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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>&#034;Rap conscient&#034; ou Un paradoxe de l'int&#233;grationnisme</title>
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		<dc:date>2018-08-12T08:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;dric Cagnat</dc:creator>


		<dc:subject>n&#233;ocolonialisme</dc:subject>
		<dc:subject>capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>culture</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le nano-triptyque intitul&#233; &#171; Lutter en chansons &#187; (parties pr&#233;c&#233;dentes ici et l&#224;) s'ach&#232;ve avec ces quelques consid&#233;rations sur le rap, que d'aucuns trouveront sans doute retardataires. Elles le sont en effet, et doublement : le texte a non seulement &#233;t&#233; &#233;crit en 2012, &#224; l'occasion d'une rencontre organis&#233;e par nos amis de Fertans, mais il s'appuyait sur l'&#233;tat des lieux esquiss&#233; dans l'article du journaliste Jacques Denis paru dans le Monde diplomatique de septembre 2008 : &#171; Rap domestiqu&#233;, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=67" rel="tag"&gt;n&#233;ocolonialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=82" rel="tag"&gt;capitalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=94" rel="tag"&gt;culture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le nano-triptyque intitul&#233; &#171; Lutter en chansons &#187; (parties pr&#233;c&#233;dentes &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/esthetique-et-critique/article/lutter-en-chansons&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/esthetique-et-critique/article/pop-rock-ou-la-revolte-en&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;) s'ach&#232;ve avec ces quelques consid&#233;rations sur le rap, que d'aucuns trouveront sans doute retardataires. Elles le sont en effet, et doublement : le texte a non seulement &#233;t&#233; &#233;crit en 2012, &#224; l'occasion d'une &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/voyons-ou-la-philo-mene/article/cinquieme-rencontre-pouvoirs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rencontre&lt;/a&gt; organis&#233;e par nos amis de Fertans, mais il s'appuyait sur l'&#233;tat des lieux esquiss&#233; dans l'article du journaliste Jacques Denis paru dans le&lt;/i&gt; Monde diplomatique &lt;i&gt;de septembre 2008 : &#171; Rap domestiqu&#233;, rap r&#233;volt&#233; &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;2008, &#224; l'&#233;chelle de la temporalit&#233; des industries culturelles et m&#233;diatiques par laquelle est cadenc&#233; notre quotidien, ce n'est pas tout &#224; fait la pr&#233;histoire, mais presque. Aussi, la plupart des artistes ou collectifs dont il est question dans ce qui suit se sont vus contraints, en vertu d'une loi inflexible inh&#233;rente au marketing &#8211; le renouvellement de l'offre &#8211;, de quitter le devant de la sc&#232;ne depuis d&#233;j&#224; un temps certain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si j'ai toutefois laiss&#233; le texte en l'&#233;tat, &#224; quelques d&#233;tails pr&#232;s, ce n'est pas pour la raison faussement &#233;vidente qu'on aurait tendance &#224; se repr&#233;senter spontan&#233;ment, &#224; savoir qu'il suffirait de substituer virtuellement &#224; telle appellation devenue caduque telle autre plus actuelle, sans qu'en soit affect&#233; le fond du propos, comme si le&lt;/i&gt; turnover &lt;i&gt;fr&#233;n&#233;tique du&lt;/i&gt; rap game &lt;i&gt;n'&#233;tait en d&#233;finitive qu'une autre illustration d'un tr&#232;s ancien constat d&#233;sabus&#233; :&lt;/i&gt; nihil sub sole novum&lt;i&gt;&#8230; Car ce qui frappe, &#224; confronter la situation actuelle de l'industrie du rap &#224; celle d'il y a juste dix ans, c'est bien plut&#244;t qu'elle s'est consid&#233;rablement&lt;/i&gt; simplifi&#233;e&lt;i&gt;, infl&#233;chie en direction d'un mod&#232;le beaucoup plus unifi&#233; et toujours plus homog&#232;ne, &#224; tel point qu'il n'est pas s&#251;r que la bipartition minimale &#8211; rap politiquement int&#233;gr&#233;&lt;/i&gt; vs &lt;i&gt;rap subversif &#8211; sur laquelle &#233;taient fond&#233;s le constat de Jacques Denis et les br&#232;ves remarques critiques ci-dessous ait encore, en tant que telle, une signification. En revanche, ce qui lui conf&#232;re un sens renouvel&#233; et sp&#233;cifie une part de notre pr&#233;sent, c'est le contraste entre deux moments culturels que permet de souligner cette obsolescence m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus aucun Abd Al Malik n'est invit&#233; sur les plateaux pour faire l'&#233;loge des bont&#233;s providentielles de la R&#233;publique ; on ne peut que s'en f&#233;liciter. Mais on chercherait en vain, parall&#232;lement, un &#233;quivalent actuel de Casey ou de La Rumeur. Cela permet certes de garantir les luttes postcoloniales contre les fatals processus de d&#233;tournements commerciaux, mais au prix d'une &#233;viction radicale hors du champ de la culture hip-hop de toute dimension authentiquement politique, en faveur d'un culte unanime du Chiffre et du &#171; R&#232;gne de la quantit&#233; &#187; (Ren&#233; Gu&#233;non), comme l'atteste, parmi bien d'autres illustrations possibles, le &lt;i&gt;tweet&lt;/i&gt; reproduit ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour voir le verre &#224; moiti&#233; plein : ce d&#233;nouement &#8211; provisoire ? &#8211; contribuera certainement &#224; &#233;roder un peu plus certaines de nos illusions quant aux puissances subversives de la &#171; culture &#187;. Peut-&#234;tre n'y a-t-il pas lieu, apr&#232;s tout, de d&#233;plorer que les rappeurs se contentent de rapper cependant que les militants militent. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_419 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/rap.png' width='500' height='690' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dernier exemple en date de cette &#171; d&#233;politisation &#187;&lt;/strong&gt; (&lt;i&gt;capture tir&#233;e de&lt;/i&gt; : &lt;a href=&#034;https://hypebeast.com/fr/2018/8/booba-kaaris-polemique-interview-mehdi-maizi-fif-booska-p&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Affaire Booba/Kaaris : Pourquoi Aucun Sp&#233;cialiste Du Rap Fran&#231;ais N'Est All&#233; R&#233;pondre Aux Questions Des M&#233;dias Mainstream &#187;&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rap domestiqu&#233;, rap r&#233;volt&#233; &#187; : comme son titre l'indique, l'article de Jacques Denis op&#232;re une distinction entre un rap plut&#244;t consensuel, aux paroles &#233;dulcor&#233;es, b&#233;n&#233;ficiant pour ces raisons de l'assentiment des m&#233;dias et des responsables politiques ; et un rap plus offensif, refusant les concessions qui lui ouvriraient les portes de la couverture m&#233;diatique et dont la radicalit&#233; l'expose parfois aux poursuites judiciaires. Le caract&#232;re commun &#224; ces deux cat&#233;gories demeure toutefois l'engagement politique, intimement li&#233; d&#232;s l'origine &#224; ce style musical, du moins dans sa version fran&#231;aise &#8211; contrairement au rap am&#233;ricain dont il proc&#232;de.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chacune de ces tendances est repr&#233;sent&#233;e dans l'article par sa figure embl&#233;matique : Abd Al Malik pour le &#171; rap domestiqu&#233; &#187; et le groupe La Rumeur pour le &#171; rap r&#233;volt&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Abd Al Malik est l'exemple type du rappeur pr&#233;sentable, ne serait-ce d&#233;j&#224; qu'en raison de son parcours biographique, mod&#232;le de r&#233;demption m&#233;ritocratique et d'int&#233;gration r&#233;publicaine dont les m&#233;dias sont si friands : ayant bien entendu grandi dans une &#171; banlieue difficile &#187;, Abd Al Malik a comme il se doit recours au &lt;i&gt;deal&lt;/i&gt; pour survivre, avant d'&#234;tre forc&#233;ment attir&#233; par l'islamisme radical. Puis il r&#233;int&#232;gre heureusement le droit chemin gr&#226;ce au pouvoir salvateur de l'&#233;ducation et de la culture : un cursus universitaire presque impeccable et une rencontre tardive avec le rap qui va faire de lui le chantre du &#171; vivre ensemble &#187; et lui am&#232;nera la cons&#233;cration en 2008 o&#249; il se voit d&#233;cerner de la part de la ministre de la culture le grade de chevalier des arts et des lettres, ainsi que la reconnaissance de la &#171; profession &#187; qui le r&#233;compense de plusieurs &#171; victoires de la musique &#187;, dont celle de l'artiste interpr&#232;te masculin de l'ann&#233;e. Ses chansons, dont la th&#233;matique tourne autour de la citoyennet&#233;, se veulent explicitement rassurantes en pr&#244;nant l'apaisement des tensions communautaires et une unit&#233; r&#233;publicaine guid&#233;e par l'amour proclam&#233; de la France. On trouve dans l'article de Jacques Denis quelques citations illustrant cette posture : &#171; Sur certains sujets, comme les banlieues, ce n'est pas une question de partis. Il faut au contraire une union r&#233;publicaine, un plan Marshall pour les quartiers. &#187; On comprend que la sph&#232;re politicienne appr&#233;cie un tel discours, o&#249; sont repris mot pour mot ses propres &#171; &#233;l&#233;ments de langage &#187; (&#171; Plan Marshall des quartiers &#187; &#233;tait une expression employ&#233;e par Fadela Amara, la ministre de la ville de l'&#233;poque). Le rappeur ne cesse d'insister sur cette qu&#234;te du consensus : &#171; Un jour ma m&#232;re m'a dit : &#8220;Aime la France et la France t'aimera en retour.&#8221; Je n'ai jamais oubli&#233; &#231;a. Vive la France ! &#187; Pour Abd Al Malik, le rap &#171; est capable d'amener de l'intelligence, de la pertinence, une esth&#233;tique, &lt;i&gt;sans s&#233;parer les &#234;tres&lt;/i&gt; [je souligne] &#187;, de d&#233;passer les &#171; ranc&#339;urs accumul&#233;es au fil de si&#232;cles d'exploitation &#187;, pr&#233;cise Jacques Denis, qui per&#231;oit un &#233;cho de ces assertions dans les propos de Nicolas Sarkozy &#171; tenus au soir du 6 mai 2007 : &#8220;Je veux en finir avec la repentance, qui est une forme de haine de soi, et la concurrence des m&#233;moires, qui nourrit la haine des autres&#8221; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On touche l&#224; au th&#232;me principal, voire exclusif pour certains groupes, qu'exploite le &#171; rap r&#233;volt&#233; &#187; actuel, et sur les positions duquel est &#233;tablie la distinction avec le &#171; rap domestiqu&#233; &#187;. Lorsque, en effet, la culture hip-hop est import&#233;e en France, dans les ann&#233;es quatre-vingt, on trouve chez les deux groupes pr&#233;curseurs, NTM et IAM, des critiques d'ordre g&#233;n&#233;ral concernant la situation sociale ou &#233;conomique : &#171; Mais qu'est-ce qu'on attend pour foutre le feu ? &#187;, clame NTM contre la &#171; r&#233;pression &#187; et &#171; l'Etat policier &#187; (chanson qu'ils r&#233;interpr&#233;teront quelques ann&#233;es plus tard &#224; l'occasion de leur reformation, au festival de Cannes, devant un parterre de multimillionnaires r&#233;jouis et assez peu effray&#233;s) ; ou, en 1997, avec le titre &#171; N&#233;s sous la m&#234;me &#233;toile &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pourquoi fortune et infortune&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi suis-je n&#233; les poches vides&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi les siennes sont-elles pleines de thunes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IAM d&#233;nonce les in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques en d&#233;crivant le contraste de deux destins d&#233;termin&#233;s par leur provenance sociale, sans que soit &#233;voqu&#233;e la dimension ethnique de ces in&#233;galit&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le rap de ces dix derni&#232;res ann&#233;es, au contraire, ne laisse pas de situer ses critiques sur le terrain communautariste. Les th&#232;mes sont le plus souvent abord&#233;s dans la perspective de l'antiracisme et de l'anticolonialisme. Ils s'inscrivent dans les mouvements de lutte contre les discriminations &#224; l'&#233;gard des &#171; minorit&#233;s visibles &#187; en s'adossant &#224; l'entretien volontariste de la m&#233;moire relative au pass&#233; esclavagiste de l'Europe. Le discours actuel de la culture hip-hop se place, explicitement ou non, dans la continuit&#233; d'entreprises associatives telles que les &#171; Indig&#232;nes de la r&#233;publique &#187;, mouvement fond&#233; en 2005, &#224; la suite du projet de loi de f&#233;vrier de la m&#234;me ann&#233;e, visant &#224; la reconnaissance du caract&#232;re positif de la colonisation fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au sein de cette nouvelle configuration &#233;merge &#233;videmment le meilleur comme le pire. La Rumeur vise juste, peut-&#234;tre, lorsque l'un de ses interpr&#232;tes, Ham&#233;, mobilise contre lui le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur qui porte plainte, en 2002, pour &#171; diffamation publique envers la Police nationale &#187;. La proc&#233;dure, qui s'&#233;tend sur huit ann&#233;es d'appels et de pourvois en cassation, se soldera par une relaxe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le rappeur n'est pas poursuivi pour une chanson mais pour le passage d'un article faisant sans doute allusion au massacre du 17 octobre 1961 : &#171; Les rapports du minist&#232;re de l'int&#233;rieur ne feront jamais &#233;tat des centaines de nos fr&#232;res abattus par les forces de police sans qu'aucun des assassins n'ait &#233;t&#233; inqui&#233;t&#233;. &#187; Dans son entier, l'article est un r&#233;quisitoire contre l'id&#233;ologie s&#233;curitaire et ses applications, dont l'occupant de la place Beauvau, Nicolas Sarkozy, s'&#233;tait &#224; l'&#233;poque fait le proph&#232;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article brillamment &#233;crit se range bien aux c&#244;t&#233;s du combat de type communautaire &#233;voqu&#233; pr&#233;c&#233;demment. Voyant dans l'int&#233;gration un &#171; dressage r&#233;publicain &#187;, il use d'expressions comme &#171; les guenilles postcoloniales de nos quartiers &#187; ; &#171; les familles immigr&#233;es victimes de la s&#233;gr&#233;gation et du ch&#244;mage massif &#187; ; &#171; la vall&#233;e de larmes et de combats que fut l'histoire de nos p&#232;res et grands p&#232;res &#187;. Mais il adopte &#233;galement un point de vue moins particulariste en mentionnant les &#171; causes &#233;conomiques profondes &#187; de la d&#233;linquance, &#171; les vrais pourvoyeurs d'ins&#233;curit&#233; &#187; que sont &#224; ses yeux les sicaires de &#171; l'&#233;conomie de march&#233; d&#233;brid&#233;e &#187; et va jusqu'&#224; regretter la disparition des &#171; r&#233;seaux de solidarit&#233; ouvri&#232;re &#187; &#8211; expression que, il faut bien le dire, l'on ne s'attend pas &#224; trouver, et qui de fait n'est pas fr&#233;quente, &#224; ma connaissance, sous la plume d'un rappeur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le paysage du rap fran&#231;ais, La Rumeur reste quoiqu'il en soit un cas particulier eu &#233;gard &#224; ses m&#233;saventures judiciaires : deux ant&#233;c&#233;dents, seulement, en 1995 : &#171; Outrage &#224; personnes d&#233;positaires de l'autorit&#233; publique &#187; contre Joey Starr, pour des propos tenus lors d'un concert (deux mois avec sursis et 7500 euros en appel), et une condamnation pour &#171; provocation au meurtre &#187; &#224; l'encontre du groupe Minist&#232;re A.M.E.R., en raison d'une chanson intitul&#233;e &#171; Sacrifice de poulet &#187;, qui d&#233;bouche sur une interdiction de se produire en public et entra&#238;ne la s&#233;paration du groupe. On pourrait s'attendre &#224; ce qu'un style musical que l'article du &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt; pr&#233;sente comme &#171; inadmissible &#187;, se voulant &#171; la voix de ceux qui n'en ont pas &#187; et brisant le &#171; consensus cathodique &#187; sans se soucier de &#171; plaire au plus grand nombre &#187; ait &#224; rendre plus souvent des comptes aux autorit&#233;s qu'il conspue. Le rap se trouve &#233;videmment pris dans le tissu de contradictions avec lequel doit compter toute entreprise contestataire au sein de la &#171; d&#233;mocratie de d&#233;fiance &#187; c&#233;l&#233;br&#233;e par Rosanvallon, &#224; savoir une d&#233;mocratie qui ne sait garantir sa vertu et son bon fonctionnement qu'en excipant de la libert&#233; d'expression qu'elle accorde aux m&#233;contents de tous bords. Circonstance aggravante, le rappeur, s'il veut survivre, doit bien vendre quelques disques, et dans cette perspective accorder ses r&#233;quisitoires aux exigences du march&#233;. Or il existe apparemment une forte demande pour les r&#233;criminations &#224; l'encontre de l'exclusion discriminatoire, de ses sources coloniales et du racisme structurel propre aux soci&#233;t&#233;s occidentales. L'un des artistes auxquels Jacques Denis a donn&#233; la parole dans son article, le rappeur martiniquais D' de Kabal, s'est ainsi fait le porte-voix des victimes ancestrales de la traite n&#233;gri&#232;re, &#224; travers son spectacle &lt;i&gt;Ecorce de peines&lt;/i&gt;, &#171; long po&#232;me autour de la question de l'esclavage et de ses r&#233;sonances dans les cultures urbaines &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque fois que j'ouvre la bouche, j'entends la voix de nos p&#232;res&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque fois que je crie, j'entends le cri de nos m&#232;res&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la gr&#226;ce de l'industrie musicale, ces voix et ces cris sont d&#233;sormais d&#233;pos&#233;s &#224; la SACEM. Tel est l'un des m&#233;rites de la grande machine culturelle : savoir monnayer les horreurs de l'Histoire en menus dividendes, p&#233;cuniaires pour les uns, symboliques pour les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les autres, ce sont ces intermittents install&#233;s (je parle de ceux qui n'ont pas de mal &#224; &#171; cachetonner &#187;) dans un pr&#233;sent confortable et subventionn&#233;, qui se fantasment en h&#233;ritiers putatifs des damn&#233;s de la terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La reconnaissance de la r&#233;alit&#233; de ce que ces artistes d&#233;noncent ne doit pas nous emp&#234;cher de relever les incons&#233;quences &#233;manant de ce &#171; divertissement militant &#187;. Le combat men&#233; par des associations comme &#171; Hip-hop citoyen &#187;, fond&#233;e par la rappeuse Princess Ani&#232;s, en vue d'une &#171; politique d'int&#233;gration sociale non index&#233;e &#224; la couleur de peau &#187;, est sans doute louable. La parole subversive des rappeurs contestataires, en insistant sur les d&#233;fauts du processus d'int&#233;gration que pr&#233;tend leur offrir la R&#233;publique, revient &#224; exiger pour eux une citoyennet&#233; identique &#224; celle des &#171; souchiens &#187;. Dans cette perspective, la coh&#233;rence voudrait qu'ils assumassent, comme tout bon citoyen fran&#231;ais d&#251;ment estampill&#233;, les responsabilit&#233;s de l'esclavagisme. Or, s'il incombe au descendant du bourreau de prendre en charge les crimes de ses a&#239;eux, il n'en retire, ce faisant, nulle gratification, tandis qu'en r&#233;clamant r&#233;paration, au titre de descendant d'esclave, on transf&#232;re utilement sur sa personne les souffrances et, partant, le b&#233;n&#233;fice moral de celui qui a p&#233;ri sous les coups de fouet. S'il s'agit d'endosser l'identit&#233; fran&#231;aise, nulle raison d'&#233;chapper &#224; la culpabilit&#233; collective, ni au travail de la m&#233;moire repentante vis-&#224;-vis de l'exploitation coloniale. Si, au contraire, les &#171; minorit&#233;s visibles &#187; entendent s'affirmer comme irr&#233;ductiblement indig&#232;nes, la vis&#233;e int&#233;grationniste n'a pas lieu d'&#234;tre. A moins qu'on ne veuille jouir &#224; la fois du beurre r&#233;publicain et de l'argent du beurre de la culpabilit&#233; postcoloniale&#8230;Hypoth&#232;se cavali&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/esthetique-et-critique/article/lutter-en-chansons&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lutter en chansons 1 : Chants et musique dans la politique contestataire&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/esthetique-et-critique/article/pop-rock-ou-la-revolte-en&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lutter en chansons 2 : Pop rock ou La r&#233;volte en quantit&#233; industrielle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;coloniser les esprits, une acculturation n&#233;cessaire au devenir postcolonial des autochtones de France </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Ferrand</dc:creator>


		<dc:subject>n&#233;ocolonialisme</dc:subject>
		<dc:subject>colonialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte vient clore un &#171; triptyque kanak &#187; dont les deux autres volets peuvent &#234;tre lus ici et l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour croire un seul instant &#224; la plus petite possibilit&#233; de d&#233;colonisation, il faudrait que soient r&#233;unies au moins deux conditions, lesquelles ne pourront advenir dans la configuration n&#233;ocoloniale qui r&#233;git la Nouvelle-Cal&#233;donie aujourd'hui. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;chec du projet de codification de la coutume associ&#233; au projet actuel visant &#224; &#233;tablir un &#171; corpus de droit coutumier &#187; t&#233;moignent d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=18" rel="directory"&gt;Migrations, fronti&#232;res&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=67" rel="tag"&gt;n&#233;ocolonialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=74" rel="tag"&gt;colonialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce texte vient clore un &#171; triptyque kanak &#187; dont les deux autres volets peuvent &#234;tre lus &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/revue-casus-belli/article/c-caledonie-nouvelle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/actualite/article/kanaky&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour croire un seul instant &#224; la plus petite possibilit&#233; de d&#233;colonisation, il faudrait que soient r&#233;unies &lt;i&gt;au moins&lt;/i&gt; deux conditions, lesquelles ne pourront advenir dans la configuration n&#233;ocoloniale qui r&#233;git la Nouvelle-Cal&#233;donie aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec du projet de codification de la coutume associ&#233; au projet actuel visant &#224; &#233;tablir un &#171; corpus de droit coutumier &#187; t&#233;moignent d'un malentendu qui n'est pas pr&#232;s de cesser car il supposerait, d'une part, une d&#233;colonisation de l'esprit des juristes fran&#231;ais et, d'autre part, une acculturation f&#233;roce susceptible de les sensibiliser aux arcanes d'une civilisation trois fois mill&#233;naire. Aussi averti qu'il puisse &#234;tre des usages en vigueur dans les communaut&#233;s kanak, la conception de la norme que se fait un magistrat form&#233; sur les bancs d'une facult&#233; de droit fran&#231;aise est sans commune mesure avec ce que les kanak vivent et entendent par coutume. Pour un juriste digne de ce nom, la norme &#8211; qu'elle soit l&#233;gale ou coutumi&#232;re &#8211; pr&#233;existe &#224; la situation conflictuelle. C'est pourquoi la d&#233;cision cens&#233;e mettre fin au diff&#233;rend est consid&#233;r&#233;e comme l'application d'une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale &#224; un cas particulier. Et dans la mesure o&#249;, dans l'&#233;conomie logique du syllogisme judiciaire, la norme est cens&#233;e pr&#233;exister au conflit, il appara&#238;t n&#233;cessaire d'en fixer pr&#233;alablement le contenu par &#233;crit. H&#233;rit&#233;e des th&#233;ologiens et canonistes du Moyen &#194;ge, cette conception id&#233;aliste de la norme est aux antipodes de la r&#233;alit&#233; coutumi&#232;re qui organise la r&#233;gulation des conflits dans les communaut&#233;s kanak. &lt;br class='autobr' /&gt; Quelle correspondance peut-on en effet &#233;tablir entre une conception id&#233;aliste de la norme cens&#233;e &#234;tre &#233;tablie par Dieu, le Roi ou la Nation (on notera la noblesse hautaine de la majuscule), et destin&#233;e &#224; s'appliquer de mani&#232;re imp&#233;rative, d'une part, et la dynamique collaborative inh&#233;rente au d&#233;veloppement du processus coutumier, d'autre part. La coutume est d'abord et avant tout &#233;change de gestes et de paroles. Les kanak ne parlent-ils pas pr&#233;cis&#233;ment de &#171; faire la coutume &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Par-del&#224; les rites particuliers qui pr&#233;sident aux gestes coutumiers, la participation d'un justiciable engag&#233; dans un &#233;change de paroles avec son ou ses juges est une r&#233;alit&#233; trop &#233;trang&#232;re aux repr&#233;sentations et pratiques judiciaires fran&#231;aises. Habitu&#233; &#224; appliquer des normes pr&#233;alablement d&#233;cid&#233;es, vot&#233;es puis am&#233;nag&#233;es par d'autres que lui, le juge fran&#231;ais est d'abord &#171; bouche de la loi &#187;, pour reprendre ici la c&#233;l&#232;bre formule de Montesquieu. S'il retrouve une marge de man&#339;uvre &#224; l'audience, c'est pour dire le droit (&lt;i&gt;juris dictio&lt;/i&gt;), c'est-&#224;-dire tenter de subsumer les faits de l'esp&#232;ce sous la norme pr&#233;existante. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'audience porte au demeurant tr&#232;s mal son nom car elle place le justiciable dans une position contrainte et passive ; elle lui commande le plus souvent de collaborer en se taisant pour laisser parler un autre que lui ou en faisant valoir son &#171; droit au silence &#187;, derni&#232;re conqu&#234;te proc&#233;durale dont se glorifie la patrie des droits de l'homme. Comme l'&#233;crit un magistrat sur son blog, &#171; la personne inqui&#233;t&#233;e a donc le droit d'&#234;tre passive tout au long de la proc&#233;dure p&#233;nale. Et ce droit &#224; la passivit&#233; comprend in&#233;luctablement le droit de se taire &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Confront&#233;s aux pratiques aujourd'hui en vigueur sur le territoire fran&#231;ais, Usbek et Rica n'auraient pas manqu&#233; d'&#234;tre horrifi&#233;s. Mais personne ne s'est encore risqu&#233; &#224; &#233;crire les &lt;i&gt;Lettres kanak&lt;/i&gt;. Sans doute la pr&#233;sence d'assesseurs coutumiers, familiers des usages kanak, permet-elle de lib&#233;rer la parole lors des audiences civiles coutumi&#232;res. Mais au p&#233;nal, la loi du silence retrouve sa raison d'&#234;tre r&#233;pressive. Dans un pays o&#249; la parole est au c&#339;ur de la coutume, ce ph&#233;nom&#232;ne laisse le justiciable kanak sans voix, except&#233;es les voies de recours.&lt;br class='autobr' /&gt; Savourant pourtant ces derni&#232;res conqu&#234;tes de la civilisation occidentale, les castrats du jour aiguisent leur voix pour critiquer des pratiques qu'ils jugent &#234;tre d'un autre &#226;ge : l'astiquage leur fait horreur car il &#233;voque le souvenir r&#233;el ou fantasm&#233; de ces temps barbares o&#249; la douleur physique imposait sa loi. Ils sont en revanche con-vaincus de l'humanit&#233; de leurs usages r&#233;pressifs car tous ceux qui ont (mal) lu &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt; savent bien qu'on a cess&#233; depuis plusieurs si&#232;cles d'&#233;carteler les criminels en place publique. Ils ont d'ailleurs (mal) lu Foucault, mais ils ferait bien de lire Deleuze qui &#233;crivait que &#171; face aux formes prochaines de contr&#244;les incessants en milieu ouvert, il se peut que les plus durs enfermements nous paraissent appartenir &#224; un pass&#233; d&#233;licieux et bienveillant &#187; (&lt;i&gt;Pourparlers&lt;/i&gt;, 1990, p. 240). Ils ne craignent m&#234;me plus de comparer des r&#233;alit&#233;s incommensurables car, en leur for int&#233;rieur, ils pr&#233;f&#232;rent &#233;videmment la prison &#224; l'astiquage pratiqu&#233; dans le cadre d'une coutume de pardon.&lt;br class='autobr' /&gt;
On les soup&#231;onnerait m&#234;me de vouloir se livrer &#224; des exercices de correspondance permettant d'&#233;tablir la moindre r&#233;pression &#224; l'encontre les kanaks en Nouvelle-Cal&#233;donie (au regard de la lumineuse d&#233;monstration &#224; venir, les rabat-joie sont pri&#233;s de tenir pour anecdotique la surrepr&#233;sentation des kanak dans les prisons n&#233;o-cal&#233;donniennes) : si un abus sexuel sur mineure vaut 3 ans de prison en Nouvelle-Cal&#233;donie, il faut admettre que, compar&#233;e aux 4 ans et demi de prison ferme dont vient d'h&#233;riter un autochtone marseillais pour avoir d&#233;rob&#233; leurs mobiles &#224; 3 jeunes victimes (Mediapart, &lt;i&gt;Surprise en plein d&#233;rapage, la justice censure France Culture&lt;/i&gt;, 16 mars 2017), cette peine est moins s&#233;v&#232;re. L'abus sexuel sur mineur est donc puni moins fermement en Nouvelle-Cal&#233;donie que le vol de t&#233;l&#233;phones portables en France. &lt;br class='autobr' /&gt;
A la bonne heure ! La diff&#233;rence ne s'explique que par le d&#233;calage horaire&#8230; Vivement que, tout &#224; la joie de son &lt;i&gt;destin commun&lt;/i&gt;, la Nouvelle-Cal&#233;donie se mette enfin &#224; l'heure fran&#231;aise !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Kanaky</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=645</link>
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		<dc:date>2017-12-24T20:29:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Ferrand</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>n&#233;ocolonialisme</dc:subject>
		<dc:subject>colonialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le cynisme politique n'a pas de bornes : alors qu'ont &#233;t&#233; constat&#233;es des fraudes aux inscriptions dans les commissions administratives sp&#233;ciales charg&#233;es de l'&#233;tablissement et de la r&#233;vision des listes &#233;lectorales, la question des inscriptions irr&#233;guli&#232;res - reconnues par l'&#201;tat fran&#231;ais lui-m&#234;me - a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;, en f&#233;vrier 2016, comme &#171; politiquement close &#187; par le 14e comit&#233; des signataires du gouvernement de la Nouvelle-Cal&#233;donie. Aussi, depuis mars 2016, une mission d'observation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=22" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=67" rel="tag"&gt;n&#233;ocolonialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=74" rel="tag"&gt;colonialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le cynisme politique n'a pas de bornes : alors qu'ont &#233;t&#233; constat&#233;es des fraudes aux inscriptions dans les commissions administratives sp&#233;ciales charg&#233;es de l'&#233;tablissement et de la r&#233;vision des listes &#233;lectorales, la question des inscriptions irr&#233;guli&#232;res - reconnues par l'&#201;tat fran&#231;ais lui-m&#234;me - a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;, en f&#233;vrier 2016, comme &#171; politiquement close &#187; par le &lt;a href=&#034;https://gouv.nc/actualites/07-02-2016/les-conclusions-du-comite-des-signataires&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;14e comit&#233; des signataires du gouvernement de la Nouvelle-Cal&#233;donie&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, depuis mars 2016, une mission d'observation mandat&#233;e par les Nations unies a-t-elle &#233;t&#233; charg&#233;e de jeter un &#339;il sur les pratiques de r&#233;vision des listes &#233;lectorales qui permettront aux n&#233;o-cal&#233;doniens de se prononcer par r&#233;f&#233;rendum sur leur autod&#233;termination (ne parlons surtout pas d'ind&#233;pendance) &#224; la fin de l'ann&#233;e 2018.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 octobre 2017, et alors que plus de 23000 kanaks n'&#233;taient inscrits sur aucune liste &#233;lectorale, certains acteurs du jeu politique n&#233;o-cal&#233;donien plaidaient devant la commission de d&#233;colonisation de l'ONU pour que le r&#233;f&#233;rendum &#224; venir soit &#171; sinc&#232;re et incontestable &#187;. Au m&#234;me moment, une synchronicit&#233; &#233;tonnante pr&#233;sidait &#224; la d&#233;signation d'un ancien premier ministre fran&#231;ais &#224; la pr&#233;sidence de la mission d'information parlementaire sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Cal&#233;donie. Chacun en appr&#233;ciera le beau sourire, au centre de la photo, &lt;a href=&#034;https://gouv.nc/actualites/07-02-2016/les-conclusions-du-comite-des-signataires ou l&#224; https://gouv.nc/actualites/10-11-2016/un-comite-des-signataires-dans-la-continuite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autant de signes continus et manifestes de la vitalit&#233; n&#233;ocoloniale d'une r&#233;publique fran&#231;aise qui, n'ayant plus gu&#232;re l'occasion de maintenir son empire territorial par la force comme le fait aujourd'hui l'Espagne &#224; l'encontre de la Catalogne, use des pratiques douteuses, pour ne pas dire mafieuses, qui ont fait la gloire de la fran&#231;afrique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut certes avoir un peu de m&#233;moire pour se rappeler qu'au moment m&#234;me o&#249; les kanak avaient souhait&#233; associer &#224; leur destin toutes les &#171; victimes de l'histoire &#187; (descendants de bagnards et de communards, mineurs asiatiques soumis au r&#233;gime de l'indig&#233;nat, immigr&#233;s du pacifique, etc.), le premier ministre fran&#231;ais, Pierre Mesmer, affichait ouvertement sa volont&#233; de submerger les kanak par le nombre en surfant sur le boom &#233;conomique du nickel pour accompagner une nouvelle vague de peuplement de la Nouvelle-Cal&#233;donie : &#171; La pr&#233;sence fran&#231;aise en Cal&#233;donie ne peut &#234;tre menac&#233;e, sauf guerre mondiale, que par une revendication nationaliste des populations autochtones, appuy&#233;es par quelques alli&#233;s &#233;ventuels dans d'autres communaut&#233;s ethniques venant du Pacifique. &#192; court et moyen terme, l'immigration massive de citoyens fran&#231;ais m&#233;tropolitains ou originaires des d&#233;partements d'outre-mer devrait permettre d'&#233;viter ce danger, en maintenant ou en am&#233;liorant le rapport num&#233;rique des communaut&#233;s. &#192; long terme la revendication nationaliste autochtone ne sera &#233;vit&#233;e que si les communaut&#233;s non originaires du Pacifique repr&#233;sentent une masse d&#233;mographique majoritaire &#187;. No comment ! Fran&#231;afrique a toujours rim&#233; avec France &#224; fric.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est pas parce que la Cal&#233;donie (nouvelle) est loin de nous qu'il faut oublier le geste d'Eloi Machoro brisant, en 1984, l'urne &#233;lectorale du statut Lemoine et recouvrir d'un silence complice les pratiques de l'&#233;tat n&#233;ocolonial fran&#231;ais qui souillent chaque jour une d&#233;mocratie morte avant d'&#234;tre n&#233;e, en France comme &#224; l'&#233;tranger. Comme si le r&#234;ve de la Kanaky, r&#233;publique ind&#233;pendante imagin&#233;e dans les ann&#233;es 80 par des ind&#233;pendantistes, &#233;tait destin&#233; &#224; rejoindre le cimeti&#232;re des utopies forg&#233;es au feu des exp&#233;riences r&#233;volutionnaires pour &#234;tre ensuite sacrifi&#233;es sur l'autel des int&#233;r&#234;ts de la &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/revue-casus-belli/article/c-caledonie-nouvelle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;puissance (n&#233;o)coloniale fran&#231;aise&#8230;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>C - Cal&#233;donie (nouvelle) / Colonialisme (n&#233;o)</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=632</link>
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		<dc:date>2017-12-10T11:31:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Ferrand</dc:creator>


		<dc:subject>n&#233;ocolonialisme</dc:subject>
		<dc:subject>colonialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Est-ce la perspective prochaine d'une consultation de la population n&#233;o-cal&#233;donienne au sujet de sa possible accession &#224; la &#171; pleine souverainet&#233; &#187; qui explique l'abondante litt&#233;rature aujourd'hui consacr&#233;e &#224; cette terre &#171; d&#233;couverte &#187; par James Cook et qu'il baptisa Nouvelle-Cal&#233;donie en souvenir d'une autre &#238;le qui fut jadis pr&#233;serv&#233;e de la &#171; civilisation &#187; romaine par le mur d'Adrien ? Toujours est-il que cette terre d'Outre-mer nous rappelle quel fort incommodant &#171; caillou &#187; elle forme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_299 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/casus-belli-nst-1l-7.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/casus-belli-nst-1l-7.png' width='300' height='856' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Est-ce la perspective prochaine d'une consultation de la population n&#233;o-cal&#233;donienne au sujet de sa possible accession &#224; la &#171; pleine souverainet&#233; &#187; qui explique l'abondante litt&#233;rature aujourd'hui consacr&#233;e &#224; cette terre &#171; d&#233;couverte &#187; par James Cook et qu'il baptisa Nouvelle-Cal&#233;donie en souvenir d'une autre &#238;le qui fut jadis pr&#233;serv&#233;e de la &#171; civilisation &#187; romaine par le mur d'Adrien ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours est-il que cette terre d'Outre-mer nous rappelle quel fort incommodant &#171; caillou &#187; elle forme dans la botte coloniale de la France. Appel&#233;e &#224; s'affranchir de cette derni&#232;re, un r&#233;f&#233;rendum &#171; d'autod&#233;termination &#187; doit avoir lieu &#224; la fin de l'ann&#233;e 2018. Aux termes de l'accord de Noum&#233;a (5 mai 1998), &#171; la consultation portera sur le transfert &#224; la Nouvelle-Cal&#233;donie des comp&#233;tences r&#233;galiennes, l'acc&#232;s &#224; un statut international de pleine responsabilit&#233; et l'organisation de la citoyennet&#233; en nationalit&#233; (&#8230;) L'&#201;tat reconna&#238;t la vocation de la Nouvelle-Cal&#233;donie &#224; b&#233;n&#233;ficier, &#224; la fin de cette p&#233;riode, d'une compl&#232;te &#233;mancipation &#187;. L'euph&#233;misation, inh&#233;rente &#224; cet exercice de style diplomatique, permet d'&#233;carter un mot d'ordre que l'&#233;tat fran&#231;ais cherche &#224; bannir de l'espace public : IND&#201;PENDANCE. Que la Cal&#233;donie nouvelle puisse le (re)devenir, voil&#224; assur&#233;ment ce dont l'&#233;tat fran&#231;ais ne veut pas. C'est pourquoi il &#339;uvre, en coulisse, &#224; ce que le corps &#233;lectoral appel&#233; &#224; se prononcer &#224; la fin de l'ann&#233;e 2018 soit favorable au maintien du &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/actualite/article/kanaky&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; (n&#233;o)colonial&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par-del&#224; le pis-aller d&#233;mocratique qu'est le r&#233;f&#233;rendum, &#171; la neutralit&#233; active &#187; de Hollande et la volont&#233; affirm&#233;e par Macron que la Nouvelle-Cal&#233;donie reste une &#171; terre de France &#187; confirment qu'en de&#231;&#224; des Pyr&#233;n&#233;es l'ind&#233;pendance n'est plus de saison (Au-del&#224; des Pyr&#233;n&#233;es, elle est en revanche d'une br&#251;lante actualit&#233;). La p&#233;riode dite &#171; des &#233;v&#233;nements &#187; (1984-1988) avait certes pouss&#233; l'&#233;tat fran&#231;ais &#224; c&#233;der du terrain (accords de Matignon-Oudinot, 1988) en pr&#233;voyant un &#171; r&#233;f&#233;rendum d'autod&#233;termination &#187; pour 1998. Mais la reconnaissance des &#171; ombres de la colonisation &#187; et de &#171; l'identit&#233; kanak &#187; d'une part, la volont&#233; affich&#233;e de &#171; fonder une nouvelle souverainet&#233; partag&#233;e dans un destin commun &#187; et de faire de la &#171; d&#233;colonisation un moyen de refonder un lien durable entre les communaut&#233;s qui vivent aujourd'hui en Nouvelle-Cal&#233;donie &#187; (Pr&#233;ambule de l'accord de Noum&#233;a) d'autre part, auront eu raison de ces premi&#232;res intentions. Si la port&#233;e symbolique de l'accord de Noum&#233;a est ind&#233;niable, la reconnaissance de la culture kanak est un chiffon de papier agit&#233; pour d&#233;samorcer les revendications ind&#233;pendantistes que beaucoup craignent de voir &#224; nouveau coloniser l'espace public. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle assignation culturelle et identitaire est le cheval de Troie d'une politique imp&#233;rialiste n&#233;o-coloniale qui trouve dans le droit un instrument d'autant plus efficace qu'il est diffus. Derri&#232;re la s&#233;mantique omnipr&#233;sente et aujourd'hui convenue de la &#171; d&#233;colonisation &#187;, concepts juridiques et pratiques judiciaires colonisent encore les corps de ceux qui &#339;uvrent &#224; la fabrication du &#171; destin commun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;colonisation, vue de l'esprit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ici faire &#233;tat de la situation politique, &#233;conomique, sociale ou &#233;ducative pour t&#233;moigner d'une r&#233;alit&#233; sensible : la &#171; d&#233;colonisation progressive &#187; n'a pas eu lieu. Les oracles de Matignon et de Noum&#233;a avaient pourtant parl&#233; ; les scribes patent&#233;s avaient jet&#233; ici et l&#224; quelque barbouille &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; porteuse de sens : &#171; transfert de comp&#233;tences &#187; ; &#171; citoyennet&#233; n&#233;o-cal&#233;donienne &#187; ; &#171; identit&#233; kanak &#187; ; &#171; destin commun &#187;. La d&#233;colonisation &#233;tait cens&#233;e accompagner la marche vers une ind&#233;pendance qu'un r&#233;f&#233;rendum d'autod&#233;termination devait consacrer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute les revendications exprim&#233;es dans les ann&#233;es 80 (acc&#232;s au pouvoir politique, redistribution fonci&#232;re, d&#233;veloppement &#233;conomique, promotion de la culture kanak) ont-elles rencontr&#233; un certain &#233;cho, mais contrairement &#224; l'ind&#233;pendance conquise par les anciennes colonies d'exploitation, il est impossible d'envisager un processus &#233;quivalent pour une colonie de peuplement telle que la Nouvelle-Cal&#233;donie. Le d&#233;veloppement historique d'une colonie de peuplement tend en effet &#224; neutraliser et s&#233;gr&#233;ger, puis &#224; incorporer ou &#224; an&#233;antir l'alt&#233;rit&#233; autochtone. Demandez donc aux aborig&#232;nes (3 % de la population australienne) ou aux maoris (15 % des N&#233;o-Z&#233;landais), ce qu'ils pensent de l'ind&#233;pendance ? Elle ne fait tout simplement plus partie de leur ordre des possibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette r&#233;alit&#233; statistique n'est certes pas comparable avec la Nouvelle-Cal&#233;donie, qui se distingue par son exceptionnelle vigueur d&#233;mographique : en 1921, la population kanak ne comptait plus que 27 000 individus, soit 80 % de moins que lorsque le &#171; caillou &#187; avait &#233;t&#233; &#171; d&#233;couvert &#187; en 1774. Avec les 105 000 personnes se d&#233;clarant kanak lors du recensement de 2014, cette communaut&#233; a donc &#233;tonnamment r&#233;sist&#233; puisqu'elle repr&#233;sente encore pr&#232;s de 40 % de la population totale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Occultant le processus &#224; l'&#339;uvre dans les colonies de peuplement, d'aucuns pr&#233;tendront m&#234;me que les kanaks ont reconquis leur place dans la soci&#233;t&#233; n&#233;o-cal&#233;donienne en for&#231;ant l'&#233;tat fran&#231;ais &#224; reconna&#238;tre leur identit&#233;, identit&#233; dont personne ne sait d'ailleurs vraiment ce qu'elle est, et surtout pas si elle est &lt;i&gt;pr&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;post&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;n&#233;o&lt;/i&gt;coloniale. On sait en revanche que la reconnaissance solennelle d'une identit&#233; sp&#233;cifique, sp&#233;cialement lorsqu'elle passe par la cons&#233;cration officielle des coutumes autochtones, ne diff&#232;re gu&#232;re de la reconnaissance tout aussi officielle d'un statut particulier octroy&#233; aux indig&#232;nes par le colonisateur. Comme on a justement pu l'&#233;crire &#224; ce sujet, &#171; cette reconnaissance institutionnelle n'est en rien la marque d'un moment postcolonial en rupture avec les p&#233;riodes qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;. Historiquement en effet la prise en compte officielle des &#171; coutumes indig&#232;nes &#187; constitue un trait caract&#233;ristique des empires coloniaux, bien plus qu'un attribut des processus de d&#233;colonisation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Demmer et B. Tr&#233;pied, La coutume kanak dans l'Etat. Perspectives (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle n'est donc par cons&#233;quent qu'un des aspects de la politique n&#233;o-coloniale aujourd'hui &#224; l'&#339;uvre en Nouvelle-Cal&#233;donie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque cette reconnaissance se fait avec les mots du droit, nul besoin de mobiliser la critique marxiste de leur formalisme pour &#234;tre en droit de se demander si les accords de Matignon et de Noum&#233;a ne furent pas les actes fondateurs d'une forme originale de n&#233;ocolonialisme, dans la mesure pr&#233;cis&#233;ment o&#249; les structures &#233;conomiques et sociales perp&#233;tuent, &#224; des degr&#233;s divers, l'exclusion des kanak ? Il n'est en effet plus question de (r&#233;)inventer un &#171; droit n&#233;o-cal&#233;donien &#187; ent&#233; sur les sp&#233;cificit&#233;s d'une &#171; culture et d'une identit&#233; kanak &#187; (dont le leader ind&#233;pendantiste J.-M. Tjibaou disait qu'elle &#233;tait, non pas derri&#232;re mais &#171; devant nous &#187;), mais de consacrer l'existence d'un droit civil pr&#233;tendument coutumier afin de consacrer la &#171; souverainet&#233; interne &#187; du peuple kanak. Le caract&#232;re abscons de ces &#233;nonc&#233;s offre l'opportunit&#233; de d&#233;placer le d&#233;bat sur le terrain juridique, et de laisser ainsi en suspens la question politique de l'ind&#233;pendance. Mais ceux pour qui les mots ont encore un sens ne manqueront pas de remarquer que le &#171; droit &lt;i&gt;commun&lt;/i&gt; &#187; de la Nouvelle-Cal&#233;donie est le droit fran&#231;ais. De l&#224; &#224; sugg&#233;rer que le &#171; destin &lt;i&gt;commun&lt;/i&gt; &#187;, auquel chacun est cens&#233; concourir, est un destin fran&#231;ais&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux qui en douteraient encore seraient bien avis&#233;s d'observer comment les formes de r&#233;gulation judiciaire aujourd'hui &#224; l'&#339;uvre contribuent &#224; la (re)conversion (n&#233;o)coloniale de la soci&#233;t&#233; n&#233;o-cal&#233;donienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;colonisation du droit, slogan n&#233;ocolonial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis une vingtaine d'ann&#233;es, une poign&#233;e de magistrats et de professeurs de droit ont entrepris de mettre fin &#224; la colonisation juridique fond&#233;e, d'apr&#232;s eux, sur un jugement de valeur et le d&#233;ni de la civilisation kanak. Louable dans ses intentions, ce projet de &#171; d&#233;colonisation du droit &#187; (i.e. fran&#231;ais) a consist&#233; &#224; fa&#231;onner un &#233;crin institutionnel susceptible d'accueillir les diverses manifestations de la coutume kanak.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la rendre visible, certains avaient d'abord nourri le projet de former un recueil de droit coutumier pour l'aire circonscrite de paic&#238;-cam&#251;k&#238; (Province nord). L'objectif &#233;tait d'&#233;tablir un &#171; droit kanak &#187; qui puisse &#234;tre mobilis&#233; dans le cadre des tribunaux civils coutumiers g&#233;n&#233;ralement compos&#233;s d'un magistrat fran&#231;ais et d'assesseurs kanak. Charg&#233; du contentieux civil, ces juridictions ont en effet vocation &#224; r&#233;gler les diff&#233;rends opposants les justiciables de statut coutumier qui ne souhaitent pas se voir appliquer le droit &#171; commun &#187; (i.e. fran&#231;ais). Mise &#224; la port&#233;e des magistrats, la coutume aurait alors gagn&#233; en autorit&#233; dans la mesure o&#249; les premiers auraient pu en avoir une connaissance plus pr&#233;cise et &#171; rendre des d&#233;cisions conformes &#224; celle-ci &#187;. Le magistrat ayant ainsi reconnu la sp&#233;cificit&#233; du &#171; droit coutumier &#187;, le justiciable aurait par suite d'autant mieux accept&#233; l'autorit&#233; de la d&#233;cision rendue que des assesseurs kanak sont associ&#233;s au processus d&#233;cisionnel. En observateurs avertis des usages en vigueur, les instigateurs n'ignoraient pas que lorsque les paroles &#233;chang&#233;es aboutissent &#224; un accord (que celui-ci soit plus ou moins contraint par les formes judiciaires h&#233;rit&#233;es du colonisateur), celui-ci serait ex&#233;cut&#233; plus surement que par le recours &#224; la force publique attach&#233;e aux d&#233;cisions de justice. En Nouvelle-Cal&#233;donie, la honte sociale polic&#233;e attach&#233;e au non-respect de la parole donn&#233;e est en effet bien plus efficace que la force polici&#232;re de l'ordre public fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la r&#233;daction de la coutume de Paic&#238;-Cam&#251;k&#238; fut un &#233;chec, elle n'a cependant pas stopp&#233; les vell&#233;it&#233;s de ceux qui demeurent toujours convaincus, &#224; l'instar du &#224; l'instar du magistrat Eric Rau qui avait entrepris en pleine p&#233;riode coloniale de rationaliser les coutumes &#171; canaques &#187; (sic), que le d&#233;veloppement progressif d'une &#171; coutume judiciaire &#187; et le projet corr&#233;latif d'en op&#233;rer la synth&#232;se afin de constituer un &#171; corpus de droit coutumier kanak &#187; sont des progr&#232;s n&#233;cessaires. Ces bonnes intentions interpellent car elles produisent une s&#233;rie d'antinomies qui t&#233;moignent de la persistance du legs colonial et des dynamiques n&#233;o-coloniales &#224; l'&#339;uvre dans la soci&#233;t&#233; n&#233;o-cal&#233;donienne contemporaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Commen&#231;ons par observer que la reconnaissance officielle de la coutume kanak s'est op&#233;r&#233;e dans le cadre national et immuable de la r&#233;publique fran&#231;aise. Si cette reconnaissance a pu entra&#238;ner la cr&#233;ation d'institutions nouvelles (Conseils et S&#233;nat coutumiers), elle s'est adoss&#233;e &#224; des institutions h&#233;rit&#233;es de la p&#233;riode coloniale (tribus, districts, chefs coutumiers, etc., qui incr&#233;mentent les structures administratives fran&#231;aises). Plut&#244;t que de placer cette &#233;volution r&#233;cente sous l'&#233;gide incantatoire du progr&#232;s, peut-&#234;tre vaudrait-il mieux la replacer dans la dynamique historique de promotion par l'&#201;tat fran&#231;ais d'une politique de la diff&#233;rence. Inaugur&#233;e &#224; l'&#233;poque coloniale, poursuivie apr&#232;s la fin de l'indig&#233;nat, elle se nourrit aujourd'hui de la juridicisation accrue des actes les plus courants de la vie civile. Elle op&#232;re ainsi de mani&#232;re diffuse dans le corps de la soci&#233;t&#233; n&#233;o-cal&#233;donienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face au projet d'&#233;criture de la coutume et des justifications progressistes qui l'accompagnent, certains ont tir&#233;, non sans vacarme, la sonnette d'alarme. Outre la justification opportune de donner ainsi corps aux accords de Noum&#233;a en prenant en compte l'identit&#233; kanak, ce projet est soutenu par une id&#233;ologie &lt;i&gt;droits de l'hommiste&lt;/i&gt; b&#234;te, aveugle et ignorante. Celle-ci s'appuie, notamment, sur les in&#233;galit&#233;s entre les sexes en Nouvelle-Cal&#233;donie, et contribue ainsi &#8211; l&#224; est sa b&#234;tise &#8211; &#224; opposer l'Occident, suppos&#233; &#233;galitaire &#8211; l&#224; est son aveuglement &#8211;, aux valeurs patriarcales r&#233;gissant les m&#339;urs kanak. Ce faisant elle participe &#224; la naturalisation d'&#233;l&#233;ments patriarcaux qu'elle croit &#8211; l&#224; est son ignorance &#8211; ancr&#233;e dans le fond traditionnel de la culture kanak. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pourtant pas n&#233;cessaire d'&#234;tre grand clerc pour remarquer que les in&#233;galit&#233;s entre les sexes t&#233;moignent moins de la r&#233;alit&#233; des coutumes ancestrales kanak que de la redoutable efficacit&#233; du processus colonial de &#171; civilisation des indig&#232;nes &#187;. Est-il vraiment utile de rappeler comment les missionnaires fran&#231;ais ont d'abord assign&#233; &#224; r&#233;sidence, puis impos&#233; la couture &#224; des femmes r&#233;put&#233;es jusqu'alors &#234;tre de redoutables b&#251;cherons ? Est-il vraiment n&#233;cessaire de pr&#233;ciser comment ils sont parvenus &#224; imposer les codes du mariage monogame et indissoluble &#224; une soci&#233;t&#233; dans laquelle une simple dispute pouvait d&#233;faire les unions, unions appel&#233;es &#224; se recomposer avec une simplicit&#233; que jalouserait plus d'un autochtone fran&#231;ais qui, pour se s&#233;parer d'une &#233;pouse avec laquelle il ne s'entend plus, doit mobiliser &#224; grands frais un bataillon de juristes et d'officiers publics (avocats, magistrats et notaires) ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Les mots m&#234;mes avec lequel ces apprentis codificateurs entendent &#171; &#233;crire &#187; la coutume sont d&#233;j&#224; pleins d'un sens n&#233;ocolonial qui a pour premier effet d'indiquer au &lt;i&gt;quidam&lt;/i&gt; que si la &#171; civilisation coloniale &#187; n'a pas pu promouvoir l'&#233;galit&#233; entre les sexes, c'est pour la raison essentielle, trop &#233;vidente pour &#234;tre signal&#233;e, que cette &#171; civilisation chr&#233;tienne &#187; fut, et demeure, profond&#233;ment in&#233;galitaire. Est-ce vraiment un hasard si le f&#233;minisme a pris corps en Occident ? Plut&#244;t que de reconna&#238;tre la part de l'h&#233;ritage colonial, cette id&#233;ologie b&#234;te, aveugle et ignorante pr&#233;f&#232;re se livrer &#224; une instrumentalisation raciste et classiste du f&#233;minisme qui enferme les communaut&#233;s kanak dans un statut d'arri&#233;ration pr&#233;moderne et perp&#233;tue ainsi la domination masculine. Elle reconduit ainsi le geste colonial par lequel les missionnaires avaient jadis, au nom du combat contre la polygynie et la r&#233;pudiation, encourag&#233; les formes du pouvoir patriarcal (enfermement de l'&#233;pouse au sein du foyer, interdiction du divorce, pouvoir discr&#233;tionnaire de l'&#233;poux sur sa conjointe, etc.) et &#233;touff&#233; certains modes d'expression qui offraient aux femmes une libert&#233; (notamment sexuelle) que jalouseraient les plus f&#233;ministes de nos contemporain.e.s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le renforcement des hi&#233;rarchies de genre est un exemple, et non le moindre, des impens&#233;s qui accompagnent la codification de la coutume par quelques progressistes bien intentionn&#233;s, un autre ph&#233;nom&#232;ne m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te. Que les coutumes soient brandies par quelques magistrats et assesseurs pour imposer une d&#233;cision laisse le justiciable kanak pour le moins circonspect. Lui qui a toujours &#171; fait la coutume &#187; se voit ainsi signifi&#233; par un magistrat au teint blafard qu'il est ignorant de sa propre culture. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224; significative dans le jugement des affaires civiles, cette violence est plus grande encore en mati&#232;re p&#233;nale, car les solutions impos&#233;es tournent syst&#233;matiquement au d&#233;savantage du justiciable kanak. Un exemple, certes exceptionnel, permettra d'en saisir les ressorts. Abus&#233;e par son ancien ami, une jeune fille s'en &#233;tait plainte. L'agresseur ayant reconnu les faits, l'une et l'autre avaient subi un ch&#226;timent (cinq coups de baguette sur le dos) dans le cadre d'un arrangement coutumier entre les deux familles. Apr&#232;s que l'oncle de la jeune fille a appliqu&#233;, sur la demande du p&#232;re du jeune homme, l'astiquage sur les deux protagonistes afin de leur signifier qu'ils n'avaient plus &#224; se revoir, celle-ci avait d&#251;, dans le cadre d'une coutume de pardon, quitter son clan. Saisi &#171; concurremment &#187; de l'affaire, le tribunal correctionnel de Lifou avait estim&#233; pour sa part &#171; que les faits sont d'une particuli&#232;re gravit&#233; s'agissant d'une agression sexuelle sur une mineure &#226;g&#233;e de moins de 13 ; que contre toute &#233;quit&#233; c'est jusqu'&#224; pr&#233;sent la victime qui a &#233;t&#233; la plus s&#233;v&#232;rement sanctionn&#233;e puisqu'elle a d&#251; subir un ch&#226;timent coutumier et quitter Lifou ; que pour r&#233;tablir l'&#233;quit&#233; et r&#233;parer ainsi le trouble grave &#224; l'ordre public caus&#233; par l'infraction et le sort fait &#224; la victime, il convient de d&#233;livrer imm&#233;diatement mandat de d&#233;p&#244;t &#224; l'encontre du condamn&#233; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MP c/Meite, 8 avril 1999.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ainsi, et contrairement au principe &lt;i&gt;ne bis in idem&lt;/i&gt; qui interdit de punir deux fois pour les m&#234;mes faits, le tribunal avait condamn&#233; l'agresseur &#224; une peine de trois ans d'emprisonnement. L'&#233;quit&#233;, l'unit&#233; du droit p&#233;nal, l'ordre public et l'indivisibilit&#233; de la r&#233;publique auront ainsi justifi&#233; ce monument surr&#233;aliste &#233;lev&#233; &#224; la gloire de la justice fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et que le jeune homme ne se plaigne pas : au m&#234;me moment, en un autre lieu du pacifique, quelques descendants des naufrag&#233;s du Bounty qui avaient eu la sottise de maintenir des liens avec la Perfide Albion, auront eu le signifiant honneur, dans une affaire &#233;galement surr&#233;aliste d'atteinte &#224; la bonne morale sexuelle, de construire de leurs propres mains la prison dans laquelle un parterre de juges perruqu&#233;s &#233;galement blafards d&#233;cideront de les enfermer&#8230; avec la b&#233;n&#233;diction id&#233;ologique des d&#233;fenseurs des droits humains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Assier-Andrieu, &#171; Le cr&#233;puscule des cultures. L'affaire Pitcairn et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le plus grand secret des r&#233;formateurs est d'avancer en crabe, de mani&#232;re &#224; ne jamais perdre de vue l'horizon du progr&#232;s. De la sorte, ils ne le quittent jamais des yeux, en parlent &#224; tout bout de champ et ne l'atteignent jamais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un juriste un peu plus averti que les autres, peut-&#234;tre parce que trop ouvertement familier de l'anthropologie, tirait en peu de mots la le&#231;on de sa participation &#224; la codification du &#171; droit coutumier &#187; zande : &#171; Une chose m'appara&#238;t certaine, pr&#232;s de trente ans plus tard, au terme de ce p&#233;riple acad&#233;mique. En pensant &#224; un &#034;coutumier&#034; susceptible de guider les praticiens dans l'administration du droit zande, je contribuais, sans le savoir, &#224; la conspiration des juristes contre le peuple, de la science juridique contre la spontan&#233;it&#233; populaire. La coutume, zande telle qu'elle repose dans le linceul de papier que lui tisse mon &lt;i&gt;Coutumier, jurisprudence et manuel du droit zande&lt;/i&gt; est peut-&#234;tre, j'aime &#224; le croire, aussi belle et &#233;mouvante que le Dormeur du Val. Mais plus jamais le rythme obs&#233;dant du tam-tam et le sautillement all&#232;gre du likembe ne la feront ondoyer dans sa lente formulation du droit zande. Quant &#224; moi, revenu plein d'usage et raison, vivre entre les juristes le reste de mon &#226;ge, je sais que s'il &#233;tait &#224; refaire, je ne referais pas ce chemin &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Vanderlinden, &#171; Le juriste et la coutume : un couple impossible ? &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Difficile dans de telles conditions de croire un seul instant &#224; la plus petite possibilit&#233; de d&#233;colonisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Demmer et B. Tr&#233;pied, &lt;i&gt;La coutume kanak dans l'Etat. Perspectives coloniales et postcoloniales sur la Nouvelle-Cal&#233;donie&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 2017, p. 13-14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MP c/Meite, 8 avril 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Assier-Andrieu, &#171; Le cr&#233;puscule des cultures. L'affaire Pitcairn et l'id&#233;ologie des droits humains &#187;, &lt;i&gt;Droit et soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, 2012/3, p. 763-787.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Vanderlinden, &#171; Le juriste et la coutume : un couple impossible ? &#187;, Bruxelles, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les Antilles au d&#233;but - voire &#224; la fin - du capitalisme ?</title>
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		<dc:date>2017-08-27T14:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guillaume Pigeard de Gurbert, professeur de philosophie &#224; Fort-de-France</dc:creator>


		<dc:subject>n&#233;ocolonialisme</dc:subject>
		<dc:subject>colonialisme</dc:subject>
		<dc:subject>capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>esclavage</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le capitalisme est n&#233; aux Antilles et aux Am&#233;riques au XVIe si&#232;cle. En 1846 (soit deux ans avant l'abolition de l'esclavage dans les Antilles fran&#231;aises), Marx pose l'&#233;quation entre l'esclavage, la colonisation et le capitalisme : &#171; Sans esclavage, vous n'avez pas de coton ; sans coton vous n'avez pas d'industrie moderne. C'est l'esclavage qui a donn&#233; de la valeur aux colonies, ce sont les colonies qui ont cr&#233;&#233; le commerce du monde, c'est le commerce du monde qui est la condition n&#233;cessaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=67" rel="tag"&gt;n&#233;ocolonialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=74" rel="tag"&gt;colonialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=82" rel="tag"&gt;capitalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=83" rel="tag"&gt;esclavage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/logo/arton52.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le capitalisme est n&#233; aux Antilles et aux Am&#233;riques au XVIe si&#232;cle. En 1846 (soit deux ans avant l'abolition de l'esclavage dans les Antilles fran&#231;aises), Marx pose l'&#233;quation entre l'esclavage, la colonisation et le capitalisme : &#171; Sans esclavage, vous n'avez pas de coton ; sans coton vous n'avez pas d'industrie moderne. C'est l'esclavage qui a donn&#233; de la valeur aux colonies, ce sont les colonies qui ont cr&#233;&#233; le commerce du monde, c'est le commerce du monde qui est la condition n&#233;cessaire de la grande industrie machinelle. Aussi, avant la traite des n&#232;gres, les colonies ne donnaient &#224; l'ancien monde que tr&#232;s peu de produits et ne changeaient visiblement pas la face du monde. Ainsi l'esclavage est une cat&#233;gorie &#233;conomique de la plus haute importance. &#187; Rien d'&#233;tonnant dans ces conditions &#224; ce que nous soyons, ici, aujourd'hui, aux avant-postes du surd&#233;veloppement du capitalisme. Il se pourrait bien que la r&#233;volte sociale qui secoue les Antilles fran&#231;aises, ces pays pauvres qui survivent &#224; l'ultrap&#233;riph&#233;rie de la riche Europe, manifeste les premiers tremblements d'un s&#233;isme mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une politique coloniale puis postcoloniale, le capitalisme s'est r&#233;pandu plus rapidement et plus efficacement ici qu'en m&#233;tropole, subordonnant ces territoires &#224; leur centre producteur des marchandises et les r&#233;duisant &#224; l'&#233;tat de simples march&#233;s pour &#233;couler ces derni&#232;res. V&#233;ritables colonies modernes d'hyperconsommation, omnid&#233;pendantes de leur centre de tutelle, ces pays se retrouvent logiquement avec un taux de ch&#244;mage colossal et, pire encore, livr&#233;s &#224; des sous-existences priv&#233;es de sens. La destruction concert&#233;e du tissu productif local a plac&#233; les existences sous un r&#233;gime de possibles ali&#233;n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutez &#224; ce d&#233;sastre le principe d'irresponsabilit&#233; politique, vous avez ces pays exsangues, encay&#233;s dans &#171; des jours &#233;trangers &#187; (C&#233;saire), administr&#233;s &#224; l'aveugle et de loin, qui font entendre leur r&#233;volte. De la colonisation &#224; la globalisation, ces r&#233;gions ultrap&#233;riph&#233;riques ont toujours &#233;t&#233; assujetties &#224; une &#233;conomie parall&#232;le qui leur interdit &#171; de cro&#238;tre selon le suc de cette terre &#187; (C&#233;saire, encore). C'est cette &#171; pwofitasyon &#187;, cette injustice, qui d&#233;signe d'abord en cr&#233;ole un abus de pouvoir, qui n'est plus supportable. C'est contre elle que les peuples de Guadeloupe et de Martinique font lien et front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est indissociablement la violence &#233;conomique qui est combattue, qui est une force cyclop&#233;enne qui n'a que l'&#339;il du profit priv&#233; et &#224; laquelle manque l'&#339;il de l'humain. Cette monstrueuse c&#233;cit&#233; est une infirmit&#233; de naissance du capitalisme, comme le rappelle encore Marx : &#171; La d&#233;couverte des contr&#233;es aurif&#232;res et argentif&#232;res de l'Am&#233;rique, la r&#233;duction des indig&#232;nes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conqu&#234;te et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l'Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voil&#224; les proc&#233;d&#233;s idylliques qui signalent l'&#232;re capitaliste &#224; son aurore. &#187; L'actuel tiers-monde n'est lui-m&#234;me pas une entorse ext&#233;rieure au syst&#232;me capitaliste mais son pur produit, n&#233; de &#171; la colonisation de contr&#233;es &#233;trang&#232;res qui se transforment en greniers de mati&#232;res premi&#232;res pour la m&#232;re-patrie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc ici que l'aube post-capitaliste se l&#232;ve, dans la haute n&#233;cessit&#233; de repenser les conditions d'existence sociales et politiques. Le travail productif comme paradigme de toute activit&#233; socialisante s'applique &#224; une part de plus en plus petite d'individus et rejette une masse grandissante de potentialit&#233;s d'actions non plus seulement dans le non-&#234;tre int&#233;rimaire du ch&#244;mage mais dans le n&#233;ant a priori du rebut. Les Indiens cara&#239;bes d'avant la colonisation ne connaissaient que les activit&#233;s mobiles, cr&#233;atrices, en un mot ouvertes. Au point que &#171; les Am&#233;ricains n'auraient import&#233; tant de Noirs que parce qu'ils ne pouvaient pas utiliser les Indiens, qui se laissaient plut&#244;t mourir. &#187; (Deleuze-Guattari). Les colons ne cessent pas pour autant de se plaindre des Noirs : &#171; Ils ne savent pas ce qu'est le travail &#187; (idem). Il faut dire que les Noirs se suicidaient en mangeant de la terre, de la chaux et de la cendre, esp&#233;rant ainsi retourner chez eux post mortem et &#233;chapper ainsi &#224; l'enfer de l'esclavage. Le p&#232;re Labat, ce Bouvard-et-P&#233;cuchet esclavagiste aux Antilles, appelle cela pudiquement la &#171; m&#233;lancolie noire &#187;. Aussi bien faut-il inverser le diagnostic actuel qui sanctifie la valeur-travail, et, &#224; partir des soci&#233;t&#233;s cara&#239;bes, actives sans &#234;tre laborieuses, concevoir positivement nos nouvelles soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avenir sera-t-il cara&#239;be ? D&#233;lire ? Jacques Delors (cit&#233; par Andr&#233; Gorz) &#233;crivait en 1988 dans &lt;i&gt;La France par l'Europe&lt;/i&gt; : &#171; Un homme salari&#233; de vingt ans avait, en 1946, la perspective de passer au travail en moyenne un tiers de sa vie &#233;veill&#233;e ; en 1975, un quart ; et aujourd'hui, moins d'un cinqui&#232;me. Ces fractures r&#233;centes mais profondes devraient se prolonger et induire d'autres logiques de production et d'&#233;change. &#187; Vingt ans apr&#232;s et avec la r&#233;volution informatique, c'est encore plus vrai. La crise &#233;conomique mondiale en cours n'est pas une menace pour le syst&#232;me capitaliste lui-m&#234;me mais un processus de rationalisation globale en m&#234;me temps qu'une opportunit&#233; d'en acc&#233;l&#233;rer le mouvement. Les faillites en cascade permettent une plus grande concentration des capitaux en m&#234;me temps qu'un meilleur rendement du capital par une diminution consid&#233;rable et rapide de la masse salariale. Le point de vue violemment unilat&#233;ral du capital sur le syst&#232;me &#233;vacue le probl&#232;me d'une nouvelle socialisation ind&#233;pendante de la valeur-travail et abandonne les peuples &#224; la mis&#232;re et &#224; cette col&#232;re qui a d&#233;j&#224; grond&#233; dans les banlieues de l'hexagone qui sont comme ses colonies de l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle, il est grand temps de signer ici, ansanm ansanm (&#034;ensemble, ensemble !&#034;), l'acte de d&#233;c&#232;s de ce syst&#232;me mondial de pwofitasyion n&#233; ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Premi&#232;re publication : 23 f&#233;vrier 2009)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Non, je ne suis PAS Charlie !</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=471</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=471</guid>
		<dc:date>2015-01-15T22:37:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>racisme</dc:subject>
		<dc:subject>violence</dc:subject>
		<dc:subject>islamophobie</dc:subject>
		<dc:subject>n&#233;ocolonialisme</dc:subject>
		<dc:subject>la&#239;cit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Affiche de propagande r&#233;alis&#233;e par le cinqui&#232;me bureau d'action psychologique de l'arm&#233;e fran&#231;aise, incitant les femmes &#224; se d&#233;voiler. &lt;br class='autobr' /&gt; Personne ne peut se r&#233;jouir des assassinats perp&#233;tr&#233;s ce mercredi 7 janvier &#224; l'encontre des gens de Charlie Hebdo. D'abord parce que cette violence est le fruit d'une froide d&#233;lib&#233;ration, qui n'a rien &#224; voir avec la moindre violence lib&#233;ratrice, et ensuite parce qu'il est &#233;vident que cet attentat va renforcer &#224; l'extr&#234;me l'islamophobie r&#233;gnante. Que cet (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=16" rel="directory"&gt;Politique et subjectivation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=2" rel="tag"&gt;racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=66" rel="tag"&gt;islamophobie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=67" rel="tag"&gt;n&#233;ocolonialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=68" rel="tag"&gt;la&#239;cit&#233;&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Affiche de propagande r&#233;alis&#233;e par le cinqui&#232;me bureau d'action psychologique de l'arm&#233;e fran&#231;aise, incitant les femmes &#224; se d&#233;voiler.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Personne ne peut se r&#233;jouir des assassinats perp&#233;tr&#233;s ce mercredi 7 janvier &#224; l'encontre des gens de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;. D'abord parce que cette violence est le fruit d'une froide d&#233;lib&#233;ration, qui n'a rien &#224; voir avec la moindre violence lib&#233;ratrice, et ensuite parce qu'il est &#233;vident que cet attentat va renforcer &#224; l'extr&#234;me l'islamophobie r&#233;gnante. Que cet acte ait suscit&#233; de l'&#233;motion, c'est bien compr&#233;hensible, mais il n'est pas possible de s'en tenir &#224; ce niveau de r&#233;action imm&#233;diate, sauf &#224; renoncer &#224; toute r&#233;flexion et &#224; toute prise de position politiques, au profit d'une simple forme d'indignation morale. Et l'on renonce &#224; cette r&#233;flexion politique, sit&#244;t qu'on embraie sur les effets massifs du rouleau compresseur m&#233;diatique, c&#233;dant ainsi &#224; une forme de dictature de l'&#233;motion, par ailleurs n&#233;cessairement s&#233;lective en ses indignations. Nous ferions pourtant bien de nous inspirer, pour l'occasion, de la c&#233;l&#232;bre maxime de Spinoza : &#171; Non ridere, nec lugere, neque detestari, sed intellegere &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Condamner l'attentat contre &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; au nom de la &#171; libert&#233; d'expression &#187;, de la &#171; d&#233;mocratie &#187;, de la &#171; la&#239;cit&#233; &#187;, de la &#171; pens&#233;e des Lumi&#232;res &#187;, des &#171; droits de l'Homme &#187;, etc, cela revient tout bonnement &#224; utiliser des signifiants plus sonores que r&#233;ellement riches de sens. Renon&#231;ant &#224; cette ventriloquie des slogans, nous ferions bien d'adopter un certain recul historique, bien utile en cette affaire : c'est aussi &lt;i&gt;au nom de la la&#239;cit&#233;&lt;/i&gt;, en vue de lutter contre un obscurantisme qui aurait maintenu les femmes dans une situation de soumission que la France coloniale a pu proc&#233;der, jadis, &#224; d'indignes s&#233;ances de &#171; d&#233;voilement &#187;, en place publique, de femmes musulmanes. Comment, d&#232;s lors, ne pas entendre l'&#233;cho que la loi relative &#224; l'interdiction des signes religieux en milieu scolaire a pu entretenir en son temps avec ces actions violentes pass&#233;es, conduites au nom des m&#234;mes principes ? C'est dans ce cadre g&#233;n&#233;ral qu'il faut interroger la ligne &#233;ditoriale de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, de fa&#231;on &#224; &#233;viter de canoniser ce journal, notamment en consid&#233;rant par principe que toute caricature est en soi salutaire, quel que soit le contexte historique, social, culturel. Ne tournons pas autour du pot : &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; n'avait plus rien &#224; voir avec son inspiration libertaire initiale, et ne constituait plus qu'un journal vomissant chaque semaine la religion musulmane, et encensant la politique des Etats-Unis, comme celle d'Isra&#235;l ! Le droit de blasph&#233;mer est &#233;videmment un droit essentiel, mais lorsque &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; reprend imb&#233;cilement les caricatures publi&#233;es par un journal danois proche de l'extr&#234;me droite, en particulier celle qui repr&#233;sente Mahomet, cachant une bombe sous son turban, peut-il ignorer qu'il le fait &#224; un moment o&#249; l'opinion publique n'a d&#233;j&#224; que trop tendance &#224; voir en chaque musulman un terroriste en puissance ? Se r&#233;f&#233;rer alors aux valeurs de l'anticl&#233;ricalisme pour justifier bien des caricatures odieuses &#224; l'&#233;gard des musulmans, c'est oublier que nous ne sommes pas ici, en France, dans une situation o&#249; l'islam constituerait une institution qui aurait une puissance comparable &#224; celle de l'Eglise catholique du XIXe et des d&#233;buts du XXe si&#232;cle - Olivier Cyran l'&#233;tablit clairement dans une excellente lettre ouverte, en date du 17 d&#233;cembre 2013, adress&#233;e &#224; ses anciens coll&#232;gues de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; S'il semble aujourd'hui &#233;tabli que ce sont bien de jeunes hommes, &#171; radicalis&#233;s &#187; selon l'expression actuellement en vogue, qui ont commis cet attentat contre &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, il ne faut pr&#233;cis&#233;ment rien oublier de tout cet arri&#232;re-plan, qui leur a d&#233;sign&#233; ce journal comme le symbole de l'Occident imp&#233;rialiste. Par cons&#233;quent, l'id&#233;e selon laquelle ces assassinats seraient le fruit de l'obscurantisme, de l'ignorance, etc, emp&#234;che d'identifier les fondements &lt;i&gt;politiques&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;sociaux&lt;/i&gt; de ces actes, et par cons&#233;quent nous expose, outre au fait de ne rien comprendre, au risque que la chose se reproduise, sous des formes variables. En effet, se livrer &#224; une sorte d'auto-c&#233;l&#233;bration des valeurs occidentales, au nom m&#234;me de l'universel, c'est oublier tout simplement que l'Occident est bien &lt;i&gt;incarn&#233;&lt;/i&gt;, qu'il se caract&#233;rise par des int&#233;r&#234;ts qui lui sont propres, notamment &#233;conomiques (et il y a bien une &lt;i&gt;violence&lt;/i&gt; &#233;conomique provenant de cet Occident !), et c'est ainsi prendre le risque de renforcer encore l'image arrogante que l'Occident renvoie de lui-m&#234;me au reste du monde. Si, dans le cadre d'une sorte d'&lt;i&gt;union sacr&#233;e&lt;/i&gt;, allant pour ainsi dire du Parti de gauche au Front national, Sarkozy parle aujourd'hui d'une &#171; guerre d&#233;clar&#233;e &#224; la civilisation &#187;, c'est bien qu'il reproduit le sch&#233;ma m&#234;me de l'Etat colonial que la France n'a jamais tout &#224; fait cess&#233; d'&#234;tre, mais aussi celui qu'adopt&#232;rent les Etats-Unis, pour &lt;i&gt;exporter&lt;/i&gt; la &#171; D&#233;mocratie &#187; en terre irakienne (et les &#171; valeurs &#187; occidentales &lt;i&gt;utilis&#233;es&lt;/i&gt; par l'Administration am&#233;ricaine furent bien alors, de fa&#231;on cette fois &#233;vidente, des armes de guerre). Si les valeurs occidentales &lt;i&gt;sont&lt;/i&gt; la civilisation &#8211; conclusion in&#233;vitable dans le cadre d'une partition du monde s'adossant &#224; un sch&#233;ma progressiste de l'histoire, et opposant un Occident &lt;i&gt;&#233;clair&#233;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;moderne&lt;/i&gt; &#224; un monde non occidental &lt;i&gt;obscurantiste&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;r&#233;trograde&lt;/i&gt; -, comment s'&#233;tonner d'attentats aussi &lt;i&gt;barbares&lt;/i&gt;, puisque aussi bien, nous n'aurions alors, face &#224; &#171; &lt;i&gt;Nous&lt;/i&gt; &#187;, que des hordes de &#171; barbares &#187;, abrutis d'obscurantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si nous restons dans cette position intellectuellement aveugle et autarcique, tout occup&#233;s &#224; nous f&#233;liciter d'&#234;tre, &#171; Nous &#187;, excellents occidentaux, tellement &#171; bons &#187;, &#171; justes &#187;, &#171; tol&#233;rants &#187;, etc, nous ne comprendrons jamais rien &#224; la violence que &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; produisons, et donc rien non plus &#224; la violence qui nous affecte &#224; certaines occasions. Saisissons-nous au contraire de cet &#233;v&#233;nement pour nous interroger sur la n&#233;cessit&#233; de fissurer notre homog&#233;n&#233;it&#233;, en y introduisant de l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne, &lt;i&gt;du pl&#233;b&#233;ien&lt;/i&gt;. Sans cela, nous resterons face &#224; &lt;i&gt;nous-m&#234;mes&lt;/i&gt;, dans un monde dont nous aurons &#233;radiqu&#233; le diff&#233;rent &#8211; contre cet atroce huis-clos &#224; venir, je pr&#233;f&#232;re me tenir aux c&#244;t&#233;s d'Ernest C&#339;urderoy, qui en appelait aux &#171; Cosaques &#187; - autant dire aux &#171; Barbares &#187; -, comme on en appelle &#224; l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne, pour provoquer une r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Texte &#233;crit le samedi 10 janvier 2015, dans la matin&#233;e (avant les manifestations du week-end)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Un court extrait : &#171; Vous connaissant, je m'interroge cependant : c'est quoi, au juste, votre probl&#232;me avec les musulmans de ce pays ? Dans votre texte du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, vous invoquez la salutaire remise en cause des &#171; &lt;i&gt; si grands pouvoirs des principaux clerg&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, mais sans pr&#233;ciser en quoi l'islam &#8211; qui n'a pas de clerg&#233;, mais on ne peut pas tout savoir, hein &#8211; exerce en France un &#171; si grand pouvoir &#187;. Hors de la version hardcore qu'en donnent quelques furieux, la religion musulmane ne me para&#238;t pas rev&#234;tir chez nous des formes extraordinairement intrusives ou belliqueuses. Sur le plan politique, son influence est nulle : six millions de musulmans dans le pays, z&#233;ro repr&#233;sentant &#224; l'Assembl&#233;e nationale. Pour un parlementaire, il est plus prudent de plaider la cause des avocats d'affaires et de voter des lois d'invisibilit&#233; pour les femmes voil&#233;es que de s'inqui&#233;ter de l'explosion des violences islamophobes. Pas un seul musulman non plus chez les propri&#233;taires de m&#233;dias, les directeurs d'information, les poids lourds du patronat, les grands banquiers, les gros &#233;diteurs, les chefferies syndicales. Dans les partis politiques, de gauche comme de droite, seuls les musulmans qui savent r&#233;citer par c&#339;ur les &#339;uvres compl&#232;tes de Caroline Fourest ont une petite chance d'acc&#233;der &#224; un strapontin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source Internet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.article11.info/?Charlie-...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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