<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Ici et ailleurs</title>
	<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?id_mot=58&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Ici et ailleurs</title>
		<url>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L144xH127/logo-b65f2.png?1774727851</url>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
		<height>127</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Faut-il noyer le sexe dans l'eau du genre ?</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=325</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=325</guid>
		<dc:date>2013-06-28T10:44:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>sexe/genre</dc:subject>
		<dc:subject>identit&#233;/diff&#233;rence</dc:subject>
		<dc:subject>constructivisme</dc:subject>
		<dc:subject>essentialisme</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;mancipation</dc:subject>
		<dc:subject>strat&#233;gie</dc:subject>
		<dc:subject>institution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voici l'intervention d'Alain Naze lors du dernier week end &#224; Besan&#231;on sur le genre &lt;br class='autobr' /&gt; Si bien des discours conservateurs, aujourd'hui, s'opposent &#224; l'introduction, dans les programmes scolaires, d'une suppos&#233;e &#171; th&#233;orie du genre &#187;, c'est qu'ils y voient une remise en question de ce qu'ils consid&#232;rent comme une &#233;vidence &#8211; &#224; savoir qu'il existe bel et bien une &#171; diff&#233;rence des sexes &#187;, irr&#233;ductible, inscrite dans les corps de la mani&#232;re la plus irr&#233;futable qui soit, c'est-&#224;-dire &#171; naturelle (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=32" rel="tag"&gt;sexe/genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=33" rel="tag"&gt;identit&#233;/diff&#233;rence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=58" rel="tag"&gt;constructivisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=59" rel="tag"&gt;essentialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=60" rel="tag"&gt;&#233;mancipation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=61" rel="tag"&gt;strat&#233;gie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=62" rel="tag"&gt;institution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voici l'intervention d'Alain Naze lors du dernier week end &#224; Besan&#231;on sur &lt;strong&gt;le genre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si bien des discours conservateurs, aujourd'hui, s'opposent &#224; l'introduction, dans les programmes scolaires, d'une suppos&#233;e &#171; th&#233;orie du genre &#187;, c'est qu'ils y voient une remise en question de ce qu'ils consid&#232;rent comme une &#233;vidence &#8211; &#224; savoir qu'il existe bel et bien une &#171; diff&#233;rence des sexes &#187;, irr&#233;ductible, inscrite dans les corps de la mani&#232;re la plus irr&#233;futable qui soit, c'est-&#224;-dire &#171; naturelle &#187;, anatomique et biologique &#224; la fois. Les diff&#233;rences de &#171; genre &#187;, dans cette optique, ne constitueraient que les cons&#233;quences, sur le plan des r&#244;les sociaux, de diff&#233;rences sexu&#233;es. Ces discours consid&#233;reront qu'adopter le prisme du genre entendu comme construction sociale pour analyser des ph&#233;nom&#232;nes qu'il conviendrait selon eux d'aborder &#224; partir de la diff&#233;rence des sexes, c'est faire preuve d'id&#233;ologie, en ce qu'en remettant en question l'alignement biologique entre le sexe et le genre, ce serait une v&#233;rit&#233; d'&#233;vidence qu'on remettrait en cause, celle de la diff&#233;rence des sexes, v&#233;rit&#233; qui cr&#232;verait les yeux de tout &#234;tre ayant conserv&#233; son bon sens. Si l'on suit la logique de cette position conservatrice, c'est la cat&#233;gorie du genre qui, en tant que telle, serait subversive &#224; l'&#233;gard des partages anatomo-biologiques cens&#233;s fonder la dualit&#233; hommes/femmes au sein du genre humain. Le genre aurait donc pour effet de dissoudre la diff&#233;rence des sexes, autrement dit de faire appara&#238;tre la cat&#233;gorie du sexe elle-m&#234;me comme construite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si la cat&#233;gorie du genre, dans l'usage qu'en font notamment les sciences sociales, avait effectivement, pour effet de dissoudre la dualit&#233; des sexes, par le simple fait d'en montrer la dimension strictement construite, contingente et ouvrait ainsi sur une multiplicit&#233; r&#233;elle des sexes (&#171; n sexes &#187; disait Deleuze), une vis&#233;e &#233;mancipatrice du point de vue des m&#339;urs ne pourrait sans doute qu'y trouver son compte. Or, si la cat&#233;gorie du genre contient bien en elle-m&#234;me cette puissance d'inqui&#233;ter l'id&#233;e d'une dualit&#233; des genres en en montrant le caract&#232;re construit (pourquoi seulement deux genres ?), il resterait &#224; &#233;tablir qu'elle contient aussi en elle-m&#234;me une capacit&#233; &#224; inqui&#233;ter la dualit&#233; des sexes. Car si la cat&#233;gorie du genre est susceptible d'enrayer l'alignement d'un genre sur un sexe (homme et masculin d'une part, femme et f&#233;minin d'autre part), le fait de ne pas limiter le nombre des modalit&#233;s du genre &#224; deux contient peut-&#234;tre aussi en lui-m&#234;me, &lt;i&gt;en droit&lt;/i&gt;, une capacit&#233; &#224; remettre en cause la dualit&#233; des sexes - mais l'usage courant de la cat&#233;gorie du genre, et cela devrait rassurer les conservateurs, ne nous entra&#238;ne gu&#232;re, de fait, dans ces parages. En effet, le risque n'est-il pas souvent, lorsqu'on substitue le &lt;i&gt;terme&lt;/i&gt; (peut-&#234;tre plus que la &lt;i&gt;cat&#233;gorie th&#233;orique&lt;/i&gt;) de &#171; genre &#187; &#224; celui de &#171; sexe &#187;, de laisser intacte cette derni&#232;re cat&#233;gorie, comme si elle constituait le socle naturel, sur lequel se construisent, &lt;i&gt;ensuite&lt;/i&gt;, des diff&#233;rences de genre ? Si les discours conservateurs s'&#233;pouvantent de l'introduction de la cat&#233;gorie du genre dans les manuels scolaires, n'est-ce pas qu'ils lui conf&#232;rent une puissance &#233;mancipatrice qu'elle n'a peut-&#234;tre pas en elle-m&#234;me, ou du moins qu'elle n'a pas dans l'usage qui en est fait couramment ? Le genre d&#233;construit-il bien le sexe &lt;i&gt;en droit&lt;/i&gt; ? S'il &#233;tait en capacit&#233; de le faire, cela demanderait en tout cas une conception du genre telle qu'elle soit capable d'englober la cat&#233;gorie du sexe comme une de ses modalit&#233;s. Ce n'est qu'&#224; ce prix que la cat&#233;gorie du genre pourra peut-&#234;tre s'articuler, sans contradiction th&#233;orique, avec les luttes des femmes, des minorit&#233;s sexuelles, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est bien certain que les luttes f&#233;ministes &#224; travers l'histoire se sont appuy&#233;es sur la cat&#233;gorie du sexe, ne serait-ce que pour &#233;noncer l'oppression mill&#233;naire dont les femmes sont l'objet. Comment, d'autre part, les mouvements homosexuels de lib&#233;ration auraient-ils pu rev&#234;tir la moindre consistance, si les membres de ces mouvements n'avaient caract&#233;ris&#233; leur orientation sexuelle comme les conduisant &#224; juger d&#233;sirables sexuellement des individus de m&#234;me sexe ? Les revendications transsexuelles elles-m&#234;mes ne peuvent pas se dire hors de toute r&#233;f&#233;rence &#224; la cat&#233;gorie du sexe, m&#234;me si c'est pour en critiquer la conception naturaliste. Les luttes des individus intersexu&#233;s ne peuvent elles-m&#234;mes se comprendre qu'&#224; travers la critique de la contrainte (chirurgicale !) qui leur est adress&#233;e de se d&#233;terminer pour l'un &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; l'autre sexe, autrement dit, qu'&#224; travers la critique de l'alternative propre &#224; la diff&#233;rence-des-sexes (gar&#231;on &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; fille). Bref, remplacer la cat&#233;gorie du sexe par celle du genre risque bien de rendre incompr&#233;hensibles de tels combats &#8211; ou pire, de faire parfois consid&#233;rer certains d'entre eux comme r&#233;trogrades, puisque ouvrant la voie &#224; tous les essentialismes -, en m&#234;me temps que cela peut priver ces luttes des modes de subjectivation produisant ces combattant(e)s. Et il ne s'agit pas seulement ici d'identit&#233;s strat&#233;giques. Le fait que des luttes soient men&#233;es par des femmes, par des transsexuels, etc., implique des modalit&#233;s de subjectivation plus profondes que celles qu'on lierait seulement &#224; une d&#233;marche strat&#233;gique. C'est aussi cela qui est &#224; comprendre, concernant des mouvements de lib&#233;ration, sans pour autant sombrer dans la moindre apologie de &lt;i&gt;l'identit&#233;&lt;/i&gt;. Il faut d'abord se construire, pour pouvoir se d&#233;construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que les femmes aient pu &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme relevant du &#171; sexe faible &#187;, ou du &#171; beau sexe &#187;, cela r&#233;clamait de leur part un combat pour s'affirmer dans un rapport &#233;galitaire, vis-&#224;-vis des hommes. Or, cette lutte &#224; vis&#233;e universaliste (&#234;tre reconnu l'&#233;gal de l'autre) demandait bien d'en passer par l'affirmation d'une capacit&#233; des femmes &#224; faire aussi bien que les hommes, par l'affirmation d'une absence d'incomp&#233;tence constitutive &#8211; l'incomp&#233;tence qu'on pouvait leur reprocher n'&#233;tant que le fruit de discriminations dans l'&#233;ducation, dans le domaine du travail, dans l'acc&#232;s &#224; la parole, etc., toutes discriminations socialement construites. Il a donc bien fallu que les femmes se constituent d'abord comme supports d'une parole susceptible de b&#233;n&#233;ficier d'une audience publique, autrement dit qu'elles en passent par cet acte performatif par lequel la prise de parole en public t&#233;moignait, en elle-m&#234;me, pour la lutte &#233;mancipatrice que le contenu de cette parole articulait. Ainsi, pour seulement r&#233;clamer un r&#233;gime d'&#233;galit&#233;, donc sur le fondement d'une revendication strictement universaliste, il n'est pas possible de ne pas adopter, au moins pendant un temps, un point de vue particulariste (en l'occurrence sexu&#233;), pour simplement articuler cette parole. On pourrait dire en m&#234;me temps que de cette fa&#231;on, on s'enferme moins dans une identit&#233; (si c'est le risque de tout combat, &#231;a n'en est pourtant pas le destin in&#233;luctable) qu'on ne r&#233;v&#232;le la nature de l'universalisme r&#233;publicain : n'&#234;tre que le particularisme de la majorit&#233;. Le parall&#232;le pourrait &#234;tre fait avec bien d'autres luttes, qui n'ont pu prendre forme qu'au moyen d'une affirmation de soi &#8211; face &#224; un monde qui vous nie. Dans ces conditions, m&#234;me des revendications s'adossant &#224; l'universalisme r&#233;publicain ne peuvent rester en-dehors de la partition de la soci&#233;t&#233; entre individus pr&#233;sentant certaines particularit&#233;s empiriques, au nombre desquelles, la diff&#233;rence hommes/femmes. C'est en ce sens que la loi fran&#231;aise sur la parit&#233; en politique, datant de 2000, a &#233;voqu&#233; explicitement le sort qui devait &#234;tre r&#233;serv&#233;, par les partis politiques, aux hommes et aux femmes &#8211; et c'est m&#234;me depuis 1946 que le pr&#233;ambule de la Constitution fran&#231;aise proclame, dans son article 3 : &#171; La loi garantit &#224; la femme, dans tous les domaines, des droits &#233;gaux &#224; ceux de l'homme &#187;. On peut bien s&#251;r regretter (et c'est en effet tr&#232;s regrettable) que de cette mani&#232;re ce soit la diff&#233;rence des sexes elle-m&#234;me qui s'inscrive dans la loi ; mais ce qu'on peut aussi souligner, c'est que toute lutte contre les discriminations peut difficilement se mener sans que le groupe discrimin&#233; ne se constitue politiquement - s&#233;cr&#233;tant donc une identit&#233;, qui, certes, peut se figer, comme ce fut le cas &#224; travers son inscription dans la loi, mais une identit&#233; qui peut aussi dessiner les contours de formes de socialit&#233; et de subjectivation in&#233;dites (groupes de paroles entre femmes, exp&#233;riences gays communautaires, etc.). Quand la communaut&#233; de lutte se constitue sur la base de discriminations sexuelles (de sexuation ou d'orientation sexuelle), la r&#233;f&#233;rence au sexe en tant que cat&#233;gorie s'av&#232;re donc in&#233;vitable. Cela ne signifie pas pour autant que ces groupes de lutte laissent n&#233;cessairement cette cat&#233;gorie inchang&#233;e. Il ne faut pas confondre en effet l'identit&#233; strat&#233;gique qu'un groupe doit rev&#234;tir pour obtenir des avanc&#233;es notamment dans le domaine du droit, avec les modalit&#233;s effectives de subjectivation que s&#233;cr&#232;te l'appartenance &#224; certains groupes minoritaires &#8211; m&#234;me si le risque que l'identit&#233; strat&#233;gique finisse par recouvrir les modalit&#233;s de subjectivation d&#233;velopp&#233;es au sein du groupe existe bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit certes pas de laisser entendre que la cat&#233;gorie du genre pourrait &#234;tre superposable &#224; celle de l'universalisme &#8211; ce qui serait absurde -, mais seulement de souligner que dans le cadre de luttes propres &#224; des groupes discrimin&#233;s du point de vue de la sexuation et/ou de l'orientation sexuelle, d&#233;placer sans nuances l'ensemble du d&#233;bat du terrain th&#233;orique du sexe vers celui du genre, c'est courir le risque de faire jouer &#224; la cat&#233;gorie du genre le r&#244;le de l'universel. A l'inverse, recourir &#224; la cat&#233;gorie du sexe pour articuler des luttes politique, c'est courir le risque que le sexe soit tenu lui-m&#234;me comme le fondement d'une identit&#233; substantielle &#8211; risque dans lequel sombre le f&#233;minisme essentialiste, et qui serait alors l'&#233;quivalent du risque de l'accroc fait au principe universaliste en inscrivant la diff&#233;rence des sexes dans la loi. C'est donc entre ces deux &#233;cueils qu'il faudrait chercher &#224; passer : ne pas nier le sexe en lui substituant la cat&#233;gorie du genre, et ne pas substantialiser non plus le sexe, cat&#233;gorie sur laquelle, de fait, prennent appui bien des luttes. Si l'on veut, une mani&#232;re assez g&#233;n&#233;rale de consid&#233;rer le genre &#8211; sans entrer pour l'instant dans le d&#233;tail d'analyses beaucoup plus fines de cette notion - revient &#224; en faire une cat&#233;gorie construite, qui opposerait le masculin et le f&#233;minin, dans des rapports de pouvoir. Il n'y aurait donc pas d'autres diff&#233;rences entre le masculin et le f&#233;minin, que construites. Par cons&#233;quent, si les femmes subissent l'oppression des hommes, ce serait moins parce que ce sont des femmes (sexe) que parce qu'elles sont situ&#233;es du c&#244;t&#233; du f&#233;minin. D'ailleurs, dans cette optique, si les gays sont discrimin&#233;s, ce serait parce qu'un doute existerait quant &#224; leur masculinit&#233; ; et plus g&#233;n&#233;ralement, la norme en la mati&#232;re serait qu'un groupe discrimin&#233;, &#224; un niveau ou un autre, subit une f&#233;minisation. On voit comment une telle conception du genre est susceptible de jouer le r&#244;le de l'universel : il n'y a plus ni hommes, ni femmes (r&#233;f&#233;rence au sexe), il y a des &#234;tres humains, hi&#233;rarchiquement distribu&#233;s entre les p&#244;les du masculin et du f&#233;minin (r&#233;f&#233;rence au genre), avec toutes les diff&#233;rences de degr&#233; envisageables. Que l'on touche ainsi quelque chose, c'est &#233;vident, comme nous le montreraient, par exemple, les figures de f&#233;minisation de l'autre d&#233;velopp&#233;es par les pens&#233;es racistes, ou encore l'assimilation de l'ennemi &#224; un &#234;tre eff&#233;min&#233;. Mais le probl&#232;me est qu'ainsi on tend &#224; faire dispara&#238;tre, par exemple, les violences sp&#233;cifiques faites aux femmes. Comment faire pour tenir compte de cette sp&#233;cificit&#233;, sans r&#233;activer pour autant la cat&#233;gorie &#171; femmes &#187; comme ontologiquement fond&#233;e ? Mais par ailleurs, cette pens&#233;e du genre qui substitue le genre au sexe, ne tend elle pas, de son c&#244;t&#233;, &#224; faire du sexe le socle originaire, initialement &lt;i&gt;donn&#233;&lt;/i&gt; &#8211; et donc naturel &#8211; &#224; partir duquel se d&#233;velopperait la construction du genre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de Fran&#231;oise Collin, sur cette question, est int&#233;ressante, puisque si elle s'av&#232;rait m&#233;fiante &#224; l'&#233;gard de ce qu'elle consid&#232;rait &#234;tre une h&#233;g&#233;monie du genre dans le domaine des sciences sociales, elle tenait cependant &#224; se maintenir &#224; l'&#233;cart des tendances essentialistes du f&#233;minisme. Pour ce faire, elle a fr&#233;quemment utilis&#233; l'expression &#171; les dites femmes &#187;, ce qui constitue une mani&#232;re de ne pas r&#233;duire la cat&#233;gorie &#171; femmes &#187; &#224; celles que l'on d&#233;finirait ainsi sur des bases naturalistes, et &#224; l'&#233;tendre &#224; toutes celles qu'on identifie ainsi, quel que soit leur sexe biologique. Revenant sur les notions de &#171; genre &#187; et de &#171; rapports sociaux de sexes &#187;, elle &#233;crivait : &#171; Ces notions ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;es par r&#233;action critique &#224; la notion de &#8220;diff&#233;rence des sexes&#8221; qui dissimulait, ou ne faisait pas appara&#238;tre le caract&#232;re &#8220;construit&#8221;, social, de cette diff&#233;rence. Mais la notion de &#8220;genre&#8221; - apparue dans les ann&#233;es 80-90 pour traduire le &lt;i&gt;gender&lt;/i&gt; am&#233;ricain &#8211; comme d'ailleurs la notion fran&#231;aise de &#8220;construction sociale de sexes&#8221; ou de &#8220;rapports sociaux de sexes&#8221;, dissimule la dissym&#233;trie et plus encore la hi&#233;rarchie des sexes qui est en jeu. Elles ont l'avantage de porter sur l'un et l'autre sexes, de probl&#233;matiser l'un par rapport &#224; l'autre, mais en dissimulant ou en tout cas en ne faisant pas appara&#238;tre la structure de domination qui les lie et qui a &#233;t&#233; le motif d&#233;terminant du mouvement f&#233;ministe, dans sa pratique et sa r&#233;flexion &#187; .1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, que le genre ne soit pas naturel, mais construit, cela ne le rend critiquable qu'&#224; la condition d'insister sur les rapports de hi&#233;rarchisation que cette division en genres entra&#238;ne. Sans cela, c'est le caract&#232;re construit du genre qu'on serait conduit &#224; critiquer, avec le soup&#231;on in&#233;vitable de chercher ainsi &#224; &#233;pouser une position naturaliste. Ce que Fran&#231;oise Collin veut dire, c'est qu'un raisonnement sur le genre est certes utile en ce qu'il arrache les femmes &#224; leur &#171; nature &#187; suppos&#233;e, &#233;vitant ainsi de faire de leur subordination un &#233;tat de fait qui d&#233;coulerait de leur essence, mais qu'un tel raisonnement pr&#233;sente n&#233;anmoins le risque, en oubliant tout rapport &#224; la notion de &#171; sexe &#187;, de rendre incompr&#233;hensible le mouvement f&#233;ministe &#8211; pire, d'en faire le reliquat d'une pens&#233;e essentialiste du f&#233;minin. Alors que si la notion de genre touche bien quelque chose, qui concerne tous les sexes, elle ne doit pas &#234;tre l'occasion de perdre de vue la hi&#233;rarchisation sociale sp&#233;cifique qui d&#233;coule du simple fait d'&#234;tre socialement &#233;tiquet&#233; comme &#171; femme &#187; - non pas seulement comme &#171; f&#233;minin &#187;, mais bien comme &#171; femme &#187;, et ce, encore une fois, quel que soit son sexe biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si, donc, les mouvements f&#233;ministes ont pu, parfois, refuser la mixit&#233;, et donc exclure les hommes, notamment de leurs groupes de paroles, il ne faudrait pas n&#233;cessairement y voir une forme de repli identitaire. Si l'on raisonne en termes de &#171; genre &#187;, la mixit&#233; sexuelle ne peut que s'imposer, pas si l'on raisonne en termes de &#171; sexe &#187;. Fran&#231;oise Collin &#233;crit ceci, &#224; propos de Mai 68, quant &#224; cette question de la mixit&#233; : &#171; [&#8230;] dans une r&#233;volution qui se voulait g&#233;n&#233;rale et libertaire, les femmes &#233;taient r&#233;duites au silence ou ne pouvaient se manifester que sous caution. Un mouvement qui revendiquait la libert&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e reconduisait la domination masculine, en contradiction flagrante avec son principe. C'est alors que les femmes ont fait s&#233;cession. Ceci &#233;claire le paradoxe qui fait que, pour r&#233;aliser une soci&#233;t&#233; v&#233;ritablement mixte, les femmes commencent par se r&#233;unir entre elles, en tant que femmes. Mais cet &#8220;en tant que femmes&#8221; est pr&#233;cis&#233;ment une riposte active &#224; l' &#8220;en tant que femmes&#8221; qui leur &#233;tait s&#233;culairement assign&#233; &#187; .(2) Comme toute pratique de r&#233;appropriation qui est aussi une pratique de re-signification, cet apparent repli sur la cat&#233;gorie du sexe ne vaut pas comme apologie de l'acception naturaliste qui &#233;tait initialement la sienne. Il n'y a donc pas que les f&#233;ministes essentialistes qui recourent &#224; cette cat&#233;gorie de sexe, voire qui en fassent l'instrument de coh&#233;sion d'un groupe en lutte, de m&#234;me qu'il n'y avait pas que les partisans du s&#233;paratisme racial qui, au sein des &lt;i&gt;Black Panthers&lt;/i&gt;, faisaient de leur couleur de peau le fer de lance des luttes d'&#233;mancipation, visant en fait, d'abord, &#224; sortir de l'invisibilit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si l'on se place &#224; pr&#233;sent sur un terrain plus directement th&#233;orique, on peut rencontrer des conceptions du &#171; genre &#187; nettement plus int&#233;ressantes que la vulgate en la mati&#232;re sur laquelle on s'est appuy&#233; pour &#233;tablir l'int&#233;r&#234;t &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; d'un recours maintenu &#224; la notion de &#171; sexe &#187;. Cette fois, en effet, l'impens&#233; selon lequel le sexe resterait ce fondement sur lequel prolif&#232;rerait la notion de genre est affront&#233;. Or, si l'on refuse de le consid&#233;rer comme un substrat naturel, le sexe ne devient-il pas d&#232;s lors lui-m&#234;me une construction sociale et/ou politique ? Dans ces conditions, comment pourrait-on encore distinguer sexe et genre ? Ne pourrait-on pas alors, tout aussi logiquement, se demander cette fois si ce n'est pas le sexe qui d&#233;construirait le genre ? A moins qu'on envisage la dispersion en une multiplicit&#233; de genres comme ouvrant sur une multiplicit&#233; de sexes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans cette discussion, on peut s'arr&#234;ter sur la position de Christine Delphy, qui correspond r&#233;solument &#224; celle selon laquelle c'est le genre qui d&#233;construit le sexe. En effet, au lieu d'opposer un genre (construit) &#224; un sexe (donn&#233;), elle va d&#233;fendre l'id&#233;e selon laquelle le sexe serait une cr&#233;ation propre au genre lui-m&#234;me. Revenant sur son itin&#233;raire th&#233;orique, Delphy indique que cette r&#233;flexion s'enracine dans une remarque initiale, &#224; travers laquelle elle soutenait que &#171; [s]i le genre n'existait pas, ce qu'on appelle le sexe serait d&#233;nu&#233; de signification, et ne serait pas per&#231;u comme important : ce ne serait qu'une diff&#233;rence physique parmi d'autres &#187; .(3) L'id&#233;e de d&#233;part est donc que c'est le genre qui donne au sexe sa signification, &#224; savoir cette capacit&#233; &#224; diviser en deux le genre humain ; sans le genre, le sexe ne constituerait qu'une diff&#233;rence anatomique parmi d'autres, et n'aurait pas ce pouvoir structurant. De cette remarque initiale, Christine Delphy en arriva &#224; la conclusion &#171; que le genre n'[a] pas de substrat physique &#8211; plus exactement que ce qui est physique (et dont l'existence n'est pas en cause) n'est pas le substrat du genre. Qu'au contraire c'[est] le genre qui cr[&#233;e] le sexe : autrement dit, qui donn[e] un sens &#224; des traits physiques qui, pas plus que le reste de l'univers physique, ne poss&#232;dent de sens intrins&#232;que &#187; .(4) Dans ces conditions, comment ne pas penser une interchangeabilit&#233; parfaite entre les termes de genre et de sexe ? En tout cas, une avanc&#233;e semble ici se dessiner, en ce que cette n&#233;gation de la naturalit&#233; du sexe permet d'&#233;chapper &#224; toute inscription de la diff&#233;rence des sexes &#224; un niveau ontologique. En m&#234;me temps, d'ailleurs, cette attribution sociale d'une signification renvoyant &#224; la diff&#233;rence des sexes, &#224; certains traits physiques en eux-m&#234;mes a-signifiants, ouvre la voie &#224; une suppression de la r&#233;f&#233;rence au sexe et/ou &#224; une possible multiplication des sexes : la d&#233;connexion du sexe par rapport au moindre substrat physique ouvre en effet la voie &#224; une dispersion des sexes, &#224; hauteur d'une diversification des genres. On pourrait ainsi en venir &#224; consid&#233;rer de simples diff&#233;rences de degr&#233; entre les sexes, dessinant un &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; d&#233;connect&#233; &lt;i&gt;de droit&lt;/i&gt; de tout trait anatomique et/ou biologique &#224; m&#234;me de lui fournir un fondement ontologique. Cela permettrait aux individus intersexu&#233;s de ne plus avoir &#224; subir l'injonction chirurgicale de se d&#233;terminer pour l'un ou l'autre sexe, ni m&#234;me pour quelque sexe que ce soit ; cela permettrait aussi aux transsexuel(le)s de modifier leur corps, non comme on change de sexe strictement parlant, mais comme on adapte son corps au sexe dans lequel on se reconna&#238;t. En suivant Christine Delphy sur cette question, on pourrait soutenir par cons&#233;quent que le genre, en construisant le sexe, le d&#233;construit. &lt;br class='autobr' /&gt; L'id&#233;e selon laquelle r&#233;f&#233;rer certains traits physiques &#224; une appartenance de sexe ne rel&#232;verait pas n&#233;cessairement d'une d&#233;rivation du sexe &#224; partir de la nature est une position que partage Marie-Blanche Tahon, qui objecte &#224; ce possible raisonnement que rien n'impose de consid&#233;rer le sexe physique comme relevant de la nature. En effet, fait-elle remarquer, dans nos soci&#233;t&#233;s, &#171; ce n'est pas un bulletin m&#233;dical qui assigne l'une des deux appartenances de sexe &#224; un enfant qui vient de na&#238;tre, mais l'inscription &#224; l'&#233;tat civil &#187; .(5) C'est tout &#224; fait exact, et l'on pourrait en effet en conclure que le sexe n'est pas intrins&#232;quement li&#233; &#224; la nature dans le cadre de cette construction sociale. Il y aurait m&#234;me en cela construction sociale par excellence pour l'auteure, &#224; travers la d&#233;liaison ainsi op&#233;r&#233;e entre sexe et naturalit&#233; : &#171; L'&#233;tablissement de deux sexes et de seulement deux indique une &#8220;v&#233;rit&#233; l&#233;galis&#233;e&#8221;, une l&#233;galisation qui fait appara&#238;tre une v&#233;rit&#233; (et non l'inverse) &#187; .(6) Autrement dit, il n'y aurait pas de v&#233;rit&#233; de la sexuation ant&#233;rieure &#224; l'&#233;tablissement juridique des deux sexes, &#233;tablissement arbitraire si l'on veut, contingent en tout cas, dans le sens d'une d&#233;connexion vis-&#224;-vis de quelque donn&#233; objectif. C'est sur cette dualit&#233; des sexes qu'a &#233;t&#233; &#233;tabli le droit &#224; la filiation, mais l&#224; non plus, selon l'auteure, il ne faudrait pas y voir une r&#233;duction du p&#232;re ou de la m&#232;re &#224; &#171; leur bagage de gam&#232;tes &#187;, sous le pr&#233;texte que jusqu'ici, un &#171; p&#232;re &#187; est un &#171; homme &#187;, et une &#171; m&#232;re &#187;, une &#171; femme &#187; : &#171; Le droit de la filiation ignore les &#8220;m&#226;les&#8221; et les &#8220;femelles&#8221;, pour ne reconna&#238;tre que des &#8220;p&#232;res&#8221; qui sont des &#8220;hommes&#8221; et des &#8220;m&#232;res&#8221; qui sont des &#8220;femmes&#8221; (tandis que tout &#8220;homme&#8221; n'est pas condamn&#233; &#224; &#234;tre &#8220;p&#232;re&#8221;, pas plus que toute &#8220;femme&#8221; n'est destin&#233;e &#224; &#234;tre &#8220;m&#232;re&#8221;) &#187; .(7) Si, par cons&#233;quent, pour Marie-Blanche Tahon, le sexe est susceptible de d&#233;construire le genre (position au moins nominalement oppos&#233;e &#224; celle de Christine Delphy), c'est que la consid&#233;ration de l'institution de l'&#233;tat civil permet de d&#233;lier sexe et nature : &#171; La r&#233;f&#233;rence au &#8220;sexe&#8221; institu&#233; par l'&#233;tat civil est suffisante pour se positionner sur le terrain de la &#8220;construction sociale&#8221;. Et suffisante pour s'y positionner afin de revendiquer la construction de l'&#233;galit&#233; entre &#8220;homme&#8221; et &#8220;femme&#8221; &#187; .(8) C'est la cat&#233;gorie du genre qui, cette fois, est jug&#233;e superflue, Marie-Blanche Tahon consid&#233;rant que l'&#233;tablissement du caract&#232;re institu&#233; du sexe suffit pour &#233;tablir la dimension de construction sociale du sexe. Pourtant, la notion de genre paraissait utile pour contrecarrer la d&#233;rivation effective du sexe &#224; partir de certains traits physiques, qui est op&#233;r&#233;e, de fait, par l'&#233;tat civil. Que le simple fait que le sexe constitue une fiction sociale suffise pour &#233;tablir son caract&#232;re construit, et donc contingent, c'est ce dont on peut douter si l'on envisage nombre de discours relatifs &#224; la notion d'ordre symbolique, dont la loi institu&#233;e serait le garant. La question se trouve en fait ici seulement d&#233;plac&#233;e : que le sexe ne soit pas d&#233;riv&#233; de la nature, mais fond&#233; sur l'&#233;tat civil, cela laisse enti&#232;re la question de savoir si la loi elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire l'institution op&#233;rant les partages sexu&#233;s, ne repose pas, en tant que telle, sur un fondement jug&#233; non n&#233;gociable, ind&#233;constructible. Lorsque Marie-Blanche Tahon &#233;crit que la r&#233;f&#233;rence au sexe institu&#233; est suffisante pour revendiquer l'&#233;galit&#233; entre les hommes et les femmes, et donc, qu'il n'est nul besoin d'en passer par la cat&#233;gorie du genre, elle laisse compl&#232;tement de c&#244;t&#233; le fait que si cette revendication d'une &#233;galit&#233; entre les hommes et les femmes est recevable &#224; partir de la seule consid&#233;ration du sexe comme institu&#233;, c'est parce que cette revendication d'&#233;galit&#233; n'est pas porteuse, en elle-m&#234;me, d'une remise en cause de la diff&#233;rence des sexes, ou de la limitation du nombre des sexes &#224; deux. Le simple fait de reconna&#238;tre que la loi op&#232;re des partages, notamment celui qui concerne la diff&#233;rence des sexes, cela n'introduit pas pour autant, &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt;, du jeu dans ces cat&#233;gories institu&#233;es. Il suffit d'&#233;couter Pierre Legendre, qui lui non plus ne nie pas l'institutionnalisation de la diff&#233;rence des sexes, mais qui juge que les partages ainsi effectu&#233;s sont garants de la coh&#233;rence du monde, ce en quoi ils constitueraient des partages propres &#224; la raison elle-m&#234;me, nous pr&#233;servant ainsi de la folie : &#171; Raval&#233;e au niveau d'une id&#233;ologie de masse, l'homosexualit&#233; &#8211; position subjective &#8211; est cens&#233;e apurer les comptes historiques de la r&#233;pression du sexe en Occident et d&#233;montrer, par la pens&#233;e-acte et par des th&#232;ses d'un simplisme accessible &#224; tous, l'inanit&#233; des questionnements classiques autour de l'Interdit. Cependant, en d&#233;pit de la majest&#233; universitaire dont s'entoure la dogmatique homosexualiste en formation, avec &#224; l'appui la revendication juridique d'un statut classant les couples dits homosexuels sous un &lt;i&gt;comme si&lt;/i&gt; annulatoire de la diff&#233;rence des sexes, &#233;merge tout bonnement l'imm&#233;moriale question de l'enfant : pourquoi y a-t-il des papas et des mamans, pourquoi les hommes et les femmes ? Mais &#224; manier d&#233;magogiquement le tourment humain par la man&#339;uvre du faussaire &#8211; j'entends par l&#224; : fausser le jeu des images -, on ignore ou on veut ignorer que, de la place fondatrice (le lieu de Tiers &#233;tatique, garant des cat&#233;gories normatives) subvertie, s'ouvrent pour ceux qui nous suivent les portes d'un monde incoh&#233;rent. Ils paieront la note, eux, non pas ceux qui aujourd'hui tiennent la main au discours ultralib&#233;ral et libertaire. Faire comprendre que les fragiles constructions de la Raison sont institutionnelles et que ruiner le cadre normatif, au nom du principe de plaisir &#8211; et, pr&#233;tend-on aussi, de la d&#233;mocratie plan&#233;taire -, constitue une m&#233;prise, faire comprendre cela rel&#232;ve de la quadrature du cercle &#187; .(9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans soup&#231;onner Marie-Blanche Tahon de vouloir emprunter un chemin comparable &#224; celui, strictement r&#233;actionnaire, de Pierre Legendre, on peut au moins souligner l'insuffisance de l'&#233;vocation de la dimension construite de fa&#231;on institutionnelle de la diff&#233;rence des sexes, s'il s'agit de fournir un point d'ancrage aux luttes de remise en question de ce type de construction sociale. C'est que lorsqu'on se r&#233;f&#232;re &#224; l'institutionnalisation elle-m&#234;me, on ne peut n&#233;gliger le socle, lui-m&#234;me hors institution, qui vaut comme &lt;i&gt;origine instituante&lt;/i&gt; &#8211; et, d&#232;s lors, tout discours de d&#233;montage des constructions institutionnelles risque de se heurter &#224; ce socle, qu'on l'appelle ordre symbolique, ou comme on voudra, et qui d&#233;fie le raisonnement. En effet, ce que l'institution de l'&#233;tat civil ne permet notamment pas de comprendre, c'est l'injonction adress&#233;e aux individus intersexu&#233;s d'avoir &#224; opter pour un sexe ou l'autre &#8211; ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, si l'on peut comprendre comment cette demande leur est adress&#233;e, dans le cadre de la partition binaire des sexes institu&#233;e par cet &#233;tat civil, en revanche, il est plus difficile de comprendre comment cette injonction prend la forme d'une injonction &#224; transformer son corps physique. Il y a l&#224; une incoh&#233;rence qui ne se comprend qu'&#224; partir d'un lieu pr&#233;-institu&#233;, et qui donne son sens &#224; l'institution. Il n'est pas plus &#233;vident, du point de vue d'une institution fonctionnant sur une base d&#233;clarative, de comprendre pourquoi l'&#233;tat civil n'enregistrerait pas les d&#233;clarations de changement de sexe de transgenres, le faisant cependant &#224; pr&#233;sent, au moins dans certains pays, pour les transsexuels ayant subi une op&#233;ration de &#171; r&#233;assignation sexuelle &#187;, selon le vocabulaire consacr&#233;. Serait &#233;galement incompr&#233;hensible le fait que le Procureur de Nanterre ait pu, en 2005, s'opposer au mariage entre Camille Barr&#233; (devenue femme depuis 1999, selon l'&#233;tat civil) et l'Argentin Benito Martin Leon (transgenre), puisque du simple point de vue de l'&#233;tat civil lui-m&#234;me, il s'agit l&#224; d'un mariage h&#233;t&#233;rosexuel. La d&#233;liaison suppos&#233;e entre nature et institution, mais aussi entre constat et d&#233;claration devrait emp&#234;cher qu'une v&#233;rit&#233; l&#233;galis&#233;e (la d&#233;claration d'appartenance &#224; un sexe aupr&#232;s de l'&#233;tat civil) demande &#224; &#234;tre redoubl&#233;e, confirm&#233;e, &#224; travers une inscription corporelle &#8211; ou alors il faut bien admettre que la v&#233;rit&#233; l&#233;galis&#233;e ne dispose d'aucune autonomie par rapport &#224; un constat relatif &#224; l'anatomie et/ou &#224; l'apparence d'un corps, que cette v&#233;rit&#233; l&#233;galis&#233;e ne vaut qu'aussi longtemps qu'aucun constat n'est venu apporter un &lt;i&gt;d&#233;menti&lt;/i&gt; &#224; la d&#233;claration faite aupr&#232;s de l'&#233;tat civil. Et dans ces conditions, il faudrait donc bien conclure que c'est le corps lui-m&#234;me qui subit l'institution de la dualit&#233; des sexes, elle-m&#234;me d&#233;riv&#233;e de la repr&#233;sentation qu'on se fait du lien entre sexe et nature. Il resterait donc &#224; comprendre comment s'institue la cat&#233;gorie du sexe, dans ce rapport complexe entre corps, nature et institution. La force de l'argumentation de Judith Butler, &#224; cet &#233;gard, est de ne pas &#233;viter cette question, et de tenter une r&#233;ponse qui, en complexifiant la notion de &#171; genre &#187;, renforce la difficult&#233;, d&#233;j&#224; soulign&#233;e par Christine Delphy, de maintenir l'opposition genre/sexe, telle qu'on a pu l'&#233;voquer dans la premi&#232;re partie de cette intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'en effet Judith Butler unit en profondeur sexe et genre, faisant l'hypoth&#232;se de ce dernier comme vecteur d'institution des sexes : &#171; Si le sexe devenait une cat&#233;gorie d&#233;pendante du genre, la d&#233;finition m&#234;me du genre comme interpr&#233;tation culturelle du sexe perdrait tout son sens. On ne pourrait alors plus concevoir le genre comme un processus culturel qui ne fait que donner un sens &#224; un sexe donn&#233; (c'est la conception juridique) ; d&#233;sormais, il faut aussi que le genre d&#233;signe pr&#233;cis&#233;ment l'appareil de production et d'institution des sexes eux-m&#234;mes. En cons&#233;quence, le genre n'est pas &#224; la culture ce que le sexe est &#224; la nature ; le genre, c'est aussi l'ensemble des moyens discursifs/naturels par quoi la &#8220;nature sexu&#233;e&#8221; ou un &#8220;sexe naturel&#8221; est produit et &#233;tabli dans un domaine &#8220;pr&#233;discursif&#8221;, qui pr&#233;c&#232;de la culture, telle une surface politiquement neutre &lt;i&gt;sur laquelle&lt;/i&gt; intervient la culture apr&#232;s coup &#187; .(10) La d&#233;construction du sexe par le genre emp&#234;che par cons&#233;quent de consid&#233;rer le genre comme simple interpr&#233;tation culturelle du sexe, et donc ruine l'id&#233;e selon laquelle le sexe constituerait bien un donn&#233;, &#224; partir duquel la culture op&#233;rerait ses partages, au moyen du genre. Il faudrait au contraire envisager le genre comme &#171; l'appareil de production et d'institution des sexes eux-m&#234;mes &#187;, c'est-&#224;-dire un appareil qui produit r&#233;ellement le sexe, au lieu d'avoir seulement &#224; le r&#233;interpr&#233;ter culturellement. Si, donc, Butler indique que le genre n'est pas, vis-&#224;-vis de la culture, ce qu'est la nature, vis-&#224;-vis du sexe, c'est qu'elle veut dire que l&#224; o&#249; la nature se contente de produire naturellement ses objets, comme naturels, le genre, lui, ne produirait pas que des objets culturels, identifi&#233;s comme culturels, mais userait aussi d'un entrem&#234;lement de moyens naturels et discursifs, pour produire des objets ant&#233;rieurs &#224; toute culture, et sur lesquels, ensuite, la culture op&#232;rerait ses partages. C'est l&#224; que r&#233;siderait la puissance d'institution propre au genre, tout comme l'institution du politique requiert une source instituante, elle-m&#234;me pr&#233;-politique &#8211; la &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187; comme source mythique de l'autorit&#233; d&#233;mocratique, par exemple. Face &#224; une puissance instituante, la faiblesse des individus est &#233;vidente, du moins en ce qui concerne une &#233;ventuelle capacit&#233; &#224; produire de nouvelles normes ; en revanche, peut-&#234;tre nous serait-il possible de &lt;i&gt;d&#233;faire&lt;/i&gt; certaines de ces normes, de &lt;i&gt;nous d&#233;faire&lt;/i&gt; en tant qu'individu genr&#233;, comme on se d&#233;fait d'une identit&#233; subie. C'est l&#224; que le propos de Judith Butler n'est pas sans port&#233;e politique, contrairement &#224; ce qu'on aurait pu en penser, en envisageant trop rapidement sa lutte contre la reformation des &lt;i&gt;identit&#233;s&lt;/i&gt; : si la th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; semble s'opposer &#224; toute &#171; revendication identitaire &#187;, il serait sans doute plus exact, juge-t-elle, de soutenir que &#171; l'opposition de la th&#233;orie queer &#224; la l&#233;gislation impos&#233;e de l'identit&#233; est [&#8230;] plus importante que toute pr&#233;supposition quant &#224; la plasticit&#233; de l'identit&#233; ou quant &#224; son caract&#232;re r&#233;trograde &#187; .(11) Ainsi, la th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; serait sensible, d'abord, &#224; la question de l'injonction &#224; l'identit&#233;, et cet angle de vue aurait minimis&#233; la place prise par un questionnement en profondeur sur l'identit&#233; v&#233;cue. Or, il n'y aurait pas incompatibilit&#233;&lt;i&gt; a priori&lt;/i&gt; entre cette th&#233;orie et une certaine pratique de l'identit&#233; : &#171; [&#8230;] le d&#233;sir transsexuel d'&#234;tre un homme ou une femme ne doit pas &#234;tre confondu avec un simple d&#233;sir de se conformer &#224; des cat&#233;gories identitaires &#233;tablies. Comme l'indique Kate Bornstein, il peut s'agir d'un d&#233;sir qui porte sur la transformation elle-m&#234;me, d'une poursuite de l'identit&#233; en tant qu'exercice transformateur, d'un exemple o&#249; le d&#233;sir lui-m&#234;me est une activit&#233; transformatrice ; mais m&#234;me si, dans chacun de ces cas, le d&#233;sir d'une identit&#233; stable est &#224; l'&#339;uvre, il est important de voir qu'une vie vivable n&#233;cessite un certain degr&#233; de stabilit&#233;. De la m&#234;me fa&#231;on qu'une vie pour laquelle il n'existe aucune cat&#233;gorie de reconnaissance n'est pas une vie vivable, une vie pour laquelle ces cat&#233;gories constituent une contrainte invivable n'est pas une option acceptable &#187; .(12) Ainsi, avant m&#234;me de penser l'identit&#233; qu'un groupe doit revendiquer pour lutter contre les discriminations dont il est l'objet, il y aurait &#224; consid&#233;rer l'existence proprement dite que les individus de ces futurs groupes ont d'abord &#224; gagner, pour sortir de l'irr&#233;alit&#233;. Qu'on pense aux femmes, minoris&#233;es dans un monde construit pour les hommes, aux homosexuels stigmatis&#233;s dans un monde h&#233;t&#233;rocentr&#233;, aux individus intersexu&#233;s, impensables dans un monde structur&#233; par la binaire diff&#233;rence des sexes, etc. Ce que Judith Butler nomme ici une &#171; vie vivable &#187;, c'est d'abord une existence devenue au moins en partie intelligible, c'est-&#224;-dire &#233;tant parvenue &#224; sortir de l'irr&#233;alit&#233; ; or, une telle vie n'est vivable qu'&#224; la condition d'avoir r&#233;ussi &#224; se construire soi-m&#234;me, c'est-&#224;-dire, qu'&#224; la condition d'&#234;tre parvenu &#224; &#233;merger en tant que sujet &#8211; m&#234;me si c'est ensuite pour d&#233;construire ce sujet. C'est &#224; partir de l&#224;, seulement, c'est-&#224;-dire de cette construction initiale, que l'affirmation de revendications pour son groupe d'appartenance (femmes, gays, trans, etc.) devient possible, mais c'est aussi &#224; partir de l&#224; que sont rendues possibles des pratiques de subversion des identit&#233;s. Comment, en effet, serait-il possible de parler de subversion des identit&#233;s, lorsque celles et/ou ceux qui en constitueraient le suppos&#233; fer de lance subiraient simplement l'effet des normes sociales, les condamnant &#224; une forme d'inexistence, d'irr&#233;alit&#233;. Les individus intersexu&#233;s ne peuvent contester l'ordre binaire de la diff&#233;rence des sexes qu'&#224; la condition de s'&#234;tre constitu&#233;s &#224; travers une certaine identit&#233;, et il se peut que cette construction en soit pass&#233;e par le choix effectif d'un sexe plut&#244;t qu'un autre &#8211; on doit soutenir alors que, m&#234;me en ayant subi cette intervention, en ayant donc objectivement obtemp&#233;r&#233; face &#224; la norme, qui demande qu'on se d&#233;finisse par un sexe ou l'autre, malgr&#233; cela, donc, cet individu sera plus apte, s'il en fait ensuite le choix, &#224; subvertir les normes que s'il n'avait pas r&#233;ussi &#224; rendre son existence r&#233;elle et/ou possible. Sans compter que cette op&#233;ration de transformation corporelle peut constituer en elle-m&#234;me une modalit&#233; sp&#233;cifique de subjectivation, bien davantage li&#233;e peut-&#234;tre alors &#224; un d&#233;sir qu'&#224; la moindre ob&#233;issance &#224; une norme. C'est donc dans le cas o&#249; la r&#233;alit&#233; qu'il/elle s'est construite serait d&#233;vast&#233;e par cette op&#233;ration, ou tout simplement parce que la question d'une telle intervention chirurgicale ne se pose pas pour lui/elle, que le maintien d'un corps intersexu&#233; constitue l'horizon possible d'une remise en question &#8211; qui soit donc ici &#233;galement &lt;i&gt;incorpor&#233;e&lt;/i&gt; - des normes relatives &#224; la diff&#233;rence des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Retenons donc, dans ce qu'on vient d'&#233;tablir, que si le sexe n'est pas en capacit&#233; de d&#233;construire le genre, c'est que l'institution de l'&#233;tat civil ne constitue qu'une source seconde d'institution du sexe, d&#233;rivant d'une source pr&#233;-culturelle (et par l&#224; m&#234;me instituante), ordonnant le partage entre les sexes (au nombre de deux seulement), que l'&#233;tat civil se contente de reproduire. Dans ces conditions, en effet, le fondement d&#233;claratif de l'appartenance de sexe n'op&#232;re de d&#233;liaison qu'apparente entre sexe et corps, puisque cette fiction selon laquelle l'&#233;tat civil n'a pas &#224; conna&#238;tre la r&#233;alit&#233; effective des corps qu'il classifie ne demeure valide qu'aussi longtemps que cet &#233;tat civil n'est pas plac&#233; en contradiction avec la puissance instituante dont il d&#233;rive, et qui d&#233;cide par avance de ce qu'est une &#171; nature sexu&#233;e &#187;, ou un &#171; sexe naturel &#187;. Cette puissance d'institution, dont &lt;i&gt;d&#233;rive&lt;/i&gt;, seulement, l'&#233;tat civil, Judith Butler l'appelle donc &#171; genre &#187;, d&#233;signant alors cette puissance de production du sexe, dans le cadre d'un domaine pr&#233;-discursif, c'est-&#224;-dire, ant&#233;rieurement m&#234;me &#224; toute institutionnalisation de la diff&#233;rence des sexes. Cette conception de la production du sexe confirme bien alors le genre dans sa capacit&#233; &#224; d&#233;construire le sexe : c'est parce qu'on r&#233;ussira &#224; bouleverser certaines normes de l'organisation genr&#233;e de nos existences que l'on parviendra &#224; remettre en question la diff&#233;rence des sexes, et/ou la partition binaire des sexes, et/ou l'impossibilit&#233; d'un cumul des sexes, etc., c'est-&#224;-dire, la d&#233;finition m&#234;me du sexe. Dans ces conditions, l'&#233;pouvante des conservateurs en mati&#232;re de m&#339;urs &#224; l'&#233;gard de la cat&#233;gorie du genre prend consistance : &#224; cet ordre issu des partages de la raison, et qui serait garant d'une existence pr&#233;serv&#233;e de l'incoh&#233;rence, dont nous parle Pierre Legendre, Judith Butler oppose en effet la notion de &#171; vie vivable &#187;, autrement dit, d'une existence qui, pr&#233;cis&#233;ment, ne sort de l'irr&#233;alit&#233;, de l'incoh&#233;rence, qu'&#224; la condition d'&#233;carter le joug socialement construit des identit&#233;s contraignantes au sein desquelles on est somm&#233; de se d&#233;terminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour conclure, on peut souligner que si la cat&#233;gorie du &#171; genre &#187; repr&#233;sente un danger possible pour des actions militantes relatives &#224; des revendications concernant l'orientation sexuelle et/ou la sexuation, c'est &#224; la condition que s'op&#232;re une substitution pure et simple de cette cat&#233;gorie &#224; celle de &#171; sexe &#187;. Dans ce cas, en effet, c'est le point d'ancrage rendant possible la lutte qui se d&#233;robe. Cependant, lorsqu'on cherche &#224; articuler politique et th&#233;orie, on comprend que l'id&#233;e m&#234;me de devoir choisir entre la cat&#233;gorie du sexe et celle du genre n'a gu&#232;re de sens, du moins d&#232;s qu'on &#233;carte la possible d&#233;finition du sexe sur des bases biologiques. Qu'il ait pu arriver que le mouvement &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; juge s&#233;v&#232;rement les transsexuel(le)s pour la confirmation des identit&#233;s sexu&#233;es que leur op&#233;ration aurait emport&#233;, c'est l&#224; une cons&#233;quence d'une vision &#224; l'emporte-pi&#232;ce, que la th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; permet de contester, notamment &#224; travers la voix de Judith Butler. C'est qu'il faut distinguer entre les pratiques de transformation du corps, qui ne sont pas sans rapport avec des d&#233;sirs, multiples, inanticipables, et les discours que les transsexuel(le)s doivent tenir dans le cadre du protocole visant &#224; obtenir l'autorisation de changer de sexe, et par lesquels ils/elles doivent faire r&#233;f&#233;rence au &lt;i&gt;vrai&lt;/i&gt; sexe que l'intervention chirurgicale serait cens&#233;e leur donner. Opter pour les transgenres plut&#244;t que pour les transsexuel(le)s parce que les premiers seraient en conformit&#233; avec la th&#233;orie qui d&#233;connecte l'appartenance de sexe &#224; l'apparence corporelle, c'est consid&#233;rer les choses &#224; l'envers. Karl Popper eut un jour cette formule : &#171; Laissez mourir les th&#233;ories, pas les hommes ! &#187;. C'est bien le message qu'on pourrait adresser &#224; certains activistes &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; &#224; cette occasion : c'est la th&#233;orie sur laquelle ils s'appuient qui est &#224; reprendre, si, au nom de la d&#233;connexion entre sexe et corps, cette th&#233;orie aboutit &#224; condamner celui/celle qui transforme son corps du point de vue du sexe anatomique. En effet, au nom de quoi pourrait-on pr&#233;juger du sens de cette intervention chirurgicale, sauf &#224; attribuer soi-m&#234;me &#224; cette op&#233;ration le sens d'une simple &#171; r&#233;assignation de sexe &#187;, autrement dit en &#233;pousant soi-m&#234;me le discours propre au protocole juridico-psychiatro-juridique de changement de sexe &#8211; et donc en niant tout simplement l'exp&#233;rience v&#233;cue par un/une transsexuel(le) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Fran&#231;oise Collin, Ir&#232;ne Kaufer, &lt;i&gt;Parcours f&#233;ministe&lt;/i&gt;, Bruxelles, Labor, 2005, p.102.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Id., p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Christine Delphy, &lt;i&gt;L'ennemi principal&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. 2. Penser le genre&lt;/i&gt;, Paris, Syllepse, 2001, p.26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;, p.27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Marie-Blanche Tahon, &#171; Et si le sexe d&#233;construisait le genre ? &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Collectif (Christiane Veauvy dir.), &lt;i&gt;Les femmes dans l'espace public. Itin&#233;raires fran&#231;ais et italiens,&lt;/i&gt; Paris, Editions de la Maison des Sciences de l'Homme / Le Fil d'Ariane, Universit&#233; Paris 8, 2002, p.152.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p.152-153.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;., p.153.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 Pierre Legendre, &lt;i&gt;La 901e conclusion. Etude sur le th&#233;&#226;tre de la raison,&lt;/i&gt; Paris, Fayard, 1998, p.413.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Judith Butler, &lt;i&gt;Trouble dans le genre. Pour un f&#233;minisme de la subversion&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2005, p.69.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 11 Judith Butler, &lt;i&gt;D&#233;faire le genre&lt;/i&gt;, Paris, Editions Amsterdam, 2006, p.20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 &lt;i&gt;Id&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
