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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Peut-on &#234;tre autonome tout seul ?</title>
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		<dc:creator>Philippe Roy</dc:creator>



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&lt;p&gt;Se braquer. L'Italie des ann&#233;es 1970. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;tranget&#233; du titre de mon intervention lui vient d'une fausse &#233;vidence. Autonomie semble vouloir dire que l'on conduit sa vie tout seul, que l'on s'en donne &#224; soi-m&#234;me les r&#232;gles, que l'on fait tout seul des choix. Et j'entends ici aussi l'autonomie pas seulement au sujet d'un individu mais aussi d'un collectif, d'une communaut&#233;, d'une r&#233;gion, d'un pays. Au point que l'autonomie tendrait &#224; &#234;tre identifiable &#224; l'ind&#233;pendance, au sens de celui qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=39" rel="directory"&gt;Istanbul &#034;Critique et autonomie&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Se braquer. L'Italie des ann&#233;es 1970.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tranget&#233; du titre de mon intervention lui vient d'une fausse &#233;vidence. Autonomie semble vouloir dire que l'on conduit sa vie tout seul, que l'on s'en donne &#224; soi-m&#234;me les r&#232;gles, que l'on fait tout seul des choix. Et j'entends ici aussi l'autonomie pas seulement au sujet d'un individu mais aussi d'un collectif, d'une communaut&#233;, d'une r&#233;gion, d'un pays. Au point que l'autonomie tendrait &#224; &#234;tre identifiable &#224; l'ind&#233;pendance, au sens de celui qui vivrait comme bon lui semble (dans le cas d'une r&#233;gion selon ses coutumes, ses valeurs, ses orientations etc.), chaque individu ou chaque r&#233;gion serait dans une sorte d'oasis adapt&#233;e &#224; son ind&#233;pendance. Et alors rien ne s'opposerait &#224; y inclure l'agent rationnel individualiste, cher au lib&#233;ralisme, cet individu pouvant &#234;tre une entreprise, une multinationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou alors, autre interpr&#233;tation : si autonomie veut dire conduire tout seul sa vie, sera autonome celui qui saura en faire quelque chose de bien, qui se conduira comme quelqu'un de responsable, ma&#238;tre en sa maison. Evidemment, la question se pose de savoir ce qu'est alors une vie bonne, mais ce n'est pas important pour moi ici. Peu importe &#224; quelle id&#233;e renvoie la valeur d'une vie, il n'emp&#234;che que la responsabilit&#233; sera pour chaque conception &#233;quivalent &#224; l'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre autonome au sens de conduire sa vie tout seul serait donc &#233;quivalent d'ind&#233;pendance, d'individualisme ou encore de responsabilit&#233;. Toutefois on sent bien qu'on ne peut pas strictement identifier l'autonomie &#224; l'ind&#233;pendance, ou &#224; l'individualisme ou &#224; la responsabilit&#233;. Car se joue aussi le rapport &#224; la libert&#233;, &#224; notre choix. Est-ce vraiment notre choix si les conduites que l'on adopte sont celles qu'adoptent d'autres que nous et qui nous viennent d'eux, comment d'ailleurs cela peut-il &#234;tre en grande partie autrement ? M&#234;me les fameuses pratiques de soi, ou du soi, dont parle Foucault, si elles ont lieu seul, ne se font pas sans &#234;tre reproduites par plusieurs, pas un ermite qui n'en imite un autre, en ce sens on n'est pas ermite tout seul... Et &#234;tre responsable de sa vie, de ses actes n'est-ce pas r&#233;pondre &#224; un &#034;tu dois &#234;tre responsable&#034; qui vient des autres, de la loi sociale, en suivant des normes propres &#224; chaque soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Posons un autre probl&#232;me, si je fais ce qui me pla&#238;t, je suis bien ind&#233;pendant, mais n'est-il pas alors possible d'&#234;tre soumis &#224; ses d&#233;sirs ? Est-ce vraiment-moi qui conduit ma vie ? Ne suis-je pas ignorant des d&#233;sirs qui me d&#233;terminent comme le dit Spinoza ? Mes d&#233;sirs ne sont-ils pas encore une fois d'origine ext&#233;rieure, h&#233;t&#233;ronomes, imitatifs eux aussi ? Bien plus, n'est-ce pas dans ses moments o&#249; j'arrive justement &#224; m'opposer &#224; mes d&#233;sirs que je suis le plus libre et donc le plus autonome, comme lorsque j'accomplis un acte moral ainsi que Kant le soutient ? Le sujet autonome d&#233;signant justement chez lui l'&#234;tre capable de vouloir librement un acte moral, qui s'y soumet lui-m&#234;me. On retrouverait alors une version plus forte du choix, de la libert&#233;, de la responsabilit&#233;. Pas d'autonomie sans des coupures qui viennent rompre le cours de la vie du soi-disant autonome-ind&#233;pendant, coupures qui attestent que l'individu, s'il conduit sa vie, n'est pas seulement celui qui se donne des r&#232;gles, mais est aussi celui qui lui donne de nouvelles directions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette optique, l'autonome responsable serait alors celui qui prend des risques, qui prend ses responsabilit&#233;s, qui n'est pas un suiveur mais plut&#244;t celui qui sait s'&#233;carter des chemins trac&#233;s, qui sait donner des coups de volant (et m&#234;me au sens propre, et en allant dans le sens de Kant, quand la loi morale me commande. Quand par exemple je choisis de donner un coup de volant pour m'arr&#234;ter sur le bord de la route et venir en aide &#224; quelqu'un, alors que j'ai un fort d&#233;sir d'arriver au plus vite chez des amis). Etre autonome n'est donc pas seulement suivre un chemin mais braquer, et m&#234;me mieux, &#234;tre autonome c'est &lt;i&gt;se braquer&lt;/i&gt;. Tant braquer veut dire &#224; la fois s'orienter (quand on tourne ses roues ou m&#234;me quand on braque son fusil en visant quelque chose) et se braquer signifie s'opposer &#224; quelque chose. Je propose donc qu'on entende &#224; la fois ces deux sens au sujet de &#034;se braquer&#034;. En me braquant je m'oppose, je refuse &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; je laisse place &#224; une autre orientation, &#224; une autre tournure, une autre mani&#232;re d'&#234;tre. Se braquer serait donc se tourner, avec une certaine tournure, tout en se d&#233;tournant. Et l'impulsion que je re&#231;ois pour ma nouvelle tournure serait en prise directe sur celle de se d&#233;tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien ce que suppose l'acte moral kantien, je refuse de suivre mes inclinations sensibles, mes d&#233;sirs personnels, je m'en d&#233;tourne pour, en cr&#233;ant une forme d'immobilit&#233; par cette opposition, m'orienter vers et par la morale, selon une certaine mani&#232;re d'agir. Je rappelle juste en passant que Kant est celui qui a cr&#233;&#233; le concept d'opposition r&#233;elle, en jeu dans tout refus, j'oppose en moi une force &#224; une autre (comme quand je me retiens de rire), et je forme par l&#224; un centre immobile, un 0 (comme celui des nombres n&#233;gatifs) (Cf &lt;i&gt;Le concept de grandeur n&#233;gative&lt;/i&gt;) Et dire que je me braque implique bien un rapport &#224; soi, dont t&#233;moigne le pronominal &#171; se &#187; braquer. Donc en me braquant je braque autrement ce que je suis, m'opposant en m&#234;me temps &#224; ce que je ne veux pas &#234;tre. Et je laisserais volontiers r&#233;sonner dans le sens de braquer, l'acte d&#233;lictueux (comme quand on braque une banque), pour sortir du registre moral dans lequel l'autonomie kantienne nous cantonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, n'y a-t-il pas libert&#233; de la volont&#233; quand on fait quelque chose que personne n'ose faire parce que ce n'est pas moral ? Kant en convient partiellement quand il &#233;voque le mal radical puisque nous faisons le choix du mal. N'est-on pas encore plus autonome tout seul ? Car &#224; s'en tenir &#224; la seule libert&#233; morale au sens de Kant, ce n'est pas une autonomie tout seul puisque l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique, qui est comme le crible pour d&#233;terminer si une action est morale suppose que celle-ci soit universalisable, c'est-&#224;-dire que cette action puisse &#234;tre effectu&#233;e par &lt;i&gt;d'autres&lt;/i&gt; sans contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourrait donc &#234;tre autonome tout seul celui dont les conduites sont issues de ses propres braquages. Y aurait-il alors possibilit&#233; d'affirmer, ce que je disais &#234;tre cette fausse d'&#233;vidence, que l'on peut &#234;tre autonome tout seul ? Je fais de suite trois remarques, je parle de conduite depuis le d&#233;but mais je pr&#233;cise que j'entends par l&#224; autant des conduites en tant que comportements (et qui impliquent des affects en tant qu'un comportement suppose des choses qui lui conviennent et d'autres qui ne lui conviennent pas) et aussi des conduites de pens&#233;e, des mani&#232;res de penser (avec leurs affects aussi). Si bien que braquer concerne autant des nouvelles pens&#233;es que des nouveaux comportements, les changements d'orientation sont des probl&#232;mes de pens&#233;e comme de corps. Deuxi&#232;me remarque, qui est un rappel, encore une fois, cela s'adresse aussi &#224; un collectif. Troisi&#232;me remarque enfin. N'assimilons pas se braquer &#224; gouverner. Gouverner suppose quelque chose &#224; gouverner et suppose de viser asymptotiquement un certain &#233;tat de cette chose corr&#233;latif d'un certain geste gouvernemental. Il faut donc plut&#244;t limiter les braquages, qui seraient plut&#244;t signe de fausse route, gouverner c'est piloter. Or, un mauvais pilote c'est celui qui braque, dont la conduite est compos&#233;e de gestes brusques, qui n'a pas une conduite souple. Et parfois on braque pour &#233;viter des obstacles que l'on rencontre. Gouverner c'est plut&#244;t anticiper les obstacles, obstacles qui sont autant ext&#233;rieurs qu'int&#233;rieurs au gouvern&#233;. Car le premier obstacle pour un gouvernement est celui qui n'est pas gouvernable. Ce pourquoi un geste gouvernemental ne pourra s'effectuer que s'il est partag&#233; par tous, que si tout le monde se gouverne (rapport int&#233;rieur au gouvern&#233;). Pas de gouvernementalit&#233; sans colonisation des gestes de chacun. Comme le disait Foucault pour les Grecs, celui qui se gouverne soi-m&#234;me gouvernera les autres, comme s' il ne fallait pas s'arr&#234;ter &#224; soi... L'autonomie propre &#224; la gouvernementalit&#233; est donc celle qui r&#233;duit les modalit&#233;s gestuelles en mettant en variation un seul geste gouvernemental, elle ne se fait donc pas seule car ce geste nous colonise, il demande d'avoir ses comp&#233;tences. C'est &#224; se demander si on peut encore parler d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'id&#233;e que l'autonomie peut avoir lieu seul r&#233;siste donc celle de l'autonomie du braqueur. Cependant ne dira-t-on pas de quelqu'un, d'un collectif, qui n'arr&#234;terait pas de se braquer, dont la conduite est trop brusque, que la conduite de leur vie ne serait alors pas tr&#232;s assur&#233;e ?, peut-&#234;tre m&#234;me n'auraient-ils pas le temps de tirer profit des nouvelles voies que leur offriraient leurs braquages. Un individu, un collectif ne pourra donc &#234;tre autonome que s'il ne rencontre pas trop souvent d'obstacles, or comme ces obstacles ne d&#233;pendent pas de lui, on comprend qu'il ne pourra pas vraiment &#234;tre autonome tout seul. Et un geste gouvernemental est un des principaux obstacles, lui inculquant ses conduites. Il est donc pr&#233;f&#233;rable de s'unir entre ingouvernables pour &#234;tre autonomes. Cela ne veut donc pas dire que tous les autres sont que des obstacles, ils peuvent au contraire nourrir de beaux changements, o&#249; se d&#233;ploient de nouvelles puissances d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si bien que lors de certaines rencontres soit je braque avec la complicit&#233; des autres, qui eux braquent aussi, nous trouvons de nouvelles voies positives, soit &lt;i&gt;je me braque, on se braque ensemble&lt;/i&gt;, si c'est un obstacle. Mais cette alternative est encore une fois trop exclusive, comme je proposais de l'entendre tout &#224; l'heure. Car m&#234;me dans les rencontres positives il s'agit toujours pour faire na&#238;tre de nouvelles orientations de s'opposer en partie &#224; celles que l'on suivait avant. Se braquer peut donc vouloir dire aussi se braquer contre soi, c'&#233;tait le sens que je relevais chez Kant avec l'opposition &#224; nos inclinations sensibles. Reste &#224; savoir toutefois si cette opposition pr&#233;c&#232;de la nouvelle orientation. On peut en effet soutenir que c'est en trouvant une nouvelle voie, en braquant autrement ce que nous sommes, en se conduisant autrement, qu'en m&#234;me temps on s'oppose &#224; d'autres gestes qui deviennent incompatibles avec les nouvelles conduites. Et il semblerait que cela se passe plut&#244;t comme &#231;a dans ces rencontres positives, c'est parce que nous d&#233;couvrons de nouveaux gestes que nous nous opposons aux anciens. Mais en tous les cas, bonnes ou mauvaises rencontres, les autres peuvent favoriser que l'on se braque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas d'autonomie tout seul, il n'y a d'autonomie qu'&#224; plusieurs. Et je crois que ce leurre de la pens&#233;e d'une autonomie tout seul nous vient des positions r&#233;publicaines, lib&#233;rales, ou de responsabilisation des gouvern&#233;s, culminant avec la gouvernementalit&#233; n&#233;o-lib&#233;rale. C'est un leurre entretenu pour d&#233;politiser le probl&#232;me de l'autonomie. Et pour discr&#233;diter tout braquage, ces pouvoirs n'aiment pas que l'on se braque, ils trouvent m&#234;me cela st&#233;rile (le fameux : arr&#234;te de te braquer !) alors m&#234;me que c'est le germe de nouveaux gestes. Mais dire qu'on ne peut pas &#234;tre autonome tout seul ne veut pas dire qu'on ne peut pas &#234;tre autonome. J'aimerais alors continuer de suivre la piste que je viens d'ouvrir en &#233;voquant ces autonomies du &lt;i&gt;se braquer&lt;/i&gt;, du braquage en abordant une situation concr&#232;te qui r&#233;pondrait au probl&#232;me sur lequel je d&#233;bouche : que serait un collectif autonome qui serait aussi des autonomies des groupes ou individus qui le composent ? Comment penser le rapport, les relais, entre les braquages du collectif et les braquages au niveau des individus et groupes qui le composent ? Comment &#231;a pourrait se passer quand &#231;a se braque de tous les c&#244;t&#233;s et &#224; plusieurs &#233;chelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que l'on peut en avoir une id&#233;e avec cette situation exemplaire qu'a &#233;t&#233; l'Italie des ann&#233;es 1970 o&#249; l'autonomie a &#233;t&#233;, vous le savez, centrale. &#034;Central&#034; n'est peut-&#234;tre pas le mot adapt&#233;, car elle a &#233;t&#233; plut&#244;t polycentr&#233;e (1), puisqu'il y avait plusieurs autonomies qui coexistaient et vous voyez que je me rapproche alors du probl&#232;me que je posais. Pour &#233;voquer ici ces ann&#233;es 1970 en Italie, je m'appuierai sur le livre de Marcello Tari &lt;i&gt;Autonomie ! Italie, les ann&#233;es 1970&lt;/i&gt; paru &#224; &lt;i&gt;La fabrique&lt;/i&gt; en 2011 ainsi que sur le &lt;i&gt;Ceci n'est pas un programme&lt;/i&gt; du collectif Tiqqun. Je ne dis pas que ce sont les meilleurs livres pour en parler, je n'en sais rien, et de toute fa&#231;on m&#234;me si cela l'&#233;tait on ne pourra jamais penser que deux livres peuvent &#224; eux seuls parler d'une p&#233;riode. Ce qui m'int&#233;resse est que certaines des perspectives qu'ils ont choisi d'adopter nous apprennent des choses pour r&#233;pondre au probl&#232;me que je posais tout &#224; l'heure au sujet des autonomies multiples, o&#249; &#231;a se braque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un petit rappel historique pour commencer, sur ce qu'ont &#233;t&#233; dans leurs grandes lignes ces ann&#233;es 1970 italiennes. Tari les fait commencer en 1973, c'est l'ouverture d'une s&#233;quence dans laquelle nous sommes encore et plus que jamais plong&#233;s. Je cite Tari &#171; En f&#233;vrier 1973, les Etats-Unis proc&#232;dent &#224; une nouvelle d&#233;valuation drastique du dollar, apr&#232;s l'abandon de l'&#233;talon-or d&#233;cid&#233; par Nixon en 1971. C'est un v&#233;ritable acte de guerre et le d&#233;but d'une nouvelle &#232;re du capitalisme dans laquelle, &#224; bien des &#233;gards, nous vivons encore : la sp&#233;culation financi&#232;re sur les march&#233;s mondiaux, l'accaparement des mati&#232;res premi&#232;res, la fragmentation extr&#234;me du travail, la domination de et par la communication sont les leviers qui ont permis aux seigneurs du monde de faire repartir l'accumulation du profit et du pouvoir, en r&#233;inventant au passage une nouvelle forme d'individualisme et de &#034;production et de souci de soi&#034; qui mod&#232;lera ce que Giorgio Agamben a appel&#233; &#034;la petite bourgeoisie plan&#233;taire&#034;. D&#232;s lors, &#034;crises&#034; et &#034;reprises&#034; se succ&#232;dent r&#233;guli&#232;rement, jusqu'&#224; aujourd'hui o&#249; la crise ne pr&#233;sume m&#234;me plus d'une vraie reprise mais seulement de son approfondissement nihiliste (2). &#187; O&#249; on remarque encore ici que l'autonomie du souci de soi n&#233;olib&#233;ral, soi-disant en solitaire (la production de soi par soi) est ins&#233;parable d'une forme de pouvoir qu'est justement le n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons alors &#224; l'Italie, c'est dans ce contexte qu' &#171; en Italie, en 1973, la lire se d&#233;value &#224; toute vitesse, les importations de biens de consommation sont bloqu&#233;es, les prix des produits grimpent vertigineusement. [...] d'un jour &#224; l'autre, &#224; cause des mesures &#233;conomiques du gouvernement, les salaires r&#233;els deviennent insignifiants. Et avec la &#034;r&#233;cession&#034; se profilent les licenciements de masse dans toutes les grandes usines et un avenir d&#233;sesp&#233;r&#233; pour les jeunes g&#233;n&#233;rations. &#187; (3) En mars 1973 la plus grande usine d'Italie, l'usine Fiat &#224; Mirafiori (50000 salari&#233;s) dans la banlieue sud de Turin est bloqu&#233;e trois jours par les ouvriers. Les ouvriers se braquent. Et ils se braquent aussi contre le travail, il n'est pas question d'auto-gestion, l'usine est &#224; l'arr&#234;t. Ou du moins certains se braquent contre le travail, pas ceux qui se disent de la classe ouvri&#232;re, chapeaut&#233;s par le Parti Communiste Italien, qui veulent plut&#244;t lutter pour l'am&#233;lioration de leur condition. Or se braquer contre le travail ne va pas &#234;tre sans permettre que les ouvriers s'orientent plus franchement vers de nouvelles formes de vie que certains vivaient d&#233;j&#224; en partie mais auquel le travail faisait obstacle. C'&#233;taient surtout des jeunes ouvriers, immigr&#233;s et fils d'immigr&#233;s du sud de l'Italie ou pi&#233;montais, une vraie pl&#232;be, mal vue pas les syndicats, arriv&#233;e dans les usines d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1960 d&#233;j&#224; tr&#232;s impliqu&#233;e dans les gr&#232;ves de 1969 (voir le livre &lt;i&gt;Nous voulons tout&lt;/i&gt; de Nanni Balestrini), qui avant cela &#171; ne travaillent que le temps strictement n&#233;cessaire pour acheter leur billet pour le prochain voyage, qui vivent dans des maisons collectives, qui volent de la viande dans les supermarch&#233;s [des braquages], qui ne veulent plus rien savoir du travail fastidieux, r&#233;p&#233;titif et socialement inutile de surcro&#238;t, auquel ils sont cens&#233;s consacrer toute leur vie. &#187; (4) Le geste de r&#233;sistance qu'a &#233;t&#233; le blocage de l'usine n'&#233;tait donc pas sans &#234;tre en relation avec la r&#233;sistance de gestes qu'&#233;taient ceux de ces autres modes de vie o&#249; &#231;a se braquait d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas r&#233;duire &#233;videmment ce qui se passera alors en Italie &#224; la seule ville de Turin, il faut rajouter Milan, Bologne, Rome, Naples et autres, de plus et surtout cela sortira tr&#232;s largement du cadre de l'usine occupant toutes les dimensions de la vie. Enfin, je l'ai dit et c'est cela qui nous int&#233;resse, il n'y a pas qu'une autonomie, de multiples autonomies se sont cr&#233;&#233;es, des autonomies de d&#233;subjectivation dont je vais surtout parler (d&#233;subjectivation des anciennes appartenances capitalistes des femmes, des &#233;tudiants, des prisonniers, des homosexuels) autonomies de collectifs de quartier, des comit&#233;s ouvriers &#224; quoi il faut rajouter ceux se revendiquant du courant marxiste plus connu de l'op&#233;ra&#239;sme dont Negri et Tronti sont les figures les plus connues (&lt;i&gt;Lotta Continua&lt;/i&gt; et Potere &lt;i&gt;Operaio&lt;/i&gt;). Cette autonomie va trouver sa vigueur et son d&#233;ploiement sous plusieurs formes entre 1975 et 1976 avant de s'intensifier, devenir plus insurrectionnelle et donner lieu au Mouvement de 1977, avec un engagement plus affirm&#233; dans la lutte arm&#233;e (certains groupes comme les Brigades rouges (BR) n'&#233;tant vou&#233;s qu'&#224; cela). On conna&#238;t la fin, l'ex&#233;cution en 1978 d'Aldo Moro (pr&#233;sident de la d&#233;mocratie Chr&#233;tienne qui allait sign&#233; un compromis national avec le PCI) par les BR suivi d'une violente r&#233;pression de l'Etat contre tous les autonomistes qui r&#233;agissent en se militarisant mais perdront cette guerre civile. (12000 autonomistes sont incarc&#233;r&#233;s, 600 s'exilent &#224; l'&#233;tranger)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autonomie italienne est donc une multiplicit&#233; d'autonomies. On n'a plus affaire &#224; l'autonomie de la classe ouvri&#232;re de laquelle se revendiquent avec conflictualit&#233; certains groupes (les mao&#239;stes, les trotskistes, les staliniens etc.) mais donc, surtout, &#224; des autonomies de d&#233;subjectivation : &#171; autonomie des ouvriers, autonomie des &#233;tudiants, autonomie des femmes, autonomie des homosexuels, autonomie des enfants, autonomie des prisonniers &#187; (6). Et ces autonomies se d&#233;clarent plus par des mani&#232;res d'agir, le &#171; comment &#187; et non le &#171; qui &#187;, elles se d&#233;clarent par des gestes singuliers et non par une certaine orthodoxie ou des gestes normalis&#233;s. Ainsi &#233;crit Tari &#171; &#224; la gestualit&#233; normative des groupes r&#233;pondait une rafale de gestes irr&#233;ductiblement singuliers, et m&#234;me lorsqu'ils se muaient en habitude, c'&#233;tait encore avec un go&#251;t de l'exc&#232;s de signification qui a pr&#233;serv&#233; ces exp&#233;riences de toute op&#233;ration de r&#233;cup&#233;ration. &#187; (7) Est int&#233;ressante cette id&#233;e de Tari que les gestes sont consid&#233;r&#233;s excessifs car on ne peut pas dire ce qu'ils signifiaient, ils nous font plus parler qu'on ne peut parler d'eux. Ces gestes trouent les savoirs, les discours en place. Je donne un exemple, Tari cite F&#233;lix, un jeune militant du Sud : &#171; Je ne veux pas &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233; par la normalit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle parce que je ne crois pas en elle. Mais je ne crois pas non plus en un mod&#232;le homosexuel et alors, conscient de mes limites, je veux progresser dans ma lib&#233;ration pour faire exploser tout ce que j'ai refoul&#233; et me changer moi-m&#234;me et n'&#234;tre ni homosexuel ni h&#233;t&#233;rosexuel et, plus que bisexuel, &#234;tre ce que nous ne savons pas encore, parce que c'est r&#233;prim&#233;. &#187; (8) C'est en se braquant en lui-m&#234;me contre lui-m&#234;me que naissent les gestes de F&#233;lix du rapport &#224; sa sexualit&#233;, en lib&#233;rant d'autres gestes qui sont r&#233;prim&#233;s, sans qu'il sache avant leur lib&#233;ration que la r&#233;pression portait sur eux. Comme si on ouvrait des portes sans savoir qu'il y avait des prisonniers dans la pi&#232;ce dans laquelle donnaient ses portes. En lib&#233;rant un geste d'autres viennent &#224; la suite, lib&#233;r&#233;s, formant des lign&#233;es de gestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici l'autonomie sexuelle d'un individu mais les gestes sont aussi collectifs comme ceux qui ont &#233;t&#233; appel&#233;s des gestes d'autor&#233;ductions (visant la gratuit&#233;, on r&#233;duit soi-m&#234;me les prix) qui consistaient en des braquages pour r&#233;pondre aux besoins &#233;l&#233;mentaires. Deux exemples de gestes d'autor&#233;duction : des collectifs &#171; montent dans les bus, sabotent les oblit&#233;rateurs et distribuent des tracts, ou ils montent en groupe et attendent l'arriv&#233;e du contr&#244;leur pour lui arracher tout son bloc de contraventions et en sortant, ils inscrivent des slogans sur les flancs du bus. Ou encore [...] ils se pr&#233;sentent en grand nombre dans un supermarch&#233; et ils invitent les gens &#224; s'approprier la marchandise, ce que tout le monde s'empresse de faire : l'expropriation ne dure pas plus d'une minute. &#187; (9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens &#224; la conjonction des deux sens de braquer, car il est manifeste maintenant que les gestes singuliers de chaque autonomie, qui la braque toujours dans de nouvelles voies avec de nouvelles mani&#232;res d'&#234;tre &#233;taient aussi des gestes pour se braquer contre, des s&#233;par/actions (&lt;i&gt;Separ/azione&lt;/i&gt;) disait-on alors. Le &#171; contre &#187; est aussi un &#171; pour &#187;. &#171; Notre non &#224; la soci&#233;t&#233; des sacrifices est un droit &#224; occuper des immeubles et des &#034;centres sociaux&#034; &#187; (10) . Ceci est marqu&#233; avec insistance par Tiqqun &#171; L'Autonomie [...] n'est qu'une succession d'actes de naissance &lt;strong&gt;comme autant&lt;/strong&gt; d'&lt;i&gt;actes de s&#233;cession&lt;/i&gt;. C'est donc l'autonomie des ouvriers, l'autonomie de la base par rapport aux syndicats, de la base qui d&#232;s 1962, &#224; Turin, saccage le si&#232;ge d'un syndicat mod&#233;r&#233; &#224; Piazza Statuto. Mais c'est aussi l'autonomie des ouvriers par rapport &#224; leur r&#244;le d'ouvrier : refus du travail, sabotage, gr&#232;ve sauvage, absent&#233;isme, &#233;tranget&#233; proclam&#233;e par rapport aux conditions de leur exploitation, par rapport &#224; la soci&#233;t&#233; capitaliste. C'est l'autonomie des femmes : refus du travail domestique, refus de reproduire en silence et dans la soumission la force de travail masculine [etc.] C'est l'autonomie des jeunes, des ch&#244;meurs et des marginaux qui refusent leur r&#244;le d'exclus, ne veulent plus se taire &#187;. Et comme le remarque avec pertinence Tiqqun &#171; Contrairement &#224; ce que laissera entendre la connerie sociologisante, toujours avide de r&#233;ductions rentables, le fait marquant, ici, n'est pas l'affirmation comme &#034;nouveaux sujets&#034;, politiques, sociaux ou productifs, des jeunes, des femmes, des ch&#244;meurs ou des homosexuels, mais au contraire leur d&#233;subjectivation violente, pratique, en acte, le rejet et la trahison du r&#244;le qui leur revient &lt;i&gt;en tant que sujets&lt;/i&gt;. Ce que les diff&#233;rents devenirs de l'Autonomie ont en commun, c'est de revendiquer un &lt;i&gt;mouvement de s&#233;paration&lt;/i&gt; par rapport &#224; la soci&#233;t&#233;, par rapport &#224; la totalit&#233;. &#187; (11)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est donc int&#233;ressant est qu'on ne se braque pas pour &#234;tre reconnu mais pour le contraire, pour ne plus &#234;tre reconnu socialement. On n'arr&#234;te pas de braquer autrement ce que nous sommes, on se braque contre soi-m&#234;me pour encore plus &#234;tre soi-m&#234;me. Comme l'&#233;crit Carla Lonzi en 1978 : plus je suis quelconque, plus je suis moi-m&#234;me. (12) De plus on saisit que ces autonomies sont en relation, ne serait-ce d&#233;j&#224; car elles se s&#233;parent ensemble d'une m&#234;me totalit&#233;, d'une m&#234;me soci&#233;t&#233;, d'o&#249; les grandes manifestations qui jalonneront cette p&#233;riode (telle celle de Bologne en 1976) et les luttes arm&#233;es. Et cette totalit&#233;, cette soci&#233;t&#233; contre laquelle on se braque est celle de la gouvernementalit&#233;, c'est-&#224;-dire de conduites, de gestes qu'on ne veut plus habiter. Cela s'&#233;tendant aussi et surtout, jusqu'au coeur des relations familiales, de l'administration du foyer, d'o&#249; le r&#244;le tr&#232;s important des femmes dans ce mouvement d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construire de nouveaux territoires consiste de prime abord &#224; ne plus habiter certains gestes pour en habiter d'autres. La revendication d'autonomie qui est aussi celle du territoire commence par l&#224;. Ce pourquoi Tari a tout &#224; fait raison de dire que plus que conqu&#233;rir des territoires il faut d&#233;j&#224; &lt;i&gt;arracher&lt;/i&gt; des territoires au contr&#244;le &#233;tatique, c'est-&#224;-dire &#224; des gestes gouvernementaux que l'on habitait. &#171; A Milan et &#224; Rome, des centaines de familles prol&#233;taires occupaient des immeubles entiers o&#249; elles mettaient en place des cr&#232;ches, des dispensaires, des centres de consultation pour les femmes. A Naples et dans le Sud, les listes de ch&#244;meurs &#233;taient g&#233;r&#233;es directement par les assembl&#233;es autonomes et non par les bureaucrates du Bureau du travail, et tout le monde commen&#231;a &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; l'organisation de la vie des quartiers, y compris en r&#233;gulant par le bas le prix des marchandises et en expulsant les fascistes et les sp&#233;culateurs. &#187; (13) Les autonomies se joignent &#224; travers la composition de leurs gestes, c'est en habitant ensemble des gestes diff&#233;rents qu'on construit un territoire, la conqu&#234;te du territoire en son sens propre en est alors le corr&#233;lat. M&#234;me occuper un logement est en premier lieu habiter le geste d'occuper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer, l'autonomie italienne des ann&#233;es 1970, &#233;tait donc des autonomies se produisant chacune par des gestes singuliers, on peut parler ici d'une lib&#233;ration de gestes et non d'une libert&#233; d'un sujet. On se braque en lib&#233;rant des gestes. Ces gestes singuliers pouvant &#234;tre ceux d'autor&#233;ductions qui sont aussi des braquages en son sens d&#233;lictueux. Et dans cette Italie des ann&#233;es 1970, on se braque, S&#233;par/action, s&#233;cession (contre le travail, la reproduction de la domination domestique etc.), contre la gouvernementalit&#233; qui unit tout ce contre quoi on se braque. Si bien que les autonomies s'unissent. Le &lt;i&gt;se braquer&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;chelle de chaque autonomie est un &lt;i&gt;se braquer&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;chelle de toutes les autonomies, &#224; l'&#233;chelle de l'Autonomie. En un premier sens l'unit&#233; de l'Autonomie vient donc en miroir du Un qu'est l'ennemi : la gouvernementalit&#233; n&#233;o-lib&#233;rale. Et cette gouvernementalit&#233; est aussi ce qui conduit la transformation du territoire de la ville en m&#233;tropole, ce pourquoi le num&#233;ro d'avril 1976 du journal &lt;i&gt;Rosso&lt;/i&gt; titrera : &#171; Ouvriers contre la m&#233;tropole &#187; (14). Cela introduit &#224; la question du territoire et &#224; un autre sens de l'unit&#233; des autonomies li&#233; &#224; celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, selon un deuxi&#232;me sens l'unit&#233; est celle du territoire par cohabitation des gestes singuliers qui se composent, se coordonnent ou parfois rentrent en conflit (il importait aussi de se braquer entre autonomes). Or, comme ces gestes singuliers entra&#238;nent la lib&#233;ration de nouveaux gestes, on peut dire que chaque lib&#233;ration d'un geste par une autonomie n'est pas sans retentir en lib&#233;rant un geste d'une autre autonomie puisqu'il y a cohabitation des gestes. Par exemple les gestes li&#233;s au refus du travail sont dans un rapport de retentissement avec les nouveaux gestes des femmes dans le foyer domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conclusion s'impose donc : plus on est autonome &#224; plusieurs plus on l'est mieux tout seul. Ou autre formulation en entendant se braquer comme je le propose depuis le d&#233;but, s'opposer et se r&#233;orienter avec d'autres mani&#232;res d'&#234;tre : c'est parce que nous nous braquons que je me braque et c'est parce que chacun se braque que nous nous braquons, que nous devenons donc autonomes. On comprend enfin au terme de ce petit parcours toute la diff&#233;rence qu'il peut donc y avoir entre se braquer et r&#233;sister. On devient autonome en se braquant alors que l'on essaye seulement de conserver une forme d'autonomie en r&#233;sistant. Il n'y a pas de production de soi par la r&#233;sistance. D'o&#249; le rapport diff&#233;rent au pronominal. On peut dire qu'on &lt;i&gt;se&lt;/i&gt; braque mais non qu'on &lt;i&gt;se&lt;/i&gt; r&#233;siste. Au point m&#234;me que l'on valorise plus le fait d'&#234;tre irr&#233;sistible que r&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, m&#234;me si cela ne peut se d&#233;cr&#233;ter : soyons irr&#233;sistibles, braquons nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Marcello Tari, &lt;i&gt;Autonomie ! Italie, les ann&#233;es 1970&lt;/i&gt;, La fabrique, 2001, p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 &lt;i&gt;Autonomie ! Italie, les ann&#233;es 1970&lt;/i&gt;, p.13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &lt;i&gt;Autonomie ! Italie, les ann&#233;es 1970&lt;/i&gt;, p.14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Citation de Bifo par Tari, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 129&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 50.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 157.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., pp. 184-185.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 186&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Tiqqun, &lt;i&gt;Ceci n'est pas un programme&lt;/i&gt;, p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 &lt;i&gt;Autonomie !&lt;/i&gt; , p. 142.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 123.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., pp. 180-184.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les conditions de l'autonomie</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>



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&lt;p&gt;La question de l'autonomie soul&#232;ve d'embl&#233;e un paradoxe vertigineux : pour en bien parler, pour en rigoureusement parler, il faut s'int&#233;resser &#224; ses conditions. Celles-ci, nous le savons bien, sont de toutes sortes : &#233;conomiques, sociales, culturelles, psychiques... D&#232;s lors, que reste-t-il de l'autonomie, f&#251;t-ce comme possible si celle-ci est soumise &#224; tant de conditions ? C'est autour de ce paradoxe que j'aimerais organiser mon expos&#233;, en sugg&#233;rant que c'est l&#224; que se situe le vrai point (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=39" rel="directory"&gt;Istanbul &#034;Critique et autonomie&#034;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question de l'autonomie soul&#232;ve d'embl&#233;e un paradoxe vertigineux : pour en bien parler, pour en rigoureusement parler, il faut s'int&#233;resser &#224; ses &lt;i&gt;conditions&lt;/i&gt;. Celles-ci, nous le savons bien, sont de toutes sortes : &#233;conomiques, sociales, culturelles, psychiques... D&#232;s lors, que reste-t-il de l'autonomie, f&#251;t-ce comme possible si celle-ci est soumise &#224; tant de conditions ? &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est autour de ce paradoxe que j'aimerais organiser mon expos&#233;, en sugg&#233;rant que c'est l&#224; que se situe le vrai point de rencontre entre critique et autonomie : le travail de la critique consistant, pour l'essentiel, en la mati&#232;re, &#224; penser les conditions cach&#233;es de l'autonomie et, en cons&#233;quence, &#224; d&#233;busquer les illusions d'autonomie, l&#224; o&#249; pr&#233;cis&#233;ment ces conditions sont ignor&#233;es ou font l'objet d'un d&#233;ni. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je vais, pour commencer, appuyer ma r&#233;flexion sur un film qui fait partie du patrimoine cin&#233;matographique mondial, &lt;i&gt;La foule &#8211; The Crowd&lt;/i&gt;, de King Vidor (1928), un film muet, par cons&#233;quent. Cette &#339;uvre raconte l'histoire d'un jeune provincial &#233;tats-unien, John Sims, qui est n&#233; sous une bonne &#233;toile - le 4 juillet 1900, le Jour de l'Ind&#233;pendance, donc, la premi&#232;re ann&#233;e du si&#232;cle. Son p&#232;re, lorsqu'il le voit &#224; sa naissance, s'exclame que &#171; le monde va entendre parler &#187; de ce nouvel arrivant. D&#232;s son premier &#226;ge, sa famille prend grand soin de lui, lui fait donner des cours de piano et acqu&#233;rir toutes sortes de savoirs destin&#233;s &#224; ce que cette pr&#233;diction se v&#233;rifie ; &#224; faire en sorte qu'il se distingue &#224; tout prix parmi tous les autres. A l'&#226;ge de douze ans, discutant avec ses copains de ce qu'ils feront quand ils seront grands, il reprend &#224; son compte la pr&#233;diction paternelle : &#171; My Dad says I'm going to be somebody really big ! &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s cet instant, John Sims va se conduire constamment non pas seulement comme si l'avenir lui appartenait, mais comme s'il se distinguait radicalement de l'homme ordinaire ou bien, comme le dit le titre du film, &lt;i&gt;de la foule,&lt;/i&gt; en ceci qu'il serait, lui, ma&#238;tre de son destin, tandis que tous les autres seraient, eux, pour l'essentiel plac&#233;s sous l'emprise de toutes sortes de d&#233;terminations &#8211; sociales, &#233;conomiques, etc. A l'&#226;ge de 21 ans, il &#171; monte &#187; &#224; New York, persuad&#233;, en na&#239;f petit Rastignac am&#233;ricain qu'il est, que la m&#233;tropole lui appartient et qu'il va se s&#233;parer de la masse en soumettant les conditions ext&#233;rieures aux conditions de son talent et de sa volont&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
En d'autres termes, Sims est l'arch&#233;type de la particule &#233;l&#233;mentaire de la soci&#233;t&#233; des individus (Norbert Elias), celui qui ne peut appr&#233;hender sa condition (individuelle dans la masse) que pour autant qu'il se per&#231;oit comme &#171; plus diff&#233;rent &#187; que tous les autres et m&#234;me, dans le cas de Sims, &lt;i&gt;le plus diff&#233;rent de tous&lt;/i&gt; &#8211; une diff&#233;rence en forme de distinction et d'exception positive, ici. Ou bien, dans les termes qui sont ceux de notre colloque, il oppose son (imaginaire) autonomie souveraine &#224; l'inexorable h&#233;t&#233;ronomie de la masse qu'il a sous les yeux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette illusion de souverainet&#233; ne se r&#233;duit pas &#224; un vague sentiment de libert&#233; : John Sims est convaincu qu'autant la masse est vou&#233;e &#224; la tyrannie des conditions existantes, autant, lui, a la capacit&#233; de se donner &#224; lui-m&#234;me sa propre loi &#187;, non pas au sens o&#249; il s'agirait de s'affranchir des codes moraux ou juridiques, mais pour autant qu'il est convaincu de pouvoir, lui et lui seul, arracher son existence au corps de la masse et faire valoir des qualit&#233;s qui lui appartiennent en propre. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'il &#233;tait plus attentif &#224; l'origine de cette certitude, il remarquerait &#224; quel point son fondement est obscur et repose sur une aporie : c'est son p&#232;re, sa famille qui l'ont destin&#233;s &#224; se croire diff&#233;rent et autonome, l&#224; o&#249; tous les autres seraient vou&#233;s &#224; l'h&#233;t&#233;ronomie. C'est dans cette insurmontable &lt;i&gt;d&#233;pendance filiale&lt;/i&gt; que s'est forg&#233;e cette illusion, un destin se substituant, tout simplement &#224; un autre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce film est une fable, donc. Celle-ci va prendre la forme de l'encha&#238;nement inflexible des circonstances au fil desquelles se trouve d&#233;faite, d&#233;truite, d&#233;mont&#233;e la pr&#233;somption d'autonomie de John Sims. A peine install&#233; &#224; New York, le voici donc qui, en guise de trajectoire exceptionnelle, unique, se voit contraint de travailler comme gratte-papier pour une compagnie d'assurances, assign&#233; &#224; un num&#233;ro, le 137, dans une immense salle o&#249; des dizaines d'employ&#233;s subalternes mal pay&#233;s s'activent &#224; longueur de journ&#233;e &#224; aligner des listes de chiffres et &#224; v&#233;rifier des imprim&#233;s. De puissantes images de vie urbaine, de masses humaines s'&#233;coulant sur les trottoirs, de circulation automobile dense, de structures g&#233;om&#233;triques (les bureaux, les gratte-ciel) rendent manifeste et tangible la litt&#233;rale &lt;i&gt;absorption&lt;/i&gt; de notre suppos&#233; sujet unique par la foule, l'op&#233;ration de son amalgame &#224; la &lt;i&gt;p&#226;te&lt;/i&gt; de la masse. Les sc&#232;nes de sortie de bureau o&#249; les jeunes employ&#233;s font la queue devant les lavabos pour se rafra&#238;chir avant d'aller rencontrer, dans des mouvements parfaitement synchronis&#233;s, leurs &#233;quivalents f&#233;minins &#224; la porte de l'immeuble, sugg&#232;rent avec une force incomparable cet effet de s&#233;rialisation des existences ordinaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sims fait un nouveau pas en direction de son enfermement dans &lt;i&gt;la fausse conscience de l'autonomie&lt;/i&gt; lorsqu'il tombe amoureux de Jane, une employ&#233;e comme lui, la s&#233;duit, puis l'&#233;pouse (anthologique s&#233;quence du voyage de noces rituel aux chutes du Niagara), ne cessant de se sentir confort&#233;, au fil des &#233;tapes de ce parcours affectif et social, dans sa certitude d'&#234;tre n&#233; sous le signe de l'unique et du diff&#233;rent : regardant la foule qui grouille sur les trottoirs du haut d'un autobus &#224; imp&#233;riale, il s'enivre de sa diff&#233;rence &#233;lective : &#171; Regarde donc tous les pauvres types, lance-t-il &#224; Jane, tous les m&#234;mes ! &#187;. La le&#231;on, si ce n'est la &#171; morale &#187; critique de la fable se trouve, si l'on veut, concentr&#233;e dans cette s&#233;quence o&#249; s'encha&#238;nent la rencontre &#224; la sortie des bureaux, le flirt, la s&#233;duction, la nuit de noces dans le train qui conduit aux chutes du Niagara, le mariage, puis l'installation du couple. On assiste l&#224; &#224; la succession des moments o&#249; l'individu (tout sauf un atome social ou une monade, tant il est poreux) &#233;prouve la plus intense des jouissances li&#233;es &#224; &lt;i&gt;l'impression d'autonomie&lt;/i&gt; dont il s'exalte, ayant la certitude d'avoir choisi Jane &lt;i&gt;entre toutes&lt;/i&gt;, tant elle est &lt;i&gt;diff&#233;rente&lt;/i&gt; (&#171; You're different ! &#187;, lui lance-t-il dans un moment d'exaltation, l'unique, c'est-&#224;-dire, bien s&#251;r, &#171; la plus belle fille du monde &#187;). Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment dans ces moments que l'existence de Sims accuse les traits de st&#233;r&#233;otypie et de d&#233;pendance les plus marqu&#233;s face aux contraintes sociales et culturelles inflexibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout, avec son parcours amoureux puis familial le situe dans les circuits du plus ordinaire de la vie des employ&#233;s (S. Kracauer), de la photo de la jeune &#233;pouse devant les chutes du Niagara au r&#234;ve de l'achat de la maison familial ; tout ceci anticipant sur ce sinistre repas de No&#235;l avec la belle-famille qui donne &#224; celle-ci l'occasion de rappeler &#224; Sims que, bien loin d'&#234;tre l'&#234;tre d'exception et le ma&#238;tre de son destin qu'il pr&#233;tend &#234;tre, il n'est non seulement qu'un &#234;tre tr&#232;s ordinaire, mais, pire, un rat&#233; pas m&#234;me fichu d'obtenir une augmentation de salaire apr&#232;s son mariage... &lt;br class='autobr' /&gt;
Toute la suite du parcours de John Sims est marqu&#233;e par l'oscillation entre son enfoncement dans le sol fangeux des sombres r&#233;gularit&#233;s sociales qui vont faire de lui un &#233;poux imparfait et malheureux puis r&#233;sign&#233;, un p&#232;re endolori par la perte de l'un de ses enfants, un ch&#244;meur que menace la mis&#232;re... et le retour p&#233;riodique de ses r&#234;veries inconsistantes de reconqu&#234;te de l'autonomie gr&#226;ce &#224; ses &#171; big ideas &#187;... &lt;br class='autobr' /&gt;
Le film s'ach&#232;ve sur l'image troublante et ambigu&#235; d'une salle de cin&#233;ma o&#249; les spectateurs riant &#224; gorge d&#233;ploy&#233;e pourrait bien &#234;tre en train de se moquer de la pr&#233;somption de celui qui, si durablement, s'est pris pour l'exception capable de d&#233;fier la r&#232;gle du jeu. Et c'est ici que le film construit, si l'on peut dire, son paradigme philosophique : bien parler de l'autonomie consisterait beaucoup moins, dans un premier temps du moins, en la d&#233;fense et illustration de celle-ci &#224; travers toutes sortes d'exemples positifs (condition de majorit&#233; kantienne, bien s&#251;r, mais aussi bien, autogestion ouvri&#232;re, un grand motif des ann&#233;es 1970 en France ou encore communes paysannes exemplaires pendant la guerre civile espagnole...) que dans une critique radicale et syst&#233;matique des fictions autonomistes et des illusions d'autonomie ; dans la mise en place d'une analytique des formes g&#233;n&#233;rales de l'h&#233;t&#233;ronomie, entendue comme pr&#233;alable &#224; toute sp&#233;culation sur les conditions de l'autonomie. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'apologue du film de King Vidor est donc bien clair : si vous voulez avoir une chance d'acc&#233;der un jour &#224; la possibilit&#233; non pas tant d'&#234;tre autonome que de &lt;i&gt;gagner en autonomie&lt;/i&gt;, d'acc&#233;der &#224; l'autonomie en tant que terrain d'exp&#233;rience, alors commencez par vous assurer des prises solides sur tout ce qui vous assigne &#224; l'h&#233;t&#233;ronomie. Si John Sims tend &#224; la fois vers l'exemplarit&#233; et vers l'impersonnel, comme Emma Bovary, s'il tend &#224; devenir exemplaire en tant que parangon de l'impersonnel, c'est qu'il est bien cet homme de la moyenne et de la norme par excellence, le sujet mod&#232;le du destin social et qui cependant va s'obstiner jusqu'au bout &#224; flirter avec une autonomie fantasmagorique en demeurant convaincu qu'il finira par tordre le cou au destin et par montrer &#224; ses contemporains de quoi est faite sa valeur unique et singuli&#232;re. Et c'est bien de cette incroyable pr&#233;tention que semble se moquer cruellement le public-juge impitoyable de la derni&#232;re image du film...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne voudrais pas r&#233;duire cet apologue &#224; une port&#233;e purement sociologique. La force du film tient &#224; ce qu'il donne &#224; penser, &#224; la &#171; proposition &#187; qu'il contient : une pr&#233;sentation rigoureuse des conditions de l'h&#233;t&#233;ronomie &lt;i&gt;dans sa relation&lt;/i&gt; avec les illusions de l'autonomie. Le ton l&#233;g&#232;rement sarcastique du film, notamment &#224; la fin, n'est pas le signe du m&#233;pris qu'inspireraient &#224; King Vidor les na&#239;ves pr&#233;somptions du &#171; petit homme &#187; Sims. C'est plut&#244;t un ton d'empathie avec celui-ci, le film pouvant &#234;tre compris comme une sorte d'exhortation adress&#233;e au quelconque &#224; faire de la question de son autonomie, de la relation entre syst&#232;mes de d&#233;pendance et libert&#233; propre l'objet de sa r&#233;flexion, plut&#244;t que se lancer &#224; corps perdu dans tous les pi&#232;ges que lui tend la soci&#233;t&#233;, la vie moderne. King Vidor converge avec des penseurs comme Norbert Elias, Siegfried Kraucauer, Cornelius Castoriadis, Pierre Bourdieu, qui, au del&#224; de ce qui les s&#233;pare, ont en commun de se demander ce qui peut demeurer d'&lt;i&gt;un projet d'autonomie&lt;/i&gt; dans des soci&#233;t&#233;s comme les n&#244;tres, consid&#233;r&#233;es comme des fabriques d'individus destin&#233;s avant tout &#224; en assurer le &#171; fonctionnement continu&#233; &#187; (Castoriadis), pris dans des r&#233;seaux de normes tr&#232;s serr&#233;s, devant se tenir &#224; la hauteur d'exigences tr&#232;s &#233;lev&#233;s en mati&#232;re d'auto-contrainte (Elias). En d'autres termes, le plus ordinaire des conditions de la socialisation, dans nos mondes, ne dresse-t-il pas des obstacles &#224; peu pr&#232;s insurmontables devant un projet d'autonomie ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Une r&#233;ponse &#224; la fois n&#233;o-platonicienne et n&#233;o-kantienne, celle de Castoriadis, par exemple, va consister en substance &#224; dire qu'un soci&#233;t&#233; dont l'ambition serait de &lt;i&gt;destiner les sujets qui la composent &#224; l'autonomie&lt;/i&gt; se doit d'accorder une place centrale &#224; l'&#233;ducation, une &#233;ducation qui serait tout le contraire d'un dressage ou d'une pure et simple domestication, une v&#233;ritable &lt;i&gt;paid&#233;ia&lt;/i&gt; (Caumi&#232;res, p. 111), destin&#233;e &#224; faire en sorte que les individus int&#233;riorisent, incorporent l'esprit de l'autonomie, les dispositions, les gestes qui s'y rattachent &#8211; l'autonomie &#233;tant alors tout &#224; la fois un horizon axiologique, un fonds normatif, le socle des conduites, &lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt;. Cette approche sera port&#233;e &#224; mettre l'accent sur la dimension collective de l'autonomie et sur le fait qu'elle trouve obligatoirement son support dans des institutions. Mais nous voici donc, du coup, au bord de l'aporie : &lt;i&gt;quid&lt;/i&gt; d'une autonomie institu&#233;e ou institutionnelle ? Ne risque-t-on pas de retomber dans la figure de la &lt;i&gt;fabrique&lt;/i&gt; &#8211; celle de sujets &#171; autonomes &#187; qui, sont, pr&#233;cis&#233;ment, ceux que requiert les formes informalis&#233;es du capitalisme contemporains, le capitalisme des start-ups et des champions de l'innovation perp&#233;tuelle, les brillants jeunes gens qui ont t&#244;t fait de nous soumettre &#224; la tyrannie de leurs diaboliques inventions &#8211; &lt;i&gt;Facebook, Twitter&lt;/i&gt; et autres tablettes digitales... ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre approche, en distincte opposition avec celle-ci, mettra en relation le motif de l'autonomie avec ceux de la &lt;i&gt;d&#233;prise&lt;/i&gt;, voire de l'arrachement, du franchissement des limites voire de la transgression &#8211; disons une approche foucaldienne, pour faire vite. La seule chose qu'elle aurait en commun avec la pr&#233;c&#233;dente serait qu'elle mettrait l'accent sur le fait que l'autonomie est bien un enjeu d'&lt;i&gt;exercice effectif&lt;/i&gt;, qu'elle ne saurait donc se r&#233;duire &#224; la conqu&#234;te de la &#171; libert&#233; int&#233;rieure &#187; et autres th&#232;mes de teinture sto&#239;cienne. Mais, dans leur acception fondamentalement nietzsch&#233;enne, ces motifs (d&#233;prise, r&#233;sistance, d&#233;fection, voire insurrection...) ne prennent tournure qu'aux conditions de jeux de forces ou, diraient certains de nos amis g&#233;om&#232;tres, &#224; l'int&#233;rieur d'un certain diagramme : ce sont toujours des contre-forces qui s'opposent &#224; des forces en prenant appui sur elles et donc en &#233;tant tributaires d'elles. Les contre-conduites foucaldiennes ne sont &#233;videmment pas programm&#233;es, dans leurs formes et leurs effets, par ce &#224; quoi elles s'opposent ou r&#233;sistent, mais elles en sont tributaires ; ceci, dans la mesure m&#234;me o&#249; il n'existe pas de &lt;i&gt;dehors pur&lt;/i&gt; des relations de pouvoir &#8211; la r&#233;tivit&#233; &#224; l'&#233;cole, genre &lt;i&gt;Z&#233;ro de conduite&lt;/i&gt;, d&#233;bouche aujourd'hui bien davantage sur la reprise du sujet r&#233;tif par d'autres pouvoirs, d'autres disciplines, d'autres institutions que sur l'&#233;ternisation de l'instant de vive jouissance o&#249; l'enfant s'&#233;mancipe de la discipline scolaire, franchit le mur le mur et &#171; choisit la libert&#233; &#187;...&lt;br class='autobr' /&gt; Dans une perspective foucaldienne, il est moins question de conqu&#234;te de l'autonomie que d'exp&#233;riences de la libert&#233; dont le propre est d'&#234;tre des moments d'intensit&#233; forc&#233;ment discontinus, tributaires de configurations sp&#233;cifiques, singuli&#232;res : le soul&#232;vement iranien, les &#233;meutes dans les prisons, la naissance du syndicat ind&#233;pendant Solidarnosc en Pologne, une cavale, une exp&#233;rience communautaire, la d&#233;couverte des &lt;i&gt;backrooms&lt;/i&gt; en Californie, etc. En ce sens m&#234;me, l'autonomie n'est pas un concept qui fait tr&#232;s bon m&#233;nage avec l'analytique des pouvoirs foucaldienne, on en trouve un indice d'ailleurs dans le fait qu'il ne figure pas dans l'index des notions &#233;tabli par les &#233;diteurs des &lt;i&gt;Dits et &#233;crits&lt;/i&gt;. Foucault est certainement un philosophe de la libert&#233;, et un philosophe de la critique aussi, mais pas ou peu de l'autonomie. Dans les jeux de forces adverses ou en tension, le geste requis n'est pas celui de l'autonomisation qui suppose une forme de s&#233;paration mais bien de l'opposition ou de la contre-apposition. Ce qui est premier, c'est la relation entre des forces qui se contrarient mais tout en conservant une liaison organique, en s'enveloppant les unes les autres, le mod&#232;le demeurant la relation gouvernants-gouvern&#233;s. Le &#171; jeu &#187; de la r&#233;sistance ne consiste donc pas &#224; se rendre autonome de ce qui discipline, retient, programme, conduit (etc.), mais en quelque chose de plus subtil et qui se d&#233;cline sous des modes vari&#233;s : d&#233;prise, d&#233;placement, d&#233;fection, r&#233;tivit&#233;, obstruction, inertie, bref tout le catalogue des conduites destines &#224; produire toutes sortes de perturbations et d&#233;r&#232;glements dans le gouvernement des vivants. Cette approche foucaldienne des exp&#233;riences de ou avec la libert&#233;, exp&#233;riences dont la contingence pure est l'&#233;l&#233;ment, peut valoir comme une mise en garde contre toute tentation d' &#171; essentialisation &#187; de l'autonomie : l'autonomie d'un sujet, d'aucune fa&#231;on, ne saurait &#234;tre un &lt;i&gt;&#233;tat&lt;/i&gt;, elle ne peut &#234;tre qu'un devenir. Il est tr&#232;s important de distinguer le concept (philosophique) de l'autonomie de son acception politique ou plut&#244;t &#233;tatique courante : la Catalogne est, dans le cadre de l'Etat espagnol, une province &#171; autonome &#187;, ce qui veut dire qu'elle dispose de certaines pr&#233;rogatives en termes de gouvernement local, nullement qu'elle se donne &#224; elle-m&#234;me sa propre loi en toutes mati&#232;res &#8211; j'imagine que le Code p&#233;nal qui s'y applique est le m&#234;me que dans d'autres r&#233;gions de l'Espagne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour boucler la boucle en me rapprochant &#224; nouveau du film de King Vidor, je voudrais insister sur tout ce domaine invisible qu'ignorent bien &#224; tort les approches insuffisamment &#171; mat&#233;rialistes &#187; de l'autonomie qui font flor&#232;s aujourd'hui. Ce qui caract&#233;rise le sujet ordinaire de nos soci&#233;t&#233;s, c'est en premier lieu la densit&#233; des r&#233;seaux de d&#233;pendance et d'interd&#233;pendance dans lesquels il est pris et qui constituent la base mat&#233;rielle, intersubjective, culturelle et morale de ce qu'il per&#231;oit comme ses marges d'autonomie, indissociables de sa condition de majorit&#233;. J'ai &#233;t&#233; saisi par cette &#233;vidence, il y a deux ans, lorsque j'ai pris ma retraite de l'Universit&#233; : quelques semaines avant de passer de la condition de professeur des universit&#233;s qui m'assurait un salaire convenable &#224; celle de retrait&#233; de l'enseignement, j'ai commenc&#233; &#224; me r&#233;veiller la nuit : non seulement je ne savais pas quels seraient d&#233;sormais mes revenus, mais rien ne m'assurait, apr&#232;s tout, que ma retraite allait tomber, &#224; la fin du mois, en lieu et place de mon salaire. Je me suis trouv&#233; tout &#224; coup, au terme de d&#233;cennies o&#249; ma confiance dans le monde &#233;tait plac&#233;e sous condition de mon statut de fonctionnaire, &#224; anticiper sur l'exp&#233;rience du &#171; petit homme &#187;, du John Sims qui se demande si, demain, le sol ferme sur lequel il a pens&#233; marcher pendant toutes ces ann&#233;es ne va pas s'effondrer sous ses pas... D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, lorsque nous r&#233;fl&#233;chissons &#224; nos marges d'autonomie, lorsque nous d&#233;sirons augmenter notre autonomie, nous avons tendance &#224; n&#233;gliger ou, ce qui est la m&#234;me chose, &#224; consid&#233;rer comme acquis tous ces syst&#232;mes d'appareillage et de sout&#232;nement de nos existences par tous ces dispositifs cach&#233;s. Il est &#224; peu pr&#232;s inconcevable pour nous que tout ceci puisse brusquement prendre fin un jour et qu'ainsi nous puissions &#234;tre somm&#233;s de r&#233;former et reformer enti&#232;rement notre entendement &#224; propos de notre autonomie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, nous y sommes ou presque. Une multitude de signes pronostiques tend &#224; montrer que tout ce domaine d' &#171; acquis &#187; suppos&#233;s est, en v&#233;rit&#233;, r&#233;vocable et conditionnel : au Portugal, les salaires des fonctionnaires ont &#233;t&#233; brutalement amput&#233;s de un cinqui&#232;me &#224; un quart sur injonction des r&#233;gents &#171; europ&#233;ens &#187;de la bonne gouvernance lib&#233;rale ; &#224; Chypre, les retraits bancaires ont &#233;t&#233; suspendus pendant une semaine et les gens ordinaires se sont retrouv&#233;s sans liquidit&#233;s ; aux Etats-Unis, des centaines de milliers de fonctionnaires se sont retrouv&#233;s &#224; deux doigts d'&#234;tre mis &#224; pied, sans salaires ; en France m&#234;me, des retards apparaissent de fa&#231;on r&#233;currente dans le versement des salaires &#224; certaines cat&#233;gories d'employ&#233;s des communaut&#233;s territoriales, comme c'est la r&#232;gle dans nombre de pays des pays pauvres et de d&#233;plorable &#171; gouvernance &#187; ; en Gr&#232;ce, des dizaines de milliers de fonctionnaires ont &#233;t&#233; licenci&#233;s ou sont menac&#233;s de l'&#234;tre. Etc. C'est &#224; dessein que je ne parle ici que des cat&#233;gories &#224; statut et pas de la toujours grandissante arm&#233;e de r&#233;serve du capital &#8211; cela fait longtemps que toutes ces populations de plus en plus pr&#233;caires qui composent cette derni&#232;re savent que leur autonomie est l'otage des &#171; lois du march&#233; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me de nos soci&#233;t&#233;s est que cela m&#234;me qui &#233;taie notre autonomie requise (&#171; Sois autonome ! &#187; est la paradoxale injonction que nous adressent constamment et l'autorit&#233; et le capital) constitue pour nous un syst&#232;me de d&#233;pendances multiples. Nous probl&#233;matisons couramment l'exercice de notre libert&#233; comme affranchissement de toutes sortes de tutelles qui nous sont impos&#233;es par l'Etat, les pouvoirs, l'autorit&#233; &#8211; tout ce qui, au sens extensif, vise &#224; nous &lt;i&gt;gouverner&lt;/i&gt;, en langue foucaldienne. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, l'exp&#233;rience historique tend &#224; nous montrer que lorsque, dans des circonstances tout &#224; fait particuli&#232;res et exceptionnelles, ce syst&#232;me dense des tutelles/protections s'effondre, se d&#233;robe, s'&#233;vanouit, le r&#233;sultat n'est pas n&#233;cessairement la r&#233;cup&#233;ration de &lt;i&gt;l'autonomie perdue&lt;/i&gt; par le sujet en soci&#233;t&#233; (selon la fable d&#233;ploy&#233;e par Rousseau dans le &lt;i&gt;Discours sur l'origine&lt;/i&gt;...), mais souvent tout l'inverse : la panique, la tomb&#233;e de la masse sous l'emprise des conduites r&#233;gressives et apeur&#233;es, la paga&#239;e, le temps de la rumeur, du chacun pour soi, etc. Comme le rappelle Elias Canetti dans le chapitre de &lt;i&gt;Masse et puissance&lt;/i&gt; intitul&#233; &#171; Masses en fuite &#187;, l'exode de juin 1940, suite &#224; la victoire &#233;clair des troupes allemandes, est l'un de ces moments d'effondrement vertigineux de l'autorit&#233; &#233;tatique et de l'ordre civil dont la m&#233;moire collective des Fran&#231;ais a conserv&#233; le souvenir traumatique&#8211; et non pas, pour l'essentiel, celui du temps de l'autonomie retrouv&#233;e mais bien de tous les abandons et de toutes les frayeurs. La foule en d&#233;route abandonn&#233;e par l'Etat qui se forme alors, a perdu toute coh&#233;rence et elle r&#233;gresse vers un &#233;tat d'anomie travers&#233; par toutes sortes de flux de hargne, de m&#233;fiance, de haine, vuln&#233;rable &#224; toutes les rumeurs... Il est vrai que le moment de cette disparition des carcans dans lesquels la libert&#233; de mouvement des individus est d'ordinaire enserr&#233;e n'&#233;tait pas particuli&#232;rement heureux... Et il est vrai qu'&#224; cette sc&#232;ne de retomb&#233;e collective en enfance, on pourrait en opposer d'autres o&#249; une foule en expansion et &#171; marchant d'un bon pas &#187; (Michelet) oppose sa puissance destituante ou destitutrice &#224; la puissance &#233;branl&#233;e de l'Etat et, en dessinant les contours d'un peuple nouveau, sans pr&#233;c&#233;dent, (peuple de Tahir, peuple de Taksim...), oppose le motif de l'autonomie du collectif rassemblant dans toute leur bigarrure des gens ordinaires revendiquant leur condition de majorit&#233; aux d&#233;crets de l'Etat autoritaire et policier pr&#233;tendant les diriger en troupeau. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble qu'une des t&#226;ches premi&#232;res de la critique, dans le pr&#233;sent, serait de travailler &#224; aiguiser l&lt;i&gt;'imagination du possible&lt;/i&gt;, &#224; l'encontre de l'ensemble de ces facteurs qui conspirent, dans nos soci&#233;t&#233;s, &#224; entretenir en nous l'illusion toujours plus intenable de ce que j'appelle la &lt;i&gt;condition immunitaire&lt;/i&gt;. Une s&#233;quence nouvelle s'est ouverte, en Europe, avec l'effondrement de l'Etat yougoslave, qui a &#233;t&#233; l'occasion pour des millions de gens de passer pratiquement du jour au lendemain d'une telle condition &#224; celle d'une totale exposition aux rigueurs de la terreur et de la guerre civile. Nous savons, nous Europ&#233;ens communautaires, mais d'un savoir qui demeure encore abstrait et vaguement distrait, que ce qui est arriv&#233; aux Grecs peut &#234;tre notre lot demain, et vous avez, vous, l'horrible guerre d'entre-extermination syrienne &#224; vos portes. A d&#233;faut de nous inciter &#224; esp&#233;rer pour un avenir proche de grands moments de conqu&#234;te de l'autonomie partag&#233;e, ces &#233;l&#233;ments de contexte contemporain que nous avons en commun sont du moins susceptibles d'aiguiser notre capacit&#233; d'anticipation sur ce que l'on pourrait appeler l'enracinement dans le pr&#233;sent de &lt;i&gt;l'inconcevable m&#234;me&lt;/i&gt; : concevoir l'inconcevable comme une dimension du pr&#233;sent, cela me para&#238;t, pour nous, dans l'espace d'une philosophie de l'actuel, une t&#226;che de premi&#232;re importance, un exercice requis de notre vocation critique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais inversement, ce n'est pas &#224; vous, amis de Galatasaray, que j'apprendrai que ce motif de l'imagination de l'inconcevable comme &lt;i&gt;possible quand m&#234;me&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;pourquoi pas ?&lt;/i&gt; peut, dans ce m&#234;me pr&#233;sent, se d&#233;cliner sur un mode infiniment plus heureux . C'est vous qui avez, tout r&#233;cemment, fa&#231;onn&#233; &#224; pleines mains l'&#233;v&#233;nement dans sa propri&#233;t&#233; fac&#233;tieuse d'exposer dans l'instant l'insignifiance de la situation ant&#233;rieure, de cette dur&#233;e dans laquelle les sujets &#233;taient englu&#233;s et qui se donnait comme &#233;ternelle et insurmontable. C'est vous qui avez exp&#233;riment&#233; l'infinit&#233; des possibles qui surgissent quand se met en mouvement la dynamique d'autonomie d'un peuple en marche, un autre peuple que celui de l'Etat, des gouvernants, des cl&#233;ricaux, du patriciat et du patriarcat, des militants de l'&#233;conomie et du march&#233;... C'est vous qui avez senti vous porter le vent de l'autonomie toutes ces semaines durant . &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est vous, donc qui en parlerez mieux que nous, pauvres p&#232;lerins issus d'un monde exsangue et fatigu&#233;, disait Nietzsche...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El&#233;ments bibliographiques et filmographiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Norbert Elias : &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; des individus&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Jeanne Etor&#233;, Fayard, 1991.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elias Canetti : &lt;i&gt;Masse et puissance&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Robert Rovini, Gallimard &#171; Tel &#187;, 1986.&lt;br class='autobr' /&gt;
Siegfried Kracauer :&lt;i&gt; Les Employ&#233;s&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Claude Orsoni, Editions Avinus, 2000.&lt;br class='autobr' /&gt;
Philippe Caumi&#232;res : &lt;i&gt;Castoriadis, le projet d'autonomie&lt;/i&gt;, Michalon, le bien commun, 2007. &lt;br class='autobr' /&gt;
Michel Foucault : &lt;i&gt;S&#233;curit&#233;, territoire, population&lt;/i&gt;, cours au Coll&#232;ge de France 1977-1978, le&#231;on du 1er mars 1978. (Gallimard/Seuil, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Vigo : &lt;i&gt;Z&#233;ro de conduite&lt;/i&gt;, 1933.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Programme du colloque &#171; Critique et autonomie &#187;</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=335</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=335</guid>
		<dc:date>2013-10-10T21:49:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Lieu : Universit&#233; Galatasaray Dates : 19-20 d&#233;cembre 2013 &lt;br class='autobr' /&gt;
Comit&#233; d'organisation : Erin&#231;Aslanbo&#287;a, Umut&#214;ks&#252;zan (Universit&#233; Galatasaray, d&#233;partement de philosophie) &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous trouverez la mise &#224; jour du programme de ce colloque dans le document suivant : &lt;br class='autobr' /&gt; Alain Brossat, professeur &#233;m&#233;rite de philosophie &#224; l'Universit&#233; Paris 8 Saint-Denis : &#171; Autonomies contemporaines et syst&#232;mes de d&#233;pendance multiples &#187; Jose Benito Climent, professeur de philosophie, Valence : &#171; L'autonomie du hacker dans le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=39" rel="directory"&gt;Istanbul &#034;Critique et autonomie&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lieu&lt;/strong&gt; : Universit&#233; Galatasaray&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dates : 19-20 d&#233;cembre 2013&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comit&#233; d'organisation&lt;/strong&gt; : Erin&#231;Aslanbo&#287;a, Umut&#214;ks&#252;zan (Universit&#233; Galatasaray, d&#233;partement de philosophie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous trouverez la mise &#224; jour du programme de ce colloque dans le document suivant :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_173 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/pdf/Depliant.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 149.5 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1773004269' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Alain Brossat&lt;/strong&gt;, professeur &#233;m&#233;rite de philosophie &#224; l'Universit&#233; Paris 8 Saint-Denis : &lt;i&gt;&#171; Autonomies contemporaines et syst&#232;mes de d&#233;pendance multiples &#187;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Jose Benito Climent&lt;/strong&gt;, professeur de philosophie, Valence : &lt;i&gt;&#171; L'autonomie du hacker dans le vitalisme technologique selon Deleuze &#187;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Christiane Vollaire,&lt;/strong&gt; philosophe : &#171; L'esth&#233;tique comme enjeu : le retour du r&#233;el dans la critique de l'art selon Hal Foster &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Alain Naze&lt;/strong&gt;, professeur de philosophie &#224; Quimper : &lt;i&gt;&#171; L'ordre du sexe et l'ordre du droit. Y a-t-il un prix &#224; payer pour la respectabilit&#233; r&#233;publicaine ? &#187;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Dritan Karadaku&lt;/strong&gt;, professeur associ&#233; en philosophie &#224; l'Universit&#233; publique de Tirana : &lt;i&gt;&#171; Le cri de la critique &#187;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Rosa Rodriguez Magda&lt;/strong&gt;, professeure de philosophie, Institut Alphonse-le-Magnanime, Valence (Espagne) : intitul&#233; &#224; venir ( ?)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Julian Bejko&lt;/strong&gt;, professeur associ&#233; en sociologie, Universit&#233; publique de Tirana (Albanie) : &lt;strong&gt;&#171; L'autonomie du Mal et la tyrannie de la multitude &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Philippe Roy&lt;/strong&gt;, professeur de philosophie : &lt;i&gt;&#171; Peut-on &#234;tre autonome tout seul ? &#187;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Philippe Bazin&lt;/strong&gt; : Photographe, philosophe, &lt;i&gt;&#171; La photographie documentaire comme processus de r&#233;sistance critique, &#224; partir de Allan Sekula. &#187;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Konstantinos Irodotou&lt;/strong&gt;, doctorant en philosophie &#224; l'Universit&#233; Paris 8, &lt;i&gt;&#8220;La Critique sadienne &#034;&lt;/i&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Philippe Coutant&lt;/strong&gt;, doctorant en philosophie &#224; l'Universit&#233; Paris 8, &lt;i&gt;&#034;Une autonomie fragile et limit&#233;e qui ne serait rien sans la critique&#034;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Orgest Azizaj&lt;/strong&gt;, doctorant en philosophie &#224; l'Universit&#233; Paris 8 : &lt;i&gt;&#8220;Les fins de l'Universit&#233; : critique et autonomie&#034;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Melih Ba&#351;aran&lt;/strong&gt;, professeur de philosophie &#224; l'Universit&#233; Galatasaray, intitul&#233; &#224; venir
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Nami Ba&#351;er&lt;/strong&gt;, maitre de conf&#233;rences &#224; l'Universit&#233; Galatasaray : &lt;i&gt;&#171; Autonomie et h&#233;t&#233;ronomie &#187;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;T&#252;rker Armaner&lt;/strong&gt;, maitre de conf&#233;rences &#224; l'Universit&#233; Galatasaray : &lt;i&gt;&#171; Critique et l'ironie &#187;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;M. Ertan Karde&#351;&lt;/strong&gt;, docteur en philosophie : &lt;i&gt;&#171; L'id&#233;e de l'autonomie chez C. Castoriadis &#187;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Se&#231;kin Sertdemir Ta&#351;demir&lt;/strong&gt;, docteur en philosophie, assistante chercheuse &#224; l'Universit&#233; Galatasaray :&lt;i&gt; &#171; Les r&#244;les du public et du politique dans &#8216;Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ?' et Critique de la Facult&#233; de Juger &#187;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Umut &#214;ks&#252;zan&lt;/strong&gt;, docteur en philosophie, assistant chercheur &#224; l'Universit&#233; Galatasaray : &lt;i&gt;&#171; La critique &#224; l'&#233;preuve de la ph&#233;nom&#233;nologie transcendantale &#187;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Erin&#231; Aslanbo&#287;a&lt;/strong&gt;, docteur en philosophie, assistante chercheuse &#224; l'Universit&#233; Galatasaray : &lt;i&gt;&#171; Gestes critiques &#187;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Zeynep Sava&#351;&#231;&#305;n&lt;/strong&gt;, doctorante en philosophie,assistante chercheuse &#224; l'Universit&#233; Galatasaray, &#171; &lt;i&gt; L'autonomie selon la tension entre le pr&#233;sent et l'avenir : une lecture de la publicit&#233; chez Kant &#187;&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mario Andres Mejia,&lt;/strong&gt; doctorant en philosophie, &lt;i&gt;&#171; Le &#8216;social' et le gouvernement morale en Colombie (pays post-colonial). Une g&#233;n&#233;alogie&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Argumentaire</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=317</link>
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		<dc:date>2013-06-18T20:52:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



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&lt;p&gt;Projet &#171; Critique et autonomie &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une conf&#233;rence qu'il prononce devant la Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de philosophie en 1978, intitul&#233;e &#171; Qu'est-ce que la critique ? &#187;, Michel Foucault d&#233;finit celle-ci comme une attitude avant tout. Elle ne se confond pas avec la d&#233;nonciation ou le d&#233;nigrement de l'objet sp&#233;cifique auquel elle s'applique ou de l'&#233;tat des choses en g&#233;n&#233;ral, elle se tient toujours au plus pr&#232;s de la question kantienne des conditions de possibilit&#233;. Simplement, dans l'esprit de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=39" rel="directory"&gt;Istanbul &#034;Critique et autonomie&#034;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Projet &#171; Critique et autonomie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une conf&#233;rence qu'il prononce devant la Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de philosophie en 1978, intitul&#233;e &#171; Qu'est-ce que la critique ? &#187;, Michel Foucault d&#233;finit celle-ci comme une attitude avant tout. Elle ne se confond pas avec la d&#233;nonciation ou le d&#233;nigrement de l'objet sp&#233;cifique auquel elle s'applique ou de l'&#233;tat des choses en g&#233;n&#233;ral, elle se tient toujours au plus pr&#232;s de la question kantienne des conditions de possibilit&#233;. Simplement, dans l'esprit de Foucault, elle ne se cantonne pas &#224; l'enjeu de la connaissance ; elle s'int&#233;resse tout autant aux conditions de possibilit&#233; de l'exercice du pouvoir, de l'&#233;tablissement de relations r&#233;gl&#233;es entre savoir et pouvoir dans la production de singularit&#233;s historiques et culturelles (la maladie mentale, la d&#233;linquance, la vie sexuelle...). Elle est donc un regard jet&#233; sur des objets peuplant le champ d'immanence de notre pr&#233;sent, visant &#224; rep&#233;rer ce qui &#224; la fois en pr&#233;sente le caract&#232;re d'&#233;vidence et les fragilit&#233;s, les conditions d' &#171; impermanence &#187;. Le regard critique, c'est ce qui permet de saisir la diff&#233;rence entre des conditions de possibilit&#233; et des n&#233;cessit&#233;s inexorables ; entre &#171; ce qui va de soi &#187; et ce dont l'acceptation s'est impos&#233; - mais dont un examen g&#233;n&#233;alogique attentif permet d'envisager une disparition possible (la prison, le dispositif de sexualit&#233; moderne, la maladie mentale dans ses rapports au pouvoir psychiatrique...).&lt;br class='autobr' /&gt;
La critique, donc, sans pr&#233;tendre l&#233;gif&#233;rer, est un d&#233;fi permanent lanc&#233; &#224; ce qui est ; elle est, &#224; ce titre, dit Foucault, directement articul&#233;e sur la transformation. Elle est encore, insiste-t-il dans un autre texte, l'activit&#233; d'un sujet qui s'interroge sans rel&#226;che sur &#171; la criticabilit&#233; des choses &#187;. Le fondement kantien de cette approche est tout &#224; fait manifeste : Foucault a en t&#234;te ce texte de Kant (R&#233;ponse &#224; la question &#171; Qu'est-ce que les Lumi&#232;res &#187; ?) dans laquelle ce dernier met en relation le mouvement de l'Aufkl&#228;rung avec l'enjeu d'une sortie de l'humanit&#233; hors de l'&#233;tat de minorit&#233; dans lequel elle a &#233;t&#233; maintenue jusqu'alors. Ce saut en direction d'un nouvel &#233;tat de majorit&#233; est la condition pour que les humains acc&#232;dent &#224; ce que l'on pourrait appeler la disposition critique. Celle-ci n'est pas synonyme d'insubordination, insiste Kant, mais plut&#244;t de d&#233;sassujettissement &#224; l'autorit&#233; ; le sujet majeur va &#171; d&#233;couvrir le principe de l'autonomie &#187;, ses pens&#233;es et opinions cessent d'&#234;tre soumises au traditionnel ob&#233;issez ! .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment autour de la relation qui s'&#233;tablit entre attitude critique et autonomie que nous aimerions r&#233;fl&#233;chir &#224; l'occasion de ce colloque. Foucault montre bien comment, dans le contexte des Lumi&#232;res, l'attitude critique prend son essor dans l'espace variable qui s'&#233;tend entre soumission inconditionnelle au souverain, principe d'ob&#233;issance aveugle (h&#233;t&#233;ronomie) et refus d'&#234;tre conduit ou gouvern&#233;. La critique peut donc &#234;tre aussi d&#233;finie comme une &#233;poque ou un pr&#233;sent continu&#233;, celui dans lequel deviennent critiquables les syst&#232;mes de rationalit&#233; eux-m&#234;mes, non moins que les formes de pouvoir les mieux l&#233;gitim&#233;es. Pour Foucault, la question des Lumi&#232;res se pose pour nous moins en termes d'h&#233;ritage que de capacit&#233; sans cesse r&#233;it&#233;r&#233;e &#224; poser toutes sortes de questions &#224; propos de l' &#171; acceptabilit&#233; &#187; des syst&#232;mes (des positivit&#233;s) dont sont tributaires nos existences. Au fond, la question de la critique revient sans fin vers celle de l'autonomie dans la mesure m&#234;me o&#249; elle porte les sujets eux-m&#234;mes &#224; faire retour sur ce qui les gouverne (formes de gouvernement, mais aussi bien r&#233;gimes de v&#233;rit&#233;...), sur la fa&#231;on dont ils sont gouvern&#233;s, sur leur aspiration &#224; l'&#234;tre moins, autrement &#8211; voire pas du tout. Du coup, la critique va inclure dans son champ l'activit&#233; critique permanente du sujet sur lui-m&#234;me aussi et ouvrir le champ de la fameuse ontologie de nous-m&#234;mes dont le dernier Foucault &#233;labore le motif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de se limiter &#224; explorer la position foucaldienne, ce colloque devrait permettre, en prenant &#233;ventuellement cette approche comme point de d&#233;part, de multiplier les lignes d'approche (probl&#233;matisation) des relations et interactions entre critique et autonomie. Ceci, aussi bien dans la dimension &#233;thique que politique ou, tout simplement, comme enjeu d'une philosophie de l'existence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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