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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>&#171; Qui ne dit mot consent &#187;</title>
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		<dc:date>2018-03-21T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat, Alain Naze</dc:creator>


		<dc:subject>enfance</dc:subject>
		<dc:subject>biopolitique</dc:subject>

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&lt;p&gt;Cet air de gravit&#233; qu'affectent les &#171; experts &#187;, les gouvernants et les faiseurs d'opinion lorsqu'ils font la promotion de ce nouveau dispositif de contr&#244;le et de r&#233;pression de l'activit&#233; sexuelle des jeunes, baptis&#233; &#171; &#226;ge du consentement sexuel &#187;, c'est vraiment l'arbre qui cache la for&#234;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
La sexualit&#233;, sp&#233;cialement celle des jeunes, sp&#233;cialement celle des femmes, mais aussi celle des subalternes et des stigmatis&#233;s a toujours &#233;t&#233; un enjeu politique de premi&#232;re importance ; non moins (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=88" rel="tag"&gt;biopolitique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet air de gravit&#233; qu'affectent les &#171; experts &#187;, les gouvernants et les faiseurs d'opinion lorsqu'ils font la promotion de ce nouveau dispositif de contr&#244;le et de r&#233;pression de l'activit&#233; sexuelle des jeunes, baptis&#233; &#171; &#226;ge du consentement sexuel &#187;, c'est vraiment l'arbre qui cache la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sexualit&#233;, sp&#233;cialement celle des jeunes, sp&#233;cialement celle des femmes, mais aussi celle des subalternes et des stigmatis&#233;s a toujours &#233;t&#233; un enjeu politique de premi&#232;re importance ; non moins qu'elle est un sismographe sur lequel se dessinent les sinuosit&#233;s et les &#233;volutions des orientations id&#233;ologiques et des dispositions morales (fa&#231;on de dire...) des gouvernants et des dominants. Avec l'&#233;volution des m&#339;urs, la mont&#233;e des revendications des femmes en faveur de la libre disposition de leur propre corps, la l&#233;galisation de la contraception et la d&#233;criminalisation de l'avortement, la d&#233;diabolisation des pratiques homosexuelles, le mariage pour tous (etc.), avec tous ces &#171; progr&#232;s &#187;, r&#233;els ou suppos&#233;s, et pouss&#233;es de &#171; lib&#233;ralisation &#187; en mati&#232;re d'orientation et de pratiques sexuelles, la bataille pour le &#171; gouvernement de la sexualit&#233; &#187; comme partie int&#233;grante du gouvernement des vivants, n'a jamais cess&#233;. La sexualit&#233; (des femmes, des jeunes, des gays...) a &#233;t&#233; moins lib&#233;r&#233;e ou &#233;mancip&#233;e que soumise &#224; de nouveaux dispositifs de prise en charge et d'encadrement dont plusieurs, parmi les plus notoires d'entre eux, portaient la marque de la tol&#233;rance et du souci d'&#233;tendre la sph&#232;re des droits, dans leur relation &#224; la sexualit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un faisceau d'indices convergents surgis dans notre actualit&#233; fait appara&#238;tre au grand jour toutes les ambigu&#239;t&#233;s de ces avanc&#233;es, leur fragilit&#233; et leur caract&#232;re parfaitement r&#233;versible : que ce soit &#224; l'occasion de la frairie m&#233;diatique plac&#233;e sous le signe des slogans &#171; #Me Too ! &#187;, &#171; #BalanceTonPorc ! &#187;, de pratiques de criminalisation de la prostitution (m&#234;me si la tendance actuelle, en France, tend davantage &#224; une criminalisation du client, dont la prostitu&#233;e serait la &lt;i&gt;victime&lt;/i&gt;, ce type d'&#233;volution est r&#233;versible &#8211; ou plut&#244;t n'exclut pas un envers r&#233;pressif extr&#234;me &#224; l'&#233;gard de la prostitution &#8211;, comme l'indique en particulier le cas de la Su&#232;de, o&#249; un surcro&#238;t sans pr&#233;c&#233;dent de criminalisation &#224; outrance de la prostitution, f&#251;t-elle occasionnelle, est intervenu apr&#232;s qu'en 1999 la Su&#232;de ait innov&#233; en mati&#232;re l&#233;gislative, en sanctionnant le client - la loi ne reconnaissant pas le consentement des prostitu&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merci &#224; Alexandre Costanzo d'avoir attir&#233; notre attention sur cette d&#233;cision (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), ou bien encore, donc, de ce projet visant &#224; donner un tour de vis r&#233;pressif &#224; l'arsenal juridique encadrant la sexualit&#233; des mineurs (eux-m&#234;mes d&#233;finis tout uniment comme victimes d'agissements d'adultes pervers, forc&#233;ment manipulateurs), dans tous ces cas se d&#233;couvre le double fond franchement r&#233;pressif et victorien des dynamiques de protection et d'encadrement &#224; l'&#339;uvre dans le domaine de la sexualit&#233;, ainsi que des normes immunitaires qui en forment la trame. C'est qu'en effet il ne s'agit plus seulement, dans la phase qui s'ouvre sous nos yeux, d'affiner les dispositifs du gouvernement des corps et d'encadrement des pratiques sexuelles ; il s'agit bien aussi d'introduire dans ces proc&#233;dures de contr&#244;le un esprit de police qui en restreigne le champ, les intensit&#233;s, les occasions et, pr&#233;cis&#233;ment tout ce qui tend, par d&#233;finition, &#224; faire de la sexualit&#233; (du d&#233;sir, des conduites et pratiques sexuelles...) un domaine plastique et fluide, un domaine d'inventions perp&#233;tuelles peu propice &#224; un encadrement et un gouvernement par quelque &#171; police &#187;, religieuse, morale, scientifique, disciplinaire ou arm&#233;e que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont les gouvernants et les faiseurs d'opinion ont repris la balle au bond de deux non-&#233;v&#233;nements &#8211; les accordailles sexuelles de deux jeunes hommes avec deux jeunes filles mineures, dans des circonstances diff&#233;rentes, mais, dans les deux cas, avec le consentement de ces derni&#232;res &#8211; parle d'elle-m&#234;me. Il s'agissait bien de mettre sur le march&#233; la notion polici&#232;re d'&#226;ge du consentement sexuel et de convaincre au passage le public, si besoin &#233;tait, de la n&#233;cessit&#233; de l&#233;gif&#233;rer dans l'urgence sur ce sujet. Tout un dispositif discursif se met en place, avec les &#171; &#233;l&#233;ments de langage &#187; de rigueur &#224; l'appui , destin&#233; &#224; r&#233;duire ces jeunes filles &#224; la condition de victimes muettes et torpides &#8211; le vrai nom de leur consentement, nous dit-on, c'est l'&#233;tat de &#171; sid&#233;ration &#187; dans lequel elles ont subi l'ascendant de leurs s&#233;ducteurs ; elles ont suivi ces sataniques joueurs de fl&#251;te en somnambules, en automates, pour subir ce qui ne saurait &#234;tre qualifi&#233; que comme derniers outrages - violences, viol dans la langue de la loi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui ne saurait &#234;tre entendu, dans quelque espace public que ce soit, c'est le r&#233;cit d'une exp&#233;rience assur&#233;ment litigieuse et &#171; limite &#187; &#224; plus d'un &#233;gard, mais pas n&#233;cessairement qualifiable pour autant comme criminelle voire monstrueuse &#8211; r&#233;cit qui pourrait et m&#234;me devrait &#234;tre attendu d'un sujet humain qui y occupa sa place, r&#233;cit de soi, en situation, r&#233;cit d'un &#233;v&#233;nement dont ce sujet ne consid&#232;re pas a priori qu'il a pr&#233;sent&#233; la forme d'un tort &#224; lui inflig&#233; &#8211; il n'est pas spontan&#233;ment plaignant. Pourquoi faut-il que ce sujet, une tr&#232;s jeune fille pub&#232;re, mineure, soit pr&#233;sent&#233; ici comme &#233;tant dans l'absolue incapacit&#233; de faire usage de son jugement, d'user de son discernement, alors m&#234;me que dans d'autres situations, scolaires, familiales, sociales, au contraire, la pr&#233;supposition de l'autorit&#233; sera qu'elle est en &#233;tat de raisonner et opiner ? Est-ce &#224; dire que la sexualit&#233;, le d&#233;sir sexuel, la tentation de l'aventure lorsque le sexe y a part doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s, jusqu'&#224; un &#226;ge de raison qu'il reviendra au l&#233;gislateur (cornaqu&#233; par les experts) de fixer, comme un &lt;i&gt;stup&#233;fiant&lt;/i&gt;, un puissant narcotique psychique et moral ? &lt;br class='autobr' /&gt;
On retrouve dans ce pr&#233;suppos&#233; qui ne s'avoue pas un peu ce que remarquait Foucault &#224; propos du criminel : les juges veulent bien qu'il t&#233;moigne de ses m&#233;faits, qu'il en retrace les circonstances - s'il le fait en repenti, c'est encore mieux ; mais ce qui ne saurait en aucun cas &#234;tre tol&#233;r&#233;, c'est qu'il r&#233;fl&#233;chisse &#224; haute voix, devant la cour, sur sa condition criminelle, ce qui l'a entra&#238;n&#233; sur la voie du crime, qu'il d&#233;veloppe une critique de l'institution judiciaire, qu'il pr&#233;sente le contrechamp d'une approche fond&#233;e sur les &#171; raisons &#187; du criminel, ce qui revient aussit&#244;t &#224; politiser insupportablement le rituel de justice... De la m&#234;me fa&#231;on, la jeune fille qu'on a fait entrer de gr&#233; ou de force dans la peau de la pure et simple victime se verra d&#233;pourvue de toute chance de r&#233;fl&#233;chir &#224; voix haute et surtout pas devant le tribunal de l'opinion sur les conditions dans lesquelles elle a &#233;t&#233; conduite &#224; avoir cette exp&#233;rience sexuelle avec un jeune adulte, sur ses dispositions pass&#233;es et pr&#233;sentes &#224; son propos, etc. C'est qu'elle a &#233;t&#233;, dans la perspective de la requalification des faits, format&#233;e comme pure et simple plaignante, par la famille, la police, les &#233;ducateurs, les experts, les juges, etc. Elle n'aura plus, d&#232;s lors, qu'&#224; venir au proc&#232;s montrer les plaies ouvertes de son traumatisme, quand bien m&#234;me il se trouverait, dans l'un des deux cas en instance de jugement, que c'est elle qui a longtemps poursuivi son &#171; s&#233;ducteur &#187; de ses assiduit&#233;s, avant que celui-ci finisse par se laisser tenter...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encourant une peine pouvant aller jusqu'&#224; 10 ans de r&#233;clusion, un professeur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Concernant le cas r&#233;cent d'une autre tr&#232;s jeune fille, de 11 ans, ayant entretenu une relation sexuelle avec un homme, s'exprimant sur France Culture, Mich&#232;le Riot-Sarcey pontifiait &#224; ce propos dans un ton de vertu indign&#233;e, r&#233;ussissant en cela &#224; surench&#233;rir sur son partenaire dans cette discussion, le s&#233;nateur LR Philippe Bas. Elle soutenait carr&#233;ment l'id&#233;e que se poser la question de la valeur du consentement, en l'occurrence, &#233;tait d&#233;j&#224;, en soi, une insanit&#233;. Bel exemple d'ouverture au d&#233;bat chez cette universitaire ! Pourtant, n'y aurait-il pas mati&#232;re &#224; s'interroger sur la complexit&#233; des choses, dans la mesure o&#249; la jeune fille en question n'a jamais fait &#233;tat de violences, et a donn&#233; son consentement &#224; ces relations ? Certaines f&#233;ministes historiques, perdues aujourd'hui dans des combats r&#233;actionnaires, semblent avoir oubli&#233; les ann&#233;es o&#249; elles r&#233;clamaient le droit pour les femmes de disposer de leur propre corps. Une question, en passant : cette jeune fille, &#233;tant en m&#234;me temps une femme, qui a autorit&#233; pour fixer l'&#226;ge auquel le d&#233;sir est recevable ? C'est d&#233;sormais un fait : sur les questions de m&#339;urs et les enjeux li&#233;s &#224; la sexualit&#233;, tout un pan du f&#233;minisme est pass&#233; dans le camp de la police et de l'ordre moral - bel exemple d'involution r&#233;actionnaire d'un discours d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve une logique tout &#224; fait comparable dans le cas de la prostitution dans le cas de la France, o&#249;, &#233;tudes m&#233;dicales et de sciences sociales r&#233;unies se sont accord&#233;es pour faire valoir, toutes ces derni&#232;res ann&#233;es en particulier, l'id&#233;e que la prostitution serait toujours, chez une femme qui en fait profession, la r&#233;sultante d'un traumatisme survenu dans l'enfance. La prostitu&#233;e ne serait donc plus celle sur qui devrait porter prioritairement le stigmate de r&#233;probation sociale (mais on a vu l'instabilit&#233; de ce processus, singuli&#232;rement dans le cas su&#233;dois, o&#249; victimisation et criminalisation des prostitu&#233;es peuvent tr&#232;s bien coexister, f&#251;t-ce au prix d'une incoh&#233;rence logique), la &lt;i&gt;compassion&lt;/i&gt; devant bien davantage entourer la &#171; personne prostitu&#233;e &#187; (d&#233;tachable de ses actes, puisque contrainte, &lt;i&gt;malgr&#233; elle&lt;/i&gt;, &#224; agir ainsi), et c'est d&#233;sormais le client qui aurait &#224; subir cette condamnation, ce dernier venant l&#226;chement profiter de la faiblesse, psychique et physique d'une femme. Quant &#224; ce que la prostitu&#233;e pourra dire, notamment pour contester son statut de victime pure et simple, nul n'en tiendra compte, eu &#233;gard au traumatisme dont tout son &#234;tre reste impr&#233;gn&#233;, et qui lui fait adopter le point de vue de son agresseur &#8211; parole ali&#233;n&#233;e par excellence. Il suffit, pour se convaincre qu'un tel processus de construction de la prostitu&#233;e par tout un dispositif de savoir-pouvoir est bien &#224; l'&#339;uvre, de parcourir, par exemple, le rapport synth&#233;tique &#233;tabli par le Docteur Muriel Salmona, psychiatre-traumatologue, pr&#233;sidente de l'association &#171; M&#233;moire traumatique et Victimologie &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La prostitution est une des cons&#233;quences psychotraumatiques des violences sexuelles, particuli&#232;rement de violences sexuelles subies dans l'enfance. [&#8230;] de nombreuses &#233;tudes montrent :&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Que la relation entre violences sexuelles et entr&#233;e en prostitution est &lt;i&gt;&#233;vidente&lt;/i&gt; [nous soulignons &#8211;BN].&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Une &#233;tude r&#233;cente men&#233;e par une &#233;quipe de chercheurs internationaux [&#8230;] a mis en &#233;vidence des modifications anatomiques visibles par IRM de certaines aires corticales du cerveau de femmes adultes ayant subi dans l'enfance des violences sexuelles. [&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Les troubles psychotraumatiques sont li&#233;s &#224; des m&#233;canismes psychologiques et neurobiologiques de sauvegarde exceptionnels :&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Mis en place par le cerveau pour &#233;chapper &#224; un risque vital intrins&#232;que cardiovasculaire et neurologique induit par une r&#233;ponse &#233;motionnelle d&#233;pass&#233;e et non contr&#244;l&#233;e (stress extr&#234;me) par &lt;i&gt;un psychisme en &#233;tat de sid&#233;ration&lt;/i&gt; [nous soulignons &#8211; BN] &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dr Muriel Salmona, &#171; Cons&#233;quences psychotraumatiques de la prostitution &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que ce rapport se situe dans le contexte fran&#231;ais actuel, et que cette position n'est pas, en soi, exclusive d'une criminalisation pure et dure de la prostitution, comme on a pu le voir dans l'exemple du cas su&#233;dois. Ne g&#233;n&#233;ralisons donc pas cette position &#224; toutes les &#171; d&#233;mocraties europ&#233;ennes &#187;, et rappelons une fois encore que cette face &lt;i&gt;tol&#233;rante&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;compassionnelle&lt;/i&gt; est susceptible de rapidement coexister avec son exact inverse. Dans ce rapport, en tous cas, les termes utilis&#233;s font se rejoindre ceux qu'on r&#233;serve aux mineur(e)s et aux prostitu&#233;(e)s, dans le cadre du discours de la victimologie, ceux d'&#233;tat de &#171; sid&#233;ration &#187;, aboutissant &#224; vider de toute port&#233;e le consentement que les un(e)s et les autres ont pu accorder aux relations sexuelles, respectivement avec un majeur ou un client. Il y aurait mati&#232;re &#224; en faire une r&#233;plique de com&#233;die, en rempla&#231;ant la formule d'Harpagon justifiant l'int&#233;r&#234;t qu'il a &#224; marier Elise &#224; Anselme (&#171; Sans dot ! &#187;) par celle-ci &#171; En &#233;tat de sid&#233;ration ! &#187; : &#171; Cela ferme la bouche &#224; tout. &lt;i&gt;Sans dot !&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;En &#233;tat de sid&#233;ration !&lt;/i&gt; pour l'adaptation &#8211; BN]. Le moyen de r&#233;sister &#224; une raison comme celle-l&#224; ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#232;re, in Moli&#232;re, L'Avare, Acte I, sc&#232;ne 5.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit dans le cadre scolaire ou bien du c&#244;t&#233; des institutions r&#233;pressives (justice), lorsque des mineurs s'engagent dans des actions litigieuses ou des ill&#233;galismes, il est aujourd'hui de saison d'insister sur le fait que les enfants aussi, les mineurs (c'est le nom fort intimidant que l'administration, la police et la justice attribuent &#224; l'enfance et &#224; l'adolescence) sont responsables de leurs actes, car dot&#233;s de la facult&#233; de discerner le bien du mal, de s'orienter dans le domaine des normes sociales, etc. Quand il s'agit d'envoyer de (tr&#232;s) jeunes d&#233;linquants dans des centres ferm&#233;s o&#249; le r&#233;gime est p&#233;nitentiaire, le motif de la responsabilit&#233; est la banni&#232;re sous laquelle s'administre la rigueur des peines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Sch&#233;rer identifie clairement une &#233;volution propre &#224; notre &#233;poque, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... Et puis cela, encore : quand il s'agit de renvoyer &#224; la rue des centaines de mineurs &#233;trangers isol&#233;s, faute de dispositifs appropri&#233;s qui puissent les accueillir, mais surtout de volont&#233; politique de mettre en place des dispositifs &#224; la hauteur du probl&#232;me &#8211; nos &#233;lites gouvernementales et assimil&#233;es se montrent infiniment moins sensibles au motif du traumatisme et de la sid&#233;ration que dans le cas pr&#233;sent, plus propice &#224; la mise en sc&#232;ne de la restauration de l'ordre moral... Le destin du gamin africain ou afghan qui dort dans les squares ou sous les &#233;changeurs d'autoroutes urbaines &#224; Paris ou Marseille (comme &#224; Lagos ou Bucarest, beaut&#233;s de la globalisation...) ne saurait susciter ce sentiment d'horreur morale que soul&#232;ve la conduite buissonni&#232;re de la (trop, n&#233;cessairement trop) jeune fille qui s'engage d'un c&#339;ur l&#233;ger dans sa premi&#232;re rencontre sexuelle et dont la &lt;i&gt;l&#233;g&#232;ret&#233;&lt;/i&gt;, pr&#233;cis&#233;ment, se doit d'&#234;tre imm&#233;diatement recod&#233;e par les vertueux nouveaux : Juliette pervertie par un inf&#226;me s&#233;ducteur - du Sade de caniveau pour &#171; r&#233;seaux sociaux &#187;. De quoi donner raison &#224; Nietzsche, lorsqu'il &#233;non&#231;ait qu'on avait &lt;i&gt;invent&#233;&lt;/i&gt; le libre arbitre en vue de rendre les individus &lt;i&gt;responsables&lt;/i&gt;. En effet, dans le cas d'ill&#233;galismes adolescents, les instances r&#233;pressives semblent adopter la morale sartrienne, voulant que toute tentative d'&#233;chapper &#224; sa responsabilit&#233; soit le signe d'une forme de &#171; mauvaise foi &#187;, et donc irrecevable, alors que dans le cas d'une jeune fille mineure s'engageant dans des relations sexuelles avec un majeur, un renversement s'op&#232;re : les arguments dont ou pourrait estimer qu'ils &#233;tayent une attitude de &#171; mauvaise foi &#187; (toujours dans une logique morale sartrienne) sont cette fois adopt&#233;s, comme fond&#233;s, par les juges eux-m&#234;mes pour &#233;valuer les raisons de la conduite de cette jeune fille&#8230; Le r&#233;sultat de la d&#233;marche n'est pas plus avantageux pour la mineure, le prix &#224; payer, pour elle, &#233;tant en effet son irresponsabilit&#233;, son &lt;i&gt;incapacit&#233;&lt;/i&gt; (au sens juridique, mais soutenu par tout un dispositif scientifico-m&#233;dical visant &#224; en &#233;tablir &lt;i&gt;positivement&lt;/i&gt; le bien-fond&#233;) &#224; consentir. Imaginons un instant qu'elle se rebiffe, refuse d'entrer dans la peau de Juliette et revendique cr&#226;nement son incartade : cas bien peu probable, vu le bombardement massif de moraline (et autre...) &#224; elle inflig&#233;e, mais qui, s'il se pr&#233;sentait, l'exposerait dans l'instant &#224; passer du statut de la malheureuse victime &#224; celle de la perverse pr&#233;coce, incube, succube, d&#233;linquante sexuelle sur laquelle s'abattrait l'opprobre de toutes les instances morales et disciplinaires...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie, les gouvernants &#8211; et pas seulement les Eglises &#8211; ont toujours eu du mal avec la sexualit&#233; des jeunes et &#233;t&#233; port&#233;s &#224; leur mener la vie dure sur ce front - on a eu trop vite fait des manifestes de Wilhelm Reich exaltant la lutte sexuelle des jeunes des documents d'&#233;poque... Mai 68 et ses suites ont, bien s&#251;r, rebattu les cartes de ce jeu avec le sexe et entre les sexes, au point de redessiner tout le champ du loisible et du possible en la mati&#232;re. Guy Hocquenghem, parlant de son enfance (r&#233;invent&#233;e, bien s&#251;r, comme toute enfance) exprimait une id&#233;e tr&#232;s int&#233;ressante &#8211; certes pas tr&#232;s reichienne, l'auteur de &lt;i&gt;La fonction de l'orgasme&lt;/i&gt; restant le tenant d'une sexualit&#233; distinctement h&#233;t&#233;ronorm&#233;e - relativement aux d&#233;sirs qui peuvent traverser l'enfant (m&#234;me si chez lui, cela reste inexprim&#233; sous cette forme &#8211; l&#224; est la r&#233;invention de l'enfance dans ce cas) : il disait avoir r&#234;v&#233;, enfant, d'&#234;tre &#171; d&#233;tourn&#233; &#187;, soupirant ainsi apr&#232;s cet homme qui serait venu le d&#233;tourner, lui, ce mineur attendant son ravisseur / ravissant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un tr&#232;s beau texte introduisant aux &lt;i&gt;R&#234;veries du promeneur solitaire&lt;/i&gt;, Ren&#233; Sch&#233;rer &#233;voque, apr&#232;s Paule Adamy, la multiplicit&#233; des corps de Jean-Jacques Rousseau, parmi lesquels un corps &lt;i&gt;enfantin&lt;/i&gt;, r&#233;v&#233;lant toutes les puissances de &lt;i&gt;d&#233;tournement&lt;/i&gt; propre &#224; l'enfance &#8211; l'enfance capable d'op&#233;rer un d&#233;tournement d'adulte. Cette pr&#233;face dit pr&#233;cis&#233;ment ceci : &#171; [&#8230;] il y en a plusieurs [des corps de Rousseau], modul&#233;s comme des variations musicales tout au cours de l'&#339;uvre, pers&#233;cut&#233; et &#233;rotique, sexu&#233; ou non, f&#233;minin et, pr&#233;cis&#233;ment, enfantin, que magnifient les &lt;i&gt;Confessions&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;R&#234;veries&lt;/i&gt;. Et c'est bien dans ces derni&#232;res [&#8230;] que l'enfant appara&#238;t au mieux dans sa fonction b&#233;n&#233;fique et secourable, &lt;i&gt;d&#233;tournant&lt;/i&gt; [nous soulignons] d'un univers adulte qui est celui des relations de mensonge, de fausset&#233;. L'enfant est la v&#233;racit&#233; de l'homme, sa spontan&#233;it&#233;, son innocence, au sens propre, si l'on entend par l&#224; qu'il est incapable du mal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Sch&#233;rer, &#171; Une solitude peupl&#233;e &#187;, pr&#233;face in Ren&#233; Sch&#233;rer pr&#233;sente (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Loin de la coupure mortif&#232;re entre l'enfance et l'&#226;ge adulte, on se trouve ici face &#224; la forme d'une enfance hantant l'&#234;tre devenu adulte, le conduisant &#224; renouer avec les chemins de traverse. Cet enfant en nous, cette enfance qui ne passe pas, mais qui, bien plut&#244;t, revient en un &#233;clair, c'est l'enfance qui vient sauver l'adulte, qui vient notamment le sauver des faux savoirs, des fausses &#233;vidences. Cette puissance de d&#233;tournement, propre &#224; l'enfant, a bien une fonction &#233;ducative, en un sens bien particulier, celui faisant se conjoindre &#233;ducation et promenade (l'enfant d&#233;tourne l'adulte de son chemin) : &#171; Le ma&#238;tre n'est-il pas dit [dans &lt;i&gt;Emile&lt;/i&gt;], plus que le recteur de l'&#233;l&#232;ve, son camarade ? &#8220;Il devrait &#234;tre enfant lui-m&#234;me&#8221;, afin de mieux &lt;i&gt;l'accompagner&lt;/i&gt; [nous soulignons &#8211; BN] dans cette promenade que constitue l'&#233;ducation [&#8230;] &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Accompagner n'est pas guider, encore moins forcer, mais suppose bien une confiance r&#233;ciproque, une ouverture aux occurrences aventureuses de toute promenade. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais aujourd'hui, ce qu'on voit revenir en force, &#224; l'occasion de ces affaires, c'est ni plus ni moins que l'horreur spontan&#233;e qu'inspire &#224; ce monde-l&#224; (&#224; cette engeance qui &#233;choue si manifestement &#224; se gouverner elle-m&#234;me et n'en pr&#233;tend pas moins gouverner la vie de la jeunesse jusque dans ses moindres recoins), ni plus ni moins que &lt;i&gt;la notion m&#234;me d'une vie sexuelle de la jeunesse&lt;/i&gt;, ce foisonnement d'activit&#233;s vagabondes tiss&#233;es d'&#233;chapp&#233;es belles, de d&#233;placements h&#233;t&#233;rotopiques, de petits et grands secrets excluant l'&#226;ge adulte. Comme leurs b&#251;chers sont trop petits pour br&#251;ler Freud et toute la litt&#233;rature psychanalytique, ils ne vont pas aller jusqu'&#224; remettre en cause la notion m&#234;me de sexualit&#233; infantile, mais ils vont faire de celle-ci un pur et simple objet &#224; surveiller-encadrer-discipliner-&#233;duquer, par opposition &#224; la notion d'une vie sexuelle de la jeunesse ou de la prime adolescente, laquelle suppose non pas une libert&#233; sans bornes et moins encore le retour &#224; l'&#233;tat de nature, mais du moins la possibilit&#233; d'exp&#233;rimenter, d'entrer dans des conduites sexuelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hors des seules limites du cadre appauvrissant d'un &#171; dispositif &#187; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; hors tutelle, bref, de faire de la sexualit&#233;, et de ses formes ind&#233;finiment variables, activement, un enjeu et un milieu de d&#233;prise(s), de contre-conduites...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il va donc s'agir d'associer toute notion d'une sexualit&#233; pr&#233;coce &#224; de terribles menaces &#8211; c'est la version la&#239;que et m&#233;dicale des cons&#233;quences fatales du p&#233;ch&#233; de chair de jadis : du rapport &#233;tabli par les experts charg&#233;s par le premier ministre de r&#233;diger un rapport sur la question de l'&#226;ge du consentement sexuel (une sainte-alliance form&#233;e de m&#233;decins, sp&#233;cialistes de l'enfance, magistrats...), il ressort en effet que les &#171; acquis des neurosciences &#187; d&#233;montrent la n&#233;cessit&#233; d' &#171; une protection renforc&#233;e en raison des traces profondes provoqu&#233;es par les traumatismes sexuels sur la structure et le fonctionnement du cerveau &#187;. En d'autres termes, ce que d&#233;montre le dernier cri de la science, c'est l'association irr&#233;cusable de la sexualit&#233; pr&#233;coce au traumatisme. Le parall&#232;le avec le traitement de la question prostitutionnelle d&#233;sormais selon l'optique de la &#171; victimologie &#187; saute aux yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Traumatisme est l'un de ces mots puissants de l'&#233;poque qui, ici, en exer&#231;ant son empire, ouvre un cr&#233;dit illimit&#233; au placement de la sexualit&#233; des jeunes sous la surveillance de la justice et de la police, avec le consentement actif des familles. On imagine les effets d&#233;l&#233;t&#232;res que sont appel&#233;es &#224; produire dans les temps qui viennent les surench&#232;res annonc&#233;es entre ces appareils et instances... L'&#226;ge minimal du consentement sexuel, c'est le bracelet &#233;lectronique de la sexualit&#233; des jeunes. Michel Foucault avait bien pressenti ce qui se profilait &#224; cet &#233;gard, d&#232;s 1979 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; [&#8230;] ce qui se dessine, et c'est pourquoi je crois qu'il &#233;tait important [&#8230;] de parler du probl&#232;me des enfants, [&#8230;] c'est un nouveau syst&#232;me p&#233;nal, un nouveau syst&#232;me l&#233;gislatif qui se donnera pour fonction non pas tellement de punir ce qui serait infraction &#224; ces lois g&#233;n&#233;rales de la pudeur que de prot&#233;ger des populations ou des parties de populations consid&#233;r&#233;es comme particuli&#232;rement fragiles. [&#8230;] et cela donnera aux psychiatres le droit d'intervenir deux fois. Premi&#232;rement, en termes g&#233;n&#233;raux, pour dire : oui, bien s&#251;r, la sexualit&#233; de l'enfant existe, [&#8230;]. Et d'autre part, dans chaque cas particulier, il dira : voil&#224; qu'un adulte est venu m&#234;ler sa sexualit&#233; &#224; la sexualit&#233; de l'enfant. Peut-&#234;tre l'enfant avec sa sexualit&#233; propre a pu d&#233;sirer cet adulte, peut-&#234;tre m&#234;me a-t-il consenti, peut-&#234;tre m&#234;me a-t-il fait les premiers pas. On admettra que c'est lui qui a s&#233;duit l'adulte ; mais nous autres, avec notre savoir psychologique, nous savons parfaitement que m&#234;me l'enfant s&#233;ducteur risque et m&#234;me dans tous les cas va subir un certain dommage et un &lt;i&gt;traumatisme&lt;/i&gt; [nous soulignons] du fait qu'il aura eu affaire &#224; un adulte. Par cons&#233;quent, il faut prot&#233;ger l'enfant de ses propres d&#233;sirs, d&#232;s lors que ses d&#233;sirs l'orienteraient vers l'adulte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, &#171; La loi de la pudeur &#187;, entretien entre M. Foucault, G. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les prolongements actuels des mots de Michel Foucault, dans notre &#233;poque sont assez &#233;vidents, mais on devrait m&#234;me, aujourd'hui, supprimer la fin de la derni&#232;re phrase de la citation, de fa&#231;on &#224; souligner la voie dans laquelle nos gouvernants s'engagent : il faudrait prot&#233;ger l'enfant de ses propres d&#233;sirs, d&#233;sirs interdits de tout passage &#224; l'acte s'il a moins de quinze ans, et ce, quel que soit l'&#226;ge de sa-son-ses partenaire(s). Le caract&#232;re inextricable de la justice p&#233;nale et de la m&#233;decine appara&#238;t ici au grand jour : &#233;tablissant le caract&#232;re traumatisant d'une sexualit&#233; en acte avant l'&#226;ge de quinze ans, la m&#233;decine ouvre ainsi la voie &#224; sa p&#233;nalisation. Les m&#233;decins, scientifiques et autres experts en uniforme ont encore de beaux jours devant eux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous entrons dans une &#233;poque o&#249; l'acc&#232;s aux relations sexuelles va devenir toujours plus compliqu&#233; : que cela suppose, comme l'exigent certaines f&#233;ministes, une sorte de contrat pr&#233;alable ou bien alors qu'il faille, avant toute chose, commencer par montrer ses papiers et avouer son &#226;ge. Sans compter le fait que de plus en plus de gens, dans nos soci&#233;t&#233;s, se trouvent, de fait et sur un mode institutionnel et policier ou disciplinaire assign&#233;s &#224; une condition de privation de vie sexuelle ou de mis&#232;re sexuelle organis&#233;e : d&#233;tenus des prisons, pensionnaires des maisons de retraite, malades en hospitalisation de longue dur&#233;e et, maintenant, dans l'id&#233;al de police sexuelle qui monte, jeunesse mineure &#8211; &#224; terme, il est clair comme de l'eau de roche que ce qui est dans le collimateur, c'est toute forme de sexualit&#233; pr&#233;coce des jeunes, donc y compris entre mineurs. &lt;i&gt;It rings a bell&lt;/i&gt; &#8211; celle de l'obsession de la masturbation infantile au XIX&#176; si&#232;cle. D'ailleurs, dans un entretien accord&#233; au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 9 mars, Marl&#232;ne Schiappa, la secr&#233;taire d'Etat charg&#233;e de l'&#233;galit&#233; entre les sexes, vend la m&#232;che sans se faire prier : comme les journalistes lui demandent si les dispositions envisag&#233;es ne reviennent pas &#224; &#171; inscrire cet &#226;ge [moins de 15 ans] comme celui au-dessous duquel les rapports sexuels sont proscrits, en tout cas avec un majeur &#187;, elle r&#233;pond : &#171; c'est d&#233;j&#224; le cas. La majorit&#233; sexuelle est fix&#233;e &#224; 15 ans en France... &#187;. On voit bien ici comment la clause de la relation avec un majeur devient ici tout &#224; fait accessoire, le c&#339;ur de l'op&#233;ration de police sexuelle consistant &#224; assimiler la notion implicite de minorit&#233; sexuelle &#224; celle de la prohibition de toute relation sexuelle pour des mineurs. C'est toute esp&#232;ce de relation sexuelle qui, pour un(e) mineur(e) se voit potentiellement assimil&#233;e au croquemitaine &#8211; le traumatisme. C'est qu'il en faudrait de l'imagination aux grosses t&#234;tes en &#171; sciences cognitives &#187; pour nous administrer la d&#233;monstration du fait que c'est, en toutes circonstances, l'&#226;ge du partenaire qui est constitutif du traumatisme &#8211; ou pas... Non, d&#233;cid&#233;ment, ce qu'il faut, c'est, au nom d'une protection de l'enfance &#224; g&#233;om&#233;trie tr&#232;s variable, donner force de loi &#224; ces dispositifs de dissuasion des rapports sexuels pr&#233;coces que, de tout temps, les familles ont tent&#233; d'opposer aux vell&#233;it&#233;s des enfants en lisi&#232;re d'adolescence de disposer de leur corps sexu&#233; pour toutes sortes d'exp&#233;riences int&#233;ressantes... C'est l' &#171; ordre r&#233;publicain &#187;, dans sa version autoritaire de saison, qui vole au secours de l'ordre des familles mis &#224; mal par bien des mutations en cours. C'est en somme l'&#233;tat d'urgence ind&#233;finiment reconduit et aggrav&#233; qui vient s'infiltrer dans la vie de l'enfance. Comme le rel&#232;ve Ren&#233; Sch&#233;rer, celle-ci, dans ce temps o&#249; l'esprit de police triomphe sur toute la ligne, est appel&#233;e &#224; &#234;tre trait&#233;e toujours davantage en suspecte, voire en esp&#232;ce ennemie &#8211; sous la victime &#224; prot&#233;ger envers et contre elle-m&#234;me, cet indisciplin&#233;/indisciplinaire naturel qu'est l'enfant &#8211; l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bref, ce qui est en train de se profiler, c'est la fabrication par les disciplines et les savoirs assembl&#233;s autour du fonts baptismaux de cette merveille polici&#232;re, l'&#226;ge minimal du consentement sexuel, de cat&#233;gories vari&#233;es d'humains dont la particularit&#233; est d'&#234;tre &lt;i&gt;interdits de relations sexuelles&lt;/i&gt;, ceci comme il y a des interdits de s&#233;jour, des interdits de permis de conduire et de carte bancaire, des gens que la Justice prive du droit de voir leurs enfants, de quitter le territoire national, de sortir de chez eux (placement sous bracelet &#233;lectronique), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus &#233;tonnant peut-&#234;tre dans toute cette s&#233;quence, c'est le silence assourdissant, qu'on imagine donc volontiers complice, des champions, des professionnels de &lt;i&gt;l'&#233;coute&lt;/i&gt; &#8211; ceux l&#224;-m&#234;me qui, aux grilles et recettes de la psychiatrie m&#233;dicamenteuse, opposent la patiente &#233;coute des sujets en souffrance. Or, s'il est un dispositif g&#233;n&#233;ral dans lequel les sujets &#171; en question &#187; sont chosifi&#233;s comme victimes muettes et infantilis&#233;es (in-fans &#8211; qui ne cause pas), c'est bien celui qui s'agence autour de la notion d'&#226;ge minimal du consentement sexuel ou bien de la prostitu&#233;e comme traumatis&#233;e sexuelle. Tout un syst&#232;me d'accaparement de la parole ( et de la d&#233;cision) par l'expert, le psy, le travailleur social et, au bout de la cha&#238;ne, le juge, se met en place, destin&#233; &#224; &#233;liminer toute possibilit&#233; qu'une autre figure du tort (que celle qu'&#233;pingle la nouvelle police des m&#339;urs) &#233;merge : celle, notamment, de l'enfance, de l'adolescence trait&#233;e en suspecte perp&#233;tuelle, d&#233;sign&#233;e comme cible privil&#233;gi&#233;e de la nouvelle police sexuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Merci &#224; Alexandre Costanzo d'avoir attir&#233; notre attention sur cette d&#233;cision de justice pour le moins &#233;tonnante : &#171; En 2014, Eva-Maree Kullander-Smith, 27 ans a &#233;t&#233; poignard&#233;e de trente-deux coups de couteau dans les bureaux des services sociaux de la ville de V&#228;ster&#228;s. L'assassin ? Son ex-compagnon, qu'elle avait quitt&#233; trois ans plus t&#244;t, &lt;i&gt;pour fuir des violences conjugales&lt;/i&gt; [Nous soulignons]. Entre-temps, pour subvenir aux besoins de sa famille, elle avait travaill&#233; cinq fois comme escort girl. Un crime aux yeux des services sociaux qui lui avaient retir&#233; la garde de ses enfants, la confiant &#224; leur p&#232;re. Le message est on ne peut plus clair : un p&#232;re violent est plus &#224; m&#234;me de s'occuper de ses enfants qu'une prostitu&#233;e, f&#251;t-elle occasionnelle &#187;. L'article pr&#233;cise comment se concilient dans le cas su&#233;dois p&#233;nalisation du client et acharnement judiciaire &#224; l'encontre des prostitu&#233;es : &#171; Point d'orgue de ce revirement : le vote, en 1999, d'une loi criminalisant les clients de prostitu&#233;s &#8211; une premi&#232;re mondiale. Mais le plus pervers, c'est qu'alors que tr&#232;s peu de clients ont &#233;t&#233; inqui&#233;t&#233;s, les travailleuses du sexe, elles, ont fait l'objet d'une v&#233;ritable chasse aux sorci&#232;res, voire d'une r&#233;&#233;ducation mentale forc&#233;e. &#8220;En Su&#232;de, toute passe est consid&#233;r&#233;e comme un viol. L&#233;galement, le consentement des prostitu&#233;es n'est pas reconnu. Elles sont trait&#233;es comme des femmes fragiles mentalement, sous influence, dans des d&#233;marches d'autodestruction&#8230; Donc incapables d'&#233;lever leurs enfants&#8221; &#187;. Th&#233;ophile Pillault, &#171; Ovidie : &#8220;En Su&#232;de, f&#233;ministes et r&#233;actionnaires se tapent dans la main&#8221; &#187;, 2 f&#233;vrier 2018, &lt;i&gt;in Vice&lt;/i&gt;, source Internet : &lt;a href=&#034;https://vice.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://vice.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Encourant une peine pouvant aller jusqu'&#224; 10 ans de r&#233;clusion, un professeur de math&#233;matiques, de 31 ans, ayant entretenu pendant plusieurs mois une relation amoureuse avec une coll&#233;gienne de 14, s'est vu condamn&#233; &#224; 18 mois de prison avec sursis, peine assortie d'une &#171; obligation de soins &#187; et d'une interdiction de travailler au contact de mineurs. Un article du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; expose bien la complexit&#233; de cette affaire, et le sens de la nuance avec lequel il convient de l'aborder : &#171; L'affaire d&#233;bute en f&#233;vrier. L'&#233;l&#232;ve contacte son professeur sur &lt;i&gt;Instagram&lt;/i&gt; et lui d&#233;clare sa flamme. &#8220;Je ne veux pas finir en prison, il ne se passera jamais rien entre nous&#8221;, r&#233;pond-il. Elle insiste. Il conc&#232;de : &#8220;J'&#233;tais clair au d&#233;part. Et puis en avril j'ai dit non, mais moins clairement. Je disais qu'il ne se passerait rien tant qu'elle n'aurait pas 18 ans.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
La porte est ouverte, la correspondance se poursuit. &#8220;Je me suis attach&#233; &#224; elle.&#8221; Premiers baisers et premi&#232;res relations sexuelles en juin, dans le plus grand secret. La relation dure tout l'&#233;t&#233;. Emilie fait le mur la nuit pour voir son professeur, qu'elle retrouve aussi parfois en journ&#233;e. Il l'emm&#232;ne au Parc Ast&#233;rix et la couvre de cadeaux. Les choses se compliquent quand la jeune fille s'&#233;prend d'un gar&#231;on de son &#226;ge, ce qui rend L&#233;o T. terriblement jaloux.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire prend fin d&#233;but novembre, lorsqu'un copain de la coll&#233;gienne informe la famille de la situation. Deux jours plus tard, le beau-p&#232;re d'Emilie &#8211; qu'elle consid&#232;re comme son vrai p&#232;re &#8211; surprend le professeur en train de r&#244;der pr&#232;s de chez eux. Il appelle la police apr&#232;s l'avoir brutalis&#233; et enferm&#233; dans sa voiture [&#8230;].&lt;br class='autobr' /&gt;
Emilie se pr&#233;sente [&#8230;] &#224; la barre, alors que, deux m&#232;tres derri&#232;re, le maquillage coule sur les joues de sa m&#232;re, qui avait elle-m&#234;me rencontr&#233; le p&#232;re de sa fille &#224; 14 ans alors qu'il en avait 26, et &#233;tait tomb&#233;e enceinte &#224; 17. Lors de son audition par la police, quarante-huit heures apr&#232;s les faits, la coll&#233;gienne avait pris la d&#233;fense de son ancien professeur, quelqu'un de &#8220;doux, gentil, attentionn&#233;&#8221; : &#8220;Il ne m'a jamais oblig&#233;e &#224; avoir des relations sexuelles, j'&#233;tais toujours consentante.&#8221; Elle avait menac&#233; de se suicider s'il allait en prison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au tribunal, le discours a chang&#233;. &#8220;Je pense avoir &#233;t&#233; manipul&#233;e&#8221;, lance-t-elle d'embl&#233;e. La pr&#233;sidente recadre gentiment l'adolescente, qu'elle soup&#231;onne d'avoir appris par c&#339;ur un texte dict&#233; par ses parents ou son avocate, et lui demande de se concentrer sur les faits, &#8220;pas sur des choses ing&#233;r&#233;es, dig&#233;r&#233;es et r&#233;p&#233;t&#233;es&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Quels sentiments aviez-vous vis-&#224;-vis de lui ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; J'&#233;tais amoureuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Pour vous, c'&#233;tait votre petit copain ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Oui.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Mais vous saviez que c'&#233;tait interdit, il vous l'avait dit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Oui.&#8221; &#187; (Henri Seckel, &#171; Dix-huit mois avec sursis pour le professeur qui entretenait une liaison avec une coll&#233;gienne &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 28 novembre 2017, source Internet : &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lemonde.fr&lt;/a&gt; ).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dr Muriel Salmona, &#171; Cons&#233;quences psychotraumatiques de la prostitution &#187;, r&#233;f&#233;rence internet : site memoiretraumatique.org.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#232;re, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Moli&#232;re, &lt;i&gt;L'Avare&lt;/i&gt;, Acte I, sc&#232;ne 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Sch&#233;rer identifie clairement une &#233;volution propre &#224; notre &#233;poque, dans son rapport &#224; la violence de la jeunesse, r&#233;sultant notamment d'un dispositif de quasi-s&#233;gr&#233;gation (hors milieu familial) entre les enfants et les adultes : &#171; La violence de la jeunesse n'apitoie pas [aujourd'hui], voire ne s&#233;duit plus : elle inqui&#232;te surtout, elle fait peur. L'enfant est moins ressenti comme un &#234;tre souffrant dont nous aurions la charge que comme un adversaire. L'enfant fait peur, il est l'ennemi, notre ennemi. Et d'abord parce qu'il est s&#233;par&#233; [nous soulignons], parce qu'il est l'inconnu, l'&#233;tranger. A l'apitoiement vient succ&#233;der une x&#233;nophobie de l'enfance &#187; (Ren&#233; Sch&#233;rer, &#171; Trois remarques possibles sur &#233;ducation et violence &#187;, postface &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Ren&#233; Sch&#233;rer pr&#233;sente Jean-Jacques Rousseau, &lt;i&gt;Une solitude peupl&#233;e. Les r&#234;veries du promeneur solitaire&lt;/i&gt;, Paris, Editions Eterotopia, 2017, p.117). C'est alors l'enfant non domestiqu&#233;, l'enfant des rues envisag&#233; selon un prisme sombre qui est craint par la soci&#233;t&#233;, quand cette m&#234;me rue pouvait aussi bien se r&#233;v&#233;ler &#8211; version solaire d'une &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; approche de l'enfance des rues &#8211; &#171; une &#233;chapp&#233;e d'&#233;cole buissonni&#232;re &#187;, la rue se faisant alors &#171; espace ouvert &#224; une enfance hors normes &#233;ducatives &#187; (&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p.119).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Sch&#233;rer, &#171; Une solitude peupl&#233;e &#187;, pr&#233;face &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Ren&#233; Sch&#233;rer pr&#233;sente Jean-Jacques Rousseau, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hors des seules limites du cadre appauvrissant d'un &#171; dispositif &#187; de sexualit&#233;, c'est-&#224;-dire en s'ouvrant &#224; l'id&#233;e deleuzo-guattarienne d'une sexualit&#233; &lt;i&gt;non g&#233;nitale.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &#171; La loi de la pudeur &#187;, entretien entre M. Foucault, G. Hocquenghem, J. Danet, P. Hahn, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Michel Foucault, &lt;i&gt;Dits et &#233;crits II&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2001, p.768-769.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les chiens des rues d'Istanbul</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=642</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=642</guid>
		<dc:date>2017-12-25T10:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Pinguet</dc:creator>


		<dc:subject>violence</dc:subject>
		<dc:subject>biopolitique</dc:subject>
		<dc:subject>animal</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; Article publi&#233; en anglais et en turc dans le livre/catalogue de l'exposition : The Four-Legged Municipality &#8211; Street Dogs of Istanbul Istanbul Research Institute 2016 Illustrations : Collection Pierre de Gigord &lt;br class='autobr' /&gt; Parmi les animaux qui peuplaient les rues d'Istanbul, les chiens, contrairement aux chats pourtant tout aussi nombreux, ont &#233;t&#233; abondamment photographi&#233;s par les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=88" rel="tag"&gt;biopolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=98" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Article publi&#233; en anglais et en turc dans le livre/catalogue de l'exposition :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;The Four-Legged Municipality &#8211; Street Dogs of Istanbul&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Istanbul Research Institute&lt;br class='autobr' /&gt;
2016&lt;br class='autobr' /&gt;
Illustrations : Collection Pierre de Gigord&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Parmi les animaux qui peuplaient les rues d'Istanbul, les chiens, contrairement aux chats pourtant tout aussi nombreux, ont &#233;t&#233; abondamment photographi&#233;s par les voyageurs occidentaux, comme par les photographes locaux, soucieux d'accroitre leurs b&#233;n&#233;fices en r&#233;pondant aux attentes d'une client&#232;le &#233;trang&#232;re. Le ph&#233;nom&#232;ne s'est accru lors de l'apparition de la carte postale, qui suscita rapidement un v&#233;ritable engouement, avec des s&#233;ries num&#233;rot&#233;es r&#233;serv&#233;es aux chiens. En regardant celles-ci, ou encore en parcourant l'ouvrage en trois volumes de Mert Sandalc&#305; consacr&#233; aux cartes postales de Max Fruchtermann, on constate que par le biais de ces &#171; toutous &#187;, des voyageurs d&#233;clinaient leurs amiti&#233;s et leur &#171; bon souvenir &#187; sous des formes diverses et vari&#233;es. D'autres d&#233;claraient leur flamme avec une pr&#233;dilection pour le mot &#171; caresse &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mert Sandalc&#305;, The Postcards of Max Fruchtermann, Istanbul : Ko&#231;bank, 3 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les photographies de chiens paisiblement couch&#233;s suscitaient des commentaires sur les bienfaits du farniente, le fameux &lt;i&gt;kief&lt;/i&gt; oriental, parmi tant d'autres clich&#233;s. La palme de l'image la plus copi&#233;e, diff&#233;remment colori&#233;e et retouch&#233;e, a &#233;t&#233; remport&#233;e par le studio Abdullah Fr&#232;res. Il s'agit d'un chiffonnier entour&#233; d'un groupe de chiens, des concurrents aux yeux de certains, des compagnons d'infortune pour d'autres. Cette photographie a d'ailleurs eu droit &#224; la couverture d'un hebdomadaire fran&#231;ais, le 12 janvier 1902, accompagn&#233; d'un article o&#249; il est indiqu&#233; que le chiffonnier vit en bons termes avec les chiens, &#171; les seigneurs du pav&#233; &#187;, &#171; que le bonhomme est de la maison &#187;, glanant lui aussi de quoi survivre dans des &#171; cloaques &#187; et des quartiers o&#249; &#171; r&#232;gne une odeur &#224; faire fuir un chacal &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edmond Neukomm, &#171; Les capitales de l'Europe. Constantinople &#187;, Journal des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_347 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture-2.png' width='500' height='698' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Carte postale publicitaire pour les probl&#232;mes respiratoires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chiens nuisibles et Aristochiens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les raisons de ce &#171; succ&#232;s &#187;, le plus souvent exerc&#233; au d&#233;triment de l'animal, s'expliquent au regard des mesures prises dans les villes occidentales durant la seconde moiti&#233; du 19e si&#232;cle, &#224; savoir l'&#233;limination des chiens errants. Les seuls dor&#233;navant autoris&#233;s &#224; battre le pav&#233; &#233;taient des chiens d&#251;ment d&#233;clar&#233;s par leurs ma&#238;tres, ces derniers de surcro&#238;t oblig&#233;s, sous peine d'amende ou d'envoi de leurs chiens &#224; la fourri&#232;re, de veiller &#224; ne pas les laisser vagabonder. Pour reprendre la formule du pr&#233;fet de police de Paris, il s'agissait pour l'administration de tirer de leur d&#233;tresse ces &#171; parias &#187;, aussi laids que fam&#233;liques, &#171; en les plongeant dans l'infini &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Andrieux, Souvenirs d'un pr&#233;fet de police, Paris : Jules Rouff &amp; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est ainsi que les chiens errants disparurent de l'espace urbain europ&#233;en et que le &#171; spectacle &#187; des chiens d'Istanbul gagna en pittoresque : &#171; On n'imagine pas plus Constantinople sans chiens, d'apr&#232;s le Dr Camille Allard, que le d&#233;sert sans chameaux ou une rue de Paris sans portraits photographiques. &#187; Et d'ajouter : &#171; Mais on ne peut pas nier que le pittoresque turc fatigue promptement, comme tout ce qui est exag&#233;r&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Camille Allard, Souvenirs d'Orient. Les &#233;chelles du Levant, Paris : Adrien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les premiers guides touristiques, qui n'ont d'ailleurs pas manqu&#233; de les mentionner, classaient ces chiens tant&#244;t &#224; la rubrique &#171; nuisance &#187;, tant&#244;t &#224; celle &#171; curiosit&#233; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple Fr&#233;d&#233;ric Lacroix, auteur du premier guide fran&#231;ais, cite parmi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'aspect couleur locale &#233;tait d'autant plus prononc&#233; qu'en Europe, tandis que des chiens &#233;taient consid&#233;r&#233;s nuisibles, d'autres suscitaient des passions jusqu'alors in&#233;dites, comme le d&#233;montrent les premi&#232;res expositions canines. Ces &lt;i&gt;happy few&lt;/i&gt; &#233;taient bien entendu dot&#233;s d'un pedigree en bonne et due forme car on se souciait dor&#233;navant de la g&#233;n&#233;alogie de l'animal, de la puret&#233; de sa race, ceci dans le droit fil de consid&#233;rations sur les races humaines. Ces sp&#233;culations, en pleine colonisation, ont donn&#233; lieu &#224; l'exhibition de &#171; sp&#233;cimens &#187; de peuples &#171; exotiques &#187; dans des espaces d'ordinaire r&#233;serv&#233;s aux animaux, les jardins d'acclimatation, faisant office de zoos humains.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Catherine Pinguet, &#171; Bat&#305;l&#305; Kilmli&#287;inin Olu&#351;turulmas&#305;nda &#214;teki'nin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans ce contexte, il n'est pas surprenant que des photographies dites &#171; types &#187;, cens&#233;es rendre compte de la diversit&#233; ethnique et religieuse ottomane, aient &#233;t&#233; particuli&#232;rement recherch&#233;es (parmi lesquelles Turcs, Circassiens, Kurdes, Albanais, Arm&#233;niens, hommes et femmes confondus, qui ont fourni mati&#232;re &#224; d'innombrables reconstitutions et mises en sc&#232;ne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souci de classifier en races, de remonter aux origines, s'est bien &#233;videmment &#233;tendu aux chiens d'Istanbul, malgr&#233; leur statut peu enviable de b&#226;tard, donnant lieu &#224; des th&#232;ses plus ou moins savantes, voire totalement farfelues : analogies avec les chiens d'Australie, croisement &#224; expliquer en &#171; remontant purement et simplement aux croisades &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dr. P. Remlinger, &#171; Les chiens de Constantinople. Leur vie, leur mort &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Car par-del&#224; les multiples photographies, ces chiens ont surtout fait couler beaucoup d'encre. Comme le rappelle Paul de R&#233;gla dans &lt;i&gt;Les Bas-fonds de Constantinople&lt;/i&gt;, ne d&#233;rogeant pas &#224; la r&#232;gle : &#171; Il n'est pas d'auteurs ayant &#233;crit sur Constantinople qui ne se soient cru dans la n&#233;cessit&#233; de consacrer quelques lignes &#224; ces braves b&#234;tes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul de R&#233;gla, Les Bas-fonds de Constantinople, Paris : Tresse &amp; Stock, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Certains s'efforcent de se d&#233;marquer, tel Gaston des Godins de Souhesmes qui a v&#233;cu &#224; Istanbul et &#233;crit un guide de la ville. Pas question pour lui d'&#234;tre associ&#233; aux &#171; touristes qui ont discouru injustement au sujet des chiens, faute d'avoir suffisamment voisin&#233; avec ses int&#233;ressants quadrup&#232;des &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaston des Godins de Souhesmes, &#171; Les chiens des rues &#187;, Turcs et Levantins, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le chapitre qu'il leur consacre n'a toutefois rien d'original, compos&#233; surtout d'emprunts &#224; Paul de R&#233;gla, pseudonyme du Dr Desjardins qui avait ouvert un centre d'hydroth&#233;rapie &#224; Kadik&#246;y, lequel cite son &#171; illustre confr&#232;re &#187;, le Dr Mavroy&#233;ni Pacha. La plupart des &#233;trangers de passage, dont Mark Twain, consid&#233;raient que ces chiens galeux et pleins de puces (&lt;i&gt;mangy and flee ridden street dogs&lt;/i&gt;) ne devaient leur survie, jug&#233;e le plus souvent d&#233;plorable, qu'en raison de la t&#226;che qui &#233;tait la leur (&lt;i&gt;their official position&lt;/i&gt;), celle d'&#233;boueurs et de charognards (&lt;i&gt;scavengers of the city&lt;/i&gt;). Twain semble toutefois sinc&#232;re quand il &#233;voque la souffrance de certains chiens, y compris dans son journal, souffrance bien r&#233;elle dans bien des cas, qu'&#233;vitaient soigneusement d'immortaliser les photographes : &#171; De ma vie, je n'ai jamais vu des roquets aussi mis&#233;rables, affam&#233;s, tristes, avec un air aussi d&#233;sesp&#233;r&#233;. &#187; (&lt;i&gt;I never saw such utterly wretched, starving, sad-visaged, broken-hearted looking curs in my life&lt;/i&gt;).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mark Twain, The Innocents Abroad or The New Pilgrims' Progress, San (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_348 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture2-3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture2-3.png' width='455' height='999' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anonyme, chiens des rues, plaque de verre st&#233;r&#233;oscopique, d&#233;but 20e si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;alit&#233;, trop souvent occult&#233;e, vient mettre &#224; mal une vision idyllique de la capitale ottomane, autrement dit le parti-pris d'un regard nostalgique sur le pass&#233; largement mythifi&#233;, avec les simplifications et les d&#233;formations que cela suppose. Or, la cohabitation entre les citadins et certains animaux, en l'occurrence le chien, qui passe pour le meilleur ami de l'homme, est tout sauf simple. La question s'av&#232;re m&#234;me &#224; tel point complexe, n'en d&#233;plaise aux tenants d'un anthropocentrisme forcen&#233;, qu'elle permet de multiples approches. Celles qui pr&#233;valent encore largement, tributaires de formations en sciences humaines, s'int&#233;ressent moins &#224; l'animal en tant que tel qu'aux repr&#233;sentations, aux discours et aux pratiques des hommes vis-&#224;-vis de ce dernier. Il est incontestable que l'homme a un pouvoir de d&#233;cision qui n'est pas r&#233;ciproque, que le sort de l'animal d&#233;pend de l'homme, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; dans le contexte d'animaux urbains. Cet aspect ne peut &#234;tre pass&#233; sous silence, mais il convient aussi de se pencher sur ces chiens des rues en question, comme sujets &#224; part enti&#232;re, qui n'entrent dans aucune cat&#233;gorie classique, rendant caduque la dichotomie qui oppose d'ordinaire l'animal sauvage &#224; celui domestique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce faire, il convient de se pencher sur les &#233;crits de ceux qui ont observ&#233; les chiens des rues ou qui ont consign&#233; des remarques offrant mati&#232;re &#224; r&#233;flexion, et il se trouve qu'il s'agit de deux m&#233;decins : Spyridon Mavroy&#233;ni (1817-1902) et Paul Remlinger (1871-1964). Le premier a occup&#233; pendant un quart de si&#232;cle un des postes les plus &#233;lev&#233;s dans la hi&#233;rarchie m&#233;dicale ottomane. M&#233;decin priv&#233; du sultan Abd&#252;lhamid II, conseiller de celui-ci pour les questions sanitaires, notamment en cas d'&#233;pid&#233;mies et de maladies contagieuses, ce fut probablement Mavroy&#233;ni qui sugg&#233;ra d'envoyer &#224; Paris le Dr Zoeros (1842-1917) afin de s'informer des travaux de Pasteur. C'est &#224; l'issu de ce s&#233;jour que fut fond&#233; l'institut antirabique (&lt;i&gt;Kuduz Enstit&#252;s&#252;&lt;/i&gt;), ainsi que l'Institut imp&#233;rial de bact&#233;riologie (&lt;i&gt;Bakteriylojihane-i &#350;ahane&lt;/i&gt;), dont Paul Remlinger allait prendre la direction de 1900 &#224; 1910.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Remlinger, D&#233;buts et tribulations de l'Institut Antirabique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_349 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture3-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture3-2.png' width='500' height='787' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'institut antirabique, carte postale, 2 novembre 1911&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Consid&#233;rations d'un cynophile enrag&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mavroy&#233;ni est l'auteur de &lt;i&gt;Chiens et chats de bonne maison&lt;/i&gt;, en l'occurrence la sienne, texte d'abord publi&#233; dans la &lt;i&gt;Gazette des h&#244;pitaux&lt;/i&gt;, en 1893. Poss&#233;der un chien, ayant acc&#232;s &#224; l'habitation, &#233;tait alors extr&#234;mement rare &#224; Istanbul, si ce n'est dans les couches sup&#233;rieures de la soci&#233;t&#233; o&#249; certains s'inspiraient du mod&#232;le occidental en adoptant des chiens de race. Mavroy&#233;ni avait quant &#224; lui jet&#233; son d&#233;volu sur les bouledogues, et plus encore les carlins (&lt;i&gt;mops&lt;/i&gt;). Puis, en 1902, para&#238;t en France, &#224; titre posthume, un opuscule o&#249; sont r&#233;&#233;dit&#233;s &lt;i&gt;Chiens et chats de bonne maison&lt;/i&gt;, mais qui d&#233;bute par &lt;i&gt;Les Chiens errants de Constantinople&lt;/i&gt;, avec pour sous-titre prometteur, &#171; &#201;tude des m&#339;urs canines &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spyridon Mavroy&#233;ni, Les Chiens errants de Constantinople, Paris : Jean (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les emprunts de Paul de R&#233;gla, que l'on retrouve dans la presse francophone de l'&#233;poque, attestent la circulation de cette brochure &#224; la fin des ann&#233;es 1880, Mavroy&#233;ni l'offrant volontiers &#224; certains de ses coll&#232;gues et amis. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'extrait le plus souvent cit&#233; est celui d'un chien estropi&#233;, qu'un m&#233;decin cynophile aurait soign&#233;, et chez qui l'animal, un an plus tard, aurait conduit un de ses cong&#233;n&#232;res pareillement bless&#233;. L'anecdote est plausible, le chien pouvant tr&#232;s bien associer sa souffrance, sa gu&#233;rison, &#224; la personne et au lieu ad&#233;quat. En d'autres termes, le chien a fait preuve d'intelligence, il est sensible &#224; la douleur (ce que de bon cart&#233;siens niaient en bloc, notamment lors d'exp&#233;rimentations), il est capable d'empathie et est dot&#233; d'un sens de l'entraide. Ce r&#233;cit nous apprend &#233;galement qu'il s'agissait non pas d'un v&#233;t&#233;rinaire, mais d'un docteur, qui pour soigner une fracture du tibia a utilis&#233; le m&#234;me traitement que pour des &#234;tres humains, un bandage dextrin&#233;. Le d&#233;tail a son importance &#233;tant donn&#233; qu'&#224; Istanbul, comme dans les grandes villes d'Europe, les &#233;coles v&#233;t&#233;rinaires n'avaient pas pour vocation de soigner les chiens, ni les chats d'ailleurs, mais les animaux de rente et plus encore les chevaux, surtout ceux utilis&#233;s par l'arm&#233;e.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'int&#233;r&#234;t pour les pathologies canines et les moyens d'y rem&#233;dier n'ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_350 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture4-2.png' width='500' height='665' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Journaliste ottoman &#224; sa table de travail, ca. 1900&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude des m&#339;urs canines du Dr Mavroy&#233;ni, &#171; cynophile enrag&#233; &#187; auto-proclam&#233;, n'est pas sans poser de s&#233;rieux probl&#232;mes, surtout quand &#233;voquant une tentative d'exp&#233;dier les chiens sur une &#238;le d&#233;serte, sous le r&#232;gne de Mahmud II (1808-1839), il ne s'autorise pas la moindre critique. De m&#234;me, lors d'une seule allusion aux mauvais traitements r&#233;serv&#233;s aux chiens dans les quartiers chr&#233;tiens, surtout P&#233;ra, il se garde bien de dire que les chiens y &#233;taient r&#233;guli&#232;rement empoisonn&#233;s. En fait, Mavroy&#233;ni id&#233;alise l'existence de ces chiens qu'il humanise constamment, parti-pris d'autant plus surprenant qu'il avait pr&#233;sent&#233; au sultan Abd&#252;lhamid un rapport sur l'hygi&#232;ne publique, &#171; remarquable &#187; aux dires de Ch. Delmas, qui en r&#233;digea un &#224; son tour, &#171; dans lequel S. Mavroy&#233;ni avait fait ressortir le danger que repr&#233;sentent les quartiers insalubres pour la sant&#233; publique &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ch. Delmas, L'hygi&#232;ne publique &#224; Constantinople. Assainissement des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On comprend d&#232;s lors que son &#233;loge unanime des chiens, pour le moins contraire &#224; ce que professait le corps m&#233;dical, n'ait pas paru dans les revues scientifiques o&#249; Mavroy&#233;ni avait pour habitude de publier ses travaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Son opuscule, malgr&#233; les r&#233;serves qui pr&#233;c&#232;dent, n'est pas d&#233;pourvu d'int&#233;r&#234;t, surtout quand la cohabitation chiens/citadins n'est plus envisag&#233;e d'un point de vue strictement utilitaire, c'est-&#224;-dire en fonction des seuls besoins humains que les animaux sont cens&#233;s satisfaire. Leur mode d'alimentation et leurs conditions de survie d&#233;pendaient effectivement de la distribution de nourriture et d'une quantit&#233; suffisante de d&#233;chets, d'autant plus vrai que le chien des rues d'Istanbul, contrairement au chat, ne chassaient pas, pas plus qu'il n'&#233;tait enclin &#224; voler la nourriture. Mais Mavroy&#233;ni, pour qui la relation homme/animal repose &#233;galement sur la compl&#233;mentarit&#233;, les &#233;changes mutuels et une forme d'attachement, rappelle &#224; juste titre que les chiens d'Istanbul, &#224; l'instar de ceux d'Europe, auraient pu &#234;tre utilis&#233;s &#224; bien d'autres t&#226;ches, comme chiens de trait notamment, &#171; mais les hommes d'ici ne leur ont pas impos&#233; les diff&#233;rents services dont ils sont capables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un touriste anglais, T. Wild, qui au d&#233;but du 20e si&#232;cle s'est rendu &#224; Constantinople &#224; bord de l'Orient-Express, d&#233;bute son &#171; &lt;i&gt;Photograms of an Eastern Trip&lt;/i&gt; &#187; par trois vues de Bruxelles donnant &#224; voir des chiens musel&#233;s tirant d'imposantes charrettes &#8211; pratique bannie &#224; Londres, mais courante ailleurs, y compris en temps de guerre. Gaston des Godins de Souhesmes, citant le Dr Mavroy&#233;ni selon lequel les chiens des rues sont intelligents, dociles, industrieux, sociables, perfectibles, capables de rendre de nombreux services, s'&#233;tonne que &#171; l'arm&#233;e turque n'ait pas eu l'id&#233;e de les utiliser en les dressant &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaston des Godins de Souhesmes, Turcs et Levantins, p. 346.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_351 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture5-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture5-2.png' width='500' height='1446' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T. Wild, Grande Rue de P&#233;ra, 1900-1910. L'h&#244;pital fran&#231;ais (&#224; droite), l'actuel consulat de France&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une th&#232;se de doctorat, &lt;i&gt;Le chien de Constantinople. Son utilisation comme chien de guerre et sanitaire dans l'arm&#233;e turque&lt;/i&gt;, soutenue &#224; Paris, en 1932, par le capitaine Hikmet Chakir, le laisserait entendre. Le titre s'av&#232;re toutefois largement mensonger et les explications contradictoires. Au chapitre, &#171; Le chien dans l'arm&#233;e turque &#187;, il est &#233;crit que durant la Premi&#232;re Guerre mondiale, &#224; la fronti&#232;re russe principalement (jury de th&#232;se oblige), le chien aurait servi &#224; la fois &#224; rechercher les bless&#233;s et &#224; d&#233;masquer les espions. Tout aussi incoh&#233;rente, l'all&#233;gation selon laquelle, durant la guerre turco-grecque de 1919, les chiens de Constantinople auraient suivi silencieusement l'ennemi pour mieux l'attaquer, sans le moindre grognement. Plus s&#233;rieusement, dix ans plus tard, nomm&#233; v&#233;t&#233;rinaire du 5e corps d'arm&#233;e &#224; Konya, Hikmet Chakir &#233;crit avoir cr&#233;&#233; un petit chenil au dressage et r&#233;dig&#233; l'ann&#233;e suivante un modeste ouvrage, &#171; unique dans l'arm&#233;e turque &#187;, &lt;i&gt;Harp ve Sihhye K&#246;pekleri&lt;/i&gt;. Du chien de Constantinople en tant que tel, il est tr&#232;s peu question, si ce n'est au sujet de son origine suppos&#233;e (d'Asie centrale affirme le capitaine Chakir) et concernant sa proposition de cr&#233;er en Turquie une soci&#233;t&#233; de zootechnie afin d'am&#233;liorer la race, d'en faire un chien de guerre performant, &#224; partir de croisement avec des bergers allemands. Sa conclusion se passe de commentaire : &#171; Aujourd'hui, dans l'arm&#233;e turque, l'organisation du chien de guerre n'existe que th&#233;oriquement. Je peux m&#234;me affirmer que les essais de dressage tent&#233;s par quelques officiers cynophiles ne sont que des travaux rudimentaires, qui ne re&#231;oivent aucun encouragement. L'ignorance, de la part des d&#233;tracteurs, est assez grave &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#232;se de doctorat &#224; l'Ecole v&#233;t&#233;rinaire d'Alfort soutenue &#224; Paris en 1932 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Hygi&#232;ne et salubrit&#233; publique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'autre m&#233;decin, dont on pourrait s'&#233;tonner qu'il se soit int&#233;ress&#233; aux chiens des rues en dehors de ses travaux sur la rage, est le docteur Paul Remlinger. En 1910, il publie dans la revue &lt;i&gt;L'hygi&#232;ne g&#233;n&#233;rale et appliqu&#233;e&lt;/i&gt; un article intitul&#233; &#171; La D&#233;canisation de Constantinople &#187; &#8211; mot forg&#233; &#224; partir de d&#233;ratisation auquel il octroie une majuscule. En guise d'introduction, le Dr Remlinger, comme le Dr Mavroy&#233;ni deux d&#233;cennies plus t&#244;t, minimise le danger de la rage. Ces observations sont &#224; prendre au s&#233;rieux, le spectre de la rage ayant &#233;t&#233; brandi en Europe pour pr&#233;cipiter l'extermination de chiens errants ou jug&#233;s ind&#233;sirables. Un adage fran&#231;ais exprime d'ailleurs ce raccourci aussi pratique qu'efficace : &#171; Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage &#187;. Pour expliquer &#171; le curieux paradoxe &#187; que constitue la raret&#233; de cette maladie dans la capitale ottomane, Remlinger, excluant toute forme d'immunit&#233;, avance l'argument de m&#339;urs particuli&#232;res, c'est-&#224;-dire d'une stricte r&#233;partition en groupes distincts et d'un &#171; instinct subtil &#187; portant ces chiens &#224; fuir l'animal atteint de la maladie, formant autour de lui &#171; un v&#233;ritable cordon sanitaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_352 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture6-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture6-2.png' width='470' height='1347' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voyageurs europ&#233;ens au port de Karak&#246;y et chiens dans une rue de Galata&lt;br class='autobr' /&gt; Photographies prises lors d'une croisi&#232;re en M&#233;diterran&#233;e, f&#233;vrier-avril 1910&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue hygi&#233;nique, Remlinger attribue aux chiens qui &#171; infestent &#187; les rues trois m&#233;faits : les kystes hydatique (maladie parasitaire due aux &#339;ufs de t&#233;nia), la tuberculose (des phtisiques jetant &#224; la voirie des restes que les chiens engloutissent) et la gale (infection cutan&#233;e mal d&#233;termin&#233;e). Outre ces maladies transmissibles &#224; l'homme, il reproche aux chiens d'&#234;tre un obstacle permanent &#224; la propret&#233; de la ville, de souiller la chauss&#233;e de restes d'ordures m&#233;nag&#232;res et d'excr&#233;ments charg&#233;s de parasites divers. Pour faire &#171; &#339;uvre de salubrit&#233; publique &#187;, Remlinger rejette des proc&#233;d&#233;s d&#233;j&#224; employ&#233;s ou planifi&#233;s tels que l'empoisonnement &#224; la strychnine, la d&#233;portation au large de la ville, la destruction des port&#233;es ou encore la castration des m&#226;les. Compte tenu de &#171; l'extr&#234;me indigence des finances municipales &#187;, il d&#233;fend un projet rentable, le plus discret possible compte tenu de l'attitude hostile d'une partie de la population, surtout des &#171; classes pauvres que des croyances conduisent &#224; prot&#233;ger l'animal faible et sans d&#233;fense &#187;. Aussi en vient-il &#224; proposer de donner, apr&#232;s adjudication, la &#171; d&#233;canisation &#187; &#224; un concessionnaire qui proc&#233;derait de la mani&#232;re suivante : les chiens, captur&#233;s &#224; la nuit tomb&#233;e, seraient exp&#233;di&#233;s dans des clos d'&#233;quarrissage r&#233;partis en une dizaine de points, &#224; la p&#233;riph&#233;rie de la ville, chacun comprenant une chambre reli&#233;e &#224; la canalisation du gaz de ville et des ateliers de d&#233;p&#232;cement. Avec une moyenne de cent chiens &#233;radiqu&#233;s par jour, en l'espace de deux mois, la d&#233;canisation serait achev&#233; et celle-ci rapporterait &#224; la municipalit&#233; un b&#233;n&#233;fice avoisinant les 250.000 francs. Son projet lui semble tellement performant, que Remlinger conclut son article en proposant de &#171; l'&#233;tendre aux autres villes de l'Empire ottoman qui, toutes, poss&#232;dent leur contingent de chiens errants &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Relminger, &#171; La D&#233;canisation &#224; Constantinople &#187;, L'Hygi&#232;ne g&#233;n&#233;rale et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chambres &#224; gaz et recyclage des cadavres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que Paul Remlinger, plus de deux d&#233;cennies plus tard, ait d&#233;fendu son projet, le jugeant &#171; moins barbare &#187; que l'extermination au large d'Istanbul, laisse pour le moins perplexe. Mais voil&#224;, ce dernier n'avait rien invent&#233;. Comme le souligne Scott Christianson dans son ouvrage sur les chambres &#224; gaz dans les prisons am&#233;ricaines, il semble difficile de concevoir, apr&#232;s les camps d'extermination nazis, que ce proc&#233;d&#233; ait d&#233;but&#233; sous forme de &#171; &lt;i&gt;grand but practical utopian idea&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Scott Christianson, The Last Gasp. The Rise and Fall of the American Gas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les bienfaits du gaz con&#231;us comme symbole de modernit&#233;, ses vertus d&#233;sinfectantes vant&#233;es par les services d'hygi&#232;ne. En France, d'o&#249; &#233;tait originaire le Dr Remlinger, un premier prototype de chambre d'asphyxie est pr&#233;sent&#233; &#224; l'Exposition Universelle de 1878, &#224; la demande de la Soci&#233;t&#233; Protectrice des Animaux. Son objectif : mettre fin &#224; l'abattage de chiens errants par des m&#233;thodes aussi &#171; barbares &#187; que la noyade et la pendaison, de cesser de recourir aux coups de massue et &#224; l'assommement &#224; la machette, fendant la bo&#238;te cr&#226;nienne, &#171; provoquant une mort brusque et sans douleur, mais un peu sanglante &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Martel, L'industrie de l'&#233;quarrissage, Paris : Denot, 1912, p. 25.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Louis Andrieux, pr&#233;fet de police &#224; Paris de 1879 &#224; 1881, pr&#233;c&#233;demment cit&#233;, se f&#233;licite dans ses m&#233;moires d'un proc&#233;d&#233; mis au point par un m&#233;decin, membre du conseil d'hygi&#232;ne, afin &#171; d'&#233;liminer les &#234;tres nuisibles dont la soci&#233;t&#233; est forc&#233;e de requ&#233;rir le tr&#233;pas &#187;. Le proc&#233;d&#233; en question est une caisse &#224; barreaux, mont&#233;e sur roue et roulant sur rails, o&#249; les chiens, enferm&#233;s par trente ou quarante &#224; la fois, sont conduits dans une chambre herm&#233;tiquement ferm&#233;e, remplie de gaz, provoquant une agonie estim&#233;e &#224; 10 ou 15 minutes. Louis Andrieux est tellement convaincu de l'efficacit&#233; du proc&#233;d&#233; dans &#171; la douceur du tr&#233;pas &#187; qu'il propose d'en faire &#171; profiter les bip&#232;des &#187; dont &#171; la destruction est n&#233;cessaire &#187;. Au nom de la compassion, d'un souci d'adoucir les derniers instants, &#171; pourquoi ne pas remplacer la guillotine par l'anesth&#233;sie ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Andrieux, Souvenirs d'un pr&#233;fet de police, p. 309-310. Louis Andrieux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que l'administration p&#233;nitentiaire am&#233;ricaine mettra en &#339;uvre, d&#232;s 1924, et ce jusqu'en 1999, en brandissant des arguments similaires : euthanasie indolore (&lt;i&gt;painless euthanasia&lt;/i&gt;), mieux et plus performant que les horribles pendaisons et la chaise &#233;lectrique (&lt;i&gt;better than the gruesome hanging and the electric chair&lt;/i&gt;). L&#224; encore, les chiens et les chats errants ont pr&#233;c&#233;d&#233; les &#234;tres humains, l'&lt;i&gt;Animal Rescue League de Boston&lt;/i&gt; ayant innov&#233;, en 1912, en introduisant les cages &#224; &#233;lectrocution : &#171; &lt;i&gt;absolutely nothing repulsive about it, unaccompagnied by any fear and pain&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;animals perfectly confortable&lt;/i&gt; &#187; ! Pour preuve, c'est bien connu, le recours au sacro-saint rapport d'experts : &#171; &lt;i&gt;the apparatus tested by many scientific and professional men has received their unquailed approval&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1912, 23 000 chats et 5 454 chiens y sont tu&#233;s dans des cages &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; En Angleterre, les exterminations de chiens errants au gaz ont d&#233;but&#233; en 1884, &#224; l'association &lt;i&gt;Dogs' Home&lt;/i&gt;, pour laquelle Benjamin Ward Richardson (1828-1896), pionnier de l'anesth&#233;siologie, mit au point une chambre &#224; gaz (&lt;i&gt;lethal chamber&lt;/i&gt;) afin d'&#233;liminer &#171; humainement &#187; (&lt;i&gt;humanly&lt;/i&gt;) et sans &#171; douleur &#187; (&lt;i&gt;painless&lt;/i&gt;) des animaux &#171; inf&#233;rieurs &#187; (&lt;i&gt;lower animals&lt;/i&gt;). Pr&#233;cisons que cet &#233;minent m&#233;decin britannique, qui occupa la premi&#232;re chaire d'hygi&#232;ne publique, se r&#233;clamait d'Edwin Chadwick (1800-1890), dont il avait suivi les travaux sur la situation sanitaire de la population ouvri&#232;re, et que Chadwick se r&#233;clamait quant &#224; lui du philosophe et r&#233;formateur Jeremy Bentham (1748-1832), l'auteur de cette phrase c&#233;l&#232;bre sur les animaux : &#171; La question n'est pas peuvent-il penser et peuvent-ils parler ? Mais peuvent-ils souffrir ? &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jeremy Bentham, An Introduction to the Principle of Morals and Legislation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette filiation peut expliquer l'int&#233;r&#234;t de Ward Richardson pour la mise &#224; mort d'animaux errants, ainsi que pour celle d'animaux dans les abattoirs. Toujours est-il que m&#234;me pav&#233;e des meilleures intentions, son invention a encourag&#233; une mise &#224; mort industrielle, ce dont il ne s'est d'ailleurs pas cach&#233;, fournissant le chiffre de 200 &#224; 250 chiens errants ou abandonn&#233;s tu&#233;s par semaine, et expliquant lors d'une conf&#233;rence s'efforcer de mettre au point des &#171; &lt;i&gt;substances cheapest, more adaptable, more certain in action to carry out lethal death on the large scale&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In 1884, Benjamin Ward Richardson delivered a lecture to London's Society of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_353 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture7-2.png' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dogs' Home &#224; Battersea, Ilustrated London News, 2 janvier 1886&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition du Dr Remlinger de tirer b&#233;n&#233;fice des cadavres n'avait &#233;galement rien d'in&#233;dite. Le &lt;i&gt;Dogs' Home&lt;/i&gt; de Battersea &#233;tait dot&#233; d'un four cr&#233;matoire, mais les fourri&#232;res fran&#231;aises se montr&#232;rent plus pragmatiques en recourant &#224; l'&#233;quarrissage, surtout apr&#232;s 1880-1890, quand l'hippophagie, tabou dans les pays anglo-saxons, s'est d&#233;velopp&#233;e et que les chiens ont fait office de &#171; nouveaux clients &#187;. Il fallait aussi &#171; rentabiliser l'industrialisation des proc&#233;d&#233;s, avec la mise au point d'appareils st&#233;rilisateurs et dessiccateurs, d'autoclaves cuisant puis dess&#233;chant les cadavres afin de fabriquer des engrais, ou bien des viandes dess&#233;ch&#233;es &#224; destination de porcs, volailles, chiens, bien avant nos farines animales &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eric Baratay, &#8220;Chacun jette son chien. De la fin de vie au 19e si&#232;cle &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En 1911, peut-on lire dans un ouvrage tr&#232;s d&#233;taill&#233; sur l'abattage des chiens dans diverses villes d'Europe, le prix d'achat d'un cadavre &#224; la fourri&#232;re &#233;tait de 0,50 &#224; 1 franc pi&#232;ce, soit beaucoup moins que la valeur marchande estim&#233;e par le Dr Remlinger, 3 ou 4 francs.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Martel, L'industrie de l'&#233;quarrissage, p. 59.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il faut dire que ce dernier entendait tirer profit de sa peau, ses poils, ses os, sa graisse, mais &#233;galement de ses mati&#232;res albumino&#239;des et de ses intestins !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand les chiens d&#233;fraient la chronique, 1909-1910&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps avant l'extermination des chiens d'Istanbul sur l'&#238;lot d'Oxia (Sivriada), des bruits ont circul&#233; dans la presse sur les profits que pouvaient engendrer l'op&#233;ration. Une chanson a m&#234;me &#233;t&#233; compos&#233;e, jouant sur le rapprochement entre &#171; chien &#187; et &#171; autrichien &#187;, publi&#233;e dans le journal satirique &lt;i&gt;Kalem&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Para&#238;t qu'pour boucler son budget&lt;br class='autobr' /&gt;
La municipalit&#233; a fait l'projet&lt;br class='autobr' /&gt;
De ramasser tous les cabots&lt;br class='autobr' /&gt;
Et de les vendre pour &#8230; leur peau&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;&#8230;..&lt;br class='autobr' /&gt;
On nous apprend que l'acheteur&lt;br class='autobr' /&gt;
Arrive d'Autriche, ce qui prouve sans erreur&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'on est tromp&#233; par les siens&lt;br class='autobr' /&gt;
Car l'acheteur est un Autr'chien !!!&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chanson Rosse (alayl&#305; &#351;ark&#305;s&#305;) d'Henri Yan, &#171; La question des chiens &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un missionnaire, P. Colomban, qui enseignait &#224; Istanbul, rapporte que &#171; d&#232;s 1909, plusieurs projets furent pr&#233;sent&#233;s, plus beaux les uns que les autres, des &#233;trangers proposant m&#234;me d'acheter les chiens pour les transformer en je ne sais quels produits chimiques &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Colomban, &#171; Les chiens de Constantinople &#187;, Missions des Augustins de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Lors de l'extermination au large d'Istanbul, un correspondant de l'agence Reuter, qui pr&#233;tend s'&#234;tre rendu sur place, n'h&#233;site pas &#224; affirmer dans un journal australien qu'un &#171; Fran&#231;ais y a install&#233; une usine pour extraire les os et les exporter avec les peaux en Europe &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Suffering dogs. The canine exiles from Constantinople &#187;, The Advisor, 3 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Un journaliste local confirme et pr&#233;cise que &#171; l'exploitation de ce modeste fran&#231;ais ne fut gu&#232;re rentable &#187;, en raison des frais de combustibles et du transport difficile par ces temps de chol&#233;ra.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;lio, &#171; Les chiens d'Oxia &#187;, The Levant Herald &amp; Eastern Express, 15 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Oxia/Sivriada n'est pas &#171; &lt;i&gt;a well-wooded little island, picturesquely situated&lt;/i&gt; &#187;, comme l'ont pr&#233;tendu des correspondants &#233;trangers, mais un simple rocher escarp&#233;, sans v&#233;g&#233;tation, qui a abrit&#233; un monast&#232;re &#8211; le byzantiniste Raymond Janin s'est d'ailleurs &#233;tonn&#233; qu'il y ait eu possibilit&#233; pour des hommes de vivre dans un lieu aussi hostile.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raymond Janin, &#171; Les &#238;les des Princes &#187;, &#201;cho d'Orient, octobre d&#233;cembre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle entreprise de recyclage a-t-elle exist&#233; ? C'est peu probable, compte tenu du lieu excentr&#233;, et plus encore de l'aval n&#233;cessaire des autorit&#233;s. L'exp&#233;rience de Remlinger le prouve, son projet d'&#233;radication rejet&#233; par le conseil d'hygi&#232;ne au pr&#233;texte qu'il aurait pu r&#233;clamer 10% des b&#233;n&#233;fices. En revanche, qu'un &#233;tranger ait eu l'id&#233;e de tirer profit de l'h&#233;catombe n'est pas exclu. En France, lors de l'instauration d'une taxe sur le chien, le nombre de cadavres avait &#233;t&#233; tel (les propri&#233;taires se d&#233;barrassant de leur animal pour ne pas payer l'imp&#244;t ou par crainte de port&#233;e) que les m&#233;gisseries s'&#233;taient reconverties en gants en peau de chien. Et d'apr&#232;s le Dr Remlinger, toujours attentif &#224; l'aspect &#233;conomique : &#171; Chaque ann&#233;e, Constantinople exporte dans la seule Am&#233;rique, pour les besoins de l'industrie ganti&#232;re, 12 000 sacs d'excr&#233;ments de 60 kilos chacun, les 100 kilos pay&#233;s 35 francs. Pr&#232;s d'un millier de personnes, ramasseurs et grossistes, vivent &#224; Constantinople de ce petit commerce. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dr P. Remlinger, &#171; La D&#233;canisation &#224; Constantinople &#187;, p. 155, et &#171; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Une destination aussi lointaine que l'Am&#233;rique laisse songeur et si la collecte de crottes de chien existait bel et bien en Europe, les excr&#233;ments vendus &#224; des tanneurs qui les utilisaient dans des bains afin d'assouplir et de blanchir les peaux, il est &#233;tonnant qu'une activit&#233; si pittoresque, et &#224; tel point r&#233;pandue aux dires de Remlinger, n'ait fait l'objet d'aucune photographie &#224; Istanbul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le qualificatif turc &#171; &lt;i&gt;ba&#351;&#305;bo&#351;&lt;/i&gt; &#187; (libre, ind&#233;pendant, n'en faisant qu'&#224; sa t&#234;te) appliqu&#233; aux chiens des rues comme aux d&#233;munis, a fortiori aux sans-abri, participe &#224; la folklorisation d'une existence con&#231;ue aux antipodes &#171; d'une vie de chien &#187;. Concernant les mendiants, Mavroy&#233;ni a pr&#233;tendu qu'&#224; l'instar des chiens, ils menaient une &#171; vie de boh&#232;me &#187;, vivaient de &#171; la charit&#233; publique qui pourvoyait largement &#224; leur besoin, sans les humilier &#187;. Pourtant, de nombreux chiens &#233;taient affam&#233;s, comme le prouvent &#171; les corps &#233;trangers, bouts de pierre, bois et brique &#187; que le Dr Remlinger &#233;crit avoir r&#233;guli&#232;rement trouv&#233; dans leur estomac lors d'autopsies. De plus, la mendicit&#233; et le vagabondage constituaient pour le sultan Abd&#252;lhamid une menace potentielle &#224; l'ordre public, ainsi qu'une atteinte &#224; l'image &#171; moderne &#187; de l'Empire qu'il s'effor&#231;ait de montrer au monde ext&#233;rieur. &#192; titre d'exemple, un article du journal &lt;i&gt;Sabah&lt;/i&gt;, d&#233;plorant des photographies de mendiants prises par des touristes sur le pont de Galata, a conduit le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur &#224; s'atteler au probl&#232;me.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Dilenci Kalkt&#305;&#8221;, Sabah, n&#176;10787, 19 d&#233;cembre 1907, article cit&#233; et comment&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_354 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture8-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture8-2.png' width='458' height='1086' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anonyme, Mendiants et chien sur le pont de Galata&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Le mus&#233;e des horreurs &#187;, d&#233;but 20e si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s leur arriv&#233;e au pouvoir, les Jeunes Turcs ont syst&#233;matis&#233; le contr&#244;le et la r&#233;pression de ces cat&#233;gories sociales en promulguant, d&#232;s le printemps 1909, apr&#232;s d'&#226;pres d&#233;bats au Parlement, une &#171; loi sur les vagabonds et les criminels potentiels &#187; (&lt;i&gt;Serseri ve mazanne-i s&#251;'olan e&#351;h&#226;s hakk&#305;nda kan&#251;n&lt;/i&gt;).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;No&#233;mi L&#233;vy-Aksu, Ordre et d&#233;sordre dans l'Istanbul ottomane, Paris : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette volont&#233; politique de surveiller et de r&#233;primer des individus &#171; &#224; risque &#187;, dont les activit&#233;s &#233;taient jug&#233;es suspectes et/ou obsol&#232;tes, allait bien entendu de pair avec des pr&#233;occupations d'ordre et d'hygi&#232;ne. Il s'agissait d'assainir les rues de la ville, d'instaurer la s&#233;curit&#233; et de veiller au respect des bonnes m&#339;urs en renfor&#231;ant la lutte contre les &#171; d&#233;viants &#187; et &#171; les mauvais pauvres &#187; (vagabonds, &#171; paresseux imp&#233;nitents &#187;, qui aggravaient leur cas en mendiant). Il suffit de lire la presse de l'&#233;poque pour constater combien des individus, souvent regroup&#233;s en corporation, ne cessaient d'&#234;tre stigmatis&#233;s : portefaix (&lt;i&gt;hamal&lt;/i&gt;), pompiers volontaires (&lt;i&gt;tulumbac&#305;&lt;/i&gt;), veilleurs de nuit (&lt;i&gt;bek&#231;i&lt;/i&gt;) qualifi&#233;s de &#171; tapageurs &#187;, associ&#233;s aux chiens, les uns comme les autres coupables de d&#233;sordres urbains auxquels l'Etat et la municipalit&#233; &#233;taient appel&#233;s &#224; rem&#233;dier.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les bek&#231;i tapageurs &#187;, Stamboul, 7 septembre 1908. Repr&#233;sentatif de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ces hommes, ainsi que les gardiens (&lt;i&gt;kap&#305;c&#305;&lt;/i&gt;) qui en fin de journ&#233;e ramassaient les ordures m&#233;nag&#232;res dans des bo&#238;tes en fer-blanc (&lt;i&gt;teneke&lt;/i&gt;) dont le contenu &#233;tait d&#233;vers&#233; sur le pav&#233;, ou encore les bouchers, dont les &#233;tals se dressaient sur des march&#233;s, &#233;taient ceux qui c&#244;toyaient le plus les chiens et connaissaient le mieux leur mode de vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_355 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture9-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture9-2.png' width='497' height='966' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Boucher en plein air, fin 19e si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'avait signal&#233; &#224; demi-mots Mavroy&#233;ni, les chiens &#233;taient persona non grata &#224; P&#233;ra, quartier qui se voulait mod&#232;le en mati&#232;re d'urbanisme et d'hygi&#232;ne, mais o&#249; les d&#233;chets &#233;taient cependant plus nombreux qu'ailleurs en raison d'immeubles &#224; &#233;tages. Un article publi&#233; dans &lt;i&gt;The Levant Herald &amp; Eastern Express&lt;/i&gt;, sign&#233; par un certain Jon Pip&#233;ra, est repr&#233;sentatif de l'opinion qui pr&#233;valait dans le centre-ville europ&#233;en. Le pr&#233;texte &#224; ce billet d'humeur aurait &#233;t&#233; la rencontre avec un chien horriblement galeux, devant Galatasaray. En abr&#233;geant les souffrances de &#171; cette pourriture ambulante &#187;, avance le journaliste, ne ferait-on pas une &#171; &#339;uvre m&#233;ritoire &#187;, et plus encore une &#171; &#339;uvre d'assainissement &#187; ? Puisqu'il est d&#233;fendu d'y toucher, poursuit-il, pourquoi ne pas cr&#233;er une administration charg&#233;e de prendre soin d'eux, &#171; ils en ont bigrement besoin &#187;, et pourquoi pas un h&#244;pital pour chiens ?! Mais tr&#234;ve de plaisanterie, cette &#171; Causerie canine &#187; vise &#224; alerter l'Etat et la municipalit&#233; sur l'urgence, au nom de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et de la sant&#233; publique, de faire dispara&#238;tre &#171; ces bandes de chiens efflanqu&#233;s, pel&#233;s et rabougris &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jon Pip&#233;ra, &#171; Causerie canine &#187;, The Levant Herald &amp; Eastern Express, 16 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les mois qui suivront, ce v&#339;u sera exauc&#233;, et le sombre &#233;pisode de &#171; l'exil &#187; des chiens (pour reprendre un euph&#233;misme largement r&#233;pandu) ne manquera pas d'&#234;tre &#171; immortalis&#233; &#187;. Contrairement &#224; l'all&#233;gation du Dr Remlinger d'apr&#232;s lequel &#171; personne n'osa fixer ces sc&#232;nes d'horreur par la photographie &#187;, les images furent nombreuses, diffus&#233;es par le biais de cartes postales comme dans la presse. La photographie la plus souvent reproduite est celle sign&#233;e Jean Weinberg, qui para&#238;t dans le journal &lt;i&gt;L'Illustration&lt;/i&gt; le 16 juillet 1910, similaire aux photographies publi&#233;es un mois plus t&#244;t dans la revue &lt;i&gt;Servet-i F&#252;nun&lt;/i&gt; (Le Tr&#233;sor des arts) et le 23 juillet dans &lt;i&gt;The Illustrated London News&lt;/i&gt; en illustration d'un article intitul&#233;, &#8220;&lt;i&gt;A veritable isle of dogs : a canine devil's island&lt;/i&gt;&#8221;. Tous ces clich&#233;s ont &#233;t&#233; pris au tout d&#233;but de la d&#233;portation, les trois articles mentionnant deux hommes (visibles sur certaines images) charg&#233;s de puiser de l'eau dans un puits et de distribuer &#171; une maigre pitance vers laquelle les chiens se ruent avec avidit&#233;, au point que les gardiens doivent les &#233;carter &#224; coups de b&#226;tons &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les chiens de Constantinople condamn&#233;s &#224; la rel&#233;gation par les Jeunes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Nous ne savons pas qui avait &#233;t&#233; recrut&#233; pour une t&#226;che aussi p&#233;rilleuse, mais vraisemblablement s'agissait-il de la m&#234;me cat&#233;gorie d'hommes &#224; laquelle avait &#233;t&#233; confi&#233;e la sale besogne de capturer les chiens : individus &#171; appartenant &#224; la lie de la population &#187; selon le Dr Remlinger, &#171; vagabonds, boh&#233;miens et bandits &#187; aux dires de Pierre Loti, &#171; brutes sordides, terribles Kurdes &#224; t&#234;te d'&#233;gorgeurs &#187; d'apr&#232;s le caricaturiste Sem.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Loti, Supr&#234;mes visions d'Orient, Paris : Calmann L&#233;vy, 1921, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_356 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture10-2.png' width='444' height='696' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Carte postale, &#171; L'exil des chiens de Constantinople &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse &#233;trang&#232;re r&#233;v&#232;le, sans grande surprise, que ce n'est pas tant l'&#233;radication des chiens qui posait probl&#232;me que le proc&#233;d&#233; choisi par les autorit&#233;s jeunes-turques, lesquelles ne l'avaient toutefois pas invent&#233;, mais qui pass&#232;rent &#224; l'acte. De la part d'adeptes du positivisme, dont le pouvoir n'&#233;tait plus d'essence religieuse, il ne fallait gu&#232;re s'attendre &#224; des &#233;tats d'&#226;me concernant la souffrance inflig&#233;e &#224; l'animal, ni &#224; pr&#234;ter une oreille attentive aux musulmans brandissant le spectre d'un ch&#226;timent divin.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet le pamphlet d'Abdullah Cedvet, Istanbul'da K&#246;pekler, Egypt : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pour faire place nette, les autorit&#233;s all&#232;rent au plus simple et au plus press&#233;, laissant un temps entendre que les chiens &#233;taient nourris au frais de l'Etat. Des Europ&#233;ens se sont charg&#233;s de d&#233;mentir cette version, le plus connu d'entre eux &#233;tant le caricaturiste Sem, de son vrai nom Georges Goursat, qui s'est rendu sur place le 12 juillet 1910 et dont l'article, &#171; Les chiens d'Oxia &#187;, parut le 15 octobre dans &lt;i&gt;The Levant Herald &amp; Eastern Express&lt;/i&gt;. Cet article sera r&#233;&#233;dit&#233; dans un recueil de textes, avec de l&#233;g&#232;res modifications et des dessins, Sem comparant &#171; l'&#238;le aux chiens &#187; &#224; &#171; une sorte de Stromboli vomissant des plaintes et des r&#226;les &#187;, vision cauchemardesque qui, une dizaine d'ann&#233;es plus tard, lui soulevait encore le c&#339;ur.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une citation compl&#232;te, Catherine Pinguet, Les chiens d'Istanbul, Bleu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_357 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture11-2.png' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sem, &#171; L'&#238;le aux chiens &#187;, La Ronde de nuit, 1923&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;The Illustrated London News&lt;/i&gt;, les r&#233;criminations ont d&#233;but&#233; avant la d&#233;portation, lors du parcage des chiens aux portes de la ville, comme l'atteste la l&#233;gende d'une photographie : &#171; &lt;i&gt;A canine enclosure on the Byzantine walls of Constantinople where 600 dogs&lt;/i&gt; (2 5000 chiens au total selon l'article) &lt;i&gt;are piled into a space of 40 feet square for 3 weeks, which led to scenes of incredible suffering among the animals&lt;/i&gt; &#187;. Le journaliste &#233;crit esp&#233;rer &#171; &lt;i&gt;that some more human method may be found than that which has been first adopted&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;The Scavanger-dogs of Constantinople and their cruel fate&#8221;, The Illustrated (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Plus explicite encore, un article intitul&#233; &#171; Les parias de Constantinople &#187;, avec pour sous-titre, &#171; Une nation sans piti&#233; &#187;, d&#233;non&#231;ant &#171; une ignoble boucherie, indigne d'un peuple civilis&#233; &#187;. Le journaliste reconna&#238;t qu'un &#171; sacrifice s'imposait, comme toute ville moderne, la capitale ottomane aspirait &#224; la propret&#233; et &#224; la nettet&#233; de ses rues &#187;. Mais, interroge-t-il, &#171; plut&#244;t que d'exposer ces chiens aux affres de la faim et aux atrocit&#233;s de la mis&#232;re sur un &#238;lot d&#233;sert, n'e&#251;t-il pas &#233;t&#233; pr&#233;f&#233;rable de les faire mourir sans souffrance ? La science moderne est riche en moyens rapides &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eug&#232;ne Beylier, &#171; Les parias de Constantinople &#187;, Le Journal des voyages, 13 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_358 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture12-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture12-2.png' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Grande Rue de Pera, carte postale avec message manuscrit&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; R&#233;cemment disparus &#187;, 6 ao&#251;t 1910&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un journaliste local n'entend pas s'embarrasser de ce type de consid&#233;ration. Il f&#233;licite chaleureusement la municipalit&#233;, &#171; press&#233;e par les plaintes des habitants, dont les journaux s'&#233;taient fait les interpr&#232;tes &#187;, d'avoir ordonn&#233; le transport des chiens &#224; Oxia, puis leur h&#233;catombe. Sa r&#233;pulsion pour ces cr&#233;atures est telle qu'il pousse la mauvaise foi jusqu'&#224; pr&#233;tendre que les chiens ont d&#233;daign&#233; le pain, pr&#233;f&#233;rant s'entred&#233;vorer ! &#171; Ces malheureux qui ont int&#233;ress&#233; le monde entier ont termin&#233; leur existence &#224; la mani&#232;re d'un drame &#187; poursuit-il, raillant &#171; les quelques sentimentalistes &#187; qui ont cont&#233; les souffrances des &#171; exil&#233;s &#187;, sous-entendu des individus que la sensiblerie conduit &#224; n&#233;gliger les lois &#233;l&#233;mentaires d'hygi&#232;ne publique et le bien-fond&#233; des tendances progressistes du nouveau r&#233;gime.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;lio, &#171; Les chiens d'Oxia &#187;, p. 367-68.&#034; id=&#034;nh2-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'exp&#233;rience de l'&#238;lot d&#233;sert ne fut toutefois pas renouvel&#233;e, malgr&#233; le manque d'effet escompt&#233;. Le Dr Cemil Pacha, &#233;lu maire d'Istanbul en 1912, mentionne dans ses m&#233;moires la pr&#233;sence d'environ 30 000 chiens lors de sa prise de fonction. Et il n'est pas peu fier d'assurer qu'ils ont &#233;t&#233; progressivement &#233;limin&#233;s, sans pr&#233;ciser le proc&#233;d&#233; adopt&#233;, et que dans la foul&#233;e, les mendiants ramass&#233;s ont &#233;t&#233; conduits &#224; &lt;i&gt;D&#226;r&#252;laceze&lt;/i&gt; (Maison des pauvres), fond&#233;e en 1896 pour lutter contre la mendicit&#233; dans la capitale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dr Cemil Topuzlu, 80 Y&#305;ll&#305;k H&#226;t&#305;ralar&#305;m, Istanbul : G&#252;ven, 1951, p. 121.&#034; id=&#034;nh2-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est &#233;galement en 1912 qu'est cr&#233;&#233;e la premi&#232;re Soci&#233;t&#233; Protectrices des Animaux (&lt;i&gt;Istanbul Him&#226;ye-i Hayv&#226;n&#226;t Cemiyeti&lt;/i&gt;), comptant parmi ses membres honorifiques Tevfik Bey, qui avait pr&#233;c&#233;d&#233; Cemil Pacha &#224; la t&#234;te de la municipalit&#233;, et qui s'&#233;tait f&#233;licit&#233; de l'extermination des chiens au large d'Istanbul. Son adh&#233;sion prouve qu'&#224; l'instar de la protection animale &#224; travers le monde, celle-ci n'est pas int&#233;grale, mais s&#233;lective (des souffrances animales suscitent des r&#233;actions, d'autres pas). En d'autres termes, tous les animaux ne sont pas log&#233;s &#224; la m&#234;me enseigne, y compris au sein d'une m&#234;me esp&#232;ce, et les chiens en sont la meilleure illustration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Flashback sur &#171; ces braves chiens &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vingt-deux ans apr&#232;s son article, &#171; La D&#233;canisation &#224; Constantinople &#187;, le Dr Remlinger, dor&#233;navant en poste &#224; l'Institut Pasteur de Tanger, revient tr&#232;s longuement sur le dossier &#171; chiens des rues &#187; dans la revue &lt;i&gt;Mercure de France&lt;/i&gt;. Il brosse dor&#233;navant de ces derniers un portrait tr&#232;s flatteur, vantant leur solidarit&#233;, leur intelligence, leur respect de la propri&#233;t&#233; humaine, un amour maternel &#224; toute &#233;preuve, les stratag&#232;mes d&#233;ploy&#233;s pour tisser des liens avec certaines personnes, y compris des marques de sympathie ne passant pas n&#233;cessairement par une r&#233;compense (nourriture, caresse). Remlinger reconna&#238;t bien avoir quelques centaines de cadavres sur la conscience, besoins de la recherche obligent, et pr&#233;cise avoir toujours pris soin de pr&#233;lever ses &#171; sujets d'exp&#233;rience &#187; loin de l'institut antirabique, afin d'&#233;viter tout litige avec certains habitants. Ce qui semble relever de l'aberration, et plus encore de la schizophr&#233;nie, n'a rien d'in&#233;dit, comme le souligne l'&#233;thologue Marc Bekoff t&#233;moignant de l'attitude de scientifiques qui, en dehors de leurs travaux, peuvent attribuer volontiers aux animaux des facult&#233;s et des &#233;motions qu'ils refuseront syst&#233;matiquement &#224; ces m&#234;mes cr&#233;atures sit&#244;t franchies les portes de leur laboratoire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marc Bekoff, Minding Animals. Awareness, Emotions and Heart, New York : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Tel est le cas du Dr Remlinger, qui se laisse m&#234;me aller &#224; un anthropomorphisme d&#233;mesur&#233;, ne se contentant pas d'observer que les chiens ont leur propre langage (aboiements porteurs de signaux distinctifs), mais transcrivant un long dialogue canin ! Il faut dire qu'il s'adressait dor&#233;navant, non plus &#224; des hygi&#233;nistes, mais aux lecteurs d'une revue litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des estimations ont &#233;t&#233; avanc&#233;es sur le nombre de chiens peuplant les rues de la capitale ottomane en 1910. Remlinger, se basant sur le taux de mortalit&#233; quotidienne enregistr&#233; par les services municipaux, avance le chiffre de 60 000 et 80 000. Il omet toutefois de pr&#233;ciser qu'Istanbul &#233;tait une m&#233;tropole de pr&#232;s d'un million d'habitants, en pleine croissance d&#233;mographique, seulement d&#233;pass&#233;e par Londres, Paris, P&#233;kin et Calcutta. Tous les chiens n'ont pu &#234;tre captur&#233;s car alert&#233;s par leurs cong&#233;n&#232;res, ils se sont d&#233;fendus, enfuis ou cach&#233;s, aid&#233;s dans certains cas par les habitants. Le missionnaire assomptionniste, P. Colomban, rapporte qu'il y eut de v&#233;ritables bagarres, notamment vers Sainte-Sophie o&#249; la foule ouvrit les cages et rendit la libert&#233; aux chiens. Remlinger mentionne l'imam d'une petite mosqu&#233;e de P&#233;ra conduit &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; au commissariat de Galatasaray. Pierre Loti cite en exemple son ami, le capitaine Tewfik Bey, qui d&#233;sarma les attrapeurs, les jeta hors de sa caserne, acte de r&#233;bellion qui aurait permis aux &#171; braves b&#234;tes &#187; d'avoir la vie sauve, mais qui lui aurait valu un mois de prison. &lt;br class='autobr' /&gt;
On a dit et r&#233;p&#233;t&#233;, y compris dans la presse satirique, que des hommes s'opposaient &#224; la capture des chiens par crainte de perdre de pr&#233;cieux gardiens et des auxiliaires dans le nettoiement de la voirie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la presse satirique ottomane, voir Palmira Brummet, &#171; Dogs, Crime, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette conception simplificatrice de la relation homme/animal passe sous silence le poids des croyances : tuer une b&#234;te inoffensive &#233;tait con&#231;u comme un p&#233;ch&#233;, une atteinte &#224; la Cr&#233;ation. Il faut &#233;galement tenir compte d'un rejet des autorit&#233;s, dont la l&#233;gitimit&#233; &#233;tait bien souvent contest&#233;e, qui s'arrogeaient le droit de condamner des cr&#233;atures sans d&#233;fense et famili&#232;res auxquelles des habitants attribuaient des noms. Or, nommer l'animal revient &#224; l'individualiser, &#224; favoriser des interactions plus ou moins d&#233;velopp&#233;es (nourriture, soin, attachement r&#233;ciproque). Des &#233;thologues en ont fait les frais, parmi lesquels la c&#233;l&#232;bre primatologue Jane Goodall, s'&#233;tonnant au d&#233;but de sa carri&#232;re que &#171; &lt;i&gt; naming animals and describing their personnality was taboo in science&lt;/i&gt; &#187;. Malgr&#233; les critiques de coll&#232;gues, elle a continu&#233; &#224; nommer les chimpanz&#233;s &#233;tudi&#233;s et a refus&#233; de dire &#171; &lt;i&gt;it&lt;/i&gt; &#187;, au lieu de &#171; &lt;i&gt;she&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;he&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jane Goodall, Reasons for Hope, cit&#233;e par Marc Bekoff, Minding Animals, p. 46.&#034; id=&#034;nh2-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_359 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture13-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture13-2.png' width='500' height='814' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Chienne d'histoire&lt;/i&gt;, court m&#233;trage d'animation de&lt;br class='autobr' /&gt;
Serge Av&#233;dikian. Peintre : Thomas Azuelos&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1906, t&#233;moin d'empoisonnements massifs &#224; P&#233;ra, Remlinger rapporte que les personnes qui firent preuve d'une v&#233;ritable empathie &#233;taient de pauvres gens, des cafetiers ambulants, des &lt;i&gt;hamals&lt;/i&gt;, qui s'efforc&#232;rent de faire ingurgiter aux chiens du yaourt, &#224; titre d'antipoison, malgr&#233; des morsures, l'animal ne comprenant pas qu'on tentait de lui porter secours. Le poison en question, la strychnine, agit en t&#233;tanisant les muscles, puis s'attaque rapidement &#224; la moelle et aux nerfs moteurs, provoquant de violentes douleurs, des convulsions et la mort. Moins d'un si&#232;cle plus tard, cette &#171; bonne vieille m&#233;thode &#187; &#233;tait toujours employ&#233;e par la municipalit&#233;. Sa derni&#232;re utilisation &#224; grande &#233;chelle, toujours &#224; Beyo&#287;lu, date de 1996, peu avant le sommet mondial des villes, Habitat II, quand les gamins des rues furent &#233;galement somm&#233;s de quitter le secteur, les r&#233;calcitrants ramass&#233;s par des policiers, conduits dans les faubourgs recul&#233;s ou dans des villes de province.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre anecdote rapport&#233;e par Remlinger a trait au stratag&#232;me d'un gardien (&lt;i&gt;kap&#305;c&#305;&lt;/i&gt;) pour mettre fin aux hostilit&#233;s des chiens du quartier vis-&#224;-vis d'une cong&#233;n&#232;re avec propri&#233;taire qui ne pouvait sortir sans &#234;tre violemment attaqu&#233;e. L'id&#233;e consista &#224; rassembler chaque soir les &lt;i&gt;teneke&lt;/i&gt;, &#224; faire sortir la chienne, et &#224; ensuite seulement vider le contenu sur le trottoir. L'effet escompt&#233;, couronn&#233; de succ&#232;s, est un bel exemple d'interaction astucieuse entre l'homme et l'animal. Des scientifiques auront beau jeu de pr&#233;tendre que ce brave gardien n'y connaissait rien, mais contrairement &#224; eux, il c&#244;toyait les chiens au quotidien, ne les observaient pas en situation de compl&#232;te soumission, ni ne r&#233;duisait leur comportement &#224; une simple m&#233;canique. Nous sommes donc tr&#232;s loin des fameux chiens d'Ivan Pavlov, prix Nobel de m&#233;decine en 1904, qui ont donn&#233; lieu &#224; l'expression &#171; chien de Pavlov &#187;, prototype de l'imb&#233;cile conditionn&#233;, incapable de discernement, ne r&#233;agissant que par &#171; instinct &#187; (notion pratique pour nier toute intelligence &#224; l'animal).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une cr&#233;ature hybride ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Encore &#224; l'heure actuelle, rares sont les &#233;tudes consacr&#233;es aux chiens des rues. Cette absence peut s'expliquer par le fait qu'ils ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme domestiques, les interactions avec l'homme ne passant pas par le dressage ni par la propri&#233;t&#233;. Dans un m&#234;me temps, il ne s'agit pas de chiens sauvages, ni de chiens marrons (&lt;i&gt;feral dogs&lt;/i&gt;), et dans bien des cas, pas m&#234;me de chiens errants (&lt;i&gt;stray dogs&lt;/i&gt;). Malgr&#233; la terminologie qui pr&#233;vaut dans les textes juridiques comme dans le registre de la protection animale, les chiens errants ne sauraient &#234;tre confondus avec ceux des rues. Ces derniers, qui tissent des liens avec certains habitants dont ils d&#233;pendent, restent rattach&#233;s &#224; un ancrage pr&#233;cis (une rue, une place, un p&#226;t&#233; de maison, un parc). A l'inverse, les premiers fuient l'homme et chassent volontiers, vivant sur des &#233;tendus p&#233;riph&#233;riques plus vastes et souvent difficiles &#224; d&#233;limiter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces distinctions apparaissent dans les travaux d'une &#233;quipe de biologistes russes qui &#233;tudient depuis une vingtaine d'ann&#233;es 30 000 chiens qui vivent en meutes autonomes dans les rues de Moscou. D'apr&#232;s leurs observations, chaque meute a une organisation qui lui est propre, et pour accentuer la difficult&#233; d'op&#233;rer des g&#233;n&#233;ralisations trop simples, aucun de ces chiens n'a la m&#234;me vie qu'un autre. Certains sont occasionnellement nourris par des humains &#224; qui ils rendent certains services (gardien de parking par exemple) ou parce qu'ils savent se positionner de fa&#231;on astucieuse (comme ceux qui se posent au milieu du flux de voyageurs dans le m&#233;tro et qui attendent tranquillement d'&#234;tre nourris) alors que d'autres fuient tout contact avec l'homme, en particulier ceux qui vivent dans les friches industrielles. Un chien trop stupide ne survit pas longtemps dans un milieu aussi hostile : il passe vite sous une voiture, se fait capturer ou meurt de froid. Un chien agressif se fait rep&#233;rer et tuer. La sociabilit&#233; de ces chiens atteint parfois une complexit&#233; &#233;tonnante, qu'ils entretiennent &#224; travers un jeu d'attitude d'une incroyable diversit&#233;. Le dominant de chaque meute est loin d'&#234;tre toujours un m&#226;le, des femelles montrant r&#233;guli&#232;rement les qualit&#233;s d'intelligences requises pour vivre dans un milieu aussi complexe.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexandre Bourtine, &#171; Ma vie de chien errant &#224; Moscou &#187;, initialement paru (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les &#233;crits sur les chiens d'Istanbul, le dominant est invariablement pr&#233;sent&#233; comme le plus fort, le plus valeureux, baptis&#233; Capitaine Pacha quel que soit le quartier. En r&#233;alit&#233;, cette soi-disant pr&#233;dominance du m&#226;le doit beaucoup &#224; une conception patriarcale de la soci&#233;t&#233; ainsi qu'&#224; une conception de la survie bas&#233;e sur la loi du plus fort. Des &#233;tudes en &#233;thologie, sur le terrain et sur le long terme, ont toutefois d&#233;montr&#233; que la coop&#233;ration et l'entraide peut l'emporter sur le combat. Le premier scientifique &#224; avoir exprim&#233; cette th&#232;se, dans un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Mutual Aid&lt;/i&gt;, &#233;tait un r&#233;volutionnaire anarchiste russe, Piotr Kropotkine (1842-1921). Cette th&#233;orie, dans un contexte favorable au darwinisme social, a t&#244;t fait d'&#234;tre rel&#233;gu&#233;e aux oubliettes de l'histoire naturelle, son auteur longtemps pr&#233;sent&#233; comme &#171; un de ces penseurs sots et n&#233;buleux &#187;, qui aurait laiss&#233; ses esp&#233;rances personnelles et son projet social s'introduire dans la rigueur de l'analyse&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stephan Jay Gould, &#171; Kropotkine n'&#233;tait pas cinoque &#187;, La Foire aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chiennes de vies &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les chiens des rues d'Istanbul, contrairement &#224; ce que pr&#233;voyait Paul Remlinger aux d&#233;buts des ann&#233;es 1930, n'ont pas fini dans des collections de zoos. L'&#233;radication, spectaculaire et hautement symbolique de 1910, d&#233;montre qu'en l'absence de juridiction sur l'errance canine en milieu urbain, elle &#233;tait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Le mod&#232;le europ&#233;en avait ses limites, et tel est toujours le cas &#224; l'heure actuelle. Dans les pays anglo-saxons o&#249; les d&#233;bats sur la lib&#233;ration animale et le droit des animaux sont plus anciens et mieux r&#233;pandus qu'ailleurs, des militants d&#233;noncent r&#233;guli&#232;rement les mauvais traitements inflig&#233;s aux chiens des rues en Turquie. Ces activistes, qui recourent aux p&#233;titions en ligne, devraient toutefois veiller &#224; mieux formuler leurs accusations qui, mal document&#233;es, risquent de discr&#233;diter la l&#233;gitimit&#233; de leur cause. Autrement dit, ne pas omettre qu'&#224; partir du moment o&#249; les autorit&#233;s turques adopteront des lois sur les chiens errants, telles qu'elles pr&#233;valent en Occident depuis un si&#232;cle et demi, ces cr&#233;atures dispara&#238;tront du paysage urbain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la m&#233;gapole qu'est devenue Istanbul, o&#249; l'automobiliste est roi, o&#249; urbanistes et promoteurs immobiliers ont la folie des grandeurs, on peut se demander si les chiens des rues sont appel&#233;s &#224; dispara&#238;tre. R&#233;volu le temps o&#249; tuer une b&#234;te inoffensive &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un p&#233;ch&#233;, une atteinte &#224; la Cr&#233;ation ; l'islam r&#233;formiste et politique a d&#233;sacralis&#233; l'animal, au m&#234;me titre que la nature, la protection due &#224; l'un comme &#224; l'autre &#233;tant intimement li&#233;e. Les rares espaces verts des centres villes sont menac&#233;s, tout comme les for&#234;ts de Belgrade et de Beykoz o&#249; des municipalit&#233;s abandonnent &#224; leur sort des chiens des rues st&#233;rilis&#233;s. Il serait tentant et pratique de voir dans cette rel&#233;gation d'un nouveau genre un retour de l'animal &#224; son &#171; habitat naturel &#187; (&lt;i&gt;do&#287;al hayat&lt;/i&gt;), mais il va de soi qu'il n'en est rien. Les seules chances de survie de ces chiens, que des chasseurs prennent volontiers pour cible, d&#233;pendent de responsables de chenils, d'associations et de b&#233;n&#233;voles qui leur portent secours et nourriture. Dans cette lointaine p&#233;riph&#233;rie, comme en ville, la protection de ces chiens rel&#232;ve d'un travail &#224; plein temps, voire d'un combat quotidien, doubl&#233; dans certains cas d'un v&#233;ritable sacerdoce. La t&#226;che est d'autant plus ardue qu'&#224; ces cohortes de chiens des rues viennent s'ajouter, dans des proportions in&#233;dites compte tenu de l'engouement relativement r&#233;cent pour les chiens de compagnie, ceux que les ma&#238;tres abandonnent. En t&#234;te des &#171; heureux &#233;lus &#187;, qui font le bonheur d'&#233;leveurs et de pet shops, mais engendrent d&#233;ception chez certains acheteurs d&#232;s lors que l'adorable petite boule de poils devient adulte : le golden retriever, r&#233;guli&#232;rement pr&#233;sent&#233; comme &#171; la cr&#232;me des chiens &#187;. Ce dernier, soit dit en passant, est un animal r&#233;put&#233; sociable et &#233;quilibr&#233;, qui a fait ses preuves comme guide et compagnon d'aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_360 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture14-2.png' width='500' height='758' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ta&#351;kafa (Pigheaded) and his friends in Galata&lt;br class='autobr' /&gt; Catherine Pinguet (phot.) 2008&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des chiens les plus c&#233;l&#232;bres du centre-ville europ&#233;en, qui a donn&#233; son nom au documentaire d'Andrea Luka Zimmerman, &lt;i&gt;Ta&#351;kafa&lt;/i&gt; (T&#234;te de mule) &lt;i&gt;Stories of Street&lt;/i&gt;, avait &#233;lu domicile au pied de la tour de Galata o&#249;, peu apr&#232;s sa mort, une sculpture de chien a &#233;t&#233; &#233;rig&#233;e. Cette statue peut passer pour un hommage, mais on peut aussi y voir un signe de mauvais augure, surtout sachant qu'un si&#232;cle plus t&#244;t, on parlait d&#233;j&#224; d'animaux &#171; historiques &#187;, ou pire encore de cr&#233;atures &#171; anachroniques &#187;. Le documentaire est ponctu&#233; par la voix de John Berger lisant des extraits de son &#171; roman des rues &#187; (&lt;i&gt;A Street Story&lt;/i&gt;), &lt;i&gt;King&lt;/i&gt;, nom du chien qui raconte 24 heures de la vie de ses compagnons d'infortune, ma&#238;tres et amis rel&#233;gu&#233;s au fond d'un terrain vague, au milieu des d&#233;chets abandonn&#233;s par la soci&#233;t&#233; de consommation. En 1999, la publication de &lt;i&gt;King&lt;/i&gt; a co&#239;ncid&#233; avec celle de &lt;i&gt;Tombouctou&lt;/i&gt; de Paul Auster, r&#233;cit d'un b&#226;tard errant dans les rues de Baltimore, ville o&#249; a &#233;t&#233; men&#233;e une des rares &#233;tudes consacr&#233;e &#224; l'errance canine, &lt;i&gt;The Ecology of Stray Dogs &#8211; A Study of Free-Ranging Urban Animals&lt;/i&gt;. Son auteur, Alan M. Beck, avait constat&#233; que le plus grand nombre de chiens vivaient dans les quartiers pauvres, qui dans leur grande majorit&#233; se trouvaient &#234;tre des quartiers noirs, o&#249; les chiens &#233;taient mieux tol&#233;r&#233;s qu'ailleurs.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus d'informations sur cette &#233;tude d'Alan M. Beck, Catherine Pinguet, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais inutile de dire que depuis cette &#233;tude, publi&#233;e dans les ann&#233;es 1970, ces quartiers ont chang&#233; de couleur et de statut social, que les chiens ont disparu comme les taudis et les anciennes friches industrielles o&#249; ils avaient trouv&#233; refuge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, et tel est le propos de John Berger, les chiens des rues sont de retour dans nos &#171; belles &#187; villes europ&#233;ennes, avec une ampleur in&#233;gal&#233;e, sillonnant les rues aux c&#244;t&#233;s d'hommes et de femmes marginalis&#233;s, partageant un dur quotidien fait de mis&#232;res et de discriminations. Pour les sans-abri, l'animal est le compagnon, le confident, une source de chaleur, symbolique et r&#233;elle, une b&#233;quille sociale, une mani&#232;re de sortir de l'anonymat du bitume (des passants, surtout ceux poss&#233;dant un animal de compagnie, enclins &#224; l'empathie). Alors qu'on pourrait imaginer ces chiens efflanqu&#233;s, maladifs, pleins de puces, ils sont au contraire le plus souvent vigoureux, &#233;quilibr&#233;s, et surtout extr&#234;mement autonomes, devant s'adapter en permanence au milieu urbain et jouissant d'une grande libert&#233; d'action au sein de leur environnement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christophe Blanchard, sociologue qui a &#233;tudi&#233; les liens entre de jeunes SDF (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais qu'&#224; cela ne tienne, de &#171; braves gens &#187; ne manquent pas de s'offusquer : &#171; pourquoi avoir un chien, alors que sans toit ni emploi on est incapable de subvenir &#224; ses propres besoins ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand on aborde la question de l'errance, mieux vaut tenir pour suspecte la position doloriste qui consiste &#224; s'apitoyer sur le sort du pauvre animal car, &#224; l'instar de ce qui guette son ma&#238;tre, une telle attitude tend plut&#244;t &#224; renforcer la stigmatisation, l'exclusion, avec son lot de mesures coercitives. Pour conf&#233;rer dignit&#233; aux &#171; parias &#187; canins comme humains, John Berger se garde bien de tomber dans le mis&#233;rabilisme. Il incite &#224; un geste simple, nettement moins courant qu'on ne le croit : se poser et regarder. Un regard qui peut &#233;galement transcender l'&#234;tre humain, &#224; quoi invite son recueil de textes, &lt;i&gt;Why look at Animals ?&lt;/i&gt; Et pourquoi tant de consid&#233;rations pour l'animal interrogeront certains, sempiternel reproche adress&#233; &#224; ceux qui prennent la question animale au s&#233;rieux, lieu commun que les amis et d&#233;fenseurs des chiens des rues d'Istanbul ne connaissent que trop bien. La r&#233;ponse, pour reprendre la formule du h&#233;ros d'un roman de Romain Gary, &lt;i&gt;Les Racines du ciel&lt;/i&gt;, dans sa lutte pour les &#233;l&#233;phants d'Afrique : &#171; parce que leur libert&#233; est le gage de la mienne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Catherine PINGUET&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mert Sandalc&#305;, &lt;i&gt;The Postcards of Max Fruchtermann&lt;/i&gt;, Istanbul : Ko&#231;bank, 3 vols, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edmond Neukomm, &#171; Les capitales de l'Europe. Constantinople &#187;, &lt;i&gt;Journal des voyages&lt;/i&gt;, n&#176;267, 12 janvier 1902.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Andrieux, &lt;i&gt;Souvenirs d'un pr&#233;fet de police&lt;/i&gt;, Paris : Jules Rouff &amp; Cie, vol. 2, 1885, p. 90-91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Camille Allard, &lt;i&gt;Souvenirs d'Orient. Les &#233;chelles du Levant&lt;/i&gt;, Paris : Adrien Le Clere &amp; Cie, C. Dillet, 1864, p. 248 et 250.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple Fr&#233;d&#233;ric Lacroix, auteur du premier guide fran&#231;ais, cite parmi les inconv&#233;nients qui &#171; auront pour le voyageur le piquant de la nouveaut&#233;, les chiens, qui pullulent dans tous les quartiers &#187;. &lt;i&gt;Guide du voyageur &#224; Constantinople et dans ses environs&lt;/i&gt;, Paris : Bellizard, Dufour &amp; Cie, 1839, p. XI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Catherine Pinguet, &#171; Bat&#305;l&#305; Kilmli&#287;inin Olu&#351;turulmas&#305;nda &#214;teki'nin Sergilenmesi : Insanat Bah&#231;esi ve U&#287;rad&#305;&#287;&#305; De&#287;i&#351;imler &#187;, &lt;i&gt;Cogito&lt;/i&gt;, Istanbul : Yap&#305; Kredi, say&#305; 44-45, K&#305;&#351; 2006, p. 73-103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dr. P. Remlinger, &#171; Les chiens de Constantinople. Leur vie, leur mort &#187;, &lt;i&gt;Mercure de France&lt;/i&gt;, n&#176;25, juillet 1932, p. 25. Paul Remlinger se moque &#171; d'un des membres les plus distingu&#233;s de la colonie anglaise, Mr Whittol &#187; (sic), Whittal, ainsi que de &#171; certains touristes &#224; qui il faut absolument qu'une chose en rappelle une autre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul de R&#233;gla, &lt;i&gt;Les Bas-fonds de Constantinople&lt;/i&gt;, Paris : Tresse &amp; Stock, 1892, p. 188.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gaston des Godins de Souhesmes, &#171; Les chiens des rues &#187;, &lt;i&gt;Turcs et Levantins&lt;/i&gt;, Paris : V. Havard, 1896, p. 339. En 1887, il a fond&#233; l'&#233;ph&#233;m&#232;re &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de Constantinople&lt;/i&gt; et en 1891 publi&#233; un &lt;i&gt;Guide de Constantinople et ses environs&lt;/i&gt;, A. Zellich Fils.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mark Twain, &lt;i&gt;The Innocents Abroad or The New Pilgrims' Progress&lt;/i&gt;, San Francisco : Hartford, American Publisher Company, 1869, p. 871-872.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Remlinger, &lt;i&gt;D&#233;buts et tribulations de l'Institut Antirabique de Constantinople&lt;/i&gt; (Comment j'ai &#233;t&#233; forc&#233; de me sp&#233;cialiser dans l'&#233;tude de la rage), tir&#233; &#224; part de 32 pages publi&#233; en 1934.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spyridon Mavroy&#233;ni, &lt;i&gt;Les Chiens errants de Constantinople&lt;/i&gt;, Paris : Jean Maisonneuve, 1902.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'int&#233;r&#234;t pour les pathologies canines et les moyens d'y rem&#233;dier n'ont d&#233;but&#233; que durant l'entre-deux-guerres, pour devenir r&#233;ellement performants dans les ann&#233;es 1950-60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ch. Delmas, &lt;i&gt;L'hygi&#232;ne publique &#224; Constantinople. Assainissement des habitations et de la voie publique&lt;/i&gt;, Constantinople : Zellich, 1890, p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gaston des Godins de Souhesmes, &lt;i&gt;Turcs et Levantins&lt;/i&gt;, p. 346.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Th&#232;se de doctorat &#224; l'Ecole v&#233;t&#233;rinaire d'Alfort soutenue &#224; Paris en 1932 par le capitaine Hikmet Chakir, Paris : Vigot Fr&#232;res, 1932, 46 pages, conclusion p. 41-42. A l'occasion du centenaire de la Premi&#232;re Guerre mondiale, de remarquables ouvrages ont &#233;t&#233; publi&#233;s sur le lourd tribut pay&#233; par les animaux (chevaux, chiens, pigeons) durant le conflit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Relminger, &#171; La D&#233;canisation &#224; Constantinople &#187;, &lt;i&gt;L'Hygi&#232;ne g&#233;n&#233;rale et appliqu&#233;e&lt;/i&gt;, Paris : Octave Doin &amp; Fils, 1910, p. 153-157.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Scott Christianson, &lt;i&gt;The Last Gasp. The Rise and Fall of the American Gas Chamber&lt;/i&gt;, Berkeley &#8211; Los Angeles &#8211; London : University of California Press, 2010, p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Martel, &lt;i&gt;L'industrie de l'&#233;quarrissage&lt;/i&gt;, Paris : Denot, 1912, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Andrieux, &lt;i&gt;Souvenirs d'un pr&#233;fet de police&lt;/i&gt;, p. 309-310. Louis Andrieux &#233;tait le p&#232;re naturel du po&#232;te et romancier Louis Aragon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 1912, 23 000 chats et 5 454 chiens y sont tu&#233;s dans des cages &#224; &#233;lectrocution. Voir l'article &#233;difiant et consternant de W. F. Morse, illustr&#233; de photographies, &#171; The Humane and Sanitary Disposal of Superfluous Animal Life &#187;, &lt;i&gt;The American Journal of Public Health&lt;/i&gt;, 1913, p. 1226-1234.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jeremy Bentham, &lt;i&gt;An Introduction to the Principle of Morals and Legislation&lt;/i&gt;, J.H. Burns &amp; H.L.A. Hart, Athlone Press, University of London, 1970, p. 282-83&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In 1884, Benjamin Ward Richardson delivered a lecture to London's Society of Arts entitled &#171; On the Painless Extinction of Life of the Lower Animals&#8221;, abstracts published in &lt;i&gt;Popular Science Monthly&lt;/i&gt;, vol. 26, March 1885, p. 641-652.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eric Baratay, &#8220;Chacun jette son chien. De la fin de vie au 19e si&#232;cle &#187;, &lt;i&gt;Romantisme&lt;/i&gt;, n&#176;153, 2011, p. 161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Martel, &lt;i&gt;L'industrie de l'&#233;quarrissage&lt;/i&gt;, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chanson Rosse (&lt;i&gt;alayl&#305; &#351;ark&#305;s&#305;&lt;/i&gt;) d'Henri Yan, &#171; La question des chiens &#187; (&lt;i&gt;k&#246;pekler sorumu&lt;/i&gt;), &lt;i&gt;Kalem&lt;/i&gt;, 29 Mayis 1909, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Colomban, &#171; Les chiens de Constantinople &#187;, &lt;i&gt;Missions des Augustins de l'Assomption&lt;/i&gt;, n&#176;173, septembre 1910, p. 141.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Suffering dogs. The canine exiles from Constantinople &#187;, The Advisor, 3 October 1910, p. 5. (&lt;i&gt;An industry has been started on the island by a Frenchman, who skins and boiled the dead carcasses, both, skins and bones being exported in Europe&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;lio, &#171; Les chiens d'Oxia &#187;, &lt;i&gt;The Levant Herald &amp; Eastern Express&lt;/i&gt;, 15 octobre 1910, p. 367-68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raymond Janin, &#171; Les &#238;les des Princes &#187;, &lt;i&gt;&#201;cho d'Orient&lt;/i&gt;, octobre d&#233;cembre 1924, p. 435.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dr P. Remlinger, &#171; La D&#233;canisation &#224; Constantinople &#187;, p. 155, et &#171; Les chiens de Constantinople. Leur vie, leur mort &#187;, p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Dilenci Kalkt&#305;&#8221;, Sabah, n&#176;10787, 19 d&#233;cembre 1907, article cit&#233; et comment&#233; par Nadir &#214;zbek, &#171; &#8220;Beggars&#8221; and &#8220;Vagrants&#8221; in Ottoman State Policy and Public Discourse, 1876-1914 &#187;, &lt;i&gt;Middle Eastern Studies&lt;/i&gt;, vol. 45, n&#176;5, September 2009, p. 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;No&#233;mi L&#233;vy-Aksu, &lt;i&gt;Ordre et d&#233;sordre dans l'Istanbul ottomane&lt;/i&gt;, Paris : Khartala, 2013, p. 184-189.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les bek&#231;i tapageurs &#187;, &lt;i&gt;Stamboul&lt;/i&gt;, 7 septembre 1908. Repr&#233;sentatif de l'association hygi&#232;ne et police des m&#339;urs, un article publi&#233; dans Stamboul, le 23 ao&#251;t 1896, r&#233;clamant le rejet des maisons closes de Galata aux barri&#232;res de la ville. Dans &lt;i&gt;The Levant Herald&lt;/i&gt;, &#171; Edilit&#233;, F&#305;nd&#305;kl&#305; &#187;, le 10 octobre 1910, v&#339;u de transformer ce cloaque (peupl&#233; pour les trois quarts de pauvres) en un quartier le plus luxueux et le plus sain de P&#233;ra.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jon Pip&#233;ra, &#171; Causerie canine &#187;, &lt;i&gt;The Levant Herald &amp; Eastern Express&lt;/i&gt;, 16 avril 1910, p. 140.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les chiens de Constantinople condamn&#233;s &#224; la rel&#233;gation par les Jeunes Turcs &#187;, &lt;i&gt;L'Illustration&lt;/i&gt;, 16 juillet 1910, p. 45. Article sign&#233; Karabatak (Cormoran) publi&#233; dans Servet-i F&#252;nun le 17 juin 1910, cit&#233; par &#220;mit Sinan Top&#231;uo&#287;lu, &lt;i&gt;Istanbul ve Sokak K&#246;pekleri&lt;/i&gt;, Istanbul : Sepya, 2010, p. 62-65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Loti, &lt;i&gt;Supr&#234;mes visions d'Orient&lt;/i&gt;, Paris : Calmann L&#233;vy, 1921, p. 20-21. Sem, &#8220;L'&#238;le aux chiens&#8221;, La Ronde de nuit, Paris : Arth&#232;mes Fayard, 1923, p. 50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet le pamphlet d'Abdullah Cedvet, &lt;i&gt;Istanbul'da K&#246;pekler&lt;/i&gt;, Egypt : Matbaa-i Ictihad, 1909 [en ottoman].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une citation compl&#232;te, Catherine Pinguet, &lt;i&gt;Les chiens d'Istanbul&lt;/i&gt;, Bleu Autour, Saint-Pour&#231;ain-sur-Sioule, 2008, p. 17-18 ou encore le documentaire de Serge Av&#233;dikian, &lt;i&gt;Histoire de chiens&lt;/i&gt;, Sacre Bleu production, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;The Scavanger-dogs of Constantinople and their cruel fate&#8221;, &lt;i&gt;The Illustrated London News&lt;/i&gt;, 9 July 1910, p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eug&#232;ne Beylier, &#171; Les parias de Constantinople &#187;, &lt;i&gt;Le Journal des voyages&lt;/i&gt;, 13 novembre 1910, p. 411-412.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;lio, &#171; Les chiens d'Oxia &#187;, p. 367-68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dr Cemil Topuzlu, &lt;i&gt;80 Y&#305;ll&#305;k H&#226;t&#305;ralar&#305;m&lt;/i&gt;, Istanbul : G&#252;ven, 1951, p. 121.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marc Bekoff, &lt;i&gt;Minding Animals. Awareness, Emotions and Heart&lt;/i&gt;, New York : Oxford University Press, 2002, p. 47-49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la presse satirique ottomane, voir Palmira Brummet, &#171; Dogs, Crime, Women, cholera, and Other Menaces in the Streets &#187;, &lt;i&gt;Image and Imperialism in the Ottoman Revolutionary Press&lt;/i&gt;, 1908-1911, Albany : State University of New York Press, 2000, p. 259-287.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jane Goodall, &lt;i&gt;Reasons for Hope&lt;/i&gt;, cit&#233;e par Marc Bekoff, &lt;i&gt;Minding Animals&lt;/i&gt;, p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alexandre Bourtine, &#171; Ma vie de chien errant &#224; Moscou &#187;, initialement paru dans la revue &lt;i&gt;Ogoniok&lt;/i&gt;, traduit en fran&#231;ais dans &lt;i&gt;Courrier International&lt;/i&gt;, n&#176;786, 24-30 novembre 2005, pp. 56-57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stephan Jay Gould, &#171; Kropotkine n'&#233;tait pas cinoque &#187;, &lt;i&gt;La Foire aux dinosaures &#8211; R&#233;flexions sur l'histoire naturelle&lt;/i&gt;, Le Seuil, Paris, 1993, p. 403-422.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus d'informations sur cette &#233;tude d'Alan M. Beck, Catherine Pinguet, &lt;i&gt;Les chiens d'Istanbul&lt;/i&gt;, p. 179-185.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christophe Blanchard, sociologue qui a &#233;tudi&#233; les liens entre de jeunes SDF et leurs chiens, &lt;i&gt;Les ma&#238;tres expliqu&#233;s &#224; leurs chiens&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, coll. &#171; Zones &#187;, 2014, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#8220;Animal toi-m&#234;me !&#8221;</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=644</link>
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		<dc:date>2017-12-24T11:46:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>


		<dc:subject>violence</dc:subject>
		<dc:subject>biopolitique</dc:subject>
		<dc:subject>animal</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; 1- Il me semble que l'une des raisons pour lesquelles on est aujourd'hui, de mani&#232;re croissante, port&#233; &#224; revenir vers l'animal ou l'animalit&#233;, &#224; red&#233;couvrir l'animal en nous-m&#234;mes, &#224; tenter de r&#233;tablir des continuit&#233;s interrompues ou d&#233;ni&#233;es entre domaine humain et domaine animal, est la suivante : nous sommes les contemporains de l'effondrement successif ou simultan&#233; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=88" rel="tag"&gt;biopolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=98" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1- Il me semble que l'une des raisons pour lesquelles on est aujourd'hui, de mani&#232;re croissante, port&#233; &#224; revenir vers l'animal ou l'animalit&#233;, &#224; red&#233;couvrir l'animal en nous-m&#234;mes, &#224; tenter de r&#233;tablir des continuit&#233;s interrompues ou d&#233;ni&#233;es entre domaine humain et domaine animal, est la suivante : nous sommes les contemporains de l'effondrement successif ou simultan&#233; de l'ensemble de ces grands projets, certains proprement modernes et d'autres imm&#233;moriaux, en Occident du moins, dont le propre &#233;tait d'&#234;tre fond&#233;s sur ce qu'on pourrait appeler la pr&#233;somption du purement humain, exclusivement humain et donc d'exclure l'animalit&#233; ou bien de la r&#233;duire &#224; un r&#244;le subalterne, marginal, instrumental. J'ai ici en t&#234;te aussi bien des projets de forme religieuse dans lesquels tout se joue dans la relation entre Dieu et sa cr&#233;ature humaine, des projets dont l'&#233;l&#233;ment ou le milieu privil&#233;gi&#233; est l'Histoire &#224; laquelle, par d&#233;finition, les animaux n'ont gu&#232;re de part, de projets qui ont eu leur heure de gloire au XX&#176; si&#232;cle et qui, sans m&#234;me s'en rendre compte, confessent un anthropocentrisme aussi massif qu'exclusif comme l'&lt;i&gt;humanisme&lt;/i&gt; dans toutes ses versions &#8211; chr&#233;tienne, marxiste, satrienne, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que tous ces grands projets con&#231;us &#224; l'&#233;chelle de la civilisation soient, &#224; des titres divers, en ruine aujourd'hui, je crois qu'il n'est pas n&#233;cessaire de gloser longuement &#224; ce sujet aujourd'hui. Ce qu'ils ont en commun, je le r&#233;p&#232;te, avec toute leur diversit&#233;, c'est, dans leur constitution globale anthropo- et g&#233;n&#233;ralement occidentalo-centrique, d'exclure l'animal comme partenaire &#224; part enti&#232;re, de l'inclure comme moyen voire mat&#233;riau et jamais comme fin, ceci pour ne pas mentionner le motif de l'&#233;galit&#233; en valeur et en dignit&#233; (entre humains et animaux). Tous ces grands projets ont en commun d'avoir prosp&#233;r&#233; sur la coupure entre humanit&#233; et animalit&#233; et l'affirmation de la sup&#233;riorit&#233; et donc du droit &#224; la domination de la premi&#232;re sur la seconde. C'est l&#224; un d&#233;finition comme une autre du sp&#233;cisme anthropocentrique. Certains, comme Philippe Descola, envisagent cette coupure dans le contexte plus vaste de l'opposition entre culture et nature, telle qu'elle lui appara&#238;t comme l'un des mauvais plis caract&#233;ristiques de la modernit&#233; europ&#233;enne ou occidentale. Je n'aurai pas le temps d'entrer dans la discussion de cette th&#232;se tr&#232;s g&#233;n&#233;rale, je me contenterai de relever, pour soutenir mon hypoth&#232;se de d&#233;part, que lorsque le paradigme qui s'est impos&#233; au XX&#176; si&#232;cle, pour le meilleur et surtout le pire, celui de l'Histoire majuscule tend non seulement &#224; s'efface mais &#224; se volatiliser au profit d'un autre, qui n'est pas tant celui de la nature que de l'environnement comme milieu fondamental de la vie des humains, il va alors de soi que l&#224; o&#249; deviennent flous et &#233;vanescents des objets aussi massifs et &#233;vidents, dans l'&#233;poque du tout-Histoire, que la lutte des classes, la r&#233;volution, la dictature du prol&#233;tariat ou l'amour de la patrie, d'autres nous reviennent comme objets de notre souci alors que nous tendons &#224; nous reterritorialiser dans l'environnement &#8211; et parmi ceux-ci, en premier lieu, ce qui peuple celui-ci, l'air que nous respirons, les rivi&#232;res et les mers que nous polluons, les for&#234;ts que nous endommageons &#8211; et, &lt;i&gt;last but not least&lt;/i&gt;, les animaux, nos proches, que nous choyons quand nous ne les exterminons pas, industriellement, ou sous la forme d'effets secondaires de ce que nous appelons &#171; d&#233;veloppement &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Permettez-moi d'insister sur ce point : ce n'est pas parce que nous serions devenus plus &#233;clair&#233;s, plus sensibles, mieux instruits (par des sciences relativement nouvelles comme l'&#233;thologie) que nous nous tournons aujourd'hui vers les animaux avec une curiosit&#233; et une sollicitude nouvelles, que nous r&#233;&#233;valuons nos attitudes et conduites &#224; leur &#233;gard, toutes cat&#233;gories animales confondues. C'est bien, en premier lieu, parce que nos pr&#233;somptions ou, comme le dit l'&#233;thologue Frans de Waal notre arrogance proprement humaine et qui prosp&#233;raient depuis si longtemps sur la fracture intellectuellement construite et soigneusement entretenue entre humanit&#233; et animalit&#233; ont c&#233;d&#233; la place &#224; toutes sortes de sensations inqui&#232;tes, voire de pressentiments cr&#233;pusculaires qui nous portent &#224; nous replier sur des positions infiniment moins conqu&#233;rantes que celles qui pr&#233;valaient encore au si&#232;cle dernier, des positions o&#249;, notamment, la protection du vivant et l'immunisation des esp&#232;ces qui le composent occupent une place centrale. Et l&#224; encore, fatalement, nous allons retrouver l'animal ou bien &#234;tre port&#233;s &#224; red&#233;finir notre propre condition comme celle de vivants parmi d'autres vivants, plut&#244;t qu'&#224; tout mise sur la suppos&#233;e exceptionnalit&#233; humaine... Il convient donc pour moi de se d&#233;tourner r&#233;solument d'une interpr&#233;tation progressiste simpliste de ce retournement r&#233;cent et assez foudroyant en faveur de l'animal (la multiplication des livres et des colloques consacr&#233;s &#224; cette question en sont des barom&#232;tres assez fiables), je veux dire par l&#224; se d&#233;tourner de la tentation de mettre ce regain d'int&#233;r&#234;t et de sollicitude sur le compte du classique progr&#232;s moral ininterrompu de l'humanit&#233;, du polissage des &#171; valeurs &#187; et de l'accroissement constant de la sensibilit&#233; &#224; la souffrance de l'autre. Cet int&#233;r&#234;t nouveau pour l'animal, sous ses esp&#232;ces vari&#233;es, notamment dans la forme de la pouss&#233;e de ce qu'on pourrait appeler la fi&#232;vre &#171; animalitaire &#187;, en symbiose avec l'intensification constante de la sensibilit&#233; humanitaire, dans nos soci&#233;t&#233;s, je pense qu'il faut plut&#244;t l'appr&#233;hender dans sa relation intime avec le fait que nous vivons dans un champ de ruines mentales &#8211; celui des glorieux ch&#226;teaux d'id&#233;es &#233;difi&#233;s au si&#232;cle dernier et pr&#233;c&#233;demment, grands projets, grands r&#233;cits, programmes grandioses, utopies glorieuses, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Il me semble que c'est dans les plis du langage le plus ordinaire que nous sommes le plus &#224; m&#234;me de d&#233;busquer ces mauvais plis de la pens&#233;e enracin&#233;s au plus intime du proc&#232;s de civilisation (&#171; chez nous &#187;, dans nos soci&#233;t&#233;s, pr&#233;caution toute foucaldienne, je me garderai bien de trancher pour les autres que je ne connais pas ou bien alors trop imparfaitement) et qui nous vouent &#224; r&#233;p&#233;ter en boucle et en automates, depuis Platon et Cic&#233;ron au moins (voir sur ce point l'utile recueil de Simondon &lt;i&gt;Deux le&#231;ons sur l'animal et l'homme&lt;/i&gt;) que &#171; l'homme est sup&#233;rieur par sa raison aux b&#234;tes &#187;, &#171; pauvre en exp&#233;rience &#187;, inapte &#224; la r&#233;flexivit&#233;, et autres sottises (je ne dis pas &#171; &#226;neries &#187;, c'est justement le sujet de ce paragraphe) dont le trait commun et notoirement biais&#233; est &#233;videmment qu'elle sont prof&#233;r&#233;es par des humains et pour sa plus grande gloire. Je noterai juste en passant ici qu'effacer ce faux-pli rh&#233;torique si profond&#233;ment enracin&#233; dans la tradition occidentale peut &#234;tre, si l'on veut bien s'en donner la peine, un jeu d'enfant : ce qui d&#233;montre &#224; l'&#233;vidence la sup&#233;riorit&#233; des &#171; b&#234;tes &#187; sur les humains, c'est leur souveraine indiff&#233;rence &#224; la question de savoir ce qu'il en est de notre raison &#171; sup&#233;rieure &#187;. La marque, que l'on pourrait dire ici toute nietzsch&#233;enne si ce n'&#233;tait rechuter dans l'anthropocentrisme, de leur qualit&#233;, c'est cette absolue indiff&#233;rence au motif du sup&#233;rieur et de l'inf&#233;rieur &#8211; tout ce qu'elles demandent (mais l&#224;, elles sont loin du compte), c'est que nous ne les emmerdions pas et, pour le reste, dans leurs relations entre elles, elles n'ont pas besoin de savoir qui est &#171; sup&#233;rieur &#187; et qui &#171; inf&#233;rieur &#187;, juste qui est le plus fort et, &#233;ventuellement comme &#233;chapper &#224; ce dernier. Pour le reste, et c'est l&#224; que le raisonnement se mord la queue, &#233;videmment, la vraie marque de leur sup&#233;riorit&#233; sur nous, c'est qu'elles n'ont pas besoin pour vivre &lt;i&gt;innocemment&lt;/i&gt; de se soucier de ce qui ferait d'elles des &#234;tres vivants &#171; sup&#233;rieurs &#187; ou &#171; inf&#233;rieurs &#187; - cette suspecte obsession, elles nous la laissent volontiers, en tant qu'elle est, de toute &#233;vidence, un aveu de faiblesse. Fin de la digression.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voulais parler, dans ce passage, du langage. Tout le monde sait que ce qui se dit mal, est mal dit, met sur la piste du mal pens&#233;, des mauvais plis de la pens&#233;e, donc. La chose est particuli&#232;rement &#233;vidente d&#232;s lors qu'on entre dans le registre animal &#8211; &#224; quoi servent les &#171; noms d'animaux &#187; ? Si l'on pense que ce qui est convoqu&#233; dans notre pr&#233;sent, dans notre &#233;poque, c'est une compl&#232;te et radicale r&#233;forme de notre entendement de l'animalit&#233; et du rapport entre humanit&#233; et animalit&#233;, r&#233;forme devant inclure la remise en cause du partage indiqu&#233; par le &#171; et &#187;, alors il faut envisager cette t&#226;che, l'application de ce programme &#224; toutes les sph&#232;res de la vie. On sait bien qu'aujourd'hui, il y a des abc&#232;s de fixation de ce &#171; et &#187; de plus en plus litigieux : la question de l'&#233;levage industriel des animaux de boucherie, de l'abattage, le passage subreptice de l'&#226;ge o&#249; l'on comptait le b&#233;tail en &#171; t&#234;tes &#187; &#224; celui o&#249; l'on compte directement la viande &#224; hamburgers en &#171; minerai &#187;, en tonnes, &#224; l'import-export, notamment, la question des esp&#232;ces en voie de disparition et celle de leur protection (plus que 20 000 lions en libert&#233; !), celle de la chasse ou de certaines formes de chasse, etc. Mais dans tout ce temps o&#249; se multiplient les sujets sensibles qui endolorissent notre perception du monde animal, notre conception de l'animalit&#233; de notre rapport &#224; celle-ci, nous continuons assez imperturbablement &#224; traiter nos ennemis de porcs, de chiens, de buses, &#224; dire que les journalistes de la t&#233;l&#233; sont b&#234;tes &#224; manger du foin, etc. Or, si nous voulons &#234;tre fid&#232;les au programme de r&#233;forme compl&#232;te de l'entendement de l'animalit&#233;, il y a urgence, me semble-t-il, &#224; ce que nous renoncions &#224; cet usage d&#233;pr&#233;ciatif du vocabulaire de l'animalit&#233;, tout comme nous avons subi l'injonction d'avoir &#224; renoncer au vocabulaire sexiste et raciste &#8211; non sans effets, mais tout en restant encore bien imparfaits dans ces domaines &#8211; ce n'est pas demain que le mot &#171; con &#187; sortira de notre registre d'insultes, mais ce n'est pas une raison suffisante pour que nous ne commencions pas d&#232;s aujourd'hui &#224; cesser de dire que nous sommes gouvern&#233;s par des &#226;nes b&#226;t&#233;s &#8211; non pas par consid&#233;ration pour le pouvoir, mais par respect pour l'&#226;ne, l'endurance morale et physique faite animal, comme Robert Bresson l'a montr&#233; dans &lt;i&gt;Au hasard, Balthazar&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait qu'une telle entreprise repr&#233;sente une asc&#232;se aussi redoutable, c'est bien ce qui indique la profondeur &#224; laquelle est enracin&#233;, dans notre inconscient ou subconscient culturel cette notion p&#233;jorative de l'animalit&#233;, tant&#244;t b&#234;te tant&#244;t m&#233;chante, qui cr&#233;&#233; les conditions de sa disponibilit&#233; de ses noms pour l'outrage, l'invective et le d&#233;nigrement. Se lancer dans cette di&#232;te verbale dont la r&#232;gle est qu'on s'abstiendra de tout ce qui consid&#232;re comme acquis que la b&#234;te est b&#234;te, qu'elle est mauvaise et basse, c'est un pari non moins p&#233;rilleux que celui qui consiste &#224; &#233;crire un &#233;pais roman en en bannissant la plus courante des voyelles, en langue fran&#231;aise &#8211; P&#233;rec. Que de trous dans nos modes d'expressions les plus courants, les plus performants ! Plus de &#171; un anticommuniste est un chien &#187; &#224; la Sartre, plus de &#171; Fuck the pigs ! &#187; &#224; la Black Panthers, plus de morts aux vaches ni d'impr&#233;cations contre les requins de la haute finance ! Que de dents creuses, aussi, dans nos biblioth&#232;ques : &lt;i&gt;La ferme des animaux&lt;/i&gt;, d'un coup, devient totalement insupportable, du fait de l'injustice flagrante qui y est faite au porc assimil&#233; au dictateur Staline. Tout est appel&#233; &#224; se passer ici, &#224; l'&#233;preuve du temps, comme ce fut le cas, lorsqu'on s'avisa, un beau jour, que les st&#233;r&#233;otypes racistes et colonialistes pullulaient dans les merveilleux romans exotiques de Kipling...&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc clair : si nous voulons &#233;tablir quelque chose comme une sorte d'amiti&#233; avec les animaux, en g&#233;n&#233;ral, ce qui est tout autre chose que l'entretien plus ou moins bienveillant de notre client&#232;le form&#233;e de &lt;i&gt;pets&lt;/i&gt;, animaux domestiques, en anglais, il va falloir tout simplement que nous r&#233;apprenions &#224; parler et renoncions &#224; bien des plaisirs acquis de la langue, en nous habituant, par exemple, &#224; ce qu'un blaireau ne soit rien d'autre que ce sympathique mammif&#232;re plantigrade et fouisseur &#224; odeur forte et &#224; rayures blanches, et jamais notre rustre de voisin qui chaque matin fait hurler RTL en prenant sa douche. Le fait que ce ne soit pas t&#226;che facile, tant l'expressivit&#233; de ces bouquets animaliers d'outrages et d'insultes nous &#233;tait famili&#232;re et &#224; peu pr&#232;s irrempla&#231;able constitue un indice tr&#232;s pr&#233;cieux de la profondeur &#224; laquelle il va falloir aller curer l'abc&#232;s, dans la chair non seulement des mots mais de la culture, pour nous &#233;manciper de ce legs funeste de la tradition occidentale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont des mouvements de d&#233;fection r&#233;fl&#233;chis et concert&#233;s qu'il nous faut prendre en charge, par rapport &#224; des op&#233;rations toutes simples de la pens&#233;e et du discours, des &#233;nonc&#233;s que soutient puissamment le sens commun. Des rep&#232;res de certitudes et des automatismes de langage qu'il nous faut suspendre et d&#233;construire. Je prends un exemple tout simple : lors du fameux soul&#232;vement dans le p&#233;nitencier d'Attica, aux Etats-Unis, en 1971, l'un des cris lanc&#233;s par les d&#233;tenus et qui fit le tour du monde, &#233;tait : &#171; Nous sommes des hommes. Nous ne sommes pas des animaux et nous refusons d'&#234;tre trait&#233;s comme des animaux &#187;. A l'&#233;poque, naturellement, toute conscience humaniste, humanitaire et progressiste ne pouvait qu'acquiescer et rench&#233;rir : en effet, quel scandale que des humains soient soumis &#224; un r&#233;gime de captivit&#233; qui devrait &#234;tre &lt;i&gt;r&#233;serv&#233; aux animaux&lt;/i&gt;. Aujourd'hui, naturellement, une pens&#233;e qui s'efforce de se tenir &#224; la hauteur de l'actualit&#233; de la r&#233;volution en cours dans ce domaine se devrait, bien s&#251;r, d'avoir le courage de changer radicalement les termes de de la conversation, &#224; propos des prisons de haute s&#233;curit&#233; aux Etats-Unis et ailleurs, en questionnant le cri indign&#233; du d&#233;tenu : &#171; Certes, nous sympathisons avec votre cause, mais &#234;tes-vous si s&#251;r que cela va de soi que des animaux soient trait&#233;s de la sorte ? Est-il vraiment n&#233;cessaire, pour que votre cause soit soutenue, qu'elle le soit, en quelque sorte, &lt;i&gt;sur le dos des animaux&lt;/i&gt; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'il faut bien comprendre &#224; ce propos, c'est qu'une sorte de ruse de l'histoire a &#233;t&#233; &#224; l'oeuvre dans la fa&#231;on dont, dans la seconde moiti&#233; du si&#232;cle dernier, nous avons &#233;t&#233; port&#233;s &#224; probl&#233;matiser, sous le coup de l'effet de t&#233;tanie et de sid&#233;ration produit par les crimes nazis, entre autres, des ph&#233;nom&#232;nes comme le crime contre l'humanit&#233;, le g&#233;nocides, les exterminations en masse, etc. - et quand je dis &#171; nous &#187; ici, je parle aussi bien de la sc&#232;ne savante que du commun des mortels. Sous le coup de ces horreurs, telles qu'elles ont &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;es comme &#171; sans pr&#233;c&#233;dent ni &#233;quivalent &#187;, nous avons remis en selle le partage &#171; souverain &#187;, draconien, fatidique entre sph&#232;re humaine et sph&#232;re animale, un partage qui, avant que ne soient perp&#233;tr&#233;s ces crimes de masse commen&#231;ait d&#233;j&#224; &#224; prendre l'eau de toutes parts. Et ceci nous l'avons fait en adoptant &#171; tout naturellement &#187; cet &#233;nonc&#233; qui consiste &#224; dire que l'outrage maximal qui puisse &#234;tre inflig&#233; &#224; un &#234;tre humain, c'est celui qui consiste &#224; le traiter &#171; comme une b&#234;te &#187;, &#224; le r&#233;duire au rang du b&#233;tail ou bien d'un animal nuisible, ou bien, inversement, en disant que, ce que les bourreaux ont perp&#233;tr&#233;, &#171; aucune b&#234;te au monde ne l'aurait fait &#187;. L'imaginaire collectif qui s'est trouv&#233; du coup puissamment relanc&#233;, c'est celui qui, p&#234;le-m&#234;le, &#171; voit &#187; l'extermination des animaux par les humains comme une norme (qui ne devient choquante que quand elle se trouve transport&#233;e sur le corps de l'humanit&#233;), que le comble de la cruaut&#233;, c'est &#233;videmment chez les b&#234;tes qu'on le rencontre, que priver un humain de son humanit&#233; ou en pratiquer le d&#233;ni, c'est, forc&#233;ment, le ravaler au rang de l'animal...&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente, nous n'avons pas per&#231;u ou pas voulu percevoir le rapport qui s'&#233;tablit entre la force d'&#233;vidence de ce discours et les violences extr&#234;mes exerc&#233;es sur les animaux, dans l'abattage industriel notamment, mais aujourd'hui, l'abc&#232;s a commenc&#233; &#224; percer &#8211; et comme il est habituel en ce genres de circonstances, non sans susciter une clameur indign&#233;e, une envol&#233;e de cris d'orfraie &#8211; comment osez-vous comparer, etc., etc. L&#224; o&#249; l'on voit que l'art en g&#233;n&#233;ral et le cin&#233;ma en particulier dispose d'une capacit&#233; d'attiser la pens&#233;e critique l&#224; o&#249; celle-ci est verrouill&#233;e par l'ordre des discours, c'est quand on voit le film que Georges Franju a r&#233;alis&#233; juste apr&#232;s la guerre sur les abattoirs de la Villette &#8211; &lt;i&gt;Le sang des b&#234;tes&lt;/i&gt; - je ne dirais pas que Franju avait &#171; tout compris &#187; de ce qui sonnait faux dans le discours de l'horreur absolue des camps et des exterminations, sonnait faux &lt;i&gt;du c&#244;t&#233; de l'enjeu animal&lt;/i&gt;, pr&#233;cis&#233;ment, mais, tout simplement, que son film, en brouillant tous les rep&#232;res de certitudes, reposait sur l'intuition tranchante, irr&#233;cusable et totalement &#224; contre-courant alors, que la chose fatale, c'&#233;tait tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment la &lt;i&gt;continuit&#233;&lt;/i&gt; s'&#233;tablissant entre la fa&#231;on dont on avait extermin&#233; industriellement des &#234;tres humains dans les camps et la mani&#232;re dont on faisait couler le sang des b&#234;tes &#224; la cha&#238;ne dans les abattoirs, tout aussi industriels .&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour reprendre le fil des faux-plis de la pens&#233;e, il me semble que la question que nous pouvons nous poser aujourd'hui est celle-ci : pourquoi, pour tenter de sanctuariser, contre les n&#233;o-barbaries totalitaires, l'int&#233;grit&#233; de la personne humaine, promouvoir le discours de l'inviolabilit&#233; dans une perspective immunitaire, pourquoi a-t-il fallu, du m&#234;me coup, rejeter l'animalit&#233; de l'autre c&#244;t&#233; de la barri&#232;re de ce qui devait &#234;tre inclus dans le champ de cette dynamique immunitaire, telle qu'elle est consign&#233;e, par exemple, dans la D&#233;claration universelle des Droits de l'Homme ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'essaie d'aller ici &#224; l'essentiel en posant les questions intempestives, mais, bien s&#251;r, si on commence &#224; entrer dans l'&#233;paisseur de la litt&#233;rature concentrationnaire, et notamment de certains de ses plus grands textes, on s'aper&#231;oit que c'est plus compliqu&#233; &#8211; si on lit bien &lt;i&gt;L'esp&#232;ce humaine&lt;/i&gt; de Robert Antelme ou l'autobiographie de Varlam Chalamov, &lt;i&gt;Kolyma&lt;/i&gt;, on voit bien que cette sorte de secret ultime de l'&#233;preuve concentrationnaire que d&#233;couvrent ceux qui en ont travers&#233; tous les cercles, c'est que l'humain est un animal &#224; la fois fragile et dot&#233; d'insoup&#231;onn&#233;es facult&#233;s de r&#233;sistance &#8211; plus r&#233;sistant qu'un cheval dans les conditions de l'hiver sib&#233;rien, dit Chalamov et, si r&#233;sistant comme &lt;i&gt;esp&#232;ce vivante&lt;/i&gt;, dit Antelme, que le projet des bourreaux nazis est vou&#233;, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, &#224; &#233;chouer...&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous commen&#231;ons &#224; situer aujourd'hui le point o&#249; nos images et nos &#233;nonc&#233;s doivent non pas &#233;voluer, mais bifurquer : nous devons nous d&#233;placer d'un r&#233;gime de discours dans lequel ce qui nous inspire l'horreur la plus extr&#234;me, c'est que des humains soient mis &#224; mort &lt;i&gt;comme des animaux&lt;/i&gt; &#224; une autre forme d' &#171; horreur &#187; faite &#224; la fois d'aversion sensitive et de refus raisonn&#233; qui est celle que nous inspire tout simplement la fa&#231;on dont sont mis &#224; mort les animaux, industriellement, en premier lieu, bien s&#251;r, mais aussi bien m&#233;dicalement, comme le sont les &lt;i&gt;strays&lt;/i&gt; et les animaux domestiques hors d'usage, par euthanasie exp&#233;ditive &#8211; voire sur ce point le roman de J.M. Coetzee, &lt;i&gt;Disgrace&lt;/i&gt;. Et, pour le reste, il nous faut remettre les choses sur leurs pieds : lorsque des humains sont aujourd'hui extermin&#233;s en masse, ils le sont g&#233;n&#233;ralement sur un mode qui n'a rien &#224; voir avec les diff&#233;rentes formes de mise &#224; mort des animaux, sacrifice, chasse, abattoirs, piq&#251;res, etc., ils le sont du fait de bombardement a&#233;riens, de pilonnages d'artillerie, de tirs d'armes automatiques, etc. Dire la barbarie des formes d'extermination intra-humaines massives aujourd'hui, &#224; propos de la Syrie, l'Irak ou ce qui se profile sur d'autres th&#233;&#226;tres d'op&#233;ration, cela n'appelle vraiment plus le syntagme &#171; comme une b&#234;te &#187;. Les derniers qui ont r&#233;ussi &#224; frapper l'imagination &#171; globale &#187; en r&#233;intensifiant cette imagerie, ce sont bien s&#251;r les exalt&#233;s de Daech, avec leur &#233;gorgements mis en sc&#232;ne, mais on voit bien, aujourd'hui, qu'ils n'&#233;taient, dans ce r&#244;le, que des amateurs pass&#233;istes, de tout petits artisans du crime de masse.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la fin de ses cours sur la Raison dans l'Histoire, Hegel note sur un ton assez m&#233;lancolique qu'au fond les peuples &#171; ignorent de part en part la signification du progr&#232;s dans l'histoire &#187;. Ils sont les vecteurs de l'Id&#233;e, sans trop savoir comment ni pourquoi, car celle-ci accomplit sa fin avec la volont&#233; contraire des peuples. Ce qu'elle accomplit et ce que veulent les peuples sont souvent l'inverse l'un de l'autre. Tout peuple ne se r&#233;alise dans l'histoire que de mani&#232;re toute provisoire, chaque peuple sert d'assise et de marchepied &#224; un peuple en devenir qui va s'affirmer contre lui et &#224; son d&#233;triment. Tout ceci pour dire que l'intervention des peuples dans l'Histoire est &lt;i&gt;de nature sacrificielle&lt;/i&gt; (et c'est l&#224; que vous allez voir que je n'ai pas oubli&#233; notre sujet). En fin de compte et tout bien escompt&#233;, dit Hegel, l'Histoire est cet autel (&lt;i&gt;Altar&lt;/i&gt;) ou bien encore cet abattoir (&lt;i&gt;Schlachtbank&lt;/i&gt;) o&#249; &#171; sont conduits pour y &#234;tre sacrifi&#233;s le bonheur des peuples, la sagesse des Etats et la vertu des individus &#187; &#8211; rien que &#231;a !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui m'int&#233;resse dans ce passage et dans le vocabulaire qu'y mobilise Hegel, c'est que pour penser le tragique de la condition historique des humains (des peuples comme des individus), il lui faut recourir &#224; des images, des mots qui &#233;voquent la mise &#224; mort de l'animal &#8211; le sacrifice religieux, mais la boucherie aussi (le mot &lt;i&gt;Schlachtbak&lt;/i&gt; est un mot de boucherie). On voit donc que la probl&#233;matisation &#171; animalisante &#187; de l'horreur des camps, apr&#232;s la Seconde guerre mondiale, a une longue g&#233;n&#233;alogie, qu'elle n'en est en fait qu'un rebond.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma proposition &#224; ce propos est simple : que nous nous efforcions de laisser les animaux en dehors de nos propres comptes avec nous-m&#234;mes, &#224; propos de nos propres pouss&#233;es de barbarie moderne, nos propres mouvements de brutalisation de la politique, de d&#233;civilisation. Laissons les animaux et les images animales en dehors de tout &#231;a, pour la bonne raisons qu'ils n'ont rien &#224; voir dans tout &#231;a &#8211; sauf, bien s&#251;r, encore et toujours comme victimes collat&#233;rales de cette propension toute humaine et en premier lieu &#233;tatique &#224; transformer l'histoire en abattoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- La main gauche ignore ce que fait la droite (un d&#233;tour par Ta&#239;wan)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a quelques mois, dans la partie tropicale de l'&#238;le de Ta&#239;wan, des activistes de l'&#233;cologie, des autorit&#233;s locales, ont entrepris d'installer des &#171; couloirs de protection pour les crabes &#187; consistant en de gros tuyaux destin&#233;s &#224; leur permettre d'aller d&#233;poser leurs &#339;ufs sur les plages, &#224; la saison de la ponte, sans avoir &#224; traverser les routes qui longent la c&#244;t&#233;, ce qui jusqu'alors produisait chaque ann&#233;es des h&#233;catombes parmi les femelles crabes port&#233;es par instinct &#224; enfouir leur &#339;ufs dans le sable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces nouveaux dispositifs ont fait l'objet d'une ample promotion par les m&#233;dias, les autorit&#233;s politiques locales, les associations de d&#233;fense de la faune et de l'environnement. Elles ont &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralement vant&#233;es en tant qu'elles auraient valeur d'attestation de l'&#233;l&#233;vation rapide, &#224; Ta&#239;wan, du niveau des normes de protection de l'environnement en g&#233;n&#233;ral et de la vie animale sauvage en particulier. Certains esprits chagrins, y compris parmi les &#233;colos, y ont vu une op&#233;ration avant tout publicitaire, se demandant par quel miracle les crabes se destineraient &#224; converger vers les tunnels am&#233;nag&#233;s &#224; leur intention, plut&#244;t que continuer &#224; traverser sur le bitume et &#224; se faire &#233;crabouiller comme des cons, &#224; l'instar des h&#233;rissons et des blaireaux de nos campagnes... Mais l&#224; n'est sans doute pas l'essentiel : quiconque s'aventure dans les zones rurales de l'&#238;le, dens&#233;ment peupl&#233;es pr&#232;s des c&#244;tes, vou&#233;es &#224; une agriculture et un &#233;levage intensifs, ne peut manquer de tomber sur l'un de ces horribles &#233;levages de volailles o&#249; se trouvent parqu&#233;es dans des conditions concentrationnaires, des centaines, voire des milliers de volatiles. Ces lieux d'&#233;levage industriel sont des foyers d'&#233;pid&#233;mies vari&#233;es et r&#233;currentes, de type grippe aviaire qui, r&#233;guli&#232;rement, contraignent les autorit&#233;s sanitaires &#224; ordonner l'abattage de milliers de poules, canards, dindes, pintades, etc. Mais rien n'est fait, au demeurant, pour que cette forme d'&#233;levage soit bannie ou &#233;volue &#8211; de puissants lobbies travaillent &#224; ce que nul n'y touche, et les Ta&#239;wanais, gros consommateurs de volatiles, sont manifestement port&#233;s &#224; accorder la priorit&#233; aux prix bas sur l'abaissement des risques sanitaires &#8211; pour ne pas parler du bien &#234;tre des animaux d'&#233;levage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ceci n'est que le petit bout de la lorgnette &#8211; il faudrait parler aussi des &#233;levages de porcs et de la surp&#234;che &#8211; Ta&#239;wan est, en la mati&#232;re un des pires Etats voyous de la plan&#232;te... Ce qui me frappe ici, c'est le &lt;i&gt;chaos normatif&lt;/i&gt; qui se manifeste d&#232;s lors qu'en est question le rapport des humains aux animaux, &#224; des vari&#233;t&#233;s diverses d'animaux ou &#224; des animaux de statut diff&#233;rent : d'un c&#244;t&#233; une approche hyper-immunitaire et protectrice d'animaux per&#231;us comme &#233;l&#233;ments de patrimoine ou esp&#232;ce menac&#233;e, et de l'autre une approche hyper-industrielle et purement &#233;conomique d'animaux de bouffe, destin&#233;s &#224; la boucherie et &#224; la consommation alimentaire. J'ai pris l'exemple des crabes, mais on pourrait rench&#233;rir encore : on remet &#224; l'eau devant une batterie de cam&#233;ras tel requin femelle appartenant &#224; une esp&#232;ce menac&#233;e et ayant &#233;chou&#233; par m&#233;garde dans les filets d'un chalutier. Tant de sollicitude &#233;meut d'autant plus que nul n'ignore que ce type de requin ne se fera pas prier, &#224; l'occasion, pour emporter le mollet d'un baigneur sur une plage de l'&#238;le, c&#244;t&#233; oc&#233;an Pacifique... Mais pour le reste, d&#232;s lors que s'&#233;bauche une discussion sur la part active que prennent les p&#234;cheurs industriels ta&#239;wanais &#224; l'&#233;puisement des r&#233;serves halieutiques des oc&#233;ans, bien au del&#224; du Sud-Est asiatique, c'est circulez, rien &#224; voir &#8211; la patate est trop chaude pour que l'autorit&#233; politique prenne ses responsabilit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui me frappe ici, c'est cette incapacit&#233; d'une petite d&#233;mocratie d'aujourd'hui, ni meilleure ni pire qu'une autre, plut&#244;t au dessus du lot dans son contexte r&#233;gional, de se doter de quelque chose qui pourrait s'apparenter &#224; une &lt;i&gt;politique animale&lt;/i&gt;, une politique fond&#233;e sur des normes. Ou plut&#244;t, disons, une norme commune telle que &#171; le respect de la vie animale &#187;, pour reprendre l'un des mantras du discours &lt;i&gt;pro-life&lt;/i&gt;, pro-animal d'aujourd'hui. L'&#233;miettement des normes entre, d'une part, le &lt;i&gt;nursing&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;pampering&lt;/i&gt; des crabes et, de l'autre, l'horreur concentrationnaire des &#233;levages industriels attire notre attention sur un fait massif que Derrida avait d&#233;j&#224; rep&#233;r&#233; dans son s&#233;minaire sur l'animal, mais sur lequel il convient d'insister : si l'on prend les choses du point de vue des pratiques humaines et des sensibilit&#233;s qui les soutiennent, &#171; l'animal &#187;, comme concept unitaire, molaire, compact ou comme notion g&#233;n&#233;rale, c'est quelque chose qui n'existe gu&#232;re, c'est un mot qui, d&#232;s qu'on l'examine d'un peu pr&#232;s, va fondre dans la bouche et de dissoudre dans la t&#234;te &#8211; car apr&#232;s tout, ce qui compte ici en premier lieu, c'est bien ce qui existe, se manifeste comme r&#233;alit&#233; dans les domaines pratiques, beaucoup plus que ce que peut nous en dire tel ou tel discours savant. Il faudrait peut-&#234;tre aller ici un pas plus loin que Derrida qui fabrique ce n&#233;ologisme &#171; l'animot &#187; sous lesquel il subsume la diversit&#233; et l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du monde animal, un pas plus loin en disant que toute notion d'une unit&#233; d'un tel monde se fracasse et vole en &#233;clats sur le rocher des pratiques humaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en v&#233;rit&#233;, dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques ou occidentalis&#233;es d'aujourd'hui, il en va ici de notre incons&#233;quence en mati&#232;re animale comme il en va en mati&#232;re humaine : les impasses de la nouvelle sensibilit&#233; que j'appelle &#171; animaliste &#187;, en r&#233;f&#233;rence &#224; l' &#171; humanisme &#187; comme discours et id&#233;ologie, sont exactement les m&#234;mes que celles de ce dernier : l'incapacit&#233; &#224; placer nos actions et nos conduites sous l'autorit&#233; et le signe d'une l&#233;gislation unique. Sur nos plages m&#233;diterran&#233;ennes, pendant tout l'&#233;t&#233;, vous avez des surveillants de baignade dont c'est le boulot de faire en sorte que les vacanciers, qui sont g&#233;n&#233;ralement blancs et de type europ&#233;en, ne se noient pas. Et, &#224; quelques encablures de l&#224;, vous avez des migrants qui se noient parce qu'ils ne sont ni des vacanciers, ni des Blancs, ni des Europ&#233;ens au sens des papiers, de la culture et de la religion. Bref, l'humanisme (des sensibilit&#233;s humanitaires et des droits de l'homme, qui est pourtant la philosophie officielle de nos Etats et de la partie la plus &#233;clair&#233;e de nos soci&#233;t&#233;s) ne franchit pas ici la barri&#232;re de la couleur, de l'histoire coloniale et post-coloniale, du pr&#233;jug&#233; culturel ou religieux. Deux r&#233;gimes s'opposent, celui de la vie qu'il fait faire vivre et prot&#233;ger d'un c&#244;t&#233;, celui de la vie expos&#233;e voire carr&#233;ment abandonn&#233;e de l'autre. La seule diff&#233;rence entre les failles de l' &#171; humanisme &#187; contemporain et celles de l' &#171; animalisme &#187; d'aujourd'hui est que, dans le cas du second, les lignes de partage entre vie immunis&#233;e et vie expos&#233;e y sont plus nettement trac&#233;es : les animaux de boucherie, qui occupent dans cette configuration la place des migrants ne sont pas seulement abandonn&#233;s &#224; leur sort ou repouss&#233;s, ils sont vou&#233;s &#224; mourir, extermin&#233;s industriellement &#8211; en termes emprunt&#233;s &#224; Foucault, nous dirons que le parti thanatocratique, celui de la mise &#224; mort s'y affirme sans pouvoir se dissimuler. C'est la diff&#233;rence la plus notoire &#8211; les migrants ind&#233;sirables ne sont pas destin&#233;s &#224; devenir viande et &#224; &#234;tre mang&#233;s, ni &#171; absorb&#233;s &#187; d'une fa&#231;on ou d'une autre - juste rejet&#233;s de l'autre c&#244;t&#233; de la mer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pour le reste, c'est le m&#234;me d&#233;faut de fabrication qui affecte l' &#171; humanisme &#187; et l' &#171; animalisme &#187; : l'incapacit&#233; de faire pr&#233;valoir l'autorit&#233; de la l&#233;gislation unifiante (&#171; universelle &#187;) qui est celle de la valorisation de la vie sur l'effectivit&#233; pratique des partages &#171; terribles &#187; entre ce qui est vou&#233; &#224; &#234;tre prot&#233;g&#233;, voire choy&#233;, et ce qui peut ou doit mourir. On pourrait parler ici, pour ce qui est de nos relations aux animaux, de l'existence d'un &lt;i&gt;sur-racisme&lt;/i&gt; &#8211; celui qui nous incline &#224; consid&#233;rer comme &#171; normal &#187; ou inexorable qu'on extermine les animaux-viande comme nous le faisons et qui constitue le pendant exact de la bienveillance ou la bont&#233; exacerb&#233;es que nous manifestons, le plus souvent, dans notre relation &#224; nos animaux domestiques ou &#224; certaines esp&#232;ces prot&#233;g&#233;es. En d'autres termes, de la m&#234;me fa&#231;on que ce qui sonne le glas de l'anthropocentrisme occidental est l'incapacit&#233; croissante &#224; nommer ce qui constituerait &#171; le propre de l'homme &#187;, un mantra de la philosophie occidentale et qui, depuis quelque temps d&#233;j&#224;, amuse beaucoup les &#233;thologues, de la m&#234;me fa&#231;on, nous &#233;chouons de mani&#232;re croissante &#224; &#233;noncer ce que serait un &#171; propre &#187; de l'animal &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt;. C'est, entre autres choses, que nous ne pouvons plus, de moins en moins, &#234;tre dans nos propres syst&#232;mes de croyances et de repr&#233;sentations, sans pouvoir, naturellement, retrouver des assises ou nous reterritorialiser du c&#244;t&#233; de ceux des autres. Quand je lis par exemple chez Descola que les Indiens de l'Amazonie aupr&#232;s desquels il a appris son m&#233;tier consid&#232;rent les animaux qui importent pour eux, y compris ceux qu'ils chassent, comme des parents, je suis &#233;videmment davantage s&#233;duit que lorsque je r&#233;vise en compagnie de Simondon la th&#233;orie des animaux-machines de Descartes. Pour autant, je ne peux pas me greffer dans le cerveau le logiciel des Indiens &#8230; et me mettre tout &#224; coup &#224; traiter les bouvreuils qui viennent picorer dans mon jardin comme des cousins... Le mieux que je puisse faire, c'est de ne pas leur l&#226;cher mes chats dessus. J'en reviens donc &#224; ce qui me para&#238;t constituer le trait dominant, &#233;crasant m&#234;me, de notre condition dans la relation au monde animal : le caract&#232;re d&#233;sormais totalement h&#233;t&#233;roclite et &#233;clat&#233;, plus que jamais, des repr&#233;sentations, des discours et des syst&#232;mes normatifs que nous y attachons, ceci d&#233;coulant notamment, comme le rappelle fortement John Berger dans son petit livre pr&#233;curseur (Merci Catherine !) au fait que les modes de classification et de hi&#233;rarchisation des animaux enracin&#233;s dans des pratiques humaines imm&#233;moriales ont &#233;t&#233; boulevers&#233;s par la massive &lt;i&gt;d&#233;mobilisation des animaux&lt;/i&gt; qui s'est produite depuis un si&#232;cle, dans nos soci&#233;t&#233;s : nous n'avons plus besoin d'eux comme animaux de portage et de trait, nous n'avons plus besoin d'eux pour faire la guerre, la majorit&#233; d'entre nous ne chasse pas et n'a plus besoin de chiens et de chevaux pour ce faire, nous n'avons plus peur des animaux f&#233;roces, nous n'ont plus tellement besoin d'eux pour monter la garde et nous n'avons m&#234;me plus un besoin &lt;i&gt;vital&lt;/i&gt; d'eux pour nous nourrir. Tout ceci est all&#233; tr&#232;s vite : &#224; la fin du XIX&#176; si&#232;cle, il y avait encore des chiens de trait dans les rues de Bruxelles, des chevaux dans les profondeurs des mines de charbon, pendant la Premi&#232;re guerre mondiale, la cavalerie n'avait pas encore &#233;t&#233; enti&#232;rement supplant&#233;e par les tanks, les tracteurs n'avaient pas encore fait leur apparition dans nos campagnes et un repas sans viande &#233;tait un repas de pauvre. La d&#233;mobilisation des animaux, leur &#233;loignement des formes dominantes de la vie humaine, compens&#233;e de fa&#231;on tr&#232;s partielle seulement par la &#171; mont&#233;e &#187; de l'animal domestique, dans les villes, tout ceci n'a pas seulement contribu&#233; &#224; distendre la relation entre humains et animaux, mais &#224; d&#233;manteler le syst&#232;me traditionnel de perception de ces derniers fond&#233; sur des taxinomies et des hi&#233;rarchies tout &#224; fait distinctes. Le lien &lt;i&gt;vital&lt;/i&gt; &#224; l'animalit&#233; a &#233;t&#233; bris&#233;, de cette fa&#231;on, quand bien m&#234;me celui-ci &#233;tait tiss&#233; dans un fil qui nous appara&#238;t aujourd'hui assez barbare, je vais y revenir dans la derni&#232;re proposition. C'est cette d&#233;chirure qui constitue la toile de fond de ces fuites dans l'imaginaire, certaines ouvertement fascistes et d'autres juste un peu &lt;i&gt;neuneu&lt;/i&gt; auxquelles on assiste aujourd'hui, &#224; propos du loup (qui est devenu, en France, le pur et simple &#233;quivalent fantasmagorique animal du migrant clandestin et ind&#233;sirable) ou de ces festivals de viande de chiens se d&#233;roulant &#224; date fixe dans certaine ville du sud de la Chine et qui suscitent dans un pays comme le n&#244;tre une horreur sans fin (barbares asiatiques !) , &#224; l'heure m&#234;me o&#249; pas grand monde ne s'&#233;meut de ce qu'une majorit&#233; de d&#233;put&#233;s (c'&#233;tait encore sous la l&#233;gislature pr&#233;c&#233;dente) rejette le projet de loi visant &#224; installer des cam&#233;ras de surveillance dans les abattoirs... Le chaos normatif et affectif dont je parlais plus haut, c'est &#231;a, entre autres choses : la perception de la souffrance animale (qui, selon certains sp&#233;cialistes, dans le monde anglo-saxon notamment, est suppos&#233;e &#234;tre le crit&#232;re des crit&#232;res sur lequel doit se r&#233;gler notre &#233;thique en la mati&#232;re) : le r&#232;gne sans partage des doubles, triples, quadruples standards, selon que l'animal concern&#233; nous est proche ou lointain, selon l'usage que nous en avons, les interactions que nous entretenons avec lui, les affects qu'il suscite spontan&#233;ment en nous, les traditions dans lesquelles nous nous situons, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Dans ses &lt;i&gt;M&#233;moires d'Outre-Tombe&lt;/i&gt;, &#233;voquant ses ann&#233;es d'enfance dans le ch&#226;teau de son p&#232;re, &#224; Combourg, Chateaubriand d&#233;crit cette sc&#232;ne : &#171; A huit heures, la cloche annon&#231;ait le souper. Apr&#232;s le souper, dans les beaux jours, on s'asseyait sur le perron. Mon p&#232;re, arm&#233; de son fusil, tirait les chouettes qui sortaient des cr&#233;neaux &#224; l'entr&#233;e de la nuit &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si quelques chose est susceptible de nous g&#234;ner aujourd'hui dans cette br&#232;ve &#233;vocation, ce n'est pas seulement parce que les chouettes sont pass&#233;es, selon les normes et sensibilit&#233;s en vigueur, du statut d'oiseau de mauvais augure que les paysans clouent aux portes de granges &#224; celui d'esp&#232;ce prot&#233;g&#233;e et d'animal r&#233;put&#233; utile, car se nourrissant de rongeurs et autres &#171; nuisibles &#187; (si nous avions le temps, il nous faudrait r&#233;fl&#233;chir ensemble &#224; cette partition d'une partie au moins du r&#232;gne animal en utiles et nuisibles, et &#224; la crise de celle-ci). Si quelque chose nous dit que cette sc&#232;ne est dat&#233;e et est devenue incorrecte, c'est, plus radicalement parce que nous sommes de plus en plus r&#233;tifs &#224; admettre que l'on puisse s'amuser &#224; tuer des b&#234;tes, en tuer pour se distraire, les tuer pour tuer le temps. C'est donc qu'il y a bien un &#171; probl&#232;me &#187; avec l'acte m&#234;me de tuer, y compris un animal. Il y a la mani&#232;re de tuer, les circonstances de la mise &#224; mort,il y a l'esp&#232;ce &#224; laquelle appartient &#224; la b&#234;te, mais il n'y a pas que &#231;a : bien s&#251;r, quand le &#171; grand &#233;crivain &#187; Hemingway raconte, dans ses r&#233;cits de chasse au gros gibier en Afrique le vif plaisir qu'il a pu &#233;prouver &#224; abattre un &#233;l&#233;phant d'une balle de gros calibre juste dans l'oeil et, vraiment, &#171; juste pour le plaisir &#187;, le lecteur moyen d'aujourd'hui a un petit haut-le-coeur et peut &#234;tre, &#233;ventuellement, tent&#233; de mettre le livre de c&#244;t&#233; (&lt;i&gt;En ligne&lt;/i&gt;, Folio). Mais, bien au del&#224; de tout ce qui appara&#238;t vraiment dur &#224; avaler dans cette description, il y a cette aversion qu'un nombre croissant de nos contemporains &#233;prouvent, dans des pays comme le n&#244;tre, pour la chasse ou la corrida. Et si cette tendance se d&#233;crit ais&#233;ment en termes de sensibilit&#233;, voire pour certains de sensiblerie, ce mode de description peut &#234;tre tout &#224; fait r&#233;ducteur et m&#234;me devenir l'arbre qui cache la for&#234;t. Et &#171; la for&#234;t &#187;, c'est qu'en Occident au moins, comme l'a montr&#233; Norbert Elias, le proc&#232;s de la civilisation est, fondamentalement un proc&#232;s dans l'ordre des relations et des interactions entre humains, mais avec les autres vivants qui peuplent leur environnement, un processus de d&#233;violentisation, de &#171; pacification &#187; qui, entre autres, tend &#224; rendre toujours plus probl&#233;matique le fait d'administrer la mort, l'action ou le geste de tuer, sans entrer dans de longs circuits bureaucratiques ou de type militaire, de tuer directement, de ses mains, avec un couteau, une lance, une arme &#224; feu, etc. Dans toutes les soci&#233;t&#233;s de type occidental, o&#249; pr&#233;dominent les modes de vie urbains et o&#249; l'Etat se porte garant de la paix sociale, les crimes de sang ont massivement diminu&#233; depuis le XIX&#176; si&#232;cle. A l'&#233;vidence, cette d&#233;-banalisation de l'acte ou du geste de tuer affecte nos relations avec les animaux aussi &#8211; la plupart d'entre nous serait bien incapable d'&#233;gorger un lapin ou un canard, quand nous avons un vieux chien ou un vieux chat &#224; faire euthanasier, nous nous en remettons, bien s&#251;r, &#224; la piq&#251;re administr&#233;e par le v&#233;t&#233;rinaire et pour le reste, moins nous en savons sur ce qui se passe dans les abattoirs, mieux nous nous portons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, il est bien difficile de nier que, d'un point de vue purement analytique et descriptif, &#171; se civiliser &#187;, &#234;tre partie prenante de mani&#232;re active du proc&#232;s de la civilisation, en tant qu'individu lambda, c'est apprendre, entre beaucoup d'autres choses, &#224; suspendre le geste de tuer, &#224; le sublimer, &#224; s'en d&#233;tourner comme on le fait d'un d&#233;sir suspect et obscur &#8211; une pulsion ou une compulsion, plut&#244;t. On touche ici un point essentiel : nous parlons ici de questions qui nous engagent non seulement dans nos id&#233;es, nos croyances ou nos convictions, mais directement dans notre mode de vie, nos usages quotidiens, et c'est ici, pr&#233;cis&#233;ment, que les discussions peuvent &#234;tre un peu tendues. Quand j'avais une trentaine d'ann&#233;es, un ami m'a initi&#233; au cours de vacances au bord d'une mer poissonneuse aux joies de la p&#234;che sous-marine, une activit&#233; viriliste &#224; laquelle j'ai rapidement pris go&#251;t et pratiqu&#233;e pas mal de temps, ici ou l&#224;, prenant un plaisir intense &#224; plonger avec mon fusil-harpon, &#224; traquer mes proies, &#224; leur faire passer une fl&#232;che &#224; travers le corps, &#224; les remonter &#224; la surface, les remonter fi&#232;rement sur le bateau, etc. J'ai renonc&#233; &#224; cette pratique &#171; sportive &#187; nullement motiv&#233;e par le d&#233;sir de manger du poisson &#8211; d&#232;s qu'il &#233;tait sur le bateau en plein soleil, j'en trouvais l'odeur &#233;coeurante &#8211; lorsque j'ai compris que j'avais l&#224; un petit probl&#232;me avec moi-m&#234;me &#224; analyser, la mont&#233;e d'adr&#233;naline quand le harpon transperce le poisson et que son sang commence &#224; l'aur&#233;oler en se r&#233;pandant dans la mer...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble qu'en renon&#231;ant &#224; cette activit&#233; barbare, je me suis civilis&#233;. Bien s&#251;r, on ne renonce pas si facilement &#224; la qu&#234;te de troph&#233;es, mais celle-ci peut &#234;tre en quelque sorte sublim&#233;e et stylis&#233;e &#8211; d&#233;sormais, je collectionne les plumes de rapaces que je trouve lors de mes promenades sur les sentiers et ceux qui connaissent ma retraite au village savent que j'en fais le meilleur usage. Dans son acception la plus g&#233;n&#233;rale et extensive, la suspension de l'action de tuer, le devenir probl&#233;matique du geste qui la conduit, cela fait partie int&#233;grante du proc&#232;s de la civilisation &#8211; et comme, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, nous tuons beaucoup plus d'animaux que d'&#234;tres humains, dans nos soci&#233;t&#233;s, cette question est devenue br&#251;lante au seuil de civilisation que nous avons atteint et elle le deviendra toujours davantage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, la suspension progressive du geste de tuer a toutes de contreparties qui sont loin d'&#234;tre toutes &#233;clair&#233;es et glorieuses : les braves gens abandonnent leurs animaux domestiques le long des routes, &#224; d&#233;faut d'avoir le courage de les tuer. Le proc&#232;s de la civilisation est un processus par d&#233;finition ambigu, voire ambivalent. Il doit &#234;tre analys&#233; sous un angle rigoureusement sociologique et anthropologique, sans &#234;tre plac&#233; a priori sous le signe de l'id&#233;ologie progressiste. Ce qui importe, c'est l'&#233;volution et les mutations des syst&#232;mes de normes. Pour le reste, et pour paraphraser un auteur c&#233;l&#232;bre, il y a toujours du &#171; malaise &#187; dans le proc&#232;s de civilisation.&lt;br class='autobr' /&gt; Bien s&#251;r encore, ce que je dis l&#224; laisse de c&#244;t&#233; deux questions essentielles que je n'ai pas le temps d'aborder : la sp&#233;cificit&#233; du domaine politique humain (une politique qui viserait &#224; exclure de son champ la mise &#224; mort, sous quelque forme que ce soit, est impensable) et d'autre part, l'enracinement toujours plus irr&#233;versible dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines de la mise &#224; mort en masse et &#224; distance &#8211; qu'il s'agisse de la famine comme arme de guerre consid&#233;rablement perfectionn&#233;e au XX&#176; si&#232;cle ou de l'abattage industriel des animaux, loin du regard de ceux qui en consomment la viande. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment au point d'intersection des deux tendances en conflit que surgit le probl&#232;me, potentiellement explosif, &#224; propos de la consommation de la viande : ceux qui continuent &#224; en manger ne peuvent le faire dans leur majorit&#233; qu'&#224; la condition de ne pas &#234;tre impliqu&#233;s directement dans la mise &#224; mort des animaux dont ils vont d&#233;guster des parties. Ils sont, non moins que les v&#233;g&#233;tariens de toutes ob&#233;diences, partie prenante du proc&#232;s de la civilisation qui tend &#224; les rendre allergiques &#224; la forme de violence sp&#233;cifique qu'implique la mise &#224; mort directe &#8211; f&#251;t-elle celle d'un oisillon ou d'un chaton. Mais &#233;craser un h&#233;risson ou m&#234;me un li&#232;vre sur une route de campagne, c'est une tout autre affaire &#8211; c'est pas moi, c'est la machine... Les routes et autoroutes sont des charniers et des n&#233;cropoles &#224; animaux qui font du Benjamin sans le savoir, comme vaincus du &#171; progr&#232;s &#187;, en passant litt&#233;ralement sous les roues du char de la civilisation de la vitesse &#224; laquelle les contemporains se sont vou&#233;s. Qu'ils le veuillent ou non, ceux qui continuent &#224; manger de la viande, issue dans l'immense majorit&#233; des cas de l'abattage industriel, sont pris dans l'oeil du cyclone de ce que j'ai appel&#233; le chaos normatif . L'unique fa&#231;on pour eux de l'accommoder du chaos normatif, c'est &#233;videmment de s'&#233;tablir dans ce qui, depuis la Premi&#232;re guerre mondiale au moins, constitue l'attitude fondamentale gr&#226;ce &#224; laquelle nous autres Occidentaux parvenons &#224; coexister avec l'intol&#233;rable sous les esp&#232;ces vari&#233;es &#8211; l'ignorance volontaire ou, plus exactement, ce que j'appelle la distraction, entendue comme le fait de ne pas &#171; vouloir savoir &#187; ce que l'on sait n&#233;anmoins fort bien, de le &#171; mettre de c&#244;t&#233; &#187;, de &#171; pr&#233;f&#233;rer ne pas y penser &#187;, sur le mode de l'inertie active de Bartleby, de le laisser &#171; flotter &#187; entre m&#233;moire et oubli afin de ne pas avoir &#224; en inscrire la connaissance dans les conduites. La distraction, entendue en ce sens, c'est ce qui est requis pour que les contemporains ne d&#233;sertent pas les formes de vie modernes dans lesquelles ils sont install&#233;s et dont le propre est de faire la part belle avec toutes sortes de figures, &#233;tats de fait, situations avec lesquels n'importe quel sujet humain pla&#231;ant son existence sous le signe de la d&#233;cence morale sait qu'il est impossible de coexister et avec lesquelles il s'arrange pour coexister quand m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, c'est dans nos relations avec le domaine animal que se trouvent solidement &#233;tablis quelques uns des points de contention les plus douloureux de ce que l'on pourrait appeler l'intol&#233;rable structurel. Cela, tout le monde le sait, ceux qui ne veulent pas le savoir comme ceux qui en prennent en compte les cons&#233;quences, dans leur vie pratique pas moins que dans leurs pens&#233;es. Il faut le dire sans ambages : toute une fraction de notre humanit&#233;, en Occident notamment, ne veut rien savoir de ce qui se passe dans les abattoirs et les camps d'&#233;levage, ou sur les bateaux de p&#234;che industrielle, exactement de la m&#234;me fa&#231;on qu'elle ne veut rien savoir de ce qui se passe dans les mines du Congo Kishasa d'o&#249; est extrait le lithium indispensable au bon fonctionnement de leurs chers smartphones, comme elle ne veut rien savoir des conditions de vie de la population de Gaza. Cette distraction est une chose qui s'organise, politiquement, m&#233;diatiquement, car elle est, bien s&#251;r, une condition expresse pour que les populations demeurent &lt;i&gt;gouvernables&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Il n'est jamais facile de passer de ce qui constitue &lt;i&gt;tout un monde&lt;/i&gt; de repr&#233;sentations et de pratiques &#224; un autre. Les mondes anciens collent aux subjectivit&#233;s individuelles comme le chewing-gum aux semelles. Passer &#224; un autre r&#233;gime de &#171; conversation &#187; sur un sujet aussi vital que celui-ci, accepter d'en changer compl&#232;tement les termes, c'est &#233;videmment s'arracher &#224; soi-m&#234;me, &#231;a fait mal, &#231;a affecte les identit&#233;s et le rapport de chacun &#224; soi. Cela suscite, comme on dit, des r&#233;sistances, des d&#233;nis, cela fait lever des affects qui sont plus souvent n&#233;gatifs que positifs. Cela suscite des lev&#233;es de bouclier d'une violence et d'une stupidit&#233; dont on aurait jamais pu soup&#231;onner qu'elles puissent prendre forme avant que les contemporains soient au pied du mur. On d&#233;couvre alors que le supr&#233;macisme sp&#233;cique a encore de beaux jours devant lui, comme l'a le supr&#233;macisme blanc aux Etats-Unis et le supr&#233;macisme juif au Moyen-Orient. Je suis frapp&#233; par le degr&#233; d'agressivit&#233; et le niveau de sottise que peut faire appara&#238;tre, dans nos milieux, ceux de la classe moyenne, voire de la classe moyenne tr&#232;s &#233;duqu&#233;e et dite intellectuelle, le simple fait de d&#233;clarer, &#224; l'occasion d'un ap&#233;ro ou d'un repas en ville ou &#224; la campagne : &#171; Je ne mange pas de charcuterie, je ne mange pas de viande &#187; &#8211; rien de plus. Il n'y a pas plus d'un mois de cela, il a suffi, en une telle occasion, que j'&#233;carte d'un geste de la main le plat de petits p&#226;t&#233;s &#224; la viande pour que ma voisine et amie de longue date, une psychanalyste de bonne renomm&#233;e, grande lectrice et politiquement avertie (elle a il y a quelques ann&#233;es commenc&#233; &#224; prendre des cours d'arabe en guise de protestation muette contre le cours des choses), il a donc suffi que je fasse ce geste furtif autant que machinal pour qu'elle l&#226;che d'un ton acerbe : &#171; Et ce melon, alors, il n'a pas souffert quand on l'a cueilli, et ces anchois, etc. &#187;. Le lendemain, le gendre de cette amie, un distingu&#233; professeur agr&#233;g&#233; de droit, s'apitoyait sur mon compte, alors que je m'activais &#224; tenter de ravigoter un chat terroris&#233;, affam&#233; et transi que j'avais ramass&#233; au bord d'un chemin &#8211; &#171; N'oublie pas, me dit-il d'un ton d'autorit&#233; d&#233;finitive, que ce ne sont que des choses ! &#187; &#8211; allusion &#224; la d&#233;finition traditionnelle, en droit positif, des animaux domestiques et autres &#233;l&#233;ments de cheptel comme des biens mobiliers... Ce ton, mi-p&#233;remptoire mi-blagueur est celui de la restauration en marche. Le message qu'il v&#233;hicule est distinct : quelles que soient les sommations que nous recevons dans le pr&#233;sent &#224; avoir &#224; changer nos fa&#231;ons de penser, voir, sentir et agir dans nos relations avec le monde animal, nous ne changerons rien &#224; nos habitudes, nous camperons sur &#171; la tradition &#187;, nous continuerons &#224; &#234;tre, dans le tr&#233;fonds de nous-m&#234;mes, ce que sont nos habitudes !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que je soup&#231;onne d'ailleurs &#224; ce propos, c'est que ceux qui ne changent rien &#224; leurs habitudes de consommation de la viande aujourd'hui, ce qu'ils aiment vraiment, ce sont les premi&#232;res plut&#244;t que la seconde. Parce que mes habitudes, c'est mon moi-moi, le degr&#233; z&#233;ro de l'identit&#233; propre, le narcissisme ent&#234;t&#233; du &#171; moi-je fais comme &#231;a ! &#187; et je n'ai pas l'intention d'en changer, parce que &#231;a, c'est moi et tellement moi ! Que p&#233;risse le monde, plut&#244;t que mes habitudes ! Cette obstination de l'habitude alimentaire, c'est un peu comme l'amour du fou pour sa folie : la fa&#231;on dont le fou, certains fous, du moins, sont amoureux fous de leur folie, au point de tout lui sacrifier &#8211; leurs amours, leur vie de famille, leur carri&#232;re, leur sant&#233;, etc., ceci pour la simple &#171; raison &#187;, si l'on peut dire, qu'ils voient dans leur folie la quintessence de leur &#171; propre &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Au pied ! Assis ! Et pas bouger !</title>
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		<dc:date>2017-12-23T14:42:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;verine Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>violence</dc:subject>
		<dc:subject>biopolitique</dc:subject>
		<dc:subject>animal</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; Quand j'ai d&#233;cid&#233; de faire cette intervention, je me suis d'abord tourn&#233;e vers mon exp&#233;rience professionnelle (&#233;leveur de chiens et toiletteuse) mais je me suis aussi questionn&#233;e sur les rapports que j'entretiens depuis toute jeune avec les animaux. J'ai constat&#233; que si on me posait la question &#171; aimes-tu les animaux ? &#187; comme beaucoup d'entre nous, ma r&#233;ponse &#233;tait OUI ! OUI (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=88" rel="tag"&gt;biopolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=98" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand j'ai d&#233;cid&#233; de faire cette intervention, je me suis d'abord tourn&#233;e vers mon exp&#233;rience professionnelle (&#233;leveur de chiens et toiletteuse) mais je me suis aussi questionn&#233;e sur les rapports que j'entretiens depuis toute jeune avec les animaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai constat&#233; que si on me posait la question &#171; aimes-tu les animaux ? &#187; comme beaucoup d'entre nous, ma r&#233;ponse &#233;tait OUI ! OUI mais je les aimais comment en fait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai adopt&#233; au cours de ma vie beaucoup de petits et grands animaux. J'ai pr&#233;lev&#233; dans la nature, des escargots, des sauterelles, des oisillons, des souris. J'ai &#233;lev&#233; des perruches en voli&#232;res, nourris des chatons et des chiots au biberon, commenc&#233; une collection de poules naines (collection &#224; laquelle mes chiens ont mis fin rapidement en p&#233;n&#233;trant dans le poulailler) &lt;br class='autobr' /&gt;
Concernant les chiens,&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aime les avoir avec moi tout le temps, leur apprendre des tours, marcher dans les bois avec une meute de chiens autour &lt;strong&gt;de moi&lt;/strong&gt;, les faire naitre, les EDUQUER, les nourrir&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au pied assis et pas bouger, pourrait peut-&#234;tre r&#233;sumer ma fa&#231;on de les aimer ? Je ne suis pourtant pas dominatrice de caract&#232;re, je ne les maltraite pas (enfin pas comme on l'entendrait), bref j'aime les animaux ! Et j'en mange certain. Pourquoi ? Je ne sais pas. Quoique je tends &#224; en manger de moins en moins, j'&#233;volue&#8230;Comme d'ailleurs la domestication du chien (ou comme celle d'autre esp&#232;ces ) qui n'a jamais cess&#233; d'&#233;voluer principalement sous la patte de l'homme que ce soit directement ou pas)&lt;br class='autobr' /&gt;
Des essais de domestications sur des gazelles, des hy&#232;nes, des p&#233;licans, des couleuvres, des z&#232;bres ont &#233;t&#233; tent&#233;s, puis abandonn&#233;s faute de rentabilit&#233; ou parce que leur utilit&#233; disparaissait apr&#232;s une &#233;volution de la m&#233;canique (ce qui fut le cas par exemple des &#233;l&#233;phants d'Afrique).&lt;br class='autobr' /&gt;
Certaines esp&#232;ces qualifi&#233;es de &#171; marrons &#187;, terme qui provient de cimarron (th&#232;me d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; dans un pr&#233;c&#233;dant atelier) et qui veut dire esclave fugitif. En fait certains animaux emmen&#233;s sur d'autres continents se sont &#233;vad&#233;s des &#233;levages ou on tout simplement &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233;s en libert&#233; provoquant des cons&#233;quences diff&#233;rentes selon les &#233;poques et les lieux. Certains de ces animaux redevenus libres ont de nouveau &#233;t&#233; domestiqu&#233;s comme par exemple le cheval en Am&#233;rique du nord qui donnera plus tard le mustang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors en ce qui concerne le chien, je ne parlerai pas de l'&#233;volution du loup et de sa domestication, d'ailleurs &#224; ce sujet il semble que certains loups r&#233;implant&#233;s dans les alpes du sud se soient hybrid&#233;s ce qui pose des probl&#232;mes de statut de cet animal hybride (loup prot&#233;g&#233; et pas les hybrides) d'hybridation r&#233;cente concerne 1,5 % des animaux et celui d'hybridation plus ancienne 6 %. Ces hybrides sont issus du croisement de chiens avec des louves qui ont tr&#232;s probablement quitt&#233; leur meute. En dehors des probl&#232;mes d'attaque sur les troupeaux et du quota de chasse autoris&#233; sur les loups r&#233;gi par la convention de berne, je trouve tr&#232;s int&#233;ressant d'observer ce que les esp&#232;ces sont capables de faire sans les mains de l'homme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc je ne parlerai pas de l'&#233;volution des loups mais plut&#244;t de ce que nous avons fait des chiens. Depuis environ deux cent ans, nous jouons bien avec cette esp&#232;ce. Nous avions d&#233;j&#224; diversifi&#233; le type de chiens par utilit&#233;, pour la chasse, pour la garde, pour les combats, pour les troupeaux, et aussi pour la compagnie&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais d&#233;j&#224; en l'an 1000 avant notre &#232;re, en Chine, la mode des mini chiens avait fait son apparition. Par exemple, la cour imp&#233;riale s'enticha du happa, un petit chien trapu au nez &#233;cras&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En le croisant avec le bichon maltais, il donnera naissance au p&#233;kinois. Pour ce faire les Chinois ont brid&#233; la croissance de ce croisement en enfermant les chiots dans de minuscules cages et en leur &#233;crasant le museau avec un b&#226;ton en bois.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le produit de ce croisement qui donnera l'impulsion pour l'&#233;levage des petits chiens de race. En Europe la r&#233;volution industrielle au 19e si&#232;cle a &#233;t&#233; directement responsable de ce que l'on peut appeler une classe ouvri&#232;re de chiens.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_301 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture.png' width='500' height='855' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Chien de travail. Belgique. Entre 1890 et 1900 Beaucoup de paysans sont attir&#233;s par la ville, &#224; la recherche de travail. Les chiens deviennent de v&#233;ritables outils.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_302 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture2-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture2-2.png' width='500' height='737' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autant dire que tous ces animaux ont eu une existence empreinte de souffrance. Certains sont dress&#233;s pour tourner inlassablement les roues qui actionnent les broches des r&#244;tissoires ou les pompes &#224; eau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_303 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture3.png' width='500' height='1013' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Des boucheries f&#233;lines et canines ont exist&#233; &#224; Paris ! Faute de b&#339;uf, de porc ou de poulet, manger du chat ou du chien en France &#233;tait fr&#233;quent en temps de guerre ou de famine, tout comme l'&#233;tait la consommation de rat, de lapin, d'&#233;cureuil ou de ragondin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant la guerre franco-allemande de 1870, le march&#233; au chien se tenait &#224; Paris rue Saint-Honor&#233;. Et pendant la seconde guerre mondiale en Allemagne, les autorit&#233;s du Troisi&#232;me Reich ont contr&#244;l&#233; des boucheries canines jusqu'en 1943 !Le plus extraordinaire est qu'aujourd'hui en France rien n'interdit l&#233;galement la consommation de viande canine mais &#171; la Direction g&#233;n&#233;rale de la concurrence, consommation et r&#233;pression des fraudes peut cependant faire fermer un &#233;tablissement qui vendrait de la viande canine comme une autre viande &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but du 19e si&#232;cle &#233;merge en Europe et aux Etats-Unis la classe moyenne qui est typiquement urbaine. Cette classe est friande du chien dit &#171; animal de compagnie &#187;. Ce dernier est d&#233;j&#224; choy&#233; par l'Aristocratie. En parall&#232;le, les paysans qui arrivent en ville pour trouver du travail sont accompagn&#233;s de leurs chiens. Ces grands chiens, jusque-l&#224; habitu&#233;s &#224; la vie en plein air, se retrouvent confin&#233;s dans des appartements exigus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu &#224; peu, on d&#233;cide de ne plus d&#233;finir les chiens en fonction des t&#226;ches qu'ils effectuent mais plut&#244;t sur leurs caract&#233;ristiques physiques. En 1873 est fond&#233;e la fondation du Kennel Club britannique, en 1884 l'American Kennel Club et en 1888, le Canadian Kennel Club.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces associations sont consacr&#233;es &#224; la promotion et &#224; la sauvegarde des races. Les chiens sont inscrits sur des registres. On y mentionne la race mais &#233;galement toute la lign&#233;e reproductrice.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; partir de la moiti&#233; du 19e si&#232;cle que les &#233;leveurs et les vendeurs organisent les premi&#232;res expositions. Ils y font admirer les nouvelles vari&#233;t&#233;s issues de s&#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_304 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture4.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture4.png' width='500' height='698' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir particip&#233; personnellement &#224; des expositions canines avec CHIENS d'&#233;levage, je vous assure que c'est pas une partie de plaisir pour les chiens, tout comme les conditions d'&#233;levage des chiens en g&#233;n&#233;ral. Les animaux sont entrain&#233;s durant des heures avant, pour avoir une d&#233;marche rythm&#233;e &#224; une certaine vitesse t&#234;te lev&#233;e, et oblig&#233;s de garder cette fameuse position statique qui n'a rien de naturelle pour eux. Les chiens peuvent &#234;tre affam&#233;s pendant plusieurs jours avant, pour perdre un peu de poids afin de correspondre au poids maximum autoris&#233; dans sa race ou alors gav&#233;s &#224; l'inverse par sonde, entrain&#233;s et attach&#233;s sur des tapis de course.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_305 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture5.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture5.png' width='500' height='923' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;L'attente est longue en cage dans des hall d'expo surchauff&#233;, apr&#232;s avoir fait des centaines de km en voiture toujours en cage, et gare &#224; celui qui ne se tiendra pas correctement durant les quelques minutes que dure la d&#233;monstration devant le juge !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_306 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture6.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture6.png' width='500' height='833' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Quant aux participants humains si on peut utiliser ces thermes c'est une v&#233;ritable ar&#232;ne o&#249; l'on peut croiser une multitude de personnalit&#233;s. Jalousie, indiscipline, impolitesse, bagarres, grossi&#232;ret&#233;, coup bas m&#234;me sur les chiens des autres exposants avec empoisonnement. On laisse son chien attaquer l'autre (un coup de crocs sur une patte et voil&#224; un concurrent de moins, charmes sur les juges, copinage int&#233;ress&#233;&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_307 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture7.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture7.png' width='500' height='947' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;A quoi sert tout &#231;a ? &#192; obtenir des points suivant des crit&#232;res &#233;tablis par les clubs de races et ainsi expirer vendre plus de chiots ou de saillie certes mais aussi certainement &#224; faire grimper les ego des propri&#233;taires qui pr&#233;sentent ces chiens. Mon chien pr&#233;sente tous les crit&#232;res d'un champion, je le suis aussi. Tant pis pour les folies de la s&#233;lection (mort pr&#233;matur&#233;, chiens ne pouvant plus communiquer avec ces cong&#233;n&#232;re, maladie&#8230;), c'est pour le bien de la race selon beaucoup de cynophile et de club de race.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vais maintenant vous pr&#233;senter quelques races de chiens qui ont subi de fortes &#233;volutions dans leur caract&#233;ristique physique. Mais il faut savoir que tous ces croisements ont vraiment occasionn&#233; des probl&#232;mes graves de sant&#233; pour beaucoup de races canines. Dysplasies de la hanche ; yeux volumineux et pro&#233;minents, d&#233;veloppement d'ulc&#232;res et de luxations ;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_308 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture8.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture8.png' width='500' height='1039' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_309 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture9.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture9.png' width='500' height='1049' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;probl&#232;mes dorsaux des chiens aux dos trop longs comme le teckel ou le basset hound ; Brachyc&#233;phalie extr&#234;me et son cort&#232;ge d'affections respiratoires ;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_310 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture10.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture10.png' width='500' height='959' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;abondance de plis, source de diverses affections cutan&#233;es chez le shar pe&#239; ;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_311 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture11.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture11.png' width='500' height='725' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_document_312 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture12.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture12.png' width='498' height='1375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;dysplasie du berger allemand dont on a abaiss&#233; &#224; l'extr&#234;me l'arri&#232;re-train... Les exemples sont nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_313 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture13.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture13.png' width='500' height='861' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'hypertype est indissociable de l'exc&#232;s de consanguinit&#233;. Il est donc urgent de revoir les modalit&#233;s de la s&#233;lection. Le cas &#233;ch&#233;ant, certaines races de chien pourraient bien &#234;tre menac&#233;es de disparition. A tort ou a raison d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_314 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture14.png' width='500' height='969' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Op&#233;rer une s&#233;lection raisonnable et compatible avec le bien-&#234;tre de l'animal est aujourd'hui en passe de devenir un objectif d'&#233;levage prioritaire. Sans pour autant aller vers une uniformisation des races, cette s&#233;lection plus &#233;thique semble m&#234;me indispensable &#224; leur survie, d'autant que le contexte l&#233;gislatif actuel, centr&#233; sur le bien-&#234;tre animal, pourrait bien &#234;tre &#224; l'origine un jour d'une interdiction de certaines races si leur type extr&#234;me est accus&#233; de nuire &#224; leur confort de vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_315 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture15.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture15.png' width='500' height='624' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_316 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture16.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture16.png' width='500' height='859' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'hypertype touche aussi les chiens d'apparence n&#233;ot&#233;nique (qui consiste &#224; donner une t&#234;te de chiot &#224; un adulte). Comme le cavalier king Charles dont la boite cr&#226;nienne est trop petite pour contenir son cerveau. Les hypertypes touchent &#233;galement le chat Persan, le cheval arabe, les animaux d'&#233;levage comme les vaches laiti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_317 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture17.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture17.png' width='500' height='794' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Encolure DE CYGNE chanfrein concave, de nombreux v&#233;t&#233;rinaires et chercheurs se sont exprim&#233;s contre l'hypertype, en estimant qu'il produit des &#171; monstres &#187;, compromet le bien-&#234;tre animal &#224; court terme et la survie m&#234;me des races hyper typ&#233;es &#224; long terme. Au-del&#224; de l'hyper type c'est donc peut &#234;tre toute la philosophie de l'animal de race qu'il faudrait revoir en oubliant les ph&#233;nom&#232;nes de mode, qui mettent en avant les minis chiens, la n&#233;ot&#233;nie etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; de telles menaces, et quand on sait qu'une assurance sant&#233; animale est par exemple deux fois moins ch&#232;re pour un chien crois&#233; que pour un bulldog, le bon vieux b&#226;tard n'a pas dit son dernier mot... Le vrai chien, disait Raymond Coppinger biologiste et sp&#233;cialiste du comportement canin, entre autres le vrai chien, est celui qui vit aux abords des villages, dans les d&#233;charges. Il est proche de l'homme et de ses ressources, il se reproduit en respectant la s&#233;lection naturelle qui &#233;limine g&#233;n&#233;ralement, sur plusieurs g&#233;n&#233;rations, les probl&#232;mes de sant&#233; g&#233;n&#233;tique. C'est un b&#226;tard comme on dit, un chien qui est donc juste ce qu'il est, un chien adapt&#233; &#224; son environnement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; Jean S&#233;bastien Steyer, docteur en pal&#233;ontologie, chercheur au CNRS, et rattach&#233; au Mus&#233;um National d'Histoire Naturelle il nous dit : &#171; En bons primates &#233;gocentriques, nous percevons l'&#233;volution comme une augmentation de la complexit&#233; car nous tr&#244;nons sur notre branche. Or dans l'arbre de la vie, aucune esp&#232;ce n'est plus complexe ni plus &#233;volu&#233;e qu'une autre, mais toutes sont diff&#233;rentes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UN CHIEN POUR QUOI ET POUR QUI &lt;br class='autobr' /&gt;
Les chiens n'ont qu'un d&#233;faut : ils croient aux hommes (Elian J. finbert &#233;crivain animalier).&lt;br class='autobr' /&gt;
La relation du chien envers l'homme a toujours &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;tudi&#233;e, analys&#233;e, mais qu'en est-il de la relation de l'homme envers le chien ? Les chiens ont d&#233;j&#224; tant de difficult&#233;s &#224; se comprendre entre eux ! Leur langage est atrophi&#233; en comparaison des loups entre eux. Les chiens eux parlent humain... Tout futur &#171; ma&#238;tre &#187; - Partie d'une d&#233;finition du terme ma&#238;tre : &#171; le Ma&#238;tre est un propri&#233;taire (propri&#233;taire d'un chien, d'une maison ou d'un esclave) &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc tout futur maitre devrait se poser plusieurs questions avant d'adopter un animal domestique.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi ai-je besoin ou envie d'un animal a mes cot&#233; : solitude, besoin d'un outil de travail, besoin de dominer, r&#233;pondre a une mode, par impulsions devant une vitrine&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quelle esp&#232;ces choisir ( chien chat furet lapin cheval...)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi cette race
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Est-ce compatible avec avec mon style de vie(sportive, temps libre, budget, enfants patience&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acte d'adopter un animal et le choix de l'esp&#232;ce ou de la race est souvent li&#233;e &#224; une exp&#233;rience pass&#233;e qu'elle soit bonne ou mauvaise . Ou alors ce choix r&#233;pond &#224; une mode, soulign&#233;e par les m&#233;dias&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_318 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture18.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture18.png' width='500' height='908' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;(h&#233;ros de film comme Rintintin ou Lassie, de dessin anim&#233;, Les 101 dalmatiens &#233;mission tv, pub)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_319 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture19.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture19.png' width='500' height='834' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_320 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture20.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture20.png' width='500' height='934' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec comme cons&#233;quence des choix d'animaux non appropri&#233;s au style de vie. Il y a eu des dalmatiens abandonn&#233;s pendant plusieurs ann&#233;es &#224; la suite de cette mode Walt Disney. De plus pour r&#233;pondre &#224; la demande d'un chien &#224; la mode, les &#233;leveurs &#171; produisent &#187; beaucoup en croisant souvent n'importe quelle reproducteurs. Ce qui a donn&#233; des lign&#233;es enti&#232;res de chiens agressifs ou peureux ou avec des tares importante. Donc abandon, puis souvent reprise d'un autre animal &#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me rappelle qu'une amie qui &#233;levait des Jack Russel petit chien ratier, s'&#233;tait retrouv&#233;e &#224; g&#233;rer des appels r&#233;guliers de personnes qui lui demandaient &#171; avez-vous un chien comme &#224; la tv avec Dechavanne vous savez celui qui fait des tours et qui a un &#339;il marron ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'est battue longtemps contre ce genre d'int&#233;r&#234;t pour la race qu'elle &#233;levait avec passion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais comme n'importe quel autre produit &#224; la mode les gens ne voulaient pas un chien pour ce qu'il &#233;tait mais pour ce qu'il repr&#233;sentait, comme un jouet, une chose, un objet &#224; avoir. R&#233;sultat : pendant des ann&#233;es les fourri&#232;res et refuges &#233;taient d&#233;bord&#233;s par les abandons de Jack Russel. Les gens les abandonnaient car les chiens faisaient trop de d&#233;g&#226;ts chez eux, un terrier en appart &#231;a d&#233;m&#233;nage. Et puis, bizarre, il &#233;tait moins dr&#244;le que celui de la tv, il ne faisait pas de tour&#8230;. C'est vrai quoi, on a achet&#233; un chien 1500 E, pour avoir le m&#234;me que l'on a vu &#224; la tv. Les contrats de ventes &#233;taient encore r&#233;dig&#233;s avec l'ancien article qui consid&#233;rait l'animal comme un meuble. Donc le chien se devait d'&#234;tre conforme au mod&#232;le !!&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans mon salon de toilettage j'essaie de jongler avec les demandes des clients et le respect de l'animal. La grande partie de mes clients ne connaisse pas les besoins r&#233;els de leurs chiens, ou alors ils n'en tiennent pas compte. Ils ne connaissent pas non plus de limite dans leur propre envie de se faire plaisir au d&#233;triment des besoins &#233;l&#233;mentaires de l'animal. Nous avons cr&#233;&#233; des races de chiens de compagnie afin de pouvoir combler nos manques affectifs, nos envie de c&#226;liner, prot&#233;ger, prendre soins de quelqu'un, se sentir utile&#8230; Le toilettage du chien quoique certains en pensent est pour plein de races n&#233;cessaire au bien &#234;tre de celui-ci. Prenons l'exemple du caniche, ces poils ont &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;s afin de le prot&#233;ger de l'eau lors des anciennes parties de chasse au canard, mais si on ne le coupe pas r&#233;guli&#232;rement que deviendrait le caniche ? Un amas de poils tout coll&#233;s ne laissant plus la peau du chien respirer, les yeux enti&#232;rement recouverts de poils, marchant sur des chaussons de poils, la gueule quasiment referm&#233;e par les poils m&#234;l&#233;s au salissure. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est de temps en temps des chiens dans ces &#233;tats l&#224; qui arrivent au salon, yeux recouverts de pus, anus bouch&#233;s par des sacs de poils remplis de crottes, ongle retourn&#233;, rong&#233; par des centaines de puces. Ces animaux ne sont pas reclus au fond d'un jardin, non non, ils vivent dans la maison avec leurs ma&#238;tres, peut-&#234;tre sur le canap&#233; ou dans leurs lit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En parlant de l'acc&#232;s au lit j'aime bien ces deux petits dessins :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_321 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture21.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture21.png' width='500' height='1043' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_322 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture22.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture22.png' width='500' height='1085' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On peut vraiment se demander pourquoi beaucoup de personnes cherchent &#224; avoir un animal adulte mais avec des caract&#233;ristique de chiot. Dans ma client&#232;le j'ai tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement des propri&#233;taires de chiens qui me demande des coupes &#171; bb &#187;, &#171; puppy &#187;, &#171; nounours &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'amuse quelques fois &#224; leur demander si pour la coupe bb c'est un coupe bb chien ou bb humain qu'ils souhaitent&#8230; j'aimerais bien leur demander aussi pourquoi ils souhaitent maintenir leurs chiens dans une posture de chiot, ils l'ont peut &#234;tre fait avec leurs enfant aussi&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'alimentation animale est un autre exemple. Je crois que nous n'avons jamais vraiment respect&#233; les besoins alimentaires des animaux. Que ce soit les animaux d'&#233;levage ou de compagnie qui se retrouvent depuis une quarantaine d'ann&#233;es a manger des croquettes. Aliments qui contiennent (en premier ingr&#233;dient du mais, du bl&#233;, suivi, de la betterave et en g&#233;n&#233;ral 5 &#224; 10 % de viandes et par viande je veux dire des d&#233;chets, raclures de carcasse, tendons nerf&#8230; (au passage c'est quasiment les m&#234;mes ingr&#233;dients que dans les nuggets !) )&lt;br class='autobr' /&gt;
La partie carn&#233;e, g&#233;n&#233;ralement sous la forme de farine de viandes, dont la provenance est occult&#233;e, ainsi que les graisses animales entrant dans la composition des croquettes sont achet&#233;es aupr&#232;s de soci&#233;t&#233;s d'&#233;quarrissages. Ces soci&#233;t&#233;s ont comme vocation primaire de valoriser toutes les parties des animaux qui leur sont amen&#233;es. Animaux de fermes malades ayant &#233;t&#233; trait&#233;s par des m&#233;dicaments divers dont des antibiotiques, euthanasi&#233;s pour des raisons diverses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ou alors ces soci&#233;t&#233;s d'&#233;quarrissage re&#231;oivent les invendus provenant de diff&#233;rentes grandes surfaces. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour gagner du temps, certaines soci&#233;t&#233;s d'&#233;quarrissage ne prennent m&#234;me pas la peine d'enlever les emballages PLASTIQUE. Dans certains pays, les animaux, dont les chiens et chats euthanasi&#233;s par des v&#233;t&#233;rinaires, peuvent prendre le chemin de l'&#233;quarrissage pour &#234;tre transform&#233;s en farine de viande et en graisse animale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une alternative depuis quelques ann&#233;es le BARF Bones And Raw Foods (os et aliments crus) plus enclin &#224; respecter les carnivores chien chat furet&#8230; Il suffit de se rappeler que nos chiens, chats et furets sont encore des carnivores, signifiant logiquement qu'ils ne sont ni herbivores, ni omnivores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connait-on les cycles de chaleurs de la chienne par exemple ? On me dit souvent &#171; ma chienne a ses r&#232;gles ! ce qui a le don de m'&#233;nerver &#8230;.non pas parce que on attribue un terme r&#233;server &#224; la femme mais parce que le cycle et l'ovulation sont diff&#233;rents. J'ai une cliente qui focalise sur les chaleurs de sa chienne caniche toY de 2kg , d&#232;s que je la vois elle me demande de ne pas trop manipuler sa chienne vers la vulve car selon elle cela va l'exciter&#8230; La reproduction des animaux de compagnie pose beaucoup de questions aussi. Nous d&#233;testons avoir des animaux de compagnie qui d&#233;veloppent leur sexualit&#233;, l'animal qui se frotte &#224; nos jambes, celui qui renifle ou l&#232;che ses propres parties g&#233;nitales ou celles de son copain d'ailleurs, animal qui s'accouple devant nous, inceste&#8230; Nous essayons de faire disparaitre tous ces comportements, primaires et animaux qui nous d&#233;rangent. Ne dit-on pas &#171; faire l'amour comme des b&#234;tes &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc les animaux doivent &#234;tre st&#233;rilis&#233;s pour &#233;viter une surpopulation selon les v&#233;t&#233;rinaires des associations de d&#233;fense des animaux. Mais c'est aussi une fa&#231;on de contr&#244;ler les naissances et de continuer &#224; qualifier les races de &#171; chiens de race &#187;. Pas de croisement, pas de b&#226;tard&#8230; Respecte-t-on encore l'animal quand on le st&#233;rilise ? Et respecte-t-on l'animal quand on laisse les femelles &#234;tre saillies &#224; chaque chaleur ? Depuis deux ans la reproduction des animaux de compagnie est dirig&#233;e par une nouvelle ordonnance dans le cadre de la loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la for&#234;t (08/10/2015) applicable d&#232;s le 1er janvier 2016. Je cite : toute personne qui veut produire, et ensuite vendre, un chiot ou un chaton doit pr&#233;alablement se d&#233;clarer aupr&#232;s de la chambre d'agriculture et obtenir un num&#233;ro SIREN. L'objectif : dissuader les particuliers de faire faire des port&#233;es &#224; leur animal pour le loisir, et ainsi contribuer &#224; la lutte contre l'abandon en diminuant l'offre de chiots et chatons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, une d&#233;rogation sera possible pour les personnes produisant des animaux inscrits aux livres g&#233;n&#233;alogiques, dans la limite d'une port&#233;e par an par foyer fiscal. En lieu et place d'un num&#233;ro SIREN, ils se verront attribuer un num&#233;ro de port&#233;e par les livres g&#233;n&#233;alogiques !&lt;br class='autobr' /&gt;
Les avantages de cette ordonnance : &lt;br class='autobr' /&gt;
1 L'objectif est de dissuader les particuliers de faire reproduire de mani&#232;re irr&#233;fl&#233;chie des chiens et des chats pour se faire un compl&#233;ment de revenu non d&#233;clar&#233; (ou comment r&#233;cup&#233;rer encore un peu de pognon).&lt;br class='autobr' /&gt;
2 L'avantage pour les consommateurs, c'est qu'ils seront assur&#233;s que les installations qui h&#233;bergent les animaux sont conformes &#224; la r&#233;glementation et que les animaux sont d&#233;tenus dans des conditions conformes &#224; leurs imp&#233;ratifs biologiques (en quoi les animaux qui se reproduisent dans un &#233;levage sont plus heureux que ceux qui reproduisent chez un particulier ? Nombre d'&#233;levages d&#233;clar&#233;s avec autorisation ne sont jamais visit&#233;s par les services v&#233;t&#233;rinaires).&lt;br class='autobr' /&gt;
3 - Moins d'animaux disponibles par petites annonces donc moins d'abandons (moins d'abandons de chien sans pedigrees surtout).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pourrions aussi parler de l'industrie v&#233;t&#233;rinaire, culpabilisant au maximum les propri&#233;taires d'animaux : pression pour la st&#233;rilisation, pour les vaccins, les op&#233;rations en tous genres, l'acte d'euthanasie qui au passage n'est pas autoris&#233; dans tous les pays, du march&#233; fun&#233;raire, de la cosm&#233;tologie, de la mode&#8230;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voulons des animaux de compagnie beaux, propres, ob&#233;issants, fid&#232;les, qui nous aiment sans d&#233;tours. Une parfaite image de nous, ce que nous voulons montrer au monde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le chien est vecteur d'une image pour son maitre. En ayant telle ou telle race on montre quelque chose de nous. C'est d'ailleurs ce qu'ont compris certains chefs d'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_323 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture23.png' width='480' height='752' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Vladimir Poutine&lt;br class='autobr' /&gt;
Koni, un labrador noir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_324 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture24.png' width='500' height='667' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jacques Chirac&lt;br class='autobr' /&gt;
Sumo, un petit bichon maltais. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_325 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture25.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture25.png' width='500' height='917' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bill Clinton, &lt;br class='autobr' /&gt;
Buddy labradors chocolat, et Socks un chat.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_326 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture26.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture26.png' width='500' height='981' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;George Bush&lt;br class='autobr' /&gt;
Barney (dans les bras de George Bush) et Miss Beazly, deux scottish terrier. India, un chat &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_327 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture27.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture27.png' width='500' height='1065' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Val&#233;ry Giscard d'Estaing, &lt;br class='autobr' /&gt;
Jugurtha, un braque de Weimar.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_328 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture28.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture28.png' width='500' height='936' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Depuis 50 ans, tous les pr&#233;sidents fran&#231;ais ont eu un chien &#224; l'Elys&#233;e Emmanuel Macron a adopt&#233;, un crois&#233; labrador. Baptis&#233; Nemo. Ce qui est &#233;trange c'est qu'il il avait d&#233;j&#224; un chien personnel Figaro un dogue argentin qu'il a confi&#233; depuis, la race ne repr&#233;sentait s&#251;rement pas ce qu'il voulait montrer ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_329 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture29.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture29.png' width='500' height='743' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Bo, le chien d'eau portugais, de Barack Obama&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je cherchais quelle race de chien ou de chat avait choisi Donald Trump , mais il semble que ce soit aussi le seul pr&#233;sident des Etats-Uunis qui n'ait pas continu&#233; la tradition des chiens &#224; la maison blanche, donc je souhaitais quand m&#234;me l'illustrer par quelques photos :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_330 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture30.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture30.png' width='500' height='732' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;allez encore une :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_331 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture31.png' width='500' height='639' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;et une derni&#232;re ma pr&#233;f&#233;r&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_332 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture32.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture32.png' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;UN AUTRE REGARD , un changement bient&#244;t ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon Jean-Pierre Digard dans son livre &lt;i&gt;La plus belle histoire des animaux&lt;/i&gt;, je cite :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pendant longtemps encore l'homme et l'animal entretiendront des rapports multiples, diff&#233;rents d'une culture &#224; une autre, pour le meilleur et pour le pire&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'animal va s'opposer avec la technologie. Nous aurons certainement dans l'avenir moins besoin de l'exploiter (&#233;levage qui pollue trop, probl&#232;mes sanitaires prise de conscience de la consommation de viande, avanc&#233;e de la recherche en laboratoire pour ne plus faire de recherche directement sur des animaux).&lt;br class='autobr' /&gt;
Attention cependant &#224; la prise de contr&#244;le des politiques sur la possibilit&#233; d'avoir des animaux de compagnie (permis, st&#233;rilisation, testa ADN obligatoire, permis et autorisation de possession)&lt;br class='autobr' /&gt;
Et en fait sur quels crit&#232;res et qui devront d&#233;cider quelle esp&#232;ce nous pouvons faire l'&#233;levage ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et dans quelles conditions ?&lt;br class='autobr' /&gt; Pour info depuis avril 2017 Taiwan est le premier pays asiatique &#224; interdire la consommation de viande de chien et de chat. Pourquoi uniquement que les chiens ou les chats ? et les poulets cochons&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut aussi se demander quel est le devenir de certaines esp&#232;ces qui ne nous serviraient plus ? Vaches cochons volaille&#8230;.elles pourraient disparaitre ou se retrouver aussi au zoo, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Po&#233;sies :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un chien&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean L'Anselme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un chien mourait doucement&lt;br class='autobr' /&gt;
Son regard ne parlait de rien d'autre&lt;br class='autobr' /&gt;
Que d'une chose infinie, incompr&#233;hensible&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme une m&#233;lancolie&lt;br class='autobr' /&gt;
On le soigna pour les reins et pour le foie&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour les poumons et pour l'intestin&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour les pieds et pour la t&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
Et on lui op&#233;ra m&#234;me le regard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sut trop tard qu'il attendait son ma&#238;tre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil homme et le chien&lt;br class='autobr' /&gt;
Daniel Boy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transparent au regard des passants trop press&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
Un vieil homme est assis, transi et affam&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous un porche &#224; l'abri des frimas de janvier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il implore un sourire, une pi&#232;ce de monnaie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Passe un chien dans la rue, un chien de pedigree,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une voiture suit, heurte le canid&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussit&#244;t extirp&#233;s de leurs logis douillets&lt;br class='autobr' /&gt;
Accourent de partout des bourgeois empress&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Ne le laissez pas l&#224;, amenez-le chez moi&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai une couverture afin qu'il n'ait pas froid !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques instants apr&#232;s, l'animal est pans&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Dorlott&#233;, r&#233;chauff&#233;, maintes fois caress&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au dehors dans la rue le silence est tomb&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le monde est rentr&#233;, a ferm&#233; ses volets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous son porche &#224; l'abri des frimas de janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vieil homme soudain s'est mis &#224; aboyer&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pierre Rivi&#232;re &#8211; Infamie et Normalisation</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=395</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=395</guid>
		<dc:date>2017-09-07T09:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maria Muhle</dc:creator>


		<dc:subject>Foucault</dc:subject>
		<dc:subject>norme</dc:subject>
		<dc:subject>biopolitique</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les trois termes qui donnent le titre &#224; notre colloque, &#171; Exclusion, discipline, terreur &#187;, mettent en perspective deux points fondamentaux de l'analytique du pouvoir &#233;labor&#233;e par Michel Foucault : D'une part, il s'agit de la discussion entam&#233;e depuis la publication de La Volont&#233; de Savoir en 1976 au moins, autour du partage entre les diff&#233;rents r&#233;gimes de pouvoir dont parle Michel Foucault ; et d'autre part, il s'agit de la question &#233;pineuse de la &#171; positivit&#233; &#187; du pouvoir que Foucault (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les trois termes qui donnent le titre &#224; notre colloque, &#171; Exclusion, discipline, terreur &#187;, mettent en perspective deux points fondamentaux de l'analytique du pouvoir &#233;labor&#233;e par Michel Foucault : D'une part, il s'agit de la discussion entam&#233;e depuis la publication de &lt;i&gt;La Volont&#233; de Savoir&lt;/i&gt; en 1976 au moins, autour du partage entre les diff&#233;rents r&#233;gimes de pouvoir dont parle Michel Foucault ; et d'autre part, il s'agit de la question &#233;pineuse de la &#171; positivit&#233; &#187; du pouvoir que Foucault semble d&#233;finir en introduisant la notion de biopolitique comme &#171; un pouvoir qui investit la vie de part en part &#187;. Le malaise formul&#233; dans l'expos&#233; par rapport &#224; ces questions &#233;tant celui de savoir si vraiment le pouvoir moderne biopolitico-gouvernemental peut se passer du recours aux techniques r&#233;pressives, d'exclusion voire de terreur. Foucault lui-m&#234;me a soulign&#233; dans&lt;i&gt; la Volont&#233; de savoir &lt;/i&gt; que le XX&#232;me si&#232;cle, si&#232;cle biopolitique donc, a &#233;t&#233; bien &lt;i&gt;plus&lt;/i&gt; meurtrier que les si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents et que le pouvoir biopolitique se doublait donc d'un &#171; formidable pouvoir de mort &#187; ou d'une thanato-politique. On conna&#238;t les analyses d'Agamben qui, &#224; partir d'ici, a tent&#233; de montrer que toute biopolitique &#233;tait au fond travers&#233;e par un pouvoir souverain d'exception. Je pense, n&#233;anmoins, que cette interpr&#233;tation passe &#224; c&#244;t&#233; de l'analyse de biopouvoir de Foucault qu'elle homog&#233;n&#233;ise du c&#244;t&#233; du pouvoir souverain, et qu'il faudra repenser la &#171; labilit&#233; des dispositifs du pouvoir &#187; dont il est question dans l'expos&#233; en termes g&#233;n&#233;alogiques, en se tournant, justement, vers les &#233;crits des ann&#233;es 1970&#8211;75 autour du rapport entre le savoir psychiatrique sur les anormaux et leur prise dans les dispositifs disciplinaires qui viennent &#224; constituer la g&#233;n&#233;alogie directe, si l'on veut, de ce que Foucault appellera en 1976 la biopolitique ou, un an plus tard, la gouvernementalit&#233; : l'exclusion, technique principale du pouvoir psychiatrique, se maintient donc &#224; l'int&#233;rieur du dispositif biopolitico-gouvernemental &#224; travers le pouvoir de normalisation mais elle y change d'apparence : car le trait fondamental de la normalisation comme m&#233;canisme fondamental des dispositifs de s&#233;curit&#233; est de &lt;i&gt;projeter&lt;/i&gt; l'exclusion dans le futur, c'est-&#224;-dire d'&#233;laborer des analyses de risques futurs ainsi que de mettre &#224; disposition des moyens pour rem&#233;dier &#224; ces risques avant d'avoir pris forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais, dans ce qui suit, reprendre ces questions &#224; partir d'une figure sp&#233;cifique qui se trouve &#224; l'entrecroisement des diff&#233;rentes strat&#233;gies de pouvoir d'exclusion, de disciplinarisation et de normalisation et qui revient &#224; plusieurs reprises dans la pens&#233;e de Foucault, &#224; savoir de la figure de l'inf&#226;me : Foucault en donne une sorte de &#171; th&#233;orisation &#187; dans son petit texte &lt;i&gt;La vie des hommes inf&#226;mes&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1977, donc un an apr&#232;s &lt;i&gt;la Volont&#233; de savoir&lt;/i&gt;, qui &#233;tait destin&#233; &#224; figurer comme introduction d'une anthologie de textes &#8211; notamment des lettres de cachet &#8211; exhum&#233;s des archives de l'enfermement de l'H&#244;pital g&#233;n&#233;ral de la Bastille, projet qui ne fut jamais r&#233;alis&#233;.i Mais la figure de l'inf&#226;me appara&#238;t &#233;galement dans les analyses de la soci&#233;t&#233; punitive et de l'enfermement, dans les cours et textes du d&#233;but des ann&#233;es 1970 ainsi qu'en rapport avec la r&#233;flexion autour de la notion de pl&#232;be comme Alain Brossat l'a r&#233;cemment montr&#233; ; et finalement en rapport avec le fameux dossier Rivi&#232;re que Foucault &#233;tudia au sein de son petit s&#233;minaire au Coll&#232;ge de France consacr&#233; &#224; l'&#233;tude des rapports entra la m&#233;decine psychiatrique et le droit p&#233;nal des ann&#233;es 1971&#8211;1972. &lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait alors dire que la figure de l'inf&#226;me fonctionne comme pierre de touche de cette &#171; typologie diff&#233;rentielle des dispositifs de pouvoir &#187; dont il est question dans l'expos&#233; et qui s'articule autour de l'opposition entre le mod&#232;le de la l&#232;pre et celui de la peste, donc des techniques de pouvoir de partage et d'exclusion et des dispositifs modernes de discipline et de normalisation ; ou, pour le dire encore autrement, entre le r&#233;gime souverain et son droit de glaive et cette positivit&#233; du pouvoir sous laquelle Foucault r&#233;unit, au moins au moment de sa premi&#232;re conception en 1976, les disciplines, entendus comme anatomo-politique du corps humain et la biopolitique de la population. Mais au lieu de proposer encore une histoire de l'inf&#226;me dans la pens&#233;e de Foucault, je voudrais me concentrer ici sur la figure de Pierre Rivi&#232;re, et plus concr&#232;tement, je voudrais proposer une approche m&#233;diologique de ce dossier Rivi&#232;re, afin de questionner non seulement l'&#233;criture de Rivi&#232;re m&#234;me ainsi que l'appareil institutionnel d'&#233;criture par lequel le geste de Rivi&#232;re a &#233;t&#233; entour&#233; ; mais &#233;galement l'&#233;criture des chercheurs autour de Foucault ainsi que l'&#233;criture cin&#233;matographique qui sont venus se rajouter &#224; ce dossier quelque cent cinquante ans apr&#232;s. Ce qui m'int&#233;resse alors est de poser la question de savoir si et, si oui, comment Pierre Rivi&#232;re parricide ayant tu&#233; en 1835 dans un petit village normand sa m&#232;re, sa s&#339;ur et son fr&#232;re, figure de l'inf&#226;me donc en proie &#224; un pouvoir de normalisation psychiatrique et juridique, &#233;chappe &#224; l'emprise de ce m&#234;me pouvoir qui pourtant le traverse de part en part. Cette possibilit&#233; d'une &#233;chappatoire au pouvoir normalisateur est li&#233;e &#233;videmment &#224; ce fameux m&#233;moire de Rivi&#232;re, constitu&#233; d'une cinquantaine de pages manuscrites en captivit&#233; apr&#232;s avoir commis son crime, err&#233; pendant trente jours dans la campagne normande et s'&#234;tre finalement fait arr&#234;ter par la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Pierre Rivi&#232;re, comme figure de l'Anormal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses cours de l'ann&#233;e 1975, consacr&#233;s &#224; l'&#233;tude des &lt;i&gt;Anormaux&lt;/i&gt;, Foucault constate un glissement &#224; l'int&#233;rieur du rapport entre le juridique et le psychiatrique qui s'op&#232;re entre l'entr&#233;e en vigueur du code p&#233;nal de 1810 et un nouveau type d'expertises psychiatriques adopt&#233; quelques ann&#233;es apr&#232;s. Foucault rappelle que le code p&#233;nal &#233;tait bas&#233; sur le &#171; principe de la porte tournante &#187;, principe d'exclusion mutuelle entre le juridique et le m&#233;dical qui stipule que &#171; quand le pathologique entre en sc&#232;ne, la criminalit&#233;, aux termes de la loi, doit dispara&#238;tre &#187;. &#192; ce rapport classique, la nouvelle expertise psychiatrique substitue &#171; un jeu qu'on pourrait appeler le jeu de la double qualification m&#233;dicale et judiciaire &#187; qui organise le domaine de la &#171; perversit&#233; &#187; gr&#226;ce &#224; des r&#233;ductions annonciatrices, le r&#233;cit de petites sc&#232;nes enfantines et pu&#233;riles pour ainsi faire de la vie de l'individu en question un &#171; Analogon du crime &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au lieu de d&#233;terminer si l'individu inculp&#233; &#233;tait en &#233;tat de d&#233;mence au moment de commettre l'acte ou non, l'expertise nouvelle construit un &#171; doublet psychologico-&#233;thique du d&#233;lit &#187; en &#233;tablissant les ant&#233;c&#233;dents en quelque sorte &#171; infraliminaires de la p&#233;nalit&#233; &#187; pour ainsi permettre &#171; de replacer l'action punitive du pouvoir judicaire dans un corpus g&#233;n&#233;ral de techniques de transformation des individus &#187;. L'expertise psychologique ne vise donc plus un acte, une action ponctuelle dont il faut d&#233;terminer l'imputabilit&#233; au sujet, mais elle s'&#233;tend dans la dur&#233;e &#8211; ceci &#233;tant &#233;galement une caract&#233;ristique fondamentale des techniques biopolitico-gouvernementales &#8211;, en visant le comportement de l'individu, son attitude, son caract&#232;re qui sont &#171; moralement des d&#233;fauts sans &#234;tre ni pathologiquement des maladies, ni l&#233;galement des infractions &#187;. Ainsi, l'expertise s'efforce de montrer comment l'individu ressemblait d&#233;j&#224; &#224; son crime avant de l'avoir commis, et ceci par une voie simplement analogique en cumulant ces s&#233;ries des ill&#233;galit&#233;s infraliminaires, des incorrections non-ill&#233;gales. &lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle expertise, nous dit Foucault, proc&#232;de alors &#224; &#171; une reconstitution anticipatrice sur une sc&#232;ne r&#233;duite du crime lui-m&#234;me &#187;. Les expertises psychiatriques, venues n&#233;cessairement &lt;i&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt; le crime, tentent de trouver l'explication du crime dans la vie d'avant ce crime, elles pr&#233;sentent donc une sorte de &lt;i&gt;pre-enactment&lt;/i&gt;, une mise en sc&#232;ne textuelle, la pr&#233;paration a priori-posteriori d'un &#233;v&#233;nement futur. Ce qui m'int&#233;ressera particuli&#232;rement, sera comment ce &lt;i&gt;pre-enactment&lt;/i&gt; sera doubl&#233; par une s&#233;rie de &lt;i&gt;re-enactments&lt;/i&gt;, donc de reconstitutions &#233;galement textuelles mais aussi cin&#233;matographiques, de la main de Foucault et de Ren&#233; Allio notamment, qui tout au contraire ne tenteront pas d'expliquer le crime ni par voie d'une pr&#233;-constitution, ni par une re-constitution, mais constatent uns sorte de consubstantialit&#233; entre les textes, les images et l'action qui m'int&#233;ressera dans quelques instants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Se cristallise alors dans les expertises psychiatriques, ce que Foucault r&#233;sumera sous le nom de pouvoir de normalisation, qui op&#232;re de mani&#232;re pr&#233;voyante et pr&#233;visionnelle afin de permettre le triage des individus dangereux et des individus normaux. Ce pouvoir constitue un type de pouvoir nouveau qui &#171; d&#233;bouche sur la sc&#232;ne th&#233;&#226;trale du tribunal &#187; et qui, tout en prenant appui &#171; sur l'institution judiciaire et m&#233;dicale [&#8230;] a son autonomie et ses r&#232;gles &#187;. Ces r&#232;gles du pouvoir de normalisation prennent appui dans une certaine forme de narration biographique qui, &#224; travers l'expertise psychiatrique, d&#233;c&#232;le la possibilit&#233; du crime, la criminalit&#233; en puissance, donc le caract&#232;re dangereux d'un individu. S'annonce ici ce qui sera une des pratiques fondamentales du paradigme biopolitico-gouvernemental comme pouvoir indirect ou gouvernement m&#233;diat, la pr&#233;vision, le calcul probabilistique, le diagnostic, la projection. Le but du pouvoir de normalisation &#233;tant de normaliser avant qu'il y ait &#233;v&#233;nement, il ne se dirige aucunement vers un sujet commettant un acte ill&#233;gal, mais vers un individu ayant un certain comportement suspect. Cette narration biographique, nous l'avons vu, est repr&#233;sent&#233;e ici par le nouveau style des expertises psychiatriques qui, bien qu'&#233;crites apr&#232;s le crime, d&#233;finissent ou d&#233;terminent un &#171; avant &#187; du crime, &lt;i&gt;une infra-criminalit&#233; avant l'acte ou une criminalit&#233; en puissance&lt;/i&gt;. La t&#226;che du pouvoir de normalisation &#233;tant alors de g&#233;n&#233;raliser cette d&#233;marche pr&#233;voyante afin d'emp&#234;cher d'autres crimes et de cerner d'autres individus ou classes dangereuses susceptibles de nuire &#224; la normalit&#233; biopolitique de l'ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit alors comment le personnage de Rivi&#232;re se trouve pris dans ce d&#233;calage d'un r&#233;gime classique tourn&#233; vers l'action dans lequel maladie et crime s'excluent mutuellement, et d'un r&#233;gime de normalisation qui vise toute la vie de l'individu, son comportement et son attitude, afin d'en d&#233;duire son caract&#232;re anormal voire dangereux. C'est ainsi que gr&#226;ce au comportement d&#233;viant de Rivi&#232;re &#8211; il crucifiait de petits oiseux et aga&#231;ait son petit fr&#232;re &#8211; il est possible d'en faire un individu dangereux, de d&#233;terminer son caract&#232;re criminel. Dans une telle interpr&#233;tation normalisatrice, le m&#233;moire de Rivi&#232;re, pi&#232;ce centrale du dossier, est r&#233;duite &#224; une fonction d'aveu, d'explication a posteriori de l'acte atroce, &#233;crit d'ailleurs &#224; la commande de l'institution juridique en la personne du magistrat d'instruction. C'est &#224; cette interpr&#233;tation que Foucault s'oppose radicalement en montrant le caract&#232;re &#233;quivoque de ce m&#233;moire et en pla&#231;ant le personnage de Rivi&#232;re davantage du c&#244;t&#233; de l'inf&#226;me que de celui des anormaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Rivi&#232;re, l'inf&#226;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La vie des hommes inf&#226;mes&lt;/i&gt; Foucault pr&#233;sente des &#233;crits d'origine institutionnelle et de caract&#232;re incertain &#8211; tels que les placets, lettres de cachets, ordres du roi, ainsi que les enqu&#234;tes pr&#233;c&#233;dant ces ordres du roix &#8211; comme des &#171; po&#232;mes vies &#187;. Il s'agit en fait de &lt;i&gt;textes op&#233;ratifs&lt;/i&gt;, de textes &#171; qui ont jou&#233; un r&#244;le dans ce r&#233;el dont ils parlent &#187; ; la question de la repr&#233;sentation de la r&#233;alit&#233;, &#224; la mani&#232;re d'un r&#233;alisme social, fid&#232;le &#224; la mis&#232;re du monde, fait place ici &#224; cette id&#233;e de &lt;i&gt;r&#233;alisme op&#233;ratif&lt;/i&gt; ou de fonctionnalit&#233; des textes. Ce sont des mots dans lesquels se sont jou&#233;es des vies : &#171; Ces discours ont r&#233;ellement crois&#233; des vies ; ces existences ont &#233;t&#233; effectivement risqu&#233;es et perdues dans ces mots. &#187; Car c'est dans la rencontre avec le pouvoir, gr&#226;ce au pouvoir, que ces existences obscures laissent des traces et entrent dans les archives, c'est-&#224;-dire dans un dispositif d'enregistrement qui ne leur &#233;tait pas accessible. En m&#234;me temps, ces vies inf&#226;mes ne deviennent pas plus que ce qu'elles sont &#8211; des mots &#8211;, &#233;tant donn&#233; qu'elles sont inf&#226;mes non pas par leur action, comme ce serait le cas pour les &#171; hommes d'&#233;pouvante et de scandale &#187; dont &#171; l'infamie n'est qu'une modalit&#233; de l'universelle &lt;i&gt;fama&lt;/i&gt; &#187;. Au contraire, ces vies inf&#226;mes sont inf&#226;mes &lt;i&gt;strictement&lt;/i&gt;, &#171; en toute rigueur &#187;, et ne composent &#171; avec aucune sorte de gloire &#187;, comme dit Foucault : &#171; ils n'existent plus que par les quelques mots terribles qui &#233;taient destin&#233;es &#224; les rendre indignes, pour toujours de la m&#233;moire des hommes. Et le hasard a voulu que ce soient ces mots, ces mots seulement, qui subsistent. Leur retour maintenant dans le r&#233;el se fait dans la forme m&#234;me selon laquelle on les avait chass&#233; du monde. Inutile de leur chercher un autre visage, ou de soup&#231;onner en eux une autre grandeur ; ils ne sont plus que ce par quoi on a voulu les accabler : ni plus ni moins. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ordinaire peut donc se dire, ou mieux encore s'&#233;crire. Et &#224; nouveau Foucault constate ici un passage, un d&#233;placement &#224; l'int&#233;rieur des techniques de pouvoir quand le pouvoir exerc&#233; au niveau de la vie quotidienne passe de la condition d'&#234;tre celui d'un monarque, &#224; la fois principe politique et puissance magique, &#224; &#234;tre &#171; un r&#233;seau fin, diff&#233;renci&#233;, continu, o&#249; se relaient les institutions diverses de la justice, de la police, de la m&#233;decine, de la psychiatrie &#187;. Les lettres de cachet font partie, selon Foucault, de cet &#226;ge o&#249; &#171; le corps des mis&#233;rables est affront&#233; presque directement &#224; celui du roi [et ?] leur agitation &#224; ces c&#233;r&#233;monies &#187; et dans lequel par cons&#233;quent, les mots doivent &#234;tres des mots emprunt&#233;s maladroitement &#224; ce discours souverain et th&#233;&#226;tral. C'est cette th&#233;&#226;tralit&#233; des discours inf&#226;mes qui se perdra par la suite &#171; lorsqu'on fera, de ces choses et de ces hommes, des &#8216;affaires', des faits divers, des cas &#187; &#8211;en gros, lorsque le savoir psychiatrique les normalisera tel qu'il a essay&#233; de le faire en constituant l&lt;i&gt;'affaire Pierre Rivi&#232;re&lt;/i&gt;. C'est alors que le style du discours passera d'un paradigme th&#233;&#226;tral &#224; un paradigme d'observation et de neutralit&#233;, de l'&#233;clat souverain &#224; la grisaille de l'administration &#8211; ou &#224; la productivit&#233; du biopolitique que Foucault r&#233;sume, &#224; la fin du texte, dans une tr&#232;s belle formule : &#171; Comme le pouvoir serait l&#233;ger et facile, sans doute, &#224; d&#233;manteler, s'il ne faisait que surveiller, &#233;pier, surprendre, interdire et punir ; mais il incite, suscite, produit ; il n'est pas simplement &#339;il et oreille. Il fait agir et parler. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Rivi&#232;re est donc une figure de l'inf&#226;me en tant qu'il est une de ces voix destin&#233;es &#224; dispara&#238;tre et qui, par un &#171; &#233;trange hasard &#187;, se sont retrouv&#233;es dans les archives et sont arriv&#233;es jusqu'&#224; nous. En m&#234;me temps, Rivi&#232;re, d&#233;j&#224;, constitue une affaire, un fait divers &#8211; le corps de Rivi&#232;re est entr&#233; dans un r&#233;gime post-souverain dans lequel, justement, des m&#233;diations existent, des m&#233;diations journalistiques, scientifiques, administratives. Mais ce que partagent les vies inf&#226;mes du XVII&#232;me et XVIII&#232;me si&#232;cle avec le parricide du XIX&#232;me si&#232;cle, est qu'ils constituent une prise de parole par ceux qui n'auraient pas eu ou d&#251; avoir acc&#232;s &#224; cette parole. Tout le probl&#232;me &#233;tant alors de savoir si et comment cette prise de parole peut &#233;chapper &#224; un pouvoir de normalisation qui en serait en m&#234;me temps l'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. Le m&#233;moire de Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Foucault, c'est le statut m&#234;me du m&#233;moire, qui devrait permettre de donner une r&#233;ponse &#224; cette question : Car, tandis que l'on pourrait en faire un aveu, donc un m&#233;ta-texte qui serait venu &lt;i&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt; le crime et rentrerait donc dans un r&#233;seau de normalisation psychiatrico-juridique post-inf&#226;me, Rivi&#232;re lui-m&#234;me affirmait que le m&#233;moire existait avant le crime, qu'il l'avait con&#231;u d'abord afin &#171; d'entourer le meurtre &#187;. Son premier projet ayant &#233;t&#233; d'&#233;crire son m&#233;moire, annoncer le crime, expliquer la vie des parents, expliquer le geste, commettre le crime, exp&#233;dier le m&#233;moire et se tuer. Un autre projet pr&#233;voyait de d&#233;lier le crime du m&#233;moire en &#233;crivant un m&#233;moire sur la vie de ses parents, puis &#233;crire un deuxi&#232;me m&#233;moire qui dirait le meurtre &#224; venir et finalement commettre le crime. Le troisi&#232;me projet, finalement r&#233;alis&#233; &#171; parce qu'un sommeil &#8216;fatal' l'emp&#234;che d'&#233;crire &#187; adopte la chronologie suivante : &#171; tuer, puis se faire prendre, puis faire ses d&#233;clarations, puis mourir &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question est alors de comprendre le statut de cette prise de parole de &#171; celui qu'on prend pour une sorte d'idiot, [&#8230;] un furieux, un forcen&#233; &#187; et qui est le m&#233;moire : D'abord il est important de souligner que c'est une prise de parole non repr&#233;sentative, qui ne fonctionne pas selon une logique repr&#233;sentative mais arch&#233;ologique ou consubstantielle : et cet aspect est partag&#233; pas les textes op&#233;rationnels des inf&#226;mes et le m&#233;moire de Rivi&#232;re, qui lui, par contre rel&#232;ve davantage d'un paradigme litt&#233;raire ou proto-litt&#233;raire : Malgr&#233; leur style diff&#233;rent, les mots et la vie &#8211; ou plus concr&#232;tement les actes &#8211; se trouvent au m&#234;me niveau, l'existence de Rivi&#232;re se joue dans son m&#233;moire de la m&#234;me mani&#232;re que celle des inf&#226;mes se jouait dans les mots de fausse splendeur des lettres de cachet. Mais leur mod&#232;le est diff&#233;rent : Tandis que les lettres de cachet adoptaient le style th&#233;&#226;tral des discours souverains, le m&#233;moire de Rivi&#232;re rejoint, par sa forme, &#171; toute une s&#233;rie de narrations qui formaient alors comme &lt;i&gt;une m&#233;moire populaire des crimes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a donc constitution d'une m&#233;moire parall&#232;le d&#233;tach&#233;e de la m&#233;moire des grands &#233;v&#233;nements, une m&#233;moire des faits divers distingu&#233;e par un certain style de narration : Car il s'agit, nous dit Foucault, de &#171; changer d'&#233;chelle, grossir les proportions, faire appara&#238;tre le grain minuscule de l'histoire et ouvrir au quotidien l'acc&#232;s au r&#233;cit &#187;. C'est donc une op&#233;ration narratologique qui consiste d'une part &#224; faire rentrer dans le r&#233;cit du fait divers en question des &#233;l&#233;ments, des personnages, des noms, des gestes, des dialogues, des objets qui d'ordinaire n'y ont pas place par d&#233;faut de dignit&#233; sociale ; et, d'autre part, de faire appara&#238;tre ces menus &#233;v&#233;nements &#8211; malgr&#233; leur fr&#233;quence et leur monotonie &#8211; comme singuliers, curieux, extraordinaires et presque uniques. &#171; Il n'a pas &#233;t&#233; besoin d'un roi ou d'un puissant pour les rendre m&#233;morables. Tous ces r&#233;cits racontent une histoire sans ma&#238;tres, peupl&#233;e d'&#233;v&#233;nements fr&#233;n&#233;tiques et autonomes, une histoire en dessous du pouvoir et qui vient buter contre la loi. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui vient se dessiner ici est donc une forme de repr&#233;sentation ou de r&#233;alisme, justement non-repr&#233;sentatif, tel que Jacques Ranci&#232;re l'a formul&#233; avec le r&#233;gime esth&#233;tique de l'art qui se d&#233;finit dans la rupture avec les hi&#233;rarchies classiques de la repr&#233;sentation : la repr&#233;sentation du n'importe qui ranci&#232;rien, la d&#233;mocratie romanesque flaubertienne, ne marque aucunement une rupture avec la mim&#233;sis, la repr&#233;sentation ou le r&#233;alisme, mais uniquement avec sa po&#233;tique, c'est-&#224;-dire ses hi&#233;rarchies repr&#233;sentatives qui d&#233;terminent qui a le droit d'&#234;tre repr&#233;sent&#233; de quelle mani&#232;re et par qui. La prise de parole g&#233;n&#233;ralis&#233;e, la prise de parole de ceux qui n'avaient pas acc&#232;s &#224; la parole, ni &#233;crite, ni dite d'ailleurs, constitue donc un &#233;v&#233;nement esth&#233;tico-politique fondamental qui se retrouve dans le geste de Rivi&#232;re. N&#233;anmoins, dans les prises de position de Ren&#233; Allio par rapport &#224; son film, cet argument de la prise de parole populaire est doubl&#233; d'un argument qui a &#224; voir avec le rehaussement de cette prise de parole : un rehaussement immanent qui produisait des effets stylistiques grotesques dans les lettres de cachet, un rehaussement ext&#233;rieur qui produit des effets tragiques, selon Allio, dans l'affaire Rivi&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette argumentation reprend une certaine perspective sur le r&#233;alisme adopt&#233;e &#233;galement dans la critique litt&#233;raire par Erich Auerbach dans son livre &lt;i&gt;Mim&#233;sis, la repr&#233;sentation de la r&#233;alit&#233; dans la litt&#233;rature occidentale&lt;/i&gt;. Ainsi Auerbach consid&#232;re que l'exploit fondamental de Flaubert est d'avoir repr&#233;sent&#233; le sentiment d'un tragique sans forme, et c'est en ceci qu'il s'inscrit dans le mouvement romantique ; il s'en diff&#233;rencie n&#233;anmoins par le fait d'avoir repr&#233;sent&#233; ce sentiment chez des gens &#171; de pauvre &#233;ducation et des basses couches sociales &#187;. Le quotidien peut et doit non seulement &#234;tre repr&#233;sent&#233;, contrairement au r&#233;gime po&#233;tique ou repr&#233;sentatif qui n'admettait que des sujets &#233;lev&#233;s, mais il doit &#234;tre repr&#233;sent&#233; avec gravit&#233; et tragique, le quotidien se voit par cons&#233;quent &#233;lev&#233; &#224; un niveau tragique. &lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait donc parler, au sein du probl&#232;me du r&#233;alisme du quotidien, d'une oscillation : Il y aurait d'un c&#244;t&#233; une tentative d'&#233;lever le fait divers au rang du tragique (on ne serait donc plus dans le paradigme romanesque de Manon Lescaut mais dans la trag&#233;die), faire donc de l'inf&#226;me le h&#233;ros en l'inscrivant dans une histoire repr&#233;sentative.xvi Cette h&#233;ro&#239;sation du quotidien constituerait en derni&#232;re instance une forme de normalisation historiographique. De l'autre c&#244;t&#233;, on retrouverait une tentative d'&#233;crire une menue histoire, une histoire sans h&#233;ros, a-tragique, m&#233;diatis&#233;e &#8211; telle que Foucault l'annonce dans son introduction &#224;&lt;i&gt; la Vie des hommes inf&#226;mes&lt;/i&gt; qui ne sont rien de plus que leurs mots et qui donnerait lieu, &#233;ventuellement, &#224; une mani&#232;re d'&#233;chapper au pouvoir de normalisation compris, d'un point de vue narratologique, comme pouvoir d'h&#233;ro&#239;sation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV. Allio, rendre compte du dossier en images&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, je voudrais maintenant regarder de plus pr&#232;s la lecture cin&#233;matographique du m&#233;moire de Rivi&#232;re que propose Ren&#233; Allio dans son film &lt;i&gt;Moi, Pierre Rivi&#232;re ayant &#233;gorg&#233; ma m&#232;re, ma s&#339;ur et mon fr&#232;re&lt;/i&gt; de l'ann&#233;e 1975. En r&#233;sumant, on pourrait donc dire que l'hypoth&#232;se partag&#233;e par tous les lecteurs du XX&#232;me si&#232;cle du m&#233;moire de Rivi&#232;re est celle de la prise de parole. Dans les commentaires &#224; son film, Allio r&#233;articule cette prise de parole des paysans, autant dans le m&#233;moire que dans son film, sous l'imp&#233;ratif du &#171; non-parisianisme &#187; qui implique une critique de ce qu'il appelle le &#171; brechtisme &#187; : Par brechtisme, qui ne correspond pas &#224; la pens&#233;e de Brecht, mais &#224; ce que certains intellectuels parisiens en font apr&#232;s sa mort, Allio d&#233;signe de mani&#232;re critique une prise de parole de l'intellectuel &#224; la place et pour le paysan. Cette critique, qu'il partage avec Foucault et Deleuze notamment dans le fameux entretien sur la fonction politique de l'intellectuelxviii, se traduit dans le film par plusieurs d&#233;cisions fondamentales. La plus importante &#233;tant s&#251;rement celle de confier les r&#244;les des notables, avocats, m&#233;decins, juges, &#224; des acteurs professionnels tandis que le r&#244;le des paysans est jou&#233; par d'autres paysans normands afin d'en laisser entendre la &#171; vraie voix &#187;. Foucault avait qualifi&#233; de &#171; politiquement important &#187; cette possibilit&#233; pour les paysans de jouer ce texte paysan et avait remarqu&#233; que le partage entre les acteurs professionnels et non-professionnels reconstruit l'opposition entre les paysans du 19&#232;me et les gens de la ville, &#171; le monde de la loi, les juristes, les avocats &#187;. Cette opposition se voit travers&#233;e par une ligne de communication diachronique et &#171; tr&#232;s directe entre le paysan du xixe si&#232;cle et celui du xxe si&#232;cle &#187; &#224; laquelle les acteurs professionnels restent &#171; ext&#233;rieurs &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par son choix d'acteurs non-professionnels mais &#233;galement par le choix du lieu &#8211; un village normand non loin du village d'origine &#8211; Allio poursuit une strat&#233;gie d'authentification ou d'authenticit&#233; quasi-documentaire qui n&#233;anmoins a trait uniquement au monde paysan, &#224; son milieu, &#224; son paysage et &#224; ses personnages tandis que les sc&#232;nes institutionnelles adoptent un caract&#232;re plut&#244;t fictif. Ainsi l'ancrage dans le paysage normand, la tentative de retrouver la constitution du paysage, du village et des relations sociales se voient doubl&#233;s par une repr&#233;sentation standardis&#233;e du monde juridico-administratif : une pr&#233;sentation tentant de montrer l'authenticit&#233; de l'inf&#226;me s'oppose &#224; une repr&#233;sentation quasi-dramatique de l'institution. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cette authentification qui s'accompagne, non pas dans le film, mais dans le discours d'Allio, de ce qu' on pourrait appeler une strat&#233;gie d'h&#233;ro&#239;sation : ainsi Allio explique que sa pr&#233;occupation, dans tous ses films a &#233;t&#233; &#171; de rendre &#224; des personnages populaires un r&#244;le central, c'est-&#224;-dire, dans le r&#233;cit, ou dans l'histoire, ou dans le r&#233;cit fictionnel, &lt;i&gt;la place du h&#233;ros &lt;/i&gt; &#187;. Foucault s'exprime d'une mani&#232;re semblable : &#171; Ce qui est important aussi dans le film d'Allio, c'est qu'il donne aux paysans leur &lt;i&gt;trag&#233;die&lt;/i&gt;. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Et Allio revient sur cette dimension du tragique qu'il relie &#224; &#171; cette part d'exc&#232;s &#187; par laquelle le m&#233;moire de Rivi&#232;re d&#233;borde tout syst&#232;me d'explication et toute approche normative, comme Foucault l'avait montr&#233; : &#171; Elle est cette part d'exc&#232;s que la description, que la r&#233;duction d'actes de ce genre en termes de faits divers excluent soigneusement. &#187; Allio oppose donc le tragique au fait divers et plus loin la dimension tragique de la violence &#224; une dramaturgie de la quotidiennet&#233;. Une telle opposition semble pourtant se laisser r&#233;soudre uniquement par un acte de rehaussement du quotidien au tragique tel que nous l'avons esquiss&#233;, un rehaussement qui en fin de compte inscrirait le quotidien dans une normalisation narrative et politique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je voudrais donc demander si, au contraire, il existe un tragique qui justement &#233;viterait cette h&#233;ro&#239;sation &#224; la mani&#232;re de la trag&#233;die classique, et une forme narrative qui, tout au contraire, inscrirait le tragique dans le quotidien et non pas le quotidien dans le tragique. C'est &#233;galement Allio qui &#233;nonce cette exigence de faire fonctionner le tragique dans &#171; la dramaturgie de la quotidiennet&#233; conserv&#233;e par l'aspect historique et documentaire et ins&#233;r&#233;e dans ce qu'&#233;tait la condition paysanne du temps &#187; en l'opposant &#224; une chronologie lin&#233;aire dans laquelle l'&#233;v&#233;nement, le meurtre, viendrait &#224; la fin, comme B&#252;chner l'avait fait pour le Woyzeck, autre r&#233;cit d'un fait divers. Il y aurait donc une oscillation dans la pens&#233;e d'Allio entre deux mani&#232;res de mettre en relation tragique et quotidien, une premi&#232;re qui &#233;l&#232;verait le quotidien au tragique et comporterait alors les pi&#232;ges d'une h&#233;ro&#239;sation, donc d'une normalisation, et une deuxi&#232;me qui inscrirait le tragique dans le quotidien et qui &#233;chapperait &#224; la normalisation, c'est-&#224;-dire &#224; l'imposition de hi&#233;rarchies repr&#233;sentatives par son statut d'infamie stricte. Car, m&#234;me si le discours d'Allio semble marqu&#233; par cette ind&#233;cision, son film, par contre, ne l'est aucunement et adopte de plein gr&#233; une position d'infamie stricte, non susceptible aux strat&#233;gies de glorification. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce tragique inf&#226;me s'inscrit dans la condition paysanne par des actes violents, par la violence meurtri&#232;re de Rivi&#232;re, mais &#233;galement par la double passion de la m&#232;re et de Rivi&#232;re, tel que l'&#233;crit Jean Jourdheuil, co-sc&#233;nariste du film, ou bien par la violence de la mort du propre Rivi&#232;re. Le tragique, c'est au fond, la structure assassine du quotidien : le film traite ainsi, &#233;crit Jourdheuil, &#171; de la vie de la campagne &lt;i&gt;telle qu'elle conduit &lt;/i&gt; &#224; un triple meurtre selon une dramaturgie du fait divers &#187;.xxvi Le tragique d&#233;signe la tragique rencontre du monde paysan avec la loi, qui n'est plus la loi divine et souveraine de la trag&#233;die grecque mais celle du Code Civil de 1810, donc une loi qui a elle-m&#234;me bascul&#233;e du c&#244;t&#233; de la normalisation. Pour r&#233;sumer, on pourrait donc dire qu'il ne s'agit plus d'une po&#233;tique du tragique, qui, tout en rehaussant le quotidien, assumerait une hi&#233;rarchie repr&#233;sentative, mais d'&lt;i&gt;une esth&#233;tique du tragique&lt;/i&gt; qui, elle, serait strictement inf&#226;me dans le sens de Foucault, c'est-&#224;-dire dont les &#233;l&#233;ments feraient retour dans le r&#233;el sur le m&#234;me mode, dans la forme m&#234;me selon laquelle on les avait chass&#233; du monde : par les m&#234;mes mots maladroits, les m&#234;mes actes violents. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelles seraient alors les figures de style d'une telle esth&#233;tique ? Allio le dit lui-m&#234;me, il voulait &#171; rendre compte de l'affaire Rivi&#232;re en &lt;i&gt;termes d'images &lt;/i&gt; &#187;. Pour ceci, il fallait partir d'une fid&#233;lit&#233; absolue au texte : &#171; le sens, le dire, &#233;taient d&#233;j&#224; dans le m&#233;moire &#187;, le script existait comme un fait non interpr&#233;table et chaque mot qui est dit dans le film rel&#232;ve du m&#233;moire ou du dossier Rivi&#232;re. Et l'on pourrait voir en cette fid&#233;lit&#233; un acte quasiment aussi &#171; politiquement important &#187; que le fait d'avoir choisi des acteurs paysans. Allio qualifie ce style comme un r&#233;alisme &#224; &#233;gale distance entre distanciation et identification ; et c'est justement cette oscillation entre deux strat&#233;gies narratologiques classiques, l'effet d'ali&#233;nation brechtien et l'immersion po&#233;tique aristot&#233;licienne, qui caract&#233;rise une strat&#233;gie artistique comme celle de la reconstruction historique ou du reenactment. La fid&#233;lit&#233; extr&#234;me au texte se traduit donc, dans le film d'Allio, entre autres, par des sc&#232;nes reconstruites, des remises en sc&#232;ne le plus d&#233;taill&#233;es possible. Je voudrais vous montrer un extrait tr&#232;s bref pour montrer de quoi je parle : ##extrait du film##&lt;br class='autobr' /&gt;
Le re-enactment ou la reconstruction historique est donc a priori une strat&#233;gie artistique et historiographique de l'identification, donc immersive dont le but est de faire revivre au spectateur (ou &#224; celui qui y participe) des sentiments forts, historiques afin de mieux les comprendre sur un mode affectif, direct, sensible. Cette identification est n&#233;anmoins totalement ali&#233;n&#233;e (&lt;i&gt;verfremdet&lt;/i&gt;) dans le film d'Allio &#8211; d&#233;j&#224; par le fait qu'il s'agit d'un film, mais aussi par le caract&#232;re artificiel des sc&#232;nes, qui sont pourtant des reconstructions authentiques presque criminologiques en ce qui concerne la position des corps, la disposition de la chambre etc. Ils apparaissent n&#233;anmoins d'une mani&#232;re totalement artificielle, bien plus comme un d&#233;cor de th&#233;&#226;tre qu'une image identificatrice qui ferait dispara&#238;tre son caract&#232;re d'image. Au contraire, Allio montre l'image en tant qu'image, le support narratif en tant que support, m&#233;dium, et c'est en ceci qu'il s'inscrit dans la pens&#233;e de Brecht, et non du &#171; brechtisme &#187;. Allio expose donc la tension entre une strat&#233;gie identificatrice de l'historiographie, et r&#233;cemment artistique, et une strat&#233;gie d'artificialisation et de distanciation en se pla&#231;ant au fil m&#234;me de cette tension. Il proc&#232;de &#224; une reconstruction artificielle d'un milieu d'&#233;v&#233;nements, dans lequel des personnages &#171; isomorphes &#187; aux paysans du XIX&#232;me si&#232;cle sont r&#233;introduits afin de mettre &#224; preuve la &#171; diff&#233;rence des formes du pass&#233; avec les n&#244;tres &#187;, il s'agit donc de ramener le pr&#233;sent sans qu'il y ait repr&#233;sentation du pr&#233;sent ; de faire jouer le pr&#233;sent avec la pass&#233;, non pas par identification simple, ni non plus par pure distanciation mais en jouant sur la tension entre les deux dans l'image.xxvii &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc ainsi que le dossier Rivi&#232;re, dans ses diff&#233;rentes couches m&#233;diologiques, se d&#233;fend d'une normalisation narratologique d'un c&#244;t&#233; &#8211; il ne s'agit pas d'un texte d'auteur de la m&#234;me mani&#232;re qu'il ne s'agit pas d'un film d'auteur : Rivi&#232;re n'est pas ce sujet libre, autonome et cr&#233;atif qui se traduirait dans un texte dont l'intention serait de faire comprendre un acte. Evidemment il s'agit bien de donner les raisons d'un acte &#8211; Rivi&#232;re le dit lui-m&#234;me mais tout en donnant au texte le m&#234;me poids qu'&#224; l'acte, la m&#234;me densit&#233; ontologique si l'on veut : le dossier Rivi&#232;re fournit des &#233;l&#233;ments, dont un texte, un crime, plus tard d'autres textes ainsi que des images qui s'associent ou se dissocient, sont en mouvement les uns par rapport aux autres &#224; l'int&#233;rieur d'un champ arch&#233;ologique. Rivi&#232;re, en derni&#232;re instance, se comporte en arch&#233;ologue de la condition paysanne et c'est justement pour ceci que le dossier Rivi&#232;re &#233;chappe, de l'autre c&#244;t&#233;, &#224; une normalisation politique : Le r&#233;cit du crime que fait Rivi&#232;re lui-m&#234;me dans son m&#233;moire n'est par cons&#233;quent pas une interpr&#233;tation explicative de sa rationalit&#233; ou de sa d&#233;raison. Au contraire, le r&#233;cit fait partie du crime de telle mani&#232;re que dans l'affaire Rivi&#232;re le geste d'&#233;crire et le geste de tuer sont des &#233;l&#233;ments de m&#234;me nature : &#171; le meurtre et le r&#233;cit du meurtre sont consubstantiels &#187; &#233;crit Foucault. Suivant le mod&#232;le arch&#233;ologique le texte ne renvoie pas &#224; une couche constituant un soubassement de v&#233;rit&#233; historique ou d'&#233;v&#233;nement, au-del&#224; des mots, mais les mots et les choses sont agenc&#233;s au m&#234;me niveau. Contrairement &#224; ce qu'en disent certains experts, &#233;galement frapp&#233;s par la beaut&#233; de l'&#233;criture, le m&#233;moire n'est ni aveu, ni d&#233;fense : tandis que pour les experts juridico-psychologiques de la normalisation, le m&#233;moire n'existe que par le crime, pour Rivi&#232;re, le crime n'existe qu'&#224; partir de son m&#233;moire, &#171; le m&#233;moire n'explique pas le crime, il est le crime &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que Rivi&#232;re reste une figure de l'infamie stricte en d&#233;robant son acte, d'une part, &#224; toute approche glorifiante, et d'autre part &#224; toute approche explicative ou interpr&#233;tative en entra&#238;nant non seulement les psychiatres et experts de son temps mais &#233;galement les lecteurs et spectateurs de notre temps dans sa logique selon laquelle le crime et le texte sont indissociables : C'est ainsi que les gestes de Rivi&#232;re court-circuitent toute approche herm&#233;neutique qui permettrait d'inscrire ses deux gestes dans un syst&#232;me de normalisation bas&#233;, n&#233;cessairement, sur le partage clair entre texte et acte, entre mots et choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Strasbourg, 11 avril 2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Premi&#232;re publication : 13 avril 2014)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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