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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Un trait&#233; de d&#233;sertion &#224; l'usage de toutes les g&#233;n&#233;rations</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>



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&lt;p&gt;La premi&#232;re chose qui frappe &#224; la lecture de ce livre est la qualit&#233; de son &#233;rudition. &#192; chaque page, on s'y instruit, &#224; propos de la litt&#233;rature du d&#233;sastre dans l'Italie de la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle (en premier lieu, pas exclusivement), des figures et parcours de la d&#233;fection, du paysage de la d&#233;sertion dans cette topographie. On n'est pas instruit, au sens d'&#233;difi&#233; ou mis en condition &#8211; mais bien &#233;clair&#233; &#8211; heureusement et joyeusement, car conduit sur des chemins que, pour beaucoup, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_954 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/screenshot_2026-01-09_at_12.26.15.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/screenshot_2026-01-09_at_12.26.15.png' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;La premi&#232;re chose qui frappe &#224; la lecture de ce livre est la qualit&#233; de son &#233;rudition. &#192; chaque page, on s'y instruit, &#224; propos de la litt&#233;rature du d&#233;sastre dans l'Italie de la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle (en premier lieu, pas exclusivement), des figures et parcours de la d&#233;fection, du paysage de la d&#233;sertion dans cette topographie. On n'est pas instruit, au sens d'&#233;difi&#233; ou mis en condition &#8211; mais bien &lt;i&gt;&#233;clair&#233;&lt;/i&gt; &#8211; heureusement et joyeusement, car conduit sur des chemins que, pour beaucoup, l'on avait jusqu'alors n&#233;glig&#233; d'explorer jusqu'au bout. Ainsi, au hasard du souvenir : &#224; propos de la rencontre entre Joyce et Svevo &#224; Trieste, du d&#233;sastre militaire de Caporetto (&#224; la fois lieu et milieu de m&#233;moire), de la technophobie de Pirandello, de la stature de penseur d'Emilio Lussu dont on ne connaissait que le manuel d'insurrection, de l'admirable parcours de Francesco Misiano, d&#233;serteur, t&#233;moin et acteur des grandes gr&#232;ves de Turin et de la r&#233;volution spartakiste &#224; Berlin, militant socialiste allergique au social-patriotisme, producteur de films en Union sovi&#233;tique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formidable et scrupuleuse &#233;rudition qui se d&#233;ploie tout au long de ce livre de plus de 400 pages rend le lecteur sensible &#224; l'endurance du chercheur qui y a consacr&#233; son temps et son &#233;nergie &#8211; ceci &#224; l'heure o&#249; les t&#234;tes de gondole s'encombrent de simili-essais et autres manifestes r&#233;dig&#233;s par des auteurs press&#233;s, en qu&#234;te d'une place au soleil. &#192; l'&#233;vidence, cette &lt;i&gt;cartographie litt&#233;raire et artistique&lt;/i&gt; de la Grande guerre envisag&#233;e sous le prisme italien r&#233;sulte d'une recherche de longue haleine, d'une m&#233;ditation soutenue sur le motif qui en constitue le pivot &#8211; la d&#233;sertion et tous les gestes qui s'y associent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'en tenir &#224; cela, cependant, ne rendrait pas justice &#224; la port&#233;e r&#233;elle de ce livre. C'est qu'il s'agit bien de tout sauf d'une monographie en forme de compilation ou d'inventaire des motifs et conduites d&#233;fectifs se relevant dans l'espace italien, &#171; autour &#187; de la Grande Guerre. Son inspiration et sa m&#233;thode ne sont pas cumulatifs mais analytiques et critiques, dans la perspective non pas d'une visite guid&#233;e d'une s&#233;quence pass&#233;e, aussi dramatique et incandescente soit-elle, mais bien d'une ontologie du pr&#233;sent historique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luca Salza voit &#233;merger dans le creuset (ou plut&#244;t le crat&#232;re) de la Premi&#232;re guerre mondiale un leitmotiv discursif &#8211; celui de la d&#233;sertion, dans toutes ses dimensions, et dont le propre est d'&#234;tre signe d'histoire (Lyotard), de se pr&#233;senter et circuler non pas sur un mode compact ou molaire, mais de prendre consistance dans un infini champ de dispersion. C'est donc dans une perspective g&#233;n&#233;alogique et non pas antiquaire que l'auteur revient sur les lieux de la catastrophe inaugurale : il y identifie, y topographie tous les &#233;l&#233;ments, les signes, les traces qui nous conduisent &#224; statuer, aujourd'hui, sur &lt;i&gt;l'actualit&#233; de la d&#233;sertion&lt;/i&gt;, sur la pers&#233;v&#233;rance et le renouvellement des gestes d&#233;fectifs ; et surtout, sur la question ent&#234;tante de savoir ce que pourrait &#234;tre pour nous, comme elle fut pour ceux qui ne pli&#232;rent pas devant l'Union sacr&#233;e, dans tous les pays engag&#233;s dans la guerre, entre 1914 et 1918, une politique de la d&#233;fection conduite &#224; son terme, assumant toutes ses cons&#233;quences. En ce sens, ce livre est bien une sorte de manuel, mais nullement dans le sens scolaire du terme, plut&#244;t entendu comme &lt;i&gt;vademecum&lt;/i&gt; : un livre qui, m&#234;me s'il est trop &#233;pais pour tenir dans une poche, a pour vocation de nous accompagner dans nos efforts constants pour ne pas nous rallier aux &#233;vidences du jour, pour inventer nos propres lignes de fuite et (pour ceux qui sont engag&#233;s dans les travaux d'&#233;criture, quelle qu'en soit la forme) ne pas devenir des &#171; coolies de la plume &#187; (L&#233;nine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e force qui soutient l'ensemble de l'ouvrage, agenc&#233; autour de &#171; cartes &#187;, au sens topographique du terme (mais qui sont tout aussi bien des messages ou de br&#232;ves missives illustr&#233;es, &#224; nous adress&#233;es par les t&#233;moins de cette fin du monde que constitue la Premi&#232;re guerre mondiale) est clairement expos&#233;e d&#232;s les premi&#232;res pages de &lt;i&gt;La d&#233;sertion&lt;/i&gt;. La Grande Guerre, comme &#233;v&#233;nement cataclysmique, ne repr&#233;sente une coupure dans le cours des choses que pour autant qu'elle est l'expression, c'est-&#224;-dire le moment o&#249; il devient pleinement visible, du r&#233;gime d'Histoire qu'instaure la modernit&#233; europ&#233;enne. Sous ce r&#233;gime, la destruction est l'ombre port&#233;e de la production et la catastrophe celle du progr&#232;s. En ce sens, la Grande Guerre est davantage un r&#233;v&#233;lateur qu'une coupure ou une b&#233;ance &#224; proprement parler &#8211; &#171; La Grande Guerre est la d&#233;monstration sur le sol europ&#233;en des forces destructrices de la puissance industrielle cr&#233;&#233;e par l'homme &#187; - on serait tent&#233; ici de mettre en garde contre les g&#233;n&#233;ralit&#233;s de convenance (quel homme, Krupp ou le poilu lambda ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses pr&#233;misses, le livre insiste sur une approche de la modernit&#233;-comme-catastrophe r&#233;solument continuiste &#8211; la catastrophe ou le d&#233;sastre est, fondamentalement &lt;i&gt;un proc&#232;s&lt;/i&gt;, ce qui ne va pas sans susciter un peu d'inconfort conceptuel, pour autant que la catastrophe est toujours suppos&#233;e survenir et donc avoir partie li&#233;e avec la discontinuit&#233; entendue dans un sens plus ou moins radical. D'ailleurs, dans la suite du livre, en de nombreuses occurrences, la perspective discontinuiste retrouve ses droits d&#232;s lors que les scansions et les effets tangibles de la guerre, ses p&#233;rip&#233;ties et ses paysages, ses interactions avec l'&#233;v&#233;nement r&#233;volutionnaire sont mis en examen - via des &#339;uvres, des textes, des protagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;serve que m'inspire l'approche surplombante et processuelle de la modernit&#233; comme catastrophe globale telle que promue par l'auteur dans la premi&#232;re partie du livre est la suivante : elle ne fait au fond que retourner comme un gant le discours et l'id&#233;ologie progressiste et le mirage productiviste promus, notamment par la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne au d&#233;but du XXe si&#232;cle, puis le communisme &#233;tatis&#233; sous sa forme sovi&#233;tique. Mais ce geste est expos&#233; au danger du mim&#233;tisme : il tombe dans le m&#234;me travers que ce &#224; quoi il s'oppose &#8211; la lin&#233;arit&#233;, la compacit&#233;. Or, ce que l'Histoire du XXe si&#232;cle nous met au d&#233;fi de penser, ce sont les discontinuit&#233;s, les ruptures, les singularit&#233;s plac&#233;es sous le signe du progr&#232;s-catastrophe. L'&#233;v&#233;nement ne peut pas &#234;tre pens&#233; simplement comme la pure et simple accumulation des ruines, jour apr&#232;s jour, pour faire r&#233;f&#233;rence &#224; une formule benjaminienne un peu trop ressass&#233;e ; ce processus n'est pas calqu&#233; sur le mod&#232;le de la pluie qui tombe sans r&#233;pit sur un village breton, il y a toujours un ici et un maintenant de la formation des ruines, ce qui permet de donner un nom, singulier, &#224; chaque catastrophe, &#224; chaque &#233;v&#233;nement associ&#233; au d&#233;sastre &#8211; ceci de Verdun &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute que la catastrophe est &#171; en marche &#187; d&#232;s lors (pour revenir &#224; notre sujet) que des &#201;tats commencent &#224; produire &#224; la cha&#238;ne des canons, des obus, des mines, des mitrailleuses, etc. Mais il n'en demeure pas moins que c'est au moment o&#249; ces moyens de mort entrent en action, sur les champs de bataille, inaugurant le temps de la mise &#224; mort industrielle, que se produit vraiment (en acte) l'explosion qui fait &#233;v&#233;nement &#8211; chacun de ses emplacements portant un nom propre portant la marque du sans pr&#233;c&#233;dent, de l'irrepr&#233;sentable, de la c&#233;sure, plac&#233; sous le signe de la suffocation des acteurs et t&#233;moins &#8211; Chemin-des-Dames, Caporetto, Verdun, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment ce que restitue la cartographie &#233;tablie par Salza, alliant avec bonheur qualit&#233; de l'information et pertinence analytique, dans les diff&#233;rentes cartes qui constituent le corps et le c&#339;ur de son livre &#8211; Trieste, entre Svevo et Joyce, Asagio (les massacres entre Italiens et Autrichiens sur l'Altipiano), Turin, entre guerre et r&#233;volution, Caporetto (ou le d&#233;sastre ineffa&#231;able)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On serait parfois, rarement, tent&#233; d'&#233;mettre quelques r&#233;serves &#224; propos de la fa&#231;on dont l'auteur (in&#233;vitable dans ce genre d'essai) est port&#233; &#224; &#233;pouser le point de vue ou se couler dans le discours des auteurs qu'il mobilise. Un exemple saillant en est l'allant avec lequel il semble &#233;pouser le parti technophobe r&#233;solument simplificateur de Pirandello, port&#233; &#224; mettre sur le dos de &#171; la technique &#187; (dont le propre serait, en g&#233;n&#233;ral, d'&#171; humilier l'homme &#187;...) le funeste changement de destin dont la Grande Guerre serait la manifestation, en grandeur nature. Mais l'impr&#233;cision dans l'emploi du mot &#171; technique &#187; conduit ici &#224; des approximations. Ce n'est pas &#171; la technique &#187; en g&#233;n&#233;ral qui produit la bifurcation fatale qui se produit avec l'apocalypse de 1914-18, mais bien cette forme toute particuli&#232;re de technicisation &#8211; notamment de motorisation et, comme dirait Marinetti, de &#171; m&#233;tallisation &#187; des sujets humains dont l'effet est de d&#233;cupler leurs puissances dans une mesure sans proportion avec tout ce que peuvent concevoir les plus audacieux de leurs calculs rationnels d'int&#233;r&#234;t et les plus visionnaires des anticipations sur les effets de leur actions. Pour le reste, dans toutes les soci&#233;t&#233;s et cultures humaines, les gestes accomplis par les vivants sont indissociables de techniques, toutes sortes de techniques, des plus simples aux plus complexes. Si &#171; l'homme est &#233;cras&#233; par les machines &#187;, formule au demeurant un peu trop convenue, ce ne sont pas les machines qui sont coupables mais bien les principes qui les animent, les dispositifs et agencements dans lesquels elles entrent &#8211; lesquels sont int&#233;gralement humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technophobie en g&#233;n&#233;ral n'est pas un rem&#232;de aux maux dont souffrent les soci&#233;t&#233;s dont le productivisme est le dernier mot et l'horizon, donc, la production-comme-destruction &#8211; la guerre, entre autres. Ce ne sont pas les machines qui sont folles, ce sont les addicts au productivisme et &#224; l'innovation t&#234;te baiss&#233;e qui le sont et la civilisation (le culte et le f&#233;tichisme) de l'automobile est dans les t&#234;tes et les rapports sociaux bien davantage que dans la bagnole elle-m&#234;me comme machine ou objet hypertechnologique. La technophobie &#224; la Pirandello (ou &#224; la Heidegger) a g&#233;n&#233;ralement pour corolaire la nostalgie des mondes anciens qui n'ajoute pas beaucoup &#224; la clairvoyance de ceux qui y succombent &#8211; comme Heidegger eut son idylle avec le F&#252;hrer, Pirandello eut sa lune de miel avec le Duce...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce propos, d'ailleurs (soit dit en passant, car ce n'est pas d'une importance vitale), j'ai parfois trouv&#233; &#224; la lecture que Salza ne respectait pas suffisamment les &#171; gestes barri&#232;re(s) &#187; lorsqu'il mobilise (&#224; bon escient pour son sujet) des auteurs dont des n&#233;cessit&#233;s imp&#233;rieuses nous portent, au reste, &#224; nous s&#233;parer. Cela me para&#238;t relever d'une prophylaxie &#233;l&#233;mentaire, lorsqu'on fait recours &#224; C&#233;line ou analyse un texte de Malaparte, de trouver ne f&#251;t-ce qu'un instant pour rappeler que ces auteurs sont, pour le reste, &lt;i&gt;infr&#233;quentables&lt;/i&gt;, pour des raisons que l'on peut prendre le temps de rappeler ou pas, mais qui, en tout cas, &lt;i&gt;ne se discutent pas&lt;/i&gt;, l'immunit&#233; litt&#233;raire n'existant pas en la mati&#232;re. Dans le m&#234;me sens, ne pas mentionner l'all&#233;geance fait par Pirandello au r&#233;gime fasciste, m&#234;me en peu de mots, me para&#238;t regrettable ou, tout aussi bien, celle de Peter Handke &#224; Milosevic. Ce n'est pas, ici, de la police de la pens&#233;e, mais de l'hygi&#232;ne mentale, le simple rappel du fait que les taches de sang intellectuel ind&#233;l&#233;biles, &lt;i&gt;&#231;a existe&lt;/i&gt;, quel que soit le renom des auteurs concern&#233;s ou la pertinence pour un sujet donn&#233;, de tel ou tel de leurs textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un motif central de l'essai de Salza est : &lt;i&gt;qu'est-ce que la Grande Guerre fait &#224; la langue&lt;/i&gt; et, plus pr&#233;cis&#233;ment, &#224; la litt&#233;rature ? La r&#233;ponse est qu'&#224; l'&#233;gal de bien d'autres &#233;l&#233;ments de la tradition, ce d&#233;sastre est le tombeau d'un certain r&#233;gime ou d'une certaine forme de litt&#233;rature (celle qui &#233;met des pr&#233;tentions &#224; une repr&#233;sentation r&#233;aliste du r&#233;el ou du sensible), et, pour ce qui est de la langue, une mise &#224; l'&#233;preuve totale o&#249; l'on voit voler en &#233;clat son approche &#171; purement v&#233;hiculaire &#187; &#8211; la langue comme moyen de communication. En bref, ce qui &#224; la fois survit au d&#233;sastre et prend corps dans le creuset de celui-ci, c'est une &lt;i&gt;&#233;criture du d&#233;sastre&lt;/i&gt;. Ici, la membrane qui s&#233;pare la litt&#233;rature de l'&#233;criture n'a jamais &#233;t&#233; aussi &#233;paisse &#8211; tout en demeurant, bien s&#251;r, comme toute membrane, poreuse. La Grande Guerre est le crat&#232;re dans lequel s'ab&#238;me la repr&#233;sentation, ce que montre minutieusement Salza en se mettant &#224; l'&#233;coute de ses auteurs &#8211; Joyce, Svevo, Gramsci (et bien d'autres, moins connus), en soulignant le caract&#232;re transversal de cette crise, du domaine des arts &#224; celui de la politique, en passant par les formes de vie, dans toute leur diversit&#233; et leur extension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait regretter toutefois le fait que l'auteur, exposant brillamment la fa&#231;on dont le processus de destitution de la repr&#233;sentation se produit de fa&#231;on irr&#233;versible dans le domaine de l'art et de la culture, ne survit pas, dans la dimension politique, &#224; la vague r&#233;volutionnaire des ann&#233;es 1920, dans l'espace europ&#233;en. C'est &#224; tr&#232;s bon escient que Salza, suivant en cela autant Gramsci que L&#233;nine, insiste sur le fait que la d&#233;mocratie lib&#233;rale, &#224; l'&#233;gal du roman bourgeois (&#171; r&#233;aliste &#187;) est morte dans les tranch&#233;es de la Premi&#232;re guerre mondiale ; ce n'est pas seulement la II&#232;me Internationale qui a fait faillite en ao&#251;t 1914, c'est la l&#233;gitimit&#233; m&#234;me de la d&#233;mocratie de repr&#233;sentation qui se volatilise d&#232;s les que les suppos&#233;s repr&#233;sentants (les gouvernants) des pays dans lesquels est &#233;tabli le suffrage universel ont pris sans &#233;tat d'&#226;me la d&#233;cision d'envoyer les suppos&#233;s repr&#233;sent&#233;s (les gouvern&#233;s) &#224; la boucherie, en troupeau. Or, ce qui caract&#233;rise l'entre-deux-guerres europ&#233;en (ceci en d&#233;pit de l'apparition de l'&#201;tat ouvrier en Russie, de la mont&#233;e des fascismes en Italie et en Allemagne, de l'existence un peu partout de puissants courants antid&#233;mocratiques), c'est cela m&#234;me : que la fiction repr&#233;sentative, en politique, dans sa version r&#233;publicaine ou monarchiste constitutionnelle, r&#233;siste au chaos engendr&#233; par la guerre et restaure suffisamment son autorit&#233; pour constituer, face &#224; la mont&#233;e notamment des mouvements totalitaires, quelque chose comme &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; r&#233;f&#233;rence civilis&#233;e, humaniste, h&#233;riti&#232;re des Lumi&#232;res europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &lt;i&gt;restauration&lt;/i&gt; est la condition de l'&#233;mergence du discours pseudo-&#233;mancipateur de la lutte &#224; mort de la civilisation d&#233;mocratique contre la barbarie fasciste, au temps de la Seconde guerre mondiale, ceci au prix, notamment, de l'oubli de l'arri&#232;re-plan colonial de la fiction d&#233;mocratique &#8211; l&#224; o&#249;, de &#171; repr&#233;sentation &#187;, il n'est gu&#232;re question. Cette restauration balise encore le champ dans lequel nous continuons &#224; peiner &#224; nous &#233;manciper des faux-semblants d'une institution symbolique de la politique dont la matrice demeure, envers et contre tout, la fiction toujours plus d&#233;charn&#233;e et inconsistante de la repr&#233;sentation. Nous d&#233;faire (faire d&#233;fection) jusqu'au bout d'avec cette &lt;i&gt;illusion&lt;/i&gt; (au sens que Freud donne &#224; ce mot dans un de ses titres c&#233;l&#232;bres), c'est l&#224; une des t&#226;ches &lt;i&gt;vitales&lt;/i&gt; que nous n'en avons jamais fini de conduire. Bien s&#251;r, dans l'espace italien, la perception de la relation qui s'&#233;tablit entre cette restauration de la d&#233;mocratie lib&#233;rale et la perp&#233;tuation de la catastrophe a &#233;t&#233; retard&#233;e par l'interminable s&#233;quence du fascisme. Cette restauration a m&#234;me pu y emprunter, comme dans la plupart des pays de l'Europe occidentale, les traits du r&#233;tablissement des droits de la Raison dans l'Histoire. On sait aujourd'hui, &#224; voir l'&#233;tat de la d&#233;mocratie italienne, ce qu'il en est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tr&#232;s stimulant chapitre du livre soutient avec force une th&#232;se (politique) dont la port&#233;e s'&#233;tend &#224; notre actualit&#233;, toujours plus massivement surplomb&#233;e par les menaces de guerre : &#171; la guerre n'est plus r&#233;volutionnaire &#187;, en d'autres termes, l'op&#233;ration strat&#233;gique pr&#244;n&#233;e par L&#233;nine, Liebknecht et autres, consistant &#224; &#171; transformer la guerre imp&#233;rialiste en guerre civile &#187; est &#224; ranger au rayon des antiquit&#233;s &#8211; ceci en raison, notamment de l'extr&#234;me technologisation des guerres contemporaines qui rend(rait) vaine toute intervention des masses susceptible d'en infl&#233;chir le cours en s'emparant des armes de l'ennemi (de classe) et en les retournant contre lui. Ainsi, &#171; Aucun armement invent&#233; au XXe si&#232;cle ne semble pouvoir &#234;tre utilis&#233; dans un horizon de lib&#233;ration politique, sociale, culturelle, existentielle (&#8230;) La mitrailleuse, en v&#233;rit&#233;, guette, pour l'arr&#234;ter, tout &#233;lan vers l'esp&#233;rance. C'est une d&#233;couverte d&#233;concertante pour un r&#233;volt&#233; &#187; (p. 335-37). Ou bien encore, comme le dit l'&#233;crivain et po&#232;te italien, Franco Fortini, dont Salza &#233;pouse la conviction : &#171; L'exp&#233;rience du si&#232;cle prouve que la transformation l&#233;niniste de la guerre imp&#233;rialiste en guerre civile n'est concevable qu'en dessous d'un certain niveau de technologie de l'armement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se me laisse, pour le moins, ind&#233;cis. Sur le plan rigoureusement historique, d'abord, on ne peut pas dire que c'est la Premi&#232;re guerre mondiale (entendue comme premi&#232;re guerre massivement industrielle) qui a rendu impossible cette op&#233;ration, puisque la R&#233;volution russe d&#233;montre le contraire. La Seconde guerre mondiale et les luttes de d&#233;colonisation (par exemple en Asie du Sud-Est, au Vietnam ou en Indon&#233;sie) ne corroborent pas non plus cette suppos&#233;e r&#232;gle d'airain. En Yougoslavie, en Albanie, la guerre imp&#233;rialiste (l'occupation italienne et allemande) a bien d&#233;bouch&#233; sur une guerre civile encha&#238;nant elle-m&#234;me sur l'&#233;tablissement d'une sorte de dictature du prol&#233;tariat accompagn&#233;e d'une forte mobilisation des masses populaires. Les armes, dans ces configurations, ont bien &#233;t&#233;, pour une part, retourn&#233;e contre les oppresseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'aujourd'hui, comme tendent &#224; le montrer toutes les guerres de reconqu&#234;te conduites comme des op&#233;rations de police dans un contexte de guerre civile mondiale (&#171; d&#233;mocratie &#187; vs &#171; terrorisme &#187;), les dispositifs technologiques guerriers les plus efficaces semblent se situer hors de port&#233;e de toute esp&#232;ce de mobilisation des masses, de quelque &#171; mouvement d'en-bas &#187; que ce soit. Ce sont des guerres, dit-on, dont les op&#233;rateurs se tiennent bien au chaud dans des bureaux, &#224; des milliers de kilom&#232;tres du th&#233;&#226;tre des op&#233;rations, exp&#233;diant des armadas de drones ou tirant des salves de missiles depuis un ordinateur, les pieds sur le bureau, le gobelet de Coca &#224; port&#233;e de main...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les choses sont-elles aussi &#233;videntes que tend &#224; l'accr&#233;diter cette image d'Epinal ? Comme le montrent toutes les guerres du pr&#233;sent dans lesquelles les drones jouent un r&#244;le d&#233;cisif, on a l&#224; l'exemple d'une technologie de guerre qui, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre &#224; la port&#233;e de tous, peut &#234;tre le recours de la partie la plus d&#233;favoris&#233;e &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt;, y compris dans le cas de guerres tr&#232;s ouvertement asym&#233;triques (au Yemen, les Houtis ne s'en tirent pas trop mal). Ce ne sont pas les caract&#233;ristiques techniques des armes ni la technologie des armements qui d&#233;terminent leur praticabilit&#233; (ou non) dans un horizon d'&#233;mancipation mais bien plut&#244;t, encore et toujours, &lt;i&gt;la politique&lt;/i&gt;. Plus les armes sont sophistiqu&#233;es, bourr&#233;es de technologie, plus ce sont des saloperies, la cause est entendue. Mais s'il se trouvait que la r&#233;sistance palestinienne, &#224; Gaza ou en Cisjordanie, voire ailleurs, dispose d'un niveau d'armement un peu plus efficient que ce qu'elle est en &#233;tat aujourd'hui de mettre en &#339;uvre, les peuples du monde, la pl&#232;be mondiale ne s'en d&#233;soleraient gu&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la r&#233;sistance palestinienne, quoi qu'on puisse en dire, n'est pas cantonn&#233;e dans l'horizon d'une lutte de lib&#233;ration &lt;i&gt;nationale&lt;/i&gt;, elle est bien, encore et toujours, dot&#233;e de virtualit&#233;s &lt;i&gt;r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt;, m&#234;me si celles-ci, dans les conditions actuelles, sont enfouies sous l'&#233;pais manteau de cendres de l'occupation isra&#233;lienne. La pers&#233;v&#233;rance avec laquelle la Sainte-Alliance occidentale soutient le statu quo fond&#233; sur cette conqu&#234;te indique suffisamment que les vicaires de l'h&#233;g&#233;monie n'ignorent rien de cette virtualit&#233; &#8211; non pas seulement pour la Palestine &#8211; pour tout le Proche-Orient et, au-del&#224;, le Sud global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le complexe militaro-industriel, dans les m&#233;tropoles imp&#233;rialistes du Nord global, implique toujours davantage de civils qui, certes, pour beaucoup, ne sont plus des &#171; travailleurs &#187; dans le sens classique du terme, mais dont les dispositions, en cas de guerre, n'en sont pas moins susceptibles de varier et de se dissocier de la suppos&#233;e Raison d'&#201;tat et des rigueurs de la mobilisation totale. On en a eu la pr&#233;figuration lorsque des dockers se sont, dans le contexte du g&#233;nocide perp&#233;tr&#233; &#224; Gaza, oppos&#233;s &#224; l'embarquement d'&#233;quipements militaires destin&#233;es &#224; Isra&#235;l. En bref, donc, il ne faut jamais insulter l'avenir en consid&#233;rant que l'accumulation des dispositifs techniques, la sophistication sans cesse accrue des armements et moyens de destruction constitueraient d&#233;sormais un obstacle insurmontable &#224; la formation d'un peuple-du-soul&#232;vement ou d'un peuple-de-la-r&#233;volution. Qui sait ? Pourquoi les drones ne changeraient-ils pas de camp, en partie du moins ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on comprend bien o&#249; l'auteur veut en venir, en occupant sur cette question peupl&#233;e d'incertitudes une position aussi tranch&#233;e : c'est qu'il consid&#232;re qu'il n'est &lt;i&gt;pas d'alternative &#224; la d&#233;sertion&lt;/i&gt;, ni politiquement, ni existentiellement (ou &#233;thiquement). M&#234;me si la d&#233;sertion ne constitue pas &#224; proprement parler une conduite politique (le d&#233;serteur &#171; ne se situe pas dans l'ar&#232;ne de la politique &#187;), elle constitue aujourd'hui le paradigme surplombant toute d&#233;termination &#224; rompre avec ce qui ne se d&#233;signe comme &#171; ordre existant &#187;, n'&#233;tant en v&#233;rit&#233; qu'un chaos des/organis&#233;. La ligne de force que dessine la d&#233;sertion est, bien s&#251;r, une ligne de fuite et celle-ci a pour horizon la destitution de la politique dans toutes ses formes recevables dans l'&#233;tat pr&#233;sent des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aporie qui surgit ici est double : d'une part, comme le souligne Salza, la d&#233;sertion est, dans son principe m&#234;me, individuelle, d'autre part, corr&#233;lativement, elle s'oppose &#224; toute notion d'une &lt;i&gt;composition de force&lt;/i&gt;. Elle est constamment centrifuge, elle tend vers la dispersion et la disparition, l'effacement des traces, jamais vers la naissance d'une force se destinant &#224; affronter les puissances tourn&#233;es vers la production du chaos et de la mort. Ne lui reste donc que le recours &#224; la production de gestes plus ou moins embl&#233;matiques, que la disposition de traces &#233;parses &#8211; et c'est alors l'art, un art &#233;mancip&#233; de la repr&#233;sentation, non figuratif, non r&#233;aliste, tourn&#233; vers la consignation du d&#233;sastre, qui est alors appel&#233; &#224; prendre le relais de la politique. Cet art mineur, n&#233;cessairement mineur, souvent vou&#233; au chuchotement et &#224; la suffocation, se tenant au bord du silence (Kafka, Bruno Schulz, Paul Celan...) devient le refuge h&#233;t&#233;rotopique o&#249; survit la tradition des vaincus. Salza extrait du &lt;i&gt;Voyage au bout de la nuit&lt;/i&gt; du pas-encore-nazi C&#233;line, cette phrase &#224; laquelle il n'est pas loin d'accorder une valeur de manifeste : &#171; Dans une histoire pareille, il n'y a rien &#224; faire, il n'y a qu'&#224; foutre le camp &#187;. Ici, la messe semble dite et la tentation du repli, voire du silence appara&#238;t l'avoir emport&#233; sans appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais non&lt;/i&gt; : un peu plus loin, l'auteur se reprend, &#233;voquant la possibilit&#233; maintenue de &#171; produire des br&#232;ches dans les cartes officielles, d'o&#249; pourront na&#238;tre certaines formes d'existence &#187; &#8211; ceci dans le plus pur style &#171; appelliste &#187; &#224; la Julien Coupat... Et de faire l'&#233;loge de Guernica, blason du n&#233;o-pompi&#233;risme pacifiste et antifasciste interclassiste comme &#171; petite lueur surgie des t&#233;n&#232;bres &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce pas-de-deux que s'ach&#232;ve le livre. D'un c&#244;t&#233; : &#171; il est d&#233;j&#224; trop tard, il ne reste plus que la po&#233;sie &#187;. Et de l'autre : fuir, nomadiser pour ne pas se laisser rattraper par la guerre, redonner ses droits au principe de plaisir, &#224; la puissance de la vie &#8211; Nietzsche, Freud, boost&#233;s par Picasso, Hemingway et tous les autres qui peuvent se lire &#224; la lueur de la &#171; petite flamme &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment l'h&#233;sitation perp&#233;tuelle entre une position et l'autre, le point de bascule sur lequel s'&#233;crit ce livre qui en fait le prix. Le d&#233;serteur qui l'&#233;crit n'a pas encore tout &#224; fait renonc&#233; au monde, au combat et aux plaisirs de l'existence. Il ne nous dit pas si, appel&#233; sous les drapeaux &#224; l'&#226;ge o&#249; il aurait &#233;t&#233; convi&#233; &#224; faire son service militaire en temps de paix, il aurait d&#233;sert&#233;, se serait fait porter p&#226;le ou aurait rejoint son unit&#233; en attendant que &#231;a se passe... Il se tient en retrait, il &#233;pie le pr&#233;sent, diagnostique, s'indigne et se d&#233;sole. Mais pas au point, quand m&#234;me, d'aller rejoindre pr&#233;matur&#233;ment les morts, dans les catacombes de San Gennaro...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Brossat&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Vient de para&#238;tre - La d&#233;sertion. Une cartographie litteraire et artistique. Italie, Grande Guerre, par Luca Salza</title>
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&lt;p&gt;La Grande Guerre nous l&#232;gue l'image d'une catastrophe &#233;cologique, humaine et historique, et pourtant&#8230; Malgr&#233; la formidable brutalisation des conditions du conflit et l'industrialisation des massacres, des mouvements d'abandon de la guerre se sont produits. Voil&#224; la d&#233;sertion. &#171; D&#233;sertion &#187;, du latin &#171; desertare &#187;, d&#233;riv&#233; de &#171; desertus &#187;, participe pass&#233; de &#171; deserere &#187;, &#171; abandonner &#187;. Dans la mobilisation totale il n'y a pas de dehors, mais un faux mouvement, une bouff&#233;e d'irr&#233;gularit&#233;, une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Grande Guerre nous l&#232;gue l'image d'une catastrophe &#233;cologique, humaine et historique, et pourtant&#8230; Malgr&#233; la formidable brutalisation des conditions du conflit et l'industrialisation des massacres, des mouvements d'abandon de la guerre se sont produits. Voil&#224; la d&#233;sertion. &#171; D&#233;sertion &#187;, du latin &#171; desertare &#187;, d&#233;riv&#233; de &#171; desertus &#187;, participe pass&#233; de &#171; deserere &#187;, &#171; abandonner &#187;. Dans la mobilisation totale il n'y a pas de dehors, mais un faux mouvement, une bouff&#233;e d'irr&#233;gularit&#233;, une insoumission, une r&#234;verie ou une r&#233;volution poussent vers les odeurs et les paysages d'un d&#233;sert : un espace autre, pur, sans les cendres des obus. Ce livre arpente un territoire, l'Italie, dessine des cartes de ses lieux en r&#233;volte contre la guerre afin de laisser revoir cet espace. La cartographie reconstruit des lieux et des images du pass&#233; afin de percer la continuit&#233; de l'histoire, faite toujours de guerres et de domination. Cette histoire doit &#234;tre d&#233;sert&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Luca Salza&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.editionsmimesis.fr/catalogue/la-desertion/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La d&#233;sertion&lt;br class='autobr' /&gt;
Une cartographie litteraire et artistique. Italie, Grande Guerre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#201;ditions Mim&#233;sis&lt;br class='autobr' /&gt;
460 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
30,00&#8364;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionsmimesis.fr/wp-content/uploads/9788869764929.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Acc&#233;der au Sommaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Vient de para&#238;tre - Vertigo. L'obsession d'un g&#233;n&#233;rique, par Joachim Daniel Dupuis</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Toute conception du g&#233;n&#233;rique pose le probl&#232;me du commencement. Un g&#233;n&#233;rique fait-il partie du film &#224; proprement parler ? A-t-il seulement comme fonction de cr&#233;diter ? A-t-il en lui-m&#234;me un sens ? Ce livre n'est pourtant pas un livre sur les g&#233;n&#233;riques. Mais &#224; travers l'examen d'un seul g&#233;n&#233;rique &#8211; celui r&#233;alis&#233; pour Alfred Hitchcock en 1958, pour le film Vertigo &#8211;, le lecteur d&#233;couvrira la coh&#233;rence et la profondeur de l'art des g&#233;n&#233;riques de Saul Bass. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vertigo
&lt;br class='autobr' /&gt;
L'obsession d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Toute conception du g&#233;n&#233;rique pose le probl&#232;me du commencement. Un g&#233;n&#233;rique fait-il partie du film &#224; proprement parler ? A-t-il seulement comme fonction de cr&#233;diter ? A-t-il en lui-m&#234;me un sens ?
Ce livre n'est pourtant pas un livre sur les g&#233;n&#233;riques. Mais &#224; travers l'examen d'un seul g&#233;n&#233;rique &#8211; celui r&#233;alis&#233; pour Alfred Hitchcock en 1958, pour le film &lt;i&gt;Vertigo&lt;/i&gt; &#8211;, le lecteur d&#233;couvrira la coh&#233;rence et la profondeur de l'art des g&#233;n&#233;riques de Saul Bass. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/livre/vertigo/80256&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vertigo&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;L'obsession d'un g&#233;n&#233;rique&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
de &lt;i&gt;Joachim Daniel Dupuis&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Date de publication : 23/10/2025&lt;br class='autobr' /&gt;
Collection : &lt;a href=&#034;https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/collection/quelle-drole-depoque/159&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quelle dr&#244;le d'&#233;poque !&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
93 pages&lt;br class='autobr' /&gt;
Livre papier 12.00 &#8364;&lt;br class='autobr' /&gt;
Livre num&#233;rique 8.99 &#8364;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://liseuse.harmattan.fr/9782336555324&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire un extrait&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Vient de para&#238;tre - La fabrique du roman national-r&#233;publicain</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Qui sont les promoteurs du roman national ? Quels sont les mythes qui, hier et aujourd'hui encore, le soutiennent et structurent les repr&#233;sentations et les pratiques des &#233;lites dirigeantes, et celles de nombreux clercs devenus des scribes consciencieux ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
1870. Les troupes de Napol&#233;on III sont d&#233;faites par les arm&#233;es prussiennes ; la France perd l'Alsace et la Lorraine. 1871. Les &#171; Rouges &#187; triomphent &#224; Paris. Au terme d'une nouvelle guerre civile, la Commune est &#233;cras&#233;e. Autant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Qui sont les promoteurs du roman national ? Quels sont les mythes qui, hier et aujourd'hui encore, le soutiennent et structurent les repr&#233;sentations et les pratiques des &#233;lites dirigeantes, et celles de nombreux clercs devenus des scribes consciencieux ? &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1870. Les troupes de Napol&#233;on III sont d&#233;faites par les arm&#233;es prussiennes ; la France perd l'Alsace et la Lorraine. 1871. Les &#171; Rouges &#187; triomphent &#224; Paris. Au terme d'une nouvelle guerre civile, la Commune est &#233;cras&#233;e. Autant d'&#233;v&#233;nements dramatiques pens&#233;s par les contemporains comme des preuves de d&#233;cadence. Pour arracher le pays &#224; cette situation, il est indispensable de refaire le corps social, politique et symbolique de la nation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;lites dirigeantes et universitaires de la Troisi&#232;me R&#233;publique s'att&#232;lent donc &#224; la fabrication d'un extraordinaire roman national-r&#233;publicain fond&#233;, entre autres, sur l'invention de deux mythologies : l'&#171; universalisme &#187; et l'&#171; exception &#187; fran&#231;aise. De l&#224;, aussi, la construction d'un puissant &#201;tat &#233;ducateur et moralisateur, notamment vou&#233; &#224; la domestication des classes &#171; dangereuses &#187;. Olivier Le Cour Grandmaison revient ici sur la gen&#232;se de ces mythologies, leurs reprises successives et leur fonction politique, hier et aujourd'hui, o&#249; des politiques, des historien&#183;nes, des philosophes et des essayistes continuent d'exalter cette France fantasm&#233;e pour mieux occulter nombre de maux r&#233;els.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Olivier Le Cour Grandmaison&lt;/strong&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.editionsamsterdam.fr/la-fabrique-du-roman-national-republicain/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Fabrique du roman national-r&#233;publicain&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;20 euros&lt;br class='autobr' /&gt;
304 pages&lt;br class='autobr' /&gt;
Paru le 17 octobre 2025&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vient de para&#238;tre - La grandeur de Mahmoud Darwish</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1507</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1507</guid>
		<dc:date>2025-10-14T08:49:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;K / Revue Trans-europ&#233;enne de philosophie et artsCahier sp&#233;cial 3 | 2025 La grandeur de Mahmoud Darwish &lt;br class='autobr' /&gt; Grandezza di Mahmud Darwish
&lt;br class='autobr' /&gt; The Greatness of Mahmoud Darwish &lt;br class='autobr' /&gt;
Disponible en t&#233;l&#233;chargement ICI&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://www.peren-revues.fr/revue-k/1584&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;K / Revue Trans-europ&#233;enne de philosophie et arts&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cahier sp&#233;cial 3 | 2025 La grandeur de Mahmoud Darwish&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; Grandezza di Mahmud Darwish&lt;br class='autobr' /&gt; The Greatness of Mahmoud Darwish&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Disponible en t&#233;l&#233;chargement&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;https://www.peren-revues.fr/revue-k/1596?file=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ICI&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_933 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/logo.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/logo.png' width='496' height='1500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vient de para&#238;tre - &#201;crire au bord du gouffre. Victor Klemperer ou la r&#233;sistance dans la langue</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1499</link>
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		<dc:date>2025-09-21T15:03:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Cet essai critique et engag&#233; revient sur le Journal des ann&#233;es de guerre et l'essai s&#233;minal consacr&#233; par le philologue jud&#233;o-allemand Victor Klemperer &#224; la langue nazie &#8211; LTI, Lingua Tertii Imperii. Il scrute la pratique de l'&#233;criture de l'auteur, entendue comme art et mani&#232;re de r&#233;sister dans la langue &#224; son saccage par une puissance infernale &#8211; l'&#201;tat nazi. Il d&#233;crit la fa&#231;on dont un universitaire, pers&#233;cut&#233; racial sous le III&#232;me Reich, se maintient en vie en ne renon&#231;ant jamais &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cet essai critique et engag&#233; revient sur le Journal des ann&#233;es de guerre et l'essai s&#233;minal consacr&#233; par le philologue jud&#233;o-allemand Victor Klemperer &#224; la langue nazie &#8211; LTI, &lt;i&gt;Lingua Tertii Imperii&lt;/i&gt;. Il scrute la pratique de l'&#233;criture de l'auteur, entendue comme art et mani&#232;re de r&#233;sister dans la langue &#224; son saccage par une puissance infernale &#8211; l'&#201;tat nazi.
Il d&#233;crit la fa&#231;on dont un universitaire, pers&#233;cut&#233; racial sous le III&#232;me Reich, se maintient en vie en ne renon&#231;ant jamais &#224; l'activit&#233; intellectuelle et &#224; l'observation critique de la soci&#233;t&#233; allemande mise au pas. Son Journal est un manuel de survie au bord de l'ab&#238;me.
L'accent est port&#233; sur les engagements sur lesquels Klemperer ne transige jamais (son hostilit&#233; au sionisme, son indiff&#233;rence religieuse, son rejet du romantisme, son attachement aux Lumi&#232;res&#8230;) et aux &#233;chos toujours plus vifs que cette endurance rencontre dans notre pr&#233;sent.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Brossat&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionsmimesis.fr/catalogue/ecrire-au-bord-du-gouffre/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;crire au bord du gouffre&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Victor Klemperer ou la r&#233;sistance dans la langue&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
25,00&#8364;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vient de (re)para&#238;tre - Le corps de l'ennemi. Hyperviolence et d&#233;mocratie</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1493</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1493</guid>
		<dc:date>2025-09-05T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le lent av&#232;nement de la d&#233;mocratie en Occident se place volontiers sous le signe fallacieux de la &#171; d&#233;sanimalisation &#187; de la vie politique &#8211; comme si les violences interhumaines, guerri&#232;res, pr&#233;datrices, exterminatrices, d&#233;coulaient tout naturellement des usages en cours dans le monde animal &#8211; un r&#232;gne animal totalement fantasm&#233;, ici. Ce livre, publi&#233; en 1998 et ici r&#233;&#233;dit&#233; s'attache &#224; analyser les faux-semblants de cette si persistante r&#233;f&#233;rence n&#233;gative de la politique moderne occidentale (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le lent av&#232;nement de la d&#233;mocratie en Occident se place volontiers sous le signe fallacieux de la &#171; d&#233;sanimalisation &#187; de la vie politique &#8211; comme si les violences interhumaines, guerri&#232;res, pr&#233;datrices, exterminatrices, d&#233;coulaient tout naturellement des usages en cours dans le monde animal &#8211; un r&#232;gne animal totalement fantasm&#233;, ici.
Ce livre, publi&#233; en 1998 et ici r&#233;&#233;dit&#233; s'attache &#224; analyser les faux-semblants de cette si persistante r&#233;f&#233;rence n&#233;gative de la politique moderne occidentale &#224; une animalit&#233; imaginaire &#8211; tout se passant comme si la pacification des m&#339;urs politiques ne pouvait s'effectuer qu'au prix de la plus grossi&#232;re des diffamations, de la plus v&#233;h&#233;mente des abjurations de la condition animale.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Brossat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/livre/le-corps-de-l-ennemi/79738&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le corps de l'ennemi&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
Hyperviolence et d&#233;mocratie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Date de publication : 28/08/2025&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;ditions L'Harmattan&lt;br class='autobr' /&gt;
Collection : Quelle dr&#244;le d'&#233;poque !&lt;br class='autobr' /&gt;
Livre papier 30.00 &#8364;&lt;br class='autobr' /&gt;
Livre num&#233;rique 23.99 &#8364;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;face&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre est un grand br&#251;l&#233; : peu d'ann&#233;es apr&#232;s sa publication aux &#201;ditions La Fabrique, en 1998, tous les exemplaires stock&#233;s dans un entrep&#244;t de la r&#233;gion parisienne sont partis en fum&#233;e, suite &#224; un incendie accidentel. Seuls les livres d&#233;j&#224; diffus&#233;s en librairie demeurant alors disponibles, il est alors rapidement mort de sa belle mort et n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233; depuis. Je n'avais pas vraiment aim&#233;, &#224; l'&#233;poque, le ton l&#233;ger sur lequel &#201;ric Hazan m'avait annonc&#233; qu'il ne serait pas r&#233;imprim&#233; &#8211; trop cher pour le peu de ventes escompt&#233;es...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces circonstances ne suffisent pas &#224; expliquer la satisfaction toute particuli&#232;re que j'&#233;prouve &#224; voir &lt;i&gt;Le corps de l'ennemi&lt;/i&gt; refaire surface aujourd'hui. C'est un livre auquel je tiens, alors m&#234;me que je mesure, le relisant et le r&#233;&#233;valuant &#224; l'aune du pr&#233;sent, les d&#233;placements qui se sont produits entre les propositions que j'y &#233;nonce et mes positions actuelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;trange sensation : c'est un essai dans lequel je me retrouve pleinement, tout en &#233;tant port&#233; &#224; le raturer ligne apr&#232;s ligne page apr&#232;s page. Lorsqu'on r&#233;&#233;dite de son vivant un essai publi&#233; des ann&#233;es (ici : pr&#232;s de trois d&#233;cennies) auparavant, ce n'est pas seulement qu'on le cr&#233;dite d'une valeur documentaire, mais aussi d'une certaine qualit&#233; pr&#233;dictive. Or, sur ce point, j'ai &#233;prouv&#233; &#224; sa relecture quelques petites satisfactions &#233;gotiques, en relation avec des enjeux analytiques et politiques saillants aujourd'hui. Tout ce qui concerne, par exemple, la parfaite compatibilit&#233; du fascisme nouveau (au sens o&#249; l'on parle du beaujolais nouveau) avec les appareils de la d&#233;mocratie lib&#233;rale, d&#233;mocratie de march&#233;. Mais aussi bien, les &lt;i&gt;fuites&lt;/i&gt;, toujours plus &#233;videntes et massives de la notion de g&#233;nocide, rendant imp&#233;rieux et urgent un r&#233;examen critique de ce concept et de sa g&#233;n&#233;alogie &#8211; cette question est abord&#233;e en quelque sorte de biais et &#224; plusieurs reprises dans le livre, jamais v&#233;ritablement probl&#233;matis&#233;e, cependant. De m&#234;me est &#233;voqu&#233; le cours de plus en plus autoritaire et d&#233;cisionniste des d&#233;mocraties occidentales (et assimil&#233;es) contemporaines, toujours plus ouvertement port&#233;es &#224; &#233;riger en norme reine le gouvernement &#224; l'exception et au rapport de force, une propension qui, depuis lors, n'a cess&#233; de s'acc&#233;l&#233;rer et se g&#233;n&#233;raliser &#8211; je n'avais &lt;i&gt;encore rien vu&lt;/i&gt;, comme on dit, quand j'ai &#233;crit ce livre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis enfin, disons que je n'y &#233;tais pas aveugle aux pr&#233;misses de ce qui aujourd'hui sature les &#233;crans du pr&#233;sent &#8211; l'allergie croissant, dans les espaces &lt;i&gt;blancs&lt;/i&gt; des d&#233;mocraties occidentales du Nord global &#224; toute forme d'alt&#233;rit&#233; r&#233;sistant &#224; sa subordination, &#224; toute esp&#232;ce d'ailleurs non r&#233;ductible aux conditions du m&#234;me, les n&#244;tres, et, bien s&#251;r, le vomissement des suppos&#233;s envahisseurs devenu le patrimoine partag&#233; des &#233;lites de gouvernement dans ces d&#233;mocraties.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour autant, ces intuitions, projet&#233;es vers l'avenir comme elles sont, ne suffisent pas &#224; masquer ce qui, dans ce livre, ne se tient pas &#224; la hauteur du pr&#233;sent que nous avons &#224; affronter. &#201;trange sensation, une fois encore : je m'y vois, r&#233;trospectivement, emp&#234;tr&#233; dans toutes sortes de convenances et de conventions philosophiques, s&#233;par&#233; de ce fait par toutes sortes d'&#233;crans de ce qui fait la texture effective de l'actuel, dans le temps m&#234;me o&#249; ce livre s'&#233;crit. Je m'y per&#231;ois comme alourdi et ralenti par mon bagage de philosophie classique (d'Aristote &#224; Arendt), au point d'&#233;chouer &#224; mener &#224; bien les n&#233;cessaires d&#233;constructions des ch&#226;teaux d'id&#233;es (ch&#226;teaux de sable philosophiques), des prolif&#233;rations discursives, des consensus compacts qui encombraient le chemin de mon enqu&#234;te. Je trouve, &#224; la relecture, que nombre de mes analyses et de mes raisonnements restent en panne, ne vont pas jusqu'au bout, faute d'avoir voyag&#233; assez l&#233;ger &#8211; trop d'&#233;quipements aristot&#233;liciens, kantiens, arendtiens me retenant du c&#244;t&#233; de la tradition et m'emp&#234;chant de sonder jusqu'&#224; leur tr&#233;fonds les ab&#238;mes du pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, c'est un livre qui ne rompt pas assez d&#233;cid&#233;ment avec le partage premier, enracin&#233; au plus profond de la tradition occidentale, entre animalit&#233; et humanit&#233;. Qui ne dit pas assez clairement que toutes les constructions discursives agenc&#233;es sur ce partage et associant le processus de civilisation &#224; la d&#233;sanimalisation, &#224; la d&#233;bestialisation des m&#339;urs et des pratiques politiques reposent sur des pr&#233;suppos&#233;s obscurs, ayant ce partage postul&#233; comme fondement. Or, tout cet imaginaire de la f&#233;rocit&#233; animale, des m&#339;urs animales naturellement et irr&#233;vocablement violentes, des animaux-monstres repose, dans les usages politiques qu'analyse cet essai, sur des fantasmagories &#8211; un imaginaire de la sauvagerie animale destin&#233; &#224; mettre en valeur la civilisation et le progr&#232;s comme domaines exclusifs de l'humain. Ce pli qui court des formules aristot&#233;liciennes (dont l'interpr&#233;tation unilat&#233;rale est devenue, dans la tradition occidentale, canonique) sur le &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;levage industriel et &#224; la transformation des animaux-viande et domestiques en pures marchandises, en passant par les animaux-machines de Descartes, ce pli n'est pas r&#233;cus&#233; de fa&#231;on suffisamment d&#233;termin&#233;e et inform&#233;e dans ce livre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s tout, son fondement, c'est avant tout l'ignorance et le pr&#233;jug&#233;, la m&#233;connaissance cultiv&#233;e de la vie des animaux en g&#233;n&#233;ral, entendue comme compl&#233;ment oblig&#233; de l'anthropocentrisme &#8211; c'est bien l&#224; ce que nous enseignent aujourd'hui, et chaque jour avec une pr&#233;cision plus affin&#233;e, l'&#233;thologie, les &#233;tudes sp&#233;cifiques et diff&#233;renci&#233;es des conduites et des formes de sociabilit&#233; animales, des modes de communication intra-sp&#233;ciques, voire des diff&#233;rentes esp&#232;ces animales entre elles, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour aller jusqu'au bout de l'examen critique de cette grande forme discursive dans laquelle l'av&#232;nement de la d&#233;mocratie moderne est intrins&#232;quement li&#233; au motif de la d&#233;sanimalisation des conduites humaines et, en particulier, des pratiques politiques et des usages de la violence, il aurait fallu commencer par dissiper (d&#233;construire) le fantasme qui y est sous-jacent et r&#233;tablir le continuum du vivant. C'est &#224; cette condition seulement que, paradoxalement, nous pouvons comprendre les violences politiques entendues non pas comme un emprunt &#224; la condition animale ou un effet de contamination de la condition humaine par la condition animale, mais bien comme une &lt;i&gt;singularit&#233; vraie&lt;/i&gt; associ&#233;e &#224; l'humain &#8211; le propre des soci&#233;t&#233;s humaines, loin des tigres &#171; assoiff&#233;s de sang &#187; et des hy&#232;nes par d&#233;finition &#171; f&#233;roces &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me sens, l'inspiration fortement &#233;liasienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Norbert Elias, Le proc&#232;s de la civilisation (1939).&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de cet essai, son insistance sur le caract&#232;re processuel et continu des &#233;volutions des m&#339;urs politiques, telles qu'il les analyse, orient&#233;, irr&#233;versible au fond, en d&#233;pit des irr&#233;gularit&#233;s, ne peut aujourd'hui, &#224; la lumi&#232;re des &#233;volutions pr&#233;sentes, que faire l'objet d'un examen des plus critiques. Aujourd'hui, cela veut dire non pas tant ou seulement &#171; &#224; l'heure de l'annihilation de Gaza &#187; que &lt;i&gt;dans l'&#233;poque plac&#233;e sous le r&#233;gime de ce crime d'&#201;tat&lt;/i&gt; soutenu par une constellation d'autres &#201;tats, et dans l'espace historique circonscrit par celui-ci. Une &#233;poque aussi bien &#233;tablie sous le signe de la guerre des mondes promise, boost&#233;e &#224; l'intelligence artificielle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un tel contexte, la th&#232;se centrale du livre selon laquelle le bannissement de l'hyperviolence hors du champ de la conflictualit&#233; acceptable, de l'agonisme domestiqu&#233;, est ins&#233;parable de l'av&#232;nement de la d&#233;mocratie moderne, de l'institutionnalisation de la pacification d&#233;mocratique &#8211; cette th&#232;se appara&#238;t des plus fragiles, voire carr&#233;ment r&#233;vocable. Ce livre s'est &#233;crit dans un contexte o&#249; la Shoah &#233;tait essentialis&#233;e (&#224; coup de d&#233;crets excluant toute discussion) comme le d&#233;sastre absolu, la figure pure et quintessentielle du Mal radical. La Shoah entendue comme LE g&#233;nocide, incomparable, &#171; uniquement unique &#187;, singularit&#233; absolue, toute l'&#233;nerg&#233;tique de la pacification d&#233;mocratique devant se condenser dans l'effort collectif pour qu'une telle catastrophe (un moment de d&#233;civilisation aussi d&#233;sastreux) ne se reproduise plus (&#171; plus jamais &#231;a ! &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'approche de la pacification d&#233;mocratique et du bannissement des usages politiques de l'hyperviolence subit dans mon livre, &lt;i&gt;nolens volens&lt;/i&gt;, l'ascendant de ces exhortations intimidantes, de la sorte de th&#233;ologie politique sur laquelle elles reposent et dont les effets se sont fortement exerc&#233;s partout en Occident, en France notamment, dans l'atmosph&#232;re intellectuelle de la fin du si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le moins que l'on puisse dire, &#224; l'heure de l'an&#233;antissement de Gaza, du conflit en Ukraine qui s'&#233;ternise, de la &#171; guerre des mondes &#187; qui vient, c'est que nous sommes sortis de cette configuration, entr&#233;s dans une autre &#233;poque. Tout se passe comme si le processus de pacification des espaces et des m&#339;urs politiques circonscrit aux sanctuaires de la d&#233;mocratie occidentale ne tra&#231;ait plus le chemin d'une d&#233;violentisation g&#233;n&#233;rale du domaine politique, mais comme si, au contraire, cette dynamique s'&#233;tait invers&#233;e. Ce n'est pas seulement que la figure du g&#233;nocide plac&#233; sous le signe de l'exceptionnalit&#233; pure et assign&#233; &#224; r&#233;sidence dans le pass&#233; inoubliable a &#233;t&#233; estomp&#233;e par d'autres g&#233;nocides, dans le temps d'apr&#232;s-Auschwitz, et la prolif&#233;ration de pratiques g&#233;nocidaires (au Cambodge, au Rwanda, au Myanmar et, &lt;i&gt;sous nos yeux&lt;/i&gt;, &#224; Gaza...) ; c'est aussi que, partout dans le monde, les r&#233;gimes d&#233;mocratiques, des plus r&#233;cents aux plus anciens, se brutalisent sans rel&#226;che, banalisent le recours &#224; l'exception au m&#233;pris des r&#232;gles et des normes de l'&#233;tat de droit ; que plus les d&#233;mocraties sont lib&#233;rales, au sens d'inf&#233;od&#233;es aux march&#233;s, et plus elles sont polici&#232;res, arm&#233;es, hostiles &#224; toute esp&#232;ce de mobilisation ou de contestation sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
La saisie de l'institution d&#233;mocratique par la spirale de sa brutalisation trouve son paroxysme l&#224; o&#249; il s'av&#232;re que le g&#233;nocide, loin d'&#234;tre n&#233;cessairement l'ombre port&#233;e du totalitarisme, peut faire bon m&#233;nage avec les formes d&#233;mocratiques les plus r&#233;put&#233;es &#8211; Isra&#235;l, vant&#233; comme &#171; la seule d&#233;mocratie du Proche-Orient &#187;, et pas moins puissance g&#233;nocidaire pour autant &#8211; ceci avec le soutien plus ou moins direct et actif, politique et militaire, des d&#233;mocraties occidentales &#8211; aucune d&#233;mocratie blanche n'a explicitement reconnu et d&#233;nonc&#233; &lt;i&gt;comme tel&lt;/i&gt; le g&#233;nocide perp&#233;tr&#233; par Isra&#235;l &#224; Gaza&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alors m&#234;me qu'il n'y a pas si longtemps, le &#171; g&#233;nocide ou&#239;gour &#187; imaginaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Progressivement, depuis le d&#233;but de ce si&#232;cle, le fil que je pensais tenir ou que je tentais de suivre dans ce livre s'est perdu &#8211; celui du rejet de l'hyperviolence sur les bords de la politique, plac&#233; sous le signe de l'av&#232;nement de l'institution d&#233;mocratique dans les m&#233;tropoles de l'Occident. L'appareil conceptuel qui y soutenait le raisonnement prend eau de toutes parts, pour autant que la sym&#233;trie entre, d'une part, la pacification d&#233;mocratique et, de l'autre, la cristallisation de l'hyperviolence moderne dans la figure du g&#233;nocide y figurait au centre de l'argumentation. Or, ce qui saute aux yeux aujourd'hui, c'est la multiplication des formes d'hyperviolence massives, exterminatrices qui passent sous le radar des d&#233;finitions standard du g&#233;nocide, h&#233;rit&#233;es de la tradition juridique inspir&#233;e par R. Lemkin &#8211; bombardements a&#233;riens, d&#233;placements de populations, purification ethnique subreptice, utilisation de l'arme de la famine, sanctions et blocus &#8211; sans oublier ce qui s'annonce avec le chantage relanc&#233; &#224; l'utilisation de l'arme nucl&#233;aire... C'est pr&#233;cis&#233;ment la hi&#233;rarchisation des violences extr&#234;mes et massives destin&#233;es &#224; terroriser et &#233;liminer des groupes humains per&#231;us par une puissance, g&#233;n&#233;ralement &#233;tatique, comme ind&#233;sirables, &#171; en trop &#187;, qui doit &#234;tre repens&#233;e &#224; la lumi&#232;re des guerres locales et autres d&#233;sastres &#233;chus depuis le d&#233;but de ce si&#232;cle, notamment dans les anciens espaces coloniaux. Les hi&#233;rarchies fond&#233;es sur une approche du g&#233;nocide d&#233;coulant directement de son assimilation &#224; la Shoah (et elle seule) ne sont plus tenables. C'est toute l'&#233;pist&#233;mologie du g&#233;nocide et des violences extr&#234;mes qui doit &#234;tre repens&#233;e aujourd'hui, pas seulement &#224; la lumi&#232;re des &#171; s&#233;lections &#187; en masse op&#233;r&#233;es par le moyen de bombardements a&#233;riens dans le corps collectif de la population de Gaza, mais aussi bien des massacres et d&#233;placements de populations, des prises en otage de la population civile au Congo, au Soudan ou d'autres pays du continent africain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette crise des concepts et de la connaissance trouve son d&#233;bouch&#233; direct et massif sur le plan pratique : lorsque le plus puissant soutien de l'&#201;tat g&#233;nocidaire isra&#233;lien, les &#201;tats-Unis, impliqu&#233;s jusqu'au cou dans l'an&#233;antissement de Gaza et de sa population, traite la Cour p&#233;nale internationale en ennemie, d&#233;cr&#232;te des sanctions contre ses juges (&#171; coupables &#187;, entre autres, d'avoir inculp&#233; le premier ministre isra&#233;lien), il devient plus qu'&#233;vident que c'est tout le syst&#232;me d'identification, de qualification et de sanction des violences extr&#234;mes et des crimes politiques hors-normes (un syst&#232;me progressivement mis en place, avec ses r&#232;gles, ses modes d'intelligibilit&#233; du pr&#233;sent, dans le monde d'apr&#232;s-Auschwitz) qui est en faillite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut donc, ici, tout reprendre &#224; z&#233;ro, forger de nouvelles approches des violences extr&#234;mes, notamment &#233;tatiques, en cessant d'&#234;tre obnubil&#233; par la seule notion de g&#233;nocide et l'alternative &#8211; g&#233;nocide ou pas. Il faut repenser de fond en comble la criminalit&#233; d'&#201;tat, y compris, donc, celle des d&#233;mocraties lib&#233;rales &#8211; mais pas seulement : aussi bien, non seulement celle des entit&#233;s qualifi&#233;es de terroristes, mais tout autant de groupes para-&#233;tatiques (milices...), puissances &#233;conomiques, organisations transnationales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inversion de la dynamique pacificatrice qui accompagne le mouvement de d&#233;civilisation dans lequel nous sommes aujourd'hui engag&#233;s se manifeste aussi de fa&#231;on tr&#232;s spectaculaire avec le retour en force de la figure du monstre &#8211; un motif sur lequel &lt;i&gt;Le corps de l'ennemi&lt;/i&gt; s'arr&#234;te longuement. L'id&#233;e motrice y &#233;tait que la figure du monstre, dans ses usages directement politiques, le ch&#226;timent du monstre comme exorcisme, tout ceci tend &#224; &lt;i&gt;prendre un coup de vieux&lt;/i&gt; lorsque la dynamique de pacification se trouve irr&#233;versiblement engag&#233;e. Or, c'est sous nos yeux qu'au d&#233;but de ce si&#232;cle, l'attentat en grand du 11 septembre (et ses suites) ont &#233;t&#233; l'aire de retournement de cette tendance historique. La liquidation de Ben Laden dans un pur style de western classique et le retour en force g&#233;n&#233;ralis&#233; de l'esprit de vindicte sur fond de &lt;i&gt;r&#233;enchantement&lt;/i&gt; de la figure du monstre ont donn&#233; le ton de ce renversement. D&#233;sormais, dans les d&#233;mocraties occidentales, tout particuli&#232;rement, le gouvernement &#224; la s&#233;curit&#233; (ou plus exactement &#224; l'invocation perp&#233;tuelle de l'ins&#233;curit&#233;) qui a refoul&#233; le gouvernement &#224; l'accroissement du bien-&#234;tre (l'euph&#233;misme biopolitique du &#171; bonheur public &#187; d'antan) est indissociable de la perp&#233;tuelle promotion aversive de la figure du monstre, sous toutes ses esp&#232;ces &#8211; le terroriste, bien s&#251;r, mais aussi bien, le p&#233;dophile, le violeur, le promoteur de &lt;i&gt;fake news&lt;/i&gt; horrifiques, le n&#233;gationniste... Avec ce retour en force de la figure du monstre, perd toute consistance et visibilit&#233; la figure de la sanctuarisation des espaces propres &#224; la d&#233;mocratie occidentale, accompagnant le rejet de l'hyperviolence sur son bord ext&#233;rieur &#8211; le monstre d'aujourd'hui est un passe-muraille, il est d'ici comme il est d'ailleurs, la preuve &#233;tant qu'on le juge &lt;i&gt;ici&lt;/i&gt; pour les crimes horrifiques commis en Syrie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de pacification qui constitue la trame de ce livre, suivant le fil &#233;liasien, ne repose pas seulement sur un remodelage des affects et des conduites (dans le domaine des relations politiques, ici) mais aussi bien sur la promotion de principes et de valeurs, comme l'indiquent distinctement les textes qui y sont mis &#224; contribution &#8211; ceux de Renan et Hugo notamment. Des principes de gouvernement, ceux qui fondent le r&#233;gime d&#233;mocratique, et aussi bien, ceux qui fondent la condition citoyenne, l'&lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt; citoyen. Mais il s'agit l&#224; d'un r&#233;cit, d'une fiction, assur&#233;ment vitale &#224; l'&#233;poque o&#249; se mettent en place les d&#233;mocraties parlementaires en Occident, une fiction d'embl&#233;e mise &#224; mal par l'existence de la face obscure de ce d&#233;veloppement : la colonisation et l'ordre colonial ne sont pas, et c'est le moins qu'on puisse dire, plac&#233;es sous le signe du processus de pacification et de la promotion des valeurs et des principes qui l'accompagnent.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'existence, dans ce contexte, d'un tout autre r&#233;gime que celui de la pacification des m&#339;urs politiques et du bannissement de l'hyperviolence est certes prise en compte dans &lt;i&gt;Le corps de l'ennemi&lt;/i&gt;, sans que son r&#244;le &lt;i&gt;matriciel&lt;/i&gt; dans l'&#233;mergence et la structuration de la modernit&#233; politique ne soient clairement &#233;tablies. Or, si l'on veut comprendre comment a pu s'effondrer sous nos yeux l'illusion (le beau r&#233;cit apolog&#233;tique) d'un gouvernement d&#233;mocratique plac&#233; sous le r&#233;gime des principes et des valeurs, il faut n&#233;cessairement en revenir &#224; cette sc&#232;ne primitive durable o&#249; le gouvernement des vivants, dans les d&#233;mocraties lib&#233;rales du monde blanc, prend la forme effective de la combinaison de deux r&#233;gimes antagoniques et compl&#233;mentaires &#8211; celui de la pacification (relative et in&#233;gale), avec son compl&#233;ment, la promotion de la citoyennet&#233; d'une part, et, de l'autre, celui de la production de la domination et la subalternit&#233; coloniales, lesquelles prosp&#232;rent sur un capital de violence continue, intrins&#232;que et in&#233;puisable.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'existence du premier r&#233;gime a celle du second comme corr&#233;lat et compl&#233;ment insuppressible. Aujourd'hui, les fronti&#232;res s&#233;parant les deux r&#233;gimes tendent &#224; devenir plus indistinctes, dans le contexte d&#233;sign&#233;, &#224; tort, comme post- colonial : la subalternisation des colonis&#233;s a &#233;t&#233;, pour une part, endog&#233;n&#233;is&#233;e et les rapports in&#233;gaux entre m&#233;tropoles ex-coloniales et ex-colonies sont devenus moins manifestes. Dans un pays comme la France, des fractions enti&#232;res de la population sont gouvern&#233;es et r&#233;gies (subalternis&#233;es, contr&#244;l&#233;es, discrimin&#233;es, punies...) sur un mode distinctement h&#233;rit&#233; de la colonisation, tandis que, d'un autre c&#244;t&#233;, le suppos&#233; pacte citoyen a pris un s&#233;rieux coup dans l'aile : les citoyens &#233;tant saisis par l'autorit&#233; sur un mode toujours plus maltraitant et impr&#233;visible qui tend &#224; faire d'eux, en v&#233;rit&#233;, des sujets frustr&#233;s et rageurs de l'&#201;tat autoritaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d'autres termes, je vois bien aujourd'hui tout ce que l'&#233;cart qui s'est creus&#233; entre ce livre et moi-m&#234;me doit &#224; la commotion d&#233;coloniale. C'est que celle-ci est, avant tout, un grand d&#233;placement, un s&#233;isme &#233;pist&#233;mologique, nous contraignant &#224; reprendre &#224; nouveaux frais tous les termes de la conversation g&#233;n&#233;rale sur la modernit&#233; politique &#8211; sa gen&#232;se et ses formes. Le propre d'une conflagration de cette esp&#232;ce est d'acc&#233;l&#233;rer le vieillissement des textes situ&#233;s en amont de la coupure et des discontinuit&#233;s qu'elle introduit dans l'ordre des savoirs et des modes de probl&#233;matisation du pass&#233; et du pr&#233;sent &#8211; elle fait subir de redoutables &lt;i&gt;tests de r&#233;sistance&lt;/i&gt; &#224; ces textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps dans lequel s'est &#233;crit ce livre est jalonn&#233; par les effets de l'effondrement, tout r&#233;cent alors, du monde sovi&#233;tique et donc du retour en force du puissant motif par excellence rassembleur, en Occident et au-del&#224; : celui de la distinction particuli&#232;re et de la sup&#233;riorit&#233; sur tout autre, native et intrins&#232;que, du r&#233;gime d&#233;mocratique &#8211; la d&#233;mocratie, pr&#233;cis&#233;ment, en tant que celle-ci serait fond&#233;e sur des principes et des valeurs qui lui seraient propres et la singulariseraient absolument, dans ses rapports avec toute autre forme de r&#233;gime ou de constitution. Le &#171; coup de P&#233;ricl&#232;s &#187; en somme, celui du discours promotionnel, &#233;tendu &#224; l'&#233;chelle globale, et entretenant selon toute probabilit&#233; les m&#234;mes rapports distendus &#224; la r&#233;alit&#233; grise des faits et des pratiques effectives que le discours de Nouvel An d'un chef d'&#201;tat &#224; la t&#233;l&#233; ou les promesses de campagne d'un candidat &#224; la magistrature supr&#234;me...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce point le livre de Luciano Canfora, La d&#233;mocratie, histoire d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de pacification de nos soci&#233;t&#233;s a pris, dans notre pr&#233;sent, une tournure tout &#224; fait particuli&#232;re, dans sa relation directe avec le gouvernement des vivants : l'&#201;tat et l'autorit&#233;, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, exigent des sujets sociaux un degr&#233; d'auto-contrainte toujours plus &#233;lev&#233; en mati&#232;re de civilisation des m&#339;urs. Les questions particuli&#232;rement sensibles sont ici bien connues : les relations entre hommes et femmes, les violences sexuelles, les enjeux de genres, les relations entre adultes et enfants, le traitement des animaux domestiques, la protection des esp&#232;ces en danger, les questions de race et de couleur... D'une fa&#231;on croissante, l'&#201;tat est port&#233;, en la mati&#232;re, &#224; user de la mani&#232;re forte plut&#244;t que de la simple &#171; p&#233;dagogie &#187; ou de la persuasion... Mais, dans le m&#234;me temps, cette m&#234;me instance ne cesse de devenir toujours plus brutale et moins fiable dans ses relations avec les m&#234;mes sujets sociaux, s'affranchissant des normes qui, hier encore, r&#233;glaient les relations entre gouvernants et gouvern&#233;s et recourant &#224; un arsenal dissuasif et r&#233;pressif toujours plus &#233;tendu et plus performant. La maltraitance sociale, revers in&#233;vitable de la liquidation de l'&#201;tat social et, d&#233;sormais, la guerre &#224; l'intelligence dont Trump et son administration ont ouvert les vannes (inspirant des adeptes toujours plus nombreux dans les d&#233;mocraties occidentales) constituent d&#233;sormais le revers grotesque des injonctions toujours plus pressantes adress&#233;es &#224; certaines parties du corps social d'avoir &#224; policer leurs m&#339;urs dans leurs relations avec d'autres parties, plus vuln&#233;rables.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est aujourd'hui la m&#234;me autorit&#233; qui se pose en gendarme de la civilisation des m&#339;urs quand elle entre en campagne contre les f&#233;minicides et qui rogne sans rel&#226;che les protections sociales, encourage et soutient le saccage continu de l'environnement, est pleinement engag&#233;e dans le r&#233;armement et les pr&#233;paratifs de guerre. Moins que jamais, le processus de pacification, tant dans la sph&#232;re des relations sociales que dans celle des espaces politiques, se pr&#233;sente comme un processus homog&#232;ne, distinctement orient&#233;, plac&#233; sous un m&#234;me signe. De puissants contre- courants le traversent aujourd'hui, au point que c'est d&#233;sormais &lt;i&gt;la figure m&#234;me du processus&lt;/i&gt; qui doit &#234;tre r&#233;examin&#233;e. Le flux dans lequel nous sommes aujourd'hui emport&#233;s, &#224; l'heure du double s&#233;isme qu'a constitu&#233; l'an&#233;antissement de Gaza puis la (re)prise de pouvoir de Trump, permet-il encore de voir &#224; l'&#339;uvre l'&#233;nerg&#233;tique d'un proc&#232;s (&lt;i&gt;Prozess&lt;/i&gt;) civilisationnel dot&#233; d'une orientation (direction) clairement identifiable, tel que l'entendait Norbert Elias ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le corps de l'ennemi&lt;/i&gt;, une certaine confusion est souvent entretenue, de mani&#232;re dommageable, entre zoopolitique et biopolitique. Par zoopolitique, j'y entendais une pratique de l'ennemi consistant &#224; le &#171; naturaliser &#187; en tant que &lt;i&gt;sale esp&#232;ce&lt;/i&gt;, &#224; l'animaliser et/ou le bestialiser &#8211; ce dont le pendant est form&#233; de pratiques violentes et hyperviolentes, d'usages de l'hostilit&#233; tendant &#224; son extermination.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, la biopolitique, dans son interface compliqu&#233;e avec la d&#233;mocratie moderne, s'oriente, comme l'a montr&#233; Foucault, dans une tout autre direction : si elle pr&#233;sente bien avec la zoopolitique ce trait commun d'&#234;tre avant tout une politique des corps plut&#244;t que des &#226;mes, elle place le vivant sous un tout autre signe &#8211; celui de sa prise en charge et sa promotion par les pouvoirs. &#171; Faire vivre et laisser mourir &#187; entendu comme maxime des pouvoirs modernes est ici oppos&#233; aux usages traditionnels de la souverainet&#233;, lesquels sont indissociables de la pr&#233;rogative de &#171; faire mourir &#187;. En principe, donc, si l'on s'en tient &#224; cette ligne de partage, c'est la souverainet&#233; qui est massacrante, plut&#244;t que le biopouvoir d&#233;fini par Foucault, assez vaguement, comme la forme &#171; moderne &#187; du pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en m&#234;me temps, il se trouve que chez Foucault, quelque chose de la pr&#233;rogative souveraine, associ&#233;e &#224; la terreur, &#224; l'exception pure et au massacre, revient au c&#339;ur de la biopolitique, sous la forme de la thanatopolitique. Face obscure de la biopolitique, celle-ci a le visage du g&#233;nocide ou de l'arme nucl&#233;aire. Or, cette r&#233;versibilit&#233; de la biopolitique entendue comme optimisation du vivant en administration de la mort industrielle a bien, en pratique, comme effet le retour en force de la &lt;i&gt;politique des esp&#232;ces&lt;/i&gt;, une rechute vertigineuse dans des actions liquidatrices visant des esp&#232;ces humaines &#233;pingl&#233;es comme nuisibles, exterminables, inf&#233;rieures &#8211; une notion qui, sous nos yeux, se v&#233;rifie &#224; Gaza &#8211; les Gazaouis et, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale les Palestiniens, entendus comme corps collectif en trop, destin&#233; &#224; l'&#233;limination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire &#233;tant encore &#224; venir, je ne pouvais imaginer, lorsque j'&#233;crivais &lt;i&gt;Le corps de l'ennemi&lt;/i&gt;, que la biopolitique puisse &#234;tre si rapidement, si massivement infiltr&#233;e et m&#234;me satur&#233;e par la thanatopolitique, ceci dans la m&#234;me mesure exactement que l'institution et la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratiques p&#251;t devenir, sans la moindre rupture syst&#233;mique, le bouillon de culture d'un nouveau fascisme, d'une combinaison in&#233;dite de micro-fascismes prolif&#233;rants et de concr&#233;tions molaires (partis, institutions...), en attente de leur jonction (prometteuse des pires d&#233;sastres) avec la puissance &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me esprit, je m'en remettais encore beaucoup trop &#224; des jeux d'oppositions &#224; la fois structurants et rassurants &#8211; &#224; commencer par le couple antagonique d&#233;mocratie/totalitarisme &#8211; subissant ici, une fois encore, l'ascendant arendtien. Aujourd'hui, je suis enclin &#224; ne prendre en compte cette ligne de partage galvaud&#233;e qu'avec la plus grande des circonspections &#8211; dans les d&#233;mocraties lib&#233;rales contemporaines, la d&#233;rive logocratique a d'ores et d&#233;j&#224; amplement contamin&#233; le gouvernement des vivants, l'indiff&#233;rence au r&#233;el, la fuite des gouvernants dans l'imaginaire, les productions discursives visant &#224; imposer les conditions d'une r&#233;alit&#233; de substitution y sont de plus en plus la r&#232;gle, ce qui les rapproche des logocraties totalitaires du XXe si&#232;cle. Ceci, sans oublier le d&#233;mant&#232;lement syst&#233;matique de l'&#233;tat de droit et la g&#233;n&#233;ralisation du recours &#224; des dispositifs et pratiques d'exception qui tendent aujourd'hui &#224; y devenir la r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fronti&#232;re devient de plus en plus floue entre le d&#233;magogue d'aujourd'hui entendant concentrer tous les pouvoirs entre ses mains, substituant son r&#232;gne autocratique et gueulard aux formes l&#233;gitim&#233;es du gouvernement des vivants et de la normativit&#233; d&#233;mocratique, souverainement indiff&#233;rent aux faits et autres &#233;l&#233;ments du r&#233;el, consid&#233;rant que ce qu'il consid&#232;re comme &lt;i&gt;son droit&lt;/i&gt; a valeur universelle, vouant un culte aux faits accomplis et aux rapports de force... et les figures associ&#233;es au totalitarisme au si&#232;cle dernier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les pratiques discursives pr&#233;valant aujourd'hui parmi les d&#233;mocraties occidentales, l'&#233;vocation des m&#226;nes du totalitarisme remplit une fonction purement id&#233;ologique, d&#233;pourvue de toute capacit&#233; ou destination analytique &#8211; il ne s'agit que d'associer l'adversaire syst&#233;mique du moment (la Chine, la Russie) aux images les plus r&#233;pulsives de l'Histoire du si&#232;cle dernier. A la lumi&#232;re des &#233;volutions les plus r&#233;centes des d&#233;mocraties occidentales (leur glissement g&#233;n&#233;ralis&#233; vers ce que leurs id&#233;ologues eux-m&#234;mes appellent les formes illib&#233;rales), le d&#233;bat sur le totalitarisme, sur ce qui d&#233;finirait le totalitaire en propre et &#224; la diff&#233;rence de tout autre r&#233;gime, est &#224; reprendre &#224; z&#233;ro. Les affinit&#233;s et les correspondances qui s'affichent entre les Arturo Ui d'aujourd'hui et ceux d'hier sont trop massives, trop &#233;videntes pour que nous puissions faire l'&#233;conomie d'une remise en question de l'appareil conceptuel l&#233;gu&#233;, notamment, par Hannah Arendt et qui avait, au fil du temps, acquis force de loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est aussi que ces outils conceptuels, avec la doxa qui d&#233;coule de leur usage, ont &#233;t&#233; forg&#233;s pour penser une r&#233;alit&#233; historique mutil&#233;e &#8211; r&#233;duite au monde blanc, au Nord global, l'Europe et ses d&#233;pendances, &#224; l'exclusion de tout le &#171; reste &#187; de cet Occident, tout particuli&#232;rement le monde colonial. Le couple antagonique d&#233;mocratie/totalitarisme place la Colonie, la colonisation et les formes de domination et de gouvernement des vivants qui en d&#233;coulent dans un angle mort. Le tournant d&#233;colonial, en de&#231;&#224; duquel se situe ce livre, appelle, sur ce point crucial, &#224; un complet r&#233;agencement de notre &#171; bo&#238;te &#224; outils &#187; conceptuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit bien aujourd'hui, sous l'effet direct, imp&#233;rieux, que prend le cours des choses, de faire un sort &#224; une illusion, une superstition qui a subrepticement contamin&#233; notre philosophie de l'Histoire, ou ce qui en subsistait : celle de l'&lt;i&gt;irr&#233;versible&lt;/i&gt;, de l'irr&#233;vocabilit&#233; des processus de pacification des m&#339;urs et des espaces politiques, une id&#233;ologie, au fond, qui est la version &lt;i&gt;soft&lt;/i&gt; ou r&#233;siduelle de la philosophie du Progr&#232;s. Une version qui s'est cristallis&#233;e, apr&#232;s la chute du monde sovi&#233;tique, dans une id&#233;e fixe et un vaste programme &#8211; &lt;i&gt;la d&#233;mocratisation du monde&lt;/i&gt;. L'inconcevable, lorsque j'&#233;crivais ce livre, &#233;tait non pas que ce processus puisse conna&#238;tre des irr&#233;gularit&#233;s ou des interruptions, mais qu'il puisse &#234;tre, tout simplement, r&#233;versible comme un gant. C'est que la pacification des m&#339;urs, dans son sens le plus extensif, &#233;tant per&#231;u comme un &lt;i&gt;fait de civilisation&lt;/i&gt; et l'av&#232;nement puis l'institutionnalisation de la d&#233;mocratie en apparaissant comme ins&#233;parable, la dynamique soutenant ce processus apparaissait fond&#233;e sur une sorte de &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt; &#224; laquelle rien ne pouvait, &#224; l'&#233;chelle de l'Histoire globale et de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s, s'opposer. Or, c'est cela, pr&#233;cis&#233;ment, que nous avons vu se d&#233;faire sous nos yeux &#224; une rapidit&#233; qui, aujourd'hui encore, nous laisse transis.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est au point qu'on dirait aujourd'hui que, dans les d&#233;mocraties rong&#233;es par le virus &#171; illib&#233;ral &#187;, la figure majeure ou la puissance motrice n'est pas tant, comme on le dit couramment, la &#171; mont&#233;e de l'exception &#187;, sous le r&#233;gime de l'urgence et de l'improvisation, que la compulsion de &lt;i&gt;profanation&lt;/i&gt;, avec le go&#251;t du saccage qui l'accompagne, la production du chaos et de l'incertitude g&#233;n&#233;ralis&#233;e entendus comme moyen de dominer, &lt;i&gt;r&#233;gner&lt;/i&gt;, semer le d&#233;sarroi, d&#233;sorienter, intimider &#8211; le retour du despotisme, du caprice du prince entendus comme mani&#232;re d'afficher la souverainet&#233; rabaiss&#233;e au niveau de la loi du plus fort. En bref, le paradigme (de) Trump dont on n'en est plus &#224; s'&#233;tonner qu'au lieu d'avoir suscit&#233;, dans les d&#233;mocraties occidentales, un cri de r&#233;probation unanime, il ait &#233;veill&#233; tant de vocations et convoqu&#233; tant de fans et de disciples. Le trait abyssal de la r&#233;gression (du mouvement de d&#233;civilisation) en cours se manifeste l&#224; o&#249; le paradigme &#171; moderne &#187; par excellence, celui du gouvernement des vivants fond&#233; sur toute une rationalit&#233; instrumentale, avec les technologies et dispositifs qui la prolongent, c&#232;de devant &lt;i&gt;le retour du r&#232;gne&lt;/i&gt;, tendant vers le despotisme et r&#233;tablissant la figure du souverain insusbstituable et dont &#233;mane directement la loi &#8211; un mixte &#233;trange, grotesque et terrifiant de monarque absolu et de potentat totalitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le prolongement de cet effondrement, la fictionnalisation des &#233;l&#233;ments de r&#233;alit&#233; nagu&#232;re les plus solidement &#233;tablis se poursuit. Le r&#232;gne carbure au &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt;, aux &#233;l&#233;ments de langage, &#224; la fabrication en cha&#238;ne des fantasmagories, &#224; la mobilisation des affects les plus r&#233;actifs. Ces rideaux de fum&#233;e sont le truchement n&#233;cessaire de la restauration et de la mise au pas, sur le terrain, dans leurs formes les plus obscurantistes et violentes &#8211; le retour de l'h&#233;g&#233;monisme et du supr&#233;maciste dans leurs formes les plus d&#233;complex&#233;es, entre autres. La r&#233;gression trumpiste a une couleur, elle est blanche, m&#234;me et surtout quand les figures qui la promeuvent ne le sont, elles, pas tout &#224; fait, voire pas du tout &#8211; un enjeu, donc, non pas de blancheur mais de blanchit&#233;, laquelle se tient dans les t&#234;tes et les conduites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute ce livre prend-il trop pour argent comptant cette id&#233;e v&#233;hicul&#233;e par les courants dominants dans la philosophie occidentale &#224; la fin du si&#232;cle dernier : civiliser le domaine politique et donc, dans les termes du projet moderne, promouvoir la d&#233;mocratie, cela passe par la d&#233;- biologisation de ce domaine, c'est-&#224;-dire par un &#233;loignement syst&#233;matique, dans la d&#233;finition des principes et des valeurs fondant le gouvernement des soci&#233;t&#233;s modernes, de toute r&#233;f&#233;rence au domaine biologique et aux notions s'y rapportant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce point l'ouvrage de Barbara Stiegler, Nietzsche et la vie, une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette orientation trouve notamment son fondement dans le traumatisme d&#233;coulant de l'usage que fit le nazisme de ces r&#233;f&#233;rences &#224; la biologie pour fonder son supr&#233;macisme racial et mettre en &#339;uvre les exterminations qui en d&#233;coulent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour autant, il n'en demeure pas moins patent que le c&#339;ur et le fleuron de la d&#233;mocratie occidentale, dans ses formes les plus avanc&#233;es, &#224; partir des ann&#233;es 1930 et surtout des lendemains de la Seconde guerre mondiale, c'est le &lt;i&gt;welfare state&lt;/i&gt;. Or celui-ci est bien avant tout une politique du vivant, destin&#233;e &#224; am&#233;liorer les conditions g&#233;n&#233;rales de l'existence de la majorit&#233; des populations qu'elle prend en charge. Ce gouvernement des vivants trouve son point d'implication dans les corps avant tout, et il consiste avant tout en la mise en &#339;uvre de rationalit&#233;s instrumentales, de technologies et de dispositifs destin&#233;s &#224; rendre la vie de la majorit&#233; des vivants plus vivable &#8211; la promotion de la citoyennet&#233;, les id&#233;aux, les valeurs et les principes se tiennent &#224; l'arri&#232;re- plan de ces processus premiers, prioritaires, d'optimisation du vivant humain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on jette un regard r&#233;trospectif sur les soci&#233;t&#233;s occidentales blanches depuis la Seconde guerre mondiale, on s'avise ais&#233;ment du fait que c'est en premier lieu dans cette dimension, biologique et biopolitique, qu'ont &#233;t&#233; enregistr&#233;es les performances les plus probantes, &#224; l'&#233;chelle collective de la population comme &#224; l'&#233;chelle de la promotion des individus. C'est bien sur cette base solide que s'est r&#233;alis&#233; le consensus social qui a assur&#233; la stabilit&#233; et la continuit&#233; de ces ensembles jusqu'&#224; la fin du si&#232;cle dernier. Un pas plus avant, on pourrait aller jusqu'&#224; dire que la d&#233;mocratie, comme grande forme et appareil institutionnel, mais aussi comme r&#233;cit ou id&#233;ologie, ce n'est jamais, dans cette longue s&#233;quence que le bon visage ou le profil avantageux de la biopolitique soutenue par l'&#233;nerg&#233;tique du &#171; faire vivre &#187;. Les valeurs et les principes seraient ici avant tout la musique d'accompagnement de ces efforts de promotion du vivant humain.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est sur un mode tout n&#233;gatif que se d&#233;voile, au cours des deux premi&#232;res d&#233;cennies de ce si&#232;cle, le vrai visage de cet interface entre la d&#233;mocratie et la biopolitique en son &#226;ge d'or &#8211; lorsque les &#233;lites gouvernantes contemporaines se trouvent confront&#233;es &#224; de nouveaux d&#233;fis majeurs, in&#233;dits, et dont l'incidence se manifeste en premier lieu au plan de la politique des vivants : la g&#233;n&#233;ralisation et l'acc&#233;l&#233;ration de la crise environnementale, le r&#233;chauffement climatique, les pand&#233;mies, le retour en force du spectre de la guerre globale... C'est &#224; l'&#233;preuve de cette accumulation de crises que l'&#233;difice de la d&#233;mocratie institutionnelle ne tarde pas &#224; se l&#233;zarder et que, rapidement, il appara&#238;t que le roi (la d&#233;mocratie lib&#233;rale) est nu. En effet, au fil de ces tests, et notablement &#224; l'&#233;preuve (globale) de la pand&#233;mie covidienne, la diff&#233;rence entre le bon et le mauvais gouvernement s'affiche de fa&#231;on flagrante dans la dimension biopolitique, celle de la politique du vivant avant tout, et non pas dans la plus ou moins grande fid&#233;lit&#233; &#224; l'axiologie d&#233;mocratique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui fait, &#224; l'&#233;preuve de ces tests, la diff&#233;rence, c'est l'aptitude &#224; fonder une strat&#233;gie et des actions &#233;tablies sur des &#233;l&#233;ments de rationalit&#233; biopolitique (comment prot&#233;ger les populations, comment prendre en charge leurs int&#233;r&#234;ts sanitaires vitaux face &#224; des menaces massives, jusqu'ici inconnues ?), ceci bien davantage que le scrupule dans l'application &#224; s'en tenir rigoureusement au respect des principes de la d&#233;mocratie lib&#233;rale (tout ce qui se subsume sous le motif de la &#171; libert&#233; individuelle &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet si, d&#233;sormais, les d&#233;mocraties lib&#233;rales &#233;chouent de plus en plus massivement face &#224; ces tests, m&#234;me si c'est de fa&#231;on in&#233;gale et diff&#233;renci&#233;e, c'est avant tout parce qu'elles sont d&#233;sormais dans l'incapacit&#233; de respecter le pacte biopolitique implicite qui les liait aux populations (rendre l'existence collective toujours plus vivable) &#8211; ou bien alors, plut&#244;t, parce qu'elles n'y adh&#232;rent plus, parce qu'elles s'en sont d&#233;tourn&#233;es. De fa&#231;on toujours plus criante, l'invocation perp&#233;tuelle des valeurs et des principes y est devenue le cache-mis&#232;re des faillites accumul&#233;es dans la dimension du gouvernement des vivants. La r&#233;f&#233;rence aux valeurs est devenue, au temps o&#249; toutes les &#233;lites gouvernantes, dans les d&#233;mocraties occidentales, se sont converties au n&#233;o- lib&#233;ralisme, de pures incantations destin&#233;es &#224; masquer la mont&#233;e de l'obscurantisme et de la d&#233;saffection dans l'horizon biopolitique : dans la plupart des d&#233;mocraties occidentales, les gouvernements en place n'ont pas &#233;t&#233; &#224; la hauteur de leurs responsabilit&#233;s lorsque est survenue l'&#233;preuve de la pand&#233;mie covidienne, certains, comme aux &#201;tats-Unis, ont cultiv&#233; &#224; cette occasion un obscurantisme et un d&#233;ni de la r&#233;alit&#233; dont les secteurs les plus expos&#233;s de la population ont pay&#233; le prix accablant, un d&#233;ni qui se retrouve dans le r&#233;visionnisme qui prosp&#232;re d&#233;sormais sous ces latitudes en mati&#232;re environnementale et climatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;checs et ces faillites exposent en pleine lumi&#232;re les trompe-l'&#339;il du d&#233;corum d&#233;mocratique. Comme l'a &#233;tabli Foucault, les pouvoirs modernes trouvent leurs assises solides avant tout dans l'exercice du pouvoir sur la vie des populations qu'elles gouvernent et non pas sur la mise en &#339;uvre de la souverainet&#233; sur un mode d&#233;mocratique. Ces pouvoirs trouvent, dans leur &#226;ge d'or, leur l&#233;gitimit&#233; aux yeux des populations &#224; promouvoir des formes de vie per&#231;ues comme progressivement am&#233;lior&#233;es et constamment am&#233;liorables, bien davantage que dans la promotion des id&#233;aux ou des id&#233;alit&#233;s associ&#233;s &#224; la d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question pressante aujourd'hui serait de savoir ce qui se dessine sur la ligne d'horizon quand, &#224; l'&#233;vidence, les d&#233;mocraties lib&#233;rales ne sont plus en mesure de mettre en &#339;uvre ce programme biopolitique (ou quand elles ne sont plus orient&#233;es dans cette direction). A l'&#233;vidence, les d&#233;mocraties lib&#233;rales r&#233;orient&#233;es dans le sens du n&#233;o- lib&#233;ralisme et rong&#233;es par le virus &#171; illib&#233;ral &#187; sont des biocraties dont le maquillage humaniste et droit de l'hommiste s'est d&#233;fait &#224; l'&#233;preuve des d&#233;fis du pr&#233;sent ; elles ont totalement rompu avec l'esprit et le programme de l'&#201;tat social, le seul sujet collectif sur lequel elles conservent aujourd'hui les yeux riv&#233;s est l'idole &#201;conomie, les vivants &#233;tant d&#233;sormais per&#231;us comme de simples accessoires de cette toute-puissante d&#233;it&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'&#233;preuve de tests comme la pand&#233;mie covidienne ou les enjeux environnementaux du pr&#233;sent, ce qui s'effondre est tout simplement l'&#233;difice discursif qui, apr&#232;s la chute de l'empire sovi&#233;tique, avait impos&#233; sa fallacieuse &#233;vidence &#8211; celle d'une sup&#233;riorit&#233; intrins&#232;que et naturelle du r&#233;gime d&#233;mocratique et du lib&#233;ralisme &#233;conomique, son fr&#232;re jumeau, sur ses concurrents, &#224; commencer par les r&#233;gimes &#171; socialistes &#187; de diff&#233;rentes teintures et moutures. C'est qu'il est notoire que la Chine, le Vietnam ou Cuba ont r&#233;alis&#233;, dans le contexte de la pand&#233;mie covidienne, des performances incomparablement sup&#233;rieures &#224; celles de pays comme l'Italie, les &#201;tats-Unis ou, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt;, le Br&#233;sil ou l'Inde, &#171; la d&#233;mocratie la plus peupl&#233;e du monde &#187;. C'est toute la th&#233;odic&#233;e de la d&#233;mocratie lib&#233;rale, revenue en majest&#233; sur les ruines de l'empire sovi&#233;tique qui s'est fracass&#233;e sur l'&#233;cueil de la pand&#233;mie covidienne, comme elle continue de le faire &#224; l'&#233;preuve du r&#233;chauffement climatique et des grandes questions environnementales ; comme elle se fracasse, aussi bien, sur l'agencement toujours plus massif et compact des dispositions fascistes du pr&#233;sent sur les appareils de la d&#233;mocratie lib&#233;rale. Les compatibilit&#233;s, nagu&#232;re inconcevables, qui se d&#233;couvrent ici d&#233;masquent l'imposture du discours mis en forme par Francis Fukuyama, et qui avait impos&#233; son autorit&#233; dans le temps o&#249; j'&#233;crivais &lt;i&gt;Le corps de l'ennemi&lt;/i&gt; : le triomphe historique et d&#233;finitif de la d&#233;mocratie lib&#233;rale n'aura gu&#232;re dur&#233; plus de deux d&#233;cennies...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Francis Fukuyama, La fin de l'histoire et le dernier homme, Flammarion, 1992.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le visage de la d&#233;mocratie lib&#233;rale aujourd'hui emprunte toujours davantage ses traits &#224; la dictature schmittienne et toujours moins aux id&#233;aux des p&#232;res fondateurs de la d&#233;mocratie am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime d'histoire sous lequel nous vivons aujourd'hui n'est pas du tout, comme le sugg&#233;rait &lt;i&gt;Le corps de l'ennemi&lt;/i&gt;, f&#251;t-ce avec force b&#233;mols, port&#233; par l'&#233;nerg&#233;tique de la pacification des espaces et des m&#339;urs politiques, c'est &lt;i&gt;la terreur&lt;/i&gt;, inscrite dans un horizon o&#249; le retour de la guerre &#224; l'&#233;chelle globale appara&#238;t de plus en plus in&#233;luctable. L'an&#233;antissement de Gaza n'est pas, dans ce contexte, l'exception horrifique, le d&#233;bordement scandaleux d'une &lt;i&gt;hybris&lt;/i&gt; hors-contr&#244;le, c'est un &lt;i&gt;signe d'histoire&lt;/i&gt;, un signe diagnostique et pronostique qui nous conduit au c&#339;ur de ce qui constitue la texture de notre pr&#233;sent (dans la dimension de l'Histoire), de ce qui dessine la singularit&#233; de l'&#233;poque &#8211; ce qui se d&#233;voile &#224; Gaza (mais aussi bien dans la guerre civile sans fin qui ravage la R&#233;publique du Congo ou les man&#339;uvres &#224; haut risque de l'alliance occidentale en mer de Chine &#8211; c'est la matrice de l'&#233;poque).&lt;br class='autobr' /&gt;
On en vient ici &#224; se demander si tout le d&#233;veloppement (sur lequel s'attarde &lt;i&gt;Le corps de l'ennemi&lt;/i&gt;) d'une dynamique de pacification dont la d&#233;mocratie occidentale fut, au XXe si&#232;cle l'&#233;claireur et le mod&#232;le (avec ses attributs singuliers, le parlementarisme et la citoyennet&#233;) n'aurait pas &#233;t&#233; (plut&#244;t que la manifestation d'un mouvement de fond, inscrit dans les profondeurs de la civilisation) une incidente, une parenth&#232;se enchant&#233;e, un instant de suspens d'une histoire demeurant plac&#233;e sous le signe du d&#233;sastre &#8211; de la production du chaos et de l'affrontement perp&#233;tuel... Apr&#232;s tout, le XXe si&#232;cle, &#226;ge d'or de la d&#233;mocratie lib&#233;rale en Occident, demeure en premier lieu l'&#226;ge des guerres mondiales, des massacres coloniaux, des d&#233;colonisations sanglantes, de l' &#171; invention &#187; du g&#233;nocide.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'invention et l'extension de la d&#233;mocratie, en ce sens, ne prosp&#232;rent que sur fond de continuit&#233; de ce que Foucault appelait l'histoire massacrante. Le retour en force de la terreur comme figure surplombant notre actualit&#233; ne ferait au fond que r&#233;tablir explicitement les continuit&#233;s (provisoirement masqu&#233;es par le bref moment d'enchantement d&#233;mocratique) de l'histoire &lt;i&gt;terrible&lt;/i&gt; &#8211; celle que Hegel compare un &#233;tal de boucherie (ou un autel ?) sur lequel saigne le destin des peuples &#8211; les Palestiniens aujourd'hui &#8211; en pr&#233;lude &#224; d'autres d&#233;sastres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hegel, La Raison dans l'Histoire (1822).&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit avec le retour en force de Trump, les forces de mort se donnent d&#233;sormais libre cours dans les formes de gouvernement dominantes dans les post- d&#233;mocraties occidentales &#8211; le gouvernement au m&#233;pris de toute &lt;i&gt;common decency&lt;/i&gt; &#8211; c'est cela qui a d&#233;sormais, dans la plus puissante des d&#233;mocraties force de loi et qui, dans le monde occidental, cr&#233;e un formidable d'appel d'air ; et c'est bien, dans son fondement m&#234;me, &#171; viva la muerte ! &#187;, le slogan nihiliste chauff&#233; &#224; blanc, devenu le cri de ralliement et le pain quotidien de la gouvernementalit&#233; post- d&#233;mocratique en Occident et dans le monde blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici donc bien &#233;loign&#233;s, et c'est peu de le dire, des envol&#233;es enflamm&#233;es et des proph&#233;ties vertueuses de Hugo et Renan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Alain Brossat&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Norbert Elias, &lt;i&gt;Le proc&#232;s de la civilisation&lt;/i&gt; (1939).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alors m&#234;me qu'il n'y a pas si longtemps, le &#171; g&#233;nocide ou&#239;gour &#187; imaginaire fabriqu&#233; par la propagande antichinoise trouvait de solides relais au plus haut niveau dans les appareils politiques et m&#233;diatiques occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce point le livre de Luciano Canfora, &lt;i&gt;La d&#233;mocratie, histoire d'une id&#233;ologie&lt;/i&gt;, Seuil, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce point l'ouvrage de Barbara Stiegler, &lt;i&gt;Nietzsche et la vie, une nouvelle histoire de la philosophie&lt;/i&gt;, Gallimard, Folio, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Francis Fukuyama, &lt;i&gt;La fin de l'histoire et le dernier homme&lt;/i&gt;, Flammarion, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hegel, &lt;i&gt;La Raison dans l'Histoire&lt;/i&gt; (1822).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;&#233;dition - &#171; Ennemis mortel &#187;. Les origines coloniales de l'islamophobie fran&#231;aise</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1486</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Republication, par les &#233;ditions La Br&#232;che, de &#171; Ennemis mortel &#187;. Les origines coloniales de l'islamophobie fran&#231;aise paru pour la premi&#232;re fois en 2019 avec un titre l&#233;g&#232;rement diff&#233;rent &#224; La D&#233;couverte. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Par les sinistres temps pr&#233;sents, j'ai la faiblesse de croire que ce livre demeure utile pour r&#233;sister &#224; la doxa islamophobe partag&#233;e des extr&#234;mes-droites &#224; de pr&#233;tendus progressistes qui affirment d&#233;fendre la la&#239;cit&#233; et les &#171; valeurs &#187; de la France tr&#232;s r&#233;publicaine lors m&#234;me qu'ils les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Republication, par les &#233;ditions La Br&#232;che, de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://la-breche.com/product/21693&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Ennemis mortel &#187;. Les origines coloniales de l'islamophobie fran&#231;aise&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; paru pour la premi&#232;re fois en 2019 avec un titre l&#233;g&#232;rement diff&#233;rent &#224; La D&#233;couverte.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Par les sinistres temps pr&#233;sents, j'ai la faiblesse de croire que ce livre demeure utile pour r&#233;sister &#224; la doxa islamophobe partag&#233;e des extr&#234;mes-droites &#224; de pr&#233;tendus progressistes qui affirment d&#233;fendre la la&#239;cit&#233; et les &#171; valeurs &#187; de la France tr&#232;s r&#233;publicaine lors m&#234;me qu'ils les travestissent.&#034;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Olivier Le Cour Grandmaison&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des esprits h&#226;tifs ont r&#233;ussi &#224; transformer en &#034;v&#233;rit&#233;&#034; m&#233;diatique et politique un stup&#233;fiant mensonge par omission. En d'autres circonstances, une telle faute aurait disqualifi&#233; leurs auteurs. Dans la conjoncture pr&#233;sente, il n'en est rien. Aur&#233;ol&#233;s du statut d'essayiste &#224; succ&#232;s, ces faiseurs de livres se r&#233;pandent dans les m&#233;dias en soutenant que le terme islamophobie a &#233;t&#233; forg&#233; en 1979 par les mollahs iraniens suite au retour de l'imam Khomeiny &#224; T&#233;h&#233;ran, ou par les Fr&#232;res musulmans en Egypte. Les fonctions de ce n&#233;ologisme pr&#233;tendu : disqualifier toute critique de l'islam et victimiser les musulmans qui, en Occident, subiraient d'improbables discriminations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mensonge, en effet. Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, islamophobie est d'usage courant chez certains sp&#233;cialistes fran&#231;ais de la colonisation dans un contexte o&#249; les travaux de Ernest Renan ont scientifiquement &#233;tabli, pense-t-on alors, la dangerosit&#233; essentielle de l'islam. De m&#234;me pour ses adeptes tenus pour des barbares qui font peser des menaces existentielles sur l'empire colonial. Etudier ces repr&#233;sentations, leurs &#233;volutions et leurs cons&#233;quences pour les colonis&#233;-e-s hier, pour les premiers concern&#233;-s-e aujourd'hui, tel est l'objet de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#233;dition : ao&#251;t 2025&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Parution - CLARIFICATIONS, par Houria Bouteldja et Alain Brossat. Entretien men&#233; par Marianne VL Klopewicz</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1458</link>
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		<dc:date>2025-06-03T08:49:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Alain Brossat est ancien militant historique de la LCR ancr&#233; dans une lecture anti-imp&#233;rialiste de la politique. Houria Bouteldja est la cofondatrice du QG D&#233;colonial et une figure de proue de l'antiracisme politique. Dans cet entretien exigeant, les deux penseur&#183;ses et militant&#183;es clarifient leurs divergences et leurs convergences autour de la religion,du racisme, de l'&#201;tat, du fascisme et de l'imp&#233;rialisme. Alors que ces positions clivent encore celles et ceux qui luttent pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Alain Brossat&lt;/strong&gt; est ancien militant historique de la LCR ancr&#233; dans une lecture anti-imp&#233;rialiste de la politique. &lt;strong&gt;Houria Bouteldja&lt;/strong&gt; est la cofondatrice du QG D&#233;colonial et une figure de proue de l'antiracisme politique. Dans cet entretien exigeant, les deux penseur&#183;ses et militant&#183;es clarifient leurs divergences et leurs convergences autour de la religion,du racisme, de l'&#201;tat, du fascisme et de l'imp&#233;rialisme. Alors que ces positions clivent encore celles et ceux qui luttent pour l'&#233;mancipation, rendant parfois les discussions impossibles, nos deux auteur&#183;es reviennent sur leurs parcours politiques et philosophiques loin des calomnies, sans pour autant feindre le consensus de leurs h&#233;ritages. Une conversation n&#233;cessaire dans la fascisation acc&#233;l&#233;r&#233;e en cours. &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_905 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/capture-6.jpg' width='203' height='670' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des &#171; lieux de non-m&#233;moire &#187;. Le grand r&#233;cit occidental de la Colonie au prisme du cin&#233;ma</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1437</link>
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		<dc:date>2025-04-09T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;dric Cagnat</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Recension - A. Brossat, L'imaginaire colonial au cin&#233;ma. Qu'est-ce qu'un film colonial ?, Eterotopia, 2025 &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son dernier ouvrage en date, paru r&#233;cemment aux indispensables &#233;ditions Eterotopia, Alain Brossat poursuit un travail entam&#233; voil&#224; presque quinze ans autour de l'art cin&#233;matographique. &#171; Autour &#187;, car on le verra, ici comme dans les publications qui s'attachaient au m&#234;me objet, si les films forment bien le noyau de l'analyse serr&#233;e qu'ils permettent d'amorcer, il s'agit toujours, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Recension&lt;/strong&gt; - &lt;a href=&#034;https://www.eterotopiafrance.com/catalogue/limaginaire-colonial-au-cinema/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A. Brossat, &lt;i&gt;L'imaginaire colonial au cin&#233;ma. Qu'est-ce qu'un film colonial ?&lt;/i&gt;, Eterotopia, 2025&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier ouvrage en date, paru r&#233;cemment aux indispensables &#233;ditions Eterotopia, Alain Brossat poursuit un travail entam&#233; voil&#224; presque quinze ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La premi&#232;re &#233;tude substantielle consacr&#233;e &#224; un film &#8211; The Servant, de Joseph (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; autour de l'art cin&#233;matographique. &#171; Autour &#187;, car on le verra, ici comme dans les publications qui s'attachaient au m&#234;me objet, si les films forment bien le noyau de l'analyse serr&#233;e qu'ils permettent d'amorcer, il s'agit toujours, en derni&#232;re instance, de les d&#233;border, d'en outrepasser les &#233;l&#233;ments narratifs et visuels afin d'y puiser quelque motif politique relativement &#224; l'&#233;poque qui est la n&#244;tre, autant qu'&#224; l'histoire longue qui en a conditionn&#233; les contenus et la structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; cette fa&#231;on particuli&#232;re d'aborder le cin&#233;ma s'ajoute une autre ligne de continuit&#233; avec les travaux pr&#233;c&#233;dents de l'auteur ; continuit&#233; d'ordre th&#233;matique faisant de ce livre une sorte de carrefour o&#249; viennent se croiser un certain nombre des pr&#233;occupations analytiques et critiques qui jalonnent, depuis longtemps elles aussi, les cheminements d'une abondante production textuelle. A partir de l'&#233;laboration du concept de &#171; film colonial &#187;, point nodal de cette &#233;tude, et qui en est l'innovation th&#233;orique principale, Alain Brossat r&#233;investit en effet ce que l'on pourrait identifier comme les trois grandes lignes probl&#233;matiques auxquelles se sont principalement attel&#233;es ses recherches ant&#233;rieures, en tissant d&#233;j&#224; entre elles diverses correspondances, mais sans jamais atteindre cette densit&#233; synth&#233;tique dont r&#233;sulte &lt;i&gt;L'imaginaire colonial au cin&#233;ma&lt;/i&gt; : 1- la notion de &#171; guerre des esp&#232;ces &#187;, matrice politique relationnelle dont les deux p&#244;les antagoniques ont d'abord &#233;t&#233; occup&#233;s par la pl&#232;be et le patriciat, souvent individualis&#233;s &#224; travers les figures du serviteur et de son ma&#238;tre, avant que s'op&#232;re un infl&#233;chissement de l'analyse vers la dualit&#233; oppositionnelle des races &#8211; au sens social et politique du terme, &#233;videmment ; 2- la question du diff&#233;rend postcolonial, li&#233; au d&#233;ficit de reconnaissance historique et politique par les anciens empires europ&#233;ens de leur pass&#233; de violences et de pr&#233;dations, et aux effets qu'induit un tel d&#233;ficit sur les rapports fractur&#233;s entre les Etats et la communaut&#233; de leurs citoyens qui se trouve d&#233;positaire de ce pass&#233; ; 3- le motif de l'h&#233;g&#233;monie occidentale et des &#171; valeurs &#187; &#8211; la d&#233;mocratie exportable, l'universalisme&#8230; &#8211; au moyen desquelles se perp&#233;tue, s'&#233;tend et se l&#233;gitime, sous les esp&#232;ces d'une innocence essentielle fantasmatique, son entreprise de domination globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'aune de l'historiographie ordinaire du cin&#233;ma et de sa taxonomie admise, les films dans lesquels se donne &#224; appr&#233;hender une telle configuration th&#233;matique appartiennent &#224; des genres nettement h&#233;t&#233;rog&#232;nes : &#171; le &#8220;drame amoureux&#8221;, le film de guerre, le western, le film d'aventures romantiques en Technicolor, le film d'exploration, le film noir, m&#234;me, parfois&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Brossat, L'imaginaire colonial au cin&#233;ma. Qu'est-ce qu'un film colonial (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale de l'analyse, le &lt;i&gt;film colonial&lt;/i&gt; ne vient donc pas prendre place aux c&#244;t&#233;s de ces genres plus ou moins bien circonscrits pour en gratifier la liste d'une variante suppl&#233;mentaire, et qui se situerait avec eux sur le m&#234;me plan classificatoire, mais il se pr&#233;sente comme une sorte de cat&#233;gorie englobante &#224; m&#234;me de subsumer les films les plus g&#233;n&#233;riquement divers, pour peu qu'ils partagent un certain nombre de traits caract&#233;ristiques, ceux-l&#224; m&#234;mes qui justifient la mise au jour de ce concept in&#233;dit &#8211; un &lt;i&gt;sur-genre&lt;/i&gt;, pourrait-on dire, auquel le m&#233;rite premier de ce livre est de fournir une identit&#233; et un nom. Car, y insiste son auteur, le plus patent parmi ces traits consiste dans l'occultation syst&#233;matique, moins d&#233;lib&#233;r&#233;e qu'inconsciente, dont a fait l'objet jusqu'ici le film colonial. C'est que le d&#233;ni de son existence, de la part d'une histoire du cin&#233;ma qu'il a pourtant nourrie avec la constance la plus inv&#233;t&#233;r&#233;e, ne fait que prolonger une dialectique fig&#233;e de la pr&#233;sence-absence, dualit&#233; paradoxale o&#249; ce qui appara&#238;t s'av&#232;re imm&#233;diatement destin&#233; &#224; &#234;tre forclos, que le lecteur retrouvera comme un leitmotiv dans maints passages de cette &#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sence de la Colonie, bien entendu, matrice d&#233;finitoire commune aux multiples et diverses productions cin&#233;matographiques qu'elle r&#233;unit, manifest&#233;e le plus souvent &#224; travers l'apparition de &#171; corps subalternes &#187; marqu&#233;s par une v&#234;ture et des usages st&#233;r&#233;otypiquement pittoresques, une langue d&#233;grad&#233;e et un rapport servile tant&#244;t grotesque, tant&#244;t caricaturalement obs&#233;quieux aux ma&#238;tres blancs ; mais dans le m&#234;me temps &lt;i&gt;absent&#233;s&lt;/i&gt; dans leur rel&#233;gation au statut d'&#233;l&#233;ments du d&#233;cor, assimil&#233;s aux paysages ou &#224; la faune sauvage, arri&#232;re-plan exotique et divertissant d'une intrigue dont les enjeux narratifs &lt;i&gt;authentiquement humains&lt;/i&gt; ne concernent que des protagonistes quant &#224; eux clairement individualis&#233;s et, avec la spontan&#233;it&#233; de l'&#233;vidence subconsciente, identifi&#233;s comme incarnations exclusives de la civilisation, celle de la blanchit&#233; occidentale. Cette naturalisation des corps subalternes, en escamotant la dimension sociale et politique qu'exemplifient au cours du film les diff&#233;rentes interactions du colonisateur et du colonis&#233;, &#233;vince du m&#234;me coup la matrice coloniale elle-m&#234;me, pr&#233;sente en tant que milieu, fond et atmosph&#232;re de la narration, mais simultan&#233;ment &#233;vacu&#233;e, &#233;lud&#233;e, rendue &#233;vanescente dans ce qui en constitue l'essence : un rapport de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une op&#233;ration assez similaire s'applique &#224; la cohabitation paradoxale, dans le film colonial, d'une certaine dimension m&#233;morielle avec des dispositifs conjoints d'effacement de la r&#233;alit&#233; historique mis en &#339;uvre au travers des constructions fictionnelles et des images qui les visibilisent. La matrice coloniale se d&#233;ploie en effet le plus souvent sous la forme de mondes r&#234;v&#233;s dont les aspects se r&#233;duisent int&#233;gralement &#224; leur fonction de divertissement, de d&#233;paysement, et en cons&#233;quence susceptibles d'occuper les cadres g&#233;ographiques et temporels les plus vari&#233;s, mais stylis&#233;s &#224; l'extr&#234;me, transfigur&#233;s jusqu'au point o&#249; est rendue imperceptible toute trace de ce que fut le r&#233;el de l'entreprise coloniale et de ses conditions massacrantes. C'est &#224; ce titre que le film colonial se trouve radicalement priv&#233; de toute valeur informative quant &#224; ce r&#233;el. Toutefois, si le pass&#233; y est absent&#233; en toute bonne conscience, le film colonial ne se pr&#233;sente pas moins &#224; l'analyse comme le conservateur d'une certaine &lt;i&gt;m&#233;moire&lt;/i&gt;, non pas de ce qui a &#233;t&#233;, mais de ce qui a fait, et fait encore, l'objet d'un opini&#226;tre et permanent &lt;i&gt;oubli&lt;/i&gt; : la Colonie elle-m&#234;me ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, la Colonie &lt;i&gt;en tant&lt;/i&gt; qu'elle a toujours &#233;t&#233; l'effac&#233;e et l'oubli&#233;e, de l'histoire comme des fictions cin&#233;matographiques auxquelles elle a fourni l'&#233;crin enchant&#233;. Le film colonial est en ce sens la m&#233;moire d'un oubli, le monument ou l'archive d'une c&#233;cit&#233; et d'une amn&#233;sie ininterrompues &#8211; un &#171; lieu de non-m&#233;moire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne sera pas inutile d'ajouter, pour finir, qu'&#224; ces innovations th&#233;oriques l'auteur a pris soin d'adjoindre, diss&#233;min&#233;es au fil du texte sous la forme de d&#233;veloppements autonomes, un nombre substantiel d'analyses consacr&#233;es chacune &#224; un film particulier, permettant des aller-retour fort &#233;clairants pour le lecteur entre explorations conceptuelles et illustrations par l'exemple. Outre les passionn&#233;-e-s de cin&#233;ma qui feront leur miel de ce livre, nul doute que celles et ceux qu'int&#233;ressent les recherches d&#233;coloniales y verront une contribution d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;C&#233;dric Cagnat&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La premi&#232;re &#233;tude substantielle consacr&#233;e &#224; un film &#8211; &lt;i&gt;The Servant&lt;/i&gt;, de Joseph Losey &#8211; et recueillie en volume constitue le chapitre final de &lt;i&gt;Le pl&#233;b&#233;ien enrag&#233;. Une contre-histoire de la modernit&#233; de Rousseau &#224; Losey&lt;/i&gt;, Le Passager clandestin, 2013. Depuis, outre de nombreux articles et conf&#233;rences diss&#233;min&#233;s, plusieurs livres se sont succ&#233;d&#233; qui ont le cin&#233;ma pour th&#232;me central : avec Jean-Gabriel P&#233;riot, &lt;i&gt;Ce que peut le cin&#233;ma. Conversations&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2018 ; &lt;i&gt;Des peuples et des films&lt;/i&gt;, Rouge profond, 2020 ; &lt;i&gt;Comparer l'incomparable. Naissance d'une nation et Le Juif S&#252;ss&lt;/i&gt;, De l'incidence, 2021 ; &lt;i&gt;Le Diable est dans les d&#233;tails, suivi de Le cin&#233;ma comme fabrique de la grammaire des esp&#232;ces&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 2021 ; &lt;i&gt;Maquiller ou d&#233;maquiller le r&#233;el ? Le cin&#233;ma en premi&#232;re ligne&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Brossat, &lt;i&gt;L'imaginaire colonial au cin&#233;ma. Qu'est-ce qu'un film colonial ?&lt;/i&gt;, Eterotopia, 2025, p.5.&lt;/p&gt;
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