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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Animalit&#233; occidentale, J&#233;rusalem &amp; Ath&#232;nes</title>
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		<dc:date>2017-12-24T10:42:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;dric Cagnat</dc:creator>


		<dc:subject>id&#233;ologie</dc:subject>
		<dc:subject>animal</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; Soit une citation d'Adorno&amp;Horkheimer, tir&#233;e de leur Dialectique de la raison, &#224; partir de laquelle je formulerai trois remarques introductives : &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'histoire europ&#233;enne, l'id&#233;e de l'homme s'exprime dans la mani&#232;re dont on le distingue de l'animal. Le manque de raison de l'animal sert &#224; d&#233;montrer la dignit&#233; de l'homme. Cette opposition a &#233;t&#233; pr&#234;ch&#233;e avec tant de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=87" rel="tag"&gt;id&#233;ologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=98" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Soit une citation d'Adorno&amp;Horkheimer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merci &#224; Diane Morgan d'avoir rappel&#233; l'importance de ce texte &#224; l'occasion (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tir&#233;e de leur &lt;i&gt;Dialectique de la raison&lt;/i&gt;, &#224; partir de laquelle je formulerai trois remarques introductives :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans l'histoire europ&#233;enne, l'id&#233;e de l'homme s'exprime dans la mani&#232;re dont on le distingue de l'animal. Le manque de raison de l'animal sert &#224; d&#233;montrer la dignit&#233; de l'homme. Cette opposition a &#233;t&#233; pr&#234;ch&#233;e avec tant de constance et d'unanimit&#233; par tous les pr&#233;d&#233;cesseurs de la pens&#233;e bourgeoise &#8211; les anciens Juifs et les P&#232;res de l'&#201;glise, puis au Moyen Age et dans les temps modernes &#8211; qu'elle fait partie du fond inali&#233;nable de l'anthropologie occidentale comme peu d'autres id&#233;es.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Theodor W. Adorno et Max Horkheimer, La dialectique de la raison, p.268.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- L'homme se forme une image de lui-m&#234;me en &#233;tablissant une discontinuit&#233; entre lui et l'animal : l'histoire du rapport homme-animal serait celle d'un dualisme, d'une s&#233;paration radicale entre deux formes d'&#234;tre. C'est ce que l'on appelle la th&#232;se de l' &#171; exception humaine &#187;. C'est une th&#232;se &lt;i&gt;ontologique&lt;/i&gt; : elle dit l'&lt;i&gt;essence&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt; de ce qui est ainsi d&#233;fini et qualifi&#233;. En l'occurrence, l'&#234;tre de l'homme se caract&#233;rise par sa &#171; dignit&#233; &#187;, per&#231;ue comme la marque de sa sup&#233;riorit&#233; par rapport &#224; l'animal qui se d&#233;finit quant &#224; lui par un manque, une absence : le d&#233;faut de raison (mais il sera priv&#233; de bien d'autres choses au fil de l'histoire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Ce qui pr&#233;c&#232;de sugg&#232;re que lorsque l'homme cherche &#224; se d&#233;finir lui-m&#234;me, il y a forc&#233;ment des cons&#233;quences sur sa conception de l'animal. Et peut-&#234;tre que, inversement, lorsqu'il transforme sa mani&#232;re d'appr&#233;hender les animaux &#8211; comme c'est le cas en ce moment dans certains pays occidentaux &#8211; alors cela implique des modifications dans la mani&#232;re dont une partie de l'humanit&#233; se voit elle-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Cette th&#232;se ontologique de l'exception humaine se corr&#232;le imm&#233;diatement &#224; une &lt;i&gt;&#233;thique&lt;/i&gt;, au sens premier du terme, un &lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire un ensemble de comportements, de pratiques : la sup&#233;riorit&#233; ontologique explique la &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; et l&#233;gitime l'&lt;i&gt;exploitation&lt;/i&gt;. Le produit de cette exploitation, l&#233;gitim&#233;e par une domination adoss&#233;e &#224; une th&#232;se ontologique, c'est une cat&#233;gorie particuli&#232;re &#8211; mais fondatrice &#8211; dans l'histoire des rapports entre l'homme et les animaux, ce que je propose d'appeler : &lt;i&gt;l'animal-de-l'homme&lt;/i&gt; (pour la distinguer de deux autres cat&#233;gories, r&#233;elles ou potentielles, d&#233;signant d'autres types de rapports, mais dont il ne sera pas question ici : &lt;i&gt;l'animal humain&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'Autre animal&lt;/i&gt;). L'animal-de-l'homme, c'est l'animal tel qu'il est construit par l'homme (occidental, principalement, mais il semble que cette cat&#233;gorie tient plus ou moins de l'invariant anthropologique), l'&lt;i&gt;animalit&#233;&lt;/i&gt;, &#224; savoir la r&#233;alit&#233; vivante, multitudinaire et prot&#233;iforme des mondes animaux saisie par l'unit&#233; du concept (sorte d'&#233;quarrissage op&#233;r&#233; par la pens&#233;e) ; mais aussi l'animal tel qu'il est poss&#233;d&#233; par l'homme, tel qu'il en est une &lt;i&gt;propri&#233;t&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport homme-animal a donc son versant ontologique et son versant &#233;thique : Peter Singer, l'un des pionniers du mouvement de lib&#233;ration animale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Son ouvrage paru en 1975, La lib&#233;ration animale, est devenu un classique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, va dans ce sens quand il explique que &#171; la domination de l'animal humain sur les autres animaux &#187; s'exerce &#224; travers un certain nombre de pratiques (l'&#233;levage, l'exp&#233;rimentation &#224; des fins scientifiques, ou pseudo-scientifiques, la chasse, l'usage des animaux pour les loisirs ou la fourrure, etc.), mais que ces pratiques, &#171; on ne peut les comprendre correctement que comme autant de manifestations de l'id&#233;ologie de notre esp&#232;ce, c'est-&#224;-dire des attitudes que nous, en tant qu'animal dominant, avons envers les autres animaux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La lib&#233;ration animale, Grasset, 1993, p. 285. Singer parle ici d' &#171; attitude (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Toutefois, un peu plus loin, ces attitudes sont pr&#233;sent&#233;es comme des &#171; pr&#233;suppositions &#8211; religieuses, morales, m&#233;taphysiques &#8211; qui aujourd'hui sont obsol&#232;tes &#187; et dont Singer affirme qu'elles n'&#233;taient jadis que des l&#233;gitimations id&#233;ologiques visant &#224; &#171; masquer le motivation purement et simplement &#233;go&#239;ste des rapports que les humains entretenaient avec les autres animaux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 286.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Ce qui n'est pas tout &#224; fait la m&#234;me chose : on le voit, la question des rapports entre discours et conceptions th&#233;oriques sur l'animal d'un c&#244;t&#233;, et pratiques et relations concr&#232;tes avec les animaux de l'autre ne va pas de soi. On retrouve ici une vieille probl&#233;matique marxienne : est-ce l'id&#233;ologie qui est premi&#232;re et qui engendre les pratiques ? Ou bien ces pratiques sont-elles l'origine et la cause efficiente des conceptions du monde correspondantes ? Autrement dit, dans le domaine qui nous occupe, ce que nous disons de l'&lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt; de l'animal d&#233;termine-t-il nos conduites &#224; son &#233;gard ? La mani&#232;re dont nous concevons et d&#233;finissons les animaux a-t-elle des cons&#233;quences sur la mani&#232;re dont nous les traitons ? Ces questions peuvent para&#238;tre formelles, mais je suis persuad&#233; que le probl&#232;me qu'elles sous-tendent a en r&#233;alit&#233; une grande importance : l'&#233;thique est-elle d&#233;pendante de l'ontologie ? C'est un probl&#232;me que doit participer &#224; r&#233;soudre quiconque envisage le rapport des humains aux animaux comme un &lt;i&gt;enjeu politique&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire une question qui doit faire l'objet d'un traitement collectif susceptible de changer &#224; la fois la condition animale et la vie ordinaire en commun des animaux humains et non humains. Car un tel traitement doit bien commencer par tenter de savoir, &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt;, sur quelle mati&#232;re il doit agir, ou peser ; quel &#171; objet &#187; il doit &#171; travailler &#187;. Est en jeu ici la notion m&#234;me d'&#171; action politique &#187;, dans un champ d'intervention encore en grande partie inexplor&#233;, o&#249; il ne saurait donc &#234;tre question d'importer les recettes d'un militantisme &#171; classique &#187; aguerri au sein de contextes tout diff&#233;rents. Depuis plusieurs d&#233;cennies maintenant, tout un courant de la recherche en &#233;thologie contribue &#224; forger une image profond&#233;ment renouvel&#233;e de l'animalit&#233;, pendant que les actions militantes se multiplient dans les abattoirs afin de sensibiliser le grand public sur les massacres qui y ont cours : de ces deux lignes de forces, laquelle a pu influer sur ce qui appara&#238;t aujourd'hui, peut-&#234;tre illusoirement, comme une mise en cause des pratiques alimentaires carn&#233;es dans certains pays occidentaux ? Les deux, peut-&#234;tre, ou aucune ? L'antisp&#233;cisme pros&#233;lyte avance &#224; l'aveugle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour examiner cette relation entre l'ontologie et l'&#233;thique dans le champ de l'animalit&#233;, dans la configuration du rapport homme/animal, un point de d&#233;part possible consiste &#224; aller voir dans les textes la formulation de ce qu'Adorno et Horkheimer ont nomm&#233; &#171; le fond inali&#233;nable de l'anthropologie occidentale &#187;. Ils mentionnent, on l'a vu, &#171; les anciens Juifs et les P&#232;res de l'&#201;glise &#187;, le Moyen Age et les temps modernes. Singer assure quant &#224; lui que &#171; les attitudes occidentales envers les animaux sont enracin&#233;es dans deux traditions : le juda&#239;sme et l'Antiquit&#233; grecque. Celles-ci s'unirent dans le christianisme, et c'est &#224; travers cette religion qu'elles furent amen&#233;es &#224; pr&#233;dominer en Europe. &#187; Empruntons donc ce vieux topos historique et philosophique, Ath&#232;nes et J&#233;rusalem, avant la synth&#232;se chr&#233;tienne (que nous laisserons provisoirement de c&#244;t&#233;) : les trois matrices d'o&#249; sort, dit-on, tout ce qui se pense et se fait en Occident&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ancien Testament&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;24 Puis Dieu dit : Que la terre produise des &#234;tres vivants selon leur esp&#232;ce, b&#233;tail, reptiles et animaux de la terre selon leur esp&#232;ce ; et cela fut ainsi. &lt;br class='autobr' /&gt;
25 Et Dieu fit les animaux de la terre selon leur esp&#232;ce, le b&#233;tail selon son esp&#232;ce, et tous les reptiles du sol selon leur esp&#232;ce ; et Dieu vit que cela &#233;tait bon. &lt;br class='autobr' /&gt;
26 Puis Dieu dit : &lt;strong&gt;Faisons l'homme &#224; notre image&lt;/strong&gt;, selon notre ressemblance, &lt;strong&gt;et qu'il domine&lt;/strong&gt; sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur le b&#233;tail, et sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. &lt;br class='autobr' /&gt;
27 Et Dieu cr&#233;a l'homme &#224; son image ; il le cr&#233;a &#224; l'image de Dieu ; il les cr&#233;a m&#226;le et femelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
28 Et Dieu les b&#233;nit ; et Dieu leur dit : Croissez et multipliez, et &lt;strong&gt;remplissez la terre, et l'assujettissez, et dominez sur les poissons de la mer et sur les oiseaux des cieux, et sur tout animal qui se meut sur la terre&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; 29 Et Dieu dit : Voici &lt;strong&gt;je vous ai donn&#233;&lt;/strong&gt; toute herbe portant semence, qui est &#224; la surface de toute la terre, et tout arbre qui a en soi du fruit d'arbre portant semence ; ce sera votre nourriture. &lt;br class='autobr' /&gt;
30 Et &#224; tous les animaux des champs, et &#224; tous les oiseaux des cieux, et &#224; tout ce qui se meut sur la terre, qui a en soi une &#226;me vivante, &lt;strong&gt;j'ai donn&#233; toute herbe verte pour nourriture&lt;/strong&gt; ; et cela fut ainsi. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;strong&gt;Gn 1, 24-30&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Et Dieu b&#233;nit No&#233;, et ses fils, et leur dit : Croissez et multipliez, et remplissez la terre ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2 Et &lt;strong&gt;vous serez craints et redout&#233;s de tous les animaux&lt;/strong&gt; de la terre, et de tous les oiseaux des cieux ; avec tout ce qui se meut sur le sol et tous les poissons de la mer, ils sont remis entre vos mains. &lt;br class='autobr' /&gt;
3 &lt;strong&gt;Tout ce qui se meut et qui a vie, vous servira de nourriture&lt;/strong&gt; ; je vous donne tout cela comme l'herbe verte. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;strong&gt;Gn 9, 1-3&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On retrouve d'embl&#233;e l'id&#233;e de s&#233;paration, d'exception : l'homme est distinct par essence puisqu'il est seul cr&#233;&#233; &#224; l'image de Dieu. Mais ce texte est ambivalent eu &#233;gard &#224; la question qui nous occupe, &#224; savoir les liens d'implications entre l'&#233;thique et l'ontologie : l'Eden est pr&#233;sent&#233; comme une &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; des cr&#233;atures. Ces derni&#232;res, hommes et animaux, s'adonnent au &lt;i&gt;v&#233;g&#233;tarisme&lt;/i&gt; &#8211; condition alimentaire &lt;i&gt;id&#233;ale&lt;/i&gt;, donc, celle qui a cours au paradis.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comme le travail n'existe pas avant la Chute, il ne saurait y avoir non plus d'&lt;i&gt;exploitation&lt;/i&gt; des animaux. Adam et Eve n'en ont pas &lt;i&gt;besoin&lt;/i&gt;. Les parents de l'humanit&#233; &#233;taient vegan !...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bien s&#251;r, la notion de domination et d'&#171; assujettissement &#187; est explicitement formul&#233;e. Pourtant, l'historien Eric Baratay explique : &#171; Le fait qu'Adam leur donne un nom ne signifie pas l'appropriation de la nature mais une relation privil&#233;gi&#233;e entre l'homme rev&#234;tu d'une dignit&#233; royale et des animaux promus sujets, non pas choses. &#187; (Adam ne nomme pas les choses). Peter Singer allait d&#233;j&#224; dans ce sens : &#171; Le jardin d'Eden a souvent &#233;t&#233; d&#233;peint comme une sc&#232;ne de paix parfaite, et dans ce contexte un acte de tuer quel qu'il f&#251;t aurait paru d&#233;plac&#233; ! L'homme r&#233;gnait, mais dans ce paradis terrestre son despotisme &#233;tait un despotisme bienveillant. &#187; On a peut-&#234;tre l&#224; un premier exemple de d&#233;liaison entre ontologie et &#233;thique.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais tout change &#233;videmment apr&#232;s la Chute et la conduite des hommes &#224; l'&#233;gard des animaux devient plus conforme au postulat de la sup&#233;riorit&#233; humaine &#8211; effet direct d'une punition divine, toutefois, ce qui ne laisse pas de para&#238;tre contradictoire ; d'autant que les animaux demeurent les premi&#232;res victimes de cette sanction inflig&#233;e en raison d'une faute commise par l'homme. Le &#171; don &#187; divin, apr&#232;s le D&#233;luge, la domination et la consommation de chair animale font quoi qu'il en soit contraste avec la condition id&#233;ale, pacifi&#233;e, d'avant le P&#233;ch&#233; originel, et ne peuvent donc &#234;tre envisag&#233;s que comme une d&#233;gradation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Antiquit&#233; grecque&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il fut jadis un temps o&#249; les dieux existaient, mais non les esp&#232;ces mortelles. Quand le temps que le destin avait assign&#233; &#224; leur cr&#233;ation fut venu, les dieux les fa&#231;onn&#232;rent dans les entrailles de la terre d'un m&#233;lange de terre et de feu et des &#233;l&#233;ments qui s'allient au feu et &#224; la terre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand le moment de les amener &#224; la lumi&#232;re approcha, ils charg&#232;rent Prom&#233;th&#233;e et Epim&#233;th&#233;e de les pourvoir et d'attribuer &#224; chacun des qualit&#233;s appropri&#233;es. Mais Epim&#233;th&#233;e demanda &#224; Prom&#233;th&#233;e de lui laisser faire seul le partage. &#034;Quand je l'aurai fini, dit-il, tu viendras l'examiner&#034;. Sa demande accord&#233;e il fit le partage, et, en le faisant, il attribua aux uns la force sans la vitesse, aux autres la vitesse sans la force ; il donna des armes &#224; ceux-ci, les refusa &#224; ceux-l&#224;, mais il imagina pour eux d'autres &lt;strong&gt;moyens de conservation&lt;/strong&gt; ; car &#224; ceux d'entre eux qu'il logeait dans un corps de petite taille, il donna des ailes pour fuir ou un refuge souterrain ; pour ceux qui avaient l'avantage d'une grande taille, leur grandeur suffit &#224; les conserver, et il appliqua ce proc&#233;d&#233; de compensation &#224; tous les animaux. &lt;strong&gt;Ces mesures de pr&#233;caution &#233;taient destin&#233;es &#224; pr&#233;venir la disparition des races&lt;/strong&gt;. Mais quand il leur eut fourni &lt;strong&gt;les moyens d'&#233;chapper &#224; une destruction mutuelle&lt;/strong&gt;, il voulut les aider &#224; supporter les saisons de Zeus ; il imagina pour cela de les rev&#234;tir de poils &#233;pais et de peaux serr&#233;es, suffisantes pour les garantir du froid, capables aussi de les prot&#233;ger contre la chaleur et destin&#233;es enfin &#224; servir, pour le temps du sommeil, de couvertures naturelles, propres &#224; chacun d'eux ; il leur donna en outre comme chaussures, soit des sabots de cornes, soit des peaux calleuses et d&#233;pourvues de sang, ensuite il leur fournit des aliments vari&#233;s suivant les esp&#232;ces, aux uns l'herbe du sol, aux autres les fruits des arbres, aux autres des racines ; &#224; quelques-uns m&#234;me il donna d'autres animaux &#224; manger ; mais il limita leur f&#233;condit&#233; et multiplia celle de leur victime &lt;strong&gt;pour assurer le salut de la race&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant Epim&#233;th&#233;e, qui n'&#233;tait pas tr&#232;s r&#233;fl&#233;chi avait sans y prendre garde d&#233;pens&#233; pour les animaux toutes les facult&#233;s dont il disposait et il lui restait la race humaine &#224; pourvoir, et il ne savait que faire. Dans cet embarras, &lt;strong&gt;Prom&#233;th&#233;e vient pour examiner le partage ; il voit les animaux bien pourvus, mais l'homme nu, sans chaussures, ni couvertures ni armes&lt;/strong&gt;, et le jour fix&#233; approchait o&#249; il fallait l'amener du sein de la terre &#224; la lumi&#232;re. &lt;strong&gt;Alors Prom&#233;th&#233;e, ne sachant qu'imaginer pour donner &#224; l'homme le moyen de se conserver, vole &#224; H&#233;pha&#239;stos et &#224; Ath&#233;na la connaissance des arts avec le feu&lt;/strong&gt; ; car, sans le feu, la connaissance des arts &#233;tait impossible et inutile ; &lt;strong&gt;et il en fait pr&#233;sent &#224; l'homme&lt;/strong&gt;. L'homme eut ainsi la science propre &#224; conserver sa vie [&#8230;] Il se glisse donc furtivement dans l'atelier commun o&#249; Ath&#233;na et H&#233;pha&#239;stos cultivaient leur amour des arts, il y d&#233;robe au dieu son art de manier le feu et &#224; la d&#233;esse l'art qui lui est propre, et il en fait pr&#233;sent &#224; l'homme, et c'est ainsi que l'homme peut se procurer des ressources pour vivre. Dans la suite, Prom&#233;th&#233;e fut, dit-on, puni du larcin qu'il avait commis par la faute d'Epim&#233;th&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'homme fut en possession de son lot divin, d'abord &lt;strong&gt;&#224; cause de son affinit&#233; avec les dieux, il crut &#224; leur existence, privil&#232;ge qu'il a seul de tous les animaux, et il se mit &#224; leur dresser des autels et des statues&lt;/strong&gt; ; ensuite il eut bient&#244;t fait, gr&#226;ce &#224; la science qu'il avait d'articuler sa voix et de former les noms des choses, d'inventer les maisons, les habits, les chaussures, les lits, et de tirer les aliments du sol.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;strong&gt;Platon, Protagoras, [320-321c], trad. E. Chambry.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_300 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/prometheus-torture.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/prometheus-torture.jpg' width='500' height='978' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'animal est tout entier plac&#233; sous le motif de la subsistance, voire de la survie : caract&#232;res qui supposent urgence et n&#233;cessit&#233;, une vie sans cesse menac&#233;e par la mort (&#224; l'&#233;chelle des individus) et l'extinction (&#224; l'&#233;chelle de l'esp&#232;ce). L'animal est inscrit, sans reste, dans les imp&#233;ratifs de la vie biologique, la totalit&#233; de ses comportements r&#233;pond &#224; la seule sph&#232;re des besoins organiques, se fond dans son milieu naturel et se confond avec lui : &#171; L'animal est dans la nature comme l'eau est dans l'eau &#187; (Bataille).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le contraste avec l'humain s'atteste dans la pr&#233;sence, chez ce dernier, d'un temps laiss&#233; &#224; des pratiques non directement abouch&#233;es aux n&#233;cessit&#233;s de sa subsistance en tant qu'&#234;tre de nature. Les premi&#232;res activit&#233;s auxquelles s'adonnent les hommes une fois pourvus de leur &#171; lot divin &#187; rel&#232;vent de la religion et de l'art (les autels et les statues), activit&#233;s index&#233;es d'une &#171; gratuit&#233; &#187; relative o&#249; s'atteste classiquement la c&#233;sure fondatrice entre nature (animale) et culture (humaine).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On ne peut s'emp&#234;cher toutefois de noter deux &#233;l&#233;ments susceptibles de relativiser cette interpr&#233;tation classique. D'abord l'image d&#233;pr&#233;ciative qui est donn&#233;e de la cr&#233;ature humaine au d&#233;but du mythe : en tant qu'&#234;tre de nature, l'homme a non seulement une origine commune avec les autres animaux, communaut&#233; d'appartenance au vivant qui emp&#234;che l'affirmation d'une c&#233;sure nette, une s&#233;paration d'&lt;i&gt;essence&lt;/i&gt; entre l'animal et l'homme ; mais en outre, avant le don de Prom&#233;th&#233;e, l'homme est pr&#233;sent&#233; comme un sous-animal, un &#234;tre inf&#233;rieur, le plus nu donc le plus faible, le plus vuln&#233;rable de la cr&#233;ation.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'autre part, il y a la punition de Prom&#233;th&#233;e, qui dans une perspective grecque peut certes appara&#238;tre comme une sanction inflig&#233;e &#224; celui qui a rompu l'ordre immuable de la hi&#233;rarchie entre mortels et immortels ; mais aujourd'hui, difficile de ne pas lire dans cette punition une sorte de prescience des cons&#233;quences d&#233;sastreuses que devait induire cette possession ill&#233;gitime par l'homme d'un &#171; savoir technique &#187;, d'une &#171; technoscience &#187;, en quelque sorte, qui devait &#234;tre r&#233;serv&#233;e aux dieux. Dans tous les cas, quelle que soit la lecture, ancienne ou contemporaine, cette promotion de l'homme &#224; ce statut quasi divin se pr&#233;sente comme &lt;i&gt;un &#233;v&#233;nement qui ne devait pas avoir lieu&lt;/i&gt;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Restera &#224; savoir si, et comment, ces motifs pr&#233;sents dans le mythe se retrouvent dans les conceptions et pratiques effectives propres &#224; la civilisation hell&#233;nique, puis &#224; examiner la mani&#232;re dont ils vont se traduire par la suite, avec d'autres sources, notamment v&#233;t&#233;rotestamentaires, &#224; la faveur de la synth&#232;se chr&#233;tienne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui peut &#234;tre relev&#233; pour l'instant, c'est qu'il n'existe pas de correspondance syst&#233;matique entre l'exploitation des animaux, qui est une constante sans doute universelle de l'histoire humaine, et quelque chose comme l'affirmation scripturaire, en tant que telle introuvable, d'une sup&#233;riorit&#233; ontologique, univoque et sans failles, de l'homme sur les animaux. L'animal-de-l'homme et la th&#232;se de l'exception humaine ont peut-&#234;tre eu chacun une vie plus ou moins autonome. J'essaierai de tirer une autre fois les cons&#233;quences de cette premi&#232;re hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Merci &#224; Diane Morgan d'avoir rappel&#233; l'importance de ce texte &#224; l'occasion d'autres rencontres autour de l'animal avec nos ami-e-s d'Ici&amp;Ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Theodor W. Adorno et Max Horkheimer, &lt;i&gt;La dialectique de la raison&lt;/i&gt;, p.268.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Son ouvrage paru en 1975, &lt;i&gt;La lib&#233;ration animale&lt;/i&gt;, est devenu un classique de la litt&#233;rature antisp&#233;ciste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La lib&#233;ration animale&lt;/i&gt;, Grasset, 1993, p. 285. Singer parle ici d' &#171; attitude &#187; au sens de &#171; disposition d'esprit &#187;, comme le montre la suite de son texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 286.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>E - &#201;clectisme</title>
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		<dc:date>2017-12-17T11:37:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Razac</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
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		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>

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&lt;p&gt;La question de savoir comment une autorit&#233; arrive &#224; s'imposer, c'est-&#224;-dire &#224; produire des effets d'ob&#233;issance, appelle de multiples r&#233;ponses : par la force, par la position sociale, par le mensonge ou l'illusion, par la raison etc. Souvent, bien s&#251;r, nous sommes gouvern&#233;s par un m&#233;lange de toutes ces modalit&#233;s d'exercice du pouvoir. Chacune poss&#232;de ses propres exigences, de puissance, de hi&#233;rarchie, de ruse, d'argumentation, qui peuvent entrer en synergie ou au contraire se contrecarrer. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=56" rel="directory"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=22" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=85" rel="tag"&gt;norme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=87" rel="tag"&gt;id&#233;ologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=96" rel="tag"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question de savoir comment une autorit&#233; arrive &#224; s'imposer, c'est-&#224;-dire &#224; produire des effets d'ob&#233;issance, appelle de multiples r&#233;ponses : par la force, par la position sociale, par le mensonge ou l'illusion, par la raison etc. Souvent, bien s&#251;r, nous sommes gouvern&#233;s par un m&#233;lange de toutes ces modalit&#233;s d'exercice du pouvoir. Chacune poss&#232;de ses propres exigences, de puissance, de hi&#233;rarchie, de ruse, d'argumentation, qui peuvent entrer en synergie ou au contraire se contrecarrer. Ceci est tr&#232;s classique. Pour autant, l'actualit&#233; de notre r&#233;gime de gouvernement, en particulier en France, engage &#224; faire le focus sur deux caract&#233;ristiques relativement &#233;tonnantes de l'autorit&#233; politique. D'un c&#244;t&#233;, il ne faudrait pas n&#233;gliger le reste de gouvernement par la raison dans les discours institutionnels et politiciens. En fait, la justification rationnelle de l'autorit&#233; poss&#232;de encore une place d&#233;cisive dans les d&#233;mokraties, malgr&#233; les apparences. L'autorit&#233; gouvernementale continue de rechercher ce qu'on pourrait appeler une ob&#233;issance minimale, volontaire et rationnelle, qui fluctue entre la passivit&#233; n&#233;vrotique et la r&#233;sistance neutralis&#233;e. Car, en effet, il ne s'agit pas de produire l'adh&#233;sion sans reste &#224; l'autorit&#233; ; ceci est non seulement hors d'atteinte mais irrationnel et inutile pour une gouvernementalit&#233; n&#233;olib&#233;rale. Cette ob&#233;issance, l'autorit&#233; l'obtient par des formes d'argumentation justifiant son droit &#224; g&#233;rer l'&#233;tat des choses par les multiples jeux de contraintes et de stimulations dont elle dispose. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, cette exigence rationnelle ne suffit pas &#224; expliquer notre condition de gouvern&#233;s (elle la rend m&#234;me incompr&#233;hensible). En effet, si on l'accepte sans reste, alors, d'une certaine mani&#232;re, tout va bien &#8211; ce qui ne viendrait &#224; l'id&#233;e de personne &#233;videmment. Si l'autorit&#233; repose sur une argumentation rationnelle, il reste aux gouvern&#233;s insatisfaits &#224; opposer d'autres formes d'argumentations qui rempliraient d'une mani&#232;re plus satisfaisante des conditions partag&#233;es de rationalit&#233;. Tout le monde sait, l&#224; aussi, que cela ne marche pas. Parce que le pouvoir est arbitraire, violent, qu'il ment et manipule, d'accord. Mais aussi, et peut-&#234;tre surtout, parce qu'il manipule des formes h&#233;t&#233;rog&#232;nes d'argumentations qui produisent des effets variables de conviction qui se combinent pour produire une ob&#233;issance minimale. C'est ce que l'on se propose d'appeler ici un &#233;clectisme des formes de justification de l'autorit&#233; politique. Pour &#233;claircir cette d&#233;finition tr&#232;s ramass&#233;e, on se propose de prendre l'exemple d'un discours politique cens&#233; produire ou reproduire un fort consensus autour des institutions r&#233;publicaines, celui prononc&#233; devant le Parlement par le Premier ministre Manuel Valls apr&#232;s les attentats du 7 janvier 2015. Tout en pr&#233;cisant imm&#233;diatement que, bien que pratique, ce n'est pas le meilleur exemple. Cet &#233;clectisme de l'autorisation du pouvoir est bien plus important et subtil dans les rationalit&#233;s gouvernementales des multiples institutions qui nous gouvernent comme l'entreprise, l'&#233;cole, les m&#233;dias, la police, la justice etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les attentats dits de &#171; Charlie Hebdo &#187; le premier ministre prononce donc un discours important, parmi ceux qui marquent une carri&#232;re politique, discours qui poss&#232;de au moins trois fonctions : Reformuler une identit&#233; r&#233;publicaine (par opposition absolue avec le &#171; terrorisme &#187;), produire un consensus et une &#233;nerg&#233;tique agglom&#233;rante autour de cette id&#233;e, afin de justifier des lois s&#233;curitaires d'exception. On a donc imm&#233;diatement une structure surprenante puisque des lois qui mettent en difficult&#233; les principes d'un &#201;tat de droit sont justifi&#233;es par la r&#233;affirmation solennelle de la sacralit&#233; de ce mod&#232;le institutionnel. On pourrait bien s&#251;r se contenter d'opposer un grand rire au ridicule d'une telle d&#233;marche, mais ce rire s'&#233;trangle imm&#233;diatement dans nos gorges et l'on se retrouve bien seuls si on ne fait pas l'effort de comprendre comment une telle argumentation est possible et poss&#232;de une certaine efficacit&#233; politique, &#224; l'&#233;poque du &#171; Je suis Charlie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Certes le discours du 13 janvier succ&#232;de aux grandes manifestations du 10 et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, il est possible de faire fonctionner socialement et politiquement une contradiction dans les termes &#8211; l'exception est justifi&#233;e par la r&#232;gle &#8211; parce qu'elle repose sur un patchwork mobile, plastique, de justifications qui poss&#232;dent chacune des exigences de validit&#233; testables. On se propose ainsi de rep&#233;rer dans ce discours diff&#233;rentes lignes argumentatives de justification de l'autorit&#233; politique qui reposent chacune sur des socles th&#233;oriques solides et anciens. On trouve, au moins, cinq registres de discours diff&#233;rents. Un registre &#171; patriotique &#187; mythique, un registre &#171; d&#233;mocratique &#187; de l&#233;galit&#233;, un registre &#171; s&#233;curitaire &#187; d'exception, un registre &#171; &#233;conomique &#187; lib&#233;ral, et un registre &#171; social &#187; solidaire. Or, il faut avoir en t&#234;te que chacun de ces registres poss&#232;de sa propre verticalit&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il articule des concepts, des finalit&#233;s, un champ de r&#233;f&#233;rence et des conditions de validit&#233; sp&#233;cifiques (on pourrait ajouter des conditions historiques et sociales, des personnages types, etc.). Plus important encore, on peut consid&#233;rer que chacun de ces registres s'est construit en opposition, souvent explicite, avec un ou plusieurs des autres registres. Autrement dit, ce type de discours de l&#233;gitimation pr&#233;tend produire une synergie argumentative entre des logiques qui s'excluent l'une l'autre, soit par contradiction, soit par &#171; incommensurabilit&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le registre &#171; patriotique &#187; mythique appara&#238;t d'abord dans des formules de &#171; personnification &#187; du principe d'autorit&#233; d'une &#171; Nation &#187; qui poss&#232;de l'unit&#233; d'un corps et d'un esprit : &#171; c'est la France qu'on a touch&#233;e au c&#339;ur &#187;, &#171; autant de visages de la France &#187;, une France qui se &#171; tiendra &#224; leurs c&#244;t&#233;s &#187; et qui est &#171; debout &#187; &#171; toujours pr&#233;sente &#187; qui &#171; apr&#232;s le choc, a dit &#8220;non&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On remarquera les guillemets du &#171; non &#187; indiquant que le ministre cite ici (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, malgr&#233; le fait qu'on a voulu abattre &#171; son esprit &#187; etc. Ce personnage mythique poss&#232;de un destin particulier et surplombant qui prescrit et l&#233;gitime par avance la r&#233;action de la Nation (en l'occurrence du parlement et de l'ex&#233;cutif), sa &#171; lumi&#232;re &#187; unique doit rester &#171; &#224; la hauteur de son histoire &#187;, de sa &#171; grandeur &#187; et de ce &#171; qu'elle incarne d'universel &#187; d'o&#249; un &#171; mouvement spontan&#233; d'unit&#233; nationale &#187; qu'il faut entretenir &#171; comme un feu ardent &#187; &#171; en nous rappelant sans cesse nos h&#233;ros, ceux qui sont tomb&#233;s &#187; etc. D'un c&#244;t&#233;, cette ligne argumentative, comme toutes les autres, pourrait (devrait) se suffire &#224; elle-m&#234;me. Elle est ancienne, on la trouve chez quelqu'un comme Joseph de Maistre, &#224; cheval entre Ancien R&#233;gime et modernit&#233;, d&#232;s la toute fin du 18e si&#232;cle. L'autorit&#233; ne saurait &#234;tre d'origine humaine, sinon elle ne peut qu'&#234;tre variable et discutable, ce qui est contradictoire. L'autorit&#233; ne peut venir que d'un principe transcendant ceux sur qui elle s'applique. Elle vient de l'unit&#233; et de la v&#233;n&#233;rabilit&#233; des coutumes institutionnelles d'un peuple qui t&#233;moigne de l'origine plus qu'humaine de cette autorit&#233;. Elle vient d'un principe spirituel incarn&#233; dans la Nation qui s'impose aux int&#233;r&#234;ts priv&#233;s des individus et des groupes. Il est amusant d'entendre des r&#233;publicains manipuler aussi effront&#233;ment un argumentaire contre-r&#233;volutionnaire et anti-contractualiste. On le comprend pourtant facilement en consid&#233;rant un argument de ce type : &#171; &lt;i&gt;Peuple fran&#231;ais, ne te laisse point s&#233;duire par les sophismes de l'int&#233;r&#234;t particulier, de la vanit&#233; ou de la poltronnerie. N'&#233;coute plus les raisonneurs : on ne raisonne que trop en France, et le raisonnement en bannit la raison. Livre-toi sans crainte et sans r&#233;serve &#224; l'instinct infaillible de ta conscience. Veux-tu te relever &#224; tes propres yeux ? Veux-tu acqu&#233;rir le droit de t'estimer ? Veux-tu faire un acte de souverain ?&#8230; Rappelle ton souverain&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joseph de Maistre, Consid&#233;rations sur la France, in &#338;uvres, Robert Laffont, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Il n'y a pas &#224; chercher les raisons du terrorisme, il suffit de faire corps sous l'autorit&#233; de la t&#234;te de la Nation, l'ex&#233;cutif. D'un autre c&#244;t&#233;, le discours du Premier ministre ne peut &#233;videmment pas se contenter de cette ligne argumentative qui, seule, n'est pas r&#233;publicaine ! Pour la faire fonctionner dans un cadre l&#233;gitimant r&#233;publicain, il faut l'entrem&#234;ler, la tisser avec d'autres m&#233;lodies.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; la pr&#233;sence indispensable du registre &#171; d&#233;mocratique &#187; de l&#233;galit&#233; qui fait reposer la l&#233;gitimit&#233; politique sur l'expression positive de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale. Ce qu'il faut d&#233;fendre contre le terrorisme, c'est non plus &#171; la France &#187;, mais &#171; notre d&#233;mocratie, l'ordre r&#233;publicain, nos institutions &#187;, &#171; la la&#239;cit&#233; &#187;. Cette r&#233;publique, elle n'a plus un corps, un esprit, mais elle est constitu&#233;e de &#171; citoyens &#187;. Ces citoyens et leurs repr&#233;sentants doivent agir &#171; avec les yeux riv&#233;s sur l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187; ce qui implique de d&#233;fendre la &#171; d&#233;mocratie &#187;, &#171; l'&#201;tat de droit &#187;, &#171; les grands principes r&#233;publicains &#187;, &#171; les libert&#233;s publiques &#187;. Concr&#232;tement cela implique de respecter les proc&#233;dures d&#233;mocratiques et les &#171; conditions juridiques &#187; de production de la loi qui doit &#234;tre &#171; vot&#233;e &#187; par les repr&#233;sentants du peuple et dont l'application devra se faire sous &#171; le contr&#244;le strict du juge &#187;. Ce n'est plus de Maistre, ce serait plut&#244;t Rousseau (mais un Rousseau honteux castr&#233; par Montesquieu). Mais cela ne suffit pas encore parce que ce cadre juridique r&#233;publicain limite bien trop la marge de man&#339;uvre d'une gouvernementalit&#233; gestionnaire par d&#233;finition extra-juridique puisque pragmatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut faire attention ici au fait que ce &#171; pragmatisme &#187; ne concerne pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; le troisi&#232;me pied du tabouret r&#233;publicain, malgr&#233; tout branlant (heureusement), le registre &#171; s&#233;curitaire &#187; d'exception. Car la &#171; menace globale &#187; est toujours pr&#233;sente, des &#171; risques s&#233;rieux et tr&#232;s &#233;lev&#233;s demeurent &#187;, il y a en France des &#171; dizaines de MERAH potentiels &#187;. Face &#224; cela, il faut &#171; &#234;tre &#224; la hauteur de l'attente, de l'exigence du message des Fran&#231;ais &#187; (qui ne sont plus ici les membres du corps de la France ou les citoyens produisant la loi, mais des victimes potentielles demandant protection &#224;&#8230;). C'est pourquoi des &#171; d&#233;cisions graves s'imposent &#187;. Il faut permettre &#171; un niveau d'engagement massif &#187; des forces de l'ordre permettant la &#171; protection permanente &#187; des points sensibles. Car, &#171; &#224; aucun moment nous ne devons baisser la garde &#187;. &#171; Il faut nous battre sans rel&#226;che &#187;, &#171; en permanence &#187;, avec &#171; une vigilance de chaque instant &#187;. Il s'agit &#171; d'une guerre &#187; qui suppose que les moyens soient &#171; r&#233;guli&#232;rement renforc&#233;s &#187; et de &#171; donner aux services tous les moyens juridiques &#187;. Il faut &#171; prendre enfin toute la mesure de ces enjeux &#187;, &#171; le plus rapidement possible &#187;, &#171; nous ne pouvons plus perdre de temps ! &#187;. On entend du Hobbes ici, selon lequel le calcul rationnel sur fond de passion pour la survie implique d'autoriser une autorit&#233; absolue. Or, ce registre de l'urgence, de la guerre totale, de l'exigence de r&#233;sultat, selon une dimension absolue de vie et de mort, est tout &#224; fait incompatible avec la temporalit&#233; et la relativit&#233; d&#233;mocratiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, il faut ajouter &#224; ce triptyque majoritaire deux autres &#233;dulcorants discursifs. Un registre &#171; &#233;conomique &#187; lib&#233;ral qui indique que tout cela doit prendre en consid&#233;ration la pluralit&#233; des int&#233;r&#234;ts des individus et des groupes, des opinions et des affaires priv&#233;es. Car cette &#171; France &#187;, c'est aussi celle d'une &#171; libert&#233; farouche &#187;, d'une grande &#171; diversit&#233; &#187; (celle des &#171; trois couleurs [sic] &#187;), ce &#171; m&#233;lange si singulier de dignit&#233;, d'insolence et d'&#233;l&#233;gance [sic] &#187;. Il ne s'agit pas seulement des libert&#233;s publiques, mais aussi &#171; individuelles &#187;, ce qui suppose la &#171; tol&#233;rance &#187; et la &#171; libert&#233; d'expression &#187;, &#171; les d&#233;bats et les confrontations &#187; de &#171; ceux qui croient comme de ceux qui ne croient pas. &#187; De plus, les d&#233;cisions qui seront prises doivent prendre en consid&#233;ration les difficult&#233;s actuelles &#171; sur le plan &#233;conomique. &#187; Ce n'est plus Maistre, Rousseau ou Hobbes, mais plut&#244;t Locke ! On trouve &#233;galement des traces d'un registre &#171; solidariste &#187; qui &#233;dulcore quelque peu la tonalit&#233; guerri&#232;re du registre s&#233;curitaire. La &#171; France &#187; r&#233;pond &#233;galement par la &#171; compassion et le soutien &#187; envers les victimes et leurs familles. Il faut r&#233;pondre au &#171; racisme &#187; par la &#171; fraternit&#233; &#187;, mais il faut aussi r&#233;pondre d'une mani&#232;re &#171; pr&#233;ventive &#187; par &#171; le suivi et la r&#233;insertion des personnes radicalis&#233;es &#187;, &#171; accompagner, aider, suivre de nombreux mineurs menac&#233;s &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ces registres sont entrelac&#233;s au niveau du discours dans son entier mais restent s&#233;par&#233;s dans l'argumentation, ce qui permet de sauvegarder le minimum de coh&#233;rence n&#233;cessaire de chacune des logiques. Mais il faut n&#233;anmoins qu'elles se rencontrent parfois, produisant ainsi de magnifiques justifications torsad&#233;es qui devraient &#234;tre &#233;tudi&#233;es en &#233;coles de rh&#233;torique (et, pour des raisons diff&#233;rentes, en &#233;coles de logique). &#171; Avec d&#233;termination, avec sang-froid, la R&#233;publique va apporter la plus forte des r&#233;ponses au terrorisme, la fermet&#233; implacable dans le respect de ce que nous sommes, un Etat de droit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ou encore : &#171; A une situation exceptionnelle doivent r&#233;pondre des mesures (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'&#233;clectisme est (ou devrait &#234;tre) un champ d'&#233;tude de &#171; philosophie politique &#187;. Contentons-nous ici de trois remarques. Premi&#232;rement, on peut se demander ce qui permet &#224; cet &#233;clectisme de fonctionner. D'un c&#244;t&#233;, on peut insister sur l'impossibilit&#233; de ce patchwork qui produit des couples de contradictions &#8211; sacr&#233;/profane, absolu/relatif, unicit&#233;/pluralit&#233;, d&#233;cision/concertation, exception/droit, temporalit&#233; de l'urgence/temporalit&#233; de l'&#233;laboration etc. &#8211; mais aussi des champs de r&#233;f&#233;rences &#171; incommensurables &#187;, c'est-&#224;-dire posant des visions du monde exclusives les unes des autres &#8211; un monde s'ordonnant &#224; la transcendance m&#233;taphysique, un autre &#224; la transcendance positive, un autre &#224; l'immanence des menaces inh&#233;rentes aux relations sociales, un autre &#224; l'immanence de la pluralit&#233; productive des relations sociales, un autre &#224; la transcendance sociale de la coh&#233;sion &#171; holiste &#187; etc. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, il faut constater que ce montage poss&#232;de aussi une &#233;trange consistance et efficacit&#233;, parce qu'il peut toujours se retrancher sur la solidit&#233; de chacune des lignes argumentatives prises isol&#233;ment, parce qu'il peut faire fonctionner des synergies locales (R&#233;publique et Nation, R&#233;publique et droit, R&#233;publique en danger, R&#233;publique et lib&#233;ralisme, R&#233;publique et solidarit&#233; etc.), parce qu'il peut enfin faire oublier ces contradictions dans la fluidit&#233; m&#233;diatique du jonglage entre ces argumentations. Il suffit de postuler la synergie entre ces arguments, que personne n'en remarque les difficult&#233;s (ou toujours trop tard ou d'une mani&#232;re trop ennuyeuse), et laisser l'amn&#233;sie toujours renouvel&#233;e des spectateurs faire le reste. Ceci est d'une actualit&#233; qui n'&#233;chappera &#224; personne &#224; l'&#233;poque du &#171; et en m&#234;me temps &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;mement, on comprend peut-&#234;tre mieux avec cet exemple la notion de conviction et d'ob&#233;issance minimales. D'un c&#244;t&#233;, ce montage ne peut absolument pas produire une conviction rationnelle &#171; claire et distincte &#187;, solide et qui pourrait donner ses raisons. Elle peut par contre produire un sentiment diffus et inquiet d'adh&#233;sion par d&#233;faut, en combinant des bribes de compr&#233;hension et de conviction avec l'incapacit&#233; &#224; produire une critique &#171; plus &#187; rationnelle du montage complet. Neutralisation d'une capacit&#233; critique captur&#233;e dans un filet paradoxal de raisons qui se retranche alors sur la passivit&#233; de la continuation d'un quotidien de la frustration, du ressentiment et de la mauvaise conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;mement, il faut insister sur le fait qu'il ne s'agit pas l&#224; d'une strat&#233;gie imputable &#224; des personnes (la mauvaise qualit&#233; de notre personnel politique) ou &#224; la d&#233;gradation des institutions r&#233;publicaines qu'il faudrait refonder. La structure de cet &#233;clectisme permet de comprendre que l'on ne peut pas &#234;tre gouvern&#233; autrement dans une d&#233;mocratie (soi-disant) repr&#233;sentative, une monarchie &#233;lective &#224; mandat limit&#233; dans le cas de la France. L'&#233;clectisme est impliqu&#233; par le couple &#233;lection/souverainet&#233;, c'est-&#224;-dire pluralit&#233; de raisons/pouvoir unique. Tant qu'il y a un pouvoir de d&#233;cision supr&#234;me qui peut &#234;tre capt&#233; par l'agglom&#233;ration de suffrages, nous ne pouvons qu'&#234;tre pris dans cette toile d'araign&#233;e. Car notre probl&#232;me ce n'est pas la pluralit&#233; des raisons, ce n'est m&#234;me pas seulement la transcendance de la souverainet&#233;, c'est l'articulation paradoxale entre les deux. Il faut donc lib&#233;rer la pluralit&#233; des raisons de la souverainet&#233; en produisant des institutions multiples et locales, d'&#233;laboration collective, &#233;galitaire et permanente des r&#232;gles qui r&#233;gissent notre vie en commun. Toute autre proposition est une nouvelle &#171; illusion spectaculaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo d'illustration Henry Streatham&#169;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Certes le discours du 13 janvier succ&#232;de aux grandes manifestations du 10 et du 11, il surfe sur l'&#233;lan de solidarit&#233; mais contribue &#224; institutionnaliser une &#233;nerg&#233;tique &#171; d'union sacr&#233;e &#187; tr&#232;s r&#233;publicaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On remarquera les guillemets du &#171; non &#187; indiquant que le ministre cite ici la parole m&#234;me de la France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Joseph de Maistre, &lt;i&gt;Consid&#233;rations sur la France&lt;/i&gt;, in &#338;uvres, Robert Laffont, Bouquins, 2007, p. 253&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut faire attention ici au fait que ce &#171; pragmatisme &#187; ne concerne pas essentiellement l'efficacit&#233; op&#233;rationnelle des mesures s&#233;curitaires mais leur efficacit&#233; en termes de communication politique et de maintien au pouvoir. Nous faisons tout, et m&#234;me plus, pour vous prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ou encore : &#171; A une situation exceptionnelle doivent r&#233;pondre des mesures exceptionnelles. Mais je le dis aussi avec la m&#234;me force : jamais des mesures d'exception qui d&#233;rogeraient aux principes du droit et des valeurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#192; la recherche du politique : le passage des classes aux masses chez Louis Althusser et &#201;tienne Balibar</title>
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		<dc:date>2017-09-05T12:03:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yusuke Ota</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>id&#233;ologie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cet expos&#233;, la &#171; fronti&#232;re &#187; au sens traditionnel du terme n'est pas trait&#233;e. L'important ici n'est pas la ligne qui &#233;tablit une limite entre deux pays, mais plut&#244;t une ligne au sens symbolique. Il s'agit d'une ligne qui, parfois inaper&#231;ue, conditionne notre discussion dans un domaine de la philosophie politique. Notre hypoth&#232;se est la suivante : cette ligne passe aujourd'hui entre le marxisme et la d&#233;mocratie. Surtout apr&#232;s l'effondrement de l'Union Sovi&#233;tique en 1991, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=25" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; &#224; Porto fin aout 2011&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=22" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=27" rel="tag"&gt;marxisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=87" rel="tag"&gt;id&#233;ologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet expos&#233;, la &#171; fronti&#232;re &#187; au sens traditionnel du terme n'est pas trait&#233;e. L'important ici n'est pas la ligne qui &#233;tablit une limite entre deux pays, mais plut&#244;t une ligne au sens symbolique. Il s'agit d'une ligne qui, parfois inaper&#231;ue, conditionne notre discussion dans un domaine de la philosophie politique. Notre hypoth&#232;se est la suivante : cette ligne passe aujourd'hui entre le marxisme et la d&#233;mocratie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Surtout apr&#232;s l'effondrement de l'Union Sovi&#233;tique en 1991, elle semble &#234;tre plus pr&#233;sente que jamais. Certains sont all&#233;s, sous la banni&#232;re de la d&#233;mocratie triomphale, jusqu'&#224; dire que &#171; Marx est mort &#187;. D'apr&#232;s cette position, la chute du socialisme r&#233;el est jug&#233;e sans r&#233;serve comme preuve de l'&#233;chec du projet marxiste, et &#171; il n'y a plus d'alternative &#187; &#224; la d&#233;mocratie. Il en r&#233;sulte qu'il existe d&#233;sormais une barri&#232;re infranchissable entre le marxisme et la d&#233;mocratie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, nous pouvons raisonner autrement. Il nous semble qu'il est encore possible de lier les deux. Cela ne signifie pas que nous entendons r&#233;habiliter un marxisme orthodoxe, ni non plus que nous comblons d'&#233;loges la d&#233;mocratie contemporaine. Notre int&#233;r&#234;t est ailleurs. Il est de revisiter la pens&#233;e de Marx &#224; la fois pour retrouver sa puissance critique envers la d&#233;mocratie et pour trouver un point d'articulation entre le marxisme et la d&#233;mocratie. C'est ce que, par exemple, Jacques Derrida a cherch&#233; &#224; faire dans son livre Spectre de Marx publi&#233; en 1993(Derrida 1993).&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout en reconnaissant l'originalit&#233; de sa lecture de Marx, nous prenons une voie qui nous para&#238;t plus fiable. Concernant le croisement du marxisme et la d&#233;mocratie, la notion d'id&#233;ologie chez Marx est avant tout mati&#232;re de la discussion. Nous allons donc examiner une reformulation de sa pens&#233;e par deux philosophes marxistes Louis Althusser et &#201;tienne Balibar. Tous deux essaient aussi de chercher un point de jonction th&#233;orique en passant par une refonte de la notion d'id&#233;ologie. Analyserons d'abord l'id&#233;ologie chez Althusser. Puis, chez Balibar. Enfin, nous en examinerons les enjeux. Ce faisant, retenons l'id&#233;e que pour eux, la question essentielle est toujours la m&#233;diation politique avec les masses, le plus grand nombre de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;orie de l'id&#233;ologie chez Althusser : sortir du postulat de la conscience de classe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant toute chose, pr&#233;cisons le contexte historique dans lequel vivait Althusser. Il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que presque toute sa vie intellectuelle se place dans les ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre nomm&#233;es &#171; les Trente Glorieuses &#187;. De 1945 &#224; 1975, la France est entr&#233;e dans la p&#233;riode d'un regain &#233;conomique immense aux sorties de la Seconde Guerre mondiale. Le changement que la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise subit est profond. Avec la publication de La Soci&#233;t&#233; de consommation en 1970 par Jean Baudrillard, appara&#238;t l'interpr&#233;tation que la soci&#233;t&#233; de consommation de masse devient dominante. Cela signifie en m&#234;me temps que l'influence du marxisme &#224; la fois au sens pratique et th&#233;orique est en baisse, car le marxisme, en se fondant avant tout sur l'id&#233;e de production, avait relativement laiss&#233; de cot&#233; la question de la consommation. Autrement dit, l'explication des ph&#233;nom&#232;nes sociaux par le point de vue des classes, point de vue privil&#233;gi&#233; par le marxisme occidental d'apr&#232;s-guerre, a &#233;t&#233; pour la premi&#232;re fois mise en doute.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nul d'autre qu'Althusser n'a pu &#234;tre conscient de ce changement. Cette question de la &#171; crise du marxisme &#187;, Althusser l'a reformul&#233; de fa&#231;on philosophique. Selon lui, le marxisme doit d&#233;finitivement se d&#233;barrasser du postulat de la &#171; conscience de classe &#187; pour surmonter sa crise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, ce postulat de la conscience de classe vient de Georg Luk&#225;cs(Luk&#225;cs 1960). Dans la th&#233;orie de Luk&#225;cs, quand l'ali&#233;nation des masses laborieuses que la soci&#233;t&#233; capitaliste produit arrive &#224; son acm&#233;, elles peuvent en prendre conscience et se transformer en prol&#233;tariat. Il s'agit du passage de la classe en soi &#224; la classe pour soi. Le prol&#233;tariat a ainsi pour t&#226;che philosophique de r&#233;concilier in fine sa subjectivit&#233; et le monde objectiv&#233; qui l'ali&#232;ne. Il joue ainsi le r&#244;le privil&#233;gi&#233; d'incarner la logique de synth&#232;se dialectique du Sujet et de l'Objet en subvertissant le monde capitaliste. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce messianisme politique attribu&#233; au prol&#233;tariat par Luk&#225;cs que vise Althusser. Il consid&#232;re que cette logique th&#233;ologique lin&#233;aire n'est plus soutenable &#224; cause de l'&#233;mergence de la probl&#233;matique des masses dans le monde d'apr&#232;s-guerre. &#192; l'oppos&#233; du prol&#233;tariat qui chez Luk&#225;cs est consid&#233;r&#233; comme &#224; la fois porteur de la &#171; vraie conscience &#187; et noyau de la transformation du monde, les masses, en r&#233;alit&#233;, n'arrivent pas n&#233;cessairement &#224; cette &#171; vraie conscience &#187; et restent bien souvent immobiles et silencieuses. Pour Althusser, il s'agit pr&#233;cis&#233;ment de mettre &#224; l'ordre du jour cette probl&#233;matique des masses sans tomber, comme Luk&#225;cs, dans l'erreur de la position normative face aux masses. Aussi longtemps que l'on se contente de critiquer les masses en disant qu'elles sont enferm&#233;es dans la &#171; fausse conscience &#187;, il n'est pas possible de mettre en question les masses en tan que telles. Pour cela, Althusser a d&#251; changer de terrain : de la probl&#233;matique de la &#171; conscience de classe &#187; tels que les &#171; retard de conscience &#187; et &#171; prise de conscience &#187;, &#171; fausse conscience &#187; et &#171; vraie conscience &#187;, jusqu'&#224; celle de l'id&#233;ologie des masses. Pour mettre &#224; bonne hauteur la pratique des masses, il n'a pu que descendre la conscience h&#233;ro&#239;que et innocente de classe au niveau de la psychologie plus ou moins obscure des masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
La sortie de postulat lukacien est aussi la question politique urgente. C'est ce que t&#233;moigne un livre d'Althusser publi&#233; en 1978. Il porte un nom assez &#233;loquent sur ce point. Il s'appelle Ce qui ne peut plus durer dans le parti communiste. Althusser critique ici la position assum&#233;e &#224; ce moment-l&#224; par le parti communiste fran&#231;ais au sujet des masses. Selon lui, le parti s'est appuy&#233; enti&#232;rement sur le postulat de &#171; conscience de classe &#187;. Il constate que la direction de parti s'&#233;carte de plus en plus des masses. Le parti continuait &#224; se pr&#233;tendre d&#233;tenteur de la &#171; vraie conscience de classe &#187; et n'avait pas le moyen d'analyser la &#171; fausse conscience &#187; des masses. Autrement dit, enferm&#233; dans la conception de conscience de classe, le parti perdait le moyen d'articuler la logique de classe et celle des masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; la toile du fond philosophico-politique dans lequel Althusser a reformul&#233; la notion d'id&#233;ologie de Marx. Je cite ses deux fameuses th&#232;ses dans son &#339;uvre Sur la reproduction ; premi&#232;rement, &#171; l'id&#233;ologie repr&#233;sente le rapport imaginaire des individus &#224; leurs conditions r&#233;elles d'existence &#187;(Althusser 1995 : 216) ; deuxi&#232;mement, &#171; l'id&#233;ologie a une existence mat&#233;rielle &#187;(Althusser 1995 : 218). La transparence de conscience par rapport au r&#233;el n'est plus garantie chez Althusser. L'opacit&#233; de conscience, c'est-&#224;-dire l'id&#233;ologie existe toujours. Althusser s'oppose aux pr&#233;suppositions th&#233;oriques de Luk&#225;cs. Comme notre examen l'a montr&#233;, sa rupture avec Luk&#225;cs &#233;tait in&#233;vitable. Il n'a eu le choix que de d&#233;livrer le marxisme de la probl&#233;matique de conscience pour traiter de la pratique des masses. Le passage th&#233;orique de classe aux masses se fait chez Althusser en passant par la reformulation de l'id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;orie de l'id&#233;ologie chez Balibar : vers la non-articulation entre les classes et les masses ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balibar partage avec Althusser la conviction suivante : il est indispensable de raisonner &#224; partir du passage th&#233;orique des classes aux masses si le marxisme veut encore subsister. Mais, il nous semble que Balibar pousse l'essai d'Althusser de lier la logique de classe avec celle des masses &#224; sa limite ; il entend examiner la possibilit&#233; de la non-articulation entre ces deux logiques. Pour cela, lui aussi s'engage dans l'analyse de la notion d'id&#233;ologie. Nous analysons sa lecture de Marx et Engels au travers des &#339;uvres : L'Id&#233;ologie allemande et Manifeste du Parti communiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'apr&#232;s Balibar, entre ces deux livres il y a en fait deux formes de d&#233;finition de l'id&#233;ologie. Plus pr&#233;cis&#233;ment, de L'Id&#233;ologie allemande au Manifeste du Parti communiste, l'id&#233;ologie change de sens. Balibar en tire un point de vue stimulant sur la relation entre classes et masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord, dans L'Id&#233;ologie allemande, Balibar consid&#232;re que Marx et Engels se bloquent dans une impasse th&#233;orique qu'il nomme &#171; acte pur de prol&#233;tariat &#187;(Balibar 1997 : 179-184). Toutes les difficult&#233;s de L'Id&#233;ologie allemande d&#233;coulent de la d&#233;finition initiale de l'id&#233;ologie ; c'est toujours l'id&#233;e de la classe dominante qui prime sur les autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
En revanche, Le prol&#233;tariat est interdit par Marx de r&#233;p&#233;ter le m&#234;me moyen des classes pr&#233;c&#233;dentes. Il ne peut pas remplacer l'id&#233;e dominante par son id&#233;e propre, parce que cela aboutit forc&#233;ment &#224; la substitution d'une id&#233;e dominante &#224; une autre id&#233;e dominante. Ce n'est que camoufler son int&#233;r&#234;t particulier sous l'universalit&#233; d&#233;guis&#233;e de l'&#233;crasement de la classe dominante pr&#233;c&#233;dente. Le prol&#233;tariat a ainsi la t&#226;che de rompre avec le champ de l'id&#233;ologie et de r&#233;aliser une sorte de pratique absolue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Selon l'expression de Balibar, c'est l'&#171; acte pur de prol&#233;tariat &#187;. Cet acte se manifeste comme la dissolution totale de la soci&#233;t&#233; qui engendre l'id&#233;ologie. Il n'est possible que lorsque l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat est identique aux int&#233;r&#234;ts des autres classes domin&#233;es. En cons&#233;quence, nous pouvons conclure que le prol&#233;tariat appara&#238;t dans l'Id&#233;ologie allemande dans deux modalit&#233;s ; prol&#233;tariat en tan que classe domin&#233;e parmi les autres et prol&#233;tariat en tant que non-classe, qui est identique aux masses. Cette double modalit&#233; du prol&#233;tariat caract&#233;rise l'Id&#233;ologie allemande. L'incompatibilit&#233; entre le prol&#233;tariat comme non-classe et l'id&#233;ologie en est le pilier logique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis, si nous comparons l'Id&#233;ologie allemande et Manifeste du Parti communiste, leur similarit&#233; apparente risque de nous tromper ; par exemple, l'&#233;loge de l'universalit&#233; messianique du prol&#233;tariat, croyance en la simplification des antagonismes et en la division finale en deux classes, nous font penser au sch&#232;me dualiste de l'Id&#233;ologie allemande entre l'id&#233;ologie et &#171; l'acte pur du prol&#233;tariat &#187;. Cependant, selon Balibar, un &#233;l&#233;ment tout &#224; fait nouveau est introduit dans Manifeste du Parti communiste. Il est l'id&#233;e du proc&#232;s ou de la transition. La transformation de la soci&#233;t&#233; de classes en soci&#233;t&#233; sans classes n'est plus li&#233;e &#224; la dissolution totale et instantan&#233;e de la soci&#233;t&#233;, ni non plus &#224; &#171; l'acte pur du prol&#233;tariat &#187;, mais au processus de la combinaison des forces y compris des forces oppos&#233;es. Elle passe par un processus d'antagonisme des classes. Ainsi, le mod&#232;le antith&#233;tique entre le prol&#233;tariat et l'id&#233;ologie, mod&#232;le simpliste propre &#224; l'Id&#233;ologie allemande, est abandonn&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous trouvons maintenant aux antipodes de la pr&#233;misse de l'Id&#233;ologie allemande. L'antith&#232;se entre le prol&#233;tariat et l'id&#233;ologie &#233;tant &#233;vacu&#233;e, une nouvelle interpr&#233;tation de l'id&#233;ologie est alors possible. Balibar r&#233;sume : &#171; De ce point de vue, &#224; la constitution d'une id&#233;ologie dominante correspond toujours, au moins tendanciellement, celle d'une id&#233;ologie domin&#233;e [&#8230;] &#187;(Balibar 1997 : 188). &#192; notre surprise, le domin&#233; a aussi son id&#233;ologie&#8213;&#8213;th&#232;se antinomique &#224; celle de l'Id&#233;ologie allemande. Il y a bien l'id&#233;ologie du prol&#233;tariat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voyons ici &#233;merger la question d'un d&#233;calage entre la logique des classes et celle des masses. Il est vrai qu'au moment critique, deux logiques peuvent aller ensemble et engendrer la dissolution compl&#232;te de la soci&#233;t&#233;. Mais, il est aussi probable que dans une autre occasion, les contradictions id&#233;ologiques des masses ne sont pas r&#233;duites &#224; la bifurcation vers les deux classes principales, le prol&#233;tariat et la bourgeoisie. Autrement dit, dans un certain cas, la logique des classes ne recouvre que partiellement le champ de la pratique des masses. La pr&#233;tention du marxisme, celle d'expliquer les ph&#233;nom&#232;nes sociaux en totalit&#233;, risque donc de tomber en faillite. M&#234;me si Balibar ne le dit pas explicitement, nous trouvons dans son discours l'id&#233;e que la logique des classes et celle des masses ne s'articulent pas parfois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes ainsi tr&#232;s loin de la vision dualiste de l'Id&#233;ologie allemande. Toutefois, cela ne veut pas dire que tous les projets marxistes sont d&#233;sormais d&#233;suets. Au contraire, il nous permet d'y introduire la logique d&#233;mocratique. Maintenant qu'il n'est promis &#224; personne y compris au prol&#233;taire n'est promis de statut pr&#233;con&#231;u, la question de la m&#233;diation politique r&#233;appara&#238;t dans le marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons examin&#233; dans cet expos&#233; les tentatives d'Althusser et Balibar de reformuler la notion d'id&#233;ologie. Ce faisant, ils ont pour but de red&#233;finir le marxisme conform&#233;ment &#224; la conjoncture historique du monde d'apr&#232;s-guerre. Althusser a critiqu&#233; le postulat de la &#171; conscience de classe &#187; enracin&#233; dans le marxisme pour laisser la place &#224; la pratique des masses. En d&#233;veloppant plus loin cette probl&#233;matique, Balibar, quant &#224; lui, va jusqu'&#224; analyser la possibilit&#233; que la logique des classes et celle des masses ne s'articulent pas n&#233;cessairement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour cela, il revient &#224; la fluctuation de la notion d'id&#233;ologie dans l'Id&#233;ologie allemande et Manifeste du Parti communiste. Balibar en tire l'id&#233;e que la d&#233;termination partielle par l'instance &#233;conomique sur les ph&#233;nom&#232;nes sociaux resurgit la question de l'articulation de la logique des classes et de celle des masses. Il ouvre par l&#224; une voie, non seulement &#224; la refonte du marxisme, mais surtout &#224; la d&#233;couverte d'un point de rencontre entre le marxisme et la d&#233;mocratie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans entrer dans le d&#233;tail, ajoutons encore quelques mots sur les d&#233;veloppements de la notion d'id&#233;ologie chez Marx et Engels. En fait, La vacillation de sa d&#233;finition ne s'arr&#234;te jamais. En plus, entre les deux appara&#238;t une diff&#233;rence apparente. D'un c&#244;t&#233;, nous pouvons trouver, dans l'Anti-D&#252;hring chez Engels publi&#233; en 1878, une intention de perfectionner l'id&#233;ologie du prol&#233;tariat et de la pr&#233;senter comme syst&#232;me explicatif le plus complet de la conception marxiste du monde. Engels vise &#224; en quelque mani&#232;re sophistiquer l'id&#233;ologie du prol&#233;tariat qui peut s'&#233;galer &#224; celle de la bourgeoisie. Ici aussi, le sch&#232;me dualiste propre &#224; l'Id&#233;ologie allemande est encore pr&#233;sent. D'un autre c&#244;t&#233;, dans Le Capital, il y a un autre type de raisonnement qui contredit &#224; cette pr&#233;tention d'une conception du monde parfaite, et qui essaie de pr&#233;ciser le degr&#233; et l'ampleur de la d&#233;termination par l'instance &#233;conomique. Marx ne fonde plus sa th&#233;orie sur un partage pr&#233;&#233;tabli entre le r&#233;el et l'illusion ou entre la pratique et l'id&#233;ologie. Pour la critique du discours de l'&#233;conomie politique, cette partition est insuffisante, parce que ce discours n'est pas simple chim&#232;re comme l'Id&#233;ologie allemande l'a pr&#233;suppos&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pouvons trouver dans les parcours intellectuels de Balibar et Althusser un effort de saisir le politique dans le monde d'apr&#232;s-guerre. Ils essaient d'identifier le processus de transition de la conflictualit&#233; des classes aux masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas facile de savoir si notre &#171; d&#233;placement &#187;&#8213;&#8213;faire &#233;merger la question du passage th&#233;orique du marxisme &#224; la d&#233;mocratie &#224; travers la probl&#233;matique des masses&#8213;&#8213;m&#233;rite d'&#234;tre appel&#233; &#171; cr&#233;ation &#187;. Cependant, il est une contribution &#224; la discussion autour du politique, car il nous permet de saisir la transition des classes aux masses dans la soci&#233;t&#233; d'apr&#232;s-guerre, transition qui marque fortement notre &#171; contemporan&#233;it&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Premi&#232;re publication : 27 septembre 2011)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Althusser, Louis (1965), &lt;i&gt;Pour Marx&lt;/i&gt;, Paris, Fran&#231;ois Maspero [r&#233;&#233;d. La D&#233;couverte, 1986 et 1996].&lt;br class='autobr' /&gt;
Althusser, Louis, &#201;tienne Balibar, Roger Establet, Pierre Macherey, et Jacques Ranci&#232;re (1965), &lt;i&gt;Lire le Capital&lt;/i&gt;, 2 tomes, Paris, Fran&#231;ois Maspero[2e &#233;dition modifi&#233;e, 1968 et 1973, 3e &#233;dition, PUF, 1996].&lt;br class='autobr' /&gt;
Althusser, Louis (1995), &lt;i&gt;Sur la reproduction&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;br class='autobr' /&gt;
Badiou, Alain et Balm&#232;s, Fran&#231;ois (1976), &lt;i&gt;De l'id&#233;ologie&lt;/i&gt;, Paris, Maspero.&lt;br class='autobr' /&gt;
Balibar, &#201;tienne (1985), &lt;i&gt;Spinoza et la politique&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;br class='autobr' /&gt;
Balibar, &#201;tienne (1992), &lt;i&gt;Les Fronti&#232;res de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Balibar, &#201;tienne (1997), &lt;i&gt;La Crainte des masses. Politique et philosophie avant et apr&#232;s Marx&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Balibar, &#201;tienne (2010), &lt;i&gt;Violence et civilit&#233;. Wellek Library Lectures et autres essais de philosophie politique&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Balibar, &#201;tienne et Wallerstein, Immanuel (1988), &lt;i&gt;Race, nation, classe&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte[[2e &#233;dition augment&#233;e, 1997]. &lt;br class='autobr' /&gt;
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Ric&#339;ur, Paul (1997), &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie et l'utopie&lt;/i&gt;, Paris, Seuil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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