ce qui ne passe pas, de ce qui insiste, et peut, &#224; l'occasion, revenir, &#224; tout &#226;ge. La &#171; version du monde &#187; rejet&#233;e ici par l'enfant, c'est sa version objectiviste, et sans point de vue singulier, la version qu'en donnent les autres, la soci&#233;t&#233; ; cette &#171; autre version du monde &#187; dont se r&#233;clame l'enfant, c'est celle qu'il puise au sein des films vus, et des &#171; tr&#233;sors &#187; qu'ils rec&#232;lent. Daney insiste bien pour qu'on n'y voie pas ici cependant le repli sur un monde imaginaire, que l'enfant introverti opposerait &#224; la trop dure r&#233;alit&#233; &#8211; cette &#171; autre version du monde &#187; est bien faite de l'&#233;toffe du r&#233;el lui-m&#234;me. Le monde de l'enfance (r&#233;v&#233;l&#233; ici par le biais du cin&#233;ma), c'est le monde battu en br&#232;che par les adultes, par la soci&#233;t&#233;, comme chose sans importance, et qui passera avec le temps de l'enfance. C'est en cela que l'enfant se sent &#171; tout juste tol&#233;r&#233; &#187; dans le monde des adultes : son monde &#233;tant pos&#233;e comme purement fantomatique, sans consistance, c'est aussi l'existence de qui cherche &#224; habiter ce monde qui est remise en cause. De fait, l'int&#233;r&#234;t des enfants pour les choses infimes, pour le rebut, les fait passer du c&#244;t&#233; du n&#233;gligeable, du sans importance. Or, le cin&#233;ma, lui, serait susceptible de donner un monde &#224; l'enfance, un monde enfin habitable, o&#249; ses objets de pr&#233;dilection ne seraient pas r&#233;duits &#224; l'&#233;tat d'insignifiance, mais bien plut&#244;t conduits &#224; leur signification ; et encore une fois, ce monde est bien le monde r&#233;el, et non un pur lieu imaginaire. Daney a toujours insist&#233;, &#224; cet &#233;gard, sur le fait que le cin&#233;ma &#233;tait vou&#233; au r&#233;alisme : &#171; Le cin&#233;ma est un art r&#233;aliste, sinon, rien &#187;. C'est le &#171; Nous &#187; monstrueux des adultes (de ce que Daney nomme ici la soci&#233;t&#233;) qui vient &#233;craser la singularit&#233; enfantine, nier ce qui, pour elle, constitue bien le monde . Or, la version du monde qui s'impose serait enfin inqui&#233;t&#233;e par le cin&#233;ma lui-m&#234;me, laissant percer la version des vaincus. L&#224; serait aussi, sans doute, la cause profonde de la fragilit&#233; du cin&#233;ma, et en l'occurrence de celui de Jacques Demy : les moqueries que son cin&#233;ma &#171; en chant&#233; &#187; a essuy&#233;es sont l&#224; pour en t&#233;moigner. Ce monde o&#249; l'on s'adresse aux autres en chantant, o&#249; l'on danse dans les rues, o&#249; l'on peut donner naissance &#224; des jumelles &#171; par hasard &#187;, c'est une autre version du monde, puis&#233;e au sein de la m&#234;me &#233;toffe que les autres versions possibles &#8211; au sein du r&#233;el lui-m&#234;me. Quant &#224; l'enfance elle-m&#234;me, sa consid&#233;ration doit se garder de deux &#233;cueils : bien s&#251;r de celui qui consisterait &#224; limiter l'enfance &#224; cette cat&#233;gorie, historiquement construite, qu'on pourrait nommer l'enfance &lt;i&gt;institu&#233;e&lt;/i&gt; ; mais aussi de cet autre, qui consisterait, &#224; l'inverse, &#224; envisager l'enfance comme &lt;i&gt;pure spontan&#233;it&#233;&lt;/i&gt;, comme &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt;. Autrement dit, il s'agirait d'envisager ici une sp&#233;cificit&#233;, une singularit&#233;, qu'on pourrait dire relever de l'enfance &#8211; et c'est donc &#224; ce titre que son institutionnalisation nous la masquerait, en portant les traces laiss&#233;es par le geste adulte qui l'institue -, sans pour autant donner consistance &#224; un &#171; monde de l'enfance &#187;, qu'on opposerait au &#171; monde des adultes &#187;, comme en &#233;tant strictement s&#233;par&#233;, car alors, l'enfance s'av&#233;rerait incapable de surgir au sein de l'&#226;ge adulte (et du r&#233;el tout simplement), pour y jouer ce r&#244;le interruptif, qu'on peut d&#233;signer comme une &lt;i&gt;puissance d'anachronisme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dire que cette &#171; autre version &#187; du monde que le cin&#233;ma nous proposerait ne constitue pas un univers purement fictif, imaginaire, cela ne signifie pas pour autant que l'imagination n'y joue pas un grand r&#244;le &#8211; et cela, on peut le saisir notamment &#224; travers ce film de Jacques Demy, que, faute de place, j'ai &#224; peine pu &#233;voquer dans le livre, &lt;i&gt;Peau d'&#226;ne&lt;/i&gt;, du fait que le jeu sur les couleurs qui s'y d&#233;ploie est de nature &#224; donner consistance &#224; cette autre version de l'imagination, que Walter Benjamin nommait &#171; d&#233;formante &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans ce film, ce sont essentiellement les personnages prenant la parole qui pr&#233;sentent un visage couleur de chair, car pour les serviteurs (qui ne disent pas un mot, &#224; une exception pr&#232;s), le traitement qui est r&#233;serv&#233; &#224; leur visage consiste &#224; leur donner la m&#234;me couleur que celle r&#233;serv&#233;e aux chevaux (soit le bleu, soit le rouge). Ce sont donc les &#234;tres priv&#233;s de paroles, &#224; l'image de &lt;i&gt;l'infans&lt;/i&gt; latin, qui vont se trouver unis dans cette coloration &#8211; quant au personnage de Peau d'&#226;ne, son statut ambigu, entre l'humain et l'animal, trouve &#224; se manifester dans un traitement &#224; mi-chemin : la cendre dont la F&#233;e des lilas barbouille la princesse brouille la teinte du visage, sans la recouvrir tout &#224; fait. Tout se passe comme si les couleurs, qui devraient &#234;tre celles des v&#234;tements (ou de la peau de l'&#226;ne mort) avaient d&#233;bord&#233; sur les visages, non, certes de tous les personnages, mais de ceux qui, semblables en cela au petit enfant, sont priv&#233;s de la capacit&#233; de parler (pas dans le cas de peau d'&#226;ne, pr&#233;cis&#233;ment du fait de son statut interm&#233;diaire). Ce d&#233;bordement des contours par la couleur n'est-il pas le signe d'une dissolution des formes ? D'ailleurs, cette dissolution ne trouve-t-elle pas son expression achev&#233;e dans le cas de la princesse, devenue indiscernable de l'&#226;ne, c'est-&#224;-dire, l&#224; o&#249; l'humanit&#233; en vient &#224; se dissoudre dans la nature (confusion dont les paroles prononc&#233;es par le perroquet, mais aussi par la rose s'adressant au prince, constitueraient d'autres signes) ? C'est une telle dissolution des formes dans la couleur qu'on peut voir &#233;galement &#224; l'&#339;uvre dans la c&#233;l&#232;bre danse qui, signalant le passage du noir et blanc &#224; la couleur, dans &lt;i&gt;Ivan le terrible&lt;/i&gt;, d'Eisenstein, produit une dissolution des contours dans le mouvement des &#233;toffes rouges. Ecoutons Benjamin sur cette question de l'imagination, en sa connexion avec celle de la couleur : &#171; [&#8230;] l'imagination n'a rien &#224; voir avec les formes, avec une mise en forme. Elle conquiert certes ses apparitions sur le terrain de l'imagination, mais elle est si peu assujettie &#224; celle-ci qu'on est m&#234;me fond&#233; &#224; d&#233;signer les apparitions de l'imagination comme d&#233;formation de ce qui a &#233;t&#233; mis en forme. C'est le propre de toute imagination que d'entra&#238;ner les formes dans un jeu de dissolution. Le monde des nouvelles apparitions, qui se constitue avec la dissolution de ce qui a &#233;t&#233; mis en forme, a ses propres lois qui sont celles de l'imagination et dont la loi supr&#234;me est que l'imagination, si elle d&#233;forme, ne d&#233;truit pourtant jamais &#187;(1). En cela, &#224; travers le jeu m&#234;me de l'imagination (dont on pourrait dire, avec Benjamin, que la couleur constitue son &#233;l&#233;ment), on n'a aucunement n&#233;gation ou destruction du r&#233;el, mais d&#233;formation du r&#233;el, et donc conservation du r&#233;el, seulement, sous une autre version. Repeindre la ville de Cherbourg, peindre en bleu le March&#233; du Bouffay, &#224; Nantes, ce n'est aucunement nier leur mat&#233;rialit&#233;, voire les d&#233;truire au profit d'une repr&#233;sentation &lt;i&gt;fantastique&lt;/i&gt; du r&#233;el, c'est leur faire subir une d&#233;formation qui les r&#233;v&#232;le au sein d'une autre version du monde.&lt;br class='autobr' /&gt; La couleur ainsi entendue cesse en effet d'&#234;tre l'attribut des choses, puisqu'en participant &#224; la dissolution des formes, elle devient la consistance m&#234;me du monde, qu'aucune objectivit&#233; n'est plus susceptible de contenir &#8211; les contours ayant fondu. On comprend alors que c'est la version objectiviste du monde (sa version adulte, si l'on veut) qui vacille sous l'effet de la couleur. On pourrait m&#234;me consid&#233;rer que dans le cas des diff&#233;rentes robes fabriqu&#233;es pour la princesse (autant de caprices inspir&#233;s par la F&#233;e des lilas), on se trouve face &#224; la tendance conjugu&#233;e de l'enfance &#224; la d&#233;formation color&#233;e et &#224; l'imitation : tout comme un enfant n'imite pas seulement d'autres &#234;tres humains, mais tout autant une table, ou un train, ici, c'est &#224; un v&#234;tement qu'on va demander, successivement, d'imiter la couleur du temps, puis celle de la lune, et enfin celle du soleil : s'il y a dissolution des formes, il y a donc aussi une r&#233;organisation de l'&#233;l&#233;mentaire qui est &#224; l'&#339;uvre dans le jeu des couleurs. Sous ce rapport, la teinte du visage humain est instructive, dont on dit qu'elle r&#233;unit en elle l'ensemble des couleurs. En effet, si tel est le cas, comment la peau peut-elle se salir (comme dans le cas de Peau d'&#226;ne ici) ? - question que Ren&#233; Sch&#233;rer et Guy Hocquenghem formulent ainsi, dans&lt;i&gt; L'&#226;me atomique&lt;/i&gt; : &#171; Pourquoi la couleur est-elle sale sur la peau, si elle n'est sale ni sur la palette, ni sur le tableau ? &#187;(2). Dans les aventures de &lt;i&gt;Proprette et Cochonnet&lt;/i&gt;, ouvrage de Mme G&#233;rard d'Hourville dont nous entretiennent Ren&#233; Sch&#233;rer et Guy Hocquenghem, on va assister &#224; l'initiation de l'innommable Cochonnet &#224; la propret&#233;, &#224; travers les le&#231;ons de la blanche et sage Proprette. Or, la description qui y est donn&#233;e du visage barbouill&#233; du jeune gar&#231;on est tr&#232;s significative : &#171; Sa figure &#233;tait une palette o&#249; se m&#233;langeaient des restes de jaune d'&#339;uf, de confiture rouge, de noir de charbon, de gris de craie et de traces bleues qui devaient &#234;tre de l'encre &#187;. Et, puisque ce m&#233;lange, en tant que tel, serait apte &#224; rendre &#171; la vie m&#234;me de la peau &#187;, dont on dit que sa teinte r&#233;sulte du m&#233;lange de l'ensemble des couleurs, il faut donc bien conclure, avec les auteurs , que &#171; [l']essence de la salet&#233; correspond &#224; un clivage autre que le pur et l'impur &#187;, et qu'ainsi, &#171; [p]ar le sale et le propre, la couleur libre et la couleur ad&#233;quate, l'opaque et le transparent (l'eau du bain) contestent ou rassurent l'ordre du r&#233;el, en fonction de la valeur morale qui leur est attribu&#233;e &#187;(3). Le propre serait donc l'&#233;quivalent de la couleur ad&#233;quate, qui, ne d&#233;bordant pas, conserve aux choses leurs contours, confirmant ainsi l'ordre du r&#233;el, quand la salet&#233;, elle, d&#233;signerait la couleur libre, qu'aucun contour ne parvient &#224; contenir, et qui menace &#224; tout instant de dissoudre les formes du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La belle et propre princesse, transform&#233;e en souillon sous sa peau d'&#226;ne, est celle qui dissout si bien les formes du r&#233;el qu'elle en arrive &#224; inqui&#233;ter la coupure humain/animal. C'est bien en cela que r&#233;siderait, profond&#233;ment, la puissance &#233;manant de l'enfance dans le film de Demy &#8211; car il y va d'une forme de fascination pour ce jeu des m&#233;tamorphoses, susceptible de creuser une dimension du r&#233;el qu'un regard adulte aura appris &#224; recouvrir. Ce n'est donc pas d'abord par son th&#232;me, tir&#233; d'un conte de Perrault, que &lt;i&gt;Peau d'&#226;ne&lt;/i&gt; actualise les puissances de l'enfance, mais bien &#224; partir du m&#233;dium cin&#233;matographique lui-m&#234;me, en l'occurrence &#224; travers le traitement qui y est r&#233;serv&#233; &#224; la couleur. La confusion entre les humains et les animaux (la princesse et l'&#226;ne, mais aussi la rose qui parle) n'est donc aucunement ici le produit d'une imagination d&#233;brid&#233;e, se laissant porter au gr&#233; de sa simple fantaisie, mais bien un effet du m&#233;dium cin&#233;matographique lui-m&#234;me, capable de r&#233;v&#233;ler au spectateur une version inhabituelle du monde, obtenue seulement en poussant &#224; l'extr&#234;me la logique d&#233;formatrice de l'imagination, trouvant dans la couleur son &#233;l&#233;ment &#8211; car, d&#233;bordant l'objet dont elle n'est aucunement une propri&#233;t&#233;, la couleur le rend tout simplement &lt;i&gt;visible&lt;/i&gt;. Loin d'inventer de toute pi&#232;ce un univers, l'imagination ainsi entendue est capable de le r&#233;v&#233;ler, tel qu'on ne l'avait jamais vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est donc de fa&#231;on tout &#224; fait coh&#233;rente que, dans cet univers, un p&#232;re puisse en venir &#224; envisager d'&#233;pouser sa fille, ce qui n'offusque aucunement le personnage du savant/magicien qui, bien que n'ayant pas de fille, d&#233;clare que s'il en avait une, il l'&#233;pouserait probablement. Au fond, il n'y a gu&#232;re que la jalousie de la F&#233;e des lilas qui s'opposera &#224; cette union, arguant du fait que la loi et les traditions interdisent l'inceste : &#171; On n'&#233;pouse jamais / ses parents / Vous aimez votre p&#232;re, je comprends [&#8230;] On n'&#233;pouse pas plus sa maman / On dit que traditionnellement / Des questions de culture / Et de l&#233;gislature / D&#233;cid&#232;rent en leur temps / Qu'on ne mariait pas / Les filles avec leur papa &#187;. On est l&#224; face au discours de la soci&#233;t&#233;, avec les contours bien trac&#233;s entre les objets, d&#233;finissant en l'occurrence la fronti&#232;re entre les objets susceptibles de fonder un amour l&#233;gitime et les objets interdits. Or, dans cet univers o&#249; les couleurs m&#232;nent le bal (jusqu'au &#171; Bal des chats et des oiseaux &#187;, mettant en sc&#232;ne des cochons musiciens habill&#233;s de rose), le licite et l'illicite sont l'&#233;quivalent du pur et de l'impur qu'on avait envisag&#233;s tout &#224; l'heure &#8211; ces deux couples y sont en fait d&#233;tr&#244;n&#233;s par l'opposition entre couleurs libres et couleurs ad&#233;quates. La logique de l'imagination d&#233;formante appelle une dissolution des p&#244;les familiaux, destituant ainsi l'id&#233;e m&#234;me d'un &#171; hymen insens&#233; &#187;. Apr&#232;s tout, n'est-ce pas m&#234;me &#224; un devenir-animal de l'amour vers lequel fait signe le perroquet, lorsque, reprenant la chanson : &#171; Amour, amour, je t'aime tant &#187;, il rejoue quelque chose des chansons se r&#233;p&#233;tant &#224; travers les personnages des&lt;i&gt; Demoiselles de Rochefort&lt;/i&gt;, et qui, &#224; travers ce jeu d'&#233;chos, dessinaient les contours des couples appel&#233;s &#224; se former ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Walter Benjamin, &lt;i&gt;Fragments&lt;/i&gt;, trad. Christophe Jouanlanne et Jean-Fran&#231;ois Poirier, Paris, PUF, 2001, p.146-147.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ren&#233; Sch&#233;rer, &lt;i&gt;L'&#226;me atomique&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel, 1986, p.216.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p.218.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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