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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Autour du recueil Le Chien Patriarche</title>
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		<dc:date>2017-12-26T11:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jeanne Truong</dc:creator>


		<dc:subject>animal</dc:subject>

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&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; 1. Le chien patriarche est un recueil rassemblant 5 nouvelles, relatant des histoires avec des animaux, impr&#233;gn&#233;es d'un fantastique quotidien. Fantastique pour ceux qui ne sont pas habitu&#233;s &#224; nommer ces faits, r&#233;els. Pour ma part, je les ai &#233;crites comme des histoires vraies, des sortes de t&#233;moignages documentaires, m&#234;me si tous les faits &#233;nonc&#233;s n'ont pas &#233;t&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=98" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le chien patriarche est un recueil rassemblant 5 nouvelles, relatant des histoires avec des animaux, impr&#233;gn&#233;es d'un fantastique quotidien. Fantastique pour ceux qui ne sont pas habitu&#233;s &#224; nommer ces faits, r&#233;els. Pour ma part, je les ai &#233;crites comme des histoires vraies, des sortes de t&#233;moignages documentaires, m&#234;me si tous les faits &#233;nonc&#233;s n'ont pas &#233;t&#233; chronologiquement dans le m&#234;me espace-temps et ont pu &#234;tre parfois invent&#233;s. Ces histoires n'ont pas pour personnage principal un animal, mais toutes tournent autour d'une rencontre avec un animal ou des animaux, ce qui va constituer l'occasion d'une illumination ou d'une prise de conscience pour les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e au Cambodge sensiblement au moment de la prise de Phnom-Penh par les Khmers rouges et avec mes parents, nous avons v&#233;cu dans les camps, puis migr&#233; vers le Vietnam, l'Inde, puis la France. J'ai mis dans ces histoires beaucoup de mes observations et r&#233;flexions de gamine de huit ans d&#233;barquant &#224; Paris dans un monde invraisemblable, per&#231;u &#224; l'&#233;poque comme un monde de science fiction. Disons, qu'&#224; partir de l&#224;, j'ai intimement compris que toute soci&#233;t&#233; &#233;tait une fiction. Au-del&#224; du d&#233;placement g&#233;ographique qui n'&#233;tait en somme pas nouveau pour moi, c'est surtout l'acc&#233;l&#233;ration du temps qui m'a le plus marqu&#233; &#224; cet &#226;ge-l&#224;. On peut retrouver ce choc &#224; travers le v&#233;cu d'une grand-m&#232;re, dans la nouvelle intitul&#233;e la dette dont voici un extrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture 1&lt;br class='autobr' /&gt;
La dette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les journ&#233;es d'une grand-m&#232;re immigr&#233;e qui essaie de survivre dans un monde nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Au pied de la tour, il n'y avait rien. Quelques rescap&#233;s de la m&#234;me odyss&#233;e. Aucun autochtone. Personne. Le vide. Le silence. Un silence qui ne laissait rien pr&#233;sager. Ni bien ni mal. Personne ne voulait habiter dans ces tours. Toute la famille avait pu s'installer dans le deux-pi&#232;ces &#224; la moquette br&#251;l&#233;e, infest&#233; de cafards, car personne n'y habitait. Les derniers ouvriers avaient quitt&#233; les tours pour des pavillons en banlieue. Les tours &#233;taient compl&#232;tement abandonn&#233;es. C'&#233;tait un vrai d&#233;sert. Au pied de la tour, assises sur les rebords en b&#233;ton, les vieilles divaguaient. Quelques voitures, un centre commercial. Pas d'arbres, pas de fleurs, quelques buissons bizarres et malades. Elles, elles &#233;taient des volcans en &#233;bullition &#224; c&#244;t&#233; de cet ordre moderne et vide. Quelques mois auparavant, c'&#233;tait encore des femmes aux croupes charnues qui suaient et d&#233;goulinaient de chaleur &#233;pic&#233;e dans leur sarong, suintant une forte odeur de terre. Je voyais leur puissance pass&#233;e, me glissais furtivement &#224; c&#244;t&#233; d'elle. Elles ne me remarquaient pas. Mais, je voyais qu'elles emplissaient les environs de leur vitalit&#233;. Leur &#233;nergie bestiale r&#233;veillait le quartier. Bien que vieilles, elles demeuraient des femmes. Elles avaient leur t&#234;te, leurs hanches, leur ventre. Leurs bavardages r&#233;chauffaient l'atmosph&#232;re gel&#233;e, apportaient un nouveau souffle, une nouvelle ambiance. Ils remplissaient le trou amorphe d'un ferment d'&#233;motions et de sentiments qui exhalait un fort go&#251;t humain. Nous ne savions pas qu'il pouvait y avoir autant de b&#233;ton et de grisaille. Les rues palpitaient avec elles. Elles s'abreuvaient de leur sang et de leurs morves. Le sol froid et dur en &#233;tait irrigu&#233;. Les vieilles laissaient monter au ciel les tourbillons de leurs aisselles sal&#233;es, leurs gerbes de larmes, d'aigreurs, de d&#233;sir de vie, de d&#233;sir de justice, les relents de leurs pores de femelles inassouvies et bless&#233;es.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme vous pouvez le supposer &#224; partir de cet extrait, ce recueil est un regard pos&#233; sur une soci&#233;t&#233; moderne par quelqu'un qui vient d'un petit pays, d'une soci&#233;t&#233; que je peux qualifier d'ancienne, une soci&#233;t&#233; dans laquelle une certaine unit&#233; existait entre les hommes, que probablement certains d'entre vous ont pu conna&#238;tre dans les villages fran&#231;ais aussi, une soci&#233;t&#233; petite, de la taille d'une famille, d'une tribu, une entit&#233; r&#233;duite o&#249; ses membres peuvent se voir et se r&#233;unir dans un m&#234;me espace physique ou presque. Venant de ce type de pays, je t&#233;moigne donc de ce que peut repr&#233;senter une soci&#233;t&#233; telle que la n&#244;tre, avec l'acuit&#233; de la perception d'une enfant de huit ans, un &#226;ge o&#249; tout a une clart&#233; extraordinaire et qui doit prendre des d&#233;cisions existentielles pour le reste de sa vie, c'est-&#224;-dire au moment o&#249; cet enfant construit les fondements de sa subjectivit&#233;, de ce qu'on appelle sa vision du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La notion de karma ou de la dette envers les animaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture 2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;C'&#233;tait l'heure des infos. On voyait une journaliste s'introduire dans un b&#226;timent moderne. Ma grand-m&#232;re &#233;tait suspendue aux images. Elle cherchait &#224; comprendre par les images car elle ne pouvait saisir la langue. Un tapis roulant v&#233;hiculait des poules stress&#233;es vers une destination inconnue. La cam&#233;ra fixait l'une d'entre elles. C'&#233;tait la descente froide et d&#233;risoire d'un poulet vers sa mort. Une machine lui ouvrit le gosier, puis la m&#234;me machine lui versa sa ration de nourriture et referma son bec. Les poules hurlaient. Le journaliste nous emmenait ensuite vers l'&#233;table, o&#249; les vaches &#233;taient gav&#233;es. Les gros mammif&#232;res y &#233;taient s&#233;questr&#233;s. On nous montrait les m&#233;dicaments et les stimulants qu'on allait leur administrer. Les vaches avaient l'air sonn&#233;es. Ma grand-m&#232;re n'en croyait pas ses yeux. Puis, d'autres images. On voyait qu'elles grossissaient artificiellement. Leur corps se d&#233;veloppait monstrueusement. Les tissus &#233;taient gonfl&#233;s. Leurs pattes &#233;taient minuscules, leur flanc &#233;norme. Il y avait une disproportion qu'on ne pouvait admettre qu'avec le t&#233;moignage des images. Elles tenaient difficilement debout. Elles n'avaient rien des vaches que nos paysans emmenaient pa&#238;tre avec respect. Le commentateur expliquait qu'on obtenait ainsi des kilos rapidement. Elles pesaient deux fois plus que les vaches normales. Ce qui multipliait la rentabilit&#233; de ces b&#234;tes par deux ! &lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait l'apocalypse pour ma grand-m&#232;re ! Elle s'&#233;tait recul&#233;e, puis, de nouveau, avanc&#233;e vers l'&#233;cran. Elle commentait avec une vive r&#233;volte : &#171; Que font-ils aux animaux ? Ces pauvres b&#234;tes, on les maltraite ! Ce sont des vaches ou des sacs ? Quels salauds ! Ont-ils oubli&#233; tout ce que la vache a fait pour nous ? Sans la vache, nous ne pourrions cultiver ni survivre ! Puis, perdue, ne sachant que faire, d&#233;sempar&#233;e, elle se tourna vers moi et me dit, tu as vu ces voyous, tu as vu ce qu'ils font ! Mon Dieu, comment aider ces animaux ? A qui s'adresser pour &#231;a ? La vache est un animal sacr&#233; ! Elle nous donne son lait, elle nous donne son sang, elle laboure, elle tire, elle porte &#8230; ! Elle avait dit tout cela comme des cris de d&#233;tresse, me suppliait de ne jamais commettre de telles exactions. Ses yeux &#233;taient exorbit&#233;s. Je hochais la t&#234;te, sans comprendre. Apr&#232;s un moment, elle me fit signe de m'asseoir &#224; c&#244;t&#233; d'elle. Puis, elle ajouta avec une profonde tristesse, la vache est un animal sacr&#233;. Sais-tu que c'est un animal qui a plusieurs &#226;mes ? Elle a plus d'&#226;me que nous ! C'est p&#233;ch&#233; que de la traiter comme &#231;a ! Commettre un crime sur cet animal, c'est pire que commettre un crime sur nous-m&#234;mes. Tuer une vache, c'est tuer sept &#226;mes. On ne se remettra pas du meurtre des vaches. Le karma en prend pour plusieurs g&#233;n&#233;rations. Nous sommes fichus ! Pourquoi maltraiter les b&#234;tes ? Ce sont des &#234;tres vivants, des cr&#233;atures sensibles ! Ce ne sont pas de vulgaires objets ! Regarde ! Regarde, mon enfant ! Combien vont-ils en tuer comme &#231;a ? C'est invraisemblable ! Ca n'a pas de fin ! Il y en a encore ! Regarde ! Mon Dieu ! Quelle cruaut&#233; ! Il ne faut pas manger de cette viande ! C'est normal qu'elle n'ait pas le m&#234;me go&#251;t que chez nous ! &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Notre karma ?, demandai-je, entendant le mot pour la premi&#232;re fois.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, ma fille, nous sommes &#233;ternellement endett&#233;s maintenant envers les animaux. L'homme ne pourra pas se relever de tant de cruaut&#233;. C'est comme &#231;a qu'ils tuent, ici ! &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nous aussi ? M&#234;me si nous ne sommes pas d'ici ? me suis-je r&#233;volt&#233;e. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, ma fille ! Nous aussi ! Nous faisons partie de la m&#234;me esp&#232;ce. Nous le paierons, car nous sommes responsables de cette extermination. On n'a pas le droit de donner la mort froidement, ainsi !&lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi, il y avait une dette de l'homme envers l'animal. Je l'apprenais avec ma grand-m&#232;re.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de dette ou de karma envers les animaux est centrale dans mon livre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le karma est profond&#233;ment li&#233; &#224; tous les &#234;tres, pas uniquement aux animaux mais aussi aux plantes et aux min&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux qui ne connaitrait pas cette notion, le karma s'inscrit dans la croyance bouddhiste de la r&#233;incarnation. Il est le r&#233;sultat des actes positifs et n&#233;gatifs de la vie d'un homme. Dans l'ensemble des actes, la quantit&#233; de mal et de bien d&#233;finit le karma d'une personne. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;alit&#233; du karma met, au centre des actions de l'homme, la responsabilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les actes n'ont pas le m&#234;me poids. Maltraiter les plus faibles peut cr&#233;er une dette plus lourde. Le karma d&#233;pend de l'intention d'un acte, de l'acte lui-m&#234;me et de la cons&#233;quence de cet acte. La finalit&#233; de cette sagesse est d'apprendre &#224; renoncer &#224; son pouvoir et &#224; sa position dominante ou avantageuse au profit de la compr&#233;hension de la r&#233;alit&#233; non s&#233;par&#233;e des existences. L'attention aux plus faibles et aux plus vuln&#233;rables, ainsi que la compassion sont les cons&#233;quences naturelles de la prise de conscience de l'unit&#233; que forment tous les &#234;tres entre eux et de leur interd&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, la notion de karma me vient de la sagesse populaire attach&#233;e au bouddhisme. Je ne chercherai pas &#224; &#233;lever cette notion au rang de concept car il n'est pas venu dans ce livre de cette mani&#232;re-l&#224;. C'est une notion profond&#233;ment ancr&#233;e en moi, une notion vernaculaire provenant de nombreuses croyances, superstitions et savoirs de la transmission orale qui constituent pour ma part des vecteurs de connaissances r&#233;elles, des valises invisibles. En ce qui me concerne, les savoirs sont en r&#233;alit&#233; des sortes d'inconscients dont on ne peut pas d&#233;finir clairement la circonf&#233;rence. Par exemple, le savoir de mes parents inclut toutes les valises de tous nos anc&#234;tres et m&#234;me de tout l'univers, peut-&#234;tre. En ce sens, on peut requ&#233;rir ces connaissances &#224; n'importe quel moment si on en a la disposition. Ces connaissances, ce sont tous nos possibles, que m&#234;me un illettr&#233; poss&#232;de du seul fait qu'il est un &#234;tre humain, du seul fait qu'il a des anc&#234;tres. En ce qui concerne notre devenir animal, pour parler comme Deleuze, la croyance en la r&#233;incarnation, autre croyance adoss&#233;e &#224; celle de karma, postule &#233;videmment que nous ne pouvons ignorer ce qu'est un animal puisque nous l'avons tous &#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai toujours connu la notion de karma. Dans ma famille, on ne la nommait pas forc&#233;ment, mais on se comportait et agissait avec cette connaissance qui fonctionnait comme une loi inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux illustrer cette notion de karma, je vais lire un autre extrait de La dette.&lt;br class='autobr' /&gt;
La grand-m&#232;re est tomb&#233;e gravement malade et elle se retrouve dans une maison de retraite m&#233;dicalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture 3&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Je lisais beaucoup aupr&#232;s de ma grand-m&#232;re. J'aimais lire aupr&#232;s d'elle, sentir son assoupissement. Parfois, elle me demandait de m'approcher tout pr&#232;s de son lit. Cette fois-ci, elle m'appela de la main. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ecoute, de toutes les figures g&#233;om&#233;triques, laquelle, crois-tu, incarne le mieux la v&#233;rit&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt; Je ne sus que r&#233;pondre. De quelle v&#233;rit&#233; parlait-elle ? Je n'en savais rien. Elle continua : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce n'est ni le carr&#233; ni le losange, n'est-ce pas ?&lt;br class='autobr' /&gt; Elle se mit &#224; rire avec ironie. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Non, non, ce n'est pas le cube ni le rectangle ! Ecoute ! La figure qui repr&#233;sente parfaitement la v&#233;rit&#233;, c'est le cercle ! De toutes les figures, c'est le cercle qui est l'image parfaite de la v&#233;rit&#233; ! Regarde-moi ! Regarde tous ces vieux &#233;dent&#233;s !&lt;br class='autobr' /&gt; Elle montrait de la main la porte ferm&#233;e qui donnait dans la salle commune. Puis, elle se mit &#224; rire avec d&#233;mence, dans une sorte d'autod&#233;rision. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Regarde ! Regarde tout &#231;a ! Ce n'est pas un hasard ! Cette d&#233;ch&#233;ance est programm&#233;e !&lt;br class='autobr' /&gt; Je la fixais sans comprendre, mon livre ouvert entre les mains. J'attendais qu'elle m'explique. Ses yeux brillaient. Elle se reprit. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quelle souffrance, ma fille ! &lt;br class='autobr' /&gt; Me souriant &#224; nouveau, elle me dit : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Approche encore, ma fille ! Ecoute, tout &#231;a ! Cet attroupement de vieux ! C'est la cha&#238;ne ! Ces vieux sont les p&#232;res et les m&#232;res de quelqu'un. Nous avons tu&#233; tant de b&#234;tes dans des conditions atroces. Comment a-t-on pu exterminer toutes ces b&#234;tes ? Les vieux doivent mourir ainsi comme des b&#234;tes. Nous mourons froidement dans nos d&#233;jections, dans l'indiff&#233;rence la plus totale. Puisque les b&#234;tes passent sur la machine, sans &#226;me qui les plaigne ou prie pour eux. C'est ainsi que les vieux d'ici vont mourir. &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit &#224; travers ce passage que dans la notion de karma pr&#233;domine la figure du cercle, du cycle, de l'&#233;ternel retour, de la chaine de cause &#224; effet qui repr&#233;sente la logique des logiques, la loi de l'univers. Ce cycle pose avant toute chose l'&#233;galit&#233; des hommes et de leur condition humaine, mais aussi l'&#233;galit&#233; des &#234;tres vivants et de toutes choses existantes devant cette loi. La seule r&#233;demption se trouve dans l'illumination, la conscience de l'illusion des actes engendr&#233;s par l'ego qui s&#233;pare et divise les &#234;tres, donnant l'illusion que monsieur Dupont, ce n'est pas moi ou que cette tortue est un &#234;tre s&#233;par&#233; de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette r&#233;alit&#233; de la division et de la s&#233;paration se trouve au c&#339;ur de mon livre. Je crois que profond&#233;ment, ce recueil est obs&#233;d&#233; par cette r&#233;alit&#233; de la division et de la dislocation du monde actuel, regrett&#233;e de longue date et, qui, &#224; mon sens, s'aggrave de plus en plus. Cela touche &#224; la structure m&#234;me du recueil et &#224; sa forme. En effet, mon livre a une structure fractale. Ces nouvelles s&#233;par&#233;es les unes des autres forment un tout coh&#233;rent cependant. La derni&#232;re nouvelle reprend par exemple les autres dans une histoire &#224; tiroirs. Toutes les histoires interrogent d'une mani&#232;re ou d'une autre cette id&#233;ologie de la division (logique des identit&#233;s) qui s&#232;me le vent du malheur et de la terreur, disloquant tout d&#233;sir de fraternit&#233; entre les &#234;tres, entre les animaux, entre les hommes, entre les animaux et les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'illustrer, je vais vous lire un extrait d'une autre nouvelle : la b&#233;quille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture 4&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette nouvelle, Rio le h&#233;ros vient de subir une rupture douloureuse avec sa femme. Seul, errant dans une ville &#233;trang&#232;re, Rio, t&#233;moignant de la ferveur et de l'amour que les gens portent les uns envers les autres, va comprendre profond&#233;ment ce qui l'a pouss&#233; &#224; se s&#233;parer d'une femme qu'il aimait pourtant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A cot&#233; d'eux, un petit homme cassait nerveusement des p&#233;pites de tournesol. Il levait sans cesse ses yeux comme s'il attendait quelqu'un. Rio le voyait cracher une fum&#233;e abondante pour soulager ses nerfs. C'&#233;tait un homme costaud &#224; la peau crevass&#233;e. Rio n'avait jamais vu une peau pareille. Elle &#233;tait tapiss&#233;e de bourgeons r&#233;pugnants. Il n'avait jamais vu des pustules aussi &#233;paisses et noires. Rio ne pouvait supporter un tel spectacle. Il d&#233;tourna les yeux. L'homme sirotait son caf&#233; avec impatience, tout en aspirant des bouff&#233;es &#233;paisses. Peut-&#234;tre, un paysan du coin. Il en portait les habits. Surgit soudain une minuscule femme. Il la h&#233;la de la main. Elle s'approcha de lui. En la voyant venir, il esquissa un regard plein d'espoir. Elle lui sourit. Le visage de l'homme s'&#233;claira. La femme plongea sa main &#224; l'int&#233;rieur de sa robe noire, une tunique interminable, aux tours amples, qui pouvait cacher toute une maison. Elle en sortit un paquet solidement ficel&#233; dans du papier kraft. L'homme d&#233;fit aussit&#244;t le colis. La femme d&#233;noua son foulard, soupira de soulagement. Elle secoua sa magnifique chevelure noire. Se passant la main sur la figure pour essuyer la sueur et la crasse, elle se frotta comme un chat. Une fois remise de ses &#233;motions, elle arrangea ses cheveux, puis, les rentra dans son fichu noir. Ils se mirent &#224; discuter vivement. Le guide traduisit la conversation &#224; l'oreille de Rio, d'une voix discr&#232;te. Une langue populaire et imag&#233;e. Une langue famili&#232;re, sans aucune vulgarit&#233;. La femme revenait de loin. Elle revenait du Sud. Un long voyage de douze heures qui la laissait fourbue. Apr&#232;s avoir d&#233;fait le paquet, l'homme en brandit une racine noire. Une racine toute dess&#233;ch&#233;e. Il rit comme un enfant. Elle &#233;tait all&#233;e lui chercher la racine chez sa m&#232;re. Une grave maladie avait enlaidi sa peau. La racine devait le gu&#233;rir de cette maladie rare. Elle protesta en rougissant, refusa l'argent qu'on voulait lui donner. Sa sinc&#233;rit&#233; lui fit plaisir. Ce qu'elle voulait, dit-elle, timidement, c'&#233;tait qu'il gu&#233;risse. Il leva les yeux au ciel pour la b&#233;nir. Un sourire &#224; fendre l'&#226;me &#233;gaya ses l&#232;vres. Ils &#233;taient voisins, dit-elle pour toute protestation. Elle demanda des nouvelles de sa fianc&#233;e et de sa m&#232;re. La racine &#233;tait cens&#233;e enlever les pustules qui couvraient son visage et qui horrifiaient la jeune promise. Il ne cessait de la remercier, en &#233;voquant ses fian&#231;ailles. S'il se mariait gr&#226;ce &#224; son rem&#232;de, il ordonnerait un banquet en son honneur ! Mais, la voisine lui recommanda modestement d'attendre les r&#233;sultats, de voir s'il allait gu&#233;rir avant de la remercier. &lt;br class='autobr' /&gt; Faire un voyage de douze heures pour ramener un rem&#232;de de grand-m&#232;re &#224; un voisin malade. L'id&#233;e m&#234;me les fatiguerait. Il semblait &#224; Rio que sa femme et lui n'auraient os&#233; se le demander. Ils n'y auraient pas song&#233;. Rio, avait-il jamais rien fait d'extraordinaire pour sa femme ? Elle avait d&#251; le m&#233;priser, renoncer &#224; croire en lui. Avait-il renonc&#233; &#224; quoi que ce f&#251;t pour elle ? Il n'avait rien fait de tel. De son c&#244;t&#233;, elle n'avait renonc&#233; &#224; rien, non plus. Lorsqu'il eut cet accident, elle n'&#233;tait pas venue le voir &#224; l'h&#244;pital. Pourtant, elle lui avait manqu&#233; cruellement. Il ne s'&#233;tait jamais senti aussi seul. Il avait commenc&#233; &#224; douter d'elle. Dans l'esprit de sa femme, ils &#233;taient des &#234;tres ind&#233;pendants, m&#234;me s'ils vivaient ensemble, le d&#233;sir de pr&#233;server sa libert&#233; l'emp&#234;chait de lui montrer sa sollicitude. Elle aurait d&#251; tout de m&#234;me rester avec lui, se disait-il sur son lit. Si elle &#233;tait demeur&#233;e aupr&#232;s de lui, tout cela ne se serait pas produit. N'&#233;tait-ce pas l&#224;, sa place ? Elle avait des cours de yoga, tous les soirs. Ces cours &#233;taient cens&#233;s la mener vers une plus grande spiritualit&#233;. Mais, visiblement, pas vers une plus grande compassion. Elle ne pouvait pas rater ces cours. Il s'&#233;tait efforc&#233; de para&#238;tre au-dessus de ces contrari&#233;t&#233;s. Il avait peur d'&#234;tre ridicule en lui demandant de venir. Car, la solitude n'&#233;tait finalement rien, en comparaison du ridicule et de l'orgueil. Il avait gard&#233; une blessure ind&#233;l&#233;bile et le sentiment d'une solitude sans fond de sa convalescence. Il avait commenc&#233; &#224; se dire que l'amour, malgr&#233; leur affection, ne changerait rien &#224; cette solitude. Il comprenait que l'amour de sa femme ne le consolerait ni ne le prot&#233;gerait. Sa confiance s'&#233;tait &#233;teinte ces jours de convalescence o&#249; elle aurait d&#251; &#234;tre avec lui au lieu de suivre son cours de yoga. Elle ne voulait pas le g&#234;ner, par pudeur, lui disait-elle. Que r&#233;pondre ? Sa pr&#233;sence l'aurait consol&#233; dans cette chambre froide. Fallait-il lui apprendre une chose aussi simple. O&#249; serait-elle le jour de son agonie ? C'est ce qu'il s'&#233;tait demand&#233;. Rio se le r&#233;p&#233;tait encore aujourd'hui, au contact de ces gens qui avaient une telle ferveur. Dans la chambre de l'h&#244;pital, il se rendait compte qu'il n'avait pas seulement besoin d'une amante, mais d'une compagne vaillante pour ses vieux jours. Il ne lui en voulait pas. Elle &#233;tait une femme de son temps. Leur civilisation les avait pouss&#233; &#224; cet &#233;tat d'individualisme. Que pouvaient-ils faire ? Ils subissaient seulement les cons&#233;quences de cet individualisme. Aucun psychologue ne pouvait reconstruire l'intelligence naturelle dont faisait preuve cette paysanne &#224; l'&#233;gard de son voisin. Sa joie et son sourire &#233;taient grav&#233;s dans le c&#339;ur de Rio. Il comprenait qu'ils ne resteraient pas ensemble. Leur mode de vie ne le leur permettait pas. Personne n'en avait plus la force ni le d&#233;vouement. Tel &#233;tait l'&#233;tat de lassitude et de paresse de leur soci&#233;t&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers cette nouvelle, c'est &#233;videmment le passage de la valeur-amour &#224; celle de consommation. La disparition de la notion d'endurance (athl&#233;tique), de pers&#233;v&#233;rance, allant de pair avec la substitution du plaisir au bonheur est cause de nombreuses s&#233;parations et ruptures amoureuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
De nouveau, la logique de la division est mise en sc&#232;ne ici dans ce qui touche au plus intime des relations, le rapport amoureux. La dislocation est comme programm&#233;e par la logique m&#234;me de consommation. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le mode de vie qui structure les relations et les individus dans un syst&#232;me. On ne peut raisonner comme si les divorces &#233;taient seulement des accidents individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Chacune de mes histoires est associ&#233;es &#224; une histoire d'amour et &#224; un animal.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, les animaux repr&#233;sentent une sorte de caste avec une fonction bien pr&#233;cise, celle remplie par les bonzes au Cambodge : ils nous permettent de manifester notre cl&#233;mence et notre compassion, en ouvrant le si&#232;ge du c&#339;ur, aussi bien dans la communication que nous pourrions avoir avec eux, qu'en faisant preuve de plus d'attention &#224; leur &#233;gard. Et, il est vraiment pr&#233;judiciable qu'ils aient disparu de nos rues, et que leur territoire soit s&#233;par&#233; d&#233;sormais des n&#244;tres dans les villes et les campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.&lt;/strong&gt;	&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi le chien, dont le nom a servi pour le titre du recueil ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chien repr&#233;sente par excellence l'animal, le m&#233;pris&#233;. Il symbolise pourtant l'amour fid&#232;le et ses sacrifices. C'est un rappel pour nous de ce qui est fondamental et qui se trouve pourtant rabaiss&#233; aujourd'hui. Paradoxalement, il n'y a jamais eu autant de chiens dans notre soci&#233;t&#233;. La place des chiens est en r&#233;alit&#233; un sympt&#244;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Chien patriarche cherche &#224; redonner une forme de noblesse &#224; cet animal. Le chien accepte de se salir pour son maitre, de s'humilier, d'ob&#233;ir de mani&#232;re inconditionnelle... On peut voir une similitude avec la relation du fervent avec son Dieu. La question se pose de savoir qui est le maitre et qui est l'animal. Le chien accepte tout de son maitre, avec une patience remarquable, comme un adulte face &#224; l'enfant. Il fait toujours un pas l&#224; o&#249; l'autre ne le fait pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour moi, il incarne la libert&#233; dans l'abandon de l'ego.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture 5&lt;br class='autobr' /&gt;
La b&#233;quille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la ville, Rio, &#233;c&#339;ur&#233; par le spectacle des touristes, se tourne vers celui plein d'enseignements des chiens sauvages qui sont l&#233;gion dans les rues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Devant lui, deux chiens trottaient d'un train l&#233;ger. Arriv&#233; au feu, le m&#226;le jeta un &#339;il en arri&#232;re pour voir si la femelle le suivait bien. Il l'attendit. Le feu passa au vert. Il s'arr&#234;ta, indiqua &#224; sa compagne de faire de m&#234;me. Rio observait leur man&#232;ge. Cela le troubla beaucoup. Le chien prot&#233;gea sa femelle avec une infinie d&#233;licatesse. Puis, le feu passa au rouge. Ils continu&#232;rent leur route. Les animaux partageaient visiblement ici les rues avec les hommes. Ils suivaient leurs r&#232;gles. Les chiens sauvages &#233;taient l&#233;gion dans la r&#233;gion. Ils vivaient en horde, sans peur, ayant visiblement int&#233;gr&#233; les codes et la signal&#233;tique des hommes. Rio s'aper&#231;ut que leur pr&#233;sence &#233;tait r&#233;ellement salutaire pour lui. Il se sentait moins seul &#224; leur contact.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rio va faire la rencontre d'un couple de chiens qui va le r&#233;v&#233;ler &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il arrive soudain aux abords d'un terrain entre deux buissons. Une cachette sombre et sale. Il se frotte les yeux. La t&#234;te du jeune chien lui fait face. Une t&#234;te suppliante. Un grand chien au poil ras, d'un blanc propre et lumineux. Ses yeux le supplient de ne pas lui faire de mal. Le chien se d&#233;cale l&#233;g&#232;rement de c&#244;t&#233;. Rio en reste bouche b&#233;e, n'ose croire &#224; ce qu'il voit. Fixant un instant sa longue patte robuste, il est accabl&#233; de piti&#233;. Ses yeux restent accroch&#233;s &#224; la patte. Ils l'auscultent avec &#233;tonnement ! Rio se secoue pour s'extraire du mirage. Il doit finalement s'avouer que le jeune chien soutient un vieux m&#226;le estropi&#233;, lui pr&#234;te docilement sa patte saine. Sa patte valide se pose d&#233;licatement &#224; l'endroit du moignon. Son membre vigoureux sert en effet de b&#233;quille vivante. Il s'emboite au creux de la cuisse amput&#233;e, se colle &#224; sa surface, avec une infinie d&#233;licatesse. Le vieux chien ne peut se d&#233;placer sans cette b&#233;quille ti&#232;de. Les deux animaux avancent patte contre patte, s'accrochent mutuellement &#224; cette soudure artificielle, comme &#224; un radeau de fortune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se l&#232;ve, va acheter un peu de viande, puis, revient la d&#233;poser &#224; hauteur de leurs pattes. Le vieux manifeste le premier sa reconnaissance. Ses yeux le caressent. Il incline sa t&#234;te. Rio croise les yeux du jeune qui le fixent aussi en silence. Aucun des deux ne se jette sur la nourriture. Ils se contentent de le fixer. Le jeune emm&#232;ne au bout de quelques minutes le vieux devant la nourriture. Tous deux attendent poliment. Ils semblent demander &#224; Rio la permission de s'approcher. Rio acquiesce. La b&#233;quille se baisse alors lentement. Elle laisse son a&#238;n&#233; manger le premier, le soutient du mieux qu'elle peut. Chacun de ses mouvements exige un immense effort. Rio voit leurs pattes trembler. Le vieux mange peu. Apr&#232;s quelques bouch&#233;es, il plie ses trois pattes valides, se redresse, puis, se courbe &#224; son tour, invite son cadet &#224; prendre sa part, se baisse jusqu'&#224; ce que le jeune soit &#224; hauteur de la viande. Ce dernier mange de bon app&#233;tit. Les deux chiens se partagent ensuite, tour &#224; tour, le reste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans mon recueil, je d&#233;fends le fait qu'il existe une communication possible, un langage commun entre nous et les b&#234;tes, que nous avons plus ou moins perdus en fonction de notre culture et de notre &#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture 6&lt;br class='autobr' /&gt;
exergue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une terrible catastrophe nous a conduits &#224; ne plus comprendre ceux qui parlaient la m&#234;me langue que nous. Cette langue commune, quelques uns y retournent par hasard. Miettes, vestiges, apparitions, suffisamment cependant pour rappeler le monde partag&#233; d'avant le d&#233;luge.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre connaissance des animaux est assez limit&#233;e. Par exemple, nous nous &#233;merveillons de pouvoir leur faire comprendre qu'il faut ramener un b&#226;ton, s'asseoir... Mais qui s'&#233;tonne du fait que nous ne sachions pas les comprendre, eux. On pourrait dire qu'ils ont fait l'effort. Quant &#224; nous, en avons-nous fait suffisamment ? Qu'avons-nous perdu en perdant notre communication avec eux ? Je les compare &#224; la position des b&#233;b&#233;s qui poss&#232;dent un langage mais que nous n'entendons absolument pas. Selon la sensibilit&#233;, la volont&#233; et la capacit&#233; des individus, ce langage peut nous parvenir sous forme d'intuition. Communication instantan&#233;e que je raconte dans la premi&#232;re nouvelle, nouvelle qui s'intitule le chien patriarche justement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, il est temps de poser la question : Qui sont les animaux dans ce recueil ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirai l'amour en tant qu'exp&#233;rience du r&#233;el, de toutes les formes vari&#233;es et inattendues du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils incarnent l'essence minoritaire. Le terme de minorit&#233; n'est pas &#224; prendre comme l'oppos&#233; de la majorit&#233;, mais comme la minorit&#233; en nous ou ce qui est minoritaire en nous, le r&#233;v&#233;lateur de notre condition humaine. Le r&#233;fugi&#233; n'est pas minoritaire en soi. La v&#233;rit&#233; de sa condition de r&#233;fugi&#233; peut lui faire prendre conscience de l'essence minoritaire en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers l'exp&#233;rience du minoritaire se r&#233;v&#232;le l'existence d'une condition commune. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le minoritaire, l'animal aujourd'hui, est du c&#244;t&#233; du faible, du faiblement &#233;cout&#233;, entendu, du faiblement dit. Or, je crois que la r&#233;alit&#233; ne se r&#233;v&#232;le que par la conscience et notamment celle du minoritaire en nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chien patriarche essaie de donner une sorte d'amplification &#224; ces voix assourdies. Si je prends l'exemple de cette grand-m&#232;re, ce n'est pas un cas minoritaire, mais majoritaire. En revanche ce qu'elle vit rel&#232;ve du minoritaire. De la m&#234;me mani&#232;re, le sort des animaux, car ils font partie de la majorit&#233; opprim&#233;e, maltrait&#233;e. Ce qui est difficile c'est de parvenir &#224; exprimer la voix minoritaire dans ces faits majoritaires. Je pense que c'est le travail de la litt&#233;rature et de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les animaux est une m&#233;taphore de ce que repr&#233;sente l'&#233;criture pour moi. La pr&#233;disposition &#224; l'ouverture, aux multiples formes et expressions de la vie. Pour &#233;crire, l'&#233;crivain doit devenir son animal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, pour conclure, j'aimerais lire cet extrait qui r&#233;sume l'ensemble de cette conf&#233;rence et restitue l'esprit du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture 7&lt;br class='autobr' /&gt;
Le march&#233; aux animaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je portai mes yeux vers le chien. Il me regardait. Ses yeux m'absorb&#232;rent aussit&#244;t. Je p&#233;n&#233;trais dans une mer paisible, une constellation aimante. C'&#233;tait une eau sans fond, une eau noire, une &#233;tendue dans laquelle on pouvait avancer sans fin. Sa cl&#233;mence m'arracha un cri de douleur. Ces yeux m'aimaient. Ils m'aimaient d'une mani&#232;re divine. Ils m'aimaient absolu ment. Ils m'aimaient sans rien demander car j'&#233;tais un &#234;tre qui &#233;tait fait pour &#231;a. Ces yeux me le disaient. Cet oc&#233;an me l'assurait. J'en avais les larmes aux yeux. Il me fut difficile de les dissimuler au couple qui ne s'apercevait de rien, continuant &#224; commenter les plats qui &#233;taient servis. Je me sentais g&#234;n&#233;e. Je ne sus que balbutier : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il est gentil, ce chien&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il n'est pas agressif, me r&#233;pondit-on, sans comprendre ce qui m'arrivait. &lt;br class='autobr' /&gt; Je n'osai tourner la t&#234;te de honte d'&#234;tre aim&#233;e &#224; ce point. C'&#233;tait pourtant &#224; ce point qu'il m'aimait. L'avais-je m&#233;rit&#233; ? Je me dis alors : &#171; Ca ne va pas durer. Ca a d&#251; d&#233;j&#224; dispara&#238;tre&#8230; &#187; Pour le v&#233;rifier, je tournai craintivement mon regard vers lui. J'avais peur &#224; la fois de ne plus retrouver cet oc&#233;an d'affection et peur qu'il soit rest&#233; intact. Je tournai la t&#234;te. Quel choc ! Les yeux &#233;taient les m&#234;mes. Quel amour, sanglotai-je, en silence ! Il comprenait tout. Durant le repas, je ne cessais de plonger mes yeux dans la mer, puis, de les retirer. A mesure que je v&#233;rifiais la fid&#233;lit&#233; de ces yeux, je devenais de plus en plus anxieuse. Je me disais : &#171; Il te restera la m&#233;moire de ses yeux. N'oublie pas ces yeux. Ne les oublie pas ! N'oublie pas cet amour ! N'oublie pas cet amour ! &#187; Chaque fois, revenant vers lui, une mer tendre et calme m'accueillait, ind&#233;fectible, &#233;ternelle. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les chiens des rues d'Istanbul</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=642</link>
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		<dc:date>2017-12-25T10:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Pinguet</dc:creator>


		<dc:subject>violence</dc:subject>
		<dc:subject>biopolitique</dc:subject>
		<dc:subject>animal</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; Article publi&#233; en anglais et en turc dans le livre/catalogue de l'exposition : The Four-Legged Municipality &#8211; Street Dogs of Istanbul Istanbul Research Institute 2016 Illustrations : Collection Pierre de Gigord &lt;br class='autobr' /&gt; Parmi les animaux qui peuplaient les rues d'Istanbul, les chiens, contrairement aux chats pourtant tout aussi nombreux, ont &#233;t&#233; abondamment photographi&#233;s par les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=88" rel="tag"&gt;biopolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=98" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Article publi&#233; en anglais et en turc dans le livre/catalogue de l'exposition :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;The Four-Legged Municipality &#8211; Street Dogs of Istanbul&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Istanbul Research Institute&lt;br class='autobr' /&gt;
2016&lt;br class='autobr' /&gt;
Illustrations : Collection Pierre de Gigord&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Parmi les animaux qui peuplaient les rues d'Istanbul, les chiens, contrairement aux chats pourtant tout aussi nombreux, ont &#233;t&#233; abondamment photographi&#233;s par les voyageurs occidentaux, comme par les photographes locaux, soucieux d'accroitre leurs b&#233;n&#233;fices en r&#233;pondant aux attentes d'une client&#232;le &#233;trang&#232;re. Le ph&#233;nom&#232;ne s'est accru lors de l'apparition de la carte postale, qui suscita rapidement un v&#233;ritable engouement, avec des s&#233;ries num&#233;rot&#233;es r&#233;serv&#233;es aux chiens. En regardant celles-ci, ou encore en parcourant l'ouvrage en trois volumes de Mert Sandalc&#305; consacr&#233; aux cartes postales de Max Fruchtermann, on constate que par le biais de ces &#171; toutous &#187;, des voyageurs d&#233;clinaient leurs amiti&#233;s et leur &#171; bon souvenir &#187; sous des formes diverses et vari&#233;es. D'autres d&#233;claraient leur flamme avec une pr&#233;dilection pour le mot &#171; caresse &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mert Sandalc&#305;, The Postcards of Max Fruchtermann, Istanbul : Ko&#231;bank, 3 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les photographies de chiens paisiblement couch&#233;s suscitaient des commentaires sur les bienfaits du farniente, le fameux &lt;i&gt;kief&lt;/i&gt; oriental, parmi tant d'autres clich&#233;s. La palme de l'image la plus copi&#233;e, diff&#233;remment colori&#233;e et retouch&#233;e, a &#233;t&#233; remport&#233;e par le studio Abdullah Fr&#232;res. Il s'agit d'un chiffonnier entour&#233; d'un groupe de chiens, des concurrents aux yeux de certains, des compagnons d'infortune pour d'autres. Cette photographie a d'ailleurs eu droit &#224; la couverture d'un hebdomadaire fran&#231;ais, le 12 janvier 1902, accompagn&#233; d'un article o&#249; il est indiqu&#233; que le chiffonnier vit en bons termes avec les chiens, &#171; les seigneurs du pav&#233; &#187;, &#171; que le bonhomme est de la maison &#187;, glanant lui aussi de quoi survivre dans des &#171; cloaques &#187; et des quartiers o&#249; &#171; r&#232;gne une odeur &#224; faire fuir un chacal &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edmond Neukomm, &#171; Les capitales de l'Europe. Constantinople &#187;, Journal des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_347 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture-2.png' width='500' height='698' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Carte postale publicitaire pour les probl&#232;mes respiratoires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chiens nuisibles et Aristochiens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les raisons de ce &#171; succ&#232;s &#187;, le plus souvent exerc&#233; au d&#233;triment de l'animal, s'expliquent au regard des mesures prises dans les villes occidentales durant la seconde moiti&#233; du 19e si&#232;cle, &#224; savoir l'&#233;limination des chiens errants. Les seuls dor&#233;navant autoris&#233;s &#224; battre le pav&#233; &#233;taient des chiens d&#251;ment d&#233;clar&#233;s par leurs ma&#238;tres, ces derniers de surcro&#238;t oblig&#233;s, sous peine d'amende ou d'envoi de leurs chiens &#224; la fourri&#232;re, de veiller &#224; ne pas les laisser vagabonder. Pour reprendre la formule du pr&#233;fet de police de Paris, il s'agissait pour l'administration de tirer de leur d&#233;tresse ces &#171; parias &#187;, aussi laids que fam&#233;liques, &#171; en les plongeant dans l'infini &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Andrieux, Souvenirs d'un pr&#233;fet de police, Paris : Jules Rouff &amp; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est ainsi que les chiens errants disparurent de l'espace urbain europ&#233;en et que le &#171; spectacle &#187; des chiens d'Istanbul gagna en pittoresque : &#171; On n'imagine pas plus Constantinople sans chiens, d'apr&#232;s le Dr Camille Allard, que le d&#233;sert sans chameaux ou une rue de Paris sans portraits photographiques. &#187; Et d'ajouter : &#171; Mais on ne peut pas nier que le pittoresque turc fatigue promptement, comme tout ce qui est exag&#233;r&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Camille Allard, Souvenirs d'Orient. Les &#233;chelles du Levant, Paris : Adrien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les premiers guides touristiques, qui n'ont d'ailleurs pas manqu&#233; de les mentionner, classaient ces chiens tant&#244;t &#224; la rubrique &#171; nuisance &#187;, tant&#244;t &#224; celle &#171; curiosit&#233; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple Fr&#233;d&#233;ric Lacroix, auteur du premier guide fran&#231;ais, cite parmi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'aspect couleur locale &#233;tait d'autant plus prononc&#233; qu'en Europe, tandis que des chiens &#233;taient consid&#233;r&#233;s nuisibles, d'autres suscitaient des passions jusqu'alors in&#233;dites, comme le d&#233;montrent les premi&#232;res expositions canines. Ces &lt;i&gt;happy few&lt;/i&gt; &#233;taient bien entendu dot&#233;s d'un pedigree en bonne et due forme car on se souciait dor&#233;navant de la g&#233;n&#233;alogie de l'animal, de la puret&#233; de sa race, ceci dans le droit fil de consid&#233;rations sur les races humaines. Ces sp&#233;culations, en pleine colonisation, ont donn&#233; lieu &#224; l'exhibition de &#171; sp&#233;cimens &#187; de peuples &#171; exotiques &#187; dans des espaces d'ordinaire r&#233;serv&#233;s aux animaux, les jardins d'acclimatation, faisant office de zoos humains.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Catherine Pinguet, &#171; Bat&#305;l&#305; Kilmli&#287;inin Olu&#351;turulmas&#305;nda &#214;teki'nin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans ce contexte, il n'est pas surprenant que des photographies dites &#171; types &#187;, cens&#233;es rendre compte de la diversit&#233; ethnique et religieuse ottomane, aient &#233;t&#233; particuli&#232;rement recherch&#233;es (parmi lesquelles Turcs, Circassiens, Kurdes, Albanais, Arm&#233;niens, hommes et femmes confondus, qui ont fourni mati&#232;re &#224; d'innombrables reconstitutions et mises en sc&#232;ne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souci de classifier en races, de remonter aux origines, s'est bien &#233;videmment &#233;tendu aux chiens d'Istanbul, malgr&#233; leur statut peu enviable de b&#226;tard, donnant lieu &#224; des th&#232;ses plus ou moins savantes, voire totalement farfelues : analogies avec les chiens d'Australie, croisement &#224; expliquer en &#171; remontant purement et simplement aux croisades &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dr. P. Remlinger, &#171; Les chiens de Constantinople. Leur vie, leur mort &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Car par-del&#224; les multiples photographies, ces chiens ont surtout fait couler beaucoup d'encre. Comme le rappelle Paul de R&#233;gla dans &lt;i&gt;Les Bas-fonds de Constantinople&lt;/i&gt;, ne d&#233;rogeant pas &#224; la r&#232;gle : &#171; Il n'est pas d'auteurs ayant &#233;crit sur Constantinople qui ne se soient cru dans la n&#233;cessit&#233; de consacrer quelques lignes &#224; ces braves b&#234;tes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul de R&#233;gla, Les Bas-fonds de Constantinople, Paris : Tresse &amp; Stock, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Certains s'efforcent de se d&#233;marquer, tel Gaston des Godins de Souhesmes qui a v&#233;cu &#224; Istanbul et &#233;crit un guide de la ville. Pas question pour lui d'&#234;tre associ&#233; aux &#171; touristes qui ont discouru injustement au sujet des chiens, faute d'avoir suffisamment voisin&#233; avec ses int&#233;ressants quadrup&#232;des &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaston des Godins de Souhesmes, &#171; Les chiens des rues &#187;, Turcs et Levantins, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le chapitre qu'il leur consacre n'a toutefois rien d'original, compos&#233; surtout d'emprunts &#224; Paul de R&#233;gla, pseudonyme du Dr Desjardins qui avait ouvert un centre d'hydroth&#233;rapie &#224; Kadik&#246;y, lequel cite son &#171; illustre confr&#232;re &#187;, le Dr Mavroy&#233;ni Pacha. La plupart des &#233;trangers de passage, dont Mark Twain, consid&#233;raient que ces chiens galeux et pleins de puces (&lt;i&gt;mangy and flee ridden street dogs&lt;/i&gt;) ne devaient leur survie, jug&#233;e le plus souvent d&#233;plorable, qu'en raison de la t&#226;che qui &#233;tait la leur (&lt;i&gt;their official position&lt;/i&gt;), celle d'&#233;boueurs et de charognards (&lt;i&gt;scavengers of the city&lt;/i&gt;). Twain semble toutefois sinc&#232;re quand il &#233;voque la souffrance de certains chiens, y compris dans son journal, souffrance bien r&#233;elle dans bien des cas, qu'&#233;vitaient soigneusement d'immortaliser les photographes : &#171; De ma vie, je n'ai jamais vu des roquets aussi mis&#233;rables, affam&#233;s, tristes, avec un air aussi d&#233;sesp&#233;r&#233;. &#187; (&lt;i&gt;I never saw such utterly wretched, starving, sad-visaged, broken-hearted looking curs in my life&lt;/i&gt;).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mark Twain, The Innocents Abroad or The New Pilgrims' Progress, San (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_348 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture2-3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture2-3.png' width='455' height='999' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anonyme, chiens des rues, plaque de verre st&#233;r&#233;oscopique, d&#233;but 20e si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;alit&#233;, trop souvent occult&#233;e, vient mettre &#224; mal une vision idyllique de la capitale ottomane, autrement dit le parti-pris d'un regard nostalgique sur le pass&#233; largement mythifi&#233;, avec les simplifications et les d&#233;formations que cela suppose. Or, la cohabitation entre les citadins et certains animaux, en l'occurrence le chien, qui passe pour le meilleur ami de l'homme, est tout sauf simple. La question s'av&#232;re m&#234;me &#224; tel point complexe, n'en d&#233;plaise aux tenants d'un anthropocentrisme forcen&#233;, qu'elle permet de multiples approches. Celles qui pr&#233;valent encore largement, tributaires de formations en sciences humaines, s'int&#233;ressent moins &#224; l'animal en tant que tel qu'aux repr&#233;sentations, aux discours et aux pratiques des hommes vis-&#224;-vis de ce dernier. Il est incontestable que l'homme a un pouvoir de d&#233;cision qui n'est pas r&#233;ciproque, que le sort de l'animal d&#233;pend de l'homme, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; dans le contexte d'animaux urbains. Cet aspect ne peut &#234;tre pass&#233; sous silence, mais il convient aussi de se pencher sur ces chiens des rues en question, comme sujets &#224; part enti&#232;re, qui n'entrent dans aucune cat&#233;gorie classique, rendant caduque la dichotomie qui oppose d'ordinaire l'animal sauvage &#224; celui domestique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce faire, il convient de se pencher sur les &#233;crits de ceux qui ont observ&#233; les chiens des rues ou qui ont consign&#233; des remarques offrant mati&#232;re &#224; r&#233;flexion, et il se trouve qu'il s'agit de deux m&#233;decins : Spyridon Mavroy&#233;ni (1817-1902) et Paul Remlinger (1871-1964). Le premier a occup&#233; pendant un quart de si&#232;cle un des postes les plus &#233;lev&#233;s dans la hi&#233;rarchie m&#233;dicale ottomane. M&#233;decin priv&#233; du sultan Abd&#252;lhamid II, conseiller de celui-ci pour les questions sanitaires, notamment en cas d'&#233;pid&#233;mies et de maladies contagieuses, ce fut probablement Mavroy&#233;ni qui sugg&#233;ra d'envoyer &#224; Paris le Dr Zoeros (1842-1917) afin de s'informer des travaux de Pasteur. C'est &#224; l'issu de ce s&#233;jour que fut fond&#233; l'institut antirabique (&lt;i&gt;Kuduz Enstit&#252;s&#252;&lt;/i&gt;), ainsi que l'Institut imp&#233;rial de bact&#233;riologie (&lt;i&gt;Bakteriylojihane-i &#350;ahane&lt;/i&gt;), dont Paul Remlinger allait prendre la direction de 1900 &#224; 1910.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Remlinger, D&#233;buts et tribulations de l'Institut Antirabique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_349 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture3-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture3-2.png' width='500' height='787' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'institut antirabique, carte postale, 2 novembre 1911&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Consid&#233;rations d'un cynophile enrag&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mavroy&#233;ni est l'auteur de &lt;i&gt;Chiens et chats de bonne maison&lt;/i&gt;, en l'occurrence la sienne, texte d'abord publi&#233; dans la &lt;i&gt;Gazette des h&#244;pitaux&lt;/i&gt;, en 1893. Poss&#233;der un chien, ayant acc&#232;s &#224; l'habitation, &#233;tait alors extr&#234;mement rare &#224; Istanbul, si ce n'est dans les couches sup&#233;rieures de la soci&#233;t&#233; o&#249; certains s'inspiraient du mod&#232;le occidental en adoptant des chiens de race. Mavroy&#233;ni avait quant &#224; lui jet&#233; son d&#233;volu sur les bouledogues, et plus encore les carlins (&lt;i&gt;mops&lt;/i&gt;). Puis, en 1902, para&#238;t en France, &#224; titre posthume, un opuscule o&#249; sont r&#233;&#233;dit&#233;s &lt;i&gt;Chiens et chats de bonne maison&lt;/i&gt;, mais qui d&#233;bute par &lt;i&gt;Les Chiens errants de Constantinople&lt;/i&gt;, avec pour sous-titre prometteur, &#171; &#201;tude des m&#339;urs canines &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spyridon Mavroy&#233;ni, Les Chiens errants de Constantinople, Paris : Jean (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les emprunts de Paul de R&#233;gla, que l'on retrouve dans la presse francophone de l'&#233;poque, attestent la circulation de cette brochure &#224; la fin des ann&#233;es 1880, Mavroy&#233;ni l'offrant volontiers &#224; certains de ses coll&#232;gues et amis. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'extrait le plus souvent cit&#233; est celui d'un chien estropi&#233;, qu'un m&#233;decin cynophile aurait soign&#233;, et chez qui l'animal, un an plus tard, aurait conduit un de ses cong&#233;n&#232;res pareillement bless&#233;. L'anecdote est plausible, le chien pouvant tr&#232;s bien associer sa souffrance, sa gu&#233;rison, &#224; la personne et au lieu ad&#233;quat. En d'autres termes, le chien a fait preuve d'intelligence, il est sensible &#224; la douleur (ce que de bon cart&#233;siens niaient en bloc, notamment lors d'exp&#233;rimentations), il est capable d'empathie et est dot&#233; d'un sens de l'entraide. Ce r&#233;cit nous apprend &#233;galement qu'il s'agissait non pas d'un v&#233;t&#233;rinaire, mais d'un docteur, qui pour soigner une fracture du tibia a utilis&#233; le m&#234;me traitement que pour des &#234;tres humains, un bandage dextrin&#233;. Le d&#233;tail a son importance &#233;tant donn&#233; qu'&#224; Istanbul, comme dans les grandes villes d'Europe, les &#233;coles v&#233;t&#233;rinaires n'avaient pas pour vocation de soigner les chiens, ni les chats d'ailleurs, mais les animaux de rente et plus encore les chevaux, surtout ceux utilis&#233;s par l'arm&#233;e.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'int&#233;r&#234;t pour les pathologies canines et les moyens d'y rem&#233;dier n'ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_350 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture4-2.png' width='500' height='665' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Journaliste ottoman &#224; sa table de travail, ca. 1900&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude des m&#339;urs canines du Dr Mavroy&#233;ni, &#171; cynophile enrag&#233; &#187; auto-proclam&#233;, n'est pas sans poser de s&#233;rieux probl&#232;mes, surtout quand &#233;voquant une tentative d'exp&#233;dier les chiens sur une &#238;le d&#233;serte, sous le r&#232;gne de Mahmud II (1808-1839), il ne s'autorise pas la moindre critique. De m&#234;me, lors d'une seule allusion aux mauvais traitements r&#233;serv&#233;s aux chiens dans les quartiers chr&#233;tiens, surtout P&#233;ra, il se garde bien de dire que les chiens y &#233;taient r&#233;guli&#232;rement empoisonn&#233;s. En fait, Mavroy&#233;ni id&#233;alise l'existence de ces chiens qu'il humanise constamment, parti-pris d'autant plus surprenant qu'il avait pr&#233;sent&#233; au sultan Abd&#252;lhamid un rapport sur l'hygi&#232;ne publique, &#171; remarquable &#187; aux dires de Ch. Delmas, qui en r&#233;digea un &#224; son tour, &#171; dans lequel S. Mavroy&#233;ni avait fait ressortir le danger que repr&#233;sentent les quartiers insalubres pour la sant&#233; publique &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ch. Delmas, L'hygi&#232;ne publique &#224; Constantinople. Assainissement des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On comprend d&#232;s lors que son &#233;loge unanime des chiens, pour le moins contraire &#224; ce que professait le corps m&#233;dical, n'ait pas paru dans les revues scientifiques o&#249; Mavroy&#233;ni avait pour habitude de publier ses travaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Son opuscule, malgr&#233; les r&#233;serves qui pr&#233;c&#232;dent, n'est pas d&#233;pourvu d'int&#233;r&#234;t, surtout quand la cohabitation chiens/citadins n'est plus envisag&#233;e d'un point de vue strictement utilitaire, c'est-&#224;-dire en fonction des seuls besoins humains que les animaux sont cens&#233;s satisfaire. Leur mode d'alimentation et leurs conditions de survie d&#233;pendaient effectivement de la distribution de nourriture et d'une quantit&#233; suffisante de d&#233;chets, d'autant plus vrai que le chien des rues d'Istanbul, contrairement au chat, ne chassaient pas, pas plus qu'il n'&#233;tait enclin &#224; voler la nourriture. Mais Mavroy&#233;ni, pour qui la relation homme/animal repose &#233;galement sur la compl&#233;mentarit&#233;, les &#233;changes mutuels et une forme d'attachement, rappelle &#224; juste titre que les chiens d'Istanbul, &#224; l'instar de ceux d'Europe, auraient pu &#234;tre utilis&#233;s &#224; bien d'autres t&#226;ches, comme chiens de trait notamment, &#171; mais les hommes d'ici ne leur ont pas impos&#233; les diff&#233;rents services dont ils sont capables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un touriste anglais, T. Wild, qui au d&#233;but du 20e si&#232;cle s'est rendu &#224; Constantinople &#224; bord de l'Orient-Express, d&#233;bute son &#171; &lt;i&gt;Photograms of an Eastern Trip&lt;/i&gt; &#187; par trois vues de Bruxelles donnant &#224; voir des chiens musel&#233;s tirant d'imposantes charrettes &#8211; pratique bannie &#224; Londres, mais courante ailleurs, y compris en temps de guerre. Gaston des Godins de Souhesmes, citant le Dr Mavroy&#233;ni selon lequel les chiens des rues sont intelligents, dociles, industrieux, sociables, perfectibles, capables de rendre de nombreux services, s'&#233;tonne que &#171; l'arm&#233;e turque n'ait pas eu l'id&#233;e de les utiliser en les dressant &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaston des Godins de Souhesmes, Turcs et Levantins, p. 346.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_351 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture5-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture5-2.png' width='500' height='1446' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T. Wild, Grande Rue de P&#233;ra, 1900-1910. L'h&#244;pital fran&#231;ais (&#224; droite), l'actuel consulat de France&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une th&#232;se de doctorat, &lt;i&gt;Le chien de Constantinople. Son utilisation comme chien de guerre et sanitaire dans l'arm&#233;e turque&lt;/i&gt;, soutenue &#224; Paris, en 1932, par le capitaine Hikmet Chakir, le laisserait entendre. Le titre s'av&#232;re toutefois largement mensonger et les explications contradictoires. Au chapitre, &#171; Le chien dans l'arm&#233;e turque &#187;, il est &#233;crit que durant la Premi&#232;re Guerre mondiale, &#224; la fronti&#232;re russe principalement (jury de th&#232;se oblige), le chien aurait servi &#224; la fois &#224; rechercher les bless&#233;s et &#224; d&#233;masquer les espions. Tout aussi incoh&#233;rente, l'all&#233;gation selon laquelle, durant la guerre turco-grecque de 1919, les chiens de Constantinople auraient suivi silencieusement l'ennemi pour mieux l'attaquer, sans le moindre grognement. Plus s&#233;rieusement, dix ans plus tard, nomm&#233; v&#233;t&#233;rinaire du 5e corps d'arm&#233;e &#224; Konya, Hikmet Chakir &#233;crit avoir cr&#233;&#233; un petit chenil au dressage et r&#233;dig&#233; l'ann&#233;e suivante un modeste ouvrage, &#171; unique dans l'arm&#233;e turque &#187;, &lt;i&gt;Harp ve Sihhye K&#246;pekleri&lt;/i&gt;. Du chien de Constantinople en tant que tel, il est tr&#232;s peu question, si ce n'est au sujet de son origine suppos&#233;e (d'Asie centrale affirme le capitaine Chakir) et concernant sa proposition de cr&#233;er en Turquie une soci&#233;t&#233; de zootechnie afin d'am&#233;liorer la race, d'en faire un chien de guerre performant, &#224; partir de croisement avec des bergers allemands. Sa conclusion se passe de commentaire : &#171; Aujourd'hui, dans l'arm&#233;e turque, l'organisation du chien de guerre n'existe que th&#233;oriquement. Je peux m&#234;me affirmer que les essais de dressage tent&#233;s par quelques officiers cynophiles ne sont que des travaux rudimentaires, qui ne re&#231;oivent aucun encouragement. L'ignorance, de la part des d&#233;tracteurs, est assez grave &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#232;se de doctorat &#224; l'Ecole v&#233;t&#233;rinaire d'Alfort soutenue &#224; Paris en 1932 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Hygi&#232;ne et salubrit&#233; publique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'autre m&#233;decin, dont on pourrait s'&#233;tonner qu'il se soit int&#233;ress&#233; aux chiens des rues en dehors de ses travaux sur la rage, est le docteur Paul Remlinger. En 1910, il publie dans la revue &lt;i&gt;L'hygi&#232;ne g&#233;n&#233;rale et appliqu&#233;e&lt;/i&gt; un article intitul&#233; &#171; La D&#233;canisation de Constantinople &#187; &#8211; mot forg&#233; &#224; partir de d&#233;ratisation auquel il octroie une majuscule. En guise d'introduction, le Dr Remlinger, comme le Dr Mavroy&#233;ni deux d&#233;cennies plus t&#244;t, minimise le danger de la rage. Ces observations sont &#224; prendre au s&#233;rieux, le spectre de la rage ayant &#233;t&#233; brandi en Europe pour pr&#233;cipiter l'extermination de chiens errants ou jug&#233;s ind&#233;sirables. Un adage fran&#231;ais exprime d'ailleurs ce raccourci aussi pratique qu'efficace : &#171; Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage &#187;. Pour expliquer &#171; le curieux paradoxe &#187; que constitue la raret&#233; de cette maladie dans la capitale ottomane, Remlinger, excluant toute forme d'immunit&#233;, avance l'argument de m&#339;urs particuli&#232;res, c'est-&#224;-dire d'une stricte r&#233;partition en groupes distincts et d'un &#171; instinct subtil &#187; portant ces chiens &#224; fuir l'animal atteint de la maladie, formant autour de lui &#171; un v&#233;ritable cordon sanitaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_352 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture6-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture6-2.png' width='470' height='1347' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voyageurs europ&#233;ens au port de Karak&#246;y et chiens dans une rue de Galata&lt;br class='autobr' /&gt; Photographies prises lors d'une croisi&#232;re en M&#233;diterran&#233;e, f&#233;vrier-avril 1910&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue hygi&#233;nique, Remlinger attribue aux chiens qui &#171; infestent &#187; les rues trois m&#233;faits : les kystes hydatique (maladie parasitaire due aux &#339;ufs de t&#233;nia), la tuberculose (des phtisiques jetant &#224; la voirie des restes que les chiens engloutissent) et la gale (infection cutan&#233;e mal d&#233;termin&#233;e). Outre ces maladies transmissibles &#224; l'homme, il reproche aux chiens d'&#234;tre un obstacle permanent &#224; la propret&#233; de la ville, de souiller la chauss&#233;e de restes d'ordures m&#233;nag&#232;res et d'excr&#233;ments charg&#233;s de parasites divers. Pour faire &#171; &#339;uvre de salubrit&#233; publique &#187;, Remlinger rejette des proc&#233;d&#233;s d&#233;j&#224; employ&#233;s ou planifi&#233;s tels que l'empoisonnement &#224; la strychnine, la d&#233;portation au large de la ville, la destruction des port&#233;es ou encore la castration des m&#226;les. Compte tenu de &#171; l'extr&#234;me indigence des finances municipales &#187;, il d&#233;fend un projet rentable, le plus discret possible compte tenu de l'attitude hostile d'une partie de la population, surtout des &#171; classes pauvres que des croyances conduisent &#224; prot&#233;ger l'animal faible et sans d&#233;fense &#187;. Aussi en vient-il &#224; proposer de donner, apr&#232;s adjudication, la &#171; d&#233;canisation &#187; &#224; un concessionnaire qui proc&#233;derait de la mani&#232;re suivante : les chiens, captur&#233;s &#224; la nuit tomb&#233;e, seraient exp&#233;di&#233;s dans des clos d'&#233;quarrissage r&#233;partis en une dizaine de points, &#224; la p&#233;riph&#233;rie de la ville, chacun comprenant une chambre reli&#233;e &#224; la canalisation du gaz de ville et des ateliers de d&#233;p&#232;cement. Avec une moyenne de cent chiens &#233;radiqu&#233;s par jour, en l'espace de deux mois, la d&#233;canisation serait achev&#233; et celle-ci rapporterait &#224; la municipalit&#233; un b&#233;n&#233;fice avoisinant les 250.000 francs. Son projet lui semble tellement performant, que Remlinger conclut son article en proposant de &#171; l'&#233;tendre aux autres villes de l'Empire ottoman qui, toutes, poss&#232;dent leur contingent de chiens errants &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Relminger, &#171; La D&#233;canisation &#224; Constantinople &#187;, L'Hygi&#232;ne g&#233;n&#233;rale et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chambres &#224; gaz et recyclage des cadavres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que Paul Remlinger, plus de deux d&#233;cennies plus tard, ait d&#233;fendu son projet, le jugeant &#171; moins barbare &#187; que l'extermination au large d'Istanbul, laisse pour le moins perplexe. Mais voil&#224;, ce dernier n'avait rien invent&#233;. Comme le souligne Scott Christianson dans son ouvrage sur les chambres &#224; gaz dans les prisons am&#233;ricaines, il semble difficile de concevoir, apr&#232;s les camps d'extermination nazis, que ce proc&#233;d&#233; ait d&#233;but&#233; sous forme de &#171; &lt;i&gt;grand but practical utopian idea&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Scott Christianson, The Last Gasp. The Rise and Fall of the American Gas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les bienfaits du gaz con&#231;us comme symbole de modernit&#233;, ses vertus d&#233;sinfectantes vant&#233;es par les services d'hygi&#232;ne. En France, d'o&#249; &#233;tait originaire le Dr Remlinger, un premier prototype de chambre d'asphyxie est pr&#233;sent&#233; &#224; l'Exposition Universelle de 1878, &#224; la demande de la Soci&#233;t&#233; Protectrice des Animaux. Son objectif : mettre fin &#224; l'abattage de chiens errants par des m&#233;thodes aussi &#171; barbares &#187; que la noyade et la pendaison, de cesser de recourir aux coups de massue et &#224; l'assommement &#224; la machette, fendant la bo&#238;te cr&#226;nienne, &#171; provoquant une mort brusque et sans douleur, mais un peu sanglante &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Martel, L'industrie de l'&#233;quarrissage, Paris : Denot, 1912, p. 25.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Louis Andrieux, pr&#233;fet de police &#224; Paris de 1879 &#224; 1881, pr&#233;c&#233;demment cit&#233;, se f&#233;licite dans ses m&#233;moires d'un proc&#233;d&#233; mis au point par un m&#233;decin, membre du conseil d'hygi&#232;ne, afin &#171; d'&#233;liminer les &#234;tres nuisibles dont la soci&#233;t&#233; est forc&#233;e de requ&#233;rir le tr&#233;pas &#187;. Le proc&#233;d&#233; en question est une caisse &#224; barreaux, mont&#233;e sur roue et roulant sur rails, o&#249; les chiens, enferm&#233;s par trente ou quarante &#224; la fois, sont conduits dans une chambre herm&#233;tiquement ferm&#233;e, remplie de gaz, provoquant une agonie estim&#233;e &#224; 10 ou 15 minutes. Louis Andrieux est tellement convaincu de l'efficacit&#233; du proc&#233;d&#233; dans &#171; la douceur du tr&#233;pas &#187; qu'il propose d'en faire &#171; profiter les bip&#232;des &#187; dont &#171; la destruction est n&#233;cessaire &#187;. Au nom de la compassion, d'un souci d'adoucir les derniers instants, &#171; pourquoi ne pas remplacer la guillotine par l'anesth&#233;sie ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Andrieux, Souvenirs d'un pr&#233;fet de police, p. 309-310. Louis Andrieux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que l'administration p&#233;nitentiaire am&#233;ricaine mettra en &#339;uvre, d&#232;s 1924, et ce jusqu'en 1999, en brandissant des arguments similaires : euthanasie indolore (&lt;i&gt;painless euthanasia&lt;/i&gt;), mieux et plus performant que les horribles pendaisons et la chaise &#233;lectrique (&lt;i&gt;better than the gruesome hanging and the electric chair&lt;/i&gt;). L&#224; encore, les chiens et les chats errants ont pr&#233;c&#233;d&#233; les &#234;tres humains, l'&lt;i&gt;Animal Rescue League de Boston&lt;/i&gt; ayant innov&#233;, en 1912, en introduisant les cages &#224; &#233;lectrocution : &#171; &lt;i&gt;absolutely nothing repulsive about it, unaccompagnied by any fear and pain&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;animals perfectly confortable&lt;/i&gt; &#187; ! Pour preuve, c'est bien connu, le recours au sacro-saint rapport d'experts : &#171; &lt;i&gt;the apparatus tested by many scientific and professional men has received their unquailed approval&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1912, 23 000 chats et 5 454 chiens y sont tu&#233;s dans des cages &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; En Angleterre, les exterminations de chiens errants au gaz ont d&#233;but&#233; en 1884, &#224; l'association &lt;i&gt;Dogs' Home&lt;/i&gt;, pour laquelle Benjamin Ward Richardson (1828-1896), pionnier de l'anesth&#233;siologie, mit au point une chambre &#224; gaz (&lt;i&gt;lethal chamber&lt;/i&gt;) afin d'&#233;liminer &#171; humainement &#187; (&lt;i&gt;humanly&lt;/i&gt;) et sans &#171; douleur &#187; (&lt;i&gt;painless&lt;/i&gt;) des animaux &#171; inf&#233;rieurs &#187; (&lt;i&gt;lower animals&lt;/i&gt;). Pr&#233;cisons que cet &#233;minent m&#233;decin britannique, qui occupa la premi&#232;re chaire d'hygi&#232;ne publique, se r&#233;clamait d'Edwin Chadwick (1800-1890), dont il avait suivi les travaux sur la situation sanitaire de la population ouvri&#232;re, et que Chadwick se r&#233;clamait quant &#224; lui du philosophe et r&#233;formateur Jeremy Bentham (1748-1832), l'auteur de cette phrase c&#233;l&#232;bre sur les animaux : &#171; La question n'est pas peuvent-il penser et peuvent-ils parler ? Mais peuvent-ils souffrir ? &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jeremy Bentham, An Introduction to the Principle of Morals and Legislation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette filiation peut expliquer l'int&#233;r&#234;t de Ward Richardson pour la mise &#224; mort d'animaux errants, ainsi que pour celle d'animaux dans les abattoirs. Toujours est-il que m&#234;me pav&#233;e des meilleures intentions, son invention a encourag&#233; une mise &#224; mort industrielle, ce dont il ne s'est d'ailleurs pas cach&#233;, fournissant le chiffre de 200 &#224; 250 chiens errants ou abandonn&#233;s tu&#233;s par semaine, et expliquant lors d'une conf&#233;rence s'efforcer de mettre au point des &#171; &lt;i&gt;substances cheapest, more adaptable, more certain in action to carry out lethal death on the large scale&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In 1884, Benjamin Ward Richardson delivered a lecture to London's Society of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_353 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture7-2.png' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dogs' Home &#224; Battersea, Ilustrated London News, 2 janvier 1886&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition du Dr Remlinger de tirer b&#233;n&#233;fice des cadavres n'avait &#233;galement rien d'in&#233;dite. Le &lt;i&gt;Dogs' Home&lt;/i&gt; de Battersea &#233;tait dot&#233; d'un four cr&#233;matoire, mais les fourri&#232;res fran&#231;aises se montr&#232;rent plus pragmatiques en recourant &#224; l'&#233;quarrissage, surtout apr&#232;s 1880-1890, quand l'hippophagie, tabou dans les pays anglo-saxons, s'est d&#233;velopp&#233;e et que les chiens ont fait office de &#171; nouveaux clients &#187;. Il fallait aussi &#171; rentabiliser l'industrialisation des proc&#233;d&#233;s, avec la mise au point d'appareils st&#233;rilisateurs et dessiccateurs, d'autoclaves cuisant puis dess&#233;chant les cadavres afin de fabriquer des engrais, ou bien des viandes dess&#233;ch&#233;es &#224; destination de porcs, volailles, chiens, bien avant nos farines animales &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eric Baratay, &#8220;Chacun jette son chien. De la fin de vie au 19e si&#232;cle &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En 1911, peut-on lire dans un ouvrage tr&#232;s d&#233;taill&#233; sur l'abattage des chiens dans diverses villes d'Europe, le prix d'achat d'un cadavre &#224; la fourri&#232;re &#233;tait de 0,50 &#224; 1 franc pi&#232;ce, soit beaucoup moins que la valeur marchande estim&#233;e par le Dr Remlinger, 3 ou 4 francs.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Martel, L'industrie de l'&#233;quarrissage, p. 59.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il faut dire que ce dernier entendait tirer profit de sa peau, ses poils, ses os, sa graisse, mais &#233;galement de ses mati&#232;res albumino&#239;des et de ses intestins !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand les chiens d&#233;fraient la chronique, 1909-1910&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps avant l'extermination des chiens d'Istanbul sur l'&#238;lot d'Oxia (Sivriada), des bruits ont circul&#233; dans la presse sur les profits que pouvaient engendrer l'op&#233;ration. Une chanson a m&#234;me &#233;t&#233; compos&#233;e, jouant sur le rapprochement entre &#171; chien &#187; et &#171; autrichien &#187;, publi&#233;e dans le journal satirique &lt;i&gt;Kalem&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Para&#238;t qu'pour boucler son budget&lt;br class='autobr' /&gt;
La municipalit&#233; a fait l'projet&lt;br class='autobr' /&gt;
De ramasser tous les cabots&lt;br class='autobr' /&gt;
Et de les vendre pour &#8230; leur peau&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;&#8230;..&lt;br class='autobr' /&gt;
On nous apprend que l'acheteur&lt;br class='autobr' /&gt;
Arrive d'Autriche, ce qui prouve sans erreur&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'on est tromp&#233; par les siens&lt;br class='autobr' /&gt;
Car l'acheteur est un Autr'chien !!!&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chanson Rosse (alayl&#305; &#351;ark&#305;s&#305;) d'Henri Yan, &#171; La question des chiens &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un missionnaire, P. Colomban, qui enseignait &#224; Istanbul, rapporte que &#171; d&#232;s 1909, plusieurs projets furent pr&#233;sent&#233;s, plus beaux les uns que les autres, des &#233;trangers proposant m&#234;me d'acheter les chiens pour les transformer en je ne sais quels produits chimiques &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Colomban, &#171; Les chiens de Constantinople &#187;, Missions des Augustins de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Lors de l'extermination au large d'Istanbul, un correspondant de l'agence Reuter, qui pr&#233;tend s'&#234;tre rendu sur place, n'h&#233;site pas &#224; affirmer dans un journal australien qu'un &#171; Fran&#231;ais y a install&#233; une usine pour extraire les os et les exporter avec les peaux en Europe &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Suffering dogs. The canine exiles from Constantinople &#187;, The Advisor, 3 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Un journaliste local confirme et pr&#233;cise que &#171; l'exploitation de ce modeste fran&#231;ais ne fut gu&#232;re rentable &#187;, en raison des frais de combustibles et du transport difficile par ces temps de chol&#233;ra.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;lio, &#171; Les chiens d'Oxia &#187;, The Levant Herald &amp; Eastern Express, 15 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Oxia/Sivriada n'est pas &#171; &lt;i&gt;a well-wooded little island, picturesquely situated&lt;/i&gt; &#187;, comme l'ont pr&#233;tendu des correspondants &#233;trangers, mais un simple rocher escarp&#233;, sans v&#233;g&#233;tation, qui a abrit&#233; un monast&#232;re &#8211; le byzantiniste Raymond Janin s'est d'ailleurs &#233;tonn&#233; qu'il y ait eu possibilit&#233; pour des hommes de vivre dans un lieu aussi hostile.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raymond Janin, &#171; Les &#238;les des Princes &#187;, &#201;cho d'Orient, octobre d&#233;cembre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle entreprise de recyclage a-t-elle exist&#233; ? C'est peu probable, compte tenu du lieu excentr&#233;, et plus encore de l'aval n&#233;cessaire des autorit&#233;s. L'exp&#233;rience de Remlinger le prouve, son projet d'&#233;radication rejet&#233; par le conseil d'hygi&#232;ne au pr&#233;texte qu'il aurait pu r&#233;clamer 10% des b&#233;n&#233;fices. En revanche, qu'un &#233;tranger ait eu l'id&#233;e de tirer profit de l'h&#233;catombe n'est pas exclu. En France, lors de l'instauration d'une taxe sur le chien, le nombre de cadavres avait &#233;t&#233; tel (les propri&#233;taires se d&#233;barrassant de leur animal pour ne pas payer l'imp&#244;t ou par crainte de port&#233;e) que les m&#233;gisseries s'&#233;taient reconverties en gants en peau de chien. Et d'apr&#232;s le Dr Remlinger, toujours attentif &#224; l'aspect &#233;conomique : &#171; Chaque ann&#233;e, Constantinople exporte dans la seule Am&#233;rique, pour les besoins de l'industrie ganti&#232;re, 12 000 sacs d'excr&#233;ments de 60 kilos chacun, les 100 kilos pay&#233;s 35 francs. Pr&#232;s d'un millier de personnes, ramasseurs et grossistes, vivent &#224; Constantinople de ce petit commerce. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dr P. Remlinger, &#171; La D&#233;canisation &#224; Constantinople &#187;, p. 155, et &#171; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Une destination aussi lointaine que l'Am&#233;rique laisse songeur et si la collecte de crottes de chien existait bel et bien en Europe, les excr&#233;ments vendus &#224; des tanneurs qui les utilisaient dans des bains afin d'assouplir et de blanchir les peaux, il est &#233;tonnant qu'une activit&#233; si pittoresque, et &#224; tel point r&#233;pandue aux dires de Remlinger, n'ait fait l'objet d'aucune photographie &#224; Istanbul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le qualificatif turc &#171; &lt;i&gt;ba&#351;&#305;bo&#351;&lt;/i&gt; &#187; (libre, ind&#233;pendant, n'en faisant qu'&#224; sa t&#234;te) appliqu&#233; aux chiens des rues comme aux d&#233;munis, a fortiori aux sans-abri, participe &#224; la folklorisation d'une existence con&#231;ue aux antipodes &#171; d'une vie de chien &#187;. Concernant les mendiants, Mavroy&#233;ni a pr&#233;tendu qu'&#224; l'instar des chiens, ils menaient une &#171; vie de boh&#232;me &#187;, vivaient de &#171; la charit&#233; publique qui pourvoyait largement &#224; leur besoin, sans les humilier &#187;. Pourtant, de nombreux chiens &#233;taient affam&#233;s, comme le prouvent &#171; les corps &#233;trangers, bouts de pierre, bois et brique &#187; que le Dr Remlinger &#233;crit avoir r&#233;guli&#232;rement trouv&#233; dans leur estomac lors d'autopsies. De plus, la mendicit&#233; et le vagabondage constituaient pour le sultan Abd&#252;lhamid une menace potentielle &#224; l'ordre public, ainsi qu'une atteinte &#224; l'image &#171; moderne &#187; de l'Empire qu'il s'effor&#231;ait de montrer au monde ext&#233;rieur. &#192; titre d'exemple, un article du journal &lt;i&gt;Sabah&lt;/i&gt;, d&#233;plorant des photographies de mendiants prises par des touristes sur le pont de Galata, a conduit le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur &#224; s'atteler au probl&#232;me.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Dilenci Kalkt&#305;&#8221;, Sabah, n&#176;10787, 19 d&#233;cembre 1907, article cit&#233; et comment&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_354 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture8-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture8-2.png' width='458' height='1086' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anonyme, Mendiants et chien sur le pont de Galata&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Le mus&#233;e des horreurs &#187;, d&#233;but 20e si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s leur arriv&#233;e au pouvoir, les Jeunes Turcs ont syst&#233;matis&#233; le contr&#244;le et la r&#233;pression de ces cat&#233;gories sociales en promulguant, d&#232;s le printemps 1909, apr&#232;s d'&#226;pres d&#233;bats au Parlement, une &#171; loi sur les vagabonds et les criminels potentiels &#187; (&lt;i&gt;Serseri ve mazanne-i s&#251;'olan e&#351;h&#226;s hakk&#305;nda kan&#251;n&lt;/i&gt;).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;No&#233;mi L&#233;vy-Aksu, Ordre et d&#233;sordre dans l'Istanbul ottomane, Paris : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette volont&#233; politique de surveiller et de r&#233;primer des individus &#171; &#224; risque &#187;, dont les activit&#233;s &#233;taient jug&#233;es suspectes et/ou obsol&#232;tes, allait bien entendu de pair avec des pr&#233;occupations d'ordre et d'hygi&#232;ne. Il s'agissait d'assainir les rues de la ville, d'instaurer la s&#233;curit&#233; et de veiller au respect des bonnes m&#339;urs en renfor&#231;ant la lutte contre les &#171; d&#233;viants &#187; et &#171; les mauvais pauvres &#187; (vagabonds, &#171; paresseux imp&#233;nitents &#187;, qui aggravaient leur cas en mendiant). Il suffit de lire la presse de l'&#233;poque pour constater combien des individus, souvent regroup&#233;s en corporation, ne cessaient d'&#234;tre stigmatis&#233;s : portefaix (&lt;i&gt;hamal&lt;/i&gt;), pompiers volontaires (&lt;i&gt;tulumbac&#305;&lt;/i&gt;), veilleurs de nuit (&lt;i&gt;bek&#231;i&lt;/i&gt;) qualifi&#233;s de &#171; tapageurs &#187;, associ&#233;s aux chiens, les uns comme les autres coupables de d&#233;sordres urbains auxquels l'Etat et la municipalit&#233; &#233;taient appel&#233;s &#224; rem&#233;dier.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les bek&#231;i tapageurs &#187;, Stamboul, 7 septembre 1908. Repr&#233;sentatif de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ces hommes, ainsi que les gardiens (&lt;i&gt;kap&#305;c&#305;&lt;/i&gt;) qui en fin de journ&#233;e ramassaient les ordures m&#233;nag&#232;res dans des bo&#238;tes en fer-blanc (&lt;i&gt;teneke&lt;/i&gt;) dont le contenu &#233;tait d&#233;vers&#233; sur le pav&#233;, ou encore les bouchers, dont les &#233;tals se dressaient sur des march&#233;s, &#233;taient ceux qui c&#244;toyaient le plus les chiens et connaissaient le mieux leur mode de vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_355 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture9-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture9-2.png' width='497' height='966' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Boucher en plein air, fin 19e si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'avait signal&#233; &#224; demi-mots Mavroy&#233;ni, les chiens &#233;taient persona non grata &#224; P&#233;ra, quartier qui se voulait mod&#232;le en mati&#232;re d'urbanisme et d'hygi&#232;ne, mais o&#249; les d&#233;chets &#233;taient cependant plus nombreux qu'ailleurs en raison d'immeubles &#224; &#233;tages. Un article publi&#233; dans &lt;i&gt;The Levant Herald &amp; Eastern Express&lt;/i&gt;, sign&#233; par un certain Jon Pip&#233;ra, est repr&#233;sentatif de l'opinion qui pr&#233;valait dans le centre-ville europ&#233;en. Le pr&#233;texte &#224; ce billet d'humeur aurait &#233;t&#233; la rencontre avec un chien horriblement galeux, devant Galatasaray. En abr&#233;geant les souffrances de &#171; cette pourriture ambulante &#187;, avance le journaliste, ne ferait-on pas une &#171; &#339;uvre m&#233;ritoire &#187;, et plus encore une &#171; &#339;uvre d'assainissement &#187; ? Puisqu'il est d&#233;fendu d'y toucher, poursuit-il, pourquoi ne pas cr&#233;er une administration charg&#233;e de prendre soin d'eux, &#171; ils en ont bigrement besoin &#187;, et pourquoi pas un h&#244;pital pour chiens ?! Mais tr&#234;ve de plaisanterie, cette &#171; Causerie canine &#187; vise &#224; alerter l'Etat et la municipalit&#233; sur l'urgence, au nom de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et de la sant&#233; publique, de faire dispara&#238;tre &#171; ces bandes de chiens efflanqu&#233;s, pel&#233;s et rabougris &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jon Pip&#233;ra, &#171; Causerie canine &#187;, The Levant Herald &amp; Eastern Express, 16 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les mois qui suivront, ce v&#339;u sera exauc&#233;, et le sombre &#233;pisode de &#171; l'exil &#187; des chiens (pour reprendre un euph&#233;misme largement r&#233;pandu) ne manquera pas d'&#234;tre &#171; immortalis&#233; &#187;. Contrairement &#224; l'all&#233;gation du Dr Remlinger d'apr&#232;s lequel &#171; personne n'osa fixer ces sc&#232;nes d'horreur par la photographie &#187;, les images furent nombreuses, diffus&#233;es par le biais de cartes postales comme dans la presse. La photographie la plus souvent reproduite est celle sign&#233;e Jean Weinberg, qui para&#238;t dans le journal &lt;i&gt;L'Illustration&lt;/i&gt; le 16 juillet 1910, similaire aux photographies publi&#233;es un mois plus t&#244;t dans la revue &lt;i&gt;Servet-i F&#252;nun&lt;/i&gt; (Le Tr&#233;sor des arts) et le 23 juillet dans &lt;i&gt;The Illustrated London News&lt;/i&gt; en illustration d'un article intitul&#233;, &#8220;&lt;i&gt;A veritable isle of dogs : a canine devil's island&lt;/i&gt;&#8221;. Tous ces clich&#233;s ont &#233;t&#233; pris au tout d&#233;but de la d&#233;portation, les trois articles mentionnant deux hommes (visibles sur certaines images) charg&#233;s de puiser de l'eau dans un puits et de distribuer &#171; une maigre pitance vers laquelle les chiens se ruent avec avidit&#233;, au point que les gardiens doivent les &#233;carter &#224; coups de b&#226;tons &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les chiens de Constantinople condamn&#233;s &#224; la rel&#233;gation par les Jeunes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Nous ne savons pas qui avait &#233;t&#233; recrut&#233; pour une t&#226;che aussi p&#233;rilleuse, mais vraisemblablement s'agissait-il de la m&#234;me cat&#233;gorie d'hommes &#224; laquelle avait &#233;t&#233; confi&#233;e la sale besogne de capturer les chiens : individus &#171; appartenant &#224; la lie de la population &#187; selon le Dr Remlinger, &#171; vagabonds, boh&#233;miens et bandits &#187; aux dires de Pierre Loti, &#171; brutes sordides, terribles Kurdes &#224; t&#234;te d'&#233;gorgeurs &#187; d'apr&#232;s le caricaturiste Sem.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Loti, Supr&#234;mes visions d'Orient, Paris : Calmann L&#233;vy, 1921, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_356 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture10-2.png' width='444' height='696' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Carte postale, &#171; L'exil des chiens de Constantinople &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse &#233;trang&#232;re r&#233;v&#232;le, sans grande surprise, que ce n'est pas tant l'&#233;radication des chiens qui posait probl&#232;me que le proc&#233;d&#233; choisi par les autorit&#233;s jeunes-turques, lesquelles ne l'avaient toutefois pas invent&#233;, mais qui pass&#232;rent &#224; l'acte. De la part d'adeptes du positivisme, dont le pouvoir n'&#233;tait plus d'essence religieuse, il ne fallait gu&#232;re s'attendre &#224; des &#233;tats d'&#226;me concernant la souffrance inflig&#233;e &#224; l'animal, ni &#224; pr&#234;ter une oreille attentive aux musulmans brandissant le spectre d'un ch&#226;timent divin.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet le pamphlet d'Abdullah Cedvet, Istanbul'da K&#246;pekler, Egypt : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pour faire place nette, les autorit&#233;s all&#232;rent au plus simple et au plus press&#233;, laissant un temps entendre que les chiens &#233;taient nourris au frais de l'Etat. Des Europ&#233;ens se sont charg&#233;s de d&#233;mentir cette version, le plus connu d'entre eux &#233;tant le caricaturiste Sem, de son vrai nom Georges Goursat, qui s'est rendu sur place le 12 juillet 1910 et dont l'article, &#171; Les chiens d'Oxia &#187;, parut le 15 octobre dans &lt;i&gt;The Levant Herald &amp; Eastern Express&lt;/i&gt;. Cet article sera r&#233;&#233;dit&#233; dans un recueil de textes, avec de l&#233;g&#232;res modifications et des dessins, Sem comparant &#171; l'&#238;le aux chiens &#187; &#224; &#171; une sorte de Stromboli vomissant des plaintes et des r&#226;les &#187;, vision cauchemardesque qui, une dizaine d'ann&#233;es plus tard, lui soulevait encore le c&#339;ur.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une citation compl&#232;te, Catherine Pinguet, Les chiens d'Istanbul, Bleu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_357 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture11-2.png' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sem, &#171; L'&#238;le aux chiens &#187;, La Ronde de nuit, 1923&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;The Illustrated London News&lt;/i&gt;, les r&#233;criminations ont d&#233;but&#233; avant la d&#233;portation, lors du parcage des chiens aux portes de la ville, comme l'atteste la l&#233;gende d'une photographie : &#171; &lt;i&gt;A canine enclosure on the Byzantine walls of Constantinople where 600 dogs&lt;/i&gt; (2 5000 chiens au total selon l'article) &lt;i&gt;are piled into a space of 40 feet square for 3 weeks, which led to scenes of incredible suffering among the animals&lt;/i&gt; &#187;. Le journaliste &#233;crit esp&#233;rer &#171; &lt;i&gt;that some more human method may be found than that which has been first adopted&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;The Scavanger-dogs of Constantinople and their cruel fate&#8221;, The Illustrated (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Plus explicite encore, un article intitul&#233; &#171; Les parias de Constantinople &#187;, avec pour sous-titre, &#171; Une nation sans piti&#233; &#187;, d&#233;non&#231;ant &#171; une ignoble boucherie, indigne d'un peuple civilis&#233; &#187;. Le journaliste reconna&#238;t qu'un &#171; sacrifice s'imposait, comme toute ville moderne, la capitale ottomane aspirait &#224; la propret&#233; et &#224; la nettet&#233; de ses rues &#187;. Mais, interroge-t-il, &#171; plut&#244;t que d'exposer ces chiens aux affres de la faim et aux atrocit&#233;s de la mis&#232;re sur un &#238;lot d&#233;sert, n'e&#251;t-il pas &#233;t&#233; pr&#233;f&#233;rable de les faire mourir sans souffrance ? La science moderne est riche en moyens rapides &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eug&#232;ne Beylier, &#171; Les parias de Constantinople &#187;, Le Journal des voyages, 13 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_358 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture12-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture12-2.png' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Grande Rue de Pera, carte postale avec message manuscrit&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; R&#233;cemment disparus &#187;, 6 ao&#251;t 1910&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un journaliste local n'entend pas s'embarrasser de ce type de consid&#233;ration. Il f&#233;licite chaleureusement la municipalit&#233;, &#171; press&#233;e par les plaintes des habitants, dont les journaux s'&#233;taient fait les interpr&#232;tes &#187;, d'avoir ordonn&#233; le transport des chiens &#224; Oxia, puis leur h&#233;catombe. Sa r&#233;pulsion pour ces cr&#233;atures est telle qu'il pousse la mauvaise foi jusqu'&#224; pr&#233;tendre que les chiens ont d&#233;daign&#233; le pain, pr&#233;f&#233;rant s'entred&#233;vorer ! &#171; Ces malheureux qui ont int&#233;ress&#233; le monde entier ont termin&#233; leur existence &#224; la mani&#232;re d'un drame &#187; poursuit-il, raillant &#171; les quelques sentimentalistes &#187; qui ont cont&#233; les souffrances des &#171; exil&#233;s &#187;, sous-entendu des individus que la sensiblerie conduit &#224; n&#233;gliger les lois &#233;l&#233;mentaires d'hygi&#232;ne publique et le bien-fond&#233; des tendances progressistes du nouveau r&#233;gime.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;lio, &#171; Les chiens d'Oxia &#187;, p. 367-68.&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'exp&#233;rience de l'&#238;lot d&#233;sert ne fut toutefois pas renouvel&#233;e, malgr&#233; le manque d'effet escompt&#233;. Le Dr Cemil Pacha, &#233;lu maire d'Istanbul en 1912, mentionne dans ses m&#233;moires la pr&#233;sence d'environ 30 000 chiens lors de sa prise de fonction. Et il n'est pas peu fier d'assurer qu'ils ont &#233;t&#233; progressivement &#233;limin&#233;s, sans pr&#233;ciser le proc&#233;d&#233; adopt&#233;, et que dans la foul&#233;e, les mendiants ramass&#233;s ont &#233;t&#233; conduits &#224; &lt;i&gt;D&#226;r&#252;laceze&lt;/i&gt; (Maison des pauvres), fond&#233;e en 1896 pour lutter contre la mendicit&#233; dans la capitale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dr Cemil Topuzlu, 80 Y&#305;ll&#305;k H&#226;t&#305;ralar&#305;m, Istanbul : G&#252;ven, 1951, p. 121.&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est &#233;galement en 1912 qu'est cr&#233;&#233;e la premi&#232;re Soci&#233;t&#233; Protectrices des Animaux (&lt;i&gt;Istanbul Him&#226;ye-i Hayv&#226;n&#226;t Cemiyeti&lt;/i&gt;), comptant parmi ses membres honorifiques Tevfik Bey, qui avait pr&#233;c&#233;d&#233; Cemil Pacha &#224; la t&#234;te de la municipalit&#233;, et qui s'&#233;tait f&#233;licit&#233; de l'extermination des chiens au large d'Istanbul. Son adh&#233;sion prouve qu'&#224; l'instar de la protection animale &#224; travers le monde, celle-ci n'est pas int&#233;grale, mais s&#233;lective (des souffrances animales suscitent des r&#233;actions, d'autres pas). En d'autres termes, tous les animaux ne sont pas log&#233;s &#224; la m&#234;me enseigne, y compris au sein d'une m&#234;me esp&#232;ce, et les chiens en sont la meilleure illustration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Flashback sur &#171; ces braves chiens &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vingt-deux ans apr&#232;s son article, &#171; La D&#233;canisation &#224; Constantinople &#187;, le Dr Remlinger, dor&#233;navant en poste &#224; l'Institut Pasteur de Tanger, revient tr&#232;s longuement sur le dossier &#171; chiens des rues &#187; dans la revue &lt;i&gt;Mercure de France&lt;/i&gt;. Il brosse dor&#233;navant de ces derniers un portrait tr&#232;s flatteur, vantant leur solidarit&#233;, leur intelligence, leur respect de la propri&#233;t&#233; humaine, un amour maternel &#224; toute &#233;preuve, les stratag&#232;mes d&#233;ploy&#233;s pour tisser des liens avec certaines personnes, y compris des marques de sympathie ne passant pas n&#233;cessairement par une r&#233;compense (nourriture, caresse). Remlinger reconna&#238;t bien avoir quelques centaines de cadavres sur la conscience, besoins de la recherche obligent, et pr&#233;cise avoir toujours pris soin de pr&#233;lever ses &#171; sujets d'exp&#233;rience &#187; loin de l'institut antirabique, afin d'&#233;viter tout litige avec certains habitants. Ce qui semble relever de l'aberration, et plus encore de la schizophr&#233;nie, n'a rien d'in&#233;dit, comme le souligne l'&#233;thologue Marc Bekoff t&#233;moignant de l'attitude de scientifiques qui, en dehors de leurs travaux, peuvent attribuer volontiers aux animaux des facult&#233;s et des &#233;motions qu'ils refuseront syst&#233;matiquement &#224; ces m&#234;mes cr&#233;atures sit&#244;t franchies les portes de leur laboratoire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marc Bekoff, Minding Animals. Awareness, Emotions and Heart, New York : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Tel est le cas du Dr Remlinger, qui se laisse m&#234;me aller &#224; un anthropomorphisme d&#233;mesur&#233;, ne se contentant pas d'observer que les chiens ont leur propre langage (aboiements porteurs de signaux distinctifs), mais transcrivant un long dialogue canin ! Il faut dire qu'il s'adressait dor&#233;navant, non plus &#224; des hygi&#233;nistes, mais aux lecteurs d'une revue litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des estimations ont &#233;t&#233; avanc&#233;es sur le nombre de chiens peuplant les rues de la capitale ottomane en 1910. Remlinger, se basant sur le taux de mortalit&#233; quotidienne enregistr&#233; par les services municipaux, avance le chiffre de 60 000 et 80 000. Il omet toutefois de pr&#233;ciser qu'Istanbul &#233;tait une m&#233;tropole de pr&#232;s d'un million d'habitants, en pleine croissance d&#233;mographique, seulement d&#233;pass&#233;e par Londres, Paris, P&#233;kin et Calcutta. Tous les chiens n'ont pu &#234;tre captur&#233;s car alert&#233;s par leurs cong&#233;n&#232;res, ils se sont d&#233;fendus, enfuis ou cach&#233;s, aid&#233;s dans certains cas par les habitants. Le missionnaire assomptionniste, P. Colomban, rapporte qu'il y eut de v&#233;ritables bagarres, notamment vers Sainte-Sophie o&#249; la foule ouvrit les cages et rendit la libert&#233; aux chiens. Remlinger mentionne l'imam d'une petite mosqu&#233;e de P&#233;ra conduit &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; au commissariat de Galatasaray. Pierre Loti cite en exemple son ami, le capitaine Tewfik Bey, qui d&#233;sarma les attrapeurs, les jeta hors de sa caserne, acte de r&#233;bellion qui aurait permis aux &#171; braves b&#234;tes &#187; d'avoir la vie sauve, mais qui lui aurait valu un mois de prison. &lt;br class='autobr' /&gt;
On a dit et r&#233;p&#233;t&#233;, y compris dans la presse satirique, que des hommes s'opposaient &#224; la capture des chiens par crainte de perdre de pr&#233;cieux gardiens et des auxiliaires dans le nettoiement de la voirie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la presse satirique ottomane, voir Palmira Brummet, &#171; Dogs, Crime, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette conception simplificatrice de la relation homme/animal passe sous silence le poids des croyances : tuer une b&#234;te inoffensive &#233;tait con&#231;u comme un p&#233;ch&#233;, une atteinte &#224; la Cr&#233;ation. Il faut &#233;galement tenir compte d'un rejet des autorit&#233;s, dont la l&#233;gitimit&#233; &#233;tait bien souvent contest&#233;e, qui s'arrogeaient le droit de condamner des cr&#233;atures sans d&#233;fense et famili&#232;res auxquelles des habitants attribuaient des noms. Or, nommer l'animal revient &#224; l'individualiser, &#224; favoriser des interactions plus ou moins d&#233;velopp&#233;es (nourriture, soin, attachement r&#233;ciproque). Des &#233;thologues en ont fait les frais, parmi lesquels la c&#233;l&#232;bre primatologue Jane Goodall, s'&#233;tonnant au d&#233;but de sa carri&#232;re que &#171; &lt;i&gt; naming animals and describing their personnality was taboo in science&lt;/i&gt; &#187;. Malgr&#233; les critiques de coll&#232;gues, elle a continu&#233; &#224; nommer les chimpanz&#233;s &#233;tudi&#233;s et a refus&#233; de dire &#171; &lt;i&gt;it&lt;/i&gt; &#187;, au lieu de &#171; &lt;i&gt;she&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;he&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jane Goodall, Reasons for Hope, cit&#233;e par Marc Bekoff, Minding Animals, p. 46.&#034; id=&#034;nh46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_359 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture13-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture13-2.png' width='500' height='814' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Chienne d'histoire&lt;/i&gt;, court m&#233;trage d'animation de&lt;br class='autobr' /&gt;
Serge Av&#233;dikian. Peintre : Thomas Azuelos&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1906, t&#233;moin d'empoisonnements massifs &#224; P&#233;ra, Remlinger rapporte que les personnes qui firent preuve d'une v&#233;ritable empathie &#233;taient de pauvres gens, des cafetiers ambulants, des &lt;i&gt;hamals&lt;/i&gt;, qui s'efforc&#232;rent de faire ingurgiter aux chiens du yaourt, &#224; titre d'antipoison, malgr&#233; des morsures, l'animal ne comprenant pas qu'on tentait de lui porter secours. Le poison en question, la strychnine, agit en t&#233;tanisant les muscles, puis s'attaque rapidement &#224; la moelle et aux nerfs moteurs, provoquant de violentes douleurs, des convulsions et la mort. Moins d'un si&#232;cle plus tard, cette &#171; bonne vieille m&#233;thode &#187; &#233;tait toujours employ&#233;e par la municipalit&#233;. Sa derni&#232;re utilisation &#224; grande &#233;chelle, toujours &#224; Beyo&#287;lu, date de 1996, peu avant le sommet mondial des villes, Habitat II, quand les gamins des rues furent &#233;galement somm&#233;s de quitter le secteur, les r&#233;calcitrants ramass&#233;s par des policiers, conduits dans les faubourgs recul&#233;s ou dans des villes de province.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre anecdote rapport&#233;e par Remlinger a trait au stratag&#232;me d'un gardien (&lt;i&gt;kap&#305;c&#305;&lt;/i&gt;) pour mettre fin aux hostilit&#233;s des chiens du quartier vis-&#224;-vis d'une cong&#233;n&#232;re avec propri&#233;taire qui ne pouvait sortir sans &#234;tre violemment attaqu&#233;e. L'id&#233;e consista &#224; rassembler chaque soir les &lt;i&gt;teneke&lt;/i&gt;, &#224; faire sortir la chienne, et &#224; ensuite seulement vider le contenu sur le trottoir. L'effet escompt&#233;, couronn&#233; de succ&#232;s, est un bel exemple d'interaction astucieuse entre l'homme et l'animal. Des scientifiques auront beau jeu de pr&#233;tendre que ce brave gardien n'y connaissait rien, mais contrairement &#224; eux, il c&#244;toyait les chiens au quotidien, ne les observaient pas en situation de compl&#232;te soumission, ni ne r&#233;duisait leur comportement &#224; une simple m&#233;canique. Nous sommes donc tr&#232;s loin des fameux chiens d'Ivan Pavlov, prix Nobel de m&#233;decine en 1904, qui ont donn&#233; lieu &#224; l'expression &#171; chien de Pavlov &#187;, prototype de l'imb&#233;cile conditionn&#233;, incapable de discernement, ne r&#233;agissant que par &#171; instinct &#187; (notion pratique pour nier toute intelligence &#224; l'animal).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une cr&#233;ature hybride ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Encore &#224; l'heure actuelle, rares sont les &#233;tudes consacr&#233;es aux chiens des rues. Cette absence peut s'expliquer par le fait qu'ils ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme domestiques, les interactions avec l'homme ne passant pas par le dressage ni par la propri&#233;t&#233;. Dans un m&#234;me temps, il ne s'agit pas de chiens sauvages, ni de chiens marrons (&lt;i&gt;feral dogs&lt;/i&gt;), et dans bien des cas, pas m&#234;me de chiens errants (&lt;i&gt;stray dogs&lt;/i&gt;). Malgr&#233; la terminologie qui pr&#233;vaut dans les textes juridiques comme dans le registre de la protection animale, les chiens errants ne sauraient &#234;tre confondus avec ceux des rues. Ces derniers, qui tissent des liens avec certains habitants dont ils d&#233;pendent, restent rattach&#233;s &#224; un ancrage pr&#233;cis (une rue, une place, un p&#226;t&#233; de maison, un parc). A l'inverse, les premiers fuient l'homme et chassent volontiers, vivant sur des &#233;tendus p&#233;riph&#233;riques plus vastes et souvent difficiles &#224; d&#233;limiter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces distinctions apparaissent dans les travaux d'une &#233;quipe de biologistes russes qui &#233;tudient depuis une vingtaine d'ann&#233;es 30 000 chiens qui vivent en meutes autonomes dans les rues de Moscou. D'apr&#232;s leurs observations, chaque meute a une organisation qui lui est propre, et pour accentuer la difficult&#233; d'op&#233;rer des g&#233;n&#233;ralisations trop simples, aucun de ces chiens n'a la m&#234;me vie qu'un autre. Certains sont occasionnellement nourris par des humains &#224; qui ils rendent certains services (gardien de parking par exemple) ou parce qu'ils savent se positionner de fa&#231;on astucieuse (comme ceux qui se posent au milieu du flux de voyageurs dans le m&#233;tro et qui attendent tranquillement d'&#234;tre nourris) alors que d'autres fuient tout contact avec l'homme, en particulier ceux qui vivent dans les friches industrielles. Un chien trop stupide ne survit pas longtemps dans un milieu aussi hostile : il passe vite sous une voiture, se fait capturer ou meurt de froid. Un chien agressif se fait rep&#233;rer et tuer. La sociabilit&#233; de ces chiens atteint parfois une complexit&#233; &#233;tonnante, qu'ils entretiennent &#224; travers un jeu d'attitude d'une incroyable diversit&#233;. Le dominant de chaque meute est loin d'&#234;tre toujours un m&#226;le, des femelles montrant r&#233;guli&#232;rement les qualit&#233;s d'intelligences requises pour vivre dans un milieu aussi complexe.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexandre Bourtine, &#171; Ma vie de chien errant &#224; Moscou &#187;, initialement paru (&#8230;)&#034; id=&#034;nh47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les &#233;crits sur les chiens d'Istanbul, le dominant est invariablement pr&#233;sent&#233; comme le plus fort, le plus valeureux, baptis&#233; Capitaine Pacha quel que soit le quartier. En r&#233;alit&#233;, cette soi-disant pr&#233;dominance du m&#226;le doit beaucoup &#224; une conception patriarcale de la soci&#233;t&#233; ainsi qu'&#224; une conception de la survie bas&#233;e sur la loi du plus fort. Des &#233;tudes en &#233;thologie, sur le terrain et sur le long terme, ont toutefois d&#233;montr&#233; que la coop&#233;ration et l'entraide peut l'emporter sur le combat. Le premier scientifique &#224; avoir exprim&#233; cette th&#232;se, dans un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Mutual Aid&lt;/i&gt;, &#233;tait un r&#233;volutionnaire anarchiste russe, Piotr Kropotkine (1842-1921). Cette th&#233;orie, dans un contexte favorable au darwinisme social, a t&#244;t fait d'&#234;tre rel&#233;gu&#233;e aux oubliettes de l'histoire naturelle, son auteur longtemps pr&#233;sent&#233; comme &#171; un de ces penseurs sots et n&#233;buleux &#187;, qui aurait laiss&#233; ses esp&#233;rances personnelles et son projet social s'introduire dans la rigueur de l'analyse&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stephan Jay Gould, &#171; Kropotkine n'&#233;tait pas cinoque &#187;, La Foire aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chiennes de vies &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les chiens des rues d'Istanbul, contrairement &#224; ce que pr&#233;voyait Paul Remlinger aux d&#233;buts des ann&#233;es 1930, n'ont pas fini dans des collections de zoos. L'&#233;radication, spectaculaire et hautement symbolique de 1910, d&#233;montre qu'en l'absence de juridiction sur l'errance canine en milieu urbain, elle &#233;tait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Le mod&#232;le europ&#233;en avait ses limites, et tel est toujours le cas &#224; l'heure actuelle. Dans les pays anglo-saxons o&#249; les d&#233;bats sur la lib&#233;ration animale et le droit des animaux sont plus anciens et mieux r&#233;pandus qu'ailleurs, des militants d&#233;noncent r&#233;guli&#232;rement les mauvais traitements inflig&#233;s aux chiens des rues en Turquie. Ces activistes, qui recourent aux p&#233;titions en ligne, devraient toutefois veiller &#224; mieux formuler leurs accusations qui, mal document&#233;es, risquent de discr&#233;diter la l&#233;gitimit&#233; de leur cause. Autrement dit, ne pas omettre qu'&#224; partir du moment o&#249; les autorit&#233;s turques adopteront des lois sur les chiens errants, telles qu'elles pr&#233;valent en Occident depuis un si&#232;cle et demi, ces cr&#233;atures dispara&#238;tront du paysage urbain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la m&#233;gapole qu'est devenue Istanbul, o&#249; l'automobiliste est roi, o&#249; urbanistes et promoteurs immobiliers ont la folie des grandeurs, on peut se demander si les chiens des rues sont appel&#233;s &#224; dispara&#238;tre. R&#233;volu le temps o&#249; tuer une b&#234;te inoffensive &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un p&#233;ch&#233;, une atteinte &#224; la Cr&#233;ation ; l'islam r&#233;formiste et politique a d&#233;sacralis&#233; l'animal, au m&#234;me titre que la nature, la protection due &#224; l'un comme &#224; l'autre &#233;tant intimement li&#233;e. Les rares espaces verts des centres villes sont menac&#233;s, tout comme les for&#234;ts de Belgrade et de Beykoz o&#249; des municipalit&#233;s abandonnent &#224; leur sort des chiens des rues st&#233;rilis&#233;s. Il serait tentant et pratique de voir dans cette rel&#233;gation d'un nouveau genre un retour de l'animal &#224; son &#171; habitat naturel &#187; (&lt;i&gt;do&#287;al hayat&lt;/i&gt;), mais il va de soi qu'il n'en est rien. Les seules chances de survie de ces chiens, que des chasseurs prennent volontiers pour cible, d&#233;pendent de responsables de chenils, d'associations et de b&#233;n&#233;voles qui leur portent secours et nourriture. Dans cette lointaine p&#233;riph&#233;rie, comme en ville, la protection de ces chiens rel&#232;ve d'un travail &#224; plein temps, voire d'un combat quotidien, doubl&#233; dans certains cas d'un v&#233;ritable sacerdoce. La t&#226;che est d'autant plus ardue qu'&#224; ces cohortes de chiens des rues viennent s'ajouter, dans des proportions in&#233;dites compte tenu de l'engouement relativement r&#233;cent pour les chiens de compagnie, ceux que les ma&#238;tres abandonnent. En t&#234;te des &#171; heureux &#233;lus &#187;, qui font le bonheur d'&#233;leveurs et de pet shops, mais engendrent d&#233;ception chez certains acheteurs d&#232;s lors que l'adorable petite boule de poils devient adulte : le golden retriever, r&#233;guli&#232;rement pr&#233;sent&#233; comme &#171; la cr&#232;me des chiens &#187;. Ce dernier, soit dit en passant, est un animal r&#233;put&#233; sociable et &#233;quilibr&#233;, qui a fait ses preuves comme guide et compagnon d'aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_360 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture14-2.png' width='500' height='758' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ta&#351;kafa (Pigheaded) and his friends in Galata&lt;br class='autobr' /&gt; Catherine Pinguet (phot.) 2008&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des chiens les plus c&#233;l&#232;bres du centre-ville europ&#233;en, qui a donn&#233; son nom au documentaire d'Andrea Luka Zimmerman, &lt;i&gt;Ta&#351;kafa&lt;/i&gt; (T&#234;te de mule) &lt;i&gt;Stories of Street&lt;/i&gt;, avait &#233;lu domicile au pied de la tour de Galata o&#249;, peu apr&#232;s sa mort, une sculpture de chien a &#233;t&#233; &#233;rig&#233;e. Cette statue peut passer pour un hommage, mais on peut aussi y voir un signe de mauvais augure, surtout sachant qu'un si&#232;cle plus t&#244;t, on parlait d&#233;j&#224; d'animaux &#171; historiques &#187;, ou pire encore de cr&#233;atures &#171; anachroniques &#187;. Le documentaire est ponctu&#233; par la voix de John Berger lisant des extraits de son &#171; roman des rues &#187; (&lt;i&gt;A Street Story&lt;/i&gt;), &lt;i&gt;King&lt;/i&gt;, nom du chien qui raconte 24 heures de la vie de ses compagnons d'infortune, ma&#238;tres et amis rel&#233;gu&#233;s au fond d'un terrain vague, au milieu des d&#233;chets abandonn&#233;s par la soci&#233;t&#233; de consommation. En 1999, la publication de &lt;i&gt;King&lt;/i&gt; a co&#239;ncid&#233; avec celle de &lt;i&gt;Tombouctou&lt;/i&gt; de Paul Auster, r&#233;cit d'un b&#226;tard errant dans les rues de Baltimore, ville o&#249; a &#233;t&#233; men&#233;e une des rares &#233;tudes consacr&#233;e &#224; l'errance canine, &lt;i&gt;The Ecology of Stray Dogs &#8211; A Study of Free-Ranging Urban Animals&lt;/i&gt;. Son auteur, Alan M. Beck, avait constat&#233; que le plus grand nombre de chiens vivaient dans les quartiers pauvres, qui dans leur grande majorit&#233; se trouvaient &#234;tre des quartiers noirs, o&#249; les chiens &#233;taient mieux tol&#233;r&#233;s qu'ailleurs.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus d'informations sur cette &#233;tude d'Alan M. Beck, Catherine Pinguet, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais inutile de dire que depuis cette &#233;tude, publi&#233;e dans les ann&#233;es 1970, ces quartiers ont chang&#233; de couleur et de statut social, que les chiens ont disparu comme les taudis et les anciennes friches industrielles o&#249; ils avaient trouv&#233; refuge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, et tel est le propos de John Berger, les chiens des rues sont de retour dans nos &#171; belles &#187; villes europ&#233;ennes, avec une ampleur in&#233;gal&#233;e, sillonnant les rues aux c&#244;t&#233;s d'hommes et de femmes marginalis&#233;s, partageant un dur quotidien fait de mis&#232;res et de discriminations. Pour les sans-abri, l'animal est le compagnon, le confident, une source de chaleur, symbolique et r&#233;elle, une b&#233;quille sociale, une mani&#232;re de sortir de l'anonymat du bitume (des passants, surtout ceux poss&#233;dant un animal de compagnie, enclins &#224; l'empathie). Alors qu'on pourrait imaginer ces chiens efflanqu&#233;s, maladifs, pleins de puces, ils sont au contraire le plus souvent vigoureux, &#233;quilibr&#233;s, et surtout extr&#234;mement autonomes, devant s'adapter en permanence au milieu urbain et jouissant d'une grande libert&#233; d'action au sein de leur environnement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christophe Blanchard, sociologue qui a &#233;tudi&#233; les liens entre de jeunes SDF (&#8230;)&#034; id=&#034;nh50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais qu'&#224; cela ne tienne, de &#171; braves gens &#187; ne manquent pas de s'offusquer : &#171; pourquoi avoir un chien, alors que sans toit ni emploi on est incapable de subvenir &#224; ses propres besoins ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand on aborde la question de l'errance, mieux vaut tenir pour suspecte la position doloriste qui consiste &#224; s'apitoyer sur le sort du pauvre animal car, &#224; l'instar de ce qui guette son ma&#238;tre, une telle attitude tend plut&#244;t &#224; renforcer la stigmatisation, l'exclusion, avec son lot de mesures coercitives. Pour conf&#233;rer dignit&#233; aux &#171; parias &#187; canins comme humains, John Berger se garde bien de tomber dans le mis&#233;rabilisme. Il incite &#224; un geste simple, nettement moins courant qu'on ne le croit : se poser et regarder. Un regard qui peut &#233;galement transcender l'&#234;tre humain, &#224; quoi invite son recueil de textes, &lt;i&gt;Why look at Animals ?&lt;/i&gt; Et pourquoi tant de consid&#233;rations pour l'animal interrogeront certains, sempiternel reproche adress&#233; &#224; ceux qui prennent la question animale au s&#233;rieux, lieu commun que les amis et d&#233;fenseurs des chiens des rues d'Istanbul ne connaissent que trop bien. La r&#233;ponse, pour reprendre la formule du h&#233;ros d'un roman de Romain Gary, &lt;i&gt;Les Racines du ciel&lt;/i&gt;, dans sa lutte pour les &#233;l&#233;phants d'Afrique : &#171; parce que leur libert&#233; est le gage de la mienne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Catherine PINGUET&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mert Sandalc&#305;, &lt;i&gt;The Postcards of Max Fruchtermann&lt;/i&gt;, Istanbul : Ko&#231;bank, 3 vols, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edmond Neukomm, &#171; Les capitales de l'Europe. Constantinople &#187;, &lt;i&gt;Journal des voyages&lt;/i&gt;, n&#176;267, 12 janvier 1902.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Andrieux, &lt;i&gt;Souvenirs d'un pr&#233;fet de police&lt;/i&gt;, Paris : Jules Rouff &amp; Cie, vol. 2, 1885, p. 90-91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Camille Allard, &lt;i&gt;Souvenirs d'Orient. Les &#233;chelles du Levant&lt;/i&gt;, Paris : Adrien Le Clere &amp; Cie, C. Dillet, 1864, p. 248 et 250.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple Fr&#233;d&#233;ric Lacroix, auteur du premier guide fran&#231;ais, cite parmi les inconv&#233;nients qui &#171; auront pour le voyageur le piquant de la nouveaut&#233;, les chiens, qui pullulent dans tous les quartiers &#187;. &lt;i&gt;Guide du voyageur &#224; Constantinople et dans ses environs&lt;/i&gt;, Paris : Bellizard, Dufour &amp; Cie, 1839, p. XI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Catherine Pinguet, &#171; Bat&#305;l&#305; Kilmli&#287;inin Olu&#351;turulmas&#305;nda &#214;teki'nin Sergilenmesi : Insanat Bah&#231;esi ve U&#287;rad&#305;&#287;&#305; De&#287;i&#351;imler &#187;, &lt;i&gt;Cogito&lt;/i&gt;, Istanbul : Yap&#305; Kredi, say&#305; 44-45, K&#305;&#351; 2006, p. 73-103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dr. P. Remlinger, &#171; Les chiens de Constantinople. Leur vie, leur mort &#187;, &lt;i&gt;Mercure de France&lt;/i&gt;, n&#176;25, juillet 1932, p. 25. Paul Remlinger se moque &#171; d'un des membres les plus distingu&#233;s de la colonie anglaise, Mr Whittol &#187; (sic), Whittal, ainsi que de &#171; certains touristes &#224; qui il faut absolument qu'une chose en rappelle une autre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul de R&#233;gla, &lt;i&gt;Les Bas-fonds de Constantinople&lt;/i&gt;, Paris : Tresse &amp; Stock, 1892, p. 188.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gaston des Godins de Souhesmes, &#171; Les chiens des rues &#187;, &lt;i&gt;Turcs et Levantins&lt;/i&gt;, Paris : V. Havard, 1896, p. 339. En 1887, il a fond&#233; l'&#233;ph&#233;m&#232;re &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de Constantinople&lt;/i&gt; et en 1891 publi&#233; un &lt;i&gt;Guide de Constantinople et ses environs&lt;/i&gt;, A. Zellich Fils.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mark Twain, &lt;i&gt;The Innocents Abroad or The New Pilgrims' Progress&lt;/i&gt;, San Francisco : Hartford, American Publisher Company, 1869, p. 871-872.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Remlinger, &lt;i&gt;D&#233;buts et tribulations de l'Institut Antirabique de Constantinople&lt;/i&gt; (Comment j'ai &#233;t&#233; forc&#233; de me sp&#233;cialiser dans l'&#233;tude de la rage), tir&#233; &#224; part de 32 pages publi&#233; en 1934.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spyridon Mavroy&#233;ni, &lt;i&gt;Les Chiens errants de Constantinople&lt;/i&gt;, Paris : Jean Maisonneuve, 1902.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'int&#233;r&#234;t pour les pathologies canines et les moyens d'y rem&#233;dier n'ont d&#233;but&#233; que durant l'entre-deux-guerres, pour devenir r&#233;ellement performants dans les ann&#233;es 1950-60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ch. Delmas, &lt;i&gt;L'hygi&#232;ne publique &#224; Constantinople. Assainissement des habitations et de la voie publique&lt;/i&gt;, Constantinople : Zellich, 1890, p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gaston des Godins de Souhesmes, &lt;i&gt;Turcs et Levantins&lt;/i&gt;, p. 346.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Th&#232;se de doctorat &#224; l'Ecole v&#233;t&#233;rinaire d'Alfort soutenue &#224; Paris en 1932 par le capitaine Hikmet Chakir, Paris : Vigot Fr&#232;res, 1932, 46 pages, conclusion p. 41-42. A l'occasion du centenaire de la Premi&#232;re Guerre mondiale, de remarquables ouvrages ont &#233;t&#233; publi&#233;s sur le lourd tribut pay&#233; par les animaux (chevaux, chiens, pigeons) durant le conflit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Relminger, &#171; La D&#233;canisation &#224; Constantinople &#187;, &lt;i&gt;L'Hygi&#232;ne g&#233;n&#233;rale et appliqu&#233;e&lt;/i&gt;, Paris : Octave Doin &amp; Fils, 1910, p. 153-157.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Scott Christianson, &lt;i&gt;The Last Gasp. The Rise and Fall of the American Gas Chamber&lt;/i&gt;, Berkeley &#8211; Los Angeles &#8211; London : University of California Press, 2010, p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Martel, &lt;i&gt;L'industrie de l'&#233;quarrissage&lt;/i&gt;, Paris : Denot, 1912, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Andrieux, &lt;i&gt;Souvenirs d'un pr&#233;fet de police&lt;/i&gt;, p. 309-310. Louis Andrieux &#233;tait le p&#232;re naturel du po&#232;te et romancier Louis Aragon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 1912, 23 000 chats et 5 454 chiens y sont tu&#233;s dans des cages &#224; &#233;lectrocution. Voir l'article &#233;difiant et consternant de W. F. Morse, illustr&#233; de photographies, &#171; The Humane and Sanitary Disposal of Superfluous Animal Life &#187;, &lt;i&gt;The American Journal of Public Health&lt;/i&gt;, 1913, p. 1226-1234.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jeremy Bentham, &lt;i&gt;An Introduction to the Principle of Morals and Legislation&lt;/i&gt;, J.H. Burns &amp; H.L.A. Hart, Athlone Press, University of London, 1970, p. 282-83&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In 1884, Benjamin Ward Richardson delivered a lecture to London's Society of Arts entitled &#171; On the Painless Extinction of Life of the Lower Animals&#8221;, abstracts published in &lt;i&gt;Popular Science Monthly&lt;/i&gt;, vol. 26, March 1885, p. 641-652.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eric Baratay, &#8220;Chacun jette son chien. De la fin de vie au 19e si&#232;cle &#187;, &lt;i&gt;Romantisme&lt;/i&gt;, n&#176;153, 2011, p. 161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Martel, &lt;i&gt;L'industrie de l'&#233;quarrissage&lt;/i&gt;, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chanson Rosse (&lt;i&gt;alayl&#305; &#351;ark&#305;s&#305;&lt;/i&gt;) d'Henri Yan, &#171; La question des chiens &#187; (&lt;i&gt;k&#246;pekler sorumu&lt;/i&gt;), &lt;i&gt;Kalem&lt;/i&gt;, 29 Mayis 1909, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Colomban, &#171; Les chiens de Constantinople &#187;, &lt;i&gt;Missions des Augustins de l'Assomption&lt;/i&gt;, n&#176;173, septembre 1910, p. 141.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Suffering dogs. The canine exiles from Constantinople &#187;, The Advisor, 3 October 1910, p. 5. (&lt;i&gt;An industry has been started on the island by a Frenchman, who skins and boiled the dead carcasses, both, skins and bones being exported in Europe&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;lio, &#171; Les chiens d'Oxia &#187;, &lt;i&gt;The Levant Herald &amp; Eastern Express&lt;/i&gt;, 15 octobre 1910, p. 367-68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raymond Janin, &#171; Les &#238;les des Princes &#187;, &lt;i&gt;&#201;cho d'Orient&lt;/i&gt;, octobre d&#233;cembre 1924, p. 435.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dr P. Remlinger, &#171; La D&#233;canisation &#224; Constantinople &#187;, p. 155, et &#171; Les chiens de Constantinople. Leur vie, leur mort &#187;, p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Dilenci Kalkt&#305;&#8221;, Sabah, n&#176;10787, 19 d&#233;cembre 1907, article cit&#233; et comment&#233; par Nadir &#214;zbek, &#171; &#8220;Beggars&#8221; and &#8220;Vagrants&#8221; in Ottoman State Policy and Public Discourse, 1876-1914 &#187;, &lt;i&gt;Middle Eastern Studies&lt;/i&gt;, vol. 45, n&#176;5, September 2009, p. 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;No&#233;mi L&#233;vy-Aksu, &lt;i&gt;Ordre et d&#233;sordre dans l'Istanbul ottomane&lt;/i&gt;, Paris : Khartala, 2013, p. 184-189.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les bek&#231;i tapageurs &#187;, &lt;i&gt;Stamboul&lt;/i&gt;, 7 septembre 1908. Repr&#233;sentatif de l'association hygi&#232;ne et police des m&#339;urs, un article publi&#233; dans Stamboul, le 23 ao&#251;t 1896, r&#233;clamant le rejet des maisons closes de Galata aux barri&#232;res de la ville. Dans &lt;i&gt;The Levant Herald&lt;/i&gt;, &#171; Edilit&#233;, F&#305;nd&#305;kl&#305; &#187;, le 10 octobre 1910, v&#339;u de transformer ce cloaque (peupl&#233; pour les trois quarts de pauvres) en un quartier le plus luxueux et le plus sain de P&#233;ra.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jon Pip&#233;ra, &#171; Causerie canine &#187;, &lt;i&gt;The Levant Herald &amp; Eastern Express&lt;/i&gt;, 16 avril 1910, p. 140.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les chiens de Constantinople condamn&#233;s &#224; la rel&#233;gation par les Jeunes Turcs &#187;, &lt;i&gt;L'Illustration&lt;/i&gt;, 16 juillet 1910, p. 45. Article sign&#233; Karabatak (Cormoran) publi&#233; dans Servet-i F&#252;nun le 17 juin 1910, cit&#233; par &#220;mit Sinan Top&#231;uo&#287;lu, &lt;i&gt;Istanbul ve Sokak K&#246;pekleri&lt;/i&gt;, Istanbul : Sepya, 2010, p. 62-65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Loti, &lt;i&gt;Supr&#234;mes visions d'Orient&lt;/i&gt;, Paris : Calmann L&#233;vy, 1921, p. 20-21. Sem, &#8220;L'&#238;le aux chiens&#8221;, La Ronde de nuit, Paris : Arth&#232;mes Fayard, 1923, p. 50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet le pamphlet d'Abdullah Cedvet, &lt;i&gt;Istanbul'da K&#246;pekler&lt;/i&gt;, Egypt : Matbaa-i Ictihad, 1909 [en ottoman].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une citation compl&#232;te, Catherine Pinguet, &lt;i&gt;Les chiens d'Istanbul&lt;/i&gt;, Bleu Autour, Saint-Pour&#231;ain-sur-Sioule, 2008, p. 17-18 ou encore le documentaire de Serge Av&#233;dikian, &lt;i&gt;Histoire de chiens&lt;/i&gt;, Sacre Bleu production, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;The Scavanger-dogs of Constantinople and their cruel fate&#8221;, &lt;i&gt;The Illustrated London News&lt;/i&gt;, 9 July 1910, p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eug&#232;ne Beylier, &#171; Les parias de Constantinople &#187;, &lt;i&gt;Le Journal des voyages&lt;/i&gt;, 13 novembre 1910, p. 411-412.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;lio, &#171; Les chiens d'Oxia &#187;, p. 367-68.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dr Cemil Topuzlu, &lt;i&gt;80 Y&#305;ll&#305;k H&#226;t&#305;ralar&#305;m&lt;/i&gt;, Istanbul : G&#252;ven, 1951, p. 121.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marc Bekoff, &lt;i&gt;Minding Animals. Awareness, Emotions and Heart&lt;/i&gt;, New York : Oxford University Press, 2002, p. 47-49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la presse satirique ottomane, voir Palmira Brummet, &#171; Dogs, Crime, Women, cholera, and Other Menaces in the Streets &#187;, &lt;i&gt;Image and Imperialism in the Ottoman Revolutionary Press&lt;/i&gt;, 1908-1911, Albany : State University of New York Press, 2000, p. 259-287.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jane Goodall, &lt;i&gt;Reasons for Hope&lt;/i&gt;, cit&#233;e par Marc Bekoff, &lt;i&gt;Minding Animals&lt;/i&gt;, p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alexandre Bourtine, &#171; Ma vie de chien errant &#224; Moscou &#187;, initialement paru dans la revue &lt;i&gt;Ogoniok&lt;/i&gt;, traduit en fran&#231;ais dans &lt;i&gt;Courrier International&lt;/i&gt;, n&#176;786, 24-30 novembre 2005, pp. 56-57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stephan Jay Gould, &#171; Kropotkine n'&#233;tait pas cinoque &#187;, &lt;i&gt;La Foire aux dinosaures &#8211; R&#233;flexions sur l'histoire naturelle&lt;/i&gt;, Le Seuil, Paris, 1993, p. 403-422.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus d'informations sur cette &#233;tude d'Alan M. Beck, Catherine Pinguet, &lt;i&gt;Les chiens d'Istanbul&lt;/i&gt;, p. 179-185.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christophe Blanchard, sociologue qui a &#233;tudi&#233; les liens entre de jeunes SDF et leurs chiens, &lt;i&gt;Les ma&#238;tres expliqu&#233;s &#224; leurs chiens&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, coll. &#171; Zones &#187;, 2014, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#8220;Animal toi-m&#234;me !&#8221;</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=644</link>
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		<dc:date>2017-12-24T11:46:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>


		<dc:subject>violence</dc:subject>
		<dc:subject>biopolitique</dc:subject>
		<dc:subject>animal</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; 1- Il me semble que l'une des raisons pour lesquelles on est aujourd'hui, de mani&#232;re croissante, port&#233; &#224; revenir vers l'animal ou l'animalit&#233;, &#224; red&#233;couvrir l'animal en nous-m&#234;mes, &#224; tenter de r&#233;tablir des continuit&#233;s interrompues ou d&#233;ni&#233;es entre domaine humain et domaine animal, est la suivante : nous sommes les contemporains de l'effondrement successif ou simultan&#233; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=88" rel="tag"&gt;biopolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=98" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1- Il me semble que l'une des raisons pour lesquelles on est aujourd'hui, de mani&#232;re croissante, port&#233; &#224; revenir vers l'animal ou l'animalit&#233;, &#224; red&#233;couvrir l'animal en nous-m&#234;mes, &#224; tenter de r&#233;tablir des continuit&#233;s interrompues ou d&#233;ni&#233;es entre domaine humain et domaine animal, est la suivante : nous sommes les contemporains de l'effondrement successif ou simultan&#233; de l'ensemble de ces grands projets, certains proprement modernes et d'autres imm&#233;moriaux, en Occident du moins, dont le propre &#233;tait d'&#234;tre fond&#233;s sur ce qu'on pourrait appeler la pr&#233;somption du purement humain, exclusivement humain et donc d'exclure l'animalit&#233; ou bien de la r&#233;duire &#224; un r&#244;le subalterne, marginal, instrumental. J'ai ici en t&#234;te aussi bien des projets de forme religieuse dans lesquels tout se joue dans la relation entre Dieu et sa cr&#233;ature humaine, des projets dont l'&#233;l&#233;ment ou le milieu privil&#233;gi&#233; est l'Histoire &#224; laquelle, par d&#233;finition, les animaux n'ont gu&#232;re de part, de projets qui ont eu leur heure de gloire au XX&#176; si&#232;cle et qui, sans m&#234;me s'en rendre compte, confessent un anthropocentrisme aussi massif qu'exclusif comme l'&lt;i&gt;humanisme&lt;/i&gt; dans toutes ses versions &#8211; chr&#233;tienne, marxiste, satrienne, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que tous ces grands projets con&#231;us &#224; l'&#233;chelle de la civilisation soient, &#224; des titres divers, en ruine aujourd'hui, je crois qu'il n'est pas n&#233;cessaire de gloser longuement &#224; ce sujet aujourd'hui. Ce qu'ils ont en commun, je le r&#233;p&#232;te, avec toute leur diversit&#233;, c'est, dans leur constitution globale anthropo- et g&#233;n&#233;ralement occidentalo-centrique, d'exclure l'animal comme partenaire &#224; part enti&#232;re, de l'inclure comme moyen voire mat&#233;riau et jamais comme fin, ceci pour ne pas mentionner le motif de l'&#233;galit&#233; en valeur et en dignit&#233; (entre humains et animaux). Tous ces grands projets ont en commun d'avoir prosp&#233;r&#233; sur la coupure entre humanit&#233; et animalit&#233; et l'affirmation de la sup&#233;riorit&#233; et donc du droit &#224; la domination de la premi&#232;re sur la seconde. C'est l&#224; un d&#233;finition comme une autre du sp&#233;cisme anthropocentrique. Certains, comme Philippe Descola, envisagent cette coupure dans le contexte plus vaste de l'opposition entre culture et nature, telle qu'elle lui appara&#238;t comme l'un des mauvais plis caract&#233;ristiques de la modernit&#233; europ&#233;enne ou occidentale. Je n'aurai pas le temps d'entrer dans la discussion de cette th&#232;se tr&#232;s g&#233;n&#233;rale, je me contenterai de relever, pour soutenir mon hypoth&#232;se de d&#233;part, que lorsque le paradigme qui s'est impos&#233; au XX&#176; si&#232;cle, pour le meilleur et surtout le pire, celui de l'Histoire majuscule tend non seulement &#224; s'efface mais &#224; se volatiliser au profit d'un autre, qui n'est pas tant celui de la nature que de l'environnement comme milieu fondamental de la vie des humains, il va alors de soi que l&#224; o&#249; deviennent flous et &#233;vanescents des objets aussi massifs et &#233;vidents, dans l'&#233;poque du tout-Histoire, que la lutte des classes, la r&#233;volution, la dictature du prol&#233;tariat ou l'amour de la patrie, d'autres nous reviennent comme objets de notre souci alors que nous tendons &#224; nous reterritorialiser dans l'environnement &#8211; et parmi ceux-ci, en premier lieu, ce qui peuple celui-ci, l'air que nous respirons, les rivi&#232;res et les mers que nous polluons, les for&#234;ts que nous endommageons &#8211; et, &lt;i&gt;last but not least&lt;/i&gt;, les animaux, nos proches, que nous choyons quand nous ne les exterminons pas, industriellement, ou sous la forme d'effets secondaires de ce que nous appelons &#171; d&#233;veloppement &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Permettez-moi d'insister sur ce point : ce n'est pas parce que nous serions devenus plus &#233;clair&#233;s, plus sensibles, mieux instruits (par des sciences relativement nouvelles comme l'&#233;thologie) que nous nous tournons aujourd'hui vers les animaux avec une curiosit&#233; et une sollicitude nouvelles, que nous r&#233;&#233;valuons nos attitudes et conduites &#224; leur &#233;gard, toutes cat&#233;gories animales confondues. C'est bien, en premier lieu, parce que nos pr&#233;somptions ou, comme le dit l'&#233;thologue Frans de Waal notre arrogance proprement humaine et qui prosp&#233;raient depuis si longtemps sur la fracture intellectuellement construite et soigneusement entretenue entre humanit&#233; et animalit&#233; ont c&#233;d&#233; la place &#224; toutes sortes de sensations inqui&#232;tes, voire de pressentiments cr&#233;pusculaires qui nous portent &#224; nous replier sur des positions infiniment moins conqu&#233;rantes que celles qui pr&#233;valaient encore au si&#232;cle dernier, des positions o&#249;, notamment, la protection du vivant et l'immunisation des esp&#232;ces qui le composent occupent une place centrale. Et l&#224; encore, fatalement, nous allons retrouver l'animal ou bien &#234;tre port&#233;s &#224; red&#233;finir notre propre condition comme celle de vivants parmi d'autres vivants, plut&#244;t qu'&#224; tout mise sur la suppos&#233;e exceptionnalit&#233; humaine... Il convient donc pour moi de se d&#233;tourner r&#233;solument d'une interpr&#233;tation progressiste simpliste de ce retournement r&#233;cent et assez foudroyant en faveur de l'animal (la multiplication des livres et des colloques consacr&#233;s &#224; cette question en sont des barom&#232;tres assez fiables), je veux dire par l&#224; se d&#233;tourner de la tentation de mettre ce regain d'int&#233;r&#234;t et de sollicitude sur le compte du classique progr&#232;s moral ininterrompu de l'humanit&#233;, du polissage des &#171; valeurs &#187; et de l'accroissement constant de la sensibilit&#233; &#224; la souffrance de l'autre. Cet int&#233;r&#234;t nouveau pour l'animal, sous ses esp&#232;ces vari&#233;es, notamment dans la forme de la pouss&#233;e de ce qu'on pourrait appeler la fi&#232;vre &#171; animalitaire &#187;, en symbiose avec l'intensification constante de la sensibilit&#233; humanitaire, dans nos soci&#233;t&#233;s, je pense qu'il faut plut&#244;t l'appr&#233;hender dans sa relation intime avec le fait que nous vivons dans un champ de ruines mentales &#8211; celui des glorieux ch&#226;teaux d'id&#233;es &#233;difi&#233;s au si&#232;cle dernier et pr&#233;c&#233;demment, grands projets, grands r&#233;cits, programmes grandioses, utopies glorieuses, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Il me semble que c'est dans les plis du langage le plus ordinaire que nous sommes le plus &#224; m&#234;me de d&#233;busquer ces mauvais plis de la pens&#233;e enracin&#233;s au plus intime du proc&#232;s de civilisation (&#171; chez nous &#187;, dans nos soci&#233;t&#233;s, pr&#233;caution toute foucaldienne, je me garderai bien de trancher pour les autres que je ne connais pas ou bien alors trop imparfaitement) et qui nous vouent &#224; r&#233;p&#233;ter en boucle et en automates, depuis Platon et Cic&#233;ron au moins (voir sur ce point l'utile recueil de Simondon &lt;i&gt;Deux le&#231;ons sur l'animal et l'homme&lt;/i&gt;) que &#171; l'homme est sup&#233;rieur par sa raison aux b&#234;tes &#187;, &#171; pauvre en exp&#233;rience &#187;, inapte &#224; la r&#233;flexivit&#233;, et autres sottises (je ne dis pas &#171; &#226;neries &#187;, c'est justement le sujet de ce paragraphe) dont le trait commun et notoirement biais&#233; est &#233;videmment qu'elle sont prof&#233;r&#233;es par des humains et pour sa plus grande gloire. Je noterai juste en passant ici qu'effacer ce faux-pli rh&#233;torique si profond&#233;ment enracin&#233; dans la tradition occidentale peut &#234;tre, si l'on veut bien s'en donner la peine, un jeu d'enfant : ce qui d&#233;montre &#224; l'&#233;vidence la sup&#233;riorit&#233; des &#171; b&#234;tes &#187; sur les humains, c'est leur souveraine indiff&#233;rence &#224; la question de savoir ce qu'il en est de notre raison &#171; sup&#233;rieure &#187;. La marque, que l'on pourrait dire ici toute nietzsch&#233;enne si ce n'&#233;tait rechuter dans l'anthropocentrisme, de leur qualit&#233;, c'est cette absolue indiff&#233;rence au motif du sup&#233;rieur et de l'inf&#233;rieur &#8211; tout ce qu'elles demandent (mais l&#224;, elles sont loin du compte), c'est que nous ne les emmerdions pas et, pour le reste, dans leurs relations entre elles, elles n'ont pas besoin de savoir qui est &#171; sup&#233;rieur &#187; et qui &#171; inf&#233;rieur &#187;, juste qui est le plus fort et, &#233;ventuellement comme &#233;chapper &#224; ce dernier. Pour le reste, et c'est l&#224; que le raisonnement se mord la queue, &#233;videmment, la vraie marque de leur sup&#233;riorit&#233; sur nous, c'est qu'elles n'ont pas besoin pour vivre &lt;i&gt;innocemment&lt;/i&gt; de se soucier de ce qui ferait d'elles des &#234;tres vivants &#171; sup&#233;rieurs &#187; ou &#171; inf&#233;rieurs &#187; - cette suspecte obsession, elles nous la laissent volontiers, en tant qu'elle est, de toute &#233;vidence, un aveu de faiblesse. Fin de la digression.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voulais parler, dans ce passage, du langage. Tout le monde sait que ce qui se dit mal, est mal dit, met sur la piste du mal pens&#233;, des mauvais plis de la pens&#233;e, donc. La chose est particuli&#232;rement &#233;vidente d&#232;s lors qu'on entre dans le registre animal &#8211; &#224; quoi servent les &#171; noms d'animaux &#187; ? Si l'on pense que ce qui est convoqu&#233; dans notre pr&#233;sent, dans notre &#233;poque, c'est une compl&#232;te et radicale r&#233;forme de notre entendement de l'animalit&#233; et du rapport entre humanit&#233; et animalit&#233;, r&#233;forme devant inclure la remise en cause du partage indiqu&#233; par le &#171; et &#187;, alors il faut envisager cette t&#226;che, l'application de ce programme &#224; toutes les sph&#232;res de la vie. On sait bien qu'aujourd'hui, il y a des abc&#232;s de fixation de ce &#171; et &#187; de plus en plus litigieux : la question de l'&#233;levage industriel des animaux de boucherie, de l'abattage, le passage subreptice de l'&#226;ge o&#249; l'on comptait le b&#233;tail en &#171; t&#234;tes &#187; &#224; celui o&#249; l'on compte directement la viande &#224; hamburgers en &#171; minerai &#187;, en tonnes, &#224; l'import-export, notamment, la question des esp&#232;ces en voie de disparition et celle de leur protection (plus que 20 000 lions en libert&#233; !), celle de la chasse ou de certaines formes de chasse, etc. Mais dans tout ce temps o&#249; se multiplient les sujets sensibles qui endolorissent notre perception du monde animal, notre conception de l'animalit&#233; de notre rapport &#224; celle-ci, nous continuons assez imperturbablement &#224; traiter nos ennemis de porcs, de chiens, de buses, &#224; dire que les journalistes de la t&#233;l&#233; sont b&#234;tes &#224; manger du foin, etc. Or, si nous voulons &#234;tre fid&#232;les au programme de r&#233;forme compl&#232;te de l'entendement de l'animalit&#233;, il y a urgence, me semble-t-il, &#224; ce que nous renoncions &#224; cet usage d&#233;pr&#233;ciatif du vocabulaire de l'animalit&#233;, tout comme nous avons subi l'injonction d'avoir &#224; renoncer au vocabulaire sexiste et raciste &#8211; non sans effets, mais tout en restant encore bien imparfaits dans ces domaines &#8211; ce n'est pas demain que le mot &#171; con &#187; sortira de notre registre d'insultes, mais ce n'est pas une raison suffisante pour que nous ne commencions pas d&#232;s aujourd'hui &#224; cesser de dire que nous sommes gouvern&#233;s par des &#226;nes b&#226;t&#233;s &#8211; non pas par consid&#233;ration pour le pouvoir, mais par respect pour l'&#226;ne, l'endurance morale et physique faite animal, comme Robert Bresson l'a montr&#233; dans &lt;i&gt;Au hasard, Balthazar&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait qu'une telle entreprise repr&#233;sente une asc&#232;se aussi redoutable, c'est bien ce qui indique la profondeur &#224; laquelle est enracin&#233;, dans notre inconscient ou subconscient culturel cette notion p&#233;jorative de l'animalit&#233;, tant&#244;t b&#234;te tant&#244;t m&#233;chante, qui cr&#233;&#233; les conditions de sa disponibilit&#233; de ses noms pour l'outrage, l'invective et le d&#233;nigrement. Se lancer dans cette di&#232;te verbale dont la r&#232;gle est qu'on s'abstiendra de tout ce qui consid&#232;re comme acquis que la b&#234;te est b&#234;te, qu'elle est mauvaise et basse, c'est un pari non moins p&#233;rilleux que celui qui consiste &#224; &#233;crire un &#233;pais roman en en bannissant la plus courante des voyelles, en langue fran&#231;aise &#8211; P&#233;rec. Que de trous dans nos modes d'expressions les plus courants, les plus performants ! Plus de &#171; un anticommuniste est un chien &#187; &#224; la Sartre, plus de &#171; Fuck the pigs ! &#187; &#224; la Black Panthers, plus de morts aux vaches ni d'impr&#233;cations contre les requins de la haute finance ! Que de dents creuses, aussi, dans nos biblioth&#232;ques : &lt;i&gt;La ferme des animaux&lt;/i&gt;, d'un coup, devient totalement insupportable, du fait de l'injustice flagrante qui y est faite au porc assimil&#233; au dictateur Staline. Tout est appel&#233; &#224; se passer ici, &#224; l'&#233;preuve du temps, comme ce fut le cas, lorsqu'on s'avisa, un beau jour, que les st&#233;r&#233;otypes racistes et colonialistes pullulaient dans les merveilleux romans exotiques de Kipling...&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc clair : si nous voulons &#233;tablir quelque chose comme une sorte d'amiti&#233; avec les animaux, en g&#233;n&#233;ral, ce qui est tout autre chose que l'entretien plus ou moins bienveillant de notre client&#232;le form&#233;e de &lt;i&gt;pets&lt;/i&gt;, animaux domestiques, en anglais, il va falloir tout simplement que nous r&#233;apprenions &#224; parler et renoncions &#224; bien des plaisirs acquis de la langue, en nous habituant, par exemple, &#224; ce qu'un blaireau ne soit rien d'autre que ce sympathique mammif&#232;re plantigrade et fouisseur &#224; odeur forte et &#224; rayures blanches, et jamais notre rustre de voisin qui chaque matin fait hurler RTL en prenant sa douche. Le fait que ce ne soit pas t&#226;che facile, tant l'expressivit&#233; de ces bouquets animaliers d'outrages et d'insultes nous &#233;tait famili&#232;re et &#224; peu pr&#232;s irrempla&#231;able constitue un indice tr&#232;s pr&#233;cieux de la profondeur &#224; laquelle il va falloir aller curer l'abc&#232;s, dans la chair non seulement des mots mais de la culture, pour nous &#233;manciper de ce legs funeste de la tradition occidentale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont des mouvements de d&#233;fection r&#233;fl&#233;chis et concert&#233;s qu'il nous faut prendre en charge, par rapport &#224; des op&#233;rations toutes simples de la pens&#233;e et du discours, des &#233;nonc&#233;s que soutient puissamment le sens commun. Des rep&#232;res de certitudes et des automatismes de langage qu'il nous faut suspendre et d&#233;construire. Je prends un exemple tout simple : lors du fameux soul&#232;vement dans le p&#233;nitencier d'Attica, aux Etats-Unis, en 1971, l'un des cris lanc&#233;s par les d&#233;tenus et qui fit le tour du monde, &#233;tait : &#171; Nous sommes des hommes. Nous ne sommes pas des animaux et nous refusons d'&#234;tre trait&#233;s comme des animaux &#187;. A l'&#233;poque, naturellement, toute conscience humaniste, humanitaire et progressiste ne pouvait qu'acquiescer et rench&#233;rir : en effet, quel scandale que des humains soient soumis &#224; un r&#233;gime de captivit&#233; qui devrait &#234;tre &lt;i&gt;r&#233;serv&#233; aux animaux&lt;/i&gt;. Aujourd'hui, naturellement, une pens&#233;e qui s'efforce de se tenir &#224; la hauteur de l'actualit&#233; de la r&#233;volution en cours dans ce domaine se devrait, bien s&#251;r, d'avoir le courage de changer radicalement les termes de de la conversation, &#224; propos des prisons de haute s&#233;curit&#233; aux Etats-Unis et ailleurs, en questionnant le cri indign&#233; du d&#233;tenu : &#171; Certes, nous sympathisons avec votre cause, mais &#234;tes-vous si s&#251;r que cela va de soi que des animaux soient trait&#233;s de la sorte ? Est-il vraiment n&#233;cessaire, pour que votre cause soit soutenue, qu'elle le soit, en quelque sorte, &lt;i&gt;sur le dos des animaux&lt;/i&gt; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'il faut bien comprendre &#224; ce propos, c'est qu'une sorte de ruse de l'histoire a &#233;t&#233; &#224; l'oeuvre dans la fa&#231;on dont, dans la seconde moiti&#233; du si&#232;cle dernier, nous avons &#233;t&#233; port&#233;s &#224; probl&#233;matiser, sous le coup de l'effet de t&#233;tanie et de sid&#233;ration produit par les crimes nazis, entre autres, des ph&#233;nom&#232;nes comme le crime contre l'humanit&#233;, le g&#233;nocides, les exterminations en masse, etc. - et quand je dis &#171; nous &#187; ici, je parle aussi bien de la sc&#232;ne savante que du commun des mortels. Sous le coup de ces horreurs, telles qu'elles ont &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;es comme &#171; sans pr&#233;c&#233;dent ni &#233;quivalent &#187;, nous avons remis en selle le partage &#171; souverain &#187;, draconien, fatidique entre sph&#232;re humaine et sph&#232;re animale, un partage qui, avant que ne soient perp&#233;tr&#233;s ces crimes de masse commen&#231;ait d&#233;j&#224; &#224; prendre l'eau de toutes parts. Et ceci nous l'avons fait en adoptant &#171; tout naturellement &#187; cet &#233;nonc&#233; qui consiste &#224; dire que l'outrage maximal qui puisse &#234;tre inflig&#233; &#224; un &#234;tre humain, c'est celui qui consiste &#224; le traiter &#171; comme une b&#234;te &#187;, &#224; le r&#233;duire au rang du b&#233;tail ou bien d'un animal nuisible, ou bien, inversement, en disant que, ce que les bourreaux ont perp&#233;tr&#233;, &#171; aucune b&#234;te au monde ne l'aurait fait &#187;. L'imaginaire collectif qui s'est trouv&#233; du coup puissamment relanc&#233;, c'est celui qui, p&#234;le-m&#234;le, &#171; voit &#187; l'extermination des animaux par les humains comme une norme (qui ne devient choquante que quand elle se trouve transport&#233;e sur le corps de l'humanit&#233;), que le comble de la cruaut&#233;, c'est &#233;videmment chez les b&#234;tes qu'on le rencontre, que priver un humain de son humanit&#233; ou en pratiquer le d&#233;ni, c'est, forc&#233;ment, le ravaler au rang de l'animal...&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente, nous n'avons pas per&#231;u ou pas voulu percevoir le rapport qui s'&#233;tablit entre la force d'&#233;vidence de ce discours et les violences extr&#234;mes exerc&#233;es sur les animaux, dans l'abattage industriel notamment, mais aujourd'hui, l'abc&#232;s a commenc&#233; &#224; percer &#8211; et comme il est habituel en ce genres de circonstances, non sans susciter une clameur indign&#233;e, une envol&#233;e de cris d'orfraie &#8211; comment osez-vous comparer, etc., etc. L&#224; o&#249; l'on voit que l'art en g&#233;n&#233;ral et le cin&#233;ma en particulier dispose d'une capacit&#233; d'attiser la pens&#233;e critique l&#224; o&#249; celle-ci est verrouill&#233;e par l'ordre des discours, c'est quand on voit le film que Georges Franju a r&#233;alis&#233; juste apr&#232;s la guerre sur les abattoirs de la Villette &#8211; &lt;i&gt;Le sang des b&#234;tes&lt;/i&gt; - je ne dirais pas que Franju avait &#171; tout compris &#187; de ce qui sonnait faux dans le discours de l'horreur absolue des camps et des exterminations, sonnait faux &lt;i&gt;du c&#244;t&#233; de l'enjeu animal&lt;/i&gt;, pr&#233;cis&#233;ment, mais, tout simplement, que son film, en brouillant tous les rep&#232;res de certitudes, reposait sur l'intuition tranchante, irr&#233;cusable et totalement &#224; contre-courant alors, que la chose fatale, c'&#233;tait tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment la &lt;i&gt;continuit&#233;&lt;/i&gt; s'&#233;tablissant entre la fa&#231;on dont on avait extermin&#233; industriellement des &#234;tres humains dans les camps et la mani&#232;re dont on faisait couler le sang des b&#234;tes &#224; la cha&#238;ne dans les abattoirs, tout aussi industriels .&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour reprendre le fil des faux-plis de la pens&#233;e, il me semble que la question que nous pouvons nous poser aujourd'hui est celle-ci : pourquoi, pour tenter de sanctuariser, contre les n&#233;o-barbaries totalitaires, l'int&#233;grit&#233; de la personne humaine, promouvoir le discours de l'inviolabilit&#233; dans une perspective immunitaire, pourquoi a-t-il fallu, du m&#234;me coup, rejeter l'animalit&#233; de l'autre c&#244;t&#233; de la barri&#232;re de ce qui devait &#234;tre inclus dans le champ de cette dynamique immunitaire, telle qu'elle est consign&#233;e, par exemple, dans la D&#233;claration universelle des Droits de l'Homme ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'essaie d'aller ici &#224; l'essentiel en posant les questions intempestives, mais, bien s&#251;r, si on commence &#224; entrer dans l'&#233;paisseur de la litt&#233;rature concentrationnaire, et notamment de certains de ses plus grands textes, on s'aper&#231;oit que c'est plus compliqu&#233; &#8211; si on lit bien &lt;i&gt;L'esp&#232;ce humaine&lt;/i&gt; de Robert Antelme ou l'autobiographie de Varlam Chalamov, &lt;i&gt;Kolyma&lt;/i&gt;, on voit bien que cette sorte de secret ultime de l'&#233;preuve concentrationnaire que d&#233;couvrent ceux qui en ont travers&#233; tous les cercles, c'est que l'humain est un animal &#224; la fois fragile et dot&#233; d'insoup&#231;onn&#233;es facult&#233;s de r&#233;sistance &#8211; plus r&#233;sistant qu'un cheval dans les conditions de l'hiver sib&#233;rien, dit Chalamov et, si r&#233;sistant comme &lt;i&gt;esp&#232;ce vivante&lt;/i&gt;, dit Antelme, que le projet des bourreaux nazis est vou&#233;, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, &#224; &#233;chouer...&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous commen&#231;ons &#224; situer aujourd'hui le point o&#249; nos images et nos &#233;nonc&#233;s doivent non pas &#233;voluer, mais bifurquer : nous devons nous d&#233;placer d'un r&#233;gime de discours dans lequel ce qui nous inspire l'horreur la plus extr&#234;me, c'est que des humains soient mis &#224; mort &lt;i&gt;comme des animaux&lt;/i&gt; &#224; une autre forme d' &#171; horreur &#187; faite &#224; la fois d'aversion sensitive et de refus raisonn&#233; qui est celle que nous inspire tout simplement la fa&#231;on dont sont mis &#224; mort les animaux, industriellement, en premier lieu, bien s&#251;r, mais aussi bien m&#233;dicalement, comme le sont les &lt;i&gt;strays&lt;/i&gt; et les animaux domestiques hors d'usage, par euthanasie exp&#233;ditive &#8211; voire sur ce point le roman de J.M. Coetzee, &lt;i&gt;Disgrace&lt;/i&gt;. Et, pour le reste, il nous faut remettre les choses sur leurs pieds : lorsque des humains sont aujourd'hui extermin&#233;s en masse, ils le sont g&#233;n&#233;ralement sur un mode qui n'a rien &#224; voir avec les diff&#233;rentes formes de mise &#224; mort des animaux, sacrifice, chasse, abattoirs, piq&#251;res, etc., ils le sont du fait de bombardement a&#233;riens, de pilonnages d'artillerie, de tirs d'armes automatiques, etc. Dire la barbarie des formes d'extermination intra-humaines massives aujourd'hui, &#224; propos de la Syrie, l'Irak ou ce qui se profile sur d'autres th&#233;&#226;tres d'op&#233;ration, cela n'appelle vraiment plus le syntagme &#171; comme une b&#234;te &#187;. Les derniers qui ont r&#233;ussi &#224; frapper l'imagination &#171; globale &#187; en r&#233;intensifiant cette imagerie, ce sont bien s&#251;r les exalt&#233;s de Daech, avec leur &#233;gorgements mis en sc&#232;ne, mais on voit bien, aujourd'hui, qu'ils n'&#233;taient, dans ce r&#244;le, que des amateurs pass&#233;istes, de tout petits artisans du crime de masse.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la fin de ses cours sur la Raison dans l'Histoire, Hegel note sur un ton assez m&#233;lancolique qu'au fond les peuples &#171; ignorent de part en part la signification du progr&#232;s dans l'histoire &#187;. Ils sont les vecteurs de l'Id&#233;e, sans trop savoir comment ni pourquoi, car celle-ci accomplit sa fin avec la volont&#233; contraire des peuples. Ce qu'elle accomplit et ce que veulent les peuples sont souvent l'inverse l'un de l'autre. Tout peuple ne se r&#233;alise dans l'histoire que de mani&#232;re toute provisoire, chaque peuple sert d'assise et de marchepied &#224; un peuple en devenir qui va s'affirmer contre lui et &#224; son d&#233;triment. Tout ceci pour dire que l'intervention des peuples dans l'Histoire est &lt;i&gt;de nature sacrificielle&lt;/i&gt; (et c'est l&#224; que vous allez voir que je n'ai pas oubli&#233; notre sujet). En fin de compte et tout bien escompt&#233;, dit Hegel, l'Histoire est cet autel (&lt;i&gt;Altar&lt;/i&gt;) ou bien encore cet abattoir (&lt;i&gt;Schlachtbank&lt;/i&gt;) o&#249; &#171; sont conduits pour y &#234;tre sacrifi&#233;s le bonheur des peuples, la sagesse des Etats et la vertu des individus &#187; &#8211; rien que &#231;a !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui m'int&#233;resse dans ce passage et dans le vocabulaire qu'y mobilise Hegel, c'est que pour penser le tragique de la condition historique des humains (des peuples comme des individus), il lui faut recourir &#224; des images, des mots qui &#233;voquent la mise &#224; mort de l'animal &#8211; le sacrifice religieux, mais la boucherie aussi (le mot &lt;i&gt;Schlachtbak&lt;/i&gt; est un mot de boucherie). On voit donc que la probl&#233;matisation &#171; animalisante &#187; de l'horreur des camps, apr&#232;s la Seconde guerre mondiale, a une longue g&#233;n&#233;alogie, qu'elle n'en est en fait qu'un rebond.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma proposition &#224; ce propos est simple : que nous nous efforcions de laisser les animaux en dehors de nos propres comptes avec nous-m&#234;mes, &#224; propos de nos propres pouss&#233;es de barbarie moderne, nos propres mouvements de brutalisation de la politique, de d&#233;civilisation. Laissons les animaux et les images animales en dehors de tout &#231;a, pour la bonne raisons qu'ils n'ont rien &#224; voir dans tout &#231;a &#8211; sauf, bien s&#251;r, encore et toujours comme victimes collat&#233;rales de cette propension toute humaine et en premier lieu &#233;tatique &#224; transformer l'histoire en abattoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- La main gauche ignore ce que fait la droite (un d&#233;tour par Ta&#239;wan)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a quelques mois, dans la partie tropicale de l'&#238;le de Ta&#239;wan, des activistes de l'&#233;cologie, des autorit&#233;s locales, ont entrepris d'installer des &#171; couloirs de protection pour les crabes &#187; consistant en de gros tuyaux destin&#233;s &#224; leur permettre d'aller d&#233;poser leurs &#339;ufs sur les plages, &#224; la saison de la ponte, sans avoir &#224; traverser les routes qui longent la c&#244;t&#233;, ce qui jusqu'alors produisait chaque ann&#233;es des h&#233;catombes parmi les femelles crabes port&#233;es par instinct &#224; enfouir leur &#339;ufs dans le sable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces nouveaux dispositifs ont fait l'objet d'une ample promotion par les m&#233;dias, les autorit&#233;s politiques locales, les associations de d&#233;fense de la faune et de l'environnement. Elles ont &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralement vant&#233;es en tant qu'elles auraient valeur d'attestation de l'&#233;l&#233;vation rapide, &#224; Ta&#239;wan, du niveau des normes de protection de l'environnement en g&#233;n&#233;ral et de la vie animale sauvage en particulier. Certains esprits chagrins, y compris parmi les &#233;colos, y ont vu une op&#233;ration avant tout publicitaire, se demandant par quel miracle les crabes se destineraient &#224; converger vers les tunnels am&#233;nag&#233;s &#224; leur intention, plut&#244;t que continuer &#224; traverser sur le bitume et &#224; se faire &#233;crabouiller comme des cons, &#224; l'instar des h&#233;rissons et des blaireaux de nos campagnes... Mais l&#224; n'est sans doute pas l'essentiel : quiconque s'aventure dans les zones rurales de l'&#238;le, dens&#233;ment peupl&#233;es pr&#232;s des c&#244;tes, vou&#233;es &#224; une agriculture et un &#233;levage intensifs, ne peut manquer de tomber sur l'un de ces horribles &#233;levages de volailles o&#249; se trouvent parqu&#233;es dans des conditions concentrationnaires, des centaines, voire des milliers de volatiles. Ces lieux d'&#233;levage industriel sont des foyers d'&#233;pid&#233;mies vari&#233;es et r&#233;currentes, de type grippe aviaire qui, r&#233;guli&#232;rement, contraignent les autorit&#233;s sanitaires &#224; ordonner l'abattage de milliers de poules, canards, dindes, pintades, etc. Mais rien n'est fait, au demeurant, pour que cette forme d'&#233;levage soit bannie ou &#233;volue &#8211; de puissants lobbies travaillent &#224; ce que nul n'y touche, et les Ta&#239;wanais, gros consommateurs de volatiles, sont manifestement port&#233;s &#224; accorder la priorit&#233; aux prix bas sur l'abaissement des risques sanitaires &#8211; pour ne pas parler du bien &#234;tre des animaux d'&#233;levage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ceci n'est que le petit bout de la lorgnette &#8211; il faudrait parler aussi des &#233;levages de porcs et de la surp&#234;che &#8211; Ta&#239;wan est, en la mati&#232;re un des pires Etats voyous de la plan&#232;te... Ce qui me frappe ici, c'est le &lt;i&gt;chaos normatif&lt;/i&gt; qui se manifeste d&#232;s lors qu'en est question le rapport des humains aux animaux, &#224; des vari&#233;t&#233;s diverses d'animaux ou &#224; des animaux de statut diff&#233;rent : d'un c&#244;t&#233; une approche hyper-immunitaire et protectrice d'animaux per&#231;us comme &#233;l&#233;ments de patrimoine ou esp&#232;ce menac&#233;e, et de l'autre une approche hyper-industrielle et purement &#233;conomique d'animaux de bouffe, destin&#233;s &#224; la boucherie et &#224; la consommation alimentaire. J'ai pris l'exemple des crabes, mais on pourrait rench&#233;rir encore : on remet &#224; l'eau devant une batterie de cam&#233;ras tel requin femelle appartenant &#224; une esp&#232;ce menac&#233;e et ayant &#233;chou&#233; par m&#233;garde dans les filets d'un chalutier. Tant de sollicitude &#233;meut d'autant plus que nul n'ignore que ce type de requin ne se fera pas prier, &#224; l'occasion, pour emporter le mollet d'un baigneur sur une plage de l'&#238;le, c&#244;t&#233; oc&#233;an Pacifique... Mais pour le reste, d&#232;s lors que s'&#233;bauche une discussion sur la part active que prennent les p&#234;cheurs industriels ta&#239;wanais &#224; l'&#233;puisement des r&#233;serves halieutiques des oc&#233;ans, bien au del&#224; du Sud-Est asiatique, c'est circulez, rien &#224; voir &#8211; la patate est trop chaude pour que l'autorit&#233; politique prenne ses responsabilit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui me frappe ici, c'est cette incapacit&#233; d'une petite d&#233;mocratie d'aujourd'hui, ni meilleure ni pire qu'une autre, plut&#244;t au dessus du lot dans son contexte r&#233;gional, de se doter de quelque chose qui pourrait s'apparenter &#224; une &lt;i&gt;politique animale&lt;/i&gt;, une politique fond&#233;e sur des normes. Ou plut&#244;t, disons, une norme commune telle que &#171; le respect de la vie animale &#187;, pour reprendre l'un des mantras du discours &lt;i&gt;pro-life&lt;/i&gt;, pro-animal d'aujourd'hui. L'&#233;miettement des normes entre, d'une part, le &lt;i&gt;nursing&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;pampering&lt;/i&gt; des crabes et, de l'autre, l'horreur concentrationnaire des &#233;levages industriels attire notre attention sur un fait massif que Derrida avait d&#233;j&#224; rep&#233;r&#233; dans son s&#233;minaire sur l'animal, mais sur lequel il convient d'insister : si l'on prend les choses du point de vue des pratiques humaines et des sensibilit&#233;s qui les soutiennent, &#171; l'animal &#187;, comme concept unitaire, molaire, compact ou comme notion g&#233;n&#233;rale, c'est quelque chose qui n'existe gu&#232;re, c'est un mot qui, d&#232;s qu'on l'examine d'un peu pr&#232;s, va fondre dans la bouche et de dissoudre dans la t&#234;te &#8211; car apr&#232;s tout, ce qui compte ici en premier lieu, c'est bien ce qui existe, se manifeste comme r&#233;alit&#233; dans les domaines pratiques, beaucoup plus que ce que peut nous en dire tel ou tel discours savant. Il faudrait peut-&#234;tre aller ici un pas plus loin que Derrida qui fabrique ce n&#233;ologisme &#171; l'animot &#187; sous lesquel il subsume la diversit&#233; et l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du monde animal, un pas plus loin en disant que toute notion d'une unit&#233; d'un tel monde se fracasse et vole en &#233;clats sur le rocher des pratiques humaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en v&#233;rit&#233;, dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques ou occidentalis&#233;es d'aujourd'hui, il en va ici de notre incons&#233;quence en mati&#232;re animale comme il en va en mati&#232;re humaine : les impasses de la nouvelle sensibilit&#233; que j'appelle &#171; animaliste &#187;, en r&#233;f&#233;rence &#224; l' &#171; humanisme &#187; comme discours et id&#233;ologie, sont exactement les m&#234;mes que celles de ce dernier : l'incapacit&#233; &#224; placer nos actions et nos conduites sous l'autorit&#233; et le signe d'une l&#233;gislation unique. Sur nos plages m&#233;diterran&#233;ennes, pendant tout l'&#233;t&#233;, vous avez des surveillants de baignade dont c'est le boulot de faire en sorte que les vacanciers, qui sont g&#233;n&#233;ralement blancs et de type europ&#233;en, ne se noient pas. Et, &#224; quelques encablures de l&#224;, vous avez des migrants qui se noient parce qu'ils ne sont ni des vacanciers, ni des Blancs, ni des Europ&#233;ens au sens des papiers, de la culture et de la religion. Bref, l'humanisme (des sensibilit&#233;s humanitaires et des droits de l'homme, qui est pourtant la philosophie officielle de nos Etats et de la partie la plus &#233;clair&#233;e de nos soci&#233;t&#233;s) ne franchit pas ici la barri&#232;re de la couleur, de l'histoire coloniale et post-coloniale, du pr&#233;jug&#233; culturel ou religieux. Deux r&#233;gimes s'opposent, celui de la vie qu'il fait faire vivre et prot&#233;ger d'un c&#244;t&#233;, celui de la vie expos&#233;e voire carr&#233;ment abandonn&#233;e de l'autre. La seule diff&#233;rence entre les failles de l' &#171; humanisme &#187; contemporain et celles de l' &#171; animalisme &#187; d'aujourd'hui est que, dans le cas du second, les lignes de partage entre vie immunis&#233;e et vie expos&#233;e y sont plus nettement trac&#233;es : les animaux de boucherie, qui occupent dans cette configuration la place des migrants ne sont pas seulement abandonn&#233;s &#224; leur sort ou repouss&#233;s, ils sont vou&#233;s &#224; mourir, extermin&#233;s industriellement &#8211; en termes emprunt&#233;s &#224; Foucault, nous dirons que le parti thanatocratique, celui de la mise &#224; mort s'y affirme sans pouvoir se dissimuler. C'est la diff&#233;rence la plus notoire &#8211; les migrants ind&#233;sirables ne sont pas destin&#233;s &#224; devenir viande et &#224; &#234;tre mang&#233;s, ni &#171; absorb&#233;s &#187; d'une fa&#231;on ou d'une autre - juste rejet&#233;s de l'autre c&#244;t&#233; de la mer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pour le reste, c'est le m&#234;me d&#233;faut de fabrication qui affecte l' &#171; humanisme &#187; et l' &#171; animalisme &#187; : l'incapacit&#233; de faire pr&#233;valoir l'autorit&#233; de la l&#233;gislation unifiante (&#171; universelle &#187;) qui est celle de la valorisation de la vie sur l'effectivit&#233; pratique des partages &#171; terribles &#187; entre ce qui est vou&#233; &#224; &#234;tre prot&#233;g&#233;, voire choy&#233;, et ce qui peut ou doit mourir. On pourrait parler ici, pour ce qui est de nos relations aux animaux, de l'existence d'un &lt;i&gt;sur-racisme&lt;/i&gt; &#8211; celui qui nous incline &#224; consid&#233;rer comme &#171; normal &#187; ou inexorable qu'on extermine les animaux-viande comme nous le faisons et qui constitue le pendant exact de la bienveillance ou la bont&#233; exacerb&#233;es que nous manifestons, le plus souvent, dans notre relation &#224; nos animaux domestiques ou &#224; certaines esp&#232;ces prot&#233;g&#233;es. En d'autres termes, de la m&#234;me fa&#231;on que ce qui sonne le glas de l'anthropocentrisme occidental est l'incapacit&#233; croissante &#224; nommer ce qui constituerait &#171; le propre de l'homme &#187;, un mantra de la philosophie occidentale et qui, depuis quelque temps d&#233;j&#224;, amuse beaucoup les &#233;thologues, de la m&#234;me fa&#231;on, nous &#233;chouons de mani&#232;re croissante &#224; &#233;noncer ce que serait un &#171; propre &#187; de l'animal &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt;. C'est, entre autres choses, que nous ne pouvons plus, de moins en moins, &#234;tre dans nos propres syst&#232;mes de croyances et de repr&#233;sentations, sans pouvoir, naturellement, retrouver des assises ou nous reterritorialiser du c&#244;t&#233; de ceux des autres. Quand je lis par exemple chez Descola que les Indiens de l'Amazonie aupr&#232;s desquels il a appris son m&#233;tier consid&#232;rent les animaux qui importent pour eux, y compris ceux qu'ils chassent, comme des parents, je suis &#233;videmment davantage s&#233;duit que lorsque je r&#233;vise en compagnie de Simondon la th&#233;orie des animaux-machines de Descartes. Pour autant, je ne peux pas me greffer dans le cerveau le logiciel des Indiens &#8230; et me mettre tout &#224; coup &#224; traiter les bouvreuils qui viennent picorer dans mon jardin comme des cousins... Le mieux que je puisse faire, c'est de ne pas leur l&#226;cher mes chats dessus. J'en reviens donc &#224; ce qui me para&#238;t constituer le trait dominant, &#233;crasant m&#234;me, de notre condition dans la relation au monde animal : le caract&#232;re d&#233;sormais totalement h&#233;t&#233;roclite et &#233;clat&#233;, plus que jamais, des repr&#233;sentations, des discours et des syst&#232;mes normatifs que nous y attachons, ceci d&#233;coulant notamment, comme le rappelle fortement John Berger dans son petit livre pr&#233;curseur (Merci Catherine !) au fait que les modes de classification et de hi&#233;rarchisation des animaux enracin&#233;s dans des pratiques humaines imm&#233;moriales ont &#233;t&#233; boulevers&#233;s par la massive &lt;i&gt;d&#233;mobilisation des animaux&lt;/i&gt; qui s'est produite depuis un si&#232;cle, dans nos soci&#233;t&#233;s : nous n'avons plus besoin d'eux comme animaux de portage et de trait, nous n'avons plus besoin d'eux pour faire la guerre, la majorit&#233; d'entre nous ne chasse pas et n'a plus besoin de chiens et de chevaux pour ce faire, nous n'avons plus peur des animaux f&#233;roces, nous n'ont plus tellement besoin d'eux pour monter la garde et nous n'avons m&#234;me plus un besoin &lt;i&gt;vital&lt;/i&gt; d'eux pour nous nourrir. Tout ceci est all&#233; tr&#232;s vite : &#224; la fin du XIX&#176; si&#232;cle, il y avait encore des chiens de trait dans les rues de Bruxelles, des chevaux dans les profondeurs des mines de charbon, pendant la Premi&#232;re guerre mondiale, la cavalerie n'avait pas encore &#233;t&#233; enti&#232;rement supplant&#233;e par les tanks, les tracteurs n'avaient pas encore fait leur apparition dans nos campagnes et un repas sans viande &#233;tait un repas de pauvre. La d&#233;mobilisation des animaux, leur &#233;loignement des formes dominantes de la vie humaine, compens&#233;e de fa&#231;on tr&#232;s partielle seulement par la &#171; mont&#233;e &#187; de l'animal domestique, dans les villes, tout ceci n'a pas seulement contribu&#233; &#224; distendre la relation entre humains et animaux, mais &#224; d&#233;manteler le syst&#232;me traditionnel de perception de ces derniers fond&#233; sur des taxinomies et des hi&#233;rarchies tout &#224; fait distinctes. Le lien &lt;i&gt;vital&lt;/i&gt; &#224; l'animalit&#233; a &#233;t&#233; bris&#233;, de cette fa&#231;on, quand bien m&#234;me celui-ci &#233;tait tiss&#233; dans un fil qui nous appara&#238;t aujourd'hui assez barbare, je vais y revenir dans la derni&#232;re proposition. C'est cette d&#233;chirure qui constitue la toile de fond de ces fuites dans l'imaginaire, certaines ouvertement fascistes et d'autres juste un peu &lt;i&gt;neuneu&lt;/i&gt; auxquelles on assiste aujourd'hui, &#224; propos du loup (qui est devenu, en France, le pur et simple &#233;quivalent fantasmagorique animal du migrant clandestin et ind&#233;sirable) ou de ces festivals de viande de chiens se d&#233;roulant &#224; date fixe dans certaine ville du sud de la Chine et qui suscitent dans un pays comme le n&#244;tre une horreur sans fin (barbares asiatiques !) , &#224; l'heure m&#234;me o&#249; pas grand monde ne s'&#233;meut de ce qu'une majorit&#233; de d&#233;put&#233;s (c'&#233;tait encore sous la l&#233;gislature pr&#233;c&#233;dente) rejette le projet de loi visant &#224; installer des cam&#233;ras de surveillance dans les abattoirs... Le chaos normatif et affectif dont je parlais plus haut, c'est &#231;a, entre autres choses : la perception de la souffrance animale (qui, selon certains sp&#233;cialistes, dans le monde anglo-saxon notamment, est suppos&#233;e &#234;tre le crit&#232;re des crit&#232;res sur lequel doit se r&#233;gler notre &#233;thique en la mati&#232;re) : le r&#232;gne sans partage des doubles, triples, quadruples standards, selon que l'animal concern&#233; nous est proche ou lointain, selon l'usage que nous en avons, les interactions que nous entretenons avec lui, les affects qu'il suscite spontan&#233;ment en nous, les traditions dans lesquelles nous nous situons, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Dans ses &lt;i&gt;M&#233;moires d'Outre-Tombe&lt;/i&gt;, &#233;voquant ses ann&#233;es d'enfance dans le ch&#226;teau de son p&#232;re, &#224; Combourg, Chateaubriand d&#233;crit cette sc&#232;ne : &#171; A huit heures, la cloche annon&#231;ait le souper. Apr&#232;s le souper, dans les beaux jours, on s'asseyait sur le perron. Mon p&#232;re, arm&#233; de son fusil, tirait les chouettes qui sortaient des cr&#233;neaux &#224; l'entr&#233;e de la nuit &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si quelques chose est susceptible de nous g&#234;ner aujourd'hui dans cette br&#232;ve &#233;vocation, ce n'est pas seulement parce que les chouettes sont pass&#233;es, selon les normes et sensibilit&#233;s en vigueur, du statut d'oiseau de mauvais augure que les paysans clouent aux portes de granges &#224; celui d'esp&#232;ce prot&#233;g&#233;e et d'animal r&#233;put&#233; utile, car se nourrissant de rongeurs et autres &#171; nuisibles &#187; (si nous avions le temps, il nous faudrait r&#233;fl&#233;chir ensemble &#224; cette partition d'une partie au moins du r&#232;gne animal en utiles et nuisibles, et &#224; la crise de celle-ci). Si quelque chose nous dit que cette sc&#232;ne est dat&#233;e et est devenue incorrecte, c'est, plus radicalement parce que nous sommes de plus en plus r&#233;tifs &#224; admettre que l'on puisse s'amuser &#224; tuer des b&#234;tes, en tuer pour se distraire, les tuer pour tuer le temps. C'est donc qu'il y a bien un &#171; probl&#232;me &#187; avec l'acte m&#234;me de tuer, y compris un animal. Il y a la mani&#232;re de tuer, les circonstances de la mise &#224; mort,il y a l'esp&#232;ce &#224; laquelle appartient &#224; la b&#234;te, mais il n'y a pas que &#231;a : bien s&#251;r, quand le &#171; grand &#233;crivain &#187; Hemingway raconte, dans ses r&#233;cits de chasse au gros gibier en Afrique le vif plaisir qu'il a pu &#233;prouver &#224; abattre un &#233;l&#233;phant d'une balle de gros calibre juste dans l'oeil et, vraiment, &#171; juste pour le plaisir &#187;, le lecteur moyen d'aujourd'hui a un petit haut-le-coeur et peut &#234;tre, &#233;ventuellement, tent&#233; de mettre le livre de c&#244;t&#233; (&lt;i&gt;En ligne&lt;/i&gt;, Folio). Mais, bien au del&#224; de tout ce qui appara&#238;t vraiment dur &#224; avaler dans cette description, il y a cette aversion qu'un nombre croissant de nos contemporains &#233;prouvent, dans des pays comme le n&#244;tre, pour la chasse ou la corrida. Et si cette tendance se d&#233;crit ais&#233;ment en termes de sensibilit&#233;, voire pour certains de sensiblerie, ce mode de description peut &#234;tre tout &#224; fait r&#233;ducteur et m&#234;me devenir l'arbre qui cache la for&#234;t. Et &#171; la for&#234;t &#187;, c'est qu'en Occident au moins, comme l'a montr&#233; Norbert Elias, le proc&#232;s de la civilisation est, fondamentalement un proc&#232;s dans l'ordre des relations et des interactions entre humains, mais avec les autres vivants qui peuplent leur environnement, un processus de d&#233;violentisation, de &#171; pacification &#187; qui, entre autres, tend &#224; rendre toujours plus probl&#233;matique le fait d'administrer la mort, l'action ou le geste de tuer, sans entrer dans de longs circuits bureaucratiques ou de type militaire, de tuer directement, de ses mains, avec un couteau, une lance, une arme &#224; feu, etc. Dans toutes les soci&#233;t&#233;s de type occidental, o&#249; pr&#233;dominent les modes de vie urbains et o&#249; l'Etat se porte garant de la paix sociale, les crimes de sang ont massivement diminu&#233; depuis le XIX&#176; si&#232;cle. A l'&#233;vidence, cette d&#233;-banalisation de l'acte ou du geste de tuer affecte nos relations avec les animaux aussi &#8211; la plupart d'entre nous serait bien incapable d'&#233;gorger un lapin ou un canard, quand nous avons un vieux chien ou un vieux chat &#224; faire euthanasier, nous nous en remettons, bien s&#251;r, &#224; la piq&#251;re administr&#233;e par le v&#233;t&#233;rinaire et pour le reste, moins nous en savons sur ce qui se passe dans les abattoirs, mieux nous nous portons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, il est bien difficile de nier que, d'un point de vue purement analytique et descriptif, &#171; se civiliser &#187;, &#234;tre partie prenante de mani&#232;re active du proc&#232;s de la civilisation, en tant qu'individu lambda, c'est apprendre, entre beaucoup d'autres choses, &#224; suspendre le geste de tuer, &#224; le sublimer, &#224; s'en d&#233;tourner comme on le fait d'un d&#233;sir suspect et obscur &#8211; une pulsion ou une compulsion, plut&#244;t. On touche ici un point essentiel : nous parlons ici de questions qui nous engagent non seulement dans nos id&#233;es, nos croyances ou nos convictions, mais directement dans notre mode de vie, nos usages quotidiens, et c'est ici, pr&#233;cis&#233;ment, que les discussions peuvent &#234;tre un peu tendues. Quand j'avais une trentaine d'ann&#233;es, un ami m'a initi&#233; au cours de vacances au bord d'une mer poissonneuse aux joies de la p&#234;che sous-marine, une activit&#233; viriliste &#224; laquelle j'ai rapidement pris go&#251;t et pratiqu&#233;e pas mal de temps, ici ou l&#224;, prenant un plaisir intense &#224; plonger avec mon fusil-harpon, &#224; traquer mes proies, &#224; leur faire passer une fl&#232;che &#224; travers le corps, &#224; les remonter &#224; la surface, les remonter fi&#232;rement sur le bateau, etc. J'ai renonc&#233; &#224; cette pratique &#171; sportive &#187; nullement motiv&#233;e par le d&#233;sir de manger du poisson &#8211; d&#232;s qu'il &#233;tait sur le bateau en plein soleil, j'en trouvais l'odeur &#233;coeurante &#8211; lorsque j'ai compris que j'avais l&#224; un petit probl&#232;me avec moi-m&#234;me &#224; analyser, la mont&#233;e d'adr&#233;naline quand le harpon transperce le poisson et que son sang commence &#224; l'aur&#233;oler en se r&#233;pandant dans la mer...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble qu'en renon&#231;ant &#224; cette activit&#233; barbare, je me suis civilis&#233;. Bien s&#251;r, on ne renonce pas si facilement &#224; la qu&#234;te de troph&#233;es, mais celle-ci peut &#234;tre en quelque sorte sublim&#233;e et stylis&#233;e &#8211; d&#233;sormais, je collectionne les plumes de rapaces que je trouve lors de mes promenades sur les sentiers et ceux qui connaissent ma retraite au village savent que j'en fais le meilleur usage. Dans son acception la plus g&#233;n&#233;rale et extensive, la suspension de l'action de tuer, le devenir probl&#233;matique du geste qui la conduit, cela fait partie int&#233;grante du proc&#232;s de la civilisation &#8211; et comme, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, nous tuons beaucoup plus d'animaux que d'&#234;tres humains, dans nos soci&#233;t&#233;s, cette question est devenue br&#251;lante au seuil de civilisation que nous avons atteint et elle le deviendra toujours davantage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, la suspension progressive du geste de tuer a toutes de contreparties qui sont loin d'&#234;tre toutes &#233;clair&#233;es et glorieuses : les braves gens abandonnent leurs animaux domestiques le long des routes, &#224; d&#233;faut d'avoir le courage de les tuer. Le proc&#232;s de la civilisation est un processus par d&#233;finition ambigu, voire ambivalent. Il doit &#234;tre analys&#233; sous un angle rigoureusement sociologique et anthropologique, sans &#234;tre plac&#233; a priori sous le signe de l'id&#233;ologie progressiste. Ce qui importe, c'est l'&#233;volution et les mutations des syst&#232;mes de normes. Pour le reste, et pour paraphraser un auteur c&#233;l&#232;bre, il y a toujours du &#171; malaise &#187; dans le proc&#232;s de civilisation.&lt;br class='autobr' /&gt; Bien s&#251;r encore, ce que je dis l&#224; laisse de c&#244;t&#233; deux questions essentielles que je n'ai pas le temps d'aborder : la sp&#233;cificit&#233; du domaine politique humain (une politique qui viserait &#224; exclure de son champ la mise &#224; mort, sous quelque forme que ce soit, est impensable) et d'autre part, l'enracinement toujours plus irr&#233;versible dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines de la mise &#224; mort en masse et &#224; distance &#8211; qu'il s'agisse de la famine comme arme de guerre consid&#233;rablement perfectionn&#233;e au XX&#176; si&#232;cle ou de l'abattage industriel des animaux, loin du regard de ceux qui en consomment la viande. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment au point d'intersection des deux tendances en conflit que surgit le probl&#232;me, potentiellement explosif, &#224; propos de la consommation de la viande : ceux qui continuent &#224; en manger ne peuvent le faire dans leur majorit&#233; qu'&#224; la condition de ne pas &#234;tre impliqu&#233;s directement dans la mise &#224; mort des animaux dont ils vont d&#233;guster des parties. Ils sont, non moins que les v&#233;g&#233;tariens de toutes ob&#233;diences, partie prenante du proc&#232;s de la civilisation qui tend &#224; les rendre allergiques &#224; la forme de violence sp&#233;cifique qu'implique la mise &#224; mort directe &#8211; f&#251;t-elle celle d'un oisillon ou d'un chaton. Mais &#233;craser un h&#233;risson ou m&#234;me un li&#232;vre sur une route de campagne, c'est une tout autre affaire &#8211; c'est pas moi, c'est la machine... Les routes et autoroutes sont des charniers et des n&#233;cropoles &#224; animaux qui font du Benjamin sans le savoir, comme vaincus du &#171; progr&#232;s &#187;, en passant litt&#233;ralement sous les roues du char de la civilisation de la vitesse &#224; laquelle les contemporains se sont vou&#233;s. Qu'ils le veuillent ou non, ceux qui continuent &#224; manger de la viande, issue dans l'immense majorit&#233; des cas de l'abattage industriel, sont pris dans l'oeil du cyclone de ce que j'ai appel&#233; le chaos normatif . L'unique fa&#231;on pour eux de l'accommoder du chaos normatif, c'est &#233;videmment de s'&#233;tablir dans ce qui, depuis la Premi&#232;re guerre mondiale au moins, constitue l'attitude fondamentale gr&#226;ce &#224; laquelle nous autres Occidentaux parvenons &#224; coexister avec l'intol&#233;rable sous les esp&#232;ces vari&#233;es &#8211; l'ignorance volontaire ou, plus exactement, ce que j'appelle la distraction, entendue comme le fait de ne pas &#171; vouloir savoir &#187; ce que l'on sait n&#233;anmoins fort bien, de le &#171; mettre de c&#244;t&#233; &#187;, de &#171; pr&#233;f&#233;rer ne pas y penser &#187;, sur le mode de l'inertie active de Bartleby, de le laisser &#171; flotter &#187; entre m&#233;moire et oubli afin de ne pas avoir &#224; en inscrire la connaissance dans les conduites. La distraction, entendue en ce sens, c'est ce qui est requis pour que les contemporains ne d&#233;sertent pas les formes de vie modernes dans lesquelles ils sont install&#233;s et dont le propre est de faire la part belle avec toutes sortes de figures, &#233;tats de fait, situations avec lesquels n'importe quel sujet humain pla&#231;ant son existence sous le signe de la d&#233;cence morale sait qu'il est impossible de coexister et avec lesquelles il s'arrange pour coexister quand m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, c'est dans nos relations avec le domaine animal que se trouvent solidement &#233;tablis quelques uns des points de contention les plus douloureux de ce que l'on pourrait appeler l'intol&#233;rable structurel. Cela, tout le monde le sait, ceux qui ne veulent pas le savoir comme ceux qui en prennent en compte les cons&#233;quences, dans leur vie pratique pas moins que dans leurs pens&#233;es. Il faut le dire sans ambages : toute une fraction de notre humanit&#233;, en Occident notamment, ne veut rien savoir de ce qui se passe dans les abattoirs et les camps d'&#233;levage, ou sur les bateaux de p&#234;che industrielle, exactement de la m&#234;me fa&#231;on qu'elle ne veut rien savoir de ce qui se passe dans les mines du Congo Kishasa d'o&#249; est extrait le lithium indispensable au bon fonctionnement de leurs chers smartphones, comme elle ne veut rien savoir des conditions de vie de la population de Gaza. Cette distraction est une chose qui s'organise, politiquement, m&#233;diatiquement, car elle est, bien s&#251;r, une condition expresse pour que les populations demeurent &lt;i&gt;gouvernables&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Il n'est jamais facile de passer de ce qui constitue &lt;i&gt;tout un monde&lt;/i&gt; de repr&#233;sentations et de pratiques &#224; un autre. Les mondes anciens collent aux subjectivit&#233;s individuelles comme le chewing-gum aux semelles. Passer &#224; un autre r&#233;gime de &#171; conversation &#187; sur un sujet aussi vital que celui-ci, accepter d'en changer compl&#232;tement les termes, c'est &#233;videmment s'arracher &#224; soi-m&#234;me, &#231;a fait mal, &#231;a affecte les identit&#233;s et le rapport de chacun &#224; soi. Cela suscite, comme on dit, des r&#233;sistances, des d&#233;nis, cela fait lever des affects qui sont plus souvent n&#233;gatifs que positifs. Cela suscite des lev&#233;es de bouclier d'une violence et d'une stupidit&#233; dont on aurait jamais pu soup&#231;onner qu'elles puissent prendre forme avant que les contemporains soient au pied du mur. On d&#233;couvre alors que le supr&#233;macisme sp&#233;cique a encore de beaux jours devant lui, comme l'a le supr&#233;macisme blanc aux Etats-Unis et le supr&#233;macisme juif au Moyen-Orient. Je suis frapp&#233; par le degr&#233; d'agressivit&#233; et le niveau de sottise que peut faire appara&#238;tre, dans nos milieux, ceux de la classe moyenne, voire de la classe moyenne tr&#232;s &#233;duqu&#233;e et dite intellectuelle, le simple fait de d&#233;clarer, &#224; l'occasion d'un ap&#233;ro ou d'un repas en ville ou &#224; la campagne : &#171; Je ne mange pas de charcuterie, je ne mange pas de viande &#187; &#8211; rien de plus. Il n'y a pas plus d'un mois de cela, il a suffi, en une telle occasion, que j'&#233;carte d'un geste de la main le plat de petits p&#226;t&#233;s &#224; la viande pour que ma voisine et amie de longue date, une psychanalyste de bonne renomm&#233;e, grande lectrice et politiquement avertie (elle a il y a quelques ann&#233;es commenc&#233; &#224; prendre des cours d'arabe en guise de protestation muette contre le cours des choses), il a donc suffi que je fasse ce geste furtif autant que machinal pour qu'elle l&#226;che d'un ton acerbe : &#171; Et ce melon, alors, il n'a pas souffert quand on l'a cueilli, et ces anchois, etc. &#187;. Le lendemain, le gendre de cette amie, un distingu&#233; professeur agr&#233;g&#233; de droit, s'apitoyait sur mon compte, alors que je m'activais &#224; tenter de ravigoter un chat terroris&#233;, affam&#233; et transi que j'avais ramass&#233; au bord d'un chemin &#8211; &#171; N'oublie pas, me dit-il d'un ton d'autorit&#233; d&#233;finitive, que ce ne sont que des choses ! &#187; &#8211; allusion &#224; la d&#233;finition traditionnelle, en droit positif, des animaux domestiques et autres &#233;l&#233;ments de cheptel comme des biens mobiliers... Ce ton, mi-p&#233;remptoire mi-blagueur est celui de la restauration en marche. Le message qu'il v&#233;hicule est distinct : quelles que soient les sommations que nous recevons dans le pr&#233;sent &#224; avoir &#224; changer nos fa&#231;ons de penser, voir, sentir et agir dans nos relations avec le monde animal, nous ne changerons rien &#224; nos habitudes, nous camperons sur &#171; la tradition &#187;, nous continuerons &#224; &#234;tre, dans le tr&#233;fonds de nous-m&#234;mes, ce que sont nos habitudes !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que je soup&#231;onne d'ailleurs &#224; ce propos, c'est que ceux qui ne changent rien &#224; leurs habitudes de consommation de la viande aujourd'hui, ce qu'ils aiment vraiment, ce sont les premi&#232;res plut&#244;t que la seconde. Parce que mes habitudes, c'est mon moi-moi, le degr&#233; z&#233;ro de l'identit&#233; propre, le narcissisme ent&#234;t&#233; du &#171; moi-je fais comme &#231;a ! &#187; et je n'ai pas l'intention d'en changer, parce que &#231;a, c'est moi et tellement moi ! Que p&#233;risse le monde, plut&#244;t que mes habitudes ! Cette obstination de l'habitude alimentaire, c'est un peu comme l'amour du fou pour sa folie : la fa&#231;on dont le fou, certains fous, du moins, sont amoureux fous de leur folie, au point de tout lui sacrifier &#8211; leurs amours, leur vie de famille, leur carri&#232;re, leur sant&#233;, etc., ceci pour la simple &#171; raison &#187;, si l'on peut dire, qu'ils voient dans leur folie la quintessence de leur &#171; propre &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Animalit&#233; occidentale, J&#233;rusalem &amp; Ath&#232;nes</title>
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		<dc:date>2017-12-24T10:42:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;dric Cagnat</dc:creator>


		<dc:subject>id&#233;ologie</dc:subject>
		<dc:subject>animal</dc:subject>

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&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; Soit une citation d'Adorno&amp;Horkheimer, tir&#233;e de leur Dialectique de la raison, &#224; partir de laquelle je formulerai trois remarques introductives : &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'histoire europ&#233;enne, l'id&#233;e de l'homme s'exprime dans la mani&#232;re dont on le distingue de l'animal. Le manque de raison de l'animal sert &#224; d&#233;montrer la dignit&#233; de l'homme. Cette opposition a &#233;t&#233; pr&#234;ch&#233;e avec tant de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=87" rel="tag"&gt;id&#233;ologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=98" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Soit une citation d'Adorno&amp;Horkheimer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merci &#224; Diane Morgan d'avoir rappel&#233; l'importance de ce texte &#224; l'occasion (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tir&#233;e de leur &lt;i&gt;Dialectique de la raison&lt;/i&gt;, &#224; partir de laquelle je formulerai trois remarques introductives :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans l'histoire europ&#233;enne, l'id&#233;e de l'homme s'exprime dans la mani&#232;re dont on le distingue de l'animal. Le manque de raison de l'animal sert &#224; d&#233;montrer la dignit&#233; de l'homme. Cette opposition a &#233;t&#233; pr&#234;ch&#233;e avec tant de constance et d'unanimit&#233; par tous les pr&#233;d&#233;cesseurs de la pens&#233;e bourgeoise &#8211; les anciens Juifs et les P&#232;res de l'&#201;glise, puis au Moyen Age et dans les temps modernes &#8211; qu'elle fait partie du fond inali&#233;nable de l'anthropologie occidentale comme peu d'autres id&#233;es.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Theodor W. Adorno et Max Horkheimer, La dialectique de la raison, p.268.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- L'homme se forme une image de lui-m&#234;me en &#233;tablissant une discontinuit&#233; entre lui et l'animal : l'histoire du rapport homme-animal serait celle d'un dualisme, d'une s&#233;paration radicale entre deux formes d'&#234;tre. C'est ce que l'on appelle la th&#232;se de l' &#171; exception humaine &#187;. C'est une th&#232;se &lt;i&gt;ontologique&lt;/i&gt; : elle dit l'&lt;i&gt;essence&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt; de ce qui est ainsi d&#233;fini et qualifi&#233;. En l'occurrence, l'&#234;tre de l'homme se caract&#233;rise par sa &#171; dignit&#233; &#187;, per&#231;ue comme la marque de sa sup&#233;riorit&#233; par rapport &#224; l'animal qui se d&#233;finit quant &#224; lui par un manque, une absence : le d&#233;faut de raison (mais il sera priv&#233; de bien d'autres choses au fil de l'histoire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Ce qui pr&#233;c&#232;de sugg&#232;re que lorsque l'homme cherche &#224; se d&#233;finir lui-m&#234;me, il y a forc&#233;ment des cons&#233;quences sur sa conception de l'animal. Et peut-&#234;tre que, inversement, lorsqu'il transforme sa mani&#232;re d'appr&#233;hender les animaux &#8211; comme c'est le cas en ce moment dans certains pays occidentaux &#8211; alors cela implique des modifications dans la mani&#232;re dont une partie de l'humanit&#233; se voit elle-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Cette th&#232;se ontologique de l'exception humaine se corr&#232;le imm&#233;diatement &#224; une &lt;i&gt;&#233;thique&lt;/i&gt;, au sens premier du terme, un &lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire un ensemble de comportements, de pratiques : la sup&#233;riorit&#233; ontologique explique la &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; et l&#233;gitime l'&lt;i&gt;exploitation&lt;/i&gt;. Le produit de cette exploitation, l&#233;gitim&#233;e par une domination adoss&#233;e &#224; une th&#232;se ontologique, c'est une cat&#233;gorie particuli&#232;re &#8211; mais fondatrice &#8211; dans l'histoire des rapports entre l'homme et les animaux, ce que je propose d'appeler : &lt;i&gt;l'animal-de-l'homme&lt;/i&gt; (pour la distinguer de deux autres cat&#233;gories, r&#233;elles ou potentielles, d&#233;signant d'autres types de rapports, mais dont il ne sera pas question ici : &lt;i&gt;l'animal humain&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'Autre animal&lt;/i&gt;). L'animal-de-l'homme, c'est l'animal tel qu'il est construit par l'homme (occidental, principalement, mais il semble que cette cat&#233;gorie tient plus ou moins de l'invariant anthropologique), l'&lt;i&gt;animalit&#233;&lt;/i&gt;, &#224; savoir la r&#233;alit&#233; vivante, multitudinaire et prot&#233;iforme des mondes animaux saisie par l'unit&#233; du concept (sorte d'&#233;quarrissage op&#233;r&#233; par la pens&#233;e) ; mais aussi l'animal tel qu'il est poss&#233;d&#233; par l'homme, tel qu'il en est une &lt;i&gt;propri&#233;t&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport homme-animal a donc son versant ontologique et son versant &#233;thique : Peter Singer, l'un des pionniers du mouvement de lib&#233;ration animale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Son ouvrage paru en 1975, La lib&#233;ration animale, est devenu un classique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, va dans ce sens quand il explique que &#171; la domination de l'animal humain sur les autres animaux &#187; s'exerce &#224; travers un certain nombre de pratiques (l'&#233;levage, l'exp&#233;rimentation &#224; des fins scientifiques, ou pseudo-scientifiques, la chasse, l'usage des animaux pour les loisirs ou la fourrure, etc.), mais que ces pratiques, &#171; on ne peut les comprendre correctement que comme autant de manifestations de l'id&#233;ologie de notre esp&#232;ce, c'est-&#224;-dire des attitudes que nous, en tant qu'animal dominant, avons envers les autres animaux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La lib&#233;ration animale, Grasset, 1993, p. 285. Singer parle ici d' &#171; attitude (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Toutefois, un peu plus loin, ces attitudes sont pr&#233;sent&#233;es comme des &#171; pr&#233;suppositions &#8211; religieuses, morales, m&#233;taphysiques &#8211; qui aujourd'hui sont obsol&#232;tes &#187; et dont Singer affirme qu'elles n'&#233;taient jadis que des l&#233;gitimations id&#233;ologiques visant &#224; &#171; masquer le motivation purement et simplement &#233;go&#239;ste des rapports que les humains entretenaient avec les autres animaux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 286.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Ce qui n'est pas tout &#224; fait la m&#234;me chose : on le voit, la question des rapports entre discours et conceptions th&#233;oriques sur l'animal d'un c&#244;t&#233;, et pratiques et relations concr&#232;tes avec les animaux de l'autre ne va pas de soi. On retrouve ici une vieille probl&#233;matique marxienne : est-ce l'id&#233;ologie qui est premi&#232;re et qui engendre les pratiques ? Ou bien ces pratiques sont-elles l'origine et la cause efficiente des conceptions du monde correspondantes ? Autrement dit, dans le domaine qui nous occupe, ce que nous disons de l'&lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt; de l'animal d&#233;termine-t-il nos conduites &#224; son &#233;gard ? La mani&#232;re dont nous concevons et d&#233;finissons les animaux a-t-elle des cons&#233;quences sur la mani&#232;re dont nous les traitons ? Ces questions peuvent para&#238;tre formelles, mais je suis persuad&#233; que le probl&#232;me qu'elles sous-tendent a en r&#233;alit&#233; une grande importance : l'&#233;thique est-elle d&#233;pendante de l'ontologie ? C'est un probl&#232;me que doit participer &#224; r&#233;soudre quiconque envisage le rapport des humains aux animaux comme un &lt;i&gt;enjeu politique&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire une question qui doit faire l'objet d'un traitement collectif susceptible de changer &#224; la fois la condition animale et la vie ordinaire en commun des animaux humains et non humains. Car un tel traitement doit bien commencer par tenter de savoir, &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt;, sur quelle mati&#232;re il doit agir, ou peser ; quel &#171; objet &#187; il doit &#171; travailler &#187;. Est en jeu ici la notion m&#234;me d'&#171; action politique &#187;, dans un champ d'intervention encore en grande partie inexplor&#233;, o&#249; il ne saurait donc &#234;tre question d'importer les recettes d'un militantisme &#171; classique &#187; aguerri au sein de contextes tout diff&#233;rents. Depuis plusieurs d&#233;cennies maintenant, tout un courant de la recherche en &#233;thologie contribue &#224; forger une image profond&#233;ment renouvel&#233;e de l'animalit&#233;, pendant que les actions militantes se multiplient dans les abattoirs afin de sensibiliser le grand public sur les massacres qui y ont cours : de ces deux lignes de forces, laquelle a pu influer sur ce qui appara&#238;t aujourd'hui, peut-&#234;tre illusoirement, comme une mise en cause des pratiques alimentaires carn&#233;es dans certains pays occidentaux ? Les deux, peut-&#234;tre, ou aucune ? L'antisp&#233;cisme pros&#233;lyte avance &#224; l'aveugle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour examiner cette relation entre l'ontologie et l'&#233;thique dans le champ de l'animalit&#233;, dans la configuration du rapport homme/animal, un point de d&#233;part possible consiste &#224; aller voir dans les textes la formulation de ce qu'Adorno et Horkheimer ont nomm&#233; &#171; le fond inali&#233;nable de l'anthropologie occidentale &#187;. Ils mentionnent, on l'a vu, &#171; les anciens Juifs et les P&#232;res de l'&#201;glise &#187;, le Moyen Age et les temps modernes. Singer assure quant &#224; lui que &#171; les attitudes occidentales envers les animaux sont enracin&#233;es dans deux traditions : le juda&#239;sme et l'Antiquit&#233; grecque. Celles-ci s'unirent dans le christianisme, et c'est &#224; travers cette religion qu'elles furent amen&#233;es &#224; pr&#233;dominer en Europe. &#187; Empruntons donc ce vieux topos historique et philosophique, Ath&#232;nes et J&#233;rusalem, avant la synth&#232;se chr&#233;tienne (que nous laisserons provisoirement de c&#244;t&#233;) : les trois matrices d'o&#249; sort, dit-on, tout ce qui se pense et se fait en Occident&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ancien Testament&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;24 Puis Dieu dit : Que la terre produise des &#234;tres vivants selon leur esp&#232;ce, b&#233;tail, reptiles et animaux de la terre selon leur esp&#232;ce ; et cela fut ainsi. &lt;br class='autobr' /&gt;
25 Et Dieu fit les animaux de la terre selon leur esp&#232;ce, le b&#233;tail selon son esp&#232;ce, et tous les reptiles du sol selon leur esp&#232;ce ; et Dieu vit que cela &#233;tait bon. &lt;br class='autobr' /&gt;
26 Puis Dieu dit : &lt;strong&gt;Faisons l'homme &#224; notre image&lt;/strong&gt;, selon notre ressemblance, &lt;strong&gt;et qu'il domine&lt;/strong&gt; sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur le b&#233;tail, et sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. &lt;br class='autobr' /&gt;
27 Et Dieu cr&#233;a l'homme &#224; son image ; il le cr&#233;a &#224; l'image de Dieu ; il les cr&#233;a m&#226;le et femelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
28 Et Dieu les b&#233;nit ; et Dieu leur dit : Croissez et multipliez, et &lt;strong&gt;remplissez la terre, et l'assujettissez, et dominez sur les poissons de la mer et sur les oiseaux des cieux, et sur tout animal qui se meut sur la terre&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; 29 Et Dieu dit : Voici &lt;strong&gt;je vous ai donn&#233;&lt;/strong&gt; toute herbe portant semence, qui est &#224; la surface de toute la terre, et tout arbre qui a en soi du fruit d'arbre portant semence ; ce sera votre nourriture. &lt;br class='autobr' /&gt;
30 Et &#224; tous les animaux des champs, et &#224; tous les oiseaux des cieux, et &#224; tout ce qui se meut sur la terre, qui a en soi une &#226;me vivante, &lt;strong&gt;j'ai donn&#233; toute herbe verte pour nourriture&lt;/strong&gt; ; et cela fut ainsi. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;strong&gt;Gn 1, 24-30&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Et Dieu b&#233;nit No&#233;, et ses fils, et leur dit : Croissez et multipliez, et remplissez la terre ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2 Et &lt;strong&gt;vous serez craints et redout&#233;s de tous les animaux&lt;/strong&gt; de la terre, et de tous les oiseaux des cieux ; avec tout ce qui se meut sur le sol et tous les poissons de la mer, ils sont remis entre vos mains. &lt;br class='autobr' /&gt;
3 &lt;strong&gt;Tout ce qui se meut et qui a vie, vous servira de nourriture&lt;/strong&gt; ; je vous donne tout cela comme l'herbe verte. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;strong&gt;Gn 9, 1-3&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On retrouve d'embl&#233;e l'id&#233;e de s&#233;paration, d'exception : l'homme est distinct par essence puisqu'il est seul cr&#233;&#233; &#224; l'image de Dieu. Mais ce texte est ambivalent eu &#233;gard &#224; la question qui nous occupe, &#224; savoir les liens d'implications entre l'&#233;thique et l'ontologie : l'Eden est pr&#233;sent&#233; comme une &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; des cr&#233;atures. Ces derni&#232;res, hommes et animaux, s'adonnent au &lt;i&gt;v&#233;g&#233;tarisme&lt;/i&gt; &#8211; condition alimentaire &lt;i&gt;id&#233;ale&lt;/i&gt;, donc, celle qui a cours au paradis.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comme le travail n'existe pas avant la Chute, il ne saurait y avoir non plus d'&lt;i&gt;exploitation&lt;/i&gt; des animaux. Adam et Eve n'en ont pas &lt;i&gt;besoin&lt;/i&gt;. Les parents de l'humanit&#233; &#233;taient vegan !...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bien s&#251;r, la notion de domination et d'&#171; assujettissement &#187; est explicitement formul&#233;e. Pourtant, l'historien Eric Baratay explique : &#171; Le fait qu'Adam leur donne un nom ne signifie pas l'appropriation de la nature mais une relation privil&#233;gi&#233;e entre l'homme rev&#234;tu d'une dignit&#233; royale et des animaux promus sujets, non pas choses. &#187; (Adam ne nomme pas les choses). Peter Singer allait d&#233;j&#224; dans ce sens : &#171; Le jardin d'Eden a souvent &#233;t&#233; d&#233;peint comme une sc&#232;ne de paix parfaite, et dans ce contexte un acte de tuer quel qu'il f&#251;t aurait paru d&#233;plac&#233; ! L'homme r&#233;gnait, mais dans ce paradis terrestre son despotisme &#233;tait un despotisme bienveillant. &#187; On a peut-&#234;tre l&#224; un premier exemple de d&#233;liaison entre ontologie et &#233;thique.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais tout change &#233;videmment apr&#232;s la Chute et la conduite des hommes &#224; l'&#233;gard des animaux devient plus conforme au postulat de la sup&#233;riorit&#233; humaine &#8211; effet direct d'une punition divine, toutefois, ce qui ne laisse pas de para&#238;tre contradictoire ; d'autant que les animaux demeurent les premi&#232;res victimes de cette sanction inflig&#233;e en raison d'une faute commise par l'homme. Le &#171; don &#187; divin, apr&#232;s le D&#233;luge, la domination et la consommation de chair animale font quoi qu'il en soit contraste avec la condition id&#233;ale, pacifi&#233;e, d'avant le P&#233;ch&#233; originel, et ne peuvent donc &#234;tre envisag&#233;s que comme une d&#233;gradation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Antiquit&#233; grecque&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il fut jadis un temps o&#249; les dieux existaient, mais non les esp&#232;ces mortelles. Quand le temps que le destin avait assign&#233; &#224; leur cr&#233;ation fut venu, les dieux les fa&#231;onn&#232;rent dans les entrailles de la terre d'un m&#233;lange de terre et de feu et des &#233;l&#233;ments qui s'allient au feu et &#224; la terre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand le moment de les amener &#224; la lumi&#232;re approcha, ils charg&#232;rent Prom&#233;th&#233;e et Epim&#233;th&#233;e de les pourvoir et d'attribuer &#224; chacun des qualit&#233;s appropri&#233;es. Mais Epim&#233;th&#233;e demanda &#224; Prom&#233;th&#233;e de lui laisser faire seul le partage. &#034;Quand je l'aurai fini, dit-il, tu viendras l'examiner&#034;. Sa demande accord&#233;e il fit le partage, et, en le faisant, il attribua aux uns la force sans la vitesse, aux autres la vitesse sans la force ; il donna des armes &#224; ceux-ci, les refusa &#224; ceux-l&#224;, mais il imagina pour eux d'autres &lt;strong&gt;moyens de conservation&lt;/strong&gt; ; car &#224; ceux d'entre eux qu'il logeait dans un corps de petite taille, il donna des ailes pour fuir ou un refuge souterrain ; pour ceux qui avaient l'avantage d'une grande taille, leur grandeur suffit &#224; les conserver, et il appliqua ce proc&#233;d&#233; de compensation &#224; tous les animaux. &lt;strong&gt;Ces mesures de pr&#233;caution &#233;taient destin&#233;es &#224; pr&#233;venir la disparition des races&lt;/strong&gt;. Mais quand il leur eut fourni &lt;strong&gt;les moyens d'&#233;chapper &#224; une destruction mutuelle&lt;/strong&gt;, il voulut les aider &#224; supporter les saisons de Zeus ; il imagina pour cela de les rev&#234;tir de poils &#233;pais et de peaux serr&#233;es, suffisantes pour les garantir du froid, capables aussi de les prot&#233;ger contre la chaleur et destin&#233;es enfin &#224; servir, pour le temps du sommeil, de couvertures naturelles, propres &#224; chacun d'eux ; il leur donna en outre comme chaussures, soit des sabots de cornes, soit des peaux calleuses et d&#233;pourvues de sang, ensuite il leur fournit des aliments vari&#233;s suivant les esp&#232;ces, aux uns l'herbe du sol, aux autres les fruits des arbres, aux autres des racines ; &#224; quelques-uns m&#234;me il donna d'autres animaux &#224; manger ; mais il limita leur f&#233;condit&#233; et multiplia celle de leur victime &lt;strong&gt;pour assurer le salut de la race&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant Epim&#233;th&#233;e, qui n'&#233;tait pas tr&#232;s r&#233;fl&#233;chi avait sans y prendre garde d&#233;pens&#233; pour les animaux toutes les facult&#233;s dont il disposait et il lui restait la race humaine &#224; pourvoir, et il ne savait que faire. Dans cet embarras, &lt;strong&gt;Prom&#233;th&#233;e vient pour examiner le partage ; il voit les animaux bien pourvus, mais l'homme nu, sans chaussures, ni couvertures ni armes&lt;/strong&gt;, et le jour fix&#233; approchait o&#249; il fallait l'amener du sein de la terre &#224; la lumi&#232;re. &lt;strong&gt;Alors Prom&#233;th&#233;e, ne sachant qu'imaginer pour donner &#224; l'homme le moyen de se conserver, vole &#224; H&#233;pha&#239;stos et &#224; Ath&#233;na la connaissance des arts avec le feu&lt;/strong&gt; ; car, sans le feu, la connaissance des arts &#233;tait impossible et inutile ; &lt;strong&gt;et il en fait pr&#233;sent &#224; l'homme&lt;/strong&gt;. L'homme eut ainsi la science propre &#224; conserver sa vie [&#8230;] Il se glisse donc furtivement dans l'atelier commun o&#249; Ath&#233;na et H&#233;pha&#239;stos cultivaient leur amour des arts, il y d&#233;robe au dieu son art de manier le feu et &#224; la d&#233;esse l'art qui lui est propre, et il en fait pr&#233;sent &#224; l'homme, et c'est ainsi que l'homme peut se procurer des ressources pour vivre. Dans la suite, Prom&#233;th&#233;e fut, dit-on, puni du larcin qu'il avait commis par la faute d'Epim&#233;th&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'homme fut en possession de son lot divin, d'abord &lt;strong&gt;&#224; cause de son affinit&#233; avec les dieux, il crut &#224; leur existence, privil&#232;ge qu'il a seul de tous les animaux, et il se mit &#224; leur dresser des autels et des statues&lt;/strong&gt; ; ensuite il eut bient&#244;t fait, gr&#226;ce &#224; la science qu'il avait d'articuler sa voix et de former les noms des choses, d'inventer les maisons, les habits, les chaussures, les lits, et de tirer les aliments du sol.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;strong&gt;Platon, Protagoras, [320-321c], trad. E. Chambry.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_300 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/prometheus-torture.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/prometheus-torture.jpg' width='500' height='978' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'animal est tout entier plac&#233; sous le motif de la subsistance, voire de la survie : caract&#232;res qui supposent urgence et n&#233;cessit&#233;, une vie sans cesse menac&#233;e par la mort (&#224; l'&#233;chelle des individus) et l'extinction (&#224; l'&#233;chelle de l'esp&#232;ce). L'animal est inscrit, sans reste, dans les imp&#233;ratifs de la vie biologique, la totalit&#233; de ses comportements r&#233;pond &#224; la seule sph&#232;re des besoins organiques, se fond dans son milieu naturel et se confond avec lui : &#171; L'animal est dans la nature comme l'eau est dans l'eau &#187; (Bataille).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le contraste avec l'humain s'atteste dans la pr&#233;sence, chez ce dernier, d'un temps laiss&#233; &#224; des pratiques non directement abouch&#233;es aux n&#233;cessit&#233;s de sa subsistance en tant qu'&#234;tre de nature. Les premi&#232;res activit&#233;s auxquelles s'adonnent les hommes une fois pourvus de leur &#171; lot divin &#187; rel&#232;vent de la religion et de l'art (les autels et les statues), activit&#233;s index&#233;es d'une &#171; gratuit&#233; &#187; relative o&#249; s'atteste classiquement la c&#233;sure fondatrice entre nature (animale) et culture (humaine).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On ne peut s'emp&#234;cher toutefois de noter deux &#233;l&#233;ments susceptibles de relativiser cette interpr&#233;tation classique. D'abord l'image d&#233;pr&#233;ciative qui est donn&#233;e de la cr&#233;ature humaine au d&#233;but du mythe : en tant qu'&#234;tre de nature, l'homme a non seulement une origine commune avec les autres animaux, communaut&#233; d'appartenance au vivant qui emp&#234;che l'affirmation d'une c&#233;sure nette, une s&#233;paration d'&lt;i&gt;essence&lt;/i&gt; entre l'animal et l'homme ; mais en outre, avant le don de Prom&#233;th&#233;e, l'homme est pr&#233;sent&#233; comme un sous-animal, un &#234;tre inf&#233;rieur, le plus nu donc le plus faible, le plus vuln&#233;rable de la cr&#233;ation.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'autre part, il y a la punition de Prom&#233;th&#233;e, qui dans une perspective grecque peut certes appara&#238;tre comme une sanction inflig&#233;e &#224; celui qui a rompu l'ordre immuable de la hi&#233;rarchie entre mortels et immortels ; mais aujourd'hui, difficile de ne pas lire dans cette punition une sorte de prescience des cons&#233;quences d&#233;sastreuses que devait induire cette possession ill&#233;gitime par l'homme d'un &#171; savoir technique &#187;, d'une &#171; technoscience &#187;, en quelque sorte, qui devait &#234;tre r&#233;serv&#233;e aux dieux. Dans tous les cas, quelle que soit la lecture, ancienne ou contemporaine, cette promotion de l'homme &#224; ce statut quasi divin se pr&#233;sente comme &lt;i&gt;un &#233;v&#233;nement qui ne devait pas avoir lieu&lt;/i&gt;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Restera &#224; savoir si, et comment, ces motifs pr&#233;sents dans le mythe se retrouvent dans les conceptions et pratiques effectives propres &#224; la civilisation hell&#233;nique, puis &#224; examiner la mani&#232;re dont ils vont se traduire par la suite, avec d'autres sources, notamment v&#233;t&#233;rotestamentaires, &#224; la faveur de la synth&#232;se chr&#233;tienne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui peut &#234;tre relev&#233; pour l'instant, c'est qu'il n'existe pas de correspondance syst&#233;matique entre l'exploitation des animaux, qui est une constante sans doute universelle de l'histoire humaine, et quelque chose comme l'affirmation scripturaire, en tant que telle introuvable, d'une sup&#233;riorit&#233; ontologique, univoque et sans failles, de l'homme sur les animaux. L'animal-de-l'homme et la th&#232;se de l'exception humaine ont peut-&#234;tre eu chacun une vie plus ou moins autonome. J'essaierai de tirer une autre fois les cons&#233;quences de cette premi&#232;re hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Merci &#224; Diane Morgan d'avoir rappel&#233; l'importance de ce texte &#224; l'occasion d'autres rencontres autour de l'animal avec nos ami-e-s d'Ici&amp;Ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Theodor W. Adorno et Max Horkheimer, &lt;i&gt;La dialectique de la raison&lt;/i&gt;, p.268.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Son ouvrage paru en 1975, &lt;i&gt;La lib&#233;ration animale&lt;/i&gt;, est devenu un classique de la litt&#233;rature antisp&#233;ciste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La lib&#233;ration animale&lt;/i&gt;, Grasset, 1993, p. 285. Singer parle ici d' &#171; attitude &#187; au sens de &#171; disposition d'esprit &#187;, comme le montre la suite de son texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 286.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au pied ! Assis ! Et pas bouger !</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=641</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=641</guid>
		<dc:date>2017-12-23T14:42:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;verine Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>violence</dc:subject>
		<dc:subject>biopolitique</dc:subject>
		<dc:subject>animal</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; Quand j'ai d&#233;cid&#233; de faire cette intervention, je me suis d'abord tourn&#233;e vers mon exp&#233;rience professionnelle (&#233;leveur de chiens et toiletteuse) mais je me suis aussi questionn&#233;e sur les rapports que j'entretiens depuis toute jeune avec les animaux. J'ai constat&#233; que si on me posait la question &#171; aimes-tu les animaux ? &#187; comme beaucoup d'entre nous, ma r&#233;ponse &#233;tait OUI ! OUI (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=52" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=88" rel="tag"&gt;biopolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=98" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention &#224; la rencontre de Fertans des 21 et 22 octobre 2017, &#034;Faire la b&#234;te. La fabrique humaine des animaux&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand j'ai d&#233;cid&#233; de faire cette intervention, je me suis d'abord tourn&#233;e vers mon exp&#233;rience professionnelle (&#233;leveur de chiens et toiletteuse) mais je me suis aussi questionn&#233;e sur les rapports que j'entretiens depuis toute jeune avec les animaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai constat&#233; que si on me posait la question &#171; aimes-tu les animaux ? &#187; comme beaucoup d'entre nous, ma r&#233;ponse &#233;tait OUI ! OUI mais je les aimais comment en fait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai adopt&#233; au cours de ma vie beaucoup de petits et grands animaux. J'ai pr&#233;lev&#233; dans la nature, des escargots, des sauterelles, des oisillons, des souris. J'ai &#233;lev&#233; des perruches en voli&#232;res, nourris des chatons et des chiots au biberon, commenc&#233; une collection de poules naines (collection &#224; laquelle mes chiens ont mis fin rapidement en p&#233;n&#233;trant dans le poulailler) &lt;br class='autobr' /&gt;
Concernant les chiens,&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aime les avoir avec moi tout le temps, leur apprendre des tours, marcher dans les bois avec une meute de chiens autour &lt;strong&gt;de moi&lt;/strong&gt;, les faire naitre, les EDUQUER, les nourrir&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au pied assis et pas bouger, pourrait peut-&#234;tre r&#233;sumer ma fa&#231;on de les aimer ? Je ne suis pourtant pas dominatrice de caract&#232;re, je ne les maltraite pas (enfin pas comme on l'entendrait), bref j'aime les animaux ! Et j'en mange certain. Pourquoi ? Je ne sais pas. Quoique je tends &#224; en manger de moins en moins, j'&#233;volue&#8230;Comme d'ailleurs la domestication du chien (ou comme celle d'autre esp&#232;ces ) qui n'a jamais cess&#233; d'&#233;voluer principalement sous la patte de l'homme que ce soit directement ou pas)&lt;br class='autobr' /&gt;
Des essais de domestications sur des gazelles, des hy&#232;nes, des p&#233;licans, des couleuvres, des z&#232;bres ont &#233;t&#233; tent&#233;s, puis abandonn&#233;s faute de rentabilit&#233; ou parce que leur utilit&#233; disparaissait apr&#232;s une &#233;volution de la m&#233;canique (ce qui fut le cas par exemple des &#233;l&#233;phants d'Afrique).&lt;br class='autobr' /&gt;
Certaines esp&#232;ces qualifi&#233;es de &#171; marrons &#187;, terme qui provient de cimarron (th&#232;me d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; dans un pr&#233;c&#233;dant atelier) et qui veut dire esclave fugitif. En fait certains animaux emmen&#233;s sur d'autres continents se sont &#233;vad&#233;s des &#233;levages ou on tout simplement &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233;s en libert&#233; provoquant des cons&#233;quences diff&#233;rentes selon les &#233;poques et les lieux. Certains de ces animaux redevenus libres ont de nouveau &#233;t&#233; domestiqu&#233;s comme par exemple le cheval en Am&#233;rique du nord qui donnera plus tard le mustang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors en ce qui concerne le chien, je ne parlerai pas de l'&#233;volution du loup et de sa domestication, d'ailleurs &#224; ce sujet il semble que certains loups r&#233;implant&#233;s dans les alpes du sud se soient hybrid&#233;s ce qui pose des probl&#232;mes de statut de cet animal hybride (loup prot&#233;g&#233; et pas les hybrides) d'hybridation r&#233;cente concerne 1,5 % des animaux et celui d'hybridation plus ancienne 6 %. Ces hybrides sont issus du croisement de chiens avec des louves qui ont tr&#232;s probablement quitt&#233; leur meute. En dehors des probl&#232;mes d'attaque sur les troupeaux et du quota de chasse autoris&#233; sur les loups r&#233;gi par la convention de berne, je trouve tr&#232;s int&#233;ressant d'observer ce que les esp&#232;ces sont capables de faire sans les mains de l'homme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc je ne parlerai pas de l'&#233;volution des loups mais plut&#244;t de ce que nous avons fait des chiens. Depuis environ deux cent ans, nous jouons bien avec cette esp&#232;ce. Nous avions d&#233;j&#224; diversifi&#233; le type de chiens par utilit&#233;, pour la chasse, pour la garde, pour les combats, pour les troupeaux, et aussi pour la compagnie&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais d&#233;j&#224; en l'an 1000 avant notre &#232;re, en Chine, la mode des mini chiens avait fait son apparition. Par exemple, la cour imp&#233;riale s'enticha du happa, un petit chien trapu au nez &#233;cras&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En le croisant avec le bichon maltais, il donnera naissance au p&#233;kinois. Pour ce faire les Chinois ont brid&#233; la croissance de ce croisement en enfermant les chiots dans de minuscules cages et en leur &#233;crasant le museau avec un b&#226;ton en bois.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le produit de ce croisement qui donnera l'impulsion pour l'&#233;levage des petits chiens de race. En Europe la r&#233;volution industrielle au 19e si&#232;cle a &#233;t&#233; directement responsable de ce que l'on peut appeler une classe ouvri&#232;re de chiens.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_301 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture.png' width='500' height='855' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Chien de travail. Belgique. Entre 1890 et 1900 Beaucoup de paysans sont attir&#233;s par la ville, &#224; la recherche de travail. Les chiens deviennent de v&#233;ritables outils.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_302 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture2-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture2-2.png' width='500' height='737' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autant dire que tous ces animaux ont eu une existence empreinte de souffrance. Certains sont dress&#233;s pour tourner inlassablement les roues qui actionnent les broches des r&#244;tissoires ou les pompes &#224; eau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_303 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture3.png' width='500' height='1013' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Des boucheries f&#233;lines et canines ont exist&#233; &#224; Paris ! Faute de b&#339;uf, de porc ou de poulet, manger du chat ou du chien en France &#233;tait fr&#233;quent en temps de guerre ou de famine, tout comme l'&#233;tait la consommation de rat, de lapin, d'&#233;cureuil ou de ragondin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant la guerre franco-allemande de 1870, le march&#233; au chien se tenait &#224; Paris rue Saint-Honor&#233;. Et pendant la seconde guerre mondiale en Allemagne, les autorit&#233;s du Troisi&#232;me Reich ont contr&#244;l&#233; des boucheries canines jusqu'en 1943 !Le plus extraordinaire est qu'aujourd'hui en France rien n'interdit l&#233;galement la consommation de viande canine mais &#171; la Direction g&#233;n&#233;rale de la concurrence, consommation et r&#233;pression des fraudes peut cependant faire fermer un &#233;tablissement qui vendrait de la viande canine comme une autre viande &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but du 19e si&#232;cle &#233;merge en Europe et aux Etats-Unis la classe moyenne qui est typiquement urbaine. Cette classe est friande du chien dit &#171; animal de compagnie &#187;. Ce dernier est d&#233;j&#224; choy&#233; par l'Aristocratie. En parall&#232;le, les paysans qui arrivent en ville pour trouver du travail sont accompagn&#233;s de leurs chiens. Ces grands chiens, jusque-l&#224; habitu&#233;s &#224; la vie en plein air, se retrouvent confin&#233;s dans des appartements exigus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu &#224; peu, on d&#233;cide de ne plus d&#233;finir les chiens en fonction des t&#226;ches qu'ils effectuent mais plut&#244;t sur leurs caract&#233;ristiques physiques. En 1873 est fond&#233;e la fondation du Kennel Club britannique, en 1884 l'American Kennel Club et en 1888, le Canadian Kennel Club.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces associations sont consacr&#233;es &#224; la promotion et &#224; la sauvegarde des races. Les chiens sont inscrits sur des registres. On y mentionne la race mais &#233;galement toute la lign&#233;e reproductrice.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; partir de la moiti&#233; du 19e si&#232;cle que les &#233;leveurs et les vendeurs organisent les premi&#232;res expositions. Ils y font admirer les nouvelles vari&#233;t&#233;s issues de s&#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_304 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture4.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture4.png' width='500' height='698' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir particip&#233; personnellement &#224; des expositions canines avec CHIENS d'&#233;levage, je vous assure que c'est pas une partie de plaisir pour les chiens, tout comme les conditions d'&#233;levage des chiens en g&#233;n&#233;ral. Les animaux sont entrain&#233;s durant des heures avant, pour avoir une d&#233;marche rythm&#233;e &#224; une certaine vitesse t&#234;te lev&#233;e, et oblig&#233;s de garder cette fameuse position statique qui n'a rien de naturelle pour eux. Les chiens peuvent &#234;tre affam&#233;s pendant plusieurs jours avant, pour perdre un peu de poids afin de correspondre au poids maximum autoris&#233; dans sa race ou alors gav&#233;s &#224; l'inverse par sonde, entrain&#233;s et attach&#233;s sur des tapis de course.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_305 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture5.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture5.png' width='500' height='923' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;L'attente est longue en cage dans des hall d'expo surchauff&#233;, apr&#232;s avoir fait des centaines de km en voiture toujours en cage, et gare &#224; celui qui ne se tiendra pas correctement durant les quelques minutes que dure la d&#233;monstration devant le juge !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_306 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture6.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture6.png' width='500' height='833' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Quant aux participants humains si on peut utiliser ces thermes c'est une v&#233;ritable ar&#232;ne o&#249; l'on peut croiser une multitude de personnalit&#233;s. Jalousie, indiscipline, impolitesse, bagarres, grossi&#232;ret&#233;, coup bas m&#234;me sur les chiens des autres exposants avec empoisonnement. On laisse son chien attaquer l'autre (un coup de crocs sur une patte et voil&#224; un concurrent de moins, charmes sur les juges, copinage int&#233;ress&#233;&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_307 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture7.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture7.png' width='500' height='947' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;A quoi sert tout &#231;a ? &#192; obtenir des points suivant des crit&#232;res &#233;tablis par les clubs de races et ainsi expirer vendre plus de chiots ou de saillie certes mais aussi certainement &#224; faire grimper les ego des propri&#233;taires qui pr&#233;sentent ces chiens. Mon chien pr&#233;sente tous les crit&#232;res d'un champion, je le suis aussi. Tant pis pour les folies de la s&#233;lection (mort pr&#233;matur&#233;, chiens ne pouvant plus communiquer avec ces cong&#233;n&#232;re, maladie&#8230;), c'est pour le bien de la race selon beaucoup de cynophile et de club de race.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vais maintenant vous pr&#233;senter quelques races de chiens qui ont subi de fortes &#233;volutions dans leur caract&#233;ristique physique. Mais il faut savoir que tous ces croisements ont vraiment occasionn&#233; des probl&#232;mes graves de sant&#233; pour beaucoup de races canines. Dysplasies de la hanche ; yeux volumineux et pro&#233;minents, d&#233;veloppement d'ulc&#232;res et de luxations ;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_308 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture8.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture8.png' width='500' height='1039' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_309 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture9.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture9.png' width='500' height='1049' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;probl&#232;mes dorsaux des chiens aux dos trop longs comme le teckel ou le basset hound ; Brachyc&#233;phalie extr&#234;me et son cort&#232;ge d'affections respiratoires ;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_310 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture10.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture10.png' width='500' height='959' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;abondance de plis, source de diverses affections cutan&#233;es chez le shar pe&#239; ;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_311 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture11.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture11.png' width='500' height='725' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_document_312 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture12.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture12.png' width='498' height='1375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;dysplasie du berger allemand dont on a abaiss&#233; &#224; l'extr&#234;me l'arri&#232;re-train... Les exemples sont nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_313 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture13.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture13.png' width='500' height='861' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'hypertype est indissociable de l'exc&#232;s de consanguinit&#233;. Il est donc urgent de revoir les modalit&#233;s de la s&#233;lection. Le cas &#233;ch&#233;ant, certaines races de chien pourraient bien &#234;tre menac&#233;es de disparition. A tort ou a raison d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_314 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture14.png' width='500' height='969' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Op&#233;rer une s&#233;lection raisonnable et compatible avec le bien-&#234;tre de l'animal est aujourd'hui en passe de devenir un objectif d'&#233;levage prioritaire. Sans pour autant aller vers une uniformisation des races, cette s&#233;lection plus &#233;thique semble m&#234;me indispensable &#224; leur survie, d'autant que le contexte l&#233;gislatif actuel, centr&#233; sur le bien-&#234;tre animal, pourrait bien &#234;tre &#224; l'origine un jour d'une interdiction de certaines races si leur type extr&#234;me est accus&#233; de nuire &#224; leur confort de vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_315 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture15.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture15.png' width='500' height='624' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_316 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture16.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture16.png' width='500' height='859' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'hypertype touche aussi les chiens d'apparence n&#233;ot&#233;nique (qui consiste &#224; donner une t&#234;te de chiot &#224; un adulte). Comme le cavalier king Charles dont la boite cr&#226;nienne est trop petite pour contenir son cerveau. Les hypertypes touchent &#233;galement le chat Persan, le cheval arabe, les animaux d'&#233;levage comme les vaches laiti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_317 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture17.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture17.png' width='500' height='794' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Encolure DE CYGNE chanfrein concave, de nombreux v&#233;t&#233;rinaires et chercheurs se sont exprim&#233;s contre l'hypertype, en estimant qu'il produit des &#171; monstres &#187;, compromet le bien-&#234;tre animal &#224; court terme et la survie m&#234;me des races hyper typ&#233;es &#224; long terme. Au-del&#224; de l'hyper type c'est donc peut &#234;tre toute la philosophie de l'animal de race qu'il faudrait revoir en oubliant les ph&#233;nom&#232;nes de mode, qui mettent en avant les minis chiens, la n&#233;ot&#233;nie etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; de telles menaces, et quand on sait qu'une assurance sant&#233; animale est par exemple deux fois moins ch&#232;re pour un chien crois&#233; que pour un bulldog, le bon vieux b&#226;tard n'a pas dit son dernier mot... Le vrai chien, disait Raymond Coppinger biologiste et sp&#233;cialiste du comportement canin, entre autres le vrai chien, est celui qui vit aux abords des villages, dans les d&#233;charges. Il est proche de l'homme et de ses ressources, il se reproduit en respectant la s&#233;lection naturelle qui &#233;limine g&#233;n&#233;ralement, sur plusieurs g&#233;n&#233;rations, les probl&#232;mes de sant&#233; g&#233;n&#233;tique. C'est un b&#226;tard comme on dit, un chien qui est donc juste ce qu'il est, un chien adapt&#233; &#224; son environnement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; Jean S&#233;bastien Steyer, docteur en pal&#233;ontologie, chercheur au CNRS, et rattach&#233; au Mus&#233;um National d'Histoire Naturelle il nous dit : &#171; En bons primates &#233;gocentriques, nous percevons l'&#233;volution comme une augmentation de la complexit&#233; car nous tr&#244;nons sur notre branche. Or dans l'arbre de la vie, aucune esp&#232;ce n'est plus complexe ni plus &#233;volu&#233;e qu'une autre, mais toutes sont diff&#233;rentes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UN CHIEN POUR QUOI ET POUR QUI &lt;br class='autobr' /&gt;
Les chiens n'ont qu'un d&#233;faut : ils croient aux hommes (Elian J. finbert &#233;crivain animalier).&lt;br class='autobr' /&gt;
La relation du chien envers l'homme a toujours &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;tudi&#233;e, analys&#233;e, mais qu'en est-il de la relation de l'homme envers le chien ? Les chiens ont d&#233;j&#224; tant de difficult&#233;s &#224; se comprendre entre eux ! Leur langage est atrophi&#233; en comparaison des loups entre eux. Les chiens eux parlent humain... Tout futur &#171; ma&#238;tre &#187; - Partie d'une d&#233;finition du terme ma&#238;tre : &#171; le Ma&#238;tre est un propri&#233;taire (propri&#233;taire d'un chien, d'une maison ou d'un esclave) &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc tout futur maitre devrait se poser plusieurs questions avant d'adopter un animal domestique.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi ai-je besoin ou envie d'un animal a mes cot&#233; : solitude, besoin d'un outil de travail, besoin de dominer, r&#233;pondre a une mode, par impulsions devant une vitrine&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quelle esp&#232;ces choisir ( chien chat furet lapin cheval...)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi cette race
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Est-ce compatible avec avec mon style de vie(sportive, temps libre, budget, enfants patience&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acte d'adopter un animal et le choix de l'esp&#232;ce ou de la race est souvent li&#233;e &#224; une exp&#233;rience pass&#233;e qu'elle soit bonne ou mauvaise . Ou alors ce choix r&#233;pond &#224; une mode, soulign&#233;e par les m&#233;dias&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_318 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture18.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture18.png' width='500' height='908' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;(h&#233;ros de film comme Rintintin ou Lassie, de dessin anim&#233;, Les 101 dalmatiens &#233;mission tv, pub)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_319 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture19.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture19.png' width='500' height='834' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_320 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture20.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture20.png' width='500' height='934' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec comme cons&#233;quence des choix d'animaux non appropri&#233;s au style de vie. Il y a eu des dalmatiens abandonn&#233;s pendant plusieurs ann&#233;es &#224; la suite de cette mode Walt Disney. De plus pour r&#233;pondre &#224; la demande d'un chien &#224; la mode, les &#233;leveurs &#171; produisent &#187; beaucoup en croisant souvent n'importe quelle reproducteurs. Ce qui a donn&#233; des lign&#233;es enti&#232;res de chiens agressifs ou peureux ou avec des tares importante. Donc abandon, puis souvent reprise d'un autre animal &#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me rappelle qu'une amie qui &#233;levait des Jack Russel petit chien ratier, s'&#233;tait retrouv&#233;e &#224; g&#233;rer des appels r&#233;guliers de personnes qui lui demandaient &#171; avez-vous un chien comme &#224; la tv avec Dechavanne vous savez celui qui fait des tours et qui a un &#339;il marron ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'est battue longtemps contre ce genre d'int&#233;r&#234;t pour la race qu'elle &#233;levait avec passion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais comme n'importe quel autre produit &#224; la mode les gens ne voulaient pas un chien pour ce qu'il &#233;tait mais pour ce qu'il repr&#233;sentait, comme un jouet, une chose, un objet &#224; avoir. R&#233;sultat : pendant des ann&#233;es les fourri&#232;res et refuges &#233;taient d&#233;bord&#233;s par les abandons de Jack Russel. Les gens les abandonnaient car les chiens faisaient trop de d&#233;g&#226;ts chez eux, un terrier en appart &#231;a d&#233;m&#233;nage. Et puis, bizarre, il &#233;tait moins dr&#244;le que celui de la tv, il ne faisait pas de tour&#8230;. C'est vrai quoi, on a achet&#233; un chien 1500 E, pour avoir le m&#234;me que l'on a vu &#224; la tv. Les contrats de ventes &#233;taient encore r&#233;dig&#233;s avec l'ancien article qui consid&#233;rait l'animal comme un meuble. Donc le chien se devait d'&#234;tre conforme au mod&#232;le !!&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans mon salon de toilettage j'essaie de jongler avec les demandes des clients et le respect de l'animal. La grande partie de mes clients ne connaisse pas les besoins r&#233;els de leurs chiens, ou alors ils n'en tiennent pas compte. Ils ne connaissent pas non plus de limite dans leur propre envie de se faire plaisir au d&#233;triment des besoins &#233;l&#233;mentaires de l'animal. Nous avons cr&#233;&#233; des races de chiens de compagnie afin de pouvoir combler nos manques affectifs, nos envie de c&#226;liner, prot&#233;ger, prendre soins de quelqu'un, se sentir utile&#8230; Le toilettage du chien quoique certains en pensent est pour plein de races n&#233;cessaire au bien &#234;tre de celui-ci. Prenons l'exemple du caniche, ces poils ont &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;s afin de le prot&#233;ger de l'eau lors des anciennes parties de chasse au canard, mais si on ne le coupe pas r&#233;guli&#232;rement que deviendrait le caniche ? Un amas de poils tout coll&#233;s ne laissant plus la peau du chien respirer, les yeux enti&#232;rement recouverts de poils, marchant sur des chaussons de poils, la gueule quasiment referm&#233;e par les poils m&#234;l&#233;s au salissure. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est de temps en temps des chiens dans ces &#233;tats l&#224; qui arrivent au salon, yeux recouverts de pus, anus bouch&#233;s par des sacs de poils remplis de crottes, ongle retourn&#233;, rong&#233; par des centaines de puces. Ces animaux ne sont pas reclus au fond d'un jardin, non non, ils vivent dans la maison avec leurs ma&#238;tres, peut-&#234;tre sur le canap&#233; ou dans leurs lit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En parlant de l'acc&#232;s au lit j'aime bien ces deux petits dessins :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_321 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture21.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture21.png' width='500' height='1043' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_322 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture22.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture22.png' width='500' height='1085' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On peut vraiment se demander pourquoi beaucoup de personnes cherchent &#224; avoir un animal adulte mais avec des caract&#233;ristique de chiot. Dans ma client&#232;le j'ai tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement des propri&#233;taires de chiens qui me demande des coupes &#171; bb &#187;, &#171; puppy &#187;, &#171; nounours &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'amuse quelques fois &#224; leur demander si pour la coupe bb c'est un coupe bb chien ou bb humain qu'ils souhaitent&#8230; j'aimerais bien leur demander aussi pourquoi ils souhaitent maintenir leurs chiens dans une posture de chiot, ils l'ont peut &#234;tre fait avec leurs enfant aussi&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'alimentation animale est un autre exemple. Je crois que nous n'avons jamais vraiment respect&#233; les besoins alimentaires des animaux. Que ce soit les animaux d'&#233;levage ou de compagnie qui se retrouvent depuis une quarantaine d'ann&#233;es a manger des croquettes. Aliments qui contiennent (en premier ingr&#233;dient du mais, du bl&#233;, suivi, de la betterave et en g&#233;n&#233;ral 5 &#224; 10 % de viandes et par viande je veux dire des d&#233;chets, raclures de carcasse, tendons nerf&#8230; (au passage c'est quasiment les m&#234;mes ingr&#233;dients que dans les nuggets !) )&lt;br class='autobr' /&gt;
La partie carn&#233;e, g&#233;n&#233;ralement sous la forme de farine de viandes, dont la provenance est occult&#233;e, ainsi que les graisses animales entrant dans la composition des croquettes sont achet&#233;es aupr&#232;s de soci&#233;t&#233;s d'&#233;quarrissages. Ces soci&#233;t&#233;s ont comme vocation primaire de valoriser toutes les parties des animaux qui leur sont amen&#233;es. Animaux de fermes malades ayant &#233;t&#233; trait&#233;s par des m&#233;dicaments divers dont des antibiotiques, euthanasi&#233;s pour des raisons diverses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ou alors ces soci&#233;t&#233;s d'&#233;quarrissage re&#231;oivent les invendus provenant de diff&#233;rentes grandes surfaces. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour gagner du temps, certaines soci&#233;t&#233;s d'&#233;quarrissage ne prennent m&#234;me pas la peine d'enlever les emballages PLASTIQUE. Dans certains pays, les animaux, dont les chiens et chats euthanasi&#233;s par des v&#233;t&#233;rinaires, peuvent prendre le chemin de l'&#233;quarrissage pour &#234;tre transform&#233;s en farine de viande et en graisse animale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une alternative depuis quelques ann&#233;es le BARF Bones And Raw Foods (os et aliments crus) plus enclin &#224; respecter les carnivores chien chat furet&#8230; Il suffit de se rappeler que nos chiens, chats et furets sont encore des carnivores, signifiant logiquement qu'ils ne sont ni herbivores, ni omnivores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connait-on les cycles de chaleurs de la chienne par exemple ? On me dit souvent &#171; ma chienne a ses r&#232;gles ! ce qui a le don de m'&#233;nerver &#8230;.non pas parce que on attribue un terme r&#233;server &#224; la femme mais parce que le cycle et l'ovulation sont diff&#233;rents. J'ai une cliente qui focalise sur les chaleurs de sa chienne caniche toY de 2kg , d&#232;s que je la vois elle me demande de ne pas trop manipuler sa chienne vers la vulve car selon elle cela va l'exciter&#8230; La reproduction des animaux de compagnie pose beaucoup de questions aussi. Nous d&#233;testons avoir des animaux de compagnie qui d&#233;veloppent leur sexualit&#233;, l'animal qui se frotte &#224; nos jambes, celui qui renifle ou l&#232;che ses propres parties g&#233;nitales ou celles de son copain d'ailleurs, animal qui s'accouple devant nous, inceste&#8230; Nous essayons de faire disparaitre tous ces comportements, primaires et animaux qui nous d&#233;rangent. Ne dit-on pas &#171; faire l'amour comme des b&#234;tes &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc les animaux doivent &#234;tre st&#233;rilis&#233;s pour &#233;viter une surpopulation selon les v&#233;t&#233;rinaires des associations de d&#233;fense des animaux. Mais c'est aussi une fa&#231;on de contr&#244;ler les naissances et de continuer &#224; qualifier les races de &#171; chiens de race &#187;. Pas de croisement, pas de b&#226;tard&#8230; Respecte-t-on encore l'animal quand on le st&#233;rilise ? Et respecte-t-on l'animal quand on laisse les femelles &#234;tre saillies &#224; chaque chaleur ? Depuis deux ans la reproduction des animaux de compagnie est dirig&#233;e par une nouvelle ordonnance dans le cadre de la loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la for&#234;t (08/10/2015) applicable d&#232;s le 1er janvier 2016. Je cite : toute personne qui veut produire, et ensuite vendre, un chiot ou un chaton doit pr&#233;alablement se d&#233;clarer aupr&#232;s de la chambre d'agriculture et obtenir un num&#233;ro SIREN. L'objectif : dissuader les particuliers de faire faire des port&#233;es &#224; leur animal pour le loisir, et ainsi contribuer &#224; la lutte contre l'abandon en diminuant l'offre de chiots et chatons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, une d&#233;rogation sera possible pour les personnes produisant des animaux inscrits aux livres g&#233;n&#233;alogiques, dans la limite d'une port&#233;e par an par foyer fiscal. En lieu et place d'un num&#233;ro SIREN, ils se verront attribuer un num&#233;ro de port&#233;e par les livres g&#233;n&#233;alogiques !&lt;br class='autobr' /&gt;
Les avantages de cette ordonnance : &lt;br class='autobr' /&gt;
1 L'objectif est de dissuader les particuliers de faire reproduire de mani&#232;re irr&#233;fl&#233;chie des chiens et des chats pour se faire un compl&#233;ment de revenu non d&#233;clar&#233; (ou comment r&#233;cup&#233;rer encore un peu de pognon).&lt;br class='autobr' /&gt;
2 L'avantage pour les consommateurs, c'est qu'ils seront assur&#233;s que les installations qui h&#233;bergent les animaux sont conformes &#224; la r&#233;glementation et que les animaux sont d&#233;tenus dans des conditions conformes &#224; leurs imp&#233;ratifs biologiques (en quoi les animaux qui se reproduisent dans un &#233;levage sont plus heureux que ceux qui reproduisent chez un particulier ? Nombre d'&#233;levages d&#233;clar&#233;s avec autorisation ne sont jamais visit&#233;s par les services v&#233;t&#233;rinaires).&lt;br class='autobr' /&gt;
3 - Moins d'animaux disponibles par petites annonces donc moins d'abandons (moins d'abandons de chien sans pedigrees surtout).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pourrions aussi parler de l'industrie v&#233;t&#233;rinaire, culpabilisant au maximum les propri&#233;taires d'animaux : pression pour la st&#233;rilisation, pour les vaccins, les op&#233;rations en tous genres, l'acte d'euthanasie qui au passage n'est pas autoris&#233; dans tous les pays, du march&#233; fun&#233;raire, de la cosm&#233;tologie, de la mode&#8230;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voulons des animaux de compagnie beaux, propres, ob&#233;issants, fid&#232;les, qui nous aiment sans d&#233;tours. Une parfaite image de nous, ce que nous voulons montrer au monde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le chien est vecteur d'une image pour son maitre. En ayant telle ou telle race on montre quelque chose de nous. C'est d'ailleurs ce qu'ont compris certains chefs d'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_323 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture23.png' width='480' height='752' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Vladimir Poutine&lt;br class='autobr' /&gt;
Koni, un labrador noir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_324 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture24.png' width='500' height='667' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Jacques Chirac&lt;br class='autobr' /&gt;
Sumo, un petit bichon maltais. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_325 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture25.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture25.png' width='500' height='917' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bill Clinton, &lt;br class='autobr' /&gt;
Buddy labradors chocolat, et Socks un chat.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_326 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture26.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture26.png' width='500' height='981' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;George Bush&lt;br class='autobr' /&gt;
Barney (dans les bras de George Bush) et Miss Beazly, deux scottish terrier. India, un chat &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_327 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture27.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture27.png' width='500' height='1065' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Val&#233;ry Giscard d'Estaing, &lt;br class='autobr' /&gt;
Jugurtha, un braque de Weimar.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_328 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture28.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture28.png' width='500' height='936' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Depuis 50 ans, tous les pr&#233;sidents fran&#231;ais ont eu un chien &#224; l'Elys&#233;e Emmanuel Macron a adopt&#233;, un crois&#233; labrador. Baptis&#233; Nemo. Ce qui est &#233;trange c'est qu'il il avait d&#233;j&#224; un chien personnel Figaro un dogue argentin qu'il a confi&#233; depuis, la race ne repr&#233;sentait s&#251;rement pas ce qu'il voulait montrer ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_329 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture29.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture29.png' width='500' height='743' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Bo, le chien d'eau portugais, de Barack Obama&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je cherchais quelle race de chien ou de chat avait choisi Donald Trump , mais il semble que ce soit aussi le seul pr&#233;sident des Etats-Uunis qui n'ait pas continu&#233; la tradition des chiens &#224; la maison blanche, donc je souhaitais quand m&#234;me l'illustrer par quelques photos :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_330 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture30.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture30.png' width='500' height='732' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;allez encore une :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_331 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture31.png' width='500' height='639' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;et une derni&#232;re ma pr&#233;f&#233;r&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_332 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture32.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/capture32.png' width='500' height='735' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;UN AUTRE REGARD , un changement bient&#244;t ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon Jean-Pierre Digard dans son livre &lt;i&gt;La plus belle histoire des animaux&lt;/i&gt;, je cite :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pendant longtemps encore l'homme et l'animal entretiendront des rapports multiples, diff&#233;rents d'une culture &#224; une autre, pour le meilleur et pour le pire&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'animal va s'opposer avec la technologie. Nous aurons certainement dans l'avenir moins besoin de l'exploiter (&#233;levage qui pollue trop, probl&#232;mes sanitaires prise de conscience de la consommation de viande, avanc&#233;e de la recherche en laboratoire pour ne plus faire de recherche directement sur des animaux).&lt;br class='autobr' /&gt;
Attention cependant &#224; la prise de contr&#244;le des politiques sur la possibilit&#233; d'avoir des animaux de compagnie (permis, st&#233;rilisation, testa ADN obligatoire, permis et autorisation de possession)&lt;br class='autobr' /&gt;
Et en fait sur quels crit&#232;res et qui devront d&#233;cider quelle esp&#232;ce nous pouvons faire l'&#233;levage ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et dans quelles conditions ?&lt;br class='autobr' /&gt; Pour info depuis avril 2017 Taiwan est le premier pays asiatique &#224; interdire la consommation de viande de chien et de chat. Pourquoi uniquement que les chiens ou les chats ? et les poulets cochons&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut aussi se demander quel est le devenir de certaines esp&#232;ces qui ne nous serviraient plus ? Vaches cochons volaille&#8230;.elles pourraient disparaitre ou se retrouver aussi au zoo, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Po&#233;sies :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un chien&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean L'Anselme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un chien mourait doucement&lt;br class='autobr' /&gt;
Son regard ne parlait de rien d'autre&lt;br class='autobr' /&gt;
Que d'une chose infinie, incompr&#233;hensible&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme une m&#233;lancolie&lt;br class='autobr' /&gt;
On le soigna pour les reins et pour le foie&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour les poumons et pour l'intestin&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour les pieds et pour la t&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
Et on lui op&#233;ra m&#234;me le regard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sut trop tard qu'il attendait son ma&#238;tre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil homme et le chien&lt;br class='autobr' /&gt;
Daniel Boy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transparent au regard des passants trop press&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
Un vieil homme est assis, transi et affam&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous un porche &#224; l'abri des frimas de janvier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il implore un sourire, une pi&#232;ce de monnaie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Passe un chien dans la rue, un chien de pedigree,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une voiture suit, heurte le canid&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussit&#244;t extirp&#233;s de leurs logis douillets&lt;br class='autobr' /&gt;
Accourent de partout des bourgeois empress&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Ne le laissez pas l&#224;, amenez-le chez moi&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai une couverture afin qu'il n'ait pas froid !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques instants apr&#232;s, l'animal est pans&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Dorlott&#233;, r&#233;chauff&#233;, maintes fois caress&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au dehors dans la rue le silence est tomb&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le monde est rentr&#233;, a ferm&#233; ses volets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous son porche &#224; l'abri des frimas de janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vieil homme soudain s'est mis &#224; aboyer&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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