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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Le grand d&#233;go&#251;t culturel, dix ans apr&#232;s</title>
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		<dc:date>2017-09-12T09:39:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>


		<dc:subject>art</dc:subject>
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		<dc:subject>art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>culture</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La traduction espagnole du livre d'Alain Brossat, Le grand d&#233;go&#251;t culturel, vient de para&#238;tre. La revue El Confidencial en a profit&#233; pour poser quelques questions &#224; l'auteur. L'occasion pour ce dernier de revenir sur quelques-unes des th&#232;ses avanc&#233;es voil&#224; presque dix ans, et de les confronter &#224; l'&#233;tat actuel du monde des arts et de la culture&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'une des th&#232;ses principales du livre est que l'art se rapproche toujours un peu plus de ses anciens ennemis naturels, comme la mode ou le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=63" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=77" rel="tag"&gt;mondialisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=82" rel="tag"&gt;capitalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=84" rel="tag"&gt;art contemporain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=94" rel="tag"&gt;culture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La traduction espagnole du livre d'Alain Brossat, &lt;i&gt;Le grand d&#233;go&#251;t culturel&lt;/i&gt;, vient de para&#238;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
La revue &lt;a href=&#034;https://www.elconfidencial.com/cultura/2017-09-03/alain-brossat-hartazgo-cultural_1433867/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Confidencial&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; en a profit&#233; pour poser quelques questions &#224; l'auteur. L'occasion pour ce dernier de revenir sur quelques-unes des th&#232;ses avanc&#233;es voil&#224; presque dix ans, et de les confronter &#224; l'&#233;tat actuel du monde des arts et de la culture&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'une des th&#232;ses principales du livre est que l'art se rapproche toujours un peu plus de ses anciens ennemis naturels, comme la mode ou le marketing, et aussi qu'il partage avec eux une certaine logique de prostitution. La situation s'est-elle am&#233;lior&#233;e, ou a-t-elle empir&#233; depuis la premi&#232;re &#233;dition du livre, en 2008 ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'essaie de discerner dans ce livre (d&#233;j&#224; vieux d'une d&#233;cennie, comme le temps passe !), ce sont des tendances lourdes qui affectent le destin de l'art et de la culture, dans les soci&#233;t&#233;s du &#171; Premier monde &#187; et les soci&#233;t&#233;s occidentales en premier lieu &#8211; la convergence toujours plus marqu&#233;e non seulement entre les processus artistiques, les manifestations culturelles et le march&#233;, mais, plus pr&#233;cis&#233;ment entre art, culture et nouvelles formes capitalistes &#8211; je mentionnerai ici la mani&#232;re dont le devenir-marchandise de l'art et la marchandisation des formes culturelles surviennent d&#233;sormais de fa&#231;on croissante en amont de l'&#233;laboration et de la pr&#233;sentation des &#339;uvres, et non plus seulement dans la saisie par le march&#233; et la qu&#234;te du profit, des &#339;uvres et de leur pr&#233;sentation au public en amont de leur &#233;laboration ou de leur &lt;i&gt;reenactment&lt;/i&gt;. Ici, comme dans de nombreux domaines, Hollywood est un des laboratoires o&#249; s'&#233;laborent ces m&#233;canismes de pr&#233;emption et de pr&#233;-programmation du contenu et de la forme des &#339;uvres. Pour faire bref, et en caricaturant volontairement, je dirai que nous sommes entr&#233;s dans une &#233;poque o&#249; la &#171; cr&#233;ation artistique &#187;, la cr&#233;ation culturelle et l'&#233;tude de march&#233; ont scell&#233; un pacte. C'est bien &#233;vident quand on parle des Studios Disney ou de la fabrication des s&#233;ries t&#233;l&#233; br&#233;siliennes ou sud-cor&#233;ennes, mais je crois que, si l'on observe les choses d'un peu pr&#232;s, cet esprit de &#171; l'&#233;tude de march&#233; &#187; contamine profond&#233;ment et globalement la cr&#233;ation artistique et les pratiques culturelles aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
De plus en plus distinctement, vous voyez les jeunes (et moins jeunes) &#233;crivains anticiper sur ce qui se nommera par euph&#233;misme &#171; les go&#251;ts du public &#187; en se tentant de r&#233;pondre &#224; une &#171; demande &#187; suppos&#233;e, en scrutant l' &#171; horizon d'attente &#187; suppos&#233; &#8211; dont il se trouve qu'ils sont eux-m&#234;me format&#233;s par des puissances industrielles et des pouvoirs &#8211; &#233;dition, m&#233;dias, etc. Et donc, vous aurez ainsi, davantage que des modes, des &#171; cycles &#187; ou des &#171; p&#233;riodes &#187; qui ne correspondent en rien &#224; l' &#171; inspiration &#187; individuelle de tel ou tel &#233;crivain mais plut&#244;t &#224; son &lt;i&gt;aspiration&lt;/i&gt; par les logiques du march&#233;, ou, ce qui est la m&#234;me chose, &#224; la symbiose de son ambition de &#171; percer &#187; avec la conjoncture en mati&#232;re d'&#233;conomie de la lecture, des loisirs, de l'&lt;i&gt;entertainment&lt;/i&gt; par le livre : vous aurez ainsi des p&#233;riodes &#171; romans noirs &#187;, des p&#233;riodes &#171; romans historiques &#187; nouvelle mouture, dans lesquels le &#171; mentir-vrai &#187; (Aragon) s'immerge dans les archives et s'empare de la vie de personnages r&#233;els, etc. Selon toute probabilit&#233;, nous allons entrer maintenant dans le cycle du roman animalier renouvel&#233;, en tant qu'effet secondaire mercantile du d&#233;bat en cours tendant &#224; une compl&#232;te r&#233;&#233;valuation de l'entendement occidental de la relation entre humains et animaux...&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le temps de &lt;i&gt;malins&lt;/i&gt; qui surfent sur l'esprit du temps, des opportunistes qui s'entendent &#224; anticiper sur ce qui fait consensus entre directeurs de collections et directeurs commerciaux dans les grosses structures d'&#233;dition, l'&#339;il constamment riv&#233; sur les prix litt&#233;raires et les t&#234;tes de gondole, le temps de ceux/celles dont le talent est de plaire et d'amuser plut&#244;t que d'inqui&#233;ter et d'assombrir &#8211; le temps o&#249; l'on gagne gros en traitant Barthes en farce plut&#244;t qu'en s'int&#233;ressant &#224; la port&#233;e critique de son &#339;uvre &#8211; &lt;i&gt;La septi&#232;me fonction du langage&lt;/i&gt; de Laurent Binet, traduit dans toutes les langues, incluant probablement, d&#233;j&#224;, le basque et le galicien. Ou alors, autre strat&#233;gie d'auto-marchandisation qui fait merveille, c'est le temps des lanceurs de bombes incendiaires factices, sur les plateaux de t&#233;l&#233;vision, des n&#233;o- et nano-c&#233;liniens &#224; la Houellebecq. Au milieu du XIX&#176; si&#232;cle, un critique alors connu, Nisard, s'&#233;tonnait de l'apparition de ce qu'il nommait, d&#233;j&#224;, la &#171; litt&#233;rature industrielle &#187; - on parlerait plut&#244;t aujourd'hui de &#171; litt&#233;rature de march&#233; &#187;, celle dont les cours s'&#233;tablissent et varient dans ces Bourses invisibles o&#249; officient les sp&#233;culateurs du monde de l'&#233;dition, des m&#233;dias, des coteries et de la finance tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, nous sommes pris ici dans des logiques qui portent bien au del&#224; des effets de mode et dont on ne peut s'attendre &#224; ce qu'elles s'inversent par l'effet de la bonne volont&#233; de telle ou telle partie de ceux qui sont les agents/acteurs de ces processus. L'une de mes th&#232;ses principales, dans le livre, c'est que le destin de l'art est &#233;troitement li&#233; &#224; celui de la vie politique. Ce qui veut dire entre autres choses que, quand les logiques de l'&#233;mancipation sont aux abonn&#233;s absents, comme c'est le cas dans une soci&#233;t&#233; comme la mienne aujourd'hui, le processus de captation des pratiques artistiques et culturelles par les puissances mercantiles et, pire, en un sens, par l'esprit du capitalisme, ne peut que s'accentuer sans rel&#226;che. Tant de jeunes artistes, &#233;crivains, metteurs en sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre, r&#233;alisateurs de films, etc. sont port&#233;s &#224; se couler dans le r&#244;le de l'&lt;i&gt;entrepreneur&lt;/i&gt; et &#224; rendre indissociable le d&#233;veloppement de leur &#339;uvre et celui de leur &lt;i&gt;carri&#232;re&lt;/i&gt; que l'on se dit qu'il faudrait vraiment un s&#233;isme politique ou historique de magnitude 9 pour qu'une bifurcation effective puisse intervenir ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre indice de ce processus de captation par l'esprit du capitalisme : ils ne parlent plus, lorsque les journalistes les interrogent ou font face au public, de leur &lt;i&gt;art&lt;/i&gt;, ils parlent de leur &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt;. Ils se voient comme une sorte d'aristocratie artisane, plut&#244;t qu'ouvri&#232;re, &lt;i&gt;mobilis&#233;e&lt;/i&gt; sur leur front propre &#8211; le cin&#233;ma, la danse, le cirque, que sais-je ? C'est &#224; ce titre qu'ils d&#233;fendent farouchement leurs pr&#233;rogatives et leurs statuts, sur un mode absolument corporatif, comme &lt;i&gt;travailleurs de luxe&lt;/i&gt;, s'activant sur le front de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Il se dit parfois que la culture devient quelque chose de secondaire lorsqu'on se trouve plong&#233; dans une crise &#233;conomique. Vous affirmez de votre c&#244;t&#233; que la culture nous &#171; absorbe &#187; et nous d&#233;finit davantage que nos vies professionnelles. Dans un autre passage du livre vous &#233;crivez que &#171; la culture est le territoire de la subversion pour cette raison que les &#233;lites savent qu'aucune r&#233;volution n'est jamais venue des arts &#187;. La culture peut-elle offrir une voie vers l'&#233;mancipation ? De quelle fa&#231;on ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &#171; &#233;mancipation &#187;, en fran&#231;ais du moins, est redoutablement &#233;quivoque : le ma&#238;tre &#171; &#233;mancipe &#187; son esclave ou bien alors les travailleurs luttent pour leur propre &#233;mancipation &#8211; ce n'est pas du tout le m&#234;me processus, ce ne sont pas les m&#234;mes enjeux subjectifs. Et donc, lorsqu'on pose la question classique - la culture peut-elle &#234;tre un moyen d'&#233;mancipation ? - qu'entend-on au juste par l&#224; ? Que plus on va &#171; se cultiver &#187; et plus, et mieux on sera &#233;mancip&#233; ? On per&#231;oit d'embl&#233;e le caract&#232;re intenable d'une telle position &#8211; ce ne sont pas les &#171; idiots cultiv&#233;s &#187; et m&#234;me tr&#232;s cultiv&#233;s qui manquent, dans nos soci&#233;t&#233;s, il suffit de feuilleter les pages &#171; culture &#187; de nos quotidiens et nos hebdos pour le v&#233;rifier... et que n'a-t-on r&#233;p&#233;t&#233; &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt; que le peuple allemand, de haute tradition culturelle, &#171; le-peuple-le-plus-cultiv&#233;-d'Europe &#187; n'en avait pas moins succomb&#233;, &#224; l'heure fatidique, au charme du petit joueur de fl&#251;te autrichien... La question est donc, aussi bien dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233; que dans l'acception m&#234;me d'une &#233;mancipation remise entre les mains d'une instance ou d'une sph&#232;re aussi plastique que &#171; la culture &#187;, mal pos&#233;e, flottante, trop g&#233;n&#233;rale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on continue &#224; penser, dans la tradition par exemple de l'Ecole de Francfort premi&#232;re mani&#232;re, que la politique ne se r&#233;duit pas &#224; la recherche des compromis &#171; raisonnables &#187; ou du consensus, que son horizon n'est pas tout entier satur&#233; par la lutte pour les droits de l'homme et la protection de l'humanit&#233; souffrante, mais qu'au contraire la lutte pour l'&#233;mancipation demeure une id&#233;e rectrice de l'action politique - alors ce qu'il s'agit de probl&#233;matiser est beaucoup plus sp&#233;cifique : comment nos d&#233;sirs d'&#233;mancipation et nos luttes soutenues par ce &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; de l'&#233;mancipation (un proc&#232;s continu plut&#244;t qu'un illusoire &#171; but final &#187;) rencontrent-ils des &#339;uvres, des auteurs, des &#171; &#233;v&#233;nements &#187; situ&#233;s dans le milieu de l'art ou celui de la culture ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai insist&#233; dans mon livre sur le fait que les r&#233;gimes respectifs de &#171; subversion &#187; dans la vie proprement politique et la sph&#232;re culturelle &#233;taient radicalement h&#233;t&#233;rog&#232;nes &#8211; notre &#233;poque est celle d'un substitutisme permanent de la dite radicalit&#233; de telle ou telle &#339;uvre ou pratique culturelle &#224; la radicalit&#233; politique ; en effet, le prix de cette derni&#232;re est, lorsque ceux qui en sont les porteurs sont vaincus, infiniment &#233;lev&#233; &#8211; par contraste avec ces formes de radicalit&#233; culturelle all&#233;gu&#233;e qui, elle, rapportent gros, parfois, &#224; leurs auteurs. Mais ceci n'emp&#234;che nullement que toutes sortes d'&#233;tincelles puissent se produire, lorsqu'un d&#233;sir singulier d'&#233;mancipation (ou une &#233;nergie port&#233;e par ce d&#233;sir) rencontre une autre singularit&#233; &#8211; un film, un roman, un spectacle, une chanson ou un po&#232;me... A ce point de rencontre, peuvent se produire les choses les plus inattendues &#8211; des catalyses, des &#171; r&#233;actions en cha&#238;ne &#187;, des d&#233;parts de feu... Un d&#233;sir s'agence sur une &#339;uvre ou un motif saisi au vol sur une page et balise un trac&#233; durable. Je me dis parfois que ce qui d&#233;peuple le peuple aujourd'hui (le &#171; peuple qui manque &#187; de Deleuze), c'est moins le fait que les jeunes gens ne lisent pas Marx et L&#233;nine que l'absence, sur leur table de chevet, de &lt;i&gt;Billy Budd&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le N&#232;gre du Narcisse&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Michael Kohlhaas&lt;/i&gt;... Les &#233;crans des smartphones ne sont pas la meilleure fen&#234;tre ouverte sur une pens&#233;e critique des conditions de l'h&#233;t&#233;ronomie et de l'autonomie, sur la dialectique de l'&#233;mancipation. La jeunesse ultra-connect&#233;e n'y rencontre, au mieux, que des id&#233;es maigres de ces motifs, incarn&#233;es par de pr&#233;tendus &#171; insoumis &#187; qui ne r&#234;vent que de les reconduire aux conditions de la politique parlementaire. Face &#224; ces involutions politiciennes, on est port&#233; &#224; se dire que ce n'est pas, bien s&#251;r, &#171; le livre &#187;, &#171; la culture &#187; qui peuvent encore leur ouvrir de salutaires lignes de fuite hors de l'esprit de servitude et de la b&#234;tise ambiants - mais bien &lt;i&gt;tel livre&lt;/i&gt;, tel &#171; signe &#187; &#233;mergeant du fatras de la culture s&#233;diment&#233;e et que leur adressera une page d'&#233;criture, une sc&#232;ne de films, un texte de chanson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La culture occupe-t-elle selon vous une fonction particuli&#232;re dans le champ social et politique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde autour de moi, en cette p&#233;riode d'&#233;t&#233;, de vacances, et je suis frapp&#233; de constater &#224; quel point le motif g&#233;n&#233;ral de la culture fait d&#233;sormais partie int&#233;grante des dispositifs du gouvernement des vivants. Les vacances, c'est le temps o&#249; il faut que les gens soient &lt;i&gt;occup&#233;s&lt;/i&gt; sur le mode du divertissement, du loisir. L'&#233;largissement de l'assiette de ce qui se nomme d&#233;sormais &#171; culture &#187; va donc servir &#224; proposer &#224; la partie de la population qui est plac&#233;e sous les conditions de la &#171; vacance &#187; (dont le temps est &#171; vacant &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; remplir) des modes d'occupation portant le label avantageux de &#171; la culture &#187;. C'est ainsi que &lt;i&gt;le Tour de France cycliste&lt;/i&gt; est, d&#233;sormais, une manifestation culturelle non moins que sportive. Je l'ai vu cette ann&#233;e drainer des centaines de camping-cars, &#224; l'occasion d'une &#233;tape de moyenne montagne qui lui faisait traverser le &#171; petit pays &#187; o&#249; je me r&#233;fugie en &#233;t&#233;. Les personnes d'&#226;ge m&#251;r et de conditions sociales variables qui participaient &#224; cette migration collective sur les traces de la caravane du Tour et des coureurs n'avaient &#233;videmment rien en commun avec les supporteurs dit &lt;i&gt;ultras&lt;/i&gt; de quelques grands clubs de football europ&#233;ens ; elles avaient en partage la &#171; culture du Tour &#187;, un m&#233;lange d'int&#233;r&#234;t pour des performances sportives, des paysages, un mode de migration vacanci&#232;re agr&#233;able, leur permettant de traverser toutes sortes de r&#233;gions, de faire des rencontres vari&#233;es au fil de leur p&#233;r&#233;grinations, de go&#251;ter les cuisines locales et les petits vins de pays... la gastronomie et le vin &#233;tant, eux aussi, devenus partie int&#233;grante de la vie (ou de la sph&#232;re) culturelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit bien par l&#224; que, plus que jamais, &#171; la culture &#187; dans son acception constamment &#233;tendue, a pour vocation premi&#232;re de susciter des rassemblements inoffensifs (du point de vue des &#233;lites gouvernantes) et d'occuper la population en produisant les r&#233;partitions convenables, en proposant &#224; chacun ou chaque cat&#233;gorie socio-culturelle son &#171; d&#251; &#187;, selon sa demande, son go&#251;t et ses inclinations. De ce point de vue, le processus d'&#233;galisation, c'est-&#224;-dire de mise en &#233;quivalence de toutes les formes et manifestations culturelles devient particuli&#232;rement visible pendant les mois d'&#233;t&#233; : le Tour de France ou l'organisation, &#224; l'occasion d'une f&#234;te de village, d'un d&#233;fil&#233; sur le th&#232;me des &#171; ann&#233;es 1960 &#187; (voitures, costumes et musiques d'&#233;poque) sont &#233;gaux et homog&#232;nes, en &#171; valeur culturelle &#187; aux plus prestigieux des festivals d'&#233;t&#233; de musique classique, sacr&#233;e, baroque, etc. La seule diff&#233;rence tient aux publics et aux modes de diffusion : &#224; France T&#233;l&#233;vision le Tour de France, &#224; France-Musique le festival d'Aix-en-Provence ou de La Chaise-Dieu... La culture est devenue une sorte de monnaie qui circule de main en main et &#233;tend sans rel&#226;che la sph&#232;re des &#233;changes en mati&#232;re d'occupation du temps non consacr&#233; au travail &#8211; une sph&#232;re qui, elle-m&#234;me, tend &#224; se r&#233;tracter, comme on le sait. La culture, selon cette acception &#233;tendue, c'est bien s&#251;r ce qui s'oppose &#224; l'oisivet&#233; suspecte, aux plaisirs vulgaires et &#224; l'abrutissement de la masse par la boisson ou les jeux d'argent... et encore : la France n'est-elle pas le pays de la &#171; culture de comptoir &#187;, et &#171; La Fran&#231;aise des jeux &#187; un monopole &#233;tatique... ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous faites mention d'un certain esprit de &#171; l'ann&#233;e de l'Alg&#233;rie &#187; en France, afin de d&#233;noncer l' &#171; effet anesth&#233;siant de l'art &#187;, bas&#233; sur le sentimentalisme et le r&#232;gne du consensus. Quels exemples r&#233;cents pourraient illustrer ce diagnostic ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art contemporain qui circule sans se soucier des fronti&#232;res d'exposition en festival, dont les objets circule sur le march&#233;, se d&#233;placent d'un mus&#233;e &#224; l'autre, se vendent et s'&#233;changent sans fin est assur&#233;ment aux avant-postes des processus contemporains de la globalisation, il est le visage le plus cosmopolite et apatride du capitalisme contemporain. C'est un art de ce march&#233; globalis&#233; o&#249; l'on voit, tout &#224; coup, tel artiste chinois atteindre une cote vertigineuse &#224; Francfort ou New York. Pour cette raison, il sera &lt;i&gt;toujours plus facile&lt;/i&gt;, par les temps qui courent, d'obtenir des visas pour un groupe de danseurs nig&#233;rians invit&#233; &#224; l'occasion d'un &#171; festival des cultures du monde &#187; se tenant au mois d'ao&#251;t dans une sous-pr&#233;fecture fran&#231;aise que pour un groupe de doctorants angolais appel&#233;s &#224; pr&#233;senter leurs recherches &#224; l'occasion d'un colloque international se d&#233;roulant dans une grande universit&#233; fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'art contemporain incarne en ce sens la tendance la plus int&#233;gralement lib&#233;rale du capitalisme contemporain &#8211; que tout circule, s'&#233;change, se consomme sans rencontrer d'obstacles sur la surface lisse et liquide du globe ! Il s'oppose &#224; ce titre au n&#233;o-protectionnisme qui fait fureur dans d'autres secteurs de la production capitaliste &#8211; l'agriculture, entre autres &#8211; achetez des abricots &lt;i&gt;fran&#231;ais&lt;/i&gt; (et pas espagnols, car moins sucr&#233;s !), des &#339;ufs &lt;i&gt;fran&#231;ais&lt;/i&gt; (et pas belges, car contamin&#233;s par je ne sais quel produit toxique), des vins &lt;i&gt;fran&#231;ais&lt;/i&gt; (et pas australiens ou californiens, tous de go&#251;t monotone)... On voit s'affirmer une sorte d'exception de l'art contemporain qui l'&#233;tablit solidement dans la sph&#232;re globale, post-nationale et l'&#233;loigne en g&#233;n&#233;ral de ce n&#233;o-nationalisme, n&#233;o-patriotisme assez en vogue dans d'autres domaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette particularit&#233; d&#233;bouche sur une sorte de condition d'immunit&#233; chic que s'est amus&#233; &#224; tourner en d&#233;rision ce groupe d'artistes argentins d'inspiration post-soixantuitarde qui a mont&#233; nagu&#232;re le projet loufoque intitul&#233; &#171; La baleine est pleine &#187; - cela vous est sans doute familier. Le principe en &#233;tait qu'&#224; partir du moment o&#249; un bateau rempli de migrants ill&#233;gaux venus d'Afrique et se dirigeant vers un port d'Europe ou des Etats-Unis &#233;tait d&#233;fini comme partie prenante d'un &#171; projet d'art &#187;, o&#249; son odyss&#233;e &#233;tait qualifi&#233;e comme une sorte de performance, il devait non seulement &#233;chapper &#224; tous les r&#232;glements policiers mais rendre possibles les actions de sponsoring les plus d&#233;lirantes et m&#233;galomanes. Cette &#233;quipe de joyeux drilles a su faire un film hilarant de la relation des p&#233;rip&#233;ties de ce &#171; projet &#187; d&#233;lirant, conduit jusque dans ses cons&#233;quences les plus absurdes. L'id&#233;e de base &#233;tant que d&#232;s l'instant o&#249; une action litigieuse (hautement litigieuse en l'occurrence &#8211; le trafic de migrants clandestins !) porte le label de l'art, elle se situe dans une sph&#232;re qui la place hors d'atteinte de tous les r&#232;glements policiers de la terre...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce film montre qu'&#233;videmment les choses ne sont pas aussi simples, mais la &#171; fable &#187; est claire &#8211; le nom de l'art et l'&#233;tablissement des pratiques dans la sph&#232;re culturelle cr&#233;ent aujourd'hui des conditions d'exception et ont valeur de sauf-conduit, l&#224; o&#249; une approche directement et explicitement politique de ces m&#234;mes pratiques auraient des d&#233;bouch&#233;s tout &#224; fait oppos&#233;s. Au bout du compte, cela signifie que d&#233;sormais, les seules conduites subversives qui seront tol&#233;r&#233;es (voire encourag&#233;es), seront celles qui se produiront sur le mode de la simulation parodique, dans le monde de la culture &#8211; au &#171; second degr&#233; &#187; culturel. C'est, dans cette sorte de Second Empire perp&#233;tuel qui est le r&#233;gime de la politique contemporaine, en Occident, r&#233;gime o&#249; s'agitent sur le devant de la sc&#232;ne clowns et parvenus, l'op&#233;rette d'Offenbach comme mode d'enchantement totalement factice d'un monde d&#233;prim&#233;, d'un r&#233;el &#233;vid&#233; &#8211; un monde o&#249; la r&#233;volution et le soul&#232;vement ou tout simplement la dissidence se rejouent en &#171; blague &#187; aussi futile que sinistre &#8211; &#171; Nuit debout &#187;, sur la Place de la R&#233;publique, comme cette &#171; performance &#187; destin&#233;e &#224; mettre en orbite quelques pl&#233;b&#233;iens, d'op&#233;rette justement, se destinant &#224; jouer les utilit&#233;s parlementaires sous l'habit de lumi&#232;re de la &#171; France insoumise &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'art devient le laboratoire du capitalisme liquide &#187;, &#233;crivez-vous. Cela rappelle la th&#232;se de&lt;/i&gt; The conquest of cool &lt;i&gt;de Thomas Frank, selon laquelle le monde de l'entreprise et la contre-culture partagent un certain nombre de motivations identiques. Approuvez-vous cette th&#232;se ? De quels autres auteurs vous sentez-vous proche ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art est devenu un milieu de plus en plus liquide, au sens o&#249; Zygmunt Bauman parlait de capitalisme liquide. Ce qui a remplac&#233; le &#171; syst&#232;me des arts &#187; de jadis, c'est une sorte de continuum des flux artistiques o&#249; tous les seuils sont abaiss&#233;s et toutes les fronti&#232;res effrang&#233;es. Le cin&#233;ma, notamment dans ses grandes structures de production industrielle, a &#233;t&#233; l'un des principaux op&#233;rateurs de cette liqu&#233;faction. Il fait ses emplettes aussi bien dans la litt&#233;rature que le th&#233;&#226;tre (voire les journaux), il &#171; adapte &#187;, pille, remet en circuit, encha&#238;ne, s&#233;rialise sans discontinuer, le &lt;i&gt;reenactment&lt;/i&gt; est devenu l'un de ses gestes les plus automatiques, somnambuliques, et qui consiste, au fond, &#224; pousser son caddie dans les all&#233;es de toutes les pratiques artistiques que distinguait jadis la tradition et &#224; y empiler p&#234;le-m&#234;le tous les produits susceptibles d'alimenter ses cha&#238;nes de montage. Le cin&#233;ma est un intensificateur formidable de la liqu&#233;faction de l'art, un destructeur de hi&#233;rarchies, certes, ce qui pourrait &#234;tre pris en bonne part, mais aussi de tous les rep&#232;res de certitudes. Ceci a notamment pour effet de valider la pire des impostures &#8211; l'entretien concert&#233; de la confusion entre &#171; art populaire &#187; et produits courants des industries de la culture. C'est l&#224; que Nisard retrouve toute son actualit&#233; : Harry Potter, ce n'est pas de la litt&#233;rature &#171; populaire &#187; parmi les adolescents du monde entier, c'est de la litt&#233;rature industrielle destin&#233;e, en occupant aussi massivement le &#171; terrain &#187; de leur temps de lecture, de les d&#233;tourner d'autres livres, moins conformistes et b&#234;tifiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Votre conclusion est que nous n'avons pas besoin d'un art &#171; fond&#233; sur de bonnes intentions &#187;, mais d'un art qui r&#233;v&#232;le &#171; la vacuit&#233; de la situation pr&#233;sente &#187;. Pouvez-vous donner quelques exemples ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un de mes amis cin&#233;astes, Jean-Gabriel P&#233;riot, dit que le propre du spectateur d'aujourd'hui est d'aller voir un film qu'il a toujours le sentiment d'avoir &#171; d&#233;j&#224; vu &#187; - quand bien m&#234;me celui-ci vient de sortir de la fabrique des blockbusters ou, aussi bien, de celle des films porteurs de la suppos&#233;e &#171; French touch &#187;. La plupart des spectateurs ne vont pas au cin&#233;ma pour &#234;tre surpris, inqui&#233;t&#233;s, d&#233;sorient&#233;s mais pour se baigner pour la &lt;i&gt;xi&#232;me&lt;/i&gt; fois dans le m&#234;me fleuve, pour jouir des conforts de la reprise &#8211; d'o&#249; le succ&#232;s des remakes, des suites et des s&#233;ries &#8211; &lt;i&gt;La plan&#232;te des singes&lt;/i&gt;, encore et encore, avec la star montante du moment. Ceci vaut pour tous les publics, incluant ceux qui sont en qu&#234;te, au cin&#233;ma, de messages critiques, contestataires, d'&#233;loges de la r&#233;volte, etc. C'est la raison pour laquelle je ne suis pas du tout un inconditionnel d'un cin&#233;ma r&#233;put&#233; militant, comme celui de Ken Loach, et pas davantage du cin&#233;ma &#171; &#224; th&#232;ses &#187; des fr&#232;res Dardenne ou de M. Hanecke. C'est que, quelles que soient les bonnes dispositions, les bonnes intentions dans lesquelles travaillent ces r&#233;alisateurs assur&#233;ment &#233;clair&#233;s, ils ne font jamais que r&#233;pondre aux attentes du public qui va voir leurs films &#8211; ils remplissent la commande avec scrupule et talent, ceci sans produire le moindre effet de d&#233;placement ou de d&#233;sorientation. Ils ne &#171; changent pas les termes de la conversation &#187;, comme le dirait le penseur d&#233;colonial Walter Mignolo ; Ken Loach raffermit les militants dans leur conviction que le capitalisme ultra-lib&#233;ral est, comme dirait Fidel, une multicochonnerie, les Dardenne et Hanecke dans la certitude que le c&#339;ur de l'humain est un puits de t&#233;n&#232;bres. Ils ne font jamais que boucler la boucle des certitudes partag&#233;es par ces publics respectifs et, en ce sens, la fonction dite critique du cin&#233;ma se trouve enferm&#233;e dans l'espace de la r&#233;assertion. Si vous voulez trouver un cin&#233;ma qui vous fait tomber &#224; la renverse et vous pousse &#224; reformuler les termes de la &#171; conversation &#187; sur le pr&#233;sent et l'actualit&#233;, il vous faut aller chercher ailleurs, plus loin, dans les angles morts du &#171; march&#233; &#187;, du c&#244;t&#233; de cin&#233;astes comme l'Alg&#233;rien Tariq Teguia, l'Ha&#239;tien Raoul Peck, le Palestinien Rael Andoni. Ce qui tue le cin&#233;ma dit d'auteur, c'est la relation &#171; tautologique &#187; qui s'&#233;tablit entre le public et un Woody Allen qui ne cesse de faire du Woody Allen, un Almodovar qui fait du Almodovar, etc. Ce type de cin&#233;ma emport&#233; dans la spirale de la r&#233;p&#233;tition et du b&#233;gaiement, s'il montre en fin de compte le &#171; vide de la situation pr&#233;sente &#187;, le fait d'une mani&#232;re tout &#224; fait involontaire et en s'exposant lui-m&#234;me comme cadavre - non pas exquis mais luxueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que pensez-vous de l'&#233;tat actuel de l'art en France et en Europe ? Sommes-nous encore pris dans la logique de prostitution ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r et heureusement, il y a toujours des gens, jeunes et moins jeunes, qui ne gardent pas les deux pieds dans le m&#234;me sabot et qui continuent &#224; chercher, &#224; exp&#233;rimenter, dans les pratiques artistiques, de nouvelles fa&#231;ons de dire et de faire. Le probl&#232;me est &#233;videmment que l'&#233;poque est tout sauf propice &#224; ces d&#233;marches, souvent asc&#233;tiques, et qu'au temps des &lt;i&gt;gros malins&lt;/i&gt;, les vrais exp&#233;rimentateurs et les imaginatifs sont souvent condamn&#233;s &#224; l'isolement, la solitude, la marginalit&#233;, la pauvret&#233;. C'est &#231;a l'esprit du n&#233;o-Second empire, ce temps du m&#233;pris imposant ses conditions &#224; ceux qui ne brossent pas le public, les d&#233;cideurs et les financiers dans le sens du poil. Ceux qui ne d&#238;nent pas en ville.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je parlais plus haut de Jean-Gabriel P&#233;riot : ce mardi 15 ao&#251;t, en pleines vacances, donc, va sortir dans quelques salles choisies son dernier film, &lt;i&gt;Lumi&#232;re d'&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, une histoire habit&#233;e par les fant&#244;mes de la destruction atomique de Hiroshima. A l'heure o&#249; Trump brandit en direction de la Cor&#233;e du Nord la menace d'une guerre nucl&#233;aire, ce film d'une extr&#234;me finesse, ou pr&#233;cision, je ne sais comment dire, trouve une singuli&#232;re actualit&#233;... Mais qui ira faire le rapprochement, et qui saura rendre hommage, &#224; l'occasion de la sortie de ce &#171; petit &#187;, forc&#233;ment &#171; petit &#187; film &#224; cette facult&#233; myst&#233;rieuse qu'a le cin&#233;ma d'exposer telle imposture du pr&#233;sent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(14/08/2017)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En mal de corps. Sadomasochisme et performance, d&#233;construction des corps et &#233;rotique de soi </title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=164</link>
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		<dc:date>2017-08-31T15:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nathana&#235;l Wadbled </dc:creator>


		<dc:subject>reproduction sociale</dc:subject>
		<dc:subject>sexe/genre</dc:subject>
		<dc:subject>violence</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;mancipation</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;appropriation</dc:subject>
		<dc:subject>art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>norme</dc:subject>
		<dc:subject>corps</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Si la subversion est possible, elle se fera dans les termes de la loi avec les possibilit&#233;s qui s'ouvrent / apparaissent lorsque la loi se retourne contre elle-m&#234;me en d'inattendues permutations. Le corps construit par la culture sera alors lib&#233;r&#233; non par un retour vers son pass&#233; &#8220;naturel&#8221; ou ses plaisirs originels, mais vers un futur ouvert et plein de possibilit&#233;s culturelles. Judith Butler Ce qui est requis est le maximum d'intensit&#233; et, en m&#234;me temps d'impossibilit&#233; (...). L'id&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=25" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; &#224; Porto fin aout 2011&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=24" rel="tag"&gt;reproduction sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=32" rel="tag"&gt;sexe/genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=60" rel="tag"&gt;&#233;mancipation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=76" rel="tag"&gt;r&#233;appropriation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=84" rel="tag"&gt;art contemporain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=85" rel="tag"&gt;norme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=86" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si la subversion est possible, elle se fera dans les termes de la loi avec les possibilit&#233;s qui s'ouvrent / apparaissent lorsque la loi se retourne contre elle-m&#234;me en d'inattendues permutations. Le corps construit par la culture sera alors lib&#233;r&#233; non par un retour vers son pass&#233; &#8220;naturel&#8221; ou ses plaisirs originels, mais vers un futur ouvert et plein de possibilit&#233;s culturelles.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Judith Butler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Ce qui est requis est le maximum d'intensit&#233; et, en m&#234;me temps d'impossibilit&#233; (...). L'id&#233;e d'une exp&#233;rience limite, qui arrache le sujet &#224; lui-m&#234;me, voil&#224; ce qui a &#233;t&#233; important pour moi dans la lecture de Nietzsche, de Bataille, de Blanchot. &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Michel Foucault&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Introduction : la recherche de l'orgasme&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;finition de la performance telle qu'elle m'interessera ici pourrait reprendre une formule de Pat Califa , &#233;nonc&#233;e &#224; l'origine dans un tout autre contexte :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je le vois ainsi : apr&#232;s la r&#233;volution des wimmins, la sexualit&#233; consistera &#224; ce que les femmes se tiennent par la main, retirent leurs chemises et dansent en rond. Ensuite, nous nous endormirons au m&#234;me moment. Si nous ne nous endormions pas toutes, quelque chose d'autre pourrait arriver &#8211; quelque chose d'identifi&#233; au m&#226;le, r&#233;ifiant, pornographique, bruyant et sans dignit&#233;. Quelque chose comme un orgasme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pat Califa oppose deux strat&#233;gies d'affirmation f&#233;ministe : la consid&#233;ration d'une identit&#233; originaire &#224; retrouver avant que le masculin ne la pervertisse en lui imposant un rapport &#224; la sexualit&#233; et le r&#233;investissement du sexuel qui ne serait plus la marque d'une soumission mais au contraire quelque chose qui surgit en exces de toute identit&#233; assign&#233;e symboliquement dans ce que Michel Foucault a appel&#233; le dispositif de sexualit&#233;. Ce que je voudrais sugg&#233;rer, c'est que cette seconde perspective qui est celle de Pat Califa correspond &#224; une certaine pratique du corps en jeu dans certaines performances. Il s'agit de la mise en sc&#232;ne d'une volont&#233; d'&#233;mancipation exp&#233;rimentale du corps qui &#224; la fois d&#233;construit l'illusion de l'&#233;vidence de la v&#233;rit&#233; d'un corps toujours deja donn&#233; et produit la v&#233;rit&#233; performative du corps en action de la performance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;1. Pr&#233;senter un corps tel qu'il semble devoir &#234;tre : la critique essentialiste de la performance&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les corps des femmes performeuses qui vont m'int&#233;resser ici sont des corps de femmes identifiables et d&#233;sign&#233;s comme tels : des corps de femmes inscrits dans des attitudes ou engag&#233;s dans des actions correspondant &#224; celles de femmes. Serait reproduit un dispositif de contraintes qui est celui que la soci&#233;t&#233; patriarcale fait peser. M&#234;me si celui-ci est mis en sc&#232;ne, condens&#233; et d&#233;plac&#233; pourrait-on dire en termes psychanalytiques, ces repr&#233;sentations resteraient leur r&#233;p&#233;tition, incapables de sortir des d&#233;terminations identitaires que le phantasme du masculin impose comme condition &#224; l'existence symbolique, sociale et culturelle des femmes. Les aiguilles dans le bras de la mari&#233;e de &lt;i&gt;Azione sentimentale&lt;/i&gt; de Gina Pane montrent bien ce m&#233;canisme. Il ne s'agit pas de pr&#233;tendre qu'une femme mari&#233;e subit une telle mutilation, mais d'inscrire physiquement, ou si l'on veut somatiquement, un ensemble de mutilations symboliques que chaque femme accepte de mani&#232;re conscentante &#8211; &#224; commencer par l'abandon de son nom, ce qui signifie l'abandon de la capacit&#233; &#224; signifier qui elle est par elle m&#234;me. Le corps de Gina Pane se donne ainsi marqu&#233; et d&#233;form&#233;. On pourrait &#233;galement &#233;voquer &lt;i&gt;Autoportrait(s)&lt;/i&gt; o&#249; Pane est allong&#233;e sur des barres de m&#233;tal sous lesquelles br&#251;lent des bougies, viol&#233;e par les flammes sans pour autant bouger, comme &#224; disposition.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_280 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/13.-g.-pane-azione-sentimentale-1973.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/13.-g.-pane-azione-sentimentale-1973.jpg' width='500' height='723' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;De mani&#232;re plus directe, certaines performances de Marina Abdramovich pr&#233;sentent &#233;galement cette situation - par exemple &lt;i&gt;Art must be beautiful-artist must be beautiful&lt;/i&gt;, vid&#233;o o&#249; l'artiste se brosse les cheveux jusqu'&#224; presque s'arracher le cuir chevelu, ou&lt;i&gt; Rythme 0&lt;/i&gt; o&#249; elle abandonne son corps aux spectateurs qui disposent d'un certain nombre d'objets dispos&#233;s sur une table afin de faire ce qu'ils veulent au corps de l'artiste et y d&#233;poser leur marque alors que l'artiste est passive et r&#233;sign&#233;e &#224; signifier ce qui est fait d'elle. Le titre de Marina Abramovic &lt;i&gt;Art must be beautiful-artist must be beautiful &lt;/i&gt; explicite bien cet enjeu. Il s'agit d'une interrogation des normes contraignantes et mutilantes du gout d&#233;termin&#233;es de ext&#233;rieur par un dispositif qui produit et marque les corps pour en faire ce qu'il veut. En l'occurence il s'agit des normes de l'art, mais il s'agit tout aussi bien de celles du genre f&#233;minin. C'est explicitement le cas pour Eleanor Antin dont &lt;i&gt;Carving : A Traditional Sculpture&lt;/i&gt; propose 72 photographies prises chaque jour lors d'un r&#233;gime amaigrissant pendant cinq semaines. Cette transformation physique renvoie d&#232;s lors tant au canon sculptural qu'&#224; la dictature sociale auxquels le corps de la femme doit se soumettre pour r&#233;pondre au d&#233;sir masculin et &#224; l'inconscient collectif de la forme parfaite. Le r&#233;gime est la performance, touchant &#224; l'intimit&#233; du corps. Elle reproduit cette &#171; sculpture traditionnelle &#187;. Si Marina Abramovic n'a pas un tel discours f&#233;ministe et se centre sur la figure de l'artiste plus que sur celle de la femme, ses performances peuvent &#234;tre vues &#233;galement dans cette perspective. Les femmes doivent donc &#234;tre belles dans des contraintes esth&#233;tiques , &#234;tre &#224; disposition de ceux qui les regardent, accepter un certain nombre de contraintes sociales, s'abandonner et ne pas r&#233;sister &#224; une position de passivit&#233; douloureuse et mutilante.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_281 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/index2.jpg' width='193' height='262' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Chaque pr&#233;sentation ou repr&#233;sentation de ces corps f&#233;minins participerait ainsi n&#233;cessairement &#224; une dynamique phallocentrique et &#224; une &#233;conomie du corps f&#233;minin comme f&#233;tiche. C'est ce qui explique que de nombreuses f&#233;ministes se soient oppos&#233;es &#224; de telles performances. Ces attitudes et actions entrent dans le cadre de ce qui doit &#234;tre refus&#233; au profit d'une nouvelle identit&#233; de femme lib&#233;r&#233;e de toute d&#233;termination de la culture phallocentrique. Ces performances entraient dans la cat&#233;gorie de ce qui doit &#234;tre refus&#233;, au m&#234;me titre que la pornographie, le sadomasochisme et le sexe en public qui violent les principes f&#233;ministes, pour reprendre la rh&#233;torique de la NOW (National Organization forWomen). L'hypoth&#232;se qui sous-tend cette critique est que la subjectivit&#233; existerait avant ses &#233;nonciations et que les femmes seraient incapables de faire autre chose que de subir passivement ces processus de subjectivation ali&#233;nants sans pouvoir en aucun cas les r&#233;investir. Elles ne pourraient &#234;tre rien d'autre que des produits passifs. Dans ce cadre les performances &#233;voqu&#233;es ne saurait &#234;tre qualifiables de f&#233;ministes, pas plus d'ailleurs que n'importe quelle chor&#233;graphie qui ne serait que la somatisation des contraintes que les femmes subissent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;2. R&#233;investir son corps : la performativit&#233; de la performance&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce que je voudrais sugg&#233;rer, &#224; l'aide de la th&#233;orie de la performance et en particulier de l'ouvrage de Lynda Hart La performance sadomasochiste, c'est que se joue exactement le contraire. La performance a en fait permis avec radicalit&#233; aux femmes, aux performeuses comme aux spectatrices, de poser sans entrave le rapport qu'elles &#233;tablissaient avec leur propre corps en le dissociant d'une histoire de la repr&#233;sentation qui l'assuj&#233;tissait au r&#244;le d'objet. Il s'agit en fait d'un double mouvement de d&#233;construction et de r&#233;appropriation de son propre corps qui passe, non pas par une utopie comme le pensaient les essentialistes, mais par une &#233;rotisation et un r&#233;investissement des contraintes, semblable &#224; ce qui avait d&#233;j&#224; lieu de mani&#232;re plus ou moins inconsciente &#8211; et en tout cas politiquement inconsciente &#8211; dans la danse. Il s'agira donc de montrer que cette pratique esth&#233;tique est en fait une configuration politique &#8211; ce qui est en fait le cas de toute recherche esth&#233;tique digne de ce nom en tant que l'esth&#233;tique est le jeu de ce qui peut &#234;tre et est d&#233;termin&#233; formellement &#224; apparaitre et &#224; exister dans une configuration donn&#233;e. Est d&#233;stabilis&#233;e cette organisation symbolique lorsqu'est produit un d&#233;calage o&#249; se resignifie ce qui est inscrit. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce niveau que se joue la performance.&lt;br class='autobr' /&gt; En effet la performance rejoue et perturbe en m&#234;me temps ce qu'elle pr&#233;sente. Il y a une distance qui s'&#233;tablit entre ce qui est reconnu et ce qui est en fait jou&#233; - qui n'est pas exactement ce qui semble. Pour reprendre les termes de Lynda Hart, &#171; on doit comprendre cette ressemblance comme l'effet d'une ressemblance ext&#233;rieure et oppos&#233;e aux dissemblances internes (de ce qui) ne s'approprie pas les marques de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, mais se les d&#233;sapproprie. Le simulacre occupe le lieu de l'impropre &#187;. Ce qui est perturb&#233; c'est l'identification de ce corps qui pourtant est bien celui d'une femme. A lieu une inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; o&#249; ce qui se donne est bien reconnu comme le corps d'une femme, mais sans l'&#234;tre exactement, comme si quelque chose &#233;tait malgr&#233; les apparences chang&#233;. C'est cette transsubstantiation que les essentialistes n'ont pas vue. L'apparence est la m&#234;me : le corps d'une femme soumise au masculin, mais tout est en fait chang&#233; &#8211; de la m&#234;me mani&#232;re que l'ostie dans le rite catholique de la transsubstantiation a encore l'apparence du pain alors que son &#234;tre est devenu le corps du Christ. Ce corps qui a l'apparence de celui d&#233;termin&#233; d'une femme soumise au masculin a en fait chang&#233; subrepticement de substance : il est devenu celui d'une femme existant dans son propre fantasme et non dans celui du masculin. Cela apparait bien dans &lt;i&gt;Interior Scroll&lt;/i&gt; de Carolee Schneemann. Elle lit un texte &#233;crit sur un rouleau qu'elle sort de son vagin devant un public exclusivement f&#233;minin. Le vagin devient le lieu originaire d'o&#249; &#233;mane le langage, comme une pr&#233;sentation de ce que Judith Butler a appel&#233; de mani&#232;re provocatrice le phallus lesbien que l'on pourrait appeler plus g&#233;n&#233;ralement le phallus f&#233;minin que l'absence d'homme permet d'exhiber en mettant &#224; distance le retour d'un syndrome de culpabilit&#233; vis &#224; vis de la castration inflig&#233;e. Il s'agit ainsi de reprendre le pouvoir symbolique en d&#233;terminant une partie du corps d&#233;sign&#233; normalement par le manque de l'avoir en tant qu'&#234;tre, c'est-&#224;-dire en tant que signifiant universel d'o&#249; proc&#232;de le pouvoir de nommer les choses et donc son propre corps. Carolee Schneemann donne &#224; voir dans sa performance ce qui est en fait le r&#233;sultat des performances que j'ai &#233;voqu&#233;es : le corps est d&#233;j&#224; r&#233;appropri&#233; : a d&#233;j&#224; eu lieu le travail de d&#233;sappropriation/appropriation que mettent en sc&#232;ne Marina Abramovic ou Gina Pane.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_282 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/519f92362bef15bb330ccfb6479a8a69.jpg' width='488' height='736' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Ce qui se passe dans ces performances, c'est bien la volont&#233; de s'inscrire dans un cadre culturel et symbolique pour en subvertir les termes. C'est ainsi que Judith Butler d&#233;finit la performativit&#233; : non pas comme la reproduction toujours identique &#224; elle m&#234;me d'une situation ni comme l'invention libre de toute entrave, mais plut&#244;t comme la possibilit&#233; de produire des d&#233;placements par la r&#233;it&#233;ration et d'ainsi se r&#233;approprier ses conditions d'existences en produisant les conditions de ce d&#233;calage. Toute tentative pour sortir de ce cadre initial de mani&#232;re absolue apparait en fait comme psychotique dans la mesure o&#249; c'est dans ce cadre symbolique et culturel que le sujet trouve sa capacit&#233; d'agir en tant que tel et donc la possibilit&#233; m&#234;me de la r&#233;appropriation de soi. Le refuser signifie d&#233;nier ses propres conditions d'existence comme sujet, c'est-&#224;-dire comme individu conscient d'&#234;tre l'auteur de ses actions ; il s'agit en fait du fantasme d'une autonomie originaire dont Judith Butler montre bien l'impossibilit&#233; . C'est bien la possibilit&#233; alternative de lib&#233;ration non pas contre mais dans les cadres symboliques et culturels que mettent en sc&#232;ne les performances que nous avons &#233;voqu&#233;es et dont Jutith Butler propose la th&#233;orie avec l'id&#233;e de performativit&#233;. Si, d&#232;s Trouble dans le Genre, elle a point&#233; les limites des usages de son concept de performativit&#233; du genre dans sa transposition esth&#233;tique, il semble bien que se soit ce qui se joue et se pr&#233;sente : la possibilit&#233; d'une agency qui subvertit le cadre m&#234;me qui la permet et la d&#233;termine pour se produire et non reproduire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_283 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/carolee-schneemann-interior-scroll-1975.-via-fineartmultiple.com_.jpg.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/carolee-schneemann-interior-scroll-1975.-via-fineartmultiple.com_.jpg.png' width='500' height='947' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;3. Une &#233;rotique de l'action : la performance sadomasochiste&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, la r&#233;p&#233;tition du corps voulu par le phantasme du masculin que critiquent les essentialistes serait ainsi plus une pr&#233;sentation qu'une r&#233;p&#233;tition ou une reproduction iconographique d'un mod&#232;le d'oppression. Ce n'est pas une copie ou une imitation mais une reformalisation. Il faudrait ainsi peut-&#234;tre comprendre le processus de cr&#233;ation de la performance dans le cadre d'une po&#233;tique de la mimesis aristotelicienne plus que du mim&#233;tisme platonicien. N'est pas repr&#233;sent&#233;e une ressemblance qui en fait &#233;loigne d'une v&#233;rit&#233; originaire qui aurait &#233;t&#233; l&#224; avant d'&#234;tre pervertie par sa conclusion culturelle, mais une production qui est en fait une perturbation de ce qui semblait donn&#233; une fois pour toute. Comme l'affirme Lynda Hart, tout d&#233;calage concerne le faire tandis que la simple reproduction concerne l'avoir, c'est-&#224;-dire la simple r&#233;alisation d'un soi pr&#233;d&#233;termin&#233; et toujours d&#233;j&#224; l&#224;. Avoir un corps, comme avoir du sexe, &#171; signifie litt&#233;ralement &#224; la fois que &#8220;du sexe&#8221; est une chose que l'on peut poss&#233;der et qui &#233;tait l&#224; avant la performance. Bien au contraire, en mettant en acte une sc&#232;ne, l'adepte d'une sensualit&#233; SM produit du sexe dans la performance &#187;. Au contraire les f&#233;ministes qui se prononcent contre la performance semblent &#234;tre &#224; la recherche du moment o&#249; quelque chose d'authentique est sens&#233; arriver. &lt;br class='autobr' /&gt; Pour Hart c'est ce d&#233;calage et ces d&#233;placements discordants qui fondent l'&#233;rotisme de la performance, ou plus exactement sa dynamique &#233;rotique. Plus que dans le d&#233;calage, c'est le r&#233;investissement des contraintes elles-m&#234;me qui est &#233;rotique. Il s'agit de faire de la douleur et des mutilations ainsi inflig&#233;es le r&#233;sultat de leurs propres actes, c'est-&#224;-dire de se produire au lieu d'&#234;tre produites passivement.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est &#224; ce niveau que ces performances peuvent &#234;tre qualifi&#233;es de sadomasochistes : elle en reproduisent le mouvement telle que le d&#233;crit Lynda Hart. Qu'une femme s'affirme comme masochiste, cela reviendra alors &#224; reproduire cette logique mais non plus en tant que d&#233;termin&#233;e par sa soumission au masculin mais par son plaisir &#233;rotique. Ce faisant, elle semble une fois de plus &#234;tre soumise et d&#233;termin&#233;e de l'ext&#233;rieur alors qu'en fait elle se produit comme sujet d&#233;termin&#233; par ses propres fantasmes et son propre plaisir au lieu d'&#234;tre soumis &#224; ceux du masculin. La douleur et les mutilations ne sont plus le r&#233;sultat d'une position subie redondante avec sa position symbolique. L'exp&#233;rience masochiste signifie cette d&#233;stabilisation du moi : la souffrance, le bondage, les yeux band&#233;s et l'humiliation affranchissent le soumis de l'initiative et du choix, et lui permettent de se retirer momentan&#233;ment de son identit&#233; pour se r&#233;fugier dans le corps et cr&#233;er une nouvelle identit&#233; fantasmatique souvent diam&#233;tralement oppos&#233;e au moi qu'il pr&#233;sente au monde. Il s'agit de s'opposer ainsi &#224; la fois &#224; la position de la f&#233;minit&#233; normale passive et &#224; ce que d&#233;terminent les d&#233;sirs de la subjectivit&#233; masculine. La repr&#233;sentation peut consolider ce d&#233;sir si elle est sans imagination et que la performeuse est incapable de faire autre chose que de subir son ali&#233;nation ou plus exactement de la reproduire plut&#244;t que de la r&#233;investir. Au contraire la performance est une articulation entre une r&#233;gulation d&#233;termin&#233;e et l'ouverture de l'effet d'intensification de nouvelles tensions et d'incertitudes perp&#233;tuelles permises et provoqu&#233;es performativement par l'action. C'est &#224; ce titre que Hart consid&#232;re qu'un acte de sexualit&#233; SM est une performance, et c'est r&#233;ciproquement &#233;galement &#224; ce titre que nous pouvons nommer les performances que nous avons &#233;voqu&#233;es comme &#233;tant sadomasochistes. Dans les deux cas, &#171; ce n'est pas seulement une identit&#233; particuli&#232;re, mais l'identit&#233; comme telle que ces descriptions de l'exp&#233;rience masochiste perturbent. &#187; Les arguments anti-SM comme les arguments anti-performances cependant se concentrent sur la lutte pour poss&#233;der une forme d'identit&#233; particuli&#232;re et coh&#233;rente Ce faisant ils refusent de voir la dynamique de ces exp&#233;riences et ne peuvent &#234;tre qu'horrifi&#233;s par celles-ci qui se fondent sur la perte et le d&#233;placement constamment diff&#233;r&#233; de soi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_284 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/26ea22e43766493c5fd46f78f0b475b9.jpg' width='315' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;4. L'orgasme de la la pr&#233;sence&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apparait quelque chose en exc&#232;s, quelque chose que l'on croit pouvoir saisir mais qui en fait &#233;chappe et se situe en fait hors de la symbolisation, dans le domaine forclos de la signification dans la mesure o&#249; ce corps qui a l'air d'un corps de femme n'en est plus un et se pr&#233;sente comme tel en exhibant la marque et le sceau d'un autre signifiant que celui de &#171; femme &#187;. Ce sont les marques et les mutilations de Gina Pane ou de Marina Abramovich, ou m&#234;me sans doute simplement la douleur signifiant comme &#233;rotique et non comme soumission. Si la mutilation et la douleur se donnent g&#233;n&#233;ralement ensemble comme les deux faces de la m&#234;me marque comme par exemple dans &lt;i&gt;Escalade non-anesth&#233;si&#233;e&lt;/i&gt; o&#249; Gina Pane escalade sans anesth&#233;sie une grille dont les barres transversales sont coupantes, dans &lt;i&gt;Art must be beautiful-artist must be beautiful&lt;/i&gt;, la douleur seule marque le corps de Marina Abramovic. Par cela seul ces corps &#233;chappent au phantasme du masculin. Le surgisement de ces corps dans le cadre symbolique normal donne l'exp&#233;rience de ce que Michel Foucault nomme le plaisir et que je nommerai en r&#233;f&#233;rence &#224; la citation liminaire de Pat Califa, orgasme :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; le (...) plaisir (...) &#224; la limite ne veut rien dire, (...) est encore, me semble-t-il, assez vide de contenu et vierge d'utilisation possible, (n'est) rien d'autre que finalement un &#233;v&#233;nement qui se produit, qui se produit je dirais hors sujet, ou &#224; la limite du sujet, ou entre deux sujets, dans ce quelque chose qui n'est ni du corps ni de l'&#226;me, ni &#224; l'ext&#233;rieur, ni &#224; l'int&#233;rieur &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il s'agit d'une exp&#233;rience limite qui arrache le sujet &#224; lui-m&#234;me dans une re-cartographie du soi via l'action insupportable. Apparait un autre possible qui produit un trouble &#224; la fois en indiquant que ce qui semblait &#233;vident n'est qu'une possibilit&#233; et en provoquant un spasme ou une d&#233;chirure de cette image de soi qui est celle du plaisir. L'angoisse et le plaisir sont ainsi indissociables l'un de l'autre en tant que tous deux exp&#233;rience de d&#233;stabilisation et d'accueil de ce qui d&#233;place. Il s'agit ainsi, &#233;galement au niveau du public de ce que Lynda Hart consid&#232;re comme &#233;tant une exp&#233;rience sadomasochiste :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; l'angoisse pourra s'affirmer encore plus profond&#233;ment, comme le fera le plaisir. Le mouvement qui porte de la phase d'incertitude &#224; la fuite en avant commence avec la naissance du masochisme comme pratique ; c'est un temps de transformation o&#249; ce qui autrefois a pu &#234;tre craint n'est plus &#224; la fois ni recherch&#233; ni &#233;vit&#233;, c'est-&#224;-dire maintenu en suspens, mais se traduit en plaisir &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Se produit dans l'exp&#233;rience d'une performance une alt&#233;ration terrifiante de la conscience de soi m&#234;me qui d&#233;finit l'exp&#233;rience sadomasochiste : &#171; c'est un saut dans la corpor&#233;it&#233; qui peut aider &#224; r&#233;aliser que le &#171; moi &#187; n'est pas seulement une construction, un m&#233;canisme proth&#233;tique, mais souvent un appareil &#233;crasant &#187; . De la m&#234;me mani&#232;re que l'artiste performant fait surgir un autre corps du corps normal, de la m&#234;me mani&#232;re ce corps reproduit surgit dans le champs d'exp&#233;rience normal des spectateurs. Les r&#233;actions des spectateurs choqu&#233;s ou associant ces corps &#224; la mort et au d&#233;gout sont &#224; cet &#233;gard int&#233;ressants : ils surgissent comme le reste inassimilable et rejet&#233; par les cadres symboliques et culturels. Il s'agit de recevoir quelque chose d'ext&#233;rieur qui va modifier la conscience de soi, de son corps et de son rapport au monde qu'il m&#233;diatise par l'effet de la performance qui ouvre, brise, d&#233;tourne, force la capacit&#233; &#224; imaginer des alternatives aux positions rigides et appauvris du d&#233;sir, compris au sens foucaldien de certitude &#233;vidente de sa propre identit&#233; et de ce qui la r&#233;alise. La perception de ces performances dans l'ici et le maintenant produit une confusion sur la fronti&#232;re m&#234;me entre la vie et de la mort ou plus exactement entre ce qui est transcendantalement ou symboliquement possible et ce qui ne l'est pas. Recevoir une performance serait ainsi faire &#233;galement l'exp&#233;rience de l'orgasme. &lt;br class='autobr' /&gt; Cela ne signifie cependant pas une perte totale et sans retour, autodestructrice. Le surgissement orgasmique s'inscrit en fait au c&#339;ur de l'ordre et des cadres symboliques qu'il ne s'agit pas de quitter de mani&#232;re psychotique en provoquant une destruction du corps mais de le mettre en mal. Il s'agit toujours malgr&#233; tout de th&#233;&#226;tre et ce qui s'y donne ne saurait &#234;tre confondu avec la r&#233;alit&#233;. Le corps perform&#233; ne saurait &#234;tre en danger de mort, comme le montre bien l'arr&#234;t de Rythme 0 lorsque la vie m&#234;me de Marina Abramovic semble menac&#233;e. Il ne s'agit en aucun cas de mutilations d&#233;finitives. La performance perdrait d'ailleurs de sa force dans la mesure o&#249; l'orgasme ne survient qu'en tant qu'il a lieu dans l'ordre symbolique. Sinon ce corps de femme qui n'en est pas exactement un serait tout autre chose et ne serait plus reconnaissable comme tel s'il n'&#233;tait pas, justement tel, au d&#233;but mais &#233;galement apr&#232;s la performance. Il serait un total autre irreconnaissable, pass&#233; par la performance dans un tout autre ordre symbolique et tomberait sous la m&#234;me critique que l'illusion utopique des essentialistes. Un tel corps ne serait m&#234;me pas viable comme tel. Il faut en effet remarquer avec Judith Butler qu'une telle possibilit&#233; de destruction et de prolif&#233;ration qu'elle rep&#232;re dans Le corps Lesbien de Monique Wittig qui est en un sens le pendant litt&#233;raire des performances que nous avons &#233;voqu&#233;es, a une limite fondamentale aux possibilit&#233;s qui pourraient en d&#233;couler dans la mesure o&#249; seuls des corps marqu&#233;s symboliquement de mani&#232;re normale comme hommes ou comme femmes peuvent &#234;tre reconnus comme corps. &lt;br class='autobr' /&gt; Un corps marqu&#233; autrement comme ceux que nous avons &#233;voqu&#233;s ne seraient plus &#224; proprement parler des corps de femmes et n'interrogeraient ainsi plus l'&#233;vidence des corps et de la condition des femmes. Cette r&#233;it&#233;ration et ce d&#233;placement seraient une chance pour l'individu d'&#234;tre reconnu comme ayant un corps r&#233;put&#233; naturel, sans &#234;tre celui qu'on croit. Ce malentendu est une possibilit&#233; d'exister dans une soci&#233;t&#233; et une culture qui ne consid&#232;re que certains corps et certains genres d&#233;finis, tout en ayant un corps et une pratique d'un autre genre. Il s'agit de rendre le corps impropre, &#224; travers des r&#233;p&#233;titions subversives qui les d&#233;stabilisent en tant que naturalis&#233;es. Il s'agit, pour reprendre les termes de Judith Butler, de s'approprier &#171; ces normes pour combattre leurs effets historiques s&#233;diment&#233;s (dans) un moment insurrectionnel, qui fonde le futur en rompant avec le pass&#233; &#187;. Pour reprendre les termes de Lynda Hart, la performance met en sc&#232;ne, en tant qu'orgasme, &#171; le conflit entre l'&#233;clatement du fantasme d&#233;sirant du soi et la n&#233;cessit&#233; de revenir &#224; un soi coh&#233;rent pour prendre place dans l'ordre symbolique ; et le fantasme persistant de quelque chose qui existe au-del&#224; du langage &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Si, pour reprendre l'expression lacanienne, la femme n'existe pas et est d&#233;finie par cette non existence &#8211; c'est-&#224;-dire n'existe pas comme totalit&#233; invariante en elle-m&#234;me mais seulement dans le phantasme du masculin &#8211; la performance prend acte de cette ontologie. Elle la joue et la rejoue comme la chance pour chaque femme de se reconstituer dans par et pour son propre fantasme, en d&#233;calage. L'enjeu est d'&#234;tre la forme et le contenu de leurs propres fantasmes pour avoir le droit d'exister de mani&#232;re vivable. Ces performances peuvent donc &#224; bon droit &#234;tre qualifi&#233;es de f&#233;ministes, quand bien m&#234;me les artistes ne se revendiqueraient pas comme tels. &#171; Si la subversion est possible, elle se fera dans les termes de la loi avec les possibilit&#233;s qui s'ouvrent / apparaissent lorsque la loi se retourne contre elle-m&#234;me en d'inattendues permutations. Le corps construit par la culture sera alors lib&#233;r&#233; non par un retour vers son pass&#233; &#8220;naturel&#8221; ou ses plaisirs originels, mais vers un futur ouvert et plein de possibilit&#233;s culturelles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;5. Efficacit&#233; ou anesth&#233;sie de l'apr&#232;s-coup : le probl&#232;me de l'exposition&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ception et la pr&#233;sence du corps performant est ainsi ins&#233;parable de la performance. Si elle n'est pas vue elle ne saurait &#234;tre &#224; proprement parler une performance. Elle a un statut de signe au sens s&#233;miotique de Charles Peirce : elle se donne &#224; la place ou pour le corps qui a &#233;t&#233; d&#233;plac&#233; et condens&#233; par son action, en relation d'un c&#244;t&#233; avec cet objet et son effet qui est ins&#233;parable de sa condition de signe. Il faut ainsi insister sur la place et m&#234;me la fonction du spectateur dans la performance. Pour reprendre les mots de Chantal Pontbriand, &#171; la performance est une carte, une &#233;criture qui se d&#233;chiffre dans l'imm&#233;diat, dans le pr&#233;sent, dans la situation pr&#233;sente, une confrontation avec le spectateur &#187;. &#171; L'interaction entre public et artiste d&#233;termine la vraie valeur de la performance &#187;. L'&#339;uvre se confond en fait avec l'exp&#233;rience &#171; hic et nunc &#187; de son accomplissement, dans une &#171; co-pr&#233;sence, en espace- temps r&#233;el, du performeur et de son public &#187;. Lorsque l'acc&#232;s &#224; ces pratiques n'a pas lieu se pose la question de leurs effets, par exemple et notamment dans leur exposition. Il faut alors &#233;valuer la pr&#233;sence du corps quand justement le corps de l'artiste se fait absent. Ce probl&#232;me est en fait double. Il est &#224; la fois esth&#233;tique et institutionnel. D'un point de vue esth&#233;tique, se pose le probl&#232;me de la distance physique ; d'un point de vue institutionnel se pose le probl&#232;me de la distance de l'int&#233;r&#234;t de l'&#339;uvre.&lt;br class='autobr' /&gt; D'un point de vue esth&#233;tique, l'indicialit&#233; des photographies et des vid&#233;os telle que l'ont analys&#233;e Roland Barthes et Jean-Marie Schaeffer , donne la pr&#233;sence de ce qui est absent. Les expositions s'&#233;laborent en pr&#233;sentant des restes, des traces, des objets utilis&#233;s ou des enregistrements. Certaines performances se donnent d'ailleurs uniquement &#224; travers des indices, comme c'est le cas de &lt;i&gt;Carving : A Traditional Sculpture&lt;/i&gt; d'Eleanor Antin. Pour une raison temporelle &#233;vidente, la pr&#233;sence se donne par le m&#233;dium, qui ne la redouble pas comme dans les autres cas que j'ai &#233;voqu&#233;s, mais la donne au premier degr&#233;. Ce corps est comme directement l&#224;. Ainsi, &#171; les traces produites par la photographie et la vid&#233;o doivent-elles &#234;tre consid&#233;r&#233;es au-del&#224; d'une simple fonction documentaire. Il est alors possible de consid&#233;rer le document visuel comme la modalit&#233; d'une r&#233;ception directe &#187; &#8211; ce qui, au del&#224; des cas particuliers des performances ne se donnant qu'&#224; travers des photographies, donne &#224; l'exposition de ces documents le m&#234;me caract&#232;re que la performance originale en tant que leurs rapport &#224; leur objet et leur effet est le m&#234;me. Comme l'&#233;crit Sophie Delpeux, &#171; le document visuel a beau &#234;tre parfois r&#233;duit &#224; une image arr&#234;t&#233;e, son spectateur saura trouver le d&#233;roulement temporel de l'action, dont la conscience semble vou&#233;e &#224; n'&#234;tre jamais perdue &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut cependant nuancer une premi&#232;re fois cette affirmation et remarquer que l'effet n'est absolument pas le m&#234;me lorsque par exemple les photographies sont inclues dans la pratique de la performance elle-m&#234;me et organis&#233;es par l'artiste pour en reproduire l'effet ou lorsqu'elles sont prises et expos&#233;es sans cette d&#233;marche par les spectateurs. &lt;i&gt;Autoportrait(s) &lt;/i&gt; de Gina Pane et &lt;i&gt;Rythme 0 &lt;/i&gt; de Marina Abramovic peuvent repr&#233;senter ces deux cas. Il me semble que seul le premier cas peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme la perp&#233;tuation de la performance, alors que le second constitue une archivation &#224; destination des historiens qui n'ont ni l'ambition ni la capacit&#233; de reproduire son effet ni son rapport &#224; l'objet. Quoi qu'il en soit, cette indicialit&#233; semble ne pas suffire &#224; rendre pr&#233;sent. C'est sans doute pour cel&#224; que la pr&#233;sence de Marina Abramovic est indispensable lors de la r&#233;trospective que lui a consacr&#233;e le MoMa en 2010 d'ailleurs intitul&#233;e Artist is pr&#233;sent. Elle est assise inexpressive dans un carr&#233; dessin&#233; au sol devant les visiteurs du mus&#233;e qui se placent un &#224; un face &#224; elle. Son corps, la pr&#233;sence mat&#233;rielle de l'artiste est d'une certaine mani&#232;re, en apposition &#224; chaque &#233;l&#233;ment pr&#233;sent&#233; de l'exposition et redonne &#224; chacune de ces performances une pr&#233;sence : l'artiste est pr&#233;sent, pour reprendre le titre de l'exposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette pr&#233;sence se donne cependant toujours dans un mus&#233;e qui la pr&#233;sente une fois que la performance est pass&#233;e et entre dans le domaine culturel ou de l'histoire de l'art. Le mus&#233;e qui en fait des &#339;uvres d'art, c'est &#224; dire des objets soumis au jugement de gout qui pour Kant est d&#233;sint&#233;ress&#233;, alors que pr&#233;cis&#233;ment ces &#339;uvres int&#233;ressent les spectateurs en tant qu'elles l'interpellent dans leurs repr&#233;sentations symboliques du corps et de l'identit&#233; des femmes. Entrant au mus&#233;e, les performances sont d'une certaine mani&#232;re anesth&#233;si&#233;es et deviennent incapables de se produire comme orgasme pour des spectateurs qui les per&#231;oivent comme suspendues de tout impact et fonction sociale, culturelle ou symbolique . C'est ce que met en sc&#232;ne Marina Abramovic lorsqu'elle reproduit des performances classiques, comme &lt;i&gt;Autoportrait(s)&lt;/i&gt; de Gina Pane, en leur enlevant toute leur dimension de surgissement performatif par leur mise en sc&#232;ne de mani&#232;re distante et aseptis&#233;e. Cela se joue &#224; deux niveaux : dans la mise en sc&#232;ne qui se place sur une sc&#232;ne offerte au jugement de go&#251;t et par la r&#233;p&#233;tition de quelque chose appartenant d&#233;j&#224; &#224; l'histoire de l'art reconnu. Il faut &#224; partir de l&#224; s'interroger sur l'exp&#233;rience des photographies de Pane et se demander si elles peuvent vraiment se donner dans leur dynamique originelle &#224; partir du moment o&#249; elles se re-pr&#233;sentent dans un mus&#233;e comme c'est le cas dans &lt;i&gt;elle@centrepompidou&lt;/i&gt;. Il faut sans doute revoir en ce sens la pr&#233;sence de Marina Abramovic dans la r&#233;trospective du MoMa, non pas en tant que donnant une pr&#233;sence transitive aux performances pr&#233;sent&#233;es, mais comme mus&#233;alisation du corps m&#234;me de l'artiste. Son impassibilit&#233; ne serait alors pas ce qui permet de l'attacher &#224; chaque performance et non &#224; une particuli&#232;re mais la marque de l'anesth&#233;sie de son corps inexpressif au sens kantien inint&#233;ressante. &lt;br class='autobr' /&gt; Il faut &#224; ce titre noter que dans cette r&#233;trospective, des figurants reprennent certaines performances de Marina Abramovic devant les visiteurs, reproduisant cette d&#233;marche, mais au premier degr&#233; avec l'ambition de faire vivre les performances aux visiteurs. C'est &#233;galement ce qui se joue dans la transformation d'une performance en spectacle. Cela apparait bien dans la critique que G&#233;raldine Gourbe et Charlotte Pr&#233;vot font de la reprise queer de performances associ&#233;es au f&#233;minisme. La reprise queer de certaine de ces performances s'inscrit dans ce cadre de mus&#233;alisation par leur double parti pris burlesque et d&#233;contextualis&#233; &#8211; ce qui a dans les deux cas comme r&#233;sultat une mise &#224; distance et un interdit de l'effet angoissant de l'orgasme. Contrairement &#224; Abramovic, les performeurs queer ne le font en effet pas au second degr&#233; pour d&#233;construire cette situation, mais se pr&#233;sentent au contraire comme &#233;tant toujours des performeurs dont les performances ont une signification et un int&#233;r&#234;t symbolique et non comme des figurants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par exemple, Pascal Li&#232;vre reprend entre autre &lt;i&gt;Death Control&lt;/i&gt; de Gina Pane. Alors que Gina Pane repose sur le sol, le visage recouvert d'asticots grouillants sur ses joues tandis que des enfants chantent &#171; Happy Birthday &#187;, pour f&#234;ter son anniversaire avec des amis dans le club, Pascal Li&#232;vre demande au performeur Aphro une version plus pop et festive o&#249; il y aura le gag de la tarte &#224; la cr&#232;me sur son visage que chacun viendra ensuite l&#233;cher. C'est &#171; une version peut-&#234;tre plus festive au regard d'une communaut&#233; se d&#233;finissant comme queer, mais de laquelle est &#233;vinc&#233;e l'id&#233;e d'une exp&#233;rience limite, qui arrache le sujet &#224; lui-m&#234;me. Cette reddition d&#233;politise les enjeux propres aux dispositifs de subjectivation qui &#233;manaient de la pi&#232;ce originale. &#187; Rien n'est interrog&#233; et la performance devient une f&#234;te et un simulacre, au sens que Jean Baudrillard donne &#224; ce terme. Cette volont&#233; de &#171; lib&#233;rer les formes esth&#233;tiques du contexte historique de l'Histoire de l'art pour les faire vivre dans la vie de chacun, de confronter aussi leur pertinence et leur valeur dans une contemporan&#233;it&#233; &#187;, pour reprendre les termes de Li&#232;vre &#224; propos de sa reprise du &lt;i&gt;Bais&#233; de l'artiste&lt;/i&gt; d'Orlan, produit ce que Kant nomme un d&#233;sint&#233;r&#234;t. Cela signifie en l'occurrence que la perception du corps n'est plus mis &#224; mal et ne produit plus d'effet symbolique r&#233;el sur les spectateurs qui sont, justement, au spectacle. Cette d&#233;-historisation des usages queer interdit, c'est-&#224;-dire &#224; la fois rend inop&#233;rant par sa suspension et emp&#234;che de performer la cl&#244;ture par un dehors refoul&#233; qui surgit &#8211; ce qui est l'int&#233;r&#234;t des performances que j'ai &#233;voqu&#233;es. Pascal Li&#232;vre d&#233;complexifie le concept de performativit&#233; du genre par rapport &#224; son statut de citation ou de r&#233;it&#233;ration ins&#233;minatrice et prolif&#233;rante. Contrairement &#224; la reprise du corps par les artistes performeurs, cette reprise mus&#233;ale n'est ni une diss&#233;mination, ni une d&#233;multiplication. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut sans doute voir la pr&#233;sence des figurants et de l'artiste au MoMa comme un avertissement contre de telles pratiques, contre la mus&#233;ification et la spectacularisation qui se joue sous nos yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Premi&#232;re publication : 27 septembre 2011)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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