<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Ici et ailleurs</title>
	<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?id_rubrique=59&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Ici et ailleurs</title>
		<url>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L144xH127/logo-b65f2.png?1774727851</url>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
		<height>127</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La vengeance du gaucher</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1235</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1235</guid>
		<dc:date>2023-11-29T13:29:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La gageure, dans les conditions particuli&#232;res de cette universit&#233; d'&#233;t&#233;, c'est de pr&#233;senter, surtout en ouverture, un expos&#233; qui, &#224; la fois soit susceptible de ne pas trop d&#233;cevoir les attentes de mes amis philosophes, venus en nombre, et de ne pas laisser en plan les autres, plus nombreux encore, et non moins m&#233;ritants quand bien m&#234;me ils n'auraient jamais lu une ligne ni de Platon, ni de Kant, ni de Deleuze ou Foucault. L'exercice est difficile, j'ai fait de mon mieux pour tenir la balance (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=59" rel="directory"&gt;&#202;tre (devenir) minoritaire - Universit&#233; d'&#233;t&#233;, du 22 juillet au 31 juillet 2023 / To be (become) minority - Summer conference, from 7/22 to 7/31&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La gageure, dans les conditions particuli&#232;res de cette universit&#233; d'&#233;t&#233;, c'est de pr&#233;senter, surtout en ouverture, un expos&#233; qui, &#224; la fois soit susceptible de ne pas trop d&#233;cevoir les attentes de mes amis philosophes, venus en nombre, et de ne pas laisser en plan les autres, plus nombreux encore, et non moins m&#233;ritants quand bien m&#234;me ils n'auraient jamais lu une ligne ni de Platon, ni de Kant, ni de Deleuze ou Foucault. L'exercice est difficile, j'ai fait de mon mieux pour tenir la balance &#233;gale entre les deux parties, l'exercice est difficile, on verra bien, &#224; vos r&#233;actions, comment je m'en suis sorti.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai cherch&#233; mon inspiration, pour cette intervention, du c&#244;t&#233; de &lt;i&gt;Les mots&lt;/i&gt;, l'autobiographie en forme d'autoanalyse de Jean-Paul Sartre. La piste que je voulais y retrouver, l'ayant lu il y a bien longtemps, c'est celle du destin, sans majuscule et dans le sens particulier que Sartre donne &#224; ce mot : comment, dans notre enfance, se forge ou se forme notre destin, comment se forment les plis majeurs de notre vie ult&#233;rieure, dans un jeu d'interactions denses entre des assignations ou des interpellations provenant de l'entourage d'une part et, de l'autre, des lignes de force que le sujet dessine lui-m&#234;me. Dans mon cas, et pour aller droit au sujet de notre semaine de r&#233;flexion, ce que j'aimerais explorer avec vous, c'est la fa&#231;on dont, tr&#232;s t&#244;t, je suis entr&#233; sur la voie d'un destin minoritaire. Et la fa&#231;on, donc, si l'on suit la voie fray&#233;e par Sartre, on ne fait ensuite que continuer &#224; tracer sa route dans la m&#234;me direction, au fil des situations et des exp&#233;riences, des d&#233;fis et des occasions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme vous le voyez, j'&#233;carte d'embl&#233;e toutes sortes de dimensions du probl&#232;me soulev&#233; par notre intitul&#233; g&#233;n&#233;ral &#171; Etre/devenir minoritaire &#187; pour me concentrer sur les questions de subjectivation en relation avec l'exp&#233;rience et le propre, le monde v&#233;cu. Je ne vais donc pas du tout envisager le probl&#232;me sous l'angle des minorit&#233;s comme entit&#233;s rep&#233;rables, objectivables, l&#233;gitim&#233;es si l'on veut &#8211; minorit&#233;s sexuelles, nationales, religieuses, etc. Ce qui m'int&#233;resse ici, ce n'est pas la minorit&#233; comme &#233;tat ou statut, mais comme &lt;i&gt;condition&lt;/i&gt;, &#234;tre minoritaire &lt;i&gt;en situation&lt;/i&gt;, pour employer le vocabulaire sartrien &#8211; l&#224; donc o&#249; se rencontrent le monde ou le r&#233;el comme donn&#233; et une subjectivit&#233;, une exp&#233;rience propre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon destin minoritaire est, j'en suis convaincu, maintenant que j'ai l'essentiel de ma vie derri&#232;re moi, ins&#233;parable de ma situation de &lt;i&gt;gaucher&lt;/i&gt;. Pour les gens de ma g&#233;n&#233;ration, &#234;tre minoritaire en tant que gaucher, ce n'&#233;tait pas tout &#224; fait une situation normale comme c'est cens&#233; l'&#234;tre aujourd'hui ; plut&#244;t une anomalie et une source de d&#233;sagr&#233;ments. Nous &#233;tions (les gens de ma g&#233;n&#233;ration, en France), dans l'espace familial comme dans le cadre de l'institution scolaire, situ&#233;s sur une ligne de fracture : non plus ouvertement r&#233;prim&#233;s comme gauchers (comme a pu l'&#234;tre mon grand-p&#232;re paternel qui, &#233;tant gaucher, n'en a pas moins d&#251; apprendre &#224; &#233;crire de la main droite, tout en se servant de la gauche d&#232;s qu'il saisissait un outil, d'o&#249; son &#233;criture en &#171; pattes de mouche &#187;), mais n&#233;anmoins subissant d&#232;s le d&#233;part, la contrainte de la norme droiti&#232;re : mes parents m'ont appris &#224; tenir fourchette et cuill&#232;re comme si j'&#233;tais &lt;i&gt;comme eux, comme tout le monde&lt;/i&gt;, droitier. Cela m'est rest&#233;, mais je peux, aussi bien, manger en gaucher &#8211; ce qui me permet, quand mes amis ta&#239;wanais me f&#233;licitent de la dext&#233;rit&#233; avec laquelle je manie les baguettes, de rench&#233;rir : et en plus, je peux le faire aussi bien de la main gauche, ce qui n'est sans doute pas votre cas !&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est l&#224; qu'une bien pi&#232;tre revanche sur le destin, qui est infiniment moins glorieux. Quand on arrive au cours pr&#233;paratoire et qu'il s'av&#232;re que, d&#233;cid&#233;ment, on ne peut pas tenir dans sa main droite son porte-plume &#233;quip&#233; d'une plume sergent-major et r&#233;guli&#232;rement tremp&#233; dans l'encrier install&#233; dans un trou sur le pupitre devant soi, l'instituteur/trice n'insiste pas et vous laisse empoigner la chose de la main gauche. Et c'est l&#224; que les probl&#232;mes commencent. Vous portez une blouse noire ou grise r&#233;glementaire et infailliblement, d&#232;s que vous tracez les premi&#232;res lignes d'une main malhabile, et sur un cahier fait pour les droitiers, votre manche vient frotter sur le papier et ce sont vos premiers diff&#233;rends avec le dispositif d'&#233;criture : vous faites des &#171; p&#226;t&#233;s &#187;, et comme vous devez &#233;crire selon une proc&#233;dure qui &lt;i&gt;contrarie&lt;/i&gt; votre geste naturel, instinctuel, vous formez mal les lettres et il ne faut pas longtemps avant que vous subissiez la premi&#232;re interpellation althuss&#233;rienne : te voici celui dont l'enseignant proclame &#224; la face du monde (la classe-monde) qu'il &#233;crit &lt;i&gt;comme un chat&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et qui a commenc&#233; &#224; cinq ou six ans &#224; &#233;crire &lt;i&gt;comme un chat&lt;/i&gt; &#233;crira g&#233;n&#233;ralement comme un chat toute sa vie &#8211; la raison pour laquelle pr&#233;cis&#233;ment aujourd'hui encore, lorsque mon &#233;pouse, qui a appris les id&#233;ogrammes avant les caract&#232;res latins, me dit qu'elle ne parvient pas &#224; lire ce que j'ai griffonn&#233; sur une liste de courses, mon premier mouvement est de la suspendre au premier porte-manteau venu...&lt;br class='autobr' /&gt;
La raison pour laquelle j'ai toujours, j'en suis convaincu plus que jamais, fait pi&#232;tre figure dans les rares concours que j'ai pu passer &#8211; non pas que j'&#233;tais plus con ou moins studieux qu'un autre, mais que, &#233;crivant &lt;i&gt;comme un chat&lt;/i&gt;, je ne pouvais que me mettre &#224; dos le mieux dispos&#233; des correcteurs &#8211; d'une copie de concours g&#233;n&#233;ral ou d'agr&#233;gation, entre autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'il faut bien comprendre, c'est la rapidit&#233; et l'in&#233;luctabilit&#233; avec lesquelles, &#224; partir de cette exp&#233;rience originaire, tout peut s'encha&#238;ner : &#233;crire comme un chat, &#231;a s'associe ais&#233;ment &#224; la difficult&#233; &#224; poser proprement une op&#233;ration, esquisser un croquis, m&#234;me simplissime, dessiner des chiffres non moins que des lettres. Donc, on se dirige tout droit vers l'aversion pour le calcul, puis la g&#233;om&#233;trie, puis les math&#233;matiques puis, par extension les disciplines dites scientifiques au lyc&#233;e &#8211; la physique et la chimie. Ne parlons pas du travail manuel qui &#233;tait alors une discipline mineure mais &#224; part enti&#232;re et o&#249; j'ai le cuisant souvenir de m'&#234;tre ridiculis&#233; quelques ann&#233;es durant &#8211; &#233;quip&#233; alors, comme le prof me le fit aimablement remarquer, de &lt;i&gt;deux mains gauches&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le destin, cela commence lorsque l'on entreprend, par la force des choses, de trouver sa place face &#224; ce type d'assignation ou d'interpellation (&#171; H&#233;, toi, l&#224;, le gaucher ! &#187;) et, &#233;ventuellement, d'inventer des parades subjectives et pratiques, des contre-conduites. Je veux dire par l&#224; que le destin minoritaire (car les gauchers sont de fa&#231;on distincte et assez ext&#233;nuante per&#231;us et d&#233;sign&#233;s, dans ce contexte, comme minorit&#233;), c'est une chose qu'on se donne, qu'on se forge, autant qu'on la subit. Alors, on va commencer &#224; inventer des strat&#233;gies et des tactiques, des parades, op&#233;rer des choix &#8211; dont on ne sait pas encore qu'ils sont des choix de vie, qui engagent l'existence toute enti&#232;re. On va se dire : bon, je suis nul en maths, en physique-chimie, mais c'est pas grave &#8211; ces choses-l&#224; ne pr&#233;sentent pas grand int&#233;r&#234;t. De m&#234;me pour le travail manuel &#8211; sans importance si, en compensation, je suis bon en &#233;ducation physique, si je suis bon au foot. Principe des vases communicants : plus je serai nul en maths, plus j'excellerai dans les mati&#232;res litt&#233;raires, les langues &#233;trang&#232;res, l'histoire-g&#233;o...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est la voie royale, bien s&#251;r, pour devenir un intellectuel pr&#233;coce, et un intellectuel pas bien align&#233;, tant soit peu dissident, car en d&#233;licatesse avec tout un pan de l'&#233;ducation scolaire &#8211; le nombre de conseils de classe o&#249; le prof de maths s'opposa cat&#233;goriquement &#224; ce que me soient attribu&#233;es les f&#233;licitations r&#233;clam&#233;es pour moi les enseignants des mati&#232;res litt&#233;raires &#8211; pour &#234;tre aussi nul en maths, avan&#231;ait-t-il, il faut bien quand m&#234;me qu'il y mette un peu du sien, qu'il fasse de la r&#233;sistance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le destin est vraiment scell&#233; lorsque les strat&#233;gies et les tactiques que l'on adopte par la force de choses dans le cadre de l'institution scolaire en vue de faire avec tout ce qui d&#233;coule de la malchance d'&#234;tre gaucher se trouvent en quelque sorte l&#233;gitim&#233;es et valid&#233;es par la seule autre instance qui fasse le poids face &#224; l'Ecole &#8211; la famille. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours entendu mes parents d&#233;clarer &#224; l'unisson et avec un grand sourire, lorsque des proches ou des amis s'enqu&#233;raient de mes performances scolaires : &#171; Alain ? &#199;a va, mais il est compl&#232;tement nul en maths ! &#187;, ceci comme s'il s'agissait manifestement de la marque d'une intelligence sup&#233;rieure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment, dans ces conditions, ne pas &#234;tre tent&#233; de faire de sa propre nullit&#233; en maths une sorte d'&#339;uvre d'art et d'y pers&#233;v&#233;rer... jusqu'&#224; la gauche ? En d'autres termes, on devient une sorte de &lt;i&gt;snob&lt;/i&gt; : on affiche sa nullit&#233; en maths et en sciences comme une distinction, celle par la gr&#226;ce de laquelle on renverse le stigmate : vous m'avez mis &#224; ma place, celle du gaucher qui &#233;crit comme un chat (variante : comme un cochon), eh bien, je me venge et je reprends l'ascendant en faisant un doigt d'honneur aux maths et &#224; tout ce qui s'y apparente ! Je deviens int&#233;ressant (dans ma singularit&#233; minoritaire) que dans la mesure o&#249; mon talent dans les mati&#232;res litt&#233;raires a express&#233;ment pour contrepartie mon ostensible m&#233;pris pour tout ce qui s'associe n&#233;gativement &#224; ma petite diff&#233;rence gauch&#232;re...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, encore une fois, tout va s'encha&#238;ner comme par automatisme, tout naturellement, comme dans un jeu de construction de Lego (marque d&#233;pos&#233;e) : de bon en fran&#231;ais et en latin, on encha&#238;ne sur bon en philo, et quand on a la chance de tomber sur deux profs successifs de philo (en terminale puis en pr&#233;pa) qui vous rep&#232;rent et vous encouragent, le chemin est trac&#233;, il n'y a plus qu'&#224; continuer sur cette voie r&#233;solument minoritaire, &#224; la limite excentrique, suspecte pour tout dire, non-conforme, &#233;ventuellement subversive... Dans la bonne ville de Besan&#231;on o&#249; tout ceci se passe dans les ann&#233;es 1960, mes deux profs de philo, Pierre et Ariane Lantz, un couple, &#233;taient connus de toute la bourgeoisie locale comme le loup blanc, un loup blanc &#224; deux, en tant qu'opposants &#224; la guerre d'Alg&#233;rie, libres penseurs, circulant en 2CV, professant des id&#233;es radicales passablement choquantes, potentiels d&#233;baucheurs de la jeunesse confi&#233;e &#224; leurs soins, donc, etc. Affichant donc ma vocation philosophique &#224; leur suite, je savais ce que je faisais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, j'aimerais faire une parenth&#232;se, apporter une pr&#233;cision : le gaucher, dans la configuration o&#249; je me situe, n'est ni r&#233;prim&#233;, ni ouvertement stigmatis&#233;, ni m&#234;me, &#224; proprement parler &lt;i&gt;contrari&#233;&lt;/i&gt;, comme on dit. Personne ne m'a jamais trait&#233; de &lt;i&gt;sale gaucher&lt;/i&gt;, comme on dit &#171; sale Juif &#187;, &#171; sale Arabe &#187;, &#171; sale n&#232;gre &#187;, &#171; sale p&#233;d&#233; &#187;... Mais en m&#234;me temps, les contrari&#233;t&#233;s objectives ont bien &#233;t&#233; l&#224;, et suffisamment nombreuses, durables, pesantes, pour qu'aujourd'hui, regardant par-dessus mon &#233;paule, je puisse statuer, auto-analytiquement, qu'elles ont, de fa&#231;on d&#233;terminante, contribuer &#224; me fabriquer un destin. C'est cet entre-deux entre normalit&#233; (en tant qu'appartenance &#224; la majorit&#233;) et ce qui &#233;tablit un sujet dans une condition variablement a-normale et &#224; ce titre mineure qui m'int&#233;resse ici &#8211; pr&#233;cis&#233;ment parce que cette condition est plac&#233;e sous un signe d'incertitude : je n'ai pas &#233;t&#233; discrimin&#233; en tant que gaucher, je ne peux pas me dire victime de quoi que ce soit, mais je peux dire que j'ai &#233;t&#233; suffisamment &lt;i&gt;emmerd&#233;&lt;/i&gt; en tant que gaucher pour que je sois port&#233; &#224; agencer toutes sortes de contre-conduites sur ma gaucherie et, &#224; la limites, comme je disais plus haut, &#234;tre tent&#233; d'en faire une &#339;uvre d'art (dans le rapport de soi &#224; soi, le souci de soi &#8211; Foucault).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Na&#238;tre gaucher dans un monde de droitiers, cela a signifi&#233; pour moi vivre longtemps, si ce n'est perp&#233;tuellement dans un certain &#233;tat de d&#233;sorientation. Spatiale, d'abord, mais cela peut facilement tendre &#224; devenir un paradigme : jusqu'&#224; ma prime adolescence au moins, je ne pouvais par distinguer ma droite de ma gauche par une op&#233;ration de pure intellection, j'avais donc couramment recours &#224; un exp&#233;dient infaillible : je regardais mes pouces, sachant que c'est sur le gauche que j'ai conserv&#233; une cicatrice longitudinale, celle d'une blessure que je me suis inflig&#233; &#224; moi-m&#234;me en maniant maladroitement (on y revient...) une hachette quand j'&#233;tais gamin, dans la maison natale d'un de mes grands-p&#232;res, &#224; la campagne. L&#224;, on touche du doigt le &lt;i&gt;bricolage&lt;/i&gt; auquel doit se livrer en permanence le gaucher pour se r&#233;orienter dans un monde qui n'a pas &#233;t&#233; agenc&#233; et balis&#233; pour lui. Il lui faut ruser avec les formes et r&#232;gles &#233;tablies &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; dans un monde naturellement droitier et, pour ce faire, entrer dans des conduites r&#233;solument minoritaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et une fois encore, &#171; &#224; partir de l&#224;, tout s'arrange &#187;, comme on lit r&#233;guli&#232;rement dans les romans de Sade, dans les sc&#232;nes de sexe compliqu&#233;es. On doit apprendre &#224; se r&#233;orienter constamment, et &#224; le faire &#224; ses propres conditions, pour son propre compte, c'est-&#224;-dire sans faire comme &#171; les autres &#187;, la majorit&#233;, donc en inventant un mode minoritaire qui, non seulement, diff&#232;re du mode majoritaire, mais, souvent, s'y oppose. On se familiarise alors avec une op&#233;ration essentielle : celle qui consiste &#224; &#233;tablir des cha&#238;nes d'&#233;quivalence entre le mode minoritaire et la v&#233;rit&#233; ou le penser &#224; contre-courant, penser contre. Le passage &#224; la sph&#232;re politique, au sens extensif est global, est ici &#233;vident : on est gaucher, sans cesse d&#233;cri&#233; comme gauche, alors on est de gauche, on doit apprendre &#224; gauchir ses pens&#233;es, ses engagements, ses causes &#8211; les associations, ici, apparaissent m&#234;me presque trop faciles, un vrai boulevard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#224; condition de pr&#233;ciser que, croyez-moi, pendant mes ann&#233;es d'apprentissage, ann&#233;es 1960, pour l'essentiel, s'orienter &#224; gauche, dans toutes les dimensions de la chose, dans une ville comme Besan&#231;on, dans un milieu bourgeois, m&#234;me enseignant et intellectuel, bien avant Mai 68 et la grande lutte des Lip, c'est &lt;i&gt;vraiment&lt;/i&gt; &#233;pouser la condition minoritaire. Et &#231;a trouve toutes sortes de relais, tous plus probants les uns que les autres. J'ai souvenir d'un jour de premi&#232;re communion au lyc&#233;e &#8211; les cathos qui allaient rev&#234;tir leur aube blanche et, le lendemain, parader avec la montre re&#231;ue en cadeau &#224; cette occasion avaient le droit de s&#233;cher l'&#233;cole pour cette occasion. Eh bien, ce jour-l&#224;, sur une classe de trente, nous &#233;tions quatre ou cinq en cours : un Juif, quelques protestants et moi, le seul non-croyant d&#233;clar&#233; de la classe. Ensuite, on se met &#224; porter un anorak rouge et &#224; se d&#233;clarer, davantage par go&#251;t de la provocation que par conviction, en classe de 4&#232;me, &#171; communiste &#187;. Et puis encore, comme on est en pleine guerre d'Alg&#233;rie, &#224; dire tout le bien qu'on pense des Arabes en g&#233;n&#233;ral et du FLN en particulier, et &#224; le dire d'autant plus fort, en 1962, que nous arrivent les premiers &#171; rapatri&#233;s &#187; addicts &#224; l'Alg&#233;rie fran&#231;aise et aux slogans de l'OAS (mais nous sommes des gamins aussi &#8211; cela n'emp&#234;chera pas l'un d'entre eux de devenir l'un de mes meilleurs copains).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces conditions, la condition minoritaire peut devenir, si l'on s'y prend bien, une distinction, un plus comme on dit aujourd'hui. C'est le paradigme du foot que j'ai longtemps pratiqu&#233; : &#234;tre gaucher, cela y procure des avantages certains, pour peu qu'on sache en faire bon usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc, en gros, comment, &#224; partir d'une histoire de nerfs pas dispos&#233;s comme ceux de la majorit&#233;, on se fabrique un destin minoritaire. Une fois que le cadre est pos&#233;, il n'y a plus qu'&#224; suivre le fl&#233;chage, les balises, modeler, polir, raffiner &#8211; par exemple, s'activer s&#233;rieusement et longuement en vue de donner une tournure plus consistante au vague &#171; &#234;tre de gauche &#187; &#8211; en devenant, par exemple, r&#233;volutionnaire professionnel pour quelques ann&#233;es dans une organisation gauchiste issue de Mai 68. Mais au fond, une fois que la ligne est trac&#233;e, tous ces prolongements, toutes ces mises au point sont de peu d'importance. Ce qui compte, c'est la morale de l'histoire, en tant qu'elle a une port&#233;e philosophique, bien au-del&#224; de l'anecdote.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sartre, dans &lt;i&gt;Les mots&lt;/i&gt; toujours, cite Chateaubriand, qu'il d&#233;testait pourtant, au point d'aller pisser sur sa tombe en Bretagne, disant : &#171; Je sais fort bien que je ne suis qu'une machine &#224; faire des livres &#187;. Et s'il le cite, c'est, bien s&#251;r, pour s'appliquer critiquement, f&#233;rocement, la m&#234;me remarque en mode radicalement auto-destituant. Quand je lis &#231;a, je me dis que je n'ai qu'&#224; prendre mon tour dans la file d'attente : &#171; Je ne suis qu'une machine &#224; faire des livres &#187;, &#224; pondre des textes au kilom&#232;tre, en d'autres termes, tout ce &#224; quoi je voue ce que j'aimerais &#234;tre le meilleur de moi-m&#234;me, et de plus en plus avec l'&#233;nergie du d&#233;sespoir au fur et &#224; mesure que je me commence s&#233;rieusement &#224; sucrer les fraises, eh bien tout &#231;a, &#231;a n'est jamais que l'effet d'une compulsion. Et le pire, c'est que cette compulsion, ce sympt&#244;me, cet effet caract&#233;ris&#233; d'une n&#233;vrose, je sais maintenant que cela me renvoie inexorablement &#224; cette sc&#232;ne primitive o&#249; je prends un porte-plume de la main droite, et, ne sachant qu'en faire, le passe dans la gauche, et l&#224;, paf, au moment o&#249; je l'approche de la feuille blanche quadrill&#233;e, je commence par faire un gros p&#226;t&#233;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme si, donc, toute la vie de l'esprit suppos&#233;e se condenser dans cette passion de l'&#233;criture &#233;tait soluble, en fin de compte, dans ce premier m&#233;compte avec l'&#233;criture et consistait &#224; tenter ind&#233;finiment et d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; en surmonter le traumatisme en acc&#233;dant &#224; la reconnaissance via mes travaux d'&#233;criture... Mis&#233;rable miracle, mis&#233;rable revanche et terrible d&#233;construction : toute l'&#339;uvre d'art minoritaire, &#339;uvre de toute une vie, se trouve ainsi r&#233;duite aux dimension de la vengeance, non pas d'une blonde, mais d'un gaucher empot&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Alain Brossat&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>From Everywhere to Nowhere</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1225</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1225</guid>
		<dc:date>2023-11-09T10:10:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;o Brossat</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La Haute-Loire est &#171; connue &#187; pour les lentilles vertes, la verveine et Laurent Wauquiez (&#224; lire de gauche &#224; droite, du plus glorieux, au plus honteux). &lt;br class='autobr' /&gt;
Autant dire que depuis mon enfance, lorsque que je disais &#224; mes camarades de la petite couronne parisienne que j'avais pass&#233; mes vacances en Haute-Loire, &#231;a ne leur disait pas grand-chose. &#171; Et dans quelle ville ? c'est pas une ville ? un village ? un hameau, c'est quoi un &#171; hameau &#187; ? On me taquinait, j'&#233;tais all&#233; dans un lieu o&#249; on ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=59" rel="directory"&gt;&#202;tre (devenir) minoritaire - Universit&#233; d'&#233;t&#233;, du 22 juillet au 31 juillet 2023 / To be (become) minority - Summer conference, from 7/22 to 7/31&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Haute-Loire est &#171; connue &#187; pour les lentilles vertes, la verveine et Laurent Wauquiez (&#224; lire de gauche &#224; droite, du plus glorieux, au plus honteux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire que depuis mon enfance, lorsque que je disais &#224; mes camarades de la petite couronne parisienne que j'avais pass&#233; mes vacances en Haute-Loire, &#231;a ne leur disait pas grand-chose. &#171; Et dans quelle ville ? c'est pas une ville ? un village ? un hameau, c'est quoi un &#171; hameau &#187; ? On me taquinait, j'&#233;tais all&#233; dans un lieu o&#249; on ne va pas, qui n'avait aucun int&#233;r&#234;t. On passe ses vacances dans le sud, &#224; la plage, ou alors autant rester au Pr&#233;. J'ai compris plus tard que si beaucoup restaient au Pr&#233;, dans les briques rouges, ce n'&#233;tait sans doute pas parce qu'ils n'aimaient pas la campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silcuzin &#233;tait un jardin secret qu'il fallait m&#233;riter, les six heures de route paraissaient interminables. A chaque trajet, je vomissais mon petit-d&#233;jeuner, une premi&#232;re partie vers Cosne-sur-Loire, une autre vers Nevers. Mon p&#232;re avait eu la bonne id&#233;e de mettre des coings dans sa vieille Audi A80 pour la &#171; parfumer &#187;, mais n'avait pas jug&#233; utile de les retirer apr&#232;s qu'ils aient pourris. Mes parents me distrayaient comme ils pouvaient en inventant des histoires sur le paysage, les centrales nucl&#233;aires &#233;taient des &#171; gros fumeurs &#187;, les rang&#233;es de platanes &#233;taient gouvern&#233;es en concurrence par le &#171; roi des corbeaux &#187; et la &#171; reine des pies &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs amis et eux passaient beaucoup de temps &#224; retaper notre maison (auparavant &#233;table). Il fallut de longues ann&#233;es pour qu'elle ait &#224; peu pr&#232;s l'apparence qu'elle a aujourd'hui. Je n'ai pas souvenir que cela me g&#234;nait, je m'amusais dans le jardin avec mon voisin Etienne, mon a&#238;n&#233; de six mois tout pile. Nos parents nous amenaient pour faire des balades en nous portant sur leurs &#233;paules lorsque nous tra&#238;nions trop. En hiver, ils nous tiraient sur des luges jusqu'&#224; ce que nous soyons assez grands pour les suivre &#224; ski de fond. Silcuzin &#233;tait alors un grand terrain de jeux dans lequel nous pouvions nous aventurer librement. Nous jetions des boules-de-neige sur le tracteur de notre voisin avant de partir &#224; toute vitesse pour &#233;viter ses grognements sur les petits cons de parisiens. Silcuzin n'est pas un terrain de jeux pour tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents recevaient beaucoup d'amis qui venaient d'un peu partout, ce qui cr&#233;ait un certain &#233;tonnement chez les locaux. Certains, qui pourraient &#234;tre issus de romans de Seignolle, avaient des regards d&#233;sapprobateurs. Ainsi, notre maison a dans mes souvenirs toujours &#233;t&#233; une maison partag&#233;e avec ses all&#233;es et venues plus ou moins pr&#233;vues, avec ces citadins ou &#171; &#233;trangers &#187; venus passer quelques jours pour souffler dans les montagnes au milieu de nulle part et s'essayer &#224; des bricolages en tout genre. Mais justement, &#234;tre nulle part, dans un lieu isol&#233; et inconnu comme Silcuzin, c'est rassurant. Moins de risque de croiser son patron &#224; Silcuzin que sur une plage de Split !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ressens toujours cette s&#233;r&#233;nit&#233; lorsque je me rends &#224; Silcuzin, m&#234;me si je suis d&#233;sormais plus sensible aux ondes envoy&#233;es par certains locaux, qui votent gris en majorit&#233;. Est-ce que j'y suis plus sensible parce que je n'ai plus l'insouciance de cette p&#233;riode o&#249; je leur jetais des boules-de-neige, ou parce que les temps ont chang&#233; depuis ? Sans doute un peu des deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque mon p&#232;re nous a annonc&#233; qu'il voulait essayer d'organiser une universit&#233; d'&#233;t&#233; internationale &#224; Silcuzin, j'ai eu peur que cela vire au fiasco. Mes parents avaient d&#233;j&#224; une grande exp&#233;rience concernant les universit&#233;s d'&#233;t&#233;, avec celles organis&#233;es &#224; Chilhac, &#224; Taiwan, Porto, en Albanie, etc. Mais faire cela sans aucun encadrement ni soutien acad&#233;mique et surtout chez soi, c'est une autre chose. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'innombrables questionnements pratiques se sont accumul&#233;s dans mon esprit. D'habitude, ce sont des petites mains exp&#233;riment&#233;es et bien organis&#233;es qui g&#232;rent tout cela, et cette fois-ci, il faudrait se d&#233;brouiller, planifier-improviser.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_780 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/leo1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/leo1.jpg' width='424' height='849' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comment accueillir une cinquantaine d'invit&#233;s (dont une bonne quinzaine venant de pays &#233;trangers) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment faire pour leur trouver des lits ? Et qui dort avec qui ? Comment faire pour les nourrir ? Comment faire des courses pour cinquante personnes ? On va vraiment acheter 50 kilos de viande ? Plus de &#231;a ?! Est-ce que 20 kilos de fromages suffiront ? 30 peut-&#234;tre ? Qui va faire la cuisine ? On abandonne l'id&#233;e de faire des desserts&#8230; Comment les d&#233;salt&#233;rer ? Et ceux qui ne boivent que du lait de brebis ? Est-ce que 100 litres de bi&#232;re et 50 litres de vin tiennent dans une voiture ? Et comment faire s'ils sont trop bourr&#233;s pour faire leur pr&#233;sentation ? Et &#231;a co&#251;te combien ? Et ceux qui n'ont pas de sous ? Comment aller chercher les gens &#224; la gare ? O&#249; garer les voitures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire si ces d&#233;bats virent &#224; la m&#234;l&#233;e g&#233;n&#233;rale ? Dans quel espace organiser les pr&#233;sentations et les discussions ? Est-ce qu'on a assez de chaises ? Et comment faire pour qu'il y ait suffisamment de pr&#233;sentations ? Ce n'est pas un camp de vacances, on a appel&#233; &#231;a une universit&#233; d'&#233;t&#233;. Mais maintenant on se retrouve avec 21 intervenants annonc&#233;s, &#231;a risque pas de faire trop pour une semaine ? on a annonc&#233; que les apr&#232;s-midi seraient libres ! O&#249; est-ce qu'on va faire le concert ? Mais au fait, on ne devait pas organiser une exposition ? On peut faire des trous dans les murs ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Et si nos voisins fachos rousp&#232;tent ? et s'ils sortent les fusils ? c'est vrai que de faire venir autant de gauchistes juste &#224; c&#244;t&#233; de chez eux c'est un peu de la provocation ! Et les &#233;trangers ? Ils ont dit qu'ils ne voulaient pas qu'on puisse acc&#233;der &#224; la chapelle pour faire nos r&#233;unions ? On va aller voir le maire il va arranger &#231;a, faisons valoir nos droits ! Le maire a arrang&#233; le coup, mais finalement on est trop nombreux pour tenir dans la chapelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Grand-p&#232;re dans tout &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_781 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/leo2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/leo2.jpg' width='424' height='849' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les quelques semaines pr&#233;c&#233;dant l'&#233;v&#232;nement ont &#233;t&#233; sportives, notamment pour ma m&#232;re et notre amie Martine qui ont pr&#233;par&#233; des repas &#224; l'avance. Lorsque les premiers participants sont arriv&#233;s, j'avais la t&#234;te dans le guidon, mon esprit toujours congestionn&#233; par ces questions pratiques qui n'avaient pas toutes trouv&#233;es de r&#233;ponse. J'avais sous-estim&#233; la bonne volont&#233; de nos invit&#233;s dans la participation aux diff&#233;rentes t&#226;ches, notamment dans la pr&#233;paration des repas. On m'a demand&#233; si j'&#233;tais un &#171; vrai calme &#187; ou un &#171; faux calme &#187;, j'avais tellement surestim&#233; la charge que serait cette organisation que j'ai rapidement senti une grosse pression s'&#233;chapper au cours de l'&#233;v&#232;nement et ai enfin pu pleinement appr&#233;cier ce moment suspendu. Je ne pouvais alors qu'&#234;tre calme. Je craignais (peut-&#234;tre par narcissisme et manque d'exp&#233;rience) que pour des raisons pratiques, notamment avec le grand nombre de participants, je devrais passer mon temps &#224; essayer de mettre de l'huile dans les rouages d'une grosse machine, qui pouvait &#224; tout moment s'arr&#234;ter voire partir en morceau. Mon soulagement a &#233;t&#233; infini lorsque j'ai constat&#233; qu'une fois lanc&#233;e, la machine s'est mise &#224; fonctionner merveilleusement toute seule et que je pouvais me contenter de la place de rouage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de d&#233;crire ce qu'il s'est pass&#233; lors de cette &#171; universit&#233; d'&#233;t&#233; &#187;. Pas difficile en termes d'action, le programme a &#233;t&#233; respect&#233; assez fid&#232;lement, avec des interventions de qualit&#233;, des discussions engag&#233;es et engageantes, des balades, des repas, des soir&#233;es plus ou plus arros&#233;es. Rien de sp&#233;cial donc. Mais je crois bien que &#171; quelque chose &#187; de sp&#233;cial s'est produit, quelque chose qui rel&#232;ve de l'intangible. On peut parler d'une forme de synergie, tous tiraient dans le m&#234;me sens, chacun cherchait comment apporter son petit quelque chose pour le collectif. Cela para&#238;t &#233;vident, une morale de dessin-anim&#233;, mais ce n'est pas le genre d'exp&#233;riences que j'ai l'habitude de vivre, en tout cas pas &#224; cette &#233;chelle. Cette participation aux t&#226;ches s'est faite avec bonne volont&#233;, a permis &#224; chacun d'appr&#233;cier pleinement ce moment et surtout de faire des rencontres dans un cadre des plus appropri&#233;s. Pouvoir partager avec autant de monde la s&#233;r&#233;nit&#233; que je ressens &#224; Silcuzin a &#233;t&#233; une grande victoire. Un petit monde est n&#233; au milieu de nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le Covid, les confinements, il a &#233;t&#233; plus difficile de se retrouver, de faire des rencontres. Il n'y avait rien de plus plaisant pour moi que d'assister &#224; ces retrouvailles entre anciens amis et ces trouvailles faites avec les nouveaux venus, notamment ceux venus de loin. Ces derniers &#233;taient aussi &#224; l'aise que les autres et m&#234;me les diff&#233;rences de langues ne m'ont pas paru &#234;tre des barri&#232;res. Il faut remercier pour cela ceux qui faisaient les traductions et sans doute aussi les breuvages qui facilitaient les &#233;changes nocturnes. Etant friand &#171; d'agapes nocturnes &#187;, j'ai particuli&#232;rement appr&#233;ci&#233; ces discussions tardives. &#192; ce propos, la capacit&#233; de certains &#224; pouvoir &#234;tre frais et dispos le lendemain d'une soir&#233;e m&#233;morable pour assister (voire intervenir) &#224; une s&#233;ance &#224; neuf heures du matin est une performance de haut niveau. Les intervenants ont r&#233;ussi &#224; faire en sorte que leur intervention soit accessible afin que toutes et tous puissent participer aux discussions, sans que l'on se retrouve non plus dans de la vulgarisation de bas niveau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_782 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/leo4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/leo4.jpg' width='420' height='845' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le concert organis&#233; par C&#233;dric a &#233;t&#233; le point culminant cette semaine. Son interpr&#233;tation de textes d'un auteur toujours inconnu de nos jours &#233;tait marquante, je regrette que nous n'ayons pas pu l'enregistrer pour pouvoir en faire profiter ceux qui &#233;taient d&#233;j&#224; partis. Sa performance aurait suffi &#224; une superbe soir&#233;e mais il a eu la bonne id&#233;e de laisser sa place &#224; de nombreuses personnes qui se sont essay&#233;es au chant. Ces performances plus ou moins approximatives ont toutes &#233;t&#233; tr&#232;s divertissantes. Pour certaines raisons, je ne garde qu'un souvenir diffus de la derni&#232;re partie dansante, mais il est certain que des talents se sont aussi r&#233;v&#233;l&#233;s &#224; ce moment-l&#224;. Par ailleurs, aucune plainte du voisinage n'a &#233;t&#233; enregistr&#233;e pendant la semaine, ce qui a permis de conserver notre tranquillit&#233; studieuse-festive.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_783 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/leo5.jpg' width='412' height='779' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On trouve g&#233;n&#233;ralement que les temps sont difficiles, que l'avenir s'annonce gris, ou m&#234;me que la possibilit&#233; d'un futur est incertaine. Lors de cette semaine, nous avons essay&#233; d'&#233;viter de reproduire ce qu'il se passe &#224; l'ext&#233;rieur. Avoir pu participer &#224; cette courte mais intense exp&#233;rience collective, n'a pas permis de faire dispara&#238;tre ce constat amer concernant l'&#232;re dans laquelle nous vivons. Mais elle m'a donn&#233; un indice, un faisceau l&#233;ger, selon lequel les jeux ne sont peut-&#234;tre pas faits. Cela me suffit largement. Peut-&#234;tre que d'autres partagent ce sentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des personnes qui n'ont pas particip&#233; &#224; l'&#233;v&#232;nement m'ont demand&#233; par la suite si &#231;a n'avait pas &#233;t&#233; compliqu&#233; &#224; organiser, si &#231;a n'avait pas &#233;t&#233; trop &#233;puisant. Et quelle id&#233;e d'organiser une universit&#233; d'&#233;t&#233; en Haute-Loire ? Et les intervenants n'&#233;taient pas pay&#233;s ? C'est eux qui payaient ?! J'ai eu beaucoup de mal &#224; leur expliquer &#224; quel point ils &#233;taient &#224; c&#244;t&#233; de la plaque. Il est difficile de mettre des mots pour faire part de cette exp&#233;rience commune, mon souhait est alors de pouvoir tenter d'organiser ou de participer &#224; de nouveaux moments semblables/voisins, et d'y introduire les curieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silcuzin peut &#234;tre un jardin-secret-partag&#233; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>[Vid&#233;o] - Universit&#233; d'&#233;t&#233; Ici et Ailleurs - Exposition Thierry Briault / Eliane Cellery Meunier</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1200</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1200</guid>
		<dc:date>2023-10-05T09:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Prises de vue et montage : Augustin Couedelo&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=59" rel="directory"&gt;&#202;tre (devenir) minoritaire - Universit&#233; d'&#233;t&#233;, du 22 juillet au 31 juillet 2023 / To be (become) minority - Summer conference, from 7/22 to 7/31&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/1IVFWxQqxmM?si=Z4VbApgN0GDDPw7o&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Prises de vue et montage : &lt;strong&gt;Augustin Couedelo&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>[Vid&#233;o] - Bilan - Universit&#233; d'&#233;t&#233; Ici et Ailleurs, pourquoi ? comment ?</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1196</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1196</guid>
		<dc:date>2023-09-20T12:10:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Voir le programme &lt;br class='autobr' /&gt;
Prises de vue et montage : Augustin Couedelo&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=59" rel="directory"&gt;&#202;tre (devenir) minoritaire - Universit&#233; d'&#233;t&#233;, du 22 juillet au 31 juillet 2023 / To be (become) minority - Summer conference, from 7/22 to 7/31&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/rencontres/etre-devenir-minoritaire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir le programme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/0fgcv6WrxsE?si=DHwK5A8JBwJw0KPM&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Prises de vue et montage : &lt;strong&gt;Augustin Couedelo&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment changer les termes de la conversation sur Hongkong ?</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1195</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1195</guid>
		<dc:date>2023-09-17T22:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hon Manki </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Un des termes qu'on emploie souvent dans une conversation sur Hongkong, c'est les Hongkongais. Dans cet expos&#233;, j'essaie de dessiner trois fonctions de cette identit&#233; qui s'inscrit dans un appareil de ce que j'appellerai l'identit&#233;isme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Commen&#231;ons par nous rappeler : l'identit&#233; hongkongaise est un produit de la colonisation britannique. L'empire chinois Qing a perdu deux guerres contre l'Empire britannique et s'est vu forc&#233; de laisser coloniser une partie de Hongkong depuis 1841 et tout (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=59" rel="directory"&gt;&#202;tre (devenir) minoritaire - Universit&#233; d'&#233;t&#233;, du 22 juillet au 31 juillet 2023 / To be (become) minority - Summer conference, from 7/22 to 7/31&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un des termes qu'on emploie souvent dans une conversation sur Hongkong, c'est les Hongkongais. Dans cet expos&#233;, j'essaie de dessiner trois fonctions de cette identit&#233; qui s'inscrit dans un appareil de ce que j'appellerai l'identit&#233;isme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par nous rappeler : l'identit&#233; hongkongaise est un produit de la colonisation britannique. L'empire chinois Qing a perdu deux guerres contre l'Empire britannique et s'est vu forc&#233; de laisser coloniser une partie de Hongkong depuis 1841 et tout Hongkong depuis 1898. On ne distinguait pas les Hongkongais des Chinois. C'est au cours de la colonisation que le discours identitaire hongkongais se met en place, ce qui a pour effet principal de lutter contre le discours patriote communiste de l'anti-colonisation. Je ne pr&#233;sente pas les d&#233;tails sur la g&#233;n&#233;alogie de l'identit&#233; hongkongaise parce que la question &#171; d'o&#249; vient l'identit&#233; hongkongaise &#187; importe probablement moins que la question &#171; vers o&#249; elle nous m&#232;ne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de l'identit&#233; hongkongaise est qu'elle est reprise par la machine discursive des puissances occidentales comme les Etats-Unis et transform&#233;e en arme contre la Chine. &#171; Une arme &#187; n'est en rien m&#233;taphorique, parce que l'identit&#233; hongkongaise, telle qu'elle est revendiqu&#233;e et mise en avant par les m&#233;dias occidentaux, s'inscrit dans un sch&#233;ma antagoniste - la D&#233;mocratie contre la Dictature - et pr&#233;pare la guerre. Pour cet effet m&#234;me, l'identit&#233; hongkongaise est une question vague de reconnaissance. Tout le monde peut s'y reconna&#238;tre, les capitalistes, les travailleurs, les jeunes &#233;tudiants, m&#234;me les Chinois qui viennent de la Chine continentale, &#224; condition qu'ils se r&#233;signent au sch&#233;ma de la lutte &#224; mort entre le d&#233;mocratique et l'autoritaire et qu'ils se mettent du c&#244;t&#233; du Bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre commence par la discrimination et le discours de l'identit&#233; hongkongais nourrit une discrimination contre les Chinois qui passe par la langue. Avec le discours qui cherche &#224; fonder l'authenticit&#233; de la langue cantonaise hongkongaise, la diff&#233;rence linguistique n'est pas consid&#233;r&#233;e comme une diff&#233;rence r&#233;gionale qui n'est rien d'autre qu'une diff&#233;rence, une de plus, une diff&#233;rence ti&#232;de &#224; la dimension d'habitude et tout &#224; fait franchissable comme celle entre pain au chocolat ou chocolatine, mais comme une diff&#233;rence bien chaude, qui aggrave, qui stigmatise et qui est infranchissable &#8211; &lt;i&gt;noli me tangere&lt;/i&gt; &#8211; on cherche la puret&#233;, la saintet&#233; de la langue. Les mots mis &#224; part, l'usage du mandarin se laisse aussi stigmatiser. Avant de prendre une anecdote comme exemple, rap-pelons que le mandarin est la langue commune &#224; l'oral dans la communaut&#233; chinoise qui se parle non seulement en Chine continentale, mais aussi &#224; Ta&#239;wan, &#224; Singapour, en Malaisie, etc. Voici l'anecdote : dans une interview r&#233;cente sur une radio de Hong Kong, une enseignante exprime la peur de la disparition de la langue cantonaise qu'elle &#233;prouvait dans le train &#224; Hongkong parce qu'elle entendait les gamins causer en mandarin. Si c'&#233;tait une autre langue que les gamins parlaient ? Aurait-elle peur, cette enseignante ? Quelle langue est identifi&#233;e au prestige social ? Quelle langue est identifi&#233;e comme une menace ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dis pas que toutes les identit&#233;s pr&#233;parent la guerre. Je dis que l'identit&#233; hongkongaise s'inscrit dans un programme de march&#233; et de guerre promu par la D&#233;mocratie, et qu'elle est militaris&#233;e et enferm&#233;e dans son h&#233;g&#233;monie illusoire ou r&#233;elle par l'appareil d'identit&#233;isme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233;isme rel&#232;ve de la pr&#233;sentabilit&#233; et de la profitabilit&#233;. On se demande si une identit&#233; est pr&#233;sentable et profitable dans le cadre de la guerre contre la Dictature, le Diable. C'est une affaire de marketing ou de masquette-ing (identit&#233; comme masque et &#233;tiquette) - notion cosm&#233;tique, c'est-&#224;-dire que l'on cr&#233;e des probl&#232;mes l&#224; o&#249; il n'y en a pas et on propose des pr&#233;tendues solutions avec un prix qui co&#251;te un bras. Masquette-ing de guerre. Mais pourquoi le profit et la guerre sont-ils li&#233;s ? Loin d'&#234;tre capable de fournir une analyse entre les deux, je me contente de dire un fait banalis&#233;. La condition de la liaison entre le profit et la guerre est peut-&#234;tre que l'industrie militaire profite actuellement d' investissements colossaux. En 2023, la d&#233;pense militaire des Etats-Unis co&#251;te environ 800 milliards de dollar, ce qui fait des Etats-Unis le champion du monde dans le domaine de la d&#233;pense militaire, et la Chine demeure &#224; la seconde place avec 230 milliards de dollars, un peu plus d'un quart du budget militaire des Etats-unis. Souvent, on ne sent pas ce que repr&#233;sente un billion, alors je vais vous pr&#233;senter une mesure en temps : un million de secondes &#231;a fait 11 jours, et un milliard de secondes, 31,5 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'identit&#233;isme, les identit&#233;s ne fonctionnent pas seulement comme une arme pour la guerre, mais aussi comme un tapis qui cache les probl&#232;mes. L'identit&#233; hongkongaise et son arri&#232;re-fond de la guerre entre la D&#233;mocratie et la Dictature cachent bien des probl&#232;mes, comme le racisme institutionnel et l'esclavage moderne &#224; Hongkong.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Hongkong, en 2021, il y a 7,4 million habitants et 450000 sont &lt;i&gt;helper&lt;/i&gt; philippines et indon&#233;siennes. &lt;i&gt;Helper&lt;/i&gt;, c'est d&#233;j&#224; une tournure trop jolie. En cantonais, on dit &#22806;&#20653; ou &#24037;&#20154;, que je traduirais par domestique. Elles habitent avec la famille qui les embauche. Elles s'occupent de tout &#224; la maison, font le m&#233;nage, font les courses, font &#224; manger, font du baby-sitting ou accompagnent les personnes &#226;g&#233;s. 70% des domestiques travaillent six jours sur sept, plus de 11 heures par jour et 30% travaillent plus de 16 heures par jour. Elles gagnent 22HK (2,5 EUR) par heure, alors que le SMIC est 40HK (4,6EUR) &#224; Hongkong. Elle gagnent donc un peu plus que la moiti&#233; de SMIC, ce qui est reconnu par la loi. Parfois, elles sont maltrait&#233;es et harcel&#233;es sexuellement par leur patron. Cet esclavage moderne qui fait partie de la norme &#224; Hongkong est balay&#233; sous le grand tapis de l'identit&#233;isme hongkongais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le r&#233;gime de l'identit&#233;isme, la troisi&#232;me fonction de l'identit&#233; est de justifier la pens&#233;e et le regard des autres. Pour penser, faire entendre une pens&#233;e et &#234;tre visible et audible, il ne suffit pas d'argumenter, mais avant tout pr&#233;senter telle ou telle identit&#233;. L'identit&#233; devient une certification, une pi&#232;ce &#224; montrer avant de prendre la parole, avant de penser. A cet usage, l'identit&#233; fonctionne comme pi&#232;ce d'identit&#233;. Par exemple, au d&#233;but de la guerre en Ukraine, dans une &#233;pisode de &#171; Lage der Nation &#187;, le plus grand podcast politique en Allemagne, on a interview&#233; un journaliste pour avoir son avis sur la guerre. Avant de dire quoi que ce soit et de nous livrer son analyse, le journaliste d&#233;clare que son p&#232;re est russe et sa m&#232;re ukrainienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons : l'identit&#233;isme fait d'une identit&#233; une arme, un tapis et une pi&#232;ce d'identit&#233;. Il nous reste &#224; nous poser la question : que faire avec les identit&#233;s ? Il ne s'agit peut-&#234;tre pas de moraliser et de militariser les identit&#233;s, mais de les laisser administrer &#224; fond, comme le sugg&#232;re &lt;i&gt;The Crossing&lt;/i&gt;, film de Bai Xue, sorti en 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peipei, l'h&#233;ro&#239;ne du film, jeune lyc&#233;enne, partage sa vie entre Hongkong et Shenzhen. Les deux villes sont proches. Si on part du centre-ville de Hongkong, on peut arriver &#224; Shenzhen en moins d'une heure avec un train direct. Peipei habite &#224; Shenzhen avec sa m&#232;re qui vient de la Chine continentale, pas avec son p&#232;re qui, travailleur dans un port, habite &#224; Hongkong avec sa famille &#224; lui. Soit dit en passant, c'est une situation familiale assez courante : un homme hongkongais prend une mai-tresse chinoise continentale. Chaque jour pour aller &#224; l'&#233;cole et pour rentrer, Peipei traverse la fronti&#232;re et la douane - oui, entre Hongkong et Shenzhen se trouve une fronti&#232;re administrative o&#249; il faut montrer sa pi&#232;ce d'identit&#233;, comme &#224; l'a&#233;roport. Un jour, Peipei est prise dans un trafic de iPhone qui consiste &#224; acheter les iPhone &#224; Hongkong, passer la douane et les revendre &#224; Shenzhen. Peipei n'est ni acheteuse ni revendeuse, elle traverse juste la fronti&#232;re avec des iPhone dans son sac &#224; dos, et gagne, pour chaque iPhone transport&#233;, une somme de frais de livraison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le film, l'identit&#233; est r&#233;duite &#224; la dimension administrative. Dans deux moments du film, Peipei montre sa pi&#232;ce d'identit&#233; juste pour avoir un boulot. Une fois, c'est pour un job au resto au d&#233;but du film, l'autre fois c'est pour le trafic des iPhone. L'identit&#233; demeure une fonction de l'administration, de l'enregistrement, comme un papier &#224; remplir. Elle appara&#238;t beaucoup moins importante que le travail, l'aventure, l'amiti&#233;, l'amour et le r&#234;ve des personnages. La puissance de ce morceau d'aventure de Peipei que le film nous livre ne prend pas racine dans son identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'identit&#233; n'occupe pas la place centrale dans le film. M&#234;me si Peipei vit entre les deux villes, entre la Chine continentale et Hongkong, entre le mandarin et le cantonais, elle n'est pas obs&#233;d&#233;e par la question de l'identit&#233;. Elle ne se pose &#224; aucun moment la question de l'identit&#233;isme : suis-je hongkongais ou chinoise ? Bien s&#251;r, elle est s&#251;rement travaill&#233;e par la question de la diff&#233;rence, ce n'est pas le bout de l'identit&#233;isme que le film a pris pour poser la question. Dans le film, on n'est pas sous l'emprise de l'identit&#233;isme. Au contraire, il y a des mouvements d'amiti&#233;, d'amour et de curiosit&#233;, dans une aventure du trafic de iPhone, m&#234;me si ces &lt;i&gt;moves&lt;/i&gt; prennent racine dans le sol de consommation, de l'argent. Certes, Peipei fait le trafic pour pouvoir payer le voyage au Japon avec sa meilleure amie. On pourrait dire bon, aller au Japon, faire du tourisme, s'enfermer dans la contemplation de la neige comme sa meilleure amie le pr&#233;tend, rien d'int&#233;ressant. Mais, quand Peipei doit r&#233;pondre &#224; son amoureux qui veut savoir pourquoi elle veut tellement regarder la neige, elle dit : &#171; parce que je veux bien savoir comment &#231;a se sent, le froid &#187;. Une phrase de curiosit&#233; d'enfant en qu&#234;te d'une sensation et qui s'oppose &#224; toutes les interpr&#233;tations consum&#233;ristes possibles qui exprimerait plut&#244;t la force de stimulation de l'anticipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'identit&#233;isme nous impose l'obsession de trouver une place et la contemplation d'une identit&#233; pr&#233;sentable, Peipei nous propose des mouvements et la dimension de la sensibilit&#233;. Le film ne tombe pas dans la pi&#232;ge que tend la question de l'identit&#233;isme - &#171; qui suis-je ? &#187; - et prend une position pragmatique : Que sent-on ? Comment sent-on ? Comment se sent-on autre ? Peipei ne demeure pas une spectatrice qui occupe une identit&#233; et contemple la neige. Elle se d&#233;place pour sen-tir le froid, pour s'ouvrir la peau, et nous la suivons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Hon Manki&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philosophe, vit actuellement &#224; Berlin.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philosophe, vit actuellement &#224; Berlin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'autre Kafka - pour un cin&#233;ma mineur</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1191</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1191</guid>
		<dc:date>2023-08-29T21:13:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joachim Dupuis</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a de grand, de r&#233;volutionnaire, que le mineur. Ha&#239;r toute litt&#233;rature de ma&#238;tres &#187; (Deleuze et Guattari) &lt;br class='autobr' /&gt;
Deleuze donne deux sens au terme de minorit&#233; : 1&#176;) &#171; minorit&#233; d&#233;signe d'abord un &#233;tat de fait, c'est-&#224;-dire la situation d'un groupe (exemple, les femmes, les Noirs, les Juifs, les homos) qui, quel que soit son nombre, est exclu de la majorit&#233;, ou bien inclus, mais comme une faction subordonn&#233;e par rapport &#224; un &#233;talon de mesure qui fait la loi et fixe la majorit&#233; &#187; ; 2&#176;) &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=59" rel="directory"&gt;&#202;tre (devenir) minoritaire - Universit&#233; d'&#233;t&#233;, du 22 juillet au 31 juillet 2023 / To be (become) minority - Summer conference, from 7/22 to 7/31&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il n'y a de grand, de r&#233;volutionnaire, que le mineur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ha&#239;r toute litt&#233;rature de ma&#238;tres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DELEUZE (G.) et GUATTARI (F.), Kafka, pour une litt&#233;rature mineure, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Deleuze et Guattari)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deleuze donne deux sens au terme de minorit&#233; : 1&#176;) &#171; minorit&#233; d&#233;signe d'abord un &#233;tat de fait, c'est-&#224;-dire la situation d'un groupe (exemple, les femmes, les Noirs, les Juifs, les homos) qui, quel que soit son nombre, est exclu de la majorit&#233;, ou bien inclus, mais comme une faction subordonn&#233;e par rapport &#224; un &#233;talon de mesure qui fait la loi et fixe la majorit&#233; &#187; ; 2&#176;) &#171; minorit&#233; ne d&#233;signera plus un &#233;tat de fait, mais un devenir dans lequel on s'engage &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BENE (C.) et DELEUZE (G.), Superpositions, Paris, Les &#201;ditions de minuit, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Appliqu&#233; au cin&#233;ma le concept de minorit&#233; ouvre la voie &#224; deux approches : A/une histoire d&#233;-coloniale, anthropoc&#232;ne, androc&#232;ne du cin&#233;ma o&#249; seraient d&#233;crites les minorit&#233;s plus ou moins invisibles, plus ou moins stigmatis&#233;es. Par exemple la place &#224; l'&#233;cran des Noirs, des Indiens, des Juifs, des femmes ou de la communaut&#233; LGBT&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quel &#233;cart par exemple entre Naissance d'une nation [David Wark Griffith], (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
B/ Ou une approche plus intempestive des &#171; devenirs &#187; qui arrache les films &#224; la domination des studios, &#224; leur loi et &#224; leur &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt;. La premi&#232;re approche est d&#233;j&#224; bien explor&#233;e par la recherche cin&#233;matographique, la seconde est encore &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;I &#8212; Kafka et le cin&#233;ma&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, j'aimerais revenir sur la provenance du concept de minorit&#233;. Le concept de minorit&#233; &#8212; ou mineur &#8212; est associ&#233; (pour toujours) &#224; &lt;i&gt;la litt&#233;rature&lt;/i&gt; de Kafka, depuis que Deleuze et Guattari ont &#233;crit &lt;i&gt;Kafka, pour une litt&#233;rature mineure&lt;/i&gt;. Il est donc l&#233;gitime de se demander si on peut appliquer r&#233;ellement ce concept au cin&#233;ma. En consid&#233;rant la totalit&#233; de ses &#233;crits, on peut isoler deux ou trois traits sp&#233;cifiques du mineur associ&#233;s au cin&#233;ma. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je citerai tout d'abord la premi&#232;re phrase du &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt; (en date du 24 mai 1909) de Kafka : &#171; Les spectateurs se figent quand le train passe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;KAFKA (F.), Journal, traduction Marthe Robert, Paris, Grasset, 1954, p.1.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette phrase renvoie directement au cin&#233;ma. Il s'agit, tout le monde l'aura reconnu, de &lt;i&gt;L'Arriv&#233;e d'un train en gare de La Ciotat&lt;/i&gt;, film tourn&#233; en 1895 par Louis Lumi&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut faire deux premi&#232;res remarques. Ma premi&#232;re, c'est qu'il est question dans cette phrase non pas de tout le film, mais d'un moment pr&#233;cis, le moment critique (le plus intense) du film, qui est aussi son &#171; milieu &#187;. Cette id&#233;e de &lt;i&gt;milieu&lt;/i&gt; est un crit&#232;re du mineur pour Kafka. Je cite encore Kafka : &#171; Toutes les choses qui me viennent &#224; l'esprit se pr&#233;sentent &#224; moi non par leur racine, mais par un point quelconque situ&#233; vers le milieu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;KAFKA (F.), &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#201;crire un journal, c'est saisir les &#233;v&#233;nements d'une journ&#233;e et en garder juste la quintessence, la trace d'un d&#233;sir ; de la m&#234;me fa&#231;on : aller voir un film, c'est ne garder que des moments vol&#233;s, des impressions, des ambiances. &#201;crire un journal, c'est la m&#234;me chose que regarder un film : tout se fait toujours par le milieu. On ne suit pas un ordre. La m&#233;moire ne restitue pas tous les &#233;v&#233;nements dans leur ordre d'apparition.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_759 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j1.jpg' width='500' height='629' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ma seconde remarque, c'est que ce moment est aussi un moment de crispation. Kafka ne retient ni la mise en sc&#232;ne, ni la position de la cam&#233;ra (&#233;chelle humaine et plan g&#233;n&#233;ral) ni le regard des voyageurs qui regardent la cam&#233;ra, mais seulement l'effet produit &#224; un moment donn&#233; sur le spectateur du film. C'est d'ailleurs ce qu'ont retenu aussi les premiers spectateurs du film. Cl&#233;ment-Maurice, charg&#233; de l'organisation des projections des fr&#232;res Lumi&#232;re, raconte : &#171; Ceux qui se d&#233;cidaient &#224; entrer sortaient un peu ahuris &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TOULET (E.), Cin&#233;matographe, invention du si&#232;cle, D&#233;couvertes Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'important, ici, je crois, c'est que nous n'avons pas affaire &#224; une &#233;motion, mais &#224; un &lt;i&gt;affect&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'affect, s'agissant du cin&#233;ma, peut avoir lieu au cours d'un film ou devant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'affect engage le corps et l'esprit, les premiers spectateurs ne savent pas comment identifier ce qu'ils voient, quelle &#233;motion &#233;prouver, car il n'y a pas de pr&#233;c&#233;dent, il n'y a aucun rep&#232;re, la grammaire du cin&#233;ma est encore, en 1895, &#224; inventer. Ce qui est int&#233;ressant c'est que Kafka, malgr&#233; une plus grande exp&#233;rience du cin&#233;ma, ait la m&#234;me r&#233;action devant ce film. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un film en particulier a frapp&#233; Kafka, c'est &lt;i&gt;La Traite blanche&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'Esclave blanche&lt;/i&gt; de Blom (1911). C'est le second remake d'un film danois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le film originel est de Viggo Larsen (1907).&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui a eu un succ&#232;s consid&#233;rable en Europe. On peut r&#233;sumer l'histoire en une phrase : une petite annonce attire loin de sa patrie une jeune femme dans la mis&#232;re qui se voit forc&#233;e de se prostituer, elle sera finalement sauv&#233;e par son amant. La structure du film est lin&#233;aire et quelques &#171; cartons &#187; permettent de bien en suivre la trame. C'est une intrigue unique, il n'y a ni unit&#233; de lieu ni unit&#233; d'action. Le montage est, quant &#224; lui, relativement simple : une succession de plans g&#233;n&#233;raux, qui sont autant de sc&#232;nes film&#233;es &#224; hauteur d'homme &#8212; comme le sont tous les films &#224; l'&#233;poque. L'industrie danoise (le film est danois) s'est d&#233;velopp&#233;e d&#232;s 1908, et r&#233;alise de grosses productions qui n'ont pas encore la densit&#233; des films de Griffith (&#224; partir de 1915, &lt;i&gt;Naissance d'une nation&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Intol&#233;rance&lt;/i&gt;). Ce qui frappe, d'abord, dans ce film, c'est ce que Kafka en retient. Il l'exprime en ces termes : &#171; [&#8230;] l'innocente est attaqu&#233;e dans le noir par des inconnus d&#232;s la sortie de la gare, jet&#233;e dans une automobile et enlev&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;KAFKA (F.), &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Cette phrase est &#224; premi&#232;re vue un simple souvenir du film. Comme pour le film des fr&#232;res Lumi&#232;res, le film &lt;i&gt;L'Esclave blanche&lt;/i&gt; est saisi &#171; par le milieu &#187;. La sc&#232;ne n'est en effet plac&#233;e ni au d&#233;but ni &#224; la fin du film, mais est un amalgame de deux moments du film. La sc&#232;ne o&#249; la jeune fille sort du train est &#224; la 3&#232;me minute du film. Et la sc&#232;ne du rapt, &#224; proprement parler, est en r&#233;alit&#233; &#224; la 35&#232;me minute, pour un film d'une dur&#233;e d'environ 47 minutes. Dans ce deuxi&#232;me moment du film, la voiture de police est attaqu&#233;e par le prox&#233;n&#232;te qui enl&#232;ve &#224; nouveau la jeune femme. Kafka op&#232;re donc une saisie du film par fragments et &#171; condense &#187; deux moments filmiques distincts. Le fait que son esprit amalgame deux bouts de sc&#232;ne sugg&#232;re qu'il ne s'int&#233;resse pas &#224; la continuit&#233; filmique, &lt;i&gt;autrement dit &#224; l'histoire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2) Cette sc&#232;ne m&#234;me reconstruite est une sc&#232;ne d'enl&#232;vement qui m&#234;le &#171; &#233;rotisme &#187; et &#171; violence &#187;. Et on pourrait en conclure que Kafka, comme tout spectateur, est sensible aux proc&#233;d&#233;s du cin&#233;ma majeur, comme ceux qui seront d&#233;velopp&#233;s plus tard dans les studios am&#233;ricains. Le cin&#233;ma de cette &#233;poque forge un grand nombre de films autour de ce fantasme de la possession physique d'un homme pour une femme. D'ailleurs le film de Blom est un remake. Le sommet de ce genre de film sera atteint avec l'incroyable et g&#233;nial film italien : &lt;i&gt;Cabiria&lt;/i&gt;, quelques ann&#233;es plus tard. Pourtant Kafka ne succombe pas &#224; ce proc&#233;d&#233; &lt;i&gt;majeur&lt;/i&gt;, car justement la sc&#232;ne n'est pas fantasmatique, pour lui, bien qu'elle le bouleverse. &#171; Tout m'appara&#238;t, dit Kafka, en tant que construction &#187; (19 nov 1913), &#171; [&#8230;] le moindre spectacle vu bouleverse tout en moi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;KAFKA (F.), &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#202;tre boulevers&#233;, c'est &#234;tre saisi par l'&#233;tranget&#233; du film. Ce qui le frappe, c'est le cas de le dire, c'est l'effet de sid&#233;ration. C'est un affect. Il est sid&#233;r&#233; par cet enl&#232;vement qui contrevient aux usages bourgeois. Il est possible que la sc&#232;ne de l'arrestation &#224; la fin du roman &lt;i&gt;Le Proc&#232;s&lt;/i&gt;, en garde la trace. On se souvient : deux hommes emm&#232;nent Josef K. pour le tuer &#171; comme un chien &#187; (&lt;i&gt;wie ein hund&lt;/i&gt;). Le cin&#233;ma appara&#238;t &#224; Kafka comme une &lt;i&gt;mati&#232;re &#233;trange et &#233;trang&#232;re&lt;/i&gt;. Le cin&#233;ma est ce &#171; point d'Archim&#232;de&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;KAFKA (F.), &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; dont parle Kafka, qui vient contrarier son &#233;ducation, ses valeurs bourgeoises, mais dont il ne suit pas le &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt;, d&#233;fini par les studios et leur langue majeure. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; ce stade, Kafka nous donne une id&#233;e d&#233;j&#224; du rapport mineur que l'on peut entretenir avec un film et qu'il porte en lui, et qui n'est pas &#233;tranger &#224; la litt&#233;rature. Mais cela ne nous dit pas si le film lui-m&#234;me peut porter le mineur. Quels sont les crit&#232;res d'un film mineur ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_760 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j2.jpg' width='500' height='152' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;II&#8212; Crit&#232;res majeurs et mineurs du cin&#233;ma&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour diff&#233;rencier un film mineur des films majeurs, encore faut-il &#234;tre sensible aux diff&#233;rences et conna&#238;tre leurs crit&#232;res r&#233;ciproques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;A &#8212; Qu'est-ce qu'un film majeur ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Naissance d'une Nation&lt;/i&gt;, peut-&#234;tre le film le plus controvers&#233; de l'histoire du cin&#233;ma, pr&#233;sente toutes les composantes majeures du cin&#233;ma : c'est un cin&#233;ma de ma&#238;tre, en tous les sens du terme. C'est un film fait par un ma&#238;tre qui forge par son audace la machine hollywoodienne d&#232;s 1915, c'est aussi un cin&#233;ma de ma&#238;tre, en ce qu'il transpire la domination supr&#233;maciste du Ku Klux Klan. C'est un film qui refuse par tous ses pores le mineur. Ce film repose sur une construction narrative majeure. On peut l'envisager comme un diagramme. Il y a un axe vertical et un axe horizontal. L'axe vertical des &lt;i&gt;lign&#233;es&lt;/i&gt;, des origines et l'axe horizontal, le plus souvent chronologique, de &lt;i&gt;l'histoire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_761 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j3.jpg' width='350' height='524' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout film majeur impose un syst&#232;me de la parent&#233;, de la domination entre les personnages, selon des r&#232;gles pr&#233;&#233;tablies (identiques &#224; celle de la soci&#233;t&#233;) et un cadre, qui d&#233;finit le genre du film. C'est le sang, l'argent, l'honneur qui unit ou d&#233;sunit les personnages. Sur le plan des lign&#233;es, le film est habit&#233; par l'opposition Blancs/Noirs, mais c'est le Blanc qui est la valeur fondamentale. Les acteurs ne sont pas Noirs, mais grim&#233;s, c'est une Blanche, Lilian Gish qui est la star. On a ici les bases de la fantasmagorie du cin&#233;ma am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_762 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j4.jpg' width='500' height='578' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a l'histoire qui est articul&#233;e &#224; une chronologie avec un d&#233;but, un milieu et une fin, et entre le d&#233;but et la fin, il faut un d&#233;s&#233;quilibre et un retour &#224; l'ordre ou &#224; la loi, ou comme dirait Judith Hess Wright, un &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt;. Sur le plan de l'histoire, Griffith imagine une sorte de r&#233;&#233;criture de l'histoire, bas&#233;e sur la peur des supr&#233;macistes blancs envers les Noirs. Apr&#232;s la Guerre de S&#233;cession, les Blancs de Caroline du Sud auraient perdu le pouvoir face aux Afro-Am&#233;ricains et ceux-ci auraient impos&#233; leur loi. Et &#224; la fin du film, l'arriv&#233;e de la cavalerie du Ku Klux Klan vient sauver les Blancs, d'une &#171; bande d'anarchistes sauvages &#187;. Ce proc&#233;d&#233; de la cavalerie sera repris dans de nombreux westerns ou films policiers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le cin&#233;ma jusque dans les ann&#233;es 70 va chercher &#224; amplifier tous ces &#233;l&#233;ments &#224; une &#233;chelle industrielle. Par exemple, &lt;i&gt;Star Wars&lt;/i&gt; porte &#224; un niveau sup&#233;rieur cette topologie : c'est une histoire d'honneurs et de soumission, associ&#233;e &#224; des lign&#233;es extravagantes (Luke Skywalker et Dark Vador sont d'abord des ennemis puis ils se d&#233;couvrent fils et p&#232;re) et des fins apocalyptiques (menace de la fin de la R&#233;publique). Toute cette construction narrative est bien s&#251;r port&#233;e par une construction technique. Dans un film majeur, on recherche l'&lt;i&gt;harmonie et l'homog&#233;n&#233;it&#233;&lt;/i&gt; dans les couleurs, les &#233;clairages, la mis en sc&#232;ne de l'espace, les raccords entre plans. C'est l'&#233;talonnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B &#8212; Crit&#232;res du mineur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crit&#232;res d'un film mineur emp&#234;chent la mise en place de cette machine hollywoodienne. Nous en avons vu deux, mais il n'appartenait pas &#224; proprement parler au film. Ce film &#233;tait majeur, mais Kafka en avait donn&#233; une perception qui se voulait mineure. On peut retrouver ces deux crit&#232;res dans les films, mais il faut les penser diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Passer par le milieu &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer par le milieu pour Kafka, c'est ne pas passer par le d&#233;but ou la fin. C'est saisir un bout de film, une sc&#232;ne. Mais un film mineur a forc&#233;ment un d&#233;but et une fin et va n&#233;cessairement passer par le milieu : cela signifie que les coordonn&#233;es majeures ne peuvent pas s'appliquer. On n'entre pas dans un film mineur comme dans un film majeur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;Le Proc&#232;s&lt;/i&gt; de Orson Welles, une adaptation du roman de Kafka, les relations entre les personnages sont des relations de domination, mais elles sont douteuses, elles n'ont pas de fondement. Les policiers qui viennent arr&#234;ter Josef K. ne savent m&#234;me pas pourquoi ils doivent l'arr&#234;ter et ne le feront pas (Josef K. reste libre). L'avocat &#8212; incarn&#233; par Orson Welles &#8212; qui est cens&#233; le d&#233;fendre ne le d&#233;fend pas, d'ailleurs il ne d&#233;fend personne. Le juge qui est cens&#233; le juger a un dossier vide : &#224; la place des &#171; pi&#232;ces de l'instruction &#187;, Josef K. d&#233;couvre des pages de livres &#233;rotiques. Les lign&#233;es dans un film mineur sont l&#224;, mais elles sont floues. Si on prend maintenant l'autre axe, celui du d&#233;veloppement de l'histoire, on s'aper&#231;oit que le &#171; conflit &#187; lui-m&#234;me cens&#233; &#234;tre le moteur d'une histoire &#8212; visant la transformation du personnage principal autant que le d&#233;veloppement de l'histoire &#8212; non seulement n'a aucun sens, mais n'est jamais r&#233;solu. Josef K. est condamn&#233; sans raison, et m&#234;me tu&#233;, mais il y a des centaines d'autres Josef K. qui attendent leur tour, leur jugement. La r&#233;solution est toujours diff&#233;r&#233;e. La mort elle-m&#234;me est absurde : un simple b&#226;ton de dynamite engendre une explosion nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_763 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j5.jpg' width='393' height='552' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'affect&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; L'affect existe aussi &lt;i&gt;au c&#339;ur du film&lt;/i&gt;, il n'est pas seulement dans la capacit&#233; singuli&#232;re d'un individu &#224; se rapporter aux choses et au monde (Kafka). Le film mineur permet aux spectateurs d'entrer dans des processus de subjectivation qui &#171; d&#233;signent l'op&#233;ration par laquelle des individus ou des communaut&#233;s se constituent comme sujets, en marge des savoirs constitu&#233;s et des pouvoirs &#233;tablis, quitte &#224; donner lieu &#224; de nouveaux savoirs et pouvoirs &#187; (Gilles Deleuze, &#171; Sur la philosophie &#187;, &lt;i&gt;Pourparlers&lt;/i&gt;, Minuit, 1990, p. 206). L'affect est le nom de ces processus de subjectivation mineure. Deleuze et Guattari ont une tr&#232;s belle d&#233;finition de l'affect : &#171; L'affect, ce n'est pas un sentiment personnel, ce n'est pas non plus un caract&#232;re, c'est l'effectuation d'une puissance de meute, qui soul&#232;ve et fait vaciller le moi &#187; (Mille Plateaux). En ce sens, l'affect maintient le film &#171; ouvert &#187; &#8212; comme on dit d'une blessure qu'elle est &#171; ouverte &#187;. L'affect vient d&#233;chirer notre appartenance aux normes sociales qui nous fa&#231;onnent. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'affect a un &#171; potentiel &#233;motif &#187;, pour reprendre l'expression de Saul Bass &#224; propos des montages d'Eisenstein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BASS (S.), &#171; Propos d'un graphiste sur la bande anim&#233;e &#187;, Le Courrier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'est pas contamin&#233; par les discours sociaux, il nous arrache &#224; un milieu, notre espace-temps. La construction du montage s'appuie sur l'exag&#233;ration des proc&#233;d&#233;s de montage, par exemple une extr&#234;me profondeur de champ, ou sur une composition des plans dynamiques mettant en jeu des fragments de corps, sous la forme de &lt;i&gt;cuts&lt;/i&gt;, sous des angles inhabituels, &#224; l'instar de Slavko Vorkapi&#263;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;VORKAPI&#262; (S.), O pravom filmu, Beograd, Fakultet Dramskih Umetnosti, 1998.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou de Gyorgy Kepes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;KEPES (G.), Language of vision, New York, Dover publications, Inc., 1995.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a trois sortes d'affects dans un film. Je donnerai trois exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Quand dans &lt;i&gt;Psycho&lt;/i&gt; [1960] l'h&#233;ro&#239;ne, Marion Crane, est attaqu&#233;e et tu&#233;e sauvagement dans sa douche, Hitchcock r&#233;ussit l'impensable : fracturer le film, le couper en deux, comme avec une hache, il cr&#233;e un affect de &#171; surprise &#187;, dont l'effet est comparable, selon ses propres mots, aux effets d'une fus&#233;e V2&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la diff&#233;rence entre suspense et surprise associ&#233;e aux fus&#233;es nazies (V1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est un vrai choc : tout le cin&#233;ma des ann&#233;es 70 sera marqu&#233; par le coup de poignard de Norman Bates, qui d&#233;chire la membrane politique. Les spectateurs ne sentiront plus jamais en s&#233;curit&#233; chez eux, dans l'espace domestique. Hitchcock en remettra une couche avec &lt;i&gt;The Birds/Les Oiseaux&lt;/i&gt;[1963].&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_764 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j6.jpg' width='430' height='1027' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;b) La plupart du temps, l'affect est un &#171; trouble &#187; qui ne se dissipe pas. Antonioni est un grand ma&#238;tre du trouble : dans &lt;i&gt;L'Avventura&lt;/i&gt;, c'est la disparition d'une jeune femme qui est v&#233;cue comme un d&#233;chirement ; dans &lt;i&gt;Profession : reporter&lt;/i&gt;, la cause en est le changement d'identit&#233; du personnage principal ; dans &lt;i&gt;Zabriskie Point&lt;/i&gt;, on est troubl&#233; par le silence permanent et l'explosion finale d'une maison qui est la m&#233;taphore de la fin du consum&#233;risme. Avec l'affect, on n'entre pas dans du sentiment (dont les trois piliers du cin&#233;ma &#233;tats-unien sont l'effroi, le comique et le m&#233;lodrame), mais dans quelque chose qui d&#233;range, nous fait vaciller.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_765 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j7.jpg' width='500' height='451' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;c) Avec l'arriv&#233;e des &lt;i&gt;blockbusters&lt;/i&gt; (beaucoup de moyens, beaucoup de stars, beaucoup d'effets visuels et sonores et beaucoup d'argent), au milieu des ann&#233;es 70, l'esprit est soumis sans cesse &#224; des chocs permanents, un bain sonique et une logique narrative dont les lign&#233;es sont exponentielles et les fins apocalyptiques. Pour faire face &#224; cela, le cin&#233;ma mineur met en place la &lt;i&gt;sid&#233;ration&lt;/i&gt;. Les psychanalystes la d&#233;finissent comme &#171; un &#233;v&#233;nement qui brise tout ce qu'on a construit pour nous prot&#233;ger de ce qui nous menace &#187;. Dans le cin&#233;ma mineur, la sid&#233;ration arr&#234;te le mouvement d'emballement des images et du son propre aux blockbusters. La sid&#233;ration c'est l'incapacit&#233; d'articuler un discours &#224; propos d'un &#233;v&#233;nement : nous sommes saisis autant que les personnages. Le &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; du cin&#233;ma majeur a besoin de rendre compr&#233;hensible l'&#233;v&#233;nement ; il ne doit pas rester &#233;nigmatique. Ce qui arrive doit &#234;tre associ&#233; &#224; une origine ; &#231;a vient d'une plan&#232;te lointaine, c'est une mal&#233;diction, c'est une exp&#233;rience de laboratoire qui a mal tourn&#233;. &#192; partir de l&#224;, ce sont des &#233;motions de peur, de joie qui jouent leur r&#244;le&#8230; Le cin&#233;ma mineur, quant &#224; lui, veut nous garder dans la sid&#233;ration. L'explication de l'&#233;v&#233;nement ne doit jamais avoir lieu. La sid&#233;ration, c'est c&#244;toyer l'invraisemblable, l'impossible. On la trouve parfaitement en &#339;uvre chez Jordan Peele.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_766 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j8.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j8.jpg' width='500' height='940' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nope&lt;/i&gt; [Jordan Peele, 2022] commence par une s&#233;quence (reprise plus tard plus longuement dans un flash-back), o&#249; on voit un plateau de t&#233;l&#233;vision avec des acteurs qui jouent la com&#233;die, parmi eux, un chimpanz&#233; &#224; qui on demande de faire des tours stupides. Et puis l'impossible a lieu, l'animal ne supporte plus ce qu'on lui demande, cette domination humaine : il dit &#171; non &#187; &#224; toute cette mascarade, et fracasse la t&#234;te de ceux qui se paient sa t&#234;te. Un jeune enfant sera &#233;pargn&#233; ; il est le seul t&#233;moin sid&#233;r&#233; de l'&#233;v&#233;nement. Au cours du massacre, une chaussure d'un des acteurs se retrouve perpendiculaire au sol, et ne retombe pas, signe de l'improbable qui a eu lieu. L'&#233;v&#233;nement provoque en nous autant que chez l'enfant un mutisme, une sid&#233;ration. L'animal sera finalement abattu. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la m&#234;me configuration qui travaille la suite du film. Otis Haywood et sa s&#339;ur travaillent ensemble, en tant que dresseurs de chevaux pour le cin&#233;ma. Un jour, Otis est t&#233;moin de la mort de son p&#232;re, tu&#233; inexplicablement par un objet tomb&#233; du ciel. La sid&#233;ration est engendr&#233;e par une entit&#233; improbable, cach&#233;e dans un nuage, qui est aussi belle que f&#233;roce, semblable &#224; un animal &lt;i&gt;qui ne veut pas &#234;tre vu&lt;/i&gt;, donc dompt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Faire fuir le film de tous c&#244;t&#233;s&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un film mineur laisse filer &lt;i&gt;le sens du film, le fait fuir de tous c&#244;t&#233;s&lt;/i&gt;. De cette fa&#231;on, la construction comme le sens du film nous &#233;chappent et nous sommes d&#233;sorient&#233;s. Le film nous m&#232;ne sur des sentiers inconnus : la relation entre les espaces, entre les personnes est &#171; d&#233;sarticul&#233;e &#187;, pour parler comme Luca Salza&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SALZA (L.), Kafka out of joint, Paris, Mimesis, 2023. Luca Salza d&#233;veloppe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;Le Proc&#232;s&lt;/i&gt;, ce qui frappe, c'est surtout l'utilisation de la profondeur de champ. Orson Welles en fait un usage permanent, mais ici la profondeur de champ est pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me comme dans la sc&#232;ne du bureau, o&#249; on est pris de vertige. La profondeur de champ affecte m&#234;me les objets, comme cette &#171; porte de la Loi &#187; aux proportions d&#233;mesur&#233;es par rapport aux personnages. Ce qui frappe aussi, c'est la variation permanente des ambiances entre les lieux du film, qui dessinent des genres diff&#233;rents. On passe d'une ambiance &#224; une autre, d'une lumi&#232;re &#224; une autre : d'une ambiance m&#233;lodramatique (discussion entre l'infirmi&#232;re et Josef K.), on peut tr&#232;s vite basculer dans l'effroi (sc&#232;ne du ch&#226;timent des deux policiers). La luminosit&#233; varie &#233;galement sans cesse. L'&#233;chelle de plans souligne l'ind&#233;termination spatiale, temporelle et g&#233;n&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les devenirs&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le mineur fait entrer dans des &lt;i&gt;devenirs&lt;/i&gt;. Avec ces devenirs, nous ne sommes plus dans le r&#233;gime normatif impos&#233; par les dispositifs de cin&#233;ma qui assigne des r&#244;les d&#233;finis. Certains personnages entrent dans des devenirs-animaux, des devenirs-machines, d'autres sont des d&#233;serteurs dont on ne comprend pas tous les actes. Parmi les films mineurs les plus remarquables, il y a deux films de Hiroshi Teshigahara, cin&#233;aste japonais : &lt;i&gt;Otoshiana/Le Traquenard et &lt;i&gt;Suna no onna/La Femme des dunes&lt;/i&gt;. Le tueur au couteau dans &lt;i&gt;Le Traquenard&lt;/i&gt;, on ne sait s'il est charg&#233; de tuer un homme par contrat ou s'il n'est que la main du destin, c'est-&#224;-dire un symbole de l'absurdit&#233; des relations entre les hommes. Mais apr&#232;s le meurtre, les victimes reviennent parmi les vivants. Ce &lt;i&gt;devenir-mort-vivant&lt;/i&gt; des victimes permet aux spectateurs d'adopter un point de vue mineur sur les &#233;v&#233;nements du film. Dans &lt;i&gt;La femme des dunes&lt;/i&gt;, un entomologiste, parti &#224; la recherche d'insectes rares dans une contr&#233;e d&#233;sertique, est pris au pi&#232;ge d'une maison entour&#233;e par des bancs de sable infranchissables et contraint de remplir des sacs de sable jusqu'&#224; la mort pour rester en vie. Sa vie finit par ressembler &#224; celle des insectes qu'il capturait.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_767 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j9.jpg' width='500' height='583' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_768 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj1.jpg' width='499' height='996' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le d&#233;maquillage&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma mineur c'est aussi ce qui &#171; d&#233;maquille &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BROSSAT (A.), Maquiller ou d&#233;maquiller le r&#233;el ? Le cin&#233;ma en premi&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cin&#233;ma mineur refuse la singerie du cin&#233;ma majeur. Les com&#233;dies actuelles du cin&#233;ma fran&#231;ais se font l'&#233;cho des pr&#233;jug&#233;s et des clich&#233;s de la soci&#233;t&#233; ; en cela, elles ne font que la singer. Le cin&#233;ma mineur n'est pas non plus dans l'exploitation d'une &lt;i&gt;franchise fantasmatique&lt;/i&gt; (James Bond&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;III &#8212; Vers une &#233;cologie mineure&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les films mineurs d&#233;pendent d'un sixi&#232;me et dernier crit&#232;re, le plus important : un personnage conceptuel. Qu'est-ce qu'un &#171; personnage conceptuel &#187; ? C'est un objet, un vivant, un non-mort. Dans la litt&#233;rature de Kafka, ils sont l&#233;gion : les sir&#232;nes silencieuses, les balles qui suivent Blumfeld, le cancrelat Samsa, Gracchus le mort-vivant, etc.Le personnage conceptuel, c'est ce qui porte, guide et donne sa puissance &#224; l'affect, aux devenirs. L'ensemble des crit&#232;res du mineur d&#233;finit ce qu'on peut appeler &#171; une niche &#233;cologique &#187;, un &#171; &#233;cosyst&#232;me &#187; ou une &#171; coupe dans un plan d'immanence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DELEUZE (G.) et GUATTARI (F.), Qu'est-ce que la philosophie ?, Les &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cin&#233;ma n'est pas plat, c'est une sorte de terrier avec plusieurs tunnels. Il tisse des labyrinthes qui ouvrent des bifurcations singuli&#232;res. Il y a trois types de niches &#233;cologiques dans le cin&#233;ma mineur &#233;tats-unien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Premi&#232;re niche &#233;cologique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle propose une &#171; exp&#233;rience du changement &#187;. Je prendrai deux exemples. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;2001, L'Odyss&#233;e de l'espace&lt;/i&gt; [Kubrick, 1968], le changement passe par un objet non identifi&#233;, dont la forme est parfaitement g&#233;om&#233;trique et le but est inconnu. C'est un &#171; monolithe &#187; qui ne renvoie &#224; aucun signifiant (ni Dieu ni ma&#238;tre extraterrestre). Nous suivons les p&#233;rip&#233;ties de ses apparitions, dans le pass&#233;, &#224; l'&#233;poque des grands singes, et dans le futur (2001), &#224; l'&#233;poque de la conqu&#234;te spatiale. Deleuze l'a d&#233;crit comme une &#171; pierre noire &#187;, alors que c'est plut&#244;t un cristal, un mica noir g&#233;ant. Le monolithe est un personnage conceptuel qui transforme l'homme, il est un &#171; incubateur &#187; qui fait passer l'homme dans un &lt;i&gt;devenir-cosmique&lt;/i&gt;, nomm&#233; Zarathoustra.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_769 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj2.jpg' width='473' height='1099' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La Nuit des morts-vivants&lt;/i&gt; [Romero, 1968], le personnage conceptuel c'est le zombie que l'on conna&#238;t. Il sort de sa tombe et mord, d&#233;membre et ingurgite les corps des vivants. Le cin&#233;ma majeur lui assigne une identit&#233; (il est le sous-prol&#233;tariat, la horde de migrants ou le monstre). Pour Romero, au contraire, &#171; le zombie incarne le changement &#187;. Le zombie c'est un &#233;v&#233;nement, une &#171; catastrophe &#187; (&lt;i&gt;a disaster&lt;/i&gt;) qui vient perturber l'&#233;cosyst&#232;me androc&#232;ne, anthropoc&#232;ne. Le zombie est un &#171; perturbateur &#187;. Face &#224; lui, les gens r&#233;agissent de fa&#231;ons diff&#233;rentes. Cela permet une cartographie &lt;i&gt;mineure&lt;/i&gt; du pays. Le zombie est le stigmate d'un manque, celui de l'absence d'une communaut&#233; r&#233;elle. Car comme dit aussi Romero, nous ne sommes pas encore &#171; m&#251;rs pour la vraie communaut&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FERRARI (J.-C.) et VALENS (G.), &#171; Entretien avec George A. Romero. Parler de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_770 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj3.jpg' width='500' height='580' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Deuxi&#232;me niche &#233;cologique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma mineur peut viser la &#171; d&#233;composition &#187; des dispositifs du cin&#233;ma majeur. Il y a deux fa&#231;ons de le faire. &lt;br class='autobr' /&gt;
La mani&#232;re hard, c'est celle de Marco Candore, un cin&#233;aste &#171; pirate &#187;. Son geste cin&#233;matographique a quelque chose du &lt;i&gt;giallo&lt;/i&gt; : aborder la machine du cin&#233;ma &#233;tats-unien, la machine Griffith, et &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; tuer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marco Candore a r&#233;alis&#233; une dizaine de films : et dans chaque film, il d&#233;monte un &#224; un les m&#233;canismes de la machine hollywoodienne, avec ses dispositifs, sa fantasmagorie, ses stars, ses sc&#232;nes, ses histoires. Il disloque le sc&#233;nario, il disloque le &lt;i&gt;star-system&lt;/i&gt;, il &#233;tire le son et l'image jusqu'&#224; l'extinction, pour en extraire la &#171; mati&#232;re pure &#187;. Ce qui compte pour lui, c'est de parvenir &#224; une pluie d'affects. Ici le personnage conceptuel, c'est le cin&#233;ma majeur, mais en tant qu'il entre dans un &lt;i&gt;devenir-mort-vivant&lt;/i&gt;. Le cin&#233;ma rel&#232;ve d&#233;sormais d'une nouvelle machine, la machine-Shelley (du &lt;br class='autobr' /&gt;
nom de l'autrice de Frankenstein).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_771 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj4.jpg' width='500' height='671' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re &lt;i&gt;soft&lt;/i&gt;, c'est Bruno Dumont qui l'incarne : il laisse filer la cam&#233;ra, et tente de saisir, comme il dit, la gr&#226;ce. La pesanteur, c'est ce que nous impose le cin&#233;ma majeur avec ses stars, sa mani&#232;re de fabriquer un sc&#233;nario, une histoire. Pour trouver la gr&#226;ce, Dumont propose d'attaquer le cin&#233;ma sur trois plans. D'une part, il prend des acteurs non professionnels qui ne savent pas d'avance ce qu'ils vont dire dans une sc&#232;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le r&#233;el, dit Dumont, n'est pas mis dans la fiction, car il est d&#233;j&#224; l&#224; &#187;. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autre part, il travaille, comme un peintre, sur &#171; les paysages &#187;. Mais Dumont est sensible aussi aux devenirs-animaux. C'est le troisi&#232;me plan de son travail. Dans &lt;i&gt;Twentynine Palms&lt;/i&gt;, un &lt;i&gt;road movie&lt;/i&gt;, Dumont met en sc&#232;ne un couple incapable de se comprendre : David est troubl&#233; dans sa sexualit&#233; et Katia est troubl&#233;e dans son &#226;me. Un troisi&#232;me personnage joue un r&#244;le consid&#233;rable, c'est le &#171; d&#233;sert &#187;, il accro&#238;t le sentiment d'incommunicabilit&#233; entre les &#234;tres, mais aussi participe de la m&#233;tamorphose de David, puisque ce dernier s'y fait violer par un autre homme. Le film s'ach&#232;ve par le meurtre de Katia qui n'est pas sans rappeler &#171; la sc&#232;ne de la douche &#187; (Hitchcock). Comme dans &lt;i&gt;Psycho&lt;/i&gt;, le meurtrier est d&#233;guis&#233; en femme, mais David est ici dans un &lt;i&gt;devenir&lt;/i&gt; mi-&lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, mi-animal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_772 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj5.jpg' width='500' height='513' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Troisi&#232;me niche &#233;cologique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la forme la plus &#233;trange. Celle qui rappelle le plus Kafka. Ce dernier affirme qu'on peut trouver &#171; dans les petites nations &#187; de quoi suppl&#233;er &#224; une &#171; conscience nationale souvent inactive et toujours en voie de d&#233;sagr&#233;gation &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;Phase IV&lt;/i&gt; [Saul Bass, 1974], la fourmi est le vrai personnage conceptuel du film. La fourmi c'est un &#234;tre minuscule, qu'on &#233;crase d'ordinaire du pied, mais dans ce film, elle n'a plus de ma&#238;tre. Un rayonnement cosmique rend possible un saut &#171; biologique &#187;. D'esp&#232;ces antagonistes, les fourmis en viennent &#224; se constituer en peuple. Tout l'enjeu du film est d'incorporer les hommes dans un devenir-cosmique. Par le biais des fourmis, la nature renverse la domination des hommes de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'anthropoc&#232;ne, de l'androc&#232;ne, du capitaloc&#232;ne. Les fourmis sont l'image de la communaut&#233; que nous esp&#233;rons, une communaut&#233; ouverte et mineure.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_773 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj6.jpg' width='371' height='475' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ces cat&#233;gories ne sont nullement exhaustives et d&#233;finitives. Elles permettent n&#233;anmoins de distinguer ce qui fait qu'un film peut &#171; tirer &#187; du c&#244;t&#233; du majeur ou du mineur. Les films sont pris dans des cartographies. Certains films sont plus mineurs que d'autres, sont pris par des lignes de fuite qui les portent plus loin que les finalit&#233;s d'un cin&#233;ma industriel ax&#233; sur le profit. Se pose la question des conditions de diffusion et de projection des films mineurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je remercie Philippe Roy d'avoir soulev&#233; cette question au cours des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Retenons qu'aucun cin&#233;ma mineur n'existe sans &lt;i&gt;une op&#233;ration de mutilation&lt;/i&gt; des cat&#233;gories majeures, sans un coup de pioche. La plus belle m&#233;taphore du cin&#233;ma mineur, c'est peut-&#234;tre encore chez Kafka qu'on la trouvera : c'est celle d'Odradek&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;KAFKA (F.), &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la bobine de fil qu'on ne peut attraper, la bobine qui (se) d&#233;file sans cesse, &#224; l'image de la pellicule filmique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Joachim Daniel Dupuis&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BASS (S.), &#171; Propos d'un graphiste sur la bande anim&#233;e &#187;, in &lt;i&gt;Le Courrier graphique&lt;/i&gt;, n&#176; 113, 1961, pp.38-41.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BENE (C.) et DELEUZE (G.), &lt;i&gt;Superpositions&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de minuit, 1979, pp.128-129.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BROSSAT (A.), &lt;i&gt;Maquiller ou d&#233;maquiller le r&#233;el ? Le cin&#233;ma en premi&#232;re ligne&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BROSSAT (A.) et DUPUIS (J. D.), &lt;i&gt;Bruno Dumont ou le cin&#233;ma des Z'humains&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DELEUZE (G.) et GUATTARI (F.), &lt;i&gt;Kafka, pour une litt&#233;rature mineure&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de Minuit, 1975.
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt;, Les &#201;ditions de Minuit, 1980.
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Qu'est-ce que la philosophie ?&lt;/i&gt;, Les &#201;ditions de Minuit, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DELEUZE (G.) et PARNET (C.), &lt;i&gt;Dialogues&lt;/i&gt;, Paris, Champs Flammarion, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DUPUIS (J.D.), &lt;i&gt;George Romero et les zombies&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2014. &lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Derri&#232;re le rideau, Alfred Hitchcock, Saul Bass et la sc&#232;ne de la douche&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2019. &lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Saul Bass. Cin&#233;ma et &#233;cologie. Des fourmis et des hommes&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EISENSTEIN (S.M.), &lt;i&gt;Film Sense&lt;/i&gt;, New York, Harcourt, Brace &amp; Co, 1942. &lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Film Form&lt;/i&gt;, Harcourt, New York, Harcourt, Brace &amp; Co, 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FERRARI (J.-C.) et VALENS (G.), &#171; Entretien avec George A. Romero. Parler de notre monde &#187;, Revue &lt;i&gt;Positif&lt;/i&gt;, n&#176; 568, juin 2008, p. 25&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; HESS WRIGHT (J.), &#171; Genre Films and the Status Quo &#187; in &lt;i&gt;Film Genre Reader IV&lt;/i&gt;, University of Texas, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KAFKA (F.), &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt;, traduction Marthe Robert, Paris, Grasset, 1954.
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, t. I-IV, 2018-2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KEPES (G.), &lt;i&gt;Language of vision&lt;/i&gt;, New York, Dover publications, Inc, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K&#212;B&#212; (A.), &lt;i&gt;La Femme des sables&lt;/i&gt;, Paris, Livre de poche, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SALZA (L.), &lt;i&gt;Kafka out of joint&lt;/i&gt;, Paris, Mimesis, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOULET (E.), &lt;i&gt;Cin&#233;matographe, invention du si&#232;cle&lt;/i&gt;, D&#233;couvertes Gallimard, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VORKAPI&#262; (S.), &lt;i&gt;O pravom filmu&lt;/i&gt;, Beograd,Fakultet dramskih umetnosti, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Filmographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cabiria&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Giovanni Pastrone, 1914)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Arriv&#233;e d'un train en gare de La Ciotat&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Louis Lumi&#232;re, 1895)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Avventura&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Michel-Angelo Antonioni, 1960)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Femme des dunes/Suna no onna&lt;/i&gt; [&#30722;&#12398;&#22899; ] (Hiroshi Teshigahara, 1964)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Nuit des morts-vivants/Night of the Living Dead&lt;/i&gt; (George Romero, 1968)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Traite blanche&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (August Blom, 1911)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Proc&#232;s&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Orson Welles, 1962)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Traquenard/Otoshiana&lt;/i&gt; [&#12362;&#12392;&#12375;&#31348;] &lt;br class='autobr' /&gt;
(Hiroshi Teshigahara, 1962)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Oiseaux/The Birds&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (Alfred Hitchcock, 1963)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#233;canoscope&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (Marco Candore, 2013-2017, 11 films, mecanoscope.com)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nope&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (Jordan Peele, 2022)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Phase IV&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (Saul Bass, 1974)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Psychose/Psycho&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (Alfred Hitchcock, 1960)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Star Wars&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (George Lucas, 1977)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Twentynine&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (Bruno Dumont, 2003)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2001, L'Odyss&#233;e de l'espace/2001, a space odyssey&lt;/i&gt; (Stanley Kubrick, 1968)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cr&#233;dits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel-Angelo ANTONIONI, &lt;i&gt;L'avventura&lt;/i&gt;, 1960, 143 min, 35 mm, N. &amp; B., Cino Del Duca, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saul BASS, &lt;i&gt;Phase IV&lt;/i&gt;, 1974, 84 min, 35 mm, Alced Productions, Paramount Productions, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;August BLOM, &lt;i&gt;Den Hvide Slavehandels Sidste Offer&lt;/i&gt;, 1911, 47 mn, format 1,33:1, film muet, Nordisk Film, domaine public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marco CANDORE, &lt;i&gt;M&#233;canoscope&lt;/i&gt;, 2013-2017, 11 films, Candore Production, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno DUMONT, &lt;i&gt;Twentynine&lt;/i&gt;, 2003, 119 mm, 35 mm, 3B Productions, The 7th Floor, Thoke Moebius Film Company, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alfred HITCHCOCK, &lt;i&gt;Psycho&lt;/i&gt;, 1960, 109 mn, N.&amp;B., 35 mm, Shamley Productions, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stanley KUBRICK, &lt;i&gt;2001, a Space Odyssey&lt;/i&gt;, 1968, 156 min, 35 mm et version 70 mm, Metro-Goldwyn-Mayer, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis LUMI&#200;RE, &lt;i&gt;L'Arriv&#233;e d'un train en gare de La Ciotat&lt;/i&gt;, 1895), 50 secondes, 35 mm &#224; double jeu de perforations rondes Lumi&#232;re par photogramme, N.&amp;B., Soci&#233;t&#233; Lumi&#232;re, domaine public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jordan PEELE, &lt;i&gt;Nope&lt;/i&gt;, 2022, 130 min, 65 mm IMAX, Universal Pictures, Monkeypaw productions, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;George ROMERO, &lt;i&gt;Night of the Living Dead&lt;/i&gt;, 1968, 96 min, 35 mm, Laurel Productions et Image, photogrammes du film, domaine public (d&#232;s sa sortie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hiroshi TESHIGAHARA, &lt;i&gt;Otoshiana&lt;/i&gt; [&#12362;&#12392;&#12375;&#31348;], 1962, 97 min, 35 mm, Toho Company, droits r&#233;serv&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &lt;i&gt;Suna no onna&lt;/i&gt; [&#30722;&#12398;&#22899;], 1964,123 min/147 min, Toho Company, Teshigahara Productions, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Orson WELLES, &lt;i&gt;Le Proc&#232;s&lt;/i&gt;, 1962, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je remercie Lisbeth Richter Larsen du Det Danske Filminstitut/Danish Film Institute de m'avoir permis d'utiliser les images du film &lt;i&gt;Den Hvide Slavehandels Sidste Offer&lt;/i&gt; (August Blom, 1911). &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DELEUZE (G.) et GUATTARI (F.), &lt;i&gt;Kafka, pour une litt&#233;rature mineure&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de minuit, 1975, p.48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BENE (C.) et DELEUZE (G.), &lt;i&gt;Superpositions&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de minuit, 1979, pp.128-129.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quel &#233;cart par exemple entre &lt;i&gt;Naissance d'une nation&lt;/i&gt; [David Wark Griffith], o&#249; le Noir est pr&#233;sent&#233; comme un fou, un sauvage &#224; l'&#233;cran (&#171; &lt;i&gt;crazies Negroes&lt;/i&gt; &#187;), et n'existe pas en tant qu'acteur (ce sont des acteurs blancs qui sont grim&#233;s, &lt;i&gt;blackface&lt;/i&gt;) et &lt;i&gt;Sweet Sweetback's Baadasssss Song&lt;/i&gt; [Melvin Van Peebles, 1971], o&#249; on retrouve le th&#232;me de la fugue, de la fuite propre au marronnage ? Quel &#233;cart entre &lt;i&gt;Arabian Jewish Dance&lt;/i&gt; [Edison, 1903] qui reprend une imagerie antis&#233;mite et &lt;i&gt;A serious Man&lt;/i&gt; [les fr&#232;res Coen, 2009] qui exprime les interrogations d'un p&#232;re de famille juive face aux catastrophes qui lui tombent dessus ? Quel &#233;cart entre &lt;i&gt;Broadway Melody&lt;/i&gt; [Harry Beaumont, 1929] ou &lt;i&gt;Haute Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; [George Cukor, 1932] dans lesquels le personnage de l'homosexuel est caricatur&#233; et &lt;i&gt;Brokeback Mountain&lt;/i&gt; [Ang Lee, 2005] ou encore, du m&#234;me r&#233;alisateur, &lt;i&gt;Xi Yan&lt;/i&gt; [Ang Lee, 1993] ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;KAFKA (F.), &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt;, traduction Marthe Robert, Paris, Grasset, 1954, p.1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;KAFKA (F.), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, t. III, 2022, p.6-7 : &#171; Toutes les choses, en effet, qui me viennent &#224; l'esprit ne viennent pas de la racine, mais seulement d'un vague endroit situ&#233; &#224; peu pr&#232;s en son milieu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TOULET (E.), &lt;i&gt;Cin&#233;matographe, invention du si&#232;cle&lt;/i&gt;, D&#233;couvertes Gallimard, 1988, pp.16-17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'affect, s'agissant du cin&#233;ma, peut avoir lieu au cours d'un film ou devant une affiche. Dans le processus de cr&#233;ation/r&#233;ception, l'affiche est aussi &#171; au milieu &#187; : elle n'est ni un d&#233;but ni une fin, mais est un &lt;i&gt;avant-go&#251;t&lt;/i&gt; du film, qui &#8212; sur le plan de la fabrication &#8212; lui pr&#233;existe pourtant. Dans le cas de Kafka, l'int&#233;r&#234;t pour une affiche peut parfois &#234;tre plus fort que le film lui-m&#234;me. cf. KAFKA (F.), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, t. III, 2022, p. 979 : &#171; ma distraction, mon besoin de divertissement s'assouvissent devant les affiches ; mon malaise int&#233;rieur habituel, cette sensation d'un &#233;ternel provisoire, je m'en repose devant les affiches ; [&#8230;]. &#187; (Lettre &#224; Felice, 13-88.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le film originel est de Viggo Larsen (1907).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;KAFKA (F.), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, sous la direction de Claude David t. II, 1980, pp. 160-161 ; &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre, t. I, 2018, p. 275 : &#171; [&#8230;] &#231;a me rappelle exactement le film &lt;i&gt;L'Esclave blanche&lt;/i&gt;, dans lequel l'h&#233;ro&#239;ne innocente est pouss&#233;e, d&#232;s la sortie de la gare, &#224; l'int&#233;rieur d'une automobile par des hommes inconnus, et enlev&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;KAFKA (F.), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, t. III, 2022, p.363.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;KAFKA (F.), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, t. IV, 2022, p. 111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BASS (S.), &#171; Propos d'un graphiste sur la bande anim&#233;e &#187;, &lt;i&gt;Le Courrier graphique&lt;/i&gt;, n&#176; 113, 1961, pp.38-41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;VORKAPI&#262; (S.), &lt;i&gt;O pravom filmu&lt;/i&gt;, Beograd, Fakultet Dramskih Umetnosti, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;KEPES (G.), &lt;i&gt;Language of vision&lt;/i&gt;, New York, Dover publications, Inc., 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la diff&#233;rence entre suspense et surprise associ&#233;e aux fus&#233;es nazies (V1, V2), lire : DUPUIS (J.D.), &lt;i&gt;Derri&#232;re le rideau, Alfred Hitchcock, Saul Bass et la sc&#232;ne de la douche&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2019,pp. 62-66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SALZA (L.), &lt;i&gt;Kafka out of joint&lt;/i&gt;, Paris, Mimesis, 2023. Luca Salza d&#233;veloppe parfaitement cette cat&#233;gorie dans son travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BROSSAT (A.), &lt;i&gt;Maquiller ou d&#233;maquiller le r&#233;el ? Le cin&#233;ma en premi&#232;re ligne&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DELEUZE (G.) et GUATTARI (F.), &lt;i&gt;Qu'est-ce que la philosophie ?&lt;/i&gt;, Les &#201;ditions de Minuit, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;FERRARI (J.-C.) et VALENS (G.), &#171; Entretien avec George A. Romero. Parler de notre monde &#187;, Revue &lt;i&gt;Positif&lt;/i&gt;, n&#176; 568, juin 2008, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le r&#233;el, dit Dumont, n'est pas mis dans la fiction, car il est d&#233;j&#224; l&#224; &#187;. cf. BROSSAT (A.) et DUPUIS (J. D.), &lt;i&gt;Bruno Dumont ou le cin&#233;ma des Z'humains&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je remercie Philippe Roy d'avoir soulev&#233; cette question au cours des &#233;changes qui ont suivi la conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;KAFKA (F.), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, t. I, 2018, pp. 183-184 (texte) et pp.1073-1075 (notes).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>To be or not to be (a sexual minority)</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1189</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1189</guid>
		<dc:date>2023-08-15T10:48:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Naze</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#224; Y. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les femmes, c'est tellement eff&#233;min&#233; qu'&#231;a fait p&#233;d&#233; &#187; (Serge Gainsbourg). &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est aujourd'hui par l'acronyme LGBTQIA+ qu'on d&#233;signe fr&#233;quemment les minorit&#233;s sexuelles &#8211; englobant ainsi &#224; la fois des situations relatives &#224; l'orientation sexuelle, mais aussi &#224; l'identit&#233; sexuelle. En cela, on viserait &#224; la fois des minorit&#233;s, distingu&#233;es de la majorit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle et/ou cisgenre. Il est alors question de minorit&#233;s de type quantitatif, mais cela peut &#233;galement faire signe vers une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=59" rel="directory"&gt;&#202;tre (devenir) minoritaire - Universit&#233; d'&#233;t&#233;, du 22 juillet au 31 juillet 2023 / To be (become) minority - Summer conference, from 7/22 to 7/31&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#224; Y.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les femmes, c'est tellement eff&#233;min&#233; qu'&#231;a fait p&#233;d&#233; &#187; (Serge Gainsbourg).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aujourd'hui par l'acronyme LGBTQIA+ qu'on d&#233;signe fr&#233;quemment les minorit&#233;s sexuelles &#8211; englobant ainsi &#224; la fois des situations relatives &#224; l'orientation sexuelle, mais aussi &#224; l'identit&#233; sexuelle. En cela, on viserait &#224; la fois des minorit&#233;s, distingu&#233;es de la majorit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle et/ou cisgenre. Il est alors question de minorit&#233;s de type quantitatif, mais cela peut &#233;galement faire signe vers une situation de minoris&#233;.e.s, &#233;ventuellement sous des angles l&#233;gislatif, social, ou encore symbolique. Qu'une minorit&#233; ne le soit m&#234;me pas n&#233;cessairement de mani&#232;re quantitative, c'est ce que montre le cas des femmes, pouvant faire l'objet de discriminations diverses de la part d'un pouvoir souvent encore masculin, voire patriarcal, bien qu'elles puissent constituer une majorit&#233; num&#233;rique. Cependant, si l'on en restait &#224; ce niveau de consid&#233;rations pour d&#233;finir le statut des minorit&#233;s, alors, les luttes qui leur sont propres ne pourraient gu&#232;re prendre d'autres formes que celles s'apparentant &#224; des revendications d'acc&#232;s &#224; l'espace social, de reconnaissance symbolique, peut-&#234;tre &#233;galement d'acc&#232;s au pouvoir politique, ou encore d'&#233;galit&#233; l&#233;gislative. Autrement dit, ce type de revendications irait dans le sens d'une demande d'inclusion au sein de la soci&#233;t&#233;. Que la simple possibilit&#233; d'exister socialement, et m&#234;me d'exister tout simplement en passe par une reconnaissance symbolique, mais aussi par une visibilit&#233; dans l'espace public, c'est une &#233;vidence &#8211; comment une personne intersexe pourrait-elle seulement &#233;prouver son &#234;tre sans une cat&#233;gorie, socialement et existentiellement efficiente, dans laquelle elle se reconna&#238;trait ? Si l'on nomme &#171; inclusion &#187; la revendication de ce minimum vital, on ne peut aller contre, c'est &#233;vident. En revanche, si, par inclusion, on entend le simple fait d'&#234;tre inclus dans la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est, la question devient plus probl&#233;matique. En effet, une telle inclusion peut s'apparenter parfois &#224; une forme d'assimilation &#8211; ce fut le cas pour le &#171; mariage pour tous &#187;, puisqu'il s'agissait, dans ce cas, pour les gays et lesbiennes, de se fondre dans un mode d'union pens&#233; par et pour une soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;rocentr&#233;e. Dans cette tentation assimilationniste, c'est le statut de minorit&#233; sexuelle des gays et lesbiennes qui tend &#224; se nier. La demande d'une inclusion ainsi entendue implique donc la dilution des minorit&#233;s homosexuelles au sein de la majorit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle (au sexe du, ou de la partenaire pr&#232;s). On pressent d&#233;j&#224; qu'une logique inclusive entendue en ce dernier sens tend &#224; faire perdre aux minorit&#233;s sexuelles leur dimension d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;, au regard de la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est, ce qui revient &#224; les faire se dissoudre plus ou moins compl&#232;tement dans le majoritaire &#8211; cela est d'autant plus &#233;vident dans le cas de la France que le mod&#232;le universaliste r&#233;publicain ne peut effectuer ce geste d'inclusion que sur le mode de l'assimilation, c'est-&#224;-dire sur un fond d'exclusion. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#233;viter une telle r&#233;sorption du minoritaire dans le majoritaire &#8211; et ceci est n&#233;cessaire, si l'on juge d&#233;sastreux le fait que les minorit&#233;s n'envisagent de salut qu'aux conditions du majoritaire -, alors, il conviendrait sans doute de commencer &#224; penser les minorit&#233;s autrement que selon le seul axe minorit&#233;/majorit&#233; (car en ce cas, le combat peut difficilement viser autre chose qu'une forme de participation au majoritaire), et bien plut&#244;t envisager les minorit&#233;s comme ayant &#224; entrer dans un devenir-mineur. Ce n'est qu'&#224; ce prix que le potentiel r&#233;volutionnaire du mineur a quelque chance de dynamiter les logiques et les partages les plus assur&#233;s de la soci&#233;t&#233; majoritaire. Et ce combat, d&#232;s lors, rompra tout lien avec une logique corporatiste, puisqu'il concernera en effet tout le monde. C'est bien ce sur quoi me semblent d&#233;boucher ces mots de Deleuze, dans &lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il y a une figure universelle de la conscience minoritaire, comme devenir de tout le monde, et c'est ce devenir qui est cr&#233;ation. Ce n'est pas en acqu&#233;rant la majorit&#233; qu'on y atteint. Cette figure, c'est pr&#233;cis&#233;ment la variation continue, comme une amplitude qui ne cesse de d&#233;border par exc&#232;s et par d&#233;faut le seuil repr&#233;sentatif de l'&#233;talon majoritaire. En dressant la figure d'une conscience universelle minoritaire, on s'adresse &#224; des puissances de devenir qui sont d'un autre domaine que celui du Pouvoir et de la Domination. C'est la variation continue qui constitue le devenir minoritaire de tout le monde, par opposition au Fait majoritaire de Personne. Le devenir minoritaire comme figure universelle de la conscience s'appelle autonomie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, Capitalisme et schizophr&#233;nie. Mille plateaux, Les &#233;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon propos, pour le dire d'abord rapidement, il va s'agir de se pencher sur la question de l'homosexualit&#233;, ou plut&#244;t des homosexualit&#233;s, en vue d'arracher les sexualit&#233;s gays &#224; l'axe homo/h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. L'intention est de chercher &#224; donner corps &#224; l'id&#233;e d'une homosexualit&#233; fluide, qui circule, &#224; une homosexualit&#233; non substantielle, c'est-&#224;-dire &#224; une homosexualit&#233; non d&#233;finie par le sexe des partenaires. Non substantielle, cette homosexualit&#233; s'av&#232;rera donc effectivement mineure, en concernant bien tout le monde. Elle ne sera donc pas l'affaire des seul.e.s dit.e.s &#171; homosexuel.le.s, qui, en tant que groupe social minoritaire, reproduisent fr&#233;quemment des m&#233;canismes majoritaires, notamment en cr&#233;ant de l'exclusion, variable selon les &#233;poques, dans la suppos&#233;e &#171; communaut&#233; &#187; gay &#8211; pensons &#224; l'actuel jeunisme qui y r&#232;gne, ou encore &#224; la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des racis&#233;.e.s pas toujours assez enthousiastes &#224; l'id&#233;e d'acc&#233;der &#224; un &#171; mariage pour tous &#187;, ou &#224; l'id&#233;e de devoir recourir au &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt;, mais aussi envers les &#171; Folles &#187;, cens&#233;es donner une image d&#233;gradante de la &#171; communaut&#233; &#187;. Au fond, c'est bien une recherche de respectabilit&#233; qui se joue &#224; travers ces pratiques de marginalisation, de stigmatisation. Or, aux yeux de qui est-elle recherch&#233;e, sinon aux yeux de la majorit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle ? Le ph&#233;nom&#232;ne n'est pas nouveau, et Guy Hocquenghem faisait d&#233;j&#224; remarquer, en 1977, dans &lt;i&gt;La d&#233;rive homosexuelle&lt;/i&gt;, la tendance des gays &#224; l'uniformisation, rendant de plus en plus d&#233;licate la distinction entre homos et h&#233;t&#233;ros :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La pression normalisante va vite, m&#234;me si Paris et les bo&#238;tes de la rue Sainte-Anne ne sont pas toute la France. Il reste encore des folles &#224; Arabes en banlieue ou &#224; Pigalle. N'emp&#234;che que le mouvement est lanc&#233; d'une homosexualit&#233; enfin blanche, dans tous les sens du terme. Et il est assez curieux de constater, &#224; regarder les publicit&#233;s ou les films, puis la sortie des bo&#238;tes de tantes, l'apparition d'un mod&#232;le unisexuel &#8211; c'est-&#224;-dire commun aux homosexuels et aux h&#233;t&#233;rosexuels &#8211; propos&#233; aux d&#233;sirs et &#224; l'identification de chacun. Les homosexuels deviennent indiscernables, non parce qu'ils cachent mieux leur secret, mais parce qu'ils sont de c&#339;ur et de corps uniformis&#233;s, d&#233;barrass&#233;s de la saga du ghetto, r&#233;ins&#233;r&#233;s &#224; part pleine et enti&#232;re non dans leur diff&#233;rence, mais au contraire dans leur ressemblance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Hocquenghem, La d&#233;rive homosexuelle, Jean-Pierre Delarge &#201;diteur, 1977, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces mots, on retrouve bien cette tentation d'une minorit&#233; &#224; se rendre fr&#233;quentable par la majorit&#233;, mieux, &#224; lui ressembler. Dans ces quelques lignes, ce sont les &#171; tantes &#187; et les &#171; Arabes &#187; qui font les frais de cette transformation, qu'on pourrait bien nommer petite-bourgeoise, en ce qu'il s'agirait, pour les gays en l'occurrence, de se d&#233;barrasser des stigmates de la marge. Loin d'engager un devenir-mineur de la minorit&#233; gay, il s'agirait alors de la laver des traces du ghetto, pour la placer dans un rapport d'homog&#233;n&#233;it&#233; avec la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Dans le m&#234;me livre, Hocquenghem le dit tr&#232;s clairement, le sacrifice d'anciens compagnons est rendu n&#233;cessaire par cette recherche de respectabilit&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand l'homosexualit&#233; s'avoue et se rationalise, elle tente de repousser dans l'ombre ses anciens compagnons des bas-fonds. La rupture avec les amours interclassistes est la condition du salut homosexuel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p.18.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il m'a d&#232;s lors sembl&#233; utile d'interroger, &#224; travers un regard r&#233;trospectif, ce que cette &#171; rupture avec les amours interclassistes &#187; avait profond&#233;ment transform&#233; dans la mani&#232;re d'&#234;tre de la minorit&#233; gay. Pour ce faire, je me suis pench&#233; sur le beau et si riche livre de George Chauncey, &lt;i&gt;Gay New York&lt;/i&gt;, portant sur la p&#233;riode allant de 1890 &#224; 1940&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;George Chauncey, Gay New York. 1890-1940, trad. Didier &#201;ribon, Fayard, 2003 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les enseignements qu'il m'a sembl&#233; possible d'y puiser n'alimentent pas une d&#233;marche nostalgique, ni ne visent &#224; engager une restauration (de toute fa&#231;on impossible, et par certains c&#244;t&#233;s, non souhaitable) d'une &#233;poque ancienne. Il s'agit plut&#244;t pour moi, sans doute en lecteur de Benjamin, d'identifier certaines virtualit&#233;s, qu'il serait peut-&#234;tre utile de faire surgir dans notre pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par certains c&#244;t&#233;s, Florence Tamagne r&#233;alisera pour l'Europe (Berlin, Londres et Paris, entre 1919 et 1939)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Florence Tamagne, Histoire de l'homosexualit&#233; en Europe, Berlin, Londres, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; un travail s'apparentant &#224; celui de Chauncey pour New York. Dans les deux cas, il s'agit d'abord de s'opposer &#224; l'id&#233;e re&#231;ue selon laquelle les &#233;meutes de Stonewall (en 1969)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#233;meutes de Stonewall sont une s&#233;rie de manifestations spontan&#233;es et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; constitueraient l'&#233;v&#233;nement fondateur ayant donn&#233; naissance, pour la premi&#232;re fois, &#224; une visibilit&#233; homosexuelle, avec l'id&#233;e qu'auparavant les gays et lesbiennes &#233;taient n&#233;cessairement condamn&#233;s au &#171; placard &#187;. Ce que ces deux livres vont &#233;tablir, c'est bien que dans la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle (et m&#234;me dans les derni&#232;res ann&#233;es du XIXe pour New York), dans certaines m&#233;tropoles, une vie gay intense existait d&#233;j&#224;, notamment au travers de cabarets, bars, bo&#238;tes, lieux de rencontre, avant que la r&#233;action (sous des formes diverses aux &#201;tats-Unis et en Europe), depuis les ann&#233;es 40, y mette fin. D'ailleurs Chauncey indique qu'alors l'expression consacr&#233;e pour d&#233;signer l'entr&#233;e dans une existence gay manifeste &#233;tait un compos&#233; de &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;coming into&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;coming out into&lt;/i&gt;), signifiant ainsi qu'on insistait moins sur une sortie de la clandestinit&#233;, dont il se serait agi de s'affranchir, que sur une entr&#233;e dans un monde sp&#233;cifique. Il d&#233;crit ainsi cet emprunt &#224; la culture f&#233;minine du rituel de la &#171; d&#233;butante &#187; pr&#233;sent&#233;e &#224; la soci&#233;t&#233; de son milieu culturel :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le &#8220;&lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt;&#8221; d'un gay signifiait donc qu'il &#233;tait officiellement pr&#233;sent&#233; lors de la plus grande manifestation collective de la soci&#233;t&#233; gay d'avant-guerre, &#224; savoir les gigantesques bals travestis, qui &#233;taient calqu&#233;s sur le mod&#232;le des bals des d&#233;butantes et des bals costum&#233;s de la culture dominante et se tenaient &#224; date fixe &#224; New York, Chicago, La Nouvelle-Orl&#233;ans, Baltimore et dans d'autres villes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Chauncey, op. cit., p.17.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toute une subculture gay se r&#233;v&#232;le ainsi, avec ses codes, ses modalit&#233;s sp&#233;cifiques de sociabilit&#233; et de divertissements. Et le &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt;, s'il est &lt;i&gt;into&lt;/i&gt;, indique bien qu'il ne s'agit pas de &#171; s'avouer &#187; aux non-gays, mais de se pr&#233;senter publiquement, sur la sc&#232;ne qui sera la sienne &#8211; une forme d'intronisation, si l'on veut. Ce sur quoi il faut peut-&#234;tre surtout insister, c'est que si un monde gay visible existait en effet au d&#233;but du XXe si&#232;cle &#224; New York, ce monde entretenait des liens tr&#232;s &#233;vidents avec les milieux populaires, et ce monde, par ailleurs, n'existait pas de mani&#232;re &#233;tanche &#224; l'&#233;gard des h&#233;t&#233;rosexuels. Chauncey insiste sur l'acceptation beaucoup plus grande des gays dans les milieux populaires qu'au sein de la classe moyenne :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Alors que les &#233;tablissements et les bars du Bowery servaient avant tout de lieux de rencontre aux hommes des classes populaires, aussi bien gays que &#8220;normaux&#8221;, ils &#233;taient &#233;galement fr&#233;quent&#233;s par des hommes de classes moyennes, et pas seulement ceux qui venaient des quartiers r&#233;sidentiels pour y passer une nuit sans tabous. De nombreux hommes gays des quartiers r&#233;sidentiels y venaient aussi, afin d'&#233;chapper aux contraintes qui pesaient sur eux dans leur propre milieu. [&#8230;] Dans la mesure o&#249; &#8220;le monde sup&#233;rieur, chic, hypocrite et bigot, affirme Werther [un &#233;tudiant qui a v&#233;cu &#224; New York dans les ann&#233;es 1890 et 1900 &#8211; AN], consid&#232;re le bisexuel [par quoi il entend &#8220;un type interm&#233;diaire&#8221; ou tante, pr&#233;cise le traducteur] comme un monstre ou un paria, j'ai &#233;t&#233; &lt;i&gt;conduit&lt;/i&gt; &#224; me retrouver dans le monde des bas-fonds, d&#233;mocratique, franc et large d'esprit&#8221; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.62-63.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce monde, que fait revivre Chauncey, faisait se croiser, dans des bars, sur les quais, des &#171; tantes &#187; (gays d'apparence eff&#233;min&#233;e), des hommes virils, consid&#233;r&#233;s comme de &#171; vrais hommes &#187;, des hommes des classes moyennes, des ouvriers, des marins, mais aussi des prostitu&#233;.e.s de tous les sexes. Ce tableau, qui n'est pas sans rappeler les romans de Jean Genet, indique un univers aux fronti&#232;res poreuses, faisant se rencontrer une diversit&#233; sociale et sexuelle &#233;vidente, &#224; l'oppos&#233; du caract&#232;re &#171; unisexuel &#187; et socialement homog&#232;ne du monde gay, que d&#233;non&#231;ait Hocquenghem. On comprend que, dans cet univers, on &#233;chappait radicalement &#224; la r&#233;sorption de l'homosexualit&#233; dans une conception objectiviste (en fonction du choix de l'objet sexuel), qui ferait plus tard un gay de quiconque entretient des rapports sexuels avec d'autres hommes. Il est &#233;vident que si les &#171; tantes &#187; recherchaient de &#171; vrais hommes &#187;, leur attirance pour eux &#233;tait fond&#233;e sur le fait qu'ils ne les consid&#233;raient pas comme gays, de m&#234;me que si les hommes virils acceptaient ce type de relations, ils ne se consid&#233;raient pas eux-m&#234;mes comme gays. On reviendra sur les difficult&#233;s qu'une telle conception peut poser, mais &#233;coutons d'abord Chauncey, lorsqu'il &#233;voque un t&#233;moignage selon lequel la ligne de partage homo/h&#233;t&#233;ro a r&#233;duit les possibilit&#233;s de rencontre avec des hommes dits &#171; normaux &#187; pour les gays :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un [&#8230;] t&#233;moin, barman dans des &#233;tablissements gays depuis 1940, atteste ce r&#233;tr&#233;cissement des possibilit&#233;s ouvertes aux &#8220;normaux&#8221;, en notant, en 1983, que lui-m&#234;me et ses amis consid&#232;rent qu'il est devenu plus difficile, depuis un certain nombre d'ann&#233;es, &#8220;de se faire des h&#233;t&#233;ros&#8221;. Ce barman sugg&#232;re une explication &#224; cette &#233;volution, en reprochant am&#232;rement au &#8220;mouvement gay&#8221; d'avoir &#8220;fait peur&#8221; aux h&#233;t&#233;ros qui auraient pu avoir des rapports avec lui &#8211; peur de se voir alors eux-m&#234;mes &#233;tiquet&#233;s comme gays. [&#8230;] Le changement observ&#233; par le barman ne portait pas seulement sur la mani&#232;re dont les gens &#8220;pensaient&#8221; la sexualit&#233;, mais aussi sur la fa&#231;on dont l'id&#233;ologie se traduisait dans les r&#232;gles gouvernant les pratiques &#233;rotiques ordinaires &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p.36-37.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut adresser bien des objections &#224; ce mod&#232;le o&#249; l'homosexuel est la &#171; tante &#187; et o&#249; l'homme viril, lui, ne rel&#232;verait pas de la cat&#233;gorie &#171; gay &#187;. On pourrait d'abord consid&#233;rer que ce type de subjectivation des rapports sexuels se contente de reproduire le sch&#233;ma h&#233;t&#233;rosexuel, en ce que la &#171; tante &#187; serait consid&#233;r&#233;e comme une femme, l'homme viril, comme un homme. Et l'on ne peut nier qu'il arriva que bien des &#171; tantes &#187; fussent m&#233;pris&#233;es par leur amant, selon cet angle viriliste faisant que certains hommes &#233;tablissent un rapport de sup&#233;riorit&#233; &#224; l'&#233;gard des femmes. Chauncey le reconnait tout &#224; fait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dire que les tantes &#233;taient tol&#233;r&#233;es dans la plupart des milieux populaires ne revient pas &#224; dire qu'elles &#233;taient respect&#233;es. Les hommes qui devenaient des tantes devaient renoncer aux privil&#232;ges que leur donnait leur statut d'hommes. Si la culture populaire du genre offrait un espace aux tantes, c'&#233;tait un espace probl&#233;matique, et elles devaient se battre pour se cr&#233;er une place en tant que tantes dans leurs propres quartiers. [&#8230;] Si les tantes et les autres homosexuels &#233;taient largement reconnus en tant que types sociaux dans les rues des quartiers populaires, ils &#233;taient aussi consid&#233;r&#233;s comme des proies commodes par les bandes de jeunes qui contr&#244;laient les rues. &#8220;Aller casser de la tante&#8221; &#233;tait une mani&#232;re facile de se faire de l'argent, observait un jeune Italien de dix-neuf ans appartenant &#224; une bande de Harlem au d&#233;but des ann&#233;es 1930 &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p.81-82.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en cela que je pr&#233;cisais, en d&#233;but d'intervention, que rien n'&#233;tait plus &#233;tranger &#224; mon intention que de pr&#244;ner un retour pur et simple &#224; cette p&#233;riode de la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle pour les gays. Cela dit, pour cerner l'int&#233;r&#234;t, malgr&#233; tout, de cette p&#233;riode, pour nous, aujourd'hui, il convient d'abord de faire remarquer que ce n'&#233;tait pas avec n'importe quel type de femmes que les &#171; tantes &#187; &#233;taient quasiment assimil&#233;es &#8211; elles &#233;taient avant tout rapproch&#233;es des prostitu&#233;es femmes. Or, le statut que les hommes accordaient aux prostitu&#233;es et aux &#171; tantes &#187; diff&#233;rait du statut qu'ils conf&#233;raient aux femmes en tant que telles. C'est l&#224; qu'un trouble dans le genre et dans la sexualit&#233; s'introduit, de fait, quand bien m&#234;me il ne jouerait que sur le fond d'un m&#233;pris social :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un homme pouvait avoir une relation romantique avec une femme qu'il esp&#233;rait &#233;pouser et qu'il traitait avec affection et respect, mais il se sentait libre cependant d'avoir recours aux services d'une prostitu&#233;e pour satisfaire ses besoins sexuels imm&#233;diats. Tr&#232;s peu d'hommes auraient pu ne serait-ce qu'imaginer de remplacer leur bien-aim&#233;e par une tante [&#8230;]. Mais pour nombre d'entre eux, il &#233;tait relativement facile de remplacer une prostitu&#233;e par une tante, puisque tous les deux offraient une satisfaction sexuelle imm&#233;diate, et les plaisirs et les amusements d'une compagnie &#8220;f&#233;minine&#8221; d&#233;bauch&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p.111-112.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut bien s&#251;r insister sur le fait que c'est, dans cette p&#233;riode d'avant la seconde guerre mondiale, la repr&#233;sentation, g&#233;n&#233;ralement partag&#233;e, du fait qu'un homme ou une femme, en pratiquant une fellation, se trouve d&#233;choir de son statut social, qui implique que cette pratique est sollicit&#233;e aupr&#232;s des prostitu&#233;es et des &#171; tantes &#187;. En ce cas, on insisterait sur le m&#233;pris social s'attachant &#224; ces derni&#232;res. Mais on peut &#233;galement effectuer un pas de c&#244;t&#233;, en vue de s'interroger sur le caract&#232;re alors interchangeable des prostitu&#233;es et des tantes. C'est bien &#224; une dimension qu'on nommerait aujourd'hui &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; de l'identit&#233; sexuelle et de l'orientation sexuelle qu'on a &#224; faire ici. Insistant sur le fait que le pr&#233;jug&#233; selon lequel les prostitu&#233;es femmes &#233;taient plus susceptibles de transmettre des maladies sexuelles que les &#171; tantes &#187; n'&#233;tait pas rare, les hommes pr&#233;f&#233;raient avoir recours &#224; ces derni&#232;res, ne consid&#233;rant donc pas que ce type de relations f&#251;t de nature &#224; remettre en question leur virilit&#233;, Chauncey en conclut que l'appartenance sexuelle anatomique semble d&#232;s lors importer bien peu, ce qui conduit, de fait, ces relations sexuelles avec des tantes &#224; sortir de l'axe homo/h&#233;t&#233;rosexualit&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; S'il &#233;tait [&#8230;] possible de comparer les risques pour la sant&#233; que repr&#233;sentaient les prostitu&#233;es et les tantes, c'est bien parce que l'on pr&#233;supposait que les hommes pouvaient remplacer les prostitu&#233;es par des tantes sans mettre en p&#233;ril leur masculinit&#233;. Cette capacit&#233; des hommes &#224; &#233;valuer les plaisirs et les risques inh&#233;rents &#224; chaque type de rencontre fournit la meilleure preuve que l'axe h&#233;t&#233;ro-homosexualit&#233; ne gouvernait pas la mani&#232;re dont ils pensaient leurs pratiques sexuelles. Dans certaines circonstances, presque tous pouvaient faire le choix d'exp&#233;rimenter l'&#233;trange plaisir d'un rapport sexuel avec une tante &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p.115.&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait bien &#233;videmment insister sur les assignations de sexe qu'impliquait une telle conception des &#171; tantes &#187;, mais il me semble int&#233;ressant de bien voir que les pratiques qui en d&#233;coulaient ne se trouvaient pas limit&#233;es par ces repr&#233;sentations. En effet, le caract&#232;re substituable des &#171; tantes &#187; et des prostitu&#233;es implique un tel brouillage des identit&#233;s qu'on peut bien dire qu'en ce genre de relation circule &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; l'homosexualit&#233;, bien que ni l'homme viril ni la &#171; tante &#187; ne s'identifie comme homosexuel. Encore une fois, il est vrai qu'on pourrait y discerner le triomphe de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, avec des p&#244;les masculin et f&#233;minin, mais on peut tout aussi bien y voir une commune destitution de l'homosexualit&#233; et de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;. On se trouve face &#224; des pratiques qui n'impliquent pas une orientation sexuelle d&#233;termin&#233;e. Plus pr&#233;cis&#233;ment, des rapports objectivement d&#233;finis comme homosexuels peuvent &#234;tre v&#233;cus tr&#232;s diff&#233;remment, et il en va de m&#234;me pour des rapports identifi&#233;s objectivement comme h&#233;t&#233;rosexuels. J'y reviendrai en conclusion. Dans ces conditions, dire qu'il y a &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; l'homosexualit&#233; dans tout type de rapports sexuels, cela signifie &#224; la fois qu'on ne peut d&#233;finir objectivement un rapport sexuel comme homo ou h&#233;t&#233;rosexuel, et, d'autre part, que les p&#244;les masculin et f&#233;minin ne rec&#232;lent rien de monolithique (ce serait le cas si l'on r&#233;f&#233;rait le genre &#224; l'anatomie), leur d&#233;finition tenant bien davantage &#224; une sorte de jeu social. Il suffit de jouer &#224; la &#171; tante &#187; pour &#234;tre classifi&#233; comme femme, il suffit de jouer au macho pour &#234;tre classifi&#233; comme &#171; vrai homme &#187;. Pensons &#224; &lt;i&gt;Querelle&lt;/i&gt;, de Jean Genet : le personnage de Nono pr&#233;sente tous les attributs d'une extr&#234;me virilit&#233;, et cela ne l'emp&#234;chera pas d'accepter de se faire sodomiser par le patron du bar, &#224; la suite d'un pari perdu. Nono en &#233;prouvera un plaisir certain, ce qui indique quelque chose du jeu (de dupe) social auquel donne lieu le fait de surjouer la masculinit&#233; ou la f&#233;minit&#233;. Dans ce monde de m&#226;les, la tendresse (inavou&#233;e) y trouve aussi sa place &#8211; pensons au film &lt;i&gt;Chant d'amour&lt;/i&gt;, du m&#234;me Genet, lorsque le rapport sexuel entre deux m&#226;les en passe par la m&#233;taphore de la cigarette. Se joue ind&#233;niablement une dimension performative de l'identit&#233; sexuelle et du r&#244;le sexuel en toute cette affaire, et le fait qu'un homme se consid&#233;rant comme &#171; vrai homme &#187; puisse consid&#233;rer qu'en ayant un rapport sexuel avec une prostitu&#233;e ou une &#171; tante &#187;, cela ne change rien, prouve la puissance effective du performatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers ce retour vers le d&#233;but du XXe si&#232;cle, il s'agissait pour moi de tenter une forme de t&#233;lescopage entre deux temporalit&#233;s, objectivement tr&#232;s diff&#233;rentes, mais dont les diff&#233;rences m&#234;mes m'ont sembl&#233; riches d'enseignements. Aujourd'hui, se reconna&#238;tre (et s'affirmer) comme homosexuel passe g&#233;n&#233;ralement comme un gain de libert&#233;. D&#232;s lors, dans certaines cultures o&#249; l'id&#233;e m&#234;me du &lt;i&gt;coming out&lt;/i&gt; est impensable, il semble g&#233;n&#233;ralement qu'on est face &#224; des soci&#233;t&#233; en panne, du point de vue de la suppos&#233;e &#171; lib&#233;ration sexuelle &#187;. Les choses ne sont sans doute pas si simples. Bien s&#251;r, on peut y voir une crispation sur une forme de masculinisme, en ce que le fait de se dire gay vous ferait d&#233;choir de votre statut social. Mais l'important n'est-il pas plut&#244;t, au-del&#224; des repr&#233;sentations, dans ce qui peut se produire, effectivement, en termes de rapports sexuels ? Qu'un gar&#231;on de culture africaine continue de se dire homme et surtout pas gay, la belle affaire, lorsqu'il entretient une relation &#233;rotique avec un autre gar&#231;on ! Le fait m&#234;me qu'il place cette relation en dehors de l'axe homo/h&#233;t&#233;rosexualit&#233; fait de lui quelqu'un qui s'inscrit (sans le vouloir, &#224; son corps d&#233;fendant peut-&#234;tre) dans une pratique &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;. Il n'objective pas le sexe de son partenaire, et donc pas non plus la nature des rapports qu'il entretient avec lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour finir, j'&#233;voquerai le superbe roman de Francis Carco, &lt;i&gt;J&#233;sus la Caille&lt;/i&gt;. Au milieu d'une foule de personnages entre souteneurs, prostitu&#233;.e.s, &#171; tantes &#187;, Fernande, sous la domination du Corse, commence &#224; &#233;prouver une attirance pour la Caille :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Elle aimait alors Petit Maurice et, maintenant, c'est la Caille qu'elle aimait. Elle sentait combien profond&#233;ment il la tenait. De ses yeux grands cern&#233;s, de sa longue m&#232;che blonde, de sa bouche prometteuse et de sa peau de femme, elle &#233;tait &#233;prise par-dessus tout. Et il lui montait au c&#339;ur un imp&#233;rieux besoin d'&#234;tre avec lui moins de son sexe que de l'autre ; ce besoin la poursuivait depuis si longtemps !...&lt;br class='autobr' /&gt;
D'ailleurs, l'exemple &#233;tait-il rare d'une fille amoureuse d'un J&#233;sus ? Friquette, Gaby, la m&#244;me Gis&#232;le ne se g&#234;naient pas pour choisir comme amants les plus &#233;quivoques &#8220;flancheurs&#8221; du Moulin. Elle &#233;tait libre enfin et le mot de Friquette : &#8220;Ma ch&#232;re, c'est plus &#233;patant qu'une gonzesse !&#8221; lui &#233;tait rest&#233; dans l'esprit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Francis Carco, J&#233;sus la Caille, Albin Michel, 1932, p.65.&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment finir de mani&#232;re plus explicite cette intervention qu'&#224; travers cette citation, o&#249; il appert qu'un gar&#231;on eff&#233;min&#233; (une &#171; tante &#187;) serait peut-&#234;tre plus satisfaisant qu'une femme, pour quelqu'un ayant une attirance pour les femmes ? Toute la fluidit&#233; d'une homosexualit&#233; non substantielle me para&#238;t r&#233;sider en ces mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Naze&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Capitalisme et schizophr&#233;nie. Mille plateaux&lt;/i&gt;, Les &#233;ditions de Minuit, 1980, p.134.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy Hocquenghem, &lt;i&gt;La d&#233;rive homosexuelle&lt;/i&gt;, Jean-Pierre Delarge &#201;diteur, 1977, p.132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;, p.18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;George Chauncey, &lt;i&gt;Gay New York. 1890-1940&lt;/i&gt;, trad. Didier &#201;ribon, Fayard, 2003 pour la traduction fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Florence Tamagne, &lt;i&gt;Histoire de l'homosexualit&#233; en Europe, Berlin, Londres, Paris 1919-1939&lt;/i&gt;, Le Seuil, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#233;meutes de Stonewall sont une s&#233;rie de manifestations spontan&#233;es et violentes contre un raid de la police qui a eu lieu dans la nuit du 28 juin 1969 &#224; New York, au Stonewall Inn, dans le quartier de Greenwich Village, dans l'&#201;tat de New York. Ces &#233;v&#233;nements sont souvent consid&#233;r&#233;s comme la premi&#232;re lutte des personnes gays, lesbiennes, bisexuelles et transgenres contre un syst&#232;me oppressant, soutenu par les autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Chauncey, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p.62-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;, p.36-37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;, p.81-82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;, p.111-112.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Id.&lt;/i&gt;, p.115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Francis Carco, &lt;i&gt;J&#233;sus la Caille&lt;/i&gt;, Albin Michel, 1932, p.65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Charlot majeur / mineur</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1188</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1188</guid>
		<dc:date>2023-08-08T13:40:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luca Salza</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le personnage que Charlie Chaplin invente &#224; partir de 1914 &#8211; m&#234;me quand il n'est pas a Tramp, c'est-&#224;-dire un exclu absolu vivant de l'aum&#244;ne &#8211; occupe une position sociale toujours subalterne. S'il travaille, il est serveur, apprenti ma&#231;on, assistant tailleur, d&#233;m&#233;nageur, homme &#224; tout faire, concierge, ouvrier, etc... Parfois il essaie de gagner son pain en montant sur un ring de boxe&#8230; D'autres fois il doit jouer de la musique dans la rue ou monter sur un trap&#232;ze pour pouvoir vivre. Il lui (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=59" rel="directory"&gt;&#202;tre (devenir) minoritaire - Universit&#233; d'&#233;t&#233;, du 22 juillet au 31 juillet 2023 / To be (become) minority - Summer conference, from 7/22 to 7/31&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le personnage que Charlie Chaplin invente &#224; partir de 1914 &#8211; m&#234;me quand il n'est pas &lt;i&gt;a Tramp&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire un exclu &lt;i&gt;absolu&lt;/i&gt; vivant de l'aum&#244;ne &#8211; occupe une position sociale toujours subalterne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je pr&#233;sente ici une version sensiblement diff&#233;rente, surtout dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'il travaille, il est serveur, apprenti ma&#231;on, assistant tailleur, d&#233;m&#233;nageur, homme &#224; tout faire, concierge, ouvrier, etc... Parfois il essaie de gagner son pain en montant sur un ring de boxe&#8230; D'autres fois il doit jouer de la musique dans la rue ou monter sur un trap&#232;ze pour pouvoir vivre. Il lui arrive m&#234;me d'&#234;tre oblig&#233; d'&#233;migrer pour chercher sa place dans la soci&#233;t&#233;. Souvent il vit carr&#233;ment en dehors, ou plus pr&#233;cis&#233;ment sur les marges dangereuses de la soci&#233;t&#233; : il est alors bandit, ancien d&#233;tenu, &#233;vad&#233; de prison&#8230; En somme, cette fr&#234;le figure aspire &#224; incarner les diff&#233;rentes physionomies que la &lt;i&gt;pr&#233;carit&#233;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'exclusion&lt;/i&gt; assument dans le monde contemporain.&lt;br class='autobr' /&gt; Elle est sans toit (son lit est par terre, comme celui d'un chien, &lt;i&gt;A Dog's life&lt;/i&gt;, 1918) sans foi (dans &lt;i&gt;The Pilgrim&lt;/i&gt;, 1922, lui, l'&#233;vad&#233;, ose se faire passer pour un pasteur ; dans &lt;i&gt;Easy Street&lt;/i&gt;, 1917, il se rend dans la mission de bienfaisance afin de d&#233;rober la qu&#234;te), sans loi (&lt;i&gt;Modern Times&lt;/i&gt; sont les temps, &lt;i&gt;nos temps&lt;/i&gt;, o&#249; un prol&#233;taire ou &#224; fortiori un &lt;i&gt;lumpen&lt;/i&gt; est oblig&#233; de cumuler les d&#233;lits pour vivre : manifestations ill&#233;gales, braquages de grands magasins, faux papiers&#8230;), il est sans travail ou avec de petits boulots : dans &lt;i&gt;Work&lt;/i&gt;, 1915, il se pr&#233;sente comme un esclave ou un animal, il tire une charrette transportant son ma&#238;tre et ses outils de travail. Il est proprement &lt;i&gt;inhumain&lt;/i&gt;. D'ailleurs, il est &lt;i&gt;sans nom&lt;/i&gt;. En Europe continentale, on a pris l'habitude de lui donner un nom, on l'appelle &lt;i&gt;Charlot&lt;/i&gt;, mais dans les films produits aux &#201;tats Unis le personnage invent&#233; par Chaplin n'a aucun nom. Dans le g&#233;n&#233;rique de ces films, il est souvent d&#233;sign&#233; simplement comme &lt;i&gt;a Tramp&lt;/i&gt; (dans &lt;i&gt;The Kid&lt;/i&gt;, 1921, ou dans &lt;i&gt;City Lights&lt;/i&gt;, 1931, par exemple) ou bien il est pr&#233;sent&#233; selon la fonction qu'il joue &#224; l'&#233;cran (&lt;i&gt;a Farmer Worker&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Modern Times&lt;/i&gt;, 1936 ; &lt;i&gt;an Immigrant&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;The Immigrant&lt;/i&gt;, 1917 ; &lt;i&gt;a Jewish Barber&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;The Great Dictator&lt;/i&gt;, 1940 ; etc.). Il faut insister sur l'article ind&#233;fini, comme le sugg&#232;re Alain Brossat : cette silhouette mis&#233;rable, migrante, subalterne est &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; parmi des millions. L'article ind&#233;fini ne veut pr&#233;cis&#233;ment pas d&#233;terminer l'identit&#233; du personnage, il ne veut pas l'individualiser. Aussi pr&#233;sente-t-il &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; personnage sous son aspect le plus g&#233;n&#233;ral sans le rapporter &#224; un &#234;tre d&#233;termin&#233;. Rien ne doit distinguer le Charlot de Chaplin de la foule innombrable du peuple-monde, ce que le po&#232;te Jack Hirschman appelle le &#171; plan&#233;tariat &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ici un extrait d'un de ses po&#232;mes : . En fran&#231;ais on peut lire une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Chaplin cr&#233;e son personnage, quand Charlot fait ses d&#233;buts au cin&#233;ma, cette figure se pr&#233;sente pr&#233;cis&#233;ment comme une figure &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;, une figure qui ne devrait pas &#234;tre &#224; l'&#233;cran. Or, ce marginal fait tout pour s'imposer &#224; l'&#233;cran. Comme s'il &#233;tait absolument conscient qu'un personnage &lt;i&gt;mineur&lt;/i&gt; devait entrer par effraction dans un monde, le cin&#233;ma, qui n'est pas le sien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me r&#233;f&#232;re au tout premier film projet&#233; dans une salle de cin&#233;ma o&#249; appara&#238;t Charlot (et non le premier &#224; &#234;tre r&#233;alis&#233;). On est en 1914 (date fatidique, rupture &#233;pocale dans l'histoire de l'occident), le film s'intitule &lt;i&gt;Kid Auto Races at Venice&lt;/i&gt; (traduit en fran&#231;ais, va savoir pourquoi, &lt;i&gt;Charlot est content de lui&lt;/i&gt; !). Il s'agit d'un court m&#233;trage de six minutes. Le voici :&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/H0JacFUP99Y&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=H0JacFUP99Y&amp;ab_channel=OldClassicMovies&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=H0JacFUP99Y&amp;ab_channel=OldClassicMovies&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charlot est ici un chahuteur, m&#234;me pas tr&#232;s sympathique. Lors d'une course de voitures d'enfants, plac&#233;es sur un toboggan et s'affrontant dans une descente, Charlot tente de se faire cadrer par une cam&#233;ra qui est l&#224; pour filmer la course : il se met toujours devant la cam&#233;ra, de sorte que le cam&#233;raman ou son assistant le repousse &#224; coups de poing ou de gifles ou &#224; coups de pieds, bref : tout le r&#233;pertoire des bagarres du cin&#233;ma muet. D&#232;s les premiers moments du film, Charlot cherche toujours le devant de la sc&#232;ne et tente de l'occuper. Dans le final, ce que Charlot tente d'accomplir avec insistance pendant six minutes est accompli : il parvient &#224; s'imposer, &#224; la cam&#233;ra qui filme le documentaire sur cette course automobile. &lt;i&gt;Kid Auto Races&lt;/i&gt; se termine par un gros plan sur le visage fortement grotesque de Charlot.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est lui le personnage du XXe si&#232;cle, et non la dame du public qui, dans l'une des sc&#232;nes, se couvre le visage d'une feuille de papier pour ne pas &#234;tre film&#233;e. Seul celui dont l'apparition a &#233;t&#233; enregistr&#233;e par la cam&#233;ra peut s'imposer &#224; tous. Seul celui dont la pr&#233;sence a &#233;t&#233; film&#233;e peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme existant r&#233;ellement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce tr&#232;s gros plan sur la grimace grotesque du Charlot dit que ce personnage na&#238;t comme un &#233;l&#233;ment perturbateur, comme une cr&#233;ature nuisible, comme un homme venu d'un autre monde. Il est le vestige agit&#233; d'un monde enseveli, qui trouve toutefois la force de &lt;i&gt;se manifester&lt;/i&gt; gr&#226;ce au cin&#233;ma (le propre du cin&#233;ma de Charlot est de faire &#233;merger la minorit&#233;, de lui donner consistance, d'o&#249; l'importance de ce geste inaugural).&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, l'appartenance de Charlot &#224; une &lt;i&gt;foule&lt;/i&gt; d'exclus, de marginaux, de pauvres, de soumis signifie que son existence, comme toute existence prol&#233;tarienne ou sous-prol&#233;tarienne, se joue sur des exp&#233;riences limites. Il peut avoir des accidents de travail, il peut rester au ch&#244;mage, il peut &#234;tre vir&#233; du jour au lendemain, il peut vivre sous les ponts, il peut &#234;tre oblig&#233; de devenir cambrioleur (&lt;i&gt;Police&lt;/i&gt;, 1916), on peut lui soutirer le fils qu'il a &#233;lev&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La solitude de Charlot est souveraine, mais ce petit personnage traverse les m&#234;mes tribulations que tous les anonymes, les incompt&#233;s appartenant au &#171; plan&#233;tariat &#187;. Les m&#233;saventures de Charlot sont les m&#234;mes que celles de millions de gens habitant sur cette Terre. Ces gens s'avancent dans l'existence comme s'ils &#233;taient toujours sur une corde raide : des &#233;quilibristes entre la (sur)vie et la mort. &lt;i&gt;A Tramp&lt;/i&gt; offre une synth&#232;se po&#233;tique de ces vies quand il monte sur le fil pour remplacer le funambule dans &lt;i&gt;The Circus&lt;/i&gt;, 1928. Quand il perd la corde qui le soutient, il marche en se demandant de quel c&#244;t&#233; il va tomber. Des singes lui compliquent, en plus, la t&#226;che !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_754 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/luca1.jpg' width='500' height='494' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ici la s&#233;quence vid&#233;o :&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/_Cfr7iv78o4&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=_Cfr7iv78o4&amp;ab_channel=CharlieChaplin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=_Cfr7iv78o4&amp;ab_channel=CharlieChaplin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Charlot, les &#171; derniers de cord&#233;e &#187; peuvent d'un jour &#224; l'autre perdre l'&#233;quilibre et dispara&#238;tre. O&#249; finissent par exemple les petites s&#339;urs de la gamine de &lt;i&gt;Modern Times&lt;/i&gt; apr&#232;s l'assassinat de leur p&#232;re durant la manifestation contre le ch&#244;mage ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;but de &lt;i&gt;The Gold Rush&lt;/i&gt; (1925) montre des milliers d'anonymes, une masse silencieuse de pauvres, en marche. Les plans d'ensemble donnent l'impression de voir de petits animaux grimpant avec difficult&#233; vers la cr&#234;te d'une montagne. Quand la cam&#233;ra s'approche, on voit, sans voir leurs visages, des pauvres, certains parmi eux tombent par terre &#233;puis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici la s&#233;quence vid&#233;o :&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/irT0-QcXEr0&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=irT0-QcXEr0&amp;t=2s&amp;ab_channel=CinemaHistory&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=irT0-QcXEr0&amp;t=2s&amp;ab_channel=CinemaHistory&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le destin des gens du &#171; plan&#233;tariat &#187; n'est jamais garanti : la fin de tout est, d'ailleurs, une hypoth&#232;se toujours possible. Un peu &#224; l'&#233;cart, &lt;i&gt;a Lone Prospector&lt;/i&gt;, notre fr&#232;re Charlot, incarne bien cette possibilit&#233; : il marche sur une esp&#232;ce de corniche, le long d'un ab&#238;me perpendiculaire. Une ourse appara&#238;t le long de ce chemin pr&#234;te pour le d&#233;vorer. Il s'en sort, mais, tout au long du film, il continue de c&#244;toyer le &lt;i&gt;danger&lt;/i&gt;. Des hommes veulent le tuer, et m&#234;me le manger tout cru (le devenir-poule de Charlot manifeste bien la fa&#231;on dont le comique de Charlot peut surgir des terreurs les plus terribles des hommes, comme le dit Benjamin (&#171; Charlot est devenu le plus grand comique parce qu'il a incorpor&#233; l'&#233;pouvante la plus profonde de ses contemporains &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_755 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/luca2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/luca2.jpg' width='466' height='833' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ici la s&#233;quence vid&#233;o :&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/lAop4Su5Uag&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/results?search_query=charlot+chicken&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/results?search_query=charlot+chicken&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce film le comique d&#233;rive m&#234;me d'un tabou qu'on croit surann&#233;, le cannibalisme, et pourtant la barbarie, dit constamment Chaplin, est une des possibilit&#233;s de l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans cette optique benjaminienne, le comique de Chaplin est souvent tr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Une bourrasque affreuse de vent et de neige arrache du sol la maison dans laquelle &lt;i&gt;a Tramp&lt;/i&gt; vit. La s&#233;quence o&#249; cette maison va pencher pendant de longs moments sur le bord du gouffre avant de chuter nous dit parfaitement la condition dans laquelle vivent les &lt;i&gt;Charlots&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_756 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/luca3.jpg' width='470' height='626' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Ici la s&#233;quence vid&#233;o :&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/uFS7H1-YFV4&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=uFS7H1-YFV4&amp;ab_channel=CharlieChaplin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=uFS7H1-YFV4&amp;ab_channel=CharlieChaplin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Charlots dandinent leurs corps toujours plus m&#233;caniques entre la lumi&#232;re et la nuit la plus noire, ils n'ont m&#234;me pas une maison o&#249; se prot&#233;ger. Le final de &lt;i&gt;The Pilgrim&lt;/i&gt;, 1923, est exceptionnel &#224; cet &#233;gard : le sh&#233;rif redonne la libert&#233; &#224; l'&#233;vad&#233;, ce dernier commence &#224; r&#234;ver de paix et de bonheur au Mexique. Mais il est accueilli dans le d&#233;sert par des personnes qui se tirent des coups de pistolet. O&#249; aller donc ? Vers la prison, aux &#201;tats Unis, ou vers la guerre, au Mexique ? Le petit &lt;i&gt;Tramp&lt;/i&gt; choisit de rester sur la ligne, il court le long de la fronti&#232;re entre les deux Pays, un pied &#224; droite l'autre &#224; gauche. Il a appris &#224; rester en &#233;quilibre entre deux maux.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/_pnr6I_31o8&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=_pnr6I_31o8&amp;ab_channel=EnricoGiacovelli&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=_pnr6I_31o8&amp;ab_channel=EnricoGiacovelli&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;Charlots&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;petits hommes&lt;/i&gt;, n'ont nulle part o&#249; aller dans la soci&#233;t&#233; contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Lumi&#232;res ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charlot, &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; vagabond, &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; ligne de vie, fait voir, met de la &lt;i&gt;lumi&#232;re&lt;/i&gt; sur ce que vivent de millions d'autres ombres fugitives sur la terre. Que r&#233;v&#232;le-t-elle cette lumi&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'artiste ne voit plus la beaut&#233; du monde, il ne voit qu'un monde r&#233;duit en cendres. Chaplin ne met pas de la lumi&#232;re pour chercher un &lt;i&gt;dessein&lt;/i&gt; dans l'histoire, pour indiquer un autre futur possible. Quand Charlot allume les lumi&#232;res, il veut, en effet, montrer la catastrophe.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#234;tre-cin&#233;aste de Chaplin tient dans cette volont&#233;. Que r&#233;v&#232;lent-elles, que montrent, par exemple, les &#171; lumi&#232;res &#187; qu'il allume sur la ville ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;City Lights&lt;/i&gt;, 1931, est un film sur la Grande D&#233;pression. Le film s'ouvre avec une s&#233;quence o&#249; des notables inaugurent un monument &#171; Paix et Prosp&#233;rit&#233; &#187;. Quand on enl&#232;ve les draps des trois statues pour les montrer et faire commencer la f&#234;te, on d&#233;couvre qu'&lt;i&gt;un&lt;/i&gt; vagabond (Charlot) dort sous ces voiles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_757 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/luca4.jpg' width='500' height='633' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ici la s&#233;quence video :&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/cFbftYfXsnc&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=cFbftYfXsnc&amp;ab_channel=CharlieChaplin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=cFbftYfXsnc&amp;ab_channel=CharlieChaplin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite silhouette de Charlot perturbe la solennit&#233; de l'&#233;v&#233;nement en en d&#233;voilant la &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; : on parle de paix et de prosp&#233;rit&#233;, mais il y a des gens qui vivent dans la rue. Les lumi&#232;res sur la ville &#8211; les lumi&#232;res qu'allume le cin&#233;ma, pas celles de la publicit&#233; &#8211; montrent la mis&#232;re et la violence des rapports sociaux. Elles illuminent les f&#234;tes, les repas et les cotillons, d'une part, elles montrent la pauvret&#233; extr&#234;me, l'atmosph&#232;re de mort, de l'autre. En r&#233;alit&#233;, la paix et la prosp&#233;rit&#233; ne sont nulle part. Le millionnaire qui veut se suicider au d&#233;but du film indique la d&#233;cision prise apr&#232;s le krach &#224; la Bourse de New York par beaucoup d'actionnaires ruin&#233;s &#224; l'improviste. &lt;i&gt;A Tramp&lt;/i&gt; le sauve. Il &#233;tait sur les quais puisqu'il cherchait sous les ponts un repaire pour la nuit plus s&#251;r qu'un monument. C'est une autre face de la crise &#233;conomique. Cette rencontre serait l'occasion id&#233;ale d'une amiti&#233; entre des hommes issus de milieux diff&#233;rents. Or, la nuit, quand le millionnaire est ivre, ils sont effectivement amis, mais quand la lumi&#232;re du jour appara&#238;t le riche chasse le vagabond comme un malpropre jusqu'au point de le faire arr&#234;ter par la police &#224; la fin du film. Entre-temps, le vagabond est tomb&#233; amoureux d'une jeune fille aveugle qui vend des fleurs dans la rue. Il lui fait croire qu'il est un millionnaire en subtilisant de temps en temps argent et Rolls Royce au vrai millionnaire. La fille ne voit pas, elle reconstruit dans son r&#234;ve la rencontre avec cet homme inconnu : ses lumi&#232;res sont fortement illusoires, comme celles des publicit&#233;s. Charlot, en revanche, cabotin, voit tout. Quand il allume les lumi&#232;res sur la jeune fille, en rentrant chez elle, il d&#233;couvre qu'elle vit dans une condition sociale mis&#233;rable. Ses yeux pleins de lumi&#232;re peuvent savoir qu'elle et sa grand-m&#232;re sont menac&#233;es d'expulsion de leur logement (le devenir vagabond est une perspective concr&#232;te pour tous les pauvres). Se m&#233;fiant du rapport avec le millionnaire, il se met &#224; travailler, il devient balayeur (porosit&#233; entre le monde &lt;i&gt;lumpen&lt;/i&gt; et le monde du travail), il montera m&#234;me sur un ring de boxe pour gagner de l'argent. &lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;alit&#233;, la voie l&#233;gale tout comme le r&#234;ve am&#233;ricain du &#171; faire &#187; pour s'en sortir et pour sortir la fille de sa condition ne marchent pas vraiment. C'est ce que les lumi&#232;res ont montr&#233;. Pour obtenir de l'argent qui permettra l'op&#233;ration des yeux de la jeune fille il doit compter encore sur le millionnaire qui le lui donne, mais il oublie et fait arr&#234;ter le vagabond qui est pris pour un cambrioleur. Avant de finir en prison, exp&#233;rience-limite de tout prol&#233;taire ou &lt;i&gt;lumpen&lt;/i&gt;, Charlot r&#233;ussit &#224; donner la somme d'argent &#224; la fille pour la faire op&#233;rer. Quand il sort de prison, longtemps apr&#232;s, des enfants se moquent encore de lui dans la rue. &lt;i&gt;A Tramp&lt;/i&gt; est vraiment le dernier des hommes. Il erre, comme d'habitude, dans la ville. Au coin d'une rue, il voit la jeune fille qui a recouvr&#233; la vue et poss&#232;de maintenant un magasin de fleurs. Elle rit, elle aussi, du Vagabond, comme les enfants. Ce &lt;i&gt;Tramp&lt;/i&gt; la regarde toutefois avec trop d'insistance. Elle se d&#233;fend en essayant d'en rire encore avec ses coll&#232;gues. Mais la jeune fille commence &#224; &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt; quelque chose. Elle le &lt;i&gt;sent&lt;/i&gt; plut&#244;t : quand elle lui prend les mains, elle le reconna&#238;t : &#171; Vous ? &#187;. Son regard se remplit d'effroi. Enfin elle aussi &lt;i&gt;voit&lt;/i&gt; et ne peut voir qu'une catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/ZJKfmsuvGHg&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ZJKfmsuvGHg&amp;ab_channel=CharlieChaplin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=ZJKfmsuvGHg&amp;ab_channel=CharlieChaplin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard Chaplin propose une m&#234;me &lt;i&gt;confrontation de l'&#233;pouvante&lt;/i&gt; entre quelqu'un qui a la lumi&#232;re des choses et une autre personne qui ne voit pas. Je me r&#233;f&#232;re &#224; la danse de Charlot, les yeux band&#233;s, au bord du gouffre, dans le grand magasin des &lt;i&gt;Modern Times&lt;/i&gt;. Il est amoureux, insouciant, il a m&#234;me retrouv&#233; un travail, mais il ne voit pas que ses patins peuvent le conduire vers l'ab&#238;me. La Gamine, de son c&#244;t&#233;, le regarde terroris&#233;e puisque justement elle voit le &lt;i&gt;danger&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/kPcEFHA3X0c&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=kPcEFHA3X0c&amp;ab_channel=CharlieChaplin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=kPcEFHA3X0c&amp;ab_channel=CharlieChaplin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens du &#171; plan&#233;tariat &#187; selon Chaplin seraient pr&#233;cis&#233;ment celles et ceux qui n'ont pas un sol stable o&#249; tenir debout &#8211; les migrants sur un bateau, les travailleurs dans les mines, les serveurs dans un restaurant plein, les ouvriers sous la menace constante de licenciement, ceux et celles qui vivent dans un &#233;quilibre pr&#233;caire &#8211; et qui ne le voient pas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La nouvelle Internationale chaplinienne est, dans cette optique, tout &#224; fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Les Temps Modernes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaie de terminer, en me concentrant sur ce film (Les Temps Modernes). La grande question que Chaplin pose est une question &lt;i&gt;&#233;cologique&lt;/i&gt;, &#224; savoir la question de l'habitabilit&#233; du monde. Pour lui, il est impossible d'habiter dans ce monde. La critique de l'&lt;i&gt;oikos&lt;/i&gt; est radicale. C'est la raison pour laquelle son personnage principal n'a pas de maison : son exclusion radicale n'est pas d&#233;pourvue de sens, Charlot a compris que l'on ne peut plus avoir de maison o&#249; se prot&#233;ger, ni un quelconque refuge en dehors, dans une soi-disant &lt;i&gt;nature&lt;/i&gt;. La maison, comme refuge, comme &#238;lot de paix, est une illusion, tout comme la nature.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/Q8HyRVgVG_Y&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Q8HyRVgVG_Y&amp;ab_channel=CharlieChaplin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=Q8HyRVgVG_Y&amp;ab_channel=CharlieChaplin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de nature chez Chaplin, il n'y a probablement plus &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt;, comme si tout avait vol&#233; en &#233;clats &#224; la suite d'une explosion. La critique de la maison va de pair, chez Chaplin, avec une critique d'une certaine id&#233;ologie de la nature. Les paysages bucoliques n'apparaissent qu'en r&#234;ve tout comme les moments de paix. Son personnage &#233;volue dans un monde en ruines, la canne lui sert effectivement &#224; voir s'il y a quelque chose qui bouge encore sous les cendres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant une tr&#232;s longue s&#233;quence historique, Chaplin ne cesse de s'interroger sur le d&#233;sastre sous toutes ses manifestations apparentes : les rapports entre les hommes sont totalement monstrueux (songeons &#224; la relation ma&#238;tre-serviteurs dans &lt;i&gt;Pay Day&lt;/i&gt;, 1922), les villes sont des champs de ruine (pensons au d&#233;but de &lt;i&gt;The Kid&lt;/i&gt;), les hommes se droguent, boivent, volent pour pouvoir vivre dans ce monde (&lt;i&gt;The Kid&lt;/i&gt;, la s&#233;quence de &lt;i&gt;Pay Day&lt;/i&gt; o&#249; les ma&#231;ons se retrouvent au pub, les anciens ouvriers de &lt;i&gt;Modern Times&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'espace de Charlot est, en somme, un d&#233;sert. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la fin du monde tout est p&#233;trifi&#233;, comme le regard de la jeune fille &#224; la fin de &lt;i&gt;City Lights&lt;/i&gt;. Charlot bouge l&#224;-dedans. Il ne peut pas sortir. Charlot est sur la cha&#238;ne de montage dans &lt;i&gt;Modern Times&lt;/i&gt;. Il y est comme un condamn&#233; &#224; perp&#233;tuit&#233;. Il subit toutes les vexations possibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les Temps modernes sont pr&#233;cis&#233;ment les temps o&#249; un pauvre n'a pas d'issues &#224; sa situation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quels sont les lieux o&#249; vit Charlot dans ce film ? Quelles vies m&#232;ne-t-il ? Quelles exp&#233;riences affronte-t-il ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il vague entre :&lt;br class='autobr' /&gt;
a)	Un travail m&#233;canis&#233;. L'usine&lt;br class='autobr' /&gt;
b)	L'h&#244;pital psychiatrique&lt;br class='autobr' /&gt;
c)	La rue. Il est au ch&#244;mage.&lt;br class='autobr' /&gt;
d)	La prison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi ces endroits et ces diff&#233;rentes exp&#233;riences, l&#224; o&#249; il est vraiment bien c'est en prison.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_758 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/luca5.jpg' width='435' height='746' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La place id&#233;ale de la pl&#232;be est en prison. Loin des dangers, avec les &#171; siens &#187;. Lib&#233;r&#233; contre sa volont&#233;, apr&#232;s diff&#233;rentes p&#233;rip&#233;ties, Charlot obtient un emploi de gardien de nuit dans un grand magasin et introduit sa nouvelle amie, la &#171; Gamine &#187;, &#171; sans toit ni loi &#187; comme lui, dans ces grands magasins pour lui donner la possibilit&#233; de dormir dans de beaux draps. C'est la tentative d'insertion de la pl&#232;be dans le monde de la marchandise. Apr&#232;s avoir eu peur avec les patins, Charlot reprend son travail de gardien et inspecte les lieux. Il descend et d&#233;couvre des cambrioleurs. Il s'agit de ses anciens compagnons d'usine qui ont &#233;t&#233; licenci&#233;s et n'ont pas d'autres solutions que de voler pour vivre. Charlot, cela va sans dire, ne les d&#233;nonce pas, il sympathise avec eux et ils passent toute la nuit &#224; se saouler. Solidarit&#233; de classe. Se r&#233;veillant le lendemain matin dans un tas de tissus, Charlot est arr&#234;t&#233; une fois de plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Retour donc &#224; la case prison : le cycle recommence. Sorti de prison, il sera au ch&#244;mage, il trouve un emploi dans une usine. Il est impliqu&#233;, &lt;i&gt;par hasard&lt;/i&gt;, dans une gr&#232;ve. &lt;i&gt;Par hasard&lt;/i&gt;, il jette une pierre sur la t&#234;te d'un policier venu mater la r&#233;volte ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette s&#233;quence pr&#233;sente quelques &#233;l&#233;ments caract&#233;ristiques de la &lt;i&gt;position&lt;/i&gt; de Chaplin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) La r&#233;volte advient toujours de mani&#232;re casuelle. Dans une s&#233;quence de ce m&#234;me film, Charlot devient le meneur d'une insurrection ouvri&#232;re en ramassant simplement un drapeau rouge tomb&#233; d'un camion. Il veut le restituer aux conducteurs de l'engin, il le l&#232;ve pour &#234;tre vu, mais ce geste fait r&#233;unir autour de lui les ouvriers en col&#232;re qui commencent une manifestation. Charlot ne &lt;i&gt;r&#233;siste&lt;/i&gt; pas, il subit plut&#244;t les situations. Mais il y a toujours un geste inattendu, un mouvement intempestif qui lui permet, par hasard, de se soustraire aux rapports de pouvoir. La r&#233;volte est inconditionn&#233;e ou n'est pas. Le pouvoir de la destitution &#8211; r&#233;duire &#224; l'insignifiant tout pouvoir constitu&#233; &#8211; est un geste &#233;ph&#233;m&#232;re, il appara&#238;t comme un &#233;clair. Charlot le montre bien. Il semble &#233;galement avoir compris que ce geste ne doit conqu&#233;rir le temps et l'espace, avec des d&#233;clarations, des programmes, des organisations, des chefs, il doit demeurer une suspension du temps, il doit continuer &#224; faire le vide, il doit interrompre toute possibilit&#233; d'une r&#233;organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Le caract&#232;re al&#233;atoire de ce geste pr&#233;serve la solitude souveraine de Charlot. La position du Vagabond est une position minoritaire m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur d'un groupe social opprim&#233; comme la classe ouvri&#232;re. C'est comme si Chaplin voulait &#234;tre une minorit&#233; de la minorit&#233;, comme s'il ne voulait jamais s'int&#233;grer dans un groupe, une classe sociale. En des termes deleuziens, on pourrait dire que Charlot n'est jamais mineur, il ne cesse de le devenir. En somme, ce devenir confirme que la condition mineure de Charlot n'est pas seulement une question sociologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Conclusions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le geste inaugural du cin&#233;ma de Chaplin est la tentative de Charlot de s'imposer devant la cam&#233;ra dans &lt;i&gt;Kids Auto Races at Venise&lt;/i&gt;. Il s'agit de l'irruption violente de la condition mineure dans ce nouvel art qu'est le cin&#233;ma. Mais Chaplin ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Apr&#232;s avoir mis &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; vagabond devant la cam&#233;ra, son op&#233;ration consistera &#224; s'emparer de cette cam&#233;ra. C'est une op&#233;ration titanesque : ce cin&#233;ma mineur veut se transformer aussi en cin&#233;ma majeur. Chaplin devient r&#233;alisateur pour accomplir cette t&#226;che. Il n'est pas encore &#171; content de lui &#187;. Il deviendra producteur et distributeur de films. Pas &#224; petite &#233;chelle. Il est un des cr&#233;ateurs de l'industrie cin&#233;matographique hollywoodienne. &lt;br class='autobr' /&gt;
A partir de ce moment, &#224; partir du moment o&#249; Chaplin fonde United Artists Corporation, son cin&#233;ma mineur vit dans un &#233;quilibre pr&#233;caire avec cette op&#233;ration majeure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le personnage est toujours le m&#234;me, les th&#233;matiques aussi, ils sont toutefois transport&#233;s vers une dimension industrielle. La tentative de Charlot consiste en inscrire la figure fragile, minuscule, d'un pl&#233;b&#233;ien dans la dur&#233;e, dans l'histoire du cin&#233;ma. C'est &#233;videmment aussi une tentative de prot&#233;ger sa libert&#233; artistique. Tout au long de ce parcours Chaplin sera adul&#233; par un public enthousiaste aux quatre coins de la plan&#232;te, mais on ne lui jettera pas que des fleurs. Chaplin a beau &#234;tre un milliardaire et l'homme le plus populaire du monde, il sera chass&#233; comme un migrant quelconque des &#201;tats Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son op&#233;ration &#233;choue peut-&#234;tre. Un de ses derniers films &#8211; un des plus beaux, selon moi &#8211; &lt;i&gt;Limelight&lt;/i&gt; (1952), est, en fin des comptes, le constat de l'&#233;chec de la tentative de porter le cin&#233;ma mineur dans une dimension majeure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce film Chaplin raconte son monde, le monde de son enfance, le monde des artistes populaires de Londres, le monde d'avant la Grande Guerre (le film se situe quelques semaines avant le d&#233;clenchement de la Premi&#232;re Guerre mondiale), le monde du music-hall, le monde du cin&#233;ma muet (incarn&#233; par la r&#233;apparition &#224; l'&#233;cran d'un extraordinaire Buster Keaton). Le d&#233;roulement de l'histoire du film d&#233;montre que ce monde est d&#233;sormais mort. En effet, Cravero, la derni&#232;re transfiguration de Charlot, mourra. Il meurt englouti, comme son monde, par l'histoire triomphante du cin&#233;ma hollywoodien. Chaplin a perdu sa bataille artistique et politique. Alors qu'il est &#224; Londres pour la premi&#232;re du film, le 16 octobre 1952, les autorit&#233;s des USA se d&#233;cha&#238;nent contre lui au point qu'il d&#233;cide de quitter ce pays. Son r&#234;ve de porter l'art mineur dans la forteresse du capitalisme mondial et dans l'histoire majeure du cin&#233;ma n'est pas couronn&#233; de succ&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout est fini ? Oui, tout est fini. Mais les images de Chaplin &#8211; les vies pr&#233;caires qu'elles fixent &#8211; &lt;i&gt;survivent&lt;/i&gt; &#224; leur propre naufrage chaque fois qu'un enfant les regarde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Luca Salza&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The Tramp : The Great Deserter / Charlot : le grand d&#233;serteur&lt;/i&gt;, K. Revue trans-europ&#233;enne de philosophie et arts, 10 &#8211; 1 / 2023. URL : &lt;a href=&#034;https://revue-k.univ-lille.fr/numero-10.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://revue-k.univ-lille.fr/numero-10.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agee, J., 2010, &lt;i&gt;Le vagabond d'un nouveau monde&lt;/i&gt;, traduit de l'am&#233;ricain par P. Soulat, Paris, Capricci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Banda, D., Moure, J. (&#233;d.), 2013, &lt;i&gt;Charlot : histoire d'un mythe&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bazin, A., 2000, &lt;i&gt;Charlie Chaplin&lt;/i&gt;, Paris, Cahiers du cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cendrars, B., 2005, &lt;i&gt;La naissance de Charlot&lt;/i&gt; [1926], in Id., &lt;i&gt;Aujourd'hui&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#338;uvres Compl&#232;tes&lt;/i&gt;, vol. 11, textes pr&#233;sent&#233;s et annot&#233;s par C. Leroy, Paris, Deno&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaplin, C., 2022, &lt;i&gt;Histoire de ma vie. M&#233;moires&lt;/i&gt; [1964], traduit de l'anglais par J. Rosenthal, Paris, Laffont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comolli, J.-L., 2021, &lt;i&gt;Une certaine tendance du cin&#233;ma documentaire&lt;/i&gt;, Paris, Verdier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eisenstein, S., 2013, &lt;i&gt;Charlie Chaplin&lt;/i&gt;, traduit du russe par A. Cabaret, Paris, Circ&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud, S., 2010, &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, in Id., &lt;i&gt;Anthropologie de la guerre&lt;/i&gt;, traduction et commentaires de Marc Cr&#233;pon et Marc de Launay, Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gehring, W. D., 2014, &lt;i&gt;Chaplin's War Trilogy. An evolving Lens in Three Dark Comedies, 1918-1947&lt;/i&gt;, Jefferson, North Carolina, McFarland &amp; Company.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Goll, Y., 1968, &lt;i&gt;La Chaplinade ou Charlot po&#232;te&lt;/i&gt; [1920], in Id., &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, I, &#233;dition &#233;tablie par C. Goll et F. X. Jaujard, Paris, &#233;ditions &#201;mile-Paul, pp. 106-127.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hirschman, J., 2022, &lt;i&gt;Plan&#233;tariat, salut !&lt;/i&gt;, anthologie bilingue fran&#231;ais-anglais, traductions en fran&#231;ais de G. B. Vachon, A. Bernaut et F. Combes, Paris, Manifeste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hobsbawm, E. J., 1999, &lt;i&gt;L'&#226;ge des extr&#234;mes. Histoire du court XX&#232;me si&#232;cle&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais, Bruxelles, Complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Blanc, G., 2014, &lt;i&gt;L'Insurrection des vies minuscules&lt;/i&gt;, Paris, Bayard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je pr&#233;sente ici une version sensiblement diff&#233;rente, surtout dans les derniers chapitres et les conclusions, du texte sur Charlot que j'ai &#233;crit pour K Revue : &lt;a href=&#034;https://revue-k.univ-lille.fr/data/images/Numero-10/4-SALZA%20CHARLOT.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://revue-k.univ-lille.fr/data/images/Numero-10/4-SALZA%20CHARLOT.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir ici un extrait d'un de ses po&#232;mes : &lt;a href=&#034;https://www.casadellapoesia.org/e-store/multimedia-edizioni/the-arcanes-2-jack-hirschman/estratto&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.casadellapoesia.org/e-store/multimedia-edizioni/the-arcanes-2-jack-hirschman/estratto&lt;/a&gt;. En fran&#231;ais on peut lire une anthologie des po&#233;sie de Hirschman : J. Hirschman, &lt;i&gt;Plan&#233;tariat, salut !&lt;/i&gt;, anthologie bilingue fran&#231;ais-anglais, traductions en fran&#231;ais de G. B. Vachon, A. Bernaut et F. Combes, Paris, Manifeste !, 2022. Cette notion po&#233;tico-philosophique de &#171; plan&#233;tariat &#187; fait &#233;videmment penser &#224; &#171; prol&#233;tariat &#187;. Dans ses po&#233;sies Hirschman parle effectivement du prol&#233;tariat d'aujourd'hui, &#224; la fois &#233;clat&#233; en mille morceaux (&lt;i&gt;homeless&lt;/i&gt;, travailleurs pauvres, nouveaux &lt;i&gt;hobos&lt;/i&gt;, migrants, ouvriers) et majoritaire (nous sommes les 99%, comme le proclamait Occupy Wall Street). Jack Hirschman, par ce mot, veut indiquer que c'est une m&#234;me &#171; classe &#187; qui se manifeste autour de la &#171; plan&#232;te &#187;, un &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; dans lequel les diff&#233;rences entre les &#171; garantis &#187;, l'ancienne classe ouvri&#232;re, et les &#171; non garantis &#187;, les &lt;i&gt;lumpens&lt;/i&gt;, s'amenuise toujours plus. Ce &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; est un &lt;i&gt;peuple-monde&lt;/i&gt; car il configure d&#233;j&#224; une nouvelle &#171; Internationale &#187;, non plus seulement ouvri&#232;re. En plus il pose aussi la question de l'habitabilit&#233; de la &#171; plan&#232;te &#187;. &#192; mon avis, Charlot, avec ses diff&#233;rentes apparences, non seulement &lt;i&gt;lumpen&lt;/i&gt;, exprime l'appartenance &#224; une classe &lt;i&gt;universelle&lt;/i&gt;, comme le &#171; plan&#233;tariat &#187; remplie de singularit&#233;s non individuelles. Le point de vue de Chaplin est toujours ind&#233;niablement un point de vue &#171; de classe &#187;, mais une &#171; classe &#187; entendue au sens tr&#232;s large (nous sommes d&#233;j&#224; les 99,9%) et une &#171; classe &#187; qui n'uniformise pas les individus : une classe sans classe, c'est pourquoi Charlot, les &lt;i&gt;Charlots&lt;/i&gt;, les exclus de tout, les solitaires, peuvent en faire partie, ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans cette optique benjaminienne, le comique de Chaplin est souvent tr&#232;s proche du comique de Beckett.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La nouvelle Internationale chaplinienne est, dans cette optique, tout &#224; fait inconsciente de sa condition sociale, et aussi forc&#233;ment muette. Sa force, son infinie force faible, na&#238;t de cette inconscience : elle est enfantine et primitive.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
