<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Ici et ailleurs</title>
	<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?id_mot=65&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Ici et ailleurs</title>
		<url>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L144xH127/logo-b65f2.png?1774727851</url>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
		<height>127</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Catastrophe, progr&#232;s et technique chez Walter Benjamin</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=153</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=153</guid>
		<dc:date>2017-08-13T09:36:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>histoire</dc:subject>
		<dc:subject>art</dc:subject>
		<dc:subject>nature</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;tat d'exception</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chir &#224; ce que recouvre la notion de catastrophe, en l'occurrence &#224; l'occasion de la rencontre entre le vingti&#232;me anniversaire de l'accident nucl&#233;aire de Tchernobyl et l'actualit&#233; des accidents en cha&#238;ne de Fukushima au Japon, cela justifie sans peine un d&#233;tour possible par la pens&#233;e benjaminienne de la catastrophe. En effet, la question de la catastrophe, chez Benjamin, appara&#238;t li&#233;e de fa&#231;on inextricable &#224; celle de progr&#232;s, comme &#224; celle de technique, autant de notions d&#233;limitant un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=19" rel="directory"&gt;Portraits philosophiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=35" rel="tag"&gt;histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=63" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=64" rel="tag"&gt;nature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=65" rel="tag"&gt;&#233;tat d'exception&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chir &#224; ce que recouvre la notion de catastrophe, en l'occurrence &#224; l'occasion de la rencontre entre le vingti&#232;me anniversaire de l'accident nucl&#233;aire de Tchernobyl et l'actualit&#233; des accidents en cha&#238;ne de Fukushima au Japon, cela justifie sans peine un d&#233;tour possible par la pens&#233;e benjaminienne de la catastrophe. En effet, la question de la catastrophe, chez Benjamin, appara&#238;t li&#233;e de fa&#231;on inextricable &#224; celle de progr&#232;s, comme &#224; celle de technique, autant de notions d&#233;limitant un cadre de r&#233;flexion effectivement en prise avec ces catastrophes nucl&#233;aires r&#233;centes. Et comme si souvent chez Benjamin, les choses sont loin d'&#234;tre simples &#8211; elles sont au moins doubles -, et la cha&#238;ne de signifiants indiqu&#233;e ne doit aucunement nous amener &#224; &#233;tablir un encha&#238;nement, qui nous conduirait directement du progr&#232;s technique &#224; la catastrophe, tant il est vrai que Benjamin se situe aux antipodes d'un discours technophobe.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est au fond la notion m&#234;me de catastrophe qui demande &#224; &#234;tre interrog&#233;e chez lui, puisque s'il lui attribue bien le sens de d&#233;sastre, de malheur, selon le sens grec de kat&#224; (vers le bas), en revanche, si la &#171; tournure &#187;, &#171; l'issue &#187;, d&#233;sign&#233;e par le vocable grec stroph&#233;, renvoie bien &#224; la destruction, &#224; la ruine, elle contient cependant aussi l'id&#233;e d'un &#233;v&#233;nement dont la soudainet&#233; bouleverse le cours des choses. Par cons&#233;quent, si la catastrophe est bien d&#233;sastre, elle contient pourtant en elle une dimension qui pourrait bien conduire au sauvetage, &#224; condition de bouleverser le cours ordinaire des choses. Autrement dit, chez Benjamin, la catastrophe serait dans le fait que les choses continuent comme &#224; l'ordinaire, ce qu'il indique tr&#232;s nettement : &#171; Que &#8220;les choses continuent comme avant&#8221; : voil&#224; la catastrophe &#187; . Dans ces conditions, la catastrophe cesserait d'&#234;tre cette &#233;ventualit&#233; mena&#231;ante que l'avenir nous r&#233;serverait possiblement, pour devenir ce qui constitue notre situation actuelle &#8211; ce que Benjamin soutient en citant Strinberg : &#171; l'enfer n'est pas quelque chose qui nous attend, mais la vie que nous menons ici &#187; . C'est dans cette optique qu'il faudra reprendre la question de la technique, en ceci que si elle peut co&#239;ncider avec la catastrophe, ce ne serait peut-&#234;tre pas sous la forme de d&#233;sastres &#224; venir, dont elle serait grosse, mais d'un d&#233;sastre d&#233;j&#224; advenu, &#224; l'encontre duquel il s'agirait de produire un bouleversement, susceptible de d&#233;lier technique et catastrophe, au point d'op&#233;rer un nouage entre technique et bonheur. C'est donc la technique elle-m&#234;me qui s'av&#232;rerait &#234;tre double dans ces conditions, &#224; la fois &#171; poison &#187; et &#171; rem&#232;de &#187;, tel le pharmakon grec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Commen&#231;ons donc par clarifier le lien qu'effectuait Benjamin entre progr&#232;s et catastrophe, pour mieux saisir en quoi la fa&#231;on de rompre avec le progr&#232;s &#224; laquelle il travaille emprunte quelque chose &#224; la structure temporelle de la catastrophe, telle qu'on l'entend d'ordinaire.&lt;br class='autobr' /&gt; On se souvient de la neuvi&#232;me th&#232;se sur l'histoire, &#233;voquant le tableau de Klee &#171; Angelus Novus &#187;, avec cette image de l'ange au regard tourn&#233; vers le pass&#233; : &#171; L&#224; o&#249; nous appara&#238;t une cha&#238;ne d'&#233;v&#233;nements, il ne voit, lui, qu'une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les pr&#233;cipite &#224; ses pieds &#187; ; cet ange aimerait s'attarder et r&#233;veiller les morts, mais une temp&#234;te souffle, du paradis, et le pousse irr&#233;sistiblement vers l'avenir &#8211; &#171; [c]ette temp&#234;te est ce que nous appelons le progr&#232;s &#187; . Benjamin affirme bien ici que le progr&#232;s est en lui-m&#234;me catastrophe, ce qu'il faut comprendre &#224; travers l'id&#233;e qu'il ne constitue pas seulement une vision erron&#233;e de l'histoire, mais aussi, ind&#233;fectiblement, une force qui, repoussant l'ange vers l'avenir, le condamne &#224; l'impuissance : le progr&#232;s, par cons&#233;quent, loin d'&#234;tre ce en quoi les exploit&#233;s auraient &#224; placer leur espoir, est bien plut&#244;t ce qui confirme sans cesse le triomphe des ma&#238;tres, leur m&#233;pris pour le pass&#233; en souffrance. C'est le sch&#233;ma m&#234;me de &#171; l'histoire des vainqueurs &#187; qu'il dessine ainsi, la marche in&#233;luctable du progr&#232;s pi&#233;tinant sans fin l'ensemble des possibles non actualis&#233;s &#8211; et cette histoire, cette mani&#232;re de transmettre les ph&#233;nom&#232;nes serait elle-m&#234;me catastrophe pour Benjamin, en ce qu'en les c&#233;l&#233;brant comme &#171; patrimoine &#187;, elle emp&#234;che leur sauvetage, qui n&#233;cessiterait de mettre en &#233;vidence leur &#171; f&#234;lure &#187; . Autrement dit, cette monumentalisation des &#233;v&#233;nements du pass&#233; emp&#234;che que puisse appara&#238;tre quelque chose comme une faille, en laquelle des possibles non actualis&#233;s pourraient se donner &#224; entendre, et par cons&#233;quent, c'est la dimension inaccomplie de tout &#233;v&#233;nement qui dispara&#238;t ainsi in&#233;vitablement. C'est donc pour rendre justice au pass&#233; en souffrance que Benjamin en appelle &#224; prendre en compte cette &#171; pr&#233;tention &#187; que le pass&#233; fait valoir aupr&#232;s de nous . Pour ce faire, il s'agirait d'interrompre le cours de l'histoire, c'est-&#224;-dire d'interrompre la catastrophe elle-m&#234;me, et cette action, Benjamin la d&#233;signe comme une interruption de &#171; l'&#233;tat d'exception &#187; : &#171; [l]a tradition des opprim&#233;s nous enseigne que &#8220;l'&#233;tat d'exception&#8221; dans lequel nous vivons est la r&#232;gle &#187; . Si &#171; l'&#233;tat d'exception &#187; appara&#238;t &#224; Benjamin comme l'ordinaire de l'histoire, c'est parce que c'est la catastrophe elle-m&#234;me qui lui semble rien moins qu'exceptionnelle. Par cons&#233;quent, la t&#226;che de l'historien mat&#233;rialiste, qui est aussi celle des opprim&#233;s, consisterait &#224; &#171; instaurer le v&#233;ritable &#233;tat d'exception &#187; , c'est-&#224;-dire &#224; interrompre la continuit&#233; historique (l&#224; est l'instauration de l'exception), quand sa poursuite est perp&#233;tuation de &#171; l'&#233;tat d'exception &#187; propre au pouvoir, sous le joug duquel souffrent les opprim&#233;s. C'est donc le temps vide et homog&#232;ne dans lequel se perp&#233;tue la catastrophe qu'il s'agirait d'interrompre, en provoquant un v&#233;ritable &#233;tat d'exception &#8211; l'exception &#233;tant devenue la r&#232;gle, la catastrophe, l'ordinaire, l'interruption &#224; laquelle en appelle Benjamin r&#233;introduit bien quelque chose de la temporalit&#233; propre &#224; la catastrophe, classiquement entendue. Le bouleversement du cours des choses auquel il est ici fait appel permet bien qu'on nomme cette interruption &#171; la v&#233;ritable catastrophe &#187;. L&#224; est la dualit&#233; benjaminienne quant &#224; la notion de catastrophe, qu'il fallait &#233;tablir avant de pouvoir aller plus loin, et d'envisager le rapport entre catastrophe et technique.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans le cadre des th&#232;ses sur l'histoire, Benjamin insiste bien sur le fait que la notion de progr&#232;s constitue un alli&#233; du fascisme triomphant des ann&#233;es trente, &#224; la fois parce que la conception de l'histoire selon ce prisme incite &#224; ne voir dans le fascisme qu'une forme historique aberrante (et donc &#224; ne pas prendre au s&#233;rieux le fascisme, donc &#224; mal le combattre), mais aussi parce que la conception fasciste de la technique ne peut pas &#234;tre valablement combattue par la social-d&#233;mocratie, tout simplement parce qu'elle partage largement les pr&#233;misses de cette pens&#233;e fasciste de la technique. Ce point est essentiel, parce qu'il permet d'envisager un v&#233;ritable progr&#232;s technique (selon Benjamin) et un progr&#232;s technique seulement apparent, qui constituerait en fait une forme de r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est en effet dans le cadre d'une critique de la conception social-d&#233;mocrate du travail que Benjamin nous livre ce qu'il consid&#232;re constituer le fond de la conception social-d&#233;mocrate de la technique &#8211; et l'absence d'&#233;cart entre cette conception et celle qu'en forme le fascisme permet de saisir quelque chose de la continuit&#233; ininterrompue de la catastrophe, dont on parlait. Sous ce rapport, le fascisme ne ferait pas exception, mais s'inscrirait dans le cadre de la conception ordinaire de la technique, et c'est donc Benjamin qui en appellerait &#224; un &#233;tat d'exception, consistant, en l'esp&#232;ce, &#224; modifier radicalement le rapport entre la technique et la nature. C'est dans ce sens qu'on peut comprendre en quoi Benjamin s'oppose farouchement au progr&#232;s, tout en croyant au progr&#232;s technique &#8211; c'est que ce qu'il consid&#232;re comme un v&#233;ritable progr&#232;s technique s'enracine dans une pens&#233;e du v&#233;ritable &#233;tat d'exception, c'est-&#224;-dire dans une pens&#233;e &#224; l'abri de la croyance en une histoire comme marche progressive in&#233;luctable &#224; l'int&#233;rieur d'un temps vide et homog&#232;ne. Voyons cela de plus pr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est dans le cadre de la onzi&#232;me th&#232;se sur l'histoire que Benjamin &#233;voque le &#171; conformisme &#187; propre au mouvement social-d&#233;mocrate, et qui consiste essentiellement &#224; &#171; nager dans le sens du courant &#187;, dont la &#171; pente &#187; serait fournie par &#171; le d&#233;veloppement de la technique &#187; - la conception social-d&#233;mocrate du travail en d&#233;coulerait, qui fait du &#171; travail industriel &#187; en tant que tel &#171; un acte politique &#187;, sous le seul pr&#233;texte qu'il s'inscrirait &#171; dans le cours du progr&#232;s technique &#187; . Exacerb&#233;e chez un Josef Dietzgen, cette tendance en vient &#224; faire du travail &#171; le Messie des temps modernes &#187; . La critique benjaminienne de cette conception est capitale pour le lien qu'elle &#233;tablit entre conceptions social-d&#233;mocrate et fasciste de la technique : &#171; Cette conception du travail, caract&#233;ristique d'un marxisme vulgaire, ne prend gu&#232;re la peine de se demander en quoi les biens produits profitent aux travailleurs eux-m&#234;mes, tant qu'ils ne peuvent en disposer. Elle n'envisage que les progr&#232;s de la ma&#238;trise sur la nature, non les r&#233;gressions de la soci&#233;t&#233;. Elle pr&#233;sente d&#233;j&#224; les traits technocratiques qu'on rencontrera plus tard dans le fascisme. Notamment une approche de la nature qui rompt sinistrement avec les utopies socialistes d'avant 1848 &#187; . Ainsi, la conception social-d&#233;mocrate de la technique est apparent&#233;e aux conceptions fascistes par ce trait commun, qui consiste &#224; n'envisager de progr&#232;s techniques que sous l'angle d'une ma&#238;trise croissante de la nature &#8211; pour les sociaux-d&#233;mocrates, l'exploitation de la nature par les hommes est oppos&#233;e &#224; l'exploitation des travailleurs, comme si les deux ne pouvaient aller de pair. On sait que Benjamin distinguait entre une &#171; premi&#232;re technique &#187; (visant &#224; une ma&#238;trise des forces naturelles) et une &#171; seconde technique &#187; (&#171; exige[ant] que les forces sociales &#233;l&#233;mentaires soient subjugu&#233;es pour que puisse s'&#233;tablir un jeu harmonien entre les forces naturelles et l'homme &#187; ), mais soit qu'il envisage que cette technique, par son aspect imitatif, notamment dans l'art, parach&#232;ve la nature , soit qu'il consid&#232;re, dans le cas de la seconde technique, que celle-ci doit se placer, en en passant aussi par l'art, au service d'une &#171; innervation humaine &#187; , dans les deux cas, la technique se r&#233;v&#232;le capable d'un rapport &#224; la nature qui ne soit pas de simple ma&#238;trise et d'exploitation. Dans un texte plus ancien, de 1930, consacr&#233; aux &#171; Th&#233;ories du fascisme allemand &#187;, Benjamin va m&#234;me jusqu'&#224; &#233;crire que &#171; [la technique] &#233;tait [&#8230;] la force qui aurait pu faire acc&#233;der la nature au langage &#187;, quand au lieu de cela, &#171; elle modela [&#8230;] le visage apocalyptique de la nature, la r&#233;duisit au silence &#187; . Par cons&#233;quent, la technique pr&#233;senterait elle-m&#234;me un double visage, celui d'une puissance de destruction de la nature et des hommes, comme celui d'une puissance d'accouchement de la nature, ou du moins d'une puissance capable de participer &#224; l'av&#232;nement d'un rapport &#171; harmonien &#187; entre les hommes et la nature. Le texte de Benjamin de 1916, sur le langage, insistait bien sur le fait que si les choses avaient leur langage, la nature, elle, &#233;tait r&#233;duite au silence depuis la chute hors de la langue bab&#233;lienne, ou plus exactement qu'une oreille attentive ne pourrait rien entendre de plus que la plainte de la nature &#8211; &#171; C'est parce qu'elle est muette que la nature est en deuil &#187; . Sous ce rapport, la technique est investie d'une immense puissance r&#233;demptrice, susceptible d'arracher la nature &#224; sa tristesse, li&#233;e cependant &#224; un danger extr&#234;me consistant &#224; blesser mortellement cette nature &#8211; c'est l&#224; qu'appara&#238;t la double face de la technique chez Benjamin, sa dimension de pharmakon, susceptible &#224; la fois de sauver comme de tuer. Et Benjamin va m&#234;me jusqu'&#224; consid&#233;rer qu'il y aurait une proximit&#233; entre la chance de salut et le risque de destruction ultime, comme Heidegger pourra reprendre la formule h&#244;lderlinienne rapprochant le &#171; p&#233;ril &#187; et &#171; ce qui sauve &#187;, puisque dans ce texte de 1930 d&#233;j&#224; cit&#233;, sur le fascisme allemand, Benjamin &#233;crit : &#171; La guerre [&#8230;] n'est en r&#233;alit&#233; rien d'autre que ceci : l'unique, l'effrayante et derni&#232;re chance que nous ayons de corriger l'incapacit&#233; des peuples &#224; ordonner leurs rapports mutuels conform&#233;ment &#224; la relation qu'ils instaurent, par la technique, avec la nature &#187; . On retrouve ici, &#224; travers cette notion de correction &#224; apporter, l'id&#233;e d'une modification utile du cours des choses, pour sortir de la catastrophe : l'exception, ce n'est donc pas la catastrophe, puisqu'elle est continue (ici sous les formes variables des fonctions qu'on attribue &#224; la technique, des sociaux-d&#233;mocrates aux fascistes), mais l'interruption de cette catastrophe (consistant en l'occurrence &#224; renverser le rapport entre la technique et la nature, au point de faire de la premi&#232;re un alli&#233; de la seconde). &lt;br class='autobr' /&gt; Il nous reste &#224; pr&#233;sent &#224; approcher de plus pr&#232;s la catastrophe lorsqu'elle porte le nom de fascisme, et qu'elle s'enracine dans une conception mythifi&#233;e de la technique, de fa&#231;on &#224; pouvoir juger de ce que notre &#233;poque partage encore, fondamentalement, avec de telles repr&#233;sentations, m&#234;me si l'on n'en passe plus aujourd'hui par un &#233;loge de la guerre pour la guerre comme topos valant comme f&#233;tichisation de la technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le fait que Benjamin consid&#232;re que le r&#233;demption de la nature en passe par un certain usage de la technique montre bien qu'il n'entretient aucune id&#233;e de restauration d'un ordre pr&#233;-technique, d'une situation ant&#233;-bab&#233;lienne, puisque le langage que la technique pourrait lui procurer est n&#233;cessairement un langage appareill&#233;, et non pas celui d'une nature vierge. Ce n'est donc pas la technique en tant que telle qui fait violence &#224; la nature, mais un certain rapport &#224; la nature, m&#233;diatis&#233; par la technique, et qui vise &#224; une ma&#238;trise pure et simple de cette nature. Pour Benjamin, donc, ce n'est pas au moyen d'un pas en arri&#232;re qu'on pourra conduire la technique &#224; servir les fins &#233;mancipatrices de l'humanit&#233;, mais en l'orientant de fa&#231;on diff&#233;rente, c'est-&#224;-dire de fa&#231;on qu'elle n'entre plus en conflit avec la nature elle-m&#234;me ; ce qu'il explique notamment en r&#233;f&#233;rence au cin&#233;ma : &#171; les appareils sur le plateau de tournage, ont p&#233;n&#233;tr&#233; si profond&#233;ment la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me que, pour la d&#233;pouiller de ce corps &#233;tranger que constituent en elle les appareils, il faut recourir &#224; un ensemble de proc&#233;d&#233;s techniques particuliers [&#8230;] &#187; . La sortie de la catastrophe, donc, en son versant technique, ne sera pas obtenue en dehors d'un recours &#224; la technique elle-m&#234;me &#8211; selon l'orientation qu'on lui conf&#232;re, donc, la technique peut bien &#234;tre poison ou rem&#232;de. Ce n'est donc pas le fait que le fascisme en appelle &#224; un usage de la technique qui est ici en cause, mais sa f&#233;tichisation, au point de viser &#224; une esth&#233;tisation de la guerre, devenant alors spectacle propre &#224; une conception de l'art pour l'art, dans le sens o&#249; &#171; le fascisme [&#8230;], de l'aveu m&#234;me de Marinetti, attend de la guerre la satisfaction artistique d'une perception sensible modifi&#233;e par la technique &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt; Le texte de Benjamin, de 1930, insiste bien, en effet, sur le fait que J&#252;nger et ses semblables n'ont de cesse de constituer la technique en opposition &#224; la nature, dans la logique de la &#171; mobilisation totale &#187; . En fait, l'illusion fasciste, selon Benjamin, d&#233;riverait d'un rapport non dialectique &#224; la technique : les fascistes attendraient de la technique qu'elle leur fournisse &#171; la cl&#233; mystique permettant de r&#233;soudre imm&#233;diatement le myst&#232;re d'une nature comprise sur le mode id&#233;aliste &#187;, quand il s'agirait &#171; d'utiliser et d'&#233;claircir ce myst&#232;re par le d&#233;tour d'une organisation humaine &#187; . Or, ce d&#233;tour est celui par lequel Benjamin propose de m&#233;tamorphoser la guerre en une guerre civile, refusant ainsi de &#171; voir dans la prochaine guerre un surgissement magique &#187; et y d&#233;couvrant bien plut&#244;t &#171; l'image de la r&#233;alit&#233; quotidienne &#187; (donc, la r&#233;alit&#233; quotidienne comme catastrophe), r&#233;clamant la m&#233;tamorphose de cette guerre en guerre civile . De cette fa&#231;on, on comprend pourquoi une &#171; soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187; se doit, selon Benjamin, d'&#233;loigner la technique de &#171; la sph&#232;re dite spirituelle &#187;, afin d' &#171; emp&#234;cher aussi r&#233;solument que possible la pens&#233;e technique de participer &#224; l'organisation sociale &#187; . C'est d'ailleurs en ne m&#234;lant pas une pens&#233;e technique aux questions d'organisation sociale que J&#252;nger se situe bel et bien du c&#244;t&#233; d'une &#171; mystique de la guerre &#187; , consid&#233;rant en effet que le si&#232;cle en lequel on se situe, les armes avec lesquelles on combat, tout cela, donc, n'est que secondaire. En cela, Benjamin consid&#232;re que les positions fascistes sont tout simplement p&#233;rim&#233;es, puisqu'elles aboutissent &#224; &#233;tablir en embl&#232;mes supr&#234;mes de l'h&#233;ro&#239;sme, et en formes de &#171; la plus haute r&#233;v&#233;lation de l'existence &#187; cela m&#234;me qui rend presque impossible l'h&#233;ro&#239;sme, en le conduisant &#224; se diluer dans la figure (sportive) du record, propre &#224; une &#171; guerre de mat&#233;riel &#187; . On aboutit ainsi &#224; une &#171; glorification de la guerre &#187; qui, &#224; travers son esth&#233;tisation, tend &#224; se constituer en &#171; une transposition d&#233;brid&#233;e des th&#232;ses de l'art pour l'art au domaine de la guerre &#187; . Au fond, en ne s'interrogeant pas sur les conditions mat&#233;rielles et historiques conditionnant un conflit, les th&#233;ories fascistes de la guerre en viennent &#224; ne pas penser les rapports entre une &#171; guerre cultuelle &#187; (rebaptis&#233;e &#171; guerre &#233;ternelle &#187;) et une &#171; guerre technique &#187; (la &#171; derni&#232;re guerre &#187;) , au point que ce qui devient impossible, c'est cette m&#233;tamorphose de la technique, &#224; travers sa r&#233;appropriation humaine, laquelle suppose qu'on rompe avec toute la magie encore susceptible de s'attacher &#224; la technique. Sans cette r&#233;appropriation humaine de la technique, il devenait in&#233;vitable que les d&#233;cha&#238;nements de cette technique en viennent &#224; r&#233;duire la nature au silence, puisqu'au fond, &#224; travers sa mise en &#339;uvre &#224; outrance dans le cadre de la guerre, la technique avait cherch&#233; &#224; &#171; reproduire les traits h&#233;ro&#239;ques de l'id&#233;alisme allemand &#187;, quand en fait elle n'en avait reproduit que les traits &#171; hippocratiques &#187;, ceux de la mort . En cela, l'usage de la technique (ou plut&#244;t le recours aveugle &#224; la technique) se serait r&#233;v&#233;l&#233; contre-nature : la technique aurait r&#233;duit la nature au silence, quand elle avait la puissance de faire acc&#233;der la nature au langage ; elle aurait abouti &#224; une pure et simple exploitation de la nature, quand elle avait la puissance de &#171; l'accoucher des cr&#233;ations virtuelles qui sommeillent en son sein &#187; . &lt;br class='autobr' /&gt; La guerre qui se profile, nous dit Benjamin, serait notre derni&#232;re chance pour que les peuples organisent leurs rapports mutuels conform&#233;ment aux rapports instaur&#233;s vis-&#224;-vis de la nature, c'est-&#224;-dire, dans son id&#233;e, conform&#233;ment &#224; ce qu'un usage &#233;mancipateur de la technique r&#233;clame, et qui n'est pr&#233;cis&#233;ment pas de pure et simple exploitation. De cette fa&#231;on, Benjamin nous engage &#224; voir dans la technique, au lieu d'un &#171; f&#233;tiche du d&#233;clin &#187; une &#171; cl&#233; du bonheur &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour conclure, on peut donc bien dire qu'il y a possibilit&#233; d'un progr&#232;s technique, pour Benjamin, mais que celui-ci ne peut absolument pas &#234;tre r&#233;duit &#224; un constat objectif, par lequel on enregistrerait simplement la fa&#231;on dont les am&#233;liorations techniques se succ&#232;deraient les unes les autres, de fa&#231;on cumulative. On ne peut parler de v&#233;ritable progr&#232;s technique, pour Benjamin, que l&#224; o&#249; l'on effectue une r&#233;appropriation humaine des puissances de la technique, de fa&#231;on &#224; servir l'&#233;mancipation de l'humanit&#233; &#8211; il n'y a donc de progr&#232;s technique possible, dans ces conditions, que l&#224; il y a progr&#232;s dans les relations entre les hommes, progr&#232;s de la justice elle-m&#234;me. C'est en cela que technique et bonheur peuvent finir par se rejoindre pour Benjamin, et non pas dans une optique prom&#233;th&#233;enne de ma&#238;trise sans cesse croissante de la nature. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Benjamin refuse d'opposer exploitation &#224; outrance de la nature et exploitation du prol&#233;tariat dans le cadre de l'organisation capitaliste de la production. Mais il s'agit de bien voir que si quelque chose comme un progr&#232;s technique est pensable chez Benjamin, celui-ci ne peut na&#238;tre que sur les cendres du concept classique de progr&#232;s &#8211; c'est le progr&#232;s technique en son sens classique qui signifie le plus souvent r&#233;gression sociale. &lt;br class='autobr' /&gt; Par cons&#233;quent, le progr&#232;s technique entendu dans son sens classique a bien partie li&#233;e avec la catastrophe, et ce n'est qu'&#224; la condition de bouleverser le rapport entre technique et nature qu'un v&#233;ritable progr&#232;s technique deviendrait possible, susceptible d'interrompre la catastrophe. Au fond, on peut dire que Justice (dans les rapports entre les hommes) et Harmonie (dans nos rapports avec la nature) constitueraient les ma&#238;tres-mots d'une technique qui aurait cess&#233; de s'identifier, de fait, &#224; la catastrophe ; tout comme c'est un rapport empreint de justice, envers les g&#233;n&#233;rations opprim&#233;es, qui rendra possible une tradition cessant de s'identifier, &#224; travers son mode de transmission, &#224; la catastrophe elle-m&#234;me. &lt;br class='autobr' /&gt; Pour en revenir explicitement aux catastrophes nucl&#233;aires, climatiques, mais aussi sanitaires, ou de malnutrition qui caract&#233;risent notre &#233;poque, on peut dire que Benjamin nous incite &#224; y voir une occasion de repenser fondamentalement notre rapport au monde, c'est-&#224;-dire &#224; la nature, &#224; la technique, aux autres. De cette fa&#231;on, il ne s'agirait plus seulement de chercher les moyens par lesquels nous pourrions &#233;viter que telle ou telle catastrophe se produise, mais il s'agirait de r&#233;fl&#233;chir aux moyens par lesquels nous pourrions interrompre la catastrophe, vis-&#224;-vis de laquelle certains &#233;v&#233;nements ponctuels (qu'on appelle pr&#233;cis&#233;ment catastrophes) joueraient plus le r&#244;le d'&#233;piph&#233;nom&#232;nes. &lt;br class='autobr' /&gt;
(Premi&#232;re publication : 31 mai 2011)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
