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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Le populisme est-il un ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;moderne ? Une lecture de &#171; Filosofie del populismo &#187; de Nicolao Merker</title>
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		<dc:date>2018-11-29T16:06:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Reggente Savino Claudio</dc:creator>


		<dc:subject>peuple</dc:subject>
		<dc:subject>populisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le vingt-cinq f&#233;vrier 2012, &#171; une vall&#233;e enti&#232;re &#8211; un peuple &#8211; de milliers de gens, de vieux, de jeunes, de femmes et de gamins, de paysans, d'ouvriers, de petits entrepreneurs et de commer&#231;ants, la population, remplissent les rues, les champs environnants, les ronds-points et les bourgs pour dire non &#224; la TAV &#187;. Dans ce bref r&#233;cit, t&#233;moignage d'une des r&#233;centes manifestations organis&#233;es contre le projet des trains &#224; grande vitesse en Val de Susa, on peut clairement rep&#233;rer deux dimensions (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=54" rel="tag"&gt;peuple&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=104" rel="tag"&gt;populisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le vingt-cinq f&#233;vrier 2012, &#171; une vall&#233;e enti&#232;re &#8211; un peuple &#8211; de milliers de gens, de vieux, de jeunes, de femmes et de gamins, de paysans, d'ouvriers, de petits entrepreneurs et de commer&#231;ants, la population, remplissent les rues, les champs environnants, les ronds-points et les bourgs pour dire non &#224; la TAV &#187;. Dans ce bref r&#233;cit, t&#233;moignage d'une des r&#233;centes manifestations organis&#233;es contre le projet des trains &#224; grande vitesse en Val de Susa, on peut clairement rep&#233;rer deux dimensions constitutives d'un discours populiste : la composition socio-anthropologique des sujets qui prennent part &#224; la grande marche et la demande autour de laquelle ces sujets, apparemment bien h&#233;t&#233;rog&#232;nes, peuvent s'unifier, peuvent devenir peuple. Or, peut &#234;tre qu'&#224; la base de cette populisation de sujets h&#233;t&#233;rog&#232;nes l'on peut retrouver un autre facteur, aussi d&#233;terminant que les deux autres : le localisme, comme facteur agr&#233;geant une collectivit&#233; dans un peuple. Mais, un peuple, qui vient de se constituer autour d'une bataille en faveur d'un territoire commun bien d&#233;termin&#233; peut-il &#234;tre caract&#233;ris&#233; sous l'&#233;tiquette ethnologique de communaut&#233; tribale ? Le contraire n'est-il pas vrai, autour d'une bataille qui est avant tout locale, comme celle de la population du Val de Susa contre la TAV, peuvent s'encha&#238;ner d'autres batailles qui n'ont rien &#224; voir avec la dimension locale particuli&#232;re ? Si, comme l'affirme Merker, &#171; dans les contenus de n'importe quel populisme est implicite, comme &#233;l&#233;ment g&#233;n&#233;ral, le tribalisme &#187; qui, &#224; la fois, &#171; est un synonyme de protectionnisme, isolationnisme et fermeture en soi-m&#234;me &#187;, comment expliquer alors l'encha&#238;nement et le branchement de diff&#233;rentes batailles, d&#233;rivant elles-m&#234;mes de diff&#233;rentes demandes insatisfaites, sur la bataille n&#233;cessairement locale du peuple NO-TAV ? Jusqu'&#224; quelles limites peut-on encore parler d'un populisme fond&#233; sur l'id&#233;e d'une &#171; communaut&#233; tribale &#187; et, par contre, apr&#232;s quel seuil d'agr&#233;gation de demandes &#233;quivalentes peut-on commencer &#224; parler de construction et articulation d&#233;mocratique d'un peuple ? Le seuil de d&#233;marcation entre ces deux diff&#233;rentes articulations du peuple peut-il &#234;tre envisag&#233;, d'un point de vue th&#233;orique, comme un seuil de partage entre Pr&#233;moderne et Moderne ? Dans quelle mesure le &#171; mod&#232;le de vie tribale &#187;, ancr&#233; sur une id&#233;ologie localiste et de l'exclusion, repr&#233;senterait-il un ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;moderne face aux &#171; conceptions lib&#233;rales-d&#233;mocratiques (et leurs d&#233;riviations historiques) d&#233;rivant, en ligne de principe, du d&#233;passement de la vie tribale &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La nettet&#233; avec laquelle Nicolao Merker pr&#233;sume partager le Pr&#233;moderne du Moderne, &#171; la vie tribale &#187; d'une autre forme de soci&#233;t&#233; &#224; caract&#232;re plus inclusif, nous laisse, au fond, en quelque sorte insatisfaits, et h&#233;sitants sur les d&#233;bouch&#233;s qui en d&#233;coulent, d'autant plus si on la met en rapport avec les analyses &#233;labor&#233;es par Ernesto Laclau sur le populisme. Et c'est pour donner un fondement concret et r&#233;el &#224; notre h&#233;sitation th&#233;orique qu'on a d&#233;cid&#233; de commencer ce bref essai en faisant r&#233;f&#233;rence au &#171; peuple de la Val de Susa &#187;. Il s'agit bien d'un peuple ancr&#233; &#224; un territoire assez d&#233;limit&#233;, g&#233;ographiquement et institutionnellement, et donc li&#233; &#224; une entit&#233; spatiale d&#233;termin&#233;e, qui est en question ici, avec ses fronti&#232;res pour en d&#233;limiter l'extension. Et, pourtant, cette population qui se fait peuple &#224; l'appel, n&#233;cessairement populiste, de dire &#171; no &#224; la TAV &#187;, a r&#233;ussi &#224; &#233;largir sa prise identitaire, qui &#233;tait d'abord ancr&#233;e au local, pour devenir un des symboles de la lutte en faveur des biens communs et contre les diktats de la politique n&#233;o-lib&#233;rale men&#233;e par la communaut&#233; europ&#233;enne. Or, s'il est vrai, comme le dit Merker, qu'un des caract&#232;res du tribalisme est le protectionnisme, on serait enclin &#224; consid&#233;rer la bataille du peuple NO-TAV comme un ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;moderne &#8211; critique qui, d'ailleurs, vient constamment mobiliser par le parti favorable &#224; la TAV. Mais, et ici se trouve la question fondamentale de notre intervention critique, comment peut-on consid&#233;rer comme tribale, isolationniste, protectionniste et exclusive une bataille, c'est-&#224;-dire une &#171; r&#233;clamation &#187;, sur laquelle viennent s'encha&#238;ner toute une s&#233;rie d'autres demandes insatisfaites qui forment, finalement, ce que Laclau appelle une &#171; articulation &#233;quivalentielle &#187;, ou bien, une &#171; demande populaire &#187; ? L'exemple ci-dessus mentionn&#233;, &#224; propos du &#171; peuple de la Val de Susa &#187; contre le projet de la TAV, nous montre, au fond, que si l'on consid&#232;re le populisme comme un ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;moderne et, par cons&#233;quent, pr&#233;politique tout en l'opposant aux conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques, qui seraient, elles, l'&#233;panouissent du moderne et donc du politique, on n'arrive pas vraiment &#224; saisir la force et la prise qu'un discours populiste peut avoir aujourd'hui dans nos soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques. Si l'on continue &#224; vouloir appr&#233;hender le populisme comme un r&#233;sidu de formes d'agr&#233;gation des hommes pr&#233;moderne, tribale et pr&#233;politique, en le mettant dans un rapport d'opposition radicale aux conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques et leur d&#233;rivations historico-politiques, dont la R&#233;volution fran&#231;aise avec la D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen seraient le point d'entr&#233;e dans la modernit&#233; et donc le point d'institution de la politique moderne, on ne peut pas comprendre pourquoi le populisme, c'est-&#224;-dire le Pr&#233;moderne, peut avoir tellement de pr&#233;gnance et de succ&#232;s dans nos soci&#233;t&#233;s &#224; r&#233;gime politique lib&#233;ral-d&#233;mocratiques, c'est-&#224;-dire dans le Moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La question que l'on voudrait poser, ici, au texte de Nicolao Merker est la suivante : quel est le rapport entre un type de ph&#233;nom&#232;ne d'agr&#233;gation sociale comme le populisme et les soci&#233;t&#233;s lib&#233;ral-d&#233;mocratiques contemporaines o&#249;, n&#233;anmoins, ce ph&#233;nom&#232;ne vient &#224; &#233;tendre sa force de collecteur identitaire ? Dans le premier chapitre de son livre, Merker affirme tr&#232;s explicitement que &#171; les conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques [&#8230;] sont une boussole qui dans le contexte du monde occidental est, jusqu'&#224; maintenant, plus fonctionnelle que les autres &#187;, et cela parce que &#171; il s'agit en fait d'id&#233;es &#224; propos de la soci&#233;t&#233; civile, et concernant la fa&#231;on d'en g&#233;rer en mani&#232;re coll&#233;giale la sph&#232;re publique, qui ont accompagn&#233; [&#8230;] litt&#233;ralement l'enti&#232;re &#233;volution du monde moderne &#187;. En cons&#233;quence, en suivant la logique interne aux th&#232;ses de notre auteur, on serait plut&#244;t enclin &#224; appr&#233;hender le populisme, et ses diff&#233;rentes d&#233;clinaisons historiques et discursives, comme quelque chose de totalement &#233;trang&#232;re au monde moderne, comme, pour en donner une image, un cancer dans un corps que, en g&#233;n&#233;ral, on peut consid&#233;rer en bonne sant&#233;. Mais, toutefois, cette logique ne nous permet pas vraiment d'expliquer pourquoi ce corps, qui tout apparemment se maintient en bonne sant&#233; gr&#226;ce &#224; sa structure politique lib&#233;rale et d&#233;mocratique, puisse &#234;tre affect&#233; de plus en plus largement par le populisme. Il semblerait que le d&#233;fi lanc&#233; par la r&#233;volution du 89, dont les principes sont formalis&#233;s dans la D&#233;claration, c'est, au fond, un d&#233;fi du rationnel contre l'irrationnel, un d&#233;fi des facult&#233;s de la raison contre &#171; l'option mentale du fid&#233;isme &#187;, de l'&#233;valuation libre et rationnelle &#224; l'int&#233;rieur d'un champ plural d'argumentations discursives contre une rh&#233;torique &#233;motionnelle qui rendrait tout citoyen un sujet h&#233;t&#233;ronome, en tant que pris par cette rh&#233;torique des &#233;motions. &#192; ce stade, notre questionnement vient s'articuler dans ces termes : la raison populiste, selon Merker, trouverait-elle son propre fonctionnement &#8211; dirait-on, sa propre rationalit&#233; &#8211; dans une rh&#233;torique &#233;motionnelle et son fondement dans un v&#339;u fid&#233;iste ou, bien au contraire, il n'y a point de raison populiste parce que le populisme est un ph&#233;nom&#232;ne substantiellement irrationnel, &#233;motif ? Et, &#224; nouveau, comment expliquer alors la pr&#233;sence de ce r&#233;sidu irrationnel pr&#233;moderne dans nos soci&#233;t&#233;s pourtant modernes, fond&#233;es sur les principes de raison et libert&#233; dont tous les hommes ont &#233;t&#233; naturellement dot&#233;s et autours desquels prend forme notre sph&#232;re publique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cette question fondamentale Merker semble ne pas r&#233;pondre. Dans la tentative, men&#233;e au fil de toute son analyse, de mettre en relief &#171; certains aspects et &#233;l&#233;ments qu'on pourrait dire de pr&#233;-populisme [qui] se trouvent &#8211; peut-&#234;tre dans une forme pas tout &#224; fait manifeste en tant qu'ils affleurent seulement &#8211; aussi dans des intellectuels et philosophes importants &#187;, il ne vise qu'&#224; rep&#233;rer, &#224; travers cette liste, &#171; un d&#233;nominateur commun qui concerne la forme et un autre qui concerne les contenus &#187;. D'abord, &#171; la morphologie de fond consiste, au-del&#224; du contenu sp&#233;cifique de doctrines et programmes, dans une option mentale : c'est-&#224;-dire dans la conviction que le v&#233;ritable instrument pour affronter et r&#233;soudre les probl&#232;mes de l'univers-monde est le fid&#233;isme &#187; ; deuxi&#232;mement, &#171; dans le contenus de n'importe quel populisme est implicite, comme &#233;l&#233;ment g&#233;n&#233;ral, le tribalisme &#187;. Comme on le voit bien &#224; travers ces passages cruciaux , dans le but de d&#233;finir l'essence du populisme, Merker ne fait que s'appuyer sur une autre d&#233;finition, soit-elle le tribalisme ou le fid&#233;isme. En effet, m&#234;me s'il essaie d'expliciter la logique de formation des id&#233;ologies populistes en nous donnant aussi une liste approximative des caract&#232;res saillants gr&#226;ce auxquels un discours populiste peut se constituer, toutefois cela revient au seul but de sanctionner une opposition nette et radicale entre une s&#233;rie conceptuelle et historique, li&#233;e &#224; une &#233;poque pr&#233;moderne et pr&#233;politique &#8211; dont le termes seraient populisme-tribalisme-localisme &#8211; et une autre s&#233;rie li&#233;e &#224; une &#233;poque soi-disant moderne et pleinement politique &#8211; aff&#233;rents aux conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques-universalistes issues de la r&#233;volution de 89.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans une d&#233;finition qui vaut comme th&#232;se fondamentale de tout son livre, Merker affirme que le &#171; populisme est la r&#233;gression &#224; un concept de peuple rendu absolu, aprioriste et, surtout, mythifi&#233; [&#8230;] C'est en tout cas une entit&#233; indiff&#233;renci&#233;e dont on postule des &#8220;caract&#232;res nationaux&#8221; tr&#232;s g&#233;n&#233;raux comme une globale identit&#233; mythique &#224; laquelle toute autre identit&#233; serait subordonn&#233;e &#187;. &#192; ce point, le populisme semble n'avoir plus rien &#224; partager avec celles que Merker appelle les conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques qui seraient au fondement du monde moderne occidental .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut pr&#234;ter attention &#224; l'usage et &#224; la fr&#233;quence avec laquelle le terme de &#171; r&#233;gression &#187; para&#238;t dans le texte de notre auteur, du moment qu'il peut relever d'une conception de philosophie de l'histoire n&#233;e juste &#224; l'&#233;poque des Lumi&#232;res et soutenant toute son interpr&#233;tation du ph&#233;nom&#232;ne du populisme. En cons&#233;quence, l'usage du terme de &#171; r&#233;gression &#187;, rapport&#233; au populisme, pourrait nous indiquer le type de relation existant entre le Moderne et le Pr&#233;moderne, au cas o&#249; telle relation pourrait &#234;tre effectivement &#233;tablie. Pour Merker, le populisme, dans toutes ses diff&#233;rentes &#171; combinaisons de l'appara&#238;tre &#187; historique, est le signe d'une r&#233;gression &#224; des formes de vie tribale et &#224; des conceptions pr&#233;politiques et pr&#233;modernes agr&#233;geant une collectivit&#233;. C'est ce qu'on peut voir de mani&#232;re explicite dans les consid&#233;rations qu'il produit &#224; propos du nazisme, qui constitue, en substance, le spectre silencieux mais toujours revenant autour duquel s'articule une mise en examen d'un nombre de r&#233;f&#233;rences, de courants politiques et de textes philosophiques assez remarquable &#8211; de Edmund Burke &#224; de Maistre jusqu'&#224; Heidegger, en passant par le People's Party am&#233;ricain du d&#233;but XIX&#232;me si&#232;cle et le Risorgimento italien de la moiti&#233; du XVIII&#232;me. (Et ce n'est pas par hasard, donc, que Merker arrive &#224; affirmer que le &#171; populisme nazi [est] la forme la plus r&#233;alis&#233;e de populisme en tant que populisme d'&#201;tat &#187;). Le r&#233;sultat final produit par cette mise en examen, traversant le champ de la philosophie, de la litt&#233;rature et de la politique, est une conception du populisme entendu comme une &#171; entit&#233; indiff&#233;renci&#233;e &#187; mais autonome qui, bien qu'assez peu contournable, trouve dans l'image ethnologique de la communaut&#233; tribale l'&#233;l&#233;ment le plus caract&#233;risant. Le rep&#233;rage de ce noyau conceptuel &#8211; de cette marque &#8211; dans un texte de litt&#233;rature ou bien dans une programmation politique est un indice, sinon un signe, de populisme, c'est-&#224;-dire d'un retour au Pr&#233;moderne. Pour revenir au cas historique concernant l'id&#233;ologie populiste mis en place par le r&#233;gime nazi, Merker remarque comme dans l'usage du concept de Volkstum, dont &#171; la particularit&#233; nationale-populaire ethnique a une connotation de s&#233;paration et de fermeture en soi-m&#234;me, ce qui &#233;tait supprim&#233;e &#233;tait l'id&#233;e de nation qui &#233;tait entr&#233;e en elle par la R&#233;volution fran&#231;aise, c'est-&#224;-dire la composante universaliste des droits de citoyennet&#233; &#187;. Les id&#233;ologues en adoptant du national-socialisme le concept de Volkstum &#171; ce qui automatiquement r&#233;gressait &#233;tait le peuple-nation de valence politico-d&#233;mocratique moderne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le cas historique du nazisme met en pleine &#233;vidence une des caract&#233;ristiques constitutives d'un peuple produit par une id&#233;ologie populiste : le caract&#232;re pr&#233;politique de cette collectivit&#233;. Si Merker insiste tellement sur l'adoption d'une perspective du populisme entendu comme r&#233;gression, c'est dans le seul but de le mettre dans un rapport d'opposition radicale et inconciliable avec &#171; les valeurs d&#233;mocratico-politiques acquises par le concept de peuple en 89 &#187;. L'id&#233;e d'un peuple-nation &#224; caract&#232;re universaliste dont la matrice fondante est repr&#233;sent&#233;e par &#171; la collectivit&#233; de 89 pr&#233;dispos&#233;e, en vertu de sa structure, &#224; une inclusion de citoyens de plus en plus ample &#187;, produit de la R&#233;volution fran&#231;aise qui, selon Merker, est une r&#233;volution essentiellement lib&#233;ral-d&#233;mocratique, ne peut trouver aucun point de lien, d'ancrage, de continuit&#233; avec une forme de vie indiqu&#233;e sous l'&#233;tiquette ethnologique de tribalisme et consid&#233;r&#233;e comme pr&#233;politique. Pr&#233;politique puisque les hommes qui la forment n'ont pas choisi d'en faire partie ou, en d'autres termes, une communaut&#233; o&#249; les hommes n'ont pas eu la libert&#233;, ce que Merker appelle, de mani&#232;re pr&#233;sumable et selon une formule assez &#233;nigmatique, l'option mentale, de d&#233;cider les modalit&#233;s de constitution et de gestion d'une telle communaut&#233; et de sa sph&#232;re publique. Le caract&#232;re saillant d'une communaut&#233; de tel type consistera, alors, dans le fait que les individus en faisant partie &#171; sont h&#233;t&#233;ronomes. Qu'il s'agit d'un lien biologique dans un cas ou m&#233;taphysico-th&#233;ologique dans un autre, de toute fa&#231;on ceci me d&#233;passe parce qu'il m'emp&#234;che de muter, r&#233;viser, contr&#244;ler les valeurs sur lesquelles se base la collectivit&#233; &#187;. La R&#233;volution fran&#231;aise et les principes contenus dans la D&#233;claration institueraient donc, on l'a vu, le moment d'entr&#233;e dans la modernit&#233;, c'est-&#224;-dire, ce qui est la m&#234;me chose, le moment d'entr&#233;e dans une &#233;poque pleinement politique en tant que fond&#233;e sur des conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques. Aucun autre facteur historique, ni aucune autre id&#233;ologie, ne peuvent &#234;tre compt&#233;es parmi les &#233;l&#233;ments qui ont contribu&#233; au plein accomplissement de la modernit&#233; &#8211; ni la Commune parisienne, ni la doctrine marxiste, ni la lutte de la classe ouvri&#232;re entendue comme le sujet politique r&#233;volutionnaire. Rien de tout cela. Seulement et simplement &#171; les conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques (et leurs d&#233;rivations historiques) d&#233;rivant, en ligne de principe, du d&#233;passement de la vie tribale &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; ce point de notre intervention critique on retrouve ce que plus haut on avait signal&#233; comme une conception de philosophie de l'histoire n&#233;e juste &#224; l'&#233;poque des Lumi&#232;res et soutenant l'interpr&#233;tation du ph&#233;nom&#232;ne du populisme que notre auteur nous offre. Si effectivement on peut utiliser des concepts comme d&#233;passement, d'un c&#244;t&#233;, et de r&#233;gression, de l'autre, il est parce que, sous-jacente &#224; l'interpr&#233;tation du populisme propos&#233;e par Merker, on peut relever distinctement d'une approche id&#233;aliste de l'histoire, interpr&#233;t&#233;e comme un mouvement continu, lin&#233;aire et progressif, bref, un id&#233;alisme s'articulant dans une philosophie de l'histoire qui semble recouper quelques unes des th&#232;ses fondamentales du philosophe lib&#233;ral italien Benedetto Croce, &#224; propos de l'histoire comme lieu du d&#233;ploiement et validation de la libert&#233; de l'individu qui agit et pense dans l'histoire, pour l'histoire. On peut situer le point de liaison entre une philosophie de l'histoire de matrice h&#233;g&#233;lienne et une approche politique d&#233;lib&#233;r&#233;ment lib&#233;rale, dans la philosophie id&#233;aliste de Croce, et cette liaison peut &#234;tre valid&#233;e &#224; plus forte raison si l'on consid&#232;re ce point commun fondamental : le populisme, entendu comme un ph&#233;nom&#232;ne d'agr&#233;gation sociale s'instituant &#224; partir d'une id&#233;ologie formant des identit&#233;s populaires, est analys&#233; sous la forme conceptuelle d'une cat&#233;gorie id&#233;ale, de la m&#234;me mani&#232;re et avec le m&#234;me proc&#233;d&#233; intellectuel dont s'&#233;quipe la philosophie de Croce afin de partager la production culturelle humaine en diff&#233;rentes formes correspondant &#224; autant de cat&#233;gories id&#233;ales &#8211; la Po&#233;sie, la Philosophie, la Science. La d&#233;finition du populisme comme une &#171; entit&#233; &#187; est le signe le plus &#233;vident de cette approche cat&#233;gorielle et point du tout empirique, qui pense &#224; travers des cat&#233;gories id&#233;ales et autosuffisantes les diff&#233;rentes constructions historiques, soient-elles discursives ou politiques, du peuple. Comme le dit Ernesto Laclau, dans les derni&#232;res pages de son essai On Populist Reason, &#171; l'histoire est, au contraire, une succession discontinue de formations h&#233;g&#233;moniques qui ne peuvent pas &#234;tre r&#233;gl&#233;es par une &#233;criture qui d&#233;passe leur historicit&#233; contingente &#187; parce que, &#224; la diff&#233;rence de l'entit&#233; id&#233;aliste propos&#233;e par Merker, toujours valide de la d&#233;finition du peuple produit par le populisme, &#171; le moment contingent de la nomination assume un r&#244;le capital et constitutif &#187; dans la construction (h&#233;g&#233;monique) d'un peuple. La diff&#233;rence entre ces deux approches ne pourrait &#234;tre plus marqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour revenir au terme de &#171; r&#233;gression &#187;, on peut affirmer, finalement, qu'il repr&#233;sente, &#224; l'int&#233;rieur du tissu interpr&#233;tatif visant &#224; donner intelligibilit&#233; au ph&#233;nom&#232;ne du populisme, la cl&#233; conceptuelle &#224; travers laquelle on peut arriver &#224; d&#233;chiffrer le type de relation entre la modernit&#233;, entendue dans son aspect politique, comme institution de la politique, et &#171; cette &#233;pave marginale du pass&#233; &#187; qui serait le populisme avec ses diverses apparitions historiques. Au seul but de donner une grille interpr&#233;tative alternative et oppos&#233;e par rapport &#224; celle que Merker propose et touchant la compr&#233;hension du rapport entre la modernit&#233; et la pr&#233;modernit&#233;, on pourrait reformuler notre question fondamentale de la mani&#232;re suivante : &#171; s'il est vrai que l'esclavage est tellement &#233;tranger aux principes du r&#233;publicanisme et de la modernit&#233;, pourquoi a-t-il fonctionn&#233; si bien et pour si longtemps dans l'histoire des r&#233;publiques modernes en tant que base solide de leur constitution et non pas comme une &#233;pave marginale du pass&#233; ? &#187;. L'esclavage, ici, appartient &#224; la m&#234;me s&#233;rie conceptuelle et historique &#224; laquelle on avait assign&#233; le ph&#233;nom&#232;ne du populisme. Comme affirment tr&#232;s nettement et lucidement Negri/Hardt, &#171; la modernit&#233; poss&#232;de deux visages. Avant de l'identifier avec le rationalisme, avec les Lumi&#232;res, avec la rupture de la tradition, avec la s&#233;cularisation etc., la modernit&#233; est une relation de pouvoir [&#8230;] Les forces de l'antimodernit&#233; ne sont pas au dehors de la modernit&#233;, mais compl&#232;tement &#224; l'int&#233;rieur des relations de pouvoir qui la qualifient &#187;. Or, sans vouloir entrer dans le discours philosophique de Negri/Hardt, et sans vouloir non plus nous enfoncer dans la masse de probl&#232;mes que ce compliqu&#233; rapport entre modernit&#233; et pr&#233;- ou anti-modernit&#233; nous pose, nous voulons nous limiter ici &#224; mettre au centre de l'attention du livre de Nicolao Merker une question fondamentale qui, d&#232;s le d&#233;but de ce livre, nous laisse interdits, du moment qu'elle demeure sans r&#233;ponse : il s'agit du rapport &#233;pist&#233;mologique entre le Moderne et le Pr&#233;moderne, qui est aussi bien un rapport d'historicit&#233;. Parce que, s'il est vrai que le populisme n'arr&#234;te pas de se pr&#233;senter maintes fois dans l'histoire moderne de l'occident, dans ses doctrines politiques comme dans les textes de litt&#233;rature et de philosophie parmi les plus hauts formant sa tradition, comment donner raison, alors, &#224; une perspective qui confirme une lecture n&#233;gative et pass&#233;iste de ce ph&#233;nom&#232;ne, en le faisant reculer &#224; une dimension pr&#233;moderne, pr&#233;politique ? En r&#233;alit&#233;, dans le dernier chapitre de son livre, Merker essaie de trouver une solution &#224; cette question nodale mais, avant d'y arriver, pour enfin conclure, on veut reprendre tr&#232;s bri&#232;vement quelques passages parmi les plus significatifs connotant le populisme, afin de v&#233;rifier la validit&#233; th&#233;orique et factuelle de la solution propos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En analysant un des textes du plus important id&#233;ologue inspirateur du Risorgimento italien, Giuseppe Mazzini, Merker constate qu'il pr&#233;sente &#171; un &#233;difice moral hyperbolique et une pauvret&#233; d'horizon sp&#233;cifiquement politique &#187;. Il continue son analyse en disant que &#171; cela n'est pas une surprise. Les populismes de quelconque nature, apr&#232;s avoir beaucoup c&#233;l&#233;br&#233; le peuple, sont r&#233;tifs &#224; lui donner des instruments avec lesquels il puisse effectivement d&#233;cider quelque chose. &#193; d&#233;cider sont des individus charismatiques [...] Le peuple demeure une entit&#233; vague et g&#233;n&#233;rique &#187;. Si le peuple demeure toujours comme &#171; une entit&#233; vague et g&#233;n&#233;rique &#187;, il existe n&#233;anmoins un &#233;l&#233;ment sp&#233;cifique &#224; tout populisme qui consisterait &#224; ne pas donner &#224; son propre peuple les instruments pour s'autogouverner. Et pourtant, le rapport op&#233;ratoire, c'est-&#224;-dire historique, qui lie la formation contingente d'un peuple au discours populiste lui correspondant, n'est pas davantage &#233;clairci. Mais on continue avec notre rapide examen. Dans un autre passage, qui est la continuation logique et cons&#233;quente de celui que l'on vient de citer, Merker soutient que &#171; la mythologie du Chef agissait &#224; plusieurs niveaux. D'abord la d&#233;l&#233;gation de toute chose au Chef exprimait parfaitement l'attitude antipolitique enracin&#233;e au populisme. Ensuite, elle fonctionnait comme antidote au lib&#233;ralisme europ&#233;en &#187;. Ce qui est mis en &#233;vidence ici, et de fa&#231;on assez explicite, concerne ce qu'on a appel&#233; le rapport d'opposition radicale et inconciliable entre les principes politiques lib&#233;ral-d&#233;mocratiques et le caract&#232;re mythique de tout discours populiste. En conclusion de notre assez bref examen on veut mentionner une derni&#232;re citation o&#249; notre auteur remarque comme, en d&#233;pit d'une &#171; tentative d'objectivit&#233; descriptive ph&#233;nomenologico-sociologique [&#8230;] la v&#233;ritable option [du populisme] allait encore une fois en direction de l'exaltation de l'irrationnel, de l'article de foi qu'il fallait accepter avec les yeux ferm&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire le fid&#233;isme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les trois passages qu'on vient de citer, avec les autres mentionn&#233;s tout au long de ce bref expos&#233;, d&#233;crivent ceux qui sont les caract&#232;res saillants parmi les plus importants autour desquels peut prendre forme un peuple s'articulant &#224; partir d'une id&#233;ologie populiste. Ils forment le bloc fondamental et substantiel sur lequel la raison populiste peut gagner sa bataille contre les conceptions politiques lib&#233;ral-d&#233;mocratiques. Mais, m&#234;me si l'on pourrait &#234;tre d'accord avec cette liste de caract&#232;res saillants inh&#233;rents &#224; tout discours populiste, toutefois ceux-ci atteignent une telle ampleur, une telle diff&#233;renciation interne, un tel degr&#233; d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; que, finalement, on n'arrive pas &#224; saisir en quoi consisterait vraiment le ph&#233;nom&#232;ne social du populisme, correspondant &#224; la difficult&#233; d'en donner une d&#233;finition ; ni, de l'autre c&#244;t&#233;, on n'arrive &#224; comprendre les diff&#233;rences sp&#233;cifiques propres &#224; toute &#171; combinaison de l'appara&#238;tre &#187; historique du populisme. Aussi dans le cas du livre de Nicolao Merker, nous semble valide ce que Laclau dit quand il remarque comme &#171; une caract&#233;ristique persistante de la litt&#233;rature sur le populisme est la r&#233;ticence, ou la difficult&#233;, &#224; donner un sens bien pr&#233;cis au concept &#187;. Cela &#224; cause d'une &#171; perspective analytique [qui] propose un mod&#232;le de rationalit&#233; politique qui envisage le populisme en terme de manque &#8211; ind&#233;termination, vide id&#233;ologique &#187;, ce que nous avons appel&#233;, plus en haut, une perspective n&#233;gative et pass&#233;iste du ph&#233;nom&#232;ne politique du populisme. &#192; l'envers de cette perspective, l'on pourrait avancer la m&#234;me proposition critique qu'Alain Brossat avance par rapport &#224; un autre syntagme performant notre actualit&#233;, celui du &#171; droit &#224; la vie &#187;. Il se demande, en fait, s'il &#171; ne conviendrait-il pas mieux de tenter d'identifier, dans le labyrinthe m&#234;me des diff&#233;rentes configurations o&#249; ce motif prend forme, les indices de son ind&#233;termination constitutive ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le rapport entre modernit&#233; et tradition &#187;, affirme notre auteur dans les derni&#232;res pages de son livre, &#171; demande donc avant tout, pour ne pas aboutir &#224; des impasses, que l'on d&#233;noue avec conscience critique justement le concept de tradition &#187;. Reformul&#233; en termes politiques, &#171; il faut, donc, pour &#233;viter des lac&#233;rations de la soci&#233;t&#233; civile, une culture politique lib&#233;r&#233;e des identit&#233;s ethniques &#8220;pr&#233;politiques&#8221;, c'est-&#224;-dire pr&#233;modernes [&#8230;] Il s'agit de mettre en corr&#233;lation la nation-ethnos, le peuple ethnique et ses patrimoines, avec la nation-demos, la nation du peuple politique, et non pas le contraire &#187;. Voici explicit&#233; le type de rapport qui, selon Merker, il devrait y avoir entre le moderne et la tradition, entre une forme de collectivit&#233; agr&#233;g&#233;e dans l'image d'un &#171; peuple-ethnos &#187;, et une autre collectivit&#233;, plus inclusive et universaliste, agr&#233;g&#233;e dans l'image du &#171; peuple-demos &#187;, dont le prototype serait la nation-peuple issue de la R&#233;volution fran&#231;aise avec les principes contenus dans sa D&#233;claration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, pourtant, en nous donnant &#224; travers l'image du &#171; peuple-demos &#187; un concept descriptif et &#224; la fois normatif sur lequel une soci&#233;t&#233; devrait prendre le mod&#232;le de son articulation, il ne nous explique pas, finalement, pourquoi nos soci&#233;t&#233;s modernes, lib&#233;rales et d&#233;mocratiques tendent &#224; s'articuler d'une fa&#231;on diff&#233;rente, sinon oppos&#233;e &#224; celle souhait&#233;e par Merker. La question pos&#233;e par Laclau reste au fond, dans ce livre, encore totalement ouverte : &#171; le populisme est r&#233;ellement une phase transitoire, fruits de l'immaturit&#233; des acteurs sociaux, destin&#233; &#224; &#234;tre toujours d&#233;pass&#233; dans un deuxi&#232;mement moment, ou, au contraire, il est une dimension constante de l'action politique, qui n&#233;cessairement affleure (avec des diff&#233;rentes gradations) dans tous les discours politiques, bouleversant et en rendant encore plus compliqu&#233;es les op&#233;rations des soi-disant id&#233;ologies &#8220;m&#251;res&#8221; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour terminer notre intervention critique, il faudrait plut&#244;t demander &#224; Merker si l'interpr&#233;tation du populisme qu'il veut nous pr&#233;senter dans son travail, n'est pas, elle aussi, une tentative de rendre h&#233;g&#233;monique et donc dominante une lecture bien d&#233;termin&#233;e de ce ph&#233;nom&#232;ne politico-social, et notamment une lecture lib&#233;ral-d&#233;mocratique tout en d&#233;pit d'autres possibles et divergentes lectures. Analys&#233;e sous cette focale, on pourrait envisager son &#339;uvre, et bien d'autres encore, comme une position culturelle et politique r&#233;pondant &#224; des demandes populaires et se construisant autour de ces demandes populaires, &#224; l'int&#233;rieur d'une lutte plus g&#233;n&#233;rale qui est celle pour l'h&#233;g&#233;monie d'un front populaire oppos&#233; aux autres, d'une id&#233;e de peuple oppos&#233;e &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Brossat, Droit &#224; la vie ?, Seuil, Paris 2010 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bendetto Croce, La storia come pensiero e come azione, Laterza, Roma-Bari, 1978 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antonio Gramsci, Quaderni dal carcere, Quaderno 12 (XXIX) 1932, Einaudi, Tornio 2007, Edizione critica dell'Istituto Gramsci, a cura di Valentino Gerratana ; Gramsci dans les textes, recueil r&#233;alis&#233; sous la direction de Fran&#231;ois Ricci, &#201;ditions sociales, Paris 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernesto Laclau, On Populist Reason, Verso, London, 2005 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antonio Negri/Michael Hardt, Commonwealth, Belknap Press of Harvard University Press, 2009 ; Comune. Oltre il privato e il pubblico, Rizzoli, Milano 2010 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolao Merker, Filosofie del populismo, Laterza, Roma-Bari, 2009 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marco Revelli, &#171; Come se niente fosse &#187;, Il Manifesto, 28-02-2012.&lt;br class='autobr' /&gt; Marco Revelli, &#171; Come se niente fosse &#187;, Il Manifesto, 28-02-2012. La sigle TAV (&#171; treni ad alta velocit&#224; &#187;) est la correspondante de celle fran&#231;aise TJV. Le nouveau projet de TAV qui est en question en Val de Susa, et contre lequel une grande partie de la population de la vall&#233;e se mobilise depuis vingt ans, pr&#233;voit la &#171; construction &#187; d'un tunnel de la longueur de 57 km qui devrait relier la ville de Turin &#224; celle de Lyon. Le co&#251;t estim&#233; varie entre huit et vingt milliards d'euros. Pour en avoir un aper&#231;u voir le lien : HYPERLINK &#034;&lt;a href=&#034;http://www.ilmanifesto.it/dossier/tav-unopera-inutile/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ilmanifesto.it/dossier/tav-unopera-inutile/&lt;/a&gt;&#034;&lt;a href=&#034;http://www.ilmanifesto.it/dossier/tav-unopera-inutile/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ilmanifesto.it/dossier/tav-unopera-inutile/&lt;/a&gt; . &lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, Laterza, Roma-Bari, 2009, p. 8.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, p. 10.&lt;br class='autobr' /&gt; Ernesto Laclau, On Populist Reason, Verso, London, 2005.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 10.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 9.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., 4.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 8.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 9 (italique &#224; nous).&lt;br class='autobr' /&gt; cit.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 11.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 8.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 150 (italique &#224; nous).&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 43.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 44 (italique &#224; nous).&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 44. &lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 20.&lt;br class='autobr' /&gt; Ivi&lt;br class='autobr' /&gt; cit.&lt;br class='autobr' /&gt; Bendetto Croce, La storia come pensiero e come azione, Laterza, Roma-Bari.&lt;br class='autobr' /&gt; Ernesto Laclau, On Populist Reason, cit.&lt;br class='autobr' /&gt; Antonio Negri/Michael Hardt, Commonwealth, Belknap Press of Harvard University Press, 2009 ; Comune. Oltre il privato e il pubblico, Rizzoli, Milano 2010, p. 79.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 75.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 95.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 132-3.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 148.&lt;br class='autobr' /&gt; Ernesto Laclau, On Populist Reason, cit.&lt;br class='autobr' /&gt; Ernesto Laclau, On Populist Reason, cit.&lt;br class='autobr' /&gt; Alain Brossat, Droit &#224; la vie ?, Seuil, Paris 2010, p. 30. &lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 179.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 174.&lt;br class='autobr' /&gt; Ernesto Laclau, On Populist Reason, cit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Une des caract&#233;ristiques les plus importantes pour tout groupe qui se d&#233;veloppe en direction de la domination est la lutte pour l'assimilation et la conqu&#234;te &#8220;id&#233;ologique&#8221; des intellectuels traditionnels &#187;, Antonio Gramsci, Quaderni dal carcere, Quaderno 12 (XXIX) 1932, Einaudi, Tornio 2007, Edizione critica dell'Istituto Gramsci, a cura di Valentino Gerratana, p. 1517 (italique &#224; nous) ; Gramsci dans les textes, recueil r&#233;alis&#233; sous la direction de Fran&#231;ois Ricci, &#201;ditions sociales, Paris 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1&#232;re publication : mai 2012&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Masse, superfluit&#233; et populisme</title>
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		<dc:date>2018-11-28T06:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Vassort</dc:creator>


		<dc:subject>populisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde capitaliste est engag&#233; d&#233;sormais dans ce qui risque d'&#234;tre sa plus grande crise. Non pas que sa dimension &#233;conomique soit inattendue ou plus violente que d'autres, de ce point de vue les crises des ann&#233;es 1930 &#233;taient remarquables, mais bien parce que celle-ci touche d&#233;sormais au fondement m&#234;me de la vie humaine, de la vie en soci&#233;t&#233; et, de mani&#232;re plus superficielle, au fondement du syst&#232;me capitaliste, syst&#232;me dominant depuis le XVIIIe si&#232;cle. Cette crise, qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=104" rel="tag"&gt;populisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde capitaliste est engag&#233; d&#233;sormais dans ce qui risque d'&#234;tre sa plus grande crise. Non pas que sa dimension &#233;conomique soit inattendue ou plus violente que d'autres, de ce point de vue les crises des ann&#233;es 1930 &#233;taient remarquables, mais bien parce que celle-ci touche d&#233;sormais au fondement m&#234;me de la vie humaine, de la vie en soci&#233;t&#233; et, de mani&#232;re plus superficielle, au fondement du syst&#232;me capitaliste, syst&#232;me dominant depuis le XVIIIe si&#232;cle. Cette crise, qui s'&#233;tend &#224; l'ensemble de la plan&#232;te, prend des formes tr&#232;s diversifi&#233;es. Nous y trouvons p&#234;le-m&#234;le le ch&#244;mage, des d&#233;localisations d'entreprise (parfois de personnels), du dumping social, la hausse des prix et la baisse tendancielle des salaires, l'appauvrissement de nombreuses populations partout dans le monde, l'enrichissement de certains, des conflits arm&#233;s, nombreux et tr&#232;s localis&#233;s, des relents de nationalismes belliqueux, des retours vers l'int&#233;grisme religieux, des conflits qui concernent le devenir de la plan&#232;te, de la surconsommation et des manques, de la marchandisation, de la perte de sens, des pathologies mentales. Le chaos semble se g&#233;n&#233;raliser dans la flexibilit&#233;, la mobilit&#233; et les d&#233;r&#233;glementations, orchestr&#233; par les bruits de la spectacularisation infinie, sans limites, sans fins, du monde. Cela ne signifie pas que des am&#233;liorations ne sont pas possibles conjoncturellement, mais que la logique existante poss&#232;de les caract&#233;ristiques qui m&#232;nent &#224; une crise majeure de civilisation. Les dimensions plurielles de cette crise sont bien s&#251;r &#233;conomiques mais, &#233;galement, &#233;cologiques, sociales, culturelles. N&#233;anmoins, la crise en cours est avant tout une crise politique. C'est la crise des choix, des d&#233;cisions. Ce n'est pas une crise conjoncturelle, mais une crise longue, structurelle, d&#233;but&#233;e d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise g&#233;n&#232;re de nouvelles situations politiques. Les situations grecque, italienne, et sans doute espagnole et portugaise, puis peut-&#234;tre fran&#231;aise pose la question des mouvements politiques, des transformations politiques, de l'avenir de ce que nous appelons conventionnellement les &#171; peuples &#187;. Comment ceux-ci sont-ils sollicit&#233;s dans la quotidiennet&#233;, les peuples sont-ils encore des peuples ou se sont-ils transform&#233;s en d'autres choses ? Comment les peuples vivent-ils les concepts de &#171; croissance &#187;, l'accroissement du capital ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais mettre au jour ce qui proc&#232;de d'un processus de populisme contemporain. Un populisme qui ne s'&#233;l&#232;ve pas contre les &#233;lites mais se charge, au contraire, de les accompagner et ce processus permet d'&#233;clairer ce que je crois &#234;tre l'une des cat&#233;gories centrales du capitalisme : la superfluit&#233;. C'est cette derni&#232;re qui dans un mouvement dialectique cr&#233;e les nouveaux populismes. Il s'agit de faire croire &#224; l'existence d'une vie choisie et meilleure au sein de ce que je nommerai apr&#232;s G&#252;nther Anders une masse diss&#233;min&#233;e. C'est de cela dont je voudrai parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 : Vitesse, acc&#233;l&#233;ration et spectacularisation du monde v&#233;cu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les r&#233;flexions qui suivent, pourraient &#234;tre construites sous formes de fragments. Le rapport entre, d'une part, la vitesse et l'acc&#233;l&#233;ration et, d'autre part, la spectacularisation du monde v&#233;cu, pourraient appara&#238;tre comme non &#233;videntes. Cependant, vitesse et acc&#233;l&#233;ration sont &#233;galement des vecteurs de l'accroissement du spectaculaire dans le monde moderne. C'est ainsi que je souhaite montrer que ces vecteurs, leur alt&#233;ration, participent de l'alt&#233;ration de nos soci&#233;t&#233;s modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les derni&#232;res d&#233;cennies ont &#233;t&#233; l'occasion de nombreuses r&#233;flexions sur l'acc&#233;l&#233;ration du temps qui modifie, comme le notait Jean Fourasti&#233; (1), le rapport de production. Cette proposition n'est, &#233;videmment, pas r&#233;cente puisque Karl Marx, dans Le Capital, observait d&#233;j&#224; l'importance du rapport au temps dans le processus de production capitaliste. Il &#233;crivait alors : &#171; Le d&#233;veloppement de la force productrice du travail, dans la production capitaliste, a pour but de diminuer la partie de la journ&#233;e o&#249; l'ouvrier doit travailler pour lui-m&#234;me, afin de prolonger ainsi l'autre partie de la journ&#233;e o&#249; il peut travailler gratis pour le capitaliste &#187; (2). Ainsi se d&#233;veloppe les productivit&#233;s du travailleur, du capital et, de mani&#232;re globale, celle du monde, faisant de la productivit&#233; le moteur apparent des activit&#233;s dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De par cette acc&#233;l&#233;ration de la production, se m&#233;tamorphose la qualit&#233; de la production elle-m&#234;me qui passe de la valeur d'usage &#224; la valeur d'&#233;change, ce que Moishe Postone nomme &#171; la valeur &#187; (3), &#8213; une valeur d&#233;mat&#233;rialis&#233;e et d&#233;mat&#233;rialisante &#8213; mais, &#233;galement, celle du travail. Ce dernier ne vaut plus pour ce qu'il a permis de construire ou de produire mais pour le temps pass&#233; &#224; produire qu'elle que soit cette production. Nous sommes face &#224; une abstraction du travail, une perte de sens de celui-ci pour le travailleur qui ne peux plus identifier une utilit&#233; &#224; la t&#226;che qu'il fourni. Cette derni&#232;re est noy&#233;e dans la multitude des t&#226;ches (&#233;valu&#233;es en temps de travail) qui permettent la r&#233;alisation d'un objet, d'un service, au travers d'un temps et d'un espace qui &#233;chappent &#224; la r&#233;alit&#233; v&#233;cue par l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette production, particuli&#232;rement celle des biens de consommation et d'&#233;quipement, appara&#238;t d'autant pour un progr&#232;s lorsque la consommation suit la production, autrement dit lorsqu'une certaine r&#233;partition permet de croire &#224; l'am&#233;lioration des conditions de vie. Pourtant cette r&#233;partition &#8213; celle-ci serait plus juste que cela n'y changerait rien &#8213; ne peut en aucun cas faire oublier que la part croissante du travail d&#233;volue au capital par l'acc&#233;l&#233;ration de la production et l'am&#233;lioration de la productivit&#233; participe d'autant de l'exploitation des hommes que la consommation est, par ailleurs, assur&#233;e et devenue besoin. Nous nous trouvons donc dans un rapport dialectique o&#249;, sous couvert de bien-&#234;tre, l'individu participe de sa propre domination dans le processus de production qui n&#233;cessite l'am&#233;lioration perp&#233;tuelle de la productivit&#233;. C'est ce qui fait dire en 1963 &#224; Fourasti&#233; que &#171; le progr&#232;s c'est donc l'accroissement de la vitesse avec laquelle l'homme domine les difficult&#233;s. Cette vitesse de l'action humaine peut s'exprimer par un mot commode : c'est la productivit&#233; ou le rendement &#187; (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la vitesse et l'acc&#233;l&#233;ration peuvent assez ais&#233;ment &#234;tre comprises comme des vecteurs participant de la domination des hommes et de leur environnement dans le cadre du travail, la quotidiennet&#233; v&#233;cue permet de cacher ou de scotomiser cette domination en proposant des aspects luxueux ou pratiques, plaisants ou enrichissants. C'est le cas de toutes les techniques qui semblent faciliter la vie quotidienne, la rendre plus facile, plus tranquille, plus douillette : appareils &#233;lectrom&#233;nagers, postes de t&#233;l&#233;vision ou de radio, mat&#233;riel hi-fi ou &#233;lectronique et informatique, techniques de voyage etc. Pourtant, l'une et l'autre, vitesse et acc&#233;l&#233;ration, modifient dans les grandes profondeurs notre v&#233;cu, notre rapport aux autres et &#224; nous-m&#234;mes, notre rapport au monde et &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le montre l'institution sportive, la vitesse et l'acc&#233;l&#233;ration sont une recherche constante de ma&#238;trise de l'espace, du temps et de l'homme. Cette acc&#233;l&#233;ration repose sur une appropriation rationnelle de l'ensemble des aspects de la vie. Toutes les dimensions de cette vie sont ainsi concern&#233;es : tant au sein de l'espace public qu'au sein de l'espace priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Hartmut Rosa, l'acc&#233;l&#233;ration est &#171; une augmentation quantitative par unit&#233; de temps (ou bien, ce qui revient au m&#234;me, par une r&#233;duction du quantum de temps pour une donn&#233;e quantitative fixe). On peut ainsi faire figurer dans l'&#233;quation comme quantit&#233; le chemin parcouru, le nombre d'&#233;l&#233;ments communiqu&#233;s, les biens produits (cat&#233;gorie 1) mais aussi le nombre de postes occup&#233;s au cours d'une carri&#232;re professionnelle, les changements de conjoints rapport&#233;s aux ann&#233;es (cat&#233;gorie 2) de m&#234;me que le nombre d'&#233;pisodes d'action par unit&#233; de temps (cat&#233;gorie 3) &#187; (5). &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette acc&#233;l&#233;ration est selon les termes m&#234;me de Rosa, &#171; l'exp&#233;rience majeure de la modernit&#233; &#187;. Sous pr&#233;texte que tout deviendrait plus rapide, de la production de biens et services, en passant par le rythme de vie et le changement social, jusqu'aux diff&#233;rentes formes de consommation, l'acc&#233;l&#233;ration serait la cat&#233;gorie centrale du capitalisme. Pourtant, et si les travaux de Rosa sont stimulants, jamais il ne cherche &#224; comprendre d'o&#249; peut venir cette acc&#233;l&#233;ration en tant que globalit&#233; et non en tant que r&#233;alit&#233; de secteurs qu'il pr&#233;sente comme &#233;tant s&#233;par&#233; ou ind&#233;pendant les uns des autres. L'acc&#233;l&#233;ration est chez Rosa, d&#233;coup&#233;e, tranch&#233;e, lamell&#233;e, et finit par devenir, malgr&#233; cela, le moteur de la modernit&#233;. Il &#233;crit ainsi &#224; ce propos : &#171; De ce point de vue, on doit constater avec un certain &#233;tonnement que ce n'est pas le d&#233;veloppement des forces productives (m&#234;me s'il est &#233;troitement li&#233; &#224; la dynamique de l'acc&#233;l&#233;ration), mais l'accroissement de la vitesse qui constitue le v&#233;ritable moteur de l'histoire (moderne) &#187; (6). Si l'on suit cette th&#233;orie, nous pourrions presque affirmer que les formes de domination qui, au cours de la modernit&#233; capitaliste, se sont faites jour ne pourraient &#234;tre qu'accidentelles et que nous nous trouvons dans une situation &#171; naturelle &#187; d'acc&#233;l&#233;ration qui ne d&#233;pendrait pas d'un rapport social li&#233; au processus de production, &#224; la marchandisation, aux diff&#233;rentes formes de domination, &#224; la recherche d'accroissement du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant la vitesse, l'acc&#233;l&#233;ration de celle-ci ainsi que l'acc&#233;l&#233;ration de l'acc&#233;l&#233;ration, n'ont d'int&#233;r&#234;t que dans un processus de domination li&#233; au processus de production moderne capitaliste. Ce processus s'inscrit au sein d'une logique institutionnelle, d'appareils qui, tout au long de la p&#233;riode moderne, ont permis d'int&#233;grer les hommes de plus en plus nombreux au processus de production capitaliste, dans le processus de domination et de r&#233;pression. Au niveau &#233;conomique, par exemple, l'acc&#233;l&#233;ration qui alt&#232;re le monde de la production par une productivit&#233; accrue, alt&#232;re &#233;galement le mode de vie, comme Rosa le dit, mais dans une m&#234;me logique d'acc&#233;l&#233;ration et, nous le verrons, plus que le mode de vie, l'humanit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondamentalement, l'acc&#233;l&#233;ration du processus et du mode de production serait-elle suffisante &#224; l'imposition d'une domination indiscutable ? Il est permis d'en douter et cette acc&#233;l&#233;ration ne prend sens que dans &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt;(7) par Guy Debord. Le spectacle permet une interpr&#233;tation du monde par la m&#233;diatisation des rapports sociaux. La force, la puissance du spectacle r&#233;sident dans le fait que &#171; toute la vie des soci&#233;t&#233;s dans lesquelles r&#232;gnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui &#233;tait directement v&#233;cu s'est &#233;loign&#233; dans une repr&#233;sentation (8) &#187;. La repr&#233;sentation du v&#233;cu n'est donc plus le v&#233;cu mais seulement le r&#233;sultat d'une m&#233;diatisation. Dans ce mouvement, le spectacle devient la r&#233;alit&#233; effective de la vie. Le spectacle, en tant que partie de la soci&#233;t&#233;, participe de son unification en abusant et en cr&#233;ant ce que Joseph Gabel a nomm&#233; la &#171; fausse conscience &#187; (9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lieu du regard abus&#233; le spectacle dissimule la v&#233;ritable nature de la soci&#233;t&#233; derri&#232;re des images qui se substituent &#224; la r&#233;alit&#233; quotidienne de l'homme moderne, ce dernier devenant l'objet passif de son propre quotidien. La soci&#233;t&#233; du spectacle est une soci&#233;t&#233; o&#249; les valeurs d'usage et d'&#233;change se sont affront&#233;es pour que s'&#233;labore une soci&#233;t&#233; consum&#233;riste. Le spectacle tient donc dans la globalit&#233; des flux qui s'organisent et organisent la production, la consommation et la reproduction puis l'accroissement du capital. Pour cela il faut, comme nous l'avons par ailleurs signal&#233;, augmenter les rythmes, les flux, donc acc&#233;l&#233;rer. C'est ainsi que la soci&#233;t&#233; du spectacle participe &#224; maintenir et imposer l'ordre social moderne capitaliste en donnant une impression d'autonomie, de libert&#233; et de choix &#224; des individus qui, croyant &#233;chapper au monde de la production et du travail, le renouvellent en participant aux distractions spectacularis&#233;es qui reprennent, utilisent, amplifient, devancent l'acc&#233;l&#233;ration, les flux, la production et la consommation du monde capitaliste. Comme le soutient Debord, le spectacle expose et manifeste l'essence de tout syst&#232;me id&#233;ologique. La soci&#233;t&#233;, dans sa totalit&#233; est investie par le spectacle. Adh&#233;rant au monde du spectacle et devenu spectateur de sa vie, l'individu est pr&#234;t &#224; adh&#233;rer aux formes acc&#233;l&#233;r&#233;es d'exploitation et de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Siegfried Kracauer, d&#232;s les ann&#233;es 1920, per&#231;oit &#233;galement &#224; Berlin, dans les ann&#233;es 20 du si&#232;cle dernier et pour ce qu'il nomme &#171; le culte de la distraction &#187; (10), un travail d'ali&#233;nation ou le d&#233;veloppement d'une fausse conscience devenue centrale dans l'&#233;laboration soci&#233;tale car &#171; la soci&#233;t&#233;, consciemment, et sans doute plus encore inconsciemment, veille &#224; ce que cette attente culturelle ne fasse pas r&#233;fl&#233;chir sur les racines de la culture v&#233;ritable, et ne d&#233;bouche pas sur une critique des conditions sur lesquelles repose le pouvoir social. Elle ne r&#233;prime pas le besoin de vivre dans l'&#233;clat et la distraction, elle l'encourage comme elle peut, partout o&#249; elle le peut. Comme on le verra, la soci&#233;t&#233; ne pousse pas sa propre logique jusqu'au point d&#233;cisif, elle recule au contraire devant toute d&#233;cision et pr&#233;f&#232;re voir le charme de l'existence plut&#244;t qu'affronter la r&#233;alit&#233;. Elle est elle aussi port&#233;e sur les diversions. Comme c'est elle qui donne le ton, il lui est d'autant plus facile d'entretenir les employ&#233;s dans l'id&#233;e qu'il n'y a rien de mieux que de passer sa vie dans la distraction. Elle se pose comme la valeur supr&#234;me, et si la masse des salari&#233;s la prend comme mod&#232;le, ils sont presque arriv&#233;s l&#224; o&#249; elle veut les conduire &#187; (11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on &#234;tre plus clair sur la finalit&#233; d'une soci&#233;t&#233; spectacularis&#233;e ? Car nous ne pouvons en douter, la multiplication des distractions, des lieux institutionnels, th&#233;&#226;tres, cin&#233;mas, stades et cabarets qui, jusque dans le c&#339;ur des villes, les rues &#233;clair&#233;es, les magasins et les vitrines, les affiches et les annonces, am&#233;nag&#233;s, pour la vente, et qui font spectacle aux yeux des &#171; passants &#187; comme &#224; ceux des &#171; fl&#226;neurs &#187;, sont au centre des dialectiques lumi&#232;re/obscurit&#233;, compr&#233;hension/incompr&#233;hension, vrai/faux, r&#233;alit&#233;/irr&#233;alit&#233;, conscience/fausse conscience. Siegfried Kracauer ne m&#233;connait pas cela lorsqu'il &#233;crit que &#171; l'effet bienfaisant de la lumi&#232;re non seulement sur la propension &#224; faire des achats mais aussi sur le personnel pourrait consister tout au plus en ce que ce dernier soit suffisamment &#233;bloui pour prendre son parti des logis &#233;troits et mal &#233;clair&#233;s. La lumi&#232;re aveugle plus qu'elle n'&#233;claire, et peut-&#234;tre les flots de lumi&#232;re qui inondent maintenant nos grandes villes servent-ils tout autant &#224; diffuser l'obscurit&#233; &#187; (12). L'obscurit&#233; est ici un obscurantisme. Il s'agit par les lumi&#232;res du spectacle, de la consommation capitalistique, de faire m&#233;conna&#238;tre le r&#233;el de la condition humaine &#224; l'&#233;poque moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technique est, bien &#233;videmment, au centre de la spectacularisation du monde et elle cr&#233;e, &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt;, le monde tel qu'il est v&#233;cu, en acc&#233;l&#233;r&#233;. &#171; Ce dont le spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n'existe pas. Car il parle alors d'autre chose, et c'est donc cela qui, d&#232;s lors, en somme existe &#187; (13). La succession des &#233;v&#233;nements, l'acc&#233;l&#233;ration de cette succession, font dispara&#238;tre ces &#233;v&#233;nements &#224; peine sont-ils advenus. L'acc&#233;l&#233;ration participe donc bien du spectacle, perp&#233;tuellement renouvel&#233; de l'&#233;v&#233;nement. Celui-ci devient alors un non &#233;v&#233;nement, une superfluit&#233; dans le flux ininterrompu des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Horkheimer et Adorno ne d&#233;montrent pas autre chose lorsqu'ils &#233;crivent que &#171; la culture est une marchandise paradoxale. Elle est si totalement soumise &#224; la loi de l'&#233;change qu'elle n'est m&#234;me plus &#233;chang&#233;e ; elle se fond si aveugl&#233;ment dans la consommation qu'elle n'est plus consommable. C'est pourquoi elle se fond avec la publicit&#233; [&#8230;] qui sert de refuge &#224; ceux qui organisent le syst&#232;me et le contr&#244;lent &#187; (14). Car, et c'est ici une formidable intuition, la consommation des biens culturels n'a de sens que dans une production non-industrielle, c'est-&#224;-dire qui ne saurait reposer sur la n&#233;cessaire &#233;ph&#233;m&#233;risation de toute marchandise. L'industrialisation des biens culturels repose alors sur deux vecteurs : vitesse de production et vitesse de lecture, de compr&#233;hension, d'appropriation de ces biens par les individus. Or l'acc&#233;l&#233;ration de la vitesse de production, de compr&#233;hension et d'appropriation des biens culturels repose &#233;galement sur la n&#233;cessaire diminution de la complexit&#233; du sens de ce bien culturel. C'est &#224; ce prix que le spectacle peut &#234;tre le support de l'id&#233;ologie capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ainsi possible de penser que la complexit&#233; de l'acte culturel ou &#233;ducatif ne peut se marier avec la superficialit&#233; demand&#233;e par une &#233;ducation de masse reposant sur les notions de vitesse, de rendement et de productivit&#233;. Arendt rappelle d'ailleurs que &#171; la culture de masse appara&#238;t quand la soci&#233;t&#233; de masse se saisit des objets culturels, et son danger est que le processus vital de la soci&#233;t&#233; (qui, comme tout processus biologique, attire insatiablement tout ce qui est accessible dans le cycle de son m&#233;tabolisme) consommera litt&#233;ralement les objets culturels, les engloutira et les d&#233;truira &#187; (15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ici prendre l'exemple des livres en librairie en France. En effet, jamais autant de livres n'ont &#233;t&#233; &#233;dit&#233;s. Cependant, jamais les livres n'ont eu une esp&#233;rance de vie aussi courte. En effet, &#224; peine est-il sorti qu'un livre peut dispara&#238;tre, pouss&#233; par les suivants, objet de pilon sans avoir livr&#233; sa propre qualit&#233;. Cette n&#233;cessit&#233; est celle du spectacle du march&#233;. Chaque semaine les &#233;missions litt&#233;raires, les &lt;i&gt;talk-shows&lt;/i&gt; doivent se repa&#238;tre des nouveaut&#233;s pour lesquelles les grandes &#233;ditions se battent et prostituent les auteurs. Les prix litt&#233;raires sont, de ce point de vue, exemplaires. Ouvrages de consommation, le bandeau qui barre la couverture d'un livre, renseignant sur le prix obtenu, est un gage de commercialisation r&#233;ussie, de marchandisation extr&#234;me. Plus rapide sera la disparition des ouvrages, remplac&#233;s par d'autres ouvrages, mieux sera r&#233;ussie la strat&#233;gie qui vise tout d'abord &#224; l'accroissement du capital puis, pour obtenir cela, &#171; l'abrutissement &#187; de la masse qui prend pour &#171; progr&#232;s &#187; la consommation acc&#233;l&#233;r&#233;e de biens de consommation sous-culturels. Nous sommes ainsi face &#224; une transformation de la nature du bien culturel, ce que Benjamin, Kracauer, Horkheimer et Adorno avaient largement pressenti : la reproductibilit&#233; technique , la massification de &#171; l'appropriation &#187; par l'acc&#233;l&#233;ration et de mani&#232;re subs&#233;quente la perte de la complexit&#233;, la perte donc de la transcendance, ont fait de ce bien un bien sous-culturel de masse, un produit, une marchandise. Cette derni&#232;re n'a d'int&#233;r&#234;t que dans la logique de l'existence d'un march&#233;, mondialis&#233;, en tant que vecteur de la reproduction du capital, de l'accroissement de ce dernier, et en tant que &#171; rapport de domination &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#252;nther Anders notait que &#171; le rythme auquel l'industrie fait passer les saisons de ses modes est une &#8220;m&#233;thode vengeresse&#8221; une mesure par laquelle elle se venge de la solidit&#233; de ses produits. Puisqu'elle ne peut pas le d&#233;truire physiquement, elle prive le manteau, qui tient encore bien chaud, de valeur sociale. &lt;i&gt;La mode est la mesure &#224; laquelle l'industrie a recours pour faire en sorte que ses propres produits aient besoin d'&#234;tre remplac&#233;s&lt;/i&gt; &#187; (17). Ceci est aujourd'hui partiellement vrai seulement. En effet, l'industrie, qu'elle soit culturelle ou non, s'organise pour d&#233;truire la qualit&#233; potentielle de ce qui est &#171; produit &#187;. Le livre de litt&#233;rature s'organise pour devenir un objet de gare lorsque le temps s'acc&#233;l&#232;re d&#233;j&#224;, le temps du voyage en train &#224; grande vitesse. Il permet de ne pas voir ce temps, d&#233;j&#224; raccourci, pass&#233;. Il devient quantit&#233; n&#233;gligeable, dans la construction de la vie, des affects. Il n'est que &lt;i&gt;passe-temps&lt;/i&gt;. Aussi sa qualit&#233; litt&#233;raire, sa complexit&#233;, disparaissent pour &#234;tre consomm&#233; massivement. En tant qu'objet, le livre dispara&#238;t &#233;galement puisqu'il est d&#233;sormais &#171; install&#233; &#187; sur les &#233;crans des ordinateurs, &#171; t&#233;l&#233;chargeable &#187;. La litt&#233;rature perd donc sa substance, son &#171; corps &#187;, en perdant son support sp&#233;cifique pour rejoindre un &#171; corps &#187; &#233;tranger, partag&#233; par toutes les publicit&#233;s, tous les messages, toutes les utilisations professionnelles ou de loisir : l'ordinateur ou la &#171; tablette &#187;, symboles de l'&#233;ph&#233;m&#232;re, de la perte, du jetable. Tous les produits industriels sont dans une situation similaire. La fabrication de produits de faible qualit&#233; permet de reproduire ces produits, et d'accro&#238;tre le capital par la consommation n&#233;vrotique et massive sans fin. La science et la technique permettent, dans cette logique, au capital d'investir afin de rendre les produits plus vuln&#233;rables aux utilisations r&#233;p&#233;t&#233;es, de pr&#233;voir leur temps de vie afin de programmer leur transformation en d&#233;chet, en rebus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vitesse, acc&#233;l&#233;ration et spectacularisation du monde se trouvent donc au centre du &#171; d&#233;veloppement soci&#233;tal &#187; moderne. Les cons&#233;quences peuvent, nous le verrons, &#234;tre funestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 : Superfluit&#233;, cat&#233;gorie centrale du capitalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il s'agit d&#233;sormais de donner du sens &#224; ce qui a &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;, &#224; la vitesse, &#224; l'acc&#233;l&#233;ration, aux formes de productivit&#233; et de rendement. Il est &#233;vident que vitesse et acc&#233;l&#233;ration poss&#232;dent une importance ind&#233;niable dans l'exp&#233;rience que nous avons de la modernit&#233;, comme le stipule Rosa. N&#233;anmoins, celui-ci fait de l'acc&#233;l&#233;ration &#171; l'exp&#233;rience majeure de la modernit&#233; &#187;, celle-ci devenant, de fait, l'une des cat&#233;gories centrales du capitalisme. L'une des volont&#233;s de Rosa, est de d&#233;montrer que l'acc&#233;l&#233;ration est l'un des &#233;l&#233;ments capables de d&#233;terminer les autres sph&#232;res de la vie, tant pour ce qui concerne le rapport de production que les rapports sociaux et culturels. Cette th&#232;se est &#233;videmment s&#233;duisante puisque chacun peut, dans sa quotidiennet&#233;, percevoir les effets de ces acc&#233;l&#233;rations multiples et d&#233;synchronis&#233;es. En effet, les acc&#233;l&#233;rations techniques (transports, communications, productions industrielles&#8230;), du changement social (styles de vie, structures familiales, affiliations politiques et religieuses, affiliations &#224; des organisations sportives&#8230;) ou du rythme de vie (multiplication des t&#226;ches&#8230;) ne poss&#232;dent pas de synchronisation l'une envers les autres ou de logique et de coh&#233;rence globales. Il est possible comme le pr&#233;tend Rosa, que cette d&#233;synchronisation des diff&#233;rentes sph&#232;res soit l'une des raisons du mal-&#234;tre, de la souffrance, voire de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, il serait r&#233;ducteur de limiter l'analyse de la crise &#224; l'acc&#233;l&#233;ration que propose, dans un premier temps, l'industrialisation. Car pour que cette acc&#233;l&#233;ration ait du sens, il faut que s'acc&#233;l&#232;re &#233;galement la consommation, donc les flux mon&#233;taires et financiers, donc d&#233;mographiques. Cette acc&#233;l&#233;ration produit de la masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut bien s&#251;r, avant d'aller plus loin, tenter de d&#233;crire ou de d&#233;finir ce que peut &#234;tre la masse. Je ne ferai pas de la foule, du peuple, une masse. La masse est-elle une agr&#233;gation sp&#233;cifique ? Je serais tent&#233; de le penser. En effet, le terme &#171; peuple &#187; vient du latin &lt;i&gt;populus&lt;/i&gt; et concerne le processus de peuplement ou de d&#233;peuplement, ce qui rel&#232;ve toujours d'un acte de culture en soi. Le terme de &#171; foule &#187; lui vient du terme &#171; fouler &#187; qui signifie presser ou proprement &#171; endroit o&#249; on est press&#233; &#187;. La foule semble sans doute moins &#171; noble &#187; que le peuple, la dimension culturelle y &#233;tant moins pr&#233;sente. Le terme &#171; masse &#187; vient de &#171; amas &#187; d&#233;riv&#233; du latin &lt;i&gt;massa&lt;/i&gt;. Cela signifierait plut&#244;t entasser. Il n'y a plus de dimension humaine et culturelle dans la notion de masse. Cette derni&#232;re pouvant se d&#233;cliner de diff&#233;rentes mani&#232;res. Si les termes de &#171; peuple &#187; et de &#171; foule &#187; sont donc caract&#233;ristiques de l'humanit&#233;, la &#171; masse &#187; concerne tant les objets que les hommes. Nous sommes dans une situation d'ind&#233;finition humaine. Seule la dimension, c'est-&#224;-dire le nombre, qui peut-&#234;tre &#233;galement ind&#233;fini mais &#233;lev&#233;, d&#233;finit la masse. Il ne faut pas n&#233;gliger non plus le fait que la masse provient d'un entassement, c'est-&#224;-dire d'une superposition informe. De ce fait, &#233;tudier le peuple, la foule ou la masse ne rel&#232;ve sans doute pas du m&#234;me exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La masse, en tant qu'entassement, n'est possible que dans un monde d'acc&#233;l&#233;ration de la production, de la consommation, de la spectacularisation du monde v&#233;cu. L'accumulation, ou l'amas, l'entassement, correspond &#233;galement &#224; une forme sp&#233;cifique de l'acc&#233;l&#233;ration dans le monde du capital. Pas d'accumulation possible dans ce monde si la vitesse toujours acc&#233;l&#233;r&#233;e ne permet pas la reproduction et l'accroissement de ce capital. L'accumulation devient de la sorte l'un des fondements des rapports sociaux dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous pourrions dire &#233;galement c'est que l'effet de masse produit la masse. La masse humaine produit le travail, la production de masse, la consommation de masse. Autrement dit, dialectiquement, la masse humaine cr&#233;e une soci&#233;t&#233; de masse totale et cette soci&#233;t&#233; de masse totale accro&#238;t la masse humaine en tant qu'agr&#233;gation d'individus &#171; d&#233;saffili&#233;s &#187;, fils de personne. Cette mission de d&#233;saffiliation, d'&#233;mergence d'&#233;lectrons est confi&#233;e au &#171; spectacle de la culture &#187; et &#224; &#171; la culture du spectacle &#187;. Bien avant d'autres, Horkheimer et Adorno avaient appr&#233;hend&#233; cette dimension lorsqu'ils &#233;crivaient que &#171; la culture est une marchandise paradoxale. Elle est si totalement soumise &#224; la loi de l'&#233;change qu'elle n'est m&#234;me plus &#233;chang&#233;e ; elle se fond si aveugl&#233;ment dans la consommation qu'elle n'est plus consommable. C'est pourquoi elle se fond avec la publicit&#233; [&#8230;] qui sert de refuge &#224; ceux qui organisent le syst&#232;me et le contr&#244;lent &#187; (18) car, et c'est ici une formidable intuition, la r&#233;ception et la compr&#233;hension des biens culturels n'a de sens que dans une production qui ne soit pas industrielle, c'est-&#224;-dire qui ne saurait reposer sur la n&#233;cessaire &#233;ph&#233;m&#233;risation de tout produit industriel. Kracauer en est conscient d&#232;s la fin des ann&#233;es 1920 puisque dans son texte paru le 4 mars 1926, &#171; Culte de la distraction &#187;, il &#233;crit que &#171; les biens culturels que les masses se refusent &#224; recevoir ne sont plus en partie qu'un patrimoine historique, parce que la r&#233;alit&#233; &#233;conomique et sociale dont ils d&#233;pendaient a chang&#233; &#187; (19). Les biens culturels de masse, que les masses re&#231;oivent et qui deviennent des biens sous-culturels, d&#233;pendent donc d'une industrialisation qui repose sur deux vecteurs : vitesse de production et vitesse de lecture, de compr&#233;hension, d'appropriation, de consommation, de ces biens par les individus. Or, l'acc&#233;l&#233;ration de la vitesse de production, de compr&#233;hension et d'appropriation, de consommation de ces biens culturels repose &#233;galement sur la n&#233;cessaire diminution de la complexit&#233; du sens de ces biens culturels. C'est &#224; ce prix que le spectacle peut &#234;tre le support de l'id&#233;ologie dominante et c'est seulement &#224; ce moment que la culture devient culture de masse ou sous-culture et permet le d&#233;veloppement des nouveaux populismes. Arendt confirme &#224; sa mani&#232;re les propos de Kracauer en rappelant que &#171; la culture de masse appara&#238;t quand la soci&#233;t&#233; de masse se saisit des objets culturels, et son danger est que le processus vital de la soci&#233;t&#233; (qui, comme tout processus biologique, attire insatiablement tout ce qui est accessible dans le cycle de son m&#233;tabolisme) consommera litt&#233;ralement les objets culturels, les engloutira et les d&#233;truira &#187; (20). Ainsi, le &#171; spectacle culturel &#187; qui ne se consomme que dans la massification et la vitesse croissante, car tel est le credo de notre soci&#233;t&#233; de consommation, d&#233;truit la culture sur les lieux de loisirs et d'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, ce &#171; monde &#187; comme le dit Kracauer, &#171; est constitu&#233; de parcelles d'&#233;v&#233;nements al&#233;atoires dont la succession tient lieu de continuit&#233; signifiantes. Similairement, il faut voir la conscience individuelle comme un agr&#233;gat de restes de convictions et d'activit&#233;s diverses ; et comme la vie de l'esprit manque de structure, des impulsions &#233;manant des r&#233;gions psychosomatiques peuvent venir combler les interstices. Des individualit&#233;s fragment&#233;es remplissent leurs r&#244;les au sein d'une soci&#233;t&#233; fragment&#233;e &#187; (21). Ces individus fragment&#233;s sont constituants de la masse humaine tout comme les fragments de la soci&#233;t&#233; participent de l'accroissement des secteurs massifi&#233;s de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fragmentation est d'ailleurs analys&#233;e par Arendt qui &#233;voque la perte de transcendance des partis politiques, la disparition des classes sociales et des citoyens, ces derniers faisant place &#224; la &#171; masse &#187;. Que les partis politiques contemporains perdent ce qui &#233;tait leur raison premi&#232;re d'&#234;tre, la repr&#233;sentation et la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de classe (avec les id&#233;es, les projets, les formes de lutte et de r&#233;sistance, la construction d'espaces politiques), cela semble se confirmer avec les &#233;lections nationales qui mobilisent de moins en moins des &#233;lecteurs de plus en plus &#233;loign&#233;s de ces partis ou de la chose publique. Que les classes sociales, dans leurs cat&#233;gorisations classiques, soient en pleine d&#233;construction pour &#234;tre, petit &#224; petit, remplac&#233;es par des masses encore non cat&#233;goris&#233;es, non classifi&#233;es, par les sociologues et les politistes et qui, malgr&#233; tout, se paup&#233;risent, cela est fort possible. Lorsqu'Arendt &#233;crit que &#171; la chute des murs protecteurs des classes transforma les majorit&#233;s qui somnolaient &#224; l'abri de tous les partis en une seule grande masse inorganis&#233;e et d&#233;structur&#233;e d'individus furieux. Ils n'avaient rien en commun, sinon une vague conscience que les espoirs des adh&#233;rents des partis &#233;taient vains, que, par cons&#233;quent, les membres les plus respect&#233;s, les plus organis&#233;s, les plus repr&#233;sentatifs de la communaut&#233; &#233;taient des imb&#233;ciles &#187; (22), le peuple n'existe plus, il a disparu sous les efforts du capital pour fragmenter la soci&#233;t&#233;. Il s'agit d'ailleurs de l'une des contradictions les plus &#233;tonnantes, puisqu'&#224; l'&#233;poque de la soci&#233;t&#233; dite globale ou mondiale, la fragmentation est ce qui d&#233;finit au mieux la quotidiennet&#233; des individus alors que la mondialisation devait faire croire &#224; l'existence d'une soci&#233;t&#233; universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fragmentation des populations en atome conforme et fait finalement dispara&#238;tre la notion de &#171; peuple &#187;, nous pouvons alors &#233;voquer deux types de masse qui, l'une et l'autre correspondent &#224; des p&#233;riodes, sans doute tr&#232;s courtes, de l'histoire. Ainsi, au d&#233;but de l'industrialisation jusqu'&#224; la Seconde Guerre mondiale, la massification s'est construite sur des relents identitaires collectifs. Cette masse peut &#234;tre visible au sein des grandes manifestations fascistes ou nazies et Leni Riefenstahl dans son film documentaire de commande, Le Triomphe de la volont&#233;, montre parfaitement l'importance que les nazis accordaient &#224; la masse et la force qu'ils d&#233;siraient lui transmettre. Cette masse qui repose sur la fausse conscience, sur l'abrutissement organis&#233; par les formes du spectacle politique, acc&#233;l&#233;r&#233;s par la technique, le film, la radio, les journaux, est celle d'un temps r&#233;volu car elle croit encore &#224; un &#171; nous &#187; g&#233;n&#233;rique et par cette croyance m&#234;me fait exploser toute possibilit&#233; d'existence de ce &#171; nous &#187; et provoque toutes les formes de fragmentation de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde masse est celle dont parle Anders. C'est une masse issue de la premi&#232;re masse, mais cette seconde masse est travaill&#233;e par la technique, par les sciences rationnelles, par la vitesse et l'acc&#233;l&#233;ration, par le spectacle, par la massification de la vie elle-m&#234;me. Cette masse est le r&#233;sultat du frottement continuel de la vie avec la technique devenue capital au travers des &#233;quipements. Le r&#233;sultat est particuli&#232;rement &#233;tonnant puisqu'il soumet la vie des hommes &#224; un moment particulier, voire singulier, des syst&#232;mes soci&#233;taux. En effet, si la masse existe bien, la forme prise par celle-ci n'est plus collective. Autrement dit, pour la premi&#232;re fois l'homme de la masse ne se reconna&#238;t pas dans celle-ci m&#234;me s'il lui appartient car, comme tous les autres individus, il agit de mani&#232;re conforme en pensant &#234;tre autonome. La masse contemporaine est donc une masse d'atomes, individualis&#233;s, qui ne cherchent pas &#224; se reconna&#238;tre dans l'autre ou les autres en tant qu'unit&#233;, soit par les similitudes ou les ressemblances, soit par les diff&#233;rences mais, au contraire, qui pensent &#234;tre diff&#233;rents et s'autonomiser des autres en agissant de mani&#232;re conforme. La nouvelle masse est donc une masse individualis&#233;e. Ainsi, comme le pr&#233;tend Anders, &lt;i&gt;&#171; une bonne massification est une massification diss&#233;min&#233;e &#187;&lt;/i&gt; (23) qui ne permet pas &#224; l'individu de retrouver les autres individus de la masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette individualisation au sein de la masse est d&#233;sormais consid&#233;r&#233;e comme une libert&#233;, mais cette derni&#232;re n'est jamais analys&#233;e comme &#233;tant une h&#233;t&#233;ronomie, une d&#233;pendance de l'individu par rapport au tout car il n'est pas arm&#233; pour l'&#233;panouissement. Son repli sur la sph&#232;re priv&#233;e est pour lui la marque de la libert&#233; alors que sa sph&#232;re priv&#233;e est constamment viol&#233;e par la sph&#232;re publique et que cette derni&#232;re subit continuellement les marques des individus h&#233;t&#233;ronomes qui pensent &#233;taler leur libert&#233; en &#233;talant leur sph&#232;re priv&#233;e en public. Les &#233;quipements tels les &lt;i&gt;smatphones&lt;/i&gt; ou les &lt;i&gt;I-Pod&lt;/i&gt; sont un peu les marques de la sph&#232;re priv&#233;e que l'on emm&#232;ne de plus en plus en public, proposant soit le d&#233;veloppement d'une conversation priv&#233;e au milieu d'une rame de m&#233;tro ou faisant profiter &#224; chacun de ses go&#251;ts musicaux. Les &#233;missions de t&#233;l&#233;vision dites t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; sont &#233;galement de parfaits analyseurs de ces d&#233;bordements r&#233;ciproques des masses diss&#233;min&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seule cette technique permet la v&#233;ritable massification, cette massification qui n'a pas besoin de faire corps puisqu'elle est diss&#233;min&#233;e mais fait masse autour de la technique, autour de l'objet. Il en est ainsi de la t&#233;l&#233;vision. Patrick Lelay, ancien patron de la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision TF1 avait parfaitement compris la finalit&#233; de cet appareil strat&#233;gique qu'est la t&#233;l&#233;vision. Il ne s'agit pas r&#233;ellement d'informer, les informations sont partielles, dirig&#233;es, tues, invent&#233;es, il ne s'agit pas non plus de cultiver car les quelques &#233;missions culturelles sont le paravent d'une d&#233;bauche d'efforts pour produire une bouillie informe d'&#233;missions, de feuilletons, de s&#233;ries, de reportages, susceptibles de pr&#233;parer le t&#233;l&#233;spectateur &#224; l'essentiel. &#171; Pour qu'un message publicitaire soit per&#231;u, il faut que le cerveau du t&#233;l&#233;spectateur soit disponible. Nos &#233;missions ont pour vocation de le rendre disponible. C'est-&#224;-dire de le divertir, de le d&#233;tendre pour le pr&#233;parer entre deux messages de pub. Ce que nous vendons &#224; Coca Cola c'est du temps de cerveau disponible &#187; avait-il d&#233;clar&#233; en 2004. Il s'agit ici du paradigme m&#234;me des formes du divertissement, de ce d&#233;tournement n&#233;cessaire de l'esprit des choses essentielles de la vie vers l'inessentiel : la cr&#233;ation de nouveaux besoins, la consommation n&#233;vrotique, l'acceptation du fait accompli. Ce paradigme du divertissement, du d&#233;tournement, est &#233;galement celui de l'&#233;tourdissement, celui de l'acc&#233;l&#233;ration, celui de la massification. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le capitalisme peut-il se contenter d'une massification ? Il s'agit l&#224; de la question la plus centrale : comment jusqu'&#224; pr&#233;sent, le capital a pu se reproduire et s'accro&#238;tre dans le monde moderne ? Nous pourrions aborder une quantit&#233; de r&#233;ponses techniques et politiques : par une redistribution injuste et in&#233;gale, par l'exploitation des travailleurs, par la lutte des classes. Toutes ces r&#233;ponses sont &#233;videmment justes, mais sont-elle suffisantes ? L'une des mieux appropri&#233;es, celle que je propose d&#233;sormais, se trouve dans le fait que le capital a rendu de mani&#232;re croissante la superfluit&#233; banale. Cette superfluit&#233; est celle des objets produits, ils se succ&#232;dent, se remplacent les uns les autres. Leur dur&#233;e de vie est de plus en plus courte. C'est le cas par exemple de l'automobile, des appareils &#233;lectrom&#233;nagers, des v&#234;tements, des immeubles con&#231;us d&#233;sormais pour deux ou trois d&#233;cennies. Rien ne reste, tout est consomm&#233;, dig&#233;r&#233; mais, comme toute digestion cela laisse des excr&#233;ments. On jette donc, on recycle parfois, on casse. On d&#233;pose dans de grandes d&#233;charges. Certaines r&#233;gions de certains pays se sont sp&#233;cialis&#233;es et deviennent des r&#233;gions-d&#233;charges qui accueillent par exemple des navires-&#233;paves &#224; d&#233;sosser, des millions de t&#233;l&#233;phones mobiles avec leur batterie &#224; &#171; recycler &#187;, des millions d'ordinateurs cass&#233;s, d&#233;pass&#233;s. Ces r&#233;gions sont superflues comme l'&#233;taient tous ces &#233;quipements. Seule la superfluit&#233; est n&#233;cessaire dans le projet de &#171; d&#233;veloppement &#187; du capital. C'est donc par cette superfluit&#233; des objets dont la production est massive que le capital trouve sa raison d'&#234;tre, son mode de d&#233;veloppement. Cette superfluit&#233;, enjeu de la comp&#233;tition mondiale, n'a fait que de cro&#238;tre au fil du temps ce qui explique la n&#233;cessit&#233; de vitesse et d'acc&#233;l&#233;ration.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, cette superfluit&#233; des objets est &#233;galement li&#233;e &#224; la mani&#232;re dont le temps peut &#234;tre appr&#233;hend&#233;. Bien s&#251;r que le temps semble important, mais il semble seulement. En effet, lorsqu'un sprinter court un 100 m&#232;tres en 9 secondes 58 centi&#232;mes, il met moins de temps que s'il le courrait en 10 secondes. De fait, pour une m&#234;me production, il a fait dispara&#238;tre une partie du temps soit 42 centi&#232;mes de seconde. Cet exemple est valable pour la production industrielle. En effet, si une industrie produit cent pi&#232;ces en une heure au lieu de les produire en une heure et demie, elle aura fait dispara&#238;tre une demi-heure. Certains me r&#233;pondront que le temps n'a pas disparu, qu'il a &#233;t&#233; au contraire lib&#233;r&#233; pour d'autres t&#226;ches qui peuvent participer du loisir ou de l'accroissement de la production par l'accroissement de la productivit&#233;. Pourtant ils se tromperaient puisque le temps ainsi &#171; lib&#233;r&#233; &#187; sert &#224; produire davantage. Dans l'absolu, le coureur de 100 m&#232;tres vise &#224; battre le record perp&#233;tuellement et son d&#233;sir est d'obtenir le record absolu, &#224; savoir courir cent m&#232;tres en 0 seconde. Autrement dit, le temps dispara&#238;t, il est superflu dans le d&#233;veloppement de l'exp&#233;rience capitaliste absolue. Ce fantasme, l'un de ceux d&#233;velopp&#233;s par toute la production capitaliste, touche donc tous les secteurs de cette production : l'industrie, la culture et les &#171; arts &#187;, les loisirs, les services publics. Ici encore, Anders avait eu cette intuition g&#233;niale en remarquant que la lutte contre le temps &#233;tait engag&#233;e avec la volont&#233; de rendre nos actions atemporelles m&#234;me si ces tentatives lui semblaient &#171; une fois pour toute condamn&#233;es &#224; tendre de fa&#231;on asymptotique vers leur fin sans jamais l'atteindre, c'est-&#224;-dire condamn&#233;es &#224; &#233;chouer &#187; . &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l'une des tensions que conna&#238;t le capital qui, &#224; la recherche d'un absolu, un record de productivit&#233;, une disparition du temps, la superfluit&#233; absolue de toutes les contraintes freinant l'accroissement du capital, d&#233;veloppe de la sorte toutes les crises possibles. La superfluit&#233; est donc, sans aucun doute, l'une des cat&#233;gories centrales du capitalisme. Anders encore persiste en affirmant que, comme pour le coureur dont j'ai pris l'exemple pr&#233;c&#233;demment, l'id&#233;al &#171; de l'Homo Faber d'aujourd'hui consiste &#224; devenir capable et &#224; rendre son monde capable d'atteindre les fins de tous ses actes comme par magie, c'est-&#224;-dire imm&#233;diatement, sans perdre de temps, sans prendre de temps &#187; . Cette magie est celle du coureur qui cherche l'absolu record, celui du producteur industriel qui cherche &#224; faire cro&#238;tre la productivit&#233; de ses unit&#233;s de production (avec ou sans travailleurs&#8230;). Comme le dit encore Anders, &#171; le r&#234;ve de notre &#233;poque est de se d&#233;barrasser du temps. Une soci&#233;t&#233; sans temps (au lieu d'une soci&#233;t&#233; sans classes), voil&#224; ce que nous esp&#233;rons pour demain. Et c'est &#224; peine s'il reste &#224; notre &#233;poque un instant qui n'est pas consacr&#233; &#8213; car c'est bien connu, &#8220;le temps ne joue aucun r&#244;le&#8221; &#8213; &#224; se d&#233;barrasser du temps, &#224; faire du temps une affaire obsol&#232;te, une chose d'hier &#187; . Alors m&#234;me s'il est difficile, impossible, de se d&#233;barrasser du temps dans sa totalit&#233;, il devient pour partie superflu car on s'en d&#233;barrasse pour partie. Anders a sans doute raison lorsqu'il d&#233;clare que le r&#234;ve serait une soci&#233;t&#233; sans temps plus qu'une soci&#233;t&#233; sans classes. Mais pour obtenir cette premi&#232;re, m&#234;me partiellement, sans doute faut-il d'abord passer la seconde, autrement dit une fois encore, d&#233;velopper la masse humaine, l'homme d&#233;class&#233;, l'homme sans qualit&#233; &#233;voqu&#233; par Robert Musil . &lt;br class='autobr' /&gt;
De fait, et c'est ce que je d&#233;sire montrer &#233;galement, la crise existe &#233;videmment parce qu'il y a un affrontement entre le capital et les travailleurs mais, plus que cela, le capital est en lutte, s'affronte et d&#233;sire d&#233;truire ce qui a exist&#233;, ce qui existe et, par anticipation &#8213; parce que le temps est un obstacle dont on doit se d&#233;barrasser pour &#234;tre toujours &#171; avant &#187; les autres &#8213;, ce qui existera : les biens, les services, les &#233;quipements, les hommes dans leur dimension culturelle. L'objet n'a pas besoin d'&#234;tre d&#233;j&#224; cr&#233;&#233; pour &#234;tre d&#233;j&#224; programm&#233; pour la destruction. Cette r&#233;currence croissante de la superfluit&#233;, puisque rien n'est plus indispensable et que tout doit &#234;tre remplac&#233; toujours plus vite, fait que le principal projet de l'homme capitaliste est d&#233;sormais de savoir comment rendre superflu ce qui n'existe pas encore. C'est en ce sens, et parce que sa survie en d&#233;pend, que l'homme capitaliste fait de la superfluit&#233; la cat&#233;gorie centrale du capitalisme pass&#233;, contemporain et &#224; venir. Cette dimension morbide de la consommation inscrit la disparition de l'&#339;uvre en tant que culture, de la culture et donc de l'homme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette situation de crise, qui peut durer dans le temps, du moins tant que le capitalisme d&#233;cidera ou pourra dig&#233;rer tout ce qu'il avalera dans son d&#233;lire d'anthropophagie culturelle totale, ne peut se r&#233;soudre que deux mani&#232;res : la premi&#232;re par la destruction n&#233;cessaire et rapide d'un capitalisme qui ne peut-&#234;tre &#171; humanis&#233; &#187;, contrairement &#224; ce qui est parfois pr&#233;tendu, la seconde par la mont&#233;e d'une superfluit&#233; de l'homme caract&#233;ristique des r&#233;gimes totalitaires qui m&#232;nerait vers des horizons fort peu connus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 : Appareils Strat&#233;giques Capitalistes et populisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire accepter acc&#233;l&#233;rations, massifications et superfluit&#233; de la vie, le capitalisme poss&#232;de ses appareils. Je les ai nomm&#233;s &#171; appareils strat&#233;giques capitalistes &#187;. C''est par eux, gr&#226;ce &#224; eux que le populisme, un populisme d'adh&#233;sion aux valeurs dominantes, peut se d&#233;velopper et faire progresser les id&#233;ologies les plus r&#233;actionnaires et qui semblent les plus lib&#233;rales et internationalistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les appareils id&#233;ologiques d'&#201;tat d&#233;finis par Althusser ont rempli leur r&#244;le qui &#233;tait de mener la totalit&#233; soci&#233;tale &#224; accepter que la contradiction de la modernit&#233; qui s'exprime &#224; travers la lutte des classes soit r&#233;solue dans l'&#233;crasement d&#233;finitif des solidarit&#233;s institutionnalis&#233;es, r&#233;glement&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces nouveaux appareils ne visent plus &#224; la formation premi&#232;re d'une identit&#233; restreinte (nationale par exemple) construite par les r&#233;alit&#233;s historiques pour un appareil de production bourgeois national, mais &#224; la construction d'une non-identit&#233; universelle reposant sur une fausse conscience d'identit&#233; individuelle &#8213; chacun pensant &#234;tre diff&#233;rent. Cette non-identit&#233; vise &#224; la production ou la reproduction de l'appareil de production, non plus bourgeois (en tant que celui-ci est historiquement identifiable &#224; des individus), mais capitaliste et international ou supranational.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci signifie que l'identification du capital, son &#171; appartenance &#224; &#187;, s'opacifie en m&#234;me temps que se creusent des in&#233;galit&#233;s, de ce fait, de plus en plus difficiles &#224; combattre. Le capital n'appartient plus &#224; X, il est celui d'un groupe, il s'agit de titres, d'actions ou d'obligations. Il n'est plus national, il est devenu transnational, supranational, mondial. Se mobiliser contre pose donc le probl&#232;me de l'identification de la juste cible, de la juste revendication pour les salari&#233;s. Cette mondialisation qui se caract&#233;rise principalement par l'internationalisation de l'&#233;conomie qui repose de mani&#232;re croissante sur des transactions financi&#232;res, acc&#233;l&#233;r&#233;es, purement sp&#233;culatives, de devise &#224; devise, dont le volume et la valeur s'accroissent pour atteindre un montant cinquante fois plus &#233;lev&#233; que celui des &#233;changes commerciaux , est l'une des d&#233;fenses et l'une des attaques du capital contre le travail. Ce dernier conna&#238;t les pires difficult&#233;s pour structurer une lutte coh&#233;rente contre les moyens qui lui sont oppos&#233;s. Cette non-identit&#233; du capital repose sur la comp&#233;tition g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui traverse la totalit&#233; des appareils. C'est pour cela que j'ai nomm&#233; ces appareils &#171; appareils strat&#233;giques capitalistes &#187; (ASC). Ils ont pour finalit&#233; de massifier d'agr&#233;ger, d'unifier mais, contrairement aux appareils id&#233;ologiques d'&#201;tat propos&#233;s par Althusser, ils ne se soucient plus des diff&#233;renciations culturelles et historiques (comme l'&#233;cole de la IIIe R&#233;publique en France ou la religion protestante en Angleterre ou en Allemagne), mais cherchent &#224; s'imposer toujours et en tout lieu comme la r&#233;alit&#233; non-id&#233;ologique de la comp&#233;tition en tant que celle-ci est la vie, la nature humaine universelle et, peut-&#234;tre, comme cela est soutenu par quelques auteurs postmodernistes, la base d'une nouvelle d&#233;mocratie , une comp&#233;tition dont les principaux outils id&#233;ologiques sont l'acc&#233;l&#233;ration et la comp&#233;titivit&#233; ou le rendement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les appareils strat&#233;giques capitalistes sont aujourd'hui en construction et chacun d'entre eux m&#233;riterait une &#233;tude exhaustive. Ils servent ce que j'ai nomm&#233; la polym&#233;risation de pens&#233;es de faible densit&#233; . En effet, le polym&#232;re, qui est un corps chimique, est form&#233; par l'agr&#233;gation de monom&#232;res, c'est-&#224;-dire de mol&#233;cules de faible densit&#233;, de faible masse. En s'agr&#233;geant, les uns aux autres, les monom&#232;res forment, in fine, des compos&#233;s de masse mol&#233;culaire &#233;lev&#233;e, autrement dit renforc&#233;e. La polym&#233;risation de la pens&#233;e permet donc de renforcer politiquement des pens&#233;es de faible densit&#233;, de faible qualit&#233; mais qui, de la sorte, occupent l'espace politique en faisant dispara&#238;tre les v&#233;ritables alternatives, les v&#233;ritables projets. Ce sont des pens&#233;es voisines, des pens&#233;es s&#339;urs qui, tout en semblant s'opposer les unes aux autres, se rejoignent sur l'essentiel &#8213; le travail, le march&#233;, la valeur, la croissance, les &#233;changes, le capital &#8213; proposant &#224; la marge des r&#233;formes en laissant le noyau dur de l'id&#233;ologie intact de toute proposition, de toute attaque, de tout d&#233;sir de changement. Le populisme se trouve ici&#8230; Dans la quasi obligation d'adh&#233;sion &#224; ces polym&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
De la sorte, il est possible d'analyser les appareils qui produisent ces pens&#233;es polym&#233;ris&#233;es, id&#233;ologiques, qui structurent l'espace politique. La t&#233;l&#233;vision, par exemple, est devenue un appareil strat&#233;gique transnational de structuration de l'id&#233;ologie capitaliste et de r&#233;pression intellectuelle, d&#233;bordant largement le cadre national de l'occupation de loisirs ou de la formation id&#233;ologique : choix des &#233;missions, des images, des publicit&#233;s trans et supra nationalis&#233;es, des commentaires (contenus et formes de ceux-ci) et des analyses politiques, &#233;conomiques et sociales, normalisation internationale des programmes et copies de ces derniers, normalisation des retransmissions sportives en direct, cr&#233;ation d'un vedettariat international a-culturel, journalistes, chanteurs, humoristes, philosophes et intellectuels cathodiques. Derri&#232;re la th&#233;orie d'une communication et d'une information qui participeraient, l'une et l'autre, de la formation de l'alt&#233;rit&#233; et du projet d&#233;mocratique, se d&#233;veloppe de fait un conformisme d&#233;truisant les v&#233;ritables choix. Corn&#233;lius Castoriadis le notait d&#233;j&#224; lorsqu'il d&#233;clarait : &#171; Lorsqu'un individu ach&#232;te un frigo ou une voiture, il fait ce que font 40 millions d'autres individus, il n'y a ni individualit&#233; ni autonomie, c'est pr&#233;cis&#233;ment une des mystifications de la publicit&#233; contemporaine : &#8220;Personnalisez-vous, achetez la lessive X.&#8221; Et voil&#224; des millions de personnes qui se &#8220;personnalisent&#8221; en achetant la m&#234;me lessive. Ou bien, 20 millions de foyers &#224; la m&#234;me heure et &#224; la m&#234;me minute tournent le m&#234;me bouton de leur t&#233;l&#233;vision pour voir les m&#234;mes &#226;neries. Et l&#224;, c'est aussi la confusion impardonnable de gens comme Lipovetsky et autres, qui parlent d'individualisme, de narcissisme, etc., comme s'ils avaient eux-m&#234;mes aval&#233; ces fraudes publicitaires. Le capitalisme, comme pr&#233;cis&#233;ment cet exemple le montre, n'a pas besoin d'autonomie mais de conformisme. Son triomphe actuel, c'est que nous vivons une &#233;poque de conformisme g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#8213; pas seulement pour ce qui est de la consommation, mais de la politique, des id&#233;es, de la culture, etc. &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, non seulement le conformisme atteint les consommateurs mais, &#233;galement, les producteurs d'id&#233;es, comme le remarque Castoriadis, ainsi que les diffuseurs. L'exemple de la catastrophe de Fukushima est, de ce point de vue, remarquable. Malgr&#233; toutes les &#233;missions d'information retransmises sur toutes les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision, ces informations, justement, &#233;taient toutes contr&#244;l&#233;es par le gouvernement japonais puisque les seules images qui sortaient, les seuls t&#233;moignages, &#233;taient l'&#339;uvre d'une seule et m&#234;me cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision japonaise, contr&#244;l&#233;e par le pouvoir japonais. Ainsi, tous les t&#233;l&#233;spectateurs, branch&#233;s sur toutes les cha&#238;nes potentielles n'ont obtenu qu'une seule et m&#234;me information. De la sorte, les fronti&#232;res et l'espace ne repr&#233;sentent plus un obstacle, ni m&#234;me le temps. C'est au contraire leur abolition qui est le meilleur support de l'id&#233;ologie capitaliste en faisant croire &#224; la possible autonomie des individus dans l'acte d'information ou de connaissance. C'est &#224; ce moment que la vuln&#233;rabilit&#233; est la plus grande puisque l'information contr&#244;l&#233;e c&#232;de sa place &#224; grande vitesse &#224; une autre information contr&#244;l&#233;e mais qui se dit toujours libre et autonome. Rien ne ressemble plus &#224; un journal d'information t&#233;l&#233;vis&#233; qu'un autre journal d'information t&#233;l&#233;vis&#233;. Les m&#234;mes journalistes pr&#233;sentent, les m&#234;mes th&#233;matiques y sont d&#233;velopp&#233;es, les m&#234;mes formats y sont impos&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'appareil strat&#233;gique capitaliste informatif ne se limite &#233;videmment pas uniquement au syst&#232;me t&#233;l&#233;visuel. Il comprend, bien s&#251;r, comme nous l'avons vu, ces syst&#232;mes t&#233;l&#233;visuels mais, &#233;galement, les syst&#232;mes radiodiffus&#233;s, la presse &#233;crite, les revues et les magazines, les supports informatiques. Cependant, d&#233;sormais, l'information, le contr&#244;le de celle-ci mais, &#233;galement et surtout, la surveillance et le contr&#244;le de ceux qui vont chercher l'information, sont devenus plus ais&#233;s. Au travers des t&#233;l&#233;phones mobiles, les smartphones, des tablettes, des ordinateurs portables, internet est toujours l&#224;, ici et maintenant, provoquant le d&#233;bit ininterrompu de l'information, la noyant, la distordant. Cette pr&#233;sence instantan&#233;e et continue est l'un des moyens privil&#233;gi&#233;s de contr&#244;le et de formation des masses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il serait &#233;galement possible de d&#233;signer l'arm&#233;e comme &#233;tant un appareil strat&#233;gique capitaliste et non pas seulement un appareil de r&#233;pression. Ainsi l'arm&#233;e am&#233;ricaine en Irak a &#233;t&#233; une force id&#233;ologique pour le gouvernement am&#233;ricain sur le plan int&#233;rieur mais &#233;galement au niveau international. Elle n'a pas seulement agit pour r&#233;primer mais, &#233;galement et surtout, pour porter et construire des formes politiques mises en sc&#232;nes id&#233;ologiquement , ce qui d&#233;passent et d&#233;bordent le conventionnellement attendu. Que cet appareil fonctionne &#224; la violence, &#224; l'ext&#233;rieur des fronti&#232;res, comme le note Althusser, cela ne fait aucun doute mais, dans le m&#234;me temps, cette arm&#233;e agit comme n'importe quel appareil id&#233;ologique. Georges W. Bush a profit&#233; de l'id&#233;ologie r&#233;pressive et des actions militaires &#224; l'ext&#233;rieur du pays pour d&#233;stabiliser la politique europ&#233;enne, prendre position politiquement et id&#233;ologiquement dans une r&#233;gion productrice de p&#233;trole, d&#233;velopper la notion de terrorisme, accepter l'id&#233;ologie techno-militaro-scientifique avec ses guerres de renseignement, de contre-renseignement, d'anti-renseignement. Il est d'ailleurs notable que l'appareil strat&#233;gique militaire, n'a d'int&#233;r&#234;t qu'en lien avec l'appareil strat&#233;gique informatif, l'un et l'autre se renfor&#231;ant. Les appareils id&#233;ologiques et de r&#233;pression se rejoignent ainsi car, comme le notait Horkheimer et Adorno, s'est install&#233;e une forme apparemment plus souple d'autocontr&#244;le individualis&#233; , r&#233;sultat, peut-&#234;tre, de l'action combin&#233;e de ces appareils. De ce point de vue et plus que jamais, l'&#201;tat est devenu inconscient, hors fronti&#232;res, hors organisation politique d&#233;mocratique et identifiable. Nous sommes face &#224; une forme renouvel&#233;e de gouvernement mondial sans b&#226;tisses, donc sans lieu physique, sans organisations politiques citoyennes identifi&#233;es comme centre institutionnel, sans &#233;lus. Les superstructures comme la Banque mondiale, l'OCDE ou la commission europ&#233;enne, sont les appareils qui unissent ces doubles comp&#233;tences de l'appareil id&#233;ologique et r&#233;pressif et impulsent l'id&#233;ologie par toutes les structures institutionnelles nationales et internationales en interrelations de d&#233;pendance avec celles-ci. Or, le centre n&#233;vralgique de l'id&#233;ologie dominante, son principal vecteur, celui qui permet production et reproduction de biens et services, de l'appareil de production (capitaux et main d'&#339;uvre), de l'id&#233;ologie, c'est la mise en comp&#233;tition de l'ensemble des agents et acteurs sociaux, de l'ensemble des institutions, l'universalisation de la mise en concurrence, l'acc&#233;l&#233;ration constante de toutes les productions.&lt;br class='autobr' /&gt;
De nombreux ASC sont, aujourd'hui, en cours d'&#233;laboration. Ils poss&#232;dent des fonctions diff&#233;rentes mais tous visent &#224; l'int&#233;gration des valeurs capitalistes au sein de toutes les communaut&#233;s mondiales. Dans cette recherche de contr&#244;le du d&#233;veloppement capitalistique, les technologies soutiennent les techniques de l'information, ainsi la forme et le fond sont totalement li&#233;s. Herbert Marcuse avait d&#233;j&#224; remarqu&#233; que &#171; l'originalit&#233; de notre soci&#233;t&#233; r&#233;side dans l'utilisation de la technologie, plut&#244;t que de la terreur, pour obtenir la coh&#233;sion des forces sociales dans un mouvement double, un fonctionnalisme &#233;crasant et une am&#233;lioration croissante du standard de vie &#187; . Mais cette utilisation qui permet l'engourdissement de la critique et fait dispara&#238;tre l'opposition, comme le remarque encore Marcuse, construit de nouvelles formes de contr&#244;le puisque le changement qualitatif de la soci&#233;t&#233; n'est plus &#224; l'ordre du jour et que la comp&#233;tition g&#233;n&#233;ralis&#233;e s'impose partout, la banalit&#233; du quotidien, qui comprend la banalit&#233; de la technicisation, la banalit&#233; du mal, la banalit&#233; scientifique, celle de la consommation de masse, chloroformise toute tentative radicale. L'appareil strat&#233;gique informatique d&#233;truit le temps et l'espace en divulguant une information transnationale ou supranationale en temps r&#233;el dont la mise en sc&#232;ne participe de la banalisation du quotidien, de la vie et de la mort, donc de la banalisation ontologique et syst&#233;mique de l'homme.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres appareils strat&#233;giques capitalistes peuvent &#234;tre cit&#233;s : il en va ainsi de l'appareil sportif ou de l'appareil &#233;ducatif. Chacun poss&#232;de ses singularit&#233;s, mais tous r&#233;pondent &#224; ces sp&#233;cificit&#233;s et les propositions suivantes sont les hypoth&#232;ses indispensables &#224; la construction th&#233;orique des ASC, &#224; la compr&#233;hension du nouveau maillage id&#233;ologique mondialis&#233;. Ceci n'est &#233;videmment qu'un mod&#232;le dont l'incompl&#233;tude est certaine. Les ASC sont &#233;galement le r&#233;sultat d'un processus toujours mouvant, ils peuvent donc &#234;tre alt&#233;r&#233;s pour les besoins id&#233;ologiques, par l'id&#233;ologie qu'ils contribuent eux-m&#234;mes &#224; &#233;laborer. Au sein de cette proposition des ASC se trouvent les institutions prises comme le r&#233;sultat de &#171; l'institutionnalisation g&#233;n&#233;rale du social &#187; . Cela signifie que l'institution peut &#234;tre comprise comme pratique, comme organisation juridique ou non juridique, que l'on y trouve une forme de segmentation, qui g&#233;n&#232;re une polys&#233;mie au sein m&#234;me du concept . N&#233;anmoins, cette institution fait l'objet d'une analyse qui la d&#233;finit et s'&#233;labore sur certains concepts. Ces derniers rel&#232;vent d'une dialectique propre &#224; la compr&#233;hension des rapports de force et de domination existant au sein de l'institution. C'est le cas des relations institu&#233;/instituant, centre/p&#233;riph&#233;rie, individu/institution . Ainsi, les ASC en tant qu'institution peuvent relever tant de l'appareil scolaire que sportif, informatif ou politique et &#233;conomique. Ils peuvent &#233;galement s'inscrire dans un espace professionnel ou de loisirs mais, &#233;galement se rapprocher, en tant que pratique sociale de l'outil, comme la t&#233;l&#233;vision ou l'ordinateur au travers de la pratique &#171; informationnelle &#187; que peut proposer, par exemple, internet. Les ASC sont donc, avec une dimension diff&#233;rente de celle aff&#233;rant aux AIE, des appareils de production, de diffusion des id&#233;ologies mais, &#233;galement, de reproduction dans une dimension alt&#233;r&#233;e, c'est-&#224;-dire dans un processus de globalisation du capitalisme. Il est enfin important de souligner que les ASC ne font pas dispara&#238;tre les AIE de mani&#232;re brusque et simultan&#233;e. Tout comme l'industrie est devenue la forme dominante de production faisant dispara&#238;tre progressivement, mais pas totalement, l'artisanat, les ASC s'imposent comme le mod&#232;le dominant des appareils capitalistes. Cependant, m&#234;me si les ASC visent &#224; la domination totale en tant qu'appareils, ils n'ont sans doute pas encore &#233;limin&#233; la totalit&#233; des AIE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1)	Les ASC, comme toute institution, rel&#232;vent du mouvement g&#233;n&#233;ral de la dialectique, et s'y trouvent en son sein l'unit&#233; des contraires. Ainsi les ASC sont toujours davantage que ce qu'ils paraissent. Au sein de la pens&#233;e dominante, l'autonomisation des fonctions &#171; nobles &#187; des ASC s'effectue, est affirm&#233;e, aux d&#233;pens de fonctions inavou&#233;es, cach&#233;es ou scotomis&#233;es mais r&#233;elles. De la sorte, les ASC semblent toujours &#234;tre le r&#233;sultat de la &#171; raison &#187;, du &#171; pragmatisme &#187; ou de la &#171; rationalit&#233; &#187; en tant que valeur ind&#233;passable de la modernit&#233; afin d'assurer les meilleures conditions de vie ou le bonheur g&#233;n&#233;ral. En tant qu'ASC la t&#233;l&#233;vision, par exemple, est pr&#233;sent&#233;e en tant qu'appareil d'informations objectives et de distraction, jamais comme un appareil d'engourdissement culturel et politique des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2)	L&#224; o&#249; l'AIE s'inscrivait dans un processus historique, id&#233;ologique, national diff&#233;renci&#233; et diff&#233;renciant, les ASC visent &#224; l'uniformit&#233;, au conformisme, des institutions et des id&#233;ologies sans consid&#233;ration de fronti&#232;res, de cultures et d'histoire, sans consid&#233;ration morales ou &#233;thiques. En ce sens, les ASC sont plus que la transformation des AIE. Plus pr&#233;cis&#233;ment, les AIE sont des appareils de transitions qui m&#232;nent, selon la logique capitaliste, &#224; l'&#233;laboration d'appareils susceptibles (les ASC) de soutenir un capitalisme mondialis&#233;, &#171; agressif &#187;, n'ayant pas d'autres objectifs ni finalit&#233;s que l'accroissement du capital et la reproduction du processus capitaliste de production mondialis&#233; au travers du d&#233;veloppement des sciences et des techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3)	Les ASC sont des appareils d'information id&#233;ologique et d'&#233;ducation de la masse informe, c'est-&#224;-dire atomis&#233;e ou diss&#233;min&#233;e. Cela concerne tant les modes d'information que peuvent &#234;tre les diff&#233;rentes institutions de presse et de communication (t&#233;l&#233;visuelle, radiophonique, &#233;crite, internet), que les institutions d'&#233;ducation ou p&#233;dagogiques (&#233;coles, universit&#233;s, institutions &#233;ditoriales&#8230;), les institutions &#233;conomiques ou politiques (OCDE, Parlement europ&#233;en, Banque mondiale, agences de notation...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4)	Les ASC sont les lieux de la comp&#233;tition massifi&#233;e, dans le sens o&#249; la masse est cette partie de la population &#171; d&#233;class&#233;e &#187; de toutes les couches sociales, formant la nouvelle classe des d&#233;sh&#233;rit&#233;s culturels, politiques, &#233;conomiques ou sociaux. Dialectiquement, les ASC visent &#224; d&#233;velopper la &#171; masse &#187; au m&#233;pris de l'existence de populations et d'individus conscients. La masse est la &#171; mati&#232;re &#187; indispensable au d&#233;veloppement du capital, finalit&#233; vis&#233;e des ASC. C'est pour cette raison que la masse qui peut se former et se d&#233;velopper tant au niveau r&#233;gional que national prend surtout son sens dans le sein du capitalisme mondialis&#233;, dans un espace supranational ou mondial et qu'elle lui est indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5)	Les ASC visent &#224; mette en comp&#233;tition tous les acteurs, institutions, masses et individus, afin de &#171; naturaliser &#187;, dans un mouvement dialectique, la lutte de tous contre tous, de tous contre chacun et de chacun contre tous. Les outils principaux de cette comp&#233;tition sont la vitesse (l'acc&#233;l&#233;ration) et la productivit&#233; (le rendement) qui permettent de hi&#233;rarchiser au travers de l'&#233;valuation des valeurs (richesse r&#233;elle et valeur abstraite), les diff&#233;rents niveaux de production, les diff&#233;rents producteurs, selon l'ensemble des crit&#232;res et indicateurs capitalistes mondialis&#233;s. L'id&#233;e de progr&#232;s est li&#233;e &#224; l'am&#233;lioration de ces indicateurs mondialis&#233;s qui imposent les notions de d&#233;veloppement et de progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6)	Les ASC ont pour mission d'imposer les formes les plus aigues de la flexibilit&#233;, de la d&#233;r&#233;glementation et de la mobilit&#233;. C'est ainsi que l'on forme, que se forme, le nouveau prol&#233;tariat du tertiaire ou technologique, fait d'individus &#171; technicis&#233;s &#187; ou &#171; technologis&#233;s &#187;, d&#233;pendants des techno-sciences, de leurs applications industrielles et de leurs potentiels rendements capitalistiques. C'est par les &#171; techniques &#187; que les individus deviennent les proth&#232;ses m&#234;mes de leurs propres &#171; sciences &#187; et &#171; techniques &#187;, des parties de la machine qu'ils ont eux-m&#234;mes cr&#233;&#233;e, et dont les ASC d&#233;fendent les logiques internes et externes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7)	Les ASC transforment les lieux de l'intellectualit&#233; en lieux de production et de consommation, en lieu d'ornement et de spectacle. Ils modifient de la sorte la valeur et la destination de toute activit&#233; intellectuelle en se l'appropriant, en la d&#233;tournant. Ils d&#233;truisent ainsi toute forme de pens&#233;e dialectique, toute imagination et renforce la polym&#233;risation des pens&#233;es de faible densit&#233;, renfor&#231;ant les courants dominants. C'est ainsi, et pour exemple, que les laboratoires publics de recherche, accueillis au sein de l'appareil universitaire, sont lentement instrumentalis&#233;s aux d&#233;sirs du march&#233; mondial et plac&#233; dans une situation de comp&#233;tition g&#233;n&#233;ralis&#233;e. La &#171; comp&#233;tition des savoirs &#187; qui se mesure &#224; l'aune de r&#233;sultats &#233;conomiques, du spectacle de ceux-ci, fait dispara&#238;tre toute possibilit&#233; de n&#233;gativit&#233; et de dialectique en acte. La finalit&#233; vis&#233;e est l'appropriation, l'instrumentalisation, la spectacularisation de la connaissance par le capitalisme mondialis&#233;, son utilisation en tant que marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8)	Les ASC forment les travailleurs sur des objets et des secteurs port&#233;s par l'industrie et l'&#233;conomie. L'instrumentalisation des &#171; masses &#187; est quasi-totale au sein des projets politico-&#233;conomiques de la classe dominante capitaliste. Les ASC rendent le travail et les travailleurs quantit&#233; n&#233;gligeable car totalement interchangeables au sein de l'espace europ&#233;en, dans un premier temps, mondial ensuite. Ils banalisent les formations, les comp&#233;tences, les savoirs, les connaissances de toute nature dans le temps et dans l'espace en leur faisant perdre toute forme de complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9)	Les ASC vont organiser les formes modernes de production capitalistes de tous les secteurs d'activit&#233; en augmentant la pr&#233;carisation et la vuln&#233;rabilit&#233; des individus, &#233;tudiants et travailleurs, ch&#244;meurs, retrait&#233;s, sans statuts, leur flexibilit&#233;, leur mobilit&#233; spatiale et sociale sur le march&#233; du travail, en g&#233;n&#233;rant l'inutilit&#233; par l'acc&#233;l&#233;ration du d&#233;veloppement technique et scientifique. Cette fragilisation qui permet l'utilisation technologique de &#171; chair &#224; travail &#187; comme il y a de la &#171; chair &#224; canons &#187; cr&#233;e, &#224; terme, la &#171; superfluit&#233; &#187; de l'Homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10)	Les ASC organisent l'ordre par l'autocontr&#244;le et l'auto-r&#233;pression des individus au sein des masses elles-m&#234;mes organis&#233;es autour de la dialectique abondance/raret&#233;. De la sorte la sortie du conformisme devient difficile et c'est au sein d'une soci&#233;t&#233; &#171; kafka&#239;enne &#187;, au centre symbolique fort et &#224; la p&#233;riph&#233;rie massifi&#233;e et diss&#233;min&#233;e, que la d&#233;mocratie, en tant que syst&#232;me politique du peuple conscient pour le peuple conscient et organis&#233; par le conscient, tend &#224; dispara&#238;tre pour faire &#233;merger une technocratie mondiale, repr&#233;sentant le centre dominant d'un pouvoir mondial d&#233;territorialis&#233; face &#224; une p&#233;riph&#233;rie domin&#233;e et informe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11)	Les ASC participent de la transformation des valeurs par la cr&#233;ation d'ornements, de spectacles et de divertissements. L'ornement du travail est la technique, la vie devient spectacle (t&#233;l&#233;vis&#233; ou &#171; webis&#233; &#187;), le d&#233;tournement devient l'essence (la soci&#233;t&#233; dite des loisirs). De ce fait l'existence elle-m&#234;me devient une abstraction de par la valeur abstraite que le travail poss&#232;de dans sa dimension technique, que la vie poss&#232;de dans sa dimension spectacularis&#233;e qui ne d&#233;voile rien du r&#233;el ni au spectateur ni &#224; l'acteur lui-m&#234;me, que l'essence poss&#232;de dans sa dimension d&#233;tourn&#233;e. L'abstraction m&#234;me de l'humanit&#233; est, pour partie, la disparition de l'humanit&#233; de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12)	Les ASC d&#233;truisent subs&#233;quemment les notions d'art et d'&#339;uvre (donc de chef d'&#339;uvre). L'art en tant que r&#233;alisation transcendante de l'imagination de l'homme et l'&#339;uvre en tant que r&#233;alisation d'une connaissance artisanale subjective devaient &#234;tre les supports de vie des sujets en tant que la subjectivit&#233; reste l'essence de la vie et des valeurs de celle-ci. Les disparitions de l'art et de l'&#339;uvre, par la marchandisation, l'instrumentalisation, la d&#233;complexification li&#233;es &#224; l'acc&#233;l&#233;ration de la production, de la consommation et de la spectacularisation industrielles, sont la symptomatique d'une p&#233;riode de d&#233;shumanisation et de la mise en spectacle de celle-ci et de ses ornements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13)	Les ASC participent de la structuration rationnelle spatiale dominante, de la politique urbaine dominante par la monumentalisation spectaculaire de l'espace v&#233;cu et par son rendu m&#233;diatique. De la sorte, le spectacle du travail devient spectacle de l'architecture (P&#233;kin, la D&#233;fense, Londres, Rio, Duba&#239;&#8230;), l'expression architecturale b&#233;tonn&#233;e s'imposant &#224; &#171; l'univers de chair &#187; de l'intersubjectivit&#233; en structurant celle-ci. Ces ASC montrent le choix techniques et esth&#233;tique op&#233;r&#233; par les soci&#233;t&#233;s modernes capitalistes et les formes de domination induites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14)	Les ASC participent de la rationalisation technique du temps (travail-loisir-travail) et de sa structuration. L'acc&#233;l&#233;ration de la production, l'accroissement de la productivit&#233; structurent le temps puisque la comp&#233;tition est toujours une lutte contre ce dernier jusqu'&#224; sa disparition fantasm&#233;e. La rationalisation du temps n'a plus de limites ni de fins, et participe de la production sans fin des &#171; sciences &#187; et des &#171; techniques &#187; et de l'acc&#233;l&#233;ration du rythme des innovations, des d&#233;couvertes ou des &#171; inventions &#187; et, in fine, des marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15)	Les ASC reposent sur un mythe. Ils se proposent d'&#234;tre une forme non id&#233;ologique de formation, d'information, de spectacle, d'encadrement massif des individus qui reposerait sur un quasi id&#233;al d&#233;mocratique de comp&#233;tition des savoirs, des connaissances, des productions se pratiquant mondialement selon les m&#234;mes formes, les m&#234;mes r&#232;gles. Le culte de la performance s'ins&#232;re ainsi dans l'ensemble des rets de la vie humaine, tant intime que publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16)	Les ASC vont organiser les logiques de qualification et d'exclusion car il n'y a pas de comp&#233;tition sans vainqueur mais, &#233;galement et dialectiquement, sans perdants, sans disqualifi&#233;s ou &#233;limin&#233;s. La recherche n&#233;vrotique de croissance organisera syst&#233;matiquement la prosp&#233;rit&#233; d'un petit nombre au d&#233;triment de la grande majorit&#233; dans un processus capitaliste dont la logique veut que les moins nombreux (les s&#233;lectionn&#233;s, les vainqueurs&#8230;) usent de leur richesse lorsque la majorit&#233; (les vaincus, les &#233;limin&#233;s, sur tous les continents, dans tous les pays&#8230;) use son corps (physique, politique, culturel et social).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17)	Les ASC participent de la mobilisation g&#233;n&#233;rale et totale de l'appareil de production capitaliste, de la &#171; chair &#187; indispensable au bon fonctionnement de cet appareil (travailleurs, &#233;tudiants, ch&#244;meurs, retrait&#233;s, sans statuts&#8230;) et, de ce fait, les individus seront incapables de discerner derri&#232;re la &#171; machinerie &#187; ceux qui l'utilisent, ceux qui en tirent profit et ceux qui la subissent ou payent pour elle .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18)	Les ASC en tant qu'appareil permettant le d&#233;veloppement de toutes les formes de domination (physique, psychologique politique, &#233;conomique, sociale, culturelle&#8230;), de marchandisation, non seulement participent du d&#233;veloppement de la superfluit&#233; (des hommes, des objets, de l'environnement, des interrelations&#8230;) mais, au travers de celle-ci, de la construction des formes de totalitarisme &#224; venir. Les appareils strat&#233;giques capitalistes sont donc les appareils qui sont d&#233;sormais les mieux &#224; m&#234;me de tisser le lien structurel entre toutes les formes de r&#233;gime politique, y compris la d&#233;mocratie, et le totalitarisme, ce dernier &#233;tant compris comme cons&#233;quence quasi in&#233;luctable du fonctionnement d'un capitalisme avanc&#233; ou d&#233;velopp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces premi&#232;res analyses g&#233;n&#233;rales des ASC peuvent, bien s&#251;r, &#234;tre compl&#233;t&#233;es puisque relevant d'une forme &#171; universelle &#187;, et les figures dialectiques des ASC peuvent s'exprimer dans la particularit&#233; ou la singularit&#233;. Mais ce qui reste signifiant est la structuration supranationale de ces appareils qui, in fine, nous intime l'obligation de nous construire en masse sans logique politique d'opposition au capital, de r&#233;bellion ou d'insurrection. Comme le souligne Ren&#233; Lourau, les appareils id&#233;ologiques, en tant qu'institution, ne sont jamais totalement ce qu'ils semblent &#234;tre et derri&#232;re l'illusion de lib&#233;ration par choix individuel, s'inscrit le conformisme le plus dangereux et le moins pens&#233;. Sans doute se trouve ici les nouvelles formes de populisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1&#232;re publication : avril 2012 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>No people without populism</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Arlind Qori</dc:creator>


		<dc:subject>populisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Far from being a natural entity, self-evident or grounded ontically on the riverbed of history, the concept of the people must be considered as a kind of discursive formation, which nonetheless impacts not only the common understanding of the society, both politically and not, but also the way the social and political agents act, relate to each other, and, in general, form the society's cognitive-practical map. Saying that, it doesn't mean that there are not theoretical, or more exactly, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Far from being a natural entity, self-evident or grounded ontically on the riverbed of history, the concept of the people must be considered as a kind of discursive formation, which nonetheless impacts not only the common understanding of the society, both politically and not, but also the way the social and political agents act, relate to each other, and, in general, form the society's cognitive-practical map. Saying that, it doesn't mean that there are not theoretical, or more exactly, ideological approaches which consider the people as an objective reality, with objective interests, and independent from any discursive formation. Nevertheless the aim of this essay is to consider any approach as a discursive formation, and to distinguish between them from the standpoint of the emancipatory potentials, both theoretically and politically, of each. So, as long as the discursive formation of constructing or relating theoretically to the people can be named populism, it is useful to distinguish between two kinds of populisms : reactionary populism and emancipatory ones. The latter will be discussed from a critical viewpoint of the important theoretical hints of Ernesto Laclau, Jacques Ranci&#232;re, and especially Slavoj &#381;i&#382;ek, whose views will be considered widely even in the response to what I've called reactionary populism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;REACTIONARY POPULISM&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As long as paradigmatically the social field is viewed as ontologically open, the populist construction of the people, even when considered objective or necessary, will be thought of as a contingent process of discursive formations which form the necessary feature only retroactively. Anyway, what distinguishes the reactionary populism is the discursive formation of the people as a natural wholeness of everybody pertaining to the society &#8220;minus One&#8221;. Reactionary populism tends to conceive the people as essentially identical to itself, an ahistorical entity whose most important imperative is to live as one, but whose goal is thwarted by an internal/external enemy, the former &#8220;minus One&#8221; of the people. Naturally the people are described as morally superior and deserving the populist justice, in contrast to the enemy of the people pictured as its opposite. What reactionary populism tends to avoid at any cost is the ontological antagonism of society as such, or to put it more correctly, the impossibility of the society (the people) to attain the dreamy fullness. And the enemy within, with almost any possibility connected to the enemy outside, is not only the politically practical scapegoat, but also a discursive necessity for the failure of overcoming the contingent and antagonistic character of the society. For this reason contemporary reactionary populist parties construct the figure of an alien and parasitic intruder, which is to blame for the absent fullness. So, Slavoj &#381;i&#382;ek uses the figure of the &#8220;Jew&#8221; in the Nazi discourse to explain why the &#8220;Jew&#8221; is the embodiment of what the society or the people fail to achieve : &#8220;&#8230;the designation 'Jew' does not add any new content, the entire content is already present in the external conditions (crisis, moral degeneration, and so on) ; the name 'Jew' is only the supplementary feature which accomplishes a kind of transubstantiation, changing all these elements into so many manifestations of the same ground, the 'Jewish plot'&#8230;the passage of contingency into necessity is an act of purely formal conversion, the gesture of adding a name which confers upon the contingent series the mark of necessity, thereby transforming it into the expression of some hidden ground (the 'Jewish plot').&#8221; Or to put it in other words, the fullness of the society is impossible in a dual sense : It is ontologically impossible, but on the other hand, the reactionary populist approach tends to embody positively this inherent impossibility in the figure of the Jew, whose role is to transform the inherent impossibility into an external obstacle to be overcome by any means necessary .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the other hand the people designated by the reactionary populism is &#8220;naturalized&#8221;, which means that the &#8220;natural&#8221; hierarchical dispersion of the members of the people seems self-evident, and more importantly it does not impede the people from being One, having the same identity, prospects, interests, passions etc, in contrast to the &#8220;parasitic intruders&#8221; who desire to unnaturalize the people by propagating subversive and artificial ideas in the likes of equality, constructing new identities etc. This tells a lot on the political future that the society reactionary populism wants to construct : a fully transparent, &#8220;natural&#8221;, hierarchical, and peaceful in the sense of avoiding antagonisms (especially the class struggle) and disorders society, whose former intruders will be dealt with in alternative manners, from the extermination camp to the refugee-expatriation camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the other hand, because of the contingent form of the people and the necessity to give it a unitary content, reactionary populism needs the symbolizing figure of the leader to show the people that they are one, especially against the enemy intruders. The leader needs to be one so he can better represent the people as one. The leader has in actuality what the people have in potentiality, or in the most inner essence, the unity of the will. The leader, whose characteristics represent the void of the people , must give substance to the void by expressing anything, by promising everything, by taking whatever positions, even contradictory ones, by expressing what Leon Trotsky called in his history of the Russian Revolution &#8220;the absolute zero&#8221; of filling the void with whatever one finds by the way, but most importantly by creating in the imagination of the people the figure of the One whose fate is endangered by the destructing and disintegrating enemy within(out). And considering contemporary populist movements, the leader is the one who dares to speak the truth, as Oscar Reyes puts it, to tell the dirty secret and to expect popular solidarity from it ; and the dirty secret is none other than the imaginary or symbolically constructed enemy within whose real function is to disperse attention to the antagonistic trauma of a society, especially to the class symptom of the antagonism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;EMANCIPATORY POPULISM&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Although it seems difficult to talk about emancipatory populism, taking into consideration the theoretical works of Ernesto Laclau, Slavoj &#381;i&#382;ek and Jacques Ranci&#232;re, by trying sometimes to take sides, and sometimes to synthesize their oppositions, some ray of light in imagining an emancipatory populism can be traced. The somehow difficult task of this essay is that from the above-mentioned authors only Laclau uses the concept of populism in a positive light, even though he tries to conceptualize it as a neutral ground of the universal ready to be filled by any hegemonic content. On the other hand, Ranci&#232;re uses the concepts of the political and politics (le politique, la politique) to express the emancipatory potential of the people (demos), whereas &#381;i&#382;ek explicitly refuses the term populism as long as for him the only meaning of populism is the reactionary one, but nevertheless by taking the side of the symptomatically excluded from the ideological formation of the society, his views can be linked with those of Ranci&#232;re in considering &#8220;the people&#8221; not as a fullness of everybody minus the enemy, but as the particular that authentically represents the universality, i.e. those without rights, fundamentally excluded, or what in historic-political terms was called demos, proletarii, populace, popolino, popolo minuto, vegj&#235;li (Albanian) etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To begin with the &#8220;neutral&#8221; and political conception of the people and populism by Ernesto Laclau, one must say that according to him the open field of discursiveness is the unfounded foundation of the real. This means that through discursive practices, or formations, the social agents are not just represented from some authentic sociological ground, but really constructed ontically. In the case of populism, Laclau tends to view it as a political attempt to hegemonize temporarily the field of discursiveness by giving a common identity to the people as a non-all whose claims and grievances of a fundamental tort try to mobilize large groups against others, or especially against what is perceived as elitist misrepresentation, exploitation etc. What distinguishes Laclau's approach from reactionary populism is the fact that the former looks at populism not as the direct expression of the &#8220;natural&#8221; people, but as the direct expression of the political, i.e. as the hegemonic attempt to construct political identities, where a chain of particular elements fill the empty place of universality, but with the certainty that every attempt will be a distorted and partially failed one. So the emancipatory potential of populism rests in the contingent character of the political as the attempt to hegemonically construct and reconstruct society from the standpoint of a part of it, without giving away antagonism, but accepting it as the impossible deadlock of the fullness of the society.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In order to distinguish populism, or the political, from the essentialism of the metaphysical conception of the society, Laclau opposes the logic of the equivalence to the logic of the difference. In an &#8220;well-ordered&#8221; society, the logics of the difference means that each group has an essential social presence which can be authentically represented in the political field in the likes of political parties, interest groups etc. In the contemporary liberal view, society as a whole exists and can thrive insofar as the different political representatives can reach reasonable agreements that leave everybody happy. In contrast to this, Laclau starts from the absent identity of any social agent, or what he calls the empty ground of the universal, and looks at the identity formations and the articulation of interests of these groups in a negative way ; i.e. through a chain of equivalences which first constructs politically the identity of a group as the negation of all others (We are what the others are not), then creates a hegemonic worldview that gathers different groups in a fragile common which is held by the negation or the refusal of what they are not, the enemy. Again the Schmittian friend/enemy conception of the political is not represented as a naturalized block of the people who are eager to avoid antagonism, but as a content-free space to be filled by any hegemonizing political content.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In order to hegemonize the field of discursiveness, Laclau is in need of signifiers that better express the absent positive and common ground of the newly formed group. For this reason, populism thrives through the use of large-embracing signifiers that try to fill the ranks of the group in front of the political enemy. That's why terms like &#8220;the people&#8221;, &#8220;democracy&#8221;, &#8220;justice&#8221; etc are used in the form of what Laclau calls floating signifiers and empty signifiers. In concrete terms they may overlap, but Laclau shows the difference between them in this way : &#8220;while the latter depend on a fully fledged internal frontier resulting from an equivalential chain, the floating signifiers are the expressions of the ambiguity inherent to all frontiers and of the impossibility of the latter acquiring any ultimate stability.&#8221; So the people of populism is the expression of certain groups opposing the system, the exploiters etc, but in the same moment they express the instability of the concrete cleavage as long as other groups can fill the ranks of the people or the exploiters, in a way that destabilizes permanently the concrete frontiers. In a Kantian way, the form of the people against &#8220;them/enemy&#8221; as an empty ground universal ready to be filled by any concrete particular hegemonic formation, which identifies with the universal, but nevertheless in a distorted and incomplete manner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is precisely in this dualism of the universal/particular that &#381;i&#382;ek intervenes critically to Laclau. He shares the latter's position of disclaiming any objectiveness or fullness of the society, accepts the contingent character of the universal, but nevertheless insists that in the chain of equivalences that constructs &#8220;the people&#8221; (in fact &#381;i&#382;ek doesn't use this term because he fears the reactionary connotation of it. Nevertheless this essay's position is that the symptomatically excluded with whom &#381;i&#382;ek identifies and who take the authentic place of the universal may even be called &#8220;the people&#8221; in the revolutionary sense this terms has had in the likes of &#8220;demos&#8221;, &#8220;proletarii&#8221;, &#8220;popolino&#8221;, &#8220;popolo minuto&#8221;, &#8220;vegj&#235;li etc&#8221;. Consequently, what theoretically may be called critique of ideology, politically may take the name of emancipatory or revolutionary populism), there is a part which overdetermines the others, and in doing so shapes not only the revolutionary identity of the group, but also impacts the terrain in which the struggle is conducted. Concretely &#381;i&#382;ek puts it : &#8220;&#8230;my point of contention with Laclau here is that I do not accept that all elements which enter into hegemonic struggle are in principle equal : in the series of struggles (economic, political, feminist, ecological, ethnic, etc.) there is always one which, while it is part of the chain, secretly overdetermines its very horizon. This contamination of the universal by the particular is 'stronger' than the struggle for hegemony (i.e. for which particular content will hegemonize the universality in question) : it structures in advance the very terrain on which the multitude of particular contents fight for hegemony.&#8221; So the quasi-disappearance of the very signifier of the people from the ideological discourse of today's liberal capitalism to leave the place to the differential logic of interests' competitions of alternative groups demonstrates that, politically, &#8220;the people&#8221; as the emancipatory potential of radical equality has been defeated so far. In contrast to pre-modern conceptions of the people which gave it its name, but nonetheless disregarded and underrated its importance (le tiers &#233;tat, popolino etc), the contemporary liberal &#8220;anti-populist&#8221; discourse takes away even the name (signifier) of the people.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anyway, the above quote from &#381;i&#382;ek means that despite the fact that any particularity may struggle for the place of the universal, there is one particularity, which by being the &#8220;authentic&#8221; symptomatically excluded from the ideologically constructed wholeness, can take the place of the universal, can be the embodiment of the emancipatory struggle, or what I dare to call emancipatory populism. This Lacanian Real, or hard kernel, of overdetermination of parts in a common struggle and of the terrain of the struggle itself is represented by the economy (capitalist mode of production). As &#381;i&#382;ek puts it : the economy &#8220;&#8230;is simultaneously the hard core expressed in other struggles through displacements and other forms of distortion, and the very structuring principle of these distortions.&#8221; This means that the overdetermining element which constructs the &#8220;false&#8221; universality of the positive order is the capitalist economy. Other forms of exclusion can exist independently of the economic exclusion, but the terrain of the common struggle and the identity of the strugglers are determined retroactively by the contingent &#8220;political&#8221; decision to shape society in the form of the capitalist mode of production. In order to play the game of hegemonic temporary exclusion, there must be an &#8220;always anterior&#8221; exclusion which shapes the &#8220;permanent&#8221; (always retroactively, which means that it can be overcome, but only politically) traumatic exclusion, i.e. capitalism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This implies that as long as capitalism is the overdeterminating form of exclusion which forms a &#8220;false&#8221; universal positive order, the emancipatory potential of the political (populism) is to identify oneself with, as &#381;i&#382;ek puts it, &#8220;the point of inherent exception/exclusion, the &#8216;abject', of the concrete positive order, as the only point of true universality&#8221; . The concrete positive order is grounded on a primary exclusion, the economic one, which doesn't mean that other forms of exclusion are not important, but that these exclusions are quilted in the nodal point of the capitalist ground of exclusion. In this perspective, to struggle independently against very important forms of exclusions such as racial, gender, religious etc, without daring to put in question capitalism, or more precisely to politicize the economy, is not a fully emancipatory struggle because it leaves untouched the traumatic kernel, silences the Real antagonism that excludes in the name of a false universality, Capitalism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In this way, contrary to Laclau, &#381;i&#382;ek finds the authentic particular to fill the void of the universal : those whose content is itself the void, the nothingness, being reduced out of the margins of the society, the latter's &#8220;bad conscience&#8221;, the inherent outsider, the unmastered mob, the part of the no part (in Ranci&#232;re's terminology), the Greek demos, the Roman proletarii, the Renaissance's popolo minuto, the traditional Albanian vegj&#235;li. Although it seems very close to the Ranci&#232;re's conception of the people as those who oppose politically the police (as the guarantor of the positive order) in order to have a voice, and in doing so express the fundamental injustice of the society, &#381;i&#382;ek's &#8220;outcasts&#8221; differ from the latter because he insists on the symptomatic particularity of the excluded as being those whose fundamental reason of exclusion rests in the economical form . This does not mean that the excluded are exclusively the poor, but everyone that belongs to the underclass, everyone who from a capitalist point of view is considered useless, especially those whose nothingness of actuality hints to the everything of potentiality ; those who fill the limitless void of the universal ground precisely because they embody concretely the living conditions of this limitless nothingness &#8211; not the sociological working class, but the dialectically constructed economic-political proletarians, vegj&#235;lia.&lt;br class='autobr' /&gt;
So using the &#381;i&#382;ekian perspective, without the fidelity to his aversion to the signifier populism, one may define the emancipatory populism as the political division of the society in two antagonistic camps : the people , as those who are fundamentally excluded, especially in the capitalistic overdetermination of the exclusion, and everybody else who exploits, takes advantages indirectly from the exclusion or even disregards completely the fate of the outcasts. Nevertheless &#8220;the people&#8221; is not sociologically represented. Using the &#381;i&#382;ekian perspective of the Lacanian relation between the Real and the Symbolic, one can say that the Real is nothing more than the failure of the Symbolic to construct e fully transparent identity, a whole in the Symbolic, which in the case of the contrast between the reactionary and emanciptory populism can take this form : the Symbolic of the ideological-reactionary populism tries to construct the people as an essential, natural, and fully transparent entity, but something is left apart ; something persists, or haunts the reactionary people, and this something is none other than the outcasts, the people as the part of no part. But it doesn't mean that this Real of the particular that can fill the empty place is self-evident, because the deadlock of the Symbolic rests in the fact that one cannot express the Real (emancipatory people) without words, concepts, i.e. the emancipatory discourse of subjectivizing the people. So the people is formatted through an articulatory practice that subjectivizes those who in the course of it identify with the fundamentally excluded, and start to struggle for the &#8220;utopia&#8221; : for a society that in the current ideological map of capitalism can only be regarded as a dream with catastrophic consequences, but who should be thought of, at least in broad features, as the communist overcoming of capitalism (Paris Commune example), which does not mean that antagonism as such will be overcome, but at least the overcoming of the capitalist antagonism can open the field of other forms of antagonisms, maybe unthought of in our times, but antagonisms whose common ground will not be the economical inequality that shapes the terrain of every form of struggle for equality, but the economical equality that shapes the emancipatory terrain of every imaginable future struggle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BIBLIOGRAPHY :&lt;br class='autobr' /&gt;
1.	Agamben, Giorgio. (2011). La Puissance de la pens&#233;e. Essais et conf&#233;rences. Trad. Jo&#235;l Gayraud et Martin Rueff. Paris : &#201;ditions Payot &amp; Rivages&lt;br class='autobr' /&gt;
2.	Butler, Judith. Laclau, Ernesto. &#381;izek, Slavoj. (2000). Contingency, Hegemony, Universality. Contemporary Dialogues on the Left. London : Verso&lt;br class='autobr' /&gt;
3.	Laclau, Ernesto ed. (1994). The Making of Political Identities. London : Verso&lt;br class='autobr' /&gt;
4.	Panizza, Francisco. Ed. (2005). Populism as the Mirror of Democracy. London : Verso&lt;br class='autobr' /&gt;
5.	Ranci&#232;re, Jacques. (1998). Aux bords du politique. Paris : Gallimard&lt;br class='autobr' /&gt;
6.	&#381;i&#382;ek, Slavoj. (2000). The Ticklish Subject. The Absent Centre of Political Ontology. London : Verso&lt;br class='autobr' /&gt;
7.	&#381;i&#382;ek, Slavoj. (2008). In Defense of Lost Causes. London : Verso&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1&#232;re publication : mai 2012&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Le lit de l'Empereur &#187;</title>
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		<dc:date>2012-05-26T19:02:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julian Bejko</dc:creator>



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&lt;p&gt;(Analyse sociopolitique du film homonyme du r&#233;alisateur Endri Keko, 1973, Albanie, d'apr&#232;s le po&#232;me de Drit&#235;ro Agolli &#171; Le partisan M&#233;ke &#187;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes dans les derniers jours de la Deuxi&#232;me guerre mondiale et c'est la bataille pour lib&#233;rer la ville de Tirana. Des partisans ont d&#233;j&#224; assi&#233;g&#233; le Palais royal de l'ancienne monarchie albanaise dont le roi &#233;tait parti en exil sous l'occupation fasciste. Le Palais &#233;tait devenu le si&#232;ge du pouvoir fasciste puis &#233;tait pass&#233; aux mains des nazis. Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=33" rel="directory"&gt;Albanie avril 2012&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(Analyse sociopolitique du film homonyme du r&#233;alisateur Endri Keko, 1973, Albanie, d'apr&#232;s le po&#232;me de Drit&#235;ro Agolli &#171; Le partisan M&#233;ke &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes dans les derniers jours de la Deuxi&#232;me guerre mondiale et c'est la bataille pour lib&#233;rer la ville de Tirana. Des partisans ont d&#233;j&#224; assi&#233;g&#233; le Palais royal de l'ancienne monarchie albanaise dont le roi &#233;tait parti en exil sous l'occupation fasciste. Le Palais &#233;tait devenu le si&#232;ge du pouvoir fasciste puis &#233;tait pass&#233; aux mains des nazis. Le film nous montre un personnage, le partisan, le seul acteur dans ce court-m&#233;trage qui entre dans le Palais royal avec son &#226;ne et ses deux prisonniers allemands. Bien apr&#232;s s'&#234;tre d&#233;barrass&#233; de ses esclaves prisonniers, il (et avec lui le peuple) d&#233;couvre le bien-&#234;tre de la vie royale de jadis. C'est le peuple qui entre dans le Palais Royal devenu depuis quelque temps le Palais des occupants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but du film pendant les titres, on voit des photos d'&#233;poque combin&#233;es &#224; des images produites par le metteur en sc&#232;ne dans le but de construire une ambiance r&#233;aliste et d'emporter le spectateur vers le pass&#233;. Il s'agit l&#224; du premier outil de manipulation historique par le cin&#233;ma, o&#249; en effet, le pass&#233; advient avant que sa repr&#233;sentation ait lieu comme dirait le sociologue Erving Goffman dans son ouvrage &#171; The Presentation of Self in Everyday Life &#187;. La mise en sc&#232;ne du film produit un savoir qui r&#233;duit les processus sociaux et historiques selon les sch&#233;mas pr&#233;-fabriqu&#233;s du totalitarisme albanais. Le discours cin&#233;matographique a tendance &#224; d&#233;passer le seuil esth&#233;tique ou artistique pour construire ou bien interpr&#233;ter l'histoire. Le porte parole du pass&#233;, de l'histoire, de la lutte et de la r&#233;sistance c'est notre personnage, le partisan qui devient le narrateur vivant de la chronique de guerre. C'est comme le grand-p&#232;re qui nous avait parl&#233; de la guerre, de l'Ancien R&#233;gime, qui nous raconte les camps de concertation, qui est le t&#233;moin des discours de Mussolini ou de Hitler sur les places de Rome ou Nuremberg. Sauf que dans le cas du film, ces narrations et ces confessions ont pour but de produire une objectivit&#233; au-del&#224; de l'individu-t&#233;moin, un fait social durkheimien ou des cadres de m&#233;moire collective chez Halbwachs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre personnage n'est pas un sex symbol, ce n'est pas un Rambo ou un joueur de foot, ce n'est pas un philosophe ni un ouvrier non plus. Son visage est contract&#233; par la col&#232;re qu'il a envers les quatre genres d'ennemis qui sont critiqu&#233;s dans le film : les fascistes et les nazis, les monarchistes et les f&#233;odaux. Il n'a pas d'&#233;ducation ni de bonnes m&#339;urs. Il est tellement pauvre et laid qu'il est &#233;vident qu'il fait partie de la pl&#232;be. Mais d'un type sp&#233;cifique de la pl&#232;be : le berger des montagnes soumis aux &#233;v&#233;nements de l'&#233;poque moderne, c'est-&#224;-dire &#224; la guerre. Et on sait bien que le berger est celui qui connait le mieux le r&#244;le du protecteur dans la soci&#233;t&#233; avec les animaux et leurs rapports de force : les brebis et les moutons, les chiens de garde et les loups. Il connait aussi la nature et ses ressources, la g&#233;ographie, la m&#233;t&#233;orologie, les saisons etc. Ses connaissances pratiques s'appliquent entre autres &#224; l'anatomie, aux besoins et aux plaisirs du corps de son peuple ainsi qu'au sien. En effet le berger est toujours prot&#233;g&#233; dans son parc naturel et animalesque. Il sait que les loups, une fois qu'ils ont p&#233;n&#233;tr&#233; dans la vall&#233;e, vont mettre leurs griffes sur ce d&#233;licieux troupeau de brebis et qu'une quantit&#233; importante de loups va servir &#224; diminuer la population de son peuple et peut-&#234;tre sera-t-il tout seul pour faire face aux loups qui sont pourtant m&#233;fiants envers tout processus de domestication ou de pacte humain. Mais entre les loups et le berger c'est la modernit&#233; du XX&#232;me si&#232;cle qui pose un vrai probl&#232;me &#224; notre personnage : le ch&#244;mage, car la guerre a tout d&#233;truit. Les loups se sont convertis en guerriers et en bureaucrates sous l'ordre &#171; technico-administratif &#187; bien pr&#233;cis de la modernit&#233; fond&#233;e sur ce que Zygmunt Bauman appelle &#171; l'esprit de rationalit&#233; instrumentale &#187; . Les brebis et les moutons sont devenus leur mati&#232;re premi&#232;re pour les maintenir en vie par leur propre mort. Sa famille h&#233;las, a &#233;t&#233; victime de la famine et ses fils ont bris&#233; l'ordre du d&#233;terminisme mis&#233;rable, celui de devenir des bergers et ils sont venus mourir pour la r&#233;sistance et la lutte. Bref, notre personnage est un berger sans travail, priv&#233; de sa population et de son populisme bestial, loin de la nature et de son habitat, il est oblig&#233; de changer de m&#233;tier, de se conformer aux nouvelles conditions humaines. Un berger quelque peu pr&#233;-moderne car dans l'occupation totalitaire moderne, il sera r&#233;duit au mod&#232;le du berger coop&#233;rativiste o&#249; la nature, les animaux, les moyens et les corps humains appartiennent &#224; l'Etat-berger totalitaire albanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, c'est &#231;a sa mission, d&#233;couvrir ce qu'il devrait &#234;tre et ce qu'il devrait faire. Un berger qui commence &#224; r&#233;fl&#233;chir sur les conditions de sa vie pass&#233;e et celles de sa vie actuelle, est celui qui prend conscience de lui-m&#234;me, non seulement comme berger mais comme homme, sans travail, sans classe sociale, sans peuple, sans int&#233;r&#234;t commun, sans avenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces conditions de malheur g&#233;n&#233;ral et impr&#233;visible, l'ancien berger voit ses deux fils arr&#234;t&#233;s par la milice fasciste et d&#233;port&#233;s dans les camps de concentration en Sicile. Il a du se rem&#233;morer toute sa vie et celle de ces anc&#234;tres avant de prendre une d&#233;cision, devenir un combattant et lutter contre son propre malheur. Il devient un partisan dans lequel se cache l'&#234;tre berger et qui entre dans le Palais des merveilles, un peu comme Alice dans le monde des cauchemars. Ainsi, il d&#233;couvre que bien au-del&#224; du pouvoir du berger sur sa population compos&#233;e de brebis, moutons et chiens de garde, il y a un autre type de pouvoir, pas tellement diff&#233;rent, qui est ce que Michel Foucault appelle le pouvoir pastoral. C'est &#224; partir de ce moment, qu'on peut expliquer la toute premi&#232;re sc&#232;ne du film dans laquelle apparait le partisan avec l'&#226;ne, l'&#226;ne avec les deux soldats nazis, les deux soldats prisonniers de l'&#226;ne et les trois prisonniers sous les ordres du berger-partisan dans une configuration sp&#233;ciale et toute nouvelle. Leur statut est assez ambigu. On ne sait pas si les deux soldats sont r&#233;duits au statut d'&#226;ne, une sorte d'ironie inspir&#233;e par la fameuse peinture de Goya. Il faut attendre la sc&#232;ne suivante quand le troupeau est en face d'Hitler. Un jeu de regards r&#233;ciproques commence. Hitler qui voit son troupeau de loups de garde en d&#233;route. Les soldats qui ont honte devant leur maitre pasteur du monde. Mais notre berger intervient en d&#233;coupant violement la configuration de ce pouvoir temporel pour en cr&#233;er un autre. L'&#226;ne attach&#233; au cou d'Hitler pour donner l'impression trompeuse d'utiliser la force animale pour abattre le pouvoir de l'idole et du mythe. Mais dans la conscience du berger, l'animal peut jouer aussi un r&#244;le politique, le garde-fou des fous humains. D&#233;sormais c'est notre partisan qui devient le pasteur au-del&#224; du pasteur du monde et Hitler est soumis &#224; ses ordres, ceux de l'&#226;ne qui devient &#224; son tour un animal-pasteur et qui produit un acte de populisme bestial aux yeux du peuple-animal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le partisan ne peut r&#233;sister &#224; la curiosit&#233; historique et &#224; son ressentiment en d&#233;couvrant de pr&#232;s le Palais Royal. La promenade du partisan continue tr&#232;s lentement. Il regarde des objets d'art et parmi les sculptures, il y a une femme qui montre peut-&#234;tre ses seins. Le berger se sent mal &#224; l'aise devant elle et &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; de cour. C'est un lieu de d&#233;cadence, d'amoralit&#233; et de valeurs fluides pour son esprit. Commencent alors &#224; s'affronter deux r&#233;gimes normatifs : la pl&#232;be, le villageois, la classe ouvri&#232;re d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre le patricien, la noblesse et le bourgeois. Mais notre berger en arrachant des fleurs dit simplement : Habille-toi ou bien couvre-toi, putain ! Ces lieux de cour laiss&#233;s vides par la fuite des soldats doivent &#234;tre curialis&#233;es par une nouvelle appellation de culture ou de civilisation sous l'inspiration du berger. Le pouvoir de la culture de la pl&#232;be, du peuple profane, de la populace, de la masse atomis&#233;e et totalitaire contre la culture de la noblesse de cour, le savoir-faire, la maitrise des gestes, du bien parler, du prestige du rang noble, bref contre tous les &#233;l&#233;ments de &#171; La Soci&#233;t&#233; de Cour &#187; &#233;tudi&#233;s dans le fameux ouvrage de Norbert Elias. De cette fa&#231;on le milieu de cour devient une place publique et un noyau de discours populiste contre l'Ancien R&#233;gime et les puissances mondiales. C'est la pl&#232;be qui entre au milieu de la cour aristocratique pour garder intacts le lieu, les objets et l'architecture, puis le reconvertir en espace de puissance pour une autre soci&#233;t&#233; de cour, d'un nouveau absolutisme-totalitaire. Dans tous ces moments, notre personnage semble &#234;tre stup&#233;fi&#233; par le grand d&#233;calage des modes de vie. Un endroit qui produit des r&#234;ves, des visions et qui d&#233;clenche la chute des illusions. Palais magique. Palais hallucinant. Palais hypnotique. Palais qui commence &#224; d&#233;former la r&#233;alit&#233; en produisant un surr&#233;alisme comme condition n&#233;cessaire pour construire la narration du pass&#233;. Le partisan se montre devant le miroir qui d&#233;range les faits et les id&#233;es. Un miroir trompeur qui nous propose un partisan un peu schizophr&#233;nique. C'est aussi un miroir qui lui parle, qui lui dit des choses comme le miroir de Blanche Neige. Devant elle, le partisan M&#233;ke commence &#224; voyager dans le pass&#233; et &#224; choisir des souvenirs pr&#233; - fabriqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage du pr&#233;sent au pass&#233; se fait par l'interm&#233;diaire du miroir, par un jeu de lumi&#232;res et de mouvement, dans un &#233;tat somnambulique avec la t&#234;te qui tourne. Dans ce jeu de passage on voit d&#233;filer finalement la vie r&#233;sum&#233;e de l'enfant, du berger, du p&#232;re de famille et enfin celle du partisan. C'est gr&#226;ce &#224; ce passage manipulateur et r&#233;trospectif que le public connait les conditions de jadis. On y voit des passages authentiques : la vie mis&#233;rable du peuple, des capitalistes italiens, le couronnement du Roi albanais, l'invasion fasciste. Jusqu'ici la narration tient compte des images de l'&#233;poque, des faits historiques ou peut-&#234;tre personnels. Mais au moment o&#249; le partisan prend un journal allemand, il d&#233;couvre le portrait d'Hitler et son esprit produit une image pas du tout r&#233;elle par rapport &#224; ses propres souvenirs. On voit Nuremberg et les discours d'Hitler comme si le partisan en &#233;tait un t&#233;moin vivant. Il en est de m&#234;me pour les discours de Mussolini et pour le moment de l'attentat contre le Roi d'Italie durant sa visite en Albanie. Bien &#233;videmment, le film se fonde sur deux logiques de transmission de l'image-savoir. L'une rel&#232;ve de la r&#233;trospective et l'autre de l'actuel. C'est le pass&#233; du peuple qui produit les conditions pour la lutte, la r&#233;sistance et le besoin d'un Etat exclusivement pour le peuple. Un pass&#233; qui cherche &#224; &#234;tre actualis&#233; dans l'actualit&#233; de l'occupation et comme source de r&#233;bellion et de r&#233;sistance. Celui qui se trouve entre les deux genres de manipulation c'est bien notre personnage. Il est un point de rupture et de passage, de r&#233;volution, de lutte, le juge du pass&#233; et aussi le porte-parole, l'autorit&#233; du pouvoir totalitaire et la m&#233;moire des victimes du fascisme nazi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse du film se fonde sur un processus (et un montage) dialectique (pour dire : Je me souviens) qui est assez rep&#233;rable presque dans tous les films de l'&#233;poque. Un clich&#233; li&#233; au cin&#233;ma sovi&#233;tique. On peut &#233;voquer le film du r&#233;alisateur Mikhail Kalatozof (Soy Cuba, 1964) qui analyse les conditions du peuple cubain avant la r&#233;volution. Mais ce film diff&#232;re de celui de notre r&#233;alisateur. La maitrise magnifique de la cam&#233;ra dans Soy Cuba est plac&#233;e plut&#244;t dans le pass&#233; gr&#226;ce &#224; un contraste assez fort entre les riches et le peuple mis&#233;rable. Par contre, l'action combattante de M&#233;ke ne s'inscrit pas tellement dans le pass&#233;. Lors de ses &#233;vocations, il nous donne une image paisible et soumise &#224; diff&#233;rents puissants maitres, le seigneur du village et le capitaliste. La deuxi&#232;me guerre mondiale est pr&#233;sent&#233;e dans le film de fa&#231;on discr&#232;te et &#224; travers un rapport de force entre le peuple albanais et toutes les puissances du monde : Sovi&#233;tiques, Turcs ottomans, Serbes, Fascistes, Nazis et Capitalistes-imp&#233;rialistes occidentaux. Une repr&#233;sentation tr&#232;s totalitaire et stalinienne (m&#234;me notre personnage porte une moustache d'allure assez stalinienne) des ann&#233;es 70 en Albanie et loin des amiti&#233;s et des alliances de jadis avec l'Union Sovi&#233;tique et l'Ex-Yougoslavie. Ce changement de l'image-savoir du h&#233;ros pourrait &#234;tre cherch&#233; dans la faiblesse de l'autorit&#233; de l'Etat totalitaire laquelle a besoin de produire de nouveau un discours populiste sur la force du peuple albanais face &#224; toute sorte d'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre berger est int&#233;gr&#233; finalement dans les processus historiques en tant que partisan lib&#233;rateur du peuple. Mais paradoxalement, il commence &#224; produire une autorit&#233; qui n'est pas celle du peuple victorieux. Une fois entr&#233; dans le Palais et dans le monde de l'Ancien R&#233;gime, il se d&#233;tache des &#233;v&#233;nements pr&#233;sents. On entend toujours au loin les fusils et le bruit des combats de ses camarades auxquels il devient tout &#224; fait indiff&#233;rent. L'Etat de terreur s'installe avec ce nouveau pouvoir. Le partisan est &#233;lectris&#233; et excit&#233; par ce Palais qui est &#224; la fois un lieu corrompu et un tremplin pour le nouveau pouvoir qui vient de se constituer. Il produit un personnage qui adopte les valeurs du maitre, du chef de l'arm&#233; et du Parti communiste, de &#171; l'Empereur au-dessus de tous les Empereurs. &#187; A travers les mots et les jugements du berger, on trouve le dictateur berger qui parle au peuple spectateur pour lui montrer la force du peuple, c'est-&#224;-dire la sienne face &#224; son peuple ainsi qu'aux peuples du monde. C'est le berger au pouvoir qui se rapproche du fauteuil de l'Empereur en affirmant : &#171; Maintenant c'est moi l'Empereur ! &#187;, un roi assez beau par rapport au roi italien qui est laid et tout petit. Le dictateur entre dans le Palais, prend conscience du pouvoir, fait l'inventaire des objets, parle en tant que vainqueur avec les chefs du monde, puis il se montre &#224; la fen&#234;tre &#224; la fin du film pour c&#233;l&#233;brer la victoire. Le r&#233;alisateur d&#233;coupe les images pour introduire des sc&#232;nes r&#233;elles avec les partisans qui admirent notre berger d&#233;sormais chef supr&#234;me et dans ce processus de m&#233;tamorphose, il y plus de populisme et moins de peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le berger confront&#233; &#224; la guerre est pris comme un otage de l'&#233;poque moderne qui produit les conditions pour un nouveau type de populisme, celui de la dictature du prol&#233;tariat. Une fois int&#233;gr&#233; dans les grands processus de bureaucratisation, d'&#233;mancipation, d'industrialisation, la jeune g&#233;n&#233;ration des ann&#233;es 70 commence &#224; produire les premiers signes de la modernit&#233; : chute des vieilles traditions et de certains tabous, besoin d'une plus grande libert&#233; surtout dans la culture et les arts. De cette fa&#231;on cette g&#233;n&#233;ration s'&#233;loigne de celle de ses parents, de ceux qui ont lutt&#233; contre les ennemis et qui ont donn&#233; une base &#224; l'Etat totalitaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es 70 il y a moins de place pour l'autorit&#233; des anciens combattants et notre personnage est devenu un retrait&#233;, celui qui se trouve au milieu d'une soci&#233;t&#233; dont la dynamique pousse les gens vers l'Occident. Les fils des partisans se sont urbanis&#233;s, avec des m&#339;urs nouvelles, inspir&#233;es en particulier par la musique italienne, ils ont &#233;t&#233; les spectateurs du 11&#232;me Festival de la chanson albanaise qui a eu lieu en 1972, juste un an avant notre film. Ce qui se passe &#224; l'occasion de ce Festival marque une rupture dans le processus d'&#233;mancipation socialiste car la nouvelle soci&#233;t&#233; cherche &#224; se rapprocher des valeurs de l'Occident, l'Etat doit intervenir avec force : les artistes, les musiciens, le directeur du Festival etc. : simplement 20 &#224; 30 ans de prison ! Ils sont all&#233;s trop loin pour la culture du r&#233;alisme socialiste. Ce qui est assez bizarre, c'est le fait que le cin&#233;ma albanais avait produit en 1972 un film appel&#233; Kapedani, l'histoire d'une sorte de macho, un ancien combattant, un villageois qui d&#233;testait le pouvoir des femmes. Plong&#233; dans un pass&#233; f&#233;odal et patriarcal, il ne peut accepter le grand changement de la soci&#233;t&#233; qui favorise plus les femmes qu'auparavant. Il quitte son village pour venir &#224; Tirana dans le but de porter plainte aupr&#232;s du Comit&#233; Central du Parti, avec l'id&#233;e que le Gouvernement ne sait pas du tout ce qui se passe en r&#233;alit&#233;. Mais une fois &#224; Tirana, il d&#233;couvre que la capitale devient de plus en plus une ville m&#233;tropolitaine, symbole d'&#233;mancipation. Ce film critique les vieilles mentalit&#233;s de jadis. Par contre, le notre critique l'actualit&#233; des ann&#233;es 70 en termes de civilisation occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; notre personnage de berger, imagin&#233; en 1972, on voit que son autorit&#233; est n&#233;gligeable, son r&#244;le produit l'indiff&#233;rence. Il est aux marges de la nouvelle soci&#233;t&#233;. Dans les deux films, le berger et le macho meurent en 1972 pour revenir en 1973. Ainsi le berger-pasteur-partisan devient un critique litt&#233;raire, un fanatique angoiss&#233; par la peur de l'ouverture vers la culture occidentale. Avec lui reviennent la musique des partisans, le folklore de jadis, les m&#233;lodies du berger oppos&#233;e &#224; la musique rythmique et d&#233;cadente de l'Occident, aux Eurocommunistes et au pouvoir bourgeois et imp&#233;rialiste. Contre les traitres mondiaux du L&#233;ninisme et du Stalinisme. Pour cette raison, notre berger se trouve juste au milieu de la manipulation dialectique entre le pass&#233; et le pr&#233;sent de 1944, qui cherche &#224; devenir aussi le pr&#233;sent de son autorit&#233; perdue des ann&#233;es 70. Le macho de 1972 revient d&#233;guis&#233; en berger-partisan en disant : nous sommes trop all&#233; vers l'Occident, maintenant il faut faire marche arri&#232;re. Mais en tournant la t&#234;te on voit que le pass&#233; n'est pas le m&#234;me, il n'y &#224; plus de relations avec l'Union Sovi&#233;tique. Le temps est venu donc de m&#233;langer un peu les styles musicaux. Notre berger commence &#224; danser aux sons kling-klang de la Chine s&#339;ur du peuple albanais. Pour les autres, les demi-civilis&#233;s il n'y a plus de place. Tremblants, angoiss&#233;s, impuissants et castr&#233;s, les serviteurs passifs et z&#233;l&#233;s du r&#233;gime ne vont plus nulle part. Ils rentrent paisiblement dans les catacombes du populisme fluide en s'&#233;loignant du statut du peuple, en devenant les animaux esclaves pr&#233;f&#233;r&#233;s du pouvoir pastoral et en attendant les &#233;v&#233;nements mondiaux pour regagner la libert&#233;, de fa&#231;on partielle ou en miette. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant toute la dur&#233;e du film (27 minutes) on voit la mont&#233; au pouvoir du partisan et derri&#232;re lui se profiler la figure du dictateur. Tout ce processus ce fait gr&#226;ce &#224; la manipulation technique des effets de montage et de l'histoire, en attirant l'attention du peuple vers le pass&#233; de l'Ancien R&#233;gime, des fascistes et des nazis comme causes du mouvement lib&#233;rateur du peuple sympathisant avec le communisme totalitaire. Dans cette dynamique du film, le discours populiste efface le peuple en d&#233;mantelant ses motifs politiques et confirme la pens&#233;e de Hannah Arendt : &#171; Rien ne caract&#233;rise mieux les mouvements totalitaires en g&#233;n&#233;ral, et la gloire de leurs chefs en particulier, que la rapidit&#233; surprenante avec laquelle on les oublie et la facilit&#233; surprenante avec laquelle on les remplace. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>DEMOCRATS AND DEMAGOGUES</title>
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		<dc:date>2012-05-22T09:59:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hysamedin Feraj (Ph.D.)</dc:creator>



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&lt;p&gt;If Plato is &#8220;demagogue&#8221;, his pupil, Aristotle, could be seen as &#8220;democrat&#8221;. Two &#8220;philosophers&#8221; continue to quarrel on issue today, and yet it seems as it were between Greek &#8220;demos&#8221; and Latin &#8220;populus&#8221;. In the last century two inherently linked concepts - &#8220;democracy&#8221; and &#8220;populism&#8221; - are connotatively confronted as, due this connotation, they also denote two different things, and as the issue were about teaching the people or learning by the people. Beyond this connotation, however, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=33" rel="directory"&gt;Albanie avril 2012&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;If Plato is &#8220;demagogue&#8221;, his pupil, Aristotle, could be seen as &#8220;democrat&#8221;. Two &#8220;philosophers&#8221; continue to quarrel on issue today, and yet it seems as it were between Greek &#8220;demos&#8221; and Latin &#8220;populus&#8221;. In the last century two inherently linked concepts - &#8220;democracy&#8221; and &#8220;populism&#8221; - are connotatively confronted as, due this connotation, they also denote two different things, and as the issue were about teaching the people or learning by the people. Beyond this connotation, however, differences vanish as it vanishes when bearing in mind that the word &#8220;populus&#8221; is simply a Latin translation of the Greek word &#8220;demos&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Since modernity rediscovered &#8220;people&#8221; as the sole legitimate sovereign, especially during the past century onward all kinds of regimes claimed to be &#8220;democratic&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Democracies and democrats, however, are populists by definition and in their operation - if modern democracy approximates the famous phrase of A. Lincoln : &#8220;government of the people, by the people, for the people&#8221;. And any introductory book in political sciences and in theories of democracy - printed in the West, and not only there &#8211; tries to show as an established fact that it is representative, majoritarian and it is procedural. That is, insofar as not all individuals of a people can agree on all issues and cannot govern in everydayness, democracy is representative ; being a plural unity, the sovereign is represented by majority of itself : by what happens to be quantitatively and intensively most wished, most preferred and what happens to be the most widespread opinion, or what is conceived to be at its best interests of this composed sovereign. Further, democracy is deliberative in that it acknowledges the possibility of majority being wrong and therefore the minority have the right of expressing freely its opinions and feelings, as well as its political organisation in hope that they will became quantitatively most present in that given society, and therefore legitimated to be represented as governance of society. Majority and minority - being representative and being represented - are alternated, usually in a period of four years, mostly through elections of political parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Political parties, we are assured, are there as agencies which aggregate and articulate political preferences, wishes and whatever may happen to be perceived by a population as its own interests in a given moment of elections. Hence, insofar as system works according to these principles and procedures party leaders and party activists are of necessity populists : the very meaning of their existence and their function is collecting, articulating and representing - as proposal of a governing program - the most popular preferences and self-conceived interests. In other words they are there to register sheer facts, i.e. factual and actual preferences, feelings, desires and opinions of people, without any trying to teach them what is worthy of wishing, preferring or is their &#8220;true interest&#8221;. Because, we are told, and this is typically populist, &#8220;the people itself knows better than anyone else what wishes, and what is its own interest&#8221;. Otherwise democrats would become demagogues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus the alternative to the populist is the demagogue, i.e. the teacher of the people. The demagogue does believe that there are objective truths and that these truths are not a matter of majority, and even less the virtue of the majority of population. Therefore the demagogue undertakes to teach the sovereign, i.e. the people on what the people should prefer, wish and conceive as its true interests ; in other words to teach it what is valuable to be wished, not just what happens to be the case.&lt;br class='autobr' /&gt;
Most of the time the function and role of the demagogues is played by philosophers, the scientists and the artists, as well by religious prophets, disciples and activists of civil society ; and the most of the time in style of Shakespeare's character, M. Antony : albeit they do not necessary claim &#8220;to bury Caesar&#8221;, i.e. actual political regime, well might claim to be there &#8220;not to praise him&#8221;, i.e. neither regime nor the people . Hence, in democratic systems the demagogues mostly are to be found in Universities, research Institutions, and artistic Clubs, respectively in religious institutions and the civil society. Therefore, there might be some truth on Koj&#232;ve's observation that philosophers are a kind of tyrants . To these might be added as well scientists, artists, prophets, religious activists, and others who do not achieve this position practically, because of their limited life-span, and because their teachings often became sufficiently widespread and accepted by the majority of population only after their biological death. &lt;br class='autobr' /&gt;
However, there is e class of political demagogues who overtly seek the political power, and who effectively achieve it, &#8220;in order to teach the people from above&#8221;, most probably ending in tyrants, like many of greatest reformers of society and human history.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Now it seems that what practical politicians do and are left to do is this interplay between being populists and being demagogues. The space of the play is composed from many subspaces, which are taken to show penalties, fouls and other rules of game, usually broken from the other. First, there is the epistemic line, which for populist is taken to say that there is no secure, objective truth, and the sole possibility left is to take as such the direct and factual truth of majority ; for demagogues there are truths, even universal truths, and that democracy is grounded on such truths on human nature, natural rights and dignity of all human beings, contrary to sheer opinions of majority. Again, there is a moral line, which according to populist is agreed from majority that ruling by majority itself, indeed is morally right procedure, since there is none better one ; for demagogues this is nothing but a nonsense, because moral weight is not necessary on the side of majority, and because the agreement of individuals does not by itself legitimise morally : individuals may agree on highly immoral things. Finally there is a dividing line about the knower of both epistemic and moral truths, manifest on the question of what the people, i.e. what the sovereign knows. According to liberal-democrats, i.e. populists, people itself knows what are their real wishes and their best interests, without leaving this to any state, party or elite to show and teach them what they wish, and what are their best interests ; on contrary, demagogues argue that even in the case that people knows their wishes directly, i.e. phenomenally and existentially, it is only a minority of elites, specialist, and professionals who may know best what should be wished and which are peoples real interests, and the best ways they are served. In all practices the lines however are blurred, and parties have converged : &lt;br class='autobr' /&gt;
According to populists, i.e. liberal-democrats, teaching the people, i.e. the sovereign is treating the people as immature, and thus contrary to natural human dignity and human liberty. But the same populists have treated the most parts of population for the most time as immature : within their society the youth to a certain age - usually between eighteen to twenty-five years - women, the poor, illiterate, and today immigrants, indigenes, etc., excluding them by the right of vote, office holding, and so one ; and outside their society, the &#8220;non-civilized peoples&#8221;, regarded as apt to be colonized, to teach them, to integrate, to naturalize, to assimilate, i.e. to teach them civilization and democracy, as their own truest good and interests. &lt;br class='autobr' /&gt;
In democratic, liberal, conception of &#8220;the people&#8221; as sovereign body, autonomous, authorized to self-rule is qualified through &#8220;maturity&#8221;. As theorized and legitimized by J. St. Mill, liberal &#8220;liberty&#8221; is meant only for &#8220;mature&#8221; people : &#8220;It is, perhaps hardly necessary to say that this doctrine is meant to apply only to human beings in the maturity of their faculties&#8221;. Mill goes without saying who is it that measures and observes this &#8220;maturity&#8221;. He is clear however that from liberty and from his doctrine are to be excluded &#8220;persons below the age&#8221;, and that all &#8220;those who are still in a state to require being taken care of by others, must be protected against their own actions&#8221;. Because of this criteria from being &#8220;people&#8221; have been excluded entire peoples, races, societies, since : &#8220;for same reason, we my leave out of consideration those backward states of society in which the race itself may be considered as its nonage&#8221; . Hence, through series of exclusions of parts of populations from being mature enough as to rule, or at least to take part in ruling processes, populist end up to what demagogues say : excluding from ruling all &#8220;immature persons&#8221; and this means entire social strata, races, peoples, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And here it is exactly where the demagogues often enter the scene : emancipating, i.e. teaching the excluded that they should wish, that it is in their real interests, and that it is in their own right and human dignity, etc., to take part in governing und ruling processes, within the country, and in the community of peoples and nations through being decolonized, liberated and becoming equally sovereign. However demagogues itself, like populists often claims that the people is the best knower of its own wishes, feelings and interests, even that &#8220;people is unmistakable&#8221;, and that elites and the rulers of the people itself have to learn by the people. &lt;br class='autobr' /&gt;
During the governance by communists (1944-1990) Albanian society have experienced this puzzle of people being at the same time &#8220;unmistakable knower&#8221; and an unit to be taught by narrow elite specialized to rule the people : &lt;br class='autobr' /&gt;
On the one side, communists represented themselves as populists, presenting the people as the true bearer of knowledge and wisdom, and themselves as being taught by the people, simply expressing its feelings, desires, wishes and interests. Thus, Enver Hoxha, proclaimed that peoples in general, Albanian people in particular, is unmistakable. And this not only in period of being guided by the Communist Party, but during all its history, even when guided by costumes, traditions and mentalities, now considered reactionary and to be &#8220;burned by fire&#8221; . Many practices and rituals have been established to &#8220;save the close relations between the party and the people&#8221;, as visits of Enver Hoxha, himself, and other party leaders in different cities and villages of the country, &#8220;to listen&#8221;, &#8220;to ask&#8221;, &#8220;to teach from the simple people&#8221; ; office-holders, intellectuals, and party-members were send regularly, or as a kind of punishment, &#8220;in midst of the masses&#8221; in order &#8220;to learn by them&#8221; . In typical populist fashion the differences between people and elite have been blurred in the slogan : &#8220;The Party says what the people will, and the people does what the party says&#8221;. Similarly to populists the political party listens, aggregates and articulates the wishes, preferences and interests of people itself, and builds the governing program according to these and &#8211; what populists do not say - the objective laws of society and history.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the other side, communists claimed that they, and their party, have emancipated, i.e. liberated Albanian people, each social strata, one after the other : woman, youth, proletarians, villagers, true intellectuals, entire population from its own ignorance, exploitation, and its own reactionary costumes, traditions and mentalities. Such emancipating and liberating results all were presented as being achieved because of being projected and guided from the Communist Party, this small group but the most progressive and most qualified to rule, because of being vested with highest scientific knowledge, i.e. Marxism-Leninism, the knowledge of objective laws of society, history, economy, and even nature and the universe in general. As have been said : communists were not professionals on any specific area, but they were specialists in knowing the line of Party and on leading the people according to its teachings, thus occupying the ruling role in each field of society, and of each other organisation, including the state in general . Insofar, they represented themselves as true demagogues, as teachers of people, as that elected elite which showed the people the true way to liberation, emancipation and the building of the good (socialist) society, toward full flourishing and wellbeing of the sovereign itself. &lt;br class='autobr' /&gt;
In order to avoid this statements sounding as contradictory - that the people is at the same time &#8220;unmistakable knower&#8221; and to be &#8220;emancipated from its own ignorance&#8221;, albeit left in this state by reactionary classes &#8211; communists advanced a very peculiar definition of the people : the people includes &#8220;those classes, strata, social groups and other social forces which support and help the progressive development of society, which in this or that way take part in the process of revolution, in a given time&#8221;. Here Mill's sign of &#8220;maturity&#8221; is replaced by the sign of &#8220;progressiveness&#8221;, and like Mill's it doesn't say explicitly who is it that measures and observes who is and who is not &#8220;the progressist&#8221; one, although implicitly this is the communist party and communists. However the definition tries to say that people is unmistakable par definitionem : it is always, at any time on the site of progress, of the good and the right. Albeit claimed to be &#8220;dialectic&#8221;, the definition is only a dynamic one : it shows that certain social force, classes, strata, even individuals may belong for some period of time to &#8220;people&#8221;, and latter become its enemies . But even the definition might make rational that the people is unmistakable, it is a highly qualitatively restrictive definition : the people may be a single person in a given population, exactly a person know and who acts alone toward the progress of history, as it alone understands it. Hence entire social strata, classes, parts of peoples were excluded from being &#8220;the people&#8221;, and here is where the populists enter the scene remembering that it couldn't be someone outside of the people who knows best and even decides who and when there is a people, except his own &#8220;personal people&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Today the situation is not, and it seems that it even could not be so much different today but &#8220;one person, one people&#8221;. In the age of the people conceived as sovereign there seems no escape from being either populist or demagogue, and for most part both of them at the same time. The key concept of the age, it is the concept of &#8220;people&#8221;, seems to be an &#8220;empty concept&#8221;, a concept to be filled with any content, according to strategically chosen aims of actors taking part in an ages-continuing political game. Hence, the people looks like a throne, left empty by sudden death of the sovereign king, and the struggle of &#8220;royalists&#8221;, each supporting their preferred son of the king as legitimate claimer of that throne. &lt;br class='autobr' /&gt;
As a sovereign body, people is composed by many particular bodies, prone to be partialised according to any imaginable criteria, as status, class, social strata, relationship to knowledge, to power, to state, and so on. It is an objective unity, one that has objective interests and duties, as what it should wish and prefer, and it is a subjective unity, as one what subjectively conceives its own interest, wishes and preference, and this is its sole &#8220;objectivity&#8221;, if one wish to use the word.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taking in hand this possibility of partialization through definitions - especially from March 2010 onward - Edvin Rama, the leader of Socialist Party of Albania in opposition, consequently socialists en mass began to speak of a people in opposition : &#8220;the people in opposition&#8221;, &#8220;the oppositional people&#8221;, and further of the &#8220;socialist people&#8221;. Described and called to protest, as a particular people, unjustly enthroned by - what is passed without saying loudly - another people, &#8220;people in position&#8221;, or &#8220;democratic people&#8221; (according to membership in Democratic Party of Albania in position). So what is going on is an attempt of politicians to create each of them its own special people, even &#8220;personal people&#8221; in order to rule it consequently &#8220;from them, by them and for themselves&#8221; - be it as s populists or as s demagogues or as both at the same time. And in this endeavour it is the population who supports them, applauds them, and sacrifices themselves in order to elect them as their representatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;There isn't still any convincing explanation for this behaviour of population. If one supposes that the people is manipulated by elites, this implies a demagogical supposition that there are objective interest and wishes of the people, but which are not known to it due its being manipulated ; if one supposes that the people is unmistakable and the best knower of its own interests and wishes, as populist would say, then it couldn't be manipulated and this implies that people have the governance it deserves and it wishes, and it knows at best... that it is so.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Now, my supposition is that the later hypothesis is more reliable : choosing from its sovereign will the people have chosen populists, instead of demagogues. This supposition, however, does not mean that I consider this choice better than the other : it means only that the people have the governance they have created themselves. Now if population is not satisfied with its own choice of populists instead of demagogues in these last twenty years in Albania, the demagogues are awaiting. Neither of them satisfies the idea of governing &#8220;of the people, by the people, for the people&#8221;. However the third possibility, being governed by a mixture - at the same time populist and demagogue - is experienced for many years during the socialist regime. And if I am more sensitive against this &#8220;mixture&#8221;, perhaps it is that I myself have experienced it in first hand. And dissatisfied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoted literature&lt;br class='autobr' /&gt;
Historia e Shqip&#235;ris&#235;, v&#235;llimi IV, ed. Akadamia e Shkencave e RPS t&#235; Shqip&#235;ris&#235; &#8211; Instituti i Historis&#235;, 1983.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hoxha, Enver : Fajla n&#235; plenumin e 4, Dhjetor 1974. &lt;br class='autobr' /&gt;
Hoxha, Enver : Raport n&#235; Kongresin e VII, Tiran&#235;, 1976&lt;br class='autobr' /&gt;
Hoxha, Enver : Raport n&#235; Kongresin e VIII, Trian&#235;, 1981&lt;br class='autobr' /&gt;
Hoxha, Hoxha : Raporte e fjalime (1967-1968)&lt;br class='autobr' /&gt;
Koj&#232;ve, Alexander. : Tyrannie et sagesse, quoted according to : Vincent Descomb, Vetja dhe tjetri, ISP&amp;DITA 2000, Tiranw, 2008&lt;br class='autobr' /&gt;
Kushtetuta e Republik&#235;s Popullore Socialiste t&#235; Shqip&#235;ris&#235;, 1976&lt;br class='autobr' /&gt;
Materializmi dialektik dhe historik, ed. Universitetii Tiran&#235;s, Fakulteti i Shkencave Politike-Juridike, Tiran&#235;, 1883&lt;br class='autobr' /&gt;
Mill, John St. : On Liberty and other Essays, Oxford University Press, 1992&lt;br class='autobr' /&gt;
Shakespeare, William : Julius Caesar, scene III, Act I&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lazy Turks (and Albanians) : Orientalism of Albanian Intellectuals in 1920s-1930s</title>
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		<dc:creator>Enis Sulstarova Department of Sociology, University of Tirana, Albania</dc:creator>



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&lt;p&gt;Introduction &lt;br class='autobr' /&gt; In the first week of April 2012 an odd event occurred in the city of Lushje that made the news headlines in TVs and newspapers : a group of Swedish students, under the guidance of a local Protestant pastor, had volunteered to clean the streets and squares of the city. Their action was performed before the eyes of the local citizens who just kept observing with amusement this unusual performance. No one of the local citizens joined the Swedish students to clean the street in (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=33" rel="directory"&gt;Albanie avril 2012&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; In the first week of April 2012 an odd event occurred in the city of Lushje that made the news headlines in TVs and newspapers : a group of Swedish students, under the guidance of a local Protestant pastor, had volunteered to clean the streets and squares of the city. Their action was performed before the eyes of the local citizens who just kept observing with amusement this unusual performance. No one of the local citizens joined the Swedish students to clean the street in front of their homes. Many comments in the press and e-blogs pointed to the difference between Albanians and the Europeans : the former lacks the work ethic and the civic consciousness of the later ; compared to Europeans we Albanians are lazy, indolence and indifference are the root of our undervelopment, etc. One headline is revealing in this respect : &#8220;T&#235; rinjt&#235; suedez&#235; pastrojn&#235; qytetin e Lushnjes, banor&#235;t vendas b&#235;jn&#235; sehir&#8221; (Tema, 06.04.2012), which is translated as &#8220;Swedish young people clean up the city of Lushnjw, whereas the locals contemplate with amusement&#8221;. The word the journalist chose to give the meaning of &#8220;contemplate with amusement&#8221; is sehir, which has entered the Albanian language from the Ottoman language. The Albanian Language Dictionary explains that in colloquial parlance, sehir means to pass the time without doing anything, not to get involved in anything, to stay with arms crossed when something must be done. The journalist has made the word choice properly, to convey to readers the sense of absolute indolence, that which is characteristic of the Orientals, contrary to the industriousness of Europeans, implying that &#8220;we&#8221; Albanians are less European and remain somehow Oriental in our (non)actions. The common Albanian words for &#8220;laziness&#8221; are p&#235;rtaci and dembeliz&#235;m. The later one is borrowed from the Turkish word tembel. The epithet dembel (lazy, idle) is used as a synonym of the more literary word p&#235;rtac, but conveys a stronger emphasis, because it associates someone's idleness with being old-fashioned and corrupt in spirit, and also more similar to the Turks. Often, in a more derogatory manner, a very, or &#8220;extreme&#8221; lazy person is called by Albanians dembel Stambolli (a lazy person from Istanbul). &lt;br class='autobr' /&gt; Our habit of doing nothing useful in with our free time, but only drinking coffee and gossip, make us similar to Turks. This is the head line of another article published in the daily Shekulli, on 06.05.2009 ). The article comments a study conducted about how free time is spent in 18 countries. Accordingly, Frenchmen sleep and eat a lot, Germans and the Americans like to shop and Turks spent most of their free time &#8220;socially&#8221; : visiting friends and relatives and joining for a chat in caf&#233;s. The Albanians are not included in the study, but the journalist deduces that if they were, they certainly would be ranking closer to the Turks than to the Europeans. The online version of the article is followed by over 30 comments of Albanians readers from different parts of the world, most of them approving the connection the journalist has made between Albanians and Turks. They seem to take for granted that the Turks and the Albanians are lazy compared to other Europeans, and no one takes notice that Albanians are not included in the study, or the fact this was a study about FREE time and that sleeping, eating, watching and shopping of other Europeans are not productive activities after all (Internet : &lt;a href=&#034;http://www.shekulli.com.al/2009/05/06/kafe-biseda-vizita-ne-kohen-e-lire-ne-ngjasojme-me-turqit.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.shekulli.com.al/2009/05/06/kafe-biseda-vizita-ne-kohen-e-lire-ne-ngjasojme-me-turqit.html&lt;/a&gt;). &lt;br class='autobr' /&gt; The Turks has made us lazy, so goes a very popular clich&#233; among Albanians, and many lament that we are not getting rid of this vice that the centuries of Ottoman invasion imprinted in our national character. Indolence is considered a handicap that is made visible in the mirror of how other Europeans behave, as in the recent example from Lushnj&#235;, and which reveals the cultural difference from &#8220;normal&#8221; Europeans. It seems that Albanians have made their own a very common Orientalist discursive strategy to designate &#8220;otherness&#8221; to native peoples inside and outside Europe. The Orientals were systematically called lazy, because of the climate, despotism, bigotry etc., by modern European/Westerner travelers and colonial officials (Said, 1978). The myth of laziness of the natives was used during colonialism by Europeans to morally legitimize the taking over of land and territories from the natives and to introduce among the colonized intensive and exploitative labor, in some places even forced labor and slavery, in order to make big and fast profits (Alatas, 1977). Albert Memmi, a foremost critic of colonialism, has written that&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nothing could better justify the colonizer's privileged position than his industry, and nothing could better justify the colonized's destitution than his indolence. The mythical portrait of the colonized therefore includes an unbelievable laziness, and that of the colonizer, a virtuous taste for action (1965 : 79).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laziness is often presented in popular imagination as a moral deficiency that is responsible for the poverty of the poor people. Their deprivation is allegedly caused by lack of industriousness. As one social scientist puts it &#8220;poverty is pathologized by being attributed to defective or dysfunctional individuals, rather than to wider structural factors, or even capitalism itself&#8221; (Dorey, 2010 : 334). In the last decades, as polarization between the wealthy and the poor is growing in Europe, the trend to blame the poor for their poverty is on rise and the support for wealth redistribution has fallen. According to a Eurobarometer survey in 2007, in 15 countries out of 27 members of European Union, those who think that the main cause of poverty is laziness make up from 20 to 39 percent of population (ibid. : 336). &lt;br class='autobr' /&gt;
Also, indolence is an accusation made by the national political, economical and cultural elites to the lower classes of people, especially the peasants, who are looked at as conservative and resistant to disciplinary projects of modernization, industrialization and urbanization. This is with the case of Albanian intellectual elite after the First World War. This paper examines how the issue of laziness was framed in the writings of that time as a trait &#8220;imported&#8221; to Albanians by the Ottoman invasion and which was incompatible with the European and Occidental civilization, in which they wanted Albania to join. The Albanian intellectual elite borrowed the image of the &#8220;lazy Oriental&#8221; established by the tradition of Western Orientalism, but contrary to European Orientalism, the laziness in Albanian intellectuals' discourse was blamed on the former masters of the land, the Turks. By taking the position of European victims of the Asian yoke, they argued that Albanian people's poverty, backwardness and laziness were the effect of disastrous Ottoman rule. They saw their contribution as a self-critique, as a way to uncover the deficiencies of the Albanian character, in order to reform the Albanian man and make him work to build the modern Albania. Those intellectuals of the time who wrote about the laziness of Albanias were mimetic to Western discourse on the laziness of the natives, but at the same time were acting as an agency of change, for they claimed to show the way forward and to educate the people. Despite their identification with the people, their discourse on laziness betrayed an element of class and status superiority vis-&#224;-vis the mass of common Albanians. Before going into different textual examples, we briefly presents the situation of Albania in the interwar period.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interwar Albania&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Albania came out of the First World War in very depressing conditions. During the war it had been invaded by Serbian, Greek, Italian, Austro-Hungarian, Bulgarian and French armies battling one another, which had inflicted victims and sufferings on a people who had already felt the savagery of the First Balkan War. Its future seemed uncertain, because of the plans made by the Allies during the war to grant pieces of Albanian territory to the neighbors. But, due to a patriotic fervor and to the new international atmosphere after the war, Albania managed to preserve the boundaries of 1913 and to be accepted as a member to the League of Nations in 1921. &lt;br class='autobr' /&gt;
At this time, Albania was one of the most primitive countries in Europe in terms of development. Its economy was an agrarian one, in a country of nearly 1 million inhabitants, which nevertheless could not feed the population without importing grain every year. In the cities there were few manufactures and the only modern inter-city road system was constructed during the war for the supply needs of the invading armies. Despite the various reforms, Albania remained a poor and underdeveloped country throughout the interwar period and was hit hard by the Great Depression. There the crisis lasted longer then in developed countries and reached its peak in 1934. By 1938 the level of foreign trade was still under that of year 1928 (Prifti and Shpuza, 2007 : 108-109). To overcome stagnation, Albania needed foreign investments and aid, and it turned to Italy, which was interested in Albania for strategic reasons. The new fascist regime wanted to turn Albania into a base for the expansion in the Balkans. &lt;br class='autobr' /&gt; In early 1920s, after the stability of the state boundaries was secured, a degree of internal instability followed. There were frequent changes of government, sometimes including armed struggles between different contenders. The politician who dominated during the period was Ahmet Zog, originally a young chieftain from Mat region, in the north of Tirana. He overcame the opposition and managed to rule the country, first as prime-minister, then as president (1925-1928), and at last as &#8220;King of Albanians&#8221; (1928- 1939). Early in his career, Zog understood that the stability of his rule depended on the development of the country and he initiated many administrative, economic and cultural reforms. In an interview by the Daily Telegraph in 1928, King Zog declared that &#8220;we are centuries behind Europe in civilization&#8230; It is my determination to civilize my people and make them as far as possible adopt Western habits and customs&#8221; (cited in Fischer, 1995 : 22). During his rule, Albania adopted the civil, penal and commerce legal codes of European countries, a central bank was established, a land reform was attempted, many public works were accomplished throughout the country a system of primary and secondary schools covered nearly all the country, foreign instructors were brought in to train a modern army, and efforts were made to change the traditional ways of living and to introduce Western modernity in education and cultural spheres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nevertheless, the costs of these reforms made Zog more and more dependent on Italy. He thought that he could take the Italian money and use it to strengthen the Albanian economy, in order to create a national unity that would deny the Italians the political control of the country (ibid. : 37). This policy succeeded until 1939, when Mussolini decided to invade the country. Despite the many failures, the regime of Zog provided Albania with a central government, the contours of a modern state, and unity for enough time to establish a strong national identification among the cultural elite, as this is demonstrated by the lively intellectual debates on the development of the country.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laziness and Albanian Orientalism&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	In the texts by Albanian intellectuals during the interwar period, the signifiers &#8220;Occident&#8221; and &#8220;Europe&#8221; were associated with diverse political, social, and economic demands. &#8220;Europe&#8221; was articulated in discourses that made the apology of the regime, as well as in discourses expressed dissatisfaction with the current situation that called for social reforms. Nearly all intellectuals active in public debates were &#8220;Westernizers&#8221;, even those of left-wing sympathies, who otherwise were critical of bourgeois civilization and imperialism. Images of the Occident exerted a powerful attraction to the intellectuals, because it represented of a new model of socio-political organization and way of life, which they wished for Albania. In essentialist terms, they thought that Albanians belonged to Europe, thus their destiny is the European civilization. A young journalist, Ismet Toto, wrote in 1936 that&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Albania should be Europeanized, it should become a Switzerland in the Balkans... The logic of history, our geographic position, the spiritual capabilities of our people and all that is good and noble in this country, compel us to choose the way of Europeanization and the embracing of moral principles of means and manner invented by the science and the civilization of this continent (Toto, 1997 : 60 ; emphasis in original).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Why there is such a gap between Albania and Occident, or, who is to blame for preventing Albania to be Occident ? The unanimous vote of young intellectuals in 1920s-1930s goes for the Ottoman Empire and the Turks. The main lasting influence of the Ottoman invasion, was the &#8220;pollution&#8221; of the Albanian, otherwise a European type, with Oriental influences. Some of the influences are termed as laziness, indolence, lethargy, apathy, passivity, in contrast to the industriousness, energy, zeal, activity, and creativeness of the Occidental men. For instance, Zef Mala, a young journalist and early communist activist in Shkod&#235;r, wrote that &#8220;the typical fatalism of demoralized peoples of the East has become our characteristic, too&#8221; (Mala, 2002 : 79). Another journalist, Tajar Zavalani in 1933 wrote that the worst damage the Turkish rule had left behind in Albania was not the lack of infrastructure but the disfiguration of the necessary virtues that the people now needed to enter the into the road of &#8220;true civilization&#8221; (Zavalani, 1998 : 10). &lt;br class='autobr' /&gt; Laziness of Albanians was not essential or biological, but was caused by historical and cultural factors, during the rule of the Ottoman Empire. The common view shared by publicists such as Mit'hat Frash&#235;ri (2008), Zavalani (1998 : 77) and Vangjel Ko&#231;a (1999 : 93) is that the Turks saw in Albanians excellent warriors and offered to them the opportunity to make a living through being mercenaries and plundering. As a consequence, the Albanians neglected productive labor, they preferred more to join the unending wars of the Turks than to toil the soil. According to Ko&#231;a (1999 : 93), the fact that contemporary Albanians under the guidance of the king Zog I had turned to work, was a sign that they have abandoned once and for all mercenarism and were entering in the era of progress. &lt;br class='autobr' /&gt; The image of Albanians as a warlike nation was met with approval by the intellectuals of the National Reawakening movement before the independence. Writers such as Sami Frash&#235;ri, Pashko Vasa and others wrote that Albania was never properly conquered by the Turks, but on the contrary Albanians preserved their freedom and fought side by side with the Turks and ruled the empire jointly. Sami Frashwri in 1989 wrote that &#8220;Albania in the era of the Turks became more prosperous and rich than ever&#8221; (Frash&#235;ri, 1999 : 22), because Albanians could plunder the enemies of the empire, while preserving their own freedom. According to Sami, Pashko Vasa etc., things began to turn bad for Albanians after the Tanzimat reforms in the 19th century. In the interwar period the profession of the warrior was interpreted as being unproductive and detrimental to the education of Albanians with the modern work ethic. The writer Ernest Koliqi in an article published in 1932 wrote that &#8220;among nations work is the surest source of progress and civilization&#8221; (Koliqi, 2003 : 710). The cradle of contemporary European civilization is Athens, because from that city-state we inherit all &#8220;key ideas which have always directed the proud path of arian race along the centuries (ibid.). Athens was a small city, but it was made great because of the hard work of its inhabitants and the same goes for Florence or Holland in other centuries. Then Koliqi argues that the Ottoman invasion in 15th century isolated Albania from Europe. When they become independent in the 20th century they realized that they had regressed from the state of civilization they were five centuries ago. European mind in 20th century is imagining alternatives of organization beyond the nation, whereas among Albanians the national idea is not powerful. Another proof of regress is that Albanians value high the one who stays idle and not the one who works hard : &#8220;This parasitism is thought as the ideal of human well-being just in the century where the billionaire Ford works harder that the workers in his factories&#8221; (ibid. : 713). Nevertheless, there was no reason to be fatalistic about the fate of Albanian nation, wrote Koliqi, because Albanians are strong in natural qualities and their survival in history is enough to prove this. The problem lies in that &#8220;indolence in body and spirit that we inherited from the long Eastern rule. [Through education] we will teach children in the early ages to hate indolence and inactivity&#8221; (ibid. : 715). &lt;br class='autobr' /&gt;
Mit'hat Frash&#235;ri in several articles written in 1920s pointed out that Albanians during the Ottoman times had never experienced the public governance that organizes the people to achieve common goals, as it is the case in the West, but have seen it as a foreign power. That is why after independence they still wait passively for the foreign powers to solve the problems in their country. He reprehends those lazy Albanians for staying twenty-four hours a day in the cafes speaking of politics and waiting to eat the halva that is cooked in the kitchen of Europe (Frash&#235;ri, 1997 : 170). Halva (hallv&#235; in Albanian) is mentioned purposely because it is a common Oriental dessert and it is imagined as a component part of the indolent, careless and pleasure life of an Oriental man. Another reason for laziness mentioned by Frash&#235;ri is that Albanians are satisfied with few things and they do not have the ambition to leave well and to have luxuries, which would make them work harder. Instead, when they have enough to eat they simply stop working. Even among those who work, there are thousands who despise physical hard work and prefer to open a small shop and to pretend they are merchants, &#8220;but in reality they are people without work&#8221; (ibid. : 171). Frash&#235;ri uses the word tyxhar for merchant, again a Turkish word (t&#252;ccar), in order to emphasize that the habit of showing off as merchant is a continuation of the old Ottoman ways. &lt;br class='autobr' /&gt;
When speaking and writing about the Balkans, post-Enlightenment Westerners mentioned laziness and indolence alongside squalor, passivity, superstition, cruelty, misogyny, or corruption (Jezernik, 2010 : 23). Especially repulsive to the 19th century Western travelers to the Balkans and Turkey was the way the locals sit for a long period of time to drink coffee. At that time in industrialized region of Europe coffee was considered a useful stimulant and working classes had started to consume it freely. But &#8220;wasting&#8221; precious time over cups of (Turkish) coffee and tobacco was considered by some Western travelers in the Balkans as a refusal to work on the part of the locals. To them such an idleness was more characteristic to animals than to humans (ibid. : 244-248). Similarly, Albanian intellectuals of the interwar period expressed themselves very harshly against the habit of drinking coffee and killing time in cafes. A relevant example is an article by Vangjel Ko&#231;a in 1929 which is titled &#8220;Social Hygiene&#8221; and begins with the slogan &#8220;We must close the cafes, those cradles of laziness&#8221; (Ko&#231;a, 1999 : 100). He compares the way Europeans and Orientals spend the free time. Germans and Englishmen prefer to engage with sports or walk in the open air and they are healthier than the Chinese who pass the time smoking hashish in closed cafes (ibid. : 102). The habit of frequenting cafes in Albania is a remnant of Orient, therefore this has to change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;There are no cafes resembling ours in civilized countries. The caf&#233; in our country is a tradition of Orient. It marks our Oriental spirit. Without erasing the caf&#233;, our oriental spirit cannot start reforming. We must close the caf&#233;s and we must get used to hygienic and clean recreation. Don't tell me that without caf&#233;s the ones without work will have nowhere to go. There are no men without work in the struggle of life. Unless one is a thief, gambler or social parasite, all have something to do. Those who work cannot kill time in caf&#233;s. Thus, those who frequent caf&#233;s are from the category of those parasites who have the habit of laziness (ibid. : 101).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Even the traditional ways of giving alms for the poor or donating money to institutions are not healthy, says Ko&#231;a in another articles published in 1929 and 1934, because they can make the poor lazy. Charity must be socially organized in Albania, as it is in Europe, in order to benefit the whole society. By social organization, Ko&#231;a meant that the money should be spent on modern institutions such as hospitals, retirement homes for the old, orphanages etc. In the modern world such charity was organized by both state and private initiatives. In Albania it would take some time for private initiatives to flourish, so the state should make an example. To this aim, Ko&#231;a suggested that the state could use the idle wealth of Christian monasteries and Muslim tekkes. Society profits nothing from them, because these religious institutions represent the anachronism of Middle Ages and they seek to perpetuate the greatest division that Albanians inherited from the Ottoman times (ibid : 35-37, 80-81).&lt;br class='autobr' /&gt;
The above arguments were published in the newspapers and journals by journalists and other intellectuals in the interwar period in order to shape the public consciousness and to morally reform the Albanian society, in order to catch up with the modern world. They put their faith on state actions and the education of the new generation. What united them was the praise of work and industry as the ways of progress, regardless of their other political persuasion that divided them. This explains the idealistic, moralistic and optimistic tone present in most of their articles, as well as their collective condemnation of the Orient and laziness.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concluding remarks&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Orientalist discourse of Albanian intellectual of interwar period parallels and feeds contemporary discourse about the natural indolence of Turks, and about Albanians as their &#8220;lazy&#8221; cultural victims. Such a discourse, then and now, is a productive one, in two senses. First, it produces certain subjects and objects of discourse. Secondly it presents on work and productivity as the highest ethical human activity, inducing people to work harder for the development of their society. The problem with this discourse on laziness is that usually isolates this trait as a cultural and negative remnant of the Ottoman times, an Eastern/Asian sinister influence in the spirit of Albanians, without putting it in a sociological analysis of work, industrialization and society. Such views from the past about the ethic of work and laziness should not be adopted unquestioningly and uncritically. Clich&#233;s that are sedimented with time in common sense do not allow for reasoning. Laziness is a relative concept, empty of substance and it must always be judged depending from the circumstances. Not to mention that according to some theorists, among them the philosopher Bertrand Russell writing in the 1930s, idleness and contemplation are what should be praised as the road towards human happiness, because belief in the virtuousness of work is bringing much harm in the modern world (Russell, 1994). Likewise, apathy and indolence are not given national characteristics but characterizations that are linked to contexts, actors and interests. As it true of elsewhere and of other peoples, many Albanians who live in the country, or abroad and who work hard to make a living, sometimes in dire circumstances, would for sure reject the label of lazy for themselves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;References&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Enis Sulstarova&lt;br class='autobr' /&gt;
Department of Sociology, University of Tirana, Albania&lt;br class='autobr' /&gt;
E-mail : enis.sulstarova@gmail.com&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#8220;In the name of the people&#8221;. La Bo&#232;tie and Spinoza.</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dritan Karadaku Ph.D. Department of Political Sciences. University of Tirana, Albania. </dc:creator>



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&lt;p&gt;The frame in which we will strive to discuss the issue is this : there is never one people (even within its own) but many people and there are no good or bad populism, but just populisms which deceive, kneel the subject or make it hate himself, and populisms that serve a certain moment, frame of time or certain time. &lt;br class='autobr' /&gt;
Given this premise, i would add that the fact that the world had always been composed of the oppressed and the oppressors does not bring anything new to think. What interests (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=33" rel="directory"&gt;Albanie avril 2012&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;The frame in which we will strive to discuss the issue is this : there is never one people (even within its own) but many people and there are no good or bad populism, but just populisms which deceive, kneel the subject or make it hate himself, and populisms that serve a certain moment, frame of time or certain time.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Given this premise, i would add that the fact that the world had always been composed of the oppressed and the oppressors does not bring anything new to think. What interests us, what can serve us and i believe remains an actuality in our time, is the fact that the sophisticated tyrants of the modernity speak on &#034;behalf of the people&#034; and not just simply in their name as the monarchs used to do by having an absolute power. Speaking &#8220;on behalf of the people&#8221; becomes nowadays increasingly irrelevant because those in power have increasingly less need even to speak on &#034;behalf of the people.&#034; This does not mean however that these techniques have disappeared, but that the markets which have gone beyond any control combined with the &#034;legislative market&#034; have produced an ironic and problematic situation : one where populisms gets sophisticated and survive longer than the people themselves. Even though, people emerge and disappear, on the other hand, the common purpose and above all, the human solidarity that gives birth to the Peoples, can only fade but never disappear.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It's this solidarity and the common goals which are the sources of the populisms as well. This claim could be perhaps rightfully contradicted, saying that we are putting aside here the populist techniques and strategies as a means to subjugate the people, as a guarantee of their captivity. However, by recalling a phrase of Foucault, who wrote : &#034;We must reject the division of tasks so often proposed to us : that the individuals get angry and talk and the governments reflect and act&#034; , I would add at the extension of this advice that we should reject the same way the idea that : &#034;There is only one or a few people who can speak for the people&#034;, that &#034;he is as a kind of formless material which cannot speak for itself,&#034; and those who speak because of his concerns, or those who speak because they are lined up with a group or another, are populists, namely negative characters, charlatans to put it shortly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;However, although this may be entirely true, even though the populist discourses, right or left, sent people into captivity and self-destruction, however, saying that a people cannot speak by itself, means above all that : not only that it does not exist, but worse still : that he cannot exist. Therefore, if we accept the fact that at least that the Peoples can be born and affirmed, we must recognize that he can also speak with &#034;his own language&#034;, namely in the events that it produces. This means that it produces, in one way or another, even populisms, which can serve or push it into servitude, depending in each case by the powers that emerge it consistently. And yet we know very well that this fact was not enough to liberate the people from the servitude. The latter changed the face resurfacing and showing its presence as always, through the use of old populisms or producing new ones, or more simply by creating a &#034;monopoly of the production of populisms.&#034; And to maintain the monopoly as such, those in power, as always do not mind paying &#8220;the cost&#034; that comes from the pejorative qualification, populist.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The fear from the populist discourse or the skepticism towards them is not in this sense, a consequence of the rational attitudes of the society, but a consequence of the action of a certain rationality that controls it and keeps it within the normative boundaries that it does not determine by itself. Going with another extension of Foucault's thought who emphasized that : &#034;The ruling class uses the threat of criminality as a constant alibi to tighten control over the population. The wrongdoer incites fear and this fear is cultivated. It is no coincidence that at any point where there is a social and economic crisis, we witness an &#034;explosion of crime&#034; and persistent calls for a government police. We're told it's for public order, but in fact it serves to rein above all, popular and working class illegality. Summarizing it, we can say that crime plays as a kind of internal nationalism. The same like the fear from the enemy makes us &#034;want&#034; the army, the same the fear from the criminals makes us &#034;want&#034; the police power &#034; . I would add that just the same, the fear or skepticism by populisms taken in block makes us want and wish the populism that comes from above : that of the government, political parties, irrespective of color, or that of the trade unions, associations, media or mighty organizations. And though we are not any more in the context of Mussolini's widely known statement : &#034;Everything in the state, nothing outside the state, nothing against the state &#034; in any case, what would prevail in the end, would be a monopoly as such, the monopoly that guarantees slaveries of all kinds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus, there is no populism, but populisms, and there are no Good or Bad populisms, but populisms that serve or ruin the peoples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;That said, we come to our question, a question as equally essential and current. This question put like that by Baruch Spinoza : &#034;Why do people fight for their servitude as if it was for their rescue ?&#8221; Why then, they want more yoke, subjugation, humiliation, slave security, and keep away with fear and terror, the freedom ? Why do we allow ourselves to be deceived, humiliated, using populist discourses or other techniques ? Ultimately, there would neither be tyrants nor oppressors if freedom would be above everything. How is it then that we come to the point to wish the suppression of our own ? Before trying to examine the problem, it has to be said that before Spinoza, another thinker, wrote this : &#034;Be determined not to serve any more, and here you are free ; I don't want you to push or shake (the tyrant, underlined by me. DK), but just do not support him anymore, and you will see how a great giant, whose base has been removed, will be broken down and weathered away by its own weight.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;These lines were written by Etienne de La Bo&#233;tie (1530-1563), French writer and diplomat. He lived at the time of major religious clashes between Catholics and Huguenots and served for some time as a diplomat in the service of Catherine de Medicis, who intended to establish peace between the Catholics and the Huguenots. However he will be known mostly for a single text of almost thirty pages which he wrote when being only 18 years old. According to Michel de Montaigne, La Bo&#232;tie called his text &#034;Discours de la servitude volontaire&#034; (Discourse on the voluntary servitude), but others baptized it according to Montaigne &#034;Le Contre'Un&#034; . All this short text is built around a single issue-the reasons that lead people to become slaves or kneel with their own will (according to La Bo&#232;tie). For Etienne de La Bo&#232;tie, it was not that important whether people were kneeled because of fear, stupefaction, or love for the tyrant, what was important in his view, was the fact that in any case, slavery could be only voluntary, although he stated that freedom is the &#034;natural condition&#034; of the human being.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The essence of the problem in the submission of La Bo&#232;tie is not much the force, cruelty or brutality of the tyrant, but the fact that this force exists as such precisely because of the voluntary servitude, being that as he writes : &#034;Apparently, people just freedom do not want at all, not for other reasons besides that, if they wanted it, they would have it ... &#034; . As we can see, for Etienne de La Bo&#232;tie, slavery is connected to the free will of people. This approach thus assumes the existence of &#034;the free arbiter&#034;, namely a kind of detachment from the concrete objective conditions of choice. And precisely for this reason, the beautiful text of Etienne De La Bo&#232;tie, yet presents a problem since it can simultaneously inspire resistance against subjugation, but also a kind of simplistic conclusion (this depends on each of us), that &#034;the fault is of the people&#034;, people and societies that choose the slave safety instead of the full unknown horizons of freedom. Therefore this text could qualify as &#034;popular populism&#034; and also as &#034;superior populism.&#034; Once again, it is not the populist discourse important in itself, but its political use.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bo&#232;tie thesis is in this sense, as essential as well as complex, as simple &#034;as ambiguous,&#034; precisely because it can be used equally well by an ethical approach (in the sense of Spinoza and Deleuze later), so as un analysis of the conditions and circumstances that lead people to slavery &#034;with their own will &#034;, and at the same time, can be used in a moralizing approach that would not do anything else but increase the weight of guilt and hatred among each other simultaneously.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the other hand, it is true that when fear dominates the desire for freedom and human dignity, what rules is slavery, be it tyranny or the contemporary institutional democracy. However, if we confuse the discourses constructed around the concept of guilt and visions of an ideal world, with those that push towards freedom, then we're confusing politics with the parliament, politics with the parties, politics with the politicians or simply with the demagogues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;However La Bo&#232;tie has the great merit that he does not build his analysis on a certain tyrant or tyranny, but on the phenomenon itself. But on the other hand, the weak point of this analysis is that it is built, assuming a free will in desiring the slavery. That said while the circumstances or the conditions in which we are born and grown up are always associated with a particular socio-political context, although this does not justify on the other hand, in any case, the apathy, resignation or &#034;acceptance of things as they are&#034; . This is why Deleuze and Guattari at the Anti-Oedipus (1972), avoided in a way, La Bo&#232;tie, backing themselves at Spinoza (and Wilhelm Reich). Precisely because what Spinoza ethics dismisses clearly and unequivocally is at the same time, the idea of &#034;the free arbiter&#034; and Moral Judgment (&#034;you are guilty because if you wanted, things would be different&#034;, &#034;you deserve what you have&#034; ; &#8220;you deserve the government you have&#034;etc.). The problem in this regard is not the plight of the people, but the issue of slavery as such, is it voluntary or involuntary. This means that what we need is not just simply the judgment or condemnation of a situation or particular group of people (as the problems are presented by those starting with strict ideological perspectives), but through criticism, to make the problem obvious and to point out all its dimensions. We can say that between the lines, this is exactly the non-ideological approach of the analysis of the concept of the desire of Deleuze and Guattari at the Anti-Oedipus .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;So, we should not start from the idea that slavery or servitude might be considered starting from the fact that people are fooled by those who oppress them or that they take their slavery like it was freedom itself, but by aiming to understand the nature of our thinking and action as such. Thus, following Spinoza's path, the question would be this : &#034;Is it possible to make a collectivity of free people instead of a collection of slaves, with a collectivity ? This question or better to say, this way of laying this problem, will also be the point where philosophy and politics intersect naturally, the point where the situation or the case and thought change each-other mutually. This means that a philosophical-political problem cannot be analyzed as such except in an ethical perspective, or rather in a political and ethical perspective, as Deleuze says in &#034;Spinoza et le probl&#232;me de l'expression&#034; : &#034;Ethics considers feelings, behaviors and goals, putting them in relation not to the transcendent values, but to the mode of existence that they assume or imply : there are things we cannot do, and even not say, believe, feel, think, except by being poor, slave, helpless, and other things that we cannot do, feel, etc.., except by being free or strong. A method of explaining the immanent modes of existence, thus replaces the sheltering at the transcendent values&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spinoza approach in this sense exceeds or defeats the morality to write towards an ethical-political conception of the world. Beyond the conceptual double of punishment and reward, beyond the superstition and blind obedience, we have at Spinoza concepts such as that of strength of a plurality constructed as such constantly in the relations of forces that give it life as such. The freedom thus appears as what characterizes the plurality always in movement, in thinking, in simultaneous action and thinking, by the self, for the self, on the self. Spinoza writes : &#8220;It is said free the thing that exists only by the necessity of its nature, and which is determined only by the self to act, and necessary or better to say constrained, what something else determines to exist or operate in a precise and definite manner.&#034; But we must not forget that the nature of which Spinoza speaks is the (unique) substance as such and not &#034;the human nature&#034; or &#034;the social nature of the human being.&#034; Therefore the concept of law at Spinoza loses the moral reference to another world or an alleged human nature, even if we conceive this as an &#034;original condition&#034; substantially free as at La Bo&#232;tie, even if we understand it as wild as to Hobbes. On the contrary, with this approach, even the laws themselves are nothing but words, words that are produced and shaped in a particular historic and social context. Which means that words or phrases that use to speak for the people, to suppress it or to free it, are neither divine nor an essence of truth or false, but in the first place lectures which should always be seen in relation to concrete practices to which they refer to claim to give voice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;There are therefore no terms or notions of the sacred or divine, which can be separated from practice or the real situation that they produce or can condition. Spinoza said : Even God has given only words &#034; , words that produce or mark certain actions, actions which are ours, not the words themselves. This is the reason why Spinoza insisted, just as Nietzsche later, in a split of the theological perspectives from those of philosophy. And in this sense, when we remain hostages of the dilemma : is populism Good or Bad, we assume at the same time that there are some real essences of truth which legitimize speaking on behalf of the people on one side and others that do not have this essence. While considering the ethical-political approach like that of Spinoza we would say that these so-called &#034;essences&#034; of slavery as well as other populisms produced in the society and whether they have an &#034;essence&#034;, it is the process of their production and not the &#034;essence&#034; which is true or false. Consequently, the natural rights of every human being, according to Spinoza, &#034;are not defined by sound reason, but the desire and strength&#034; To put it in different words, these rights or discourses on them as in the case of populism, are not determined by an &#034;essence&#034; but a process, by doing, or better, from a making-process.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;It is certain, in fact, that people naturally tend to relate to each other, either because of a hope or a common fear, whether because of impatience to avenge for a loss they have suffered together ; and being that the right of the City is defined by a common power of pluralism, it is certain that the power and right of the City is reduced to the exact extent that it gives itself or not, the reason to connect together a bigger number of subjects&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taken from this perspective, we can say that populisms or different discourses, on people, for people or simply on its behalf, may arise from the power, from the intention to control them, to cut or reduce them. What is important in any case, is the fact that this distinction cannot be made by the words or discourse, but from the practice from which it flows and to the practice it produces ; the concrete conditions of slavery or those that lead to freedom. The right of the state itself as such was determined by Spinoza as a result of the powers of the plurality and not vice versa . From this perspective, what matters above all is the attempt to have the plurality not being kneeled by the silence or simple moral judgments &#034;Good - Bad&#034; imposed to it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The human being, Spinoza says : &#034;is not born free, but made or freed.&#034; And in connection with our discussion, this means that more than the fact that people are deceived and enslaved, the important thing are the ways which lead to liberation or freedom. And for this, what should be preserved at all costs, according to Spinoza, is freedom of thought because, as he writes : &#034;The most violent State will be one where everybody will be denied of the freedom to say and learn what he thinks. And on the other hand, a well regulated State, will be one where each will be given this freedom.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And this means that the risks for the common freedom cannot come from the populisms of speaking on behalf of the people, but by the monopolization of these discourses ; from this monopolization which leaves us only &#034;the choice&#034; to morally judge if these discourses are true or false, good or bad, noble purposes or with low background. They therefore should be judged in relation to the possibility of making a particular community and not in connection with the authority that proclaims them or by themselves. Referring to Foucault once again, I would say that where some try to rationalize something, &#034;the essential problem is not to ask whether or not they are in conformity with the principles of rationality, but to discover the type of rationality that they use &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In this sense, when we think about the populist discourses, the issue is not to discover whether they are simply popular or just populist, but to understand to which people they refer to, and whether they serve to make people freer or more enslaved. And this cannot be based on moral discourses, or by new moral discourses, as evil on them, is always embodied by the other. And those that dominate in each case are judgments, ridicule, anger, revenge and anger. While on Spinoza's ethics, as Etienne Balibar says : &#034;the theory of &#034;the political body &#034;is neither a mere physics of the power, nor a psychology of the enslaving of the people, nor the means to formalize a legal order, but the search of a strategy for collective liberation, whose motto could be declared like this : we should be much more numerous, and let's think as much as possible (Ethique, V, 5-10)&#034; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliography&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	BALIBAR, Etienne. Spinoza et la politique. PUF. France 2005.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	DELEUZE, Gilles. L'ile D&#233;serte. Textes et entretiens 1953-1974. Edition pr&#233;par&#233;e par David Lapoujade. Les &#233;ditions de minuit. France 2004.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	DELEUZE, Gilles. Spinoza et le probl&#232;me de l'expression. Les &#201;ditions de minuit. France 2005. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	DELEUZE, Gilles. Spinoza philosophie pratique. Les &#201;ditions de minuit. France 2004. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Etienne de la Bo&#233;tie. Discours de la servitude volontaire. Vrin. France 2002. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	FOUCAULT, Michel. Dits et &#233;crits I et II. Quarto Gallimard. France 2005. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; DiE II- Face aux gouvernements, les droits de l'homme. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; DiE I - La prison vue par un philosophe fran&#231;ais &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; DiE II - &#171; Omnes et singulatim &#187; : vers une critique de la raison politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Michel de Montaigne. Essais. Tome Premier. &#201;dition Lutetia. France 1933. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	SPINOZA. Ethique. Texte original et traduction nouvelle par Bernard Pautrat. &#201;ditions du Seuil. Paris 1988. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	SPINOZA. Trait&#233; Politique. Traduction de Charles Ramond. &#201;pim&#233;th&#233;e PUF. France 2005. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	SPINOZA. Trait&#233; Th&#233;ologique Politique. Traduction de Jacqueline Lagr&#233;e et Pierre-Fran&#231;ois Moreau. &#201;pim&#233;th&#233;e PUF. France 1999. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	TRAVERSO, Enzo. Le totalitarisme. Le XXe si&#232;cle en d&#233;bat. Textes choisis et pr&#233;sent&#233;s par Enzo Traverso. &#201;ditions du Seuil. France 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E-mail : dkaradaku@gmail.com&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pouvoir, r&#233;sistance et mouvements sociaux (&#192; partir de la philosophie de Michel Foucault).</title>
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		<dc:date>2012-05-04T09:28:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rosa Mar&#237;a Rodr&#237;guez Magda</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le pr&#233;sent texte pr&#233;tend r&#233;pondre &#224; une question : Est-ce que l'analytique du pouvoir de Foucault est utile pour comprendre aujourd'hui les mouvements populaires et populistes ? &#192; mon avis, la r&#233;ponse est affirmative, c'est pour &#231;a que je veux rappeler quelques- uns de ses apports. &lt;br class='autobr' /&gt; La pens&#233;e politique de Foucault et sa praxis ont &#233;t&#233; amplement r&#233;pondues et d&#233;battues. La publication de Les mots et les choses, et plus concr&#232;tement sa notion d'&#171; a priori historique &#187; et son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=33" rel="directory"&gt;Albanie avril 2012&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_87 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/Rosa_Maria-2.jpg' width='220' height='150' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Le pr&#233;sent texte pr&#233;tend r&#233;pondre &#224; une question : Est-ce que l'analytique du pouvoir de Foucault est utile pour comprendre aujourd'hui les mouvements populaires et populistes ? &#192; mon avis, la r&#233;ponse est affirmative, c'est pour &#231;a que je veux rappeler quelques- uns de ses apports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La pens&#233;e politique de Foucault et sa praxis ont &#233;t&#233; amplement r&#233;pondues et d&#233;battues. La publication de Les mots et les choses, et plus concr&#232;tement sa notion d'&#171; a priori historique &#187; et son rapprochement du mouvement structuraliste conduisirent &#224; la pol&#233;mique structure/devenir avec Jean-Paul Sartre. Le structuralisme semblait pour les dialecticiens peu favorable au changement politique.(1) &lt;br class='autobr' /&gt;
En g&#233;n&#233;ral, le plus grand refus de l'analytique du pouvoir de Foucault, dans un milieu intellectuel subjugu&#233; par la pens&#233;e marxiste, se centre sur le fait que cette analytique configure le pouvoir comme un magma diffus et mal d&#233;fini, presque transcendantal, ce qui entrave les chemins d'attaque et de r&#233;sistance, en convertissant ainsi la philosophie foucaldienne en un alibi du conservatisme.(2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cependant, les activit&#233;s politiques de Foucault ne laissent aucun doute sur son &#233;loignement du milieu conservateur. C'est dans les ann&#233;es soixante-dix que le philosophe assume un protagonisme public constant. En 1971, il promeut le Groupe d'information sur les prisons. Il fait parti &#233;galement en 1971, avec Sartre, du &#171; comit&#233; Djellali &#187; contre le racisme. Pendant ces ann&#233;es il ne refuse pas d'assister aux r&#233;unions mao&#239;stes des &#171; comit&#233;s V&#233;rit&#233;-Justice &#187;. En juin 1971, il participe &#224; la naissance de l'Agence de presse-Lib&#233;ration. En septembre 1975, il se mobilise contre les ex&#233;cutions en Espagne. Proche des d&#233;nonciations du Goulag de certains nouveaux philosophes, il aide les dissidents de l'Est. En 1978, il est fascin&#233; par la r&#233;volution iranienne. On critiquera d'ailleurs cette prise de position un peu plus tard comme un manque de vision politique. En 1979, l'entreprise sera sauver les boat-people, en aide aux Vietnamiens qui souhaitent sortir de leur pays. Les relations avec le gouvernement socialiste de Mitterrand, en principe de collaboration, se d&#233;t&#233;riorent rapidement. A l'automne 1983, avec Bernard Kouchner, Andr&#233; Glucksmann, Pierre Blanchet et d'autres, il organise le groupe de r&#233;flexion : L'Acad&#233;mie Tarnier ; &#224; chaque r&#233;union, on d&#233;bat sur un th&#232;me pr&#233;cis : le Liban, l'Afghanistan, la Pologne, etc. En 1984, il accepte d'&#234;tre l'organisateur et le responsable du prochain &#171; bateau pour le Vietnam &#187;, mais la mort l'emp&#234;chera de mener &#224; terme ce projet.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai voulu m'arr&#234;ter sur son activit&#233; politique, non pas pour &#233;tudier des questions de coh&#233;rence personnelle, mais parce que je crois que celle-ci concr&#233;tise clairement ses id&#233;es sur la r&#233;sistance. Pour Foucault : &#171; le probl&#232;me n'est pas exactement de d&#233;finir une &#171; position &#187; politique (ce qui nous renverrait &#224; un choix dans une classification d&#233;j&#224; faite), mais d'imaginer et de faire en sorte qu'existent de nouveaux sch&#233;mas de politisation &#187;.(3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le champ de sa politisation n'est &#233;videmment pas le marxisme. Foucault, influenc&#233; par Althusser, &#233;tait entr&#233; en 1950 au PCF, mais cette affiliation dura peu. Si en juin 1975, il reconnaissait encore une dette intellectuelle diffuse avec Marx : &#171; il est impossible de faire de l'histoire actuellement sans utiliser une kyrielle de concepts li&#233;s directement ou indirectement &#224; la pens&#233;e de Marx et sans se placer dans un horizon qui a &#233;t&#233; d&#233;crit et d&#233;fini par Marx &#187;.(4) En septembre de cette m&#234;me ann&#233;e, quand le philosophe manifeste face &#224; l'Ambassade d'Espagne &#224; Paris contre les ex&#233;cutions imminentes d&#233;cr&#233;t&#233;es par Franco, face &#224; la proposition d'un jeune militant qui l'invite &#224; parler de Marx, Foucault r&#233;pond irrit&#233; : &#171; Qu'on ne me parle plus de Marx ! Je ne veux plus jamais entendre parler de ce monsieur. Adressez-vous&#8230; &#224; ceux dont c'est le m&#233;tier. Qui sont pay&#233;s pour cela. Qui sont des fonctionnaires de cela. Moi, j'en ai totalement fini avec Marx &#187;.(5)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour Foucault les nouveaux sch&#233;mas de politisation renvoient &#224; des organisations sociales, civiles, des mouvements spontan&#233;s, o&#249; se multiplient les points de r&#233;sistance du tissu social, des petites formations qui &#233;tendent la superficie des dissidences possibles. Pendant les ann&#233;es soixante-dix, cette praxis est plut&#244;t critique, r&#233;active. Ne voulant pas &#234;tre excessivement englob&#233; dans des plateformes universelles, l'individu conna&#238;t l'intol&#233;rable, il n'est pas honn&#234;te de parler pour lui, quant au pouvoir et &#224; son institutionnalisation, il semble toujours suspect. Foucault r&#233;sumait cette morale du soup&#231;on et de la r&#233;sistance avec une maxime tr&#232;s br&#232;ve : &#171; &#234;tre respectueux quand une singularit&#233; se soul&#232;ve, intransigeant d&#232;s que le pouvoir enfreint l'universel &#187;.(6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cependant, dans un texte lu &#224; Gen&#232;ve en 1981 dans une conf&#233;rence de presse o&#249; l'on annon&#231;ait la cr&#233;ation d'un Comit&#233; international pour d&#233;fendre les droits de l'Homme, sa position est beaucoup plus positive, m&#234;me apparemment contradictoire avec ses critiques ant&#233;rieures des droits de l'homme, des formes juridiques et de la souverainet&#233;. Il affirmait &#224; cette occasion : &#171; Il existe une citoyennet&#233; internationale qui a ses droits, qui a ses devoirs et qui engage &#224; s'&#233;lever contre tout abus de pouvoir, quel qu'en soit l'auteur, quelles qu'en soient les victimes. Apr&#232;s tout, nous sommes tous des gouvern&#233;s et, &#224; ce titre, solidaires [&#8230;]. Il faut refuser le partage des t&#226;ches que, tr&#232;s souvent, on nous propose : aux individus de s'indigner et de parler ; aux gouvernements de r&#233;fl&#233;chir et d'agir [&#8230;]. L'exp&#233;rience montre qu'on peut et qu'on doit refuser le r&#244;le th&#233;&#226;tral de la pure et simple indignation qu'on nous propose. Amnesty International, Terre des Hommes, M&#233;decins du Monde sont des initiatives qui ont cr&#233;&#233; ce droit nouveau : celui des individus priv&#233;s &#224; intervenir effectivement dans l'ordre des politiques et des strat&#233;gies internationales &#187;.(7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette nouvelle &#171; citoyennet&#233; internationale &#187;, ce &#171; droit nouveau &#187; bas&#233; sur la &#171; solidarit&#233; entre les gouvern&#233;s &#187; et dont l'engagement est la &#171; d&#233;nonciation de tout abus de pouvoir &#187; rappelle le cosmopolitisme kantien et m&#234;me son imp&#233;ratif cat&#233;gorique universel. Pourtant, ce qui est surprenant est que Foucault a fauch&#233; de mani&#232;re persistante les bases ontologiques qui permettent de proclamer une telle option &#233;thique. Il a d&#233;nonc&#233; de fa&#231;on r&#233;it&#233;rative les morales universelles, la rh&#233;torique des droits de l'Homme bas&#233;e sur l'homme comme fondement, le mod&#232;le politico-juridique du pacte entre individus comme paradigme de pouvoir, la souverainet&#233; et la politique repr&#233;sentative, en s'&#233;loignant aussi bien du contractualisme classique que des courants modernes du n&#233;o-contractualisme et de la raison dialogique. Ce paradoxe a &#233;t&#233; soulign&#233; par Marramao, pour qui la critique g&#233;n&#233;alogique foucaldienne de la notion de souverainet&#233; semble pr&#233;caire si nous la comparons avec les th&#233;ories modernes du n&#233;o-fonctionnalisme ou les mod&#232;les juridico-normatifs formalis&#233;s. Mais de plus, elle ne cesse de reproduire, en l'inversant, le mod&#232;le de la souverainet&#233; et le sch&#233;ma juridico-lib&#233;ral de la politique.(8) Pour Anthony Giddens (9), la critique de la conception juridico-lib&#233;rale chez Foucault ne prend pas en compte les r&#233;sultats obtenus par le mod&#232;le bourgeois face &#224; l'absolutisme, en nous offrant un panorama oppressif, disciplinaire et &#233;galement r&#233;ductionniste. Plus radical, Micha&#235;l Walzer conclura que les id&#233;es de Foucault mettent en &#233;vidence un &#171; gauchisme infantile &#187;.(10)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Bien que dans le fondement th&#233;orique, que notre philosophe pr&#233;f&#232;re presque toujours &#233;viter, nous observons les contradictions et les fragilit&#233;s mentionn&#233;es. C'est dans l'analyse pratique des strat&#233;gies et des r&#233;sistances o&#249; ses apports semblent les plus lucides. Foucault situe les &#171; luttes transversales &#187;, sur le chemin vers une nouvelle &#233;conomie des relations de pouvoir.(11)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes de r&#233;sistance ne sont pas universelles mais empiriques et strat&#233;giques, elles r&#233;pondent &#224; des types concrets de pouvoir, et elles constituent en m&#234;me temps une mani&#232;re de mettre en &#233;vidence et de d&#233;couvrir ses divers m&#233;canismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon avis, la pens&#233;e politique de Foucault est insuffisante pour structurer cette t&#226;che de r&#233;sistance, pour l'effectivit&#233; politique des individus ou des groupes, et des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, non pas pour Foucault maintenant, mais pour nous, est d'assumer ce qui nous semble suggestif dans sa pens&#233;e, mais en l'ins&#233;rant dans une r&#233;alit&#233; politique qui s'est transform&#233;e de mani&#232;re fulgurante pendant la derni&#232;re d&#233;cennie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La posture politique foucaldienne se trouve tr&#232;s attach&#233;e &#224; l'ambiance post&#233;rieure &#224; mai 68, du refus de l'intellectuel organique et universel et de la revendication de l'intellectuel sp&#233;cifique qui manifeste son d&#233;saccord ou son action concr&#232;te depuis des instances de la soci&#233;t&#233; civile, en niant &#224; s'impliquer et &#224; collaborer avec la gestion de l'&#201;tat, qu'il suppose stable, en tant que citoyen de la vieille Europe. Sans vouloir entrer dans une analyse de la situation politique actuelle et des options individuelles, ce que nous devons &#233;tudier c'est une action politique comme celle souscrite par Foucault, bas&#233;e sur la r&#233;sistance et les mouvements civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;flexion foucaldienne s'inscrit dans une pens&#233;e postm&#233;taphysique, en assumant la crise de la Modernit&#233;, et donc ses axes fondamentaux : Raison, Sujet, Histoire, R&#233;alit&#233;. Lorsqu'il rejette toute tentative de nouveau fondement universel, Foucault adopte une posture critique, avec l'intention de montrer g&#233;n&#233;alogiquement comment de telles configurations &#233;pist&#233;miques se sont form&#233;es, plus que le d&#233;sir de trouver et de postuler de nouveaux paradigmes solides et unitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication de La volont&#233; de savoir produit une v&#233;ritable rupture avec les hypoth&#232;ses qui avaient servi de base aux mouvements radicaux de gauche, en propageant une inversion inqui&#233;tante : &#171; Si le pouvoir n'avait pas pour fonction essentielle de dire non, d'interdire et de censurer, mais de lier selon une spirale ind&#233;finie la coercition, le plaisir et la v&#233;rit&#233; ? &#187;.(12)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foucault abandonne la probl&#233;matique soixante-huitarde soucieuse de v&#233;rifier s'il existe un d&#233;sir &#233;trange au pouvoir, &#233;tranger &#224; la loi ou constitu&#233; par celle-ci, pour d&#233;voiler un noeud fondamental selon lequel nous &#233;tudions le pouvoir ou dessinons les politiques &#233;mancipatrices : nous sommes toujours prisonniers d'une image du pouvoir-loi, du pouvoir-souverainet&#233;, il faut dessiner une &#171; analytique du pouvoir &#187; qui ne prenne le droit ni comme mod&#232;le et ni comme code ; c'est selon lui la t&#226;che fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ainsi d&#233;fini, le pouvoir est omnipr&#233;sent, non pas parce qu'il est compris au sens h&#233;g&#233;lien mais parce qu'il se produit continuellement partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous r&#233;capitulons ses caract&#233;ristiques, nous pouvons synth&#233;tiser les suivantes, tel que le fait notre auteur dans La volont&#233; de savoir (chap. IV, partie 2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le pouvoir s'exerce &#224; partir d'innombrables points, et dans un jeu de relations mobiles et non-&#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les relations de pouvoir son immanentes, non superstructurales, et elles jouent un r&#244;le producteur l&#224; o&#249; elles agissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les relations de force qui se forment et agissent dans les institutions, dans les groupes, dans la famille, dans les appareils de production et les confrontations locales qu'elles am&#232;nent, servent de support &#224; de &#171; larges effets de clivage &#187; qui parcourt le corps social, en configurant des lignes de force qui les subsument, les utilisent, les redistribuent, les homog&#233;n&#233;isent. &#171; Les grandes dominations sont les effets h&#233;g&#233;moniques que soutient contin&#251;ment l'intensit&#233; de tous ces affrontements &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est cet effet syst&#233;mique, cette coh&#233;rence a posteriori des &#171; arrangements &#187;, utilis&#233;e par les groupes d'&#233;lite, mais non-dessin&#233;e a priori, qui d&#233;termine que les relations de pouvoir soient en m&#234;me temps intentionnelles et non-subjectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le mod&#232;le de r&#233;seau mobile de rapports de force permet &#224; un point de pouvoir de correspondre n&#233;cessairement &#224; un point de r&#233;sistance, sans statut d'ext&#233;riorit&#233; possible pour ce dernier. La codification strat&#233;gique de ces points de r&#233;sistance et leur structuration rendent possible le changement social. De la m&#234;me mani&#232;re, la stabilit&#233; de l'&#233;tat, d'un gouvernement, r&#233;side dans l'int&#233;gration institutionnelle des relations de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le changement social, on le r&#233;p&#232;te, ne repose pas sur le r&#233;duit du sans-pouvoir ni sur la gestion morale et immacul&#233;e de la r&#233;volte. Il ne s'agit pas de m&#233;taphysique ni d'&#233;thique mais de strat&#233;gie, comme a su tr&#232;s bien le montrer Foucault : &#171; Il n'y a donc pas par rapport au pouvoir un lieu du grand Refus &#8211; &#226;me de la r&#233;volte, foyer de toutes les r&#233;bellions, loi pure du r&#233;volutionnaire. Mais des r&#233;sistances qui sont des cas d'esp&#232;ces : possibles, n&#233;cessaires, improbables, spontan&#233;es, sauvages, solitaires, concert&#233;es, rampantes, violentes, irr&#233;conciliables, promptes &#224; la transaction, int&#233;ress&#233;es, ou sacrificielles ; par d&#233;finition, elles ne peuvent exister que dans le champ strat&#233;gique des relations de pouvoir &#187;.(13)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La vision strat&#233;gique du pouvoir que nous venons de souligner suppose un abandon, aussi bien du mod&#232;le marxiste, que du mod&#232;le juridique de la souverainet&#233;. En ce qui concerne ce dernier, la technique substitue le Droit, la norme &#224; la loi, le contr&#244;le &#224; la punition, la transversalit&#233; des pratiques et les strat&#233;gies &#224; l'&#201;tat et &#224; ses Appareils, la mobilit&#233; et la r&#233;versibilit&#233; &#224; la domination, et enfin la multiplicit&#233; &#224; l'unit&#233;. Cependant, et m&#234;me si l'on accepte que le mod&#232;le juridique, dans son acceptation classique, nous offre les instruments appropri&#233;s pour l'analyse des m&#233;canismes et les relations de pouvoir, qui sont illumin&#233;s par le mod&#232;le strat&#233;gique et microphysique, le probl&#232;me de son efficacit&#233; politique dans un syst&#232;me d&#233;mocratique repr&#233;sentatif reste en suspens, et qui, ind&#233;pendamment des gouvernements lib&#233;raux ou sociaux-d&#233;mocrates, fonde ses bases sur l'&#201;tat de Droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; mon avis, pour obtenir une synth&#232;se, il faudrait s&#251;rement confronter les id&#233;es foucaldiennes au sein des courants n&#233;o-contractualistes modernes et la raison dialogique, plus nuanc&#233;e, bien s&#251;r, que la disqualification habermassienne. Mais aussi il faut constater que aujourd'hui l'&#201;tat est d&#233;pass&#233; par des nouvelles formes du &#171; cyber-populisme &#187; qu'il faut analyser, et pour les quelles le mod&#232;le rhizomatique et nomade de Deleuze et Guattari, par exemple, avec les d&#233;veloppements sur la &#171; multitude &#187; de Negri peuvent &#234;tre pertinentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ind&#233;pendamment du fait que les critiques foucaldiennes au mod&#232;le juridique soient ou non jug&#233;es faibles, ou que nous aurions souhait&#233; une analyse d&#233;taill&#233;e plus importante du d&#233;veloppement pratique de ce nouveau droit non-souverain et antidisciplinaire, ce qui est certain c'est que ses recherches s'&#233;cartent de la forme d'un exercice politique &#233;mancipateur, pour continuer d'analyser les techniques d'assujettissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce processus de gouvernementalisation asseoit les bases du Welfare State, m&#234;me en crise, dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui. Le pouvoir politique exerc&#233; sur des sujets civils se baserait, selon Foucault, sur un des d&#233;veloppements du pouvoir pastoral.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Foucault, l'&#233;tat occidental moderne a int&#233;gr&#233; sous une nouvelle forme politique une ancienne technique de pouvoir n&#233;e dans les institutions chr&#233;tiennes : le Pouvoir Pastoral. Du croisement entre celui-ci et le d&#233;veloppement de la gouvernementalit&#233; surgirait la configuration moderne de l'&#233;tat et son &#171; pouvoir individualisant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Face aux th&#233;ories qui nous pr&#233;sentent l'&#201;tat comme une superstructure oppos&#233;e &#224; l'individu, bas&#233;e sur l'ali&#233;nation et l'an&#233;antissement, Foucault essaye de nous montrer comment l'&#201;tat moderne &#8211; &#171; l'&#201;tat-providence &#187; d&#233;veloppe une nouvelle forme de pouvoir pastoral, qui int&#232;gre les individus dans un r&#233;seau d'individualisation &#233;labor&#233;. La pr&#233;occupation pour le salut spirituel laisse place &#224; la garantie de la sant&#233; physique et de la s&#233;curit&#233; sociale. En dessinant d'un point de vue global un mod&#232;le politique de garanties sociales, et de fa&#231;on sp&#233;cifique, en d&#233;veloppant des tactiques individualisantes sur la famille, la m&#233;decine, l'&#233;ducation, les travailleurs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un sujet qui a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; d'une mani&#232;re excellente par le professeur Alain Brossat dans sa th&#233;orie de la &#171; democratie inmunitaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous pourrions donc conclure que &#171; le Pouvoir &#187;, comme &#233;l&#233;ment unitaire et globalisant, n'existe pas. Non plus &#171; le P&#233;uple &#187;, ni un populisme &#171; lieu du grand Refus &#8211; &#226;me de la r&#233;volte, foyer de toutes les r&#233;bellions, loi pure du r&#233;volutionnaire &#187;. Le Pouvoir n'existe pas, mais les relations de pouvoir elles, par contre, existent, et aussi des r&#233;sistances, des insurrections mais &#171; dans le champ strat&#233;gique des relations de pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il ne faut pas confondre les relations de pouvoir avec les relations de violence. Selon Foucault, le mode d'action du pouvoir n'est pas &#224; chercher dans la violence ou dans la lutte, ni dans le contrat, mais dans cette forme d'action singuli&#232;re qu'est le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais le pouvoir individualisant ne nous offre pas un horizon d'impuissance et d'annulation. Les derniers travaux de Foucault s'efforcent de montrer comment les m&#233;canismes de subjectivation ne conduisent pas &#224; un processus totalitaire d'assujettissement. Si le mod&#232;le disciplinaire semblait d&#233;boucher sur un sujet produit, passif et normalis&#233;, il s'agit maintenant de voir comment cette incitation &#224; l'action garantit &#233;galement les ressorts de l'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi, le terrain sp&#233;cifique du jeu du pouvoir ne sera pas celui de la r&#233;pression, de la soumission, de la violence ou de l'esclavage, car dans ce cas, le sujet est r&#233;duit &#224; n&#233;ant. Paradoxalement &#171; le pouvoir ne s'exerce pas autrement que sur des sujets libres &#187;. La libert&#233; ne s'oppose pas au pouvoir, car les deux sont sa mutuelle condition de possibilit&#233;. Il faut donc distinguer entre &#171; relations de pouvoir &#187; et &#171; &#233;tats de domination &#187;. Les relations de pouvoir impr&#232;gnent tout le comportement social, mais elles sont mobiles et elles permettent aux individus des strat&#233;gies de modification ; quand ces m&#233;canismes de r&#233;versibilit&#233; s'oblit&#232;rent et les relations deviennent fixes, nous nous trouvons face &#224; des &#233;tats de domination.(14)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une soci&#233;t&#233; sans relation de pouvoir n'est rien d'autre qu'une abstraction. Mais cela ne veut pas dire, comme on l'a critiqu&#233; &#224; de nombreuses reprises, que si le pouvoir est partout, la libert&#233; est impossible, car les relations de pouvoir dont parle Foucault sont mobiles, r&#233;versibles. Il n'existe aucune fatalit&#233; d'un Pouvoir tout-puissant et omnipr&#233;sent. Il y a tr&#232;s certainement des positions plus avantageuses, une persistance d'&#233;quilibres et d'exercices brutaux. Toutefois, pendant que le pouvoir s'exerce, il pr&#233;suppose toujours un type de r&#233;sistance, bien que dans certains cas extr&#234;mes, celle-ci est plus limit&#233;e, m&#234;me si elle se r&#233;duit au suicide ou &#224; l'assassinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Etant donn&#233; que le pouvoir n'est pas unitaire, les strat&#233;gies de r&#233;sistance ne peuvent pas non plus l'&#234;tre ; au lieu de parler d'&#171; antagonisme &#187; essentiel de fronts oppos&#233;s, Foucault pr&#233;f&#232;re le terme agonisme qu'il d&#233;finit comme une relation &#224; la fois d'incitation r&#233;ciproque et de lutte, de provocation permanente. L'analyse de l'agonisme entre les relations de pouvoir et l'intransivit&#233; de la libert&#233; constitue la t&#226;che politique inh&#233;rente &#224; toute existence sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je pense que l'analytique du pouvoir foucauldienne est tr&#232;s utile pour analyser des mouvements sociaux d'aujourd'hui, et m&#234;me, y compris sa principale nouveaut&#233; : le cyberactivisme, le &#171; cyberpopulisme &#187; -l'utilisation des nouvelles technologies de la communication (internet, chats, blogs, twitter&#8230;)-, qui ont une forme microphysique et r&#233;ticulaire avec des noeuds et diss&#233;minations. Par exemple le mouvement des indign&#233;s, d&#233;but&#233; et nomm&#233; en Espagne du 15-M. C'est un mouvement spontan&#233;, semble suivre un peu le mod&#232;le de mai 68, il fonctionne par assembl&#233;es, il ne veut pas s'adh&#233;rer aux options politiques existantes, il ne veut pas devenir un parti politique, sinon cr&#233;er de nouveaux sch&#233;mas de politisation... Dans son option plus mod&#233;r&#233;e il veut r&#233;viser le mod&#232;le d&#233;mocratique : plus de transparence, moins de corruption, plus de participation civique..., et dans son option plus radicale il veut changer le &#8220;Syst&#232;me&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais ce mouvement des indign&#233;s a des dangers : d'une part ceux qui annoncent la pens&#233;e foucauldienne et d'autre part ceux qui souffre cette m&#234;me pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans sa version mod&#233;r&#233;e les indign&#233;s ne cherchent pas la r&#233;volution, non pas d&#233;truire l'&#233;tat, mais que ce m&#234;me &#233;tat leur donne tout ce que l'&#201;tat providence leur avait promis : confort, travail, consume&#8230;, et que la mauvaise gestion politique et la crise &#233;conomique leur refuse. Il n'y a pas un vrai bouleversement du pouvoir qui nous conforme. On demande non pas moins de pouvoir mais un meilleur pouvoir pastoral.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa version radicale le mouvement se consid&#232;re comme un Autre que le pouvoir, un contre pouvoir, une &#171; pl&#232;be &#187; substantielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et dans les deux cas, les indign&#233;es, malgr&#233; sa l&#233;gitimit&#233; morale, au-del&#224; de leur refus, exprim&#233; dans l'occupation de la rue, n'ont pas su se concr&#233;ter, pour le moment, dans un mode d'action effective et constante. C'est la m&#234;me critique que quelques uns ont fait &#224; Foucault par son inefficacit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Certainement, nous devons continuer &#224; r&#233;fl&#233;chir comment un peuple peut r&#233;sister au pouvoir qui est non seulement en face de lui mais dedans, comment faire fonctionner des strat&#233;gies sociales pour reconstruire un espace social plus libre, et pour tout cela, la pens&#233;e foucauldienne, reprise d'un mani&#232;re critique, est encore une aide pertinente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Et je veux conclure avec quelques paroles de Michel Foucault qui sont &#224; la fois une esp&#233;rance et un avertissement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il n'y a sans doute pas de r&#233;alit&#233; sociologique de la &#171; pl&#232;be &#187;. Mais il y a bien toujours quelque chose, dans le corps social, dans les classes, dans les groupes, dans les individus eux-m&#234;mes qui &#233;chappe d'une certaine fa&#231;on aux relations de pouvoir ; quelque chose qui est non point la mati&#232;re premi&#232;re plus ou moins docile ou r&#233;tive, mais qui est le mouvement centrifuge, l'&#233;nergie inverse, l'&#233;chapp&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La &#187; pl&#232;be n'existe sans doute pas, mais il y a &#171; de la &#187; pl&#232;be. Il y a de la pl&#232;be dans les corps et dans les &#226;mes, il y a en a dans les individus, dans le prol&#233;tariat, il y en dans la bourgeoisie, mais avec une extension, des formes, des &#233;nergies, des irr&#233;ductibilit&#233;s diverses. Cette part de la pl&#232;be, c'est moins l'ext&#233;rieur par rapport aux relations de pouvoir, que leur limite, leur envers, leur contrecoup ; c'est ce qui r&#233;pond &#224; toute avanc&#233;e du pouvoir par un mouvement pour s'en d&#233;gager ; c'est donc ce qui motive tout nouveau d&#233;veloppement des r&#233;seaux de pouvoir &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1 Comme le montrera H. Lefebvre dans son article &#8220;Claude L&#233;vi-Strauss et le nouvel &#233;l&#233;atisme &#187;, in Au-del&#224; du structuralisme et les critiques qui parurent dans Les Temps Modernes (voir Sylvie Le Bon, &#171; un positiviste d&#233;sesp&#233;r&#233; &#187;, n&#186;248 (1967). 117&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2 Ces id&#233;es furent par exemple synth&#233;tis&#233;es par D. Lecourt, &#171; L'enjeu Foucault &#187;, in Dissidence ou r&#233;volution ? (1978) et elles furent r&#233;it&#233;r&#233;es dans les critiques r&#233;alis&#233;es par N. Poulantzas, L'&#233;tat, le pouvoir, le socialisme, Paris, Presses Universitaires de France, 1978. Et elles constituent aussi la base des r&#233;alis&#233;es par Habermas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3 &#8220;Les rapports de pouvoir passent &#224; l'int&#233;rieur des corps&#8221; (entretien avec L. Finas), La Quinzaine litt&#233;raire, n&#186; 247, 1-15 janvier 1977, pp. 4-6. [Repris dans Dits et &#233;crits, volume II, texte n&#186; 197, pp. 228-236, Paris, Gallimard, 2000, NdT.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 4 M. Foucault, &#8220;Entretien sur la prison : le livre et sa m&#233;thode &#187;, Le Magazine Litt&#233;raire, 101 (juin 1975).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 5 Cit&#233; par Claude Mauriac, Et comme l'esp&#233;rance est violente, t. III : Le temps immobile, Paris, Grasset, 1977, p. 581&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 6 M. Foucault, &#8220;Inutile de se soulever ?&#8221; Le Monde (11-5-1979).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 7 M. Foucault, &#8220;Face aux gouvernements les droits de l'Homme&#8221;, Lib&#233;ration (30-6-1984).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 8 G. Marramao, &#8220;L'ossesione della sovranit&#224;&#8230;&#8221;, in Effetto Foucault, Milan, Feltrinelli, 1986, pp. 174-175.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 9 A. Giddens, &#8220;From Marx to Nietzsche ? Neo-conservatism, Foucault, and problems in contemporary political theory&#8221;, in Profiles and critiques in social theory, Los Angeles, Californie, University Press, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 10 M. Walzer, &#8220;The politic of Michel Foucault&#8221;, in David Couzens Hoy (dir.), Foucault : a critical reader, Oxford/New York, Basil Blackwell, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 11 M. Foucault, &#8220;Pourquoi &#233;tudier le pouvoir ? La question du sujet &#187;, in Dreyfus et Rabinow, op. cit., pp. 301 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 12 M. Foucault, &#8220;L'Occident et la v&#233;rit&#233; du sexe&#8221;, Le Monde (5-11-76). [Repris in Dits et &#233;crits, tome II, op. cit., texte n&#186; 181, pp. 101-106, NdT.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 13 M. Foucault, VS, p. 126&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 14 Voir M. Foucault, &#8220;L'&#233;thique du souci de soi comme pratique de libert&#233; &#187; (entretien avec H. Becker, Paul Fornet-Betancourt, Alfredo G&#243;mez-M&#252;ller, 20 janvier 1984, Concordia, Revista internacional de filosof&#237;a, 6 (1984), pp. 99-116). [Repris in Dits et &#233;crits, tome II, op. cit., texte n&#186; 356, 1527-1548]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Rosa Mar&#237;a Rodr&#237;guez Magda&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.rodriguezmagda.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.rodriguezmagda.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Instituci&#243; Alfons el Magn&#224;nim CECEL-CESIC&lt;br class='autobr' /&gt; Valencia (Espa&#241;a)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>DISCOURS POPULISTE SUR LE PEUPLE ESPAGNOL. LE PRINTEMPS VALENCIEN.</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jose Ignacio Benito Climent </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pourquoi parler du discours populiste dans le peuple espagnol ? Parce que la substance peuple espagnol est une substance qui appelle &#224; l'immobilisme de la masse sociale, mais aussi &#224; l'insurrection du peuple comme masse critique. La premi&#232;re option est bien d&#233;velopp&#233;e par le franquisme et le national-socialisme et la deuxi&#232;me par l'anarchisme et le communisme marxiste espagnol du XIX. Deux discours qui se sont inscrits dans la politique espagnole actuelle h&#233;riti&#232;re des anciennes pratiques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=33" rel="directory"&gt;Albanie avril 2012&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi parler du discours populiste dans le peuple espagnol ? Parce que la substance peuple espagnol est une substance qui appelle &#224; l'immobilisme de la masse sociale, mais aussi &#224; l'insurrection du peuple comme masse critique. La premi&#232;re option est bien d&#233;velopp&#233;e par le franquisme et le national-socialisme et la deuxi&#232;me par l'anarchisme et le communisme marxiste espagnol du XIX. Deux discours qui se sont inscrits dans la politique espagnole actuelle h&#233;riti&#232;re des anciennes pratiques biopolitiques avant et apr&#232;s la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite et la gauche espagnoles r&#233;cup&#232;rent le discours populiste selon leurs fins &#233;lectoralistes. Les uns veulent r&#233;primer la population dans les marges des institutions, les autres lib&#233;rer le peuple de ces marges capitalistes. Mais la gauche socialiste en Espagne fait &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose que la droite, un populisme &#233;tatique &#224; gauche qui demandent ou promet de petits changements sociaux en respectant le status quo. Je ne parle pas de la gauche unifi&#233;e qui essaie plut&#244;t d'&#234;tre moins d'accord avec l'ordre &#233;tabli m&#234;me si son discours n'est pas populiste dans un sens n&#233;gatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours populiste, on l'a vu d&#233;but mars, dans le printemps valencien. La rue la plus importante de la ville devenait un &#233;tat d'exception, &#233;tat policier, un &#233;tat terroriste contre les citoyens libres. La police prenait la ville comme un champ de bataille. Elle devenait un champ agambenien dans toute la r&#232;gle d'exceptionnalit&#233;, de zone de violence terroriste d'&#201;tat contre le peuple. La droite, apr&#232;s avoir gagn&#233; les &#233;lections et se servant de la profonde crise &#233;conomique, essaie d'attaquer les secteurs de gauche avec une politique de tol&#233;rance z&#233;ro et de pers&#233;cution des mouvements lib&#233;rateurs de la masse spontan&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_84 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/Valence_Jose.jpg' width='226' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Photo prise dans la rue X&#224;tiva de Valence. Juste en face du Lyc&#233;e Llu&#237;s Vives. La police et les &#233;tudiants sont partout. Premi&#232;re semaine de mars 2012 .&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudiants sont trait&#233;s comme les martiens ziczeckians dont parle Ernesto Laclau quand il critique Zizeck dans D&#233;bats et combats. Pour un nouvel horizon de la politique dans le premier chapitre Pourquoi construire un peuple ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de populisme de droite est la nouvelle r&#233;forme du travail qui place les travailleurs au ch&#244;mage contre les travailleurs actifs, comme le fonctionnariat. Et les licenciements deviennent faciles et sans aucune discussion avec les syndicats espagnols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le signifiant vide, si on suit la th&#232;se d'Ernesto Laclau dans La raison populiste est que les &#233;tudiants et les professeurs demandaient d'arr&#234;ter la r&#233;duction budg&#233;taire dans l'&#233;ducation. Depuis la crise les lyc&#233;es sont sans budget pour faire face aux besoins de chauffage, de mat&#233;riel scolaire, etc. Des &#233;l&#232;ves issus de milieux ais&#233;s prenaient la rue sans demander une autorisation aupr&#232;s de la mairie et soudain la bagarre s'est d&#233;clar&#233;e entre la police nationale et des &#233;tudiants mineurs &#226;g&#233;s entre 13 et 15 ans qui se faisaient arr&#234;ter avec une violence hors du commun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les arrestations de mineurs et la violence physique contre eux mettaient en question l'ordre social. N'importe qui dans la rue pouvait &#234;tre frapp&#233; par les forces de la police nationale. Apr&#232;s les plaintes des parents, des professeurs et des &#233;l&#232;ves, le ministre de la s&#233;curit&#233; espagnol pronon&#231;ait un discours populiste pour dire qu'&#224; Valence il existe une minorit&#233; de gauche radicale qui pose toujours des probl&#232;mes aux autorit&#233;s. Point final&#8230; En fait on sait d&#233;j&#224; que m&#234;me le Pentagone pense qu'&#224; Valence comme en Gr&#232;ce et en l'Italie il existe la gauche plus radicale qu'il appelle le triangle anarchiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'insurrection des &#233;tudiants, des professeurs, des ma&#238;tres et des parents &#233;tait la fa&#231;on de devenir prince de la multitude comme chez Negri et Hardt . C'est-&#224;-dire, c'&#233;tait un mouvement social contestataire en autogestion de la part des &#233;tudiants du Lyc&#233;e Llu&#237;s Vives de Valence. Pendant la dur&#233;e des charges de police tout le monde, une multitude venue de toutes les villes alentour, m&#234;me de Madrid et de Barcelone, venait donner son soutien &#224; la r&#233;volte des &#233;tudiants et se manifestait contre les exc&#232;s de la police nationale soutenue par la police locale. En fait la police locale, mettait les amendes que la police nationale voulait ou arr&#234;tait n'importe quel citoyen qui montrait son d&#233;saccord quant &#224; la mani&#232;re de r&#233;pondre aux manifestations des &#233;tudiants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le discours antagoniste de Laclau vient mettre l'accent sur le positivisme dans l'id&#233;e du populisme dans le sens de la naissance de la possibilit&#233; d'&#233;largir la d&#233;mocratie r&#233;elle. Le 15M comme le printemps valencien mettent l'accent sur un populisme laclauien d'une masse consciente et critique de son histoire actuelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme dit Elias Canetti dans le chapitre L'&#233;clatement dans son livre Masse et pouvoir la masse n'a pas de limite, elle cherche &#224; &#233;largir ces limites. On ne sait jamais quelle est la limite. Les uns cherchent &#224; d&#233;truire les murs, les autres les poussent pour le faire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par &#233;clatement je d&#233;finis, donc, la subite transition d'une masse ferm&#233;e &#224; une ouverte .&lt;br class='autobr' /&gt;
La masse valencienne &#233;tait form&#233;e au d&#233;but de lyc&#233;ens, apr&#232;s de parents, ensuite de familles, plus tard de politiciens, de militants et finalement de tous ceux qui croyaient que la violence contre les &#233;tudiants n'&#233;tait pas justifi&#233;e et qui venaient s'associer &#224; la manifestation pacifiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte a continu&#233; jusqu'&#224; se rassembler &#224; l'entr&#233;e du si&#232;ge du parti populaire de droite et la mar&#233;e de gens &#233;tait &#233;norme. C'est pour cela, que le printemps valencien nous montre la possibilit&#233; r&#233;elle de conscience politique de la masse des citoyens et des non citoyens. &lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#234;me temps, le populisme de droite augmente et se voit prot&#233;g&#233; pour pouvoir exprimer son opinion sans probl&#232;me. Je me souviens que dans l'affiche de l'extr&#234;me droite &#224; Valence on pouvait lire : Nettoie Valence ! Demande qui faisait r&#233;f&#233;rence &#224; faire sortir de Valence les ressortissants &#233;trangers. Beaucoup d'entre eux sont fils de policiers et ils ach&#232;tent les voitures de la police pour leur faire du tuning et sortir dans la rue le jour de ces manifestations ce qui exprime l'ultra violence du populisme de droite qu&#8216;il est en train de cro&#238;tre dans toute l'Europe de l'Est &#224; l'Ouest. Parfois on a vu &#224; Valence des manifestations avec des gars affichant un symbolisme hitl&#233;rien et avec la batte dans la main pour produire la peur &#224; l'autorit&#233; par la force et sans aucun sens, gratuite. Comme des chiens de garde des pr&#233;jug&#233;s raciaux et des valeurs traditionnelles disparues comme le machisme. Le plus bizarre est qu'ils comptent des handicap&#233;s et des noirs dans leurs rangs. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut discriminer en fait plusieurs types de populisme selon l'id&#233;ologie ; les diff&#233;rents groupes id&#233;ologiques aiment s'appeler populiste de droite pour l'extr&#234;me droite ou, s'ils se sentent d&#233;biteurs de l'extr&#234;me gauche populiste de gauche. Je pense que toutes ces id&#233;ologies extr&#233;mistes peuvent &#234;tre pens&#233;es comme des ph&#233;nom&#232;nes d&#233;riv&#233;s de la modernit&#233; avec leurs diff&#233;rences et leurs r&#233;sistances comme disent Hardt et Negri dans Common Wealth :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les forces dominantes de la modernit&#233; ne trouvent pas seulement des diff&#233;rences mais aussi des r&#233;sistances . &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme le dit Ernesto Laclau dans le chapitre Populismes, ambig&#252;it&#233;s et paradoxes de sa Raison populiste, on a tendance &#224; tomber dans les dichotomies, &#224; rester dans le vague, caract&#233;ristiques du populisme et de la politique tout court. Je cite Ernesto Laclau :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La condition m&#234;me de l'action politique n'est-elle pas la logique de la simplification et de l'impr&#233;cision ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Toute cette psychologie de la multitude nous confond depuis le XIX&#232;me si&#232;cle. Toute la diabolisation de la multitude comme symptomatologie d'une &#233;poque. L'id&#233;e que l'individu en masse subit une contagion dans le groupe et il devient ac&#233;phale. Les diff&#233;rentes &#233;coles d'hypnose ont pr&#233;par&#233; le terrain pour associer la suggestion au r&#244;le des individus dans la masse. Par rapport &#224; la dyade suggestionnaire-suggestionn&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;molissage de la masse en associant la masse aux caract&#233;ristiques de la femme, du sauvage, du marginal, du malade est une constante. C'est Taine qui donne cette image du criminel ou du malade au XIX. Apr&#232;s Tarde va introduire des changements dans la mani&#232;re d'entendre le groupe par rapport &#224; l'influence ou &#224; la suggestion du leader. La masse m&#233;tamorphose ses figures du criminel &#224; l'hyst&#233;rique en passant par l'hypnotis&#233;, h&#233;ritier des &#233;coles d'hypnoses de Nancy et de celle de Charcot &#224; la Salpetri&#232;re. Mais c'est Freud qui va voir plus loin dans la suggestion en &#233;tudiant la psychopathologie dans la vie quotidienne par l'analyse des structures de l'arm&#233;e et de l'&#233;glise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le sociologue Ernesto Laclau nous dit qu'au XIX si&#232;cle on voit de l'irrationalit&#233; dans la masse et que le processus pour voir de la rationalit&#233; dans la masse est asphyxi&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tarde met en avant le public sur la multitude dans son livre La foule et le public. Tarde critique Le Bon parce qu'il pense que l'important n'est pas la multitude sinon le public ou les publics ; la publicit&#233; a plus d'influence dans l'imaginaire collectif parce qu'il reste plus longtemps dans la m&#233;moire des gens que les influences des multitudes. Les multitudes sont dangereuses parce qu'elles cherchent la confrontation ou le rapport de forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nonobstant, Negri et Hardt r&#233;cup&#232;rent la notion de multitude pour comprendre la postmodernit&#233;. Mais peut-&#234;tre ils oublient qu'ils prennent une notion caduque du XIX si&#232;cle, apparu chez Le Bon. Pour Negri et Hardt actuellement la r&#233;sistance de la multitude substitue l'id&#233;e de peuple. La multitude qui lutte contre l'Empire contemporaine. L'indignation depuis Spinoza &#224; Hesse a r&#233;veill&#233; des mouvements sociaux comme le 15 M espagnol qui a lutt&#233; pacifiquement contre les d&#233;cisions parlementaires espagnoles et europ&#233;ennes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'expression m&#234;me de l'indignation notre existence se rebelle . &lt;br class='autobr' /&gt;
Les divers printemps arabes et le valencien sont des r&#233;sistances altermondialistes &#224; la violence des &#233;tats dictatoriaux et abusifs d'Orient &#224; Occident, les derni&#232;res jacqueries du XXI si&#232;cle. Il faut dire que le pays valencien a &#233;t&#233; pendant quatre si&#232;cles sous l'influence arabe, par rapport &#224; la culture, l'ing&#233;nierie de l'eau, les mosqu&#233;es, les croyances et la langue. C'est apr&#232;s la reconqu&#234;te espagnole que na&#238;t la fronti&#232;re physique des &#233;tats en Occident et que les arabes et les juifs sont expuls&#233;s d'Espagne. Mais les influences sont rest&#233;es depuis une &#233;poque de multiculturalit&#233; raciale et religieuse qui a voulu &#234;tre effac&#233;e, mais qui reste encore dans les quartiers plus subversifs des villes &#224; Valence et ailleurs dans le pays valencien. Non seulement la c&#233;ramique s'est perp&#233;tu&#233;e mais les id&#233;es de r&#233;sistances et de solidarit&#233;s associ&#233;es aux multitudes de diff&#233;rentes origines. Le quartier Russafa &#224; Valence est un reflet de cette convivialit&#233; et du respect de la diff&#233;rence. M&#234;me si des traces s'effacent comme le fait de bruler au moyen &#226;ge des m&#233;decins juifs et d'autres citoyens juifs et arabes. On efface les influences, mais d'autres restent. Par exemple, en centre-ville a &#233;t&#233; d&#233;truite la mosqu&#233;e et elle a &#233;t&#233; remplac&#233;e par une &#233;glise catholique sans aucun panneau informatif de l'histoire de la mosqu&#233;e et la place o&#249; ont &#233;t&#233; brul&#233;s les juifs et arabes apr&#232;s avoir d&#233;velopp&#233; un discours racial que associait la diff&#233;rence religieuse avec la perversion mentale et physique. Il est bien connu l'influence de l'al-&#192;ndalus en Andalousie du VIII au XV siecle. Mais j'ai vu des repr&#233;sentations de la p&#233;riode musulmane dans la Manche espagnole o&#249; Aristote est repr&#233;sent&#233; comme un homme au teint noir. Les musulmans imaginaient-ils Aristote comme un homme avec la peau noire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'h&#233;g&#233;monie du pouvoir ne peut &#234;tre comprise qu'&#224; travers les logiques de l'&#233;quivalence et de la diff&#233;rence dans une totalit&#233; fractionn&#233;e, comme dit Laclau. Les cat&#233;gories du discours, l'h&#233;g&#233;monie et le signifiant vide, et la rh&#233;torique nous aident &#224; comprendre le populisme dans un sens positif en dehors de sa marginalit&#233;, de son impr&#233;cision et de son h&#233;ritier transitoire de la notion de masse et de groupe soumis &#224; la suggestion d'un leader. Comme le dit Freud, le leader et le groupe peuvent partager des id&#233;es, des sentiments ou surtout des d&#233;sirs. Mais il doit reconna&#238;tre les diff&#233;rences entre les individus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faut pas oublier que le chef de police de Valence disait dans la t&#233;l&#233;vision que les &#233;tudiants &#233;taient clairement l'ennemi. Et qu'il faut r&#233;agir en rapport au corps de l'ennemi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>People over States : the pa&#239;sos occitans (occitanian countries), a new paradigm of resistance</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=210</link>
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		<dc:date>2012-04-28T21:32:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Josep Carles La&#237;nez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Fortunately, not all the terms appearing in my title require an explanation. I take for granted that it is clear what we understand by &#8220;people&#8221; and also by &#8220;State&#8221;. However, the other three nouns&#8212;Occitanian Countries, paradigm and resistance&#8212; perhaps need a longer explanation. Let us proceed one by one. &lt;br class='autobr' /&gt; Occitania is the name given to the territory which stretches from the Atlantic coast of France (the northernmost tip being the city of Bordeaux) to the western valleys of Piedmont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=33" rel="directory"&gt;Albanie avril 2012&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fortunately, not all the terms appearing in my title require an explanation. I take for granted that it is clear what we understand by &#8220;people&#8221; and also by &#8220;State&#8221;. However, the other three nouns&#8212;Occitanian Countries, paradigm and resistance&#8212; perhaps need a longer explanation. Let us proceed one by one.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Occitania is the name given to the territory which stretches from the Atlantic coast of France (the northernmost tip being the city of Bordeaux) to the western valleys of Piedmont (Italy), and from the city of Limoges in central France to the Pyrenees. Its lands belong to four different states : France, Italy, Spain and Monaco. The first texts written in the Occitanian language date back to the eleventh century, and the Golden Age of its literature also began in that century, with the troubadour lyrics and songs that diffused not only a literary genre but a whole mode of living. This mode laid the foundations of many of the principal traits of European culture in the period before the Renaissance, especially in regard to the idealized vision of woman in society. That is to say, Occitanian culture, together with classical culture, is one of the cornerstones of our European heritage, especially in relation to the pre-Romantic idea of love in Western thought. With the decline or invasion of the countries where Occitanian was official, its weight in literature and as a high language decayed over the period preceding the nineteenth century. At that stage, a revival of Occitanian took place, stimulated by the commitment and activism of a number of intellectuals who not only gave another opportunity to the language as a medium of creative expression, but also achieved a truly remarkable international presence. The most widely known figure in that Renaissen&#231;a (Renaissance) was that of the poet Frederic Mistral (1830-1914), winner of the Nobel Prize in Literature in 1904. Without any doubt, this was the most conspicuous achievement in modern Occitanian literature. But after this period, and throughout the twentieth century&#8212;as a consequences of two world wars and the growth of the influence of the French language due to the educational system (in which Occitanian was forbidden), the Church (in which the sermons were in French) and the spread of mass-media (radio and television)&#8212;the transmission of the language across generations was severely curtailed. Occitanian is now an endangered language whose survival is enormously difficult : a language, in fact, under threat of death.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Naturally, this brief sketch is designed merely to suggest the bare outlines of a subject of great complexity. It represents common knowledge, which I have tried to summarize in a way which is at once sensitive and objective. Yet Occitania, or what we call the &#8220;Occitanian Countries&#8221; (&lt;i&gt;Pa&#239;sos Occitans&lt;/i&gt;, in our own language), or the &#8220;Lands of Oc&#8221; (&lt;i&gt;T&#232;rras d'&#210;c o Terres d'Oc&lt;/i&gt;, depending on the dialect), also has a different story, one that has been forgotten for the simple reason that the unity of language, of culture, and literary revival has been subordinated to the interests of the nationalist idea&#8212;not of the nation that it is now known as Occitania, but rather of a territory that from the origins of our culture until 1934 formed an integral part of Occitanian civilization as a whole. I refer to the regions within Spain where the Valencian/Catalan language (one more variety of Occitanian) is spoken : namely, the Balearic islands, Catalonia, and Valencia, as well as the tiny Principality of Andorra, a sovereign member state of the United Nations. This story is not commonly told. Nationalisms usually conceal elements of their countries' history that are not in keeping with the dictates imposed by the elite, and in the case of Catalonia, by the bourgeoisie. In 1934, some Catalan intellectuals launched a manifesto which broke with the Occitanian cultural idea in order to concentrate their efforts on ensuring the future independence of Catalonia within Europe. They subordinated the unity of our culture to their economic interests, and were not able to think of the survival of their language and civilization as a whole. Without wishing to complicate things unnecessarily&#8212;I am no expert in the history of Albanian people&#8212;I would venture that what has happened with Occitania is analogous to the case of Albanians from Kosovo who say that their language has nothing to do with Albanian, repudiating the common culture that exists across the two states. This would be a great mistake, in my view. Yet this was the option pursued by the Catalan bourgeoisie and intellectuals in 1934 ; Occitania decayed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Neither Albania nor Occitania are the only cases of a culture separated into several countries or regions. In 1993, towards the beginning of the recovery of the Occitanian movement in Valencia, I wrote an article, published in the journal &lt;i&gt;Paraula d'Oc&lt;/i&gt;, in which I compared the current situation of Occitanian Countries to that of two peoples quite far from us : the Celtic and the Swahili. The former, divided nowadays into six separate countries (namely, Ireland, Wales, Scotland, the Isle of Man, Cornwall and Brittany) shares with Occitania the fact that despite their differences they see themselves as falling under the umbrella of a inclusive term (&#8216;Celtic' countries) and jointly organize festivals, statements, and publications. The case of Swahili, on the other hand, is even more interesting for our purposes, since Kiswahili is also an international language and, for this reason, could be considered as neutral. The Kenyan writer Ngugi wa Thiong'o, in his book &lt;i&gt;Moving the Centre&lt;/i&gt;, enumerates the features that make this language a special one. We can apply them to the whole Swahili people :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It [Kiswahili] has the advantage of never having grown in the graveyard of other languages. Kiswahili has created space for itself in Africa and the world without displaying any national chauvinism. The power of Kiswahili has not depended on its economic, political or cultural aggrandisement. It has no history of opresi&#243;n or domination of other cultures. And yet Kiswahili is now spoken as a major language in Eastern, Central and Southern Africa as web as in many other parts of the world. 2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; The Occitanian countries are, in other words, by no means unique in the world. From a political and cultural point of view the time may perhaps have arrived in which we might change our paradigm of how to deal with an extremely &#8216;dialectalized' language, in conjunction with the people who still speak it, and without entering into nationalist struggles or radical utopias. That is what we endeavour to do.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; The most important considerations that we must keep in mind are these : 1) There has never existed a political entity named Occitania (either as a state or as a region) ; 2) the unity of this land comes from being the soil where the Occitanian language is spoken, rather than from any historical event or a pre-existent territory to which other regions were added because of military defeats or internal colonization ; 3) there is no attempt to impose one dialect above the others (though this point would require some clarification) ; 4) there is no project to create a political force so as to claim a free Occitania (though there are some parties in Catalonia defending the independence of this region and other minority parties in Occitania aiming at the same goal ; 5) Occitanian, and some dialects of Valencian/Catalan, are facing extinction, a prospect which may be fulfilled in one more generation, which is to say that we are not contemplating a language that represents a danger either for Spanish or for French ; and 6) people in Occitania and in Valencia also feel French or Spanish and do not see their nationality as a handicap for a plural identity.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; In civil and political terms, the objectives of the struggle&#8212;our struggle&#8212; for the Occitanian ideal from Valencia tend to subvert the usual political references. We are endeavouring to generate a different kind of populism, since our aim is not to create a &#8220;new people&#8221; as a construct opposed to other peoples in a theoretical confrontation, but precisely to find resources and links with those other peoples, nations, states, and regions. These links could be thought of as synergies that allow different communities the possibility of collaborating together and expanding the sense of what they perceive to be &#8216;theirs'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Given the endangered state of the Occitanian language, associations and individuals demanding its co-officiality and the spread of the use of the language cannot dream of a reversal of the situation with regard to French, Italian or Spanish ; that is unrealistic, at least in the short and medium term. However, the languages must learn to coexist, and people should be allowed the possibility of expressing themselves in the endogenous language of their choice in their relations with other members of the community. What is &#8216;our' community in the case of the Occitanian Countries ? Europe, and even what I have called, in other articles and conferences, Magna Europa : the peoples that have emigrated from the European continent or islands over the centuries and created new states and cultures that in many respects fall within the spiritual frame of Europe : the United States, Quebec, Australia, Siberia, Uruguay, South Africa... One is tempted to say that the future of a language, no matter how small it may be, is a problem that affects the whole of humanity, but I would prefer to avoid such grandiloquent statements, confining myself to the geographical territory of the language.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; In considering the task that we are carrying out within this new paradigm of linguistic claims, we may think of languages and peoples as if they were &#8216;implicated orders' (to borrow the expression from the scientist Niels B&#246;hr). We are not dealing with a pyramidal structure, but rather with a circular and non-aggressive form that contains within it, progressively, various strata of complexity, in a flexible rather than hierarchical mode. Starting from the concrete individual, the community links to the family, the neighbourhood, the village or city, the region, the country, the state, the linguistic community, perhaps to an international organization as well (the European Union). In each stratum, there may be one, two, or many more languages of exchange, and each will need to be considered with the same importance. This way of rethinking linguistic relationships is even more interesting because it cuts with two structures of thought that are rooted in neoliberal societies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Firstly, it proposes an alternative to the dangerous tendency to substitute one dominant language for another. In Catalonia, this tendency is very marked, and the final aim is to eradicate Spanish to the benefit of Catalan. That is to say, a great part of the population has the preconception&#8212;which predominates in countries such as Spain, France or Italy&#8212;that there is a prestige national language (Spanish, French and Italian), and a series of languages (called pejoratively &#8220;patois&#8221; in France, or &#8220;dialetti&#8221; in Italy) without that prestige. The objective of minority languages activists&#8212;and the fear of those who hold the &#8216;high' languages&#8212;is that the situation may be subverted, and that minority languages may be granted official privileges. In the new paradigm that we propose, the responsibility does not lie either with states, or with intellectuals, but with every individual who must put it to use in their own community. If we consider some regions in Europe, we see that this is already a daily practice (in front of the obligatory homogeneity of the states) : in Gibraltar, for example, English, Spanish (in its Andalusian variety), and Llanito (an English-Spanish pidgin) ; in Aran, Aranese (a variety of the Gascon dialect of Occitanian), Catalan, Spanish, and some French ; and in some Swiss cantons, Swiss German, Standard German, one dialect of the Romansh language, Standard Romansh, some knowledge of French, some Italian, and the international English. All these languages coexist, each forming part of the community ; the most important thing is that all be alive and be transmitted.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Symbolically, to end the hierarchical structure in the use of languages is to undermine the patriarchal order, is to give priority to the mother tongue (the language coming from the mother, from the family) instead of that which neoliberal states wish to impose as the only language for knowledge and use (France is the champion in this). The image of a circle, within which everything is welcomed and everybody can move at will, expanding it or remaining in the point of their choice, is absolutely contrary to the idea of a pyramid or a staircase in which the levels are predetermined. There are no high and down languages, there are communication tools that can be interchangeable, and even it is necessary that they are interchangeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; In his essay &lt;i&gt;Les Identit&#233;s meurtri&#232;res [In the Name of Identity : Violence and the Need to Belong]&lt;/i&gt;, the French-Lebanese author Amin Maalouf calls for leaving behind closed identities, which consider the Other as an enemy instead of encouraging awareness of the similarities that join us to him. From our new paradigm, the &#8220;plural identity&#8221; that we advocate has the individual as a central point of reference ; every individual is attached naturally to different identities that enrich his world view, and so must enrich the communities that he joins as well.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; We rely on plurality, and not to any kind of forced homogeneity ; we rely on personal autonomy as a basis for a communal spirit open to any interaction, and not to states ruled by giant corporations and banks ; we rely on the inclusivity of European culture, on considering &#8220;ours&#8221; all peoples and languages ; we rely on the use of any language or dialect at all levels if the individual decides to pursue this, rather than to a colonial linguistics that gives priority to some languages and lead to the image of minority languages as &#8220;poor&#8221;, &#8220;regional&#8221; or &#8220;local&#8221; languages. They are transformed, in our case, into &#8220;European&#8221; languages spoken by a group of individuals with rights equal to those who speak the great international languages of communication. Valencian is my language, but Spanish too, and in this article English is also mine, but Albanian as well, because it belongs to the cultural and referential framework in which I live : Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Returning to a language like Occitanian&#8212;spoken mainly in small villages, but also in modern cities like Marseille, Toulouse or Nice by the younger generations&#8212;is one option for returning to roots. These roots may be considered in political and cultural terms, but we must not neglect the economic, social, and ecological interests of this choice. The defence of minority languages in Europe is linked to a more all- encompassing movement that aims to preserve a whole series of elements interwoven historically with the language : 1) it gives priority to the consumption of products elaborated in the region ; 2) it defends the historical institutions and traditions linked to the language ; 3) it proposes new forms of schooling (from monolingual kindergartens to home schooling) ; 4) in some cases, there are experiences of community life (eco- villages)... That is to say, there are actions which enter into a dynamic of sustainable development. And if this occurs in Europe, where all of us share a European culture, we are obliged to think that experiences in the Americas or other continents are even more transforming and transcendental for the plurality of the world.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; It is for these reasons that we talk about a new paradigm of resistance when we look at the future of minority languages. We are conscious, on the other hand, that ours will always be a minority option if there is no essential change in the culture of banality that extends over Europe and other western countries. In the particular cases of lesser- used languages in Spain, France and Italy, there are varying grounds for optimism. Spain is undoubtedly the state in which there are the most opportunities for a minority language to be used, though the situation is not the same in all the regions. Catalonia and Euskal Herria (the Basque Country) have the highest degree of achievements concerning the implementation of politics for the use, at all levels (political institutions, education from schools to universities, mass-media, courts, etc.) of Catalan and Basque. Even the Aranese subdialect, spoken only in a small valley at the Pyrenees, enjoys co- official status. However, there are no protective measures for Aragonese, Extreme&#241;o (a dialect derived from Asturian), or Murcian (a dialect with traits coming from Castilian and Catalan). Other languages or dialects (Galician, Asturian, Andalusian, the new Guanche...) move between those two poles of officiality and virtual inexistence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; If we turn to France, the situation, compared to the most successful cases in Spain, is terrifying. All languages other than French (even Basque and Catalan, and notably Corsican, the language of the most combative community) face extinction if measures are not undertaken to secure their survival. The idea that the sole important language is French, that the only language that has a right to live is French, is deeply rooted in right-wing politics ; some weeks ago, Nicolas Sarkozy affirmed that it was a sign of weakness that France has such a multiplicity of languages. The future of great languages of culture such as Occitanian is fragile, as it is for Romance varieties that are considered dialects by chauvinist scholars but are in fact independent languages (Picard, Poitevin, Normand, Wallon...). In Italy, meanwhile, there is no official language other than Italian, beyond the cases of very small communities in the Alps. Neither Occitanian, nor Friulan, nor Sardinian, nor Greek, have the possibility to be used in any normal situation. The same goes for languages that are not considered (exogenous) languages, but &#8220;dialetti&#8221; (dialects), such as Piedmontese, Lombard, Sicilian, and Venetian, although the oral use of these languages continue being very high (as opposed to their use in newspapers, churches, and schools). In Monaco, the national language&#8212;a Ligurian dialect&#8212;is probably already extinct, although Occitanian is still spoken by some people. In Andorra, Catalan was, has been, and is the only official language of the state, and it is spoken by all the nationals.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; We are accustomed to aspects of neocolonialism or interferences from Western or Eastern countries in the international arena, falling sometimes into commonplaces that do not help to an understanding of the situation, dividing the world into &#8216;good' and &#8216;bad' agents, focusing on some states and avoiding the concern for others in the same situation. However, our own, European countries are usually forgotten, when we talk about discrimination, cultural genocide or colonialist measures. One of the most prominent authors in Occitanian, the Catholic priest Joan Larzac, published some decades ago a book that is still a reference in the study of our past : Descolonisar l'ist&#242;ria occitana [&lt;i&gt;Decolonizing Occitanian History]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; At the beginning of the twenty-first century, our task is to decolonize the mind of every European or individual in the world. There are no &#8216;important' languages and &#8216;secondary' languages : only languages spoken by individuals who have the same inherent values and dignity.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 I want to express my thanks to Benita Sampedro (Hofstra University, New York), specialist in post-colonial literatures and the cultural production of Equatorial Guinea, for her careful revision of this text and for her comments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 WA THIONG'O, Ng&#361;g&#297;, &#8220;Imperialism of Language&#8221;, in Moving the Centre. The Struggle for Cultural Freedoms, Oxford, James Curie Ltd, 1993, p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Josep Carles La&#237;nez&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Editor-in-Chief, Debats Instituci&#243; Alfons el Magn&#224;nim (CECEL-CSIC), Spain &lt;a href=&#034;http://www.alfonselmagnanim.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.alfonselmagnanim.com&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
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