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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Habiter la fronti&#232;re. Eloge de la fronti&#232;re comme lieu-sans-lieu des m&#233;tamorphoses.</title>
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		<dc:date>2011-09-23T21:22:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>peuple</dc:subject>
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		<dc:subject>&#233;tranget&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>traduction</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'id&#233;e qu'il va s'agir de d&#233;velopper ici est celle selon laquelle la fronti&#232;re ne serait pas seulement une ligne de partage entre territoires, qui laisserait ceux-ci intacts, mais aussi une puissance de transformation, capable de transfigurer les identit&#233;s cherchant &#224; l'habiter. Certes, puisqu'il ne saurait y avoir de fronti&#232;res sans territoires ainsi d&#233;limit&#233;s, l'id&#233;e d'un habiter-la-fronti&#232;re fait n&#233;cessairement signe vers un mouvement (de d&#233;territorialisation auraient dit Deleuze et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=54" rel="tag"&gt;peuple&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=56" rel="tag"&gt;&#233;tranget&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=57" rel="tag"&gt;traduction&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_68 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/frontiere_A_Naze.jpg' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e qu'il va s'agir de d&#233;velopper ici est celle selon laquelle la fronti&#232;re ne serait pas seulement une ligne de partage entre territoires, qui laisserait ceux-ci intacts, mais aussi une puissance de transformation, capable de transfigurer les identit&#233;s cherchant &#224; l'habiter. Certes, puisqu'il ne saurait y avoir de fronti&#232;res sans territoires ainsi d&#233;limit&#233;s, l'id&#233;e d'un habiter-la-fronti&#232;re fait n&#233;cessairement signe vers un mouvement (de d&#233;territorialisation auraient dit Deleuze et Guattari) &#8211; mouvement par lequel on cesse d'habiter pleinement un territoire, de co&#239;ncider avec lui, et donc avec l'identit&#233; (fixe) re&#231;ue de cet habiter. Il y va donc, dans ce d&#233;placement, d'une ligne de fuite, d'un mouvement de sortie du territoire, sans red&#233;ploiement effectif sur le territoire de l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re (dans un devenir-animal, l'homme ne se reconfigure pas comme animal, mais se maintient dans ce mouvement m&#234;me qui est constitutif d'un devenir) &#8211; autant dire qu'il y va d'une identit&#233; nomade. C'est en ce sens que l'id&#233;e d'un habiter-la-fronti&#232;re constitue une id&#233;e limite, un paradoxe si l'on veut, qu'il est possible d'affronter en d&#233;connectant l'id&#233;e d'habiter de celle d'habiter-un-sol, pr&#233;cis&#233;ment en faisant de la surface &#224; habiter un lieu-sans-lieu, un topos outopos.&lt;br class='autobr' /&gt; Que la souverainet&#233; propre &#224; un Etat, par exemple, soit li&#233;e &#224; un territoire, cela indique d&#233;j&#224; un des enjeux de la discussion, &#224; savoir que le fait de se d&#233;prendre de l'identit&#233; re&#231;ue du territoire que l'on occupe (ou d'&#234;tre priv&#233; d'un territoire) implique une reconfiguration, qui, pour ne pas ouvrir sur une simple reterritorialisation, se doit d'&#234;tre envisag&#233;e comme m&#233;tamorphose. Ce qu'il faudrait alors entendre par l&#224;, ce serait un mouvement de transformation, par lequel tout propre en venant &#224; s'abolir, le geste par lequel on diff&#232;re d'avec soi-m&#234;me ne conduirait pas pour autant &#224; fusionner avec l'autre (dans le sens d'une dissolution de soi, sous l'effet d'un m&#233;tissage), mais pas davantage &#224; une juxtaposition de chaque entit&#233; dans un grand tout. La m&#233;tamorphose ainsi entendue demande, par exemple, qu'un homme, pris dans un devenir-animal, ne se transforme pas simplement en animal, mais qu'il ne laisse pas non plus coexister en lui un homme et un animal, chacun conservant son propre. Ce qu'il reste &#224; d&#233;gager, donc, c'est la forme que pourrait rev&#234;tir une fronti&#232;re (mais aussi quelles exp&#233;riences valent comme indication d'un possible habiter-la-fronti&#232;re) ouvrant sur ce type de m&#233;tamorphose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lorsque Walter Benjamin envisage la question de la traduction, il &#233;carte rapidement la suppos&#233;e fonction communicative de cette op&#233;ration linguistique pour se pencher sur les rapports entre les langues, diverses, qu'il oppose &#224; la langue adamique, originaire et unique, et s'il entrevoit une dimension messianique propre &#224; l'op&#233;ration de traduction, ce n'est en tout cas pas pour la restauration d'une unit&#233; perdue qu'elle r&#233;aliserait, par recollection des morceaux disjoints du vase originaire. Autrement dit, l'acte de traduction, tel que l'entend Benjamin, ne nous reconduit pas au moindre propre perdu, mais ouvre sur une &#171; sph&#232;re &#187; entre les langues, raison pour laquelle on se propose, dans un premier temps, de faire de cette notion de sph&#232;re une image possible de la fronti&#232;re, telle qu'on cherche &#224; en former l'id&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Sans entrer compl&#232;tement dans le d&#233;tail de sa philosophie du langage, fort complexe, on peut quand m&#234;me indiquer que pour Benjamin, la &#171; langue pure &#187; (reine Sprache) se distingue de la langue instrumentale, d'abord en ceci que l&#224; o&#249; la premi&#232;re nommait les choses, et donc les connaissait, c'est-&#224;-dire se situait dans l'&#233;l&#233;ment du Nom, la seconde n'a de rapport qu'avec le mot, qui est au fond comme un simple surnom pour les choses elles-m&#234;mes. Or, si la traduction joue ici un r&#244;le essentiel, pour Benjamin, c'est dans le sens o&#249;, bien qu'elle ne nous reconduise pas au nom lui-m&#234;me, elle serait quand m&#234;me capable de faire entrer les langues, les unes vis-&#224;-vis des autres, dans un rapport de r&#233;sonance, c'est-&#224;-dire de faire signe vers le &#171; pur langage &#187;. En effet, si, en chaque langue prise isol&#233;ment, &#171; une seule et m&#234;me chose est vis&#233;e qui, n&#233;anmoins, ne peut &#234;tre atteinte par aucune d'entre elles isol&#233;ment, mais seulement par la totalit&#233; de leurs intentions compl&#233;mentaires, autrement dit le pur langage &#187; , alors, c'est bien que la pratique de la traduction ferait sortir les langues de leur isolement, et donc de leur impuissance &#224; conna&#238;tre, pour les faire entrer dans un rapport susceptible de faire entendre un &#233;cho entre les langues, plus pr&#233;cis&#233;ment, un &#233;cho autour de ce par quoi les langues entreraient, les unes vis-&#224;-vis des autres, dans un rapport de compl&#233;mentarit&#233;, au regard, donc, de leur intention, c'est-&#224;-dire de leur vis&#233; (en ce que seule la mani&#232;re de le viser varierait d'une langue &#224; l'autre). Ainsi, ce serait au fond le Nom lui-m&#234;me que, pareillement, chaque langue viserait, comme une mani&#232;re, pour le &#171; vrai langage &#187;, de s'annoncer dans la traduction, &#224; travers l'&#233;cho des autres langues humaines. C'est en ce sens que Benjamin peut &#233;crire, dans une lettre de juillet 1917 &#224; Gershom Scholem, que les deux langues en relation dans l'op&#233;ration de traduction se retrouvent au sein d'une &#171; sph&#232;re unique &#187;, en ce que &#171; l'objet &#187; &#224; traduire ne reste dans son &#233;l&#233;ment que lorsqu'il continue de se situer dans cette sph&#232;re. C'est ainsi qu'on peut comprendre la r&#233;serve de Benjamin &#224; l'&#233;gard de la traduction du Cantique des Cantiques par son interlocuteur, Scholem, car le reproche qu'il adresse alors &#224; son ami consiste &#224; regretter que le traducteur n'ait pas t&#233;moign&#233; d'une m&#234;me proximit&#233; envers les deux langues, mais d'un amour bien plus puissant pour l'h&#233;breu, au d&#233;triment de la langue allemande : &#171; votre amour de la langue h&#233;bra&#239;que n'arrive &#224; se traduire dans l'&#233;l&#233;ment de l'allemand que sous la forme du respect pour l'essence de la langue et du mot en g&#233;n&#233;ral et dans l'emploi d'une bonne et rigoureuse m&#233;thode. Ce qui veut dire : votre travail demeure apolog&#233;tique parce qu'il n'exprime pas l'amour et la v&#233;n&#233;ration d'un objet dans la sph&#232;re propre &#224; cet objet. Or, en principe il ne serait pas impossible que deux langues passent dans une sph&#232;re unique : c'est au contraire cela qui constitue toute grande traduction et qui explique le tout petit nombre de grandes traductions &#187; . Ainsi, Benjamin reproche &#224; son ami que &#171; l'objet &#187; (le Cantique en h&#233;breu) traduit en allemand, reste au fond inscrit dans le sillage de la langue h&#233;bra&#239;que, cette traduction conf&#233;rant &#224; l'objet &#224; traduire le caract&#232;re d'un intouchable, en tout cas d'une chose non affect&#233;e par la langue allemande qui, d'une certaine fa&#231;on, se contente de le r&#233;v&#233;rer &#224; distance.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette id&#233;e sera d&#233;velopp&#233;e dans l'essai &#171; La t&#226;che du traducteur &#187;, lorsque Benjamin, utilisant l'image du vase, &#233;crira : &#171; au lieu de s'assimiler au sens de l'original, la traduction doit bien plut&#244;t, amoureusement et jusque dans le d&#233;tail, adopter dans sa propre langue le mode de vis&#233;e de l'original, afin de rendre l'un et l'autre reconnaissables comme fragments d'un m&#234;me vase, comme fragments d'un m&#234;me langage plus grand &#187; . Dans ces conditions, la faiblesse de la traduction de Scholem, selon Benjamin au moins, tiendrait donc au fait de &#171; s'assimiler au sens de l'original &#187;, au lieu d'adopter dans sa propre langue (l'allemand) &#171; le mode de vis&#233;e de l'original &#187;, de mani&#232;re &#224; obtenir ce qu'on pourrait appeler une double d&#233;territorialisation. Se dessine ainsi d&#233;j&#224; quelque chose de la messianicit&#233; dont les langues seraient porteuses, le vecteur en &#233;tant alors l'acte de traduction, en ce que percerait, au sein des traductions, et selon les termes de Benjamin, &#171; le noyau m&#234;me du pur langage &#187; . En effet, la double d&#233;territorialisation vers laquelle fait signe Benjamin est celle par laquelle la langue &#224; traduire doit &#234;tre travaill&#233;e par la langue de traduction, tout comme la langue du traducteur doit laisser entendre en elle l'&#233;cho de l'original : cet &#233;cho entre les langues est donc &#224; concevoir comme accueil en chaque langue d'une &#233;tranget&#233;. Une traduction n'est donc en rien une op&#233;ration blanche, qui reconduirait d'ailleurs le langage (ici sous son aspect de traduction) &#224; une fonction strictement v&#233;hiculaire, puisqu'elle est bel et bien capable de modifier l'original. Si un terme messianique se trouve indiqu&#233; d&#232;s l'op&#233;ration de traduction, il faut alors le comprendre comme mouvement vers la &#171; langue pure &#187;, ce qui &#233;claire, du coup, cette derni&#232;re notion. En effet, cette reine Sprache serait si peu la langue adamique &#224; retrouver que l'op&#233;ration de traduction indique bien davantage qu'une langue est sans propre, qu'elle est, en son essence m&#234;me, diff&#233;rence. &lt;br class='autobr' /&gt; Interroger la notion de fronti&#232;re elle-m&#234;me &#224; partir de celle de sph&#232;re unique, telle que Benjamin en d&#233;veloppe le concept dans ses propos autour de la question de la traduction, devient &#224; pr&#233;sent chose possible. Cette &#171; sph&#232;re &#187;, donc, serait celle au sein de laquelle auraient &#224; se situer deux langues, lorsqu'il s'agit d'op&#233;rer une traduction, en ce que l'objet &#224; traduire ne se situerait dans son &#233;l&#233;ment qu'au sein de cette intersection. Dans ces conditions, il s'agit de ne pas fusionner les langues en question, qui ne se rejoignent que dans le vis&#233;, chacune conservant les modalit&#233;s selon lesquelles elle le vise. Habitant cette sph&#232;re, les langues entrent dans un rapport de r&#233;sonance, o&#249; chacune initie un mouvement par lequel elle diff&#232;re d'avec elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire par lequel elle se m&#233;tamorphose, d&#233;bouchant sur un habiter-entre-les-langues. Si, par ailleurs, dans ce mouvement, les langues font signe vers la &#171; langue pure &#187;, c'est bien que cette derni&#232;re ne constitue aucun propre &#224; reconstituer, mais se caract&#233;rise, en tant que telle, par un diff&#233;rer originaire. Habiter la fronti&#232;re, au sens strict, cela signifierait donc une absence de repos au sein d'un propre, renvoyant &#224; l'inqui&#233;tude d'un d&#233;placement permanent par lequel la m&#233;tamorphose deviendrait une mani&#232;re d'&#234;tre. C'est aussi en ce sens qu'on peut interpr&#233;ter la belle phrase par laquelle, dans un tout autre registre, Guy Hocquenghem reconnaissait : &#171; Peut-&#234;tre ne suis-je &#8220;homosexuel&#8221;, comme on dit vilainement, que comme une mani&#232;re d'&#234;tre &#224; l'&#233;tranger [&#8230;]. Peut-&#234;tre ai-je voulu l'&#233;tranger avant l'amant, et ai-je au moins trouv&#233; l&#224; un langage qui d&#233;borde un peu la francit&#233; &#187; &#8211; sous ce rapport, donc, on aurait &#224; s'acharner &#224; &#234;tre &#171; homosexuel &#187;, signe qu'il s'agirait bien l&#224; d'un devenir, et non d'un &#233;tat de fait d&#233;rivant d'un propre. Quant &#224; la &#171; francit&#233; &#187;, c'est aussi ce avec quoi Jean Genet dit avoir d&#233;cisivement rompu (entrant ainsi dans un processus de devenir-&#233;tranger, si l'on veut), en &#233;crivant son livre Un captif amoureux : &#171; [&#8230;] non la France seule mais l'Occident, je crus les distinguer dans des brumes. Ils me parurent lointains, devenus pour moi l'exotisme supr&#234;me au point que j'allais en France comme un Fran&#231;ais va en Birmanie. L'&#233;criture du livre commen&#231;a vers octobre 1983. Et je devins &#233;tranger &#224; la France &#187; . C'est &#224; approcher le centre de ce livre qui fut l'occasion d'une telle exp&#233;rience chez son auteur que sera donc consacr&#233;e la suite de cette intervention, en ce que la prise en compte des modalit&#233;s de l'habiter, propre aux combattants palestiniens et aux Panth&#232;res Noires pour les Etats-Unis, qui y sont d&#233;crites est de nature &#224; &#233;clairer l'id&#233;e selon laquelle le combat lui-m&#234;me finit par reconfigurer les contours de la fin vis&#233;e &#8211; de ce qu'une privation de territoire semble emp&#234;cher toute affirmation de soi, et vise en effet &#224; la disparition de qui est ainsi priv&#233; d'un sol, il ne s'ensuit pas pour autant que les voies d'une lib&#233;ration en passent n&#233;cessairement par l'octroi d'un territoire aux fronti&#232;res bien d&#233;limit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si, avec Genet, on en passe explicitement &#224; la dimension politique de la fronti&#232;re, il s'en faut de beaucoup que la question du langage doive rester ext&#233;rieure &#224; cette r&#233;flexion, l'exp&#233;rience m&#234;me de Jean Genet nous indiquant bien plut&#244;t que la langue est aussi affaire de combat, de lutte pour exister dans une langue qui vous nie. On sait quelle langue ch&#226;ti&#233;e l'&#233;crivain maniera, mais de fa&#231;on que la langue fran&#231;aise en vienne pourtant &#224; dire ce que de toutes ses fibres elle refuse, &#224; travers le pouvoir qui s'en est rendu ma&#238;tre &#8211; l'exp&#233;rience de la pl&#232;be, des prisonniers, des p&#233;d&#233;s, des voyous, mais exprim&#233;e sur un mode magnifi&#233; et par l&#224; m&#234;me parodique. C'est &#224; un renversement de ce type qu'il fait r&#233;f&#233;rence, dans un texte de 1970, lorsqu'il &#233;voque l'existence (et donc l'exp&#233;rience) bafou&#233;e des Noirs aux Etats-Unis : &#171; Si le prisonnier est un Noir captur&#233; par des Blancs, &#224; cette trame difficile s'ajoute un troisi&#232;me motif, la haine. Non la haine assez confuse et diffuse de l'ordre social ou du destin, mais la haine tr&#232;s pr&#233;cise de l'homme blanc. Ici encore, le prisonnier doit se servir du langage m&#234;me, des mots, de la syntaxe de son ennemi alors qu'il sent le besoin d'une langue s&#233;par&#233;e qui n'appartiendrait qu'&#224; sa nation. [&#8230;] sa haine de l'homme blanc il ne peut la dire qu'au moyen de cette langue qui appartient &#233;galement au Noir et au Blanc mais sur laquelle le Blanc &#233;tend sa juridiction de grammairien [&#8230;] Il n'a donc qu'une ressource : accepter cette langue mais la corrompre si habilement que les Blancs s'y laisseront prendre &#187; . Il s'agit donc bien ici de l'action consistant &#224; retourner la langue, comme on ferait d'une arme, &#224; travers la corruption que lui font subir ceux qui s'en emparent. Malgr&#233; tout, la langue reste commune aux Blancs et aux Noirs, puisqu'il s'agit pour ces derniers de se la r&#233;approprier, ne pouvant simplement faire s&#233;cession en cr&#233;ant de toutes pi&#232;ces un idiome in&#233;dit - et c'est en cela que le statut de fronti&#232;re propre &#224; la langue r&#233;v&#232;le toute sa richesse : si la langue est bien ce qui s&#233;pare ici les Noirs et les Blancs (ce par quoi les Blancs nient les Noirs, mais aussi ce en quoi passe la haine des Noirs pour les Blancs), elle est &#233;galement cet &#233;l&#233;ment qui, partag&#233; par les deux parties, ne peut pas se transformer (et c'est &#224; une telle transformation que vise l'entreprise de corruption &#233;voqu&#233;e) sans transformer tous ceux qui la parlent. L&#224; est la capacit&#233; de m&#233;tamorphose propre &#224; la fronti&#232;re, en l'occurrence la langue, mais envisag&#233;e cette fois du point de vue des locuteurs, et des rapports de pouvoir qui les opposent (et les unissent donc &#224; la fois) &#8211; je cite Genet, dans le m&#234;me texte de 1970 : &#171; L'entreprise r&#233;volutionnaire du Noir am&#233;ricain, semble-t-il, ne peut na&#238;tre que dans le ressentiment et la haine, c'est-&#224;-dire en refusant avec d&#233;go&#251;t, avec rage, mais radicalement, les valeurs v&#233;n&#233;r&#233;es par les Blancs, cependant que cette entreprise ne peut se continuer qu'&#224; partir d'un langage commun, d'abord refus&#233;, enfin accept&#233; o&#249; les mots ne serviront plus les notions enseign&#233;es par les Blancs, mais des notions nouvelles &#187; . Cependant Genet insiste bien sur le fait que cette r&#233;volution po&#233;tique et symbolique des Panth&#232;res n'a eu de sens et d'efficacit&#233; que parce qu'&#224; cet aspect s'est ajout&#233; celui d'une lutte arm&#233;e : &#171; [&#8230;] la violence de ce qu'on nommait le verbalisme ou la rh&#233;torique Panth&#232;res n'&#233;tait pas dans l'ordre du discours mais dans la force de l'affirmation &#8211; ou de la n&#233;gation -, dans la col&#232;re du ton et du timbre. Cette col&#232;re amenant des actes emp&#234;chait la boursouflure ou l'emphase &#187; . Pour autant, ce n'est pas parce qu'on passe en cela du c&#244;t&#233; d'une lutte arm&#233;e effective que la question de la fronti&#232;re n'est pas transposable, dans les termes qu'on a dits &#8211; c'est m&#234;me &#224; montrer la m&#233;tamorphose emportant les bellig&#233;rants (ce qui ne conduit certes pas &#224; une r&#233;conciliation universelle !) que s'attache une bonne partie du livre Un captif amoureux, au point d'inscrire en chacun de nous la ligne de partage des eaux, sous l'esp&#232;ce d'une hantise, qui est aussi celle de toute traduction, le spectre de la trahison.&lt;br class='autobr' /&gt; Lorsque Jean Genet &#233;crit que le Noir am&#233;ricain est &#224; la fois &#171; celui qui s'incline et celui qui refuse de s'incliner &#187; , il montre bien que &#171; [l]e tra&#238;tre [n'est pas] qu'un homme qui passe &#224; l'ennemi &#187;, car &#171; [l]e tra&#238;tre n'est pas dehors mais en chacun &#187; . C'est en ce sens, aussi, qu'il pourra dire qu'il en viendra lui-m&#234;me, un jour, &#224; trahir les Palestiniens . En effet, la figure du jeune Noir am&#233;ricain en prison &#224; laquelle se r&#233;f&#232;re Genet ne renvoie pas qu'&#224; cet individu, contemporain, en effet en prison, mais aussi &#224; des couches de pass&#233; profondes et contradictoires d'o&#249; proviennent ses hantises : &#171; Il y a trois cents ans il est celui qui a tu&#233; un Blanc, il est celui qui a fait partie d'une fugue nombreuse, avec vols, pillages et chiens aux trousses, celui qui a charm&#233; et viol&#233; une Blanche et qu'on a pendu sans jugement, il est un des chefs d'une r&#233;volte de 1804, il a des cha&#238;nes aux pieds, riv&#233;s au mur de la prison &#187; . Il m&#234;le donc en lui un pass&#233; de violence, de soumission, de r&#233;volte, inextricablement, int&#233;grant donc aussi en lui-m&#234;me l'ennemi (sa loi), et faisant ainsi de sa propre int&#233;riorit&#233; le lieu d'une lutte &#8211; faisant donc aussi de la trahison possible, comme une fa&#231;on de passer &#224; l'ennemi, un acte int&#233;rieur. Evidemment la lutte des Panth&#232;res &#233;tait bien dirig&#233;e contre les Blancs, elle qui visait &#224; donner une visibilit&#233; aux Noirs, mais aussi &#224; provoquer la peur chez les Blancs, et le recours aux armes fut bien une des modalit&#233;s de leur action ; pourtant, Genet souligne combien s'y m&#234;lait, comme dans toute forme de r&#233;volte, une forme d'amour, de nostalgie pour le ghetto : &#171; S'il [le prisonnier] veut la libert&#233;, il aime aussi la prison parce qu'il a su am&#233;nager sa libert&#233;. Libert&#233; en libert&#233;, libert&#233; dans la contrainte, la premi&#232;re est accord&#233;e, arrach&#233;e de soi-m&#234;me la seconde. Comme on va au plus facile [&#8230;] on d&#233;sire la libert&#233; accord&#233;e mais on aime &#8211; secr&#232;tement ou non &#8211; l'exclusion qui fit d&#233;couvrir en soi-m&#234;me la libert&#233; carc&#233;rale. La lev&#233;e d'&#233;crou c'est aussi un arrachement. [&#8230;] Les Noirs, exclus du monde blanc, ont su, am&#233;nager sa mis&#232;re c'est peu, mais d&#233;couvrir, mettre au jour, &#233;riger, une libert&#233; qui se confond avec la fiert&#233; &#187; . Autrement dit, la fiert&#233; des Noirs a &#233;t&#233; gagn&#233;e contre les conditions avilissantes qui leur &#233;taient faites, mais de l'int&#233;rieur du ghetto &#8211; et c'est &#224; partir de cette fiert&#233; ainsi conquise qu'ils ont pu mener des actions politiques et arm&#233;es, au grand jour. Sortir du ghetto, c'est d&#232;s lors s'arracher &#224; la condition humiliante qui leur est faite, mais c'est aussi se d&#233;tacher du terreau qui a vu s'affirmer leur fiert&#233;. Et c'est bien dans une optique comparable que Genet entrevoit sa probable trahison &#224; venir de la cause palestinienne : &#171; [&#8230;] le jour o&#249; les Palestiniens seront institutionnalis&#233;s, je ne serai plus de leur c&#244;t&#233;. Le jour o&#249; les Palestiniens deviendront une nation comme une autre nation, je ne serai plus l&#224;. [&#8230;] Je crois que c'est l&#224; que je vais les trahir. Ils ne le savent pas &#187; . Il est &#233;vident que l'&#233;crivain est bien du c&#244;t&#233; des Palestiniens dans leur lutte, qu'il s'engage aupr&#232;s d'eux dans l'espoir que ce peuple sans territoire (tout comme les Noirs n'avaient pas de sol &#224; eux aux Etats-Unis, soutient d'ailleurs Genet) puisse disposer d'un sol &#224; partir duquel s'affirmer. Mais, au fond, Genet se s&#233;pare (en pens&#233;e) des Palestiniens, d&#232;s qu'il en vient &#224; consid&#233;rer que les possibilit&#233;s de m&#233;tamorphose dont ils sont porteurs pourraient bien en venir &#224; se refermer. Si le peuple palestinien donnait naissance &#224; une nation comme les autres, il cesserait d'&#234;tre engag&#233; &#224; leur c&#244;t&#233;, tout comme aurait rompu son lien avec les Panth&#232;res le fait qu'il y aurait reconnu de simples aspirations consum&#233;ristes. Ainsi, dire que dans les deux cas, ce qui l'int&#233;resse, ce sont les possibilit&#233;s de m&#233;tamorphose, cela signifie simplement que s'il aime les peuples domin&#233;s, ce n'est pas dans l'espoir qu'ils deviennent eux-m&#234;mes dominateurs, mais en envisageant les possibilit&#233;s, dont ils sont porteurs, d'enrayer tout rapport de domination. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans cette optique, la m&#233;tamorphose sur laquelle ouvrait le mouvement des Panth&#232;res aux Etats-Unis peut se comprendre comme un mouvement &#224; la fois centrip&#232;te (et donc conforme aux aspirations des mouvements politiques, qu'on pourrait dire &#171; classiques &#187;, dans leur intention de mettre en place une soci&#233;t&#233;) et centrifuge (mouvement en cela in&#233;dit, puisque ne se d&#233;faisant pas d'une tendance &#224; la marginalit&#233;, &#224; l'a-socialit&#233;). En cela, les Noirs ne visaient donc pas seulement &#224; occuper les places, centrales, jusqu'ici trust&#233;es par les Blancs, mais bien davantage &#224; miner le pouvoir par des puissances de d&#233;centrement, de marginalisation. Ce que Genet exprime ainsi : &#171; Si les Panth&#232;res n'avaient &#233;t&#233; qu'un gang de jeunes Noirs qui saccagent le domaine des Blancs, des voleurs qui ne r&#234;vent &#8220;que&#8221; de voitures, de femmes, de bars, de drogues aurais-je boug&#233; pour &#234;tre avec eux ? En lisant Marx, en mena&#231;ant d'assener sa pens&#233;e sur la libre entreprise, ils ne s'&#233;taient pas d&#233;barrass&#233;s de la soif d'exclusion, - a-sociaux, a-politiques, mais sinc&#232;res dans leurs tentations et leurs tentatives de former une soci&#233;t&#233;, dont ils entrevoyaient l'id&#233;alisme et le r&#233;el sans gaiet&#233;, ils &#233;taient travaill&#233;s par des forces &#8220;&#8211;a-&#8220;, et pendant tout le temps que je v&#233;cus avec eux, je crus reconna&#238;tre en eux une sorte de tension affolante : rejet de toute marginalit&#233; aussi imp&#233;rieux que l'appel &#224; la marginalit&#233;, &#224; ses extases singuli&#232;res &#187; . Quant aux Palestiniens, c'est de fa&#231;on &#233;vidente une tension comparable dans leur lutte qui a attir&#233; Genet aupr&#232;s d'eux, et qu'on pourrait identifier comme celle qui existe entre l'impouvoir, &#233;vident, du peuple palestinien, et ce pouvoir, cette souverainet&#233; &#224; laquelle ce combat, pr&#233;cis&#233;ment, aspire. C'est bien s&#251;r du c&#244;t&#233; de ce dernier versant que Genet pressent les ferments de sa future trahison, en ce qu'un peuple palestinien triomphant, ce serait un peuple qui, pour l'&#233;crivain, aurait supprim&#233; les caract&#233;ristiques qui le rendaient digne d'amour. Ces mots ironiques de Genet disent bien le d&#233;samour qui serait le sien &#224; l'&#233;gard d'un peuple palestinien vainqueur : &#171; Si l'arm&#233;e palestinienne doit vaincre, qu'elle devienne d'abord une lourde machine, et chaque poitrine de colonels palestiniens le support, le pr&#233;sentoir de quarante ou cinquante m&#233;dailles, crachats, de toutes les nations bien n&#233;es &#187; . Au fond, Genet entrevoit si peu l'issue v&#233;ritable du combat palestinien de cette fa&#231;on, c'est-&#224;-dire si peu comme le terme &#224; travers lequel le peuple palestinien en viendrait &#224; se joindre au concert des &#171; nations bien n&#233;es &#187;, qu'il tend d'abord &#224; interpr&#233;ter comme une premi&#232;re forme de capitulation, d'acceptation d'une situation, le simple fait que les ruelles des camps de r&#233;fugi&#233;s palestiniens, lorsqu'il y retourne en 1983, soient devenues goudronn&#233;es &#8211; ce qu'il s'efforce cependant ensuite, aussit&#244;t m&#234;me, de r&#233;interpr&#233;ter comme une mani&#232;re provisoire de s'installer, de fa&#231;on &#224; mieux repartir dans le combat, &#171; afin de reprendre souffle &#187; . La trahison, d&#232;s lors, s'av&#232;re envisageable sous bien des aspects : celle de Genet &#224; l'&#233;gard des objectifs de la lutte affirm&#233;s par les combattants palestiniens ; celle de la lutte palestinienne &#224; l'&#233;gard des possibilit&#233;s de m&#233;tamorphoses dont elle est riche pour Genet ; celle, enfin, interne &#224; la lutte palestinienne elle-m&#234;me, qui fait appara&#238;tre comme une grave &#171; h&#233;r&#233;sie &#187; le seul fait d'envisager l'acceptation d'un territoire, &#171; si exigu f&#251;t-il &#187; (et que l'aspect goudronn&#233; des ruelles a sembl&#233; signifier, un instant, pour Genet), quand l'objectif ne pouvait &#234;tre autre que celui d'une &#171; r&#233;volution grandiose &#187;, lib&#233;rant rien moins que le &#171; peuple arabe &#187; . On comprend que la trahison de Genet se r&#233;v&#232;le trahison vertueuse, ou amoureuse si l'on pr&#233;f&#232;re, c'est-&#224;-dire rappel au d&#233;sordre. Qui n'entend l'inqui&#233;tude de l'amoureux &#224; l'&#233;gard des Palestiniens, &#224; travers ces presque derniers mots du livre : &#171; Comme l'Alg&#233;rie, comme d'autres pays, oubliant la r&#233;volution dans le monde arabe, elle [la lutte palestinienne] ne songeait qu'au territoire sur lequel un vingt-deuxi&#232;me Etat na&#238;trait, apportant avec lui ce qu'on exige d'un nouveau venu : l'Ordre, la Loi. Cette r&#233;volte si longtemps hors la loi, aspirait-elle &#224; devenir loi dont le Ciel serait l'Europe ? &#187; . &lt;br class='autobr' /&gt; Si c'est bien par la r&#233;volte que le peuple palestinien se r&#233;v&#232;le dans tout son &#233;clat, et dans toute sa beaut&#233; pour Genet, il ne peut que craindre la r&#233;volution, comme le laisse entendre son interrogation : &#171; [&#8230;] les aimerais-je [les Palestiniens] si l'injustice n'en faisait pas ce peuple vagabond ? &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour finir, faisons remarquer que si la lutte des Palestiniens a tellement motiv&#233; l'int&#233;r&#234;t de Jean Genet, c'est, nous l'avons dit, parce qu'elle apparaissait comme la figure m&#234;me de l'impouvoir, oppos&#233;e &#224; ce qui semblait le symbole m&#234;me du pouvoir &#8211; Isra&#235;l. Ecoutons de quelle mani&#232;re l'&#233;crivain justifie cette identification : &#171; [&#8230;] si elle ne se f&#251;t battue contre le peuple qui me paraissait le plus t&#233;n&#233;breux, celui dont l'origine se voulait &#224; l'Origine, qui proclamait avoir &#233;t&#233; et vouloir demeurer l'Origine, le peuple qui se d&#233;signait Nuit des Temps, la r&#233;volution palestinienne m'e&#251;t-elle, avec tant de force, attir&#233; ? [&#8230;] la r&#233;volution palestinienne cessait d'&#234;tre un combat habituel pour une terre vol&#233;e, elle &#233;tait une lutte m&#233;taphysique. Imposant au monde entier sa morale et ses mythes, Isra&#235;l se confondait avec le Pouvoir. Il &#233;tait le Pouvoir &#187; . Autrement dit, si Genet est attir&#233; par cette lutte, c'est peut-&#234;tre parce qu'elle met aux prises les deux p&#244;les extr&#234;mes de ce que peut &#234;tre un peuple &#8211; non seulement un peuple avec un territoire et un autre sans, mais un peuple occupant un territoire, qui lui &#233;tait promis de toute &#233;ternit&#233;, face &#224; un autre peuple, qui l'aurait donc occup&#233; ind&#251;ment, n&#233;cessairement. Entendons bien ce que nous dit ici Genet : si cette lutte rev&#234;t une port&#233;e &#171; m&#233;taphysique &#187;, c'est qu'on est au fond en pr&#233;sence de deux principes oppos&#233;s, donc que ne peuvent unir et/ou opposer que des relations d'amour ou de haine, comme nous l'enseigne Emp&#233;docle. D'un c&#244;t&#233; la force du pouvoir conf&#233;r&#233;e &#224; un Etat intrins&#232;quement (c'est-&#224;-dire mythiquement) li&#233; &#224; une terre, de l'autre c&#244;t&#233;, la faiblesse propre &#224; un peuple sans territoire &#8211; mieux : r&#233;clamant un territoire qu'il n'aurait au fond occup&#233; qu'ill&#233;gitimement. De cette lutte, Isra&#235;l aurait pu b&#233;n&#233;ficier, en entrant dans une forme de m&#233;tamorphose en laquelle, sans se confondre avec l'adversaire, l'Etat h&#233;breu aurait pu se d&#233;faire de son propre, et ainsi entrer dans un processus de corruption, notamment en rompant avec ses mythes fondateurs. En cela, d'ailleurs, Isra&#235;l serait revenu, pour les rouvrir, aux d&#233;bats qui avaient agit&#233; les milieux juifs europ&#233;ens entre les deux guerres, lorsque les th&#232;ses sionistes &#233;taient discut&#233;es &#8211; le choix d'alors, c'est-&#224;-dire le choix de la cr&#233;ation d'un Etat sioniste, aurait pu &#234;tre remis en discussion, au moins dans l'optique selon laquelle le sionisme institutionnel n'allait peut-&#234;tre pas de soi. Les r&#233;volutionnaires du Yiddishland auraient ainsi pu retrouver voix &#224; travers les combattants palestiniens, au moins pour la r&#233;ouverture de virtualit&#233;s alors non exploit&#233;es, puisque, comme l'&#233;crivent Alain Brossat et Sylvia Klingberg, &#171; [c]'est contre les traditions de ce mouvement r&#233;volutionnaire, contre son utopie, contre son histoire, sa m&#233;moire que s'est constitu&#233; l'Etat h&#233;breu, qu'il a mis en place ses mythes fondateurs. [&#8230;] ce mouvement &#233;tait internationaliste, universaliste, la&#239;c et progressiste ; cet Etat est s&#233;paratiste, chauvin, cl&#233;rical et conservateur &#187; . Se jouerait ainsi, au moins en puissance, une bien belle m&#233;tamorphose dans la lutte du peuple palestinien, en ce qu'en croyant lutter contre le peuple juif, il lutterait en fait bien davantage &#224; son profit, en le s&#233;parant de cet Etat avec lequel on a parfois trop tendance &#224; le confondre &#8211; les Palestiniens disposeraient ainsi de cette &#171; faible force messianique sur laquelle le pass&#233; fait valoir une pr&#233;tention &#187; dont parle Benjamin, et qui leur permettrait ainsi de rendre justice &#224; ceux qui, morts pour la plupart dans les camps nazis ou sous le joug stalinien, ont lutt&#233; pour un devenir r&#233;volutionnaire du peuple juif &#8211; ou peut-&#234;tre plus exactement dit, d'un peuple juif &#224; venir, tant la notion de &#171; peuple juif &#187; a &#233;t&#233; interrog&#233;e, y compris (et surtout pour ce qui nous int&#233;resse ici) de fa&#231;on interne au juda&#239;sme. Interrogation que certains n'ont pas manqu&#233; d'interpr&#233;ter comme une forme de trahison &#8211; ce que peut-&#234;tre d'ailleurs elle &#233;tait, mais alors sans doute pas n&#233;cessairement pour le pire. Et ce processus de m&#233;tamorphose irait au bout de ce qu'il peut ici produire si, en retour, le &#171; peuple palestinien &#187; reprenait &#224; la vol&#233;e ce questionnement sur ce qui constitue proprement un peuple, et si d'ailleurs un tel propre existe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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