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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>L - Leonarda</title>
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		<dc:creator>Luca Salza</dc:creator>


		<dc:subject>discrimination</dc:subject>
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		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>

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&lt;p&gt;La rafle de Leonarda, le mercredi 9 octobre 2013, a suscit&#233; beaucoup d'&#233;motion, mais peu de r&#233;actions au long terme. Leonarda, 15 ans, coll&#233;gienne en France. Ce mercredi, elle part en sortie scolaire mais le soir elle ne rentre pas chez elle : scolaris&#233;e en France, elle n'a pas de papiers, la police aux fronti&#232;res l'embarque, avec le reste de sa famille, sur un avion, direction le Kosovo, apr&#232;s avoir fait arr&#234;ter le car qui l'emmenait en sortie scolaire. Voici le t&#233;moignage d'une de ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=55" rel="tag"&gt;identit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=96" rel="tag"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La rafle de Leonarda, le mercredi 9 octobre 2013, a suscit&#233; beaucoup d'&#233;motion, mais peu de r&#233;actions au long terme. Leonarda, 15 ans, coll&#233;gienne en France. Ce mercredi, elle part en sortie scolaire mais le soir elle ne rentre pas chez elle : scolaris&#233;e en France, elle n'a pas de papiers, la police aux fronti&#232;res l'embarque, avec le reste de sa famille, sur un avion, direction le Kosovo, apr&#232;s avoir fait arr&#234;ter le car qui l'emmenait en sortie scolaire. Voici le t&#233;moignage d'une de ses enseignantes, Madame Giacoma, professeur d'histoire-g&#233;ographie-&#233;ducation civique : &#171; [au t&#233;l&#233;phone ] je n'ai pas compris tout de suite ce qui se passait, j'ai cru que c'&#233;tait la m&#232;re de Leonarda qui voulait &#234;tre rassur&#233;e et en fait, c'&#233;tait le maire de Levier, commune de r&#233;sidence de Leonarda, qui m'a pr&#233;cis&#233; qu'il savait que nous nous rendions &#224; Sochaux et il me demandait express&#233;ment de faire arr&#234;ter le bus. Dans un premier temps j'ai refus&#233; en pr&#233;cisant que ma mission &#233;tait d'aller &#224; Sochaux avec tous les &#233;l&#232;ves inscrits pour cette sortie p&#233;dagogique (visite de lyc&#233;es + visite de l'usine Peugeot). Le maire de Levier, Albert Jeannin, m'a alors pass&#233; au t&#233;l&#233;phone un agent de la PAF qui &#233;tait dans son bureau : son langage &#233;tait plus ferme et plus directif, il m'a dit que nous n'avions pas le choix, que nous devions imp&#233;rativement faire stopper le bus l&#224; o&#249; nous &#233;tions car il voulait r&#233;cup&#233;rer une de nos &#233;l&#232;ves en situation irr&#233;guli&#232;re : Leonarda Dibrani cette derni&#232;re devait retrouver sa famille pour &#234;tre expuls&#233;e avec sa maman et ses fr&#232;res et s&#339;urs ! Je lui ai dit qu'il ne pouvait pas me demander une telle chose car je trouvais &#231;a totalement inhumain... Il m'a intim&#233; l'ordre de faire arr&#234;ter le bus imm&#233;diatement &#224; l'endroit exact o&#249; nous nous trouvions. Le bus &#233;tait alors sur une rocade tr&#232;s passante, un tel arr&#234;t aurait &#233;t&#233; dangereux ! Prise au pi&#232;ge avec 40 &#233;l&#232;ves, j'ai demand&#233; &#224; ma coll&#232;gue d'aller voir le chauffeur et nous avons d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter le bus sur le parking d'un autre coll&#232;ge (Lucie Aubrac de Doubs). J'ai demand&#233; &#224; Leonarda de dire au revoir &#224; ses copines, puis je suis descendue du bus avec elle, nous sommes all&#233;es dans l'enceinte du coll&#232;ge &#224; l'abri des regards et je lui ai expliqu&#233; la situation. Elle a beaucoup pleur&#233;, je l'ai prise dans mes bras pour la r&#233;conforter et lui expliquer qu'elle allait traverser des moments difficiles, qu'il lui faudrait beaucoup de courage... Une voiture de police est arriv&#233;e, deux policiers en uniforme sont sortis. Je leur ai dit que la fa&#231;on de proc&#233;der &#224; l'interpellation d'une jeune fille dans le cadre des activit&#233;s scolaires est totalement inhumaine et qu'ils auraient pu proc&#233;der diff&#233;remment. Ils m'ont r&#233;pondu qu'ils n'avaient pas le choix, qu'elle devait retrouver sa famille... Je leur ai encore demand&#233; pour rester un peu avec Leonarda et lui dire au revoir (je la connais depuis 4 ans et l'&#233;motion &#233;tait tr&#232;s forte). Puis j'ai demand&#233; aux policiers de laisser s'&#233;loigner le bus pour que les &#233;l&#232;ves ne voient pas Leonarda monter dans la voiture de police, elle ne voulait pas &#234;tre humili&#233;e devant ses amis ! Mes coll&#232;gues ont ensuite expliqu&#233; la situation &#224; certains &#233;l&#232;ves qui croyaient que L&#233;onarda avait vol&#233; ou commis un d&#233;lit. Les &#233;l&#232;ves et les professeurs ont &#233;t&#233; extr&#234;mement choqu&#233;s et j'ai d&#251; parler &#224; nouveau de ce qui s'&#233;tait pass&#233; le lendemain pour ne pas inqui&#233;ter les &#233;l&#232;ves et les parents &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. R&#233;seau &#233;ducation sans fronti&#232;res, &#171; L&#233;onarda, 15 ans, arr&#234;t&#233;e et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;onarda d&#233;fraye la chronique puisque la police touche au vif un sanctuaire de la r&#233;publique. Pourtant hier comme aujourd'hui, et encore demain, innombrables sont les Leonarda (m&#234;me si la plupart du temps ils sont sans nom), qui se font arr&#234;ter parce que la couleur de leur peau indique qu'ils n'ont pas les bons papiers, qui finissent dans un centre de r&#233;tention puis jet&#233;s dans le premier avion. Leur seul crime est d'exister, de vouloir exister. Le &#171; clandestin &#187; ne peut, ne doit pas &#171; vivre &#187;. Ce ne sont pas les papiers que les bons Europ&#233;ens lui refusent, mais le droit d'existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu importe, alors, s'il se noie en essayant de vivre, de se manifester, d'arriver sur nos rives !&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le fond (pas secret) de toute politique migratoire en Europe &#224; l'&#233;poque o&#249; il n'y a plus (beaucoup) besoin de main-d'&#339;uvre. C'est la v&#233;rit&#233; de tous les dispositifs de contr&#244;le, mis en place par les divers gouvernants de droite ou de gauche (l'affaire Leonarda est un des premiers pas de la pr&#233;sidence Hollande), soutenus et support&#233;s largement par la population, notamment par les petits propri&#233;taires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis des ann&#233;es, il est &#233;vident que les lois &#171; r&#233;gulant les flux &#187; des migrants causent des morts et produisent du d&#233;sespoir. Mais il faut d&#233;fendre la soci&#233;t&#233;. Il faut d&#233;fendre le niveau de vie des Europ&#233;ens, la possibilit&#233; d'acheter un appartement dans une zone non d&#233;grad&#233;e par la simple pr&#233;sence de quelques pauvres, de continuer &#224; faire du shopping dans le centre commercial flambant neuf dans la superbe ZAC d'&#224; c&#244;t&#233;, de passer ses vacances au Mont&#233;n&#233;gro ou sur le delta du Nil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est inutile, &#224; mon sens, de rappeler pour l'&#233;ni&#232;me fois l'inhumanit&#233; de ces lois. Qui veut savoir sait. Ce n'est, d'ailleurs, plus en se cachant que tiennent leurs propos les diff&#233;rents x&#233;nophobes et identitaires (de droite ou de gauche : &#171; donnez-moi du blancos &#187;, disait le maire socialiste d'Evry, &#224; la recherche de quelque consensus sur les march&#233;s de sa ville). La parole raciste s'est lib&#233;r&#233;e, dit-on. Mais cette parole est comme la t&#234;te d'une hydre, elle est d&#233;sormais multiforme : personne n'ose plus tenir des discours proprement fascistes, alors on pr&#233;f&#232;re le vieux bon sens (on ne peut pas accueillir toute la mis&#232;re du monde, il faut les aider chez eux...), ou une morale auto-proclam&#233;e r&#233;publicaine (attention &#224; la la&#239;cit&#233; !, luttons pour les droits des femmes !). C'est au nom d'un discours proprement r&#233;publicain qu'on peut alors d&#233;l&#233;guer, sans vergogne, aux milices libyennes (L comme Libye, il y aurait un autre chapitre &#224; ajouter &#224; cet ab&#233;c&#233;daire, n'est-ce pas MM. Gu&#233;ant, Sarkozy, Cameron ?) le contr&#244;le des fronti&#232;res du sud de l'Europe, tandis qu'un navire ouvertement fasciste navigue librement dans ces eaux &#224; la poursuite des migrants. Et c'est au nom de ce m&#234;me discours que M. Macron, chef supr&#234;me des r&#233;publicains, d&#233;mocrates et anti-fascistes de France, peut proposer de placer des &#171; hotspots &#187; pour filtrer les migrants dans le Sahel. Un trop plein d'humanitarisme et de d&#233;mocratie, sans doute.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai ni la force ni l'envie de revenir sur tout cela. Nous savons tout de ce racisme d'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Assez caus&#233; quand vient le danger &#187; (Balzac).&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourtant, l'affaire Leonarda m&#233;rite encore un petit d&#233;tour. Encore des mots... &#171; Tisse, tisseur de vent... &#187; (Joyce).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les policiers ont accompli leur mission. Ils ont arr&#234;t&#233; d'abord le p&#232;re de Leonarda, puis la m&#232;re et ses fr&#232;res et s&#339;urs, enfin la jeune fille &#224; l'&#233;cole. Ils les ont mis dans l'avion, en bonne et due forme, dans une forme proprement r&#233;publicaine (d'ailleurs, ils ne l'ont pas arr&#234;t&#233;e sur le car, mais ils l'ont invit&#233;e &#224; descendre et lui ont chuchot&#233; &#224; l'oreille qu'elle devait d&#233;guerpir, ce qui a soulag&#233; les d&#233;mocrates paladins de l'&#233;ducation nationale). Mais pour quelle destination, au juste ? Les policiers et les dirigeants politiques &#171; rapatrient &#187;, c'est-&#224;-dire qu'ils renvoient les gens dans leur &#171; patrie &#187;, &#224; leur origine, &#224; la fixit&#233; d'une identit&#233; immuable, l&#224; o&#249; on est, par exemple, n&#233;s. Mais pour une famille Rrom, comme celle de Leonarda, o&#249; se situent les &#171; racines &#187; ? On l'envoie au Kosovo, o&#249; Leonarda et quelques-uns de ses fr&#232;res et s&#339;urs n'ont jamais mis les pieds, un pays o&#249;, du reste, les nationalistes se sont distingu&#233;s pour avoir expuls&#233; en quelques jours, en 1999, sous le regard complice (et s&#251;rement admiratif) de l'Occident, la quasi-totalit&#233; des 100000 Rroms qui y habitaient depuis longtemps, par le biais d'assassinats, d'incendies, de s&#233;vices et de viols. Leonarda ne conna&#238;t nullement le pays auquel on la &#171; destine &#187;. Elle est n&#233;e et a grandi en Italie, elle a v&#233;cu en France pendant presque cinq ans. Or, la bonne d&#233;cision fut de la renvoyer &#224; Mitrovica, au Kosovo. Quand ils l'arr&#234;tent, les policiers lui disent :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ta place est au &#8220;Kosovo&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;- Mais non ! C'est faux !&#8221; &#187;, r&#233;pond-elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf., H. Michel, &#171; Leonarda Dibrani, elle tourne en rom &#187;, in Lib&#233;ration, 13 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a raison : c'est faux. Sa patrie n'est pas le Kosovo, elle n'a jamais vu ses paysages, elle ne conna&#238;t ni l'albanais ni le serbe, les langues du pays. Elle parle l'italien, le fran&#231;ais, le romani. Elle est d'o&#249;, en effet ? Elle est d'ici et ailleurs, dirions-nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#171; identit&#233; &#187; repr&#233;sente l'extr&#234;me faiblesse de Leonarda (et des siens), la mettant &#224; nu devant tous les pouvoirs et les imb&#233;ciles n&#233;s quelques part (Brassens). Mais c'est aussi sa puissance, ce qui fait v&#233;ritablement peur. Elle pr&#233;figure une citoyennet&#233; &#224; la hauteur de la globalisation. Sans patrie ni nation. Ni droit du sang ni droit du sol. Voil&#224; pourquoi l'Europe ne veut pas d'elle... Contrairement aux propos universalistes des uns et des autres, les dirigeants et les peuples europ&#233;ens ont peur de ces identit&#233;s nomades, m&#233;tiss&#233;es. Leonarda est &lt;i&gt;in-admissible&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;in-assignabl&lt;/i&gt;e justement car elle a trop d'identit&#233;s (et donc elle n'en a aucune). Elle est Rrom, italienne, fran&#231;aise, et encore tant d'autres cultures. A la rigueur, une Europ&#233;enne parfaite ! Comme tant de migrants &#233;chouant sur nos c&#244;tes qui connaissent un grand nombre de langues, pays, cultures, et l'Europe, pauvre vache, veut les fixer dans un pays, une langue, une culture.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ascension et l'affirmation d'un racisme institutionnel ont pr&#233;cis&#233;ment pour but de s'opposer &#224; la transformation des soci&#233;t&#233;s occidentales en soci&#233;t&#233;s plurinationales et multiculturelles. Une transformation qui est n&#233;anmoins riche d'une grande force de lib&#233;ration, comme en t&#233;moigne la vie de Leonarda.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; le d&#233;sert que nous traversons, le noir o&#249; nous a plong&#233;s l'ordre n&#233;o-lib&#233;ral et sa criminalisation de la pauvret&#233;, celle que les tenants du n&#233;olib&#233;ralisme sont en train, eux-m&#234;mes, d'aggraver, ce conflit entre les Etats et ce qu'on peut appeler &#171; Leonarda &#187;, entre des lois d&#233;fendant des identit&#233;s pr&#233;sum&#233;es (ou plus pr&#233;cis&#233;ment des &#171; int&#233;r&#234;ts &#187; de classe) et des vies traversant fronti&#232;res, langues et cultures, est tout &#224; fait ouvert. On n'en conna&#238;t pas l'issue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous ses formes actuelles, fi&#233;vreuses et fr&#233;n&#233;tiques, la mondialisation subvertit et d&#233;noue encore plus les mod&#232;les culturels essentialistes et homog&#233;n&#233;isants. Elle d&#233;fait toutes les limites. Mais m&#234;me les processus d'immigration libre ou forc&#233;e changent la composition du monde tout entier, diversifiant les cultures et pluralisant les identit&#233;s culturelles des vieux Etats-nations dominants et des vieilles puissances imp&#233;riales. Les flux non r&#233;gul&#233;s et souvent ill&#233;gaux des peuples et des cultures sont aussi puissants et irr&#233;sistibles que les flux sponsoris&#233;s du capital et des technologies. Les premiers inaugurent un nouveau processus de &#171; minorisation &#187; au sein des vieilles soci&#233;t&#233;s m&#233;tropolitaines. Ces &#171; minorit&#233;s &#187; ne sont pas forc&#233;ment &#171; ghetto&#239;s&#233;s &#187; : elles ne restent pas longtemps enclav&#233;es. Elles s'engagent dans la culture dominante sur un front tr&#232;s large. Elles appartiennent, en r&#233;alit&#233;, &#224; un mouvement transnational, et leurs connexions sont multiples et transversales. Elles marquent la fin d'une &#171; modernit&#233; &#187; d&#233;finie exclusivement selon des termes occidentaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;alit&#233;, il y a deux processus &#224; l'&#339;uvre dans les formes contemporaines de la mondialisation, laquelle est elle-m&#234;me un processus fondamentalement contradictoire. Il y a les forces dominantes de l'homog&#233;n&#233;isation culturelle, par lesquelles, en raison de sa pr&#233;dominance sur le march&#233; culturel et dans les &#171; flux &#187; de capitaux, de technologies et de cultures, la culture occidentale, et plus particuli&#232;rement &#233;tats-unienne, menace de submerger toutes les autres, en imposant une similitude culturelle homog&#233;n&#233;isant &#8211; ce que l'on a appel&#233; la &#171; mcdonaldisation &#187; ou &#171; nike-isation &#187; de toute chose. Mais existent aussi, &#224; c&#244;t&#233; de cela, des processus qui d&#233;centrent lentement et subtilement les mod&#232;les occidentaux, provoquant une diss&#233;mination de la diff&#233;rence culturelle tout autour du globe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces &#171; autres &#187; tendances n'ont pas (encore) le pouvoir d'affronter et de repousser frontalement les premi&#232;res. Elles sont n&#233;anmoins en mesure de subvertir et de &#171; traduire &#187;, de n&#233;gocier et d'indig&#232;niser l'attaque de la culture mondiale contre les cultures plus faibles. Au fait, ces tendances ne sont pas pr&#234;tes &#224; rester enferm&#233;es &#224; jamais dans une &#171; tradition &#187; immuable. Elles sont d&#233;termin&#233;es &#224; construire leurs propres types de &#171; modernit&#233; vernaculaire &#187; (comme la d&#233;finit Stuart Hall), c'est-&#224;-dire les signifiants d'un nouveau type de conscience transnationale, transculturelle et m&#234;me postnationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leonarda est justement un des noms de ce type de conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son histoire nous impose de poser le probl&#232;me de l'identit&#233; d'une mani&#232;re totalement autre, si nous ne voulons pas mourir europ&#233;ens. Leonarda nous conseille de nous d&#233;faire de toute identit&#233;. Dans le contexte de la globalisation, Stuart Hall parle d'identit&#233;s diasporiques, d'identit&#233;s qui ne cessent de produire ou de se reproduire &#224; travers l'hybridit&#233;. On pourrait &#233;galement parler d'identit&#233;s &#171; de travers &#187;, d'identit&#233;s qui ne sont pas des identit&#233;s, mais qui r&#233;sultent plut&#244;t du croisement avec d'autres identit&#233;s, non identit&#233;s, d'identit&#233;s travers&#233;es par d'autres identit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les migrations impliquent une &#171; nouvelle ethnicit&#233; &#187;, la construction de la subjectivit&#233; ne rel&#232;ve plus de la nation, de la race, ou de la couleur de la peau, mais de l'histoire, de la culture, de la politique. Je deviens ce que je suis non plus sur la base de ce que j'&#233;tais et ai &#233;t&#233; dans le pass&#233;, mais sur la base de ce que je suis aujourd'hui. C'est-&#224;-dire que je me construis jour apr&#232;s jour avec les autres personnes que je rencontre sur mon chemin, je ne suis pas bloqu&#233; sur mon pass&#233;. De cette mani&#232;re, si je suis &#233;tranger, je ne le suis plus. En effet, peu importe si je suis noir, blanc ou africain, europ&#233;en ou asiatique. Ce que j'&#233;tais auparavant ne compte pas, ne comptent pas non plus mes donn&#233;es biologiques. Bien au contraire, ce qu'il faut faire c'est de se d&#233;faire (et d&#233;faire) sa vieille pr&#233;tendue identit&#233;. La &#171; nouvelle ethnicit&#233; &#187; dont parle Stuart Hall permet d'aller au-del&#224; des grilles o&#249; nous emprisonnons l'&#233;tranger : diff&#233;rent ou int&#233;gr&#233;. Rrom ou fran&#231;ais, par exemple. La &#171; nouvelle ethnicit&#233; &#187; invite plut&#244;t &#224; d&#233;passer cette opposition pour parier sur la chance du &#171; m&#233;tissage &#187; entre la vieille identit&#233; et la nouvelle : il faut refuser le &#171; ou &#187; puisqu'il faut saisir toute la puissance de la conjonction &#171; et &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stuart Hall, Identit&#233;s et cultures. Politiques des cultural studies, &#233;dition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : Rrom &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; Fran&#231;aise &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; Italienne, comme demande &#224; l'&#234;tre Leonarda.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fait, Leonarda ne se pose plus la question de savoir si elle est Rrom ou europ&#233;enne (c'est surtout le pouvoir qui la renvoie &#224; sa soi-disant essence, comme il advient &#224; K. chez Kafka). Elle voudrait pouvoir vivre en France sans nier sa culture. Leonarda &#233;chappe &#224; la logique binaire, &#224; l'opposition mutuelle ou bien/ou bien (&#233;tranger ou bien int&#233;gr&#233;, assimil&#233;). Elle &#233;chappe aussi aux cat&#233;gories classiques de la philosophie politique. Elle est une jeune fille du XXI&#232;me si&#232;cle. Elle laisse derri&#232;re elle le pass&#233; sombre des nations et des confins et nous transporte vers une dimension globale, au-del&#224; des fausses-grandes questions national-r&#233;publicaines entre d&#233;mocrates (un champ de bataille, et de ruines, &#224; chaque &#233;lection plus vaste) et r&#233;actionnaires. Elle situe, en somme, la politique au-del&#224; des prismes de l'Etat. Leonarda anticipe, avec son exp&#233;rience de vie, ce que notre monde pourra devenir &#224; l'avenir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. R&#233;seau &#233;ducation sans fronti&#232;res, &#171; L&#233;onarda, 15 ans, arr&#234;t&#233;e et expuls&#233;e pendant une sortie scolaire &#187;, in &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/resf/blog/141013/leonarda-15-ans-arretee-et-expulsee-pendant-une-sortie-scolaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;M&#233;diapart&lt;/i&gt;, 14 octobre 2013&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf., H. Michel, &#171; Leonarda Dibrani, elle tourne en rom &#187;, in &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/societe/2013/11/11/leonarda-dibrani-elle-tourne-en-rom_946171&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lib&#233;ration, 13 novembre 2013&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stuart Hall, Identit&#233;s et cultures. &lt;i&gt;Politiques des&lt;/i&gt; cultural studies, &#233;dition &#233;tablie par M. Cerulle, traduit de l'anglais par C. Jaquet, Paris, Amsterdam, 2008, p. 287-310.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Une police gay friendly &#8211; illustration d'un cynisme d'Etat</title>
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		<dc:date>2017-05-18T06:47:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>homosexualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>symbole</dc:subject>
		<dc:subject>nationalisme</dc:subject>
		<dc:subject>discrimination</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;&#171; Chapeau l'artiste ! &#187;. Adress&#233;e &#224; Fran&#231;ois Hollande, l'expression s'impose aujourd'hui, &#224; l'occasion de l'hommage national rendu &#224; Xavier Jugel&#233;, le policier tu&#233; sur les Champs-Elys&#233;es le 20 avril dernier. Se trouve condens&#233;s, dans cet &#233;v&#233;nement comm&#233;moratif, de fa&#231;on pour ainsi dire chimiquement pure, des &#233;l&#233;ments constitutifs d'un moderne cynisme d'Etat. En effet, le pouvoir a su profiter de cet &#233;v&#233;nement meurtrier pour op&#233;rer la suture entre le grand moment de ce quinquennat que fut la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=44" rel="tag"&gt;symbole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=45" rel="tag"&gt;nationalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=46" rel="tag"&gt;discrimination&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=47" rel="tag"&gt;inclusion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Chapeau l'artiste ! &#187;. Adress&#233;e &#224; Fran&#231;ois Hollande, l'expression s'impose aujourd'hui, &#224; l'occasion de l'hommage national rendu &#224; Xavier Jugel&#233;, le policier tu&#233; sur les Champs-Elys&#233;es le 20 avril dernier. Se trouve condens&#233;s, dans cet &#233;v&#233;nement comm&#233;moratif, de fa&#231;on pour ainsi dire chimiquement pure, des &#233;l&#233;ments constitutifs d'un moderne cynisme d'Etat. En effet, le pouvoir a su &lt;i&gt;profiter&lt;/i&gt; de cet &#233;v&#233;nement meurtrier pour op&#233;rer la suture entre le grand moment de ce quinquennat que fut la construction d'un unanimisme (d'Etat), celui du 11 janvier 2015, et la loi dite du &#171; Mariage pour tous &#187;. Le rapprochement machiav&#233;lien des deux &#233;v&#233;nements a pu s'effectuer gr&#226;ce &#224; un op&#233;rateur inesp&#233;r&#233;, un flic gay, adh&#233;rent de l'association LGBT &lt;i&gt;Flag&lt;/i&gt; !, tombant sous les balles d'un tireur, catalogu&#233; d'embl&#233;e et sans v&#233;rification comme djihadiste au service de l'Etat islamique. Retour sur une construction politico-m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il semble loin le moment o&#249; une France unanime (en fait, convoqu&#233;e par l'Etat &#224; manifester son unit&#233;) &lt;i&gt;&#233;tait Charlie&lt;/i&gt;, communiant derri&#232;re &lt;i&gt;sa&lt;/i&gt; police. Depuis, les violences polici&#232;res lors des manifestations contre la loi El Khomri ont &#233;t&#233; l'occasion de troquer les baisers adress&#233;s aux forces de l'ordre contre un cri moins &#233;mollient : &#171; Tout le monde d&#233;teste la police ! &#187;. Depuis, la mort d'Adama Traor&#233;, dans une gendarmerie, ou encore la pratique du viol au moyen d'une matraque &#224; l'encontre d'un jeune homme d'origine congolaise ont fait tomber les masques, exhumant le visage grima&#231;ant de la police (qu'on n'avait oubli&#233; que dans le cercle somnambulique des poss&#233;d&#233;s de &#171; l'esprit du 11 janvier &#187;). Il &#233;tait donc plus que temps de redorer le blason des forces de l'ordre ! Reconnaissons que Hollande, s'il n'est sans doute pas le &#171; grand homme &#187; qu'avait en vue Machiavel, du moins a-t-il su, cette fois, faire preuve de cette &#171; vertu &#187; permettant de &#171; reconna&#238;tre l'occasion ainsi offerte &#187;. Ce mardi 25 avril, l'hommage rendu par la R&#233;publique au policier tu&#233; n'a en effet rien laiss&#233; au hasard. Du grand art !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cet hommage national eut lieu dans la Cour d'honneur du 19 ao&#251;t de la Pr&#233;fecture de police de Paris, lieu qui, comme le rappelle &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, &#171; [par] son nom rend hommage au soul&#232;vement de la pr&#233;fecture, aux gardiens de la paix qui ont combattu pour la lib&#233;ration de Paris lors de la Seconde Guerre mondiale &#187;. Le symbole n'est certes pas l&#233;ger, au moins est-il efficace : la &#171; guerre contre le terrorisme &#187; est ainsi mise en parall&#232;le avec la Seconde Guerre mondiale, l'Etat islamique avec l'Etat nazi, et la police fran&#231;aise avec la R&#233;sistance&#8230; Il fallait donc que le tueur du 20 avril f&#251;t un djihadiste ! Aucune fiche S &#224; son nom n'existait ? Aucune trace de &#171; radicalisation &#187; n'avait &#233;t&#233; rapport&#233;e ? Qu'importe ! Quelqu'un qui &#233;tait habit&#233; &#224; ce point par l'id&#233;e d'agresser des flics, voire de leur tirer dessus, ne pouvait qu'&#234;tre &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; ces enrag&#233;s de l'EI. Qui pourrait vouloir descendre des flics, si ce n'est un opposant r&#233;solu aux &#171; valeurs de la R&#233;publique &#187; - puisque les policiers, c'est bien connu, sont &#171; les remparts de la d&#233;mocratie &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Si cette Cour du 19 ao&#251;t est symbolique, c'est &#233;galement pour l'&#233;cho qu'elle entretient avec les &#233;v&#233;nements de janvier 2015, autour de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, comme &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; s'en souvient : &#171; [&#8230;] c'est dans cette m&#234;me cour qu'avait eu lieu l'hommage des trois policiers &#8211; Clarissa Jean-Philippe, Franck Brissolaro et Ahmed M&#233;rabet &#8211; tomb&#233;s le 7 janvier 2015 sous les balles des fr&#232;res Coulibaly (sic !), ceux-l&#224; m&#234;me qui avaient perp&#233;tr&#233; le carnage de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; &#187;. La liste des noms des policiers n'est &#233;videmment pas anodine, qui fait appara&#238;tre celui d'Ahmed M&#233;rabet, d'origine alg&#233;rienne, et de confession musulmane, victime de l'attentat perp&#233;tr&#233; par les fr&#232;res Kouachi. C'est le genre d'&#233;v&#233;nement qui permet au pouvoir &#233;tatique de combattre l'id&#233;e (qui est pourtant bien une &#233;vidence pour qui la subit) d'une discrimination entre les personnes, op&#233;r&#233;e par la police, en raison de leur origine ethnique. C'est donc en tant que &#171; r&#233;publicaine &#187; que la police respecterait les &#171; minorit&#233;s visibles &#187;, mais aussi parce qu'elle en serait elle-m&#234;me le reflet. Et cette &#171; diversit&#233; &#187;, si respect&#233;e par la police, en est venue cette fois &#224; r&#233;v&#233;ler une autre teinte, arc-en-ciel. Le policier assassin&#233; s'est en effet av&#233;r&#233; &#234;tre gay, ce qui a conduit &#224; &#233;largir opportun&#233;ment la palette des couleurs qui caract&#233;riseraient les forces de l'ordre, selon le Chef de l'Etat, d&#233;clarant &#224; cette occasion : &#171; [&#8230;] nos forces de l'ordre sont &#224; l'image de la diversit&#233; de la soci&#233;t&#233;, qu'ils ont la charge de prot&#233;ger &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si l'orientation sexuelle du policier abattu a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e, c'est sans doute qu'il n'en faisait pas myst&#232;re, puisqu'il &#233;tait membre de l'association &lt;i&gt;Flag&lt;/i&gt; !, regroupant gendarmes et policiers homosexuels, participait &#224; des soir&#233;es organis&#233;es par l'association et avait sign&#233; un Pacs avec Etienne Cardiles, l'ami avec lequel il vivait. Il est toutefois &#233;vident que l'homosexualit&#233; du policier a &#233;t&#233; &lt;i&gt;utilis&#233;e&lt;/i&gt;, presque comme une aubaine par les pouvoirs publics, d'abord pour donner une image d'ouverture de la police, du point de vue des m&#339;urs (une police qui ne serait pas structurellement homophobe), mais aussi et surtout pour d&#233;velopper l'id&#233;e d'une concordance d'int&#233;r&#234;ts entre la d&#233;marche polici&#232;re contre le terrorisme et la vie (festive et culturelle &#8211; forc&#233;ment) des populations LGBT. L'insistance quant au fait que Xavier Jugel&#233; avait tenu &#224; assister au spectacle de Sting, lors de la r&#233;ouverture du Bataclan rel&#232;ve de cette logique d'une continuit&#233; entre le gay et le policier &#8211; ainsi, le policier aurait d&#233;clar&#233;, selon les propos de son ami : &#171; Je suis content que le Bataclan r&#233;ouvre. C'est symbolique. Nous sommes ici comme des t&#233;moins. Pour d&#233;fendre des droits civiques. Ce concert est pour c&#233;l&#233;brer la vie. Pour dire non aux terroristes &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; En ce policier se trouverait donc r&#233;unis en une m&#234;me personne le gardien de la paix et le citoyen (gay), ce qui permet alors, mieux que jamais, la r&#233;conciliation de la police avec la population, en sa diversit&#233;. C'est cette position strat&#233;gique occup&#233;e par le fonctionnaire de police abattu qui a int&#233;ress&#233; le pouvoir, capable en cette occasion de produire l'image d'un h&#233;ros LGBT. Les temps ont bien chang&#233;, qui font qu'on ne gomme plus la dimension homosexuelle d'un h&#233;ros, mais qu'elle peut au contraire participer &#224; son h&#233;ro&#239;sation. C'est ce changement d'&#233;poque que Jean-Marie Le Pen n'a pas saisi, regrettant qu'on rende hommage, selon lui, plus &#224; l'homosexuel qu'au policier. Sa fille para&#238;t avoir beaucoup mieux compris ce qui se jouait ici, d&#233;savouant les propos de son p&#232;re &#8211; comme elle s'&#233;tait abstenue, &#224; l'encontre de sa ni&#232;ce, de participer aux manifestations contre le &#171; mariage pour tous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;cho donn&#233; &#224; cette c&#233;r&#233;monie d'hommage, int&#233;gralement retransmise par BFMTV, ne doit pas &#234;tre n&#233;glig&#233; pour en saisir la port&#233;e r&#233;elle : &#171; Les cloches de Notre-Dame ont retenti peu avant le d&#233;but de la c&#233;r&#233;monie, alors que la foule &#233;tait r&#233;unie sur le parvis face au palais de Justice, o&#249; &#233;tait install&#233; un &#233;cran g&#233;ant &#187;. L'hommage se fait spectacle, et l'on retrouve bien l&#224; quelque chose de la mobilisation des foules, au moyen d'un battage m&#233;diatique, mais aussi en prenant appui sur les ressorts de l'&#233;motion (comment ne pas &#234;tre touch&#233; par le t&#233;moignage d'Etienne Cardiles ?), qui rappelle les ficelles d&#233;j&#224; utilis&#233;es pour produire le fameux &#171; esprit du 11 janvier &#187;, caract&#233;ris&#233; par son unanimisme. Quel est le contenu subliminal d'une telle c&#233;r&#233;monie m&#233;diatique ?&lt;br class='autobr' /&gt; En h&#233;ro&#239;sant dans un m&#234;me &#233;lan le policier et l'homosexuel, ce geste &#233;tatique aboutit &#224; confirmer la logique inclusive dans laquelle sont engag&#233;s les milieux homosexuels estampill&#233;s LGBT. La revendication d'un &#171; mariage pour tous &#187; correspondait bien &#224; une telle recherche d'inclusion : avoir, &lt;i&gt;comme les autres&lt;/i&gt;, le droit de se marier, c'est-&#224;-dire sans remettre en cause les structures h&#233;t&#233;rocentr&#233;es de la soci&#233;t&#233;. Dans le cas pr&#233;sent, les noces de la &#171; communaut&#233; LGBT &#187; et de la police (agr&#233;&#233;es par l'Eglise !) ob&#233;issent &#224; une d&#233;marche d'inclusion vis-&#224;-vis de la Nation, en sa lutte contre le terrorisme, identifi&#233; comme ennemi des libert&#233;s, et &lt;i&gt;donc&lt;/i&gt; aussi de la libert&#233; de choix de son orientation sexuelle. L'ennemi de la Nation serait aussi l'ennemi des gays &#8211; devenue l'amie de la Nation, la &#171; communaut&#233; LGBT &#187; y serait par cons&#233;quent incluse de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce d&#233;sir de reconnaissance, dont t&#233;moigne une telle logique inclusive, conduit la &#171; communaut&#233; LGBT &#187; &#224; abandonner tout ce qui constituait la dimension r&#233;volutionnaire de l'homosexualit&#233;, telle qu'on pouvait la concevoir dans les milieux proches du Front Homosexuel d'Action R&#233;volutionnaire (FHAR), dans le d&#233;but des ann&#233;es 70. Rappelons-nous les &#171; h&#233;t&#233;ro-flics &#187;, que les &#171; p&#233;d&#233;s &#187; combattaient. Aujourd'hui, les gays LGBT tendent &#224; se faire &#171; homo-flics &#187;, c'est-&#224;-dire qu'ils tendent &#224; promouvoir une norme de l'homosexualit&#233; respectable. &lt;br class='autobr' /&gt; C'est un tel &#171; homonationalisme &#187;, qui a conduit nombre de gays am&#233;ricains &#224; soutenir la guerre contre l'Irak, pour y gagner une respectabilit&#233;, et par peur de l'Islam, cens&#233; constituer une menace pour les libert&#233;s sexuelles. La construction, en France, de la figure d'un h&#233;ros gay national est une &#233;tape importante, dessinant la fronti&#232;re entre les gays patriotes et la&#239;cs et les autres. N'oublions pas que cette exhaustion d'un mod&#232;le d'homosexualit&#233; LGBT ne pourra se faire qu'au d&#233;triment d'une frange, exclue. On per&#231;oit d&#233;j&#224; les lignes de partage par lesquelles, en particulier, on consid&#232;re la pratique du &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt; comme uniment lib&#233;ratrice, ou encore la possibilit&#233; de se marier entre personnes de m&#234;me sexe comme un progr&#232;s en termes de libert&#233;. C'est en fait une normalisation aux conditions du monde occidental qui s'effectue ainsi, et cela n'a rien &#224; voir avec une lib&#233;ration &lt;i&gt;r&#233;elle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La voie de la respectabilit&#233; est une voie p&#233;rilleuse pour les gays et lesbiennes, car elle les rend solidaires d'une histoire des vainqueurs, sans piti&#233; pour le pass&#233;, jug&#233; r&#233;trograde. Guy Hocquenghem avait tr&#232;s bien entrevu cela, lorsqu'il d&#233;clarait : &#171; Quand l'homosexualit&#233; s'avoue et se rationalise, elle tente de repousser dans l'ombre ses anciens compagnons des bas-fonds. La rupture avec les amours interclassistes est la condition du salut homosexuel &#187;. Contre cette tentation de l'inclusion, &#224; laquelle le pouvoir ne manque pas d'&#234;tre r&#233;ceptif, les gays feraient sans doute bien d'oser, pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'image de Hocquenghem, s'affirmer francophobes, d&#233;linquants, dans un geste superbe de provocation, qui soit un &#233;loge du &lt;i&gt;minoritaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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