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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Le populisme est-il un ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;moderne ? Une lecture de &#171; Filosofie del populismo &#187; de Nicolao Merker</title>
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		<dc:date>2018-11-29T16:06:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Reggente Savino Claudio</dc:creator>


		<dc:subject>peuple</dc:subject>
		<dc:subject>populisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le vingt-cinq f&#233;vrier 2012, &#171; une vall&#233;e enti&#232;re &#8211; un peuple &#8211; de milliers de gens, de vieux, de jeunes, de femmes et de gamins, de paysans, d'ouvriers, de petits entrepreneurs et de commer&#231;ants, la population, remplissent les rues, les champs environnants, les ronds-points et les bourgs pour dire non &#224; la TAV &#187;. Dans ce bref r&#233;cit, t&#233;moignage d'une des r&#233;centes manifestations organis&#233;es contre le projet des trains &#224; grande vitesse en Val de Susa, on peut clairement rep&#233;rer deux dimensions (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=54" rel="tag"&gt;peuple&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=104" rel="tag"&gt;populisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le vingt-cinq f&#233;vrier 2012, &#171; une vall&#233;e enti&#232;re &#8211; un peuple &#8211; de milliers de gens, de vieux, de jeunes, de femmes et de gamins, de paysans, d'ouvriers, de petits entrepreneurs et de commer&#231;ants, la population, remplissent les rues, les champs environnants, les ronds-points et les bourgs pour dire non &#224; la TAV &#187;. Dans ce bref r&#233;cit, t&#233;moignage d'une des r&#233;centes manifestations organis&#233;es contre le projet des trains &#224; grande vitesse en Val de Susa, on peut clairement rep&#233;rer deux dimensions constitutives d'un discours populiste : la composition socio-anthropologique des sujets qui prennent part &#224; la grande marche et la demande autour de laquelle ces sujets, apparemment bien h&#233;t&#233;rog&#232;nes, peuvent s'unifier, peuvent devenir peuple. Or, peut &#234;tre qu'&#224; la base de cette populisation de sujets h&#233;t&#233;rog&#232;nes l'on peut retrouver un autre facteur, aussi d&#233;terminant que les deux autres : le localisme, comme facteur agr&#233;geant une collectivit&#233; dans un peuple. Mais, un peuple, qui vient de se constituer autour d'une bataille en faveur d'un territoire commun bien d&#233;termin&#233; peut-il &#234;tre caract&#233;ris&#233; sous l'&#233;tiquette ethnologique de communaut&#233; tribale ? Le contraire n'est-il pas vrai, autour d'une bataille qui est avant tout locale, comme celle de la population du Val de Susa contre la TAV, peuvent s'encha&#238;ner d'autres batailles qui n'ont rien &#224; voir avec la dimension locale particuli&#232;re ? Si, comme l'affirme Merker, &#171; dans les contenus de n'importe quel populisme est implicite, comme &#233;l&#233;ment g&#233;n&#233;ral, le tribalisme &#187; qui, &#224; la fois, &#171; est un synonyme de protectionnisme, isolationnisme et fermeture en soi-m&#234;me &#187;, comment expliquer alors l'encha&#238;nement et le branchement de diff&#233;rentes batailles, d&#233;rivant elles-m&#234;mes de diff&#233;rentes demandes insatisfaites, sur la bataille n&#233;cessairement locale du peuple NO-TAV ? Jusqu'&#224; quelles limites peut-on encore parler d'un populisme fond&#233; sur l'id&#233;e d'une &#171; communaut&#233; tribale &#187; et, par contre, apr&#232;s quel seuil d'agr&#233;gation de demandes &#233;quivalentes peut-on commencer &#224; parler de construction et articulation d&#233;mocratique d'un peuple ? Le seuil de d&#233;marcation entre ces deux diff&#233;rentes articulations du peuple peut-il &#234;tre envisag&#233;, d'un point de vue th&#233;orique, comme un seuil de partage entre Pr&#233;moderne et Moderne ? Dans quelle mesure le &#171; mod&#232;le de vie tribale &#187;, ancr&#233; sur une id&#233;ologie localiste et de l'exclusion, repr&#233;senterait-il un ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;moderne face aux &#171; conceptions lib&#233;rales-d&#233;mocratiques (et leurs d&#233;riviations historiques) d&#233;rivant, en ligne de principe, du d&#233;passement de la vie tribale &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La nettet&#233; avec laquelle Nicolao Merker pr&#233;sume partager le Pr&#233;moderne du Moderne, &#171; la vie tribale &#187; d'une autre forme de soci&#233;t&#233; &#224; caract&#232;re plus inclusif, nous laisse, au fond, en quelque sorte insatisfaits, et h&#233;sitants sur les d&#233;bouch&#233;s qui en d&#233;coulent, d'autant plus si on la met en rapport avec les analyses &#233;labor&#233;es par Ernesto Laclau sur le populisme. Et c'est pour donner un fondement concret et r&#233;el &#224; notre h&#233;sitation th&#233;orique qu'on a d&#233;cid&#233; de commencer ce bref essai en faisant r&#233;f&#233;rence au &#171; peuple de la Val de Susa &#187;. Il s'agit bien d'un peuple ancr&#233; &#224; un territoire assez d&#233;limit&#233;, g&#233;ographiquement et institutionnellement, et donc li&#233; &#224; une entit&#233; spatiale d&#233;termin&#233;e, qui est en question ici, avec ses fronti&#232;res pour en d&#233;limiter l'extension. Et, pourtant, cette population qui se fait peuple &#224; l'appel, n&#233;cessairement populiste, de dire &#171; no &#224; la TAV &#187;, a r&#233;ussi &#224; &#233;largir sa prise identitaire, qui &#233;tait d'abord ancr&#233;e au local, pour devenir un des symboles de la lutte en faveur des biens communs et contre les diktats de la politique n&#233;o-lib&#233;rale men&#233;e par la communaut&#233; europ&#233;enne. Or, s'il est vrai, comme le dit Merker, qu'un des caract&#232;res du tribalisme est le protectionnisme, on serait enclin &#224; consid&#233;rer la bataille du peuple NO-TAV comme un ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;moderne &#8211; critique qui, d'ailleurs, vient constamment mobiliser par le parti favorable &#224; la TAV. Mais, et ici se trouve la question fondamentale de notre intervention critique, comment peut-on consid&#233;rer comme tribale, isolationniste, protectionniste et exclusive une bataille, c'est-&#224;-dire une &#171; r&#233;clamation &#187;, sur laquelle viennent s'encha&#238;ner toute une s&#233;rie d'autres demandes insatisfaites qui forment, finalement, ce que Laclau appelle une &#171; articulation &#233;quivalentielle &#187;, ou bien, une &#171; demande populaire &#187; ? L'exemple ci-dessus mentionn&#233;, &#224; propos du &#171; peuple de la Val de Susa &#187; contre le projet de la TAV, nous montre, au fond, que si l'on consid&#232;re le populisme comme un ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;moderne et, par cons&#233;quent, pr&#233;politique tout en l'opposant aux conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques, qui seraient, elles, l'&#233;panouissent du moderne et donc du politique, on n'arrive pas vraiment &#224; saisir la force et la prise qu'un discours populiste peut avoir aujourd'hui dans nos soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques. Si l'on continue &#224; vouloir appr&#233;hender le populisme comme un r&#233;sidu de formes d'agr&#233;gation des hommes pr&#233;moderne, tribale et pr&#233;politique, en le mettant dans un rapport d'opposition radicale aux conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques et leur d&#233;rivations historico-politiques, dont la R&#233;volution fran&#231;aise avec la D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen seraient le point d'entr&#233;e dans la modernit&#233; et donc le point d'institution de la politique moderne, on ne peut pas comprendre pourquoi le populisme, c'est-&#224;-dire le Pr&#233;moderne, peut avoir tellement de pr&#233;gnance et de succ&#232;s dans nos soci&#233;t&#233;s &#224; r&#233;gime politique lib&#233;ral-d&#233;mocratiques, c'est-&#224;-dire dans le Moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La question que l'on voudrait poser, ici, au texte de Nicolao Merker est la suivante : quel est le rapport entre un type de ph&#233;nom&#232;ne d'agr&#233;gation sociale comme le populisme et les soci&#233;t&#233;s lib&#233;ral-d&#233;mocratiques contemporaines o&#249;, n&#233;anmoins, ce ph&#233;nom&#232;ne vient &#224; &#233;tendre sa force de collecteur identitaire ? Dans le premier chapitre de son livre, Merker affirme tr&#232;s explicitement que &#171; les conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques [&#8230;] sont une boussole qui dans le contexte du monde occidental est, jusqu'&#224; maintenant, plus fonctionnelle que les autres &#187;, et cela parce que &#171; il s'agit en fait d'id&#233;es &#224; propos de la soci&#233;t&#233; civile, et concernant la fa&#231;on d'en g&#233;rer en mani&#232;re coll&#233;giale la sph&#232;re publique, qui ont accompagn&#233; [&#8230;] litt&#233;ralement l'enti&#232;re &#233;volution du monde moderne &#187;. En cons&#233;quence, en suivant la logique interne aux th&#232;ses de notre auteur, on serait plut&#244;t enclin &#224; appr&#233;hender le populisme, et ses diff&#233;rentes d&#233;clinaisons historiques et discursives, comme quelque chose de totalement &#233;trang&#232;re au monde moderne, comme, pour en donner une image, un cancer dans un corps que, en g&#233;n&#233;ral, on peut consid&#233;rer en bonne sant&#233;. Mais, toutefois, cette logique ne nous permet pas vraiment d'expliquer pourquoi ce corps, qui tout apparemment se maintient en bonne sant&#233; gr&#226;ce &#224; sa structure politique lib&#233;rale et d&#233;mocratique, puisse &#234;tre affect&#233; de plus en plus largement par le populisme. Il semblerait que le d&#233;fi lanc&#233; par la r&#233;volution du 89, dont les principes sont formalis&#233;s dans la D&#233;claration, c'est, au fond, un d&#233;fi du rationnel contre l'irrationnel, un d&#233;fi des facult&#233;s de la raison contre &#171; l'option mentale du fid&#233;isme &#187;, de l'&#233;valuation libre et rationnelle &#224; l'int&#233;rieur d'un champ plural d'argumentations discursives contre une rh&#233;torique &#233;motionnelle qui rendrait tout citoyen un sujet h&#233;t&#233;ronome, en tant que pris par cette rh&#233;torique des &#233;motions. &#192; ce stade, notre questionnement vient s'articuler dans ces termes : la raison populiste, selon Merker, trouverait-elle son propre fonctionnement &#8211; dirait-on, sa propre rationalit&#233; &#8211; dans une rh&#233;torique &#233;motionnelle et son fondement dans un v&#339;u fid&#233;iste ou, bien au contraire, il n'y a point de raison populiste parce que le populisme est un ph&#233;nom&#232;ne substantiellement irrationnel, &#233;motif ? Et, &#224; nouveau, comment expliquer alors la pr&#233;sence de ce r&#233;sidu irrationnel pr&#233;moderne dans nos soci&#233;t&#233;s pourtant modernes, fond&#233;es sur les principes de raison et libert&#233; dont tous les hommes ont &#233;t&#233; naturellement dot&#233;s et autours desquels prend forme notre sph&#232;re publique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cette question fondamentale Merker semble ne pas r&#233;pondre. Dans la tentative, men&#233;e au fil de toute son analyse, de mettre en relief &#171; certains aspects et &#233;l&#233;ments qu'on pourrait dire de pr&#233;-populisme [qui] se trouvent &#8211; peut-&#234;tre dans une forme pas tout &#224; fait manifeste en tant qu'ils affleurent seulement &#8211; aussi dans des intellectuels et philosophes importants &#187;, il ne vise qu'&#224; rep&#233;rer, &#224; travers cette liste, &#171; un d&#233;nominateur commun qui concerne la forme et un autre qui concerne les contenus &#187;. D'abord, &#171; la morphologie de fond consiste, au-del&#224; du contenu sp&#233;cifique de doctrines et programmes, dans une option mentale : c'est-&#224;-dire dans la conviction que le v&#233;ritable instrument pour affronter et r&#233;soudre les probl&#232;mes de l'univers-monde est le fid&#233;isme &#187; ; deuxi&#232;mement, &#171; dans le contenus de n'importe quel populisme est implicite, comme &#233;l&#233;ment g&#233;n&#233;ral, le tribalisme &#187;. Comme on le voit bien &#224; travers ces passages cruciaux , dans le but de d&#233;finir l'essence du populisme, Merker ne fait que s'appuyer sur une autre d&#233;finition, soit-elle le tribalisme ou le fid&#233;isme. En effet, m&#234;me s'il essaie d'expliciter la logique de formation des id&#233;ologies populistes en nous donnant aussi une liste approximative des caract&#232;res saillants gr&#226;ce auxquels un discours populiste peut se constituer, toutefois cela revient au seul but de sanctionner une opposition nette et radicale entre une s&#233;rie conceptuelle et historique, li&#233;e &#224; une &#233;poque pr&#233;moderne et pr&#233;politique &#8211; dont le termes seraient populisme-tribalisme-localisme &#8211; et une autre s&#233;rie li&#233;e &#224; une &#233;poque soi-disant moderne et pleinement politique &#8211; aff&#233;rents aux conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques-universalistes issues de la r&#233;volution de 89.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans une d&#233;finition qui vaut comme th&#232;se fondamentale de tout son livre, Merker affirme que le &#171; populisme est la r&#233;gression &#224; un concept de peuple rendu absolu, aprioriste et, surtout, mythifi&#233; [&#8230;] C'est en tout cas une entit&#233; indiff&#233;renci&#233;e dont on postule des &#8220;caract&#232;res nationaux&#8221; tr&#232;s g&#233;n&#233;raux comme une globale identit&#233; mythique &#224; laquelle toute autre identit&#233; serait subordonn&#233;e &#187;. &#192; ce point, le populisme semble n'avoir plus rien &#224; partager avec celles que Merker appelle les conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques qui seraient au fondement du monde moderne occidental .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut pr&#234;ter attention &#224; l'usage et &#224; la fr&#233;quence avec laquelle le terme de &#171; r&#233;gression &#187; para&#238;t dans le texte de notre auteur, du moment qu'il peut relever d'une conception de philosophie de l'histoire n&#233;e juste &#224; l'&#233;poque des Lumi&#232;res et soutenant toute son interpr&#233;tation du ph&#233;nom&#232;ne du populisme. En cons&#233;quence, l'usage du terme de &#171; r&#233;gression &#187;, rapport&#233; au populisme, pourrait nous indiquer le type de relation existant entre le Moderne et le Pr&#233;moderne, au cas o&#249; telle relation pourrait &#234;tre effectivement &#233;tablie. Pour Merker, le populisme, dans toutes ses diff&#233;rentes &#171; combinaisons de l'appara&#238;tre &#187; historique, est le signe d'une r&#233;gression &#224; des formes de vie tribale et &#224; des conceptions pr&#233;politiques et pr&#233;modernes agr&#233;geant une collectivit&#233;. C'est ce qu'on peut voir de mani&#232;re explicite dans les consid&#233;rations qu'il produit &#224; propos du nazisme, qui constitue, en substance, le spectre silencieux mais toujours revenant autour duquel s'articule une mise en examen d'un nombre de r&#233;f&#233;rences, de courants politiques et de textes philosophiques assez remarquable &#8211; de Edmund Burke &#224; de Maistre jusqu'&#224; Heidegger, en passant par le People's Party am&#233;ricain du d&#233;but XIX&#232;me si&#232;cle et le Risorgimento italien de la moiti&#233; du XVIII&#232;me. (Et ce n'est pas par hasard, donc, que Merker arrive &#224; affirmer que le &#171; populisme nazi [est] la forme la plus r&#233;alis&#233;e de populisme en tant que populisme d'&#201;tat &#187;). Le r&#233;sultat final produit par cette mise en examen, traversant le champ de la philosophie, de la litt&#233;rature et de la politique, est une conception du populisme entendu comme une &#171; entit&#233; indiff&#233;renci&#233;e &#187; mais autonome qui, bien qu'assez peu contournable, trouve dans l'image ethnologique de la communaut&#233; tribale l'&#233;l&#233;ment le plus caract&#233;risant. Le rep&#233;rage de ce noyau conceptuel &#8211; de cette marque &#8211; dans un texte de litt&#233;rature ou bien dans une programmation politique est un indice, sinon un signe, de populisme, c'est-&#224;-dire d'un retour au Pr&#233;moderne. Pour revenir au cas historique concernant l'id&#233;ologie populiste mis en place par le r&#233;gime nazi, Merker remarque comme dans l'usage du concept de Volkstum, dont &#171; la particularit&#233; nationale-populaire ethnique a une connotation de s&#233;paration et de fermeture en soi-m&#234;me, ce qui &#233;tait supprim&#233;e &#233;tait l'id&#233;e de nation qui &#233;tait entr&#233;e en elle par la R&#233;volution fran&#231;aise, c'est-&#224;-dire la composante universaliste des droits de citoyennet&#233; &#187;. Les id&#233;ologues en adoptant du national-socialisme le concept de Volkstum &#171; ce qui automatiquement r&#233;gressait &#233;tait le peuple-nation de valence politico-d&#233;mocratique moderne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le cas historique du nazisme met en pleine &#233;vidence une des caract&#233;ristiques constitutives d'un peuple produit par une id&#233;ologie populiste : le caract&#232;re pr&#233;politique de cette collectivit&#233;. Si Merker insiste tellement sur l'adoption d'une perspective du populisme entendu comme r&#233;gression, c'est dans le seul but de le mettre dans un rapport d'opposition radicale et inconciliable avec &#171; les valeurs d&#233;mocratico-politiques acquises par le concept de peuple en 89 &#187;. L'id&#233;e d'un peuple-nation &#224; caract&#232;re universaliste dont la matrice fondante est repr&#233;sent&#233;e par &#171; la collectivit&#233; de 89 pr&#233;dispos&#233;e, en vertu de sa structure, &#224; une inclusion de citoyens de plus en plus ample &#187;, produit de la R&#233;volution fran&#231;aise qui, selon Merker, est une r&#233;volution essentiellement lib&#233;ral-d&#233;mocratique, ne peut trouver aucun point de lien, d'ancrage, de continuit&#233; avec une forme de vie indiqu&#233;e sous l'&#233;tiquette ethnologique de tribalisme et consid&#233;r&#233;e comme pr&#233;politique. Pr&#233;politique puisque les hommes qui la forment n'ont pas choisi d'en faire partie ou, en d'autres termes, une communaut&#233; o&#249; les hommes n'ont pas eu la libert&#233;, ce que Merker appelle, de mani&#232;re pr&#233;sumable et selon une formule assez &#233;nigmatique, l'option mentale, de d&#233;cider les modalit&#233;s de constitution et de gestion d'une telle communaut&#233; et de sa sph&#232;re publique. Le caract&#232;re saillant d'une communaut&#233; de tel type consistera, alors, dans le fait que les individus en faisant partie &#171; sont h&#233;t&#233;ronomes. Qu'il s'agit d'un lien biologique dans un cas ou m&#233;taphysico-th&#233;ologique dans un autre, de toute fa&#231;on ceci me d&#233;passe parce qu'il m'emp&#234;che de muter, r&#233;viser, contr&#244;ler les valeurs sur lesquelles se base la collectivit&#233; &#187;. La R&#233;volution fran&#231;aise et les principes contenus dans la D&#233;claration institueraient donc, on l'a vu, le moment d'entr&#233;e dans la modernit&#233;, c'est-&#224;-dire, ce qui est la m&#234;me chose, le moment d'entr&#233;e dans une &#233;poque pleinement politique en tant que fond&#233;e sur des conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques. Aucun autre facteur historique, ni aucune autre id&#233;ologie, ne peuvent &#234;tre compt&#233;es parmi les &#233;l&#233;ments qui ont contribu&#233; au plein accomplissement de la modernit&#233; &#8211; ni la Commune parisienne, ni la doctrine marxiste, ni la lutte de la classe ouvri&#232;re entendue comme le sujet politique r&#233;volutionnaire. Rien de tout cela. Seulement et simplement &#171; les conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques (et leurs d&#233;rivations historiques) d&#233;rivant, en ligne de principe, du d&#233;passement de la vie tribale &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; ce point de notre intervention critique on retrouve ce que plus haut on avait signal&#233; comme une conception de philosophie de l'histoire n&#233;e juste &#224; l'&#233;poque des Lumi&#232;res et soutenant l'interpr&#233;tation du ph&#233;nom&#232;ne du populisme que notre auteur nous offre. Si effectivement on peut utiliser des concepts comme d&#233;passement, d'un c&#244;t&#233;, et de r&#233;gression, de l'autre, il est parce que, sous-jacente &#224; l'interpr&#233;tation du populisme propos&#233;e par Merker, on peut relever distinctement d'une approche id&#233;aliste de l'histoire, interpr&#233;t&#233;e comme un mouvement continu, lin&#233;aire et progressif, bref, un id&#233;alisme s'articulant dans une philosophie de l'histoire qui semble recouper quelques unes des th&#232;ses fondamentales du philosophe lib&#233;ral italien Benedetto Croce, &#224; propos de l'histoire comme lieu du d&#233;ploiement et validation de la libert&#233; de l'individu qui agit et pense dans l'histoire, pour l'histoire. On peut situer le point de liaison entre une philosophie de l'histoire de matrice h&#233;g&#233;lienne et une approche politique d&#233;lib&#233;r&#233;ment lib&#233;rale, dans la philosophie id&#233;aliste de Croce, et cette liaison peut &#234;tre valid&#233;e &#224; plus forte raison si l'on consid&#232;re ce point commun fondamental : le populisme, entendu comme un ph&#233;nom&#232;ne d'agr&#233;gation sociale s'instituant &#224; partir d'une id&#233;ologie formant des identit&#233;s populaires, est analys&#233; sous la forme conceptuelle d'une cat&#233;gorie id&#233;ale, de la m&#234;me mani&#232;re et avec le m&#234;me proc&#233;d&#233; intellectuel dont s'&#233;quipe la philosophie de Croce afin de partager la production culturelle humaine en diff&#233;rentes formes correspondant &#224; autant de cat&#233;gories id&#233;ales &#8211; la Po&#233;sie, la Philosophie, la Science. La d&#233;finition du populisme comme une &#171; entit&#233; &#187; est le signe le plus &#233;vident de cette approche cat&#233;gorielle et point du tout empirique, qui pense &#224; travers des cat&#233;gories id&#233;ales et autosuffisantes les diff&#233;rentes constructions historiques, soient-elles discursives ou politiques, du peuple. Comme le dit Ernesto Laclau, dans les derni&#232;res pages de son essai On Populist Reason, &#171; l'histoire est, au contraire, une succession discontinue de formations h&#233;g&#233;moniques qui ne peuvent pas &#234;tre r&#233;gl&#233;es par une &#233;criture qui d&#233;passe leur historicit&#233; contingente &#187; parce que, &#224; la diff&#233;rence de l'entit&#233; id&#233;aliste propos&#233;e par Merker, toujours valide de la d&#233;finition du peuple produit par le populisme, &#171; le moment contingent de la nomination assume un r&#244;le capital et constitutif &#187; dans la construction (h&#233;g&#233;monique) d'un peuple. La diff&#233;rence entre ces deux approches ne pourrait &#234;tre plus marqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour revenir au terme de &#171; r&#233;gression &#187;, on peut affirmer, finalement, qu'il repr&#233;sente, &#224; l'int&#233;rieur du tissu interpr&#233;tatif visant &#224; donner intelligibilit&#233; au ph&#233;nom&#232;ne du populisme, la cl&#233; conceptuelle &#224; travers laquelle on peut arriver &#224; d&#233;chiffrer le type de relation entre la modernit&#233;, entendue dans son aspect politique, comme institution de la politique, et &#171; cette &#233;pave marginale du pass&#233; &#187; qui serait le populisme avec ses diverses apparitions historiques. Au seul but de donner une grille interpr&#233;tative alternative et oppos&#233;e par rapport &#224; celle que Merker propose et touchant la compr&#233;hension du rapport entre la modernit&#233; et la pr&#233;modernit&#233;, on pourrait reformuler notre question fondamentale de la mani&#232;re suivante : &#171; s'il est vrai que l'esclavage est tellement &#233;tranger aux principes du r&#233;publicanisme et de la modernit&#233;, pourquoi a-t-il fonctionn&#233; si bien et pour si longtemps dans l'histoire des r&#233;publiques modernes en tant que base solide de leur constitution et non pas comme une &#233;pave marginale du pass&#233; ? &#187;. L'esclavage, ici, appartient &#224; la m&#234;me s&#233;rie conceptuelle et historique &#224; laquelle on avait assign&#233; le ph&#233;nom&#232;ne du populisme. Comme affirment tr&#232;s nettement et lucidement Negri/Hardt, &#171; la modernit&#233; poss&#232;de deux visages. Avant de l'identifier avec le rationalisme, avec les Lumi&#232;res, avec la rupture de la tradition, avec la s&#233;cularisation etc., la modernit&#233; est une relation de pouvoir [&#8230;] Les forces de l'antimodernit&#233; ne sont pas au dehors de la modernit&#233;, mais compl&#232;tement &#224; l'int&#233;rieur des relations de pouvoir qui la qualifient &#187;. Or, sans vouloir entrer dans le discours philosophique de Negri/Hardt, et sans vouloir non plus nous enfoncer dans la masse de probl&#232;mes que ce compliqu&#233; rapport entre modernit&#233; et pr&#233;- ou anti-modernit&#233; nous pose, nous voulons nous limiter ici &#224; mettre au centre de l'attention du livre de Nicolao Merker une question fondamentale qui, d&#232;s le d&#233;but de ce livre, nous laisse interdits, du moment qu'elle demeure sans r&#233;ponse : il s'agit du rapport &#233;pist&#233;mologique entre le Moderne et le Pr&#233;moderne, qui est aussi bien un rapport d'historicit&#233;. Parce que, s'il est vrai que le populisme n'arr&#234;te pas de se pr&#233;senter maintes fois dans l'histoire moderne de l'occident, dans ses doctrines politiques comme dans les textes de litt&#233;rature et de philosophie parmi les plus hauts formant sa tradition, comment donner raison, alors, &#224; une perspective qui confirme une lecture n&#233;gative et pass&#233;iste de ce ph&#233;nom&#232;ne, en le faisant reculer &#224; une dimension pr&#233;moderne, pr&#233;politique ? En r&#233;alit&#233;, dans le dernier chapitre de son livre, Merker essaie de trouver une solution &#224; cette question nodale mais, avant d'y arriver, pour enfin conclure, on veut reprendre tr&#232;s bri&#232;vement quelques passages parmi les plus significatifs connotant le populisme, afin de v&#233;rifier la validit&#233; th&#233;orique et factuelle de la solution propos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En analysant un des textes du plus important id&#233;ologue inspirateur du Risorgimento italien, Giuseppe Mazzini, Merker constate qu'il pr&#233;sente &#171; un &#233;difice moral hyperbolique et une pauvret&#233; d'horizon sp&#233;cifiquement politique &#187;. Il continue son analyse en disant que &#171; cela n'est pas une surprise. Les populismes de quelconque nature, apr&#232;s avoir beaucoup c&#233;l&#233;br&#233; le peuple, sont r&#233;tifs &#224; lui donner des instruments avec lesquels il puisse effectivement d&#233;cider quelque chose. &#193; d&#233;cider sont des individus charismatiques [...] Le peuple demeure une entit&#233; vague et g&#233;n&#233;rique &#187;. Si le peuple demeure toujours comme &#171; une entit&#233; vague et g&#233;n&#233;rique &#187;, il existe n&#233;anmoins un &#233;l&#233;ment sp&#233;cifique &#224; tout populisme qui consisterait &#224; ne pas donner &#224; son propre peuple les instruments pour s'autogouverner. Et pourtant, le rapport op&#233;ratoire, c'est-&#224;-dire historique, qui lie la formation contingente d'un peuple au discours populiste lui correspondant, n'est pas davantage &#233;clairci. Mais on continue avec notre rapide examen. Dans un autre passage, qui est la continuation logique et cons&#233;quente de celui que l'on vient de citer, Merker soutient que &#171; la mythologie du Chef agissait &#224; plusieurs niveaux. D'abord la d&#233;l&#233;gation de toute chose au Chef exprimait parfaitement l'attitude antipolitique enracin&#233;e au populisme. Ensuite, elle fonctionnait comme antidote au lib&#233;ralisme europ&#233;en &#187;. Ce qui est mis en &#233;vidence ici, et de fa&#231;on assez explicite, concerne ce qu'on a appel&#233; le rapport d'opposition radicale et inconciliable entre les principes politiques lib&#233;ral-d&#233;mocratiques et le caract&#232;re mythique de tout discours populiste. En conclusion de notre assez bref examen on veut mentionner une derni&#232;re citation o&#249; notre auteur remarque comme, en d&#233;pit d'une &#171; tentative d'objectivit&#233; descriptive ph&#233;nomenologico-sociologique [&#8230;] la v&#233;ritable option [du populisme] allait encore une fois en direction de l'exaltation de l'irrationnel, de l'article de foi qu'il fallait accepter avec les yeux ferm&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire le fid&#233;isme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les trois passages qu'on vient de citer, avec les autres mentionn&#233;s tout au long de ce bref expos&#233;, d&#233;crivent ceux qui sont les caract&#232;res saillants parmi les plus importants autour desquels peut prendre forme un peuple s'articulant &#224; partir d'une id&#233;ologie populiste. Ils forment le bloc fondamental et substantiel sur lequel la raison populiste peut gagner sa bataille contre les conceptions politiques lib&#233;ral-d&#233;mocratiques. Mais, m&#234;me si l'on pourrait &#234;tre d'accord avec cette liste de caract&#232;res saillants inh&#233;rents &#224; tout discours populiste, toutefois ceux-ci atteignent une telle ampleur, une telle diff&#233;renciation interne, un tel degr&#233; d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; que, finalement, on n'arrive pas &#224; saisir en quoi consisterait vraiment le ph&#233;nom&#232;ne social du populisme, correspondant &#224; la difficult&#233; d'en donner une d&#233;finition ; ni, de l'autre c&#244;t&#233;, on n'arrive &#224; comprendre les diff&#233;rences sp&#233;cifiques propres &#224; toute &#171; combinaison de l'appara&#238;tre &#187; historique du populisme. Aussi dans le cas du livre de Nicolao Merker, nous semble valide ce que Laclau dit quand il remarque comme &#171; une caract&#233;ristique persistante de la litt&#233;rature sur le populisme est la r&#233;ticence, ou la difficult&#233;, &#224; donner un sens bien pr&#233;cis au concept &#187;. Cela &#224; cause d'une &#171; perspective analytique [qui] propose un mod&#232;le de rationalit&#233; politique qui envisage le populisme en terme de manque &#8211; ind&#233;termination, vide id&#233;ologique &#187;, ce que nous avons appel&#233;, plus en haut, une perspective n&#233;gative et pass&#233;iste du ph&#233;nom&#232;ne politique du populisme. &#192; l'envers de cette perspective, l'on pourrait avancer la m&#234;me proposition critique qu'Alain Brossat avance par rapport &#224; un autre syntagme performant notre actualit&#233;, celui du &#171; droit &#224; la vie &#187;. Il se demande, en fait, s'il &#171; ne conviendrait-il pas mieux de tenter d'identifier, dans le labyrinthe m&#234;me des diff&#233;rentes configurations o&#249; ce motif prend forme, les indices de son ind&#233;termination constitutive ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le rapport entre modernit&#233; et tradition &#187;, affirme notre auteur dans les derni&#232;res pages de son livre, &#171; demande donc avant tout, pour ne pas aboutir &#224; des impasses, que l'on d&#233;noue avec conscience critique justement le concept de tradition &#187;. Reformul&#233; en termes politiques, &#171; il faut, donc, pour &#233;viter des lac&#233;rations de la soci&#233;t&#233; civile, une culture politique lib&#233;r&#233;e des identit&#233;s ethniques &#8220;pr&#233;politiques&#8221;, c'est-&#224;-dire pr&#233;modernes [&#8230;] Il s'agit de mettre en corr&#233;lation la nation-ethnos, le peuple ethnique et ses patrimoines, avec la nation-demos, la nation du peuple politique, et non pas le contraire &#187;. Voici explicit&#233; le type de rapport qui, selon Merker, il devrait y avoir entre le moderne et la tradition, entre une forme de collectivit&#233; agr&#233;g&#233;e dans l'image d'un &#171; peuple-ethnos &#187;, et une autre collectivit&#233;, plus inclusive et universaliste, agr&#233;g&#233;e dans l'image du &#171; peuple-demos &#187;, dont le prototype serait la nation-peuple issue de la R&#233;volution fran&#231;aise avec les principes contenus dans sa D&#233;claration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, pourtant, en nous donnant &#224; travers l'image du &#171; peuple-demos &#187; un concept descriptif et &#224; la fois normatif sur lequel une soci&#233;t&#233; devrait prendre le mod&#232;le de son articulation, il ne nous explique pas, finalement, pourquoi nos soci&#233;t&#233;s modernes, lib&#233;rales et d&#233;mocratiques tendent &#224; s'articuler d'une fa&#231;on diff&#233;rente, sinon oppos&#233;e &#224; celle souhait&#233;e par Merker. La question pos&#233;e par Laclau reste au fond, dans ce livre, encore totalement ouverte : &#171; le populisme est r&#233;ellement une phase transitoire, fruits de l'immaturit&#233; des acteurs sociaux, destin&#233; &#224; &#234;tre toujours d&#233;pass&#233; dans un deuxi&#232;mement moment, ou, au contraire, il est une dimension constante de l'action politique, qui n&#233;cessairement affleure (avec des diff&#233;rentes gradations) dans tous les discours politiques, bouleversant et en rendant encore plus compliqu&#233;es les op&#233;rations des soi-disant id&#233;ologies &#8220;m&#251;res&#8221; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour terminer notre intervention critique, il faudrait plut&#244;t demander &#224; Merker si l'interpr&#233;tation du populisme qu'il veut nous pr&#233;senter dans son travail, n'est pas, elle aussi, une tentative de rendre h&#233;g&#233;monique et donc dominante une lecture bien d&#233;termin&#233;e de ce ph&#233;nom&#232;ne politico-social, et notamment une lecture lib&#233;ral-d&#233;mocratique tout en d&#233;pit d'autres possibles et divergentes lectures. Analys&#233;e sous cette focale, on pourrait envisager son &#339;uvre, et bien d'autres encore, comme une position culturelle et politique r&#233;pondant &#224; des demandes populaires et se construisant autour de ces demandes populaires, &#224; l'int&#233;rieur d'une lutte plus g&#233;n&#233;rale qui est celle pour l'h&#233;g&#233;monie d'un front populaire oppos&#233; aux autres, d'une id&#233;e de peuple oppos&#233;e &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Brossat, Droit &#224; la vie ?, Seuil, Paris 2010 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bendetto Croce, La storia come pensiero e come azione, Laterza, Roma-Bari, 1978 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antonio Gramsci, Quaderni dal carcere, Quaderno 12 (XXIX) 1932, Einaudi, Tornio 2007, Edizione critica dell'Istituto Gramsci, a cura di Valentino Gerratana ; Gramsci dans les textes, recueil r&#233;alis&#233; sous la direction de Fran&#231;ois Ricci, &#201;ditions sociales, Paris 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernesto Laclau, On Populist Reason, Verso, London, 2005 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antonio Negri/Michael Hardt, Commonwealth, Belknap Press of Harvard University Press, 2009 ; Comune. Oltre il privato e il pubblico, Rizzoli, Milano 2010 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolao Merker, Filosofie del populismo, Laterza, Roma-Bari, 2009 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marco Revelli, &#171; Come se niente fosse &#187;, Il Manifesto, 28-02-2012.&lt;br class='autobr' /&gt; Marco Revelli, &#171; Come se niente fosse &#187;, Il Manifesto, 28-02-2012. La sigle TAV (&#171; treni ad alta velocit&#224; &#187;) est la correspondante de celle fran&#231;aise TJV. Le nouveau projet de TAV qui est en question en Val de Susa, et contre lequel une grande partie de la population de la vall&#233;e se mobilise depuis vingt ans, pr&#233;voit la &#171; construction &#187; d'un tunnel de la longueur de 57 km qui devrait relier la ville de Turin &#224; celle de Lyon. Le co&#251;t estim&#233; varie entre huit et vingt milliards d'euros. Pour en avoir un aper&#231;u voir le lien : HYPERLINK &#034;&lt;a href=&#034;http://www.ilmanifesto.it/dossier/tav-unopera-inutile/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ilmanifesto.it/dossier/tav-unopera-inutile/&lt;/a&gt;&#034;&lt;a href=&#034;http://www.ilmanifesto.it/dossier/tav-unopera-inutile/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ilmanifesto.it/dossier/tav-unopera-inutile/&lt;/a&gt; . &lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, Laterza, Roma-Bari, 2009, p. 8.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, p. 10.&lt;br class='autobr' /&gt; Ernesto Laclau, On Populist Reason, Verso, London, 2005.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 10.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 9.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., 4.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 8.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 9 (italique &#224; nous).&lt;br class='autobr' /&gt; cit.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 11.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 8.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 150 (italique &#224; nous).&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 43.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 44 (italique &#224; nous).&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 44. &lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 20.&lt;br class='autobr' /&gt; Ivi&lt;br class='autobr' /&gt; cit.&lt;br class='autobr' /&gt; Bendetto Croce, La storia come pensiero e come azione, Laterza, Roma-Bari.&lt;br class='autobr' /&gt; Ernesto Laclau, On Populist Reason, cit.&lt;br class='autobr' /&gt; Antonio Negri/Michael Hardt, Commonwealth, Belknap Press of Harvard University Press, 2009 ; Comune. Oltre il privato e il pubblico, Rizzoli, Milano 2010, p. 79.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 75.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 95.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 132-3.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 148.&lt;br class='autobr' /&gt; Ernesto Laclau, On Populist Reason, cit.&lt;br class='autobr' /&gt; Ernesto Laclau, On Populist Reason, cit.&lt;br class='autobr' /&gt; Alain Brossat, Droit &#224; la vie ?, Seuil, Paris 2010, p. 30. &lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 179.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 174.&lt;br class='autobr' /&gt; Ernesto Laclau, On Populist Reason, cit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Une des caract&#233;ristiques les plus importantes pour tout groupe qui se d&#233;veloppe en direction de la domination est la lutte pour l'assimilation et la conqu&#234;te &#8220;id&#233;ologique&#8221; des intellectuels traditionnels &#187;, Antonio Gramsci, Quaderni dal carcere, Quaderno 12 (XXIX) 1932, Einaudi, Tornio 2007, Edizione critica dell'Istituto Gramsci, a cura di Valentino Gerratana, p. 1517 (italique &#224; nous) ; Gramsci dans les textes, recueil r&#233;alis&#233; sous la direction de Fran&#231;ois Ricci, &#201;ditions sociales, Paris 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1&#232;re publication : mai 2012&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ernesto Laclau, La raison populiste</title>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Astier</dc:creator>


		<dc:subject>peuple</dc:subject>
		<dc:subject>populisme</dc:subject>
		<dc:subject>cahiers de philom&#232;ne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'ouvrage d'Ernesto Laclau, La Raison populiste analyse la nature et la logique de la formation des identit&#233;s collectives, des identit&#233;s populaires. Le philosophe ne sous-estime pas les exc&#232;s des mouvements populistes, cependant il s'agit pour lui de montrer que le rejet du populisme &#233;quivaut au rejet du politique. L'unit&#233; de base de la formation des identit&#233;s populaires selon Laclau n'est pas le r&#233;f&#233;rent groupe de l'analyse sociale avec ses paradigmes fonctionnalistes et structuralistes, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=104" rel="tag"&gt;populisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=105" rel="tag"&gt;cahiers de philom&#232;ne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'ouvrage d'Ernesto Laclau, &lt;i&gt;La Raison populiste&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernesto Laclau, La raison populiste, Seuil, 2008.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; analyse la nature et la logique de la formation des identit&#233;s collectives, des identit&#233;s populaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le philosophe ne sous-estime pas les exc&#232;s des mouvements populistes, cependant il s'agit pour lui de montrer que le rejet du populisme &#233;quivaut au rejet du politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'unit&#233; de base de la formation des identit&#233;s populaires selon Laclau n'est pas le r&#233;f&#233;rent &lt;i&gt;groupe&lt;/i&gt; de l'analyse sociale avec ses paradigmes fonctionnalistes et structuralistes, mais la &lt;i&gt;demande&lt;/i&gt; (une revendication vis-&#224;-vis d'un ordre &#233;tabli). L'unit&#233; d'un groupe d&#233;pendra de &lt;i&gt;l'articulation des diff&#233;rentes demandes&lt;/i&gt;, une configuration instable et emplie de n&#233;gativit&#233;. La demande doit entrer dans un rapport &#224; une totalit&#233; pour faire revendication dans le syst&#232;me de l'ordre, qui lui n'est pas une totalit&#233; coh&#233;rente. L'articulation des diff&#233;rentes demandes compose entre la logique de la diff&#233;rence et la logique de l'&#233;quivalence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fixer l'unit&#233; d'une formation sociale sous un concept est une chose impossible selon Laclau, d'o&#249; l'indispensable &lt;i&gt;nomination&lt;/i&gt; pour l'unit&#233; de la formation sociale ainsi que le r&#244;le de l'&lt;i&gt;affect&lt;/i&gt;, dans la mesure o&#249; le lien social est un lien libidinal, tel que le con&#231;oit Freud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec les notions donc d'articulation de demandes, les logiques d'&#233;quivalence et de diff&#233;rence, de nomination et d'affect, Laclau s'appuie &#233;galement sur les cat&#233;gories de signifiants vides et signifiants flottants, d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale, de repr&#233;sentation et de d&#233;mocratie ; ces notions et ces logiques, selon Laclau, sont inscrites dans le fonctionnement de tout espace communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les masses d&#233;nigr&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de la litt&#233;rature sur la psychologie des foules du XIXe si&#232;cle constitue un vaste d&#233;nigrement des masses qui sera par la suite int&#233;rioris&#233;. N&#233;anmoins, Freud d&#233;c&#232;le certaines caract&#233;ristiques de la foule propres &#224; la formation de toute identit&#233; sociale, dans la mesure o&#249; : &#171; &lt;i&gt;la psychologie individuelle&lt;/i&gt; [la vie psychique de l'individu pris isol&#233;ment] &lt;i&gt;est aussi, d'embl&#233;e et simultan&#233;ment, une psychologie sociale&lt;/i&gt;&#8230;[ou psychologie des foules] &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, Essais de psychanalyse, Payot, 1981, p. 123.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le populisme est une cat&#233;gorie d'analyse politique aux contours flous m&#234;me si on lui r&#233;f&#232;re souvent des mouvements et une multiplicit&#233; de ph&#233;nom&#232;nes politiques, au contenu toujours impr&#233;cis quant &#224; l'analyse sociale, aux crit&#232;res incoh&#233;rents vis-&#224;-vis de l'exp&#233;rience politique des personnes, des agents sociaux. Le populisme finalement n'est pas sp&#233;cifi&#233;, d&#233;fini par l'ensemble de la litt&#233;rature qui lui est consacr&#233;e, cependant le populisme est objectivement condamn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le discours populiste exprime du simplisme politique et des mouvements disparates alors facilement &#233;tiquet&#233;s, puis rel&#233;gu&#233;s, Laclau estime que pour tenter une autre approche du populisme hors du d&#233;nigrement, il s'agirait plut&#244;t de voir si l'expression &#171; le vague du discours populiste &#187; est n&#233;cessaire ; et si le &#171; vague &#187; des discours populistes ne renverrait-il pas plut&#244;t &#224; une cons&#233;quence de la r&#233;alit&#233; sociale, elle-m&#234;me vague et ind&#233;termin&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le c&#233;l&#232;bre ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Psychologie des foules&lt;/i&gt; (1895) de Gustave Le Bon, se d&#233;couvre par simplification une foule comme d&#233;nu&#233;e de tout sens du raisonnement, dont les sentiments et les id&#233;es se propagent sur le mode pathologique de la contagion. Devenir membre d'une foule d&#233;grade socialement l'individu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hippolyte Taine souligne le caract&#232;re irrationnel des comportements des foules ; un pr&#233;suppos&#233; qui restera chez les th&#233;oriciens des foules, selon lequel un individu perd nombre d'attributs de la rationalit&#233; lorsqu'il fait partie d'une foule. Taine invoque la contagion mentale des foules manipul&#233;es par les parties du crime. Une foule se comporte comme un alcoolique, comme une femme, lesquels incarnent tout ce qui menace et avilit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tarde voit le meneur de la foule jouer un r&#244;le essentiel dans la possibilit&#233; de l'imitation, qui hypnotise la foule somnambule.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est &#224; noter que si Taine et Le Bon se sont int&#233;ress&#233;s &#224; la foule par le biais de la canaille, Freud commencera son &#233;tude &#224; partir de l'organisation de l'Arm&#233;e et de l'Eglise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tarde va distinguer les foules qui appartiennent au pass&#233; et les publics &#224; l'avenir des soci&#233;t&#233;s ; le publiciste succ&#232;de au meneur. Les publics et les foules peuvent &#234;tre anim&#233;s aussi bien par l'amour que par la haine, toutefois, les individus qui composent les publics y trouvent davantage de force &#224; leur unisson que dans les foules.&lt;br class='autobr' /&gt;
William MacDougall va souligner &#171; le principe d'induction directe de l'&#233;motion &#187; qui r&#233;git les foules de personnes, comme chez les animaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Laclau souligne l'importance accord&#233;e par Tarde et MacDougall &#224; l'unit&#233; d'un groupe, d'une foule ou d'un public fond&#233;e sur l'identification d'un m&#234;me objet qui &#233;tablit de mani&#232;re &#233;quivalente cette unit&#233;, la notion d'&#233;quivalence jouant pour Laclau le r&#244;le essentiel dans sa conception du populisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son essai intitul&#233; &lt;i&gt;Psychologie des foules et analyse du moi&lt;/i&gt; (1921), Freud d&#233;finit donc la psychologie individuelle [la vie psychique de l'individu pris isol&#233;ment] comme &#233;tant aussi d'embl&#233;e et simultan&#233;ment, une psychologie sociale [ou psychologie des foules]. Le lien social est un lien libidinal. Les liens affectifs qui donnent corps &#224; un groupe sont r&#233;gis par le m&#233;canisme de l'identification ; il y a un investissement affectif sur un objet ; et l'objet, selon Freud se met, non pas &#224; la place du moi mais &#224; la place de l'id&#233;al du moi. Ainsi, dans une foule, l'identification se produira entre ceux qui sont men&#233;s mais non pas entre les men&#233;s et le meneur. Freud, finalement, estime Laclau, ne r&#233;duit pas le processus de formation des foules au r&#244;le central jou&#233; par le chef autoritaire, &#224; savoir si &#171; le meneur est r&#233;ellement indispensable &#224; l'essence de la foule &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ponctuer sur la litt&#233;rature des foules, Laclau insiste sur les deux points suivants :&lt;br class='autobr' /&gt;
1. Le th&#232;me de la dualit&#233; (deux choses distinctes) entre l'homog&#233;n&#233;it&#233; sociale et la diff&#233;renciation sociale est en fait un dualisme (deux choses en conflit, en tension). Avec Taine, les forces homog&#233;n&#233;isatrices (la logique des &#233;quivalences) ne peuvent que d&#233;truire l'organisation sociale en place hi&#233;rarchis&#233;e. La dualit&#233; est maintenue avec LeBon, dans la mesure o&#249; la foule est une partie in&#233;vitable de la communaut&#233; qu'il s'agit de manipuler pour la contenir. Ce dualisme s'amenuise ensuite, avec Tarde, pour qui le moment des &#233;quivalences d'homog&#233;n&#233;isation se trouve dans l'imitation, ce moment constituant le ciment du tissu social. Et avec MacDougall, pour qui, &#224; partir de la notion de volont&#233; collective, qu'elle provienne de la foule ou d'un groupe organis&#233;e, la diff&#233;renciation et l'homog&#233;n&#233;it&#233; ne sont plus oppos&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Avec Freud, tout tourne autour de la question-cl&#233; de l'identification et du degr&#233; de distance entre le moi (de l'individu) et l'id&#233;al du moi (qui se d&#233;place vers le meneur). Que cette distance augmente : 1) alors l'identification par &#233;quivalence entre les membres de la foule augmente 2) ou diminue, alors le meneur fait partie de la foule, il en est membre, et il participe au processus g&#233;n&#233;ral d'identification mutuelle ce qui, dans les deux cas, estime Laclau, ouvre sur des variations de possibilit&#233;s sociopolitiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La construction du peuple du populisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une demande sociale (une p&#233;tition, une r&#233;clamation, une exigence, une demande d'explication) qui reste insatisfaite et isol&#233;e est une demande d&#233;mocratique. Lorsque plusieurs demandes sont articul&#233;es par &#233;quivalence, il y a une subjectivit&#233; sociale plus large, ces demandes sont alors des demandes populaires et constituent &#224; un stade embryonnaire &#171; le peuple &#187; comme acteur historique potentiel. Nous sommes d&#233;j&#224; dans une configuration populiste, dont les conditions sont :&lt;br class='autobr' /&gt;
1.Une fronti&#232;re int&#233;rieure antagoniste entre le peuple et le pouvoir : la soci&#233;t&#233; est divis&#233;e en deux camps.&lt;br class='autobr' /&gt;
2.Une articulation de demandes &#233;quivalentes.&lt;br class='autobr' /&gt;
3.L'unification des diff&#233;rentes demandes lorsque l'&#233;quivalence d&#233;passe le vague sentiment de solidarit&#233;, par extension des cha&#238;nes et par symbolique.	&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a l'exemple des &#233;meutes du bl&#233; de 1775 dans la r&#233;gion parisienne, qui explosent en r&#233;action par l'initiative locale et &#224; la force de l'exemple, mais les cha&#238;nes d'&#233;quivalence ne s'&#233;tendirent pas aux demandes d'autres secteurs sociaux et les paysans n'avaient pas de discours national pour inscrire leurs demandes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une identit&#233; sociale, laquelle est discursive, se constitue au point de rencontre de la diff&#233;rence et de l'&#233;quivalence. D'autre part, il y a une in&#233;galit&#233; dans le social, dans la mesure o&#249; la totalisation exige qu'un &#233;l&#233;ment diff&#233;rentiel assume la repr&#233;sentation d'une totalit&#233;, en fait impossible. Il y a l'exemple de Solidarnosc avec les demandes d'un groupe d'ouvriers de Gdansk qui vont gagner un camp populaire plus vaste : ainsi, une certaine identit&#233; est choisie qui va incarner une fonction totalisatrice.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le peuple du populisme, qui r&#233;sulte toujours de la fronti&#232;re divisant la soci&#233;t&#233; en deux camps, est une partie de la totalit&#233; des membres de la communaut&#233; ; c'est donc un &#233;l&#233;ment partiel mais qui se pr&#233;tend comme la seule totalit&#233; l&#233;gitime. Le peuple du populisme est &lt;i&gt;plebs&lt;/i&gt; (les plus d&#233;munis) qui se pose comme &lt;i&gt;populus&lt;/i&gt; (l'ensemble de tous les citoyens) ; cette distinction n'est pas juridique mais antagonique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Laclau insiste sur ce point : cet antagonisme social &#233;chappe &#224; l'appr&#233;hension conceptuelle, il n'est pas dialectique. Il est constitutif et exige un espace fractur&#233; (l'exemple de la r&#233;sistance de paysans expuls&#233;s de leur terre). Un ennemi est imp&#233;rativement d&#233;sign&#233;. Cependant, l'ennemi est global, donc difficile &#224; identifier dans la mesure o&#249; une lutte populaire implique l'&#233;quivalence de nombreux combats partiels.&lt;br class='autobr' /&gt;
La division en deux camps pr&#233;suppose la pr&#233;sence de signifiants privil&#233;gi&#233;s. Il faut distinguer le r&#244;le ontologique (la fonction) de la construction discursive de la division sociale et le contenu ontique (le r&#233;el, la satisfaction). Le rapport est asym&#233;trique entre les deux. Entre le populisme de gauche et celui de droite, il existe un &#171; no man's land &#187; qui peut &#234;tre travers&#233;, du PC au FN en France. L'anomie favorisant cette travers&#233;e, l'ontologique (une forme quelconque d'ordre) l'emporte sur l'ontique r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si les demandes individuelles, d&#233;mocratiques, l'emportent sur les liens d'&#233;quivalence, ces derniers se dissolvent, la fronti&#232;re politique dispara&#238;t et le peuple du populisme se d&#233;sint&#232;gre comme acteur historique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lien d'&#233;quivalence &#233;tait initialement subordonn&#233; aux demandes. Maintenant, c'est le lien qui r&#233;agit sur elles. C'est ce renversement qui permet le populisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lien d'&#233;quivalence qui s'&#233;tablit entre les demandes individuelles suppose un d&#233;nominateur commun &#224; la pluralit&#233; de demandes : il s'agit l&#224; de l'op&#233;ration h&#233;g&#233;monique (l'exemple de Solidarnosc).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;L'identit&#233; populaire devient de plus en plus pleine du point de vue extensionnel, car elle repr&#233;sente une cha&#238;ne de demandes de plus en plus longue ; mais du point de vue intensionnel elle devient de plus en plus pauvre, car elle doit se d&#233;pouiller des contenus particuliers afin d'embrasser des demandes sociales qui sont tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Autrement dit : une identit&#233; populaire fonctionne comme un signifiant tendanciellement vide.&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faut pas confondre le vide et l'abstraction ; il y a une n&#233;gativit&#233; sp&#233;cifique inh&#233;rente au lien d'&#233;quivalence. Une cha&#238;ne d'&#233;quivalences s'exprime &#224; travers l'investissement d'un &#233;l&#233;ment singulier, ce n'est pas une op&#233;ration conceptuelle mais une op&#233;ration performative, on ne recherche pas un trait commun aux demandes sociales, il s'agit d'un processus de condensation. Les identit&#233;s populaires constituent des points de tension/n&#233;gociation entre universalit&#233; et particularit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vide, le vague et l'impr&#233;cision qui exprimeraient le populisme, qualifi&#233; de primitif, de marginal, sont inh&#233;rents et inscrits dans la nature m&#234;me au politique, estime Laclau, avec par exemple les mobilisations populistes qui &#233;clatent dans les soci&#233;t&#233;s hyperd&#233;velopp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nomination et l'affect&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A) La question des identit&#233;s populaires est fond&#233;e sur la dimension performative de la nomination. Le nom devient le fondement de la chose. Les signifiants vides ont un lieu dans le syst&#232;me de la signification, un lieu qui est irrepr&#233;sentable, c'est un vide qui peut &#234;tre signifi&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question de l'articulation entre le particulier et l'universel, apr&#232;s Hegel et Marx, dans la construction du peuple du populisme, trouve chez Gramsci le sens qui convient pour Laclau : il y a une particularit&#233;, la &lt;i&gt;plebs&lt;/i&gt;, qui revendique h&#233;g&#233;moniquement la constitution d'un &lt;i&gt;populus&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;populus&lt;/i&gt;, ne pouvant exister qu'incarn&#233; dans une &lt;i&gt;plebs&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour illustrer son propos, Laclau imagine des syndicats organisant une lutte antiraciste dans un quartier, ce qui n'est pas l&#224; leur fonction (mais la n&#233;gociation des salaires, la d&#233;fense des employ&#233;s). Cependant cette prise en charge suppose une relation entre la fonction traditionnelle du syndicat et la lutte antiraciste, une relation de d&#233;placement va s'op&#233;rer entre questions et acteurs, par m&#233;tonymie (terme de la rh&#233;torique). Les gens vont ensuite avoir le sentiment qu'il existe un lien naturel entre les deux types de combats et une certaine homog&#233;n&#233;it&#233; &#233;quivalentielle se r&#233;alise. Le syndicat n'est plus alors seulement synonyme de l'expression de d&#233;fense d'int&#233;r&#234;ts sectoriels, corporatifs, mais devient le point de constitution d'un peuple, une organisation h&#233;g&#233;monique.&lt;br class='autobr' /&gt;
B) Le passage des demandes isol&#233;es, h&#233;t&#233;rog&#232;nes, &#224; une demande globale, sans transition logique, dialectique, conceptuelle, se r&#233;alise donc par la nomination, et n&#233;cessite un &#171; investissement radical &#187; de l'ordre de l'affect.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Une relation h&#233;g&#233;monique est une relation dans laquelle une certaine particularit&#233; signifie une universalit&#233; impossible &#224; atteindre&lt;/i&gt; &#187;, comme dans le rapport &lt;i&gt;plebs/populus&lt;/i&gt;, o&#249; une partie fonctionne comme le tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Laclau &#233;claire cette relation avec la notion d'objet partiel, l'objet petit a de Lacan &#224; travers lequel il voit l'&#233;l&#233;ment-cl&#233; d'une ontologie du social. Laclau se r&#233;f&#232;re notamment &#224; une remarque de Joan Copjec, selon laquelle &#171; &lt;i&gt;l'objet partiel n'est pas une partie d'un tout mais une partie qui est le tout&lt;/i&gt; &#187; ; Copjec se r&#233;f&#232;re &#224; B&#233;la Balasz, et Deleuze pour qui les gros plans sont une mani&#232;re de &#171; &lt;i&gt;redimensionner toute la sc&#232;ne &#224; travers le d&#233;tail&lt;/i&gt; &#187;. Voir davantage avec Deleuze, dans la mesure o&#249; &#171; &lt;i&gt;le gros plan r&#233;v&#232;le plut&#244;t la totalit&#233; de la sc&#232;ne elle-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;. On conna&#238;t l'importance de l'affect pour Deleuze, de l'&#171; image-affection &#187; au cin&#233;ma, de son r&#244;le dans le champ de l'immanence, de son implication avec l'&#171; image-temps &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui d&#233;finit donc une relation h&#233;g&#233;monique, c'est une certaine particularit&#233;, telle qu'une &#171; lutte contingente &#187; d'une force sociale, qui assume le r&#244;le d'une universalit&#233; impossible, et il n'y a pas de populisme sans investissement affectif dans un objet partiel.&lt;br class='autobr' /&gt;
La cha&#238;ne des &#233;quivalences joue un double r&#244;le : elle rend possible l'&#233;mergence du particularisme des demandes, mais, en m&#234;me temps, elle se les subordonne comme une surface d'inscription.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Signifiants flottants et h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une identit&#233; populaire &#233;merge &#224; condition qu'un signifiant vide exprime et en m&#234;me temps constitue une cha&#238;ne d'&#233;quivalences. A condition ensuite de l'autonomisation du moment de l'&#233;quivalence vis-&#224;-vis des maillons int&#233;grateurs (c'est le moment de l'inscription). L'inscription &#233;quivalentielle procure solidit&#233; et stabilit&#233; aux demandes mais restreint aussi leur autonomie car l'inscription rentre dans des configurations strat&#233;giques &#233;tablies par la cha&#238;ne des &#233;quivalences. Il y a ce double jeu de subordination et d'autonomisation des demandes particuli&#232;res, une tension entre les deux. Les &#171; signifiants vides &#187; concernent les identit&#233;s populaires une fois que la fronti&#232;re (entre les deux camps antagonistes) est consid&#233;r&#233;e comme acquise. Les &#171; signifiants flottants &#187; prennent en compte les d&#233;placements de cette fronti&#232;re (c'est le cas avec les d&#233;placements des opinions, tel que le &#171; gaucho-lep&#233;nisme &#187;, ou bien dans la crise de la repr&#233;sentation, en Am&#233;rique dans les ann&#233;es 1960 avec l'explosion populiste anti-institutionnelle).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale est une ext&#233;riorit&#233; radicale ; ce n'est pas une question de diff&#233;rence ; l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale est sans espace commun de repr&#233;sentation, sans partage d'un m&#234;me terrain et par-del&#224; la fronti&#232;re des deux camps antagoniques et de l'historicit&#233;. Marx et Engels distinguaient le prol&#233;tariat du &lt;i&gt;lumpenprol&#233;tariat&lt;/i&gt;, le premier comme acteur du d&#233;veloppement historique, le second, m&#233;pris&#233;, consid&#233;r&#233; comme l'&#233;tranger absolu, mais dont les effets sociaux gagnent ensuite les niveaux plus &#233;lev&#233;s de la soci&#233;t&#233; (de la canaille &#224; l'aristocratie financi&#232;re par exemple, les artistes, la population des grandes villes dans son ensemble). Le &lt;i&gt;lumpen&lt;/i&gt; constitue un groupe plut&#244;t qu'une classe, susceptible d'articulation politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Laclau affirme que &#171; &lt;i&gt;les forces sociales sont l'agr&#233;gation d'une s&#233;rie d'&#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;rog&#232;nes r&#233;unis au moyen de l'articulation politique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; est constitutive dans la mesure o&#249; elle se d&#233;prend d'une n&#233;gation, d'une contradiction puis d'un renversement dialectiques. Elle n'est pas r&#233;cup&#233;rable. En ce sens, le peuple n'est pas seulement oppos&#233; au pouvoir, il est quelque chose en plus. D'autant plus que le particularisme des demandes &#233;quivalentes ne peut &#234;tre &#233;limin&#233; sinon la cha&#238;ne des &#233;quivalences n'aurait aucun lieu d'&#234;tre. L'h&#233;t&#233;rog&#232;ne comporte du multiple, une complexit&#233; interne qui structure le camp populaire. La fronti&#232;re entre les deux camps n'&#233;tant pas immobile, il y a toujours une part ind&#233;cidable entre les &#171; signifiants vides &#187; et les &#171; signifiants flottants &#187;, entre l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne et l'homog&#232;ne, entre le prol&#233;tariat et le &lt;i&gt;lumpenprol&#233;tariat&lt;/i&gt;, o&#249; le jeu politique prend place ; c'est &#171; une guerre de position &#187; au sens de Gramsci, &#171; &lt;i&gt;une logique de d&#233;placement des fronti&#232;res politiques&lt;/i&gt; &#187;, qui n'est autre qu'&#171; &lt;i&gt;une op&#233;ration politique de construction du peuple&lt;/i&gt; &#187;, conclut Laclau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le politique est donc synonyme de populisme. La construction du &#171; peuple &#187; est l'acte politique par excellence vis-&#224;-vis de &#171; &lt;i&gt;la pure administration dans un cadre institutionnel stable&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La repr&#233;sentation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La repr&#233;sentation consiste en une combinaison entre homog&#233;n&#233;it&#233; et h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;. La constitution d'un peuple requiert une complexit&#233; interne. Rien dans ces demandes n'annonce une &#171; destin&#233;e manifeste &#187;, une unit&#233;, une cha&#238;ne. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; du moment homog&#233;n&#233;isateur du signifiant vide. Sans ce moment, il n'y aurait pas de cha&#238;ne d'&#233;quivalences. Le signifiant vide, qui est quelque chose de plus que l'image d'une totalit&#233; existant &#224; l'avance, constitue cette totalit&#233;, ajoutant ainsi une nouvelle dimension qualitative. Il repr&#233;sente tous les maillons de la cha&#238;ne. Toute identit&#233; populaire a une structure interne qui est essentiellement repr&#233;sentative. Pour qu'il y ait populisme, il faut que la logique des demandes &#233;quivalentes traverse des groupes sociaux h&#233;t&#233;rog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour situer la conception de la politique de Laclau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; Claude Lefort qui voit la question de la d&#233;mocratie (l'&#233;galit&#233;, l'identit&#233; entre gouvernants et gouvern&#233;s et la souverainet&#233; populaire) li&#233;e au cadre symbolique lib&#233;ral (la loi, la d&#233;fense des droits de l'homme et le respect de libert&#233; individuelle), Chantal Mouffe ne con&#231;oit pas de relation n&#233;cessaire entre ces deux traditions, mais une &#171; articulation historique contingente &#187;. Elle propose un mod&#232;le agonique de la d&#233;mocratie o&#249; le r&#244;le des passions et des affects est crucial pour la connaissance des conditions d'existence d'un sujet d&#233;mocratique. Pour Lefort, le lieu du pouvoir dans les d&#233;mocraties est vide, laiss&#233; vacant par le roi, le prince. Mais pour Laclau, c'est une question de production du vide &#224; partir du fonctionnement de la logique h&#233;g&#233;monique. Le vide est un type d'identit&#233; et non pas un emplacement structurel, ce qui n'est pas abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; non-terrain &#187; sur lequel la politique populiste se construit est &#171; une zone grise de contamination &#187; qui rel&#232;ve de l'essence m&#234;me du politique, selon Laclau. C'est un terrain &#224; red&#233;finir constamment, qui s'oppose au th&#232;me de la &#171; fin du politique &#187; des postmodernes ; hors des certitudes, il s'agit de consid&#233;rer plut&#244;t &#171; l'arriv&#233;e dans une &#232;re pleinement politique &#187;. L'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale joue un r&#244;le primordial, constitutif et irr&#233;ductible pour penser la construction du &#171; peuple &#187; comme acteur politique. C'est un exc&#232;s (non manipulable, sans dialectique). Son trait essentiel est la d&#233;ficience, &#171; pr&#233;sente comme ce qui est absent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Les Cahiers de Philom&#232;ne&lt;/i&gt;, n&#176;1)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernesto Laclau, &lt;i&gt;La raison populiste&lt;/i&gt;, Seuil, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;Essais de psychanalyse&lt;/i&gt;, Payot, 1981, p. 123.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>P - Populisme(s)</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=672</link>
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		<dc:date>2018-03-25T17:32:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Dacheux</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>peuple</dc:subject>
		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La philosophie politique ne sait, au fond, pas trop quoi faire du peuple Jean-Fran&#231;ois Kervegan &lt;br class='autobr' /&gt;
1 &#8211; Du confusionnisme volontaire. Le populisme n'est pas ce qu'on en dit &lt;br class='autobr' /&gt;
Les z&#233;lateurs d'Emmanuel Macron auraient &#171; ronronn&#233; de bonheur &#187; apr&#232;s la victoire de leur leader en laquelle ils voyaient &#171; le premier coup d'arr&#234;t d&#233;cisif &#224; la vague populiste &#187;. Olivier Duhamel, dans un article dat&#233; du 10 Mai 2017, paru dans Lib&#233;ration avait titr&#233; : &#171; Macron, premi&#232;re victoire contre le populisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=56" rel="directory"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=22" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=54" rel="tag"&gt;peuple&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=96" rel="tag"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;La philosophie politique ne sait, au fond, pas trop quoi faire du peuple&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Fran&#231;ois Kervegan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour en savoir plus, consulter :&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 &#8211; Du confusionnisme volontaire. Le populisme n'est pas ce qu'on en dit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les z&#233;lateurs d'Emmanuel Macron auraient &#171; ronronn&#233; de bonheur &#187; apr&#232;s la victoire de leur leader en laquelle ils voyaient &#171; le premier coup d'arr&#234;t d&#233;cisif &#224; la vague populiste &#187;. Olivier Duhamel, dans un article dat&#233; du 10 Mai 2017, paru dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; avait titr&#233; : &#171; Macron, premi&#232;re victoire contre le populisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi et de qui parle-t-on quand on &#233;voque les dangers du populisme ? Historiquement, du &#171; boulangisme &#187;, c'est-&#224;-dire, de l'appel au peuple d'un personnage de la fin du XIXe si&#232;cle, le g&#233;n&#233;ral Boulanger, qui a laiss&#233; le souvenir d'un d&#233;magogue d'extr&#234;me-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses successeurs, tels Pierre Poujade (1920-2003) furent, un temps, (de 1953 &#224; 1958), les repr&#233;sentants de la r&#233;volte contre, tout &#224; la fois, les &#171; gros &#187;, le fisc, les notables et les intellectuels au nom du &#171; bon sens &#187; et des &#171; petites gens &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est &#233;videmment pas de ce populisme-l&#224; dont il est question, de nos jours dans la presse. Populisme est un vocable d&#233;cr&#233;dibilisant. Nombre de journalistes en font un abondant usage. Ils amalgament, ainsi, les courants politiques radicaux qui n'entrent pas dans les cat&#233;gories partisanes conventionnelles. Ils y ajoutent, le cas &#233;ch&#233;ant, les suppos&#233;s ou bien r&#233;els d&#233;magogues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'ambigu&#239;t&#233; repose sur la confusion, &#224; mes yeux volontaire, faite par ceux qui veulent que soient rejet&#233;s vers l'extr&#233;misme les contestataires du syst&#232;me &#171; &#233;conomiste &#187; n&#233;o-lib&#233;ral. Serait alors &#171; populiste &#187; quiconque ne s'est pas r&#233;sign&#233; au dogme thatch&#233;rien sur l'in&#233;luctabilit&#233; du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aussi une autre confusion, peut-&#234;tre plus grave. Elle consiste &#224; mettre, dans le m&#234;me panier &#171; populiste &#187;, ceux des perdants des &#233;lections r&#233;centes rest&#233;s id&#233;ologiquement socialistes : Sanders, Corbyn, Iglesias, M&#233;lenchon, et m&#234;me Renzi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le num&#233;ro du 14 au 20 septembre 2017 de Politis demande : &#171; le populisme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8211; Mais qu'en est-il, en fait, de ce &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; qui enfanterait des populistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; est intouchable. Il figure dans la m&#232;re des lois. ll a donc fallu r&#233;duire sa dimension &#224; celle du seul corps &#233;lectoral afin de n'accorder au peuple que le pouvoir de se faire repr&#233;senter par des &#233;lus. Pourquoi alors, si on le prive de son sens et de son effectivit&#233;, laisser figurer, dans le texte m&#234;me de notre Constitution, ce principe perp&#233;tuellement trahi, oubli&#233; ou d&#233;form&#233; (&#171; la R&#233;publique est le gouvernement du peuple &lt;strong&gt;par le peuple&lt;/strong&gt;, pour le peuple &#187;, article 2 du Titre I : De la souverainet&#233;) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quiconque pr&#233;tend que le &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; seul est souverain est soup&#231;onn&#233; de &#171; populisme &#187;. Quiconque recherche une d&#233;mocratie plus directe serait aussi un populiste, plus dangereux encore, un anarchiste. De quel &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; parlait donc Lincoln quand il d&#233;clarait, (peu avant son assassinat) : &#171; on peut tromper tout le peuple une partie du temps, une partie du peuple tout le temps, mais pas tout le peuple tout le temps &#187; ? Ce peuple am&#233;ricain-l&#224;, &#233;tait, alors, selon son pr&#233;sident, celui qui entendait rester, &#224; jamais, ma&#238;tre de son destin et pas seulement par ses &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quel &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; parlait-on encore quand, &#8211; durant les guerres coloniales et sous l'apartheid &#8211;, on &#233;voquait &#171; le droit des peuples &#224; disposer d'eux m&#234;mes &#187; ? Tout dirigeant qui s'y opposa par la force, finit par &#233;chouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Rousseau &#224; Toqueville, de Lamartine &#224; Hugo et Jaur&#232;s, toujours ces &#233;crivains politiques, penseurs ou po&#232;tes, et tant d'autres qu'on loue et qu'on commente sans fin, sans les comprendre, voire sans les lire, ont &#233;voqu&#233; la d&#233;mocratie comme le pouvoir non pas &lt;i&gt;accord&#233; au peuple&lt;/i&gt;, mais intrins&#232;quement &lt;i&gt;constitutif de ce peuple m&#234;me&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 &#8211; Est-il un ou des populismes, un &#224; gauche et un &#224; droite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ric Fassin, professeur de sciences politiques &#224; l'universit&#233; ParisVIII, a publi&#233;, cette ann&#233;e, aux &#233;ditions Textuel, un court essai : &lt;i&gt;Populisme : le grand ressentiment&lt;/i&gt;. Il y d&#233;nonce &#171; le caract&#232;re ind&#233;fini du mot &#187;, &#171; qu'on utilise pour disqualifier &#187;. Jusque l&#224; on ne peut que le suivre. La nouveaut&#233;, dit-il, est qu'&#224; pr&#233;sent on l'utilise &#224; gauche ! Il exprime, alors, son d&#233;saccord avec la philosophe belge Chantal Mouffe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui th&#233;oriserait le populisme de gauche et aurait inspir&#233; Jean-Luc M&#233;lenchon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous ce diff&#233;rend se cache mal la controverse entre ceux qui estiment que les concepts de gauche et de droite sont obsol&#232;tes et ceux qui, au contraire, pensent que le clivage droite / gauche reste une r&#233;alit&#233;, sous peine de &#171; d&#233;politiser la politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple, affirme &#201;ric Fassin, ne s'identifie pas &#224; la classe populaire. Populaire, ...? Encore un mot de la famille de peuple qui d&#233;tient sa dose d'ambigu&#239;t&#233; ! La d&#233;mocratie &#171; populaire &#187; n'eut de populaire que son adjectif. Le Front &#171; populaire &#187;, au contraire, fut, durant un temps, la coalition efficiente de forces issues du monde salarial. Ce qui en &#233;mana et qui se prolongea apr&#232;s la guerre 1939-1945, en application du &lt;i&gt;Programme du Conseil National de la R&#233;sistance&lt;/i&gt;, n'appartint pas seulement &#224; la partie la plus malmen&#233;e du peuple, mais au peuple fran&#231;ais tout entier. Nous en conservons encore les traces et les effets aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fuyons les &#171; ismes &#187;. Presque tous les mots se terminant par ce suffixe s'emparent d'une valeur et en font un syst&#232;me id&#233;ologique total qui rapidement se referme sur lui-m&#234;me, quand il ne se contredit pas totalement. Il y a loin de la libert&#233; au lib&#233;ral&lt;i&gt;isme&lt;/i&gt;, des Communs au commun&lt;i&gt;isme&lt;/i&gt;, de la Sociale au social&lt;i&gt;isme&lt;/i&gt;, et, actuellement, du peuple au populisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, tout acteur de la vie politique qui &#171; sort du cadre &#187;, autrement dit qui ne se satisfait pas de l'existant et recherche une autre organisation des pouvoirs publics, peut se voir accus&#233; de populisme, surtout quand il s'exprime, comme philosophe, sociologue, historien, ou simple citoyen influent, en s'effor&#231;ant de convaincre ses contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 &#8211; Le populisme utilis&#233; contre le peuple&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le terme populisme est souvent utilis&#233; dans un sens p&#233;joratif par les classes dirigeantes ou les politiciens au pouvoir pour critiquer l'opposition &#224; leur politique &#187; lit-on, dans l'article de Wikipedia consacr&#233; &#224; ce terme ! Le mot populisme &#171; d&#233;signe un complexe d'id&#233;es, d'exp&#233;riences et de pratiques qu'aucune typologie, si fouill&#233;e soit-elle, ne saurait &#233;puiser &#187;, &#233;crit, de son c&#244;t&#233;, l'historien Philippe Roger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Roger est directeur d'&#233;tudes &#224; l'EHSS, directeur de recherche au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Autrement dit, le vocable populisme n'est qu'un fourre-tout, pratique quand il s'agit de d&#233;consid&#233;rer un adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuit-debout&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; aura &#233;t&#233;, en France, au cours de l'ann&#233;e 2016, l'une des expressions politiques qui appelaient les citoyens &#224; exercer directement leur souverainet&#233;. Albert Ogien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandra Laugier et Albert Ogien, Le Principe D&#233;mocratie : enqu&#234;te sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un sociologue fran&#231;ais, directeur de recherches au CNRS, estime que ces initiatives citoyennes sont &#171; un ph&#233;nom&#232;ne tr&#232;s g&#233;n&#233;ral en Europe &#187; qui s'explique par &#171; le fait que le syst&#232;me des partis &#8211; le syst&#232;me de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative &#8211; apr&#232;s 70 ann&#233;es d'existence en paix, apr&#232;s la Seconde guerre mondiale, est un peu rouill&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La rue ne saurait faire la loi &#187; rab&#226;chent les conservateurs de toutes sensibilit&#233;s. &#171; Le peuple ne peut pas s'exprimer uniquement par les &#233;lus, au Parlement &#187; r&#233;pondent les citoyens les plus conscients d'avoir &#224; intervenir dans la vie politique, y compris dans cette &#171; rue &#187;, o&#249; s'est souvent &#233;crite l'histoire, pour peu que les int&#233;r&#234;ts directs et l&#233;gitimes du peuple aient &#233;t&#233; mis en jeu et menac&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2017, les &#233;lections, pr&#233;sidentielle et l&#233;gislatives n'ont pas fourni la r&#233;ponse qu'attendaient les Fran&#231;ais et beaucoup, parfois en majorit&#233;, se sont abstenus. Le &#171; d&#233;gagisme &#187; n'a pas tout d&#233;gag&#233;, c'est-&#224;-dire sorti de l'espace politique, ce qui avait longuement paralys&#233; le pays &#224; savoir le personnel (fourbu) et les organisations politiques (d&#233;su&#232;tes.) Des partis ont, certes, vol&#233; en &#233;clats ou largement perdu de leur influence, mais il s'en est suivi plus un vaste d&#233;placement qu'un grand changement. La V&#232;me R&#233;publique &#233;tait en fin de course au printemps ; la voil&#224; semble-t-il requinqu&#233;e &#224; l'automne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le paysage politique se transforme. Les humains venus d'ailleurs, &#171; migrants &#187; ou r&#233;fugi&#233;s, (en fait des &#171; arrivants &#187;, en qu&#234;te de pouvoirs &#224; exercer sur leur vie m&#234;me), p&#232;sent au sein des &#201;tats o&#249; ils passent ? Ces exil&#233;s contraints seront, de plus en plus nombreux, en France aussi, en d&#233;pit des freinages constants de nos gouvernements successifs ! Plus encore, la fuite des habitants menac&#233;s par les bouleversements climatiques augmentera aussi les arriv&#233;es en Europe, et ce pendant longtemps... Mais qui s'y pr&#233;pare ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le &lt;i&gt;Brexit&lt;/i&gt; a chang&#233; profond&#233;ment notre perspective europ&#233;enne. En politique, tout &#171; bouge &#187; constamment. &#201;chapper au populisme c'est, d'abord, &#233;chapper aux nationalismes, leurs replis, et leur fixisme. Tout populisme, contient, en effet, sa dose de nationalisme. On le voit en Pologne, en Hongrie, Tch&#233;quie, en Autriche, sans oublier aux marges de l'Union, la vaste Turquie, et l'immense Russie. Y r&#232;gnent des populistes qui usent, certes, du vocabulaire d&#233;mocratique, mais sans en penser un mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 &#8211; Parler moins de populisme, et plus du peuple&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; populisme de gauche &#187; que Chantal Mouffe est cens&#233;e voudrait opposer au populisme &#171; tout court &#187;, est, en fait, un anti-populisme plus qu'un autre populisme. Mieux vaut, pour la comprendre, la citer : &#171; Le terme populisme passe souvent mal&#8230;,constate-t-elle, et c'est pour cela qu'&lt;strong&gt;il est urgent de le resignifier&lt;/strong&gt;. Il ne faut pas se laisser accuser d'&#234;tre &#8220;populiste&#8221;. Je ne suis pas d'accord, &#233;crit-elle, avec Pierre Rosanvallon, qui juge que le populisme est une perversion de la d&#233;mocratie. Pour moi, c'est une dimension n&#233;cessaire de la d&#233;mocratie, dont l'&#233;tymologie est &lt;i&gt;demos cratos&lt;/i&gt;. Il faut donc cr&#233;er un peuple. Aujourd'hui, nous avons une d&#233;mocratie sans peuple, sans &lt;i&gt;demos&lt;/i&gt;. Nous vivons dans une post-d&#233;mocratie qui n'a que l'apparence des institutions d&#233;mocratiques. Comme le disaient les Indignados, &#8220;on a un vote, mais on n'a pas de voix&#8221;. Les &#233;lections ne permettent gu&#232;re que de choisir &#8220;entre Coca-Cola et Pepsi-Cola&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bien lire Chantal Mouffe, le populisme est donc bien ce qu'elle combat et non ce qu'elle promeut. Ce qu'il faut &#171; resignifier &#187;, c'est le peuple constituant comme l'&#233;crivait Antonio Negri&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Relisons : Antonio Negri, Le Pouvoir constituant, Paris, Puf, 1997&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un peuple qui a les moyens d'exprimer la volont&#233; g&#233;n&#233;rale et pas seulement la passion collective, comme l'affirmait aussi Simone Weil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Simone Weil, Note sur la suppression g&#233;n&#233;rale des partis politiques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en se r&#233;f&#233;rant &#224; Rousseau. Il va donc falloir redonner leur signification aux locutions et &#224; tous vocables se r&#233;f&#233;rant au mot peuple qui se sont ternis ou affadis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion : les populismes sont des machines politiques servant &#224; duper&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque populisme ob&#233;it &#224; la m&#234;me loi et prend m&#234;me visage : il est l'ennemi du peuple en lequel il voit un fauve &#224; dompter ou s&#233;duire. Les populismes, aurait dit La Bo&#233;tie, sont, le plus souvent, des tyrannies, qui nous dominent, parce que nous nous laissons dominer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tienne de la Bo&#233;tie, Discours de la servitude volontaire, &#233;crit en 1576, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les tyrans r&#232;gnent, &#233;crit-il, (il n'a alors que 18 ans !) &#171; soit par l'&#233;lection du peuple, soit par la force des armes, soit par la succession de race &#187;. Son propos d&#233;borde des marges du seizi&#232;me si&#232;cle. Il est actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, &#224; bien y regarder, on s'aper&#231;oit, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, que, parce que dominateur, &lt;strong&gt;tout populisme est de droite ou le devient&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour en savoir plus, consulter : &lt;a href=&#034;http://nosophi.univ-paris1.fr/perso/jfkervegan.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://nosophi.univ-paris1.fr/perso/jfkervegan.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le num&#233;ro du 14 au 20 septembre 2017 de &lt;i&gt;Politis&lt;/i&gt; demande : &#171; le populisme peut-il sauver la gauche ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chantal_Mouffe&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chantal_Mouffe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Roger est directeur d'&#233;tudes &#224; l'EHSS, directeur de recherche au CNRS, et dirige la revue &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/221017/nuit-debout-ce-qu-il-en-reste&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/221017/nuit-debout-ce-qu-il-en-reste&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandra Laugier et Albert Ogien, &lt;i&gt;Le Principe D&#233;mocratie : enqu&#234;te sur les nouvelles formes du politique&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Relisons : Antonio Negri, &lt;i&gt;Le Pouvoir constituant&lt;/i&gt;, Paris, Puf, 1997&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Simone Weil, &lt;i&gt;Note sur la suppression g&#233;n&#233;rale des partis politiques&lt;/i&gt;, &#233;dition Climats-Flammarion 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;tienne de la Bo&#233;tie, &lt;i&gt;Discours de la servitude volontaire&lt;/i&gt;, &#233;crit en 1576, R&#233;imprim&#233; en 2017 par les &#233;ditions Mille et Une Nuits.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Habiter la fronti&#232;re. Eloge de la fronti&#232;re comme lieu-sans-lieu des m&#233;tamorphoses.</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=162</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=162</guid>
		<dc:date>2011-09-23T21:22:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>peuple</dc:subject>
		<dc:subject>identit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;tranget&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>traduction</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'id&#233;e qu'il va s'agir de d&#233;velopper ici est celle selon laquelle la fronti&#232;re ne serait pas seulement une ligne de partage entre territoires, qui laisserait ceux-ci intacts, mais aussi une puissance de transformation, capable de transfigurer les identit&#233;s cherchant &#224; l'habiter. Certes, puisqu'il ne saurait y avoir de fronti&#232;res sans territoires ainsi d&#233;limit&#233;s, l'id&#233;e d'un habiter-la-fronti&#232;re fait n&#233;cessairement signe vers un mouvement (de d&#233;territorialisation auraient dit Deleuze et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=25" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; &#224; Porto fin aout 2011&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=54" rel="tag"&gt;peuple&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=55" rel="tag"&gt;identit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=56" rel="tag"&gt;&#233;tranget&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=57" rel="tag"&gt;traduction&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_68 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/frontiere_A_Naze.jpg' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e qu'il va s'agir de d&#233;velopper ici est celle selon laquelle la fronti&#232;re ne serait pas seulement une ligne de partage entre territoires, qui laisserait ceux-ci intacts, mais aussi une puissance de transformation, capable de transfigurer les identit&#233;s cherchant &#224; l'habiter. Certes, puisqu'il ne saurait y avoir de fronti&#232;res sans territoires ainsi d&#233;limit&#233;s, l'id&#233;e d'un habiter-la-fronti&#232;re fait n&#233;cessairement signe vers un mouvement (de d&#233;territorialisation auraient dit Deleuze et Guattari) &#8211; mouvement par lequel on cesse d'habiter pleinement un territoire, de co&#239;ncider avec lui, et donc avec l'identit&#233; (fixe) re&#231;ue de cet habiter. Il y va donc, dans ce d&#233;placement, d'une ligne de fuite, d'un mouvement de sortie du territoire, sans red&#233;ploiement effectif sur le territoire de l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re (dans un devenir-animal, l'homme ne se reconfigure pas comme animal, mais se maintient dans ce mouvement m&#234;me qui est constitutif d'un devenir) &#8211; autant dire qu'il y va d'une identit&#233; nomade. C'est en ce sens que l'id&#233;e d'un habiter-la-fronti&#232;re constitue une id&#233;e limite, un paradoxe si l'on veut, qu'il est possible d'affronter en d&#233;connectant l'id&#233;e d'habiter de celle d'habiter-un-sol, pr&#233;cis&#233;ment en faisant de la surface &#224; habiter un lieu-sans-lieu, un topos outopos.&lt;br class='autobr' /&gt; Que la souverainet&#233; propre &#224; un Etat, par exemple, soit li&#233;e &#224; un territoire, cela indique d&#233;j&#224; un des enjeux de la discussion, &#224; savoir que le fait de se d&#233;prendre de l'identit&#233; re&#231;ue du territoire que l'on occupe (ou d'&#234;tre priv&#233; d'un territoire) implique une reconfiguration, qui, pour ne pas ouvrir sur une simple reterritorialisation, se doit d'&#234;tre envisag&#233;e comme m&#233;tamorphose. Ce qu'il faudrait alors entendre par l&#224;, ce serait un mouvement de transformation, par lequel tout propre en venant &#224; s'abolir, le geste par lequel on diff&#232;re d'avec soi-m&#234;me ne conduirait pas pour autant &#224; fusionner avec l'autre (dans le sens d'une dissolution de soi, sous l'effet d'un m&#233;tissage), mais pas davantage &#224; une juxtaposition de chaque entit&#233; dans un grand tout. La m&#233;tamorphose ainsi entendue demande, par exemple, qu'un homme, pris dans un devenir-animal, ne se transforme pas simplement en animal, mais qu'il ne laisse pas non plus coexister en lui un homme et un animal, chacun conservant son propre. Ce qu'il reste &#224; d&#233;gager, donc, c'est la forme que pourrait rev&#234;tir une fronti&#232;re (mais aussi quelles exp&#233;riences valent comme indication d'un possible habiter-la-fronti&#232;re) ouvrant sur ce type de m&#233;tamorphose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lorsque Walter Benjamin envisage la question de la traduction, il &#233;carte rapidement la suppos&#233;e fonction communicative de cette op&#233;ration linguistique pour se pencher sur les rapports entre les langues, diverses, qu'il oppose &#224; la langue adamique, originaire et unique, et s'il entrevoit une dimension messianique propre &#224; l'op&#233;ration de traduction, ce n'est en tout cas pas pour la restauration d'une unit&#233; perdue qu'elle r&#233;aliserait, par recollection des morceaux disjoints du vase originaire. Autrement dit, l'acte de traduction, tel que l'entend Benjamin, ne nous reconduit pas au moindre propre perdu, mais ouvre sur une &#171; sph&#232;re &#187; entre les langues, raison pour laquelle on se propose, dans un premier temps, de faire de cette notion de sph&#232;re une image possible de la fronti&#232;re, telle qu'on cherche &#224; en former l'id&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Sans entrer compl&#232;tement dans le d&#233;tail de sa philosophie du langage, fort complexe, on peut quand m&#234;me indiquer que pour Benjamin, la &#171; langue pure &#187; (reine Sprache) se distingue de la langue instrumentale, d'abord en ceci que l&#224; o&#249; la premi&#232;re nommait les choses, et donc les connaissait, c'est-&#224;-dire se situait dans l'&#233;l&#233;ment du Nom, la seconde n'a de rapport qu'avec le mot, qui est au fond comme un simple surnom pour les choses elles-m&#234;mes. Or, si la traduction joue ici un r&#244;le essentiel, pour Benjamin, c'est dans le sens o&#249;, bien qu'elle ne nous reconduise pas au nom lui-m&#234;me, elle serait quand m&#234;me capable de faire entrer les langues, les unes vis-&#224;-vis des autres, dans un rapport de r&#233;sonance, c'est-&#224;-dire de faire signe vers le &#171; pur langage &#187;. En effet, si, en chaque langue prise isol&#233;ment, &#171; une seule et m&#234;me chose est vis&#233;e qui, n&#233;anmoins, ne peut &#234;tre atteinte par aucune d'entre elles isol&#233;ment, mais seulement par la totalit&#233; de leurs intentions compl&#233;mentaires, autrement dit le pur langage &#187; , alors, c'est bien que la pratique de la traduction ferait sortir les langues de leur isolement, et donc de leur impuissance &#224; conna&#238;tre, pour les faire entrer dans un rapport susceptible de faire entendre un &#233;cho entre les langues, plus pr&#233;cis&#233;ment, un &#233;cho autour de ce par quoi les langues entreraient, les unes vis-&#224;-vis des autres, dans un rapport de compl&#233;mentarit&#233;, au regard, donc, de leur intention, c'est-&#224;-dire de leur vis&#233; (en ce que seule la mani&#232;re de le viser varierait d'une langue &#224; l'autre). Ainsi, ce serait au fond le Nom lui-m&#234;me que, pareillement, chaque langue viserait, comme une mani&#232;re, pour le &#171; vrai langage &#187;, de s'annoncer dans la traduction, &#224; travers l'&#233;cho des autres langues humaines. C'est en ce sens que Benjamin peut &#233;crire, dans une lettre de juillet 1917 &#224; Gershom Scholem, que les deux langues en relation dans l'op&#233;ration de traduction se retrouvent au sein d'une &#171; sph&#232;re unique &#187;, en ce que &#171; l'objet &#187; &#224; traduire ne reste dans son &#233;l&#233;ment que lorsqu'il continue de se situer dans cette sph&#232;re. C'est ainsi qu'on peut comprendre la r&#233;serve de Benjamin &#224; l'&#233;gard de la traduction du Cantique des Cantiques par son interlocuteur, Scholem, car le reproche qu'il adresse alors &#224; son ami consiste &#224; regretter que le traducteur n'ait pas t&#233;moign&#233; d'une m&#234;me proximit&#233; envers les deux langues, mais d'un amour bien plus puissant pour l'h&#233;breu, au d&#233;triment de la langue allemande : &#171; votre amour de la langue h&#233;bra&#239;que n'arrive &#224; se traduire dans l'&#233;l&#233;ment de l'allemand que sous la forme du respect pour l'essence de la langue et du mot en g&#233;n&#233;ral et dans l'emploi d'une bonne et rigoureuse m&#233;thode. Ce qui veut dire : votre travail demeure apolog&#233;tique parce qu'il n'exprime pas l'amour et la v&#233;n&#233;ration d'un objet dans la sph&#232;re propre &#224; cet objet. Or, en principe il ne serait pas impossible que deux langues passent dans une sph&#232;re unique : c'est au contraire cela qui constitue toute grande traduction et qui explique le tout petit nombre de grandes traductions &#187; . Ainsi, Benjamin reproche &#224; son ami que &#171; l'objet &#187; (le Cantique en h&#233;breu) traduit en allemand, reste au fond inscrit dans le sillage de la langue h&#233;bra&#239;que, cette traduction conf&#233;rant &#224; l'objet &#224; traduire le caract&#232;re d'un intouchable, en tout cas d'une chose non affect&#233;e par la langue allemande qui, d'une certaine fa&#231;on, se contente de le r&#233;v&#233;rer &#224; distance.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette id&#233;e sera d&#233;velopp&#233;e dans l'essai &#171; La t&#226;che du traducteur &#187;, lorsque Benjamin, utilisant l'image du vase, &#233;crira : &#171; au lieu de s'assimiler au sens de l'original, la traduction doit bien plut&#244;t, amoureusement et jusque dans le d&#233;tail, adopter dans sa propre langue le mode de vis&#233;e de l'original, afin de rendre l'un et l'autre reconnaissables comme fragments d'un m&#234;me vase, comme fragments d'un m&#234;me langage plus grand &#187; . Dans ces conditions, la faiblesse de la traduction de Scholem, selon Benjamin au moins, tiendrait donc au fait de &#171; s'assimiler au sens de l'original &#187;, au lieu d'adopter dans sa propre langue (l'allemand) &#171; le mode de vis&#233;e de l'original &#187;, de mani&#232;re &#224; obtenir ce qu'on pourrait appeler une double d&#233;territorialisation. Se dessine ainsi d&#233;j&#224; quelque chose de la messianicit&#233; dont les langues seraient porteuses, le vecteur en &#233;tant alors l'acte de traduction, en ce que percerait, au sein des traductions, et selon les termes de Benjamin, &#171; le noyau m&#234;me du pur langage &#187; . En effet, la double d&#233;territorialisation vers laquelle fait signe Benjamin est celle par laquelle la langue &#224; traduire doit &#234;tre travaill&#233;e par la langue de traduction, tout comme la langue du traducteur doit laisser entendre en elle l'&#233;cho de l'original : cet &#233;cho entre les langues est donc &#224; concevoir comme accueil en chaque langue d'une &#233;tranget&#233;. Une traduction n'est donc en rien une op&#233;ration blanche, qui reconduirait d'ailleurs le langage (ici sous son aspect de traduction) &#224; une fonction strictement v&#233;hiculaire, puisqu'elle est bel et bien capable de modifier l'original. Si un terme messianique se trouve indiqu&#233; d&#232;s l'op&#233;ration de traduction, il faut alors le comprendre comme mouvement vers la &#171; langue pure &#187;, ce qui &#233;claire, du coup, cette derni&#232;re notion. En effet, cette reine Sprache serait si peu la langue adamique &#224; retrouver que l'op&#233;ration de traduction indique bien davantage qu'une langue est sans propre, qu'elle est, en son essence m&#234;me, diff&#233;rence. &lt;br class='autobr' /&gt; Interroger la notion de fronti&#232;re elle-m&#234;me &#224; partir de celle de sph&#232;re unique, telle que Benjamin en d&#233;veloppe le concept dans ses propos autour de la question de la traduction, devient &#224; pr&#233;sent chose possible. Cette &#171; sph&#232;re &#187;, donc, serait celle au sein de laquelle auraient &#224; se situer deux langues, lorsqu'il s'agit d'op&#233;rer une traduction, en ce que l'objet &#224; traduire ne se situerait dans son &#233;l&#233;ment qu'au sein de cette intersection. Dans ces conditions, il s'agit de ne pas fusionner les langues en question, qui ne se rejoignent que dans le vis&#233;, chacune conservant les modalit&#233;s selon lesquelles elle le vise. Habitant cette sph&#232;re, les langues entrent dans un rapport de r&#233;sonance, o&#249; chacune initie un mouvement par lequel elle diff&#232;re d'avec elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire par lequel elle se m&#233;tamorphose, d&#233;bouchant sur un habiter-entre-les-langues. Si, par ailleurs, dans ce mouvement, les langues font signe vers la &#171; langue pure &#187;, c'est bien que cette derni&#232;re ne constitue aucun propre &#224; reconstituer, mais se caract&#233;rise, en tant que telle, par un diff&#233;rer originaire. Habiter la fronti&#232;re, au sens strict, cela signifierait donc une absence de repos au sein d'un propre, renvoyant &#224; l'inqui&#233;tude d'un d&#233;placement permanent par lequel la m&#233;tamorphose deviendrait une mani&#232;re d'&#234;tre. C'est aussi en ce sens qu'on peut interpr&#233;ter la belle phrase par laquelle, dans un tout autre registre, Guy Hocquenghem reconnaissait : &#171; Peut-&#234;tre ne suis-je &#8220;homosexuel&#8221;, comme on dit vilainement, que comme une mani&#232;re d'&#234;tre &#224; l'&#233;tranger [&#8230;]. Peut-&#234;tre ai-je voulu l'&#233;tranger avant l'amant, et ai-je au moins trouv&#233; l&#224; un langage qui d&#233;borde un peu la francit&#233; &#187; &#8211; sous ce rapport, donc, on aurait &#224; s'acharner &#224; &#234;tre &#171; homosexuel &#187;, signe qu'il s'agirait bien l&#224; d'un devenir, et non d'un &#233;tat de fait d&#233;rivant d'un propre. Quant &#224; la &#171; francit&#233; &#187;, c'est aussi ce avec quoi Jean Genet dit avoir d&#233;cisivement rompu (entrant ainsi dans un processus de devenir-&#233;tranger, si l'on veut), en &#233;crivant son livre Un captif amoureux : &#171; [&#8230;] non la France seule mais l'Occident, je crus les distinguer dans des brumes. Ils me parurent lointains, devenus pour moi l'exotisme supr&#234;me au point que j'allais en France comme un Fran&#231;ais va en Birmanie. L'&#233;criture du livre commen&#231;a vers octobre 1983. Et je devins &#233;tranger &#224; la France &#187; . C'est &#224; approcher le centre de ce livre qui fut l'occasion d'une telle exp&#233;rience chez son auteur que sera donc consacr&#233;e la suite de cette intervention, en ce que la prise en compte des modalit&#233;s de l'habiter, propre aux combattants palestiniens et aux Panth&#232;res Noires pour les Etats-Unis, qui y sont d&#233;crites est de nature &#224; &#233;clairer l'id&#233;e selon laquelle le combat lui-m&#234;me finit par reconfigurer les contours de la fin vis&#233;e &#8211; de ce qu'une privation de territoire semble emp&#234;cher toute affirmation de soi, et vise en effet &#224; la disparition de qui est ainsi priv&#233; d'un sol, il ne s'ensuit pas pour autant que les voies d'une lib&#233;ration en passent n&#233;cessairement par l'octroi d'un territoire aux fronti&#232;res bien d&#233;limit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si, avec Genet, on en passe explicitement &#224; la dimension politique de la fronti&#232;re, il s'en faut de beaucoup que la question du langage doive rester ext&#233;rieure &#224; cette r&#233;flexion, l'exp&#233;rience m&#234;me de Jean Genet nous indiquant bien plut&#244;t que la langue est aussi affaire de combat, de lutte pour exister dans une langue qui vous nie. On sait quelle langue ch&#226;ti&#233;e l'&#233;crivain maniera, mais de fa&#231;on que la langue fran&#231;aise en vienne pourtant &#224; dire ce que de toutes ses fibres elle refuse, &#224; travers le pouvoir qui s'en est rendu ma&#238;tre &#8211; l'exp&#233;rience de la pl&#232;be, des prisonniers, des p&#233;d&#233;s, des voyous, mais exprim&#233;e sur un mode magnifi&#233; et par l&#224; m&#234;me parodique. C'est &#224; un renversement de ce type qu'il fait r&#233;f&#233;rence, dans un texte de 1970, lorsqu'il &#233;voque l'existence (et donc l'exp&#233;rience) bafou&#233;e des Noirs aux Etats-Unis : &#171; Si le prisonnier est un Noir captur&#233; par des Blancs, &#224; cette trame difficile s'ajoute un troisi&#232;me motif, la haine. Non la haine assez confuse et diffuse de l'ordre social ou du destin, mais la haine tr&#232;s pr&#233;cise de l'homme blanc. Ici encore, le prisonnier doit se servir du langage m&#234;me, des mots, de la syntaxe de son ennemi alors qu'il sent le besoin d'une langue s&#233;par&#233;e qui n'appartiendrait qu'&#224; sa nation. [&#8230;] sa haine de l'homme blanc il ne peut la dire qu'au moyen de cette langue qui appartient &#233;galement au Noir et au Blanc mais sur laquelle le Blanc &#233;tend sa juridiction de grammairien [&#8230;] Il n'a donc qu'une ressource : accepter cette langue mais la corrompre si habilement que les Blancs s'y laisseront prendre &#187; . Il s'agit donc bien ici de l'action consistant &#224; retourner la langue, comme on ferait d'une arme, &#224; travers la corruption que lui font subir ceux qui s'en emparent. Malgr&#233; tout, la langue reste commune aux Blancs et aux Noirs, puisqu'il s'agit pour ces derniers de se la r&#233;approprier, ne pouvant simplement faire s&#233;cession en cr&#233;ant de toutes pi&#232;ces un idiome in&#233;dit - et c'est en cela que le statut de fronti&#232;re propre &#224; la langue r&#233;v&#232;le toute sa richesse : si la langue est bien ce qui s&#233;pare ici les Noirs et les Blancs (ce par quoi les Blancs nient les Noirs, mais aussi ce en quoi passe la haine des Noirs pour les Blancs), elle est &#233;galement cet &#233;l&#233;ment qui, partag&#233; par les deux parties, ne peut pas se transformer (et c'est &#224; une telle transformation que vise l'entreprise de corruption &#233;voqu&#233;e) sans transformer tous ceux qui la parlent. L&#224; est la capacit&#233; de m&#233;tamorphose propre &#224; la fronti&#232;re, en l'occurrence la langue, mais envisag&#233;e cette fois du point de vue des locuteurs, et des rapports de pouvoir qui les opposent (et les unissent donc &#224; la fois) &#8211; je cite Genet, dans le m&#234;me texte de 1970 : &#171; L'entreprise r&#233;volutionnaire du Noir am&#233;ricain, semble-t-il, ne peut na&#238;tre que dans le ressentiment et la haine, c'est-&#224;-dire en refusant avec d&#233;go&#251;t, avec rage, mais radicalement, les valeurs v&#233;n&#233;r&#233;es par les Blancs, cependant que cette entreprise ne peut se continuer qu'&#224; partir d'un langage commun, d'abord refus&#233;, enfin accept&#233; o&#249; les mots ne serviront plus les notions enseign&#233;es par les Blancs, mais des notions nouvelles &#187; . Cependant Genet insiste bien sur le fait que cette r&#233;volution po&#233;tique et symbolique des Panth&#232;res n'a eu de sens et d'efficacit&#233; que parce qu'&#224; cet aspect s'est ajout&#233; celui d'une lutte arm&#233;e : &#171; [&#8230;] la violence de ce qu'on nommait le verbalisme ou la rh&#233;torique Panth&#232;res n'&#233;tait pas dans l'ordre du discours mais dans la force de l'affirmation &#8211; ou de la n&#233;gation -, dans la col&#232;re du ton et du timbre. Cette col&#232;re amenant des actes emp&#234;chait la boursouflure ou l'emphase &#187; . Pour autant, ce n'est pas parce qu'on passe en cela du c&#244;t&#233; d'une lutte arm&#233;e effective que la question de la fronti&#232;re n'est pas transposable, dans les termes qu'on a dits &#8211; c'est m&#234;me &#224; montrer la m&#233;tamorphose emportant les bellig&#233;rants (ce qui ne conduit certes pas &#224; une r&#233;conciliation universelle !) que s'attache une bonne partie du livre Un captif amoureux, au point d'inscrire en chacun de nous la ligne de partage des eaux, sous l'esp&#232;ce d'une hantise, qui est aussi celle de toute traduction, le spectre de la trahison.&lt;br class='autobr' /&gt; Lorsque Jean Genet &#233;crit que le Noir am&#233;ricain est &#224; la fois &#171; celui qui s'incline et celui qui refuse de s'incliner &#187; , il montre bien que &#171; [l]e tra&#238;tre [n'est pas] qu'un homme qui passe &#224; l'ennemi &#187;, car &#171; [l]e tra&#238;tre n'est pas dehors mais en chacun &#187; . C'est en ce sens, aussi, qu'il pourra dire qu'il en viendra lui-m&#234;me, un jour, &#224; trahir les Palestiniens . En effet, la figure du jeune Noir am&#233;ricain en prison &#224; laquelle se r&#233;f&#232;re Genet ne renvoie pas qu'&#224; cet individu, contemporain, en effet en prison, mais aussi &#224; des couches de pass&#233; profondes et contradictoires d'o&#249; proviennent ses hantises : &#171; Il y a trois cents ans il est celui qui a tu&#233; un Blanc, il est celui qui a fait partie d'une fugue nombreuse, avec vols, pillages et chiens aux trousses, celui qui a charm&#233; et viol&#233; une Blanche et qu'on a pendu sans jugement, il est un des chefs d'une r&#233;volte de 1804, il a des cha&#238;nes aux pieds, riv&#233;s au mur de la prison &#187; . Il m&#234;le donc en lui un pass&#233; de violence, de soumission, de r&#233;volte, inextricablement, int&#233;grant donc aussi en lui-m&#234;me l'ennemi (sa loi), et faisant ainsi de sa propre int&#233;riorit&#233; le lieu d'une lutte &#8211; faisant donc aussi de la trahison possible, comme une fa&#231;on de passer &#224; l'ennemi, un acte int&#233;rieur. Evidemment la lutte des Panth&#232;res &#233;tait bien dirig&#233;e contre les Blancs, elle qui visait &#224; donner une visibilit&#233; aux Noirs, mais aussi &#224; provoquer la peur chez les Blancs, et le recours aux armes fut bien une des modalit&#233;s de leur action ; pourtant, Genet souligne combien s'y m&#234;lait, comme dans toute forme de r&#233;volte, une forme d'amour, de nostalgie pour le ghetto : &#171; S'il [le prisonnier] veut la libert&#233;, il aime aussi la prison parce qu'il a su am&#233;nager sa libert&#233;. Libert&#233; en libert&#233;, libert&#233; dans la contrainte, la premi&#232;re est accord&#233;e, arrach&#233;e de soi-m&#234;me la seconde. Comme on va au plus facile [&#8230;] on d&#233;sire la libert&#233; accord&#233;e mais on aime &#8211; secr&#232;tement ou non &#8211; l'exclusion qui fit d&#233;couvrir en soi-m&#234;me la libert&#233; carc&#233;rale. La lev&#233;e d'&#233;crou c'est aussi un arrachement. [&#8230;] Les Noirs, exclus du monde blanc, ont su, am&#233;nager sa mis&#232;re c'est peu, mais d&#233;couvrir, mettre au jour, &#233;riger, une libert&#233; qui se confond avec la fiert&#233; &#187; . Autrement dit, la fiert&#233; des Noirs a &#233;t&#233; gagn&#233;e contre les conditions avilissantes qui leur &#233;taient faites, mais de l'int&#233;rieur du ghetto &#8211; et c'est &#224; partir de cette fiert&#233; ainsi conquise qu'ils ont pu mener des actions politiques et arm&#233;es, au grand jour. Sortir du ghetto, c'est d&#232;s lors s'arracher &#224; la condition humiliante qui leur est faite, mais c'est aussi se d&#233;tacher du terreau qui a vu s'affirmer leur fiert&#233;. Et c'est bien dans une optique comparable que Genet entrevoit sa probable trahison &#224; venir de la cause palestinienne : &#171; [&#8230;] le jour o&#249; les Palestiniens seront institutionnalis&#233;s, je ne serai plus de leur c&#244;t&#233;. Le jour o&#249; les Palestiniens deviendront une nation comme une autre nation, je ne serai plus l&#224;. [&#8230;] Je crois que c'est l&#224; que je vais les trahir. Ils ne le savent pas &#187; . Il est &#233;vident que l'&#233;crivain est bien du c&#244;t&#233; des Palestiniens dans leur lutte, qu'il s'engage aupr&#232;s d'eux dans l'espoir que ce peuple sans territoire (tout comme les Noirs n'avaient pas de sol &#224; eux aux Etats-Unis, soutient d'ailleurs Genet) puisse disposer d'un sol &#224; partir duquel s'affirmer. Mais, au fond, Genet se s&#233;pare (en pens&#233;e) des Palestiniens, d&#232;s qu'il en vient &#224; consid&#233;rer que les possibilit&#233;s de m&#233;tamorphose dont ils sont porteurs pourraient bien en venir &#224; se refermer. Si le peuple palestinien donnait naissance &#224; une nation comme les autres, il cesserait d'&#234;tre engag&#233; &#224; leur c&#244;t&#233;, tout comme aurait rompu son lien avec les Panth&#232;res le fait qu'il y aurait reconnu de simples aspirations consum&#233;ristes. Ainsi, dire que dans les deux cas, ce qui l'int&#233;resse, ce sont les possibilit&#233;s de m&#233;tamorphose, cela signifie simplement que s'il aime les peuples domin&#233;s, ce n'est pas dans l'espoir qu'ils deviennent eux-m&#234;mes dominateurs, mais en envisageant les possibilit&#233;s, dont ils sont porteurs, d'enrayer tout rapport de domination. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans cette optique, la m&#233;tamorphose sur laquelle ouvrait le mouvement des Panth&#232;res aux Etats-Unis peut se comprendre comme un mouvement &#224; la fois centrip&#232;te (et donc conforme aux aspirations des mouvements politiques, qu'on pourrait dire &#171; classiques &#187;, dans leur intention de mettre en place une soci&#233;t&#233;) et centrifuge (mouvement en cela in&#233;dit, puisque ne se d&#233;faisant pas d'une tendance &#224; la marginalit&#233;, &#224; l'a-socialit&#233;). En cela, les Noirs ne visaient donc pas seulement &#224; occuper les places, centrales, jusqu'ici trust&#233;es par les Blancs, mais bien davantage &#224; miner le pouvoir par des puissances de d&#233;centrement, de marginalisation. Ce que Genet exprime ainsi : &#171; Si les Panth&#232;res n'avaient &#233;t&#233; qu'un gang de jeunes Noirs qui saccagent le domaine des Blancs, des voleurs qui ne r&#234;vent &#8220;que&#8221; de voitures, de femmes, de bars, de drogues aurais-je boug&#233; pour &#234;tre avec eux ? En lisant Marx, en mena&#231;ant d'assener sa pens&#233;e sur la libre entreprise, ils ne s'&#233;taient pas d&#233;barrass&#233;s de la soif d'exclusion, - a-sociaux, a-politiques, mais sinc&#232;res dans leurs tentations et leurs tentatives de former une soci&#233;t&#233;, dont ils entrevoyaient l'id&#233;alisme et le r&#233;el sans gaiet&#233;, ils &#233;taient travaill&#233;s par des forces &#8220;&#8211;a-&#8220;, et pendant tout le temps que je v&#233;cus avec eux, je crus reconna&#238;tre en eux une sorte de tension affolante : rejet de toute marginalit&#233; aussi imp&#233;rieux que l'appel &#224; la marginalit&#233;, &#224; ses extases singuli&#232;res &#187; . Quant aux Palestiniens, c'est de fa&#231;on &#233;vidente une tension comparable dans leur lutte qui a attir&#233; Genet aupr&#232;s d'eux, et qu'on pourrait identifier comme celle qui existe entre l'impouvoir, &#233;vident, du peuple palestinien, et ce pouvoir, cette souverainet&#233; &#224; laquelle ce combat, pr&#233;cis&#233;ment, aspire. C'est bien s&#251;r du c&#244;t&#233; de ce dernier versant que Genet pressent les ferments de sa future trahison, en ce qu'un peuple palestinien triomphant, ce serait un peuple qui, pour l'&#233;crivain, aurait supprim&#233; les caract&#233;ristiques qui le rendaient digne d'amour. Ces mots ironiques de Genet disent bien le d&#233;samour qui serait le sien &#224; l'&#233;gard d'un peuple palestinien vainqueur : &#171; Si l'arm&#233;e palestinienne doit vaincre, qu'elle devienne d'abord une lourde machine, et chaque poitrine de colonels palestiniens le support, le pr&#233;sentoir de quarante ou cinquante m&#233;dailles, crachats, de toutes les nations bien n&#233;es &#187; . Au fond, Genet entrevoit si peu l'issue v&#233;ritable du combat palestinien de cette fa&#231;on, c'est-&#224;-dire si peu comme le terme &#224; travers lequel le peuple palestinien en viendrait &#224; se joindre au concert des &#171; nations bien n&#233;es &#187;, qu'il tend d'abord &#224; interpr&#233;ter comme une premi&#232;re forme de capitulation, d'acceptation d'une situation, le simple fait que les ruelles des camps de r&#233;fugi&#233;s palestiniens, lorsqu'il y retourne en 1983, soient devenues goudronn&#233;es &#8211; ce qu'il s'efforce cependant ensuite, aussit&#244;t m&#234;me, de r&#233;interpr&#233;ter comme une mani&#232;re provisoire de s'installer, de fa&#231;on &#224; mieux repartir dans le combat, &#171; afin de reprendre souffle &#187; . La trahison, d&#232;s lors, s'av&#232;re envisageable sous bien des aspects : celle de Genet &#224; l'&#233;gard des objectifs de la lutte affirm&#233;s par les combattants palestiniens ; celle de la lutte palestinienne &#224; l'&#233;gard des possibilit&#233;s de m&#233;tamorphoses dont elle est riche pour Genet ; celle, enfin, interne &#224; la lutte palestinienne elle-m&#234;me, qui fait appara&#238;tre comme une grave &#171; h&#233;r&#233;sie &#187; le seul fait d'envisager l'acceptation d'un territoire, &#171; si exigu f&#251;t-il &#187; (et que l'aspect goudronn&#233; des ruelles a sembl&#233; signifier, un instant, pour Genet), quand l'objectif ne pouvait &#234;tre autre que celui d'une &#171; r&#233;volution grandiose &#187;, lib&#233;rant rien moins que le &#171; peuple arabe &#187; . On comprend que la trahison de Genet se r&#233;v&#232;le trahison vertueuse, ou amoureuse si l'on pr&#233;f&#232;re, c'est-&#224;-dire rappel au d&#233;sordre. Qui n'entend l'inqui&#233;tude de l'amoureux &#224; l'&#233;gard des Palestiniens, &#224; travers ces presque derniers mots du livre : &#171; Comme l'Alg&#233;rie, comme d'autres pays, oubliant la r&#233;volution dans le monde arabe, elle [la lutte palestinienne] ne songeait qu'au territoire sur lequel un vingt-deuxi&#232;me Etat na&#238;trait, apportant avec lui ce qu'on exige d'un nouveau venu : l'Ordre, la Loi. Cette r&#233;volte si longtemps hors la loi, aspirait-elle &#224; devenir loi dont le Ciel serait l'Europe ? &#187; . &lt;br class='autobr' /&gt; Si c'est bien par la r&#233;volte que le peuple palestinien se r&#233;v&#232;le dans tout son &#233;clat, et dans toute sa beaut&#233; pour Genet, il ne peut que craindre la r&#233;volution, comme le laisse entendre son interrogation : &#171; [&#8230;] les aimerais-je [les Palestiniens] si l'injustice n'en faisait pas ce peuple vagabond ? &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour finir, faisons remarquer que si la lutte des Palestiniens a tellement motiv&#233; l'int&#233;r&#234;t de Jean Genet, c'est, nous l'avons dit, parce qu'elle apparaissait comme la figure m&#234;me de l'impouvoir, oppos&#233;e &#224; ce qui semblait le symbole m&#234;me du pouvoir &#8211; Isra&#235;l. Ecoutons de quelle mani&#232;re l'&#233;crivain justifie cette identification : &#171; [&#8230;] si elle ne se f&#251;t battue contre le peuple qui me paraissait le plus t&#233;n&#233;breux, celui dont l'origine se voulait &#224; l'Origine, qui proclamait avoir &#233;t&#233; et vouloir demeurer l'Origine, le peuple qui se d&#233;signait Nuit des Temps, la r&#233;volution palestinienne m'e&#251;t-elle, avec tant de force, attir&#233; ? [&#8230;] la r&#233;volution palestinienne cessait d'&#234;tre un combat habituel pour une terre vol&#233;e, elle &#233;tait une lutte m&#233;taphysique. Imposant au monde entier sa morale et ses mythes, Isra&#235;l se confondait avec le Pouvoir. Il &#233;tait le Pouvoir &#187; . Autrement dit, si Genet est attir&#233; par cette lutte, c'est peut-&#234;tre parce qu'elle met aux prises les deux p&#244;les extr&#234;mes de ce que peut &#234;tre un peuple &#8211; non seulement un peuple avec un territoire et un autre sans, mais un peuple occupant un territoire, qui lui &#233;tait promis de toute &#233;ternit&#233;, face &#224; un autre peuple, qui l'aurait donc occup&#233; ind&#251;ment, n&#233;cessairement. Entendons bien ce que nous dit ici Genet : si cette lutte rev&#234;t une port&#233;e &#171; m&#233;taphysique &#187;, c'est qu'on est au fond en pr&#233;sence de deux principes oppos&#233;s, donc que ne peuvent unir et/ou opposer que des relations d'amour ou de haine, comme nous l'enseigne Emp&#233;docle. D'un c&#244;t&#233; la force du pouvoir conf&#233;r&#233;e &#224; un Etat intrins&#232;quement (c'est-&#224;-dire mythiquement) li&#233; &#224; une terre, de l'autre c&#244;t&#233;, la faiblesse propre &#224; un peuple sans territoire &#8211; mieux : r&#233;clamant un territoire qu'il n'aurait au fond occup&#233; qu'ill&#233;gitimement. De cette lutte, Isra&#235;l aurait pu b&#233;n&#233;ficier, en entrant dans une forme de m&#233;tamorphose en laquelle, sans se confondre avec l'adversaire, l'Etat h&#233;breu aurait pu se d&#233;faire de son propre, et ainsi entrer dans un processus de corruption, notamment en rompant avec ses mythes fondateurs. En cela, d'ailleurs, Isra&#235;l serait revenu, pour les rouvrir, aux d&#233;bats qui avaient agit&#233; les milieux juifs europ&#233;ens entre les deux guerres, lorsque les th&#232;ses sionistes &#233;taient discut&#233;es &#8211; le choix d'alors, c'est-&#224;-dire le choix de la cr&#233;ation d'un Etat sioniste, aurait pu &#234;tre remis en discussion, au moins dans l'optique selon laquelle le sionisme institutionnel n'allait peut-&#234;tre pas de soi. Les r&#233;volutionnaires du Yiddishland auraient ainsi pu retrouver voix &#224; travers les combattants palestiniens, au moins pour la r&#233;ouverture de virtualit&#233;s alors non exploit&#233;es, puisque, comme l'&#233;crivent Alain Brossat et Sylvia Klingberg, &#171; [c]'est contre les traditions de ce mouvement r&#233;volutionnaire, contre son utopie, contre son histoire, sa m&#233;moire que s'est constitu&#233; l'Etat h&#233;breu, qu'il a mis en place ses mythes fondateurs. [&#8230;] ce mouvement &#233;tait internationaliste, universaliste, la&#239;c et progressiste ; cet Etat est s&#233;paratiste, chauvin, cl&#233;rical et conservateur &#187; . Se jouerait ainsi, au moins en puissance, une bien belle m&#233;tamorphose dans la lutte du peuple palestinien, en ce qu'en croyant lutter contre le peuple juif, il lutterait en fait bien davantage &#224; son profit, en le s&#233;parant de cet Etat avec lequel on a parfois trop tendance &#224; le confondre &#8211; les Palestiniens disposeraient ainsi de cette &#171; faible force messianique sur laquelle le pass&#233; fait valoir une pr&#233;tention &#187; dont parle Benjamin, et qui leur permettrait ainsi de rendre justice &#224; ceux qui, morts pour la plupart dans les camps nazis ou sous le joug stalinien, ont lutt&#233; pour un devenir r&#233;volutionnaire du peuple juif &#8211; ou peut-&#234;tre plus exactement dit, d'un peuple juif &#224; venir, tant la notion de &#171; peuple juif &#187; a &#233;t&#233; interrog&#233;e, y compris (et surtout pour ce qui nous int&#233;resse ici) de fa&#231;on interne au juda&#239;sme. Interrogation que certains n'ont pas manqu&#233; d'interpr&#233;ter comme une forme de trahison &#8211; ce que peut-&#234;tre d'ailleurs elle &#233;tait, mais alors sans doute pas n&#233;cessairement pour le pire. Et ce processus de m&#233;tamorphose irait au bout de ce qu'il peut ici produire si, en retour, le &#171; peuple palestinien &#187; reprenait &#224; la vol&#233;e ce questionnement sur ce qui constitue proprement un peuple, et si d'ailleurs un tel propre existe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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