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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>La question du neutre dans la pens&#233;e de Maurice Blanchot</title>
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		<dc:date>2014-11-19T17:58:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Erika Rodrigues</dc:creator>



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&lt;p&gt;La question du neutre dans la pens&#233;e de Maurice Blanchot est celle qui se pose dans l'&#233;tranget&#233;, l'&#233;loignement et l'inconnu, dans la proposition d'un espacement infini et sans lieu : sur une atopie. Face &#224; une probl&#233;matique du neutre, ce travail d&#233;ploie une &#233;laboration conceptuelle &#224; partir des consid&#233;rations de l'intervalle dans la formulation th&#233;orique du d&#233;placement, en articulant l'analyse de la notion de l'exp&#233;rience-limite &#224; travers des rapports entre la notion de l'excentricit&#233; et la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=42" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; : &#034;Les usages politiques du corps&#034; en Albanie aout 2014&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question du neutre dans la pens&#233;e de Maurice Blanchot est celle qui se pose dans l'&#233;tranget&#233;, l'&#233;loignement et &lt;i&gt;l'inconnu&lt;/i&gt;, dans la proposition d'un espacement infini et sans lieu : sur une &lt;i&gt;atopie&lt;/i&gt;. Face &#224; une probl&#233;matique du &lt;i&gt;neutre&lt;/i&gt;, ce travail d&#233;ploie une &#233;laboration conceptuelle &#224; partir des consid&#233;rations de &lt;i&gt;l'intervalle&lt;/i&gt; dans la formulation th&#233;orique du d&#233;placement, en articulant l'analyse de la notion de &lt;i&gt;l'exp&#233;rience-limite&lt;/i&gt; &#224; travers des rapports entre la notion de &lt;i&gt;l'excentricit&#233;&lt;/i&gt; et la notion de &lt;i&gt;l'acentralit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette fin, l'analyse de &lt;i&gt;l'impossibilit&#233;&lt;/i&gt; devient fondamentale pour penser la question du neutre, surtout, par des forces neutres de la (im)puissance qu'y sont convoqu&#233;es. Cette notion est expos&#233;e en comprenant un rapport exorbitant d'une distance absolue d'o&#249; s'ouvre une puissance infinie (une distance asym&#233;trique, irr&#233;versible, sans concomitance de lieu et de temps, incommensurable, sans totalit&#233; et sans contemporan&#233;it&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dehors d'une probl&#233;matique onto-ph&#233;nom&#233;nologique, la question du neutre conduit &#224; la question du neutre comme &lt;i&gt;au-del&#224;&lt;/i&gt; e &lt;i&gt;au-dessus&lt;/i&gt; de l'absence et de la pr&#233;sence, &#224; la notion du&lt;i&gt; sens absent&lt;/i&gt;. La pr&#233;sence de l'inconnu, qui n'a rien de pr&#233;sent que la disparition dans une non-pr&#233;sence, participe &#224; l'approche d'une distance sans &#233;v&#232;nement et d'une pr&#233;sence s&#233;par&#233;e. Cette question s'&#233;labore comme l'espacement d'une ouverture par le &lt;i&gt;d&#233;s&#339;uvrement du neutre&lt;/i&gt;, une rupture qui s'op&#232;re sans mouvement et qui n'est accueilli que par la &lt;i&gt;parole&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la notion du d&#233;sastre, on articule la dimension de l'immobilit&#233; sans avenir de la passion et la puissance indestructible des voix comme l'exigence d'&#233;couter un murmure sans fin. Dans la violence d'une brisure, des traces qui - par le don - donnent corps &#224; l'impossible et parlent dans la perte de la parole. Des forces hors d'exp&#233;rience, sans visage et sans regarde, o&#249; on &#233;coute le silence de la agonie interminable et immobile du d&#233;sastre. Ce qui s'&#233;crit sur la surface sans fond des paroles : sur la mort sans fin et impossible des corps. Ce qui, indestructible et d&#233;j&#224; disparu, respire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour penser la notion de l'inconnu, on appelle &#224; la diff&#233;rence entre l'inconnu compris comme une promesse : l'inconnu que esp&#232;re par la r&#233;v&#233;lation d'une connaissance apr&#232;s une transposition par la d&#233;couverte (ou l'inconnu compris comme le terme contraire au savoir). Et l'inconnu compris comme l'inaccessible, l'inconnu m&#234;me : sans &#233;lucidation et sans transcendance, qui n'est jamais un rapport au savoir et au pouvoir et qui n'est jamais une possibilit&#233; du regard. Dans cette perspective, l'inconnu est analys&#233; comme le rapport qui ne s'accomplit pas d'une affirmation de la connaissance comme un mouvement qui puisse clarifier le non-savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dehors du visible et de l'invisible, l'inconnu est analys&#233; comme un rapport &lt;i&gt;neutre&lt;/i&gt; et, en ce sens, s'&#233;labore la figure de&lt;i&gt; la nuit&lt;/i&gt; comme la pens&#233;e dans l'&#233;tranget&#233; de la clart&#233; d'une obscurit&#233; limitrophe. Selon Blanchot,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'inconnu, dans la pens&#233;e du neutre, &#233;chappe &#224; la n&#233;gation comme &#224; la position. Ni n&#233;gatif, ni positif, n'ajoutant et ne retirant rien &#224; ce qui l'affirmerait. L'inconnu, qu'il soit, qu'il ne soit pas, trouve non pas l&#224; sa d&#233;termination, mais seulement en ceci que le rapport avec l'inconnu est un rapport que n'ouvre pas la lumi&#232;re, que ne ferme pas l'absence de lumi&#232;re. Rapport neutre. Ce qui ne signifie que penser ou parler au neutre, c'est penser ou parler &#224; l'&#233;cart de tout visible et de tout invisible, c'est-&#224;-dire en termes qui ne rel&#232;vent pas de la possibilit&#233;. &lt;/i&gt; (1969 : 444)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, dans la figure de la&lt;i&gt; premi&#232;re nuit&lt;/i&gt;, Blanchot formule les compr&#233;hensions de l'inconnu comme un non-savoir qui serait dissip&#233; par le jour. Le mouvement de la nuit par le passage du jour, qui commence et termine entre deux points d'une oscillation. La connaissance qui arrive - par un d&#233;voilement, une progression ou une alternance &#8211; et d&#233;couvre la clart&#233; d'un regard. La nuit comme la promesse du jour aussi comme l'inconnu comme la promesse d'un savoir r&#233;sultant du travail actif de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, quand la nuit n'est pas le passage au jour, quand la nuit n'est pas l'&#233;clipse, s'&#233;coute &lt;i&gt;l'autre&lt;/i&gt; nuit, sans fin et sans d&#233;but. Dans l'obscurit&#233; blanche du jour, sur un silence insupportable. L'&lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; nuit, en approche &#224; &lt;i&gt;la nuit blanche&lt;/i&gt; sans regarde &#8211; un non-savoir sans obscurit&#233; et sans clart&#233;, la nuit dans une folie,&lt;i&gt; la folie du jour&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dedans de la recherche d'une intimit&#233; pour la premi&#232;re nuit, on trouve l'absence de l'intimit&#233; et l'impossibilit&#233; de sortir de l'incertitude et de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'affreuse cruaut&#233; du jour ; je ne pouvais ni regarder ni ne pas regarder ; voir c'&#233;tait l'&#233;prouvante, et cesser de voir me d&#233;chirait du front &#224; la gorge [&#8230;] je voyais face &#224; face de la folie du jour ; telle v&#233;rit&#233; : la lumi&#232;re devenait folle, la clart&#233; avait perdu tout bon sens ; elle m'assaillait d&#233;raisonnablement, sans r&#232;gle, sans but [&#8230;] j'avais pour le jour un d&#233;sir d'eau et d'air. Et si voir c'&#233;tait le feu, j'exigeais la pl&#233;nitude du feu, et si voir c'&#233;tait la contagion de la folie, je d&#233;sirais follement cette folie. &lt;/i&gt; (Blanchot, 2002 : 18 [1973])&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette perspective, la nuit est l'&#233;nigme qui se d&#233;robe, l'interdit qui n'est pas une n&#233;gation. On est jet&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'une force hors de v&#233;rit&#233;, hors du savoir et hors de la connaissance par l'exigence du regard d'Orph&#233;e qui tourne le regard sous la perte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; l'inconnu sans regarde, ce qui interrompt la configuration d'un plan conceptuel soutenu par l'id&#233;e de la pens&#233;e comme connaissance obtenue et l&#233;gitim&#233; par la v&#233;rification d'une prouve. Mais dans l'&lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; nuit, par les yeux aveugles et voyants, on &#233;coute des voix d'une distante infinie dans l'intimit&#233; du feu (1) . Ce qui ne se peut jamais regarder et qui s'&#233;coute en l'errance, sur le d&#233;placement immobile du sans lieu de l'atopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans arriver, le fou parte ; sans partir, le fou se d&#233;place - toujours sous la place du sans lieu. Le d&#233;placement, sur un espacement infinie, la distance qui n'est pas s&#233;paration entre deux termes, ni la quantit&#233; d'un espace dans une mesure, mais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;distance qui est la profondeur m&#234;me de la pr&#233;sence, laquelle, &#233;tant tout manifeste, r&#233;duit &#224; sa surface, semble sans int&#233;riorit&#233;, pourtant inviolable, parce que identique &#224; l'infini du Dehors (&lt;/i&gt;Blanchot, 1971b : 248)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du neutre face &#224; l'exigence imp&#233;rative d'un mouvement d'entrer qui est d&#233;j&#224; dehors des possibilit&#233;s d'&#234;tre dedans et dehors d'un espace situable. L'immobilit&#233; vertigineuse d'une chute sans arriv&#233;e, le glissement d'une collision sans &#233;v&#232;nement. Ce qui se d&#233;robe &#224; la possibilit&#233; d'une continuit&#233; comme d'une discontinuit&#233; en impliquant une impossibilit&#233; de la totalit&#233; qui surmonte l'absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de &lt;i&gt;l'atopie&lt;/i&gt; convoque la probl&#233;matisation de &lt;i&gt;l'interruption&lt;/i&gt; de la circularit&#233; r&#233;f&#233;rentielle de la pens&#233;e - l'exigence d'entrer dans un intervalle sans appartenance, un &lt;i&gt;intervalle d'irr&#233;gularit&#233;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;discontinuit&#233;&lt;/i&gt;. Irr&#233;versible, sans totalit&#233;, dissym&#233;trique, sans qualit&#233;, ni quantit&#233;, o&#249; penser est penser dans &lt;i&gt;l'exp&#233;rience&lt;/i&gt; &lt;i&gt;des limites&lt;/i&gt; dont la notion est analys&#233;e par Blanchot comme l'exp&#233;rience de l'insuffisance des limites. Celle qui fracture l'id&#233;e d'une unit&#233; - circonscrite sous la forme d'une totalit&#233; &#8211; et o&#249; la limite en excluant toute repr&#233;sentation soutient une relation dans l'extr&#233;mit&#233; sans fin.&lt;br class='autobr' /&gt;
La limite ne sera jamais la ligne qui marque une division qui s&#233;pare le dedans et le dehors par la limite entre les deux, ni la bordure entre milieux distincts o&#249; s'alternent les passages et les confluences dans une variation des fluxes. Dans la suspension de la promesse d'une totalit&#233;, l'exp&#233;rience des extr&#234;mes rompt la possibilit&#233; de fixer une limite, parce que le d&#233;placement fait la dissociation entre la &lt;i&gt;limite&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;limitation&lt;/i&gt;, pour Blanchot,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'exp&#233;rience-limite est celle qui attend cet homme ultime, capable une derni&#232;re fois de ne pas s'arr&#234;ter &#224; cette suffisance qu'il atteint ; elle est le d&#233;sir de l'homme sans d&#233;sir, l'insatisfaction de celui qui est satisfait &#8216;en tout', le pur d&#233;faut, l&#224; o&#249; il y a cependant accomplissement d'&#234;tre. L'exp&#233;rience-limite est l'exp&#233;rience de ce qu'il y a hors de tout, lorsque le tout exclut tout dehors, de ce qu'il reste &#224; atteindre, lorsque tout est atteint, et &#224; conna&#238;tre, lorsque tout est connu : l'inaccessible m&#234;me, l'inconnu m&#234;me&#8221;&lt;/i&gt; (1969 : 304-305).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience-limite expose l'impossibilit&#233; du postulat de la circularit&#233; de la pens&#233;e en consid&#233;rant une constitution conceptuel de la pens&#233;e comme le mouvement sur une &lt;i&gt;sph&#232;re&lt;/i&gt; r&#233;f&#233;rentielle que la pr&#233;figure et l&#233;gitime. Dans l'exp&#233;rience-limite, par une &lt;i&gt;excentricit&#233;&lt;/i&gt; (2) , le centre du cercle devient le point ext&#233;rieur, toujours dehors du cercle et encore le point central, sur un d&#233;placement sans conjugaison. La fermeture du cercle sur le centre est impossible, la trace du cercle reste toujours interminable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le centre reste toujours inaccessible, ce qui ne fait pas du centre le non-existent, mais ce qui interrompt la centralit&#233; r&#233;f&#233;rentielle et qui devient toujours extraterritorial, o&#249; le centre ne sera jamais le milieu, puisque &#171; si le milieu est l'extr&#234;me, le centre n'est jamais au milieu. [&#8230;] le milieu que devient limite, et penser la mesure, c'est penser &#224; la limite &#187; (Blanchot, 1973 : 58). Dans cette fa&#231;on, &lt;i&gt;l'excentricit&#233;&lt;/i&gt; est consid&#233;r&#233;e autour de &lt;i&gt;l'exp&#233;rience-limite&lt;/i&gt;. Mais, &lt;i&gt;l'excentricit&#233;&lt;/i&gt;, &#224; la limite, joue avec &lt;i&gt;l'acentralit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'&lt;i&gt;acentralit&#233;&lt;/i&gt; n'implique pas seulement un d&#233;placement infini, mais l'impossibilit&#233; et la privation du centre et du cercle, l'&#233;cart d'une &lt;i&gt;suspension&lt;/i&gt; de la pens&#233;e qui s'ouvre dans l'absence du cercle (3) : hyperbolique, sans ligne, sans centre. M&#234;me s'il y a un rapport entre les deux notions &#8211; en ce qui concerne &#224; l'interruption de la possibilit&#233; par des forces hors d'exp&#233;rience - &lt;i&gt;l'acentralit&#233;&lt;/i&gt; est ici approch&#233;e autour de &lt;i&gt;la question du neutre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En effet, des forces du neutre sont convoqu&#233;es par l'exp&#233;rience-limite, l'impossible ouvre une sorte de blessure dans un point infinie qui n'est pas sans corps, mais qui &#171; donne corps &#187; &#224; l'impossible. C'est-&#224;-dire, l'exp&#233;rience-limite qui &#233;voque des forces dehors de la limite de la possibilit&#233; comme ce qui fait &#233;chapper tous les fonds pour la pens&#233;e s'apporter, l'insupportable &#8211; que n'a plus de support que l'&#233;clatement des supportes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insupportable - l'impossibilit&#233; de trouver un support pour fonder la pens&#233;e, soit une origine primordiale ou une substance essentielle, soit une identit&#233;, un &#233;v&#232;nement ou la manifestation d'un ph&#233;nom&#232;ne. Insituable sur un plan de probl&#233;matisation conceptuel ontologique, cette perspective affirme la question du neutre comme ce qui &#233;chappe &#224; l'&#234;tre comme &#224; le non-&#234;tre : ne(u)tre, n'&#234;tre pas. Celle qui ne s'apporte jamais sur une position transcendante ou sur l'appel d'un &#233;tat de transe des exp&#233;riences mystiques, celle qui n'est pens&#233;e comme une multiplicit&#233; d'unit&#233;s ou comme un &#233;v&#232;nement v&#233;cu, pas une tautologie herm&#233;tique, mais, comme la pens&#233;e &lt;i&gt;dans, comme&lt;/i&gt; e &lt;i&gt;par&lt;/i&gt; l'impossibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e du neutre met en question une rupture avec toutes les constitutions th&#233;oriques fond&#233;es ou soutenues sur l'id&#233;e d'une substance primordiale ou essentielle et d'un mouvement de manifestation, r&#233;v&#233;lation ou d'&#233;v&#232;nement car elle implique une &lt;i&gt;insuffisance&lt;/i&gt; et une &lt;i&gt;ind&#233;termination&lt;/i&gt; ind&#233;passable. En ce sens, cette analyse s'approche de la question du neutre comme une &lt;i&gt;aporie&lt;/i&gt; qui s'd&#233;ploie &#224; partir de l'impouvoir et de la figure de la &lt;i&gt;mort&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire :&lt;br class='autobr' /&gt; 1) de la &lt;i&gt;mort&lt;/i&gt; d'un sujet transcendantal de la connaissance, dans l'ext&#233;nuation de la souverainet&#233; d'un savoir et d'un pouvoir postul&#233; par l'individualisation d'un Sujet cr&#233;ateur comme le &#171; Moi &#187; de la premi&#232;re personne majeure de la raison ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2) la passivit&#233; et l'immobilit&#233; de la &lt;i&gt;mort&lt;/i&gt;, que n'est pas une pure n&#233;gation, mais comme l'autre mort et la mort de l'autrui ; &lt;br class='autobr' /&gt;
3) l&lt;i&gt;'impossibilit&#233; de la mort&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;l'effacement&lt;/i&gt;, qui parle l'innommable ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette probl&#233;matisation conduit &#224; une compr&#233;hension de l'aporie qui se d&#233;place sur la tension entre la notion de la pr&#233;sence et de la notion de l'absence. La notion de l'absence compris comme un sens absent dont le sens, sans signification, est pr&#233;sent par l'absence. La distance infinie qui surgit dans une pr&#233;sence de l'inconnu,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; la pr&#233;sence n'est pas quelque chose de pr&#233;sent ; ce qui est l&#224;, non pas s'approchant, non pas se d&#233;robant, ignorant tous les jeux de l'insaisissable, est l&#224; avec l'&#233;vidence abrupte de la pr&#233;sence, laquelle refuse le graduel, le progressif, le lent av&#232;nement, l'insensible disparition et cependant d&#233;signe une relation infinie. La pr&#233;sence est le surgissement de la &#8216;pr&#233;sence s&#233;par&#233;' : cela qui vient &#224; nous hors de pair, immobile dans la soudainet&#233; de la venue et s'offrant &#233;tranger, tel quel en son &#233;tranget&#233; [..] c'est-&#224;-dire aussi bien radicale non-pr&#233;sence [&#8230;] la pr&#233;sence nue qui n'a rien, n'est rien, ne retient rien, que rien ne dissimule&lt;/i&gt; (Blanchot, 1971b : 247) &lt;br class='autobr' /&gt;
La violence d'une rupture, la puissance d'un murmure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; L'&#233;criture du d&#233;sastre &#187; (1980), Blanchot &#233;crit que le d&#233;sastre, sans avenir, est le plus s&#233;par&#233;, la chute dans l'immobilit&#233;. Ce qui &#8211; dans le pressentiment que le d&#233;sastre est la pens&#233;e &#8211; n'a rien qui l'oubli sans m&#233;moire, le non-pouvoir sans certitude et la passivit&#233; d'une intensit&#233; sans souverainet&#233;. Cependant, il ne s'agit pas d'un principe causal, ni d'une fonction, ni d'un travail (ou d'un travail du n&#233;gatif), mais, de l'effet sans une cause et sans fins, une op&#233;ration sans mouvement d&#232;s l'effacement, mais une &#233;vocation (pas par descendance) &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; des corps (et encore &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; corps ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &lt;i&gt;corps&lt;/i&gt; qui ouvre l'impossible pour &#171; porter un espace de langage &#224; la limite d'o&#249; revient l'irr&#233;gularit&#233; d'un autre espace parlant, non parlant, qui l'efface ou l'interrompt et dont on ne s'approche que par son alt&#233;rit&#233;, marqu&#233;e par le effet d'effacement &#187; (Blanchot, 1973 : 72), ce qui n'est pas supporter, mais &lt;i&gt;accueilli&lt;/i&gt; par la &lt;i&gt;parole&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une parole ? Et cependant non pas une parole, &#224; peine un murmure, &#224; peine un frisson, moins que le silence, moins que l'ab&#238;me du vide : la pl&#233;nitude du vide, quelque chose qu'on ne peut faire taire, occupant tout l'espace, l'interrompu et l'incessant, un frisson et d&#233;j&#224; un murmure, non pas un murmure, mais une parole, et non pas une parole quelconque, mais distincte, juste : &#224; ma port&#233;e &#187;&lt;/i&gt; (Blanchot, 1953 : 125-126)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la limite, l'intervalle o&#249; le d&#233;sastre, comme le &lt;i&gt;d&#233;s&#339;uvrement du neutre,&lt;/i&gt; ouvre une suspension qui ne retient rien que le mouvement de la suspension. Blanchot &#233;crit : &#8220;quelque chose est &#224; l'&#339;uvre de par le neutre, qui est aussit&#244;t &#339;uvre du d&#233;s&#339;uvrement : il y a un effet de neutre &#8211; cela dit la passivit&#233; du neutre &#8211; qui n'est pas &lt;i&gt;effet&lt;/i&gt; du neutre, n'&#233;tant pas effet d'un Neutre pr&#233;tendument &#224; la &#339;uvre comme cause ou chose&#8221; (1973 : 105). Qu'est-ce que s'agit dans la passivit&#233; et la passion sans pouvoir des corps en rapport &#224; l'action de la non-action comme l'effet de neutre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le neutre, comme la seule parole qui arrive de la r&#233;gion limite (4), parle sur une perte de la parole. La &lt;i&gt;parolefolle&lt;/i&gt; qui d&#233;chire la langue e fait parler le non-parlent, &#171; cette parole errante que je rejoignais &#224; certains moments du temps et dans certains point de l'espace, je ne pouvais, sous peine de la r&#233;duire au caprice d'un &#233;cho, oublier de la traiter avec un s&#233;rieux infini, &#224; la mesure de sa complicit&#233; et de sa patience infinies &#187; (Blanchot, 1953 : 76). Ce qui parle apr&#232;s la mort, parle ; le sommeil sans r&#234;ve et sans image, dans l'effacement. Selon Blanchot,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;nous parlons sur une perte de parole &#8211; un d&#233;sastre imminent et imm&#233;morial -, de m&#234;me que nous ne disons rien que dans la mesure o&#249; nous pouvons faire entendre pr&#233;alablement que nous le d&#233;disons, par une sorte de prolepsie, non pas pour finalement ne rien dire, mais pour que le parler ne s'arr&#234;te pas &#224; la parole, dite ou &#224; dire ou &#224; d&#233;dire : laissant pressentir que quelque chose se dit, ne se disant pas : la perte de parole, le pleurement sans larme, la reddition qu'annonce, sans l'accomplir, l'invisible passivit&#233; du mourir &#8211; &lt;i&gt;la faiblesse humaine.&lt;/i&gt; &#187; &lt;/i&gt; (Blanchot, 1980 :39)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se trace, sans que le trace renvoie &#224; une origine et sans laisser une marque, l'ouverture toujours en puissance d'o&#249; parle l'exigence d'un murmure. Ce qui, en r&#233;sistant au d&#233;sastre, parle par une puissance indestructible, des traces d'un &lt;i&gt;sens absent&lt;/i&gt; dans l'agonie qui ne trace rien que l'effacement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des traces, des corps vivant, d&#233;j&#224; disparus, qui tracent le geste imperceptible d'un t&#233;moignage sur l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture, la blessure ouverte, la parole impossible. L'&#233;criture, le d&#233;sastre. Des corps qui &#233;crivent apr&#232;s la mort et, simultan&#233;ment, dans l'impossibilit&#233; de mourir, &#224; partir de la &lt;i&gt;passion&lt;/i&gt; indestructible, &#224; partir de l'action de la &lt;i&gt;passivit&#233;&lt;/i&gt; et du feu, fi&#233;vreux et &lt;i&gt;patient&lt;/i&gt; &#8211; &#233;crivent en silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Blanchot, en parlant de L&lt;i&gt;'exp&#233;rience int&#233;rieur&lt;/i&gt; de Georges Bataille, &#233;crit : &#171; La heure du Grand Midi est celle qui nous apporte la plus forte lumi&#232;re ; l'air entier est &#233;chauff&#233; ; le jour est devenu feu ; pour l'homme avide de voir, c'est le moment o&#249;, regardant, il risque de devenir plus aveugle qu'un aveugle, une sort de voyant qui se souvient du soleil comme d'une tache grise, importune. &#187; (1971a : 48).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 &#8220;D'o&#249; vient cette excentricit&#233;, celle qui, marquant le songe le plus simple, en fait un pr&#233;sent, une pr&#233;sence unique dont nous voudrions rendre t&#233;moins d'autres que nous ? (&#8230;) Priv&#233; de centre ou mieux l&#233;g&#232;rement ext&#233;rieur au centre autour duquel il s'organise (ou nous le r&#233;organisons) et ainsi, &#224; une distance inappr&#233;ciable &#8211; insensible &#8211; de nous, est le r&#234;ve profond d'o&#249; pourtant nous ne pouvons pas nous dire absents, puisqu'il apporte au contraire une certitude invincible de pr&#233;sence. Mais &#224; qui l'apporte-t-il ? C'est comme une pr&#233;sence qui n&#233;gligerait ou oublierait notre capacit&#233; d'y &#234;tre pr&#233;sents &#187; (Blanchot, 1971b :166).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &#171; un cercle : plut&#244;t une absence de cercle, la rupture de cette vaste circonf&#233;rence d'o&#249; viennent les jours et les nuits &#187; (Blanchot, 1969 : XVII)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 &#171; le neutre n'appartienne pas au langage des vivants et, sans appartenir au langage que ne parlent pas les morts, constituerait le seul mot, peut-&#234;tre parce qu'il n'y en a pas d'autre, qui nous serait parvenu de la r&#233;gion limitrophe, infinie, o&#249; le silence des uns, le silence des autres se c&#244;toient, tout en restant intraduisibles de l'un &#224; l'autre &#224; cause de leur identit&#233; absolue, non moins que de leur diff&#233;rence absolue &#187; (Blanchot, 1973 : 118-119)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanchot, Maurice (1942), &lt;i&gt;Aminadab&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
___ (1953), &lt;i&gt;Celui qui ne m'accompagnait pas&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
___ (1971a) &lt;i&gt;Faux Pas.&lt;/i&gt; Paris : Gallimard [1943].&lt;br class='autobr' /&gt;
___ (2002), &lt;i&gt;La folie du jour&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard. [1973].&lt;br class='autobr' /&gt;
___ (1971b), &lt;i&gt;L'Amiti&#233;&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
___ (1980) &lt;i&gt;L'&#233;criture du d&#233;sastre&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
___ (1969), &lt;i&gt;L'entretien infini&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
___ (1973), &lt;i&gt;Le pas au-del&#224;&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>From crowd to collective body</title>
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		<dc:creator>Erin&#231; Aslanbo&#287;a </dc:creator>



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&lt;p&gt;In the dictionary, the first meaning of the French word &#171; foule &#187; (crowd) refers to the action of &#171; fouler &#187; (to tread), which signifies to &#171; compress and squeeze something by means of pressing repeatedly with the hands, feet or mechanically &#187;1. La foule (the crowd) is the result of this action. The term is used in the field of textile as &#171; to weave &#187; and &#171; to print &#187;. Derived from the verb &#171; fouler &#187; (to tread), &#171; fouloir &#187; (press) is both the name of the instrument which is used for (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=42" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; : &#034;Les usages politiques du corps&#034; en Albanie aout 2014&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;In the dictionary, the first meaning of the French word &#171; foule &#187; (crowd) refers to the action of &#171; fouler &#187; (to tread), which signifies to &#171; compress and squeeze something by means of pressing repeatedly with the hands, feet or mechanically &#187;1. La foule (the crowd) is the result of this action. The term is used in the field of textile as &#171; to weave &#187; and &#171; to print &#187;. Derived from the verb &#171; fouler &#187; (to tread), &#171; fouloir &#187; (press) is both the name of the instrument which is used for treading sheets, fabrics, leathers and one of the workshop where this operation is made. Furthermore, in the terminology of printing, &#171; fouler &#187; (to tread) refers to the &#171; action of pressing on leaves that are being printing &#187;2. It's about &#171; letting an embossed on the back of a paper when the pressure is excessive &#187;3. All these specific uses of the French word &#171; foule &#187; (crowd) in the field of technology and industry are not unrelated to the second meaning of the word which indicates, first, the press resulting from the &#171; great multitude of people &#187;, and then the multitude itself. In the epilogue of &lt;i&gt;The work of Art in the Age of Its Technological Reproducibility&lt;/i&gt;, W. Benjamin shows the relationship between the &#171; increasing proletarianization of modern man &#187; and the &#171; increasing formation of masses &#187;4 as two sides of the same process.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Following their proliferation in major European cities in the late 19th century, the crowds became a concern of governors and a security problem as well as a juridical subject. How are these disparate masses with incontrollable movements and fortuitous reactions governed ? What the ways of controlling these anonymous communities that are considered a threat to state and to peace of &#171; honest citizens &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is no coincidence that the first two areas that took the crowds as the object of study were criminology and psychiatry. Lombroso - with his theories of &#171; born criminal &#187; - and Sighele -with his early works, especially with &lt;i&gt;The criminal Crowd&lt;/i&gt;- contributed to intrusion of criminology in collectivity and to proliferation of dangerous, violent and destructive image of crowds. Psychiatrization and criminalization of crowds, of citizens and workers were used for framing the crowds by stigmatizing them as composed of individuals with pathological instincts, poor rationality and without moral awareness and responsibility for others.&lt;br class='autobr' /&gt;
The notion of crowd refers to various forms of human agglomeration. For example, a group which is gathered in front of a movie theater, the fans at a football stadium, the striking workers, a cohort of admirers, a demonstration ... Heterogeneous and versatile, the notion of crowd often suffers from extremely broad and reductive framework that blurs its nuances and obscures their differences by turning it into a catch-all concept. Yet, the ideas and objectives of crowds, their patterns of behavior, the reason for gathering, the links which creates individual's attachment to community, places of their grouping, events or reasons that encourages them to be together differ in many aspects. As Maupassant said, &#171; All these people side by side distinct with their bodies, minds, hight of intelligence, education, passion, belief, prejudice, by the mere fact of their meeting form a special being [...] a new way of thinking, common and which seems in no way formed from the average all of the opinions. It's a crowd and the crowd is someone, a vast collective individual, distinct from another crowd as man is distinct from another man &#187;5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It will be simplistic and wrong to propose a single definition, a unique model of crowd which will be valid for all other. However, theorists have often preferred to emphasize the similarities rather than discern crowd's difference, track their singularity. The sidelining of differentiation task by G. Lebon, by Freud, but also by other theorists produced, in addition, quasi-identification between the psychology of crowds and that of fascism. According to Adorno, this simplistic association which blurs the field of reflection on the masses must be questioned. &#171; Why is the applied psychology of groups that we discuss here rather more specific of fascism than the other movements that seek the support of the masses ? &#187;6. &lt;br class='autobr' /&gt;
Confusion, sometimes deliberate, between various forms of crowd serves as a pretext for governors to stigmatize the crowds as robbers, thieves and criminal and to penalize those who cannot be governed. In Turkey, during the events of Gezi7, we witnessed the strategic use of this deliberate confusion and its consequences. To describe the situation rather ask a question : What happens if a government closes to fascism locates itself in victim's position by using the discourse of criminal and violent crowds ?&lt;br class='autobr' /&gt;
First of all, the transformation of a particularly quiet and peaceful resistance movement to another one which corresponds to the model of criminal crowds requires additional and ongoing effort on the part of governors. The Prime Minister (current president) of Turkey has made a hard work in order to create and solidify the picture of destructive crowds in the public opinion. However, today, statements that show and that repeat the same themes are no longer sufficient for the public accustomed to see &#171; real &#187; scenes. At numerous events and protests that took place since Gezi, provocateurs, plainclothes officers were put to work in order to provide &#171; beautiful &#187; images of looting, vandalism and breakage. Surveillance cameras broken down while the police were beating and killing protesters, the camera of the most famous television chains arrived to capture close-up the jet of a Molotov cocktail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The results of both municipal and presidential elections that took place before recently in Turkey are proofs of the success of this work. Not only a large part of population met against a supposed danger but also the case of corruption in which members of government have been involved have lost their credibility in some part of public opinion. Obviously, the election results are not reducible to this and they should be analyzed in conjunction with many other factors. However, reducing the community Gezi, its peaceful resistance to destructive model of crowds by systematic disinformation, by diverting images and intrusion of provocateurs among resistants reminds us a double movement evoked by Benjamin : &#171; mass production is especially favored by the reproduction of the masses &#187;8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In &lt;i&gt;Crowd Psychology&lt;/i&gt;, G. Le Bon defines a middle character of the individual in a crowd. This character is sketched by means of opposing it to that of the isolated individual, separated from the group. According to Le Bon, under the influence of invincibility feeling that is caused by the crowd, the individual surrenders to the instincts, lose the sense of responsibility and he uses of irrational and violent acts. In &lt;i&gt;Group Psychology and the Analysis of the Ego&lt;/i&gt;, Freud retakes the theories of Le Bon and he reformulates them in psychoanalytic terminology. According to Freud, this new character emerging into the crowd goes with the manifestation of the unconscious. When consciousness gives way to unbridled movements of instincts and impulses, with the words of Freud, &#171; all that was evil in the human soul &#187;9 arises. G. Le Bon constitutes his theory on irreconcilable and unquestioned opposition between individual and crowd. While all that is considered as rational, being conscious, moralist, civilized and normal are associated with the individual ; but on the other hand, the domain of the irrational, being unconscious, immoralist and the pathological facts are reserved to the crowd. In &lt;i&gt;Group Psychology and the Analysis of the Ego&lt;/i&gt;, Freud agrees with Le Bon on the presupposed decreased mental activity and intellectual level in the individual in the crowd. According to them, the more we advance from the individual to the mass, with their own words, the more we &#171; descent step on the ladder of civilization &#187;10. A cultured person is transformed into a barbarian in the crowd. In this context, the crowd becomes incapable of persevering will because of his impulsive, malleable and uncritical character. In addition, Freud creates an analogy between the soul of crowds and that of primitives. &#171; Among the crowds, the most opposite ideas can coexist, without disturbing each other, without a conflict resulting from their logical contradiction. But psychoanalysis has shown that this is also the case of the child and neurotic individual &#187;11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In this context, we do not even see the need to point out all the problems implied by the thesis proposed by Le Bon and Freud. Rather than to maintain the exclusive opposition between the individual and the crowd &#8211; besides ; which itself carries other forms of extremely problematic oppositions just mentioned above &#8211; we would propose to consider their mutual deployment. The crowd does not match to the sum of the individuals who constitute it. On the other hand, the isolated individual in the area of &#8203;&#8203;home or a lonely man in the crowd cannot be reduced to a state of pure externality. Speaking of Baudelaire, of loneliness that he experienced in his childhood, &#171; despite the family, amidst the comrades &#187;, W. Benjamin points out that &#171; this feeling, beyond his individual significance, carries a social footprint &#187;12. Thus, we should propose to think, the individual and the crowd, in their mutual relation and not held as divided.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The report crowd/individual or mass/individual occurs always in a space/time that can be real, virtual, fictional and utopian or composed of their articulation. On that, first open a parenthesis to mention the distinction done by Michel de Certeau between &#171; place &#187; and &#171; space &#187;. According to the author of &lt;i&gt;The Practice of Everyday Life&lt;/i&gt;, &#171; a place is an instantaneous configuration of positions &#187;13. So, it implies an indication of stability and univocity. However, space refers to &#171; vectors of direction, velocities, time variables and to intersection of mobile elements &#187;14. Animated by all the movements and directions, space is, with the words of De Certeau, &#171; the effect produced by the operations that orient it, situate it, temporalize it and make it function in a polyvalent unity of conflictual programs or contractual proximities &#187;15. So, space is a practiced place and it exists while it is practiced, habited, transformed. While thinking in both senses of the French word &#171; foule &#187; (crowd) that we mentioned at the outset ; streets, squares, parks can be considered as supports on which the crowds leave invisible traces of their trajectories. Like sheets of paper, places receive printing press applied by passers-by. And then, the place, measured, calculated, defined by the architects and planners is transformed into a space by the residents, citizens and wanderers. That said a place can remain as a place without turning it into a space. The reason why it is impractical is diverse and complex and sometimes it remains undetectable. It is not always easy to tell the reasons why one bar is full of people while the other one in front remains empty and sad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yenikap&#305; Area, this artificial polder which was before recently planned, made designed and inaugurated in March 2014 is the sample of impracticable place, of place that does not turn into a space. It is located on the Coast of Marmara Sea and was built on a plot of 270,000 m2, won on the water through the embankment of rubble and debris from the demolition and the construction of buildings. This new sterile place that is far from the city center and obtained by accumulation of the wastes of real estate economy has been configured and presented as a concert, assembly and lawful protest place. Thanks to its geometrical and geographical location that facilitates the control and surveillance, Yenikap&#305; was constructed as an alternative to Taksim Square. Unlike the latter which is the symbol of struggle and resistance in Turkey, the new place in question is neither in memories nor has got history, it is stripped of actual experience. After the events of Gezi, the Prime Minister made &#8203;&#8203;his show of force in this new place which broadcast a message to the collective unconscious, &#171; the history of this geography is in the past, of new Turkey starts with us &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On 1st May, the government banned all demonstrations that may take place in downtown and especially in Taksim Square. Access to squares was blocked by the police, means of transport were canceled while buses and boats that were going in the direction of Yenikap&#305; enjoyed tariff holiday. The next day, a newspaper dared to put a picture of the Yenikap&#305; place which showed an area of &#8203;&#8203;270,000 m2 with a solitary raven in the middle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris of Baudelaire, Paris in the process of haussmannisation was a city that was changing at an increasing rate, with the words of Benjamin, a city &#171; undermined, fragile and frail &#187;16. Today in Istanbul, each day we see a skyscraper being built higher and higher. While the former class neighborhoods become places of luxury homes, the inhabitants are forced to leave the centers that are now reserved for those working in the buildings. Unlike the speeches of leaders, building new road circuits, new bridges and airports are far from solving the problem of traffic. New residential areas which agglomerate around these highways increase further the number of inhabitants, pushing the limits of the city by destroying the last forests, watersheds that have survived so far. For those who leave Istanbul, even for a short time, the city becomes unknown and a stranger place. In this environment, the Paris of Baudelaire read through the detailed documentation of Benjamin shows the current importance of the issues he raised. Via the term of Benjamin, Istanbul is at the peak of his period of &#171; strategic embellishment &#187;17 prompted by real estate speculation, legitimized by the discourse of progress, of modernization and safety.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Although urban areas are organized to guide the crowds and citizens, to border their movements, to prevent or cause their meeting, there will always be some action that subverts the rules of the place, which reverses their standards or their organization. This means, practiced place involves a tension between obedience and disobedience. There is no one way to live in a location and the boundaries of these areas are open to change. Under the light of this information, let's ask a question : How can a place that is redesigned by a securitary and mercantile rationality, with the words of Benjamin, a place that is &#171; strategically embellished &#187; can be countered by different ways of life ? We propose to think about this issue by referring to community of Gezi that has formed, first, by the occupation of a public park which is bearing the same name and that has expanded and transformed by other forms of resistance such as temporary manifestations, street demonstrations, forums in neighborhood parks, expansive performance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gezi events began in late May 2013, to counter the construction of a barracks in the middle of Gezi Park, one of the few green spaces that is located in Beyoglu district in Istanbul. Following the violent police actions against protesters, the protest movement has expanded to other cities in Turkey and has converted to a popular insurrection against the government and its repressive measures. On 1st June 2013, the park was occupied by the resistance fighters who gradually set up tents, a library, a kitchen, an infirmary where volunteers were working in turns. Gezi community, made &#8203;&#8203;up of many diverse groups, resulting from dissimilar social strata, with quite different political views, met around the resistance movement against the government. The occupation of Gezi Park resulted in a unique experience of living together.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unlike both a political rally and a demonstration are repeatable but limited in time, the duration of the occupation of a public place is not set in advance. While resistants demanding to be heard, waiting for a satisfactory response to requests from the governors, the occupied areas began to be lived in, practiced and becomes a communal space while transforming their practitioners. Thus we can speak of an actual experience that is neither predictable nor definable in advance, but that is woven throughout its evolution. It is not an individual experience even if it is incorporated by those who has experienced and shared it, nor it's a collective experience in which individuals participate. The experiment in question is that of a collective body has to be thought in its own becoming. What was most disturbing for the governors is this experience of gathering together and acting together rather than the occupation in a public place itself. &lt;br class='autobr' /&gt;
When the park occupation was interrupted by the police intervention, the collective body that was formed subsisted during demonstrations, forums and expansive performance. This collective body has little in common with the description of violent, destructive, unreasonable crowds which is designed by theorists that we mentioned above. Instead, we ask ourselves : Until a short time ago before Gezi, most people used to jostle one another in these streets ; however, today I wonder what happened to them suddenly ? : They are extremely delicate, careful. Today they apologize when they touch a bit, they take care of those who are in trouble ; they help others even in times of panic and danger&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Before concluding, we propose to discuss what we meant with the &#171; expansive performance &#187;. At the end of that two weeks time, the park occupiers and visitors were expelled with an extremely violent intervention. The day after this event, one man kept to stay without moving, in an almost meditative state, in the middle of the Taksim square. His action or his inaction was doubly subversive. Because, first, it was opposed to the act of passing that characterizes the cities and urban movement. The ratio of urban temporality was interrupted both by refusal of the action and speed. Secondly, the performance of the &#171; man who stands &#187; was a quiet and peaceful response to this shattering intervention. Because the operation was carried out under very unfair conditions. The day before, the governor of Istanbul had publicly stated that there would be no intervention. So, that Saturday evening, the park was populated by people including children and the old. Unlike other days, people were not protected ; most did not have a gas mask, neither helmet nor products against the effects of pepper spray. Besides, the intervention was achieved despite a joint decision to end the occupation of the park and leave a symbolic tent instead. The result, many people were seriously injured and put into custody.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In these circumstances, there was nothing more to say and to do than stay inert. At the same time, the first performance which lasted for six hours, continuously symbolizes a quiet and persistent force. It was also a gesture which baffled the police. These revolved around a silent, motionless, unarmed man and they did not know what to do with. Filmed by bystanders and already seen by thousands of people within a few hours via the Internet, the gesture of the &#171; man who stands &#187; spreads. The next day, in different cities in Turkey, we saw frozen peoples everywhere, in the corner of the street, in front of a store&#8230; The community that has formed in Gezi Park comes out of its geometric limits ; it spreads and transforms other places in practiced and lived space. &lt;br class='autobr' /&gt;
In Turkey, the results of the last two successive elections, certainly, created greater frustration not only among those who were part of the resistance movement but also among much of the population. Nevertheless, the experience of the collective body that was formed during the occupation of Gezi Park, which has taken on new forms in the forums, through the expansive performances is now embodied in our memories. &#171; All original experience keeps in his breast some germs that are promised further development &#187;18.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &#171; Je monte, je valide &#187; : les machines nous parlent et parlent &#224; notre place. Faut-il s'orienter autrement ? I get on board and validate my ticket</title>
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		<dc:date>2014-10-30T18:06:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Diane Morgan</dc:creator>



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&lt;p&gt;Diane Morgan, School of Fine Art, History of Art &amp; Cultural Studies, University of Leeds, U.K. findlm@leeds.ac.uk/ DianeMorgan1@orange.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous trouverez la version anglaise &#224; la fin de cet article. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au moins en r&#233;gion parisienne, les autobus de la RATP nous parlent et parlent &#224; notre place. Ils nous disent &#171; je monte, je valide &#187; ; de cette fa&#231;on ils nous rappellent qu'il nous faut un titre de transport en cours de validit&#233; pour profiter du transport public. Je sais d&#233;j&#224; que quand (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=42" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; : &#034;Les usages politiques du corps&#034; en Albanie aout 2014&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Diane Morgan, School of Fine Art, History of Art &amp; Cultural Studies, University of Leeds, U.K. &lt;br class='autobr' /&gt;
findlm@leeds.ac.uk/ DianeMorgan1@orange.fr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous trouverez la &lt;strong&gt;version anglaise &lt;/strong&gt; &#224; la fin de cet article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moins en r&#233;gion parisienne, les autobus de la RATP nous parlent et parlent &#224; notre place. Ils nous disent &#171; je monte, je valide &#187; ; de cette fa&#231;on ils nous rappellent qu'il nous faut un titre de transport en cours de validit&#233; pour profiter du transport public. Je sais d&#233;j&#224; que quand mon corps monte dans un autobus, je suis oblig&#233;e d'acheter ou d'avoir achet&#233; sa place. C'est la moindre des choses, si je veux tirer tous les avantages que me propose un r&#233;seau de v&#233;hicules motoris&#233;es subventionn&#233; par la municipalit&#233; et l'Etat. J'accepte cette condition et souhaite bien qu'il y ait toujours un syst&#232;me de transport en commun. Cependant je reste un peu d&#233;rang&#233;e par cette interpellation&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Club Med Gym, je paie aussi le prix pour mon corps. Peut-&#234;tre pas pour mon corps actuel, mais pour le corps que je pense vouloir et devoir avoir ! Mais j'assume cette d&#233;cision. L&#224; aussi, les machines parlent. Les tapis roulants, les douches, les s&#232;che-cheveux annoncent, (chacun poss&#232;de sa propre voix) : &#171; je suis en maintenance &#187;. Ces pannes sont un peu emb&#234;tantes car je paie tr&#232;s cher pour me servir de ces choses. Cependant, le fait qu'elles ne&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_207 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L300xH180/Diane-c0d55.jpg?1773011539' width='300' height='180' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Image 2 : Les machines du CMG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dissimulent pas leur d&#233;faillance mais me la communiquent en toute franchise, probablement me r&#233;concilie avec mon choix de consommation. Je reste fid&#232;le &#224; &#171; mon club &#187; et ainsi continue d'adh&#233;rer &#224; ses propos, tels que : &#171; J'ai les yeux de ma m&#232;re, pour le reste c'est Club Med Gym &#187; ; ou &#171; CMG : Un corps sain dans un esprit club &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois p&#233;niblement post-body pump, -body sculpt, -abdo-fessiers, ma carcasse &#233;merge du sous-sol du club de gym et se met raidement en marche vers la libre et lumineuse rue publique o&#249; je dois retirer de l'argent d'un distributeur qui m'annonce, peut-&#234;tre fi&#232;rement, &#171; je suis un distributeur multifonctionnel &#187;. Je suis ravie pour lui mais je ne sais pas vraiment ce qu'il veut dire et pourquoi il m'adresse ainsi la parole alors qu'il me faut simplement des sous pour faire les courses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis pour l'interaction, pour un &#233;change agr&#233;able entre concitoyens (aussi bien qu'avec les autres qui ne d&#233;tiennent pas les droits de s'identifier ainsi) et pour les dispositifs qui mettent en &#339;uvre les rapports pr&#233;sum&#233;s contractuels entre nous en agen&#231;ant nos corps individuels ensemble. Mais je suis pour &#171; tout cela &#187; en tant que personne autonome qui a int&#233;gr&#233; des principes de comportement pour- si ce n'est &#8216;par'- elle-m&#234;me au nom de l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique (probablement &#224; venir). Par cons&#233;quent, je ne devrais pas me voir ainsi adress&#233;e la parole comme &#224; quelqu'un d'immature et d'irresponsable, qui n'est pas capable d'op&#233;rer en tant que bonne citoyenne toute seule sans qu'un autobus me souffle mes devoirs en faisant semblant d'&#234;tre moi-m&#234;me. Je ne devrais pas non plus &#234;tre pr&#233;sent&#233;e comme une animiste superstitieuse qui croit que la technologie poss&#232;de un esprit et peut r&#233;ellement s'exprimer, m&#234;me si je constate r&#233;guli&#232;rement qu'elle est plus performante et plus puissante que moi. Je dois aussi avouer que je suis un &#234;tre d&#233;j&#224; fatigu&#233; par cette sollicitation constante d'&#233;crans et des panneaux. En gros, j'&#233;prouve le besoin d'espace, d'un espace autre, un espace de jeu (&lt;i&gt;Spielraum&lt;/i&gt;) pour m'orienter selon une id&#233;e plus expansive et m&#234;me plus joyeuse (moins format&#233;e, moins pr&#233;-enregistr&#233;e, plus spontan&#233;e, plus vivante) de la citoyennet&#233; (1). O&#249; la chercher ? Comment l'inventer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous interrogeons sur la question des usages politiques du corps. Mais que serait-ce exactement qu'un usage non-politique du corps ? Existe-t-il vraiment ? L'endroit pr&#233;cis o&#249; notre corps &#233;merge dans ce monde, et l&#224; o&#249; il cesse d'avoir une vie, sont situ&#233;s dans un contexte qui est en fin de compte politique, souvent inextricablement li&#233; &#224; la production, la distribution, l'&#233;change et la consommation de biens et de services, c'est-&#224;-dire &#224; l'&#233;conomie. J'aurais plus ou moins de chance d'avoir une vie &#233;panouie. L'argent peut jouer un r&#244;le l&#224;-dedans, m&#234;me si, comme le montre bien Zola dans &#171; Comment on meurt &#187;, l'argent est loin de garantir le bonheur d'&#234;tre aim&#233; et entour&#233; par ses proches jusqu'&#224; la fin de ses jours ; mais ceci dit, une vie sans argent peut avoir aussi son c&#244;t&#233; p&#233;nible, et m&#234;me injuste ! Ainsi, la vie et la mort d'un corps peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme faisant partie du &#171; politique &#187;. De m&#234;me, les situations dans lesquelles nous-m&#234;mes pla&#231;ons nos corps, volontairement ou pas, les lieux de travail dans lesquels ils s'exercent, sont politis&#233;s. Les lieux de sociabilit&#233; aussi, o&#249; nos corps peuvent s'exprimer plus librement et se d&#233;tendre, ne sont pas non plus sans r&#233;percussions politiques, ne serait-ce que par la diff&#233;rence entre le champ des possibilit&#233;s qui m'est offert compar&#233; &#224; celui des autres. Tout peut devenir une question politique, et tout peut-&#234;tre devrait toujours le devenir. Ou peut-&#234;tre pas&#8230; Ne faudrait-il pas garder un &#171; reste &#187;, un r&#233;sidu corporel, qui y &#233;chappe, au nom m&#234;me d'une politique plus &#171; utopique &#187;, moins contrainte par les conventions et les compromis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Walter Benjamin, l'avenir r&#233;volutionnaire allait de pair avec la construction d'un corps collectif dont l'espace (&lt;i&gt;Leibraum&lt;/i&gt;) s'interp&#233;n&#233;trerait avec celui de l'image (&lt;i&gt;Bildraum&lt;/i&gt;). Dans son essai sur le surr&#233;alisme, il affirmait que la technologie est en train d'organiser une nouvelle &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; pour &#171; la collectivit&#233; &#187;. Cette nouvelle humanit&#233; (&lt;i&gt;Menschheit&lt;/i&gt;) romprait avec la configuration &#171; classique &#187; du sujet (voire l'essai sur Kraus), laissant ainsi derri&#232;re elle des auteurs aussi radicaux que Hebel, Nietzsche, B&#252;chner et Rimbaud dont la mat&#233;rialisme demeure &#171; m&#233;taphysique &#187;, pas encore compl&#232;tement &#171; anthropologique &#187; (Benjamin 1991a, 309-310, 335 ; 2005a, 217 ; 2005b 448). Selon lui, on ne pourrait franchir le seuil qui s&#233;pare ces deux &#171; mat&#233;rialismes &#187; sans une rupture avec ces auteurs [&lt;i&gt;es geht nicht bruchlos &#252;berzuf&#252;hren&lt;/i&gt;]. Ceux-ci ne peuvent pas nous accompagner jusqu'au bout car il y a chez eux quelque chose qui &#171; reste &#187; [&lt;i&gt;&#171; es bleibt ein Rest &#187;&lt;/i&gt;], qui ne devrait pas. Pour anticiper mon argument, je d&#233;voile tout de suite que pour moi ce &#171; reste &#187; est notre rapport au corps (en tant que &lt;i&gt;K&#246;rper&lt;/i&gt;), ce qui, parmi bien d'autres choses, r&#233;siste &#224; notre assimilation totale dans le corps collectif (&lt;i&gt;der kollektiver Leib&lt;/i&gt;), &#224; cette assimilation que pr&#233;conisait par Benjamin dans le passage suivant :&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est uniquement lorsque dans la technologie l'espace du corps et de l'image s'interp&#233;n&#232;trent si profond&#233;ment que toute tension r&#233;volutionnaire devient de l'innervation corporelle collective, et toute innervation corporelle du collectif devient une d&#233;charge r&#233;volutionnaire, que la r&#233;alit&#233; s'est d&#233;pass&#233;e elle-m&#234;me au degr&#233; exig&#233; par &#171; Le manifeste communiste &#187; (ibid 2005a, 217-8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erst wenn| [in der Technologie] sich &lt;i&gt;Leib und Bildraum&lt;/i&gt; so tief durchdringen, dass alle revolution&#228;re Spannung &lt;i&gt;leibliche&lt;/i&gt; kollektive Innervation, alle &lt;i&gt;leiblichen&lt;/i&gt; Innervationen des Kollektivs revolution&#228;re Entladung werden, hat die Wirklichkeit so sehr sich selbst &#252;bertroffen, wie &#171; Das kommunistische Manifest &#187; es fordert (ibid 310).&lt;br class='autobr' /&gt;
[N.B je note qu'ici nous nous adressons au &#171; Leib &#187; et pas au &#171; K&#246;rper &#187;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve cette analyse de Benjamin tr&#232;s probl&#233;matique. D'ailleurs je consid&#232;re que souvent on ne r&#233;-actualise pas assez ses id&#233;es. Dans la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui, avec l'emprise des espaces-images (&lt;i&gt;Bildr&#228;ume&lt;/i&gt;) sur nos corps et nos esprits, une telle affirmation de la part de Benjamin risque de nous faire tomber dans le m&#234;me engouement immature pour les nouvelles technologies, contre lequel il voulait justement nous pr&#233;munir (2). Une immersion trop profonde dans &#171; la seconde nature &#187; &#233;voqu&#233;e en premier par Luk&#225;cs, c'est-&#224;-dire ce monde certes invent&#233; par nous mais qu'on ne ma&#238;trise plus depuis longtemps, &#233;limine toute possibilit&#233; de distance critique (Luk&#225;cs 1971a, 53 ; 1971b, 62). Benjamin semblerait nous pousser &#224; nous rapprocher de plus en plus de cette technologie, d'abolir toute distance qui nous s&#233;pare d'elle : selon lui il faut &#171; rendre les choses &#171; plus proches &#187; de soi &#187; ; il annonce que &#171; le besoin s'impose [aux masses, &#224; nous ?] de poss&#233;der l'objet d'aussi pr&#232;s que possible, dans son image, ou plut&#244;t dans son reflet, dans sa reproduction&#8230; &#187; (Benjamin 1989, 2002, 105)***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; de consommation nous pousse elle aussi &#224; avoir tout &#224; port&#233;e de main, de jouir de la tactilit&#233; de ses appareils si interactifs, cens&#233;s nous mettre en contact avec tout le monde, partout et n'importe quand (3) Il suffit que le t&#233;l&#233;phone &#171; vibre &#187; dans une poche pour qu'on agisse, ou plut&#244;t r&#233;agisse, le plus souvent sans d&#233;lai, avec l'ob&#233;issance ali&#233;nante qu'&#233;voquait par Luk&#225;cs il y a pr&#232;s d'un si&#232;cle. Pour employer ses propres termes, c'est avec une &#171; n&#233;cessit&#233; &#187; quasi &#171; fataliste &#187; (&#171; eine &lt;i&gt;fatalistische Notwendigkeit&lt;/i&gt; &#187;) que nous agen&#231;ons nos corps et nos esprits dans la cadence de ces machines ; un tel automatisme rel&#232;ve bien du r&#233;gime f&#233;tichiste, si bien d&#233;crit par Luk&#225;cs, dans lequel le sujet &#171; agissant &#187; est transform&#233; &#171; en simple organe visant la saisie des r&#233;sultats possibles &#187; (&lt;i&gt;ein blosser Auffassungsorgan)&lt;/i&gt; &#224; l'int&#233;rieur d'un syst&#232;me qui fournit les donn&#233;es &#224; traiter (Luk&#225;cs 1985, 265-6 ; 1983, 128-130 ; 2007, 163-5). Un tel syst&#232;me s'anime - et nous stimule &#224; bouger nous aussi, car nous sommes d&#233;j&#224; impliqu&#233; l&#224;-dedans - en incitant &#171; le mouvement des choses sous le contr&#244;le desquelles [nous nous trouvons] au lieu de les contr&#244;ler &#187;, pour citer Marx (Marx 1976, 71 ; 1979, 167-8 ; 2005, 89).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce sc&#233;nario, nos &#171; actions &#187; deviennent pr&#233;visibles, puisque jusqu'&#224; un certain point elles sont programm&#233;es d'avance, et par cons&#233;quence nous risquons de nous fermer aux &#233;ventualit&#233;s non calculables. D'o&#249; l'importance signal&#233;e par Alain Brossat, - du moins pour ce que j'imagine car, h&#233;las, j'ai manqu&#233; son expos&#233; et la discussion qui s'ensuivit &#8211; l'importance de ce qui tombe sur nous, et nous fait tomber, c'est-&#224;-dire ce qui nous emp&#234;che d'aller jusqu'au bout de nos &#171; projets &#187;, de nos &#171; objectifs &#187; ; l'importance de ce qui entrave notre &#171; performativit&#233; &#187;, mettant en &#233;chec nos vis&#233;es vers un futur qu'on pense vouloir bien &#171; g&#233;rer &#187;. Paradoxalement, l'illusion de g&#233;rer les risques engendre un danger particuli&#232;rement aigu, celui de se trouver expos&#233; &#224; ce qui advient, quand cela advient, et d'&#234;tre ainsi d'autant plus frapp&#233; par ce qui advient. On se ferme contre un avenir qui n'existe pas encore et de fait on ne pourrait jamais le conna&#238;tre compl&#232;tement d'avance. On n'est pas pr&#234;t, et de toute fa&#231;on on ne pourrait jamais s'y pr&#233;parer totalement. Ce sont souvent des choses li&#233;es &#224; l'&#171; amour et de la mort &#187; qui se pointent d'une fa&#231;on si inattendue, alors qu'elles font partie de la vie, apr&#232;s tout. Ces &#171; choses &#187; - le corps, les sentiments, les pens&#233;es de l'individu dans ses rapports avec ses autres- sont bien mentionn&#233;es en passant par Benjamin, dans une variante de &#171; L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#232;re de sa reproductibilit&#233; technique &#187;. Il les &#233;voque en terme d'une autre &#171; volont&#233; utopique &#187; qui r&#233;clame que ces grandes questions concernant la vie [&lt;i&gt;die Lebensfragen&lt;/i&gt;] de l'individu, je dirais ici en tant que corps (&lt;i&gt;K&#246;rper&lt;/i&gt;), soit &#233;ventuellement incorpor&#233;es dans le projet r&#233;volutionnaire pour le corps collectif (&lt;i&gt;kollektiver Leib&lt;/i&gt;) (Benjamin 1989, 665-6 ; 2002, 134-5). Mais &#231;a aurait &#233;t&#233; quand, ce moment-l&#224; ? &#199;a aurait pu &#234;tre quand exactement ? Et aujourd'hui, o&#249; sommes-nous par rapport &#224; tout cela ? Quelle qualit&#233; de rapport entre ces deux corps vivons-nous aujourd'hui suite &#224; notre &#171; r&#233;volution technologique &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin soutenait que l'image-espace cin&#233;matographique nous offrait un terrain d'entra&#238;nement pour nous hisser &#224; la hauteur du monde moderne (ibid 365 &amp; 111). Pour lui, cette technologie avait le potentiel de bouleverser le vieil ordre social et d'en construire un autre, plus &#233;galitaire et donc plus riche de sens. Rien de cela n'est plus aussi s&#251;r aujourd'hui, dirais-je. [Ceci dit, je suis pr&#234;te &#224; retirer une grande partie de ce que je viens de dire quand je vois un bon film, et notamment un bon documentaire, comme ceux que nous avons visionn&#233; ensemble les soirs pr&#233;c&#233;dents. Mais Kujtim &#199;ashku aussi parlait avec l'ambivalence du pouvoir de l'image, je me permets alors d'avancer dans mon argument avec la b&#233;n&#233;diction de ce cin&#233;aste]. Li&#233;s par les images-espaces, nous ne nous mouvons plus &#171; librement &#187; car nous ne reconnaissons pas la &#171; contingence intelligible &#187; qui les anime, (&lt;i&gt;intelligible Zuf&#228;lligkeit&lt;/i&gt;), pour citer de nouveau Luk&#225;cs (op cit). Ceci risque de nous emp&#234;cher de voir que le monde pourrait &#234;tre organis&#233; autrement avec d'autres choses, ou peut-&#234;tre avec moins de choses comme certains le pr&#233;conisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du 20&#232; si&#232;cle, Luk&#225;cs d&#233;crivait une vie moderne qui s'&#233;tait &#171; d&#233;pourvue de sens &#187;, (&lt;i&gt;nicht mehr sinnf&#228;llig)&lt;/i&gt;, puisque elle s'&#233;tait &#233;loign&#233;e de nos sens (&lt;i&gt;sinnesfremden&lt;/i&gt;). Notre incapacit&#233; quelque part &#224; nous connecter au monde, alors qu'on n'arr&#234;te pas de tenter de nous convaincre que nous pouvons l'&#234;tre partout et n'importe quand- il suffit de nous abonner en bien choisissant notre serveur- fait que, m&#234;me, ou surtout, en tant que nomade num&#233;ris&#233;, nous manquons &#171; d'espace de jeu &#187; (&lt;i&gt;Spielraum&lt;/i&gt;) (4) . Comment s'orienter autrement ? Que faire avec le reste- s'il en reste- qui n'a pas &#233;t&#233; assimil&#233; dans la coalescence entre &lt;i&gt;image-espace &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;corps-espace&lt;/i&gt; encens&#233;e par Benjamin, mais qui nous est peut-&#234;tre maintenant vendu par les multinationaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens &#224; mon point de d&#233;part : ces autobus et autres machines qui nous parlent avec leurs &#233;crans. Mais ces machines ne font que nous donner une repr&#233;sentation sensible d'une id&#233;e &#224; laquelle nous adh&#233;rons de toute fa&#231;on, celle de la solidarit&#233; collective avec un syst&#232;me municipal de transport, ou un club, ou une soci&#233;t&#233; (m&#234;me si c'est la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale, &#171; ma banque &#187;). O&#249; est le mal ?... Il est bien des choses &#224; dire. Une d'elles serait que ce sont des machines qui nous fournissent cette image, que nous ne la produisons pas par nous-m&#234;mes. Il s'agit d'une &#171; seconde nature &#187;, qui ne se confond pas avec &#171; l'autre nature &#187; que d&#233;crit Kant dans&lt;i&gt; La Critique du Jugement&lt;/i&gt;, une production de notre propre imagination (Luk&#225;cs 1971a, 53 ; 1971b, 62). Je vous rappelle ce passage &#167;49 o&#249; Kant &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imagination (comme capacit&#233; de connaissance productive) est tr&#232;s puissante dans la cr&#233;ation de, pour ainsi dire, une autre nature avec la mati&#232;re qu'elle, la nature r&#233;elle, lui donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Die Einbildungskraft (als produktives Erkenntnisverm&#246;gen) ist n&#228;mlich sehr m&#228;chtig in Schaffung gleichsam einer anderen Natur, aus dem Stoffe, den ihr die wirkliche gibt (Kant 1986, 246 ; 1988, 176).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luk&#225;cs voulait attirer l'attention sur l'&#233;cart qu'il voyait exister entre les structures, constructions, formes, les &#171; &lt;i&gt;Gebilde&lt;/i&gt; &#187;, qui composent la sc&#232;ne (&lt;i&gt;Schauplatz&lt;/i&gt;) et la base (&lt;i&gt;Substrat&lt;/i&gt;) de nos vies psychiques et physiques, et les n&#233;cessit&#233;s trans-individuelles et existentielles (&lt;i&gt;die &#252;berpers&#246;nlichen, seinsollenden Notwendigkeiten&lt;/i&gt;) (Luk&#225;cs 1971a, 53 ; 1971b, 62). Il faut bien des images pour pouvoir nous orienter dans ce monde. Kant lui-aussi parlait des &#171; repr&#233;sentations figuratives &#187; &#171; &lt;i&gt;bildliche Vorstellungen &lt;/i&gt; &#187; qui doivent s'associer y compris aux id&#233;es les plus abstraites, les plus &#233;loign&#233;es de nos sens. Ce sont les &#171; repr&#233;sentations figuratives &#187; qui introduisent du &#171; sens &#187; et de la &#171; signifiance &#187; (&lt;i&gt;Sinn und Bedeutung&lt;/i&gt;) dans nos id&#233;es et nous aident &#224; nous orienter dans notre monde (Kant 1988, 267 ; 2001, 7). Les &#171; repr&#233;sentations figuratives &#187;, qui nous accompagnent partout et que nous devons produire et reproduire sans cesse, sont n&#233;cessaires pour nous situer dans ce monde comme personne, dot&#233;e d'un esprit et un corps. Kant explique que le sens originaire de l'&#171; orientation &#187; est g&#233;ographique : elle signifie s'appuyer sur une direction donn&#233;e pour trouver les autres (ibid 269, 8). Cette capacit&#233; est inn&#233;e, mais elle devient une habitude dans sa pratique. Nous nous identifions tout le temps comme positionn&#233; par rapport &#224; un contexte bien plus large. On se trouve d&#233;j&#224; plac&#233; dans une r&#233;gion (&lt;i&gt;eine Weltgebend&lt;/i&gt;) ayant pr&#233;alablement divis&#233; l'horizon en quatre directions &#8211;le nord, le sud, l'ouest, l'est- par rapport &#224; ce qu'on appelle conventionnellement &#171; le lever du soleil &#187; (&lt;i&gt;den Aufgang&lt;/i&gt;) (ibid). A partir de l&#224;, on s'oriente, on se retrouve, on s'avance, on s'aventure. Mais ce sens de l'orientation n'est pas purement visuel : elle ne d&#233;pend pas uniquement de la vision du soleil ou, en son absence, de la lune et des &#233;toiles- car il faut noter que dans le K&#246;nigsberg de Kant les rues &#233;taient sombre la nuit et que l'on pouvait voir la vo&#251;te c&#233;leste . S'il ne se fiait qu'&#224; l'optique, qu'&#224; ce qu'il voyait, m&#234;me un astronome se perdrait dans l'espace, dit Kant. En sus du sens de la vision, il nous faut le sentiment (&lt;i&gt;das Gef&#252;hl)&lt;/i&gt; d'une diff&#233;rence entre nos deux c&#244;t&#233;s, le gauche et le droit. Cette distinction est ressentie en moi en tant que sujet. C'est un simple sentiment (&lt;i&gt;ein blosses Gef&#252;hl&lt;/i&gt;), ne relevant pas d'une intuition ext&#233;rieure ; il n'y a pas de diff&#233;rence perceptible (c'est-&#224;-dire visible) entre ces deux c&#244;t&#233;s (7). M&#234;me &#233;quip&#233;e de cette distinction comme outil pour r&#233;partir l'espace, je peux encore m'&#233;garer si la position habituelle des choses autour de ce corps ainsi diff&#233;renci&#233; est d&#233;rang&#233;e. Nous distinguons, sans l'appui stable d'une &#8216;vraie diff&#233;rence' ancr&#233;e biologiquement alors que les choses de ce monde sont dispos&#233;es autour de ce corps ainsi structur&#233; (Foucault 2009,17). Notre position de &#171; sujet &#187; n'est pas in&#233;branlable, il n'est pas de raison d'&#234;tre pr&#233;somptueux. Mais malgr&#233; tout, on fait des choses. On construit notre monde sans cesser, avec plus en moins de conscience. On s'oriente, plus ou moins bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion de l'orientation, comme approche comparative dont la pratique nous m&#232;ne, s'applique aussi bien &#224; l'orientation intellectuelle. Pour bien s'exercer, la raison a besoin de directions, de constructions, de bases, de limites. Ou plus exactement, la raison en ressent le besoin. Ou plus pr&#233;cis&#233;ment encore, Kant se reprend : &#233;tant donn&#233; que la raison ne sent pas, il vaut mieux dire que la raison, percevant son manque d'appui, produit, &#224; travers sa pulsion de connaissance, &#171; le sentiment de besoin &#187; de ces aides, de ces outils, de ces boussoles intellectuelles, afin de se guider. (&lt;i&gt;Die Vernunft f&#252;hlt nicht ; sie sieht ihren Mangel ein, und wirkt durch den Erkenntnistrieb das Gef&#252;hl des Bed&#252;rfnisses&lt;/i&gt;) (Kant 1988, 274-5 ; 2001, 12-3). La pierre de touche de ce sujet qui s'aventure dans l'obscurit&#233;, recherchant en t&#226;tonnant les choses qui pourront lui servir de points de rep&#232;res dans le monde, cette pierre de touche est de penser pour soi-m&#234;me, librement : &lt;i&gt;selbst denken&lt;/i&gt; (ibid 280-3 ; 16-8). Mais comment le faire ? Comment s'engager dans les appareillages soci&#233;taires qui s'adresseraient &#224; nous en tant que citoyen &#171; autonome &#187; ? Comment &#171; monter et valider &#187; tout en gardant sa majorite, &#171; seine &lt;i&gt;M&#252;ndigkeit&lt;/i&gt; (Kant 1997b 53 ; 1994, 54) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant nous propose plusieurs astuces pour devenir un &#171; libre penseur &#187;. D'abord on ne devrait pas juger de fa&#231;on d&#233;terminante quand on ne sait pas de quoi on parle- de cette fa&#231;on l'ignorance ne devient pas une source d'erreur. Cette proposition est raisonnable, mais, il est vrai, est rarement respect&#233;e ! Ceci dit quand il faut passer &#224; l'acte sans attendre la pleine connaissance de cause, il faut bien assumer la situation et trancher en employant des m&#233;thodes strat&#233;giques pour se guider. Par exemple, pour concevoir ce qui est limit&#233;, il nous faut une notion de ce que ne l'est pas. C'est &#224; cette condition qu'on donne une place &#224; quelque chose comme un Dieu, &#224; celui qui peut &#234;tre &#224; l'origine des choses ; il nous faut quelque chose comme &#171; lui &#187;. Par contre, peupler notre monde avec d'autres pures cr&#233;atures spirituelles, comme les f&#233;es ou les anges, ne nous est pas utile. Ces &#171; repr&#233;sentations visuelles &#187; (&lt;i&gt;bildliche Vorstellungen&lt;/i&gt; &#187; ail&#233;es peuvent m&#234;me nous distraire et nous &#233;garer (Kant 1988, 272 ; 2001, 10-1). Mais surtout, pour penser librement, il faut r&#233;sister &#224; toute compulsion ou emprise (&lt;i&gt;Zwang&lt;/i&gt;) sur notre pens&#233;e ; ne pas accepter que quelqu'un s'arroge le droit de parler &#224; notre place qui fait qu'on se retrouve sous la garde de quelqu'un ; n'accepter que les lois que nous nous sommes donn&#233;es ou que nous nous serions donn&#233;es nous-m&#234;mes (ibid 280 &amp; 16). Mais il faut bien des lois et des limites. Une pens&#233;e compl&#232;tement d&#233;cha&#238;n&#233;e est un peu folle. Notre acheminement vers l'&#233;claircissement doit &#233;viter le pi&#232;ge de devenir allum&#233; d'enthousiasme, pensant &#234;tre en possession de choses acquises, mais qui ne sont bas&#233;es que sur des croyances transmises de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, devenues &#171; des faits &#187; gr&#226;ce &#224; des &#171; documents intrusifs &#187; non v&#233;rifi&#233;s, accept&#233;s avec une servitude volontaire sans qu'elle soit reconnue comme telle. On se trompe si l'on croit que &lt;i&gt;l'Aufkl&#228;rung&lt;/i&gt; d&#233;pend de la quantit&#233; d' &#171; informations &#187; qu'on &#171; a &#187;. Acqu&#233;rir des informations n'est pas la connaissance. Trop d'informations peuvent aussi nous &#233;garer. S'&#233;clairer implique forc&#233;ment un exercice d'auto-limitation, un savoir-dire &#171; non, &#231;a suffit, ce n'est pas pour moi &#187;- ou plut&#244;t &#171; ce n'est pas pour moi car cette action, cette pens&#233;e, ne pouvait pas devenir, ou ne devrait jamais devenir, un principe universel &#187; pour les autres non plus. Se servir de sa propre raison n&#233;cessite que l'on se demande, chaque fois qu'on est cens&#233; prendre quelque chose sur nous, &#224; notre compte, si, &#224; partir de la raison pourquoi on l'accepte, ou &#224; partir de la r&#232;gle qui peut d&#233;couler de ce quelque chose qu'on va peut-&#234;tre accepter, il est possible d'en faire un principe g&#233;n&#233;ral de son usage de raison :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sich seiner eigenen Vernunft bedienen will nichts weiter sagen als, als bei allem dem, was man annehmen soll, sich selbst fragen : ob man es wohl tunlich finde, den Grund, warum man etwas annimmt, oder auch die Regel, die aus dem, was man annimmt, folgt, zum allgemeinen Grundsatze seines Vernunftgebrauchs zu machen (ibid 283).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Kant, si je monte, c'est parce que j'ai d&#233;j&#224; &#8216;valid&#233;' en mesure de ma capacit&#233; (on n'a pas besoin de me faire la le&#231;on, j'ai eu de l'&#233;ducation et continue &#224; m'instruire). Il faut surtout ne pas parler &#224; ma place de cette mani&#232;re. Je ne suis pas compl&#232;tement &#233;go&#239;ste, je pense aux autres. Je suis bien oblig&#233;e. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour ces raisons que je r&#233;siste &#224; toute mobilisation g&#233;n&#233;rale que je ne pourrais pas &#171; situer &#187; selon mon &#171; propre &#187; sens de l'orientation. Ce &#171; sens &#187;, tout en &#233;tant un &#171; bien &#187;, je ne le poss&#232;derais jamais enti&#232;rement, il fait partie d'un processus continuel de r&#233;ajustement &#224; ce pour quoi on attache de la valeur, ou, pour dire les choses autrement, il fait partie d'un projet de r&#233;&#233;valuation de ce qu'on veut, et de ce qu'on ne veut pas, incorporer. Cette r&#233;&#233;valuation est bien n&#233;cessaire. Mais elle pourrait &#234;tre aussi bien int&#233;ressante et m&#234;me amusante (menant &#224; la cr&#233;ation d'un &lt;i&gt;Spielraum&lt;/i&gt; collectif), si on faisait un peu ensemble, et pas compl&#232;tement &#224; titre individuel/individualiste. Mais dans quel(s) corps ? : &lt;i&gt;Leib, K&#246;rper ou Leib/K&#246;rper ?&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
1 Pour &#171; Spielraum &#187; voir Benjamin (1989, 377 ; 2002, 117). Voir aussi Kant (1986, 130 &amp; 134 ; 1988, 88, 91 &#167;21 &amp; 23) and Schiller (1982, 60-1, 94-109).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Je pense bien s&#251;r ici, &#224; la d&#233;finition du fascisme de Benjamin, c'est-&#224;-dire &#171; l'esth&#233;tisation de la politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Je note aussi l'appauvrissement de notre sens haptique qui est r&#233;duit &#224; une pouss&#233;e, parfois fr&#233;n&#233;tique quand il n'y a pas de r&#233;ponse, de ces &#233;crans &#171; tactiles &#187;. Voir aussi &lt;i&gt;Minima Moralia&lt;/i&gt; &#167;19 &#171; Nicht anklopfen &#187; d'Adorno pour son analyse de comment nos gestes deviennent de plus en plus barbares, non-raffin&#233;s, d&#251; &#224; cette technologie &#171; smarte &#187;, trop &#171; smarte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Ici, en parlant du &#171; monde &#187;, je pense au d&#233;fi cosmopolitique propos&#233; par Kant de penser le monde &#171; comme un tout &#187;. Cette id&#233;e a une utilit&#233; &#171; utopique &#187; en tant que &lt;i&gt;focus imaginarius &lt;/i&gt; (see Kant 1983, 533-4 B672-7 ; Morgan 2013, 120-9 ; 2014, 126-154). Comme Kant le dit, &#171; le monde entier &#187; (&lt;i&gt;das Weltganze&lt;/i&gt;), duquel nous faisons partie, n'est pas une destination que nous ne pourrions jamais atteindre en tant que telle. N&#233;anmoins nous devrions agir d'une fa&#231;on responsable envers &#171; elle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Comparez cette analyse avec le reproche de Benjamin vis-&#224;-vis de Kant, que ce dernier r&#233;duirait notre exp&#233;rience du cosmos &#224; l'optique ; par exemple &#171; Au plan&#233;tarium &#187; dans Sens unique (Benjamin 1991b, 147 ; 2004, 486) : &#171; &#8230;[dieser Erfahrung des Kosmos] dem Einzelnen als Schw&#228;rmerei in sch&#246;nen Sternenn&#228;chten anheimzustellen &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Au-dessus des t&#234;tes citadines d'aujourd'hui, il n'y a apparemment plus de vo&#251;te c&#233;leste. La pollution atmosph&#233;rique (en y incluant l'&#233;clairage public) a &#233;teint notre ciel. Dans son projet photographique intitul&#233; &#171; Villes &#233;teintes &#187;, Thierry Cohen part &#224; la recherche de cette perspective manquante. Se calant sur une m&#234;me latitude, il la rep&#232;re dans les endroits peu habit&#233;s, par exemple dans le d&#233;sert, pour la transposer de nouveau au-dessus de nos horizons urbanis&#233;s. Ainsi, il nous rappelle ce que nous avons perdu, ou plut&#244;t il nous montre ce qui est toujours l&#224; mais que nous ne pouvons plus voir depuis nos grandes villes actuelles. On sait &#224; quel point &#171; le ciel &#233;toil&#233; &#187; &#233;tait pour Kant une partie constitutive de ce que nous sommes, et devrions devenir. Sa &#171; perte &#187; et son &#233;ventuelle r&#233;cup&#233;ration sont ainsi d'une grande importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Ici je simplifie : l'analyse par Kant de la territorialisation du corps est ailleurs bien plus compliqu&#233;e. Voir par exemple, son &#171; &#171; Von dem ersten Grunde des Unterschiedes der Gegenden im Raume &#187; [Du Fondement de la diff&#233;rence des r&#233;gions dans l'espace] (1768) in Kant 1977, 993-1002, aussi Morgan 2000, 41-3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 En ce qui concerne la distinction &#8220;Leib&#8221;/ &#8220;K&#337;rper&#8221;, il faudrait analyser &#8220;Schemata zum psychophysischen Problem&#8221; de Benjamin (1991c).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adorno, T ; W (1991) &lt;i&gt;Minima Moralia&lt;/i&gt; Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W (1991a) &#8220;Der Surrealismus : Das letzte Momentaufnahme der europ&#228;ischen Intelligenz&#8221; and &#8220;Karl Krauss&#8221; in &lt;i&gt;Gesammelte Schriften : Aufs&#228;tze, Essays, Vortr&#228;ge&lt;/i&gt; Bd II,I Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W (1991b) &#8220;Einbahnsstrasse&#8221; in &lt;i&gt;Gesammelte Schriften : Kleine Prosa, Baudelaire-Ubertragungen&lt;/i&gt; Bd IV,i Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W. (1991c) &#8220;Schemata zum psychophysischen Problem&#8221; in &lt;i&gt;Fragmente Autobiographische&lt;/i&gt; Schriften Bd VI Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W. (1989) &#8220;Das Kunstwerk im Zeitalter seiner technischen Reproduzierbarkeit&#8221; &amp; &#8220;Im &#252;brigen bricht in den Revolutionen&#8230;&#8221; I &lt;i&gt;Nachtr&#228;ge&lt;/i&gt; Gesammelte Schriften Bd. VII, I &amp; ii, hrsg. R Tiedemann &amp; H. Schweppenh&#228;user, Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W (2002) &#8220;The Work of Art in the Age of Its Technological Reproducibility&#8221; 2nd version &amp; &#8220;A Different Utopian Will&#8221; in &lt;i&gt;Selected Writings &lt;/i&gt; Vol III ed. H. Eiland &amp; M. Jennings Belknap Harvard University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W (2004) &#8220;One-Way Street&#8221; in &lt;i&gt;Selected Writings&lt;/i&gt; Vol I ed. M &lt;br class='autobr' /&gt;
Bullock &amp; M. Jennings Belknap Harvard University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W (2005a) &#8220;Surrealism : The Last Snapshot of the European Intelligentsia&#8221; in &lt;i&gt;Selected Writings&lt;/i&gt; Vol II, i, ed.M. Jennings, H. Eiland &amp; &lt;br class='autobr' /&gt;
G.Smith, Belknap Harvard University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W. (2005b) &#8220;Karl Krauss&#8221; in &lt;i&gt;Selected Writings&lt;/i&gt; Vol II, ii ed. M. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jennings, H. Eiland &amp; G.Smith Belknap Harvard University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foucault, M. (2009) &lt;i&gt;Le corps utopique, les heterotopies&lt;/i&gt; postface D. Delfert, Nouvelles &#233;ditions Lignes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, I. (1977a)&#8221;Von dem ersten Grunde des Unterschiedes der Gegenden im Raume&#8221; in &lt;i&gt;Vorkritische Schriften bis &lt;/i&gt; 1768 Werkausgabe Bd II ed. W.Weischedel Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, I. (1977b) &#8220;Beantwortung der Frage:was ist Aufkl&#228;rung ?&#8221; in &lt;i&gt;Schriften zur Anthropologie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Geschichtsphilosophie, Politik und P&#228;dagogik&lt;/i&gt; I in Werkausgabe Bd XI ed. W.Weischedel Frankfurt am Main : Suhrkamp&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, I (1988) &#8220;Was hei&#946;t : sich im Denken orientieren ?&#8221; in &lt;i&gt;Schriften zur Metaphysik und Logik &lt;/i&gt; I Werkausgabe Bd V ed. W.Weischedel Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, I. (1994) &#8220;An Answer to the Question : &#8220;What is Enlightenment ?&#8221; in &lt;i&gt;Political Writings&lt;/i&gt; ed. H Reiss, trans. H.Nisbet, Cambridge::Cambridge U.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, I (2001) &#8220;What does it mean to orient oneself in thinking ?&#8221; in &lt;i&gt;the Religion and Rational Theology&lt;/i&gt; vol. of the Cambridge Edition of the Works of Immanuel Kant, trans. A. Wood &amp; G. d Giovanni, Cambridge : Cambridge U.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, I. (1988) &lt;i&gt;Critique of Judgement&lt;/i&gt; trans.J. Meredith, Oxford : Oxford U.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, I. (1986) &lt;i&gt;Kritik der Urteilskraft&lt;/i&gt; Stuttgart : Reclam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luk&#225;cs, G. (1971a) &lt;i&gt;Die Theorie des Romans&lt;/i&gt; Darmstadt : Sammlung Luchterhand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luk&#225;cs, G. (1971b) &lt;i&gt;The Theory of the Novel&lt;/i&gt; trans. A Bostock, London : Merlin Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luk&#225;cs, G. (1985) &#8220;Die Verdinglichung und das Bewusstsein des Proletariats&#8221;in &lt;i&gt;Uber die Vernunft in der Kultur : Ausgew&#228;hlten Schriften &lt;/i&gt; 1909-1969 Leipzig : Reclam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luk&#225;cs, G. (1983) &#8220;Reification and the Consciousnes of the Proletariat&#8221; in &lt;i&gt;History and Class Consciousness&lt;/i&gt; trans R Livingstone, London : Merlin Press&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luk&#225;cs, G. (2007) &#8220;La reification et la conscience du proletariat&#8221; in &lt;i&gt;Histoire et conscience de classe &lt;/i&gt; trad. K Axelos &amp; J Bois Paris : Les &#233;ditions de minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, K (1976) &lt;i&gt;Le capital&lt;/i&gt; t.1 trad. J Roy, Paris Editions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, K. (1979) &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; Vol I trans. B Fowkes, Harmondsworth : Penguin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, K. (2005) &lt;i&gt;Das Kapital&lt;/i&gt; in Werke Bd XXIII Berlin : Karl Diez Verlag.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morgan, D. (2000) : &lt;i&gt;Kant Trouble : The Obscurities of the Enlightened &lt;/i&gt; (Taylor &amp; Francis/Routledge)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morgan, D. (2011) : &#8220;Spielraum et Greifbarkeit : un acheminement vers une architecture utopique&#8221; in &lt;i&gt;&#8220;Spielraum&#8221; : Walter Benjamin et l'architecture&lt;/i&gt; ed. L. Andreotti (Les &#233;ditions de la Villette)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morgan, D (2013) &#8220;&#8221;The Camel (the ship of the desert)&#8221; : &#8220;Fluid geography&#8221;, &#8220;Globality&#8221;, Cosmopolitics in the Work of Kant&#8221; in &lt;i&gt;The Epistemology of Utopia&lt;/i&gt; ed. J Bastos da Silva, Newcastle upon Tyne : Cambridge Scholars Publishing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morgan, D. (2014) &#8220;&lt;i&gt;Globus terraqueus :&lt;/i&gt; Cosmopolitan Law and &#8220;Fluid Geography&#8221; in the Utopian Thinking of Immanuel Kant and Pierre- Joseph Proudhon&#8221; in Law and the Utopian Imagination in the &#8220;Amherst Series in Law, Jurisprudence and Social Theory&#8221;, ed. A. Sarat, L. Douglas &amp; M. Umphrey, Stanford : Stanford U.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morgan, D. (2015) &#171; Kant and &#171; Fluid Geography &#187; : The Art of Landing on the Planet &#187; in &lt;i&gt;Con Textos Kantianos online &lt;i&gt;forthcoming&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schiller, F (1982)&lt;i&gt; On the Aesthetic Education of Man &lt;/i&gt; bilingual edition, intro. &amp; trans. E. Wilkinson &amp; L. Willoughby, Oxford : Clarendon Press, O.U.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zola, E. (2009) &lt;i&gt;Comment on meurt&lt;/i&gt; (Paris : Les &#233;ditions du Sonneur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; I get on board and validate my ticket&#8221; : The machines are speaking to us and speaking in our place&#8230; Should we orientate ourselves differently ?)&lt;br class='autobr' /&gt;
English translation of : &#171; Je monte, je valide &#187; : les machines nous parlent et parlent &#224; notre place. Faut-il s'orienter autrement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diane Morgan, School of Fine Art, History of Art &amp; Cultural Studies, University of Leeds, U.K. &lt;br class='autobr' /&gt;
findlm@leeds.ac.uk/ DianeMorgan1@orange.fr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image 1 : The buses of the Paris region : &#8220;Je monte, je valide&#8221; (I get on board and validate my ticket&#8221;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the Paris region the buses speak to you and speak for you. They tell you that when you embark them, you have to get your ticket stamped, or swipe it, or show it : &#8220;je monte, je valide&#8221;. In this way they remind you that you need to have a valid ticket if you want to use the public transport system. All fair and good. I know that when my body gets onto a bus, I need to buy it, or have bought it, a place. It is the least I can do if I want to benefit from all the advantages that a transport system, subsidized by the council and The State, offers. I accept this condition and sincerely hope that there will always be a public transport system. However, I confess to being a bit disconcerted by this interpellation&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
At my &#8220;Club Med&#8221; gym I also pay the price for my body. Well maybe not so much for my actual body but rather for the body I think I want to, or should, have. But I do accept the responsibility for this decision. There too the machines speak. The exercise machines, the showers, the hairdryers, announce (each speaking in its &#8220;own voice&#8221;) : &#8220;I am being serviced&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Images 2 : The machines at CMG : &#8220;I am being serviced&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
These breakdowns are annoying as I do pay a lot for the privilege of using this equipment. However, the fact that they do not try to hide their failure, but instead voluntarily communicate, indeed even freely expose, their weaknesses to me probably reconciles me, the discerning customer, with my initial choice of gym. I remain faithful to &#8220;my club&#8221; and therefore implicitly continue to support their &#8220;ethos&#8221; as exemplified by their logos : &#8220;I have my mother's eyes, the rest is thanks to Club Med Gym&#8221; or &#8220;CMG : a healthy body in the mind of a club&#8221;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Having painfully got through the &#8220;body pump&#8221;, &#8220;body sculpture&#8221;, &#8220;tummy, bum and thighs&#8221; classes, I stiffly emerge from the underground universe into the blinding daylight of the public thoroughfare. I need money and the ATM I turn to announces to me, seemingly with pride : &#8220;I am a multifunctional apparatus&#8221;. I am probably pleased for it but confess to being not really sure why I am being given this information, and what I am supposed to do about it. All I want is a bit of cash to do the shopping&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
I am all for interaction, for a pleasant exchange between citizens (and also with those others do not enjoy the privilege of this status). I am therefore prepared to stand by those organizational forms that bring us together into a contractual body as consenting individuals and groups. However, I am for such systems as an autonomous person who has integrated behavioural principles for- if not by- herself in the name of a democratic society (probably yet to-come). I therefore cannot allow myself to be considered as an immature and irresponsible person who is not capable of operating in this world without being first prompted by a &#8220;talking&#8221; bus pretending to be me. I should also not be presented as someone who is so backwardly superstitious that they really believe that technology possesses a spirit and can therefore express itself. However, I do have to acknowledge that I often find that technology is far more dynamic, powerful and effective than me. I do admit that I am a mere finite creature, one who is already tired by the constant visual and audio solicitation of all those screens and signs&#8230; The long and short of it is that I feel the need for more space, for a different sort of spatiality within which to orientate myself, one that feels more expansive, more joyful ; an alternative playspace (Spielraum) that thrives on a less formatted, less corporate, more spontaneous, more lively sense of citizenship . Where should I look for it ? How can I invent it ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Over these past few days together in Kor&#231;a, we've been chewing over the question of the &#8220;political uses of the body&#8221;. But what exactly would a non-political use of the body be ? Does it really exist ? The precise place where our body comes into this world, and where it leaves it without a life, are situated in a context that is, when it comes to it, political. It is also often indissociably tied in with the production, the distribution, the exchange and the consumption of goods and services, i.e. with economic considerations. One's chances of having a good life are variable and money could be a deciding factor in this, even if, as Zola clearly shows in &#8220;How one dies&#8221; (&#8220;Comment on meurt&#8221;), money is far from being a guarantee for the happiness of being surrounded by friends and benevolent family until one's dying day. However having said that, a life without money can also be downright miserable, and even unjust (Zola 2009) ! It is precisely here that the life and death of a body can be considered to be part of politics. Also the situations into which we place our bodies, voluntarily or not, e.g. the workplaces in which they are exercised, are politicized. Even the social places, where our bodies can express themselves more freely, and even relax themselves, are not devoid of political signification. The political in this context might mean the field of possibilities that I have on offer, compared to that of others. Everything can become political, and maybe always should become so. Or maybe not&#8230;Should we not hold back a residue (un reste), a corporeal remainder, in the very name of a politics that is more &#8220;utopian&#8221;, less constrained by conventions and compromises ?&lt;br class='autobr' /&gt;
For Walter Benjamin, the revolutionary future went hand-in-hand with the construction of a &#171; collective body &#187; whose space (Leibraum) was interpenetrated with that of the image (Bildraum). In his essay on surrealism, he affirms that technology is in the process of organising a new physis for &#8220;the collectivity &#187;. As he says in his essay on Kraus, this new humanism (Menschheit) was to break with the &#171; classical &#187; configuration of the subject. It would thereby leave behind it even authors as radical as Hebel, Nietzsche, B&#252;chner and Rimbaud whose materialism is still &#171; metaphysical &#187;, not yet entirely &#171; anthropological &#187; (Benjamin 1991, 309-310, 335 ; 2005a, 217 ; 2005b 448 ). According to Benjamin, one cannot cross the threshold between these two &#171; materialisms &#187; without leaving the former behind us [es geht nicht bruchlos &#252;berzuf&#252;hren]. These authors cannot accompany us right to the end. With them there is something that &#8220;remains&#8221; : &#171; es bleibt ein Rest &#187;, that shouldn't be there. To anticipate my argument I volunteer right now that for me this &#171; remainder &#187; is our relation to our body (as a K&#246;rper, or rather as a configuration of K&#246;rper/Leib ). It is that which amongst other things, resists our complete assimilation into the collective body (der kollektiver Leib). It is this assimilation that Benjamin advocates in the following passage :&lt;br class='autobr' /&gt;
Only when in technology body and image space so interpenetrate that all revolutionary tension becomes bodily collective innervation, and all the bodily innervations of the collective become revolutionary discharge, has reality transcended itself to the extent demanded by the Communist Manifesto (ibid 2005a, 217-218).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erst wenn [in der Technologie] sich Leib und Bildraum so tief durchdringen, da&#946; alle revolution&#228;re Spannung leibliche kollektive Innervation, alle leiblichen Innervationen des Kollektivs revolution&#228;re Entladung werden, hat die Wirklichkeit so sehr sich selbst &#252;bertroffen, wie &#171; Das kommunistische Manifest &#187; es fordert (ibid 310).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I find Benjamin's analysis very problematical. To be frank, I consider that his ideas are often not analysed critically enough, in the light of our contemporary situation. We are thereby actually doing him a disservice. In today's society with the predominance of image-spaces (Bildr&#228;ume) on our bodies and minds, Benjamin's proposition, if accepted uncritically, runs the risk of making us fall into the same immature infatuation for new technologies that he wanted to warn us against. A total immersion into this &#171; second nature &#187; would eliminate all possibility of critical distance . It was Luk&#225;cs who first evoked this &#8220;second nature&#8221; in 1920. He pointed out that, even if it is a world that was initially invented by us, we no longer completely master it (Luk&#225;cs 1971a, 53 ; 1971b 62). Benjamin seems to push us to get closer and closer to this technology, to abolish all distance that separates us from it. If &#8220;we&#8221; are the &#8220;masses&#8221;, he appears to announce that we want to &#8220;bring things closer to us&#8221;. He suggests that &#8220;the need imposes itself to possess the object as close as possible, in its image, or rather in its reflection, in its reproduction&#8230;&#8221; (Benjamin 2002, 105).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consumer society also pushes us have everything at hand's reach. It entices us to take pleasure in the tactility of its interactive apparatuses which insistently promise us easy communication with everybody, wherever they are, and whenever we like, and like it we should It suffices that the mobile &#8220;vibrates&#8221; in a pocket for us to act, or rather react, often immediately, with the same alienating obedience described by Luk&#225;cs almost one century ago now. To use his words from the 1922 &#8220;Reification&#8221; essay, it is with a quasi- &#8220;fatalistic necessity&#8221; (&#171; eine fatalistische Notwendigkeit &#187;) that we synchronise our bodies and minds with the speed of these machines. Such automatism certainly evokes the fetishistic regime so well described by Luk&#225;cs, in which the &#8220;acting&#8221; subject is transformed &#8220;into a [mere] receptive organ ready to pounce on opportunities already created by the system of laws&#8221; [ein blosses Auffasungsorgan von erkannten Gesetzm&#228;ssigkeitschancen]&#8221; (Luk&#225;cs 1985, 265-266 ; 1983, 128-130 ; 2007, 163-5). Such a system animates itself and, as we are implicated in it, thereby stimulates us too, by inciting &#8220;the movement of things under whose control we find ourselves, instead of controlling them&#8221; (Marx 1976, 71 ; 1979, 167-8 ; 2005, 89).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In this scenario our &#171; actions &#187; become predictable as they are up to point already preprogrammed. We thereby run the risk of closing ourselves to non-calculable eventualities. Hence the importance for Alain Brossat I imagine, for, alas, I missed his actual presentation (&#8220;Le philosophe renvers&#233;&#8221;) and the ensuing discussion, of what befalls us, what trips us up, i.e. what prevents us from &#171; following through &#187; on our &#171; projects &#187;, what thwarts the fulfilment of our &#171; objectives &#187;, what puts a check to our &#171; high performance &#187;, ruining our aims to &#171; manage &#187; the future. The illusion of &#8220;risk management&#8221; paradoxically creates the danger of us finding ourselves even more affected by what happens to us. We find ourselves exposed to The Event if, or when, it comes. Ineffectively armed against what is unforeseen, we close ourselves to a future that doesn't yet exist, that we therefore can't possibly pre-empt and maybe shouldn't try to. We aren't ready for &#8220;It&#8221;, and in any case could never have been really prepared in advance. The incalculable eventualities that can befall us are often things to do with &#171; love and death &#187;. They make themselves felt so unexpectedly, even if they are part and parcel of life itself. These &#8220;things&#8221;- the body in all its states, the feelings, the thoughts of the individual in his/her relations with his/her others- are mentioned in passing by Benjamin, in a variant of &#8220;The Work of Art in the Age of its Technological Reproducibility&#8221;. He evokes them in terms of another &#8220;utopian will&#8221; that emerges from these major life issues [die Lebensfragen] of the individual as, I'd say, a body [K&#246;rper]. They demand that they too be one day incorporated as such into the revolutionary project for the collective body (kollektiver Leib) (Benjamin 1989, 665-6 ; 2002, 134-5). But when would that moment be ? When could it have been ? And what about today ? Where do we stand in relation to all that now ? What quality of relation between these two bodies do we live today thanks to our &#171; technological revolution &#187; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Benjamin advocated that the cinematographic &#171; imagespace &#187; offered us a training-ground for making us fit for the struggles facing us in modern life (ibid 365 &amp; 111). For him this technology had the potential to overturn the old social order and to construct another one, more egalitarian and therefore richer. Nothing is less certain nowadays, I'd say. [That said I'm prepared to retract some of what I've just said when I see good films, especially documentaries like those we've seen together over these past few days. However Kujtim &#199;ashku himself spoke with ambivalence of the power of the image, I therefore permit myself to advance in my argument with his benediction as a filmmaker&#8230;]. Bound by these image-spaces, we can no longer &#171; move freely &#187;, Luk&#225;cs again, as we do not recognise the &#171; intelligible contingency &#187; (intelligible Zuf&#228;lligkeit), that animates them (Luk&#225;cs op cit). This runs the risk of preventing us from seeing that the world could be organised differently, with other things, and maybe for some, with less things. &lt;br class='autobr' /&gt;
At the beginning of the twentieth century, Luk&#225;cs had already described a modern life that had become &#171; senseless &#187; (nicht mehr sinnf&#228;llig) as it had estranged itself from our senses (sinnesfremden). Somehow even (more ?) now we remain unsatisfactorily connected with The World, whilst being increasingly told that we can be in touch, anytime, anywhere . It suffices to choose the right server. This commercialization of our world means that even- or especially- as a digitalised nomad, we lack playspace (Spielraum). How can we orientate ourselves differently ? What should we do with the &#8220;remainder&#8221;- if any remains&#8230;- of what has not been assimilated into the coalescence between the image-space and the body-space that was in principle welcomed by Benjamin, but which is now surely sold to us by capitalist multinationals ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I return to my point of departure : those talking buses and all those other machines whose screens speak to us. But surely all they are doing is giving us an image of the idea to which we adhere in any case, that of collective solidarity with a municipal transport system, with a club or a society (albeit it a bank, la Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale !) ? What's the big problem ? Well one of the problems lies precisely in the fact that it is they who produce these images and not us. It is the &#8220;second nature&#8221; as described by Luk&#225;cs and not the &#8220;other nature&#8221; described by Kant in the Critique of Judgement, that is a production of our own imagination (Luk&#225;cs 1971a, 53 ; 1971b 62). I remind you of this passage &#167;49 where Kant writes :&lt;br class='autobr' /&gt;
The imagination (as a productive faculty of cognition) is a powerful agent for creating, as it were, another nature out the material supplied to it by actual nature &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Einbildungskraft (als produktives Erkenntnisverm&#246;gen) ist n&#228;mlich sehr m&#228;chtig in Schaffung gleichsam einer anderen Natur, aus dem Stoffe, den ihr die wirkliche gibt (Kant 1986, 246 ; 1988, 176).&lt;br class='autobr' /&gt;
Luk&#225;cs wanted to attract our attention to the gaps that he saw existing between the structures, constructions, forms [&#171; die Gebilde &#187;] (which compose the stage [Schauplatz]), and the basis [Substrat] of our psychical and physical lives, and transindividual and existential necessities [die &#252;berpers&#246;nlichen, seinsollenden Notwendigkeiten] (Luk&#225;cs 1971a 53 ; 1971b 62). We do definitely need images in order to orientate ourselves in this world. Kant also spoke of those &#171; figurative representations &#187; &#171; bildliche Vorstellungen &#187; that must be associated even with the most abstract of our ideas, with those furthest from our senses. It is these &#171; figurative representations &#187; that introduce &#171; sense/ meaning &#187; and &#171; signification &#187; [Sinn und Bedeutung] into our ideas and thereby help us to orientate ourselves in this world (Kant 1988, 267 ; 2001, 7). These &#8220;figurative representations&#8221; accompany us everywhere and we have to produce, and reproduce, them incessantly as they are necessary for us to be able to situate ourselves as a person, endowed with a body and a mind, in our world. Kant explains that the original meaning of &#8220;orientation&#8221; is geographical : it means to use one direction to find the others (ibid 269 ; 8). This capacity is inherent, but it becomes a habit through use. We are always identifying our position in relation to a wider context. We find ourselves already placed within a region [eine Weltgebend] having previously divided the horizon into four directions- north, south, east, west- in relation to, what we conventionally call, &#8220;the rise of sun&#8221; [den Aufgang] (ibid). Starting from where we thus find ourselves, we head off, orientating ourselves as we go. But this sense of orientation is not just visual (ibid) : it does not solely depend on the view of the sun, or, in its absence, of the moon and stars (for in Kant's K&#246;nigsberg the streets were still sufficiently dark for one to see the celestial skies) . Even an astronomer, if he just puts his bets on the optical, on what he sees, would be lost in outer space, says Kant. In addition to vision, we need the feeling [das Gef&#252;hl] of a difference between our two sides, the right and the left. This distinction is felt in me as a subject. It is simply a feeling [ein blosses Gef&#252;hl], inasmuch as it does not derive from an outer intuition ; there is no perceptible (i.e. visible) difference between these two sides . Even when equipped with this distinction as a tool with which to carve up space, I can still get lost if the usual position of things around this differentiated body of mine is disturbed in any way. We distinguish in this way without the stable support of a &#8216;real difference', anchored biologically, whilst depending on how the things in this world are distributed around this (partially &#8220;phantasmatic&#8221;) body . Our position as &#171; subject &#187; is thereby far from being invincible ; we have no reason to be presumptuous. But nevertheless, despite what might look like adverse circumstances, we do get some things done. We construct our world incessantly, more or less with conscience. We oriente ourselves, more or less well. &lt;br class='autobr' /&gt; Kant's notion of orientation, as a comparative approach whose practice leads us on, applies just as well to intellectual orientation. In order to exercise itself well, reason needs directions, constructions, bases, limits. Or rather, reason feels the need for them. Or better still, Kant reiterates : given that reason does not feel, it would be best to say that reason perceives its lack of support and therefore its drive for knowledge produces the &#8220;feeling of a need&#8221; for these aids, these tools, these intellectual compasses in order to guide itself (Die Vernunft f&#252;hlt nicht ; sie sieht ihren Mangel ein, und wirkt durch den Erkenntnistrieb das Gef&#252;hl des Bed&#252;rfnisses) (Kant 1988, 274-275 ; 2001, 12-13). The touchstone for this subject who ventures into the darkness, groping the things around it so as to have a way through this world, is to think freely for oneself (selbst denken) (ibid 280-283 ; 16-8). But how is one supposed to do that ? How should we engage with those social apparatuses who probably do speak some of our own language about being an autonomous citizen ? How are we to &#8220;get on board and validate&#8221; (monter et valider) as consenting adults, i.e. whilst holding onto our &#8220;maturity&#8221; [M&#252;ndigkeit] (Kant : 1997b 53 ; 1994, 54) ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Kant proposes several tips for becoming a &#8220;free thinker&#8221;. He firstly suggests that we should always try not to judge in a determinate way when we don't know what we are talking about, that way ignorance will not become a source of error. This might strike us as an eminently reasonable suggestion, but it isn't often adhered to ! This said, when we need to act, even when we don't know the whole situation, we should do whilst taking full responsibility for our decisions. We must go in there, into the situation or problematic, using strategic methods to guide us. For example, in order to conceive what is limited, we need a notion of what is not ; it is under these conditions that we give a place to someone like God, to someone who could be the origin of things. However, as for angels and fairies, we are best without them. Such winged &#171; visual representations &#187; [bildliche Vorstellungen &#187;] can even become sources of distraction which lead us astray (Kant 1988 272 ; 2001, 10-11). But the most important point for thinking freely is to resist all constraint [Zwang] on our thoughts (ibid 280 &amp; 16). We should not allow someone just to speak for us, to have custody over us. We should not accept laws that we have not in some way concurred with, or could have agreed to. We do however need limits and laws. Thoughts let loose can drive us mad. Our pathway to enlightenment must avoid the trap of enthusiasm, into which we fall when we get all excited, thinking that we possess the truth when we are only holding onto things of no substance. We must beware of just believing things that have been handed down from generation to generation without having reflected critically about their status or value for ourselves (and for others). We deceive ourselves if we believe that enlightenment [Aufkl&#228;rung] depends on the quantity of &#8220;information&#8221; that we &#8220;have&#8221;. Amassing information is not knowing. Too much information can mean that we lose our way. To enlighten oneself necessarily implies an exercise in self limitation, a knowing when to say &#8220;no, that's not for me&#8221; &#8211; or rather, &#8220;that's not for me because it- this action, this thought- is not for others either, it could not become, or shouldn't even become a universal principle&#8221;. To use one's own reason necessitates that one ask oneself each time that one is supposed to take something on board :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;whether one could find it feasible to make the ground or the rule on which one assumes it into a universal principle for the use of reason (ibid 18).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;ob man es wohl tunlich finde, den Grund, warum man etwas annimmt, oder auch die Regel, die aus dem, was man annimmt, folgt, zum allgemeinen Grundsatze seines Vernunftgebrauchs zu machen (ibid 283).&lt;br class='autobr' /&gt;
For Kant, if I get on board, it is because I've already &#8216;validated' as best I can. One doesn't need to preach to me. I've been educated too and I continue to learn for myself. One certainly shouldn't put words in my mouth. I am not completely egotistical. I do think of others, I downright have to. It is precisely for these reasons that I resist all forms of total mobilization that I cannot quite situate according to my &#8220;own&#8221; sense of orientation. This &#8220;sense&#8221;, whilst it is &#8220;mine&#8221;, is not really something I possess as such. It is part of an ongoing process of adjustment to what one holds dear. In other words, it is part of a project to reassess what we want, and do not want, to take on board. Such a reassessment is important. It could also be interesting, even amusing. It could create a collective Spielraum if we did it, at least to some extent, together, and not just as individual/ individualists. But with what body/bodies ? : Leib, K&#246;rper or Leib/K&#246;rper ? &lt;br class='autobr' /&gt;
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Zola, E. (2009) Comment on meurt (Paris : Les &#233;ditions du Sonneur)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Leaning against the bunker (en anglais et fran&#231;ais)</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=446</link>
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		<dc:date>2014-10-30T11:45:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Christiane Vollaire</dc:creator>



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&lt;p&gt;In 1975, the architect Paul Virilio wrote Bunker Arch&#233;ologie for an exhibition with the same name. Here we can read : &lt;br class='autobr' /&gt;
This overview safely brought me back to my own weight, its heat and to this solid backrest on which I was leaning : this massive concrete slope, this useless thing that only interested me as nothing more than a vestige of World War II, just an illustration in a story, one of all-out war. (Translated from the French edition.) &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce tour d'horizon sans accident me ramenait &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=42" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; : &#034;Les usages politiques du corps&#034; en Albanie aout 2014&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;In 1975, the architect Paul Virilio wrote &lt;i&gt;Bunker Arch&#233;ologie &lt;/i&gt; for an exhibition with the same name. Here we can read :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This overview safely brought me back to my own weight, its heat and to this solid backrest on which I was leaning : this massive concrete slope, this useless thing that only interested me as nothing more than a vestige of World War II, just an illustration in a story, one of all-out war. (&lt;i&gt;Translated from the French edition.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tour d'horizon sans accident me ramenait &#224; mon propre poids, &#224; la chaleur et &#224; ce dossier solide contre lequel j'&#233;tais install&#233; : ce massif de b&#233;ton inclin&#233;, cette chose sans valeur qui n'avait su m'int&#233;resser jusqu'alors autrement que comme un vestige de la Seconde Guerre mondiale, autrement que comme l'illustration d'une histoire, celle de la guerre totale. (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We would like to ask here in Albania, where the ground is riddled with them, how the concrete bunker, with this weighty body resting against it, fits into a European history which leans on total war. What the bunker represents, in its genuine massiveness as well as in the abstract space it creates, as a negation of body dynamics and fluidity of movement. What potential for destruction feeds on this relationship to the indestructible, and what sensorial violence builds itself into the absolutist relationship to defense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The bunker is a political use of habitat &#8211; its military side. But through this, it also creates a political usage of the body. Virilio's text, introduces an analysis through autobiographical experience which is &#8211; not that of a soldier, but of a child, born in 1932, who was forbidden to access the seaside during the forties where the Nazi occupier was building the Atlantic Wall on French coasts :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;During my childhood, public access to the European seashore was prohibited due to construction ; they had built a wall and it wasn't until the summer of 1945 that I saw the Ocean, in the estuary of the Loire. (&#8230;) It was a frontier that an army had just abandoned, and the meaning of this vast sea was, for me, inseparable from the appearance of a deserted battlefield.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ma jeunesse, le littoral europ&#233;en &#233;tait interdit au public pour cause de travaux ; on y b&#226;tissait un mur et je ne d&#233;couvris l'Oc&#233;an, dans l'estuaire de la Loire, qu'au cours de l'&#233;t&#233; 1945. (&#8230;) C'&#233;tait une fronti&#232;re qu'une arm&#233;e venait &#224; peine d'abandonner, et la signification de cette immensit&#233; marine &#233;tait ins&#233;parable pour moi de cet aspect de champ de bataille d&#233;sert&#233;.&lt;/i&gt;(2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Here the bunker has become a forbidden landscape &#8211; forbidden to access and look at &#8211; an uninhabitable space, turned into military terrain, in an occupied zone, on French territory, by the enemy. In Albania, the experience of the bunker would be quite different : it is much later (1967 to 1991) and part of a strategic plan of internalization by the inhabitants of the fight against the invader ; it appears as a civil defense plan and a &#8220;war of the people,&#8221; disassociated from the military profession and its specific responsibilities.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is clear that the ideology of the bunker is linked to Albania's isolationism during the sixties : having broken ties with a &#034;de-Stalinizing&#8221; Soviet Union in order to make an alliance with Maoist China much further away ; in a rivalry with Titoist Yugoslavia trying to subsume it ; neighboring a NATO-aligned Greece, Albania appears as an island of opposition in all directions, whose isolation is further exacerbated in the late seventies, with its break with China. The bunker is therefore a representation of identity, like the eagle's nest &#8211; symbol of a defensive and surrounded position &#8211; perfectly adequate to the diplomatic reality of the country and its model, which is still relevant today, apparent even in its touristic gadgets (such as ashtrays or souvenir gifts), as an emblem and an archetypal representation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is striking to see how this isolationist and defensive configuration, which seems to characterize the use of the bunker in Albania during the 1960s, comes into apparent conflict with the expansionist ideology of the Nazi offensive system of the thirties and forties, which used the bunker as a major part of the construction of the Atlantic Wall. Virilio highlights this paradoxical usage of the bunker by Nazi Germany in the Fuhrer's resistance to doing military inspection :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The dictator's constantly repeated refusal to visit the Atlantic Wall is significant : the bunkers of the European coastline are, from the beginning, funeral monuments of the German dream.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les refus constamment r&#233;p&#233;t&#233;s du dictateur de visiter le Mur de l'Atlantique sont significatifs ; les bunkers du littoral europ&#233;en sont d&#232;s l'origine des monuments fun&#233;raires du r&#234;ve allemand.&lt;/i&gt;(3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virilio interprets this refusal using Mao Zedong's analysis, given by in 1942, of the Nazi strategy :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;If Hitler is forced to move to strategic defense, the fate of fascism is set. Indeed, a State such as that of the Third Reich has, from its birth, based all of its political and military life on the offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Hitler est contraint de passer &#224; la d&#233;fense strat&#233;gique, le sort du fascisme est r&#233;gl&#233; ; en effet, un Etat comme celui du III&#232;me Reich a, d&#232;s sa naissance, fond&#233; toute sa vie politique et militaire sur l'offensive. &lt;/i&gt;(4)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Funeral monument of the German dream,&#8221; the bunker was, in fact the final resting place in which the core of German Nazism, as well as its leader, would be put to death in the heart of Berlin in April 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virilio continues to show how this military architecture is indeed a funerary architecture, evoking the mausoleum, crypt, and catacombs. And Ismail Kadare connects it to the characteristics of the pyramid. By passing from the offensive to the defensive, any system, political or military, fossilizes and degrades the affirmative and energizing intention of the active into the reluctance of the reactive. Here Virilio cites &lt;i&gt;Mein Kampf&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The idea of protection haunts and fills life.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de protection hante et remplit la vie.&lt;/i&gt;(5)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But the system of protection is precisely the contrary of expansion. It implies withdrawal, constraint, refusal of deployment, and the permanent presence of impediment. This is how Virilio describes the bunker from the inside :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The different volumes are too narrow for normal activity, for any real freedom of movement ; the entire edifice weighs on the shoulders of the occupant. Like a piece of clothing that is a little bit too big irritates you as much as it covers you, the casing of concrete and steel hinders you at the &#8220;armholes&#8221; and tends to fix you in a kind of semi-paralysis rather close to illness.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rents volumes sont trop &#233;troits pour une activit&#233; normale, pour une r&#233;elle mobilit&#233; du corps ; tout l'&#233;difice p&#232;se sur les &#233;paules de l'occupant. Comme un habit &#224; peine trop grand vous embarrasse autant qu'il vous couvre, l'enveloppe de b&#233;ton et d'acier vous g&#234;ne aux entournures et tend &#224; vous figer dans une semi-paralysie assez proche de celle de la maladie. &lt;/i&gt;(6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Weighing, irritating, bothering, hindering, these are indeed the dynamics of a body, ill at ease in a habitat which has become a &#8220;habit,&#8221; and thereby producing new habits of the body, or, to use Bourdieusian terminology, a new &lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The bunker, because it a political space, is also an aesthetic place in the broad sense : a mode of self-representation resulting from the architecture. A &#8220;self&#8221; constrained, awkward, and obstructed by its habitat. Claiming protection, the architectural space aims to obstruct a way of life, subjecting the occupant to new modes of subjectification : those of immobilization. Virilio further shows the parallel of habitat / &#8220;habit,&#8221; drawing from medieval armaments and body armor (cuirass).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The relationship between habit/habitat is, during times of war, extremely narrow and the identification of the armor (the cuirass) of the body to the armoring (&#8220;cuirassement&#8221;) of stone leads us to assess other analogies between territorial forms and those of the animal body : the throat, the shoulder, the nipple, etc., last examples of a land identified with Mother Earth, to Chthonic deities.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation habit / habitat est, en p&#233;riode de guerre, extr&#234;mement &#233;troite, et l'identification de la cuirasse du corps au cuirassement de pierre nous conduit &#224; l'estimation d'autres analogies entre les formes du corps territorial et celles du corps animal : la gorge, l'&#233;paulement, le mamelon, etc., derniers exemples d'un terroir identifi&#233; &#224; la Terre M&#232;re, aux divinit&#233;s chtoniennes. &lt;/i&gt;(7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If the forms of territorial bodies become analogous to those of the animal body, they are nevertheless deprived of the biological plasticity which characterizes its potential for adaptation, mutation, and transformation. In short, what a living being does in interaction with its environment. The &#8220;territorial&#8221; body is thus, in reality, a de-territorialized body in the most &#8220;devitalizing&#8221; sense of the term (removing a nerve or vitality) &#8211; deprived of exchange with its environment. The body armor &#8220;habit,&#8221; like a hard shell, petrifies movement and blocks the circulation. But it also gets rid of any porosity, everything that, producing an interaction, allows it to breathe. And the cryptic habitat becomes a sort of tomb, excluding its inhabitant from the world of the living.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Slowed in his physical activity but attentive, anxious of the catastrophic probabilities of his environment, the inhabitant of these places of peril is oppressed by a singular weight : he actually already possesses this rigor mortis that the protection of the shelter was supposed to help him avoid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ralenti dans son activit&#233; physique mai attentif, anxieux des probabilit&#233;s catastrophiques de son environnement, l'habitant de ces lieux du p&#233;ril est oppress&#233; par une singuli&#232;re pesanteur : en fait, il poss&#232;de d&#233;j&#224; cette rigidit&#233; cadav&#233;rique que la protection de l'abri &#233;tait cens&#233;e lui &#233;viter.&lt;/i&gt;(8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The constant lived experience of the environment as hazard produces the mortifying effect of the anticipation of disappearance, which the bunker experience crystalizes in a performative way. Through the bunker, social ties are thus unraveled for the benefit of the thanato-politics of the cemetery and burial, carriers of an oppressive feeling.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And this mental test of oppression has its physical side, since it's in terms of this pressure that Virilio describes the space of the bunker, like that of a submarine in a terrestrial milieu : resistant because it is intentionally unsuitable to the hostile characteristics of an environment destined to evacuate it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It might just as well be in the space of a flying saucer &#8211; in any case, something soilless. And Virilio frames this soilless-ness in technological terms of material strength : reinforced concrete or cast, concrete has the peculiarity of originally being a liquid element, solidified in the molding process, in order to create a faultless support. As such, it not only presents no porosity but, paradoxically rests on no foundation. Virilio writes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The bunker has no true foundation ; it floats on the ground which is not just a base for balance, but a random and moving area which connects, by extending it, to the marine area.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bunker n'est plus r&#233;ellement fond&#233; ; il flotte sur un sol qui n'est plus un socle &#224; son &#233;quilibre, mais une &#233;tendue mouvante et al&#233;atoire qui s'apparente, en la prolongeant, &#224; l'&#233;tendue marine.&lt;/i&gt;(9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This lack of distinction between the liquid and ultra-solid, which characterizes the bunker, radically disassociates it from the territory it occupies. Stranger to its environment, without anchoring, it bursts onto its terrain in a floating state. A number of bunkers in the Atlantic Wall are constructed on the sand, placed on a non-fixed area, accessible to the vagaries of the tide, to the movements of the nearby liquid ecosystem. And, for this reason as well, concrete will not be subjected to the fate of more or less organic materials : it can sink into the ground or it can tip if the soil changes, but will not fall in ruins, it will not come undone like a structure made of wood or stone. It will continue to hover like a UFO in the landscape, possibly uprooted but not crumbling. Thus, it has continued to fulfill its function of resistance to its milieu at the same time that its usage has become obsolete. The bunkers of the Atlantic coast, when Virilio came to photograph them from 1958 to 1965, were in this situation of obsolescence. As well as for the 700,000 bunkers (one for every four inhabitants) all over Albania left in rural zones as well as urban, since the 90s and the fall of the Blocs, according to the decision of Enver Hodja, which have been deprived of the defensive meaning they were originally given.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The chapter &#8220;Esth&#233;tique de la disparition&#8221; (&lt;i&gt;Aesthetics of Disappearance&lt;/i&gt;), in the 1991 edition of Demi-cercle which reproduced these images, is completely dedicated to the visibility of this obsolescence : that of the shifting object in the sand, its upheaval, its slides, its unintentional burying linked to the vagaries of the tides or exterior conditions. The visual impression is always the same : that of an architectural object as equally well preserved and wholly unfounded, where the ravages of time affect neither its volume, nor its structure, only the environment. From a semiological point of view, objects, through their massive presence, continue to give meaning to a landscape, by imposing their symbolic forms on it : that of an existential experience of hostility, the constancy of the unattainable, of withdrawal and negativity, the inaccessibility of intentional aggression as well as time. Something which seems less destined to protect life than to deny the course.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ramparts, walls, castle forts or medieval towns, classic fortifications, Vauban star systems, and general standards of military engineering, appear, regardless of their offensive potential (one that connotes same term, &#034;deadly,&#034; to describe their openings), as spaces, despite everything and ultimately, for the protection of life, enclosures where exchanges can take place, a social life holds, even in the state of siege. Bunkers are spaces for the burial of life, and because of this they are even non-spaces, places of absolute non-communication, where their manufacturing secrets constitute a danger, even in the eyes of those who ordered them. Such was the fate of the military engineers who created them : Fritz Todt for Nazi Germany, whose name is close to the word &#034;Tod&#034; which means death in German, after having given his name to the body which organizes all German military defense machines, died in 1942 when his plane exploded upon return from a meeting with Hitler ; and Josif Zegali, after having constructed, starting in 1961, the bunker complex and thousands of kilometers of tunnels which contributed to depletion of the Albanian economy, and in which one hundred workers died each year, was shut out and imprisoned for eight years by his own commanders during the purges of 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It seems that in all cases the idea man must be, in one way or another, removed by his backer, just like a code depository which must remain hidden, a defense secret which, when shared, reinforces feelings of insecurity. As if the paranoid design of the bunker could only evoke its own &#8220;mise en abyme,&#8221; the mirrored effect of one's intentions reflected back on its producer. But insecurity reinforces historical changes of military genius itself. Concrete as a construction material was invented in the 1850s, and came into popular use during the 1930s, with the use of pre-cast concrete, which increased the strength of the material. The military concept of the concrete bunker was born at the same time as the invention of nuclear weapons : this is when the possibility of a disintegrated environment emerges, beginning with the heart of matter itself, where the question of an absolute protectionism arises. Environmental hostility is made complete by nuclear potential ; the foil is that of complete impenetrability of the environment. The fantasy would flourish in science-fiction novels, but the reality lives on, on the Western European coasts as well as on the whole of Albanian territory threatened by the Cold War.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Initiated by the rupture of the Nazi-Soviet pact, reconfigured by the Sino-Soviet split, and endangered by the Sino-American alliance, the Albanian system, stake in the confrontations between the Adriatic Sea blocs, has produced the paradigm of the bunker not as a stopgap for an expansionist ideology cornered into a defensive position like the Atlantic Wall, but rather a bio-political destiny, the unassailable eagle's nest, and a figure of isolationism. A specific representation of spatiality, whose ideology of the ghetto could be one of its modes of continuation, is reconfigured in a multiplicity of contemporary relationships to the question of immunity. The bunker is a paradigm of the immune system.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But Virilio also examines the bunker as a figure of warring temporal regimes, around the confrontation, in what he calls an &#8220;archeology of the brutal encounter.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The construction of strategic and tactical infrastructures through the ages is only a kind of &#8220;archeology of brutal encounters,&#8221; of the impact of collision and a highway smash-up.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction des infrastructures strat&#233;giques et tactiques au cours des &#226;ges n'est en fait qu'une &#171; arch&#233;ologie de la rencontre brutale &#187; ; de l'impact &#224; la collision et au t&#233;lescopage autoroutier. &lt;/i&gt;(10)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The impact is military, but the corresponding collision is more generally technological : the highway accident, in its statistical reiterations, thus becomes a mode of &#8220;brutal encounter&#8221; : not intentional in the way of the warrior, yet fully programmable. And the vehicle is clearly this reinforced enclosure where we can experience shock resistance, and the armored car could be the model for a mobile bunker.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus, the violence of the shocks become proportional to the speed of the impact, against which resistance must be complete and immediate, producing an acceleration of wartime, from the Nazi Blitzkrieg objective to America's atomic bombings, complete destruction in a fraction of a second. Virilio notes as well that the territorial extension of a potential combatant in colonial wars, then World Wars, corresponds with the reduction of military time in industrial societies :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On the one hand, we see more and more extensive wars (&#8230;) and on the other, more and more intensive assaults with the development of destructive energy (from the first &#8220;steel storm&#8221; during the Crimean War in 1854 until the atomic blast of 1945).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part on assiste &#224; des guerres de plus en plus extensives (&#8230;) et d'autre part &#224; des assauts de plus en plus intensifs quant au d&#233;veloppement de l'&#233;nergie destructrice (depuis le premier &#171; ouragan d'acier &#187; lors de la guerre de Crim&#233;e en 1854 jusqu'&#224; la d&#233;flagration atomique de 1945).&lt;/i&gt;(11)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yet it is precisely this extreme reduction of wartime for military-industrial powers, which requires a tighter defensive unit, the most impact resistant, the most proactive&#8230;and thus the most constraining during times of peace. A relatively long peace, but fully occupied by preparation for an extremely short wartime : it's this temporality which the building of bunkers deals with. And as such it foreshadows the worrying precariousness and the security of contemporary peace time. Virilio shows how the architect of the Third Reich, Albert Speer, devised the work organization and was the only major Nazi manager who went unpunished though his projects went further than the Fuhrer's own aims :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;He disagreed with the Fuhrer, who wanted to avoid taking prisoners on the Russian Front : exterminating men, it's a waste of workforce, it deprives us of workers ; it is more profitable to work them to death in camps or in the tunnels of Mittelwerke. (&#8230;) Speer proposed to Hitler an extreme lowering of the German way of life, a draconian hardening of working conditions, which the Fuhrer refused.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;sapprouve le F&#252;hrer, qui voudrait &#233;viter de faire des prisonniers sur le front russe : exterminer des hommes, c'est gaspiller de la force de travail, c'est se priver de main d'&#339;uvre ; il est plus rentable de la faire mourir &#224; la t&#226;che dans les camps ou les tunnels des Mittelwerke. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Speer propose &#224; Hitler un abaissement extr&#234;me du niveau de vie allemand, un durcissement draconien des conditions de travail, que le F&#252;hrer refuse.&lt;/i&gt;(12)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The question that the prospect of war resolves is that of labor law. Just as Julius Caesar only took prisoners for the purpose of building the bridges he needed, and that slavery was therefore more than just territorial conquest, in the eyes of Speer, the true purpose of the war, even the extension of armies on the Eastern Front should have for its aim, the enlistment of prisoners into forced labor. When the bombing of Germany showed that a fearful population cannot rebel against the leaders in charge of the massacre, Speer proposed to enroll the Germans themselves into forced labor, for a completely mobilized force incessantly preparing for the ongoing conflict, leaving suicide as the only alternative to full-scale war :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Destruction becomes a mode of production, war extends not only in dimensions, in space, but to the whole of reality. The conflict has become limitless and therefore without goals. It will never come to an end and, in 1945, the atomic situation will only perpetuate it : the State has become suicidal. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
The collision between the army and the building has taken place, the &#8220;law of the ruins&#8221; has taken a new meaning, the builder has become destroyer, the architect in power has become the architect of power.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction devenant une forme de la production, la guerre s'&#233;tend d&#233;sormais non plus aux seules dimensions, de l'espace, mais &#224; l'ensemble de la r&#233;alit&#233;. Le conflit est devenu sans limites et donc sans but. Il ne s'ach&#232;vera plus et, en 1945, la situation atomique le perp&#233;tuera : l'Etat est devenu suicidaire. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La collision entre l'arme et le b&#226;timent a eu lieu, la &#171; loi des ruines &#187; a pris un nouveau sens, le constructeur est devenu destructeur, l'architecte au pouvoir est devenu l'architecte du pouvoir.&lt;/i&gt;(13)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Speer, succeeding Todt after his plane crash, moved from the status of architect to military engineer, and finally, strategist. The &#8220;law of the ruins&#8221; which he put in place aimed to turn the whole country into a vast bunker, where the inhabitants are no longer the builders, and the process of construction has become one of self-destruction. Virilo considers the architect of the Third Reich the most diehard of its strategists. At the same time, we can see a foreshadowing of the world's relationship to work which begins at the end of the Cold War.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This forced recruitment appears, retrospectively, in what has become the model of contemporary globalization, to be the process of the &#8220;invisibilization&#8221; of work and the &#8220;clandestinization&#8221; of workers and delocalization, which has transformed Schengen Europe, into simultaneously a space for the fluid circulation of capital and an insurmountable fortress for migrants : the &#8220;law of the ruins&#8221; produces bunkerized spaces, ghettoized by discrimination. Foucault said, in his class at Coll&#232;ge de France, &#8220;We must defend society&#8221; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Plut&#244;t que le triple pr&#233;alable de la loi, de l'unit&#233; du sujet &#8211; qui fait de la souverainet&#233; la source du pouvoir et le fondement des institutions -, je crois qu'il faut prendre le triple point de vue des techniques, de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des techniques et de leur effet d'assujettissement, qui font des proc&#233;d&#233;s de domination la trame effective des relations de pouvoir et des grands appareils de pouvoir. La fabrication des sujets plut&#244;t que la gen&#232;se du souverain : voil&#224; le th&#232;me g&#233;n&#233;ral.&lt;/i&gt;(14)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It seems obvious that the analysis of the bunker's technology fully verifies such an assertion : it's a technocratic idea of the bunker, of its usage and functions, which allow us to understand how its apparatus, subjugated by its own functions of subjectification, can turn an individualized populous into an innumerable troop/herd of people enslaved to a mechanism of confinement. It is also this legacy which allows us to understand the contemporary world as a consequence of what we were supposed to avoid, of powers which claimed to conquer, but has actually promoted a spectral return.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As such, Foucault shows the shift of responsibility from the architect to the engineer in what he calls the &#8220;police State,&#8221; which is in no way a totalitarian State, but the State as it has been since the 17th century, at the time of the &#8220;Great withdrawal.&#8221; A periodization was established, allowing us to understand political choices caused by successive technical changes. Referring to 19th century France, he wrote :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;With the birth of these new techniques and these new economic processes, we see the appearance of a concept of space which is no longer modeled on the urbanization of territory such that it envisions the police State, but which goes well beyond the limits of urbanism and architecture. (&#8230;) L'Ecole des Ponts et chausses and the primary role which it has played in the political rationale of France is part of that. Those who thought about space were not the architects, but engineers, builders of bridges, routes, viaducts, railroads, as well as the graduates of Ecole Polytechnique who practically control the French railway system. (&#8230;) Architects are neither engineers nor technicians of three major variables : territory, communication, and speed. These are three things which fall outside of their domain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Avec la naissance de ces nouvelles techniques et de ces nouveaux processus &#233;conomiques, on voit appara&#238;tre une conception de l'espace qui ne se mod&#232;le plus sur l'urbanisation du territoire telle que l'envisage l'Etat de police, mais qui va bien au-del&#224; des limites de l'urbanisme et de l'architecture. (&#8230;) L'Ecole des Ponts et chauss&#233;es et le r&#244;le capital qu'elle a jou&#233; dans la rationalit&#233; politique de la France font partie de cela. Ceux qui pensaient l'espace n'&#233;taient pas les architectes, mais les ing&#233;nieurs, les constructeurs de ponts, de routes, de viaducs, de chemins de fer, ainsi que les polytechniciens qui contr&#244;laient pratiquement les chemins de fer fran&#231;ais. (&#8230;) (Les architectes) ne sont ni les ing&#233;nieurs ni les techniciens des trois grandes variables : territoire, communication et vitesse. Ce sont l&#224; des choses qui &#233;chappent &#224; leur domaine.&lt;/i&gt;(14)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This dispossession of architects by engineers is, needless to say, taken into consideration by Virilio, architect and urbanist writing about Albert Speer, the architect who took on the responsibility of military engineering for the Third Reich at the beginning of 1942. Firstly, we are no longer considering spaces in terms of appropriation, balance, or conviviality, but in terms of power, strategy, and domination. Now Virilio show how such a concept, purely military, has truly contaminated civilian life in a recruitment process. The police State has become virtually indistinguishable from the war State. In any case a State at the ready to go to war, less for fighting an outside enemy than to secure interior dominance, and to reconfigure the process of subjectification into a process of domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;It is no longer with distancing but by burying that the warrior seeks to parry the blows of his adversary. (&#8230;) Another planet fundamentally uninhabitable by man and not only for the soldier, this is what modern war creates. (&#8230;) All of this is present in the signification of solid concrete, built to withstand shells as well as bombs, poison gas, and flamethrowers. (&#8230;) Space is finally homogenized, absolute war has become a reality, the monolith is its monument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est plus dans le distancement mais dans l'enfouissement que l'homme de guerre cherche la parade aux coups de son adversaire. (&#8230;) Une autre plan&#232;te fonci&#232;rement inhabitable pour l'homme, et pas uniquement pour le soldat, voil&#224; ce que r&#233;alise l'art de la guerre moderne. (&#8230;) Tout ceci est pr&#233;sent dans la signification du massif de b&#233;ton, construit pour r&#233;sister aussi bien aux obus qu'aux bombes, aux gaz asphyxiants qu'aux lance-flammes. (&#8230;) L'espace est enfin homog&#233;n&#233;is&#233;, la guerre absolue est devenue r&#233;alit&#233;, le monolithe est son monument.&lt;/i&gt;(16)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The flawless monolith of the bunker, turned monument to uninhabitable space, is a civil space built on the model of hostility. In a small book published in 2010 following the subprime mortgage crisis in the USA, during which a predatory financial system caused, between 2007 and 2011, thousands of small borrowers to lose ownership of their homes, the architect Jean-Paul Doll&#233; wrote :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;When the financial bubble bursts, when the reality comes back to the repressed, there is nothing left in the world, but a nothing which propagates like a virus and destroys everything like the passing of Attila the Hun. (&#8230;) Capitalism (&#8230;) now appears to be, not so much a desire to acquire, to possess, as, more fundamentally to extort, to expropriate, of winning, of mastering, which means in any case to make the competitor disappear, to destroy the adversary. To annihilate is the goal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la bulle financi&#232;re &#233;clate, quand le r&#233;el revient comme retour du refoul&#233;, il ne reste rien du monde, mais un rien qui se propage comme un virus, et d&#233;truit tout comme Attila sur sentiment passage. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le capitalisme (&#8230;) se pr&#233;sente maintenant, non pas tant comme d&#233;sir d'acqu&#233;rir, de poss&#233;der, que, plus fondamentalement, d'extorquer, d'exproprier, de gagner, de ma&#238;triser, ce qui revient dans tous les cas &#224; faire dispara&#238;tre le concurrent, d&#233;truire l'adversaire. Annihiler, tel est le but.&lt;/i&gt;(17)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The paradigm of war thus becomes the model of capitalist civil life as it unfolds in the dimension of the &#8220;uninhabitable&#8221; : a fundamental hostility which has come to occupy the forms of subjectification and replace the potential of intersubjectivity. Doll&#233; shows that it is precisely in the relationship to the habitat that it will occur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The habitat, the house, as everyone experiences it in their lives, constitutes the most elementary form of existence and being in the world. The crisis triggered by subprime loans reveals what in the mode of habitation which procedes and generates the capitalist system, puts in crisis not only the capitalist mode of production but the way in which men live in the world, which is to say even their own existence. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
The appropriation of one's own body passes through appropriation of the space where it unfolds. The house is an extension of the self.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'habitat, la maison, comme chacun l'exp&#233;rimente dans sa vie, constitue la forme la plus &#233;l&#233;mentaire d'exister en propre et de se situer dans le monde. La crise d&#233;clench&#233;e &#224; l'occasion des subprimes r&#233;v&#232;lerait en ce sens ce qui, dans le mode d'habitation d'o&#249; proc&#232;de et que g&#233;n&#232;re le syst&#232;me capitaliste, met en crise non seulement le mode de production capitaliste mais la mani&#232;re dont les hommes habitent le monde, c'est-&#224;-dire leur existence m&#234;me. (&#8230;)&lt;/i&gt;(18)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'appropriation de son corps propre passe par l'appropriation de l'espace o&#249; il se d&#233;ploie. La maison est l'extension de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virilo's&lt;i&gt; Bunker arch&#233;ologie&lt;/i&gt; does not speak about a past world whose rubble we have just explored. It is instead the link, in the second half of the 20th century, between the systems which we have qualified as &#8220;totalitarian&#8221; and the reality of the contemporary &#8220;free&#8221; world which claims to have vanquished and gotten rid of them. He has shown us how the double speak of the secured bunker's &#8220;protection&#8221; is the pattern for the most insidious contemporary forms of economic domination : those that are based on the body's confinement even that of its politics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Paul Virilio, &lt;i&gt;Bunker arch&#233;ologie&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, 2008, p. 15. Published in English as : Bunker Archaeology. New York : Princeton University Press, 1994. All quotes translated from the French edition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 40.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Cit&#233; in Virilio, op. cit., p. 39.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Cit&#233; in Virilio, op. cit., p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Paul Virilio, op. cit., p. 22-23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 56.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 61.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 77.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 78.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 Michel Foucault, &lt;i&gt;Dits et &#233;crits&lt;/i&gt;, t. II, Gallimard Quarto, 2001, p. 1093-94.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 Paul Virilio, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 51, 52, 54.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 Jean-Paul Doll&#233;, &lt;i&gt;L'Inhabitable Capital&lt;/i&gt;, Lignes, 2010, p. 108.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 12 et 14.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Biopolitics of clinical diagnosis in childhood </title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=445</link>
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		<dc:date>2014-10-30T11:26:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jose Ignacio Benito Climent </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;VERSION ESPAGNOLE : &lt;br class='autobr' /&gt;
VERSION FRAN&#199;AISE : &lt;br class='autobr' /&gt;
In this presentation, I wanted to describe my work as a psychologist in the school counseling schools and tried to question our clinical practice from the perspective of institutional psychotherapy and Lacanian psychoanalysis and Reichian. My therapeutic work is not really necessary for the Government. Government prefers that we address first to give clinical information to the administration and parents. The problem does not matter, it's the (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=42" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; : &#034;Les usages politiques du corps&#034; en Albanie aout 2014&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;VERSION ESPAGNOLE :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_208 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/pdf/Biopolitica_del_diagnostico.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 216 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1773004269' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;VERSION FRAN&#199;AISE :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_209 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/pdf/BIOPOLITIQUE_DU_DIAGNOSTIC_2_1_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 3 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1773004269' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;In this presentation, I wanted to describe my work as a psychologist in the school counseling schools and tried to question our clinical practice from the perspective of institutional psychotherapy and Lacanian psychoanalysis and Reichian.&lt;br class='autobr' /&gt;
My therapeutic work is not really necessary for the Government. Government prefers that we address first to give clinical information to the administration and parents. The problem does not matter, it's the diagnosis they care. Although never get to deal with the psyche of the sick child. That is why we are not satisfied with our work : the state machine does not want therapy in schools, only guidelines for parents and teachers.&lt;br class='autobr' /&gt;
We can't understand the child as an individual subject only, He is a member of a family ; diagnosis has no sense unless there is an intervention in the family system, to analyze the mirrors in which children look, and a structure his psyche from the relationships established within the primary node support, family myth.&lt;br class='autobr' /&gt;
Our role in the school is to help the child ... is to help parents to discriminate in their child and &#034;his&#034; son / daughter to avoid getting caught in the repetition and unconscious alliances, guide thinking and be affected by the transference plot underlying parent-child and from understanding this plot and start clearing and disrupt everything that has to do with parenting1.&lt;br class='autobr' /&gt;
The pedagogical intervention plan we had in school ... is lame, shallow, insufficient without the necessary support and intervention with the family to enable the essential emotional readjustment parents or relatives who occupy the right places and as adults that would allow mental and healthy child development.&lt;br class='autobr' /&gt;
Understanding the symptomatic manifestations of the child from listening to it, as well as parents and teachers ... What fantasies, desires or emotions interfere and affect the symptoms we see in the child ? What difficulties do parents and teachers with the child ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Parents and teachers demand diagnostics, hoping that it would restore the child away from their expectations and their teachers. &lt;br class='autobr' /&gt;
The sick child and the student is perceived as having certain unusual aspects without parental line with the scheme : &#034;I do not know why it behaves well, no one in my family was so rebellious ... ; as is if it were not my daughter ... as if it had nothing to do with me. &#034;&#034;When I was little, it was adorable, after unsociable became very strange ... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The current lifestyle does not take into account the needs of the child, but rather the market economy, keeping the consumer capitalist system ... Parents should continue to produce for the system and endure long hours of work to earn money to pay all &#034;needs&#034; the system presents them as indispensable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fatigue, frustration at work, low pay ... this translates into very little quality time shared with the children, who feel compelled to control to be disturbed as little as possible. &lt;br class='autobr' /&gt;
If the child is very active, teachers and parents quickly suspect a hyperactivity problem ....&lt;br class='autobr' /&gt;
Mothers have maternity leaves for a few months or not, the child enters the social world of schools and day care, without the ability to consolidate their first link will determine both his psyche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Links and healthy attachments, the required dependencies have been shown to allow a healthy mental and emotional development. To be a free and independent individual, you have to experience the maternal dependence (Cyrulnik).&lt;br class='autobr' /&gt;
But the system is little interest in the needs of the child-baby. &lt;br class='autobr' /&gt;
What do parents, the multi-listener - the child and parents, and teachers - in the construction of the links ... the need to come with family and teachers to a rendezvous, the common language to build their foundations, to think from the deconstruction of repair links in the school context. What make this school idea that compensates for the lack of parental cathexes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
The clinical label becomes explanation of the syndrome (DSM-IV). Objectification and dissection of reality. The child-object. Evaluation is encouraged in relation to the data of the tests ... do not consider the child as a whole.&lt;br class='autobr' /&gt;
The model I propose is to The Edge with Guattari, the situemas2 for example is a good way to measure clinically significant in institutional, which are the phonemes of a teaching hospital. Working introduction of philology at the clinic. The current poststructuralist Lacanian analysts and psychiatry which is the working group at the clinic from the critique of institutional psychotherapy. The basis of these groups is transversal, we must work with dimension-subject groups and groups desubjetivados juxtaposing sectors of work.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oury's intervention in June 1960 in the GTPSI goes to show that The Edge is structured as a combination of phonemes, the way in which Lacan says, at the same time, that the unconscious is structured like a language. Significant because it distinguishes the various units of the clinic La Borde and highlights certain joints that join into the castle unit laundry and insulin symbiotic unit whose state is such that risks the pitfall of separation in relation to all clinical - that alone : &#034;We called &#034;cela&#034; on a pun, the lavang&#252;&#237;stica3 '.&lt;br class='autobr' /&gt;
The pharmaceutical industry is behind all detection of the disorder ADHD and the mindset that every child is quiet, when childhood is described precisely by the activity. The question I ask myself is whether the disease is real or imaginary. After a year of working with children as well, we found that some parents want to have a child-other furniture and not exercise authority, leaving the student's education to medicine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For me, as it says Ren&#233; Scherer, pedagogy becomes obsolete, a sect of authoritarian interests us a new clinic that a new pedagogy, to my knowledge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quote Ren&#233; Scherer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If the sect of teachers and educators want to have a beautiful weekend and compensate for itself, a little ridicule in which it falls, is this task - being attentive to the passionate attractions for children, helping them meet et immensity of his desires, out of families and against them - that she should devote4 himself exclusively.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;More play in childhood and less signing or labeling. Less to draw attention to the inability of children and more attention to inclusiveness (treat children in class so they can follow the course as the rest on normal) of children with mental and physical problems in school. We are currently in this model, but specialists in therapeutic pedagogy and speech therapists fail to follow this new model because it is more convenient to keep them alone in a specific class.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As there, we must fight the machine of capitalism that see everywhere the business. The more children are diagnosed with ADHD, more money for the pharmaceutical companies. And besides, the private cabinet wants to live educational problems, disorders and illnesses of children. If the psychologist of the public does not find anything, then private is going to find any problem. In fact, the problem is the psychologist, not enough diagnostic disorders. And parents, the state and capitalism, who want the same. Even if you have to wait to know better what the real problem of the child, even if we do not work in the child's emotions in relation to education and parental sensitivity, etc. Children are the cannon fodder of the current hiperdiagnosticada hipermedicalizada and society. Capitalism health think that the more disorders arise or exist in childhood, the more there will be a need for expensive medicines and treatments. As mutual to think only about money and not the health of the adult or child. The problem is that we put a cap on the bottle but do not look inside.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And everything else, it should also work it : the brutal authority of parents, forgetting the needs of children, forgetting to build a human with language and the desire of the child, the great forgotten. All these oversights and these harmful behaviors against children. Most needed family psychotherapy and less medication, less or more analysis and submission to the great master (the big A Lacanian). Also do not know the real effects of medication or imaginary. When we speak of the structuring effects of certain antidepressants, we are not safe enough and can be dangerous or have other long-term adverse effects (feeling protected or immunized by the drug, known placebo effect among other psychological factors).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Over time, we see the destructive effects of pharmaceutical drugs on the health of children. A problem ignored by big pharma, doctors who administer and society in general. Should study more, this belief in medication overrated as a therapeutic miracle. Parents dare antipsychotics or antidepressants easily give the children as if there were a being in that small body. Parents are happy to have a diagnosis, medicalized and social benefits they think they can get child.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A boy with unresolved stories on the couple and their relationships with their own parents. So the child becomes : the mute child, the deaf child, autistic child, autistic children, hyperactive or kinetic child, the child with disruptive behavior, etc., let the wild child. This wild child of Truffaut (L'enfant sauvage, 1969) or Herzog (L'enigma of Kaspar Hauser, 1974), which does not allow nor dominate nor subject to the imperatives of capitalism, he also wild because it sees only money in all mental health problems.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The work becomes immunitas plugging be child or adult shows, in the first case, the unconscious feeling of confinement in his own school and in prison and symptom expression of their family and in the second case, the closing in society of money and the madness of capitalism makes us not only consumers, but the repeating pattern of capitalism and the consumer need to make money to continue consuming, all caught by the same system that engulfs us and spits into pieces. It is what says, Alain Brossat in immune democracy in relation to children and the elderly as well. I quote the last pages of his book :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Where is imposed without critical reflection conditions and the notion of a primacy of unlimited rights of the living human, the spectra of the bleak history of the twentieth century come to our reunion : eugenics, racial selection, unbridled experimentation on living ... The always commit suicide themselves more exclusively the immune party, adopted by Western modernity, then became the first of our philosophical concerns5 ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Treating children as empty tanks essence, we become a society commit suicide. We entered a project for the death of childhood, when it is a time to experience the joy and enjoyment of freedom of behavior and desires and illusions projected into the world. Has anyone thought about what you do with children ? Do children of the fatherland ? Some children advertise us since childhood : stigma, social exclusion, labeling, drugs and bad health care for children. Others, real or symbolic family, and others with violent families who abuse or even murder the child. The child is the symptom of the malaise of modern society, torn by disagreement gender, enrolled in the war between the couple other things that go unnoticed ; other more violent violence : treating childhood school, pedagogy and psychiatry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I would find, thanks to a new clinical practice in the manner of La Borde, protective factors of children and propose it as a primary task : to protect children from the harmful effects of those who care for him / her (parents, teachers and caregivers), the needs of the market that does not see or think about the fact that incapacitate our children. Subtract children and the state machine of capitalism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;How ? Diagnose not always. We have other steps for diagnosis. Contribute to take the medication to the flagrant cases endangering the child's life or your psyche. Avoid labeling children, do not convey all the teachers especially diagnoses, etc. There is some enjoyment of the teachers to know about the condition of the child. They say to themselves, the problem comes from the child is not right, it has something else, not me ! Your profession does not put in question ; teachers lack some self-criticism and mental health in relation to children and their special needs. They lack the sensitivity needed to treat these children without excluding them. The myth of the wild child is replaced by the idea of autistic children, as noted by Guy Hocquenghem and Ren&#233; Scherer in his syst&#233;matique Album (Co-ire) de l'enfance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Since these children are autistic who have been abandoned or lost, precisely because of their disability. What proves it is the disconcerting similarity between character traits and behavior of wild and autistic children : silence, swinging, attitudes similar to those of an animal6, etc. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mystification of animal traits in childhood in the business of public education face disciplinary myth becomes the child or the child-wild-wolf and to become it, well disciplined child, dominated or subdued. Also, the figure of the fool is recurrent in public education. The child-patient is associated or linked to the figures or wild asshole too.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Jacques Rousseau and warned in his &#201;mile, in the first book, when the child learns to speak he don't cry anymore. If he continues, the problem stems from its environment. After my experience as a psychologist in the public school, I think the problem is not the children, it's in the parents and the school. The childhood is threatened with death by overprotective adults and devaluation of desire and pleasure in childhood by totalitarian control and discipline of children. Everything is controllable. Pee-poo, do not move from the chair, shut up, do not talk, writes and speaks like an adult before even beyond the stage of childhood, no interpretable symptoms or discomfort in the child's culture, etc. What is expected of the children ? they are subjects of public education model, which means : subject empty of himself and of their sensitivities. There are not enough opportunities to develop sensitive moments in time rather than disciplinary groups. The teacher is not sufficiently interested in the sensitivity of child care rather be the best teachers or the seminar cycle, one that makes the most better activities for the teachers, the management team and parents. Aesthetic and political issue schoolmaster : everything can be controlled, &#161;Show Us !. It is the delirium of the schoolmaster : the possibility of absolute discipline, as in a napola7. The teacher / a fixed level and if someone does not reach it, is that you must have a multifactorial psychological, physical or organic, family, structural problem, learning, etc. And sometimes, the problem is rather she or he, as the required level is excessive for children. This is the most delicate of the school psychologist job : teacher must convey to put himself in question, to question their educational and psychological practices to try to manage the difference and difference in relation to the psychological, physical or educational disorders (reading -write). If you have less capabilities or whatever, then you have to work more with this student and not left to his own, by excluding the class group and the future society.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Don't try to detect problems and try to find solutions. The question is not whether there are children who do not read or write because of a psychological problem (cognitive) or its capabilities, or psychologist enough to evaluate them (or other specialists) can not occupy ... It is a matter of responsibility of the teacher in relation to your practice to look for include and make the difference disappear, thanks to the inclusion and work in class, the whole class, not treating the child out of the norm as a remnant of the entire group that makes children-schizos (cleaved with themselves and society that surrounds them). I have seen with my own eyes how the teachers were happy to reject in situ, a boy in his class when he is advised to follow the course apart from the rest, with the specialist. Even I have come to hear expressions like &#034;Come on !Take he with you ! &#034;Accompanied by a non-verbal communication misses rude gestures. In fact, the worst school teachers I have met are those who claim to be : speech therapists, teachers, psychologists, etc.Teachers thinkers !What ! They are usually the slackers who want to get rid of certain children because they become autonomous in language or writing. But it is the master (not always, of course) who does not deal well with the education of children, to teach them to read and write as the other, since there is no innate knowledge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In addition, institutions are not connected swarms as they give the impression of work but do not really work. They are as you state mask, they make as if they dealt with situations of lack of social protection (social workers are well aware, the extent to which their actions fall into despair against the institutions) but not more than facade face da administration professionals, parents and society in general. It is sending the ball out and do scary threatening citizens and do nothing while for him.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Then the animal kid, the wild child, the autistic child but also the child forgotten and rejected (radiated) in the world. All this biopolitics of children in the school where the clinical diagnosis machine is present from birth, the closer it better. 33 months diagnose a child with autism, they say it is possible. All diagnosed, all medicalized and all disciplined, bowed from birth to school. Do we live in a prepared to make changes in their lifestyle ? Just kidding. We can see the idea of a wounded society emerges from childhood, stigmatized in models of disease (biomedical and psychological models not), which is separated from the rest of the difference and discipline the people to prepare for the factory, university or psychiatric. Beautiful image of the world, of our father the government, who protects us from ourselves and from others, as if it were a paranoid state and panopticon. This can not account for more than the philosopher and psychologist Michel Foucault when he said :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Any system of education is a political way of maintaining or modifying the appropriation of discourse, with the knowledge and powers to carry on themselves (The Order of Things, 1972). &lt;br class='autobr' /&gt;
And this one quote : &lt;br class='autobr' /&gt;
That knowledge is confused with power, which was nothing more than a thin mask released on the structures of domination, and that these were always oppression, confinement (Interview). &lt;br class='autobr' /&gt;
In short, the work of the school psychologist is summarized mainly a matter of classification of who is out of the norm, a matter of quantifying the subjectivity of students who fall outside the norm. The unclassifiable, really.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 The work with parents, Ana Maria Canellas, S.Kahane ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 The psychiatrist, Claude Poncin out in Saint-Alban, the notion that relates situemas intra-institutional relations and relations between phonemes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Fran&#231;ois Dosse, Gilles Deleuze F&#233;lix Guattari, cross Biography, cap&#237;tulo 72-96 : Daily Life in La Borde, p&#225;gina 80, ed. Discovery / Poche, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Rene Scherer, Emile or perverted relationship between education and sexuality, Postlogue against the sect of teachers and educationalists (in the manner of Charles Fourier), 185-188, ed. Laurence disorders Vallet / Editions du Rocher, Dijon, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Alain Brossat, 102 The immune democracy p&#225;gina, ed. The argument / counter politics Courtry 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Hocquenghem and systematic Rene Scherer Album (Co-ire) of childhood, From the chapter on Animal superhuman Section : Children and autism-Loups, pages 76-80, ed. Research, Fontenay-sous-Bois, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Ancient Nazi schools in Germany that time looking for students Aryans (blond and German, the purer the better) to form the new military elite of the Third Reich.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#034;Les puissances politiques du cin&#233;ma sont corporelles&#034;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>


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&lt;p&gt;Face &#224; certains films, nous &#233;prouvons parfois des difficult&#233;s pour &#233;noncer clairement ce qui en constituerait le contenu politique effectif, sans pourtant douter un instant de la teneur politique du film en question. Il ne s'agirait pas alors d'identifier cette apparente ind&#233;termination comme le signe d'un manque de clart&#233; chez le cin&#233;aste lui-m&#234;me (pas n&#233;cessairement en tout cas), mais bien comme ce qui nous invite &#224; interroger en profondeur le lien entre cin&#233;ma et politique. Si les bonnes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=69" rel="tag"&gt;perception&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=71" rel="tag"&gt;affect&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Face &#224; certains films, nous &#233;prouvons parfois des difficult&#233;s pour &#233;noncer clairement ce qui en constituerait le contenu politique effectif, sans pourtant douter un instant de la teneur politique du film en question. Il ne s'agirait pas alors d'identifier cette apparente ind&#233;termination comme le signe d'un manque de clart&#233; chez le cin&#233;aste lui-m&#234;me (pas n&#233;cessairement en tout cas), mais bien comme ce qui nous invite &#224; interroger en profondeur le lien entre cin&#233;ma et politique. Si les bonnes intentions ne font pas la bonne litt&#233;rature, on peut &#233;galement douter du fait que les seules intentions politiques d'un r&#233;alisateur suffisent &#224; produire un cin&#233;ma politique. C'est qu'on ne doit jamais oublier que le m&#233;dium cin&#233;matographique repose essentiellement sur la perception, et que chacun de ses effets consiste d'abord &#224; entrer dans un certain rapport de composition avec les affects des spectateurs. La question d'un lien entre cin&#233;ma et politique, qui ne soit pas que de surface, mais bien intrins&#232;que, demande donc la prise en compte du corps &#8211; du corps du spectateur, d'abord, quant &#224; la mani&#232;re dont un film, en effet, peut l'affecter, mais aussi du corps sur l'&#233;cran, quant &#224; la mani&#232;re dont il y est projet&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Qu'on pense seulement &#224; la congruence du cin&#233;ma de Pasolini avec ce qui fut son mot d'ordre : &#171; jeter son corps dans la lutte &#187;. C'est que le contenu politique d'&lt;i&gt;Accatone&lt;/i&gt;, par exemple, n'est pas ailleurs que dans les corps port&#233;s &#224; l'&#233;cran (corps pauvres, h&#233;t&#233;rog&#232;nes, pl&#233;b&#233;iens) et dans la mani&#232;re, toute frontale, de les filmer, mais aussi dans ce geste consistant &#224; les magnifier en pla&#231;ant en contrepoint de leur lutte un extrait de &lt;i&gt;la Passion selon saint Matthieu&lt;/i&gt;. En cela, il n'y a nulle th&#232;se qui viendrait &#233;craser l'image, et comme la supprimer, en en r&#233;v&#233;lant la signification. La dimension politique d'&lt;i&gt;Accatone&lt;/i&gt; peut bien alors &#234;tre dite intrins&#232;que au m&#233;dium cin&#233;matographique, et c'est en cela qu'une telle d&#233;marche op&#232;re un nouage entre politique et corps &#8211; le spectateur lui-m&#234;me &#233;tant &lt;i&gt;affect&#233;&lt;/i&gt; par cette dimension politique, avant m&#234;me qu'une r&#233;flexion critique sur le film puisse seulement &#234;tre engag&#233;e (moment initial auquel la critique elle-m&#234;me se devra de faire droit, du moins si elle ne veut pas noyer la sp&#233;cificit&#233; du film dans de suppos&#233;es significations &#8211; elles-m&#234;mes hors de l'image &#8211; vers lesquelles il renverrait).&lt;br class='autobr' /&gt; Il va donc s'agir ici, non directement chez Pasolini, mais comme dans son sillage si l'on veut (revendiqu&#233; ou non, par les r&#233;alisateurs &#233;voqu&#233;s), d'interroger la nature intrins&#232;quement politique du cin&#233;ma, en tant que m&#233;dium recourant essentiellement aux affects corporels. On comprend que cette interrogation rejaillit sur la politique elle-m&#234;me, puisque la conception de l'engagement politique comme &#171; prise de conscience &#187; se trouve ainsi remise en question : si le cin&#233;ma est intrins&#232;quement politique &#224; travers le nouage qu'il effectue avec les affects corporels, alors la politique dont il s'agit devient politique des corps, non comme le signe d'une politique d&#233;sert&#233;e par la pens&#233;e, mais comme celui de l'actualisation d'une pens&#233;e du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour commencer, n'oublions pas de faire remarquer que ce jeu d'affects mis en &#339;uvre par le cin&#233;ma n'op&#232;re pas ind&#233;pendamment des affects du cin&#233;aste lui-m&#234;me, voire de son propre corps. On peut penser aux multiples interventions du corps de Pasolini, comme personnage de ses propres films, mais aussi &#224; celles de Fassbinder, dont le corps n'est pas moins pr&#233;sent dans sa filmographie. On peut &#233;galement envisager la mani&#232;re de faire du cin&#233;ma une forme d'autobiographie film&#233;e, qui fut celle de Pierre Cl&#233;menti, et qui continue, par exemple, &#224; &#234;tre celle d'un Lionel Soukaz. Dans tous ces cas, on retrouve l'implication personnelle du cin&#233;aste, qui vaut comme engagement politique, &#224; travers son propre corps &#8211; et c'est d'ailleurs ce nouage entre corps et politique, pr&#233;cis&#233;ment, qui permet de ne pas consid&#233;rer &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt; l'autobiographie film&#233;e comme un repli sur la sph&#232;re priv&#233;e, voire comme une simple forme de narcissisme. Et si engagement politique il y a en ces occasions, on doit reconna&#238;tre au corps du cin&#233;aste la capacit&#233; de jouer le r&#244;le d'interface entre le film et les spectateurs : &#224; la place d'un contenu politique directement &#233;nonc&#233; (&#233;ventuellement par le recours &#224; la voix &lt;i&gt;off&lt;/i&gt;, ou au moyen d'un personnage porte-parole des intentions du r&#233;alisateur), on se trouve face &#224; la &lt;i&gt;pr&#233;sence&lt;/i&gt;, physique, du cin&#233;aste (en chair et en os &#224; l'&#233;cran, ou seulement comme ce corps derri&#232;re la cam&#233;ra), laquelle conf&#232;re alors &#224; son engagement politique une dimension d'immanence vis-&#224;-vis du m&#233;dium cin&#233;matographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est que le fait de ne pas recourir &#224; un discours transcendant (quelles que puissent en &#234;tre les formes d'activation), qui viendrait d&#233;livrer la signification de ce qui est donn&#233; &#224; voir, ne signifie cependant aucunement un retour &#224; une conception platement positiviste du cin&#233;ma : il y a bien un point de vue singulier qui est celui du cin&#233;aste. Seulement, le fait de ne pas employer des moyens h&#233;t&#233;rog&#232;nes au cin&#233;ma pour exprimer ce point de vue est la seule mani&#232;re de justifier le recours au m&#233;dium cin&#233;matographique. Sans cela, c'est le film lui-m&#234;me qui s'av&#232;re inutile, ou au mieux seulement illustratif, si un propos, &#233;non&#231;ant le sens des images, peut, sans perte, lui &#234;tre substitu&#233;. Mais il faut aller encore un peu plus loin. En effet, il est tr&#232;s possible de transposer dans le cadre d'une grammaire cin&#233;matographique un discours maintenant une transcendance &#224; l'&#339;uvre dans le film, malgr&#233; l'ob&#233;issance apparente au principe d'immanence existant entre l'image et le sens. C'est bien ainsi que Eisenstein proc&#232;de, notamment lorsqu'il veut produire une image d&#233;testable du &lt;i&gt;Lumpenproletariat&lt;/i&gt; : outre la pratique du &lt;i&gt;typage&lt;/i&gt;, il fait en sorte que certains acteurs - assimil&#233;s dans leur r&#244;le, au moyen de cartons, &#224; des animaux nuisibles - miment en effet la fourberie, la cupidit&#233;, la sournoiserie, etc. Les personnages en question, &#224; l'&#233;cran, deviennent alors de simples corps th&#233;oriques, leur physionomie m&#234;me &#233;tant cens&#233;e renvoyer &#224; des qualit&#233;s morales n&#233;gatives &#8211; qualit&#233;s n&#233;gatives d&#233;livrant alors la signification de ces corps. L'image, dans ce cas, devient simple &lt;i&gt;moyen&lt;/i&gt; pour un propos th&#233;orique, en l'occurrence globalement calqu&#233; sur la vision violemment n&#233;gative du sous-prol&#233;tariat que Marx a pu d&#233;velopper. Si, donc, le corps rev&#234;t en effet une place centrale dans le cin&#233;ma d'Eisenstein, il para&#238;t pourtant bien difficile de soutenir qu'en cela la politique se ferait corporelle, par l'interm&#233;diaire de son cin&#233;ma. Pouvoir &#233;noncer cela supposerait que le cin&#233;ma donne alors &#224; voir des corps pour eux-m&#234;mes, et non d'abord pour la charge symbolique dont ils pourraient &#234;tre les porteurs. Le corps de Franco Citti ne &lt;i&gt;repr&#233;sente&lt;/i&gt; pas le sous-prol&#233;tariat, dans &lt;i&gt;Accatone&lt;/i&gt;, il n'en est pas une m&#233;taphore, mais il est bel et bien un corps pauvre, il l'&lt;i&gt;incarne&lt;/i&gt;, au sens fort du terme.&lt;br class='autobr' /&gt; Il ne s'agit &#233;videmment pas de nier en cela le fait que l'image cin&#233;matographique donne en effet &#224; voir autre chose que le calque de ce que la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me nous donne continuellement &#224; percevoir, et qu'ainsi elle nous r&#233;v&#232;le bien plut&#244;t le monde dans lequel nous vivons, nous le rendant visible. S'il faut donc &#233;viter l'&#233;cueil de la r&#233;duction des choses du monde &#224; un statut de simple m&#233;taphore, il faut tout autant se m&#233;fier du risque de laisser les choses n'&#234;tre &#224; l'&#233;cran que dans l'&#233;tat de positivit&#233; qui leur est propre en-dehors de leur enregistrement par l'&#339;il de la cam&#233;ra. C'est bien ce qu'&#233;non&#231;ait dans un entretien le r&#233;alisateur Robert Kramer : &#171; Si les choses sont trop concr&#232;tes, elles sont perdues dans cette qualit&#233; concr&#232;te &#8211; elles sont cet &#233;v&#233;nement sp&#233;cifique, cet objet sp&#233;cifique qui a &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; existence dans &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; temps-l&#224;. Et si les choses sont trop abstraites, elles deviennent abstraites. Quelque part, entre les deux, il y a les mythes, il y a une chose qui vibre avec tout son sens concret, et tout son sens mythique &#187;1. Il s'agirait donc d'&#233;viter de r&#233;duire la chose film&#233;e &#224; son seul caract&#232;re quotidiennement v&#233;cu, car alors le cin&#233;ma se limiterait &#224; n'&#234;tre qu'un v&#233;hicule pour une image d&#233;j&#224; donn&#233;e dans la r&#233;alit&#233;, mais il s'agirait tout autant d'&#233;viter d'en faire une stricte chose mentale. Or, cet &#233;cart entre les deux, que Robert Kramer nomme &#171; mythe &#187;, ce n'est rien de tr&#232;s myst&#233;rieux, sinon la trace de la palpitation m&#234;me du monde, lorsque la cam&#233;ra filmant les choses, ne se contente pas, bien entendu, de les enregistrer passivement, mais les vit en fait toujours aussi &#224; travers le corps voyant du cameraman, avec les significations que ce corps m&#234;me (avec toute sa m&#233;moire) attache aux objets per&#231;us. La composante autobiographique de l'&#339;uvre de Robert Kramer est ainsi d'embl&#233;e d&#233;bord&#233;e, notamment par la repr&#233;sentation qu'il se fait du temps, celui de la biographie &#233;tant ainsi sans cesse repris dans celui de l'histoire, comme c'est le cas, en particulier, dans son film &lt;i&gt;Berlin 10/90&lt;/i&gt;, tourn&#233; pour la t&#233;l&#233;vision le 15 octobre 1990, dont le texte du commentaire &#233;nonce, sur des images de Berlin-est : &#171; Les mus&#233;es... Et les ruines. Les ruines de beaucoup de r&#234;ves. Les squelettes de beaucoup de r&#234;ves, les carcasses sont rest&#233;es l&#224;. Mon p&#232;re a &#233;tudi&#233; la m&#233;decine de 1930 &#224; 1933, &#224; la Charit&#233;, un grand h&#244;pital, ce doit &#234;tre &#224; 5 minutes d'ici &#224; pied. Je ne sais pas si le grand b&#226;timent est le nouvel h&#244;pital ou non. Impacts de balles. Tous les murs portent des impacts de balles [...] signes des batailles de 45, &#224; l'avanc&#233;e des Russe. Traces d'histoire... Impacts de balles... La vraie histoire [&#8230;] Impacts dans mon corps. Il [mon p&#232;re] ne m'a jamais racont&#233;. [&#8230;] C'est pour &#231;a que je reviens sans cesse au &lt;i&gt;Reichstag&lt;/i&gt; &#187;. La positivit&#233; de l'image se creuse donc sans cesse, non pas par le d&#233;tour d'un commentaire qui destituerait plut&#244;t cette image en nous en d&#233;tournant (en d&#233;voilant la suppos&#233;e signification, alors pos&#233;e comme hors du domaine du strictement visible), mais en ceci que c'est l'image elle-m&#234;me qui r&#233;v&#232;le l'&#233;paisseur temporelle venue se cristalliser &lt;i&gt;visiblement&lt;/i&gt; dans les choses elles-m&#234;mes. C'est en ce sens que Robert Kramer peut affirmer, dans la m&#234;me interview, que ce qui l'int&#233;resse dans le cin&#233;ma, et notamment dans la forme des &#171; lettres vid&#233;o &#187;, c'est la question : &#171; Comment abolir encore un tout petit peu plus la s&#233;paration entre filmer et vivre ? &#187;2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si les choses film&#233;es ne sont donc pas exactement les choses v&#233;cues dans l'existence ordinaire, cela ne signifie pourtant pas que le cin&#233;ma placerait ainsi le monde &#224; distance, mais, tout au contraire, que le cin&#233;ma nous reconduit au c&#339;ur m&#234;me du monde, mais dans toute son &#233;paisseur, notamment temporelle, en en r&#233;v&#233;lant les couches s&#233;diment&#233;es juste sous la surface, en en ravivant les couleurs, en r&#233;activant le d&#233;sir nous portant vers lui : &#171; [&#8230;] vivre comme vivre, c'est pas que c'est insupportable, mais c'est un peu plat &#187;3. Or, le cin&#233;ma comme moyen d'enflammer le monde, d'en r&#233;v&#233;ler &#224; nouveau le caract&#232;re d&#233;sirable, c'est bien l&#224; le moteur, politique, du cin&#233;ma de Lionel Soukaz, engag&#233; contre toute forme d'emp&#234;chement &#224; d&#233;ployer sa propre puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'omnipr&#233;sence du corps du cin&#233;aste, dans nombre de films de Lionel Soukaz, nous conduit tout naturellement &#224; interroger la notion m&#234;me de &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt;, notamment dans le cas du film &lt;i&gt;Ixe&lt;/i&gt;, de 1980, dont on va parler un peu ici. C'est qu'en effet le corps du cin&#233;aste, de surcro&#238;t d&#233;voil&#233; jusqu'en son intimit&#233;, d&#233;stabilise le spectateur, en le pla&#231;ant dans une position de face &#224; face, comme on pourrait en retrouver le geste dans certaines performances d'Esther Ferrer (par exemple dans le cadre de ses exp&#233;riences d'autoportraits, ou encore dans celles de la nudit&#233;4) : ne disposant plus de la qui&#233;tude du simple r&#233;cepteur d'un spectacle qui lui est adress&#233;, le spectateur du cin&#233;ma de Soukaz devient celui qui se doit, d'une mani&#232;re ou d'une autre, de r&#233;pondre au regard qui, de l'&#233;cran, lui est adress&#233;. Cette interpellation conduit le spectateur &#224; un r&#244;le actif, loin de le conforter dans l'attitude de qui peut prendre position, intellectuellement, sans s'engager corps et bien. A cet &#233;gard, &lt;i&gt;Ixe&lt;/i&gt; est tout &#224; fait symptomatique de cette d&#233;marche consistant &#224; lier politique et corps, notamment en ce que ce film sur la question de la censure ne se contente pas d'interpeller le spectateur sur le th&#232;me de la libert&#233; d'expression, mais le place en face d'images possiblement d&#233;rangeantes, au point, strat&#233;giquement parlant, de mettre en question l'efficacit&#233; de la d&#233;marche &#8211; mais, politiquement, la d&#233;marche est radicale et ainsi justifi&#233;e. C'est qu'il serait facile d'obtenir une opposition verbale &#224; la pratique de la censure, mais la victoire ne manquerait pas d'avoir un go&#251;t amer, obtenue seulement en ne montrant pas les images relativement auxquelles on demande la lev&#233;e de la censure... C'est ainsi qu'il aurait &#233;t&#233; facile de faire jouer la distinction l&#233;gale entre &#233;rotisme et pornographie, quand &lt;i&gt;Ixe&lt;/i&gt;, pourtant, choisit de montrer des sexes en &#233;rection. En cela, c'est le souci de la respectabilit&#233; qui est abandonn&#233; par Lionel Soukaz, qui sait trop bien le prix qu'on est conduit &#224; payer pour d'apparentes victoires politiques, n'ayant en fait &#233;t&#233; obtenues qu'&#224; la condition de cacher ces corps qu'on ne saurait voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sans d&#233;crire longuement &lt;i&gt;Ixe&lt;/i&gt;, le film de Lionel Soukaz, on peut tout de m&#234;me pr&#233;ciser qu'il s'agit l&#224; d'un film non narratif, d&#233;pourvu de voix &lt;i&gt;off&lt;/i&gt;, et compos&#233; de s&#233;quences film&#233;es (et de photographies) articul&#233;es entre elles selon un montage syncop&#233;, et sur une bande-son tr&#232;s travaill&#233;e, alternant musique, chansons, rire sardonique en leitmotiv, etc. Un mot revient lui-m&#234;me comme un leitmotiv, d'abord sur une affiche, et c'est le mot &#171; Vivre &#187;, citant le titre du film de Kurosawa. On comprend donc que &lt;i&gt;Ixe&lt;/i&gt; constitue une sollicitation continue de la vue et de l'ou&#239;e, avec un retour p&#233;riodique de certaines images et/ou sons, parfois selon des vitesses variables, ou selon des encha&#238;nements vari&#233;s, comme une fa&#231;on de d&#233;samorcer les conditions ordinaires de la perception, peut-&#234;tre de les pousser jusqu'&#224; l'outrance. Certaines images apparaissent d'abord de mani&#232;re quasiment subliminale, avant que de s'installer plus durablement sur l'&#233;cran (c'est le cas des sc&#232;nes de fellation, puis de sodomie par exemple), comme une mani&#232;re de susciter &#233;ventuellement le d&#233;sir chez le spectateur, en tout cas de l'impliquer dans un questionnement relatif au d&#233;sir, en jouant &#224; la fois sur la frustration, mais aussi sur le caract&#232;re obsessionnel de ces s&#233;quences br&#232;ves revenant p&#233;riodiquement. Relevons que le corps de Lionel Soukaz a une place centrale dans tout ce dispositif, et que, par cons&#233;quent, le spectateur ne pouvant que rencontrer le regard du cin&#233;aste sur l'&#233;cran, il se trouve ainsi impliqu&#233; dans le d&#233;voilement de son intimit&#233;. Nombre de passages du film m&#233;riteraient d'&#234;tre &#233;voqu&#233;s, mais sa richesse ne permet, ici, que de mentionner certains motifs : l'&#339;il du cin&#233;aste, film&#233; en gros plan, et ouvrant d'abord sur des images de manifestants oppos&#233;s aux CRS, puis sur le corps du cin&#233;aste lui-m&#234;me ; autre gros plan sur l'&#339;il de Soukaz, suivi d'un gros plan sur sa bouche, puis sur sa poitrine, et ensuite, en contrepoint, des photos de corps masculins enlac&#233;s, puis des sc&#232;nes de fellation, et la bande sonore retravaill&#233;e fait entendre et b&#233;gayer la c&#233;l&#232;bre chanson des &#171; S&#339;urs sourire &#187;, &#171; Dominique, nique, nique &#187;, avec ensuite en contrepoint d'autres sc&#232;nes de fellation, et parall&#232;lement, des images du Pape. On retrouvera ce motif de l'&#339;il &#224; la fin du film, lorsque Lionel Soukaz sera cens&#233; succomber &#224; une overdose (tous les d&#233;tails de l'injection d'h&#233;ro&#239;ne auront auparavant &#233;t&#233; montr&#233;s &#224; l'&#233;cran), et qu'on lui fermera les yeux. Au leitmotiv &#171; Vivre &#187; correspond donc l'&#339;il grand ouvert (qui est aussi celui de la cam&#233;ra, comme en un clin d'&#339;il au &lt;i&gt;Chien andalou&lt;/i&gt;), par lequel s'introduit tout l'univers du visible, support des pulsions scopiques. On comprend alors que filmer, voir et vivre s'entre-r&#233;pondent dans cette optique (vivre &#224; en mourir), en opposition &#224; la censure comme interdiction du regard, mort. Filmer, c'est donc tout simplement vivre, mais selon un rythme, selon une vitesse et &#224; travers des couleurs et des sons plus intenses et/ou autrement agenc&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; Cela (c'est-&#224;-dire cette signification du film), on le comprend sans doute d'abord au moyen des affects de joie que son film produit (par le recours &#224; l'humour, mais aussi par l'irruption d'images pouvant d&#233;clencher certains d&#233;sirs, et/ou provoquer une g&#234;ne, ou encore par le retour p&#233;riodique de certains refrains), et c'est donc bien ainsi que son cin&#233;ma s'av&#232;re &#233;minemment politique : lorsqu'il donne &#224; voir et &#224; entendre tout un univers de d&#233;ambulations nocturnes &#8211; au moyen d'un travelling sur des grilles qui d&#233;filent, puis au moyen d'une plong&#233;e sur des pieds avan&#231;ant sur un trottoir, tout cela sur fond d'un montage syncop&#233; et d'un refrain qui &#233;nonce &#171; en route, vers de nouvelles aventures &#187; - il ouvre ainsi la voie &#224; des rencontres aventureuses, propres &#224; la drague homosexuelle. Ainsi, &#224; travers les seuls moyens du cin&#233;ma, Lionel Soukaz parvient ici &#224; faire valoir les arguments les plus puissants contre la normalisation contemporaine de la vie gay, uniquement au moyen d'une intensification / d&#233;stabilisation perceptive produite autour du signifiant lancinant de &#171; Vivre &#187;. On peut donc bien dire qu'un film rev&#234;t une port&#233;e politique, lorsque au-del&#224; (ou en de&#231;&#224;) de l'&#233;ventuel propos explicitement politique, il produit, cin&#233;matographiquement parlant, quelque chose qui n'est pas sans rapport avec l'enthousiasme. C'est aussi tout le danger de ce m&#233;dium, bien s&#251;r : il n'y a pas de politique sans d&#233;sir(s), ce qui implique que s'il y a un cin&#233;ma politique &#8211; ou, mieux, puisque le cin&#233;ma est essentiellement politique -, il r&#233;side dans la nature des &#233;tats corporels (dans toute l'extension que Spinoza pouvait conf&#233;rer au terme de &#171; corps &#187;) qu'il saura d&#233;clencher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que le cin&#233;ma soit essentiellement politique &#224; travers les affects corporels qu'il est susceptible de d&#233;clencher, cela ne doit pourtant pas nous conduire &#224; rejeter d'embl&#233;e, comme n'&#233;tant politiques que de fa&#231;on d&#233;riv&#233;e, les films susceptibles, par exemple, de recourir &#224; la voix &lt;i&gt;off&lt;/i&gt;, et qui, donc, ne paraissent pas s'en tenir, strictement parlant, aux seules ressources de l'image cin&#233;matographique. C'est qu'en effet le discours, au cin&#233;ma, n'est aucunement condamn&#233; &#224; se faire n&#233;cessairement l'ennemi des affects corporels, sp&#233;cifiquement cin&#233;matographiques, m&#234;me lorsqu'il ne rel&#232;ve pas d'une situation de dialogue &#8211; si la situation dans laquelle s'inscrit le film n'est pas compr&#233;hensible sans une explication que les images, seules, ne sauraient fournir, alors le discours se r&#233;v&#232;le l'alli&#233; des affects dont les images sont virtuellement porteuses. Seul le discours rendant les images superflues serait donc &#224; bannir. Le cin&#233;ma de Yann Le Masson nous permet d'interroger cette dimension de la question &#224; travers la tension qui s'y joue, parfois, entre images et voix &lt;i&gt;off&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parmi les films r&#233;alis&#233;s par le documentariste Yann Le Masson, deux d'entre eux me semblent devoir &#234;tre ici privil&#233;gi&#233;s, pour les choix dont ils sont porteurs, relativement &#224; la question de la voix &lt;i&gt;off&lt;/i&gt;, en tant que commentaire des images, mais aussi plus g&#233;n&#233;ralement quant au traitement de la parole. C'est que ces films pr&#233;sentent certaines des caract&#233;ristiques par lesquelles on cherche ici &#224; penser un cin&#233;ma essentiellement corporel, c'est-&#224;-dire n'op&#233;rant pas le d&#233;tour par une parole venant recouvrir le visible et/ou l'audible, mais aussi, parce que ces films pr&#233;sentent, notamment pour le cas de &lt;i&gt;Kashima Paradise&lt;/i&gt;, certains traits de r&#233;sistance &#224; l'&#233;gard du simple fait de montrer. Car s'il est entendu que tout film r&#233;sulte in&#233;vitablement d'une construction, r&#233;sultant de choix de tournage, de montage, etc., la r&#233;sistance que j'&#233;voque ici est celle par laquelle le cin&#233;aste peut h&#233;siter &#224; se d&#233;faire du r&#244;le d'interpr&#232;te des images, au-del&#224; des choix techniques qu'il ne peut pas ne pas effectuer, et qui, &#233;tant en eux-m&#234;mes porteurs de choix politiques, esth&#233;tiques, &#233;thiques, influencent d&#233;j&#224; la signification d'un film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le film &lt;i&gt;J'ai huit ans&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233; en 1961, a &#233;t&#233; projet&#233; &#224; Paris le 10 f&#233;vrier 1962, soit donc en pleine guerre d'Alg&#233;rie. La dimension militante du film ne fait donc aucun doute, d'autant que le cin&#233;aste lui-m&#234;me se trouvait pleinement engag&#233; dans cette guerre, &#224; la fois en tant que militant communiste, mais aussi en tant qu'ancien officier parachutiste ayant effectu&#233; son service militaire entre 1955 et 1958, cherchant en effet, selon la logique du Parti communiste, &#224; &#234;tre au plus pr&#232;s des masses, tout en visant le plus haut grade pour influer sur les formes d'agitation politique &#8211; d'o&#249; le d&#233;chirement pour lui de devoir combattre des hommes dont il partageait l'id&#233;al. Le film lui-m&#234;me est compos&#233; dans un premier temps de plans de visages d'enfants alg&#233;riens (images tourn&#233;es en Tunisie) sur une bande-son laissant entendre des tirs de fusils et de mitraillettes, et dans un second temps de dessins d'enfants repr&#233;sentant la guerre qu'ils vivaient, accompagn&#233;s d'une voix &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; qui est celle de ces enfants, &#233;non&#231;ant des bribes de r&#233;cits entrant en &#233;cho avec les dessins projet&#233;s sur l'&#233;cran. Et, en r&#233;sonance avec les images, les paroles de ces enfants sont bouleversantes, qui &#233;noncent le meurtre de leur p&#232;re, de leur cousin, de leur grand-p&#232;re, ou encore leur angoisse &#224; l'approche des soldats fran&#231;ais. Ce film, selon les mots de Yann Le Masson, &#171; visait &#224; faire entrer le spectateur dans l'univers traumatis&#233; de ces gosses &#187;5. Le film est donc politique en son intention, mais il l'est selon des moyens essentiellement cin&#233;matographiques, et c'est en cela que la politique dont il pourrait se r&#233;clamer peut, me semble-t-il &#224; bon droit, &#234;tre nomm&#233;e corporelle. En effet, la voix &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; &#233;tant celle des enfants eux-m&#234;mes, elle constitue un &#233;l&#233;ment de ce bloc de r&#233;alit&#233; pour lequel le cin&#233;aste t&#233;moigne, loin d'&#234;tre la parole, transcendante, qui dirait le sens des images. Le fait m&#234;me que ces enfants s'expriment dans une langue parfois h&#233;sitante constitue un &#233;l&#233;ment ins&#233;parable de ce dont portent t&#233;moignage les dessins, en l'occurrence la violence par laquelle les colons leur ont impos&#233; la langue fran&#231;aise. Pour le dire simplement, il n'y a rien, dans ce film, qui puisse &#234;tre transpos&#233; dans un discours ext&#233;rieur au film, et qui en d&#233;livrerait le sens &#8211; cette signification est en effet ins&#233;parable des affects d&#233;clench&#233;s lors du visionnage du film, et toute tentative pour &#233;noncer, hors film, cette signification aboutirait &#224; une froide production de l'intelligence, qui manquerait une dimension essentielle de la r&#233;alit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e par ce film. Ces remarques pourraient d'ailleurs &#234;tre &#233;largies au film &lt;i&gt;Sucre amer&lt;/i&gt;, de 1963, dans lequel Yann Le Masson parvient &#224; cr&#233;er tout un jeu d'affects, et ce, essentiellement en filmant les corps des personnes venues assister aux diff&#233;rents meetings : d'un c&#244;t&#233; la conviction d'appartenir &#224; &#171; la noble et vieille civilisation fran&#231;aise &#187;, qui donne cette assurance aux supporteurs blancs de la candidature de Michel Debr&#233; &#224; la R&#233;union, lorsqu'ils entonnent la Marseillaise, et de l'autre c&#244;t&#233;, la volont&#233; de ne plus courber l'&#233;chine, de ne plus c&#233;der aux menaces des puissants, qui conduit une femme &#224; essuyer les larmes qui lui sont venues en &#233;coutant un orateur du Parti communiste parler de dignit&#233; et pr&#244;ner l'ind&#233;pendance, et qui conduit enfin le groupe &#224; entonner une vibrante &lt;i&gt;Internationale&lt;/i&gt;. L'opposition peut para&#238;tre binaire, mais elle vise pr&#233;cis&#233;ment &#224; r&#233;v&#233;ler ce qui n'appara&#238;t jamais aussi nettement dans l'existence ordinaire, et qui pourtant sous-tend bien l'ensemble des rapports sociaux sur l'&#238;le &#8211; les rapports de ma&#238;tres &#224; serviteurs. C'est bien en cela que ce film est essentiellement politique, &#224; travers l'&#233;vidence dans laquelle se retrouve le spectateur, qui lui fait distinguer, sans h&#233;sitation, l'ami de l'ennemi. Ce film n'est donc nullement objectif, &#233;tant politique, et plus pr&#233;cis&#233;ment, il est politique selon certains affects, strictement oppos&#233;s &#224; ceux que d&#233;ploierait un autre film, tout aussi politique, mais qui aurait fait le choix de l'autre camp. Pour ce que pourraient &#234;tre les affects propres &#224; un cin&#233;ma fasciste, qu'on pense seulement au film de Giovanni Guareschi, qui se voulait un pendant au film &lt;i&gt;La rabbia&lt;/i&gt;, de Pasolini, et qui va notamment donner &#224; voir des danses africaines sur une musique de cirque...&lt;br class='autobr' /&gt; Si j'&#233;mets quelques r&#233;serves &#224; l'encontre du film &lt;i&gt;Kashima Paradise&lt;/i&gt;, ce n'est donc pas au nom de l'objectivit&#233; entendue comme neutralit&#233;. Ce film est en effet engag&#233; (contre une installation p&#233;troli&#232;re qui aboutirait &#224; polluer l'environnement maritime, et contre le projet d'un a&#233;roport international, &#224; Narita), et c'est m&#234;me ce qui en fait tout le prix. En revanche, cette fois, du moins dans certains passages du film, Yann Le Masson me semble suivre une autre direction, qui est celle de l'interpr&#233;tation de la r&#233;alit&#233;, &#224; partir d'une grille de lecture (marxiste en l'occurrence) mena&#231;ant de masquer les images elles-m&#234;mes. Il ne s'agit &#233;videmment pas de se donner le ridicule consistant &#224; reprocher au cin&#233;aste son engagement communiste, pas plus que de lui faire grief de la pr&#233;sence de la voix &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; en tant que telle, la voix de Georges Rouquier permettant, au contraire, de saisir le sens de bien des images, &#224; travers la contextualisation qu'elle op&#232;re, relativement &#224; la r&#233;alit&#233; japonaise, qui s'av&#233;rerait souvent bien opaque, si ces images n'&#233;taient accompagn&#233;es du d&#233;cryptage les rendant seulement lisibles. Ce que je vise bien plut&#244;t ici, c'est le type de commentaire qui intervient notamment &#224; propos du syst&#232;me complexe de don et contre-don qui r&#233;gissait alors de mani&#232;re extr&#234;mement rigoureuse les structures de l'&#233;change au Japon. En effet, &#224; cette occasion, la voix &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; ne se contente pas d'expliciter les r&#232;gles de l'&#233;change, s'interrogeant plut&#244;t, et ce, de fa&#231;on tout &#224; fait rh&#233;torique, sur le fait de savoir &lt;i&gt;&#224; qui&lt;/i&gt; profite le maintien de traditions aussi rigides, r&#233;clamant qu'on y consacre un temps tellement important qu'elles &#233;loignent des vraies questions sociales. La grille de lecture est alors transparente : les classes poss&#233;dantes ont int&#233;r&#234;t &#224; maintenir les travailleurs dans un syst&#232;me d'&#233;change aussi rigidement codifi&#233;, car cela emp&#234;che de remettre en cause la structure m&#234;me de la r&#233;partition des richesses. Qu'en cela le commentaire puisse toucher plus ou moins juste, ce n'est m&#234;me pas la question &#8211; cette grille de lecture impos&#233;e &#224; la r&#233;alit&#233; emp&#234;che cette derni&#232;re de se donner dans sa singularit&#233;, la r&#233;alit&#233; &#233;tant alors bien plut&#244;t reconduite &#224; celle d'une soci&#233;t&#233; capitaliste, dont les rouages diff&#232;rent certes localement, mais ob&#233;issent globalement partout &#224; la m&#234;me logique. Cette fois, par l'&#233;cart de l'interpr&#233;tation, on manque ce qui se donnait &#224; voir dans ces pratiques d'&#233;change, notamment dans le cadre de l'&#233;pisode d'un enterrement &#8211; la grille de lecture tend &#224; rendre le spectateur inattentif au syst&#232;me d'&#233;change qui se manifeste &#224; cette occasion, lequel n'y voit plus alors que l'&#233;l&#233;ment d'un vaste dispositif d'ali&#233;nation des masses. Dans un entretien accord&#233; &#224; &lt;i&gt;Positif&lt;/i&gt;, en 1975, Yann Le Masson revendique bien cet &#233;cart interpr&#233;tatif : &#171; Si on essaie de d&#233;finir le type de film auquel appartient &lt;i&gt;Kashima Paradise&lt;/i&gt;, pr&#233;cis&#233;ment c'est un documentaire, mais dans lequel on ne se contente pas de laisser aux gens, aux &#233;v&#233;nements, la parole : on jette nous-m&#234;mes un regard critique et on l'interpr&#232;te selon une certaine analyse, autrement dit on ne cherche pas &#224; &#234;tre objectif, on cherche &#224; &#234;tre politique &#187;6. Or, le cin&#233;aste n'&#233;tait pas plus objectif ni moins politique dans les deux autres films qu'on a &#233;voqu&#233;s, et le probl&#232;me, cette fois, c'est que Le Masson fait intervenir la cat&#233;gorie de l'id&#233;ologie, ce qui constitue un pi&#232;ge radical pour son cin&#233;ma. En effet, il en vient &#224; se donner pour t&#226;che de &#171; trouver une certaine r&#233;alit&#233; derri&#232;re les masques &#187;7, ce qui conduit in&#233;vitablement les images elles-m&#234;mes &#224; se charger d'un statut de possible reflet inconsistant d'une v&#233;rit&#233; &#224; porter au jour. Car si le cin&#233;aste reconna&#238;t aussi au cin&#233;ma le statut d'id&#233;ologie, il ne renonce pourtant pas &#224; cette t&#226;che qui consisterait &#224; &#171; aller au fond des choses, donner de v&#233;ritables analyses, poser des questions, [toutes choses supposant] un travail exigeant, de longue haleine, une v&#233;ritable &lt;i&gt;activit&#233; scientifique&lt;/i&gt; &#187;8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le risque est alors grand que le cin&#233;ma en question devienne un cin&#233;ma ayant cess&#233; de voir le r&#233;el, ou plut&#244;t ne le voyant plus qu'&#224; travers une interpr&#233;tation &#171; scientifique &#187; le ravalant au statut de reflet trompeur, ou de parole ali&#233;n&#233;e &#8211; heureusement, le discours r&#233;trospectif du cin&#233;aste va plus loin dans cette direction que sa pratique, pour l'essentiel nettement plus int&#233;ressante que ce qu'il en dit, notamment en ce qui concerne Kashima Paradise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour finir, indiquons que l'id&#233;e selon laquelle le cin&#233;ma ne serait jamais aussi politique que lorsqu'il l'est de mani&#232;re intrins&#232;que, &#224; travers les seuls moyens du m&#233;dium cin&#233;matographique lui-m&#234;me, est peut-&#234;tre mise en &#339;uvre de la mani&#232;re la plus &#233;clatante &#224; travers le cin&#233;ma &lt;i&gt;underground&lt;/i&gt; de Jonas Mekas, m&#234;me si, spontan&#233;ment, on ne le classerait peut-&#234;tre pas du c&#244;t&#233; des cin&#233;astes explicitement &#171; politiques &#187;. Qu'on songe seulement &#224; son superbe film de 2000, &lt;i&gt;As I was moving ahead occasionally I saw brief glimpses of beauty.&lt;/i&gt; Un des leitmotiv traversant cette &#339;uvre est : &#171; Ceci est un film politique &#187;. Or, il s'agit, &#224; travers ces images, de donner &#224; voir avant tout des sc&#232;nes de la vie quotidienne, des petits &#233;v&#233;nements sans grande importance, autrement dit, ce que Walter Benjamin aurait appel&#233; le &#171; rebut &#187;. De ce premier point de vue, son cin&#233;ma est politique, &#233;tant celui d'un &#171; chiffonnier de l'histoire &#187;, jusqu'en son refus de mettre en place un fil conducteur, un r&#233;cit, qui encha&#238;nerait ces &#233;clats &#8211; de cette fa&#231;on, ce sont bien les puissances politiques du cin&#233;ma en tant que tel que r&#233;v&#232;le Mekas, et que Giorgio Agamben, de son c&#244;t&#233;, &#224; propos du cin&#233;ma de Guy Debord en l'occurrence, qualifie ainsi : &#171; On pourrait reprendre la d&#233;finition de Val&#233;ry et dire du cin&#233;ma, du moins d'un certain cin&#233;ma, qu'il est une h&#233;sitation prolong&#233;e entre l'image et le sens. Il ne s'agit pas d'un arr&#234;t au sens d'une pause, chronologique, c'est plut&#244;t une puissance d'arr&#234;t qui travaille l'image elle-m&#234;me, qui la soustrait au pouvoir narratif pour l'exposer en tant que telle &#187;9. C'est en cela que cette fa&#231;on non narrative de faire du cin&#233;ma est aussi une affaire de montage (&#224; l'image du livre de Benjamin sur les Passages parisiens n'ayant d'autre objet que d'utiliser les &#171; guenilles &#187; recueillies, simplement en les montrant) - m&#234;me si, de fa&#231;on plus essentielle mais non contradictoire, le cin&#233;ma de Mekas est sans doute davantage un cin&#233;ma de tournage -, et non pas de jugement, d'imposition d'un sens, comme le dit Mekas lui-m&#234;me, sur la bande-son de ce film de 2000 : &#171; Souvenirs... Souvenirs... Souvenirs. Picturaux, sonores... Souvenirs... Pas de jugement ici, positif, n&#233;gatif, bon ou mauvais. Ce sont juste des images et des sons tr&#232;s innocents et seuls, tandis qu'ils passent... tandis qu'ils vont et viennent, tr&#232;s, tr&#232;s innocents &#187;. Contrairement aux formes traditionnelles de l'expression, Mekas ne cherche pas &#224; faire dispara&#238;tre le m&#233;dium dans l'image qu'il nous donne &#224; voir, mais bien &#224; faire en sorte que, selon les mots d'Agamben, &#171; [l]'image se donne elle-m&#234;me &#224; voir au lieu de dispara&#238;tre dans ce qu'elle nous donne &#224; voir &#187;, car c'est alors ce qui fait de l'image un &#171; moyen pur &#187;10. C'est bien ce qui permet de comprendre ces mots de Mekas, toujours dans le m&#234;me film : &#171; [&#8230;] vous vous attendez &#224; en apprendre plus sur le protagoniste, c'est-&#224;-dire moi, le protagoniste de ce film. Je ne veux pas vous d&#233;cevoir. Tout ce que je veux dire est ici. Je suis dans toutes les images de ce film, je suis dans chaque photogramme de ce film &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Politique, le cin&#233;ma de Mekas l'est aussi en un second sens, qui nous conduit au c&#339;ur de l'articulation entre cin&#233;ma, politique et corps. Son autobiographie film&#233;e s'attachant en effet &#224; des &#233;v&#233;nements minces (on vient de le dire), sans souci de les subordonner &#224; un projet de signification, ceci implique par cons&#233;quent que le cin&#233;ma de Mekas ne re&#231;oit pas son sens d'un sujet conscient et lui-m&#234;me hors m&#233;dium &#8211; tout au contraire, &#171; le sujet s'exprime dans un corps livr&#233; &#224; la sensation, principe unificateur d'une pens&#233;e et d'une vision fragment&#233;e &#187;, r&#233;sume Vincent Deville11, qui encha&#238;ne sur une citation du cin&#233;aste : &#171; Et chaque image, chaque photogramme capte non seulement ce qui est devant la cam&#233;ra ou devant l'objectif mais aussi tout ce qui est dans mon c&#339;ur, dans mon cerveau, dans toutes les cellules de mon corps &#187; - c'est l&#224; que le cin&#233;ma de Mekas se r&#233;v&#232;le un cin&#233;ma de tournage, avec un corps voyant appareill&#233; d'une cam&#233;ra, faisant corps avec elle, filmant sans aucune d&#233;lib&#233;ration pr&#233;alable autour d'un plan de tournage. C'est de cette fa&#231;on que peut finir par prendre corps l'id&#233;e selon laquelle un cin&#233;ma intrins&#232;quement politique ne peut qu'ouvrir sur une politique des corps, c'est-&#224;-dire sur une politique qui ne rel&#232;ve plus d'un projet transcendant, d'une &lt;i&gt;id&#233;e&lt;/i&gt;, mais qui se fait &lt;i&gt;geste&lt;/i&gt;, comme l'&#233;nonce tr&#232;s clairement Giorgio Agamben : &#171; Ayant pour centre le geste et non l'image, le cin&#233;ma appartient essentiellement &#224; l'ordre &#233;thique et politique (et non pas simplement &#224; l'ordre esth&#233;tique) &#187;12. Le cin&#233;ma exp&#233;rimental est le mieux dispos&#233; pour nous enseigner cette dimension essentiellement &lt;i&gt;gestuelle&lt;/i&gt; du cin&#233;ma, ce qui ne signifie pas que des films qui sacrifieraient au moins partiellement &#224; la convention narrative soient n&#233;cessairement priv&#233;s de toute possibilit&#233; de mise en &#339;uvre d'un tel lien intrins&#232;que entre cin&#233;ma et politique &#8211; les formes possibles d'actualisation des puissances politiques du cin&#233;ma sont multiples, et peuvent surgir (parfois tr&#232;s ponctuellement) &#224; peu pr&#232;s partout, pour autant qu'un cin&#233;aste ne sous-utilise pas l'appareil cin&#233;matographique, c'est-&#224;-dire pour autant qu'il n'oublie pas le complexe de percepts et d'affects que le corps du cin&#233;aste transmet &#224; la cam&#233;ra.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>The Death of One's Own : The Sovereignty at its Limit</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=436</link>
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		<dc:date>2014-10-22T18:02:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pao-Wen Tsao</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;While stating in plain words that modern politics is characterized by the irreducible indistinction of the realm of bare life and that of the political, Girogio Agamben in a rather less conspicuous passage in this introduction for his book Homo Sacer said that &#8220;When its borders begin to be blurred, the bare life that dwelt there frees itself in the city and becomes both subject and object of the conflicts of the political order, the one place for both the organization of State power and (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=42" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; : &#034;Les usages politiques du corps&#034; en Albanie aout 2014&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;While stating in plain words that modern politics is characterized by the irreducible indistinction of the realm of bare life and that of the political, Girogio Agamben in a rather less conspicuous passage in this introduction for his book &lt;i&gt;Homo Sacer&lt;/i&gt; said that &#8220;When its borders begin to be blurred, the bare life that dwelt there frees itself in the city and becomes both subject and object of the conflicts of the political order, the one place for both the organization of State power and emancipation from it.&#8221; But the latter was not followed up on with the same clarity.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This paper is not an attempt on verifying this claim about the possibility of emancipation ; rather, it is an inquiry into this indistinct political realm seen from the point of view of bare life, and an exploration of the limit of sovereign power at the point of death. Starting by contemplating an incident of self-immolation as an exemplar, this paper proposes a model of two coinciding deaths, by which it asks about how and why these self-imposed bare life bodies threaten or ridicule State power, triggering State measures that while being incapable of securing effective prohibitions, bring about the realization of &#8216;life capable of being killed but not allowed to be sacrificed'. Behind the ban on martyrdom and suicide lies the tension of the confrontation between state power and the body, and this tension is precisely that which needs to be captured and thought from a different perspective---- one that lays eyes on the complete submission of the body that somehow happens to expose the emptiness of power. By the same token, this paper suggests a kind of political resistance that is not one that leads to the empowerment and freedom of bare life as a subject, but rather one that reveals the moment in which power ultimately loses its object.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Keywords : Agamben, bare life, impotentiality, death, hunger-strike, self-immolation, suicide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la version int&#233;grale de l'intervention :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_190 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/pdf/The_Death_of_One_s_Own_Pao-Wen_Tsao-1.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 176.9 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1773004269' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le philosophe renvers&#233; </title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=435</link>
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		<dc:date>2014-10-22T17:56:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je voudrais parler d'un geste qui se reproduit tout au long du parcours de la philosophie occidentale ou plut&#244;t qui en affecte le corps sur un mode qui n'est pas celui de la r&#233;p&#233;tition m&#233;canique, mais de ce que Kierkegaard appelle la reprise. Ce geste, c'est celui du philosophe qui tombe. Hans Blumenberg, dans son essai Le rire de la servante de Thrace fait le choix de travailler sur cette reprise en suivant le fil de la r&#233;invention perp&#233;tuelle de l' &#171; anecdote &#187; de la chute de Thal&#232;s dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=42" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; : &#034;Les usages politiques du corps&#034; en Albanie aout 2014&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je voudrais parler d'un geste qui se reproduit tout au long du parcours de la philosophie occidentale ou plut&#244;t qui en affecte le corps sur un mode qui n'est pas celui de la r&#233;p&#233;tition m&#233;canique, mais de ce que Kierkegaard appelle&lt;i&gt; la reprise&lt;/i&gt;. Ce geste, c'est celui du philosophe qui tombe. Hans Blumenberg, dans son essai &lt;i&gt;Le rire de la servante de Thrace&lt;/i&gt; fait le choix de travailler sur cette reprise en suivant le fil de la r&#233;invention perp&#233;tuelle de l' &#171; anecdote &#187; de la chute de Thal&#232;s dans le puits, alors qu'il marche la t&#234;te en l'air le regard riv&#233; sur la vo&#251;te stellaire, il suit les parcours de cette anecdote dans toutes ses variantes et &#171; lectures &#187; divergentes, de Platon &#224; Heidegger, donc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je proc&#233;derai diff&#233;remment, tout en partant moi aussi du faux-pas de Thal&#232;s, mais en encha&#238;nant sur d'autres chutes philosophiques notoires, qui nous conduiront, pour le coup, non pas de Thal&#232;s &#224; Heidegger, mais de Thal&#232;s &#224; Barthes et Foucault, en passant par Montaigne et Rousseau. Le philosophe, donc, tombe, avec une insistance telle que l'on en viendrait &#224; soup&#231;onner que c'est sa condition m&#234;me qui le destine &#224; la chute. Mais chacune de ces &lt;i&gt;tomb&#233;es&lt;/i&gt; philosophiques est, dans l'&#233;l&#233;ment m&#234;me de la r&#233;p&#233;tition, sp&#233;cifique. Elle se produit en situation. Dans le cas de Thal&#232;s, elle s'associe &#224; l'eau, dans ceux de Montaigne et Rousseau &#224; l'animal qui jette le philosophe &#224; terre, et avec Foucault et Barthes, elle a pour cadre la civilisation automobile qui est aussi celle de l'asphalte et de sa duret&#233; de pierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai parl&#233; au d&#233;but d'un geste &#8211; tomber comme un geste. Mais est-ce si s&#251;r ? Il ne s'agit pas, assur&#233;ment, d'un mouvement volontaire, tout au contraire, mais n'oublions pas pour autant que tout geste, loin de l&#224;, ne r&#233;sulte pas de l'action consciente et volontaire d'un sujet le mettant en &#339;uvre en vue d'une fin &#8211; il existe toutes sortes de gestes automatiques, d'habitude, qui investissent un corps et le mettent en mouvement sans relever le moins du monde d'une d&#233;cision. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, ce qui caract&#233;rise le geste, c'est qu'il est du c&#244;t&#233; de l'actif, qu'il d&#233;ploie une puissance, de quelque esp&#232;ce ou valeur que soit celle-ci. Or, la &lt;i&gt;tomb&#233;e&lt;/i&gt; du philosophe, au sens o&#249; la nuit tombe, comme quelque chose qui, purement et simplement, advient, que ce soit par la nature des choses ou par accident, se produit en dehors de tout champ d'intentionnalit&#233;, c'est-&#224;-dire de d&#233;ploiement ou de projection d'une subjectivit&#233; et d'un corps dans un espace donn&#233;. Elle est le temps d'arr&#234;t pur, la stase ou la coupure qui met &#224; mal et la continuit&#233; de l'existence et l'int&#233;grit&#233; du corps du philosophe. Il y avait un bonhomme qui se d&#233;pla&#231;ait (ce sont malheureusement, dans les cas que rel&#232;ve la tradition philosophique, tous les hommes), &#224; pied, &#224; cheval, en voiture, et voici que ce mouvement vers l'avant est brutalement interrompu. Tomber, choir, &#234;tre renvers&#233; (etc.), cela suppose bien toutes sortes de mouvements, que vont reconstituer nos philosophes accident&#233;s apr&#232;s-coup, mais ces mouvements (d&#233;sordonn&#233;s, involontaires) ne sont pas &#224; proprement parler des gestes &#8211; plut&#244;t l'inverse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le geste, c'est pr&#233;cis&#233;ment dans la reprise que le philosophe va faire de sa propre chute (ou de celle d'un autre philosophe, mort en g&#233;n&#233;ral), dans le retour sur l'accident qu'il va prendre forme. Le propre d'un geste, qu'il soit volontaire ou non, c'est de d&#233;ployer du sens, de peupler le monde de tout un ensemble de signes et de valeurs. Ce n'est &#233;videmment pas dans l'instant-br&#232;che de sa tomb&#233;e que le philosophe entre dans ce geste, c'est-&#224;-dire l'accomplit ou est travers&#233; par lui. C'est dans l'apr&#232;s-coup o&#249; il revient sur l'interruption que constitue la tomb&#233;e pour faire de ce suspens (et de ce qui s'y associe, on va le voir : &#233;tat-limite, excentration, descellement, d&#233;doublement, d&#233;subjectivation...) que prend corps le geste consistant non pas tant &#224; faire de la chute l'objet d'une m&#233;ditation philosophique, mais plut&#244;t de placer la condition de l'humain et celle du philosophe sous le signe de la chute &#8211; tout autre chose, ici, nous le verrons, que le p&#233;ch&#233; originel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit Thal&#232;s de Milet, donc, que Blumenberg d&#233;signe comme le &#171; protophilosophe &#187; et qui, six si&#232;cles avant J&#233;sus-Christ, inaugure la lign&#233;e des philosophes &#171; tombeurs &#187;. Il existe, dans l'Antiquit&#233; m&#234;me, de nombreuses versions de sa chute, celle du fabuliste Esope, celle de Platon dans le &lt;i&gt;Th&#233;&#233;t&#232;te&lt;/i&gt;, et, plus tard, celle de Diog&#232;ne La&#235;rce, notamment, dans sa c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Vie, sentence et doctrines des philosophes illustres&lt;/i&gt;. Je m'en tiens ici &#224; celle de Platon : &#171; Thal&#232;s &#233;tant tomb&#233; dans un puits, tandis que, occup&#233; d'astronomie, il regardait en l'air, une petite servante de Thrace, toute mignonne et pleine de bonne humeur, se mit, dit-on, &#224; le railler de mettre tant d'ardeur &#224; savoir ce qui est au ciel, alors qu'il ne s'apercevait pas de ce qu'il avait devant lui et &#224; ses pieds ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le livre de Blumenberg va consister &#224; montrer que l'endurance de cette anecdote dans la tradition occidentale, au point qu'on ne prend pas grand risque &#224; la qualifier r&#233;trospectivement de fondatrice, tient &#224; sa parfaite ambivalence. La tradition, pour dire les choses de fa&#231;on volontairement simplificatrice, ne va cesser de se diviser, de Platon &#224; nos jours, en partisans du savant astronome (le premier qui sut pr&#233;dire une &#233;clipse de soleil) et supporteurs de la petite servante. Pour Platon, rappelle Blumenberg, Thal&#232;s n'est jamais qu'un &lt;i&gt;alias&lt;/i&gt; de Socrate : derri&#232;re le rire de la petite servante se fait entendre le grondement de la foule vitup&#232;rant le philosophe qui d&#233;prave la jeunesse ; la &#171; com&#233;die qui se joue au bord du puits &#187;, dit Blumenberg, a pour &#233;quivalent &#171; la trag&#233;die qui se d&#233;roule devant le tribunal populaire &#187;. Thal&#232;s-Socrate, ce n'est pas tant pour Platon le philosophe qui s'efforce de percer les secrets de la nature, mais le champion du concept, et c'est dans la mesure o&#249; il se d&#233;tourne de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; pour se tourner vers les id&#233;es et tente de convaincre ses auditeurs de le suivre sur cette voie qu'il suscite la haine des citoyens. Il se rend coupable de d&#233;tourner les citoyens du proche, du sensible, au profit d'un lointain n&#233;buleux et c'est ainsi qu'il deviendra le martyr de la &#171; pure id&#233;alit&#233; &#187;. Il est int&#233;ressant que ce soit ici un personnage f&#233;minin qui, dans le r&#233;cit platonicien, incarne la &lt;i&gt;vox populi&lt;/i&gt;, ce bon sens populaire qui s'amuse du &lt;i&gt;tournant&lt;/i&gt; dont Socrate se fait l'avocat et qui le conduit &#224; sa chute. Toute mignonne et p&#233;tulante qu'elle est, dans la version platonicienne, ce qu'annonce son &#233;clat de rire n'a rien de bien joyeux : l'encha&#238;nement d'une pers&#233;cution sur un faux-pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chez Esope, fabuliste &#224; demi-l&#233;gendaire, l'anecdote semble prendre une toute autre tournure : pas de noms propres, dans sa version, juste &#171; un astronome &#187; qui, plong&#233; dans la contemplation du ciel, tombe dans un puits, et &#171; un passant &#187; qui, entendant ses &#171; cris lamentables &#187; et ses &#171; g&#233;missements &#187;, lui fait la le&#231;on : &#171; Eh bien, toi ! Dit-il &#224; l'astronome, &#171; tu cherches &#224; saisir les ph&#233;nom&#232;nes c&#233;lestes, et ce qu'il y a sur terre, tu ne le vois pas &#187;. Esope &#233;bauche ici un sillon qui deviendra profond, puisque cette version de l'observateur des &#233;toiles se &lt;i&gt;ridiculisant&lt;/i&gt; en &#171; tr&#233;buchant sur les plus basses r&#233;alit&#233;s qui se trouvent devant ses pieds &#187;, on va en identifier toutes sortes de reprises, de Montaigne &#224; Feuerbach, en passant par Samuel Richardson et Pierre Bayle... &lt;br class='autobr' /&gt;
La version de Montaigne m&#233;rite d'&#234;tre cit&#233;e, &#224; cause de son tranchant : &#171; Je sais bon gr&#233; &#224; la garce mil&#233;sienne qui voyant le philosophe Thal&#232;s s'amuser continuellement &#224; la contemplation de la vo&#251;te c&#233;leste, et tenir toujours les yeux contremont, lui mit en son passage quelque chose &#224; le faire broncher, pour l'avertir qu'il serait temps d'amuser son pensement aux choses qui &#233;taient dans les nues quand il aurait pourvu &#224; celles qui &#233;taient &#224; ses pieds ;elle lui conseillait certes bien de regarder vers soi qu'au ciel... &#187; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, II, XXII). &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit bien ici ce qui est en jeu dans la reprise de l'anecdote o&#249; il est question du philosophe qui tombe : tout en confiant &#224; la servante le soin d'administrer la philosophie de la &#171; fable &#187;, au prix d'une inversion brutale des positions, Montaigne produit un d&#233;placement de sens d&#233;cisif : il fait de la servante l'avocate non plus de la prise en compte des r&#233;alit&#233;s imm&#233;diates, mais de la connaissance et du souci de soi &#8211; quand bien m&#234;me ceux-ci, pour la position sceptique qu'il incarne ici, s'av&#233;reraient en fin de compte tout aussi difficiles &#224; atteindre que la connaissance des astres... &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le reste, on mentionnera au passage que la sagesse change ici &#233;galement de camp &#224; l'occasion de ce plongeon m&#233;morable, en termes de &#171; cat&#233;gories sociales et de genre : elle passe de celui du savant, un citoyen distingu&#233;, on peut le supposer, &#224; celui du plus infime &#8211; l'esclave, elle passe d'un vieil homme &#224; une jeune femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche, lui, voit les choses tout diff&#233;remment. Pour lui, c'est Thal&#232;s le r&#233;aliste, pas la servante de Thrace : c'est que, voyant dans l'eau l'origine de toute chose &#8211; ici s'&#233;claire sous un tout autre jour, donc, la chute dans le puits - , il rompt avec les approches mythiques ou all&#233;goriques de la &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; en concevant pour la premi&#232;re fois l'univers entier, si h&#233;t&#233;roclite soit-il, comme r&#233;sultant de l'&#233;volution d'une mati&#232;re unique. Pour Nietzsche, c'est ce sens de l'abstraction, son indiff&#233;rence aux dieux des Grecs, sous l'influence, peut-&#234;tre, des Egyptiens, qui va faire de lui un &#171; homme d'Etat &#187;, un homme politique d'influence qui per&#231;oit la menace perse pesant sur les villes ioniennes et leur conseille de s'unir en un Etat f&#233;d&#233;ral, plut&#244;t que de cultiver leurs particularismes et le folklore mythologique qui l'accompagne. Contre le rire superficiel de la servante de Thrace qui condense tous les pr&#233;jug&#233;s anthropocentriques de Grecs, Thal&#232;s est pour Nietzsche le r&#233;aliste &#171; parce qu'il a commenc&#233; sans fables fantastiques &#224; regarder les profondeurs de la nature, en y voyant une exigence pour la survie de la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; &#187;. Thal&#232;s est, pour Nietzsche, le philosophe des commencements par excellence en ce sens que, sans craindre de s'opposer &#224; la tradition grecque de son temps, il finit par r&#233;pondre au roi Cr&#233;sus qui lui demande ce qu'il pense des dieux, apr&#232;s avoir demand&#233; plusieurs fois un temps de r&#233;flexion, laconiquement &#8211; &lt;i&gt;Rien&lt;/i&gt;. En ce sens aussi, qu'avec ce &#171; rien &#187;, lorsqu'il est question de r&#233;pondre &#224; la question &#171; d'o&#249; vient le monde ? &#187;, il dit :&lt;i&gt; de l'eau&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas le temps de m'&#233;tendre plus longtemps sur cette &#233;toile filante qu'est, dans le ciel de la philosophie occidentale, l'anecdote relative &#224; la chute de Thal&#232;s ; mais j'esp&#232;re avoir fait ressortir avec celle-ci la fa&#231;on dont prend corps le geste ou la suite gestuelle de la philosophie en relation avec cet effondrement : c'est tout un champ de pens&#233;e qui se constitue autour de cette image et de ses innombrables anamorphoses. Un champ de pens&#233;e travers&#233; par toutes sortes de discontinuit&#233;s et de tensions. L'image est ici tout sauf une reproduction ou une surface de r&#233;fraction, elle est une force motrice, un &#233;l&#233;ment dynamique qui soutient la philosophie et au del&#224; la pens&#233;e dans leur effort pour se redonner prise sur elles-m&#234;mes l&#224; o&#249; un accident est venu interrompre le cours de leur progression. Ce n'est pas pour rien que c'est ici Montaigne dont nous avons vu le parti qu'il tire de la m&#233;saventure de Thal&#232;s qui se pr&#233;sente comme notre prochain &#171; tombeur &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au chapitre VI du second livre des &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, &#171; De l'exercitation &#187;, Montaigne fait entrer le r&#233;cit de la chute dans le champ de l'exp&#233;rience propre du philosophe. Avec le plongeon de Thal&#232;s dans le puits, on demeurait dans celui, incertain, de la fable circulant de bouche en bouche (Benjamin) et, pour cette raison m&#234;me, sujette &#224; toutes les variations. Montaigne relate une chute de cheval intervenue sur ses terres, en Dordogne, au temps troubl&#233; des guerres civiles en France (les guerres de religion), et consign&#233;e comme telle, avec grande pr&#233;cision. Un jour qu'il prenait de l'exercice &#224; une lieue de sa gentilhommi&#232;re, sur le dos d'un petit cheval docile, il est jet&#233; cul par dessus t&#234;te par une puissante monture, lanc&#233;e imprudemment au galop par l'un de ses serviteurs. Le r&#233;cit imag&#233; qu'il fait de cette collision est entr&#233; dans les annales : &#171; Un de mes gens, grand et fort, mont&#233; sur un puissant roussin, qui avait la bouche d&#233;sesp&#233;r&#233;e, frais au demeurant et vigoureux, pour faire le hardi et devancer ses compagnons vint &#224; le pousser &#224; toute bride droit dans ma route et fondre comme un colosse sur le petit homme et petit cheval, et le foudroyer de sa roideur et de sa pesanteur, nous envoyant l'un et l'autre les pieds contre mont : et si que voil&#224; le cheval abattu et couch&#233; tout &#233;tourdi, moi dix ou douze pas au-del&#224;, mort, &#233;corch&#233;, mon &#233;p&#233;e que j'avais &#224; la main, &#224; plus de dix pas au-del&#224;, ma ceinture en pi&#232;ces, n'ayant ni mouvement ni sentiment, non plus qu'une souche &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son r&#233;cit de l'accident et de ses suites, Montaigne entend t&#233;moigner de l'exp&#233;rience qu'il a faite d'un &#233;tat limite, interm&#233;diaire entre la vie et la mort, il s'agit d'une v&#233;ritable &#171; mise en philosophie &#187; de cette brutale interruption de sa promenade tranquille. Tout, dans cette exp&#233;rience, se pr&#233;sente au rebours du t&#233;moignage attendu : alors m&#234;me qu'il lui appara&#238;t, dans l'&#233;tat qui suit imm&#233;diatement la chute et le choc, que [s]a vie ne tient plus qu'au bout des l&#232;vres &#187;, dans cet &#233;tat interm&#233;diaire entre conscience et inconscience, sa sensation dominante est &#171; non seulement exempte de d&#233;plaisir, ains [mais] m&#234;l&#233;e &#224; cette douceur que sentent ceux qui se laissent glisser au sommeil &#187;. L'&#233;tat limite qu'il va ensuite analyser est celui d'un vif mouvement de d&#233;subjectivation, de perte de l'empire du sujet sur lui-m&#234;me : ce sont des sensations qui le traversent, des &#171; imaginations &#187; de toutes sortes, plut&#244;t que des pens&#233;es. C'est la vie qui, dans cet &#233;tat n&#233;buleux, se poursuit en lui, sans que la conscience l'accompagne. Il va donc d&#233;couvrir, en revenant apr&#232;s-coup sur ce qu'il a alors &#233;prouv&#233;, que le champ de la subjectivit&#233; est autrement plus vaste que celui de la r&#233;flexivit&#233; ou de l'exercice de l'empire d'un sujet souverain : &#171; Etant tout &#233;vanoui, je me travaillais d'entrouvrir mon pourpoint &#224; belles ongles (car j'&#233;tais d&#233;sarm&#233;), et si sais je ne me sentais en l'imagination rien qui me bless&#226;t : car il y a plusieurs mouvements en nous qui ne partent pas de notre ordonnance &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Montaigne va comparer ces mouvements involontaires et les sensations qui les accompagnent dans cet &#233;tat comateux &#224; ces &#171; douleurs que le pied ou la main sentent pendant que nous dormons [et qui] &lt;i&gt;ne sont pas &#224; nous&lt;/i&gt; [je souligne, A.B.]. Il consigne dans son r&#233;cit un certain nombre de faits et gestes dont il n'a gard&#233; aucune m&#233;moire, mais qui lui ont &#233;t&#233; rapport&#233;s plus tard par son entourage : &#171; Ils disent que je m'avisai de commander qu'on donn&#226;t un cheval &#224; ma femme, que je voyais s'emp&#234;trer et se tracasser dans le chemin qui est montueux et malais&#233; &#187;. Il se voit donc r&#233;trospectivement dans les dispositions qui sont alors les siennes, mais comme d&#233;doubl&#233;, ce moi qui &#171; commande &#187; alors est &#224; plus d'un titre un autre. Un moi-autre dont les sentiments et les pens&#233;es ont pris un tour vraiment insolite - pr&#234;t, notamment, &#224; accueillir la mort comme une issue heureuse &#224; sa pr&#233;sente situation : &#171; On me pr&#233;senta force rem&#232;des, de quoi je n'en re&#231;us aucun, tenant pour certain que j'&#233;tais bless&#233; &#224; mort par la t&#234;te. C'e&#251;t &#233;t&#233; sans mentir une mort bien heureuse ; car la faiblesse de mon discours me gardait d'en rien juger, et celle du corps d'en rien sentir &#187;. Ce n'est que le lendemain que lui revient la m&#233;moire de l'accident et de l'encha&#238;nement des circonstances qui l'ont conduit au piteux &#233;tat dans lequel il se trouve. &lt;br class='autobr' /&gt;
La principale conclusion qu'il tire de cet &#171; &#233;v&#233;nement assez l&#233;ger &#187; est la suivante : il est bon que le philosophe, le sage &#171; s'&#233;pie de pr&#232;s &#187;, qu'il consigne et communique le r&#233;cit de ce studieux examen de soi. De cet examen, il attend une connaissance de ses propres &#171; profondeurs opaques et replis internes &#187;. Il va en faire, en fin de compte, le but de son existence, indissociable, bien s&#251;r, de sa condition de ma&#238;tre, et de l'otium qui en constitue d'une des principales attributions : &#171; Il y a plusieurs ann&#233;es que je n'ai que moi pour vis&#233;e &#224; mes pens&#233;es, que je ne contr&#244;le et &#233;tudie que moi ; et si j'&#233;tudie autre chose, c'est pour &lt;i&gt;le coucher sur moi &lt;/i&gt; [je souligne, A. B.], ou en moi, pour mieux dire &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Montaigne ne craint pas ici de se d&#233;clarer en conflit ouvert avec la maxime chr&#233;tienne qui r&#233;pute le parler de soi comme ha&#239;ssable, l'associant &#224; l'orgueil, et qui, pour cette raison, le prohibe. Se r&#233;clamant de Socrate, il voit ce r&#233;cit de soi non pas comme inspir&#233; par la vanit&#233;, comme un exercice narcissique, mais bien comme une tentative d'approcher, &#224; travers une singularit&#233;, la condition humaine elle-m&#234;me ; il s'agit donc pour lui d'un exercice de paradoxale humilit&#233;, puisque ce sera d'abord dans toutes ses d&#233;faillances et faiblesses (faisant bonne place &#224; la m&#233;morable &lt;i&gt;chute&lt;/i&gt; qui est ici en question) que s'observe, se m&#233;dite et se relate ce singulier ; ce dont il s'agit en effet de t&#233;moigner en fin de compte, c'est de la &#171; nihilit&#233; de l'humaine condition &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce sont mes gestes que j'&#233;cris, c'est moi, c'est mon essence &#187;, dit Montaigne. En tramant un r&#233;cit de soi qui tente de se tenir au plus pr&#232;s de ses gestes et de ses d&#233;faillances, il prolonge, pour les autres, ce qu'il appelle &#171; son m&#233;tier &#187; - vivre. Son m&#233;tier et son &#171; art &#187; (l'&#233;criture), dit-il, c'est &#171; vivre &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui se pr&#233;sente &#224; nous ici peut &#234;tre d&#233;crit comme une figure dialectique exemplaire : Montaigne rel&#232;ve, surmonte, transforme (&lt;i&gt;hebt auf&lt;/i&gt;...) l'&#233;preuve de l'accident qui, dans le temps de son effectuation se pr&#233;sente comme pure interruption, en &lt;i&gt;exp&#233;rience malgr&#233; tout&lt;/i&gt; : le sujet jet&#233; bas, destitu&#233;, coup&#233; de ses bases conscientes se reprend et se retrouve dans la m&#233;ditation apr&#232;s-coup non seulement sur la fragilit&#233; de la condition humaine, mais aussi sur les faiblesses de l'imagination et les craintes imaginaires &#8211; celle de la mort au premier lieu. Il ne se contente pas d'inventer une forme du r&#233;cit autobiographique dans lequel sont en tension sagesse antique (les influences sto&#239;ciennes notamment) et culture chr&#233;tienne de l'aveu ; il dessine une configuration dans laquelle l' &#171; extr&#234;me &#187; (ici, la chute comme exp&#233;rience limite), tend &#224; devenir cet espace indistinct dans lequel un sujet humain explore les sous-sols de sa condition propre. L'exp&#233;rience paradoxale que d&#233;crit ici Montaigne trouve son &#233;cho imm&#233;diat pour nous non seulement dans l'invention, au XX&#176; si&#232;cle du domaine de &lt;i&gt;l'existentiel&lt;/i&gt;, mais aussi dans la relation que nous &#233;tablissons tout naturellement, apr&#232;s les cataclysmes de ce si&#232;cle d'&#233;pouvante, entre l'&#233;preuve du d&#233;sastre et la d&#233;couverte de v&#233;rit&#233;s &#171; cach&#233;es &#187; sur notre propre condition (la guerre totale, les camps, le g&#233;nocide, la maladie et la vieillesse comme champ infiniment renouvel&#233; des &#171; exp&#233;riences extr&#234;mes &#187;). C'est en ce sens que, plus de quatre si&#232;cles apr&#232;s sa mort, Montaigne persiste &#224; &#234;tre notre parfait contemporain. &lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait aussi, pour s'amuser un peu, dessiner une all&#233;gorie politique &#224; propos de la chute de Montaigne : en ces temps troubl&#233;s o&#249; tout, dans le royaume de France, est &lt;i&gt;out of joint&lt;/i&gt;, c'est un serviteur imprudent et incapable, litt&#233;ralement, de rester &#224; sa place, qui d&#233;sar&#231;onne le ma&#238;tre et le jette &#224; terre, le privant de cette posture verticale dans laquelle il domine le monde. On ne manquera pas de voir dans cette conduite maladroite du &#171; puissant roussin &#187; par le serviteur un acte manqu&#233; tendant &#224; la destitution du ma&#238;tre : c'est bien miracle si celui-ci n'en meurt pas et c'est bien comme en un cort&#232;ge fun&#233;raire que ses gens reconduisent chez lui son corps inanim&#233;... &lt;br class='autobr' /&gt;
Le ma&#238;tre, ici, fait corps avec son cheval, constitue avec celui-ci un agencement de ma&#238;trise, pour le meilleur et pour le pire : la sc&#232;ne que rapporte Montaigne trouve sa place dans une in&#233;puisable s&#233;rie dans laquelle s'identifieraient d'autres cavaliers fragiles et vou&#233;s &#224; la destitution &#8211; Don Quichotte, le ma&#238;tre de Jacques dans le roman de Diderot, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1774, Rousseau s'est, depuis plusieurs ann&#233;es d&#233;j&#224;, d&#233;tach&#233; du monde. Il a rompu avec ses anciens amis les philosophes, a pris ses distances avec ses puissants admirateurs et protecteurs, il a voyag&#233; et s'est enferm&#233; dans une croissante solitude, poursuivi par des &#171; ennemis &#187;, entour&#233; de &#171; complots &#187; - r&#233;els ou imaginaires. Il continue d'&#233;crire, mais pour soi seulement, en qu&#234;te de &#171; tranquillit&#233; &#187;. Dans cet &#233;tat, il est, dit-il, &#171; cent fois plus heureux &#187; qu'il ne l'&#233;tait lorsqu'il vivait parmi les hommes. C'est que ceux-ci ont &#171; arrach&#233; &#224; [s]on c&#339;ur toutes les douceurs de la soci&#233;t&#233; &#187;. Leur jugement lui est d&#233;sormais indiff&#233;rent, au point qu'il se sent &#171; sur terre comme dans une plan&#232;te o&#249; [il] serait tomb&#233; de celle qu'[il] habitait &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le voici donc qui, tout entier revenu &#224; soi, se prom&#232;ne, contemple, m&#233;dite et consigne pour lui seul (dit-il dans &lt;i&gt;Les R&#234;veries&lt;/i&gt;) les r&#233;sultats de ses r&#233;flexions. De la m&#234;me fa&#231;on, note-t-il, qu'il se sent &#171; nul d&#233;sormais parmi les hommes &#187;, il tend, dit-il, vers le &#171; d&#233;s&#339;uvrement de [s]on corps &#187;, au fur et &#224; mesure qu'il s'&#233;loigne des soucis terrestres : &#171; Mon corps n'est plus pour moi qu'un embarras, qu'un obstacle, et je m'en d&#233;gage d'avance autant que je puis &#187;. Montaigne, dans&lt;i&gt; Les Essais&lt;/i&gt;, se prend pour objet d'&#233;tude afin de rejoindre par ce biais, l'humaine condition. Dans &lt;i&gt;Les R&#234;veries,&lt;/i&gt; appendice aux &lt;i&gt;Confessions&lt;/i&gt; en forme d' &#171; informe journal &#187;, Rousseau se dissocie explicitement du premier : il &#233;crit, dit-il, &#171; avec un but contraire au sien &#187; : C'est que Montaigne, &#171; n'&#233;crivit ses &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt; que pour les autres, et je n'&#233;cris mes r&#234;veries que pour moi &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tel est donc le contexte moral dans lequel a lieu, le jeudi 24 octobre 1776, cet &#171; accident impr&#233;vu [qui] vient rompre le fil de mes id&#233;es et leur donner pour quelque temps un autre cours &#187;. Un accident en forme de bifurcation, donc, encore une fois. Ce jour-l&#224;, raconte Rousseau, il remonte apr&#232;s d&#238;ner la rue du Chemin-Vert en direction de M&#233;nilmontant et de l&#224;, &#171; prenant les sentiers &#224; travers les vignes et les prairies &#187;, il traverse &#171; jusqu'&#224; Charonne le riant paysage qui s&#233;pare ces deux villages &#187;. Il chemine joyeusement, herborise comme &#224; son habitude, m&#233;dite sur le cours des saisons en cette belle journ&#233;e d'automne. De sombres pens&#233;es l'assaillent tout &#224; coup - &#171; Qu'ai-je fait ici-bas ? J'&#233;tais fait pour vivre, et je meurs sans avoir v&#233;cu... &#187;, puis il redescend &#171; sur les six heures &#187; la colline de M&#233;nilmontant. C'est alors qu'un &#171; gros chien danois &#187; lanc&#233; &#224; toute vitesse devant une voiture vient le heurter en pleine course et le projette en l'air. &#171; Je ne sentis, consigne Rousseau, ni le coup ni la chute, ni rien de ce qui s'ensuivit jusqu'au moment o&#249; je revins &#224; moi &#187;. Non pas &#171; d&#233;soeuvrement &#187; du corps, donc, mais, carr&#233;ment, &lt;i&gt;absentement&lt;/i&gt;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'il reprend connaissance, il se trouve &#171; entre les bras de trois ou quatre jeunes gens &#187; qui lui racontent ce qui s'est pass&#233; : tomb&#233; la t&#234;te la premi&#232;re sur un pav&#233; &#171; tr&#232;s raboteux &#187;, dans le sens de la descente, il a manqu&#233; se faire &#233;craser par le voiture que pr&#233;c&#233;dait le chien &#8211; le cocher &#233;tant parvenu &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; &#224; retenir ses chevaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une chute dont les circonstances pr&#233;sentent de frappantes parent&#233;s avec celle de Montaigne. Mais le caract&#232;re de &#171; reprise &#187; de l'accident dont est victime Rousseau saute davantage encore aux yeux d&#232;s lors que l'on examine la fa&#231;on dont le narrateur va l'&#233;laborer : &#171; La nuit s'avan&#231;ait. J'aper&#231;us le ciel, quelques &#233;toiles, et un peu de verdure. Cette premi&#232;re sensation fut un moment d&#233;licieux. Je ne me sentais encore que par l&#224;. Je naissais dans cet instant &#224; la vie, et il me semblait que je remplissais de ma l&#233;g&#232;re existence tous les objets que j'apercevais. Tout entier au moment pr&#233;sent, je ne me souvenais de rien ; je n'avais nulle notion distincte de mon individu, pas la moindre id&#233;e de ce qui venait de m'arriver. Je voyais couler mon sang comme j'aurais vu couler un ruisseau, sans songer seulement que ce sang m'appart&#238;nt en aucune sorte. Je sentais dans toute mon &#226;me un calme ravissant auquel chaque fois que je me le rappelle, je ne trouve rien de comparable dans toute l'activit&#233; des plaisirs connus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce passage c&#233;l&#232;bre, &#224; l'instar de celui o&#249; Montaigne relate sa chute de cheval, Rousseau, pourrait-on dire, rench&#233;rit sur les principaux motifs de celle-ci : perte de toute sensation de la dur&#233;e, dissociation du sujet d'avec son corps, dispersion &#8211; le tout sur fond de tranquillit&#233; d'&#226;me sup&#233;rieure et d'une forme de jouissance confinant &#224; l'extase. Dans cet pr&#233;sent &#233;ternis&#233; de la sensation pure, indissociable de la d&#233;sindividuation du sujet, c'est une renaissance, un recommencement absolu qui se dessinent, un retour aux sources de la vie. Sur ce point aussi, Rousseau va &#171; plus loin &#187; que Montaigne sur la voie de la transfiguration de la chute accidentelle en r&#233;v&#233;lation, &#233;v&#233;nement fondateur ou refondateur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Car ce n'est pas seulement, dans l'instant suspendu de la &#171; premi&#232;re sensation &#187; la crainte (imaginaire) de la mort qui s'&#233;vanouit. Ce n'est pas seulement que le sujet semble y parachever, n'&#233;prouvant aucune douleur et voyant son propre sang s'&#233;couler comme celui d'un autre, le processus de mise &#224; distance de son propre corps dans lequel il s'est, on l'a vu, engag&#233;. Ce n'est pas seulement qu'une paradoxale sensation de souverainet&#233; et de l&#233;g&#232;ret&#233; vient alors repousser la sensibilit&#233; ordinaire de l'individu &#224; sa vuln&#233;rabilit&#233; &#8211; celle de son enveloppe corporelle, celle de son existence m&#234;me. Non, c'est surtout, et c'est ici que la &#171; reprise &#187; rousseauiste va distinctement se d&#233;caler de l'accident relat&#233; par Montaigne, le narrateur des &lt;i&gt;R&#234;veries&lt;/i&gt; voit se d&#233;couvrir sous ses yeux tout un panorama ; il va apprendre &#224; s'y voir, par les yeux des autres, &lt;i&gt;comme s'il &#233;tait d&#233;j&#224; mort&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sous l'instant extatique inscrit dans le creux de la chute-interruption, se dessine alors la reprise du fil de l'id&#233;e fixe de Rousseau &#8211; le d&#233;sir de sa mort qui anime les conspirateurs qui l'entourent. &lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, alors m&#234;me que l'accident le laisse certes tout contusionn&#233; mais, comme par miracle, sans &#171; rien de bris&#233;, pas m&#234;me une dent &#187;, Rousseau voit avec horreur se reformer dans les heures qui suivent les &#171; t&#233;n&#232;bres &#187; qui, depuis si longtemps, entourent son existence, du fait de l'inlassable activisme de ses ennemis : la rumeur de sa mort se met &#224; circuler d&#232;s les lendemains de l'accident, accompagn&#233; de toutes sortes de man&#339;uvres visant &#224; lui attribuer un recueil d'&#233;crits &#171; fabriqu&#233;s tout expr&#232;s &#187; et destin&#233;s, bien s&#251;r, &#224; salir son nom. Il est alors frapp&#233; par le vif d&#233;sir de le voir dispara&#238;tre qu'inspirent &#224; ses contemporains sa &#171; droiture &#187;, sa &#171; franchise &#187;, il comprend alors que sa mort elle-m&#234;me ne mettra pas un terme &#224; l'acharnement de ses ennemis &#224; le diffamer et &#224; nuire &#224; sa m&#233;moire. Il entre alors dans ces dispositions &#233;nonc&#233;es comme d&#233;finitives dans lesquelles il s'en remet &#224; la seule mansu&#233;tude divine, convaincu que &#171; t&#244;t ou tard &#187;, justice lui sera rendue. Tel serait donc le paradoxe de la syncope cons&#233;cutive &#224; la chute : bien loin qu'elle soit un moment d'obscurcissement, de perte, elle est le creuset d'une r&#233;v&#233;lation qui va permettre au sujet de s'&#233;tablir dans cette position o&#249; il se voit hors d'atteinte, &#224; tout jamais, des &#233;preuves que lui imposent ses contemporains, o&#249; il devient indiff&#233;rent &#224; leur jugement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant fait un tour complet sur lui-m&#234;me suivi d'une petite mort, il revient de cette &#233;preuve comme un ressuscit&#233;, lucide, fortifi&#233;, pr&#234;t une fois pour toutes &#224; faire face au &#171; mensonge du monde &#187; (Jean Starobinski) et &#224; affronter le tribunal de la post&#233;rit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On tourne le dos ici distinctement &#224; cette sorte de retour de sagesse antique que mettait en sc&#232;ne Montaigne en m&#233;ditant sur sa chute de cheval, pour aller vers un motif infiniment plus moderne &#8211; celui du mensonge social, du mensonge inh&#233;rent &#224; la constitution sociale de nos soci&#233;t&#233;s. Le Socrate moderne qui vit dans la v&#233;rit&#233; et la proclame est condamn&#233; &#224; se heurter &#224; cette r&#232;gle du jeu inavouable qui voue les individus &#224; l'hypocrisie, &#224; la m&#233;disance, &#224; la m&#233;chancet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juillet 1978. La civilisation m&#233;canique de la voiture automobile s'est, depuis longtemps, impos&#233;e sur celle du cheval et autres animaux utiles. Foucault, sortant de chez lui, se fait renverser par un taxi en traversant la rue de Vaugirard. Il avait, comme il devait le confier un peu plus tard &#224; l'historien Paul Veyne, consomm&#233; de l'opium. On voit &#224; nouveau ici comment la reprise de la sc&#232;ne de la chute du corps philosophique proc&#232;de par diff&#233;renciation, au fil du temps, mettant chaque fois en sc&#232;ne des personnages diff&#233;rents : le cavalier tranquille, le promeneur qui enrichit son herbier, le pi&#233;ton distrait, voire envap&#233; qui traverse en dehors des clous... Version journaliste de l'accident, rapport&#233;e par Didier Eribon, le biographe fran&#231;ais de Foucault : &#171; Conduit &#224; l'h&#244;pital, il [Foucault] avait demand&#233; qu'on avertisse Simone Signoret, &#224; qui il devait remettre le texte d'une p&#233;tition. Quel ne fut pas l'&#233;tonnement de l'actrice lorsqu'un policier lui demande au t&#233;l&#233;phone, en s'excusant de la d&#233;ranger : 'Il y a un M. Foucault qui voudrait qu'on vous pr&#233;vienne qu'il a eu un accident'. 'Vous ne savez pas qui il est ?, s'exclame-t-elle. C'est le plus grand philosophe fran&#231;ais !' Eribon ne dit pas jusqu'&#224; quel point le policier fut impressionn&#233;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un entretien avec Stephen Riggins, r&#233;alis&#233; &#224; Toronto en 1982 (&lt;i&gt;Dits et Ecrits&lt;/i&gt;, texte 336, IV, p. 534), Foucault va, lui, pr&#233;senter l'affaire sous un tout autre jour : &#171; Une fois, j'ai &#233;t&#233; renvers&#233; par une voiture dans la rue. Je marchais. Et pendant deux secondes peut-&#234;tre, j'ai eu l'impression que j'&#233;tais en train de mourir, et j'ai &#233;prouv&#233; un plaisir tr&#232;s, tr&#232;s intense. Il faisait un temps merveilleux. C'&#233;tait vers sept heures, un soir d'&#233;t&#233;. Le soleil commen&#231;ait &#224; baisser. A ce jour, cela reste l'un de mes meilleurs souvenirs &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Revient donc ici avec &#233;clat la petite musique lancinante de l'extase, associ&#233;e &#224; l'exp&#233;rience limite, &#224; ce que l'on pourrait appeler l' &#171; impression de mort &#187;. Une extase, un plaisir extr&#234;me mais sans dur&#233;e, celui d'un instant, mais suffisamment intense pour &#233;loigner toute sensation ou repr&#233;sentation associ&#233;e aux affres de la mort, &#224; l'agonie. Comme Montaigne, comme Rousseau, Foucault insiste sur le caract&#232;re de r&#233;v&#233;lation de cette exp&#233;rience du renversement violent, dans ce qu'elle a d'unique et d'instantan&#233;. Il franchit un nouveau palier dans la surench&#232;re en parlant de cet &#233;v&#233;nement comme de&lt;i&gt; l'un de ses meilleurs souvenirs.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette intensit&#233; &#233;prouv&#233;e dans l'instant du renversement, il va l'opposer &#224; ce qui s'associe aux plaisirs ordinaires &#8211; boire un verre de bon vin, par exemple. L'agr&#233;ment r&#233;sultant d'un telle action est bien fade aupr&#232;s de ce qu'il a ressenti alors. &#171; Un plaisir doit &#234;tre quelque chose d'incroyablement intense &#187;, ajoute-t-il aussit&#244;t, pr&#233;cisant qu'il ne pense pas &#234;tre le seul &#224; voir les choses ainsi. L'accident, donc, comme figure de l'exception, se pr&#233;sente comme un moment d'intensification de la vie, sans &#233;gal, ce qui s'oppose r&#233;solument &#171; aux plaisirs interm&#233;diaires qui font la vie de tous les jours &#187; et qui, insiste-t-il, &#171; ne signifient rien pour moi &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme chez Montaigne, l'accident est ici cette exp&#233;rience personnelle unique qu'un sujet fait de sa propre dissolution, une exp&#233;rience des confins (de la conscience, du moi, de l'exp&#233;rience elle-m&#234;me) mais dans la br&#232;che de laquelle va paradoxalement se d&#233;couvrir la possibilit&#233; d'un partage : &#171; Je ne pense pas &#234;tre le seul dans ce cas &#187;, dit-il, &#233;voquant l'association du plaisir &#224; l'extr&#234;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'accident, le renversement violent vont d&#232;s lors pouvoir &#234;tre associ&#233;s &#224; d'autres circonstances ou pratiques sources de plaisirs intenses &#8211; la drogue (ins&#233;parable, ici, on l'a vu, de l'&#233;pisode en question), mais aussi le sexe, les &lt;i&gt;backrooms&lt;/i&gt; dont il a d&#233;couvert l'usage en Californie, etc. Dans le m&#234;me passage de l'entretien avec Stephen Riggins, il prolonge le r&#233;cit de l'accident avec cette formule incandescente : &#171; Je voudrais et j'esp&#232;re mourir d'une overdose de plaisir, quel qu'il soit &#187;. Avec le corps du philosophe, ce sont toutes sortes d'inhibitions, de conventions, de retenues qui &#171; tombent &#187; : le r&#233;cit de l'accident est pour lui l'occasion de se livrer &#224; cette confidence un peu forte... &lt;br class='autobr' /&gt;
Le philosophe renvers&#233; puis revenu &#224; lui-m&#234;me se fait &#224; son tour l'agent d'un radical renversement : il inverse et destitue le r&#233;cit compassionnel de la &#171; solitude des mourants &#187; dont l'essai (ainsi nomm&#233;) de Norbert Elias constitue la version la plus dense. Mourir, bien loin d'&#234;tre en toutes circonstances, associ&#233; &#224; la d&#233;solation, peut se transfigurer en ultime exp&#233;rience de l'exc&#232;s et de la transgression - &#171; overdose &#187;. Dans sa sulfureuse biographie de Foucault, David Miller mentionne un entretien que Foucault lui aurait accord&#233;, dans lequel ce dernier &#233;voquerait ce m&#234;me &#233;pisode comme une &#171; out-of-body experience &#187; - une formule qui fait signe aussi bien vers l'extase mystique que vers le &#171; voyage &#187; hallucinatoire sous l'effet de drogues. Dans l'&#233;dition de poche de son autobiographie de Foucault, Eribon encha&#238;ne directement de l'accident de la rue de Vaugirard sur une autre anecdote : une prise de LSD par Foucault d&#233;bouchant sur une overdose...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une rupture de tradition peut en cacher une autre : dans ses remarques succinctes mais &#233;tincelantes sur l'accident de la rue de Vaugirard, Foucault ne rompt pas seulement de mani&#232;re fracassante avec un certain r&#233;cit traditionnel (chr&#233;tien) de la mort qui installe l'agonie du mourant au centre de celle-ci et y associe tous les &#233;l&#233;ments d'une ritualit&#233; sp&#233;cifique. Il prend aussi cong&#233; avec ironie et panache d'avec la tradition antique, cynique ou sto&#239;cienne la plus v&#233;n&#233;rable pour qui la mort &#171; n'est rien &#187; et ne doit en cons&#233;quence faire l'objet d'aucune crainte particuli&#232;re ; il affirme au contraire que la mort peut bien &#234;tre &#171; quelque chose &#187; en s'associant au plaisir le plus extr&#234;me ; mais il va m&#234;me plus loin en retrouvant l'inspiration bataillienne pour sugg&#233;rer qu'il n'est gu&#232;re de plaisir authentique, c'est-&#224;-dire d&#233;li&#233; des conditions de la vie quotidienne, qui ne se trouve par quelque biais associ&#233; &#224; la mort. En termes ontologiques, ce n'est pas dans la dur&#233;e mais dans la br&#232;che du temps que surgit l'&#233;clat de la v&#233;rit&#233;, c'est dans le moment du choc et de l'interruption (l'accident) que le fond inavouable de l'&#234;tre humain se donne &#224; voir. L'accident, si l'on peut dire, prend ici sa revanche sur la substance. Le Foucault qui, ici, c&#233;l&#232;bre la gloire de l'accident peut &#234;tre d&#233;crit comme le cousin philosophe du cin&#233;aste qui c&#233;l&#232;bre les virtualit&#233;s du crash automobile &#8211; David Cronenberg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voici que, sans crier gare, la mort change de jeu et de visage : le 25 mars 1980, Roland Barthes est renvers&#233; par la camionnette d'une entreprise de blanchisserie devant le Coll&#232;ge de France o&#249; il se rend pour donner son cours. Il meurt &#224; l'h&#244;pital le lendemain. Plus de &#171; tauromachie &#187; (Michel Leiris) avec la mort, plus d'exp&#233;rience-limite inopin&#233;e avec cette froide banalit&#233; de la rencontre mortelle entre le corps fragile du philosophe et le m&#233;tal de l'automobile. De cette chute-l&#224;, c'est n&#233;cessairement un autre qui va devoir parler, dans les termes de l'hommage. Evoquant la disparition de son coll&#232;gue et ami (&lt;i&gt;Dits et Ecrits&lt;/i&gt; IV , texte 228, pp. 124-5), Foucault parle de &#171; la violence b&#234;te des choses, la seule r&#233;alit&#233; qu'il [Barthes] &#233;tait capable de ha&#239;r &#187; ; il prononce, pour les auditeurs du disparu, un &#233;loge fun&#232;bre bien dans sa mani&#232;re consistant, pour l'essentiel, moins &#224; louer les qualit&#233;s de l'homme qu'&#224; renvoyer les auditeurs &#224; la lecture de l'oeuvre, rest&#233;e &#171; seule, d&#233;sormais &#187;. Autant la quasi-mort, la petite mort simul&#233;e du philosophe renvers&#233;, &#233;vanoui, contusionn&#233; et revenu &#224; la philosophie dans l'apr&#232;s-coup de sa m&#233;ditation est bavarde, autant l'accident fatal survenu &#224; l'ami philosophe se pr&#234;te peu &#224; la glose : la chute finale du corps du philosophe &#233;mancipe en quelque sorte d'oeuvre &#224; laquelle s'appliquent d'autres lois de la pesanteur &#8211; mais ce n'est pas l&#224;, n&#233;cessairement le genre de v&#233;rit&#233; qui se pr&#234;te &#224; &#234;tre cri&#233;e sur les toits au lendemain de la mort violente d'un ami...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblerait donc bien que nous autres philosophes ayons une certaine propension &#224; chuter, ceci dans les circonstances les plus variables, propension av&#233;r&#233;e tout au long de notre d&#233;j&#224; longue histoire. D&#233;plac&#233;e du c&#244;t&#233; d'une histoire des corps et des accidents susceptibles de les affecter, mais aussi des gestes prolongeant ces affections, l'histoire de la philosophie prend la tournure d'un perp&#233;tuel recommencement ou d'un &#233;ternel retour de ce moment d'effondrement ou de d&#233;faillance : le philosophe &#233;tait debout, il portait beau, il raisonnait avec assurance &#8211; et patatras, le voici par terre, le nez dans la poussi&#232;re... Au beau r&#233;cit des origines du discours philosophique assign&#233;e &#224; telle ou telle formule sacramentelle - connais-toi toi-m&#234;me, cogito, sum, etc. - se substitue la figure d'un perp&#233;tuel recommencement prenant la forme d'une reprise ou d'une relance de la pens&#233;e, l&#224; o&#249; un &#233;v&#233;nement inopin&#233; a fait que le sol s'est brusquement d&#233;rob&#233; sous nos pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'accident d&#233;tache violemment le sujet philosophique de sa condition et il va lui permettre, dans son apr&#232;s-coup, de r&#233;voquer en doute toutes sortes d'&#233;vidences durcies, enracin&#233;es dans le terreau de l'habitude et de la r&#233;p&#233;tition. Foucault le souligne, la chute accidentelle est un formidable intensificateur de vie, elle produit une ouverture dans laquelle se d&#233;voile tout un champ d'exp&#233;rience nouveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, nous le savons bien, c'est tout autant dans le domaine politique que cette figure trouve son champ d'application. L'irr&#233;gularit&#233;, l'interruption, le choc, le suspens et la chute y sont la condition premi&#232;re pour que se produisent ces salutaires bifurcations &#224; la faveur desquelles se trouve relanc&#233;e la dynamique de l'&#233;mancipation. La chute est alors tout &#224; fait distinctement, la condition de notre m&#233;tamorphose, d'une relance du principe Esp&#233;rance, elle cesse absolument de rev&#234;tir un sens n&#233;gatif lorsque nous autres Fran&#231;ais, particuli&#232;rement, parlons de &#171; chute de l'Ancien r&#233;gime &#187;. La chute est, dans le cours de l'Histoire, moderne tout particuli&#232;rement, le moment suspensif, la coupure dans le creuset de laquelle prennent forme les gestes qui nous arrachent au r&#233;gime de la r&#233;p&#233;tition en nous donnant le force de diff&#233;rer d'avec notre pr&#233;sent et d'avec nous-m&#234;mes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Malheur &#224; ceux qui vivent dans la pr&#233;somption de leur chute impossible ! Nos d&#233;mocraties se caract&#233;risent entre autres choses par leur souci de se doter de toutes sortes de dispositifs et m&#233;canismes anti-chute, destin&#233;s &#224; leur permettre d'&#233;chapper aux incertitudes pesant la condition des gouvernants dans les mondes traditionnels, destin&#233;s aussi &#224; entretenir la croyance na&#239;ve en une sorte de &#171; bout de l'histoire &#187; en forme de d&#233;mocratisation du monde. Malheur &#224; ceux qui ne tr&#233;buchent ni ne tombent jamais ! Leur destin est celui des automates que rien ne d&#233;tourne de leur chemin : plus dure sera leur chute, au bout du compte !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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		<title>Le corps de la d&#233;construction et les fascismes &#224; venir</title>
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		<dc:date>2014-09-07T06:33:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Briault</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il s'agirait de penser une th&#233;orie du &#171; corps plastique &#187; chez Derrida, &#224; la fois comme un corps politique, un corps explosif de la guerre ou du terrorisme, comme une &#339;uvre artistique, et comme image du philosophe, de son geste, de ses auto-portraits ainsi que de la dynamique politique d'un habitus derridien interpr&#233;t&#233; l&#224; aussi comme une sorte de corps politique. R&#233;alit&#233; d'un art, d'un concept, r&#233;alit&#233; d'un philosophe. Mais aussi &#171; une substance &#187;, ou un corps social et politique, une &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=42" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; : &#034;Les usages politiques du corps&#034; en Albanie aout 2014&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il s'agirait de penser une th&#233;orie du &#171; corps plastique &#187; chez Derrida, &#224; la fois comme un corps politique, un corps explosif de la guerre ou du terrorisme, comme une &#339;uvre artistique, et comme image du philosophe, de son geste, de ses auto-portraits ainsi que de la dynamique politique d'un habitus derridien interpr&#233;t&#233; l&#224; aussi comme une sorte de corps politique. R&#233;alit&#233; d'un art, d'un concept, r&#233;alit&#233; d'un philosophe. Mais aussi &#171; une substance &#187;, ou un corps social et politique, une &#171; substance &#187; faite d&#233;construction. Et repenser le corps artistique de la plastique pure face &#224; la plasticit&#233; du corps politique comme nazisme aux yeux de Philippe lacoue-labarthe et de Jean-Luc Nancy.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette perspective, d&#233;constructive, esth&#233;tique et picturale, on abordera les micro-fascismes &#233;voqu&#233;s par Deleuze et Foucault, promis selon eux &#224; un bel avenir. Mais aussi les lucioles qui disparaissent, et la soci&#233;t&#233; de consommation, tandem de Pasolini pour qui le fascisme triompherait l&#224;. Les lucioles sont aussi en enfer pour Dante ce sont parfois de mauvaises conseill&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le derridien s'il en est que nous voulions interroger d'abord sur la question de la plastique est Philippe Lacoue-Labarthe. Sa th&#232;se sur la plastique est la suivante : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le politique (la Cit&#233;) rel&#232;ve d'une plastique, formation et information, fiction au sens strict. C'est un motif profond, issu des textes politicop&#233;dagogiques de Platon (La R&#233;publique avant tout) et qui ressurgit sous le couvert des concepts de &lt;i&gt;Gestaltung&lt;/i&gt; (figuration, installation figurale) ou &lt;i&gt;Bildung&lt;/i&gt;, dont la polys&#233;mie est r&#233;v&#233;latrice (mise en forme, composition, organisation, &#233;ducation, culture, etc.). Que le politique rel&#232;ve ainsi d'une plastique ne signifie en aucune mani&#232;re que la polis est une formation artificielle ou conventionnelle, mais bien que le politique rel&#232;ve de la techn&#232; au sens le plus haut du terme... &#187;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre techn&#232; plastik&#232; s'en trouverait remise en jeu. En effet, si l'on pense la peinture comme plastique ou comme le monde des rapports plastiques, on rencontre la conception du mythe nazi que Lacoue-Labarthe pr&#233;sente ainsi : la politique depuis les grecs est pens&#233;e comme une oeuvre d'art, et il s'agit pour les nazis de reproduire le peuple dans une sorte d'auto-plasticit&#233; taut&#233;gorique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'en est-il de la plastique dans les arts plastiques au regard du politique, au regard du fascisme et de la d&#233;mocratie ? et au regard de l'imitatio, de la technique, et de la mim&#232;sis dans le mythe politique ? de la plastique pure des arts plastiques et de l'onto-typologie que Lacoue-Labarthe a r&#233;v&#233;l&#233; : question d'une plastique pure naturelle (le sublime de plastique pure) et de sa mim&#233;tologie originaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur l'onto-typologie, th&#232;se ma&#238;tresse de Lacoue-Labarthe reli&#233;e &#224; la question de la politique comme fiction plastique, nous avons ce passage : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si quelque chose pr&#233;existe, ce n'est pas m&#234;me comme le croit Platon, une substance, sous les esp&#232;ces d'une pure mall&#233;abilit&#233; ou d'une pure plasticit&#233; que le mod&#232;le viendrait frapper de son &#8220;type&#8221; ou auquel il imprimerait sfigure. Une telle substance est en r&#233;alit&#233; d&#233;j&#224; un sujet, et ce n'est pas &#224; partir d'une &#233;id&#233;tique qu'on peut esp&#233;rer penser le proc&#232;s mim&#233;tique, si l'eidos -ou plus largement le figural - est le pr&#233;suppos&#233; m&#234;me de l'identique. Et c'est du reste parce que, de Platon &#224; Nietzsche et Wagner, puis J&#252;nger - et m&#234;me Heidegger, le lecteur de Trakl en tout cas, qui pourtant nous l'a appris - , une telle &#233;id&#233;tique sous-tend la mim&#233;tologie, dans la forme de ce que j'ai cru pouvoir appeler onto-typologie, que toute une tradition (elle culmine avec le nazisme) aura pens&#233; que le politique rel&#232;ve du fictionnement des &#234;tres et des communaut&#233;s. &#187;2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si notre plastique pure est aussi une politique notamment par rapport aux forces de r&#233;ification qui d&#233;finissent n&#233;gativement l'espace de r&#233;sistance artistique, l' &#8220;artisticit&#233;&#8221; selon Adorno , qui est fond&#233;e sur le travail sp&#233;cifique du mat&#233;riau, et qui n'est pas un formaliste du m&#233;dium, mais un formalisme de la logique plastique, cette conception de la plastique pure rencontre cet &#233;difice &#233;rig&#233; par Lacoue-Labarthe. Est-ce qu'il y a pour autant incompatibilit&#233; entre cette plast&#233;matique ou th&#233;orie des rapports plastiques en peinture, et la d&#233;nonciation d'une plastique entendue comme mythe politique, comme &#8220;mythation&#8221; de l'Occident, enfin comme nazisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le nietzsch&#233;en de la &#8220;force plastique&#8221; comme force figurative ou force fictionnante qui doit se faire selon Nietzsche &#224; coups de marteau, cette &#8220;force plastique est la facult&#233; de cro&#238;tre soi-m&#234;me et de s'accomplir soi-m&#234;me&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie est ainsi pens&#233;e sur le mod&#232;le de l'art, comme capacit&#233; artistique, puissance au sens ontologique, nous dit Lacoue-Labarthe. Et si la vie plastique rejoint comme mod&#232;le mim&#233;tique de l'art celui du mythe politique de l'auto-formation du peuple autochtone, qui doit se purifier, on aura compris que notre sublime de plastique pure, notre mim&#233;tologie originaire de plastique pure &#233;chappe sans coup f&#233;rir &#224; ce type d'objection, mythique, citationnelle et enfin politique. La plastique pure n'imite jamais que les rapports plastiques, la force plastique ici, qu'elle soit vie et capacit&#233; fictionnante, ne produit que des rapports plastiques, ce que nous appelons des plast&#232;mes, et n'engendre que des exigences d'un discours sp&#233;cifiquement pictural - c'est-&#224;-dire non po&#233;tique -,d'un discours attentif &#224; sa plastophanie ou r&#233;v&#233;lation discursive de sa v&#233;rit&#233;. La plastique pure est politique en tant qu'elle d&#233;fend socialement et contre d'autres arts, la pratique, l'ethos et l'habitus de son effectuation, et ceci comme dit Mondrian, le plus consciemment possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; corps de la d&#233;construction &#187; vient d'abord des portraits de Derrida, mais c'est une notion plus g&#233;n&#233;rale. Derrida y r&#233;pondit d'abord ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors ce qui m'a surpris &#224; un moment donn&#233;, quand j'ai entendu &#171; corps all&#233;goris&#233; de la personne physique de Derrida &#187;, je me suis dit : &#171; Eh, eh, et s'il y avait dans mon corps, dans mon habitus physique, dans ma voix, mes gestes, ma mani&#232;re de poser mon regard etc., quelque chose qui dise autrement (&lt;i&gt;allegoria&lt;/i&gt;, all&#233;gorie c'est ce qui parle autrement par la voix de l'autre), qui dise autrement par la voix de l'autre, qui dise autrement ce qu'on appelle d&#233;construction et qui la dise peut-&#234;tre mieux &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; corps de la d&#233;construction &#187; et les fascismes &#224; venir : Pasolini pense qu'il y a le fascisme-fasciste et le fascisme-d&#233;mocrate chr&#233;tien h&#233;ritier du pr&#233;c&#233;dent. La th&#233;orie des lucioles fait de la soci&#233;t&#233; de consommation un fascisme r&#233;ussi. Serait-ce un fascisme anglo-saxon ? Les lucioles qui symbolisent une culture engloutie et une forme de r&#233;sistance, disparaissent dans la campagne romaine comme sous les gros projecteurs de la soci&#233;t&#233; contemporaine, sous l'emprise des grands m&#233;dias &#224; la lumi&#232;re &#233;blouissante. Mais en art c'est autre chose. Avec une th&#233;orie pasolinienne repise par Didi-Huberman, c'est tout diff&#233;rent. Que les lucioles servent l'expression du milieu le plus autoris&#233; du biggest artistique marchand nous am&#232;nerait plut&#244;t &#224; abandonner au fond cette th&#233;orie. Les &#034;lucioles&#034; ne d&#233;signent-elles pas les mauvais conseillers dans l'Enfer de Dante ? Le dadaocapitalisme luciole ? La vid&#233;o des &#233;migrants clandestin de Sangatte dans la nuit de Calais ? Je ne le crois pas, malheureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait certes penser le minuscule, le point infinit&#233;simale de la luciole, un &#171; point &#187; de r&#233;sistance, incertain. Et donc &#233;voquer les sc&#232;nes miniatures, les plans o&#249; le micro s'exprime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a le fascisme selon Deleuze, par exemple. Micro-fascisme infini. Diss&#233;min&#233; ? Chacun est susceptible d'accomplir des petits gestes d'exclusion, de rejet, et d'interdiction violente. Ceux-ci se sont perp&#233;tr&#233;s r&#233;guli&#232;rement autour de nous depuis des ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont de petits corps, parfois ambivalents. Le micro-fascisme est en chacun de nous disait Deleuze, il est ce qui hante nos esprits, nos conduites et nos vies quotidiennes, il nous fait aimer le pouvoir, d&#233;sirer cette chose m&#234;me qui nous domine et nous exploite. Mais c'est une terrible th&#233;orie de la vie quotidienne qui nous attend, une communaulogie inqui&#232;te, une communologie performative comme j'appelle ma th&#233;orie du sens commun : &#171; pragmatique d&#233;constructive &#187;. La diss&#233;mination et le contagieux touchent ces attitudes, guident le d&#233;sir vers le meilleur et parfois le pire, la plasticit&#233; mortif&#232;re. Si l'&#233;chec, dans la th&#233;orie des actes de langage, est une condition de possibilit&#233; du performatif m&#234;me, selon Derrida, la condition du pire &#224; venir deviendrait presque la condition de possibilit&#233; de tout &#233;v&#233;nement. Encore un effort pour d&#233;finir une &#171; vie non-fasciste &#187; comme l'a fait Foucault &#224; partir de Deleuze.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps de la d&#233;construction est aussi &#224; entendre &#224; la fois comme &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; geste et &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; geste de Derrida, entre mes portraits peints de Derrida et le &#171; corps &#187; de Derrida, homme et pens&#233;e : r&#233;sistance et d&#233;sistance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Substance d'une peinture pure. Mati&#232;re aristot&#233;licienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser &#224; l'avenir le si difficile &#171; fascisme philosophique &#187; : Platon peut-&#234;tre, ou Heidegger ? Et le fascisme des disciples, certains &#171; derridiens &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toujours une menace lov&#233;e dans la chance. Mais aussi une Chose de l'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Philosophes du Pentagone et inscription des philosophes sur la liste des gens &#224; &#233;liminer. Le philosophe comme terroriste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pentagon preparing for mass civil breakdown Social science is being militarised to develop 'operational tools' to target peaceful activists and protest movements (article du Guardian du 12 juin 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser les fascismes religieux, les int&#233;grismes en Isra&#235;l, ou dans l'Islam.&lt;br class='autobr' /&gt;
On le fera gr&#226;ce &#224; Derrida aujourd'hui, avec son geste dans la question isra&#233;lienne, et au risque d'un avenir et d'une saturation de l'avenir, par appropriation de l'ouvert ou de l'ouverture m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Derrida disait , il m'a dit un jour : &#171; Isra&#234;l est le dernier Etat colonial &#187;&lt;/strong&gt;. Propos lapidaire, certes, mais : jurons que Derrida aujourd'hui aurait d&#233;velopp&#233; son accusation lui le militant anti-apartheid, lui qui a v&#233;cu la guerre d'Alg&#233;rie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne dois pas &#234;tre le seul &#224; avoir entendu le fond de sa pens&#233;e sur la politique d'Isra&#235;l. Le massacre de Sabra et Chatila, qui avait provoqu&#233; les r&#233;actions v&#233;h&#233;mentes de Jean Genet, ne l'avait pas laiss&#233; non plus sans voix. &lt;br class='autobr' /&gt; Derrida disait donc : &#034;Isra&#235;l est le dernier Etat colonial&#034;.&#8232;Formule qui renferme tout ce que l'on peut dire de responsable sur Isra&#235;l aujourd'hui, et sa politique de colonisation des territoires occup&#233;s. On peut encore ajouter ceci de la part de Derrida pour bien pr&#233;ciser les choses sur l'antis&#233;mitisme dont on accuse souvent ceux qui d&#233;noncent la politique isra&#233;lienne.&#8232;Lors d'un &#233;change &#233;pistolaire avec Claude Lanzmann :&#8232;&#034;Ne crois pas que ma vigilance critique soit unilat&#233;rale. Elle est aussi vive &#224; l'endroit de l'antis&#233;mitisme ou d'un certain anti-isra&#233;lisme, aussi vive &#224; l'&#233;gard d'une certaine politique de tels pays du Moyen-Orient et m&#234;me de l'Autorit&#233; palestinienne [...], sans parler bien entendu du &#034;terrorisme&#034;. Mais je crois de ma responsabilit&#233; de le manifester davantage du c&#244;t&#233; auquel, par &#034;situation&#034;, je suis cens&#233; appartenir : le &#034;citoyen fran&#231;ais&#034; que je suis manifestera publiquement une plus grande attention critique &#224; l'endroit de la politique fran&#231;aise qu'&#224; l'&#233;gard d'une autre, &#224; l'autre bout du monde. Le &#034;juif&#034;, m&#234;me s'il est aussi critique &#224; l'&#233;gard des politiques des ennemis d'Isra&#235;l, tiendra plus &#224; faire savoir son inqui&#233;tude devant une politique isra&#233;lienne qui met en danger le salut et l'image de ceux qu'elle est cens&#233; repr&#233;senter.&#034;&#8232;A entendre certains &#034;on devrait se sentir coupable ou pr&#233;sum&#233; coupable d&#232;s lors qu'on murmure la moindre r&#233;serve au sujet de la politique isra&#233;lienne, [...] voire d'une certaine alliance entre telle politique am&#233;ricaine et une certaine politique isra&#233;lienne&#034;.&#8232;&#034;Coupable au moins sous quatre chefs : anti-isra&#233;lisme, antisionisme, antis&#233;mitisme, jud&#233;ophobie (concept r&#233;cemment mis &#224; la mode, tu le sais, et sur lequel il y aurait beaucoup &#224; dire) - sans parler de l'anti-am&#233;ricanisme comme on dit primaire...&#8232;Eh bien, non, non, non et non ! Quatre fois non. C'est exactement pour cela que je voudrais te dire, et c'est pour cela que je t'ai &#233;crit[...]. S'il y a des proc&#233;d&#233;s d'intimidations totalitaires, ils sont l&#224;, justement, dans cette tentative de faire taire toute analyse critique des politiques et isra&#233;lienne et am&#233;ricaine.[...] Je veux pouvoir me livrer &#224; cette analyse critique, la compliquer ici, la nuancer l&#224;, la radicaliser parfois, sans la moindre jud&#233;ophobie, sans le moindre anti-am&#233;ricanisme, et , dois-je l'avouer, sans le moindre antis&#233;mitisme.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
A une &#233;poque o&#249; la pens&#233;e de Derrida se r&#233;duirait pour certains si j'ose dire &#224; la d&#233;fense des animaux ou &#224; une pens&#233;e de l'animalit&#233;, une cause importante bien s&#251;r, mais souvent au d&#233;triment du Derrida d&#233;nonciateur du &#034;poker menteur&#034; selon son expression : FMI, OMC, Banque mondiale, OCDE, le Derrida politique &#224; l'encontre de l'ordre du monde m&#233;rite de retrouver le chemin de l'actualit&#233; et de tout ce qui vient : puisque le &#034;ce qui arrive&#034; est une des sortes de d&#233;finitions de la d&#233;construction qu'il s'est risqu&#233; &#224; donner.&#8232;Ce qui vient est un horizon peut-&#234;tre obscurci dans le fameux horizon sans horizon d'attente d'une ouverture et d'une force faiblement messianique susceptible de surgir comme &#233;v&#233;nement politique.&#8232;Cette fois-ci, &#034;ce qui vient&#034; autant que ce &#034;qui arrive&#034;, c'est peut-&#234;tre l'&#233;v&#233;nement de l'obscurcissement possible de la pens&#233;e, de la politique et du rapport &#224; l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car je n'ai, pour ma part, jamais &#233;t&#233; tr&#232;s convaincu par ces semblants de d&#233;finitions de la d&#233;construction souvent marqu&#233;es si l'on peut dire par l'avenir.&#8232;La d&#233;construction &#233;crivait Derrida &#034;c'est ce q&#8206;ui arrive dans le monde&#034;. La d&#233;construction bien s&#251;r ne se d&#233;cide pas. Il y va de l'&#233;v&#233;nementialit&#233;.&#8232;Oui, le &#034;&#231;a se d&#233;construit&#034; est fondamental, &#034;on&#034; ne d&#233;cide pas la d&#233;construction, Derrida lors de la soir&#233;e de l'Od&#233;on avec nos portraits, avait repris l'un des intervenants qui parlait d'une d&#233;construction qu'il faut faire, et en disant &#034;je&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ma part je tique encore sur le &#034;ce qui arrive&#034;, et en particulier dans le monde, comme si l'&#233;v&#233;nement dans le monde ou ailleurs devait toujours &#234;tre li&#233; &#224; ce qu'on appelle la d&#233;construction. Ce qui arrive et fait &#233;v&#233;nement caract&#233;rise, sp&#233;cifie si l'on peut dire quelque chose comme la d&#233;construction, mais aussi ce qui est en d&#233;construction comporte un &#233;l&#233;ment qui n'est pas encore d&#233;construit, ce qui arrive n'est pas toujours ce qui arrive par et avec cet &#034;en d&#233;construction&#034;. Sans m&#234;me suppos&#233; un pr&#234;t &#224; d&#233;construire, une m&#233;taphysique disponible, un sens commun qui se laisserait d&#233;construire apparemment, avec l'assurance encore &#233;trange du &#231;a se d&#233;construit, et du d&#233;construit lui-m&#234;me, on peut faire l'exp&#233;rience que ce qui arrive, arrive aussi autrement qu'en d&#233;construction. En un mot je voulais dire que (tout) ce qui arrive, et donc l'&#233;v&#233;nement, ne &#034;rel&#232;ve&#034; pas toujours de la d&#233;construction.&#8232;Le &#034;ce qui arrive&#034; sera, &#233;tait, a toujours &#233;t&#233; encore - une kitschd&#233;construction. Ce que j'appelle ainsi, d'un autre appel.&#8232;La kitschd&#233;construction visait d'abord le clich&#233; d'une imagerie cubiste ou dada&#239;ste, voire l'urinoir de Duchamp comme n&#233;cessairement &#034;d&#233;constructif&#034;. J'avais essay&#233; de cerner un style d&#233;constructif en peinture comme en architecture. Mais le frelat&#233;, mieux : l'h&#233;r&#233;sie et la camelote int&#233;resse si l'on peut dire la d&#233;construction, c'est le c&#244;t&#233; vulgaire et vulgaris&#233; de la d&#233;construction, tout ce qui se range sous le sens commun et qui produit aussi des effets d&#233;constructifs. Le sens commun populaire et kitsch agit &#224; sa fa&#231;on sur le geste de la d&#233;construction, et y concourt &#224; sa fa&#231;on : il s'y pr&#234;te d'abord, il semble s'offrir &#224; elle et la responsabilit&#233; impossible du sens qui se donne ainsi tr&#232;s vite, qui se partage, le sens commun d&#233;crit une communaut&#233;, une communau/ologie difficilement contr&#244;lable, une contagion m&#233;taphysique qui est peut-&#234;tre rendue n&#233;cessaire depuis toujours. Il n'y a pas de concept non m&#233;taphysique. Mais y a t-il une d&#233;construction non inspir&#233;e par la m&#233;taphysique ? n'est-ce pas toujours elle qui est en d&#233;construction ? Le non d&#233;construit est aussi ce qui arrive, et il est aussi d&#233;constructif, comme sens commun pr&#233;suppos&#233; ou non. Et la d&#233;construction comme sens commun, sens partag&#233;, est aussi ce qu'il faut interroger, il y va de sa forme de donation. Son &#233;vidence &#034;propre&#034; obligerait toujours &#224; se demander si elle a lieu, la d&#233;construction, en sommes-nous si s&#251;r ? A cause du &#034;frelat&#233;&#034; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Derrida semblait persuad&#233; &#224; la fin de sa vie, menac&#233; par la maladie, qu'au lendemain m&#234;me de sa mort, tout ce qu'il avait &#233;crit et pens&#233; sombrerait dans l'oubli, brutalement, du jour au lendemain. Et qu'ainsi il n'en resterait rien. D'un seul coup. Il n'en n'a rien &#233;t&#233;, bien s&#251;r, mais en sommes-nous si s&#251;r ? Peut-&#234;tre qu'un tel naufrage a eu lieu, ou se montre soudain, maintenant, dix ans apr&#232;s sa disparition. C'est au contraire la multiplicit&#233; des h&#233;ritages suppos&#233;s et des commentaires incessants qui contribueraient peut-&#234;tre &#224; la disparition de la pens&#233;e de Derrida.&#8232;Derrida -une disparition &#224; venir ?&#8232;Et la question du fascisme comme ligne de fuite &#034;plastique&#034; ou en &#034;plasticit&#233;&#034;, une ligne de vie qui tourne mal, qui devient ligne de mort selon Deleuze, n'est pas si &#233;loign&#233;e du mythe nazi que nous avions trouv&#233; proprement incroyable, chez Philippe Lacoue-labarthe et Jean-Luc Nancy, &#224; savoir nous l'avons vu, un fa&#231;onnage du peuple, une &#034;fiction&#034; politique, un peuple comme &#339;uvre d'art. Vous imaginez la surprise pour le moins du peintre que je suis en d&#233;couvrant ces pens&#233;es de la &#034;plastique&#034;.&#8232;La ligne de fuite devenue ligne de mort, le fascisme c'est ce qui veut la mort de l'autre, selon Deleuze, est donc une thanatographie plastique, une plastique thanatographique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car pour revenir aux d&#233;finitions improbables de la d&#233;construction, celle de la jud&#233;it&#233; pour Derrida devenait encore plus difficile : c'est le rapport &#224; l'&#224;-venir, disait-il aussi. &#034;Etre juif c'est &#234;tre ouvert &#224; l'avenir&#034;. Etrange sp&#233;cificit&#233;. L'hyperbole derridienne rejoint peut-&#234;tre l'hubris ici aussi.&#8232;Il se disait enfin, selon une condensation dont il a souvent eu le secret : &#034;Je suis le dernier des juifs&#034;. Je crois que c'est dans cette tension &#224; laquelle il nous invitait entre le &#034;dernier&#034;, le moins juif de tous, le moins recommandable, le dernier des derniers, le moins fid&#232;le en somme, et aussi avec l'id&#233;e qu'il &#233;tait le dernier juif, le seul, l'unique, le plus fid&#232;le, celui qui dit d'un m&#234;me mouvement peut-&#234;tre : je suis en tant que juif, le dernier, inconditionnellement ouvert &#224; l'avenir et donc je vous le dis : &#034;Isra&#235;l est le dernier Etat colonial&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra penser le &#171; terrorisme &#187; selon Derrida, comme un corps possiblement &#171; plastique &#187;, corps explosif. En art et en politique. Derrida disait au mus&#233;e du Moma, &#224; propos d'Artaud : &#171; Il faut faire sauter tous les mus&#233;es d'art plastique &#187;. Lesquels ? Les mus&#233;es duchampiens ? Artaud n'y suffirait sans doute pas, bien au contraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le dernier Derrida soutenant l'alter-mondialisation anti-n&#233;olib&#233;rale, s'accompagnait aussi d'un marxisme derridien souvent n&#233;glig&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que notre plastique pure est difficilement compatible avec une plasticit&#233; du corps politique qui d&#233;finirait le nazisme pour Lacoue-Labarthe et Nancy.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pour Deleuze la ligne de fuite n'est pas non plus une &#171; plasticit&#233; &#187; du corps politique. Toutefois il y a bien une sorte de &#171; plasticit&#233; &#187; de la &#171; ligne &#187; de fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait &#224; l'avenir s'essayer &#224; penser ce Deleuze l&#224; , on se permettra ainsi une longue citation : &#171; Qu'est-ce qui se passe ? Alors, je dis, sous les formes exasp&#233;r&#233;es, c'est comme &#231;a si vous voulez, si j'essaye de donner un contenu concret, v&#233;cu, vivant, &#224; la notion de fascisme. J'ai essay&#233; de dire plusieurs fois &#224; quel point pour moi, le fascisme et le totalitarisme, c'&#233;tait pas du tout la m&#234;me chose. C'est que le fascisme, &#231;a para&#238;t un peu mystique ce que je dis, mais il me semble que &#231;a l'est pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme, c'est typiquement un processus de fuite, une ligne de fuite, qui tourne alors imm&#233;diatement en ligne mortuaire, mort des autres et mort de soi-m&#234;me. Je veux dire, qu'est-ce que &#231;a veut dire ? Tous les fascistes l'ont toujours dit. Le fascisme implique fondamentalement, contrairement au totalitarisme, l'id&#233;e d'un mouvement perp&#233;tuel sans objet ni but. Mouvement perp&#233;tuel sans objet ni but, d'une certaine mani&#232;re, c'est, on peut dire, c'est &#231;a un processus. En effet, le processus, c'est un mouvement qui n'a ni objet ni but. Qui n'a qu'un seul objet : son propre accomplissement, c'est-&#224;-dire l'&#233;mission des flux qui lui correspondent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais, voil&#224; qu'il y a fascisme lorsque ce mouvement sans but et sans objet, devient mouvement de la pure destruction. &#201;tant entendu quoi ? &#201;tant entendu qu' on fera mourir les autres, et que sa propre mort couronnera celle des autres. Je veux dire quand je dis &#231;a para&#238;t tout &#224; fait mystique, ce que je dis l&#224; sur le fascisme, en fait les analyses concr&#232;tes, il me semble, le confirment tr&#232;s fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux dire un des meilleurs livres sur le fascisme, que j'ai d&#233;j&#224; cit&#233;, qui est celui d'Arendt, qui est une longue analyse, m&#234;me des institutions fascistes, montre assez que le fascisme ne peut vivre que par une id&#233;e d'une esp&#232;ce de mouvement qui se reproduit sans cesse et qui s'acc&#233;l&#232;re. Au point que dans l'histoire du fascisme, plus la guerre risque d'&#234;tre perdue pour les fascistes, plus se fait l'exasp&#233;ration et l'acc&#233;l&#233;ration de la guerre, jusqu'au fameux dernier t&#233;l&#233;gramme d'Hitler, qui ordonne la destruction de l'habitat et la destruction du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commencera par la mort des autres, mais il est entendu que viendra l'heure de notre propre mort. Et &#231;a les discours de Goebbels d&#232;s le d&#233;but le disaient, on peut toujours dire propagande, mais ce qui m'int&#233;resse c'est pourquoi la propagande &#233;tait orient&#233;e dans en sens d&#232;s le d&#233;but. C'est compl&#232;tement diff&#233;rent d'un r&#233;gime totalitaire &#224; cet &#233;gard. Et une des raisons pour lesquelles, il me semble, une des raisons, l&#224;, historique importante, c'est pourquoi est-ce qu'encore une fois, les Am&#233;ricains, et m&#234;me l'Europe, a pas fait une alliance avec le fascisme. Et bien on pouvait leur faire confiance, c'est pas la moralit&#233; ni le soucis de la libert&#233; qui les a entra&#238;n&#233;. Donc pourquoi ils ont pr&#233;f&#233;r&#233; s'allier &#224; la Russie, et au r&#233;gime stalinien ? dont on peut dire tout ce qu'on veut, et c'est un r&#233;gime que l'on peut appeler totalitaire, mais c'est pas un r&#233;gime de type fasciste et c'est tr&#232;s diff&#233;rent. C'est &#233;videmment que le fascisme n'existe que par cette exasp&#233;ration du mouvement, et que cette exasp&#233;ration du mouvement ne pouvait pas donner de garanties suffisantes, enfin ... Et la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard du fascisme au niveau des gouvernements et au niveau des &#201;tats qui ont fait l'alliance pendant la Guerre, c'est il me semble. Si vous voulez, c'est l&#224; o&#249; il y a toujours un fascisme potentiel l&#224; lorsqu'une ligne de fuite tourne en ligne de mort. Alors presque, c'est pour &#231;a que vous comprenez, la distinction que je ferais entre schizophr&#233;nie comme processus et schizophr&#232;ne comme entit&#233; clinique, c'est que la schizophr&#233;nie comme processus c'est : l'ensemble de ces trac&#233;s de lignes de fuites. Mais la production de l'entit&#233; clinique, c'est lorsque pr&#233;cis&#233;ment quelque chose ne peut pas &#234;tre tenu sur les lignes de fuites. Quelque chose est trop dur, quelque chose est trop dur pour moi. Et &#224; ce moment-l&#224; &#231;a va tourner en ligne, &lt;br class='autobr' /&gt; soit en ligne d'abolition &lt;br class='autobr' /&gt; soit en ligne de mort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plasticit&#233; thanatographique ? Le corps de la d&#233;construction, comme le corps de la plastique pure, donnerait &#224; penser encore autrement, sans aucunement n&#233;gliger la schzophr&#233;nie, mais sans ignorer non plus une vie soumise peut-&#234;tre pareillement &#224; un art contemporain entendu aussi comme biopouvoir esth&#233;tis&#233;, voire un flux et un art devenu mouvement exasp&#233;r&#233;, un art liquide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Premi&#232;re publication : 7 septembre 2014)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>From Saint to Patient : The Russian Holy Fool as a Figure for Political Usage</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ming-Hui HUANG</dc:creator>



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&lt;p&gt;People living in this world carry a stigma ; to a certain extent, this stigma remains for a period of time and exists in a kind of constructed space. Social stigma often emerges in the situation when visual experience helps to translate the stigma in favour of the stigmatised. The eyes which observe are like a double-edged sword ; it can slash the stigmatised with its judgemental perception, or cut through judgements to perceive a sacred vision of the person. The visibility of a certain (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=42" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; : &#034;Les usages politiques du corps&#034; en Albanie aout 2014&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;People living in this world carry a stigma ; to a certain extent, this stigma remains for a period of time and exists in a kind of constructed space. Social stigma often emerges in the situation when visual experience helps to translate the stigma in favour of the stigmatised. The eyes which observe are like a double-edged sword ; it can slash the stigmatised with its judgemental perception, or cut through judgements to perceive a sacred vision of the person. The visibility of a certain distinctiveness can be&lt;br class='autobr' /&gt;
emphasized as a divine gift which is beyond our general understanding or as a taboo which should be avoided for the sake of social order. The holy fool in Russia bears a stigma which has been defined in various ways and has been explained as the condition when there is a necessity.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The aim of this article is to take the holy fool as a figure to examine the rule for distinction and to question the issue of &#8216;otherness' in an atmosphere where every individual (bearing more or less a stigma) should have his/her right of survival.&lt;br class='autobr' /&gt;
Abnormality may be a threat to the stability of system, but can be an alternative to new invention. Stigma happens in fluid and relative situations. In multinational Russia, an impulse to show emotional hostility to irrationality has been reduced to a certain level for the sake of adjusting one's political act upon non-Russians and further of evoking one's awareness of equality within the Empire. Regardless of linguistic&lt;br class='autobr' /&gt;
identity, the changing conceptions of &#8216;otherness' which are applied to the&lt;br class='autobr' /&gt;
understanding of the non-Russians as &#8216;natural subjects' under the juridical sense and/or allegorically medical fables, became an alternative reference to the holy fool whose murky utterances, incoherent phrases and seemly provocative acts may not be considered as the most &#8216;foreign elements in the &#8220;body politic&#8221; of the Russian Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ming-Hui HUANG is currently a doctoral candidate in the Department of Russian and Slavonic&lt;br class='autobr' /&gt;
Studies at the University of Sheffield (the UK).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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