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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>La meute populaire : du m&#233;pris &#224; l'extermination</title>
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		<dc:creator>C&#233;dric Cagnat</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, le bourgeois philistin subissait les foudres des g&#233;nies litt&#233;raires du moment. Flaubert demeure sans doute la figure la plus repr&#233;sentative de cet antagonisme : sa fureur contre la b&#234;tise bourgeoise, qui se retrouve aussi bien dans sa correspondance que dans ses &#339;uvres &#8211; la figure d'Homais dans Madame Bovary, le Dictionnaire des id&#233;es re&#231;ues et Bouvard et P&#233;cuchet &#8211; avait quelque chose d'obsessionnel. Mais cette condamnation, chez Flaubert comme chez (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=104" rel="tag"&gt;populisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, le bourgeois philistin subissait les foudres des g&#233;nies litt&#233;raires du moment. Flaubert demeure sans doute la figure la plus repr&#233;sentative de cet antagonisme : sa fureur contre la b&#234;tise bourgeoise, qui se retrouve aussi bien dans sa correspondance que dans ses &#339;uvres &#8211; la figure d'Homais dans &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Dictionnaire des id&#233;es re&#231;ues&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Bouvard et P&#233;cuchet&lt;/i&gt; &#8211; avait quelque chose d'obsessionnel. Mais cette condamnation, chez Flaubert comme chez ses contemporains, avait pr&#233;cis&#233;ment des racines strictement esth&#233;tiques : l'incapacit&#233; ind&#233;crottable du bourgeois &#224; saisir la valeur de leurs &#339;uvres. La haine de la bourgeoisie s'arr&#234;te l&#224; : on cherchera en vain une critique d'ordre politique ou une d&#233;sapprobation directe de l'exploitation des classes laborieuses par les poss&#233;dants. &#171; En effet, les &#233;crivains consid&#232;rent que les forces sociales qui remettent en cause la soci&#233;t&#233; bourgeoise sont encore plus dangereuses que les bourgeois &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Lidsky, Les &#233;crivains contre la Commune, Paris, La D&#233;couverte, 1999, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Hormis quelques exceptions de taille, comme L&#233;on Bloy, qui n'a cess&#233; de mettre sa plume furibonde au service des plus pauvres, nul des beaux esprits de ce temps n'&#233;chappe enti&#232;rement &#224; ce constat. Ni le Hugo des &lt;i&gt;Mis&#233;rables&lt;/i&gt; &#8211; &#171; barbares &#187;, &#171; sauvages &#187;, &#171; nomades &#187;, voil&#224; le lexique employ&#233; par le grand socialiste pour d&#233;signer le peuple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.,p.24.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; ni Zola, dont la m&#233;thode pour &#171; d&#233;fendre &#187; et promouvoir les int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re consistait principalement &#224; l'humilier dans ses romans. La haine artiste du bourgeois proc&#232;de donc avant tout d'un sentiment aristocratique de soi plut&#244;t que d'une empathie &#224; l'&#233;gard des exploit&#233;s que fabrique l'&#233;mergence de la soci&#233;t&#233; industrielle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le peuple est bien plut&#244;t l'objet d'un m&#233;pris et d'un d&#233;go&#251;t ostensiblement affich&#233;s. La stupidit&#233; et les vices populaires sont d'ailleurs ce qui justifie la n&#233;cessit&#233; d'un pouvoir autoritaire et coercitif. Le peuple, cette &#171; canaille &#187; (E. de Goncourt), est &#171; une &#233;ternelle race d'esclaves qui ne peut vivre sans b&#226;t et sans joug &#187; (Leconte de Lisle). Aux mesures de pr&#233;vention sanitaire s'ajoute une autre justification du maintien du peuple dans l'ignorance et l'exploitation. C'est que le peuple remplit une fonction utile &#224; l'existence m&#234;me de l'art et des artistes. Tout comme l'esclavage antique permettait &#224; l'aristocratie ath&#233;nienne de consacrer du temps &#224; l'observation de la vo&#251;te c&#233;leste, la masse laborieuse de l'&#232;re industrielle est l&#224; pour assurer les t&#226;ches n&#233;cessaires &#224; la production cependant que, selon les mots de Renan, &#171; quelques-uns remplissent pour elle les hautes fonctions de la vie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.,p.32.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le naturalisme litt&#233;raire introduit la th&#233;matique et le parler populaires dans ses &#339;uvres, sa motivation ne doit rien &#224; l'&#233;ventuelle bienveillance qu'il pourrait nourrir &#224; l'endroit d'un type humain jusque-l&#224; n&#233;glig&#233; par les litt&#233;rateurs : comme l'affirme &#224; plusieurs reprises E. de Goncourt, l'int&#233;r&#234;t est purement documentaire et proc&#232;de d'une curiosit&#233; pour l'exotisme et l'alt&#233;rit&#233; radicale d'une population qui rel&#232;ve d'une sorte de sous-humanit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.,pp.22-23.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'ab&#234;tissement, l'&#233;normit&#233; des vices, les basses jouissances qu'induit la pauvret&#233; extr&#234;me sont avant tout des motifs aptes &#224; susciter et entretenir la curiosit&#233; du lecteur. Ce qui int&#233;resse les &#233;crivains de la fin du Second Empire, c'est l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; absolue de l'ouvrier des bas-fonds, assimil&#233; &#224; un sauvage, et nullement la possibilit&#233; d'une quelconque &#233;mancipation que pourrait favoriser les descriptions litt&#233;raires de sa condition mis&#233;reuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette litt&#233;rature a suscit&#233; une atmosph&#232;re d'&#233;pouvante dans le monde bourgeois, atmosph&#232;re dans laquelle le pouvoir a puis&#233; les justifications du maintien d'un cadre autoritaire strict afin d'emp&#234;cher la contagion des vices populaires &#224; l'ensemble du corps social ou les explosions de violences sauvages dont cette &#171; race &#187; &#233;tait porteuse. C'est cette atmosph&#232;re qui s'est concr&#233;tis&#233;e en actes lors d'un &#233;pisode, devenu mythique, de l'histoire europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_445 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/9782707131447-200x303-1.jpg' width='303' height='198' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;La Commune de Paris, de mars &#224; mai 1871, d&#233;bouche sur une r&#233;pression sanglante : &#171; 30 000 hommes, femmes et enfants sont ex&#233;cut&#233;s [&#8230;] en moins de huit jours par les forces de l'ordre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.,p. 7.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le livre de Lidsky montre que ce massacre est l'aboutissement paroxystique d'une certaine vision de la nature du peuple partag&#233;e par tous les &#171; honn&#234;tes gens &#187;, qui se retrouve dans les commentaires de l'&#233;v&#233;nement &#233;mis au jour le jour par les publicistes et &#233;crivains de l'&#233;poque. Ces &#233;crits r&#233;v&#232;lent le foss&#233; id&#233;ologique et sociologique s&#233;parant la bourgeoisie intellectuelle et la classe ouvri&#232;re, la rel&#233;gation de la condition populaire &#224; une sorte d'&#233;tat primitif, et l'image de barbarie &#224; laquelle elle est associ&#233;e. L'anthropologie pessimiste, dont la philosophie politique de Hobbes fournit la version moderne, a construit une cat&#233;gorie repoussoir embl&#233;matique visant &#224; illustrer ses pr&#233;suppos&#233;s et &#224; maintenir un sentiment de peur, en vue de l&#233;gitimer une domination contraignante capable de pr&#233;server la soci&#233;t&#233; du danger que repr&#233;senterait une licence accord&#233;e aux exploit&#233;s et aux d&#233;munis. La perp&#233;tuation, de nos jours, de l'anthropologie pessimiste montre que cette stigmatisation du peuple n'a pas disparue et explique dans une large mesure l'inhibition sociale et morale de la violence insurrectionnelle et la condamnation de toute perspective r&#233;volutionnaire. Elle montre aussi que la vision p&#233;jorative du peuple entretenue par la domination peut aller jusqu'&#224; l'&#233;radication lorsqu'elle se sent vraiment menac&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'anthropologie pessimiste se caract&#233;rise par son biologisme. Elle situe la violence et les vices humains &#8211; et plus pr&#233;cis&#233;ment populaires &#8211; du c&#244;t&#233; de la nature : &#171; L'ouvrier socialiste ivrogne, pervers et agitateur est pr&#233;sent dans presque toutes les &#339;uvres. Une fois encore, on se trouve non devant un type social mais devant un type caract&#233;riel qui rel&#232;ve de la pathologie. Il s'agit d'un individu qui est n&#233; fain&#233;ant, noceur, l&#226;che, &#233;go&#239;ste, sournois, nuisible parce que pervertisseur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.,p. 103.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La &#171; pathologie &#187; dont il est question est comme un affleurement &#224; la surface du fond naturel de l'individu qui serait cens&#233; le caract&#233;riser, faute du fragile vernis culturel dont l'homme socialis&#233; est habituellement recouvert. C'est une sorte de rat&#233; du processus de civilisation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le peuple est donc la m&#233;tonymie de l'humain tel que le con&#231;oit l'anthropologie pessimiste &#8211; l'humain &#224; l'&#233;tat de nature, mais tel que ses caract&#232;res font retour ou se perp&#233;tuent au sein m&#234;me de la condition civilis&#233;e. Vicieux par essence, quelle que soit sa conduite, il ne peut &#234;tre m&#251; que par de basses inclinations. L'envie jouera ici le r&#244;le de la cause efficiente. Ce qui surgit et se r&#233;pand en ces journ&#233;es sanglantes, c'est le fonds primitif de la cr&#233;ature biblique p&#233;cheresse : &#171; L'origine de la Commune remonte en effet au temps de la Gen&#232;se, elle date du jour o&#249; Ca&#239;n a tu&#233; son fr&#232;re. C'est l'envie qui est derri&#232;re toutes ces revendications b&#233;gay&#233;es par des paresseux auxquels leur outil fait honte, et qui en haine du travail pr&#233;f&#232;rent les chances du combat &#224; la s&#233;curit&#233; du travail quotidien &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.,p.48.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#8211; On sait qu'en mati&#232;re d'envie, l'auteur de cette phrase, Maxime du Camp, pouvait se targuer d'une expertise certaine, lui dont l'&#339;uvre apparaissait tellement m&#233;diocre aupr&#232;s de celle de son grand ami Flaubert&#8230;Tout se jouera donc entre le triomphe de l'anarchie des plus vils instincts ou le maintien de l'ordre civilisationnel. Dans l'esprit des gens de plume et des d&#233;tenteurs de la parole, l'enjeu de la Commune n'est en rien politique, il est d'ordre moral et rel&#232;ve &#171; d'une lutte manich&#233;enne du Bien contre le Mal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 48.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trop ab&#234;tie par l'alcool et naturellement grossi&#232;re, la masse insurg&#233;e ne saurait saisir ni les raisons, ni les enjeux de sa propre insurrection. Conform&#233;ment &#224; la p&#233;tition de principe hobbesienne, la disparition momentan&#233;e des contraintes sociales ne font que laisser libre cours au d&#233;ferlement aveugle des instincts les plus d&#233;testables que l'ordre civil habituel ne parvient qu'&#224; ensommeiller. L'&#233;v&#233;nement est l'occasion, pour les intellectuels &#233;galement, d'abandonner toute retenue et de livrer sans fard leurs poncifs haineux. Du Camp, encore lui : &#171; Brutes obtuses ne comprenant rien, sinon qu'ils ont bonne paye, beaucoup de vin et trop d'eau-de-vie &#187;, &#171; Ils recherchaient le plaisir grossier, le trouvaient sans peine, ajoutaient leur d&#233;pravation particuli&#232;re &#224; la d&#233;pravation g&#233;n&#233;rale et se tenaient pour satisfaits &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 61.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et le bon Feydeau : &#171; L'effronterie de ces coquins n'avait d'&#233;gales que leur b&#234;tise et leur sc&#233;l&#233;ratesse [&#8230;]. Cela puait le vin, la crasse, le jus de pipe, bien autre chose encore, et je ne sais quelle bestiale vanit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.62.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les femmes n'&#233;taient pas en reste et ne pouvaient se pr&#233;valoir de davantage de lumi&#232;res. Catulle Mend&#232;s : &#171; Quelle est donc la fureur qui emporte ces furies ? Savent-elles ce qu'elles font, comprennent-elles pourquoi elles meurent ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 64.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le soul&#232;vement de 1871 n'aurait pu &#234;tre interpr&#233;t&#233; autrement qu'&#224; l'aune de ces pr&#233;suppos&#233;s. Ce fut l'un des &#233;pisodes les plus repr&#233;sentatifs de ce refoulement de la dimension &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; de la violence populaire. Lorsque la populace s'&#233;broue, cela ne peut proc&#233;der que de basses motivations. La Commune de Paris &#171; n'est donc ni une lutte politique, ni une r&#233;volution sociale. C'est l'&#339;uvre d'un petit groupe de brigands, de barbares ayant pr&#233;par&#233; leur coup depuis longtemps, qui ont profit&#233; de la surexcitation de la population parisienne provoqu&#233;e par le si&#232;ge et la d&#233;faite pour s'emparer de la ville et la livrer &#224; l'anarchie. Cette vision &#8220;apolitique&#8221; des brigands et des b&#234;tes fauves, &#233;labor&#233;e d&#232;s les premiers jours, a pris sa forme d&#233;finitive &#224; la fin de la Commune &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 46.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouvrage de Lidsky est une aide pr&#233;cieuse pour comprendre comment l'inhibition de la contre-violence sociale et sa condamnation morale ont, d&#232;s l'origine, trouv&#233; dans la classe populaire une cat&#233;gorie anthropologique apte &#224; incarner les phantasmes et les peurs dont elles avaient besoin pour assurer leur emprise sur les esprits et devenir ainsi les &#233;l&#233;ments de l&#233;gitimation d&#233;cisifs d'un Etat de droit pr&#233;sent&#233; comme oppos&#233; &#224; la violence bestiale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un lien peut alors s'&#233;tablir entre la fonction id&#233;ologique qui &#233;tait d&#233;volue &#224; la classe ouvri&#232;re et les discours tenus aujourd'hui sur d'autres types de populations &#224; qui l'on fait tenir un r&#244;le similaire. Toutefois, un changement s'est op&#233;r&#233; de nos jours : le m&#233;pris &#224; l'&#233;gard du peuple pouvait, &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, s'&#233;taler en toute bonne foi dans la mesure o&#249; il ne devait pas s'articuler &#224; la valorisation ininterrompue des droits politiques des citoyens et de leur contribution active au fonctionnement du syst&#232;me repr&#233;sentatif. La m&#233;sestime dans laquelle &#233;tait tenu le peuple s'accompagnait tout logiquement d'une condamnation du suffrage universel et d'une &#171; haine de la d&#233;mocratie &#187; (Ranci&#232;re) qui n'avait nullement &#224; emprunter nos propres d&#233;tours. Les m&#234;mes qui ont fustig&#233; l'ivrognerie et la brutalit&#233; des Communards ne laissent pas, avec cons&#233;quence, d'exprimer la r&#233;vulsion que leur inspire les pr&#233;tentions d&#233;mocratiques du r&#233;gime institu&#233; par Thiers aux lendemains de la d&#233;faite face &#224; la Prusse et de la r&#233;pression meurtri&#232;re de la guerre civile. Feydeau : &#171; La pr&#233;tention saugrenue de donner les m&#234;mes droits politiques aux hommes les plus intelligents, les plus instruits d'une nation, et aux brutes qui ne sont bonnes qu'&#224; se so&#251;ler ! &#187;. Flaubert : &#171; Le premier rem&#232;de serait d'en finir avec le suffrage universel, la honte de l'esprit humain &#187;. E. de Goncourt : &#171; Quelle impr&#233;voyance, quel ganachisme ! La soci&#233;t&#233; se meurt du suffrage universel. C'est de l'aveu de tous, l'instrument fatal de sa ruine prochaine. Par lui, l'ignorance de la vile multitude gouverne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 84.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il semble bien que notre &#233;poque, si experte en duplicit&#233;, ait trouv&#233; le moyen d'en finir avec la souverainet&#233; populaire tout en chantant les louanges de la d&#233;mocratie, des &#171; initiatives citoyennes &#187;, et des urnes consciencieusement remplies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Lidsky, &lt;i&gt;Les &#233;crivains contre la Commune&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 1999, (1ere &#233;d. 1970), p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;,p.24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;,p.32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;,pp.22-23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;,p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;,p. 103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;,p.48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p.62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 64.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 84.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L - Leonarda</title>
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		<dc:date>2018-01-14T09:47:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luca Salza</dc:creator>


		<dc:subject>discrimination</dc:subject>
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		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>

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&lt;p&gt;La rafle de Leonarda, le mercredi 9 octobre 2013, a suscit&#233; beaucoup d'&#233;motion, mais peu de r&#233;actions au long terme. Leonarda, 15 ans, coll&#233;gienne en France. Ce mercredi, elle part en sortie scolaire mais le soir elle ne rentre pas chez elle : scolaris&#233;e en France, elle n'a pas de papiers, la police aux fronti&#232;res l'embarque, avec le reste de sa famille, sur un avion, direction le Kosovo, apr&#232;s avoir fait arr&#234;ter le car qui l'emmenait en sortie scolaire. Voici le t&#233;moignage d'une de ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=46" rel="tag"&gt;discrimination&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=55" rel="tag"&gt;identit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=96" rel="tag"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La rafle de Leonarda, le mercredi 9 octobre 2013, a suscit&#233; beaucoup d'&#233;motion, mais peu de r&#233;actions au long terme. Leonarda, 15 ans, coll&#233;gienne en France. Ce mercredi, elle part en sortie scolaire mais le soir elle ne rentre pas chez elle : scolaris&#233;e en France, elle n'a pas de papiers, la police aux fronti&#232;res l'embarque, avec le reste de sa famille, sur un avion, direction le Kosovo, apr&#232;s avoir fait arr&#234;ter le car qui l'emmenait en sortie scolaire. Voici le t&#233;moignage d'une de ses enseignantes, Madame Giacoma, professeur d'histoire-g&#233;ographie-&#233;ducation civique : &#171; [au t&#233;l&#233;phone ] je n'ai pas compris tout de suite ce qui se passait, j'ai cru que c'&#233;tait la m&#232;re de Leonarda qui voulait &#234;tre rassur&#233;e et en fait, c'&#233;tait le maire de Levier, commune de r&#233;sidence de Leonarda, qui m'a pr&#233;cis&#233; qu'il savait que nous nous rendions &#224; Sochaux et il me demandait express&#233;ment de faire arr&#234;ter le bus. Dans un premier temps j'ai refus&#233; en pr&#233;cisant que ma mission &#233;tait d'aller &#224; Sochaux avec tous les &#233;l&#232;ves inscrits pour cette sortie p&#233;dagogique (visite de lyc&#233;es + visite de l'usine Peugeot). Le maire de Levier, Albert Jeannin, m'a alors pass&#233; au t&#233;l&#233;phone un agent de la PAF qui &#233;tait dans son bureau : son langage &#233;tait plus ferme et plus directif, il m'a dit que nous n'avions pas le choix, que nous devions imp&#233;rativement faire stopper le bus l&#224; o&#249; nous &#233;tions car il voulait r&#233;cup&#233;rer une de nos &#233;l&#232;ves en situation irr&#233;guli&#232;re : Leonarda Dibrani cette derni&#232;re devait retrouver sa famille pour &#234;tre expuls&#233;e avec sa maman et ses fr&#232;res et s&#339;urs ! Je lui ai dit qu'il ne pouvait pas me demander une telle chose car je trouvais &#231;a totalement inhumain... Il m'a intim&#233; l'ordre de faire arr&#234;ter le bus imm&#233;diatement &#224; l'endroit exact o&#249; nous nous trouvions. Le bus &#233;tait alors sur une rocade tr&#232;s passante, un tel arr&#234;t aurait &#233;t&#233; dangereux ! Prise au pi&#232;ge avec 40 &#233;l&#232;ves, j'ai demand&#233; &#224; ma coll&#232;gue d'aller voir le chauffeur et nous avons d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter le bus sur le parking d'un autre coll&#232;ge (Lucie Aubrac de Doubs). J'ai demand&#233; &#224; Leonarda de dire au revoir &#224; ses copines, puis je suis descendue du bus avec elle, nous sommes all&#233;es dans l'enceinte du coll&#232;ge &#224; l'abri des regards et je lui ai expliqu&#233; la situation. Elle a beaucoup pleur&#233;, je l'ai prise dans mes bras pour la r&#233;conforter et lui expliquer qu'elle allait traverser des moments difficiles, qu'il lui faudrait beaucoup de courage... Une voiture de police est arriv&#233;e, deux policiers en uniforme sont sortis. Je leur ai dit que la fa&#231;on de proc&#233;der &#224; l'interpellation d'une jeune fille dans le cadre des activit&#233;s scolaires est totalement inhumaine et qu'ils auraient pu proc&#233;der diff&#233;remment. Ils m'ont r&#233;pondu qu'ils n'avaient pas le choix, qu'elle devait retrouver sa famille... Je leur ai encore demand&#233; pour rester un peu avec Leonarda et lui dire au revoir (je la connais depuis 4 ans et l'&#233;motion &#233;tait tr&#232;s forte). Puis j'ai demand&#233; aux policiers de laisser s'&#233;loigner le bus pour que les &#233;l&#232;ves ne voient pas Leonarda monter dans la voiture de police, elle ne voulait pas &#234;tre humili&#233;e devant ses amis ! Mes coll&#232;gues ont ensuite expliqu&#233; la situation &#224; certains &#233;l&#232;ves qui croyaient que L&#233;onarda avait vol&#233; ou commis un d&#233;lit. Les &#233;l&#232;ves et les professeurs ont &#233;t&#233; extr&#234;mement choqu&#233;s et j'ai d&#251; parler &#224; nouveau de ce qui s'&#233;tait pass&#233; le lendemain pour ne pas inqui&#233;ter les &#233;l&#232;ves et les parents &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. R&#233;seau &#233;ducation sans fronti&#232;res, &#171; L&#233;onarda, 15 ans, arr&#234;t&#233;e et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;onarda d&#233;fraye la chronique puisque la police touche au vif un sanctuaire de la r&#233;publique. Pourtant hier comme aujourd'hui, et encore demain, innombrables sont les Leonarda (m&#234;me si la plupart du temps ils sont sans nom), qui se font arr&#234;ter parce que la couleur de leur peau indique qu'ils n'ont pas les bons papiers, qui finissent dans un centre de r&#233;tention puis jet&#233;s dans le premier avion. Leur seul crime est d'exister, de vouloir exister. Le &#171; clandestin &#187; ne peut, ne doit pas &#171; vivre &#187;. Ce ne sont pas les papiers que les bons Europ&#233;ens lui refusent, mais le droit d'existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu importe, alors, s'il se noie en essayant de vivre, de se manifester, d'arriver sur nos rives !&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le fond (pas secret) de toute politique migratoire en Europe &#224; l'&#233;poque o&#249; il n'y a plus (beaucoup) besoin de main-d'&#339;uvre. C'est la v&#233;rit&#233; de tous les dispositifs de contr&#244;le, mis en place par les divers gouvernants de droite ou de gauche (l'affaire Leonarda est un des premiers pas de la pr&#233;sidence Hollande), soutenus et support&#233;s largement par la population, notamment par les petits propri&#233;taires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis des ann&#233;es, il est &#233;vident que les lois &#171; r&#233;gulant les flux &#187; des migrants causent des morts et produisent du d&#233;sespoir. Mais il faut d&#233;fendre la soci&#233;t&#233;. Il faut d&#233;fendre le niveau de vie des Europ&#233;ens, la possibilit&#233; d'acheter un appartement dans une zone non d&#233;grad&#233;e par la simple pr&#233;sence de quelques pauvres, de continuer &#224; faire du shopping dans le centre commercial flambant neuf dans la superbe ZAC d'&#224; c&#244;t&#233;, de passer ses vacances au Mont&#233;n&#233;gro ou sur le delta du Nil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est inutile, &#224; mon sens, de rappeler pour l'&#233;ni&#232;me fois l'inhumanit&#233; de ces lois. Qui veut savoir sait. Ce n'est, d'ailleurs, plus en se cachant que tiennent leurs propos les diff&#233;rents x&#233;nophobes et identitaires (de droite ou de gauche : &#171; donnez-moi du blancos &#187;, disait le maire socialiste d'Evry, &#224; la recherche de quelque consensus sur les march&#233;s de sa ville). La parole raciste s'est lib&#233;r&#233;e, dit-on. Mais cette parole est comme la t&#234;te d'une hydre, elle est d&#233;sormais multiforme : personne n'ose plus tenir des discours proprement fascistes, alors on pr&#233;f&#232;re le vieux bon sens (on ne peut pas accueillir toute la mis&#232;re du monde, il faut les aider chez eux...), ou une morale auto-proclam&#233;e r&#233;publicaine (attention &#224; la la&#239;cit&#233; !, luttons pour les droits des femmes !). C'est au nom d'un discours proprement r&#233;publicain qu'on peut alors d&#233;l&#233;guer, sans vergogne, aux milices libyennes (L comme Libye, il y aurait un autre chapitre &#224; ajouter &#224; cet ab&#233;c&#233;daire, n'est-ce pas MM. Gu&#233;ant, Sarkozy, Cameron ?) le contr&#244;le des fronti&#232;res du sud de l'Europe, tandis qu'un navire ouvertement fasciste navigue librement dans ces eaux &#224; la poursuite des migrants. Et c'est au nom de ce m&#234;me discours que M. Macron, chef supr&#234;me des r&#233;publicains, d&#233;mocrates et anti-fascistes de France, peut proposer de placer des &#171; hotspots &#187; pour filtrer les migrants dans le Sahel. Un trop plein d'humanitarisme et de d&#233;mocratie, sans doute.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai ni la force ni l'envie de revenir sur tout cela. Nous savons tout de ce racisme d'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Assez caus&#233; quand vient le danger &#187; (Balzac).&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourtant, l'affaire Leonarda m&#233;rite encore un petit d&#233;tour. Encore des mots... &#171; Tisse, tisseur de vent... &#187; (Joyce).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les policiers ont accompli leur mission. Ils ont arr&#234;t&#233; d'abord le p&#232;re de Leonarda, puis la m&#232;re et ses fr&#232;res et s&#339;urs, enfin la jeune fille &#224; l'&#233;cole. Ils les ont mis dans l'avion, en bonne et due forme, dans une forme proprement r&#233;publicaine (d'ailleurs, ils ne l'ont pas arr&#234;t&#233;e sur le car, mais ils l'ont invit&#233;e &#224; descendre et lui ont chuchot&#233; &#224; l'oreille qu'elle devait d&#233;guerpir, ce qui a soulag&#233; les d&#233;mocrates paladins de l'&#233;ducation nationale). Mais pour quelle destination, au juste ? Les policiers et les dirigeants politiques &#171; rapatrient &#187;, c'est-&#224;-dire qu'ils renvoient les gens dans leur &#171; patrie &#187;, &#224; leur origine, &#224; la fixit&#233; d'une identit&#233; immuable, l&#224; o&#249; on est, par exemple, n&#233;s. Mais pour une famille Rrom, comme celle de Leonarda, o&#249; se situent les &#171; racines &#187; ? On l'envoie au Kosovo, o&#249; Leonarda et quelques-uns de ses fr&#232;res et s&#339;urs n'ont jamais mis les pieds, un pays o&#249;, du reste, les nationalistes se sont distingu&#233;s pour avoir expuls&#233; en quelques jours, en 1999, sous le regard complice (et s&#251;rement admiratif) de l'Occident, la quasi-totalit&#233; des 100000 Rroms qui y habitaient depuis longtemps, par le biais d'assassinats, d'incendies, de s&#233;vices et de viols. Leonarda ne conna&#238;t nullement le pays auquel on la &#171; destine &#187;. Elle est n&#233;e et a grandi en Italie, elle a v&#233;cu en France pendant presque cinq ans. Or, la bonne d&#233;cision fut de la renvoyer &#224; Mitrovica, au Kosovo. Quand ils l'arr&#234;tent, les policiers lui disent :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ta place est au &#8220;Kosovo&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;- Mais non ! C'est faux !&#8221; &#187;, r&#233;pond-elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf., H. Michel, &#171; Leonarda Dibrani, elle tourne en rom &#187;, in Lib&#233;ration, 13 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a raison : c'est faux. Sa patrie n'est pas le Kosovo, elle n'a jamais vu ses paysages, elle ne conna&#238;t ni l'albanais ni le serbe, les langues du pays. Elle parle l'italien, le fran&#231;ais, le romani. Elle est d'o&#249;, en effet ? Elle est d'ici et ailleurs, dirions-nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#171; identit&#233; &#187; repr&#233;sente l'extr&#234;me faiblesse de Leonarda (et des siens), la mettant &#224; nu devant tous les pouvoirs et les imb&#233;ciles n&#233;s quelques part (Brassens). Mais c'est aussi sa puissance, ce qui fait v&#233;ritablement peur. Elle pr&#233;figure une citoyennet&#233; &#224; la hauteur de la globalisation. Sans patrie ni nation. Ni droit du sang ni droit du sol. Voil&#224; pourquoi l'Europe ne veut pas d'elle... Contrairement aux propos universalistes des uns et des autres, les dirigeants et les peuples europ&#233;ens ont peur de ces identit&#233;s nomades, m&#233;tiss&#233;es. Leonarda est &lt;i&gt;in-admissible&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;in-assignabl&lt;/i&gt;e justement car elle a trop d'identit&#233;s (et donc elle n'en a aucune). Elle est Rrom, italienne, fran&#231;aise, et encore tant d'autres cultures. A la rigueur, une Europ&#233;enne parfaite ! Comme tant de migrants &#233;chouant sur nos c&#244;tes qui connaissent un grand nombre de langues, pays, cultures, et l'Europe, pauvre vache, veut les fixer dans un pays, une langue, une culture.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ascension et l'affirmation d'un racisme institutionnel ont pr&#233;cis&#233;ment pour but de s'opposer &#224; la transformation des soci&#233;t&#233;s occidentales en soci&#233;t&#233;s plurinationales et multiculturelles. Une transformation qui est n&#233;anmoins riche d'une grande force de lib&#233;ration, comme en t&#233;moigne la vie de Leonarda.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; le d&#233;sert que nous traversons, le noir o&#249; nous a plong&#233;s l'ordre n&#233;o-lib&#233;ral et sa criminalisation de la pauvret&#233;, celle que les tenants du n&#233;olib&#233;ralisme sont en train, eux-m&#234;mes, d'aggraver, ce conflit entre les Etats et ce qu'on peut appeler &#171; Leonarda &#187;, entre des lois d&#233;fendant des identit&#233;s pr&#233;sum&#233;es (ou plus pr&#233;cis&#233;ment des &#171; int&#233;r&#234;ts &#187; de classe) et des vies traversant fronti&#232;res, langues et cultures, est tout &#224; fait ouvert. On n'en conna&#238;t pas l'issue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous ses formes actuelles, fi&#233;vreuses et fr&#233;n&#233;tiques, la mondialisation subvertit et d&#233;noue encore plus les mod&#232;les culturels essentialistes et homog&#233;n&#233;isants. Elle d&#233;fait toutes les limites. Mais m&#234;me les processus d'immigration libre ou forc&#233;e changent la composition du monde tout entier, diversifiant les cultures et pluralisant les identit&#233;s culturelles des vieux Etats-nations dominants et des vieilles puissances imp&#233;riales. Les flux non r&#233;gul&#233;s et souvent ill&#233;gaux des peuples et des cultures sont aussi puissants et irr&#233;sistibles que les flux sponsoris&#233;s du capital et des technologies. Les premiers inaugurent un nouveau processus de &#171; minorisation &#187; au sein des vieilles soci&#233;t&#233;s m&#233;tropolitaines. Ces &#171; minorit&#233;s &#187; ne sont pas forc&#233;ment &#171; ghetto&#239;s&#233;s &#187; : elles ne restent pas longtemps enclav&#233;es. Elles s'engagent dans la culture dominante sur un front tr&#232;s large. Elles appartiennent, en r&#233;alit&#233;, &#224; un mouvement transnational, et leurs connexions sont multiples et transversales. Elles marquent la fin d'une &#171; modernit&#233; &#187; d&#233;finie exclusivement selon des termes occidentaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;alit&#233;, il y a deux processus &#224; l'&#339;uvre dans les formes contemporaines de la mondialisation, laquelle est elle-m&#234;me un processus fondamentalement contradictoire. Il y a les forces dominantes de l'homog&#233;n&#233;isation culturelle, par lesquelles, en raison de sa pr&#233;dominance sur le march&#233; culturel et dans les &#171; flux &#187; de capitaux, de technologies et de cultures, la culture occidentale, et plus particuli&#232;rement &#233;tats-unienne, menace de submerger toutes les autres, en imposant une similitude culturelle homog&#233;n&#233;isant &#8211; ce que l'on a appel&#233; la &#171; mcdonaldisation &#187; ou &#171; nike-isation &#187; de toute chose. Mais existent aussi, &#224; c&#244;t&#233; de cela, des processus qui d&#233;centrent lentement et subtilement les mod&#232;les occidentaux, provoquant une diss&#233;mination de la diff&#233;rence culturelle tout autour du globe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces &#171; autres &#187; tendances n'ont pas (encore) le pouvoir d'affronter et de repousser frontalement les premi&#232;res. Elles sont n&#233;anmoins en mesure de subvertir et de &#171; traduire &#187;, de n&#233;gocier et d'indig&#232;niser l'attaque de la culture mondiale contre les cultures plus faibles. Au fait, ces tendances ne sont pas pr&#234;tes &#224; rester enferm&#233;es &#224; jamais dans une &#171; tradition &#187; immuable. Elles sont d&#233;termin&#233;es &#224; construire leurs propres types de &#171; modernit&#233; vernaculaire &#187; (comme la d&#233;finit Stuart Hall), c'est-&#224;-dire les signifiants d'un nouveau type de conscience transnationale, transculturelle et m&#234;me postnationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leonarda est justement un des noms de ce type de conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son histoire nous impose de poser le probl&#232;me de l'identit&#233; d'une mani&#232;re totalement autre, si nous ne voulons pas mourir europ&#233;ens. Leonarda nous conseille de nous d&#233;faire de toute identit&#233;. Dans le contexte de la globalisation, Stuart Hall parle d'identit&#233;s diasporiques, d'identit&#233;s qui ne cessent de produire ou de se reproduire &#224; travers l'hybridit&#233;. On pourrait &#233;galement parler d'identit&#233;s &#171; de travers &#187;, d'identit&#233;s qui ne sont pas des identit&#233;s, mais qui r&#233;sultent plut&#244;t du croisement avec d'autres identit&#233;s, non identit&#233;s, d'identit&#233;s travers&#233;es par d'autres identit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les migrations impliquent une &#171; nouvelle ethnicit&#233; &#187;, la construction de la subjectivit&#233; ne rel&#232;ve plus de la nation, de la race, ou de la couleur de la peau, mais de l'histoire, de la culture, de la politique. Je deviens ce que je suis non plus sur la base de ce que j'&#233;tais et ai &#233;t&#233; dans le pass&#233;, mais sur la base de ce que je suis aujourd'hui. C'est-&#224;-dire que je me construis jour apr&#232;s jour avec les autres personnes que je rencontre sur mon chemin, je ne suis pas bloqu&#233; sur mon pass&#233;. De cette mani&#232;re, si je suis &#233;tranger, je ne le suis plus. En effet, peu importe si je suis noir, blanc ou africain, europ&#233;en ou asiatique. Ce que j'&#233;tais auparavant ne compte pas, ne comptent pas non plus mes donn&#233;es biologiques. Bien au contraire, ce qu'il faut faire c'est de se d&#233;faire (et d&#233;faire) sa vieille pr&#233;tendue identit&#233;. La &#171; nouvelle ethnicit&#233; &#187; dont parle Stuart Hall permet d'aller au-del&#224; des grilles o&#249; nous emprisonnons l'&#233;tranger : diff&#233;rent ou int&#233;gr&#233;. Rrom ou fran&#231;ais, par exemple. La &#171; nouvelle ethnicit&#233; &#187; invite plut&#244;t &#224; d&#233;passer cette opposition pour parier sur la chance du &#171; m&#233;tissage &#187; entre la vieille identit&#233; et la nouvelle : il faut refuser le &#171; ou &#187; puisqu'il faut saisir toute la puissance de la conjonction &#171; et &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stuart Hall, Identit&#233;s et cultures. Politiques des cultural studies, &#233;dition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : Rrom &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; Fran&#231;aise &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; Italienne, comme demande &#224; l'&#234;tre Leonarda.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fait, Leonarda ne se pose plus la question de savoir si elle est Rrom ou europ&#233;enne (c'est surtout le pouvoir qui la renvoie &#224; sa soi-disant essence, comme il advient &#224; K. chez Kafka). Elle voudrait pouvoir vivre en France sans nier sa culture. Leonarda &#233;chappe &#224; la logique binaire, &#224; l'opposition mutuelle ou bien/ou bien (&#233;tranger ou bien int&#233;gr&#233;, assimil&#233;). Elle &#233;chappe aussi aux cat&#233;gories classiques de la philosophie politique. Elle est une jeune fille du XXI&#232;me si&#232;cle. Elle laisse derri&#232;re elle le pass&#233; sombre des nations et des confins et nous transporte vers une dimension globale, au-del&#224; des fausses-grandes questions national-r&#233;publicaines entre d&#233;mocrates (un champ de bataille, et de ruines, &#224; chaque &#233;lection plus vaste) et r&#233;actionnaires. Elle situe, en somme, la politique au-del&#224; des prismes de l'Etat. Leonarda anticipe, avec son exp&#233;rience de vie, ce que notre monde pourra devenir &#224; l'avenir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. R&#233;seau &#233;ducation sans fronti&#232;res, &#171; L&#233;onarda, 15 ans, arr&#234;t&#233;e et expuls&#233;e pendant une sortie scolaire &#187;, in &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/resf/blog/141013/leonarda-15-ans-arretee-et-expulsee-pendant-une-sortie-scolaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;M&#233;diapart&lt;/i&gt;, 14 octobre 2013&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf., H. Michel, &#171; Leonarda Dibrani, elle tourne en rom &#187;, in &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/societe/2013/11/11/leonarda-dibrani-elle-tourne-en-rom_946171&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lib&#233;ration, 13 novembre 2013&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stuart Hall, Identit&#233;s et cultures. &lt;i&gt;Politiques des&lt;/i&gt; cultural studies, &#233;dition &#233;tablie par M. Cerulle, traduit de l'anglais par C. Jaquet, Paris, Amsterdam, 2008, p. 287-310.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les chiens des rues d'Istanbul</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=642</link>
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		<dc:date>2017-12-25T10:39:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Pinguet</dc:creator>


		<dc:subject>violence</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; Article publi&#233; en anglais et en turc dans le livre/catalogue de l'exposition : The Four-Legged Municipality &#8211; Street Dogs of Istanbul Istanbul Research Institute 2016 Illustrations : Collection Pierre de Gigord &lt;br class='autobr' /&gt; Parmi les animaux qui peuplaient les rues d'Istanbul, les chiens, contrairement aux chats pourtant tout aussi nombreux, ont &#233;t&#233; abondamment photographi&#233;s par les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=88" rel="tag"&gt;biopolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=98" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Article publi&#233; en anglais et en turc dans le livre/catalogue de l'exposition :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;The Four-Legged Municipality &#8211; Street Dogs of Istanbul&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Istanbul Research Institute&lt;br class='autobr' /&gt;
2016&lt;br class='autobr' /&gt;
Illustrations : Collection Pierre de Gigord&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Parmi les animaux qui peuplaient les rues d'Istanbul, les chiens, contrairement aux chats pourtant tout aussi nombreux, ont &#233;t&#233; abondamment photographi&#233;s par les voyageurs occidentaux, comme par les photographes locaux, soucieux d'accroitre leurs b&#233;n&#233;fices en r&#233;pondant aux attentes d'une client&#232;le &#233;trang&#232;re. Le ph&#233;nom&#232;ne s'est accru lors de l'apparition de la carte postale, qui suscita rapidement un v&#233;ritable engouement, avec des s&#233;ries num&#233;rot&#233;es r&#233;serv&#233;es aux chiens. En regardant celles-ci, ou encore en parcourant l'ouvrage en trois volumes de Mert Sandalc&#305; consacr&#233; aux cartes postales de Max Fruchtermann, on constate que par le biais de ces &#171; toutous &#187;, des voyageurs d&#233;clinaient leurs amiti&#233;s et leur &#171; bon souvenir &#187; sous des formes diverses et vari&#233;es. D'autres d&#233;claraient leur flamme avec une pr&#233;dilection pour le mot &#171; caresse &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mert Sandalc&#305;, The Postcards of Max Fruchtermann, Istanbul : Ko&#231;bank, 3 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les photographies de chiens paisiblement couch&#233;s suscitaient des commentaires sur les bienfaits du farniente, le fameux &lt;i&gt;kief&lt;/i&gt; oriental, parmi tant d'autres clich&#233;s. La palme de l'image la plus copi&#233;e, diff&#233;remment colori&#233;e et retouch&#233;e, a &#233;t&#233; remport&#233;e par le studio Abdullah Fr&#232;res. Il s'agit d'un chiffonnier entour&#233; d'un groupe de chiens, des concurrents aux yeux de certains, des compagnons d'infortune pour d'autres. Cette photographie a d'ailleurs eu droit &#224; la couverture d'un hebdomadaire fran&#231;ais, le 12 janvier 1902, accompagn&#233; d'un article o&#249; il est indiqu&#233; que le chiffonnier vit en bons termes avec les chiens, &#171; les seigneurs du pav&#233; &#187;, &#171; que le bonhomme est de la maison &#187;, glanant lui aussi de quoi survivre dans des &#171; cloaques &#187; et des quartiers o&#249; &#171; r&#232;gne une odeur &#224; faire fuir un chacal &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edmond Neukomm, &#171; Les capitales de l'Europe. Constantinople &#187;, Journal des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_347 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture-2.png' width='500' height='698' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Carte postale publicitaire pour les probl&#232;mes respiratoires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chiens nuisibles et Aristochiens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les raisons de ce &#171; succ&#232;s &#187;, le plus souvent exerc&#233; au d&#233;triment de l'animal, s'expliquent au regard des mesures prises dans les villes occidentales durant la seconde moiti&#233; du 19e si&#232;cle, &#224; savoir l'&#233;limination des chiens errants. Les seuls dor&#233;navant autoris&#233;s &#224; battre le pav&#233; &#233;taient des chiens d&#251;ment d&#233;clar&#233;s par leurs ma&#238;tres, ces derniers de surcro&#238;t oblig&#233;s, sous peine d'amende ou d'envoi de leurs chiens &#224; la fourri&#232;re, de veiller &#224; ne pas les laisser vagabonder. Pour reprendre la formule du pr&#233;fet de police de Paris, il s'agissait pour l'administration de tirer de leur d&#233;tresse ces &#171; parias &#187;, aussi laids que fam&#233;liques, &#171; en les plongeant dans l'infini &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Andrieux, Souvenirs d'un pr&#233;fet de police, Paris : Jules Rouff &amp; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est ainsi que les chiens errants disparurent de l'espace urbain europ&#233;en et que le &#171; spectacle &#187; des chiens d'Istanbul gagna en pittoresque : &#171; On n'imagine pas plus Constantinople sans chiens, d'apr&#232;s le Dr Camille Allard, que le d&#233;sert sans chameaux ou une rue de Paris sans portraits photographiques. &#187; Et d'ajouter : &#171; Mais on ne peut pas nier que le pittoresque turc fatigue promptement, comme tout ce qui est exag&#233;r&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Camille Allard, Souvenirs d'Orient. Les &#233;chelles du Levant, Paris : Adrien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les premiers guides touristiques, qui n'ont d'ailleurs pas manqu&#233; de les mentionner, classaient ces chiens tant&#244;t &#224; la rubrique &#171; nuisance &#187;, tant&#244;t &#224; celle &#171; curiosit&#233; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple Fr&#233;d&#233;ric Lacroix, auteur du premier guide fran&#231;ais, cite parmi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'aspect couleur locale &#233;tait d'autant plus prononc&#233; qu'en Europe, tandis que des chiens &#233;taient consid&#233;r&#233;s nuisibles, d'autres suscitaient des passions jusqu'alors in&#233;dites, comme le d&#233;montrent les premi&#232;res expositions canines. Ces &lt;i&gt;happy few&lt;/i&gt; &#233;taient bien entendu dot&#233;s d'un pedigree en bonne et due forme car on se souciait dor&#233;navant de la g&#233;n&#233;alogie de l'animal, de la puret&#233; de sa race, ceci dans le droit fil de consid&#233;rations sur les races humaines. Ces sp&#233;culations, en pleine colonisation, ont donn&#233; lieu &#224; l'exhibition de &#171; sp&#233;cimens &#187; de peuples &#171; exotiques &#187; dans des espaces d'ordinaire r&#233;serv&#233;s aux animaux, les jardins d'acclimatation, faisant office de zoos humains.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Catherine Pinguet, &#171; Bat&#305;l&#305; Kilmli&#287;inin Olu&#351;turulmas&#305;nda &#214;teki'nin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans ce contexte, il n'est pas surprenant que des photographies dites &#171; types &#187;, cens&#233;es rendre compte de la diversit&#233; ethnique et religieuse ottomane, aient &#233;t&#233; particuli&#232;rement recherch&#233;es (parmi lesquelles Turcs, Circassiens, Kurdes, Albanais, Arm&#233;niens, hommes et femmes confondus, qui ont fourni mati&#232;re &#224; d'innombrables reconstitutions et mises en sc&#232;ne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souci de classifier en races, de remonter aux origines, s'est bien &#233;videmment &#233;tendu aux chiens d'Istanbul, malgr&#233; leur statut peu enviable de b&#226;tard, donnant lieu &#224; des th&#232;ses plus ou moins savantes, voire totalement farfelues : analogies avec les chiens d'Australie, croisement &#224; expliquer en &#171; remontant purement et simplement aux croisades &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dr. P. Remlinger, &#171; Les chiens de Constantinople. Leur vie, leur mort &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Car par-del&#224; les multiples photographies, ces chiens ont surtout fait couler beaucoup d'encre. Comme le rappelle Paul de R&#233;gla dans &lt;i&gt;Les Bas-fonds de Constantinople&lt;/i&gt;, ne d&#233;rogeant pas &#224; la r&#232;gle : &#171; Il n'est pas d'auteurs ayant &#233;crit sur Constantinople qui ne se soient cru dans la n&#233;cessit&#233; de consacrer quelques lignes &#224; ces braves b&#234;tes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul de R&#233;gla, Les Bas-fonds de Constantinople, Paris : Tresse &amp; Stock, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Certains s'efforcent de se d&#233;marquer, tel Gaston des Godins de Souhesmes qui a v&#233;cu &#224; Istanbul et &#233;crit un guide de la ville. Pas question pour lui d'&#234;tre associ&#233; aux &#171; touristes qui ont discouru injustement au sujet des chiens, faute d'avoir suffisamment voisin&#233; avec ses int&#233;ressants quadrup&#232;des &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaston des Godins de Souhesmes, &#171; Les chiens des rues &#187;, Turcs et Levantins, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le chapitre qu'il leur consacre n'a toutefois rien d'original, compos&#233; surtout d'emprunts &#224; Paul de R&#233;gla, pseudonyme du Dr Desjardins qui avait ouvert un centre d'hydroth&#233;rapie &#224; Kadik&#246;y, lequel cite son &#171; illustre confr&#232;re &#187;, le Dr Mavroy&#233;ni Pacha. La plupart des &#233;trangers de passage, dont Mark Twain, consid&#233;raient que ces chiens galeux et pleins de puces (&lt;i&gt;mangy and flee ridden street dogs&lt;/i&gt;) ne devaient leur survie, jug&#233;e le plus souvent d&#233;plorable, qu'en raison de la t&#226;che qui &#233;tait la leur (&lt;i&gt;their official position&lt;/i&gt;), celle d'&#233;boueurs et de charognards (&lt;i&gt;scavengers of the city&lt;/i&gt;). Twain semble toutefois sinc&#232;re quand il &#233;voque la souffrance de certains chiens, y compris dans son journal, souffrance bien r&#233;elle dans bien des cas, qu'&#233;vitaient soigneusement d'immortaliser les photographes : &#171; De ma vie, je n'ai jamais vu des roquets aussi mis&#233;rables, affam&#233;s, tristes, avec un air aussi d&#233;sesp&#233;r&#233;. &#187; (&lt;i&gt;I never saw such utterly wretched, starving, sad-visaged, broken-hearted looking curs in my life&lt;/i&gt;).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mark Twain, The Innocents Abroad or The New Pilgrims' Progress, San (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_348 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture2-3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture2-3.png' width='455' height='999' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anonyme, chiens des rues, plaque de verre st&#233;r&#233;oscopique, d&#233;but 20e si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;alit&#233;, trop souvent occult&#233;e, vient mettre &#224; mal une vision idyllique de la capitale ottomane, autrement dit le parti-pris d'un regard nostalgique sur le pass&#233; largement mythifi&#233;, avec les simplifications et les d&#233;formations que cela suppose. Or, la cohabitation entre les citadins et certains animaux, en l'occurrence le chien, qui passe pour le meilleur ami de l'homme, est tout sauf simple. La question s'av&#232;re m&#234;me &#224; tel point complexe, n'en d&#233;plaise aux tenants d'un anthropocentrisme forcen&#233;, qu'elle permet de multiples approches. Celles qui pr&#233;valent encore largement, tributaires de formations en sciences humaines, s'int&#233;ressent moins &#224; l'animal en tant que tel qu'aux repr&#233;sentations, aux discours et aux pratiques des hommes vis-&#224;-vis de ce dernier. Il est incontestable que l'homme a un pouvoir de d&#233;cision qui n'est pas r&#233;ciproque, que le sort de l'animal d&#233;pend de l'homme, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; dans le contexte d'animaux urbains. Cet aspect ne peut &#234;tre pass&#233; sous silence, mais il convient aussi de se pencher sur ces chiens des rues en question, comme sujets &#224; part enti&#232;re, qui n'entrent dans aucune cat&#233;gorie classique, rendant caduque la dichotomie qui oppose d'ordinaire l'animal sauvage &#224; celui domestique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce faire, il convient de se pencher sur les &#233;crits de ceux qui ont observ&#233; les chiens des rues ou qui ont consign&#233; des remarques offrant mati&#232;re &#224; r&#233;flexion, et il se trouve qu'il s'agit de deux m&#233;decins : Spyridon Mavroy&#233;ni (1817-1902) et Paul Remlinger (1871-1964). Le premier a occup&#233; pendant un quart de si&#232;cle un des postes les plus &#233;lev&#233;s dans la hi&#233;rarchie m&#233;dicale ottomane. M&#233;decin priv&#233; du sultan Abd&#252;lhamid II, conseiller de celui-ci pour les questions sanitaires, notamment en cas d'&#233;pid&#233;mies et de maladies contagieuses, ce fut probablement Mavroy&#233;ni qui sugg&#233;ra d'envoyer &#224; Paris le Dr Zoeros (1842-1917) afin de s'informer des travaux de Pasteur. C'est &#224; l'issu de ce s&#233;jour que fut fond&#233; l'institut antirabique (&lt;i&gt;Kuduz Enstit&#252;s&#252;&lt;/i&gt;), ainsi que l'Institut imp&#233;rial de bact&#233;riologie (&lt;i&gt;Bakteriylojihane-i &#350;ahane&lt;/i&gt;), dont Paul Remlinger allait prendre la direction de 1900 &#224; 1910.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Remlinger, D&#233;buts et tribulations de l'Institut Antirabique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_349 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture3-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture3-2.png' width='500' height='787' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'institut antirabique, carte postale, 2 novembre 1911&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Consid&#233;rations d'un cynophile enrag&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mavroy&#233;ni est l'auteur de &lt;i&gt;Chiens et chats de bonne maison&lt;/i&gt;, en l'occurrence la sienne, texte d'abord publi&#233; dans la &lt;i&gt;Gazette des h&#244;pitaux&lt;/i&gt;, en 1893. Poss&#233;der un chien, ayant acc&#232;s &#224; l'habitation, &#233;tait alors extr&#234;mement rare &#224; Istanbul, si ce n'est dans les couches sup&#233;rieures de la soci&#233;t&#233; o&#249; certains s'inspiraient du mod&#232;le occidental en adoptant des chiens de race. Mavroy&#233;ni avait quant &#224; lui jet&#233; son d&#233;volu sur les bouledogues, et plus encore les carlins (&lt;i&gt;mops&lt;/i&gt;). Puis, en 1902, para&#238;t en France, &#224; titre posthume, un opuscule o&#249; sont r&#233;&#233;dit&#233;s &lt;i&gt;Chiens et chats de bonne maison&lt;/i&gt;, mais qui d&#233;bute par &lt;i&gt;Les Chiens errants de Constantinople&lt;/i&gt;, avec pour sous-titre prometteur, &#171; &#201;tude des m&#339;urs canines &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spyridon Mavroy&#233;ni, Les Chiens errants de Constantinople, Paris : Jean (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les emprunts de Paul de R&#233;gla, que l'on retrouve dans la presse francophone de l'&#233;poque, attestent la circulation de cette brochure &#224; la fin des ann&#233;es 1880, Mavroy&#233;ni l'offrant volontiers &#224; certains de ses coll&#232;gues et amis. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'extrait le plus souvent cit&#233; est celui d'un chien estropi&#233;, qu'un m&#233;decin cynophile aurait soign&#233;, et chez qui l'animal, un an plus tard, aurait conduit un de ses cong&#233;n&#232;res pareillement bless&#233;. L'anecdote est plausible, le chien pouvant tr&#232;s bien associer sa souffrance, sa gu&#233;rison, &#224; la personne et au lieu ad&#233;quat. En d'autres termes, le chien a fait preuve d'intelligence, il est sensible &#224; la douleur (ce que de bon cart&#233;siens niaient en bloc, notamment lors d'exp&#233;rimentations), il est capable d'empathie et est dot&#233; d'un sens de l'entraide. Ce r&#233;cit nous apprend &#233;galement qu'il s'agissait non pas d'un v&#233;t&#233;rinaire, mais d'un docteur, qui pour soigner une fracture du tibia a utilis&#233; le m&#234;me traitement que pour des &#234;tres humains, un bandage dextrin&#233;. Le d&#233;tail a son importance &#233;tant donn&#233; qu'&#224; Istanbul, comme dans les grandes villes d'Europe, les &#233;coles v&#233;t&#233;rinaires n'avaient pas pour vocation de soigner les chiens, ni les chats d'ailleurs, mais les animaux de rente et plus encore les chevaux, surtout ceux utilis&#233;s par l'arm&#233;e.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'int&#233;r&#234;t pour les pathologies canines et les moyens d'y rem&#233;dier n'ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_350 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture4-2.png' width='500' height='665' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Journaliste ottoman &#224; sa table de travail, ca. 1900&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude des m&#339;urs canines du Dr Mavroy&#233;ni, &#171; cynophile enrag&#233; &#187; auto-proclam&#233;, n'est pas sans poser de s&#233;rieux probl&#232;mes, surtout quand &#233;voquant une tentative d'exp&#233;dier les chiens sur une &#238;le d&#233;serte, sous le r&#232;gne de Mahmud II (1808-1839), il ne s'autorise pas la moindre critique. De m&#234;me, lors d'une seule allusion aux mauvais traitements r&#233;serv&#233;s aux chiens dans les quartiers chr&#233;tiens, surtout P&#233;ra, il se garde bien de dire que les chiens y &#233;taient r&#233;guli&#232;rement empoisonn&#233;s. En fait, Mavroy&#233;ni id&#233;alise l'existence de ces chiens qu'il humanise constamment, parti-pris d'autant plus surprenant qu'il avait pr&#233;sent&#233; au sultan Abd&#252;lhamid un rapport sur l'hygi&#232;ne publique, &#171; remarquable &#187; aux dires de Ch. Delmas, qui en r&#233;digea un &#224; son tour, &#171; dans lequel S. Mavroy&#233;ni avait fait ressortir le danger que repr&#233;sentent les quartiers insalubres pour la sant&#233; publique &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ch. Delmas, L'hygi&#232;ne publique &#224; Constantinople. Assainissement des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On comprend d&#232;s lors que son &#233;loge unanime des chiens, pour le moins contraire &#224; ce que professait le corps m&#233;dical, n'ait pas paru dans les revues scientifiques o&#249; Mavroy&#233;ni avait pour habitude de publier ses travaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Son opuscule, malgr&#233; les r&#233;serves qui pr&#233;c&#232;dent, n'est pas d&#233;pourvu d'int&#233;r&#234;t, surtout quand la cohabitation chiens/citadins n'est plus envisag&#233;e d'un point de vue strictement utilitaire, c'est-&#224;-dire en fonction des seuls besoins humains que les animaux sont cens&#233;s satisfaire. Leur mode d'alimentation et leurs conditions de survie d&#233;pendaient effectivement de la distribution de nourriture et d'une quantit&#233; suffisante de d&#233;chets, d'autant plus vrai que le chien des rues d'Istanbul, contrairement au chat, ne chassaient pas, pas plus qu'il n'&#233;tait enclin &#224; voler la nourriture. Mais Mavroy&#233;ni, pour qui la relation homme/animal repose &#233;galement sur la compl&#233;mentarit&#233;, les &#233;changes mutuels et une forme d'attachement, rappelle &#224; juste titre que les chiens d'Istanbul, &#224; l'instar de ceux d'Europe, auraient pu &#234;tre utilis&#233;s &#224; bien d'autres t&#226;ches, comme chiens de trait notamment, &#171; mais les hommes d'ici ne leur ont pas impos&#233; les diff&#233;rents services dont ils sont capables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un touriste anglais, T. Wild, qui au d&#233;but du 20e si&#232;cle s'est rendu &#224; Constantinople &#224; bord de l'Orient-Express, d&#233;bute son &#171; &lt;i&gt;Photograms of an Eastern Trip&lt;/i&gt; &#187; par trois vues de Bruxelles donnant &#224; voir des chiens musel&#233;s tirant d'imposantes charrettes &#8211; pratique bannie &#224; Londres, mais courante ailleurs, y compris en temps de guerre. Gaston des Godins de Souhesmes, citant le Dr Mavroy&#233;ni selon lequel les chiens des rues sont intelligents, dociles, industrieux, sociables, perfectibles, capables de rendre de nombreux services, s'&#233;tonne que &#171; l'arm&#233;e turque n'ait pas eu l'id&#233;e de les utiliser en les dressant &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaston des Godins de Souhesmes, Turcs et Levantins, p. 346.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_351 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture5-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture5-2.png' width='500' height='1446' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T. Wild, Grande Rue de P&#233;ra, 1900-1910. L'h&#244;pital fran&#231;ais (&#224; droite), l'actuel consulat de France&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une th&#232;se de doctorat, &lt;i&gt;Le chien de Constantinople. Son utilisation comme chien de guerre et sanitaire dans l'arm&#233;e turque&lt;/i&gt;, soutenue &#224; Paris, en 1932, par le capitaine Hikmet Chakir, le laisserait entendre. Le titre s'av&#232;re toutefois largement mensonger et les explications contradictoires. Au chapitre, &#171; Le chien dans l'arm&#233;e turque &#187;, il est &#233;crit que durant la Premi&#232;re Guerre mondiale, &#224; la fronti&#232;re russe principalement (jury de th&#232;se oblige), le chien aurait servi &#224; la fois &#224; rechercher les bless&#233;s et &#224; d&#233;masquer les espions. Tout aussi incoh&#233;rente, l'all&#233;gation selon laquelle, durant la guerre turco-grecque de 1919, les chiens de Constantinople auraient suivi silencieusement l'ennemi pour mieux l'attaquer, sans le moindre grognement. Plus s&#233;rieusement, dix ans plus tard, nomm&#233; v&#233;t&#233;rinaire du 5e corps d'arm&#233;e &#224; Konya, Hikmet Chakir &#233;crit avoir cr&#233;&#233; un petit chenil au dressage et r&#233;dig&#233; l'ann&#233;e suivante un modeste ouvrage, &#171; unique dans l'arm&#233;e turque &#187;, &lt;i&gt;Harp ve Sihhye K&#246;pekleri&lt;/i&gt;. Du chien de Constantinople en tant que tel, il est tr&#232;s peu question, si ce n'est au sujet de son origine suppos&#233;e (d'Asie centrale affirme le capitaine Chakir) et concernant sa proposition de cr&#233;er en Turquie une soci&#233;t&#233; de zootechnie afin d'am&#233;liorer la race, d'en faire un chien de guerre performant, &#224; partir de croisement avec des bergers allemands. Sa conclusion se passe de commentaire : &#171; Aujourd'hui, dans l'arm&#233;e turque, l'organisation du chien de guerre n'existe que th&#233;oriquement. Je peux m&#234;me affirmer que les essais de dressage tent&#233;s par quelques officiers cynophiles ne sont que des travaux rudimentaires, qui ne re&#231;oivent aucun encouragement. L'ignorance, de la part des d&#233;tracteurs, est assez grave &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#232;se de doctorat &#224; l'Ecole v&#233;t&#233;rinaire d'Alfort soutenue &#224; Paris en 1932 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Hygi&#232;ne et salubrit&#233; publique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'autre m&#233;decin, dont on pourrait s'&#233;tonner qu'il se soit int&#233;ress&#233; aux chiens des rues en dehors de ses travaux sur la rage, est le docteur Paul Remlinger. En 1910, il publie dans la revue &lt;i&gt;L'hygi&#232;ne g&#233;n&#233;rale et appliqu&#233;e&lt;/i&gt; un article intitul&#233; &#171; La D&#233;canisation de Constantinople &#187; &#8211; mot forg&#233; &#224; partir de d&#233;ratisation auquel il octroie une majuscule. En guise d'introduction, le Dr Remlinger, comme le Dr Mavroy&#233;ni deux d&#233;cennies plus t&#244;t, minimise le danger de la rage. Ces observations sont &#224; prendre au s&#233;rieux, le spectre de la rage ayant &#233;t&#233; brandi en Europe pour pr&#233;cipiter l'extermination de chiens errants ou jug&#233;s ind&#233;sirables. Un adage fran&#231;ais exprime d'ailleurs ce raccourci aussi pratique qu'efficace : &#171; Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage &#187;. Pour expliquer &#171; le curieux paradoxe &#187; que constitue la raret&#233; de cette maladie dans la capitale ottomane, Remlinger, excluant toute forme d'immunit&#233;, avance l'argument de m&#339;urs particuli&#232;res, c'est-&#224;-dire d'une stricte r&#233;partition en groupes distincts et d'un &#171; instinct subtil &#187; portant ces chiens &#224; fuir l'animal atteint de la maladie, formant autour de lui &#171; un v&#233;ritable cordon sanitaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_352 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture6-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture6-2.png' width='470' height='1347' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voyageurs europ&#233;ens au port de Karak&#246;y et chiens dans une rue de Galata&lt;br class='autobr' /&gt; Photographies prises lors d'une croisi&#232;re en M&#233;diterran&#233;e, f&#233;vrier-avril 1910&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue hygi&#233;nique, Remlinger attribue aux chiens qui &#171; infestent &#187; les rues trois m&#233;faits : les kystes hydatique (maladie parasitaire due aux &#339;ufs de t&#233;nia), la tuberculose (des phtisiques jetant &#224; la voirie des restes que les chiens engloutissent) et la gale (infection cutan&#233;e mal d&#233;termin&#233;e). Outre ces maladies transmissibles &#224; l'homme, il reproche aux chiens d'&#234;tre un obstacle permanent &#224; la propret&#233; de la ville, de souiller la chauss&#233;e de restes d'ordures m&#233;nag&#232;res et d'excr&#233;ments charg&#233;s de parasites divers. Pour faire &#171; &#339;uvre de salubrit&#233; publique &#187;, Remlinger rejette des proc&#233;d&#233;s d&#233;j&#224; employ&#233;s ou planifi&#233;s tels que l'empoisonnement &#224; la strychnine, la d&#233;portation au large de la ville, la destruction des port&#233;es ou encore la castration des m&#226;les. Compte tenu de &#171; l'extr&#234;me indigence des finances municipales &#187;, il d&#233;fend un projet rentable, le plus discret possible compte tenu de l'attitude hostile d'une partie de la population, surtout des &#171; classes pauvres que des croyances conduisent &#224; prot&#233;ger l'animal faible et sans d&#233;fense &#187;. Aussi en vient-il &#224; proposer de donner, apr&#232;s adjudication, la &#171; d&#233;canisation &#187; &#224; un concessionnaire qui proc&#233;derait de la mani&#232;re suivante : les chiens, captur&#233;s &#224; la nuit tomb&#233;e, seraient exp&#233;di&#233;s dans des clos d'&#233;quarrissage r&#233;partis en une dizaine de points, &#224; la p&#233;riph&#233;rie de la ville, chacun comprenant une chambre reli&#233;e &#224; la canalisation du gaz de ville et des ateliers de d&#233;p&#232;cement. Avec une moyenne de cent chiens &#233;radiqu&#233;s par jour, en l'espace de deux mois, la d&#233;canisation serait achev&#233; et celle-ci rapporterait &#224; la municipalit&#233; un b&#233;n&#233;fice avoisinant les 250.000 francs. Son projet lui semble tellement performant, que Remlinger conclut son article en proposant de &#171; l'&#233;tendre aux autres villes de l'Empire ottoman qui, toutes, poss&#232;dent leur contingent de chiens errants &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Relminger, &#171; La D&#233;canisation &#224; Constantinople &#187;, L'Hygi&#232;ne g&#233;n&#233;rale et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chambres &#224; gaz et recyclage des cadavres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que Paul Remlinger, plus de deux d&#233;cennies plus tard, ait d&#233;fendu son projet, le jugeant &#171; moins barbare &#187; que l'extermination au large d'Istanbul, laisse pour le moins perplexe. Mais voil&#224;, ce dernier n'avait rien invent&#233;. Comme le souligne Scott Christianson dans son ouvrage sur les chambres &#224; gaz dans les prisons am&#233;ricaines, il semble difficile de concevoir, apr&#232;s les camps d'extermination nazis, que ce proc&#233;d&#233; ait d&#233;but&#233; sous forme de &#171; &lt;i&gt;grand but practical utopian idea&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Scott Christianson, The Last Gasp. The Rise and Fall of the American Gas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les bienfaits du gaz con&#231;us comme symbole de modernit&#233;, ses vertus d&#233;sinfectantes vant&#233;es par les services d'hygi&#232;ne. En France, d'o&#249; &#233;tait originaire le Dr Remlinger, un premier prototype de chambre d'asphyxie est pr&#233;sent&#233; &#224; l'Exposition Universelle de 1878, &#224; la demande de la Soci&#233;t&#233; Protectrice des Animaux. Son objectif : mettre fin &#224; l'abattage de chiens errants par des m&#233;thodes aussi &#171; barbares &#187; que la noyade et la pendaison, de cesser de recourir aux coups de massue et &#224; l'assommement &#224; la machette, fendant la bo&#238;te cr&#226;nienne, &#171; provoquant une mort brusque et sans douleur, mais un peu sanglante &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Martel, L'industrie de l'&#233;quarrissage, Paris : Denot, 1912, p. 25.&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Louis Andrieux, pr&#233;fet de police &#224; Paris de 1879 &#224; 1881, pr&#233;c&#233;demment cit&#233;, se f&#233;licite dans ses m&#233;moires d'un proc&#233;d&#233; mis au point par un m&#233;decin, membre du conseil d'hygi&#232;ne, afin &#171; d'&#233;liminer les &#234;tres nuisibles dont la soci&#233;t&#233; est forc&#233;e de requ&#233;rir le tr&#233;pas &#187;. Le proc&#233;d&#233; en question est une caisse &#224; barreaux, mont&#233;e sur roue et roulant sur rails, o&#249; les chiens, enferm&#233;s par trente ou quarante &#224; la fois, sont conduits dans une chambre herm&#233;tiquement ferm&#233;e, remplie de gaz, provoquant une agonie estim&#233;e &#224; 10 ou 15 minutes. Louis Andrieux est tellement convaincu de l'efficacit&#233; du proc&#233;d&#233; dans &#171; la douceur du tr&#233;pas &#187; qu'il propose d'en faire &#171; profiter les bip&#232;des &#187; dont &#171; la destruction est n&#233;cessaire &#187;. Au nom de la compassion, d'un souci d'adoucir les derniers instants, &#171; pourquoi ne pas remplacer la guillotine par l'anesth&#233;sie ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Andrieux, Souvenirs d'un pr&#233;fet de police, p. 309-310. Louis Andrieux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que l'administration p&#233;nitentiaire am&#233;ricaine mettra en &#339;uvre, d&#232;s 1924, et ce jusqu'en 1999, en brandissant des arguments similaires : euthanasie indolore (&lt;i&gt;painless euthanasia&lt;/i&gt;), mieux et plus performant que les horribles pendaisons et la chaise &#233;lectrique (&lt;i&gt;better than the gruesome hanging and the electric chair&lt;/i&gt;). L&#224; encore, les chiens et les chats errants ont pr&#233;c&#233;d&#233; les &#234;tres humains, l'&lt;i&gt;Animal Rescue League de Boston&lt;/i&gt; ayant innov&#233;, en 1912, en introduisant les cages &#224; &#233;lectrocution : &#171; &lt;i&gt;absolutely nothing repulsive about it, unaccompagnied by any fear and pain&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;animals perfectly confortable&lt;/i&gt; &#187; ! Pour preuve, c'est bien connu, le recours au sacro-saint rapport d'experts : &#171; &lt;i&gt;the apparatus tested by many scientific and professional men has received their unquailed approval&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1912, 23 000 chats et 5 454 chiens y sont tu&#233;s dans des cages &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; En Angleterre, les exterminations de chiens errants au gaz ont d&#233;but&#233; en 1884, &#224; l'association &lt;i&gt;Dogs' Home&lt;/i&gt;, pour laquelle Benjamin Ward Richardson (1828-1896), pionnier de l'anesth&#233;siologie, mit au point une chambre &#224; gaz (&lt;i&gt;lethal chamber&lt;/i&gt;) afin d'&#233;liminer &#171; humainement &#187; (&lt;i&gt;humanly&lt;/i&gt;) et sans &#171; douleur &#187; (&lt;i&gt;painless&lt;/i&gt;) des animaux &#171; inf&#233;rieurs &#187; (&lt;i&gt;lower animals&lt;/i&gt;). Pr&#233;cisons que cet &#233;minent m&#233;decin britannique, qui occupa la premi&#232;re chaire d'hygi&#232;ne publique, se r&#233;clamait d'Edwin Chadwick (1800-1890), dont il avait suivi les travaux sur la situation sanitaire de la population ouvri&#232;re, et que Chadwick se r&#233;clamait quant &#224; lui du philosophe et r&#233;formateur Jeremy Bentham (1748-1832), l'auteur de cette phrase c&#233;l&#232;bre sur les animaux : &#171; La question n'est pas peuvent-il penser et peuvent-ils parler ? Mais peuvent-ils souffrir ? &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jeremy Bentham, An Introduction to the Principle of Morals and Legislation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette filiation peut expliquer l'int&#233;r&#234;t de Ward Richardson pour la mise &#224; mort d'animaux errants, ainsi que pour celle d'animaux dans les abattoirs. Toujours est-il que m&#234;me pav&#233;e des meilleures intentions, son invention a encourag&#233; une mise &#224; mort industrielle, ce dont il ne s'est d'ailleurs pas cach&#233;, fournissant le chiffre de 200 &#224; 250 chiens errants ou abandonn&#233;s tu&#233;s par semaine, et expliquant lors d'une conf&#233;rence s'efforcer de mettre au point des &#171; &lt;i&gt;substances cheapest, more adaptable, more certain in action to carry out lethal death on the large scale&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In 1884, Benjamin Ward Richardson delivered a lecture to London's Society of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_353 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture7-2.png' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dogs' Home &#224; Battersea, Ilustrated London News, 2 janvier 1886&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition du Dr Remlinger de tirer b&#233;n&#233;fice des cadavres n'avait &#233;galement rien d'in&#233;dite. Le &lt;i&gt;Dogs' Home&lt;/i&gt; de Battersea &#233;tait dot&#233; d'un four cr&#233;matoire, mais les fourri&#232;res fran&#231;aises se montr&#232;rent plus pragmatiques en recourant &#224; l'&#233;quarrissage, surtout apr&#232;s 1880-1890, quand l'hippophagie, tabou dans les pays anglo-saxons, s'est d&#233;velopp&#233;e et que les chiens ont fait office de &#171; nouveaux clients &#187;. Il fallait aussi &#171; rentabiliser l'industrialisation des proc&#233;d&#233;s, avec la mise au point d'appareils st&#233;rilisateurs et dessiccateurs, d'autoclaves cuisant puis dess&#233;chant les cadavres afin de fabriquer des engrais, ou bien des viandes dess&#233;ch&#233;es &#224; destination de porcs, volailles, chiens, bien avant nos farines animales &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eric Baratay, &#8220;Chacun jette son chien. De la fin de vie au 19e si&#232;cle &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En 1911, peut-on lire dans un ouvrage tr&#232;s d&#233;taill&#233; sur l'abattage des chiens dans diverses villes d'Europe, le prix d'achat d'un cadavre &#224; la fourri&#232;re &#233;tait de 0,50 &#224; 1 franc pi&#232;ce, soit beaucoup moins que la valeur marchande estim&#233;e par le Dr Remlinger, 3 ou 4 francs.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Martel, L'industrie de l'&#233;quarrissage, p. 59.&#034; id=&#034;nh3-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il faut dire que ce dernier entendait tirer profit de sa peau, ses poils, ses os, sa graisse, mais &#233;galement de ses mati&#232;res albumino&#239;des et de ses intestins !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand les chiens d&#233;fraient la chronique, 1909-1910&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps avant l'extermination des chiens d'Istanbul sur l'&#238;lot d'Oxia (Sivriada), des bruits ont circul&#233; dans la presse sur les profits que pouvaient engendrer l'op&#233;ration. Une chanson a m&#234;me &#233;t&#233; compos&#233;e, jouant sur le rapprochement entre &#171; chien &#187; et &#171; autrichien &#187;, publi&#233;e dans le journal satirique &lt;i&gt;Kalem&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Para&#238;t qu'pour boucler son budget&lt;br class='autobr' /&gt;
La municipalit&#233; a fait l'projet&lt;br class='autobr' /&gt;
De ramasser tous les cabots&lt;br class='autobr' /&gt;
Et de les vendre pour &#8230; leur peau&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;&#8230;..&lt;br class='autobr' /&gt;
On nous apprend que l'acheteur&lt;br class='autobr' /&gt;
Arrive d'Autriche, ce qui prouve sans erreur&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'on est tromp&#233; par les siens&lt;br class='autobr' /&gt;
Car l'acheteur est un Autr'chien !!!&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chanson Rosse (alayl&#305; &#351;ark&#305;s&#305;) d'Henri Yan, &#171; La question des chiens &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un missionnaire, P. Colomban, qui enseignait &#224; Istanbul, rapporte que &#171; d&#232;s 1909, plusieurs projets furent pr&#233;sent&#233;s, plus beaux les uns que les autres, des &#233;trangers proposant m&#234;me d'acheter les chiens pour les transformer en je ne sais quels produits chimiques &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Colomban, &#171; Les chiens de Constantinople &#187;, Missions des Augustins de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Lors de l'extermination au large d'Istanbul, un correspondant de l'agence Reuter, qui pr&#233;tend s'&#234;tre rendu sur place, n'h&#233;site pas &#224; affirmer dans un journal australien qu'un &#171; Fran&#231;ais y a install&#233; une usine pour extraire les os et les exporter avec les peaux en Europe &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Suffering dogs. The canine exiles from Constantinople &#187;, The Advisor, 3 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Un journaliste local confirme et pr&#233;cise que &#171; l'exploitation de ce modeste fran&#231;ais ne fut gu&#232;re rentable &#187;, en raison des frais de combustibles et du transport difficile par ces temps de chol&#233;ra.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;lio, &#171; Les chiens d'Oxia &#187;, The Levant Herald &amp; Eastern Express, 15 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Oxia/Sivriada n'est pas &#171; &lt;i&gt;a well-wooded little island, picturesquely situated&lt;/i&gt; &#187;, comme l'ont pr&#233;tendu des correspondants &#233;trangers, mais un simple rocher escarp&#233;, sans v&#233;g&#233;tation, qui a abrit&#233; un monast&#232;re &#8211; le byzantiniste Raymond Janin s'est d'ailleurs &#233;tonn&#233; qu'il y ait eu possibilit&#233; pour des hommes de vivre dans un lieu aussi hostile.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raymond Janin, &#171; Les &#238;les des Princes &#187;, &#201;cho d'Orient, octobre d&#233;cembre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle entreprise de recyclage a-t-elle exist&#233; ? C'est peu probable, compte tenu du lieu excentr&#233;, et plus encore de l'aval n&#233;cessaire des autorit&#233;s. L'exp&#233;rience de Remlinger le prouve, son projet d'&#233;radication rejet&#233; par le conseil d'hygi&#232;ne au pr&#233;texte qu'il aurait pu r&#233;clamer 10% des b&#233;n&#233;fices. En revanche, qu'un &#233;tranger ait eu l'id&#233;e de tirer profit de l'h&#233;catombe n'est pas exclu. En France, lors de l'instauration d'une taxe sur le chien, le nombre de cadavres avait &#233;t&#233; tel (les propri&#233;taires se d&#233;barrassant de leur animal pour ne pas payer l'imp&#244;t ou par crainte de port&#233;e) que les m&#233;gisseries s'&#233;taient reconverties en gants en peau de chien. Et d'apr&#232;s le Dr Remlinger, toujours attentif &#224; l'aspect &#233;conomique : &#171; Chaque ann&#233;e, Constantinople exporte dans la seule Am&#233;rique, pour les besoins de l'industrie ganti&#232;re, 12 000 sacs d'excr&#233;ments de 60 kilos chacun, les 100 kilos pay&#233;s 35 francs. Pr&#232;s d'un millier de personnes, ramasseurs et grossistes, vivent &#224; Constantinople de ce petit commerce. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dr P. Remlinger, &#171; La D&#233;canisation &#224; Constantinople &#187;, p. 155, et &#171; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Une destination aussi lointaine que l'Am&#233;rique laisse songeur et si la collecte de crottes de chien existait bel et bien en Europe, les excr&#233;ments vendus &#224; des tanneurs qui les utilisaient dans des bains afin d'assouplir et de blanchir les peaux, il est &#233;tonnant qu'une activit&#233; si pittoresque, et &#224; tel point r&#233;pandue aux dires de Remlinger, n'ait fait l'objet d'aucune photographie &#224; Istanbul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le qualificatif turc &#171; &lt;i&gt;ba&#351;&#305;bo&#351;&lt;/i&gt; &#187; (libre, ind&#233;pendant, n'en faisant qu'&#224; sa t&#234;te) appliqu&#233; aux chiens des rues comme aux d&#233;munis, a fortiori aux sans-abri, participe &#224; la folklorisation d'une existence con&#231;ue aux antipodes &#171; d'une vie de chien &#187;. Concernant les mendiants, Mavroy&#233;ni a pr&#233;tendu qu'&#224; l'instar des chiens, ils menaient une &#171; vie de boh&#232;me &#187;, vivaient de &#171; la charit&#233; publique qui pourvoyait largement &#224; leur besoin, sans les humilier &#187;. Pourtant, de nombreux chiens &#233;taient affam&#233;s, comme le prouvent &#171; les corps &#233;trangers, bouts de pierre, bois et brique &#187; que le Dr Remlinger &#233;crit avoir r&#233;guli&#232;rement trouv&#233; dans leur estomac lors d'autopsies. De plus, la mendicit&#233; et le vagabondage constituaient pour le sultan Abd&#252;lhamid une menace potentielle &#224; l'ordre public, ainsi qu'une atteinte &#224; l'image &#171; moderne &#187; de l'Empire qu'il s'effor&#231;ait de montrer au monde ext&#233;rieur. &#192; titre d'exemple, un article du journal &lt;i&gt;Sabah&lt;/i&gt;, d&#233;plorant des photographies de mendiants prises par des touristes sur le pont de Galata, a conduit le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur &#224; s'atteler au probl&#232;me.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Dilenci Kalkt&#305;&#8221;, Sabah, n&#176;10787, 19 d&#233;cembre 1907, article cit&#233; et comment&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_354 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture8-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture8-2.png' width='458' height='1086' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anonyme, Mendiants et chien sur le pont de Galata&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Le mus&#233;e des horreurs &#187;, d&#233;but 20e si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s leur arriv&#233;e au pouvoir, les Jeunes Turcs ont syst&#233;matis&#233; le contr&#244;le et la r&#233;pression de ces cat&#233;gories sociales en promulguant, d&#232;s le printemps 1909, apr&#232;s d'&#226;pres d&#233;bats au Parlement, une &#171; loi sur les vagabonds et les criminels potentiels &#187; (&lt;i&gt;Serseri ve mazanne-i s&#251;'olan e&#351;h&#226;s hakk&#305;nda kan&#251;n&lt;/i&gt;).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;No&#233;mi L&#233;vy-Aksu, Ordre et d&#233;sordre dans l'Istanbul ottomane, Paris : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette volont&#233; politique de surveiller et de r&#233;primer des individus &#171; &#224; risque &#187;, dont les activit&#233;s &#233;taient jug&#233;es suspectes et/ou obsol&#232;tes, allait bien entendu de pair avec des pr&#233;occupations d'ordre et d'hygi&#232;ne. Il s'agissait d'assainir les rues de la ville, d'instaurer la s&#233;curit&#233; et de veiller au respect des bonnes m&#339;urs en renfor&#231;ant la lutte contre les &#171; d&#233;viants &#187; et &#171; les mauvais pauvres &#187; (vagabonds, &#171; paresseux imp&#233;nitents &#187;, qui aggravaient leur cas en mendiant). Il suffit de lire la presse de l'&#233;poque pour constater combien des individus, souvent regroup&#233;s en corporation, ne cessaient d'&#234;tre stigmatis&#233;s : portefaix (&lt;i&gt;hamal&lt;/i&gt;), pompiers volontaires (&lt;i&gt;tulumbac&#305;&lt;/i&gt;), veilleurs de nuit (&lt;i&gt;bek&#231;i&lt;/i&gt;) qualifi&#233;s de &#171; tapageurs &#187;, associ&#233;s aux chiens, les uns comme les autres coupables de d&#233;sordres urbains auxquels l'Etat et la municipalit&#233; &#233;taient appel&#233;s &#224; rem&#233;dier.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les bek&#231;i tapageurs &#187;, Stamboul, 7 septembre 1908. Repr&#233;sentatif de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ces hommes, ainsi que les gardiens (&lt;i&gt;kap&#305;c&#305;&lt;/i&gt;) qui en fin de journ&#233;e ramassaient les ordures m&#233;nag&#232;res dans des bo&#238;tes en fer-blanc (&lt;i&gt;teneke&lt;/i&gt;) dont le contenu &#233;tait d&#233;vers&#233; sur le pav&#233;, ou encore les bouchers, dont les &#233;tals se dressaient sur des march&#233;s, &#233;taient ceux qui c&#244;toyaient le plus les chiens et connaissaient le mieux leur mode de vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_355 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture9-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture9-2.png' width='497' height='966' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Boucher en plein air, fin 19e si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'avait signal&#233; &#224; demi-mots Mavroy&#233;ni, les chiens &#233;taient persona non grata &#224; P&#233;ra, quartier qui se voulait mod&#232;le en mati&#232;re d'urbanisme et d'hygi&#232;ne, mais o&#249; les d&#233;chets &#233;taient cependant plus nombreux qu'ailleurs en raison d'immeubles &#224; &#233;tages. Un article publi&#233; dans &lt;i&gt;The Levant Herald &amp; Eastern Express&lt;/i&gt;, sign&#233; par un certain Jon Pip&#233;ra, est repr&#233;sentatif de l'opinion qui pr&#233;valait dans le centre-ville europ&#233;en. Le pr&#233;texte &#224; ce billet d'humeur aurait &#233;t&#233; la rencontre avec un chien horriblement galeux, devant Galatasaray. En abr&#233;geant les souffrances de &#171; cette pourriture ambulante &#187;, avance le journaliste, ne ferait-on pas une &#171; &#339;uvre m&#233;ritoire &#187;, et plus encore une &#171; &#339;uvre d'assainissement &#187; ? Puisqu'il est d&#233;fendu d'y toucher, poursuit-il, pourquoi ne pas cr&#233;er une administration charg&#233;e de prendre soin d'eux, &#171; ils en ont bigrement besoin &#187;, et pourquoi pas un h&#244;pital pour chiens ?! Mais tr&#234;ve de plaisanterie, cette &#171; Causerie canine &#187; vise &#224; alerter l'Etat et la municipalit&#233; sur l'urgence, au nom de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et de la sant&#233; publique, de faire dispara&#238;tre &#171; ces bandes de chiens efflanqu&#233;s, pel&#233;s et rabougris &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jon Pip&#233;ra, &#171; Causerie canine &#187;, The Levant Herald &amp; Eastern Express, 16 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les mois qui suivront, ce v&#339;u sera exauc&#233;, et le sombre &#233;pisode de &#171; l'exil &#187; des chiens (pour reprendre un euph&#233;misme largement r&#233;pandu) ne manquera pas d'&#234;tre &#171; immortalis&#233; &#187;. Contrairement &#224; l'all&#233;gation du Dr Remlinger d'apr&#232;s lequel &#171; personne n'osa fixer ces sc&#232;nes d'horreur par la photographie &#187;, les images furent nombreuses, diffus&#233;es par le biais de cartes postales comme dans la presse. La photographie la plus souvent reproduite est celle sign&#233;e Jean Weinberg, qui para&#238;t dans le journal &lt;i&gt;L'Illustration&lt;/i&gt; le 16 juillet 1910, similaire aux photographies publi&#233;es un mois plus t&#244;t dans la revue &lt;i&gt;Servet-i F&#252;nun&lt;/i&gt; (Le Tr&#233;sor des arts) et le 23 juillet dans &lt;i&gt;The Illustrated London News&lt;/i&gt; en illustration d'un article intitul&#233;, &#8220;&lt;i&gt;A veritable isle of dogs : a canine devil's island&lt;/i&gt;&#8221;. Tous ces clich&#233;s ont &#233;t&#233; pris au tout d&#233;but de la d&#233;portation, les trois articles mentionnant deux hommes (visibles sur certaines images) charg&#233;s de puiser de l'eau dans un puits et de distribuer &#171; une maigre pitance vers laquelle les chiens se ruent avec avidit&#233;, au point que les gardiens doivent les &#233;carter &#224; coups de b&#226;tons &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les chiens de Constantinople condamn&#233;s &#224; la rel&#233;gation par les Jeunes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Nous ne savons pas qui avait &#233;t&#233; recrut&#233; pour une t&#226;che aussi p&#233;rilleuse, mais vraisemblablement s'agissait-il de la m&#234;me cat&#233;gorie d'hommes &#224; laquelle avait &#233;t&#233; confi&#233;e la sale besogne de capturer les chiens : individus &#171; appartenant &#224; la lie de la population &#187; selon le Dr Remlinger, &#171; vagabonds, boh&#233;miens et bandits &#187; aux dires de Pierre Loti, &#171; brutes sordides, terribles Kurdes &#224; t&#234;te d'&#233;gorgeurs &#187; d'apr&#232;s le caricaturiste Sem.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Loti, Supr&#234;mes visions d'Orient, Paris : Calmann L&#233;vy, 1921, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_356 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture10-2.png' width='444' height='696' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Carte postale, &#171; L'exil des chiens de Constantinople &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse &#233;trang&#232;re r&#233;v&#232;le, sans grande surprise, que ce n'est pas tant l'&#233;radication des chiens qui posait probl&#232;me que le proc&#233;d&#233; choisi par les autorit&#233;s jeunes-turques, lesquelles ne l'avaient toutefois pas invent&#233;, mais qui pass&#232;rent &#224; l'acte. De la part d'adeptes du positivisme, dont le pouvoir n'&#233;tait plus d'essence religieuse, il ne fallait gu&#232;re s'attendre &#224; des &#233;tats d'&#226;me concernant la souffrance inflig&#233;e &#224; l'animal, ni &#224; pr&#234;ter une oreille attentive aux musulmans brandissant le spectre d'un ch&#226;timent divin.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet le pamphlet d'Abdullah Cedvet, Istanbul'da K&#246;pekler, Egypt : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pour faire place nette, les autorit&#233;s all&#232;rent au plus simple et au plus press&#233;, laissant un temps entendre que les chiens &#233;taient nourris au frais de l'Etat. Des Europ&#233;ens se sont charg&#233;s de d&#233;mentir cette version, le plus connu d'entre eux &#233;tant le caricaturiste Sem, de son vrai nom Georges Goursat, qui s'est rendu sur place le 12 juillet 1910 et dont l'article, &#171; Les chiens d'Oxia &#187;, parut le 15 octobre dans &lt;i&gt;The Levant Herald &amp; Eastern Express&lt;/i&gt;. Cet article sera r&#233;&#233;dit&#233; dans un recueil de textes, avec de l&#233;g&#232;res modifications et des dessins, Sem comparant &#171; l'&#238;le aux chiens &#187; &#224; &#171; une sorte de Stromboli vomissant des plaintes et des r&#226;les &#187;, vision cauchemardesque qui, une dizaine d'ann&#233;es plus tard, lui soulevait encore le c&#339;ur.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une citation compl&#232;te, Catherine Pinguet, Les chiens d'Istanbul, Bleu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_357 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture11-2.png' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sem, &#171; L'&#238;le aux chiens &#187;, La Ronde de nuit, 1923&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;The Illustrated London News&lt;/i&gt;, les r&#233;criminations ont d&#233;but&#233; avant la d&#233;portation, lors du parcage des chiens aux portes de la ville, comme l'atteste la l&#233;gende d'une photographie : &#171; &lt;i&gt;A canine enclosure on the Byzantine walls of Constantinople where 600 dogs&lt;/i&gt; (2 5000 chiens au total selon l'article) &lt;i&gt;are piled into a space of 40 feet square for 3 weeks, which led to scenes of incredible suffering among the animals&lt;/i&gt; &#187;. Le journaliste &#233;crit esp&#233;rer &#171; &lt;i&gt;that some more human method may be found than that which has been first adopted&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;The Scavanger-dogs of Constantinople and their cruel fate&#8221;, The Illustrated (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Plus explicite encore, un article intitul&#233; &#171; Les parias de Constantinople &#187;, avec pour sous-titre, &#171; Une nation sans piti&#233; &#187;, d&#233;non&#231;ant &#171; une ignoble boucherie, indigne d'un peuple civilis&#233; &#187;. Le journaliste reconna&#238;t qu'un &#171; sacrifice s'imposait, comme toute ville moderne, la capitale ottomane aspirait &#224; la propret&#233; et &#224; la nettet&#233; de ses rues &#187;. Mais, interroge-t-il, &#171; plut&#244;t que d'exposer ces chiens aux affres de la faim et aux atrocit&#233;s de la mis&#232;re sur un &#238;lot d&#233;sert, n'e&#251;t-il pas &#233;t&#233; pr&#233;f&#233;rable de les faire mourir sans souffrance ? La science moderne est riche en moyens rapides &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eug&#232;ne Beylier, &#171; Les parias de Constantinople &#187;, Le Journal des voyages, 13 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_358 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture12-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture12-2.png' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Grande Rue de Pera, carte postale avec message manuscrit&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; R&#233;cemment disparus &#187;, 6 ao&#251;t 1910&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un journaliste local n'entend pas s'embarrasser de ce type de consid&#233;ration. Il f&#233;licite chaleureusement la municipalit&#233;, &#171; press&#233;e par les plaintes des habitants, dont les journaux s'&#233;taient fait les interpr&#232;tes &#187;, d'avoir ordonn&#233; le transport des chiens &#224; Oxia, puis leur h&#233;catombe. Sa r&#233;pulsion pour ces cr&#233;atures est telle qu'il pousse la mauvaise foi jusqu'&#224; pr&#233;tendre que les chiens ont d&#233;daign&#233; le pain, pr&#233;f&#233;rant s'entred&#233;vorer ! &#171; Ces malheureux qui ont int&#233;ress&#233; le monde entier ont termin&#233; leur existence &#224; la mani&#232;re d'un drame &#187; poursuit-il, raillant &#171; les quelques sentimentalistes &#187; qui ont cont&#233; les souffrances des &#171; exil&#233;s &#187;, sous-entendu des individus que la sensiblerie conduit &#224; n&#233;gliger les lois &#233;l&#233;mentaires d'hygi&#232;ne publique et le bien-fond&#233; des tendances progressistes du nouveau r&#233;gime.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;lio, &#171; Les chiens d'Oxia &#187;, p. 367-68.&#034; id=&#034;nh3-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'exp&#233;rience de l'&#238;lot d&#233;sert ne fut toutefois pas renouvel&#233;e, malgr&#233; le manque d'effet escompt&#233;. Le Dr Cemil Pacha, &#233;lu maire d'Istanbul en 1912, mentionne dans ses m&#233;moires la pr&#233;sence d'environ 30 000 chiens lors de sa prise de fonction. Et il n'est pas peu fier d'assurer qu'ils ont &#233;t&#233; progressivement &#233;limin&#233;s, sans pr&#233;ciser le proc&#233;d&#233; adopt&#233;, et que dans la foul&#233;e, les mendiants ramass&#233;s ont &#233;t&#233; conduits &#224; &lt;i&gt;D&#226;r&#252;laceze&lt;/i&gt; (Maison des pauvres), fond&#233;e en 1896 pour lutter contre la mendicit&#233; dans la capitale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dr Cemil Topuzlu, 80 Y&#305;ll&#305;k H&#226;t&#305;ralar&#305;m, Istanbul : G&#252;ven, 1951, p. 121.&#034; id=&#034;nh3-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est &#233;galement en 1912 qu'est cr&#233;&#233;e la premi&#232;re Soci&#233;t&#233; Protectrices des Animaux (&lt;i&gt;Istanbul Him&#226;ye-i Hayv&#226;n&#226;t Cemiyeti&lt;/i&gt;), comptant parmi ses membres honorifiques Tevfik Bey, qui avait pr&#233;c&#233;d&#233; Cemil Pacha &#224; la t&#234;te de la municipalit&#233;, et qui s'&#233;tait f&#233;licit&#233; de l'extermination des chiens au large d'Istanbul. Son adh&#233;sion prouve qu'&#224; l'instar de la protection animale &#224; travers le monde, celle-ci n'est pas int&#233;grale, mais s&#233;lective (des souffrances animales suscitent des r&#233;actions, d'autres pas). En d'autres termes, tous les animaux ne sont pas log&#233;s &#224; la m&#234;me enseigne, y compris au sein d'une m&#234;me esp&#232;ce, et les chiens en sont la meilleure illustration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Flashback sur &#171; ces braves chiens &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vingt-deux ans apr&#232;s son article, &#171; La D&#233;canisation &#224; Constantinople &#187;, le Dr Remlinger, dor&#233;navant en poste &#224; l'Institut Pasteur de Tanger, revient tr&#232;s longuement sur le dossier &#171; chiens des rues &#187; dans la revue &lt;i&gt;Mercure de France&lt;/i&gt;. Il brosse dor&#233;navant de ces derniers un portrait tr&#232;s flatteur, vantant leur solidarit&#233;, leur intelligence, leur respect de la propri&#233;t&#233; humaine, un amour maternel &#224; toute &#233;preuve, les stratag&#232;mes d&#233;ploy&#233;s pour tisser des liens avec certaines personnes, y compris des marques de sympathie ne passant pas n&#233;cessairement par une r&#233;compense (nourriture, caresse). Remlinger reconna&#238;t bien avoir quelques centaines de cadavres sur la conscience, besoins de la recherche obligent, et pr&#233;cise avoir toujours pris soin de pr&#233;lever ses &#171; sujets d'exp&#233;rience &#187; loin de l'institut antirabique, afin d'&#233;viter tout litige avec certains habitants. Ce qui semble relever de l'aberration, et plus encore de la schizophr&#233;nie, n'a rien d'in&#233;dit, comme le souligne l'&#233;thologue Marc Bekoff t&#233;moignant de l'attitude de scientifiques qui, en dehors de leurs travaux, peuvent attribuer volontiers aux animaux des facult&#233;s et des &#233;motions qu'ils refuseront syst&#233;matiquement &#224; ces m&#234;mes cr&#233;atures sit&#244;t franchies les portes de leur laboratoire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marc Bekoff, Minding Animals. Awareness, Emotions and Heart, New York : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Tel est le cas du Dr Remlinger, qui se laisse m&#234;me aller &#224; un anthropomorphisme d&#233;mesur&#233;, ne se contentant pas d'observer que les chiens ont leur propre langage (aboiements porteurs de signaux distinctifs), mais transcrivant un long dialogue canin ! Il faut dire qu'il s'adressait dor&#233;navant, non plus &#224; des hygi&#233;nistes, mais aux lecteurs d'une revue litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des estimations ont &#233;t&#233; avanc&#233;es sur le nombre de chiens peuplant les rues de la capitale ottomane en 1910. Remlinger, se basant sur le taux de mortalit&#233; quotidienne enregistr&#233; par les services municipaux, avance le chiffre de 60 000 et 80 000. Il omet toutefois de pr&#233;ciser qu'Istanbul &#233;tait une m&#233;tropole de pr&#232;s d'un million d'habitants, en pleine croissance d&#233;mographique, seulement d&#233;pass&#233;e par Londres, Paris, P&#233;kin et Calcutta. Tous les chiens n'ont pu &#234;tre captur&#233;s car alert&#233;s par leurs cong&#233;n&#232;res, ils se sont d&#233;fendus, enfuis ou cach&#233;s, aid&#233;s dans certains cas par les habitants. Le missionnaire assomptionniste, P. Colomban, rapporte qu'il y eut de v&#233;ritables bagarres, notamment vers Sainte-Sophie o&#249; la foule ouvrit les cages et rendit la libert&#233; aux chiens. Remlinger mentionne l'imam d'une petite mosqu&#233;e de P&#233;ra conduit &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; au commissariat de Galatasaray. Pierre Loti cite en exemple son ami, le capitaine Tewfik Bey, qui d&#233;sarma les attrapeurs, les jeta hors de sa caserne, acte de r&#233;bellion qui aurait permis aux &#171; braves b&#234;tes &#187; d'avoir la vie sauve, mais qui lui aurait valu un mois de prison. &lt;br class='autobr' /&gt;
On a dit et r&#233;p&#233;t&#233;, y compris dans la presse satirique, que des hommes s'opposaient &#224; la capture des chiens par crainte de perdre de pr&#233;cieux gardiens et des auxiliaires dans le nettoiement de la voirie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la presse satirique ottomane, voir Palmira Brummet, &#171; Dogs, Crime, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette conception simplificatrice de la relation homme/animal passe sous silence le poids des croyances : tuer une b&#234;te inoffensive &#233;tait con&#231;u comme un p&#233;ch&#233;, une atteinte &#224; la Cr&#233;ation. Il faut &#233;galement tenir compte d'un rejet des autorit&#233;s, dont la l&#233;gitimit&#233; &#233;tait bien souvent contest&#233;e, qui s'arrogeaient le droit de condamner des cr&#233;atures sans d&#233;fense et famili&#232;res auxquelles des habitants attribuaient des noms. Or, nommer l'animal revient &#224; l'individualiser, &#224; favoriser des interactions plus ou moins d&#233;velopp&#233;es (nourriture, soin, attachement r&#233;ciproque). Des &#233;thologues en ont fait les frais, parmi lesquels la c&#233;l&#232;bre primatologue Jane Goodall, s'&#233;tonnant au d&#233;but de sa carri&#232;re que &#171; &lt;i&gt; naming animals and describing their personnality was taboo in science&lt;/i&gt; &#187;. Malgr&#233; les critiques de coll&#232;gues, elle a continu&#233; &#224; nommer les chimpanz&#233;s &#233;tudi&#233;s et a refus&#233; de dire &#171; &lt;i&gt;it&lt;/i&gt; &#187;, au lieu de &#171; &lt;i&gt;she&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;he&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jane Goodall, Reasons for Hope, cit&#233;e par Marc Bekoff, Minding Animals, p. 46.&#034; id=&#034;nh3-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_359 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture13-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture13-2.png' width='500' height='814' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Chienne d'histoire&lt;/i&gt;, court m&#233;trage d'animation de&lt;br class='autobr' /&gt;
Serge Av&#233;dikian. Peintre : Thomas Azuelos&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1906, t&#233;moin d'empoisonnements massifs &#224; P&#233;ra, Remlinger rapporte que les personnes qui firent preuve d'une v&#233;ritable empathie &#233;taient de pauvres gens, des cafetiers ambulants, des &lt;i&gt;hamals&lt;/i&gt;, qui s'efforc&#232;rent de faire ingurgiter aux chiens du yaourt, &#224; titre d'antipoison, malgr&#233; des morsures, l'animal ne comprenant pas qu'on tentait de lui porter secours. Le poison en question, la strychnine, agit en t&#233;tanisant les muscles, puis s'attaque rapidement &#224; la moelle et aux nerfs moteurs, provoquant de violentes douleurs, des convulsions et la mort. Moins d'un si&#232;cle plus tard, cette &#171; bonne vieille m&#233;thode &#187; &#233;tait toujours employ&#233;e par la municipalit&#233;. Sa derni&#232;re utilisation &#224; grande &#233;chelle, toujours &#224; Beyo&#287;lu, date de 1996, peu avant le sommet mondial des villes, Habitat II, quand les gamins des rues furent &#233;galement somm&#233;s de quitter le secteur, les r&#233;calcitrants ramass&#233;s par des policiers, conduits dans les faubourgs recul&#233;s ou dans des villes de province.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre anecdote rapport&#233;e par Remlinger a trait au stratag&#232;me d'un gardien (&lt;i&gt;kap&#305;c&#305;&lt;/i&gt;) pour mettre fin aux hostilit&#233;s des chiens du quartier vis-&#224;-vis d'une cong&#233;n&#232;re avec propri&#233;taire qui ne pouvait sortir sans &#234;tre violemment attaqu&#233;e. L'id&#233;e consista &#224; rassembler chaque soir les &lt;i&gt;teneke&lt;/i&gt;, &#224; faire sortir la chienne, et &#224; ensuite seulement vider le contenu sur le trottoir. L'effet escompt&#233;, couronn&#233; de succ&#232;s, est un bel exemple d'interaction astucieuse entre l'homme et l'animal. Des scientifiques auront beau jeu de pr&#233;tendre que ce brave gardien n'y connaissait rien, mais contrairement &#224; eux, il c&#244;toyait les chiens au quotidien, ne les observaient pas en situation de compl&#232;te soumission, ni ne r&#233;duisait leur comportement &#224; une simple m&#233;canique. Nous sommes donc tr&#232;s loin des fameux chiens d'Ivan Pavlov, prix Nobel de m&#233;decine en 1904, qui ont donn&#233; lieu &#224; l'expression &#171; chien de Pavlov &#187;, prototype de l'imb&#233;cile conditionn&#233;, incapable de discernement, ne r&#233;agissant que par &#171; instinct &#187; (notion pratique pour nier toute intelligence &#224; l'animal).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une cr&#233;ature hybride ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Encore &#224; l'heure actuelle, rares sont les &#233;tudes consacr&#233;es aux chiens des rues. Cette absence peut s'expliquer par le fait qu'ils ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme domestiques, les interactions avec l'homme ne passant pas par le dressage ni par la propri&#233;t&#233;. Dans un m&#234;me temps, il ne s'agit pas de chiens sauvages, ni de chiens marrons (&lt;i&gt;feral dogs&lt;/i&gt;), et dans bien des cas, pas m&#234;me de chiens errants (&lt;i&gt;stray dogs&lt;/i&gt;). Malgr&#233; la terminologie qui pr&#233;vaut dans les textes juridiques comme dans le registre de la protection animale, les chiens errants ne sauraient &#234;tre confondus avec ceux des rues. Ces derniers, qui tissent des liens avec certains habitants dont ils d&#233;pendent, restent rattach&#233;s &#224; un ancrage pr&#233;cis (une rue, une place, un p&#226;t&#233; de maison, un parc). A l'inverse, les premiers fuient l'homme et chassent volontiers, vivant sur des &#233;tendus p&#233;riph&#233;riques plus vastes et souvent difficiles &#224; d&#233;limiter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces distinctions apparaissent dans les travaux d'une &#233;quipe de biologistes russes qui &#233;tudient depuis une vingtaine d'ann&#233;es 30 000 chiens qui vivent en meutes autonomes dans les rues de Moscou. D'apr&#232;s leurs observations, chaque meute a une organisation qui lui est propre, et pour accentuer la difficult&#233; d'op&#233;rer des g&#233;n&#233;ralisations trop simples, aucun de ces chiens n'a la m&#234;me vie qu'un autre. Certains sont occasionnellement nourris par des humains &#224; qui ils rendent certains services (gardien de parking par exemple) ou parce qu'ils savent se positionner de fa&#231;on astucieuse (comme ceux qui se posent au milieu du flux de voyageurs dans le m&#233;tro et qui attendent tranquillement d'&#234;tre nourris) alors que d'autres fuient tout contact avec l'homme, en particulier ceux qui vivent dans les friches industrielles. Un chien trop stupide ne survit pas longtemps dans un milieu aussi hostile : il passe vite sous une voiture, se fait capturer ou meurt de froid. Un chien agressif se fait rep&#233;rer et tuer. La sociabilit&#233; de ces chiens atteint parfois une complexit&#233; &#233;tonnante, qu'ils entretiennent &#224; travers un jeu d'attitude d'une incroyable diversit&#233;. Le dominant de chaque meute est loin d'&#234;tre toujours un m&#226;le, des femelles montrant r&#233;guli&#232;rement les qualit&#233;s d'intelligences requises pour vivre dans un milieu aussi complexe.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexandre Bourtine, &#171; Ma vie de chien errant &#224; Moscou &#187;, initialement paru (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les &#233;crits sur les chiens d'Istanbul, le dominant est invariablement pr&#233;sent&#233; comme le plus fort, le plus valeureux, baptis&#233; Capitaine Pacha quel que soit le quartier. En r&#233;alit&#233;, cette soi-disant pr&#233;dominance du m&#226;le doit beaucoup &#224; une conception patriarcale de la soci&#233;t&#233; ainsi qu'&#224; une conception de la survie bas&#233;e sur la loi du plus fort. Des &#233;tudes en &#233;thologie, sur le terrain et sur le long terme, ont toutefois d&#233;montr&#233; que la coop&#233;ration et l'entraide peut l'emporter sur le combat. Le premier scientifique &#224; avoir exprim&#233; cette th&#232;se, dans un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Mutual Aid&lt;/i&gt;, &#233;tait un r&#233;volutionnaire anarchiste russe, Piotr Kropotkine (1842-1921). Cette th&#233;orie, dans un contexte favorable au darwinisme social, a t&#244;t fait d'&#234;tre rel&#233;gu&#233;e aux oubliettes de l'histoire naturelle, son auteur longtemps pr&#233;sent&#233; comme &#171; un de ces penseurs sots et n&#233;buleux &#187;, qui aurait laiss&#233; ses esp&#233;rances personnelles et son projet social s'introduire dans la rigueur de l'analyse&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stephan Jay Gould, &#171; Kropotkine n'&#233;tait pas cinoque &#187;, La Foire aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chiennes de vies &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les chiens des rues d'Istanbul, contrairement &#224; ce que pr&#233;voyait Paul Remlinger aux d&#233;buts des ann&#233;es 1930, n'ont pas fini dans des collections de zoos. L'&#233;radication, spectaculaire et hautement symbolique de 1910, d&#233;montre qu'en l'absence de juridiction sur l'errance canine en milieu urbain, elle &#233;tait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Le mod&#232;le europ&#233;en avait ses limites, et tel est toujours le cas &#224; l'heure actuelle. Dans les pays anglo-saxons o&#249; les d&#233;bats sur la lib&#233;ration animale et le droit des animaux sont plus anciens et mieux r&#233;pandus qu'ailleurs, des militants d&#233;noncent r&#233;guli&#232;rement les mauvais traitements inflig&#233;s aux chiens des rues en Turquie. Ces activistes, qui recourent aux p&#233;titions en ligne, devraient toutefois veiller &#224; mieux formuler leurs accusations qui, mal document&#233;es, risquent de discr&#233;diter la l&#233;gitimit&#233; de leur cause. Autrement dit, ne pas omettre qu'&#224; partir du moment o&#249; les autorit&#233;s turques adopteront des lois sur les chiens errants, telles qu'elles pr&#233;valent en Occident depuis un si&#232;cle et demi, ces cr&#233;atures dispara&#238;tront du paysage urbain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la m&#233;gapole qu'est devenue Istanbul, o&#249; l'automobiliste est roi, o&#249; urbanistes et promoteurs immobiliers ont la folie des grandeurs, on peut se demander si les chiens des rues sont appel&#233;s &#224; dispara&#238;tre. R&#233;volu le temps o&#249; tuer une b&#234;te inoffensive &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un p&#233;ch&#233;, une atteinte &#224; la Cr&#233;ation ; l'islam r&#233;formiste et politique a d&#233;sacralis&#233; l'animal, au m&#234;me titre que la nature, la protection due &#224; l'un comme &#224; l'autre &#233;tant intimement li&#233;e. Les rares espaces verts des centres villes sont menac&#233;s, tout comme les for&#234;ts de Belgrade et de Beykoz o&#249; des municipalit&#233;s abandonnent &#224; leur sort des chiens des rues st&#233;rilis&#233;s. Il serait tentant et pratique de voir dans cette rel&#233;gation d'un nouveau genre un retour de l'animal &#224; son &#171; habitat naturel &#187; (&lt;i&gt;do&#287;al hayat&lt;/i&gt;), mais il va de soi qu'il n'en est rien. Les seules chances de survie de ces chiens, que des chasseurs prennent volontiers pour cible, d&#233;pendent de responsables de chenils, d'associations et de b&#233;n&#233;voles qui leur portent secours et nourriture. Dans cette lointaine p&#233;riph&#233;rie, comme en ville, la protection de ces chiens rel&#232;ve d'un travail &#224; plein temps, voire d'un combat quotidien, doubl&#233; dans certains cas d'un v&#233;ritable sacerdoce. La t&#226;che est d'autant plus ardue qu'&#224; ces cohortes de chiens des rues viennent s'ajouter, dans des proportions in&#233;dites compte tenu de l'engouement relativement r&#233;cent pour les chiens de compagnie, ceux que les ma&#238;tres abandonnent. En t&#234;te des &#171; heureux &#233;lus &#187;, qui font le bonheur d'&#233;leveurs et de pet shops, mais engendrent d&#233;ception chez certains acheteurs d&#232;s lors que l'adorable petite boule de poils devient adulte : le golden retriever, r&#233;guli&#232;rement pr&#233;sent&#233; comme &#171; la cr&#232;me des chiens &#187;. Ce dernier, soit dit en passant, est un animal r&#233;put&#233; sociable et &#233;quilibr&#233;, qui a fait ses preuves comme guide et compagnon d'aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_360 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture14-2.png' width='500' height='758' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ta&#351;kafa (Pigheaded) and his friends in Galata&lt;br class='autobr' /&gt; Catherine Pinguet (phot.) 2008&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des chiens les plus c&#233;l&#232;bres du centre-ville europ&#233;en, qui a donn&#233; son nom au documentaire d'Andrea Luka Zimmerman, &lt;i&gt;Ta&#351;kafa&lt;/i&gt; (T&#234;te de mule) &lt;i&gt;Stories of Street&lt;/i&gt;, avait &#233;lu domicile au pied de la tour de Galata o&#249;, peu apr&#232;s sa mort, une sculpture de chien a &#233;t&#233; &#233;rig&#233;e. Cette statue peut passer pour un hommage, mais on peut aussi y voir un signe de mauvais augure, surtout sachant qu'un si&#232;cle plus t&#244;t, on parlait d&#233;j&#224; d'animaux &#171; historiques &#187;, ou pire encore de cr&#233;atures &#171; anachroniques &#187;. Le documentaire est ponctu&#233; par la voix de John Berger lisant des extraits de son &#171; roman des rues &#187; (&lt;i&gt;A Street Story&lt;/i&gt;), &lt;i&gt;King&lt;/i&gt;, nom du chien qui raconte 24 heures de la vie de ses compagnons d'infortune, ma&#238;tres et amis rel&#233;gu&#233;s au fond d'un terrain vague, au milieu des d&#233;chets abandonn&#233;s par la soci&#233;t&#233; de consommation. En 1999, la publication de &lt;i&gt;King&lt;/i&gt; a co&#239;ncid&#233; avec celle de &lt;i&gt;Tombouctou&lt;/i&gt; de Paul Auster, r&#233;cit d'un b&#226;tard errant dans les rues de Baltimore, ville o&#249; a &#233;t&#233; men&#233;e une des rares &#233;tudes consacr&#233;e &#224; l'errance canine, &lt;i&gt;The Ecology of Stray Dogs &#8211; A Study of Free-Ranging Urban Animals&lt;/i&gt;. Son auteur, Alan M. Beck, avait constat&#233; que le plus grand nombre de chiens vivaient dans les quartiers pauvres, qui dans leur grande majorit&#233; se trouvaient &#234;tre des quartiers noirs, o&#249; les chiens &#233;taient mieux tol&#233;r&#233;s qu'ailleurs.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus d'informations sur cette &#233;tude d'Alan M. Beck, Catherine Pinguet, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais inutile de dire que depuis cette &#233;tude, publi&#233;e dans les ann&#233;es 1970, ces quartiers ont chang&#233; de couleur et de statut social, que les chiens ont disparu comme les taudis et les anciennes friches industrielles o&#249; ils avaient trouv&#233; refuge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, et tel est le propos de John Berger, les chiens des rues sont de retour dans nos &#171; belles &#187; villes europ&#233;ennes, avec une ampleur in&#233;gal&#233;e, sillonnant les rues aux c&#244;t&#233;s d'hommes et de femmes marginalis&#233;s, partageant un dur quotidien fait de mis&#232;res et de discriminations. Pour les sans-abri, l'animal est le compagnon, le confident, une source de chaleur, symbolique et r&#233;elle, une b&#233;quille sociale, une mani&#232;re de sortir de l'anonymat du bitume (des passants, surtout ceux poss&#233;dant un animal de compagnie, enclins &#224; l'empathie). Alors qu'on pourrait imaginer ces chiens efflanqu&#233;s, maladifs, pleins de puces, ils sont au contraire le plus souvent vigoureux, &#233;quilibr&#233;s, et surtout extr&#234;mement autonomes, devant s'adapter en permanence au milieu urbain et jouissant d'une grande libert&#233; d'action au sein de leur environnement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christophe Blanchard, sociologue qui a &#233;tudi&#233; les liens entre de jeunes SDF (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais qu'&#224; cela ne tienne, de &#171; braves gens &#187; ne manquent pas de s'offusquer : &#171; pourquoi avoir un chien, alors que sans toit ni emploi on est incapable de subvenir &#224; ses propres besoins ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand on aborde la question de l'errance, mieux vaut tenir pour suspecte la position doloriste qui consiste &#224; s'apitoyer sur le sort du pauvre animal car, &#224; l'instar de ce qui guette son ma&#238;tre, une telle attitude tend plut&#244;t &#224; renforcer la stigmatisation, l'exclusion, avec son lot de mesures coercitives. Pour conf&#233;rer dignit&#233; aux &#171; parias &#187; canins comme humains, John Berger se garde bien de tomber dans le mis&#233;rabilisme. Il incite &#224; un geste simple, nettement moins courant qu'on ne le croit : se poser et regarder. Un regard qui peut &#233;galement transcender l'&#234;tre humain, &#224; quoi invite son recueil de textes, &lt;i&gt;Why look at Animals ?&lt;/i&gt; Et pourquoi tant de consid&#233;rations pour l'animal interrogeront certains, sempiternel reproche adress&#233; &#224; ceux qui prennent la question animale au s&#233;rieux, lieu commun que les amis et d&#233;fenseurs des chiens des rues d'Istanbul ne connaissent que trop bien. La r&#233;ponse, pour reprendre la formule du h&#233;ros d'un roman de Romain Gary, &lt;i&gt;Les Racines du ciel&lt;/i&gt;, dans sa lutte pour les &#233;l&#233;phants d'Afrique : &#171; parce que leur libert&#233; est le gage de la mienne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Catherine PINGUET&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mert Sandalc&#305;, &lt;i&gt;The Postcards of Max Fruchtermann&lt;/i&gt;, Istanbul : Ko&#231;bank, 3 vols, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edmond Neukomm, &#171; Les capitales de l'Europe. Constantinople &#187;, &lt;i&gt;Journal des voyages&lt;/i&gt;, n&#176;267, 12 janvier 1902.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Andrieux, &lt;i&gt;Souvenirs d'un pr&#233;fet de police&lt;/i&gt;, Paris : Jules Rouff &amp; Cie, vol. 2, 1885, p. 90-91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Camille Allard, &lt;i&gt;Souvenirs d'Orient. Les &#233;chelles du Levant&lt;/i&gt;, Paris : Adrien Le Clere &amp; Cie, C. Dillet, 1864, p. 248 et 250.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple Fr&#233;d&#233;ric Lacroix, auteur du premier guide fran&#231;ais, cite parmi les inconv&#233;nients qui &#171; auront pour le voyageur le piquant de la nouveaut&#233;, les chiens, qui pullulent dans tous les quartiers &#187;. &lt;i&gt;Guide du voyageur &#224; Constantinople et dans ses environs&lt;/i&gt;, Paris : Bellizard, Dufour &amp; Cie, 1839, p. XI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Catherine Pinguet, &#171; Bat&#305;l&#305; Kilmli&#287;inin Olu&#351;turulmas&#305;nda &#214;teki'nin Sergilenmesi : Insanat Bah&#231;esi ve U&#287;rad&#305;&#287;&#305; De&#287;i&#351;imler &#187;, &lt;i&gt;Cogito&lt;/i&gt;, Istanbul : Yap&#305; Kredi, say&#305; 44-45, K&#305;&#351; 2006, p. 73-103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dr. P. Remlinger, &#171; Les chiens de Constantinople. Leur vie, leur mort &#187;, &lt;i&gt;Mercure de France&lt;/i&gt;, n&#176;25, juillet 1932, p. 25. Paul Remlinger se moque &#171; d'un des membres les plus distingu&#233;s de la colonie anglaise, Mr Whittol &#187; (sic), Whittal, ainsi que de &#171; certains touristes &#224; qui il faut absolument qu'une chose en rappelle une autre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul de R&#233;gla, &lt;i&gt;Les Bas-fonds de Constantinople&lt;/i&gt;, Paris : Tresse &amp; Stock, 1892, p. 188.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gaston des Godins de Souhesmes, &#171; Les chiens des rues &#187;, &lt;i&gt;Turcs et Levantins&lt;/i&gt;, Paris : V. Havard, 1896, p. 339. En 1887, il a fond&#233; l'&#233;ph&#233;m&#232;re &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de Constantinople&lt;/i&gt; et en 1891 publi&#233; un &lt;i&gt;Guide de Constantinople et ses environs&lt;/i&gt;, A. Zellich Fils.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mark Twain, &lt;i&gt;The Innocents Abroad or The New Pilgrims' Progress&lt;/i&gt;, San Francisco : Hartford, American Publisher Company, 1869, p. 871-872.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Remlinger, &lt;i&gt;D&#233;buts et tribulations de l'Institut Antirabique de Constantinople&lt;/i&gt; (Comment j'ai &#233;t&#233; forc&#233; de me sp&#233;cialiser dans l'&#233;tude de la rage), tir&#233; &#224; part de 32 pages publi&#233; en 1934.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spyridon Mavroy&#233;ni, &lt;i&gt;Les Chiens errants de Constantinople&lt;/i&gt;, Paris : Jean Maisonneuve, 1902.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'int&#233;r&#234;t pour les pathologies canines et les moyens d'y rem&#233;dier n'ont d&#233;but&#233; que durant l'entre-deux-guerres, pour devenir r&#233;ellement performants dans les ann&#233;es 1950-60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ch. Delmas, &lt;i&gt;L'hygi&#232;ne publique &#224; Constantinople. Assainissement des habitations et de la voie publique&lt;/i&gt;, Constantinople : Zellich, 1890, p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gaston des Godins de Souhesmes, &lt;i&gt;Turcs et Levantins&lt;/i&gt;, p. 346.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Th&#232;se de doctorat &#224; l'Ecole v&#233;t&#233;rinaire d'Alfort soutenue &#224; Paris en 1932 par le capitaine Hikmet Chakir, Paris : Vigot Fr&#232;res, 1932, 46 pages, conclusion p. 41-42. A l'occasion du centenaire de la Premi&#232;re Guerre mondiale, de remarquables ouvrages ont &#233;t&#233; publi&#233;s sur le lourd tribut pay&#233; par les animaux (chevaux, chiens, pigeons) durant le conflit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Relminger, &#171; La D&#233;canisation &#224; Constantinople &#187;, &lt;i&gt;L'Hygi&#232;ne g&#233;n&#233;rale et appliqu&#233;e&lt;/i&gt;, Paris : Octave Doin &amp; Fils, 1910, p. 153-157.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Scott Christianson, &lt;i&gt;The Last Gasp. The Rise and Fall of the American Gas Chamber&lt;/i&gt;, Berkeley &#8211; Los Angeles &#8211; London : University of California Press, 2010, p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Martel, &lt;i&gt;L'industrie de l'&#233;quarrissage&lt;/i&gt;, Paris : Denot, 1912, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Andrieux, &lt;i&gt;Souvenirs d'un pr&#233;fet de police&lt;/i&gt;, p. 309-310. Louis Andrieux &#233;tait le p&#232;re naturel du po&#232;te et romancier Louis Aragon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 1912, 23 000 chats et 5 454 chiens y sont tu&#233;s dans des cages &#224; &#233;lectrocution. Voir l'article &#233;difiant et consternant de W. F. Morse, illustr&#233; de photographies, &#171; The Humane and Sanitary Disposal of Superfluous Animal Life &#187;, &lt;i&gt;The American Journal of Public Health&lt;/i&gt;, 1913, p. 1226-1234.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jeremy Bentham, &lt;i&gt;An Introduction to the Principle of Morals and Legislation&lt;/i&gt;, J.H. Burns &amp; H.L.A. Hart, Athlone Press, University of London, 1970, p. 282-83&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In 1884, Benjamin Ward Richardson delivered a lecture to London's Society of Arts entitled &#171; On the Painless Extinction of Life of the Lower Animals&#8221;, abstracts published in &lt;i&gt;Popular Science Monthly&lt;/i&gt;, vol. 26, March 1885, p. 641-652.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eric Baratay, &#8220;Chacun jette son chien. De la fin de vie au 19e si&#232;cle &#187;, &lt;i&gt;Romantisme&lt;/i&gt;, n&#176;153, 2011, p. 161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Martel, &lt;i&gt;L'industrie de l'&#233;quarrissage&lt;/i&gt;, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chanson Rosse (&lt;i&gt;alayl&#305; &#351;ark&#305;s&#305;&lt;/i&gt;) d'Henri Yan, &#171; La question des chiens &#187; (&lt;i&gt;k&#246;pekler sorumu&lt;/i&gt;), &lt;i&gt;Kalem&lt;/i&gt;, 29 Mayis 1909, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Colomban, &#171; Les chiens de Constantinople &#187;, &lt;i&gt;Missions des Augustins de l'Assomption&lt;/i&gt;, n&#176;173, septembre 1910, p. 141.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Suffering dogs. The canine exiles from Constantinople &#187;, The Advisor, 3 October 1910, p. 5. (&lt;i&gt;An industry has been started on the island by a Frenchman, who skins and boiled the dead carcasses, both, skins and bones being exported in Europe&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;lio, &#171; Les chiens d'Oxia &#187;, &lt;i&gt;The Levant Herald &amp; Eastern Express&lt;/i&gt;, 15 octobre 1910, p. 367-68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raymond Janin, &#171; Les &#238;les des Princes &#187;, &lt;i&gt;&#201;cho d'Orient&lt;/i&gt;, octobre d&#233;cembre 1924, p. 435.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dr P. Remlinger, &#171; La D&#233;canisation &#224; Constantinople &#187;, p. 155, et &#171; Les chiens de Constantinople. Leur vie, leur mort &#187;, p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Dilenci Kalkt&#305;&#8221;, Sabah, n&#176;10787, 19 d&#233;cembre 1907, article cit&#233; et comment&#233; par Nadir &#214;zbek, &#171; &#8220;Beggars&#8221; and &#8220;Vagrants&#8221; in Ottoman State Policy and Public Discourse, 1876-1914 &#187;, &lt;i&gt;Middle Eastern Studies&lt;/i&gt;, vol. 45, n&#176;5, September 2009, p. 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;No&#233;mi L&#233;vy-Aksu, &lt;i&gt;Ordre et d&#233;sordre dans l'Istanbul ottomane&lt;/i&gt;, Paris : Khartala, 2013, p. 184-189.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les bek&#231;i tapageurs &#187;, &lt;i&gt;Stamboul&lt;/i&gt;, 7 septembre 1908. Repr&#233;sentatif de l'association hygi&#232;ne et police des m&#339;urs, un article publi&#233; dans Stamboul, le 23 ao&#251;t 1896, r&#233;clamant le rejet des maisons closes de Galata aux barri&#232;res de la ville. Dans &lt;i&gt;The Levant Herald&lt;/i&gt;, &#171; Edilit&#233;, F&#305;nd&#305;kl&#305; &#187;, le 10 octobre 1910, v&#339;u de transformer ce cloaque (peupl&#233; pour les trois quarts de pauvres) en un quartier le plus luxueux et le plus sain de P&#233;ra.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jon Pip&#233;ra, &#171; Causerie canine &#187;, &lt;i&gt;The Levant Herald &amp; Eastern Express&lt;/i&gt;, 16 avril 1910, p. 140.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les chiens de Constantinople condamn&#233;s &#224; la rel&#233;gation par les Jeunes Turcs &#187;, &lt;i&gt;L'Illustration&lt;/i&gt;, 16 juillet 1910, p. 45. Article sign&#233; Karabatak (Cormoran) publi&#233; dans Servet-i F&#252;nun le 17 juin 1910, cit&#233; par &#220;mit Sinan Top&#231;uo&#287;lu, &lt;i&gt;Istanbul ve Sokak K&#246;pekleri&lt;/i&gt;, Istanbul : Sepya, 2010, p. 62-65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Loti, &lt;i&gt;Supr&#234;mes visions d'Orient&lt;/i&gt;, Paris : Calmann L&#233;vy, 1921, p. 20-21. Sem, &#8220;L'&#238;le aux chiens&#8221;, La Ronde de nuit, Paris : Arth&#232;mes Fayard, 1923, p. 50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet le pamphlet d'Abdullah Cedvet, &lt;i&gt;Istanbul'da K&#246;pekler&lt;/i&gt;, Egypt : Matbaa-i Ictihad, 1909 [en ottoman].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une citation compl&#232;te, Catherine Pinguet, &lt;i&gt;Les chiens d'Istanbul&lt;/i&gt;, Bleu Autour, Saint-Pour&#231;ain-sur-Sioule, 2008, p. 17-18 ou encore le documentaire de Serge Av&#233;dikian, &lt;i&gt;Histoire de chiens&lt;/i&gt;, Sacre Bleu production, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;The Scavanger-dogs of Constantinople and their cruel fate&#8221;, &lt;i&gt;The Illustrated London News&lt;/i&gt;, 9 July 1910, p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eug&#232;ne Beylier, &#171; Les parias de Constantinople &#187;, &lt;i&gt;Le Journal des voyages&lt;/i&gt;, 13 novembre 1910, p. 411-412.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;lio, &#171; Les chiens d'Oxia &#187;, p. 367-68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dr Cemil Topuzlu, &lt;i&gt;80 Y&#305;ll&#305;k H&#226;t&#305;ralar&#305;m&lt;/i&gt;, Istanbul : G&#252;ven, 1951, p. 121.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marc Bekoff, &lt;i&gt;Minding Animals. Awareness, Emotions and Heart&lt;/i&gt;, New York : Oxford University Press, 2002, p. 47-49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la presse satirique ottomane, voir Palmira Brummet, &#171; Dogs, Crime, Women, cholera, and Other Menaces in the Streets &#187;, &lt;i&gt;Image and Imperialism in the Ottoman Revolutionary Press&lt;/i&gt;, 1908-1911, Albany : State University of New York Press, 2000, p. 259-287.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jane Goodall, &lt;i&gt;Reasons for Hope&lt;/i&gt;, cit&#233;e par Marc Bekoff, &lt;i&gt;Minding Animals&lt;/i&gt;, p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alexandre Bourtine, &#171; Ma vie de chien errant &#224; Moscou &#187;, initialement paru dans la revue &lt;i&gt;Ogoniok&lt;/i&gt;, traduit en fran&#231;ais dans &lt;i&gt;Courrier International&lt;/i&gt;, n&#176;786, 24-30 novembre 2005, pp. 56-57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stephan Jay Gould, &#171; Kropotkine n'&#233;tait pas cinoque &#187;, &lt;i&gt;La Foire aux dinosaures &#8211; R&#233;flexions sur l'histoire naturelle&lt;/i&gt;, Le Seuil, Paris, 1993, p. 403-422.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus d'informations sur cette &#233;tude d'Alan M. Beck, Catherine Pinguet, &lt;i&gt;Les chiens d'Istanbul&lt;/i&gt;, p. 179-185.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christophe Blanchard, sociologue qui a &#233;tudi&#233; les liens entre de jeunes SDF et leurs chiens, &lt;i&gt;Les ma&#238;tres expliqu&#233;s &#224; leurs chiens&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, coll. &#171; Zones &#187;, 2014, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#8220;Animal toi-m&#234;me !&#8221;</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=644</link>
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		<dc:date>2017-12-24T11:46:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>


		<dc:subject>violence</dc:subject>
		<dc:subject>biopolitique</dc:subject>
		<dc:subject>animal</dc:subject>

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&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; 1- Il me semble que l'une des raisons pour lesquelles on est aujourd'hui, de mani&#232;re croissante, port&#233; &#224; revenir vers l'animal ou l'animalit&#233;, &#224; red&#233;couvrir l'animal en nous-m&#234;mes, &#224; tenter de r&#233;tablir des continuit&#233;s interrompues ou d&#233;ni&#233;es entre domaine humain et domaine animal, est la suivante : nous sommes les contemporains de l'effondrement successif ou simultan&#233; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1- Il me semble que l'une des raisons pour lesquelles on est aujourd'hui, de mani&#232;re croissante, port&#233; &#224; revenir vers l'animal ou l'animalit&#233;, &#224; red&#233;couvrir l'animal en nous-m&#234;mes, &#224; tenter de r&#233;tablir des continuit&#233;s interrompues ou d&#233;ni&#233;es entre domaine humain et domaine animal, est la suivante : nous sommes les contemporains de l'effondrement successif ou simultan&#233; de l'ensemble de ces grands projets, certains proprement modernes et d'autres imm&#233;moriaux, en Occident du moins, dont le propre &#233;tait d'&#234;tre fond&#233;s sur ce qu'on pourrait appeler la pr&#233;somption du purement humain, exclusivement humain et donc d'exclure l'animalit&#233; ou bien de la r&#233;duire &#224; un r&#244;le subalterne, marginal, instrumental. J'ai ici en t&#234;te aussi bien des projets de forme religieuse dans lesquels tout se joue dans la relation entre Dieu et sa cr&#233;ature humaine, des projets dont l'&#233;l&#233;ment ou le milieu privil&#233;gi&#233; est l'Histoire &#224; laquelle, par d&#233;finition, les animaux n'ont gu&#232;re de part, de projets qui ont eu leur heure de gloire au XX&#176; si&#232;cle et qui, sans m&#234;me s'en rendre compte, confessent un anthropocentrisme aussi massif qu'exclusif comme l'&lt;i&gt;humanisme&lt;/i&gt; dans toutes ses versions &#8211; chr&#233;tienne, marxiste, satrienne, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que tous ces grands projets con&#231;us &#224; l'&#233;chelle de la civilisation soient, &#224; des titres divers, en ruine aujourd'hui, je crois qu'il n'est pas n&#233;cessaire de gloser longuement &#224; ce sujet aujourd'hui. Ce qu'ils ont en commun, je le r&#233;p&#232;te, avec toute leur diversit&#233;, c'est, dans leur constitution globale anthropo- et g&#233;n&#233;ralement occidentalo-centrique, d'exclure l'animal comme partenaire &#224; part enti&#232;re, de l'inclure comme moyen voire mat&#233;riau et jamais comme fin, ceci pour ne pas mentionner le motif de l'&#233;galit&#233; en valeur et en dignit&#233; (entre humains et animaux). Tous ces grands projets ont en commun d'avoir prosp&#233;r&#233; sur la coupure entre humanit&#233; et animalit&#233; et l'affirmation de la sup&#233;riorit&#233; et donc du droit &#224; la domination de la premi&#232;re sur la seconde. C'est l&#224; un d&#233;finition comme une autre du sp&#233;cisme anthropocentrique. Certains, comme Philippe Descola, envisagent cette coupure dans le contexte plus vaste de l'opposition entre culture et nature, telle qu'elle lui appara&#238;t comme l'un des mauvais plis caract&#233;ristiques de la modernit&#233; europ&#233;enne ou occidentale. Je n'aurai pas le temps d'entrer dans la discussion de cette th&#232;se tr&#232;s g&#233;n&#233;rale, je me contenterai de relever, pour soutenir mon hypoth&#232;se de d&#233;part, que lorsque le paradigme qui s'est impos&#233; au XX&#176; si&#232;cle, pour le meilleur et surtout le pire, celui de l'Histoire majuscule tend non seulement &#224; s'efface mais &#224; se volatiliser au profit d'un autre, qui n'est pas tant celui de la nature que de l'environnement comme milieu fondamental de la vie des humains, il va alors de soi que l&#224; o&#249; deviennent flous et &#233;vanescents des objets aussi massifs et &#233;vidents, dans l'&#233;poque du tout-Histoire, que la lutte des classes, la r&#233;volution, la dictature du prol&#233;tariat ou l'amour de la patrie, d'autres nous reviennent comme objets de notre souci alors que nous tendons &#224; nous reterritorialiser dans l'environnement &#8211; et parmi ceux-ci, en premier lieu, ce qui peuple celui-ci, l'air que nous respirons, les rivi&#232;res et les mers que nous polluons, les for&#234;ts que nous endommageons &#8211; et, &lt;i&gt;last but not least&lt;/i&gt;, les animaux, nos proches, que nous choyons quand nous ne les exterminons pas, industriellement, ou sous la forme d'effets secondaires de ce que nous appelons &#171; d&#233;veloppement &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Permettez-moi d'insister sur ce point : ce n'est pas parce que nous serions devenus plus &#233;clair&#233;s, plus sensibles, mieux instruits (par des sciences relativement nouvelles comme l'&#233;thologie) que nous nous tournons aujourd'hui vers les animaux avec une curiosit&#233; et une sollicitude nouvelles, que nous r&#233;&#233;valuons nos attitudes et conduites &#224; leur &#233;gard, toutes cat&#233;gories animales confondues. C'est bien, en premier lieu, parce que nos pr&#233;somptions ou, comme le dit l'&#233;thologue Frans de Waal notre arrogance proprement humaine et qui prosp&#233;raient depuis si longtemps sur la fracture intellectuellement construite et soigneusement entretenue entre humanit&#233; et animalit&#233; ont c&#233;d&#233; la place &#224; toutes sortes de sensations inqui&#232;tes, voire de pressentiments cr&#233;pusculaires qui nous portent &#224; nous replier sur des positions infiniment moins conqu&#233;rantes que celles qui pr&#233;valaient encore au si&#232;cle dernier, des positions o&#249;, notamment, la protection du vivant et l'immunisation des esp&#232;ces qui le composent occupent une place centrale. Et l&#224; encore, fatalement, nous allons retrouver l'animal ou bien &#234;tre port&#233;s &#224; red&#233;finir notre propre condition comme celle de vivants parmi d'autres vivants, plut&#244;t qu'&#224; tout mise sur la suppos&#233;e exceptionnalit&#233; humaine... Il convient donc pour moi de se d&#233;tourner r&#233;solument d'une interpr&#233;tation progressiste simpliste de ce retournement r&#233;cent et assez foudroyant en faveur de l'animal (la multiplication des livres et des colloques consacr&#233;s &#224; cette question en sont des barom&#232;tres assez fiables), je veux dire par l&#224; se d&#233;tourner de la tentation de mettre ce regain d'int&#233;r&#234;t et de sollicitude sur le compte du classique progr&#232;s moral ininterrompu de l'humanit&#233;, du polissage des &#171; valeurs &#187; et de l'accroissement constant de la sensibilit&#233; &#224; la souffrance de l'autre. Cet int&#233;r&#234;t nouveau pour l'animal, sous ses esp&#232;ces vari&#233;es, notamment dans la forme de la pouss&#233;e de ce qu'on pourrait appeler la fi&#232;vre &#171; animalitaire &#187;, en symbiose avec l'intensification constante de la sensibilit&#233; humanitaire, dans nos soci&#233;t&#233;s, je pense qu'il faut plut&#244;t l'appr&#233;hender dans sa relation intime avec le fait que nous vivons dans un champ de ruines mentales &#8211; celui des glorieux ch&#226;teaux d'id&#233;es &#233;difi&#233;s au si&#232;cle dernier et pr&#233;c&#233;demment, grands projets, grands r&#233;cits, programmes grandioses, utopies glorieuses, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Il me semble que c'est dans les plis du langage le plus ordinaire que nous sommes le plus &#224; m&#234;me de d&#233;busquer ces mauvais plis de la pens&#233;e enracin&#233;s au plus intime du proc&#232;s de civilisation (&#171; chez nous &#187;, dans nos soci&#233;t&#233;s, pr&#233;caution toute foucaldienne, je me garderai bien de trancher pour les autres que je ne connais pas ou bien alors trop imparfaitement) et qui nous vouent &#224; r&#233;p&#233;ter en boucle et en automates, depuis Platon et Cic&#233;ron au moins (voir sur ce point l'utile recueil de Simondon &lt;i&gt;Deux le&#231;ons sur l'animal et l'homme&lt;/i&gt;) que &#171; l'homme est sup&#233;rieur par sa raison aux b&#234;tes &#187;, &#171; pauvre en exp&#233;rience &#187;, inapte &#224; la r&#233;flexivit&#233;, et autres sottises (je ne dis pas &#171; &#226;neries &#187;, c'est justement le sujet de ce paragraphe) dont le trait commun et notoirement biais&#233; est &#233;videmment qu'elle sont prof&#233;r&#233;es par des humains et pour sa plus grande gloire. Je noterai juste en passant ici qu'effacer ce faux-pli rh&#233;torique si profond&#233;ment enracin&#233; dans la tradition occidentale peut &#234;tre, si l'on veut bien s'en donner la peine, un jeu d'enfant : ce qui d&#233;montre &#224; l'&#233;vidence la sup&#233;riorit&#233; des &#171; b&#234;tes &#187; sur les humains, c'est leur souveraine indiff&#233;rence &#224; la question de savoir ce qu'il en est de notre raison &#171; sup&#233;rieure &#187;. La marque, que l'on pourrait dire ici toute nietzsch&#233;enne si ce n'&#233;tait rechuter dans l'anthropocentrisme, de leur qualit&#233;, c'est cette absolue indiff&#233;rence au motif du sup&#233;rieur et de l'inf&#233;rieur &#8211; tout ce qu'elles demandent (mais l&#224;, elles sont loin du compte), c'est que nous ne les emmerdions pas et, pour le reste, dans leurs relations entre elles, elles n'ont pas besoin de savoir qui est &#171; sup&#233;rieur &#187; et qui &#171; inf&#233;rieur &#187;, juste qui est le plus fort et, &#233;ventuellement comme &#233;chapper &#224; ce dernier. Pour le reste, et c'est l&#224; que le raisonnement se mord la queue, &#233;videmment, la vraie marque de leur sup&#233;riorit&#233; sur nous, c'est qu'elles n'ont pas besoin pour vivre &lt;i&gt;innocemment&lt;/i&gt; de se soucier de ce qui ferait d'elles des &#234;tres vivants &#171; sup&#233;rieurs &#187; ou &#171; inf&#233;rieurs &#187; - cette suspecte obsession, elles nous la laissent volontiers, en tant qu'elle est, de toute &#233;vidence, un aveu de faiblesse. Fin de la digression.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voulais parler, dans ce passage, du langage. Tout le monde sait que ce qui se dit mal, est mal dit, met sur la piste du mal pens&#233;, des mauvais plis de la pens&#233;e, donc. La chose est particuli&#232;rement &#233;vidente d&#232;s lors qu'on entre dans le registre animal &#8211; &#224; quoi servent les &#171; noms d'animaux &#187; ? Si l'on pense que ce qui est convoqu&#233; dans notre pr&#233;sent, dans notre &#233;poque, c'est une compl&#232;te et radicale r&#233;forme de notre entendement de l'animalit&#233; et du rapport entre humanit&#233; et animalit&#233;, r&#233;forme devant inclure la remise en cause du partage indiqu&#233; par le &#171; et &#187;, alors il faut envisager cette t&#226;che, l'application de ce programme &#224; toutes les sph&#232;res de la vie. On sait bien qu'aujourd'hui, il y a des abc&#232;s de fixation de ce &#171; et &#187; de plus en plus litigieux : la question de l'&#233;levage industriel des animaux de boucherie, de l'abattage, le passage subreptice de l'&#226;ge o&#249; l'on comptait le b&#233;tail en &#171; t&#234;tes &#187; &#224; celui o&#249; l'on compte directement la viande &#224; hamburgers en &#171; minerai &#187;, en tonnes, &#224; l'import-export, notamment, la question des esp&#232;ces en voie de disparition et celle de leur protection (plus que 20 000 lions en libert&#233; !), celle de la chasse ou de certaines formes de chasse, etc. Mais dans tout ce temps o&#249; se multiplient les sujets sensibles qui endolorissent notre perception du monde animal, notre conception de l'animalit&#233; de notre rapport &#224; celle-ci, nous continuons assez imperturbablement &#224; traiter nos ennemis de porcs, de chiens, de buses, &#224; dire que les journalistes de la t&#233;l&#233; sont b&#234;tes &#224; manger du foin, etc. Or, si nous voulons &#234;tre fid&#232;les au programme de r&#233;forme compl&#232;te de l'entendement de l'animalit&#233;, il y a urgence, me semble-t-il, &#224; ce que nous renoncions &#224; cet usage d&#233;pr&#233;ciatif du vocabulaire de l'animalit&#233;, tout comme nous avons subi l'injonction d'avoir &#224; renoncer au vocabulaire sexiste et raciste &#8211; non sans effets, mais tout en restant encore bien imparfaits dans ces domaines &#8211; ce n'est pas demain que le mot &#171; con &#187; sortira de notre registre d'insultes, mais ce n'est pas une raison suffisante pour que nous ne commencions pas d&#232;s aujourd'hui &#224; cesser de dire que nous sommes gouvern&#233;s par des &#226;nes b&#226;t&#233;s &#8211; non pas par consid&#233;ration pour le pouvoir, mais par respect pour l'&#226;ne, l'endurance morale et physique faite animal, comme Robert Bresson l'a montr&#233; dans &lt;i&gt;Au hasard, Balthazar&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait qu'une telle entreprise repr&#233;sente une asc&#232;se aussi redoutable, c'est bien ce qui indique la profondeur &#224; laquelle est enracin&#233;, dans notre inconscient ou subconscient culturel cette notion p&#233;jorative de l'animalit&#233;, tant&#244;t b&#234;te tant&#244;t m&#233;chante, qui cr&#233;&#233; les conditions de sa disponibilit&#233; de ses noms pour l'outrage, l'invective et le d&#233;nigrement. Se lancer dans cette di&#232;te verbale dont la r&#232;gle est qu'on s'abstiendra de tout ce qui consid&#232;re comme acquis que la b&#234;te est b&#234;te, qu'elle est mauvaise et basse, c'est un pari non moins p&#233;rilleux que celui qui consiste &#224; &#233;crire un &#233;pais roman en en bannissant la plus courante des voyelles, en langue fran&#231;aise &#8211; P&#233;rec. Que de trous dans nos modes d'expressions les plus courants, les plus performants ! Plus de &#171; un anticommuniste est un chien &#187; &#224; la Sartre, plus de &#171; Fuck the pigs ! &#187; &#224; la Black Panthers, plus de morts aux vaches ni d'impr&#233;cations contre les requins de la haute finance ! Que de dents creuses, aussi, dans nos biblioth&#232;ques : &lt;i&gt;La ferme des animaux&lt;/i&gt;, d'un coup, devient totalement insupportable, du fait de l'injustice flagrante qui y est faite au porc assimil&#233; au dictateur Staline. Tout est appel&#233; &#224; se passer ici, &#224; l'&#233;preuve du temps, comme ce fut le cas, lorsqu'on s'avisa, un beau jour, que les st&#233;r&#233;otypes racistes et colonialistes pullulaient dans les merveilleux romans exotiques de Kipling...&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc clair : si nous voulons &#233;tablir quelque chose comme une sorte d'amiti&#233; avec les animaux, en g&#233;n&#233;ral, ce qui est tout autre chose que l'entretien plus ou moins bienveillant de notre client&#232;le form&#233;e de &lt;i&gt;pets&lt;/i&gt;, animaux domestiques, en anglais, il va falloir tout simplement que nous r&#233;apprenions &#224; parler et renoncions &#224; bien des plaisirs acquis de la langue, en nous habituant, par exemple, &#224; ce qu'un blaireau ne soit rien d'autre que ce sympathique mammif&#232;re plantigrade et fouisseur &#224; odeur forte et &#224; rayures blanches, et jamais notre rustre de voisin qui chaque matin fait hurler RTL en prenant sa douche. Le fait que ce ne soit pas t&#226;che facile, tant l'expressivit&#233; de ces bouquets animaliers d'outrages et d'insultes nous &#233;tait famili&#232;re et &#224; peu pr&#232;s irrempla&#231;able constitue un indice tr&#232;s pr&#233;cieux de la profondeur &#224; laquelle il va falloir aller curer l'abc&#232;s, dans la chair non seulement des mots mais de la culture, pour nous &#233;manciper de ce legs funeste de la tradition occidentale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont des mouvements de d&#233;fection r&#233;fl&#233;chis et concert&#233;s qu'il nous faut prendre en charge, par rapport &#224; des op&#233;rations toutes simples de la pens&#233;e et du discours, des &#233;nonc&#233;s que soutient puissamment le sens commun. Des rep&#232;res de certitudes et des automatismes de langage qu'il nous faut suspendre et d&#233;construire. Je prends un exemple tout simple : lors du fameux soul&#232;vement dans le p&#233;nitencier d'Attica, aux Etats-Unis, en 1971, l'un des cris lanc&#233;s par les d&#233;tenus et qui fit le tour du monde, &#233;tait : &#171; Nous sommes des hommes. Nous ne sommes pas des animaux et nous refusons d'&#234;tre trait&#233;s comme des animaux &#187;. A l'&#233;poque, naturellement, toute conscience humaniste, humanitaire et progressiste ne pouvait qu'acquiescer et rench&#233;rir : en effet, quel scandale que des humains soient soumis &#224; un r&#233;gime de captivit&#233; qui devrait &#234;tre &lt;i&gt;r&#233;serv&#233; aux animaux&lt;/i&gt;. Aujourd'hui, naturellement, une pens&#233;e qui s'efforce de se tenir &#224; la hauteur de l'actualit&#233; de la r&#233;volution en cours dans ce domaine se devrait, bien s&#251;r, d'avoir le courage de changer radicalement les termes de de la conversation, &#224; propos des prisons de haute s&#233;curit&#233; aux Etats-Unis et ailleurs, en questionnant le cri indign&#233; du d&#233;tenu : &#171; Certes, nous sympathisons avec votre cause, mais &#234;tes-vous si s&#251;r que cela va de soi que des animaux soient trait&#233;s de la sorte ? Est-il vraiment n&#233;cessaire, pour que votre cause soit soutenue, qu'elle le soit, en quelque sorte, &lt;i&gt;sur le dos des animaux&lt;/i&gt; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'il faut bien comprendre &#224; ce propos, c'est qu'une sorte de ruse de l'histoire a &#233;t&#233; &#224; l'oeuvre dans la fa&#231;on dont, dans la seconde moiti&#233; du si&#232;cle dernier, nous avons &#233;t&#233; port&#233;s &#224; probl&#233;matiser, sous le coup de l'effet de t&#233;tanie et de sid&#233;ration produit par les crimes nazis, entre autres, des ph&#233;nom&#232;nes comme le crime contre l'humanit&#233;, le g&#233;nocides, les exterminations en masse, etc. - et quand je dis &#171; nous &#187; ici, je parle aussi bien de la sc&#232;ne savante que du commun des mortels. Sous le coup de ces horreurs, telles qu'elles ont &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;es comme &#171; sans pr&#233;c&#233;dent ni &#233;quivalent &#187;, nous avons remis en selle le partage &#171; souverain &#187;, draconien, fatidique entre sph&#232;re humaine et sph&#232;re animale, un partage qui, avant que ne soient perp&#233;tr&#233;s ces crimes de masse commen&#231;ait d&#233;j&#224; &#224; prendre l'eau de toutes parts. Et ceci nous l'avons fait en adoptant &#171; tout naturellement &#187; cet &#233;nonc&#233; qui consiste &#224; dire que l'outrage maximal qui puisse &#234;tre inflig&#233; &#224; un &#234;tre humain, c'est celui qui consiste &#224; le traiter &#171; comme une b&#234;te &#187;, &#224; le r&#233;duire au rang du b&#233;tail ou bien d'un animal nuisible, ou bien, inversement, en disant que, ce que les bourreaux ont perp&#233;tr&#233;, &#171; aucune b&#234;te au monde ne l'aurait fait &#187;. L'imaginaire collectif qui s'est trouv&#233; du coup puissamment relanc&#233;, c'est celui qui, p&#234;le-m&#234;le, &#171; voit &#187; l'extermination des animaux par les humains comme une norme (qui ne devient choquante que quand elle se trouve transport&#233;e sur le corps de l'humanit&#233;), que le comble de la cruaut&#233;, c'est &#233;videmment chez les b&#234;tes qu'on le rencontre, que priver un humain de son humanit&#233; ou en pratiquer le d&#233;ni, c'est, forc&#233;ment, le ravaler au rang de l'animal...&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente, nous n'avons pas per&#231;u ou pas voulu percevoir le rapport qui s'&#233;tablit entre la force d'&#233;vidence de ce discours et les violences extr&#234;mes exerc&#233;es sur les animaux, dans l'abattage industriel notamment, mais aujourd'hui, l'abc&#232;s a commenc&#233; &#224; percer &#8211; et comme il est habituel en ce genres de circonstances, non sans susciter une clameur indign&#233;e, une envol&#233;e de cris d'orfraie &#8211; comment osez-vous comparer, etc., etc. L&#224; o&#249; l'on voit que l'art en g&#233;n&#233;ral et le cin&#233;ma en particulier dispose d'une capacit&#233; d'attiser la pens&#233;e critique l&#224; o&#249; celle-ci est verrouill&#233;e par l'ordre des discours, c'est quand on voit le film que Georges Franju a r&#233;alis&#233; juste apr&#232;s la guerre sur les abattoirs de la Villette &#8211; &lt;i&gt;Le sang des b&#234;tes&lt;/i&gt; - je ne dirais pas que Franju avait &#171; tout compris &#187; de ce qui sonnait faux dans le discours de l'horreur absolue des camps et des exterminations, sonnait faux &lt;i&gt;du c&#244;t&#233; de l'enjeu animal&lt;/i&gt;, pr&#233;cis&#233;ment, mais, tout simplement, que son film, en brouillant tous les rep&#232;res de certitudes, reposait sur l'intuition tranchante, irr&#233;cusable et totalement &#224; contre-courant alors, que la chose fatale, c'&#233;tait tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment la &lt;i&gt;continuit&#233;&lt;/i&gt; s'&#233;tablissant entre la fa&#231;on dont on avait extermin&#233; industriellement des &#234;tres humains dans les camps et la mani&#232;re dont on faisait couler le sang des b&#234;tes &#224; la cha&#238;ne dans les abattoirs, tout aussi industriels .&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour reprendre le fil des faux-plis de la pens&#233;e, il me semble que la question que nous pouvons nous poser aujourd'hui est celle-ci : pourquoi, pour tenter de sanctuariser, contre les n&#233;o-barbaries totalitaires, l'int&#233;grit&#233; de la personne humaine, promouvoir le discours de l'inviolabilit&#233; dans une perspective immunitaire, pourquoi a-t-il fallu, du m&#234;me coup, rejeter l'animalit&#233; de l'autre c&#244;t&#233; de la barri&#232;re de ce qui devait &#234;tre inclus dans le champ de cette dynamique immunitaire, telle qu'elle est consign&#233;e, par exemple, dans la D&#233;claration universelle des Droits de l'Homme ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'essaie d'aller ici &#224; l'essentiel en posant les questions intempestives, mais, bien s&#251;r, si on commence &#224; entrer dans l'&#233;paisseur de la litt&#233;rature concentrationnaire, et notamment de certains de ses plus grands textes, on s'aper&#231;oit que c'est plus compliqu&#233; &#8211; si on lit bien &lt;i&gt;L'esp&#232;ce humaine&lt;/i&gt; de Robert Antelme ou l'autobiographie de Varlam Chalamov, &lt;i&gt;Kolyma&lt;/i&gt;, on voit bien que cette sorte de secret ultime de l'&#233;preuve concentrationnaire que d&#233;couvrent ceux qui en ont travers&#233; tous les cercles, c'est que l'humain est un animal &#224; la fois fragile et dot&#233; d'insoup&#231;onn&#233;es facult&#233;s de r&#233;sistance &#8211; plus r&#233;sistant qu'un cheval dans les conditions de l'hiver sib&#233;rien, dit Chalamov et, si r&#233;sistant comme &lt;i&gt;esp&#232;ce vivante&lt;/i&gt;, dit Antelme, que le projet des bourreaux nazis est vou&#233;, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, &#224; &#233;chouer...&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous commen&#231;ons &#224; situer aujourd'hui le point o&#249; nos images et nos &#233;nonc&#233;s doivent non pas &#233;voluer, mais bifurquer : nous devons nous d&#233;placer d'un r&#233;gime de discours dans lequel ce qui nous inspire l'horreur la plus extr&#234;me, c'est que des humains soient mis &#224; mort &lt;i&gt;comme des animaux&lt;/i&gt; &#224; une autre forme d' &#171; horreur &#187; faite &#224; la fois d'aversion sensitive et de refus raisonn&#233; qui est celle que nous inspire tout simplement la fa&#231;on dont sont mis &#224; mort les animaux, industriellement, en premier lieu, bien s&#251;r, mais aussi bien m&#233;dicalement, comme le sont les &lt;i&gt;strays&lt;/i&gt; et les animaux domestiques hors d'usage, par euthanasie exp&#233;ditive &#8211; voire sur ce point le roman de J.M. Coetzee, &lt;i&gt;Disgrace&lt;/i&gt;. Et, pour le reste, il nous faut remettre les choses sur leurs pieds : lorsque des humains sont aujourd'hui extermin&#233;s en masse, ils le sont g&#233;n&#233;ralement sur un mode qui n'a rien &#224; voir avec les diff&#233;rentes formes de mise &#224; mort des animaux, sacrifice, chasse, abattoirs, piq&#251;res, etc., ils le sont du fait de bombardement a&#233;riens, de pilonnages d'artillerie, de tirs d'armes automatiques, etc. Dire la barbarie des formes d'extermination intra-humaines massives aujourd'hui, &#224; propos de la Syrie, l'Irak ou ce qui se profile sur d'autres th&#233;&#226;tres d'op&#233;ration, cela n'appelle vraiment plus le syntagme &#171; comme une b&#234;te &#187;. Les derniers qui ont r&#233;ussi &#224; frapper l'imagination &#171; globale &#187; en r&#233;intensifiant cette imagerie, ce sont bien s&#251;r les exalt&#233;s de Daech, avec leur &#233;gorgements mis en sc&#232;ne, mais on voit bien, aujourd'hui, qu'ils n'&#233;taient, dans ce r&#244;le, que des amateurs pass&#233;istes, de tout petits artisans du crime de masse.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la fin de ses cours sur la Raison dans l'Histoire, Hegel note sur un ton assez m&#233;lancolique qu'au fond les peuples &#171; ignorent de part en part la signification du progr&#232;s dans l'histoire &#187;. Ils sont les vecteurs de l'Id&#233;e, sans trop savoir comment ni pourquoi, car celle-ci accomplit sa fin avec la volont&#233; contraire des peuples. Ce qu'elle accomplit et ce que veulent les peuples sont souvent l'inverse l'un de l'autre. Tout peuple ne se r&#233;alise dans l'histoire que de mani&#232;re toute provisoire, chaque peuple sert d'assise et de marchepied &#224; un peuple en devenir qui va s'affirmer contre lui et &#224; son d&#233;triment. Tout ceci pour dire que l'intervention des peuples dans l'Histoire est &lt;i&gt;de nature sacrificielle&lt;/i&gt; (et c'est l&#224; que vous allez voir que je n'ai pas oubli&#233; notre sujet). En fin de compte et tout bien escompt&#233;, dit Hegel, l'Histoire est cet autel (&lt;i&gt;Altar&lt;/i&gt;) ou bien encore cet abattoir (&lt;i&gt;Schlachtbank&lt;/i&gt;) o&#249; &#171; sont conduits pour y &#234;tre sacrifi&#233;s le bonheur des peuples, la sagesse des Etats et la vertu des individus &#187; &#8211; rien que &#231;a !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui m'int&#233;resse dans ce passage et dans le vocabulaire qu'y mobilise Hegel, c'est que pour penser le tragique de la condition historique des humains (des peuples comme des individus), il lui faut recourir &#224; des images, des mots qui &#233;voquent la mise &#224; mort de l'animal &#8211; le sacrifice religieux, mais la boucherie aussi (le mot &lt;i&gt;Schlachtbak&lt;/i&gt; est un mot de boucherie). On voit donc que la probl&#233;matisation &#171; animalisante &#187; de l'horreur des camps, apr&#232;s la Seconde guerre mondiale, a une longue g&#233;n&#233;alogie, qu'elle n'en est en fait qu'un rebond.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma proposition &#224; ce propos est simple : que nous nous efforcions de laisser les animaux en dehors de nos propres comptes avec nous-m&#234;mes, &#224; propos de nos propres pouss&#233;es de barbarie moderne, nos propres mouvements de brutalisation de la politique, de d&#233;civilisation. Laissons les animaux et les images animales en dehors de tout &#231;a, pour la bonne raisons qu'ils n'ont rien &#224; voir dans tout &#231;a &#8211; sauf, bien s&#251;r, encore et toujours comme victimes collat&#233;rales de cette propension toute humaine et en premier lieu &#233;tatique &#224; transformer l'histoire en abattoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- La main gauche ignore ce que fait la droite (un d&#233;tour par Ta&#239;wan)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a quelques mois, dans la partie tropicale de l'&#238;le de Ta&#239;wan, des activistes de l'&#233;cologie, des autorit&#233;s locales, ont entrepris d'installer des &#171; couloirs de protection pour les crabes &#187; consistant en de gros tuyaux destin&#233;s &#224; leur permettre d'aller d&#233;poser leurs &#339;ufs sur les plages, &#224; la saison de la ponte, sans avoir &#224; traverser les routes qui longent la c&#244;t&#233;, ce qui jusqu'alors produisait chaque ann&#233;es des h&#233;catombes parmi les femelles crabes port&#233;es par instinct &#224; enfouir leur &#339;ufs dans le sable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces nouveaux dispositifs ont fait l'objet d'une ample promotion par les m&#233;dias, les autorit&#233;s politiques locales, les associations de d&#233;fense de la faune et de l'environnement. Elles ont &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralement vant&#233;es en tant qu'elles auraient valeur d'attestation de l'&#233;l&#233;vation rapide, &#224; Ta&#239;wan, du niveau des normes de protection de l'environnement en g&#233;n&#233;ral et de la vie animale sauvage en particulier. Certains esprits chagrins, y compris parmi les &#233;colos, y ont vu une op&#233;ration avant tout publicitaire, se demandant par quel miracle les crabes se destineraient &#224; converger vers les tunnels am&#233;nag&#233;s &#224; leur intention, plut&#244;t que continuer &#224; traverser sur le bitume et &#224; se faire &#233;crabouiller comme des cons, &#224; l'instar des h&#233;rissons et des blaireaux de nos campagnes... Mais l&#224; n'est sans doute pas l'essentiel : quiconque s'aventure dans les zones rurales de l'&#238;le, dens&#233;ment peupl&#233;es pr&#232;s des c&#244;tes, vou&#233;es &#224; une agriculture et un &#233;levage intensifs, ne peut manquer de tomber sur l'un de ces horribles &#233;levages de volailles o&#249; se trouvent parqu&#233;es dans des conditions concentrationnaires, des centaines, voire des milliers de volatiles. Ces lieux d'&#233;levage industriel sont des foyers d'&#233;pid&#233;mies vari&#233;es et r&#233;currentes, de type grippe aviaire qui, r&#233;guli&#232;rement, contraignent les autorit&#233;s sanitaires &#224; ordonner l'abattage de milliers de poules, canards, dindes, pintades, etc. Mais rien n'est fait, au demeurant, pour que cette forme d'&#233;levage soit bannie ou &#233;volue &#8211; de puissants lobbies travaillent &#224; ce que nul n'y touche, et les Ta&#239;wanais, gros consommateurs de volatiles, sont manifestement port&#233;s &#224; accorder la priorit&#233; aux prix bas sur l'abaissement des risques sanitaires &#8211; pour ne pas parler du bien &#234;tre des animaux d'&#233;levage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ceci n'est que le petit bout de la lorgnette &#8211; il faudrait parler aussi des &#233;levages de porcs et de la surp&#234;che &#8211; Ta&#239;wan est, en la mati&#232;re un des pires Etats voyous de la plan&#232;te... Ce qui me frappe ici, c'est le &lt;i&gt;chaos normatif&lt;/i&gt; qui se manifeste d&#232;s lors qu'en est question le rapport des humains aux animaux, &#224; des vari&#233;t&#233;s diverses d'animaux ou &#224; des animaux de statut diff&#233;rent : d'un c&#244;t&#233; une approche hyper-immunitaire et protectrice d'animaux per&#231;us comme &#233;l&#233;ments de patrimoine ou esp&#232;ce menac&#233;e, et de l'autre une approche hyper-industrielle et purement &#233;conomique d'animaux de bouffe, destin&#233;s &#224; la boucherie et &#224; la consommation alimentaire. J'ai pris l'exemple des crabes, mais on pourrait rench&#233;rir encore : on remet &#224; l'eau devant une batterie de cam&#233;ras tel requin femelle appartenant &#224; une esp&#232;ce menac&#233;e et ayant &#233;chou&#233; par m&#233;garde dans les filets d'un chalutier. Tant de sollicitude &#233;meut d'autant plus que nul n'ignore que ce type de requin ne se fera pas prier, &#224; l'occasion, pour emporter le mollet d'un baigneur sur une plage de l'&#238;le, c&#244;t&#233; oc&#233;an Pacifique... Mais pour le reste, d&#232;s lors que s'&#233;bauche une discussion sur la part active que prennent les p&#234;cheurs industriels ta&#239;wanais &#224; l'&#233;puisement des r&#233;serves halieutiques des oc&#233;ans, bien au del&#224; du Sud-Est asiatique, c'est circulez, rien &#224; voir &#8211; la patate est trop chaude pour que l'autorit&#233; politique prenne ses responsabilit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui me frappe ici, c'est cette incapacit&#233; d'une petite d&#233;mocratie d'aujourd'hui, ni meilleure ni pire qu'une autre, plut&#244;t au dessus du lot dans son contexte r&#233;gional, de se doter de quelque chose qui pourrait s'apparenter &#224; une &lt;i&gt;politique animale&lt;/i&gt;, une politique fond&#233;e sur des normes. Ou plut&#244;t, disons, une norme commune telle que &#171; le respect de la vie animale &#187;, pour reprendre l'un des mantras du discours &lt;i&gt;pro-life&lt;/i&gt;, pro-animal d'aujourd'hui. L'&#233;miettement des normes entre, d'une part, le &lt;i&gt;nursing&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;pampering&lt;/i&gt; des crabes et, de l'autre, l'horreur concentrationnaire des &#233;levages industriels attire notre attention sur un fait massif que Derrida avait d&#233;j&#224; rep&#233;r&#233; dans son s&#233;minaire sur l'animal, mais sur lequel il convient d'insister : si l'on prend les choses du point de vue des pratiques humaines et des sensibilit&#233;s qui les soutiennent, &#171; l'animal &#187;, comme concept unitaire, molaire, compact ou comme notion g&#233;n&#233;rale, c'est quelque chose qui n'existe gu&#232;re, c'est un mot qui, d&#232;s qu'on l'examine d'un peu pr&#232;s, va fondre dans la bouche et de dissoudre dans la t&#234;te &#8211; car apr&#232;s tout, ce qui compte ici en premier lieu, c'est bien ce qui existe, se manifeste comme r&#233;alit&#233; dans les domaines pratiques, beaucoup plus que ce que peut nous en dire tel ou tel discours savant. Il faudrait peut-&#234;tre aller ici un pas plus loin que Derrida qui fabrique ce n&#233;ologisme &#171; l'animot &#187; sous lesquel il subsume la diversit&#233; et l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du monde animal, un pas plus loin en disant que toute notion d'une unit&#233; d'un tel monde se fracasse et vole en &#233;clats sur le rocher des pratiques humaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en v&#233;rit&#233;, dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques ou occidentalis&#233;es d'aujourd'hui, il en va ici de notre incons&#233;quence en mati&#232;re animale comme il en va en mati&#232;re humaine : les impasses de la nouvelle sensibilit&#233; que j'appelle &#171; animaliste &#187;, en r&#233;f&#233;rence &#224; l' &#171; humanisme &#187; comme discours et id&#233;ologie, sont exactement les m&#234;mes que celles de ce dernier : l'incapacit&#233; &#224; placer nos actions et nos conduites sous l'autorit&#233; et le signe d'une l&#233;gislation unique. Sur nos plages m&#233;diterran&#233;ennes, pendant tout l'&#233;t&#233;, vous avez des surveillants de baignade dont c'est le boulot de faire en sorte que les vacanciers, qui sont g&#233;n&#233;ralement blancs et de type europ&#233;en, ne se noient pas. Et, &#224; quelques encablures de l&#224;, vous avez des migrants qui se noient parce qu'ils ne sont ni des vacanciers, ni des Blancs, ni des Europ&#233;ens au sens des papiers, de la culture et de la religion. Bref, l'humanisme (des sensibilit&#233;s humanitaires et des droits de l'homme, qui est pourtant la philosophie officielle de nos Etats et de la partie la plus &#233;clair&#233;e de nos soci&#233;t&#233;s) ne franchit pas ici la barri&#232;re de la couleur, de l'histoire coloniale et post-coloniale, du pr&#233;jug&#233; culturel ou religieux. Deux r&#233;gimes s'opposent, celui de la vie qu'il fait faire vivre et prot&#233;ger d'un c&#244;t&#233;, celui de la vie expos&#233;e voire carr&#233;ment abandonn&#233;e de l'autre. La seule diff&#233;rence entre les failles de l' &#171; humanisme &#187; contemporain et celles de l' &#171; animalisme &#187; d'aujourd'hui est que, dans le cas du second, les lignes de partage entre vie immunis&#233;e et vie expos&#233;e y sont plus nettement trac&#233;es : les animaux de boucherie, qui occupent dans cette configuration la place des migrants ne sont pas seulement abandonn&#233;s &#224; leur sort ou repouss&#233;s, ils sont vou&#233;s &#224; mourir, extermin&#233;s industriellement &#8211; en termes emprunt&#233;s &#224; Foucault, nous dirons que le parti thanatocratique, celui de la mise &#224; mort s'y affirme sans pouvoir se dissimuler. C'est la diff&#233;rence la plus notoire &#8211; les migrants ind&#233;sirables ne sont pas destin&#233;s &#224; devenir viande et &#224; &#234;tre mang&#233;s, ni &#171; absorb&#233;s &#187; d'une fa&#231;on ou d'une autre - juste rejet&#233;s de l'autre c&#244;t&#233; de la mer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pour le reste, c'est le m&#234;me d&#233;faut de fabrication qui affecte l' &#171; humanisme &#187; et l' &#171; animalisme &#187; : l'incapacit&#233; de faire pr&#233;valoir l'autorit&#233; de la l&#233;gislation unifiante (&#171; universelle &#187;) qui est celle de la valorisation de la vie sur l'effectivit&#233; pratique des partages &#171; terribles &#187; entre ce qui est vou&#233; &#224; &#234;tre prot&#233;g&#233;, voire choy&#233;, et ce qui peut ou doit mourir. On pourrait parler ici, pour ce qui est de nos relations aux animaux, de l'existence d'un &lt;i&gt;sur-racisme&lt;/i&gt; &#8211; celui qui nous incline &#224; consid&#233;rer comme &#171; normal &#187; ou inexorable qu'on extermine les animaux-viande comme nous le faisons et qui constitue le pendant exact de la bienveillance ou la bont&#233; exacerb&#233;es que nous manifestons, le plus souvent, dans notre relation &#224; nos animaux domestiques ou &#224; certaines esp&#232;ces prot&#233;g&#233;es. En d'autres termes, de la m&#234;me fa&#231;on que ce qui sonne le glas de l'anthropocentrisme occidental est l'incapacit&#233; croissante &#224; nommer ce qui constituerait &#171; le propre de l'homme &#187;, un mantra de la philosophie occidentale et qui, depuis quelque temps d&#233;j&#224;, amuse beaucoup les &#233;thologues, de la m&#234;me fa&#231;on, nous &#233;chouons de mani&#232;re croissante &#224; &#233;noncer ce que serait un &#171; propre &#187; de l'animal &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt;. C'est, entre autres choses, que nous ne pouvons plus, de moins en moins, &#234;tre dans nos propres syst&#232;mes de croyances et de repr&#233;sentations, sans pouvoir, naturellement, retrouver des assises ou nous reterritorialiser du c&#244;t&#233; de ceux des autres. Quand je lis par exemple chez Descola que les Indiens de l'Amazonie aupr&#232;s desquels il a appris son m&#233;tier consid&#232;rent les animaux qui importent pour eux, y compris ceux qu'ils chassent, comme des parents, je suis &#233;videmment davantage s&#233;duit que lorsque je r&#233;vise en compagnie de Simondon la th&#233;orie des animaux-machines de Descartes. Pour autant, je ne peux pas me greffer dans le cerveau le logiciel des Indiens &#8230; et me mettre tout &#224; coup &#224; traiter les bouvreuils qui viennent picorer dans mon jardin comme des cousins... Le mieux que je puisse faire, c'est de ne pas leur l&#226;cher mes chats dessus. J'en reviens donc &#224; ce qui me para&#238;t constituer le trait dominant, &#233;crasant m&#234;me, de notre condition dans la relation au monde animal : le caract&#232;re d&#233;sormais totalement h&#233;t&#233;roclite et &#233;clat&#233;, plus que jamais, des repr&#233;sentations, des discours et des syst&#232;mes normatifs que nous y attachons, ceci d&#233;coulant notamment, comme le rappelle fortement John Berger dans son petit livre pr&#233;curseur (Merci Catherine !) au fait que les modes de classification et de hi&#233;rarchisation des animaux enracin&#233;s dans des pratiques humaines imm&#233;moriales ont &#233;t&#233; boulevers&#233;s par la massive &lt;i&gt;d&#233;mobilisation des animaux&lt;/i&gt; qui s'est produite depuis un si&#232;cle, dans nos soci&#233;t&#233;s : nous n'avons plus besoin d'eux comme animaux de portage et de trait, nous n'avons plus besoin d'eux pour faire la guerre, la majorit&#233; d'entre nous ne chasse pas et n'a plus besoin de chiens et de chevaux pour ce faire, nous n'avons plus peur des animaux f&#233;roces, nous n'ont plus tellement besoin d'eux pour monter la garde et nous n'avons m&#234;me plus un besoin &lt;i&gt;vital&lt;/i&gt; d'eux pour nous nourrir. Tout ceci est all&#233; tr&#232;s vite : &#224; la fin du XIX&#176; si&#232;cle, il y avait encore des chiens de trait dans les rues de Bruxelles, des chevaux dans les profondeurs des mines de charbon, pendant la Premi&#232;re guerre mondiale, la cavalerie n'avait pas encore &#233;t&#233; enti&#232;rement supplant&#233;e par les tanks, les tracteurs n'avaient pas encore fait leur apparition dans nos campagnes et un repas sans viande &#233;tait un repas de pauvre. La d&#233;mobilisation des animaux, leur &#233;loignement des formes dominantes de la vie humaine, compens&#233;e de fa&#231;on tr&#232;s partielle seulement par la &#171; mont&#233;e &#187; de l'animal domestique, dans les villes, tout ceci n'a pas seulement contribu&#233; &#224; distendre la relation entre humains et animaux, mais &#224; d&#233;manteler le syst&#232;me traditionnel de perception de ces derniers fond&#233; sur des taxinomies et des hi&#233;rarchies tout &#224; fait distinctes. Le lien &lt;i&gt;vital&lt;/i&gt; &#224; l'animalit&#233; a &#233;t&#233; bris&#233;, de cette fa&#231;on, quand bien m&#234;me celui-ci &#233;tait tiss&#233; dans un fil qui nous appara&#238;t aujourd'hui assez barbare, je vais y revenir dans la derni&#232;re proposition. C'est cette d&#233;chirure qui constitue la toile de fond de ces fuites dans l'imaginaire, certaines ouvertement fascistes et d'autres juste un peu &lt;i&gt;neuneu&lt;/i&gt; auxquelles on assiste aujourd'hui, &#224; propos du loup (qui est devenu, en France, le pur et simple &#233;quivalent fantasmagorique animal du migrant clandestin et ind&#233;sirable) ou de ces festivals de viande de chiens se d&#233;roulant &#224; date fixe dans certaine ville du sud de la Chine et qui suscitent dans un pays comme le n&#244;tre une horreur sans fin (barbares asiatiques !) , &#224; l'heure m&#234;me o&#249; pas grand monde ne s'&#233;meut de ce qu'une majorit&#233; de d&#233;put&#233;s (c'&#233;tait encore sous la l&#233;gislature pr&#233;c&#233;dente) rejette le projet de loi visant &#224; installer des cam&#233;ras de surveillance dans les abattoirs... Le chaos normatif et affectif dont je parlais plus haut, c'est &#231;a, entre autres choses : la perception de la souffrance animale (qui, selon certains sp&#233;cialistes, dans le monde anglo-saxon notamment, est suppos&#233;e &#234;tre le crit&#232;re des crit&#232;res sur lequel doit se r&#233;gler notre &#233;thique en la mati&#232;re) : le r&#232;gne sans partage des doubles, triples, quadruples standards, selon que l'animal concern&#233; nous est proche ou lointain, selon l'usage que nous en avons, les interactions que nous entretenons avec lui, les affects qu'il suscite spontan&#233;ment en nous, les traditions dans lesquelles nous nous situons, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Dans ses &lt;i&gt;M&#233;moires d'Outre-Tombe&lt;/i&gt;, &#233;voquant ses ann&#233;es d'enfance dans le ch&#226;teau de son p&#232;re, &#224; Combourg, Chateaubriand d&#233;crit cette sc&#232;ne : &#171; A huit heures, la cloche annon&#231;ait le souper. Apr&#232;s le souper, dans les beaux jours, on s'asseyait sur le perron. Mon p&#232;re, arm&#233; de son fusil, tirait les chouettes qui sortaient des cr&#233;neaux &#224; l'entr&#233;e de la nuit &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si quelques chose est susceptible de nous g&#234;ner aujourd'hui dans cette br&#232;ve &#233;vocation, ce n'est pas seulement parce que les chouettes sont pass&#233;es, selon les normes et sensibilit&#233;s en vigueur, du statut d'oiseau de mauvais augure que les paysans clouent aux portes de granges &#224; celui d'esp&#232;ce prot&#233;g&#233;e et d'animal r&#233;put&#233; utile, car se nourrissant de rongeurs et autres &#171; nuisibles &#187; (si nous avions le temps, il nous faudrait r&#233;fl&#233;chir ensemble &#224; cette partition d'une partie au moins du r&#232;gne animal en utiles et nuisibles, et &#224; la crise de celle-ci). Si quelque chose nous dit que cette sc&#232;ne est dat&#233;e et est devenue incorrecte, c'est, plus radicalement parce que nous sommes de plus en plus r&#233;tifs &#224; admettre que l'on puisse s'amuser &#224; tuer des b&#234;tes, en tuer pour se distraire, les tuer pour tuer le temps. C'est donc qu'il y a bien un &#171; probl&#232;me &#187; avec l'acte m&#234;me de tuer, y compris un animal. Il y a la mani&#232;re de tuer, les circonstances de la mise &#224; mort,il y a l'esp&#232;ce &#224; laquelle appartient &#224; la b&#234;te, mais il n'y a pas que &#231;a : bien s&#251;r, quand le &#171; grand &#233;crivain &#187; Hemingway raconte, dans ses r&#233;cits de chasse au gros gibier en Afrique le vif plaisir qu'il a pu &#233;prouver &#224; abattre un &#233;l&#233;phant d'une balle de gros calibre juste dans l'oeil et, vraiment, &#171; juste pour le plaisir &#187;, le lecteur moyen d'aujourd'hui a un petit haut-le-coeur et peut &#234;tre, &#233;ventuellement, tent&#233; de mettre le livre de c&#244;t&#233; (&lt;i&gt;En ligne&lt;/i&gt;, Folio). Mais, bien au del&#224; de tout ce qui appara&#238;t vraiment dur &#224; avaler dans cette description, il y a cette aversion qu'un nombre croissant de nos contemporains &#233;prouvent, dans des pays comme le n&#244;tre, pour la chasse ou la corrida. Et si cette tendance se d&#233;crit ais&#233;ment en termes de sensibilit&#233;, voire pour certains de sensiblerie, ce mode de description peut &#234;tre tout &#224; fait r&#233;ducteur et m&#234;me devenir l'arbre qui cache la for&#234;t. Et &#171; la for&#234;t &#187;, c'est qu'en Occident au moins, comme l'a montr&#233; Norbert Elias, le proc&#232;s de la civilisation est, fondamentalement un proc&#232;s dans l'ordre des relations et des interactions entre humains, mais avec les autres vivants qui peuplent leur environnement, un processus de d&#233;violentisation, de &#171; pacification &#187; qui, entre autres, tend &#224; rendre toujours plus probl&#233;matique le fait d'administrer la mort, l'action ou le geste de tuer, sans entrer dans de longs circuits bureaucratiques ou de type militaire, de tuer directement, de ses mains, avec un couteau, une lance, une arme &#224; feu, etc. Dans toutes les soci&#233;t&#233;s de type occidental, o&#249; pr&#233;dominent les modes de vie urbains et o&#249; l'Etat se porte garant de la paix sociale, les crimes de sang ont massivement diminu&#233; depuis le XIX&#176; si&#232;cle. A l'&#233;vidence, cette d&#233;-banalisation de l'acte ou du geste de tuer affecte nos relations avec les animaux aussi &#8211; la plupart d'entre nous serait bien incapable d'&#233;gorger un lapin ou un canard, quand nous avons un vieux chien ou un vieux chat &#224; faire euthanasier, nous nous en remettons, bien s&#251;r, &#224; la piq&#251;re administr&#233;e par le v&#233;t&#233;rinaire et pour le reste, moins nous en savons sur ce qui se passe dans les abattoirs, mieux nous nous portons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, il est bien difficile de nier que, d'un point de vue purement analytique et descriptif, &#171; se civiliser &#187;, &#234;tre partie prenante de mani&#232;re active du proc&#232;s de la civilisation, en tant qu'individu lambda, c'est apprendre, entre beaucoup d'autres choses, &#224; suspendre le geste de tuer, &#224; le sublimer, &#224; s'en d&#233;tourner comme on le fait d'un d&#233;sir suspect et obscur &#8211; une pulsion ou une compulsion, plut&#244;t. On touche ici un point essentiel : nous parlons ici de questions qui nous engagent non seulement dans nos id&#233;es, nos croyances ou nos convictions, mais directement dans notre mode de vie, nos usages quotidiens, et c'est ici, pr&#233;cis&#233;ment, que les discussions peuvent &#234;tre un peu tendues. Quand j'avais une trentaine d'ann&#233;es, un ami m'a initi&#233; au cours de vacances au bord d'une mer poissonneuse aux joies de la p&#234;che sous-marine, une activit&#233; viriliste &#224; laquelle j'ai rapidement pris go&#251;t et pratiqu&#233;e pas mal de temps, ici ou l&#224;, prenant un plaisir intense &#224; plonger avec mon fusil-harpon, &#224; traquer mes proies, &#224; leur faire passer une fl&#232;che &#224; travers le corps, &#224; les remonter &#224; la surface, les remonter fi&#232;rement sur le bateau, etc. J'ai renonc&#233; &#224; cette pratique &#171; sportive &#187; nullement motiv&#233;e par le d&#233;sir de manger du poisson &#8211; d&#232;s qu'il &#233;tait sur le bateau en plein soleil, j'en trouvais l'odeur &#233;coeurante &#8211; lorsque j'ai compris que j'avais l&#224; un petit probl&#232;me avec moi-m&#234;me &#224; analyser, la mont&#233;e d'adr&#233;naline quand le harpon transperce le poisson et que son sang commence &#224; l'aur&#233;oler en se r&#233;pandant dans la mer...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble qu'en renon&#231;ant &#224; cette activit&#233; barbare, je me suis civilis&#233;. Bien s&#251;r, on ne renonce pas si facilement &#224; la qu&#234;te de troph&#233;es, mais celle-ci peut &#234;tre en quelque sorte sublim&#233;e et stylis&#233;e &#8211; d&#233;sormais, je collectionne les plumes de rapaces que je trouve lors de mes promenades sur les sentiers et ceux qui connaissent ma retraite au village savent que j'en fais le meilleur usage. Dans son acception la plus g&#233;n&#233;rale et extensive, la suspension de l'action de tuer, le devenir probl&#233;matique du geste qui la conduit, cela fait partie int&#233;grante du proc&#232;s de la civilisation &#8211; et comme, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, nous tuons beaucoup plus d'animaux que d'&#234;tres humains, dans nos soci&#233;t&#233;s, cette question est devenue br&#251;lante au seuil de civilisation que nous avons atteint et elle le deviendra toujours davantage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, la suspension progressive du geste de tuer a toutes de contreparties qui sont loin d'&#234;tre toutes &#233;clair&#233;es et glorieuses : les braves gens abandonnent leurs animaux domestiques le long des routes, &#224; d&#233;faut d'avoir le courage de les tuer. Le proc&#232;s de la civilisation est un processus par d&#233;finition ambigu, voire ambivalent. Il doit &#234;tre analys&#233; sous un angle rigoureusement sociologique et anthropologique, sans &#234;tre plac&#233; a priori sous le signe de l'id&#233;ologie progressiste. Ce qui importe, c'est l'&#233;volution et les mutations des syst&#232;mes de normes. Pour le reste, et pour paraphraser un auteur c&#233;l&#232;bre, il y a toujours du &#171; malaise &#187; dans le proc&#232;s de civilisation.&lt;br class='autobr' /&gt; Bien s&#251;r encore, ce que je dis l&#224; laisse de c&#244;t&#233; deux questions essentielles que je n'ai pas le temps d'aborder : la sp&#233;cificit&#233; du domaine politique humain (une politique qui viserait &#224; exclure de son champ la mise &#224; mort, sous quelque forme que ce soit, est impensable) et d'autre part, l'enracinement toujours plus irr&#233;versible dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines de la mise &#224; mort en masse et &#224; distance &#8211; qu'il s'agisse de la famine comme arme de guerre consid&#233;rablement perfectionn&#233;e au XX&#176; si&#232;cle ou de l'abattage industriel des animaux, loin du regard de ceux qui en consomment la viande. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment au point d'intersection des deux tendances en conflit que surgit le probl&#232;me, potentiellement explosif, &#224; propos de la consommation de la viande : ceux qui continuent &#224; en manger ne peuvent le faire dans leur majorit&#233; qu'&#224; la condition de ne pas &#234;tre impliqu&#233;s directement dans la mise &#224; mort des animaux dont ils vont d&#233;guster des parties. Ils sont, non moins que les v&#233;g&#233;tariens de toutes ob&#233;diences, partie prenante du proc&#232;s de la civilisation qui tend &#224; les rendre allergiques &#224; la forme de violence sp&#233;cifique qu'implique la mise &#224; mort directe &#8211; f&#251;t-elle celle d'un oisillon ou d'un chaton. Mais &#233;craser un h&#233;risson ou m&#234;me un li&#232;vre sur une route de campagne, c'est une tout autre affaire &#8211; c'est pas moi, c'est la machine... Les routes et autoroutes sont des charniers et des n&#233;cropoles &#224; animaux qui font du Benjamin sans le savoir, comme vaincus du &#171; progr&#232;s &#187;, en passant litt&#233;ralement sous les roues du char de la civilisation de la vitesse &#224; laquelle les contemporains se sont vou&#233;s. Qu'ils le veuillent ou non, ceux qui continuent &#224; manger de la viande, issue dans l'immense majorit&#233; des cas de l'abattage industriel, sont pris dans l'oeil du cyclone de ce que j'ai appel&#233; le chaos normatif . L'unique fa&#231;on pour eux de l'accommoder du chaos normatif, c'est &#233;videmment de s'&#233;tablir dans ce qui, depuis la Premi&#232;re guerre mondiale au moins, constitue l'attitude fondamentale gr&#226;ce &#224; laquelle nous autres Occidentaux parvenons &#224; coexister avec l'intol&#233;rable sous les esp&#232;ces vari&#233;es &#8211; l'ignorance volontaire ou, plus exactement, ce que j'appelle la distraction, entendue comme le fait de ne pas &#171; vouloir savoir &#187; ce que l'on sait n&#233;anmoins fort bien, de le &#171; mettre de c&#244;t&#233; &#187;, de &#171; pr&#233;f&#233;rer ne pas y penser &#187;, sur le mode de l'inertie active de Bartleby, de le laisser &#171; flotter &#187; entre m&#233;moire et oubli afin de ne pas avoir &#224; en inscrire la connaissance dans les conduites. La distraction, entendue en ce sens, c'est ce qui est requis pour que les contemporains ne d&#233;sertent pas les formes de vie modernes dans lesquelles ils sont install&#233;s et dont le propre est de faire la part belle avec toutes sortes de figures, &#233;tats de fait, situations avec lesquels n'importe quel sujet humain pla&#231;ant son existence sous le signe de la d&#233;cence morale sait qu'il est impossible de coexister et avec lesquelles il s'arrange pour coexister quand m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, c'est dans nos relations avec le domaine animal que se trouvent solidement &#233;tablis quelques uns des points de contention les plus douloureux de ce que l'on pourrait appeler l'intol&#233;rable structurel. Cela, tout le monde le sait, ceux qui ne veulent pas le savoir comme ceux qui en prennent en compte les cons&#233;quences, dans leur vie pratique pas moins que dans leurs pens&#233;es. Il faut le dire sans ambages : toute une fraction de notre humanit&#233;, en Occident notamment, ne veut rien savoir de ce qui se passe dans les abattoirs et les camps d'&#233;levage, ou sur les bateaux de p&#234;che industrielle, exactement de la m&#234;me fa&#231;on qu'elle ne veut rien savoir de ce qui se passe dans les mines du Congo Kishasa d'o&#249; est extrait le lithium indispensable au bon fonctionnement de leurs chers smartphones, comme elle ne veut rien savoir des conditions de vie de la population de Gaza. Cette distraction est une chose qui s'organise, politiquement, m&#233;diatiquement, car elle est, bien s&#251;r, une condition expresse pour que les populations demeurent &lt;i&gt;gouvernables&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Il n'est jamais facile de passer de ce qui constitue &lt;i&gt;tout un monde&lt;/i&gt; de repr&#233;sentations et de pratiques &#224; un autre. Les mondes anciens collent aux subjectivit&#233;s individuelles comme le chewing-gum aux semelles. Passer &#224; un autre r&#233;gime de &#171; conversation &#187; sur un sujet aussi vital que celui-ci, accepter d'en changer compl&#232;tement les termes, c'est &#233;videmment s'arracher &#224; soi-m&#234;me, &#231;a fait mal, &#231;a affecte les identit&#233;s et le rapport de chacun &#224; soi. Cela suscite, comme on dit, des r&#233;sistances, des d&#233;nis, cela fait lever des affects qui sont plus souvent n&#233;gatifs que positifs. Cela suscite des lev&#233;es de bouclier d'une violence et d'une stupidit&#233; dont on aurait jamais pu soup&#231;onner qu'elles puissent prendre forme avant que les contemporains soient au pied du mur. On d&#233;couvre alors que le supr&#233;macisme sp&#233;cique a encore de beaux jours devant lui, comme l'a le supr&#233;macisme blanc aux Etats-Unis et le supr&#233;macisme juif au Moyen-Orient. Je suis frapp&#233; par le degr&#233; d'agressivit&#233; et le niveau de sottise que peut faire appara&#238;tre, dans nos milieux, ceux de la classe moyenne, voire de la classe moyenne tr&#232;s &#233;duqu&#233;e et dite intellectuelle, le simple fait de d&#233;clarer, &#224; l'occasion d'un ap&#233;ro ou d'un repas en ville ou &#224; la campagne : &#171; Je ne mange pas de charcuterie, je ne mange pas de viande &#187; &#8211; rien de plus. Il n'y a pas plus d'un mois de cela, il a suffi, en une telle occasion, que j'&#233;carte d'un geste de la main le plat de petits p&#226;t&#233;s &#224; la viande pour que ma voisine et amie de longue date, une psychanalyste de bonne renomm&#233;e, grande lectrice et politiquement avertie (elle a il y a quelques ann&#233;es commenc&#233; &#224; prendre des cours d'arabe en guise de protestation muette contre le cours des choses), il a donc suffi que je fasse ce geste furtif autant que machinal pour qu'elle l&#226;che d'un ton acerbe : &#171; Et ce melon, alors, il n'a pas souffert quand on l'a cueilli, et ces anchois, etc. &#187;. Le lendemain, le gendre de cette amie, un distingu&#233; professeur agr&#233;g&#233; de droit, s'apitoyait sur mon compte, alors que je m'activais &#224; tenter de ravigoter un chat terroris&#233;, affam&#233; et transi que j'avais ramass&#233; au bord d'un chemin &#8211; &#171; N'oublie pas, me dit-il d'un ton d'autorit&#233; d&#233;finitive, que ce ne sont que des choses ! &#187; &#8211; allusion &#224; la d&#233;finition traditionnelle, en droit positif, des animaux domestiques et autres &#233;l&#233;ments de cheptel comme des biens mobiliers... Ce ton, mi-p&#233;remptoire mi-blagueur est celui de la restauration en marche. Le message qu'il v&#233;hicule est distinct : quelles que soient les sommations que nous recevons dans le pr&#233;sent &#224; avoir &#224; changer nos fa&#231;ons de penser, voir, sentir et agir dans nos relations avec le monde animal, nous ne changerons rien &#224; nos habitudes, nous camperons sur &#171; la tradition &#187;, nous continuerons &#224; &#234;tre, dans le tr&#233;fonds de nous-m&#234;mes, ce que sont nos habitudes !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que je soup&#231;onne d'ailleurs &#224; ce propos, c'est que ceux qui ne changent rien &#224; leurs habitudes de consommation de la viande aujourd'hui, ce qu'ils aiment vraiment, ce sont les premi&#232;res plut&#244;t que la seconde. Parce que mes habitudes, c'est mon moi-moi, le degr&#233; z&#233;ro de l'identit&#233; propre, le narcissisme ent&#234;t&#233; du &#171; moi-je fais comme &#231;a ! &#187; et je n'ai pas l'intention d'en changer, parce que &#231;a, c'est moi et tellement moi ! Que p&#233;risse le monde, plut&#244;t que mes habitudes ! Cette obstination de l'habitude alimentaire, c'est un peu comme l'amour du fou pour sa folie : la fa&#231;on dont le fou, certains fous, du moins, sont amoureux fous de leur folie, au point de tout lui sacrifier &#8211; leurs amours, leur vie de famille, leur carri&#232;re, leur sant&#233;, etc., ceci pour la simple &#171; raison &#187;, si l'on peut dire, qu'ils voient dans leur folie la quintessence de leur &#171; propre &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au pied ! Assis ! Et pas bouger !</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=641</link>
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		<dc:date>2017-12-23T14:42:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;verine Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>violence</dc:subject>
		<dc:subject>biopolitique</dc:subject>
		<dc:subject>animal</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; Quand j'ai d&#233;cid&#233; de faire cette intervention, je me suis d'abord tourn&#233;e vers mon exp&#233;rience professionnelle (&#233;leveur de chiens et toiletteuse) mais je me suis aussi questionn&#233;e sur les rapports que j'entretiens depuis toute jeune avec les animaux. J'ai constat&#233; que si on me posait la question &#171; aimes-tu les animaux ? &#187; comme beaucoup d'entre nous, ma r&#233;ponse &#233;tait OUI ! OUI (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=88" rel="tag"&gt;biopolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=98" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand j'ai d&#233;cid&#233; de faire cette intervention, je me suis d'abord tourn&#233;e vers mon exp&#233;rience professionnelle (&#233;leveur de chiens et toiletteuse) mais je me suis aussi questionn&#233;e sur les rapports que j'entretiens depuis toute jeune avec les animaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai constat&#233; que si on me posait la question &#171; aimes-tu les animaux ? &#187; comme beaucoup d'entre nous, ma r&#233;ponse &#233;tait OUI ! OUI mais je les aimais comment en fait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai adopt&#233; au cours de ma vie beaucoup de petits et grands animaux. J'ai pr&#233;lev&#233; dans la nature, des escargots, des sauterelles, des oisillons, des souris. J'ai &#233;lev&#233; des perruches en voli&#232;res, nourris des chatons et des chiots au biberon, commenc&#233; une collection de poules naines (collection &#224; laquelle mes chiens ont mis fin rapidement en p&#233;n&#233;trant dans le poulailler) &lt;br class='autobr' /&gt;
Concernant les chiens,&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aime les avoir avec moi tout le temps, leur apprendre des tours, marcher dans les bois avec une meute de chiens autour &lt;strong&gt;de moi&lt;/strong&gt;, les faire naitre, les EDUQUER, les nourrir&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au pied assis et pas bouger, pourrait peut-&#234;tre r&#233;sumer ma fa&#231;on de les aimer ? Je ne suis pourtant pas dominatrice de caract&#232;re, je ne les maltraite pas (enfin pas comme on l'entendrait), bref j'aime les animaux ! Et j'en mange certain. Pourquoi ? Je ne sais pas. Quoique je tends &#224; en manger de moins en moins, j'&#233;volue&#8230;Comme d'ailleurs la domestication du chien (ou comme celle d'autre esp&#232;ces ) qui n'a jamais cess&#233; d'&#233;voluer principalement sous la patte de l'homme que ce soit directement ou pas)&lt;br class='autobr' /&gt;
Des essais de domestications sur des gazelles, des hy&#232;nes, des p&#233;licans, des couleuvres, des z&#232;bres ont &#233;t&#233; tent&#233;s, puis abandonn&#233;s faute de rentabilit&#233; ou parce que leur utilit&#233; disparaissait apr&#232;s une &#233;volution de la m&#233;canique (ce qui fut le cas par exemple des &#233;l&#233;phants d'Afrique).&lt;br class='autobr' /&gt;
Certaines esp&#232;ces qualifi&#233;es de &#171; marrons &#187;, terme qui provient de cimarron (th&#232;me d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; dans un pr&#233;c&#233;dant atelier) et qui veut dire esclave fugitif. En fait certains animaux emmen&#233;s sur d'autres continents se sont &#233;vad&#233;s des &#233;levages ou on tout simplement &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233;s en libert&#233; provoquant des cons&#233;quences diff&#233;rentes selon les &#233;poques et les lieux. Certains de ces animaux redevenus libres ont de nouveau &#233;t&#233; domestiqu&#233;s comme par exemple le cheval en Am&#233;rique du nord qui donnera plus tard le mustang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors en ce qui concerne le chien, je ne parlerai pas de l'&#233;volution du loup et de sa domestication, d'ailleurs &#224; ce sujet il semble que certains loups r&#233;implant&#233;s dans les alpes du sud se soient hybrid&#233;s ce qui pose des probl&#232;mes de statut de cet animal hybride (loup prot&#233;g&#233; et pas les hybrides) d'hybridation r&#233;cente concerne 1,5 % des animaux et celui d'hybridation plus ancienne 6 %. Ces hybrides sont issus du croisement de chiens avec des louves qui ont tr&#232;s probablement quitt&#233; leur meute. En dehors des probl&#232;mes d'attaque sur les troupeaux et du quota de chasse autoris&#233; sur les loups r&#233;gi par la convention de berne, je trouve tr&#232;s int&#233;ressant d'observer ce que les esp&#232;ces sont capables de faire sans les mains de l'homme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc je ne parlerai pas de l'&#233;volution des loups mais plut&#244;t de ce que nous avons fait des chiens. Depuis environ deux cent ans, nous jouons bien avec cette esp&#232;ce. Nous avions d&#233;j&#224; diversifi&#233; le type de chiens par utilit&#233;, pour la chasse, pour la garde, pour les combats, pour les troupeaux, et aussi pour la compagnie&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais d&#233;j&#224; en l'an 1000 avant notre &#232;re, en Chine, la mode des mini chiens avait fait son apparition. Par exemple, la cour imp&#233;riale s'enticha du happa, un petit chien trapu au nez &#233;cras&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En le croisant avec le bichon maltais, il donnera naissance au p&#233;kinois. Pour ce faire les Chinois ont brid&#233; la croissance de ce croisement en enfermant les chiots dans de minuscules cages et en leur &#233;crasant le museau avec un b&#226;ton en bois.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le produit de ce croisement qui donnera l'impulsion pour l'&#233;levage des petits chiens de race. En Europe la r&#233;volution industrielle au 19e si&#232;cle a &#233;t&#233; directement responsable de ce que l'on peut appeler une classe ouvri&#232;re de chiens.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_301 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture.png' width='500' height='855' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Chien de travail. Belgique. Entre 1890 et 1900 Beaucoup de paysans sont attir&#233;s par la ville, &#224; la recherche de travail. Les chiens deviennent de v&#233;ritables outils.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_302 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture2-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture2-2.png' width='500' height='737' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autant dire que tous ces animaux ont eu une existence empreinte de souffrance. Certains sont dress&#233;s pour tourner inlassablement les roues qui actionnent les broches des r&#244;tissoires ou les pompes &#224; eau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_303 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture3.png' width='500' height='1013' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Des boucheries f&#233;lines et canines ont exist&#233; &#224; Paris ! Faute de b&#339;uf, de porc ou de poulet, manger du chat ou du chien en France &#233;tait fr&#233;quent en temps de guerre ou de famine, tout comme l'&#233;tait la consommation de rat, de lapin, d'&#233;cureuil ou de ragondin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant la guerre franco-allemande de 1870, le march&#233; au chien se tenait &#224; Paris rue Saint-Honor&#233;. Et pendant la seconde guerre mondiale en Allemagne, les autorit&#233;s du Troisi&#232;me Reich ont contr&#244;l&#233; des boucheries canines jusqu'en 1943 !Le plus extraordinaire est qu'aujourd'hui en France rien n'interdit l&#233;galement la consommation de viande canine mais &#171; la Direction g&#233;n&#233;rale de la concurrence, consommation et r&#233;pression des fraudes peut cependant faire fermer un &#233;tablissement qui vendrait de la viande canine comme une autre viande &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but du 19e si&#232;cle &#233;merge en Europe et aux Etats-Unis la classe moyenne qui est typiquement urbaine. Cette classe est friande du chien dit &#171; animal de compagnie &#187;. Ce dernier est d&#233;j&#224; choy&#233; par l'Aristocratie. En parall&#232;le, les paysans qui arrivent en ville pour trouver du travail sont accompagn&#233;s de leurs chiens. Ces grands chiens, jusque-l&#224; habitu&#233;s &#224; la vie en plein air, se retrouvent confin&#233;s dans des appartements exigus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu &#224; peu, on d&#233;cide de ne plus d&#233;finir les chiens en fonction des t&#226;ches qu'ils effectuent mais plut&#244;t sur leurs caract&#233;ristiques physiques. En 1873 est fond&#233;e la fondation du Kennel Club britannique, en 1884 l'American Kennel Club et en 1888, le Canadian Kennel Club.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces associations sont consacr&#233;es &#224; la promotion et &#224; la sauvegarde des races. Les chiens sont inscrits sur des registres. On y mentionne la race mais &#233;galement toute la lign&#233;e reproductrice.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; partir de la moiti&#233; du 19e si&#232;cle que les &#233;leveurs et les vendeurs organisent les premi&#232;res expositions. Ils y font admirer les nouvelles vari&#233;t&#233;s issues de s&#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_304 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture4.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture4.png' width='500' height='698' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir particip&#233; personnellement &#224; des expositions canines avec CHIENS d'&#233;levage, je vous assure que c'est pas une partie de plaisir pour les chiens, tout comme les conditions d'&#233;levage des chiens en g&#233;n&#233;ral. Les animaux sont entrain&#233;s durant des heures avant, pour avoir une d&#233;marche rythm&#233;e &#224; une certaine vitesse t&#234;te lev&#233;e, et oblig&#233;s de garder cette fameuse position statique qui n'a rien de naturelle pour eux. Les chiens peuvent &#234;tre affam&#233;s pendant plusieurs jours avant, pour perdre un peu de poids afin de correspondre au poids maximum autoris&#233; dans sa race ou alors gav&#233;s &#224; l'inverse par sonde, entrain&#233;s et attach&#233;s sur des tapis de course.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_305 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture5.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture5.png' width='500' height='923' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;L'attente est longue en cage dans des hall d'expo surchauff&#233;, apr&#232;s avoir fait des centaines de km en voiture toujours en cage, et gare &#224; celui qui ne se tiendra pas correctement durant les quelques minutes que dure la d&#233;monstration devant le juge !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_306 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture6.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture6.png' width='500' height='833' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Quant aux participants humains si on peut utiliser ces thermes c'est une v&#233;ritable ar&#232;ne o&#249; l'on peut croiser une multitude de personnalit&#233;s. Jalousie, indiscipline, impolitesse, bagarres, grossi&#232;ret&#233;, coup bas m&#234;me sur les chiens des autres exposants avec empoisonnement. On laisse son chien attaquer l'autre (un coup de crocs sur une patte et voil&#224; un concurrent de moins, charmes sur les juges, copinage int&#233;ress&#233;&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_307 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture7.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture7.png' width='500' height='947' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;A quoi sert tout &#231;a ? &#192; obtenir des points suivant des crit&#232;res &#233;tablis par les clubs de races et ainsi expirer vendre plus de chiots ou de saillie certes mais aussi certainement &#224; faire grimper les ego des propri&#233;taires qui pr&#233;sentent ces chiens. Mon chien pr&#233;sente tous les crit&#232;res d'un champion, je le suis aussi. Tant pis pour les folies de la s&#233;lection (mort pr&#233;matur&#233;, chiens ne pouvant plus communiquer avec ces cong&#233;n&#232;re, maladie&#8230;), c'est pour le bien de la race selon beaucoup de cynophile et de club de race.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vais maintenant vous pr&#233;senter quelques races de chiens qui ont subi de fortes &#233;volutions dans leur caract&#233;ristique physique. Mais il faut savoir que tous ces croisements ont vraiment occasionn&#233; des probl&#232;mes graves de sant&#233; pour beaucoup de races canines. Dysplasies de la hanche ; yeux volumineux et pro&#233;minents, d&#233;veloppement d'ulc&#232;res et de luxations ;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_308 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture8.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture8.png' width='500' height='1039' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_309 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture9.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture9.png' width='500' height='1049' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;probl&#232;mes dorsaux des chiens aux dos trop longs comme le teckel ou le basset hound ; Brachyc&#233;phalie extr&#234;me et son cort&#232;ge d'affections respiratoires ;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_310 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture10.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture10.png' width='500' height='959' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;abondance de plis, source de diverses affections cutan&#233;es chez le shar pe&#239; ;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_311 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture11.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture11.png' width='500' height='725' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_document_312 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture12.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture12.png' width='498' height='1375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;dysplasie du berger allemand dont on a abaiss&#233; &#224; l'extr&#234;me l'arri&#232;re-train... Les exemples sont nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_313 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture13.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture13.png' width='500' height='861' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'hypertype est indissociable de l'exc&#232;s de consanguinit&#233;. Il est donc urgent de revoir les modalit&#233;s de la s&#233;lection. Le cas &#233;ch&#233;ant, certaines races de chien pourraient bien &#234;tre menac&#233;es de disparition. A tort ou a raison d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_314 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture14.png' width='500' height='969' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Op&#233;rer une s&#233;lection raisonnable et compatible avec le bien-&#234;tre de l'animal est aujourd'hui en passe de devenir un objectif d'&#233;levage prioritaire. Sans pour autant aller vers une uniformisation des races, cette s&#233;lection plus &#233;thique semble m&#234;me indispensable &#224; leur survie, d'autant que le contexte l&#233;gislatif actuel, centr&#233; sur le bien-&#234;tre animal, pourrait bien &#234;tre &#224; l'origine un jour d'une interdiction de certaines races si leur type extr&#234;me est accus&#233; de nuire &#224; leur confort de vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_315 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture15.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture15.png' width='500' height='624' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_316 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture16.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture16.png' width='500' height='859' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'hypertype touche aussi les chiens d'apparence n&#233;ot&#233;nique (qui consiste &#224; donner une t&#234;te de chiot &#224; un adulte). Comme le cavalier king Charles dont la boite cr&#226;nienne est trop petite pour contenir son cerveau. Les hypertypes touchent &#233;galement le chat Persan, le cheval arabe, les animaux d'&#233;levage comme les vaches laiti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_317 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture17.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture17.png' width='500' height='794' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Encolure DE CYGNE chanfrein concave, de nombreux v&#233;t&#233;rinaires et chercheurs se sont exprim&#233;s contre l'hypertype, en estimant qu'il produit des &#171; monstres &#187;, compromet le bien-&#234;tre animal &#224; court terme et la survie m&#234;me des races hyper typ&#233;es &#224; long terme. Au-del&#224; de l'hyper type c'est donc peut &#234;tre toute la philosophie de l'animal de race qu'il faudrait revoir en oubliant les ph&#233;nom&#232;nes de mode, qui mettent en avant les minis chiens, la n&#233;ot&#233;nie etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; de telles menaces, et quand on sait qu'une assurance sant&#233; animale est par exemple deux fois moins ch&#232;re pour un chien crois&#233; que pour un bulldog, le bon vieux b&#226;tard n'a pas dit son dernier mot... Le vrai chien, disait Raymond Coppinger biologiste et sp&#233;cialiste du comportement canin, entre autres le vrai chien, est celui qui vit aux abords des villages, dans les d&#233;charges. Il est proche de l'homme et de ses ressources, il se reproduit en respectant la s&#233;lection naturelle qui &#233;limine g&#233;n&#233;ralement, sur plusieurs g&#233;n&#233;rations, les probl&#232;mes de sant&#233; g&#233;n&#233;tique. C'est un b&#226;tard comme on dit, un chien qui est donc juste ce qu'il est, un chien adapt&#233; &#224; son environnement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; Jean S&#233;bastien Steyer, docteur en pal&#233;ontologie, chercheur au CNRS, et rattach&#233; au Mus&#233;um National d'Histoire Naturelle il nous dit : &#171; En bons primates &#233;gocentriques, nous percevons l'&#233;volution comme une augmentation de la complexit&#233; car nous tr&#244;nons sur notre branche. Or dans l'arbre de la vie, aucune esp&#232;ce n'est plus complexe ni plus &#233;volu&#233;e qu'une autre, mais toutes sont diff&#233;rentes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UN CHIEN POUR QUOI ET POUR QUI &lt;br class='autobr' /&gt;
Les chiens n'ont qu'un d&#233;faut : ils croient aux hommes (Elian J. finbert &#233;crivain animalier).&lt;br class='autobr' /&gt;
La relation du chien envers l'homme a toujours &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;tudi&#233;e, analys&#233;e, mais qu'en est-il de la relation de l'homme envers le chien ? Les chiens ont d&#233;j&#224; tant de difficult&#233;s &#224; se comprendre entre eux ! Leur langage est atrophi&#233; en comparaison des loups entre eux. Les chiens eux parlent humain... Tout futur &#171; ma&#238;tre &#187; - Partie d'une d&#233;finition du terme ma&#238;tre : &#171; le Ma&#238;tre est un propri&#233;taire (propri&#233;taire d'un chien, d'une maison ou d'un esclave) &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc tout futur maitre devrait se poser plusieurs questions avant d'adopter un animal domestique.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi ai-je besoin ou envie d'un animal a mes cot&#233; : solitude, besoin d'un outil de travail, besoin de dominer, r&#233;pondre a une mode, par impulsions devant une vitrine&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quelle esp&#232;ces choisir ( chien chat furet lapin cheval...)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi cette race
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Est-ce compatible avec avec mon style de vie(sportive, temps libre, budget, enfants patience&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acte d'adopter un animal et le choix de l'esp&#232;ce ou de la race est souvent li&#233;e &#224; une exp&#233;rience pass&#233;e qu'elle soit bonne ou mauvaise . Ou alors ce choix r&#233;pond &#224; une mode, soulign&#233;e par les m&#233;dias&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_318 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture18.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture18.png' width='500' height='908' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;(h&#233;ros de film comme Rintintin ou Lassie, de dessin anim&#233;, Les 101 dalmatiens &#233;mission tv, pub)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_319 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture19.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture19.png' width='500' height='834' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_320 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture20.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture20.png' width='500' height='934' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec comme cons&#233;quence des choix d'animaux non appropri&#233;s au style de vie. Il y a eu des dalmatiens abandonn&#233;s pendant plusieurs ann&#233;es &#224; la suite de cette mode Walt Disney. De plus pour r&#233;pondre &#224; la demande d'un chien &#224; la mode, les &#233;leveurs &#171; produisent &#187; beaucoup en croisant souvent n'importe quelle reproducteurs. Ce qui a donn&#233; des lign&#233;es enti&#232;res de chiens agressifs ou peureux ou avec des tares importante. Donc abandon, puis souvent reprise d'un autre animal &#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me rappelle qu'une amie qui &#233;levait des Jack Russel petit chien ratier, s'&#233;tait retrouv&#233;e &#224; g&#233;rer des appels r&#233;guliers de personnes qui lui demandaient &#171; avez-vous un chien comme &#224; la tv avec Dechavanne vous savez celui qui fait des tours et qui a un &#339;il marron ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'est battue longtemps contre ce genre d'int&#233;r&#234;t pour la race qu'elle &#233;levait avec passion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais comme n'importe quel autre produit &#224; la mode les gens ne voulaient pas un chien pour ce qu'il &#233;tait mais pour ce qu'il repr&#233;sentait, comme un jouet, une chose, un objet &#224; avoir. R&#233;sultat : pendant des ann&#233;es les fourri&#232;res et refuges &#233;taient d&#233;bord&#233;s par les abandons de Jack Russel. Les gens les abandonnaient car les chiens faisaient trop de d&#233;g&#226;ts chez eux, un terrier en appart &#231;a d&#233;m&#233;nage. Et puis, bizarre, il &#233;tait moins dr&#244;le que celui de la tv, il ne faisait pas de tour&#8230;. C'est vrai quoi, on a achet&#233; un chien 1500 E, pour avoir le m&#234;me que l'on a vu &#224; la tv. Les contrats de ventes &#233;taient encore r&#233;dig&#233;s avec l'ancien article qui consid&#233;rait l'animal comme un meuble. Donc le chien se devait d'&#234;tre conforme au mod&#232;le !!&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans mon salon de toilettage j'essaie de jongler avec les demandes des clients et le respect de l'animal. La grande partie de mes clients ne connaisse pas les besoins r&#233;els de leurs chiens, ou alors ils n'en tiennent pas compte. Ils ne connaissent pas non plus de limite dans leur propre envie de se faire plaisir au d&#233;triment des besoins &#233;l&#233;mentaires de l'animal. Nous avons cr&#233;&#233; des races de chiens de compagnie afin de pouvoir combler nos manques affectifs, nos envie de c&#226;liner, prot&#233;ger, prendre soins de quelqu'un, se sentir utile&#8230; Le toilettage du chien quoique certains en pensent est pour plein de races n&#233;cessaire au bien &#234;tre de celui-ci. Prenons l'exemple du caniche, ces poils ont &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;s afin de le prot&#233;ger de l'eau lors des anciennes parties de chasse au canard, mais si on ne le coupe pas r&#233;guli&#232;rement que deviendrait le caniche ? Un amas de poils tout coll&#233;s ne laissant plus la peau du chien respirer, les yeux enti&#232;rement recouverts de poils, marchant sur des chaussons de poils, la gueule quasiment referm&#233;e par les poils m&#234;l&#233;s au salissure. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est de temps en temps des chiens dans ces &#233;tats l&#224; qui arrivent au salon, yeux recouverts de pus, anus bouch&#233;s par des sacs de poils remplis de crottes, ongle retourn&#233;, rong&#233; par des centaines de puces. Ces animaux ne sont pas reclus au fond d'un jardin, non non, ils vivent dans la maison avec leurs ma&#238;tres, peut-&#234;tre sur le canap&#233; ou dans leurs lit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En parlant de l'acc&#232;s au lit j'aime bien ces deux petits dessins :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_321 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture21.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture21.png' width='500' height='1043' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_322 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture22.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture22.png' width='500' height='1085' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On peut vraiment se demander pourquoi beaucoup de personnes cherchent &#224; avoir un animal adulte mais avec des caract&#233;ristique de chiot. Dans ma client&#232;le j'ai tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement des propri&#233;taires de chiens qui me demande des coupes &#171; bb &#187;, &#171; puppy &#187;, &#171; nounours &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'amuse quelques fois &#224; leur demander si pour la coupe bb c'est un coupe bb chien ou bb humain qu'ils souhaitent&#8230; j'aimerais bien leur demander aussi pourquoi ils souhaitent maintenir leurs chiens dans une posture de chiot, ils l'ont peut &#234;tre fait avec leurs enfant aussi&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'alimentation animale est un autre exemple. Je crois que nous n'avons jamais vraiment respect&#233; les besoins alimentaires des animaux. Que ce soit les animaux d'&#233;levage ou de compagnie qui se retrouvent depuis une quarantaine d'ann&#233;es a manger des croquettes. Aliments qui contiennent (en premier ingr&#233;dient du mais, du bl&#233;, suivi, de la betterave et en g&#233;n&#233;ral 5 &#224; 10 % de viandes et par viande je veux dire des d&#233;chets, raclures de carcasse, tendons nerf&#8230; (au passage c'est quasiment les m&#234;mes ingr&#233;dients que dans les nuggets !) )&lt;br class='autobr' /&gt;
La partie carn&#233;e, g&#233;n&#233;ralement sous la forme de farine de viandes, dont la provenance est occult&#233;e, ainsi que les graisses animales entrant dans la composition des croquettes sont achet&#233;es aupr&#232;s de soci&#233;t&#233;s d'&#233;quarrissages. Ces soci&#233;t&#233;s ont comme vocation primaire de valoriser toutes les parties des animaux qui leur sont amen&#233;es. Animaux de fermes malades ayant &#233;t&#233; trait&#233;s par des m&#233;dicaments divers dont des antibiotiques, euthanasi&#233;s pour des raisons diverses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ou alors ces soci&#233;t&#233;s d'&#233;quarrissage re&#231;oivent les invendus provenant de diff&#233;rentes grandes surfaces. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour gagner du temps, certaines soci&#233;t&#233;s d'&#233;quarrissage ne prennent m&#234;me pas la peine d'enlever les emballages PLASTIQUE. Dans certains pays, les animaux, dont les chiens et chats euthanasi&#233;s par des v&#233;t&#233;rinaires, peuvent prendre le chemin de l'&#233;quarrissage pour &#234;tre transform&#233;s en farine de viande et en graisse animale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une alternative depuis quelques ann&#233;es le BARF Bones And Raw Foods (os et aliments crus) plus enclin &#224; respecter les carnivores chien chat furet&#8230; Il suffit de se rappeler que nos chiens, chats et furets sont encore des carnivores, signifiant logiquement qu'ils ne sont ni herbivores, ni omnivores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connait-on les cycles de chaleurs de la chienne par exemple ? On me dit souvent &#171; ma chienne a ses r&#232;gles ! ce qui a le don de m'&#233;nerver &#8230;.non pas parce que on attribue un terme r&#233;server &#224; la femme mais parce que le cycle et l'ovulation sont diff&#233;rents. J'ai une cliente qui focalise sur les chaleurs de sa chienne caniche toY de 2kg , d&#232;s que je la vois elle me demande de ne pas trop manipuler sa chienne vers la vulve car selon elle cela va l'exciter&#8230; La reproduction des animaux de compagnie pose beaucoup de questions aussi. Nous d&#233;testons avoir des animaux de compagnie qui d&#233;veloppent leur sexualit&#233;, l'animal qui se frotte &#224; nos jambes, celui qui renifle ou l&#232;che ses propres parties g&#233;nitales ou celles de son copain d'ailleurs, animal qui s'accouple devant nous, inceste&#8230; Nous essayons de faire disparaitre tous ces comportements, primaires et animaux qui nous d&#233;rangent. Ne dit-on pas &#171; faire l'amour comme des b&#234;tes &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc les animaux doivent &#234;tre st&#233;rilis&#233;s pour &#233;viter une surpopulation selon les v&#233;t&#233;rinaires des associations de d&#233;fense des animaux. Mais c'est aussi une fa&#231;on de contr&#244;ler les naissances et de continuer &#224; qualifier les races de &#171; chiens de race &#187;. Pas de croisement, pas de b&#226;tard&#8230; Respecte-t-on encore l'animal quand on le st&#233;rilise ? Et respecte-t-on l'animal quand on laisse les femelles &#234;tre saillies &#224; chaque chaleur ? Depuis deux ans la reproduction des animaux de compagnie est dirig&#233;e par une nouvelle ordonnance dans le cadre de la loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la for&#234;t (08/10/2015) applicable d&#232;s le 1er janvier 2016. Je cite : toute personne qui veut produire, et ensuite vendre, un chiot ou un chaton doit pr&#233;alablement se d&#233;clarer aupr&#232;s de la chambre d'agriculture et obtenir un num&#233;ro SIREN. L'objectif : dissuader les particuliers de faire faire des port&#233;es &#224; leur animal pour le loisir, et ainsi contribuer &#224; la lutte contre l'abandon en diminuant l'offre de chiots et chatons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, une d&#233;rogation sera possible pour les personnes produisant des animaux inscrits aux livres g&#233;n&#233;alogiques, dans la limite d'une port&#233;e par an par foyer fiscal. En lieu et place d'un num&#233;ro SIREN, ils se verront attribuer un num&#233;ro de port&#233;e par les livres g&#233;n&#233;alogiques !&lt;br class='autobr' /&gt;
Les avantages de cette ordonnance : &lt;br class='autobr' /&gt;
1 L'objectif est de dissuader les particuliers de faire reproduire de mani&#232;re irr&#233;fl&#233;chie des chiens et des chats pour se faire un compl&#233;ment de revenu non d&#233;clar&#233; (ou comment r&#233;cup&#233;rer encore un peu de pognon).&lt;br class='autobr' /&gt;
2 L'avantage pour les consommateurs, c'est qu'ils seront assur&#233;s que les installations qui h&#233;bergent les animaux sont conformes &#224; la r&#233;glementation et que les animaux sont d&#233;tenus dans des conditions conformes &#224; leurs imp&#233;ratifs biologiques (en quoi les animaux qui se reproduisent dans un &#233;levage sont plus heureux que ceux qui reproduisent chez un particulier ? Nombre d'&#233;levages d&#233;clar&#233;s avec autorisation ne sont jamais visit&#233;s par les services v&#233;t&#233;rinaires).&lt;br class='autobr' /&gt;
3 - Moins d'animaux disponibles par petites annonces donc moins d'abandons (moins d'abandons de chien sans pedigrees surtout).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pourrions aussi parler de l'industrie v&#233;t&#233;rinaire, culpabilisant au maximum les propri&#233;taires d'animaux : pression pour la st&#233;rilisation, pour les vaccins, les op&#233;rations en tous genres, l'acte d'euthanasie qui au passage n'est pas autoris&#233; dans tous les pays, du march&#233; fun&#233;raire, de la cosm&#233;tologie, de la mode&#8230;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voulons des animaux de compagnie beaux, propres, ob&#233;issants, fid&#232;les, qui nous aiment sans d&#233;tours. Une parfaite image de nous, ce que nous voulons montrer au monde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le chien est vecteur d'une image pour son maitre. En ayant telle ou telle race on montre quelque chose de nous. C'est d'ailleurs ce qu'ont compris certains chefs d'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_323 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture23.png' width='480' height='752' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Vladimir Poutine&lt;br class='autobr' /&gt;
Koni, un labrador noir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_324 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture24.png' width='500' height='667' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jacques Chirac&lt;br class='autobr' /&gt;
Sumo, un petit bichon maltais. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_325 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture25.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture25.png' width='500' height='917' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bill Clinton, &lt;br class='autobr' /&gt;
Buddy labradors chocolat, et Socks un chat.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_326 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture26.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture26.png' width='500' height='981' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;George Bush&lt;br class='autobr' /&gt;
Barney (dans les bras de George Bush) et Miss Beazly, deux scottish terrier. India, un chat &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_327 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture27.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture27.png' width='500' height='1065' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Val&#233;ry Giscard d'Estaing, &lt;br class='autobr' /&gt;
Jugurtha, un braque de Weimar.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_328 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture28.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture28.png' width='500' height='936' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Depuis 50 ans, tous les pr&#233;sidents fran&#231;ais ont eu un chien &#224; l'Elys&#233;e Emmanuel Macron a adopt&#233;, un crois&#233; labrador. Baptis&#233; Nemo. Ce qui est &#233;trange c'est qu'il il avait d&#233;j&#224; un chien personnel Figaro un dogue argentin qu'il a confi&#233; depuis, la race ne repr&#233;sentait s&#251;rement pas ce qu'il voulait montrer ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_329 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture29.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture29.png' width='500' height='743' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Bo, le chien d'eau portugais, de Barack Obama&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je cherchais quelle race de chien ou de chat avait choisi Donald Trump , mais il semble que ce soit aussi le seul pr&#233;sident des Etats-Uunis qui n'ait pas continu&#233; la tradition des chiens &#224; la maison blanche, donc je souhaitais quand m&#234;me l'illustrer par quelques photos :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_330 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture30.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture30.png' width='500' height='732' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;allez encore une :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_331 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture31.png' width='500' height='639' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;et une derni&#232;re ma pr&#233;f&#233;r&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_332 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture32.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture32.png' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;UN AUTRE REGARD , un changement bient&#244;t ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon Jean-Pierre Digard dans son livre &lt;i&gt;La plus belle histoire des animaux&lt;/i&gt;, je cite :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pendant longtemps encore l'homme et l'animal entretiendront des rapports multiples, diff&#233;rents d'une culture &#224; une autre, pour le meilleur et pour le pire&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'animal va s'opposer avec la technologie. Nous aurons certainement dans l'avenir moins besoin de l'exploiter (&#233;levage qui pollue trop, probl&#232;mes sanitaires prise de conscience de la consommation de viande, avanc&#233;e de la recherche en laboratoire pour ne plus faire de recherche directement sur des animaux).&lt;br class='autobr' /&gt;
Attention cependant &#224; la prise de contr&#244;le des politiques sur la possibilit&#233; d'avoir des animaux de compagnie (permis, st&#233;rilisation, testa ADN obligatoire, permis et autorisation de possession)&lt;br class='autobr' /&gt;
Et en fait sur quels crit&#232;res et qui devront d&#233;cider quelle esp&#232;ce nous pouvons faire l'&#233;levage ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et dans quelles conditions ?&lt;br class='autobr' /&gt; Pour info depuis avril 2017 Taiwan est le premier pays asiatique &#224; interdire la consommation de viande de chien et de chat. Pourquoi uniquement que les chiens ou les chats ? et les poulets cochons&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut aussi se demander quel est le devenir de certaines esp&#232;ces qui ne nous serviraient plus ? Vaches cochons volaille&#8230;.elles pourraient disparaitre ou se retrouver aussi au zoo, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Po&#233;sies :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un chien&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean L'Anselme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un chien mourait doucement&lt;br class='autobr' /&gt;
Son regard ne parlait de rien d'autre&lt;br class='autobr' /&gt;
Que d'une chose infinie, incompr&#233;hensible&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme une m&#233;lancolie&lt;br class='autobr' /&gt;
On le soigna pour les reins et pour le foie&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour les poumons et pour l'intestin&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour les pieds et pour la t&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
Et on lui op&#233;ra m&#234;me le regard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sut trop tard qu'il attendait son ma&#238;tre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil homme et le chien&lt;br class='autobr' /&gt;
Daniel Boy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transparent au regard des passants trop press&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
Un vieil homme est assis, transi et affam&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous un porche &#224; l'abri des frimas de janvier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il implore un sourire, une pi&#232;ce de monnaie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Passe un chien dans la rue, un chien de pedigree,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une voiture suit, heurte le canid&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussit&#244;t extirp&#233;s de leurs logis douillets&lt;br class='autobr' /&gt;
Accourent de partout des bourgeois empress&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Ne le laissez pas l&#224;, amenez-le chez moi&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai une couverture afin qu'il n'ait pas froid !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques instants apr&#232;s, l'animal est pans&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Dorlott&#233;, r&#233;chauff&#233;, maintes fois caress&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au dehors dans la rue le silence est tomb&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le monde est rentr&#233;, a ferm&#233; ses volets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous son porche &#224; l'abri des frimas de janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vieil homme soudain s'est mis &#224; aboyer&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En mal de corps. Sadomasochisme et performance, d&#233;construction des corps et &#233;rotique de soi </title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=164</link>
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		<dc:date>2017-08-31T15:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nathana&#235;l Wadbled </dc:creator>


		<dc:subject>reproduction sociale</dc:subject>
		<dc:subject>sexe/genre</dc:subject>
		<dc:subject>violence</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;mancipation</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;appropriation</dc:subject>
		<dc:subject>art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>norme</dc:subject>
		<dc:subject>corps</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Si la subversion est possible, elle se fera dans les termes de la loi avec les possibilit&#233;s qui s'ouvrent / apparaissent lorsque la loi se retourne contre elle-m&#234;me en d'inattendues permutations. Le corps construit par la culture sera alors lib&#233;r&#233; non par un retour vers son pass&#233; &#8220;naturel&#8221; ou ses plaisirs originels, mais vers un futur ouvert et plein de possibilit&#233;s culturelles. Judith Butler Ce qui est requis est le maximum d'intensit&#233; et, en m&#234;me temps d'impossibilit&#233; (...). L'id&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=25" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; &#224; Porto fin aout 2011&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=24" rel="tag"&gt;reproduction sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=32" rel="tag"&gt;sexe/genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=60" rel="tag"&gt;&#233;mancipation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=76" rel="tag"&gt;r&#233;appropriation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=84" rel="tag"&gt;art contemporain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=85" rel="tag"&gt;norme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=86" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si la subversion est possible, elle se fera dans les termes de la loi avec les possibilit&#233;s qui s'ouvrent / apparaissent lorsque la loi se retourne contre elle-m&#234;me en d'inattendues permutations. Le corps construit par la culture sera alors lib&#233;r&#233; non par un retour vers son pass&#233; &#8220;naturel&#8221; ou ses plaisirs originels, mais vers un futur ouvert et plein de possibilit&#233;s culturelles.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Judith Butler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Ce qui est requis est le maximum d'intensit&#233; et, en m&#234;me temps d'impossibilit&#233; (...). L'id&#233;e d'une exp&#233;rience limite, qui arrache le sujet &#224; lui-m&#234;me, voil&#224; ce qui a &#233;t&#233; important pour moi dans la lecture de Nietzsche, de Bataille, de Blanchot. &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Michel Foucault&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction : la recherche de l'orgasme&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;finition de la performance telle qu'elle m'interessera ici pourrait reprendre une formule de Pat Califa , &#233;nonc&#233;e &#224; l'origine dans un tout autre contexte :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je le vois ainsi : apr&#232;s la r&#233;volution des wimmins, la sexualit&#233; consistera &#224; ce que les femmes se tiennent par la main, retirent leurs chemises et dansent en rond. Ensuite, nous nous endormirons au m&#234;me moment. Si nous ne nous endormions pas toutes, quelque chose d'autre pourrait arriver &#8211; quelque chose d'identifi&#233; au m&#226;le, r&#233;ifiant, pornographique, bruyant et sans dignit&#233;. Quelque chose comme un orgasme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pat Califa oppose deux strat&#233;gies d'affirmation f&#233;ministe : la consid&#233;ration d'une identit&#233; originaire &#224; retrouver avant que le masculin ne la pervertisse en lui imposant un rapport &#224; la sexualit&#233; et le r&#233;investissement du sexuel qui ne serait plus la marque d'une soumission mais au contraire quelque chose qui surgit en exces de toute identit&#233; assign&#233;e symboliquement dans ce que Michel Foucault a appel&#233; le dispositif de sexualit&#233;. Ce que je voudrais sugg&#233;rer, c'est que cette seconde perspective qui est celle de Pat Califa correspond &#224; une certaine pratique du corps en jeu dans certaines performances. Il s'agit de la mise en sc&#232;ne d'une volont&#233; d'&#233;mancipation exp&#233;rimentale du corps qui &#224; la fois d&#233;construit l'illusion de l'&#233;vidence de la v&#233;rit&#233; d'un corps toujours deja donn&#233; et produit la v&#233;rit&#233; performative du corps en action de la performance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;1. Pr&#233;senter un corps tel qu'il semble devoir &#234;tre : la critique essentialiste de la performance&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les corps des femmes performeuses qui vont m'int&#233;resser ici sont des corps de femmes identifiables et d&#233;sign&#233;s comme tels : des corps de femmes inscrits dans des attitudes ou engag&#233;s dans des actions correspondant &#224; celles de femmes. Serait reproduit un dispositif de contraintes qui est celui que la soci&#233;t&#233; patriarcale fait peser. M&#234;me si celui-ci est mis en sc&#232;ne, condens&#233; et d&#233;plac&#233; pourrait-on dire en termes psychanalytiques, ces repr&#233;sentations resteraient leur r&#233;p&#233;tition, incapables de sortir des d&#233;terminations identitaires que le phantasme du masculin impose comme condition &#224; l'existence symbolique, sociale et culturelle des femmes. Les aiguilles dans le bras de la mari&#233;e de &lt;i&gt;Azione sentimentale&lt;/i&gt; de Gina Pane montrent bien ce m&#233;canisme. Il ne s'agit pas de pr&#233;tendre qu'une femme mari&#233;e subit une telle mutilation, mais d'inscrire physiquement, ou si l'on veut somatiquement, un ensemble de mutilations symboliques que chaque femme accepte de mani&#232;re conscentante &#8211; &#224; commencer par l'abandon de son nom, ce qui signifie l'abandon de la capacit&#233; &#224; signifier qui elle est par elle m&#234;me. Le corps de Gina Pane se donne ainsi marqu&#233; et d&#233;form&#233;. On pourrait &#233;galement &#233;voquer &lt;i&gt;Autoportrait(s)&lt;/i&gt; o&#249; Pane est allong&#233;e sur des barres de m&#233;tal sous lesquelles br&#251;lent des bougies, viol&#233;e par les flammes sans pour autant bouger, comme &#224; disposition.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_280 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/13.-g.-pane-azione-sentimentale-1973.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/13.-g.-pane-azione-sentimentale-1973.jpg' width='500' height='723' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;De mani&#232;re plus directe, certaines performances de Marina Abdramovich pr&#233;sentent &#233;galement cette situation - par exemple &lt;i&gt;Art must be beautiful-artist must be beautiful&lt;/i&gt;, vid&#233;o o&#249; l'artiste se brosse les cheveux jusqu'&#224; presque s'arracher le cuir chevelu, ou&lt;i&gt; Rythme 0&lt;/i&gt; o&#249; elle abandonne son corps aux spectateurs qui disposent d'un certain nombre d'objets dispos&#233;s sur une table afin de faire ce qu'ils veulent au corps de l'artiste et y d&#233;poser leur marque alors que l'artiste est passive et r&#233;sign&#233;e &#224; signifier ce qui est fait d'elle. Le titre de Marina Abramovic &lt;i&gt;Art must be beautiful-artist must be beautiful &lt;/i&gt; explicite bien cet enjeu. Il s'agit d'une interrogation des normes contraignantes et mutilantes du gout d&#233;termin&#233;es de ext&#233;rieur par un dispositif qui produit et marque les corps pour en faire ce qu'il veut. En l'occurence il s'agit des normes de l'art, mais il s'agit tout aussi bien de celles du genre f&#233;minin. C'est explicitement le cas pour Eleanor Antin dont &lt;i&gt;Carving : A Traditional Sculpture&lt;/i&gt; propose 72 photographies prises chaque jour lors d'un r&#233;gime amaigrissant pendant cinq semaines. Cette transformation physique renvoie d&#232;s lors tant au canon sculptural qu'&#224; la dictature sociale auxquels le corps de la femme doit se soumettre pour r&#233;pondre au d&#233;sir masculin et &#224; l'inconscient collectif de la forme parfaite. Le r&#233;gime est la performance, touchant &#224; l'intimit&#233; du corps. Elle reproduit cette &#171; sculpture traditionnelle &#187;. Si Marina Abramovic n'a pas un tel discours f&#233;ministe et se centre sur la figure de l'artiste plus que sur celle de la femme, ses performances peuvent &#234;tre vues &#233;galement dans cette perspective. Les femmes doivent donc &#234;tre belles dans des contraintes esth&#233;tiques , &#234;tre &#224; disposition de ceux qui les regardent, accepter un certain nombre de contraintes sociales, s'abandonner et ne pas r&#233;sister &#224; une position de passivit&#233; douloureuse et mutilante.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_281 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/index2.jpg' width='193' height='262' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Chaque pr&#233;sentation ou repr&#233;sentation de ces corps f&#233;minins participerait ainsi n&#233;cessairement &#224; une dynamique phallocentrique et &#224; une &#233;conomie du corps f&#233;minin comme f&#233;tiche. C'est ce qui explique que de nombreuses f&#233;ministes se soient oppos&#233;es &#224; de telles performances. Ces attitudes et actions entrent dans le cadre de ce qui doit &#234;tre refus&#233; au profit d'une nouvelle identit&#233; de femme lib&#233;r&#233;e de toute d&#233;termination de la culture phallocentrique. Ces performances entraient dans la cat&#233;gorie de ce qui doit &#234;tre refus&#233;, au m&#234;me titre que la pornographie, le sadomasochisme et le sexe en public qui violent les principes f&#233;ministes, pour reprendre la rh&#233;torique de la NOW (National Organization forWomen). L'hypoth&#232;se qui sous-tend cette critique est que la subjectivit&#233; existerait avant ses &#233;nonciations et que les femmes seraient incapables de faire autre chose que de subir passivement ces processus de subjectivation ali&#233;nants sans pouvoir en aucun cas les r&#233;investir. Elles ne pourraient &#234;tre rien d'autre que des produits passifs. Dans ce cadre les performances &#233;voqu&#233;es ne saurait &#234;tre qualifiables de f&#233;ministes, pas plus d'ailleurs que n'importe quelle chor&#233;graphie qui ne serait que la somatisation des contraintes que les femmes subissent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;2. R&#233;investir son corps : la performativit&#233; de la performance&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce que je voudrais sugg&#233;rer, &#224; l'aide de la th&#233;orie de la performance et en particulier de l'ouvrage de Lynda Hart La performance sadomasochiste, c'est que se joue exactement le contraire. La performance a en fait permis avec radicalit&#233; aux femmes, aux performeuses comme aux spectatrices, de poser sans entrave le rapport qu'elles &#233;tablissaient avec leur propre corps en le dissociant d'une histoire de la repr&#233;sentation qui l'assuj&#233;tissait au r&#244;le d'objet. Il s'agit en fait d'un double mouvement de d&#233;construction et de r&#233;appropriation de son propre corps qui passe, non pas par une utopie comme le pensaient les essentialistes, mais par une &#233;rotisation et un r&#233;investissement des contraintes, semblable &#224; ce qui avait d&#233;j&#224; lieu de mani&#232;re plus ou moins inconsciente &#8211; et en tout cas politiquement inconsciente &#8211; dans la danse. Il s'agira donc de montrer que cette pratique esth&#233;tique est en fait une configuration politique &#8211; ce qui est en fait le cas de toute recherche esth&#233;tique digne de ce nom en tant que l'esth&#233;tique est le jeu de ce qui peut &#234;tre et est d&#233;termin&#233; formellement &#224; apparaitre et &#224; exister dans une configuration donn&#233;e. Est d&#233;stabilis&#233;e cette organisation symbolique lorsqu'est produit un d&#233;calage o&#249; se resignifie ce qui est inscrit. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce niveau que se joue la performance.&lt;br class='autobr' /&gt; En effet la performance rejoue et perturbe en m&#234;me temps ce qu'elle pr&#233;sente. Il y a une distance qui s'&#233;tablit entre ce qui est reconnu et ce qui est en fait jou&#233; - qui n'est pas exactement ce qui semble. Pour reprendre les termes de Lynda Hart, &#171; on doit comprendre cette ressemblance comme l'effet d'une ressemblance ext&#233;rieure et oppos&#233;e aux dissemblances internes (de ce qui) ne s'approprie pas les marques de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, mais se les d&#233;sapproprie. Le simulacre occupe le lieu de l'impropre &#187;. Ce qui est perturb&#233; c'est l'identification de ce corps qui pourtant est bien celui d'une femme. A lieu une inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; o&#249; ce qui se donne est bien reconnu comme le corps d'une femme, mais sans l'&#234;tre exactement, comme si quelque chose &#233;tait malgr&#233; les apparences chang&#233;. C'est cette transsubstantiation que les essentialistes n'ont pas vue. L'apparence est la m&#234;me : le corps d'une femme soumise au masculin, mais tout est en fait chang&#233; &#8211; de la m&#234;me mani&#232;re que l'ostie dans le rite catholique de la transsubstantiation a encore l'apparence du pain alors que son &#234;tre est devenu le corps du Christ. Ce corps qui a l'apparence de celui d&#233;termin&#233; d'une femme soumise au masculin a en fait chang&#233; subrepticement de substance : il est devenu celui d'une femme existant dans son propre fantasme et non dans celui du masculin. Cela apparait bien dans &lt;i&gt;Interior Scroll&lt;/i&gt; de Carolee Schneemann. Elle lit un texte &#233;crit sur un rouleau qu'elle sort de son vagin devant un public exclusivement f&#233;minin. Le vagin devient le lieu originaire d'o&#249; &#233;mane le langage, comme une pr&#233;sentation de ce que Judith Butler a appel&#233; de mani&#232;re provocatrice le phallus lesbien que l'on pourrait appeler plus g&#233;n&#233;ralement le phallus f&#233;minin que l'absence d'homme permet d'exhiber en mettant &#224; distance le retour d'un syndrome de culpabilit&#233; vis &#224; vis de la castration inflig&#233;e. Il s'agit ainsi de reprendre le pouvoir symbolique en d&#233;terminant une partie du corps d&#233;sign&#233; normalement par le manque de l'avoir en tant qu'&#234;tre, c'est-&#224;-dire en tant que signifiant universel d'o&#249; proc&#232;de le pouvoir de nommer les choses et donc son propre corps. Carolee Schneemann donne &#224; voir dans sa performance ce qui est en fait le r&#233;sultat des performances que j'ai &#233;voqu&#233;es : le corps est d&#233;j&#224; r&#233;appropri&#233; : a d&#233;j&#224; eu lieu le travail de d&#233;sappropriation/appropriation que mettent en sc&#232;ne Marina Abramovic ou Gina Pane.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_282 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/519f92362bef15bb330ccfb6479a8a69.jpg' width='488' height='736' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Ce qui se passe dans ces performances, c'est bien la volont&#233; de s'inscrire dans un cadre culturel et symbolique pour en subvertir les termes. C'est ainsi que Judith Butler d&#233;finit la performativit&#233; : non pas comme la reproduction toujours identique &#224; elle m&#234;me d'une situation ni comme l'invention libre de toute entrave, mais plut&#244;t comme la possibilit&#233; de produire des d&#233;placements par la r&#233;it&#233;ration et d'ainsi se r&#233;approprier ses conditions d'existences en produisant les conditions de ce d&#233;calage. Toute tentative pour sortir de ce cadre initial de mani&#232;re absolue apparait en fait comme psychotique dans la mesure o&#249; c'est dans ce cadre symbolique et culturel que le sujet trouve sa capacit&#233; d'agir en tant que tel et donc la possibilit&#233; m&#234;me de la r&#233;appropriation de soi. Le refuser signifie d&#233;nier ses propres conditions d'existence comme sujet, c'est-&#224;-dire comme individu conscient d'&#234;tre l'auteur de ses actions ; il s'agit en fait du fantasme d'une autonomie originaire dont Judith Butler montre bien l'impossibilit&#233; . C'est bien la possibilit&#233; alternative de lib&#233;ration non pas contre mais dans les cadres symboliques et culturels que mettent en sc&#232;ne les performances que nous avons &#233;voqu&#233;es et dont Jutith Butler propose la th&#233;orie avec l'id&#233;e de performativit&#233;. Si, d&#232;s Trouble dans le Genre, elle a point&#233; les limites des usages de son concept de performativit&#233; du genre dans sa transposition esth&#233;tique, il semble bien que se soit ce qui se joue et se pr&#233;sente : la possibilit&#233; d'une agency qui subvertit le cadre m&#234;me qui la permet et la d&#233;termine pour se produire et non reproduire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_283 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/carolee-schneemann-interior-scroll-1975.-via-fineartmultiple.com_.jpg.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/carolee-schneemann-interior-scroll-1975.-via-fineartmultiple.com_.jpg.png' width='500' height='947' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;3. Une &#233;rotique de l'action : la performance sadomasochiste&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, la r&#233;p&#233;tition du corps voulu par le phantasme du masculin que critiquent les essentialistes serait ainsi plus une pr&#233;sentation qu'une r&#233;p&#233;tition ou une reproduction iconographique d'un mod&#232;le d'oppression. Ce n'est pas une copie ou une imitation mais une reformalisation. Il faudrait ainsi peut-&#234;tre comprendre le processus de cr&#233;ation de la performance dans le cadre d'une po&#233;tique de la mimesis aristotelicienne plus que du mim&#233;tisme platonicien. N'est pas repr&#233;sent&#233;e une ressemblance qui en fait &#233;loigne d'une v&#233;rit&#233; originaire qui aurait &#233;t&#233; l&#224; avant d'&#234;tre pervertie par sa conclusion culturelle, mais une production qui est en fait une perturbation de ce qui semblait donn&#233; une fois pour toute. Comme l'affirme Lynda Hart, tout d&#233;calage concerne le faire tandis que la simple reproduction concerne l'avoir, c'est-&#224;-dire la simple r&#233;alisation d'un soi pr&#233;d&#233;termin&#233; et toujours d&#233;j&#224; l&#224;. Avoir un corps, comme avoir du sexe, &#171; signifie litt&#233;ralement &#224; la fois que &#8220;du sexe&#8221; est une chose que l'on peut poss&#233;der et qui &#233;tait l&#224; avant la performance. Bien au contraire, en mettant en acte une sc&#232;ne, l'adepte d'une sensualit&#233; SM produit du sexe dans la performance &#187;. Au contraire les f&#233;ministes qui se prononcent contre la performance semblent &#234;tre &#224; la recherche du moment o&#249; quelque chose d'authentique est sens&#233; arriver. &lt;br class='autobr' /&gt; Pour Hart c'est ce d&#233;calage et ces d&#233;placements discordants qui fondent l'&#233;rotisme de la performance, ou plus exactement sa dynamique &#233;rotique. Plus que dans le d&#233;calage, c'est le r&#233;investissement des contraintes elles-m&#234;me qui est &#233;rotique. Il s'agit de faire de la douleur et des mutilations ainsi inflig&#233;es le r&#233;sultat de leurs propres actes, c'est-&#224;-dire de se produire au lieu d'&#234;tre produites passivement.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est &#224; ce niveau que ces performances peuvent &#234;tre qualifi&#233;es de sadomasochistes : elle en reproduisent le mouvement telle que le d&#233;crit Lynda Hart. Qu'une femme s'affirme comme masochiste, cela reviendra alors &#224; reproduire cette logique mais non plus en tant que d&#233;termin&#233;e par sa soumission au masculin mais par son plaisir &#233;rotique. Ce faisant, elle semble une fois de plus &#234;tre soumise et d&#233;termin&#233;e de l'ext&#233;rieur alors qu'en fait elle se produit comme sujet d&#233;termin&#233; par ses propres fantasmes et son propre plaisir au lieu d'&#234;tre soumis &#224; ceux du masculin. La douleur et les mutilations ne sont plus le r&#233;sultat d'une position subie redondante avec sa position symbolique. L'exp&#233;rience masochiste signifie cette d&#233;stabilisation du moi : la souffrance, le bondage, les yeux band&#233;s et l'humiliation affranchissent le soumis de l'initiative et du choix, et lui permettent de se retirer momentan&#233;ment de son identit&#233; pour se r&#233;fugier dans le corps et cr&#233;er une nouvelle identit&#233; fantasmatique souvent diam&#233;tralement oppos&#233;e au moi qu'il pr&#233;sente au monde. Il s'agit de s'opposer ainsi &#224; la fois &#224; la position de la f&#233;minit&#233; normale passive et &#224; ce que d&#233;terminent les d&#233;sirs de la subjectivit&#233; masculine. La repr&#233;sentation peut consolider ce d&#233;sir si elle est sans imagination et que la performeuse est incapable de faire autre chose que de subir son ali&#233;nation ou plus exactement de la reproduire plut&#244;t que de la r&#233;investir. Au contraire la performance est une articulation entre une r&#233;gulation d&#233;termin&#233;e et l'ouverture de l'effet d'intensification de nouvelles tensions et d'incertitudes perp&#233;tuelles permises et provoqu&#233;es performativement par l'action. C'est &#224; ce titre que Hart consid&#232;re qu'un acte de sexualit&#233; SM est une performance, et c'est r&#233;ciproquement &#233;galement &#224; ce titre que nous pouvons nommer les performances que nous avons &#233;voqu&#233;es comme &#233;tant sadomasochistes. Dans les deux cas, &#171; ce n'est pas seulement une identit&#233; particuli&#232;re, mais l'identit&#233; comme telle que ces descriptions de l'exp&#233;rience masochiste perturbent. &#187; Les arguments anti-SM comme les arguments anti-performances cependant se concentrent sur la lutte pour poss&#233;der une forme d'identit&#233; particuli&#232;re et coh&#233;rente Ce faisant ils refusent de voir la dynamique de ces exp&#233;riences et ne peuvent &#234;tre qu'horrifi&#233;s par celles-ci qui se fondent sur la perte et le d&#233;placement constamment diff&#233;r&#233; de soi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_284 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/26ea22e43766493c5fd46f78f0b475b9.jpg' width='315' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;4. L'orgasme de la la pr&#233;sence&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apparait quelque chose en exc&#232;s, quelque chose que l'on croit pouvoir saisir mais qui en fait &#233;chappe et se situe en fait hors de la symbolisation, dans le domaine forclos de la signification dans la mesure o&#249; ce corps qui a l'air d'un corps de femme n'en est plus un et se pr&#233;sente comme tel en exhibant la marque et le sceau d'un autre signifiant que celui de &#171; femme &#187;. Ce sont les marques et les mutilations de Gina Pane ou de Marina Abramovich, ou m&#234;me sans doute simplement la douleur signifiant comme &#233;rotique et non comme soumission. Si la mutilation et la douleur se donnent g&#233;n&#233;ralement ensemble comme les deux faces de la m&#234;me marque comme par exemple dans &lt;i&gt;Escalade non-anesth&#233;si&#233;e&lt;/i&gt; o&#249; Gina Pane escalade sans anesth&#233;sie une grille dont les barres transversales sont coupantes, dans &lt;i&gt;Art must be beautiful-artist must be beautiful&lt;/i&gt;, la douleur seule marque le corps de Marina Abramovic. Par cela seul ces corps &#233;chappent au phantasme du masculin. Le surgisement de ces corps dans le cadre symbolique normal donne l'exp&#233;rience de ce que Michel Foucault nomme le plaisir et que je nommerai en r&#233;f&#233;rence &#224; la citation liminaire de Pat Califa, orgasme :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; le (...) plaisir (...) &#224; la limite ne veut rien dire, (...) est encore, me semble-t-il, assez vide de contenu et vierge d'utilisation possible, (n'est) rien d'autre que finalement un &#233;v&#233;nement qui se produit, qui se produit je dirais hors sujet, ou &#224; la limite du sujet, ou entre deux sujets, dans ce quelque chose qui n'est ni du corps ni de l'&#226;me, ni &#224; l'ext&#233;rieur, ni &#224; l'int&#233;rieur &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il s'agit d'une exp&#233;rience limite qui arrache le sujet &#224; lui-m&#234;me dans une re-cartographie du soi via l'action insupportable. Apparait un autre possible qui produit un trouble &#224; la fois en indiquant que ce qui semblait &#233;vident n'est qu'une possibilit&#233; et en provoquant un spasme ou une d&#233;chirure de cette image de soi qui est celle du plaisir. L'angoisse et le plaisir sont ainsi indissociables l'un de l'autre en tant que tous deux exp&#233;rience de d&#233;stabilisation et d'accueil de ce qui d&#233;place. Il s'agit ainsi, &#233;galement au niveau du public de ce que Lynda Hart consid&#232;re comme &#233;tant une exp&#233;rience sadomasochiste :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; l'angoisse pourra s'affirmer encore plus profond&#233;ment, comme le fera le plaisir. Le mouvement qui porte de la phase d'incertitude &#224; la fuite en avant commence avec la naissance du masochisme comme pratique ; c'est un temps de transformation o&#249; ce qui autrefois a pu &#234;tre craint n'est plus &#224; la fois ni recherch&#233; ni &#233;vit&#233;, c'est-&#224;-dire maintenu en suspens, mais se traduit en plaisir &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Se produit dans l'exp&#233;rience d'une performance une alt&#233;ration terrifiante de la conscience de soi m&#234;me qui d&#233;finit l'exp&#233;rience sadomasochiste : &#171; c'est un saut dans la corpor&#233;it&#233; qui peut aider &#224; r&#233;aliser que le &#171; moi &#187; n'est pas seulement une construction, un m&#233;canisme proth&#233;tique, mais souvent un appareil &#233;crasant &#187; . De la m&#234;me mani&#232;re que l'artiste performant fait surgir un autre corps du corps normal, de la m&#234;me mani&#232;re ce corps reproduit surgit dans le champs d'exp&#233;rience normal des spectateurs. Les r&#233;actions des spectateurs choqu&#233;s ou associant ces corps &#224; la mort et au d&#233;gout sont &#224; cet &#233;gard int&#233;ressants : ils surgissent comme le reste inassimilable et rejet&#233; par les cadres symboliques et culturels. Il s'agit de recevoir quelque chose d'ext&#233;rieur qui va modifier la conscience de soi, de son corps et de son rapport au monde qu'il m&#233;diatise par l'effet de la performance qui ouvre, brise, d&#233;tourne, force la capacit&#233; &#224; imaginer des alternatives aux positions rigides et appauvris du d&#233;sir, compris au sens foucaldien de certitude &#233;vidente de sa propre identit&#233; et de ce qui la r&#233;alise. La perception de ces performances dans l'ici et le maintenant produit une confusion sur la fronti&#232;re m&#234;me entre la vie et de la mort ou plus exactement entre ce qui est transcendantalement ou symboliquement possible et ce qui ne l'est pas. Recevoir une performance serait ainsi faire &#233;galement l'exp&#233;rience de l'orgasme. &lt;br class='autobr' /&gt; Cela ne signifie cependant pas une perte totale et sans retour, autodestructrice. Le surgissement orgasmique s'inscrit en fait au c&#339;ur de l'ordre et des cadres symboliques qu'il ne s'agit pas de quitter de mani&#232;re psychotique en provoquant une destruction du corps mais de le mettre en mal. Il s'agit toujours malgr&#233; tout de th&#233;&#226;tre et ce qui s'y donne ne saurait &#234;tre confondu avec la r&#233;alit&#233;. Le corps perform&#233; ne saurait &#234;tre en danger de mort, comme le montre bien l'arr&#234;t de Rythme 0 lorsque la vie m&#234;me de Marina Abramovic semble menac&#233;e. Il ne s'agit en aucun cas de mutilations d&#233;finitives. La performance perdrait d'ailleurs de sa force dans la mesure o&#249; l'orgasme ne survient qu'en tant qu'il a lieu dans l'ordre symbolique. Sinon ce corps de femme qui n'en est pas exactement un serait tout autre chose et ne serait plus reconnaissable comme tel s'il n'&#233;tait pas, justement tel, au d&#233;but mais &#233;galement apr&#232;s la performance. Il serait un total autre irreconnaissable, pass&#233; par la performance dans un tout autre ordre symbolique et tomberait sous la m&#234;me critique que l'illusion utopique des essentialistes. Un tel corps ne serait m&#234;me pas viable comme tel. Il faut en effet remarquer avec Judith Butler qu'une telle possibilit&#233; de destruction et de prolif&#233;ration qu'elle rep&#232;re dans Le corps Lesbien de Monique Wittig qui est en un sens le pendant litt&#233;raire des performances que nous avons &#233;voqu&#233;es, a une limite fondamentale aux possibilit&#233;s qui pourraient en d&#233;couler dans la mesure o&#249; seuls des corps marqu&#233;s symboliquement de mani&#232;re normale comme hommes ou comme femmes peuvent &#234;tre reconnus comme corps. &lt;br class='autobr' /&gt; Un corps marqu&#233; autrement comme ceux que nous avons &#233;voqu&#233;s ne seraient plus &#224; proprement parler des corps de femmes et n'interrogeraient ainsi plus l'&#233;vidence des corps et de la condition des femmes. Cette r&#233;it&#233;ration et ce d&#233;placement seraient une chance pour l'individu d'&#234;tre reconnu comme ayant un corps r&#233;put&#233; naturel, sans &#234;tre celui qu'on croit. Ce malentendu est une possibilit&#233; d'exister dans une soci&#233;t&#233; et une culture qui ne consid&#232;re que certains corps et certains genres d&#233;finis, tout en ayant un corps et une pratique d'un autre genre. Il s'agit de rendre le corps impropre, &#224; travers des r&#233;p&#233;titions subversives qui les d&#233;stabilisent en tant que naturalis&#233;es. Il s'agit, pour reprendre les termes de Judith Butler, de s'approprier &#171; ces normes pour combattre leurs effets historiques s&#233;diment&#233;s (dans) un moment insurrectionnel, qui fonde le futur en rompant avec le pass&#233; &#187;. Pour reprendre les termes de Lynda Hart, la performance met en sc&#232;ne, en tant qu'orgasme, &#171; le conflit entre l'&#233;clatement du fantasme d&#233;sirant du soi et la n&#233;cessit&#233; de revenir &#224; un soi coh&#233;rent pour prendre place dans l'ordre symbolique ; et le fantasme persistant de quelque chose qui existe au-del&#224; du langage &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Si, pour reprendre l'expression lacanienne, la femme n'existe pas et est d&#233;finie par cette non existence &#8211; c'est-&#224;-dire n'existe pas comme totalit&#233; invariante en elle-m&#234;me mais seulement dans le phantasme du masculin &#8211; la performance prend acte de cette ontologie. Elle la joue et la rejoue comme la chance pour chaque femme de se reconstituer dans par et pour son propre fantasme, en d&#233;calage. L'enjeu est d'&#234;tre la forme et le contenu de leurs propres fantasmes pour avoir le droit d'exister de mani&#232;re vivable. Ces performances peuvent donc &#224; bon droit &#234;tre qualifi&#233;es de f&#233;ministes, quand bien m&#234;me les artistes ne se revendiqueraient pas comme tels. &#171; Si la subversion est possible, elle se fera dans les termes de la loi avec les possibilit&#233;s qui s'ouvrent / apparaissent lorsque la loi se retourne contre elle-m&#234;me en d'inattendues permutations. Le corps construit par la culture sera alors lib&#233;r&#233; non par un retour vers son pass&#233; &#8220;naturel&#8221; ou ses plaisirs originels, mais vers un futur ouvert et plein de possibilit&#233;s culturelles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;5. Efficacit&#233; ou anesth&#233;sie de l'apr&#232;s-coup : le probl&#232;me de l'exposition&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ception et la pr&#233;sence du corps performant est ainsi ins&#233;parable de la performance. Si elle n'est pas vue elle ne saurait &#234;tre &#224; proprement parler une performance. Elle a un statut de signe au sens s&#233;miotique de Charles Peirce : elle se donne &#224; la place ou pour le corps qui a &#233;t&#233; d&#233;plac&#233; et condens&#233; par son action, en relation d'un c&#244;t&#233; avec cet objet et son effet qui est ins&#233;parable de sa condition de signe. Il faut ainsi insister sur la place et m&#234;me la fonction du spectateur dans la performance. Pour reprendre les mots de Chantal Pontbriand, &#171; la performance est une carte, une &#233;criture qui se d&#233;chiffre dans l'imm&#233;diat, dans le pr&#233;sent, dans la situation pr&#233;sente, une confrontation avec le spectateur &#187;. &#171; L'interaction entre public et artiste d&#233;termine la vraie valeur de la performance &#187;. L'&#339;uvre se confond en fait avec l'exp&#233;rience &#171; hic et nunc &#187; de son accomplissement, dans une &#171; co-pr&#233;sence, en espace- temps r&#233;el, du performeur et de son public &#187;. Lorsque l'acc&#232;s &#224; ces pratiques n'a pas lieu se pose la question de leurs effets, par exemple et notamment dans leur exposition. Il faut alors &#233;valuer la pr&#233;sence du corps quand justement le corps de l'artiste se fait absent. Ce probl&#232;me est en fait double. Il est &#224; la fois esth&#233;tique et institutionnel. D'un point de vue esth&#233;tique, se pose le probl&#232;me de la distance physique ; d'un point de vue institutionnel se pose le probl&#232;me de la distance de l'int&#233;r&#234;t de l'&#339;uvre.&lt;br class='autobr' /&gt; D'un point de vue esth&#233;tique, l'indicialit&#233; des photographies et des vid&#233;os telle que l'ont analys&#233;e Roland Barthes et Jean-Marie Schaeffer , donne la pr&#233;sence de ce qui est absent. Les expositions s'&#233;laborent en pr&#233;sentant des restes, des traces, des objets utilis&#233;s ou des enregistrements. Certaines performances se donnent d'ailleurs uniquement &#224; travers des indices, comme c'est le cas de &lt;i&gt;Carving : A Traditional Sculpture&lt;/i&gt; d'Eleanor Antin. Pour une raison temporelle &#233;vidente, la pr&#233;sence se donne par le m&#233;dium, qui ne la redouble pas comme dans les autres cas que j'ai &#233;voqu&#233;s, mais la donne au premier degr&#233;. Ce corps est comme directement l&#224;. Ainsi, &#171; les traces produites par la photographie et la vid&#233;o doivent-elles &#234;tre consid&#233;r&#233;es au-del&#224; d'une simple fonction documentaire. Il est alors possible de consid&#233;rer le document visuel comme la modalit&#233; d'une r&#233;ception directe &#187; &#8211; ce qui, au del&#224; des cas particuliers des performances ne se donnant qu'&#224; travers des photographies, donne &#224; l'exposition de ces documents le m&#234;me caract&#232;re que la performance originale en tant que leurs rapport &#224; leur objet et leur effet est le m&#234;me. Comme l'&#233;crit Sophie Delpeux, &#171; le document visuel a beau &#234;tre parfois r&#233;duit &#224; une image arr&#234;t&#233;e, son spectateur saura trouver le d&#233;roulement temporel de l'action, dont la conscience semble vou&#233;e &#224; n'&#234;tre jamais perdue &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut cependant nuancer une premi&#232;re fois cette affirmation et remarquer que l'effet n'est absolument pas le m&#234;me lorsque par exemple les photographies sont inclues dans la pratique de la performance elle-m&#234;me et organis&#233;es par l'artiste pour en reproduire l'effet ou lorsqu'elles sont prises et expos&#233;es sans cette d&#233;marche par les spectateurs. &lt;i&gt;Autoportrait(s) &lt;/i&gt; de Gina Pane et &lt;i&gt;Rythme 0 &lt;/i&gt; de Marina Abramovic peuvent repr&#233;senter ces deux cas. Il me semble que seul le premier cas peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme la perp&#233;tuation de la performance, alors que le second constitue une archivation &#224; destination des historiens qui n'ont ni l'ambition ni la capacit&#233; de reproduire son effet ni son rapport &#224; l'objet. Quoi qu'il en soit, cette indicialit&#233; semble ne pas suffire &#224; rendre pr&#233;sent. C'est sans doute pour cel&#224; que la pr&#233;sence de Marina Abramovic est indispensable lors de la r&#233;trospective que lui a consacr&#233;e le MoMa en 2010 d'ailleurs intitul&#233;e Artist is pr&#233;sent. Elle est assise inexpressive dans un carr&#233; dessin&#233; au sol devant les visiteurs du mus&#233;e qui se placent un &#224; un face &#224; elle. Son corps, la pr&#233;sence mat&#233;rielle de l'artiste est d'une certaine mani&#232;re, en apposition &#224; chaque &#233;l&#233;ment pr&#233;sent&#233; de l'exposition et redonne &#224; chacune de ces performances une pr&#233;sence : l'artiste est pr&#233;sent, pour reprendre le titre de l'exposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette pr&#233;sence se donne cependant toujours dans un mus&#233;e qui la pr&#233;sente une fois que la performance est pass&#233;e et entre dans le domaine culturel ou de l'histoire de l'art. Le mus&#233;e qui en fait des &#339;uvres d'art, c'est &#224; dire des objets soumis au jugement de gout qui pour Kant est d&#233;sint&#233;ress&#233;, alors que pr&#233;cis&#233;ment ces &#339;uvres int&#233;ressent les spectateurs en tant qu'elles l'interpellent dans leurs repr&#233;sentations symboliques du corps et de l'identit&#233; des femmes. Entrant au mus&#233;e, les performances sont d'une certaine mani&#232;re anesth&#233;si&#233;es et deviennent incapables de se produire comme orgasme pour des spectateurs qui les per&#231;oivent comme suspendues de tout impact et fonction sociale, culturelle ou symbolique . C'est ce que met en sc&#232;ne Marina Abramovic lorsqu'elle reproduit des performances classiques, comme &lt;i&gt;Autoportrait(s)&lt;/i&gt; de Gina Pane, en leur enlevant toute leur dimension de surgissement performatif par leur mise en sc&#232;ne de mani&#232;re distante et aseptis&#233;e. Cela se joue &#224; deux niveaux : dans la mise en sc&#232;ne qui se place sur une sc&#232;ne offerte au jugement de go&#251;t et par la r&#233;p&#233;tition de quelque chose appartenant d&#233;j&#224; &#224; l'histoire de l'art reconnu. Il faut &#224; partir de l&#224; s'interroger sur l'exp&#233;rience des photographies de Pane et se demander si elles peuvent vraiment se donner dans leur dynamique originelle &#224; partir du moment o&#249; elles se re-pr&#233;sentent dans un mus&#233;e comme c'est le cas dans &lt;i&gt;elle@centrepompidou&lt;/i&gt;. Il faut sans doute revoir en ce sens la pr&#233;sence de Marina Abramovic dans la r&#233;trospective du MoMa, non pas en tant que donnant une pr&#233;sence transitive aux performances pr&#233;sent&#233;es, mais comme mus&#233;alisation du corps m&#234;me de l'artiste. Son impassibilit&#233; ne serait alors pas ce qui permet de l'attacher &#224; chaque performance et non &#224; une particuli&#232;re mais la marque de l'anesth&#233;sie de son corps inexpressif au sens kantien inint&#233;ressante. &lt;br class='autobr' /&gt; Il faut &#224; ce titre noter que dans cette r&#233;trospective, des figurants reprennent certaines performances de Marina Abramovic devant les visiteurs, reproduisant cette d&#233;marche, mais au premier degr&#233; avec l'ambition de faire vivre les performances aux visiteurs. C'est &#233;galement ce qui se joue dans la transformation d'une performance en spectacle. Cela apparait bien dans la critique que G&#233;raldine Gourbe et Charlotte Pr&#233;vot font de la reprise queer de performances associ&#233;es au f&#233;minisme. La reprise queer de certaine de ces performances s'inscrit dans ce cadre de mus&#233;alisation par leur double parti pris burlesque et d&#233;contextualis&#233; &#8211; ce qui a dans les deux cas comme r&#233;sultat une mise &#224; distance et un interdit de l'effet angoissant de l'orgasme. Contrairement &#224; Abramovic, les performeurs queer ne le font en effet pas au second degr&#233; pour d&#233;construire cette situation, mais se pr&#233;sentent au contraire comme &#233;tant toujours des performeurs dont les performances ont une signification et un int&#233;r&#234;t symbolique et non comme des figurants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par exemple, Pascal Li&#232;vre reprend entre autre &lt;i&gt;Death Control&lt;/i&gt; de Gina Pane. Alors que Gina Pane repose sur le sol, le visage recouvert d'asticots grouillants sur ses joues tandis que des enfants chantent &#171; Happy Birthday &#187;, pour f&#234;ter son anniversaire avec des amis dans le club, Pascal Li&#232;vre demande au performeur Aphro une version plus pop et festive o&#249; il y aura le gag de la tarte &#224; la cr&#232;me sur son visage que chacun viendra ensuite l&#233;cher. C'est &#171; une version peut-&#234;tre plus festive au regard d'une communaut&#233; se d&#233;finissant comme queer, mais de laquelle est &#233;vinc&#233;e l'id&#233;e d'une exp&#233;rience limite, qui arrache le sujet &#224; lui-m&#234;me. Cette reddition d&#233;politise les enjeux propres aux dispositifs de subjectivation qui &#233;manaient de la pi&#232;ce originale. &#187; Rien n'est interrog&#233; et la performance devient une f&#234;te et un simulacre, au sens que Jean Baudrillard donne &#224; ce terme. Cette volont&#233; de &#171; lib&#233;rer les formes esth&#233;tiques du contexte historique de l'Histoire de l'art pour les faire vivre dans la vie de chacun, de confronter aussi leur pertinence et leur valeur dans une contemporan&#233;it&#233; &#187;, pour reprendre les termes de Li&#232;vre &#224; propos de sa reprise du &lt;i&gt;Bais&#233; de l'artiste&lt;/i&gt; d'Orlan, produit ce que Kant nomme un d&#233;sint&#233;r&#234;t. Cela signifie en l'occurrence que la perception du corps n'est plus mis &#224; mal et ne produit plus d'effet symbolique r&#233;el sur les spectateurs qui sont, justement, au spectacle. Cette d&#233;-historisation des usages queer interdit, c'est-&#224;-dire &#224; la fois rend inop&#233;rant par sa suspension et emp&#234;che de performer la cl&#244;ture par un dehors refoul&#233; qui surgit &#8211; ce qui est l'int&#233;r&#234;t des performances que j'ai &#233;voqu&#233;es. Pascal Li&#232;vre d&#233;complexifie le concept de performativit&#233; du genre par rapport &#224; son statut de citation ou de r&#233;it&#233;ration ins&#233;minatrice et prolif&#233;rante. Contrairement &#224; la reprise du corps par les artistes performeurs, cette reprise mus&#233;ale n'est ni une diss&#233;mination, ni une d&#233;multiplication. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut sans doute voir la pr&#233;sence des figurants et de l'artiste au MoMa comme un avertissement contre de telles pratiques, contre la mus&#233;ification et la spectacularisation qui se joue sous nos yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Premi&#232;re publication : 27 septembre 2011)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Non, je ne suis PAS Charlie !</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Affiche de propagande r&#233;alis&#233;e par le cinqui&#232;me bureau d'action psychologique de l'arm&#233;e fran&#231;aise, incitant les femmes &#224; se d&#233;voiler.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Personne ne peut se r&#233;jouir des assassinats perp&#233;tr&#233;s ce mercredi 7 janvier &#224; l'encontre des gens de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;. D'abord parce que cette violence est le fruit d'une froide d&#233;lib&#233;ration, qui n'a rien &#224; voir avec la moindre violence lib&#233;ratrice, et ensuite parce qu'il est &#233;vident que cet attentat va renforcer &#224; l'extr&#234;me l'islamophobie r&#233;gnante. Que cet acte ait suscit&#233; de l'&#233;motion, c'est bien compr&#233;hensible, mais il n'est pas possible de s'en tenir &#224; ce niveau de r&#233;action imm&#233;diate, sauf &#224; renoncer &#224; toute r&#233;flexion et &#224; toute prise de position politiques, au profit d'une simple forme d'indignation morale. Et l'on renonce &#224; cette r&#233;flexion politique, sit&#244;t qu'on embraie sur les effets massifs du rouleau compresseur m&#233;diatique, c&#233;dant ainsi &#224; une forme de dictature de l'&#233;motion, par ailleurs n&#233;cessairement s&#233;lective en ses indignations. Nous ferions pourtant bien de nous inspirer, pour l'occasion, de la c&#233;l&#232;bre maxime de Spinoza : &#171; Non ridere, nec lugere, neque detestari, sed intellegere &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Condamner l'attentat contre &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; au nom de la &#171; libert&#233; d'expression &#187;, de la &#171; d&#233;mocratie &#187;, de la &#171; la&#239;cit&#233; &#187;, de la &#171; pens&#233;e des Lumi&#232;res &#187;, des &#171; droits de l'Homme &#187;, etc, cela revient tout bonnement &#224; utiliser des signifiants plus sonores que r&#233;ellement riches de sens. Renon&#231;ant &#224; cette ventriloquie des slogans, nous ferions bien d'adopter un certain recul historique, bien utile en cette affaire : c'est aussi &lt;i&gt;au nom de la la&#239;cit&#233;&lt;/i&gt;, en vue de lutter contre un obscurantisme qui aurait maintenu les femmes dans une situation de soumission que la France coloniale a pu proc&#233;der, jadis, &#224; d'indignes s&#233;ances de &#171; d&#233;voilement &#187;, en place publique, de femmes musulmanes. Comment, d&#232;s lors, ne pas entendre l'&#233;cho que la loi relative &#224; l'interdiction des signes religieux en milieu scolaire a pu entretenir en son temps avec ces actions violentes pass&#233;es, conduites au nom des m&#234;mes principes ? C'est dans ce cadre g&#233;n&#233;ral qu'il faut interroger la ligne &#233;ditoriale de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, de fa&#231;on &#224; &#233;viter de canoniser ce journal, notamment en consid&#233;rant par principe que toute caricature est en soi salutaire, quel que soit le contexte historique, social, culturel. Ne tournons pas autour du pot : &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; n'avait plus rien &#224; voir avec son inspiration libertaire initiale, et ne constituait plus qu'un journal vomissant chaque semaine la religion musulmane, et encensant la politique des Etats-Unis, comme celle d'Isra&#235;l ! Le droit de blasph&#233;mer est &#233;videmment un droit essentiel, mais lorsque &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; reprend imb&#233;cilement les caricatures publi&#233;es par un journal danois proche de l'extr&#234;me droite, en particulier celle qui repr&#233;sente Mahomet, cachant une bombe sous son turban, peut-il ignorer qu'il le fait &#224; un moment o&#249; l'opinion publique n'a d&#233;j&#224; que trop tendance &#224; voir en chaque musulman un terroriste en puissance ? Se r&#233;f&#233;rer alors aux valeurs de l'anticl&#233;ricalisme pour justifier bien des caricatures odieuses &#224; l'&#233;gard des musulmans, c'est oublier que nous ne sommes pas ici, en France, dans une situation o&#249; l'islam constituerait une institution qui aurait une puissance comparable &#224; celle de l'Eglise catholique du XIXe et des d&#233;buts du XXe si&#232;cle - Olivier Cyran l'&#233;tablit clairement dans une excellente lettre ouverte, en date du 17 d&#233;cembre 2013, adress&#233;e &#224; ses anciens coll&#232;gues de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; S'il semble aujourd'hui &#233;tabli que ce sont bien de jeunes hommes, &#171; radicalis&#233;s &#187; selon l'expression actuellement en vogue, qui ont commis cet attentat contre &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, il ne faut pr&#233;cis&#233;ment rien oublier de tout cet arri&#232;re-plan, qui leur a d&#233;sign&#233; ce journal comme le symbole de l'Occident imp&#233;rialiste. Par cons&#233;quent, l'id&#233;e selon laquelle ces assassinats seraient le fruit de l'obscurantisme, de l'ignorance, etc, emp&#234;che d'identifier les fondements &lt;i&gt;politiques&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;sociaux&lt;/i&gt; de ces actes, et par cons&#233;quent nous expose, outre au fait de ne rien comprendre, au risque que la chose se reproduise, sous des formes variables. En effet, se livrer &#224; une sorte d'auto-c&#233;l&#233;bration des valeurs occidentales, au nom m&#234;me de l'universel, c'est oublier tout simplement que l'Occident est bien &lt;i&gt;incarn&#233;&lt;/i&gt;, qu'il se caract&#233;rise par des int&#233;r&#234;ts qui lui sont propres, notamment &#233;conomiques (et il y a bien une &lt;i&gt;violence&lt;/i&gt; &#233;conomique provenant de cet Occident !), et c'est ainsi prendre le risque de renforcer encore l'image arrogante que l'Occident renvoie de lui-m&#234;me au reste du monde. Si, dans le cadre d'une sorte d'&lt;i&gt;union sacr&#233;e&lt;/i&gt;, allant pour ainsi dire du Parti de gauche au Front national, Sarkozy parle aujourd'hui d'une &#171; guerre d&#233;clar&#233;e &#224; la civilisation &#187;, c'est bien qu'il reproduit le sch&#233;ma m&#234;me de l'Etat colonial que la France n'a jamais tout &#224; fait cess&#233; d'&#234;tre, mais aussi celui qu'adopt&#232;rent les Etats-Unis, pour &lt;i&gt;exporter&lt;/i&gt; la &#171; D&#233;mocratie &#187; en terre irakienne (et les &#171; valeurs &#187; occidentales &lt;i&gt;utilis&#233;es&lt;/i&gt; par l'Administration am&#233;ricaine furent bien alors, de fa&#231;on cette fois &#233;vidente, des armes de guerre). Si les valeurs occidentales &lt;i&gt;sont&lt;/i&gt; la civilisation &#8211; conclusion in&#233;vitable dans le cadre d'une partition du monde s'adossant &#224; un sch&#233;ma progressiste de l'histoire, et opposant un Occident &lt;i&gt;&#233;clair&#233;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;moderne&lt;/i&gt; &#224; un monde non occidental &lt;i&gt;obscurantiste&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;r&#233;trograde&lt;/i&gt; -, comment s'&#233;tonner d'attentats aussi &lt;i&gt;barbares&lt;/i&gt;, puisque aussi bien, nous n'aurions alors, face &#224; &#171; &lt;i&gt;Nous&lt;/i&gt; &#187;, que des hordes de &#171; barbares &#187;, abrutis d'obscurantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si nous restons dans cette position intellectuellement aveugle et autarcique, tout occup&#233;s &#224; nous f&#233;liciter d'&#234;tre, &#171; Nous &#187;, excellents occidentaux, tellement &#171; bons &#187;, &#171; justes &#187;, &#171; tol&#233;rants &#187;, etc, nous ne comprendrons jamais rien &#224; la violence que &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; produisons, et donc rien non plus &#224; la violence qui nous affecte &#224; certaines occasions. Saisissons-nous au contraire de cet &#233;v&#233;nement pour nous interroger sur la n&#233;cessit&#233; de fissurer notre homog&#233;n&#233;it&#233;, en y introduisant de l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne, &lt;i&gt;du pl&#233;b&#233;ien&lt;/i&gt;. Sans cela, nous resterons face &#224; &lt;i&gt;nous-m&#234;mes&lt;/i&gt;, dans un monde dont nous aurons &#233;radiqu&#233; le diff&#233;rent &#8211; contre cet atroce huis-clos &#224; venir, je pr&#233;f&#232;re me tenir aux c&#244;t&#233;s d'Ernest C&#339;urderoy, qui en appelait aux &#171; Cosaques &#187; - autant dire aux &#171; Barbares &#187; -, comme on en appelle &#224; l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne, pour provoquer une r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Texte &#233;crit le samedi 10 janvier 2015, dans la matin&#233;e (avant les manifestations du week-end)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Un court extrait : &#171; Vous connaissant, je m'interroge cependant : c'est quoi, au juste, votre probl&#232;me avec les musulmans de ce pays ? Dans votre texte du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, vous invoquez la salutaire remise en cause des &#171; &lt;i&gt; si grands pouvoirs des principaux clerg&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, mais sans pr&#233;ciser en quoi l'islam &#8211; qui n'a pas de clerg&#233;, mais on ne peut pas tout savoir, hein &#8211; exerce en France un &#171; si grand pouvoir &#187;. Hors de la version hardcore qu'en donnent quelques furieux, la religion musulmane ne me para&#238;t pas rev&#234;tir chez nous des formes extraordinairement intrusives ou belliqueuses. Sur le plan politique, son influence est nulle : six millions de musulmans dans le pays, z&#233;ro repr&#233;sentant &#224; l'Assembl&#233;e nationale. Pour un parlementaire, il est plus prudent de plaider la cause des avocats d'affaires et de voter des lois d'invisibilit&#233; pour les femmes voil&#233;es que de s'inqui&#233;ter de l'explosion des violences islamophobes. Pas un seul musulman non plus chez les propri&#233;taires de m&#233;dias, les directeurs d'information, les poids lourds du patronat, les grands banquiers, les gros &#233;diteurs, les chefferies syndicales. Dans les partis politiques, de gauche comme de droite, seuls les musulmans qui savent r&#233;citer par c&#339;ur les &#339;uvres compl&#232;tes de Caroline Fourest ont une petite chance d'acc&#233;der &#224; un strapontin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source Internet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.article11.info/?Charlie-...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Oxyg&#233;ner la politique &#8211; pratiques clandestines et ill&#233;galismes</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=419</link>
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		<dc:date>2014-06-14T09:01:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>gu&#233;rilla</dc:subject>
		<dc:subject>anarchisme</dc:subject>
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&lt;p&gt;Si le titre de cette intervention en appelle &#224; &#171; oxyg&#233;ner &#187; la politique, c'est bien s&#251;r parce qu'il s'agit d'&#233;voquer des modalit&#233;s de la politique qui ne soient pas mort-n&#233;es, comme on peut consid&#233;rer que le sont ses formes institu&#233;es, mais qui soient caract&#233;ristiques de ce qu'on pourrait appeler la politique vive. Cette sant&#233; politique, qu'il s'agira d'&#233;voquer ici, est d'abord &#224; entendre dans le sens d'un accroissement d'&#234;tre, et aura donc surtout &#224; &#234;tre interrog&#233;e &#224; partir de ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=16" rel="directory"&gt;Politique et subjectivation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=48" rel="tag"&gt;gu&#233;rilla&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=49" rel="tag"&gt;anarchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=50" rel="tag"&gt;insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=51" rel="tag"&gt;geste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si le titre de cette intervention en appelle &#224; &#171; oxyg&#233;ner &#187; la politique, c'est bien s&#251;r parce qu'il s'agit d'&#233;voquer des modalit&#233;s de la politique qui ne soient pas mort-n&#233;es, comme on peut consid&#233;rer que le sont ses formes institu&#233;es, mais qui soient caract&#233;ristiques de ce qu'on pourrait appeler la politique &lt;i&gt;vive&lt;/i&gt;. Cette sant&#233; politique, qu'il s'agira d'&#233;voquer ici, est d'abord &#224; entendre dans le sens d'un accroissement d'&#234;tre, et aura donc surtout &#224; &#234;tre interrog&#233;e &#224; partir de ses dispositions affectives, de sa &lt;i&gt;Stimmung&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'un &#233;change verbal un peu brutal dans sa forme, on dira volontiers qu'il est &lt;i&gt;vif&lt;/i&gt;, t&#233;moignant d'un profond d&#233;saccord justifiant qu'on sorte du cadre strictement polic&#233; r&#233;serv&#233; &#224; la discussion. La politique vive elle-m&#234;me n'est pas pensable sans de telles entorses &#224; l'&#233;tiquette, du point de vue du langage aussi bien que du comportement. Cependant, de tels &#233;carts sont g&#233;n&#233;ralement accept&#233;s (par l'institution aussi bien que par les mouvements syndicaux et politiques l&#233;galistes) aussi longtemps qu'ils demeurent homog&#232;nes au crit&#232;re langagier, c'est-&#224;-dire aussi longtemps qu'on peut les identifier comme la continuation de la discussion, f&#251;t-ce par d'autres moyens. Ce n'est que lorsque ces suppos&#233;es bornes de &#171; l'acceptable &#187; sont franchies que la belle unit&#233; du mouvement se brise, pr&#233;cis&#233;ment au moment m&#234;me o&#249; la trame du tissu rendant possible l'&#233;change verbal (ou un de ses succ&#233;dan&#233;s) se d&#233;chire, r&#233;v&#233;lant le &lt;i&gt;diff&#233;rend&lt;/i&gt; qu'on feignait de prendre pour un simple d&#233;saccord. Que la politique puisse alors en venir &#224; emprunter des formes ill&#233;gales, cela n'appara&#238;t plus par cons&#233;quent que comme l'envers du constat d'un diff&#233;rend, irr&#233;conciliable, et c'est ainsi qu'il faut envisager la question, r&#233;currente dans ce type de discussion, de la violence. Ce sont alors les dispositions affectives fondant cet usage de la violence qui sont &#224; interroger, bien plut&#244;t que les formes sp&#233;cifiques qu'elle a d&#251; emprunter. Ces mouvements politiques sont-ils inspir&#233;s par la joie ? Non pas la gaiet&#233; festive du na&#239;f qui consid&#233;rerait que manifester visage cach&#233;, c'est r&#233;v&#233;ler ainsi ses &#171; mauvaises &#187; intentions, mais bien la joie exempte de toute tentation de jouer le r&#244;le du martyr de qui conna&#238;t les armes de ses ennemis, dans le cadre d'une gu&#233;rilla &#224; mener, et non pas dans celui du face &#224; face propre &#224; une guerre d&#233;clar&#233;e dans les formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il va donc s'agir, ici, d'envisager la frange trop souvent refoul&#233;e des mouvements politiques radicaux, pr&#233;cis&#233;ment au nom d'une &lt;i&gt;respectabilit&#233;&lt;/i&gt; recherch&#233;e pour &#171; la cause &#187; d&#233;fendue. Le prix &#224; payer pour cette respectabilit&#233; est exorbitant &#224; un double point de vue : d'une part, cette respectabilit&#233; ne se gagne qu'au prix d'un compromis avec l'&#233;tat de fait contre lequel on combat ; d'autre part, les dispositions affectives des r&#233;volutionnaires s&#233;parant le bon grain de l'ivraie rel&#232;vent de fa&#231;on trop &#233;vidente de l'enr&#233;gimentement d'un mouvement au b&#233;n&#233;fice d'un &lt;i&gt;projet&lt;/i&gt; d&#233;j&#224; constitu&#233;. C'est cette part inavouable de la politique que j'aimerais interroger ici, le geste de ces pl&#233;b&#233;iens de la politique que m&#234;me les organisations anarchistes peinent parfois &#224; reconna&#238;tre comme &#233;tant des leurs &#8211; quand pourtant, en tant que bannis du champ de la politique, ces pl&#233;b&#233;iens pourraient nous r&#233;apprendre quelque chose d'un nouage intrins&#232;que entre la politique et la joie, et ce, d'abord de mani&#232;re n&#233;gative, en &#233;clairant pr&#233;cis&#233;ment le geste par lequel s'est effectu&#233; leur bannissement, conduisant &#224; les rel&#233;guer du c&#244;t&#233; des &#171; droits communs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour commencer, on pourrait faire remarquer qu'ill&#233;galismes et recherche de la clandestinit&#233; sont d'abord des effets m&#233;caniques de l'&#233;volution des lois et de la sensibilit&#233; d'une &#233;poque. En effet, la criminalisation croissante d'actes relevant jadis de la lutte sociale ordinaire (s&#233;questration d'un patron, actes de sabotage, etc.) a eu pour effet imm&#233;diat, soit de priver les luttes en question de nombre de leurs moyens d'action, soit de les contraindre &#224; des actes d&#233;sormais devenus ill&#233;gaux ; quant &#224; la pratique de la clandestinit&#233;, elle devient bien souvent une n&#233;cessit&#233; de la lutte, du simple fait de la multiplication des techniques d'identification des individus (les cam&#233;ras de surveillance, la traque sur internet, etc.). L'alternative est assez simple ici : soit accepter les restrictions ainsi apport&#233;es par le pouvoir &#233;tatique au domaine des moyens jug&#233;s l&#233;gitimes de conduire les luttes, soit maintenir les pratiques existantes de lutte, en mettant tout en &#339;uvre pour &#233;chapper malgr&#233; tout aux foudres de la loi. Sans doute conviendrait-il cependant en la mati&#232;re, afin de ne pas adopter en cela une position strictement r&#233;active, de tirer toutes les cons&#233;quences (y compris positives) du fait que les luttes politiques et sociales doivent aujourd'hui s'envisager sur le mode de la gu&#233;rilla &#8211; ce qui r&#233;clame, d&#233;j&#224;, d'en passer par l'acte de se masquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On ne va pas dresser ici une liste exhaustive des &#233;volutions technologiques et polici&#232;res qui ont multipli&#233; les possibilit&#233;s d'un contr&#244;le g&#233;n&#233;ralis&#233;. Qu'il suffise d'envisager la prolif&#233;ration des cam&#233;ras de surveillance dans les rues des villes, mais aussi la mise en place, dans le cas de la France du FNAEG (Fichier national automatis&#233; des empreintes g&#233;n&#233;tiques), ou encore le flicage sur Internet, qui est loin de seulement concerner, selon l'expression juridique, la &#171; d&#233;tention d'images p&#233;do-pornographiques &#187;, et qui vise aussi le simple fait de se rendre sur un site jug&#233; suspect du point de vue des questions dites de &#171; terrorisme &#187; - par exemple si l'internaute est soup&#231;onn&#233;, selon les sites visit&#233;s, de participer &#224; un recrutement au profit, selon l'expression consacr&#233;e, du &#171; Djihad &#187;, en Syrie, ou encore s'il est soup&#231;onn&#233;, plus largement, d'appartenir &#224; une mouvance dite &#171; fondamentaliste &#187; de l'Islam. On peut ajouter aussi le fait que les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision, bien qu'elles n'y soient pas formellement oblig&#233;es par la loi fran&#231;aise, ont l'habitude de remettre aux autorit&#233;s polici&#232;res, lorsqu'elles en font la demande, les enregistrements effectu&#233;s lors de manifestations &#8211; ce qui ne manque pas de d&#233;boucher fr&#233;quemment sur l'interpellation d'individus identifi&#233;s sous la d&#233;nomination de &#171; casseurs &#187;. Dans le cas de l'Espagne, le 29 novembre 2013 a &#233;t&#233; adopt&#233; un ensemble de dispositions, brocard&#233; sous l'appellation de &#171; loi museli&#232;re &#187;, et que le Parlement (si je ne fais pas erreur) devrait prochainement valider, et qui vise &#224; criminaliser la libert&#233; d'expression et de manifestation. C'est ainsi que ce texte pr&#233;voit la condamnation &#224; des peines de prison et/ou &#224; des amendes exorbitantes de toute manifestation de m&#233;contentement : les infractions jug&#233;es &#171; tr&#232;s graves &#187; seront passibles de peines d'amende allant de 30 000 &#224; 60 000 euros, les &#171; graves &#187;, de 1001 &#224; 30 000 euros, et les &#171; l&#233;g&#232;res &#187;, de 100 &#224; 1000 euros. Dans ces conditions, le simple fait de participer &#224; une manifestation non autoris&#233;e pourra co&#251;ter jusqu'&#224; 30 000 euros (et encore ce d&#233;lit, dans le projet de loi, vient-il d'&#234;tre r&#233;trograd&#233; de la cat&#233;gorie &#171; tr&#232;s grave &#187; &#224; celle de &#171; grave &#187;...). Voici comment &lt;i&gt;Le combat syndicaliste&lt;/i&gt;, journal de la CNT fran&#231;aise, r&#233;sume la teneur des dispositions contenues dans ce texte : &#171; Appeler sur des r&#233;seaux sociaux &#224; participer &#224; une manifestation pourra &#234;tre puni d'une peine de prison. De m&#234;me que l'occupation d'&#233;difices publics, ou de b&#226;timents officiels. R&#233;sister m&#234;me pacifiquement &#224; l'autorit&#233; sera assimil&#233; &#224; un acte terroriste et peut occasionner 4 ans de prison. Si on s'est content&#233; de bloquer les transports publics, on en sera quitte pour deux ans de prison. [&#8230;] La loi pr&#233;voit aussi des peines pour la diffusion d'images de policiers, pouvant porter atteinte &#224; leur s&#233;curit&#233; et leur honneur, d&#233;finition vague qui interdira de fait toute prise de photos non seulement de policiers maltraitant quelqu'un et usant de violence mais m&#234;me une simple photo o&#249; le policier est reconnaissable pourra valoir &#224; son auteur des milliers d'euros d'amende. [&#8230;] Bien s&#251;r le fait de porter un foulard ou une casquette sera &#171; tr&#232;s grave &#187; ainsi que la destruction de mobilier urbain ou l'incendie de poubelles. Un autre crime sera d'offenser ou d'insulter par &#233;crit ou verbalement l'Espagne, les communaut&#233;s autonomes, leurs symboles ou embl&#232;mes. Pour cette nouvelle infraction cr&#233;&#233;e de toutes pi&#232;ces les peines seront de 7 &#224; 12 mois de prison et 30 000 euros d'amende &#187; (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'alternative qu'on &#233;voquait tout &#224; l'heure appara&#238;t ici dans toute sa nudit&#233; : soit on tente de respecter de telles dispositions l&#233;gales, pour le moins &#224; large spectre, et alors les moyens disponibles pour les luttes sociales et politiques (et m&#234;me leur simple manifestation) deviennent fort r&#233;duits, soit on enfreint ces interdits, mais en essayant d'&#233;chapper aux sanctions. C'est en cela qu'une telle loi pousse &#224; l'organisation d'une forme de clandestinit&#233; des luttes, par exemple - et ce, malgr&#233; la loi qui d&#233;sormais le sanctionnerait -, en masquant son visage lors des manifestations, ou encore en proc&#233;dant &#224; la mani&#232;re du site &lt;i&gt;Copwatch&lt;/i&gt;, consacr&#233; &#224; &#171; l'information contre les violences polici&#232;res &#187;, c'est-&#224;-dire en se rendant &#224; peu pr&#232;s inattaquable, ou plut&#244;t insaisissable comme cela fut rendu explicite &#224; travers le spectacle de l'inefficacit&#233; de Claude Gu&#233;ant, alors r&#233;duit &#224; des gesticulations r&#233;p&#233;t&#233;es en vue de faire interdire le site, lorsqu'il &#233;tait ministre de l'Int&#233;rieur. La parade consista notamment, pour les cr&#233;ateurs de &lt;i&gt;Copwatch&lt;/i&gt;, &#224; mettre en place des &#171; sites miroirs &#187;, r&#233;pliques du site condamn&#233;, permettant de contourner au moins partiellement les mesures de blocage, prises &#224; la suite de d&#233;cisions de justice. On a l&#224; l'illustration, dans le cas de sites Internet cherchant &#224; &#233;chapper &#224; des mesures de censure, de la mise en &#339;uvre, sur le terrain informatique, par cons&#233;quent, de techniques propres &#224; la pratique d'une forme de gu&#233;rilla, avec le recours &#224; des d&#233;placements incessants, des changements d'identit&#233;, des travestissements, des leurres, etc. C'est d'ailleurs ce type de technique propre &#224; la gu&#233;rilla que d&#233;signe en fait l'appellation de &#171; Black Bloc &#187; (&#171; &lt;i&gt;technique&lt;/i&gt; de manifestation invent&#233;e par les Autonomes allemands dans les ann&#233;es quatre-vingt, et perfectionn&#233;e par des anarchistes am&#233;ricains au d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt-dix &#187;(2) ), loin de renvoyer &#224; des groupes arm&#233;s et structur&#233;s &#8211; sorte d'arm&#233;e de l'ombre semant la terreur &#8211;, figure fantasmatique que les m&#233;dias sont toujours prompts &#224; relayer d&#232;s qu'une manifestation donne lieu &#224; quelques affrontements avec les CRS et/ou &#224; quelques destructions de mobilier urbain, comme ce fut encore r&#233;cemment le cas, &#224; Nantes, dans le cadre d'une mobilisation contre l'a&#233;roport de Notre Dame des Landes. Le principe d'une telle lutte, qui ne rel&#232;ve donc plus du sch&#233;ma de la guerre, mais de la gu&#233;rilla, et donc de l'Autonomie, est ainsi formul&#233; par le collectif Tiqqun : &#171; Il ne s'agit plus [&#8230;] de se ramasser en un sujet compact pour faire face &#224; l'Etat, mais de se diss&#233;miner en une multiplicit&#233; de foyers comme autant de &lt;i&gt;failles&lt;/i&gt; dans la totalit&#233; capitaliste. [&#8230;] A la diff&#233;rence des organisations combattantes, l'Autonomie s'appuie sur l'indistinction, l'informalit&#233;, une semi-clandestinit&#233; ad&#233;quate &#224; la pratique conspirative. Les actions de guerre sont ici soit anonymes, soit sign&#233;es de noms fantoches, diff&#233;rents &#224; chaque fois, inassignables en tout cas, solubles dans la mer de l'Autonomie &#187; (3). &lt;br class='autobr' /&gt; Ce n'est sans doute pas un hasard si, dans les ann&#233;es soixante-dix, percevant les profondes transformations bouleversant la soci&#233;t&#233; et, indissociablement, les diff&#233;rentes figures du pouvoir, Pasolini, en envisageant le type de lutte qu'il jugeait devoir mener pour d&#233;fendre son film &lt;i&gt;Salo ou les 120 journ&#233;es de Sodome&lt;/i&gt;, consid&#233;rait lui-m&#234;me avoir &#224; conduire en cela une &#171; gu&#233;rilla &#187; sur tous les fronts. Au m&#234;me moment, c'est-&#224;-dire en novembre 1975 tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment, juste avant son assassinat, Pasolini &#233;non&#231;ait &#233;galement, lors d'un congr&#232;s du Parti radical, o&#249; il &#233;tait invit&#233;, qu'il s'agissait d&#233;sormais de &#171; se rendre irreconnaissable &#187;. Il ne parlait pas de mener une &#171; guerre &#187;, celle-ci ayant alors r&#233;clam&#233; qu'ennemis et amis fussent clairement identifi&#233;s, mais bien une &lt;i&gt;gu&#233;rilla&lt;/i&gt;, dans une &#233;poque, pr&#233;cis&#233;ment, o&#249;, selon son diagnostic, r&#233;actionnaires et progressistes en &#233;taient arriv&#233;s &#224; ne plus constituer que des &#233;tiquettes, pour l'essentiel sans autre port&#233;e que nominale. C'est ainsi que, par certains c&#244;t&#233;s, les luttes des f&#233;ministes, par exemple, ont pu lui sembler participer d'une incitation au d&#233;ploiement toujours croissant du pouvoir consum&#233;riste, quand l'Eglise catholique, elle, a pu parfois (outre ses aspects &lt;i&gt;r&#233;ellement&lt;/i&gt; r&#233;actionnaires) rev&#234;tir une fonction de frein &#224; ce d&#233;veloppement. Autrement dit, en jouant sur le registre d&#233;mocratique (l'octroi de droits sans cesse croissants), les dits progressistes auraient fait le jeu du pouvoir, quand certaines instances r&#233;actionnaires, elles, auraient, &#224; l'occasion, pu tendre &#224; entraver la m&#233;canique du pouvoir consum&#233;riste. Dans ces conditions, et sans entrer plus avant dans la position, complexe, de Pasolini, on peut faire remarquer que son appel &#224; une forme de clandestinit&#233; de la lutte correspondait, pr&#233;cis&#233;ment, &#224; une exigence propre &#224; la gu&#233;rilla qu'il convenait de mener contre le pouvoir. De fait, &#224; la diff&#233;rence du pouvoir qu'il nommait &#171; cl&#233;rical-fasciste &#187;, et contre lequel une guerre frontale &#233;tait possible, le pouvoir d&#233;mocratique, &#171; faussement tol&#233;rant &#187; selon son expression, brouillait les pistes, pouvant faire d'un individu identifi&#233; comme progressiste, et sinc&#232;rement pr&#233;occup&#233; par la recherche d'une &#233;galit&#233; des droits, son alli&#233; objectif &#8211; l'ami selon l'uniforme dans une guerre classique devenait l'alli&#233; de l'ennemi dans cette gu&#233;rilla, raison pour laquelle il a pu arriver &#224; Pasolini lui-m&#234;me de se dire &#171; r&#233;actionnaire &#187; (se d&#233;faisant ainsi de son costume de progressiste, pour endosser une tenue de camouflage). Il s'agissait, pour lui, de chercher &#224; n'&#234;tre pas instrumentalis&#233; par le pouvoir, comme il consid&#233;rait l'avoir &#233;t&#233;, notamment, pour les trois films de la &lt;i&gt;Trilogie de la vie&lt;/i&gt;, qu'il a pris la peine d'abjurer. Dans le sillage de Pasolini, il est tentant d'esquisser un parall&#232;le entre les progressistes dont parlait le r&#233;alisateur italien et les partisans du &#171; Mariage pour tous &#187; dans le cas de la France &#8211; porteurs, nominalement, de valeurs de tol&#233;rance, ces partisans se sont en fait r&#233;v&#233;l&#233;s en cela les meilleurs alli&#233;s d'une normalisation gay. Affirmer contre un tel mouvement de fond l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des p&#233;d&#233;s, ce n'est certes pas r&#233;int&#233;grer le placard, mais ce n'est pas, en tout cas, faire du &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt; l'alpha et l'om&#233;ga d'une suppos&#233;e lib&#233;ration gay. La clandestinit&#233;, dans ces conditions, s'av&#232;re autrement d&#233;rangeante du point de vue de la normalisation : de cette fa&#231;on, il s'agit de se soustraire au jeu de l'assignation &#224; identit&#233; et/ou &#224; orientation sexuelles. Echapper aux prises du pouvoir demande alors de se masquer, de se rendre &#171; irreconnaissable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est en cela qu'on peut saisir le retournement que j'indiquais tout &#224; l'heure : si, dans les luttes sociales et politiques, les formes actuelles de surveillance et de r&#233;pression conduisent &#224; un recours difficilement &#233;vitable &#224; la clandestinit&#233;, et &#224; la pratique qui lui est li&#233;e de gu&#233;rilla, ce peut &#234;tre, sans doute pas si paradoxalement que cela d'ailleurs, une chance pour ces luttes. En effet, la dispersion des foyers et des modalit&#233;s de lutte peut &#234;tre l'occasion, pour la politique, d'&#234;tre rendue &#224; sa pleine immanence, la pratique de la gu&#233;rilla n'&#233;tant gu&#232;re compatible avec la moindre mainmise d'une suppos&#233;e avant-garde sur le mouvement en cours. C'est ce qu'indique la m&#233;fiance d'Alfredo Bonanno, th&#233;oricien de l'anarchisme insurrectionnaliste, &#224; l'&#233;gard de tout vestige de planification r&#233;volutionnaire, dans le sillage de la distinction qu'op&#233;rait Stirner lui-m&#234;me entre &#171; r&#233;volte &#187; et &#171; r&#233;volution &#187; (4) : &#171; [&#8230;] les r&#233;volutionnaires sont fid&#232;les et ils ont peur de rompre avec tous les sch&#233;mas, y compris celui de la r&#233;volution, bien que ce dernier &#8211; en tant que sch&#233;ma &#8211; constitue un obstacle &#224; la pleine r&#233;alisation de ce que le concept promet. Ils ont peur de se retrouver d&#233;s&#339;uvr&#233;s. Avez-vous d&#233;j&#224; rencontr&#233; un r&#233;volutionnaire sans projet r&#233;volutionnaire ? Un projet bien ficel&#233; et clairement expos&#233; aux masses ? Quelle serait cette race de r&#233;volutionnaires qui pr&#233;tendrait d&#233;truire le sch&#233;ma, l'enveloppe, le fondement de la r&#233;volution ? En attaquant les concepts de quantification, de classe, de projet, de sch&#233;ma, de mission historique, et autres vieilleries du m&#234;me ordre, on court le risque de ne plus rien avoir &#224; faire, d'&#234;tre oblig&#233; d'agir, dans la r&#233;alit&#233;, modestement, avec tous les autres, comme des millions d'autres, qui construisent la r&#233;volution jour apr&#232;s jour, sans attendre le signal d'une &#233;ch&#233;ance fatale &#187; (5). Dans ces conditions, c'est le partage entre ce qui rel&#232;verait de la politique et ce qui en serait exclu qui devient susceptible d'&#234;tre r&#233;interrog&#233;, certaines figures pl&#233;b&#233;iennes de la politique vive &#233;tant ainsi conduites &#224; faire retour/irruption sur la sc&#232;ne politique, non pas, dieu merci, pour y professer quelque conseil que ce soit, mais pour nous faire profiter du souffle joyeux de leur &lt;i&gt;geste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qu'il s'agit d'interroger, &#224; travers les marges de la politique que je viens d'indiquer, c'est moins le type d'actions conduites par tel individu et/ou par telle organisation que les dispositions affectives sous-tendant ces actes. En effet, il s'agira moins, par exemple, de juger du bien fond&#233; &#233;ventuel de l'usage de la violence, voire du recours &#224; l'homicide, que d'interroger la nature du rapport &#224; la violence entretenu dans tel ou tel acte &#8211; si la violence y rev&#234;t le statut de moyen froidement calcul&#233;, alors, on se trouve &#224; nouveau inscrit dans le sch&#233;ma moyen/fin que le rejet de la notion de projet clairement &#233;labor&#233; permet d'&#233;carter, de m&#234;me que si la violence est enti&#232;rement inscrite dans le registre de la vengeance, elle rel&#232;vera d'une puissance strictement n&#233;gative, etc. Bref, il s'agira d'&#233;valuer la teneur en joie des actions consid&#233;r&#233;es, c'est-&#224;-dire d'&#233;valuer la nature du geste enveloppant ces actes &#8211; car s'il proc&#232;de de la joie, alors ce geste s&#233;cr&#233;tera lui-m&#234;me le monde autour duquel s'ordonne l'acte en question, du moins si l'on s'accorde avec Alfredo Bonanno pour reconna&#238;tre que &#171; [d]ans la joie r&#233;side la possibilit&#233; de rompre avec le vieux monde et d'identifier des objets nouveaux, des besoins et des valeurs diff&#233;rents &#187; (6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut noter que les organisations anarchistes elles-m&#234;mes, pour une large part en tout cas, ne font pas exception &#224; la r&#232;gle consistant &#224; rejeter hors du domaine de la politique certaines modalit&#233;s d'action, ou certaines &#171; soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes &#187;, lors m&#234;me qu'elles se r&#233;clament de l'anarchie, consid&#233;rant que malgr&#233; cette profession de foi, elles occasionnent un tort au mouvement anarchiste en tant que tel. En cela, on retrouve le souci du partage entre un registre politique de l'action, jug&#233; respectable, et un registre criminel, &#224; rejeter. Ainsi en fut-il &#224; propos de l'organisation secr&#232;te issue du monde paysan andalou, dans le dernier quart du XIXe si&#232;cle, appel&#233;e &lt;i&gt;La Mano Negra&lt;/i&gt;, que les organisations anarchistes ont pr&#233;f&#233;r&#233; pr&#233;senter comme une simple manipulation de la part des autorit&#233;s, comme en t&#233;moigne Clara Eugenia Lida, lorsqu'elle &#233;crit : &#171; [j]'usqu'&#224; aujourd'hui, les historiens militants de l'anarchisme nient tout lien entre l'AIT et la Mano Negra et soutiennent qu'il s'est agi d'une invention des autorit&#233;s &#187; (7). Le b&#233;n&#233;fice strat&#233;gique des organisations anarchistes est &#233;vident : en niant l'existence de la &lt;i&gt;Mano Negra&lt;/i&gt;, elles n'ont pas eu &#224; s'expliquer sur les &#233;ventuels liens entre l'organisation secr&#232;te et l'AIT &#8211; donc pas &#224; s'expliquer sur les actes violents (meurtres compris) attribu&#233;s &#224; la &lt;i&gt;Mano Negra&lt;/i&gt;. Or, sans retracer l'histoire, compliqu&#233;e et s'accompagnant de nombreuses zones d'ombre, de cette soci&#233;t&#233; secr&#232;te, il faut tout de m&#234;me la replacer dans son contexte, qui est celui du passage de l'AIT &#224; une clandestinit&#233; forc&#233;e, comme le rappelle Clara Eugenia Lida : &#171; En 1874, lorsque l'AIT fut interdite et que la r&#233;pression gouvernementale contre les militants ouvriers s'accentua, la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er des organisations secr&#232;tes s'est impos&#233;e aux dirigeants ouvriers. Cela leur a sembl&#233; &#234;tre le moyen de survie et d'action le plus efficace &#224; l'heure o&#249; approchait la r&#233;volution que l'on croyait imminente. &lt;i&gt;La Mano Negra a &#233;t&#233; l'outil forg&#233; par certains anarchistes du Sud pour poursuivre leurs activit&#233;s politiques pendant l'interdiction de l'AIT &#187;&lt;/i&gt; (8). Dans ces conditions, la &lt;i&gt;Mano Negra&lt;/i&gt; constitue bien une &#233;manation du mouvement anarchiste, et seule sa criminalisation par le pouvoir, en 1883, entra&#238;nant une vive r&#233;pression contre les anarchistes de Cadix, conduisit une partie du mouvement anarchiste (divis&#233; sur cette question entre terrorisme rural et organisation syndicale) &#224; se d&#233;solidariser des actes et d&#233;clarations de la soci&#233;t&#233; secr&#232;te &#8211; d'autant que la condamnation des actes imput&#233;s &#224; la &lt;i&gt;Mano Negra&lt;/i&gt; fut unanime, aussi bien &#224; gauche qu'&#224; droite. Car, quant au fond, les m&#233;thodes de l'anarchisme rural naissant n'&#233;tait gu&#232;re diff&#233;rentes de celles employ&#233;es par cette soci&#233;t&#233; secr&#232;te, au moins dans la mani&#232;re de les exposer, comme le rappelle l'auteur : &#171; Ni les appels &#224; la destruction de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, ni l'usage de la terreur contre les propri&#233;taires terriens, pas plus que le s&#233;v&#232;re ch&#226;timent r&#233;serv&#233; aux tra&#238;tres et aux d&#233;lateurs n'&#233;taient &#233;trangers aux mouvements ruraux clandestins et aux soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes r&#233;publicaines radicales qui avaient exist&#233; auparavant. Le langage violent de la &lt;i&gt;Mano Negra&lt;/i&gt; diff&#233;rait peu de celui qu'avait parfois utilis&#233; l'AIT en Espagne &#187; (9). Ce qu'on peut identifier en cette prise de distance d'une large partie des organisations anarchistes par rapport aux m&#233;thodes violentes d'action pr&#233;valant jusqu'ici dans l'anarchisme rural, &lt;i&gt;et pour autant que cette mise &#224; distance ne s'effectue pas sur la base d'une remise en question du rapport moyen/fin&lt;/i&gt;, c'est une forme de recherche de respectabilit&#233; qu'on peut difficilement consid&#233;rer autrement que comme une forme embryonnaire de l&#233;galisme. C'est cette tendance, me semble-t-il, qu'on retrouvera dans la condamnation dominante, dans les organisations anarchistes, des actes de &#171; reprise individuelle &#187;, autrement dit, du vol.&lt;br class='autobr' /&gt; Auparavant, arr&#234;tons-nous quelque temps sur la question de la &#171; propagande par le fait &#187;. Elle connut ses beaux jours, dans le mouvement anarchiste, dans les ann&#233;es allant de 1881 &#224; 1888, et cette propagande cessa lorsqu'elle commen&#231;a &#224; &#234;tre jug&#233;e inefficace. Cela n'emp&#234;cha pas qu'elle reprenne, de 1892 &#224; 1894, sous la forme d'une s&#233;rie d'attentats, subissant cette fois une condamnation de la part de nombreux anarchistes, notamment de Kropotkine, qui eut cette formule, dans le journal &lt;i&gt;la R&#233;volte&lt;/i&gt;, en 1891 : &#171; Un &#233;difice bas&#233; sur des si&#232;cles d'histoire ne se d&#233;truit pas avec quelques kilos d'explosifs &#187;(10). Il est vrai que l'attentat d'Auguste Vaillant, lan&#231;ant une bombe en pleine Chambre des d&#233;put&#233;s, en 1893, semblait donner raison &#224; Kropotkine, cet acte &#233;tant suivi, quelques jours plus tard, par un vote &#233;tablissant les c&#233;l&#232;bres &#171; lois sc&#233;l&#233;rates &#187;, si souvent utilis&#233;es par la suite, notamment pour r&#233;primer le mouvement anarchiste. Cela dit, on pourrait s'arr&#234;ter sur cette condamnation de la violence, au nom de son inefficacit&#233; : on comprend alors que, selon ce raisonnement, si la violence avait &#233;t&#233; efficace, cela seul aurait suffit pour conclure qu'il fallait effectivement y avoir recours. C'est &#224; une telle r&#233;duction de la violence au statut de moyen, d'ailleurs, que Errico Malatesta proc&#232;de, notamment dans un texte de 1892, lorsqu'il &#233;crit : &#171; Une fois fix&#233;e la fin que l'on d&#233;sire atteindre, par choix ou par n&#233;cessit&#233;, le grand probl&#232;me de la vie est de trouver le moyen qui, selon les circonstances, conduit le plus s&#251;rement et avec la plus grande &#233;conomie &#224; la fin que l'on se propose. [&#8230;] A notre avis, &lt;i&gt;tout ce qui nous rapproche de la fin que nous nous proposons [&#8230;], tout cela est bon&lt;/i&gt; &#8211; avec cette seule exigence : calculer quantitativement, afin d'obtenir le maximum d'effet utile par rapport aux forces dont nous disposons &#187; (11). Cette subordination int&#233;grale du moyen &#224; la fin propos&#233;e nous maintient dans le sch&#233;ma classique moyen/fin qui est le propre de tout &lt;i&gt;projet&lt;/i&gt; concert&#233;. Or, on se souviendra que Walter Benjamin, dans le sillage de Georges Sorel, avait qualifi&#233; &lt;i&gt;d'anarchiste&lt;/i&gt; la seule violence recourant &#224; des &#171; moyens purs &#187;, raison pour laquelle il d&#233;finissait la &#171; gr&#232;ve prol&#233;tarienne &#187; comme moyen pur, &#224; la diff&#233;rence de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, qui, elle, restait &#171; fondatrice de droit &#187; (11). Autrement dit, pour s'arracher &#224; l'ordre du droit (l&#224; serait l'ill&#233;galisme foncier de l'anarchie), il faudrait rompre avec le rapport du moyen &#224; une fin qui lui soit ext&#233;rieure, et, c'est de ce point de vue, que, pour Benjamin, la &#171; gr&#232;ve politique &#187; se contente de &#171; provoque[r] une modification ext&#233;rieure des conditions du travail &#187;, quand la &#171; gr&#232;ve prol&#233;tarienne &#187;, elle, &#171; se produit [&#8230;] avec la r&#233;solution de ne reprendre qu'un travail compl&#232;tement transform&#233;, non impos&#233; par l'Etat &#187; - c'est en cela que Benjamin peut &#233;crire que &#171; cette sorte de gr&#232;ve [la gr&#232;ve prol&#233;tarienne] a moins pour but de provoquer que d'accomplir &#187; (13). Par cette id&#233;e d'accomplissement, Benjamin ne place pas le moyen au service de la moindre fin ext&#233;rieure (c'est pourquoi ce moyen est dit &#171; pur &#187;), et c'est en cela que le mod&#232;le de la violence anarchiste serait au fond la &#171; violence divine &#187;, c'est-&#224;-dire &#171; imm&#233;diate &#187;, &#224; l'image de celle qui se manifeste dans la &#171; col&#232;re &#187;, en laquelle &#171; [la] violence [&#8230;] ne se rapporte pas comme moyen &#224; une fin d&#233;j&#224; d&#233;finie &#187;(14). Il va de soi que cela ne signifie pas n&#233;cessairement que la violence propre aux poseurs de bombes soit de l'ordre d'un moyen pur, mais il est en revanche &#233;vident que certains discours s'opposant &#224; la poursuite de la &#171; propagande par le fait &#187; (tel celui de Malatesta, qu'on a cit&#233; &#224; l'instant) s'appuient sur une logique maintenant bien la violence dans le statut de moyen entretenant un rapport d'ext&#233;riorit&#233; avec une fin vis&#233;e. Face aux mots d'Auguste Vaillant, consign&#233;s dans son journal, pour caract&#233;riser l'acte qu'il s'appr&#234;tait &#224; r&#233;aliser : &#171; le cri de toute une classe qui revendique ses droits et qui bient&#244;t joindra les actes &#224; la parole &#187;, on ne peut se d&#233;fendre du sentiment qu'en cela, on n'est pas loin d'une forme de violence imm&#233;diate. En effet, Vaillant sait bien que son acte, en lui-m&#234;me, ne changera pas la situation politique, mais, vivant dans une extr&#234;me pr&#233;carit&#233;, il ne supporte plus, en particulier, de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de sa femme et de sa fille &#8211; autrement dit, de ne pas pouvoir vivre au sens plein du terme, mais d'&#234;tre condamn&#233; &#224; une simple survie -, et choisit donc de dispara&#238;tre dans un coup d'&#233;clat. C'est pourtant bien un acte politique, faisant signe vers une vie qui vaudrait d'&#234;tre v&#233;cue, et non pas un fait divers, tout comme l'acte d'un ch&#244;meur en &#171; fin de droits &#187; s'immolant devant une agence nantaise de &#171; P&#244;le emploi &#187;, il y a quelques mois, est intrins&#232;quement politique. Dans un petit livre &#233;crit en 1977, et qui lui vaudra 18 mois de prison,&lt;i&gt; La joie arm&#233;e&lt;/i&gt;, Alfredo Bonanno &#233;voque le cas th&#233;orique d'un meurtre de policier, pour d&#233;finir le plus nettement possible ce qui caract&#233;rise la violence entendue comme moyen pur, c'est-&#224;-dire ne r&#233;sultant pas d'un calcul co&#251;t/profit, relativement &#224; une fin clairement identifi&#233;e : &#171; En tuant un policier, on ne soup&#232;se pas ses responsabilit&#233;s, on n'arithm&#233;tise pas l'affrontement de classe. On ne programme pas une vision du rapport entre mouvement r&#233;volutionnaire et exploiteurs. On r&#233;pond, de fa&#231;on imm&#233;diate, &#224; une exigence qui a fait surface et structure le mouvement r&#233;volutionnaire, une exigence que toutes les analyses et toutes les justifications du monde n'auraient pu, par elles-m&#234;mes, imposer &#187; (15). Si la justice italienne a condamn&#233; Bonanno, relativement &#224; ce livre, elle n'a en tout cas pas pu le faire, autrement qu'&#224; titre d'&#233;ventuel pr&#233;texte, selon le chef d'inculpation d'appel au meurtre, la notion m&#234;me de violence &lt;i&gt;imm&#233;diate&lt;/i&gt; excluant, par d&#233;finition, tout &lt;i&gt;projet&lt;/i&gt; (individuel ou collectif) ant&#233;rieur &#224; l'acte. C'est bien dans ce sens, d'ailleurs, que Bonanno, dans un texte de 1993, apporta quelques pr&#233;cisions quant au sens de ce livre, qui visait alors en effet &#224; faire en sorte d'&#233;viter que les luttes r&#233;volutionnaires se d&#233;veloppant en Italie &#224; cette &#233;poque tombent dans le pi&#232;ge d'une telle subordination du moyen &#224; une fin vis&#233;e : &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire, y compris les anarchistes, &#233;tait dans une phase d'extension et tout semblait possible m&#234;me une g&#233;n&#233;ralisation de l'affrontement arm&#233;. [&#8230;] Il semblait essentiel d'emp&#234;cher que les nombreuses actions men&#233;es chaque jour par les camarades contre les hommes et les structures du pouvoir soient int&#233;gr&#233;es &#224; la logique planificatrice d'un parti arm&#233; comme les Brigades Rouges en Italie &#187; (16). En &#233;crivant ces lignes, l'anarchiste italien tient &#224; pr&#233;ciser que, depuis cette &#233;poque, la situation des luttes a certes radicalement chang&#233;, mais que le livre conserve encore une port&#233;e politique, qui ferait signe vers une exigence joyeuse de &lt;i&gt;destitution&lt;/i&gt; : &#171; Ce livre est encore d'actualit&#233; mais d'une autre fa&#231;on. Non pas comme la critique d'une structure monopolisante qui n'existe plus, mais parce qu'il peut montrer les potentialit&#233;s des individus suivant leur chemin avec joie vers la destruction de tout ce qui les oppresse et les r&#233;gule &#187; (17). La tonalit&#233; nietzsch&#233;enne du propos montre assez qu'on se situe ici aux antipodes de toute forme de nihilisme &#8211; c'est toujours par surcro&#238;t d'&#234;tre, comme affirmation d'une puissance, que l'on d&#233;truit, lorsque la destruction &#233;mane de la joie. Cela dit, et quelle que puisse &#234;tre la dose de provocation pr&#233;sente dans ses &#233;crits, l'image de coups feu tir&#233;s sur des policiers revient trop fr&#233;quemment sous la plume de Bonanno pour qu'on puisse se d&#233;fendre tout &#224; fait contre l'impression que l'auteur n'est parfois pas loin de tomber dans une forme de f&#233;tichisation de la violence : certes, la violence n'est subordonn&#233;e chez lui &#224; aucune fin qui lui soit ext&#233;rieure, mais en revanche, c'est l'insurrection violente qui, venant lib&#233;rer l'individu dans l'imm&#233;diatet&#233; d'une destruction sans ressentiment, risque de devenir le contenu du projet, et comme sa propre fin. En effet, la violence risquerait bien alors de se constituer en quasi-projet : en appeler &#224; l'insurrection violente, n'est-ce pas en effet toujours d&#233;j&#224; priver ce moment disruptif (l'insurrection) de sa pleine souverainet&#233;, selon laquelle si la joie est destructive, elle ne l'est que par surcro&#238;t, et non pas parce que l'acte destructeur (quel qu'il soit) constituerait sa condition de possibilit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; On peut &#224; pr&#233;sent &#233;voquer la question de la &#171; reprise individuelle &#187;, et on le doit, m&#234;me, si l'on consid&#232;re que c'est &#224; partir des d&#233;bats autour de cette question que s'est structur&#233;e, en tant que tendance propre au mouvement anarchiste, la mouvance des &#171; ill&#233;galistes anarchistes &#187;. Or, la pratique de la &#171; reprise individuelle &#187; s'est, elle aussi, fr&#233;quemment heurt&#233;e &#224; la s&#233;v&#233;rit&#233; de jugement de bien des anarchistes, mais cette fois beaucoup moins du fait d'une inefficacit&#233; suppos&#233;e de la d&#233;marche que du fait d'un jugement d'indignit&#233; s'attachant aux actes de vol, au regard des actions consid&#233;r&#233;es comme proprement politiques. Les jugements au sein de la mouvance anarchiste, toutefois, furent tr&#232;s contrast&#233;s. D'un c&#244;t&#233;, des groupes anarchistes ont pr&#244;n&#233; sans ambigu&#239;t&#233; le vol, dans un geste proprement pl&#233;b&#233;ien, par lequel ils ne craignaient pas d'&#234;tre confondus avec de simples voleurs, comme le montrent ces mots du groupe anarchiste qui s'exprime ainsi dans son journal &lt;i&gt;&#231;a ira &lt;/i&gt; : &#171; Prenez et pillez, ceci est &#224; vous ! [&#8230;] Il n'y a pas dix routes &#224; suivre, il n'y en a qu'une : montrer l'exemple, se mettre imm&#233;diatement &#224; reprendre aux riches leurs fortunes. &lt;i&gt;Et que nous importe qu'on nous assimile aux voleurs !&lt;/i&gt; &#187; (18). De l'autre c&#244;t&#233;, et certes tout de m&#234;me pas sur la ligne, d'opposition violente au vol, qui fut celle du socialiste Jules Guesde, on trouve des anarchistes comme Kropotkine, tr&#232;s hostile &#224; la &#171; reprise individuelle &#187;, ou encore Jean Grave, ne lui reconnaissant aucune valeur r&#233;volutionnaire, comme en t&#233;moigne cet extrait de son article intitul&#233; &#171; Encore la morale &#187;, et qui parut en 1891, dans le journal &lt;i&gt;La r&#233;volte&lt;/i&gt; : &#171; Nous sommes un parti de la r&#233;volution. Et puisque nous le sommes, nous n'irons pas perp&#233;tuer le vol, le mensonge, la tromperie, l'escamotage et l'estampage qui font l'essence de la soci&#233;t&#233; que nous voulons d&#233;truire &#187;(19) . L'id&#233;e sous-tendant le propos de Jean Grave est ind&#233;niablement le refus de la possible confusion entre des militants r&#233;volutionnaires et des voleurs, et il fait reposer cette distinction sur un fondement moral : la soci&#233;t&#233; capitaliste utilise des moyens immoraux pour atteindre ses fins, et nous ne vaudrions pas mieux si nos actions proc&#233;daient de moyens comparables. Si la condamnation du vol est par cons&#233;quent ici sans r&#233;serve, une position plus nuanc&#233;e, plus compr&#233;hensive, &#233;merge par ailleurs au sein du mouvement anarchiste, notamment &#224; travers les figures de S&#233;bastien Faure, ou encore de Paul et Elis&#233;e Reclus, approuvant dans tous les cas &lt;i&gt;l'acte&lt;/i&gt; du vol. Cette approbation, toutefois, doit bien &#234;tre entendue comme concernant l'acte lui-m&#234;me, car l&#224; aussi, une r&#233;serve appara&#238;t, qui concerne l&lt;i&gt;'intention&lt;/i&gt; qui aurait guid&#233; l'acte. Disons qu'il n'y a pas, cette fois, d'indignit&#233; s'attachant &#224; l'acte objectivement consid&#233;r&#233;, mais que celle-ci, cependant, demeure une virtualit&#233; pour cet acte, si l'intention n'est pas r&#233;volutionnaire. C'est en ce sens qu'Elis&#233;e Reclus peut &#233;crire : &#171; Le r&#233;volutionnaire qui op&#232;re la reprise pour la faire servir au besoin de ses amis peut tranquillement et sans remords se laisser qualifier de voleur &#187; (20). S&#233;bastien Faure est encore plus explicite quant au d&#233;couplage qui serait &#224; op&#233;rer entre l'acte et l'intention, m&#234;me s'il raisonne comme s'il y avait deux actes s&#233;par&#233;s : &#171; Nous combattons l'exploiteur et le parasite, mais nous approuvons le voleur. Il y a, dans ce cas, deux actes successifs et non simultan&#233;s, le vol lui-m&#234;me et l'affectation qu'on donne au produit vol&#233;. Nous nous r&#233;servons de bl&#226;mer ou d'approuver le second ; nous applaudissons toujours au premier &#187;(21) . En laissant de c&#244;t&#233; le terme de &#171; parasite &#187;, toujours g&#234;nant, puisqu'il charrie avec lui, qu'on le veuille ou non, du moins dans un tel contexte, un &#233;loge du travail (et du suppos&#233; m&#233;rite qui s'y rattache), on comprend que le raisonnement de Faure revient &#224; comparer le voleur au propri&#233;taire, en ce que tous deux s'emparent de ce qui ne leur appartient pas (le bien d'autrui, ou la force de travail des autres), et si le voleur s'av&#232;re, dans son comportement, valoir mieux que le propri&#233;taire, c'est alors parce qu'il aura fait un usage d&#233;sint&#233;ress&#233; des fruits de son larcin. On voit donc que m&#234;me si S&#233;bastien Faure parle de deux actes successifs, le vol, et l'attribution du produit du vol, au fond, l'&#233;cart entre ces deux actes r&#233;side bien dans la valeur morale de d&#233;sint&#233;ressement susceptible d'&#234;tre reconnue au second acte. Si le vol effectu&#233; par l'exploiteur capitaliste est condamnable &#224; chaque fois, c'est donc parce qu'il ne saurait en aucun cas (selon les r&#232;gles m&#234;mes du syst&#232;me &#233;conomique) s'av&#233;rer finalement d&#233;sint&#233;ress&#233;. Et cela pose bien la question de savoir s'il y a r&#233;ellement un sens &#224; s&#233;parer l'acte de vol de l'affectation du produit vol&#233; &#8211; cette affectation n'est au fond que l'ombre port&#233;e du geste de vol, et se trouve comme d&#233;j&#224; envelopp&#233;e dans celui-ci. C'est bien plut&#244;t le &lt;i&gt;geste&lt;/i&gt; enveloppant l'acte du vol qui &#224; chaque fois est &#224; interroger : provient-il, ou non, de dispositions joyeuses ? De cette fa&#231;on, on peut bien parler de morale si l'on veut, mais alors dans un sens strictement nietzsch&#233;en : si l'on peut s'interroger sur la dimension lib&#233;ratrice de certaines formes de &#171; r&#233;cup&#233;ration individuelle &#187; qui, parfois, interviennent en marge de certaines manifestations, et qui peuvent par exemple porter sur des objets de marque, c'est qu'il se pourrait qu'elles t&#233;moignent d'abord de l'emprise du pouvoir consum&#233;riste sur les d&#233;sirs des individus. C'est le geste du vol qui, dans ce cas, est interrog&#233;, et pas du tout l'intention de celui qui r&#233;alise cet acte. Car m&#234;me sans l'intention de distribuer les biens subtilis&#233;s lors d'un vol, il se peut qu'un acte de &#171; reprise individuelle &#187; t&#233;moigne d'un geste profond&#233;ment lib&#233;rateur, par exemple, pour l'absence de respect envers la propri&#233;t&#233; priv&#233;e dont il fait preuve &#8211; et cette dimension &#233;ventuellement lib&#233;ratrice dont peut t&#233;moigner un acte de vol ne peut s'&#233;tablir sur des bases strictement objectives, pas plus que sur celles d'une int&#233;riorit&#233; subjective : c'est le soubassement affectif, pour ainsi dire corporel, de l'acte qui, seul, permet de lui attribuer de la valeur. Si l'acte proc&#232;de d'un froid calcul mercantile, d'une forme de ressentiment, ou au contraire d'une simple affirmation de soi, d'une manifestation de la simple joie d'&#234;tre, cela ne pourra jamais &#234;tre indiqu&#233; en remontant vers l'intention (consciente, ou nich&#233;e dans les replis de la conscience), mais seulement en portant au jour la teneur affective du geste enveloppant l'acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne r&#233;siste pas au plaisir de citer quelques lignes des &lt;i&gt;Souvenirs d'un r&#233;volt&#233; &lt;/i&gt; d'Alexandre Marius Jacob, afin de saisir le type de g&#233;n&#233;alogie qui peut &#234;tre effectu&#233;e de cette fa&#231;on quant &#224; la tonalit&#233; affective de certains actes &#8211; en l'occurrence, ici, il s'agirait de remonter vers le geste irriguant les actes de &#171; reprise individuelle &#187;, mais aussi d'usage de la violence arm&#233;e auxquels Jacob et son groupe secret (&#171; les Travailleurs de la nuit &#187;) ont pu se livrer. Contentons-nous d'un passage qui, &#224; lui seul, permet de faire voler en &#233;clat l'id&#233;e mise en avant par Jean Grave, selon laquelle le vol ne pourrait jamais valoir comme forme de contestation de la soci&#233;t&#233; actuelle, puisqu'il en constituerait l'essence, Marius Jacob s'offrant m&#234;me le luxe de pr&#233;senter le voleur comme plus cons&#233;quent que l'ouvrier, d'un point de vue r&#233;volutionnaire. Jacob &#233;crit en effet : &#171; Bourgeois et cambrioleurs sont deux parasites parce qu'ils ne produisent pas. [&#8230;] mais [&#8230;] encore faut-il savoir distinguer. &lt;i&gt;Le bourgeois est un parasite conservateur ; tous ses soins, ses d&#233;sirs, ses aspirations tendent &#224; un m&#234;me but : la conservation de l'&#233;difice social qui le fait vivre ; alors que le cambrioleur est un parasite d&#233;molisseur&lt;/i&gt;. Il ne s'adapte pas &#224; la soci&#233;t&#233; ; il vit sur son balcon et ne descend dans son sein que pour y livrer des assauts ; il ne se fait pas le complice et la dupe du parasite conservateur en allant passer ses journ&#233;es &#224; l'usine ou &#224; l'atelier, comme le fait l'ouvrier, en consolidant avec ses bras ce que son cerveau voudrait d&#233;truire ;&lt;i&gt; il ne coop&#232;re, n'aide d'aucune fa&#231;on au fonctionnement de la machine sociale, au contraire, &#224; chacun de ses coups il ronge, sape, d&#233;truit quelques-uns de ses engrenages&lt;/i&gt;. Son r&#244;le n'est pas de construire dans ce milieu gangren&#233;, mais de d&#233;molir. Il ne travaille pas pour le compte et le profit de M. Fripon ou de M. Fripouille, mais pour lui et pour l'av&#232;nement d'un monde meilleur &#187; (22). Marius Jacob &#233;rige ici le vol en une des modalit&#233;s de la d&#233;fection politique, aux antipodes, donc, de ce qui pourrait tendre &#224; en faire une activit&#233; propre &#224; celui qui, aigri, voudrait &#224; tout prix s'inviter au festin des privil&#233;gi&#233;s. Dans un autre registre, Octave Garnier, membre de la c&#233;l&#232;bre &#171; Bande &#224; Bonnot &#187;, mort &#224; 23 ans, bien que ne faisant pas vraiment la th&#233;orie de ses actes, nous livre cependant, dans un m&#233;moire &#233;mouvant, certains &#233;l&#233;ments permettant d'&#233;clairer la nature du geste donnant sens &#224; ses actes. Si, comme Marius Jacob, il dut faire usage de son arme, il d&#233;clare, comme Jacob l&#224; encore, n'avoir jamais recouru &#224; la violence que de mani&#232;re &#224; se d&#233;fendre, ce qui signifie donc jamais de mani&#232;re calcul&#233;e, jamais d'apr&#232;s une d&#233;lib&#233;ration s&#233;par&#233;e de l'acte ; il &#233;crit en effet ceci, qui justifie en m&#234;me temps la &#171; reprise individuelle &#187; : &#171; Je ne reconnais &#224; personne le droit d'imposer ses volont&#233;s sous n'importe quel pr&#233;texte que ce soit ; je ne vois pas pourquoi je n'aurais pas le droit de manger ces raisins ou ces pommes parce que c'est la propri&#233;t&#233; de M. X... Qu'a-t-il fait de plus que moi pour que ce soit lui seul qui en profite. Je ne r&#233;ponds rien et par cons&#233;quent, j'ai le droit d'en profiter selon mes besoins et s'il veut m'en emp&#234;cher par la force je me r&#233;volterai et &#224; sa force je lui opposerai la mienne car me trouvant attaqu&#233; je me d&#233;fendrai par n'importe quel moyen &#187; (22). On est loin ici d'un froid calcul, et la violence qu'il a pu utiliser est ici &#224; placer sur le m&#234;me plan que la logique qui le conduisit &#224; voler : s'il ne veut pas &#234;tre exploit&#233;, il refuse tout autant d'&#234;tre exploiteur (il ne se pliera donc pas &#224; la force cherchant &#224; le contraindre, mais il ne cherchera pas non plus &#224; contraindre qui que ce soit). Sa r&#233;volte, telle qu'il l'exprime, s'enracine dans une joie profonde, mais contrari&#233;e : &#171; [...] c'est parce que je ne voulais pas vivre la vie de la soci&#233;t&#233; actuelle et que &lt;i&gt;je ne voulais pas attendre que je sois mort pour vivre&lt;/i&gt; que je me suis d&#233;fendu contre les oppresseurs par toutes sortes de moyens &#224; ma disposition &#187; (23). C'est d'un emp&#234;chement &#224; &#234;tre que na&#238;t la r&#233;volte du jeune homme, ou plus pr&#233;cis&#233;ment d'un emp&#234;chement &#224; d&#233;ployer ses propres puissances &#8211; ne voulant &#234;tre ni esclave, ni ma&#238;tre, il n'entend pas soumettre qui que ce soit &#224; ses propres besoins, et manifeste ainsi, dans sa d&#233;termination m&#234;me, sa souveraine libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans tout ce qui pr&#233;c&#232;de, on a fait jouer la distinction entre acte et geste, et il serait bon, &#224; pr&#233;sent, d'expliciter le rapport pr&#233;cis que j'ai voulu indiquer entre les deux. En effet, le propos a consist&#233; &#224; d&#233;fendre l'id&#233;e qu'&#224; s'en tenir aux seuls actes, on passe n&#233;cessairement &#224; c&#244;t&#233; de leur signification v&#233;ritable, c'est-&#224;-dire, dans le m&#234;me mouvement, &#224; c&#244;t&#233; de l'identification claire du domaine qui est le leur, et donc, tout autant, &#224; c&#244;t&#233; de leur &#233;ventuelle valeur. L'acte objectif de voler, ou d'utiliser une arme &#224; feu n'est, en soi, ni bon ni mauvais, ne signifiant pas de mani&#232;re univoque. C'est donc vers le geste dont il proc&#232;de qu'il faut remonter pour saisir le sens d'un acte, qui en est l'expression imm&#233;diate &#8211; imm&#233;diate, car, comme l'indique Philippe Roy, dans son livre &lt;i&gt;Trouer la membrane&lt;/i&gt;, qui irrigue la distinction ici effectu&#233;e entre l'acte et le geste, &#171; [l]e geste n'est [&#8230;] pas signe de quelque chose, [&#8230;] il ne faut pas entendre que ce qu'il exprime lui est ext&#233;rieur &#187; (25). C'est en cela que les distinctions entre des actes objectivement semblables sur la base de distinctions entre les intentions les guidant ne nous conduisent jamais jusqu'au geste enveloppant les actes en question. C'est que les intentions elles-m&#234;mes ne peuvent valoir que comme ce qui trouve son expression ext&#233;rieure dans l'acte r&#233;alis&#233;, ce qui indique bien qu'elles ne sont pas &#224; la hauteur du geste enveloppant les actions &#8211; c'est par exemple le projet r&#233;volutionnaire, qui conduit &#224; envisager la violence comme un moyen de parvenir &#224; ses fins. Le recours au vol identifi&#233; comme un acte de d&#233;linquance correspond &#224; une situation dans laquelle le geste politique r&#233;gnant n'inclut pas les actes de vol comme constituant certains de ses possibles ; pour que l'acte de vol puisse venir constituer un des possibles du geste politique, il faut qu'il fasse irruption, &#224; titre d'&#233;v&#233;nement, venant constituer un nouvel espace politique, incluant donc de nouvelles actions possibles (d&#233;jouant les actions attendues), mais aussi des individus requalifi&#233;s, nagu&#232;re identifi&#233;s comme d&#233;linquants, et &#224; pr&#233;sent possiblement recod&#233;s comme &#171; militants &#187;, et pratiquant ce qu'ils appelleront alors la &#171; reprise individuelle &#187;. Le vol des montres dans le cas de la lutte des employ&#233;s de Lip est particuli&#232;rement significatif &#224; cet &#233;gard &#8211; je cite Philippe Roy, qui parle ici d'un &#171; geste inaugurateur &#187;, &#224; partir duquel &#171; va commencer &#224; se d&#233;ployer un espace et un individu collectif qui ne lui pr&#233;-existaient pas. Le geste implique ainsi un risque puisque l'on ne sait pas d'avance o&#249; l'on va. Le mode d'action appartient au domaine de l'&#233;change, de la strat&#233;gie, on agit comme ceci pour avoir cela, alors que le geste est du domaine du don ou du vol &#187;(26) . La difficult&#233; majeure &#224; laquelle se confrontent les organisations politiques, est pr&#233;cis&#233;ment ce &#171; risque &#187; qu'elles refusent trop souvent d'affronter, pr&#233;f&#233;rant en rester &#224; des sch&#233;mas anciens &#8211; ce qu'elles refusent ainsi, c'est l'irruption d'un geste inaugurateur, que, par d&#233;finition, ils n'auront pas anticip&#233;, et donc susceptible d'inaugurer toute une lign&#233;e de gestes, une nouvelle gestualit&#233;. Un petit r&#233;cit d'Alfredo Bonanno met ce point en &#233;vidence : &#171; Un beau matin, au cours d'une manifestation pacifique et autoris&#233;e par la pr&#233;fecture, quand les policiers commencent &#224; tirer, les compagnons se mettent &#224; tirer aussi, les policiers tombent. Anath&#232;me. La manifestation &#233;tait pacifique. Puisqu'elle a sombr&#233; dans la gu&#233;rilla urbaine, il a d&#251; y avoir provocation &#187; (27). Ainsi, lorsque l'&#233;v&#233;nement d&#233;borde le cadre, initialement pr&#233;vu, d'une manifestation pacifique, la tendance naturelle du mouvement organisateur consiste &#224; rejeter sur l'ext&#233;rieur (des agents provocateurs par exemple) la cause de ces violences. Un tel rejet est moins li&#233; &#224; une volont&#233; d'&#233;chapper &#224; sa responsabilit&#233;, qu'&#224; la difficult&#233;, propre &#224; un groupe organisateur, d'accepter qu'un mouvement politique ait pu ob&#233;ir &#224; d'autres impulsions que celles attendues, sans d&#233;choir pour autant, ni sans avoir &#233;t&#233; conduit &#224; un tel changement de geste par une cause ext&#233;rieure. Or, s'il y a r&#233;ellement &#233;mergence d'un geste &#171; &#233;v&#233;nement &#187;, alors il n'y a pas lieu de chercher une telle cause ext&#233;rieure, puisque, comme l'&#233;crit encore Philippe Roy, &#171; [l]e geste arrive avec sa cause, il est cause de soi et m&#234;me cause d'un soi &#187;(28) . Une communaut&#233; politique en effet se constitue, de fa&#231;on immanente &#224; l'irruption du nouveau, et c'est parce qu'elle est n&#233;cessairement en rupture avec la communaut&#233; pr&#233;c&#233;dente qu'elle sera conduite &#224; produire ses propres gestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 &lt;i&gt;Le combat syndicaliste&lt;/i&gt;, mensuel de la Conf&#233;d&#233;ration Nationale du Travail (CNT), mars 2014, p.8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Tiqqun, &lt;i&gt;Tout a failli, vive le communisme !&lt;/i&gt;, Paris, Editions La Fabrique, 2009, p.72.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p.71-72.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Max Stirner &#233;crit en effet : &#171; On ne devrait tenir pour &#233;quivalentes r&#233;volution et r&#233;volte. La premi&#232;re consiste dans un renversement des conditions, de l'&#233;tat de choses existant (&#171; status &#187;) de l'Etat ou de la soci&#233;t&#233;, c'est par cons&#233;quent un acte &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;social&lt;/i&gt;. La seconde a, certes, comme cons&#233;quence in&#233;vitable une transformation des conditions, mais elle n'en part pas. Trouvant son origine dans le m&#233;contentement des hommes avec eux-m&#234;mes, ce n'est pas une lev&#233;e de boucliers, mais un soul&#232;vement des individus, un surgissement sans &#233;gards pour les institutions qui en sortent. La R&#233;volution avait pour but de nouvelles &lt;i&gt;institutions&lt;/i&gt;, la r&#233;volte, elle, Nous am&#232;ne &#224; ne plus Nous &lt;i&gt;laisser&lt;/i&gt; organiser, mais &#224; Nous organiser Nous-m&#234;mes et ne place pas de brillantes esp&#233;rances dans des &#171; institutions &#187;. Combat contre l'ordre &#233;tabli, puisque, quand elle r&#233;ussit, celui-ci s'&#233;croule de lui-m&#234;me, elle n'est que la difficile extraction du Moi hors de cet ordre. [&#8230;] La R&#233;volution exige de cr&#233;er &lt;i&gt;des institutions,&lt;/i&gt; la r&#233;volte que l'on &lt;i&gt;se soul&#232;ve ou s'&#233;l&#232;ve.&lt;/i&gt; &#187; (Max Stirner, &lt;i&gt;L'Unique et sa propri&#233;t&#233;, et autres &#233;crits&lt;/i&gt;, trad. Pierre Gallissaire et Andr&#233; Sauge, Lausanne, L'Age d'Homme, 1972, p.351).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Alfredo Bonnano, &lt;i&gt;La joie arm&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, Editions Entremonde, 2010, p.27-28.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p.40.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Clara Eugenia Lida, &lt;i&gt;La Mano Negra. Anarchisme rural, soci&#233;t&#233;s clandestines et r&#233;pression en Andalousie (1870-1888)&lt;/i&gt;, Paris, Editions L'&#233;chapp&#233;, 2011, p.16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p.30-31 (je souligne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p.31.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Pierre Kropotkine, cit&#233; in Jean Maitron, &lt;i&gt;Ravachol et les anarchistes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard/Julliard, 1992, p.14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Errico Malatesta, &lt;i&gt;Ecrits choisis&lt;/i&gt;, Paris, Editions de Monde Libertaire, 1982, p.68-69 (je souligne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Walter Benjamin, &#171; Critique de la violence &#187;, trad. Maurice de Gandillac, revue par Rainer Rochlitz, in &lt;i&gt;Oeuvres I&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2000, p.230-231.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p.234.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 A. Bonanno, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p.52-53.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 A. Bonanno, source internet : &lt;a href=&#034;http://www.non-fides.fr/?La-Joie-Armee&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.non-fides.fr/?La-Joie-Armee&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., traduction l&#233;g&#232;rement modifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 Article de 1888, &lt;i&gt;cit&#233;&lt;/i&gt; in Jean Maitron,&lt;i&gt; Le mouvement anarchiste en France&lt;/i&gt;, Vol.1, Des origines &#224; 1914, Paris, Librairie Maspero / Gallimard, 1975, p.191 (je souligne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 Jean Grave, &lt;i&gt;cit&#233;&lt;/i&gt; in J. Maitron, &lt;i&gt;Le mouvement anarchiste en France, op. cit&lt;/i&gt;., p.193.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 Elis&#233;e Reclus, &lt;i&gt;cit&#233;&lt;/i&gt; in J. Maitron, &lt;i&gt;Le mouvement anarchiste en France, op. cit&lt;/i&gt;., p.192.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 S&#233;bastien Faure, &lt;i&gt;cit&#233;&lt;/i&gt; in J. Maitron,&lt;i&gt; Le mouvement anarchiste en France, op. cit&lt;/i&gt;., p.191.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 Alexandre Marius Jacob, &lt;i&gt;Ecrits&lt;/i&gt;, Paris, Editions L'Insomniaque, 2004, p.91-92 (je souligne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 Octave Garnier, &lt;i&gt;cit&#233;&lt;/i&gt; in J. Maitron, &lt;i&gt;Ravachol et les anarchistes, op. cit.&lt;/i&gt;, p.182.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p.183 (je souligne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 Philippe Roy, &lt;i&gt;Trouer la membrane&lt;/i&gt;.&lt;i&gt; Penser et vivre la politique par des gestes&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2012, p.17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p.196.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 A. Bonanno, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p.47.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 P. Roy, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p.198.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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