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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Jus post bellum, pardon et d&#233;nis historiques</title>
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		<dc:creator>Yuan-horngj CHU</dc:creator>


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&lt;p&gt;Derrida associe &#171; la globalisation actuelle, la dramatisation de la sc&#232;ne du repentir et des appels au pardon &#187; &#224; l'h&#233;ritage abrahamique et au nouveau contexte des lois internationales. Bien que dans les cas du Japon, de la Cor&#233;e et de la Chine, l'influence du monoth&#233;isme ne soit pas d&#233;terminante, Derrida sugg&#232;re la pr&#233;gnance d'un langage abrahamique universel en justice, politique, &#233;conomie et diplomatie qui, &#224; ses yeux, est le signe et le sympt&#244;me de cette globalisation. N'&#233;tant pas &#224; m&#234;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/logo/arton24.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Derrida associe &#171; la globalisation actuelle, la dramatisation de la sc&#232;ne du repentir et des appels au pardon &#187; &#224; l'h&#233;ritage abrahamique et au nouveau contexte des lois internationales. Bien que dans les cas du Japon, de la Cor&#233;e et de la Chine, l'influence du monoth&#233;isme ne soit pas d&#233;terminante, Derrida sugg&#232;re la pr&#233;gnance d'un langage abrahamique universel en justice, politique, &#233;conomie et diplomatie qui, &#224; ses yeux, est le signe et le sympt&#244;me de cette globalisation. N'&#233;tant pas &#224; m&#234;me de comparer des civilisations dans les domaines de la guerre et de l'&#233;thique, je laisse la question de l'h&#233;ritage abrahamique en suspens. Toutefois, je consid&#232;re que, depuis 1945, le th&#233;&#226;tre du pardon a &#233;t&#233; conditionn&#233; par une nouvelle forme de globalisation avec le remaniement du concept des droits de l'homme et les notions nouvelles de crime contre l'humanit&#233;, g&#233;nocide, guerre et agression. De plus, je vois le th&#233;&#226;tre des appels au pardon et celui des proc&#232;s pour crimes de guerre comme partiellement distincts du domaine de la justice d'apr&#232;s guerre, celui-ci r&#233;cemment appel&#233; &lt;i&gt;jus post bellum&lt;/i&gt;. Cet article tend &#224; d&#233;montrer comment ces deux th&#233;&#226;tres entra&#238;nent des d&#233;nis historiques et se r&#233;v&#232;lent compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Une m&#233;moire probl&#233;matique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment, pardon et justice d'apr&#232;s-guerre appartiennent &#224; deux registres distincts. Comme l'a soulign&#233; Vladimir Jank&#233;l&#233;vitch, le pardon se situe en dehors de tout cadre juridique. La justice, contrairement au pardon qui supprime toute demande de r&#233;paration et de restitution, exige que la personne jug&#233;e responsable r&#233;ponde de ses actes. En ce sens, le pardon va &#224; l'encontre du syst&#232;me juridique et &#233;thique. Nous pouvons pardonner ou &#234;tre justes, pourtant, nous ne pouvons pas pardonner et &#234;tre justes. De m&#234;me, Paul Ricoeur insiste sur le fait que le pardon ne d&#233;coule pas de la loi mais la d&#233;passe dans sa logique comme dans sa finalit&#233;. Le pardon, qui provient du don et de la surabondance, s'oppose &#224; l'&#233;quivalence qui pr&#233;side &#224; la justice. Cependant, pardon et justice s'entrem&#234;lent. Jank&#233;l&#233;vitich, dans un essai intitul&#233;, Pardonner ? , craint que celui qui pardonne permette au coupable de s'en sortir &#224; trop bon compte, que la na&#239;vet&#233; de la r&#233;conciliation et des excuses soit synonyme d'offense pour les victimes. Cette crainte r&#233;sulte-t-elle de questions d'ordre juridique ? Selon Ricoeur, on ne peut s'emp&#234;cher de penser que le pardon ait un effet secondaire sur l'ordre juridique dans la mesure o&#249; le fuyant, il le menace. Pardon et justice sont finalement intimement li&#233;s d&#232;s lors que vient s'ajouter la question du devoir de m&#233;moire. Le pardon aurait d&#251; prendre le chemin de l'inoubliable, celui de la dette infinie et de l'erreur irr&#233;parable. Ricoeur, citant Olivier Abel, pr&#233;cise : &#171; M&#234;me si le pardon est un devoir, il conna&#238;t des limites. Son &#8220;projet&#8221; n'est pas d'effacer la m&#233;moire ni d'oublier. Au contraire, son projet, de faire abstraction de la dette, est incompatible avec celui de faire abstraction de ce qui a &#233;t&#233; oubli&#233; &#187;. De m&#234;me Jank&#233;l&#233;vitch insiste sur le fait que la discontinuit&#233; de l'oubli est rendue possible par la richesse de la m&#233;moire. En d'autres termes, pour pardonner, il est n&#233;cessaire de se souvenir. En droit, le devoir de m&#233;moire a valeur d'imp&#233;ratif. Se r&#233;f&#233;rant &#224; la valeur exemplaire de souvenirs traumatiques, Ricoeur consid&#232;re que c'est la justice qui transforme la m&#233;moire en projet et que c'est ce m&#234;me projet de justice qui laisse pr&#233;sager le futur et impose le devoir de m&#233;moire. Toutefois, le travail de m&#233;moire reste probl&#233;matique. La m&#233;moire, au gr&#233; de variations offertes par le travail des formes narratives, peut devenir id&#233;ologique. On assiste ainsi &#224; des r&#233;cits d'&#233;v&#233;nements fondateurs, de gloire et d'humiliation, impos&#233;s &#224; la m&#233;moire par l'histoire officielle, l'histoire &#171; autoris&#233;e &#187;, celle apprise et c&#233;l&#233;br&#233;e. Il s'agit d&#232;s lors d'une m&#233;moire institutionnelle, enseign&#233;e, forc&#233;e, qui enr&#244;le comme m&#233;morables tous les &#233;v&#233;nements tenus pour remarquables, voire fondateurs en ce qui concerne l'identit&#233; commune. La fronti&#232;re du r&#233;cit est ainsi plac&#233;e au service d'une limitation de l'identit&#233; qui d&#233;finit la communaut&#233;. A l'histoire enseign&#233;e, apprise, c&#233;l&#233;br&#233;e, viennent s'ajouter les comm&#233;morations habituelles qui c&#232;lent un pacte extraordinaire entre souvenir, m&#233;moire et comm&#233;moration. L'historiographie pose &#233;galement probl&#232;me &#224; la m&#233;moire. Dans un avant-propos aux &lt;i&gt;Massacres de Nankin dans l'histoire et l'historiographie&lt;/i&gt;, Charles Maier, qui compare les controverses relatives aux massacres de Nankin &#224; celles de l'holocauste nazi, retient que la confrontation historique avec le pass&#233; ne peut &#234;tre dissoci&#233;e de la situation politique actuelle. Les int&#233;r&#234;ts et les divisions politiques jouent un r&#244;le important dans la perception historique tenue pour plus ou moins acceptable. Il rappelle que ceux qui reprochent au Japon de faire &#171; obstacle &#187; aux accusations de crimes de guerre devraient se rappeler combien la qu&#234;te de transparence historique fut longue et complexe dans le contexte de l'Allemagne. Pour que la RFA &#233;merge comme nation souveraine, il fallut indemniser les survivants juifs et obtenir une r&#233;conciliation politique avec la France. En Allemagne, en 1964, lors des premiers proc&#232;s intent&#233;s au personnel des camps de concentration, l'autocritique fut limit&#233;e. Il &#233;tait plus facile de faire compara&#238;tre en justice d'anciens gardiens que des fonctionnaires, des juges, des banquiers, des industriels et des professeurs dont l'enthousiasme et la connivence avaient pourtant contribu&#233; &#224; l'entreprise meurtri&#232;re. Jusqu'&#224; la coalition avec le parti social-d&#233;mocrate, qui gouverna longtemps seul, et l'arriv&#233;e d'un parti de gauche critique et &#233;nergique, les Allemands avaient &#233;vit&#233; toute confrontation directe avec leur histoire. Au Japon, dans les ann&#233;es 50, des intellectuels, des &#233;crivains et des universitaires ont d&#233;nonc&#233; les responsabilit&#233;s de leur pays durant la guerre. Cette question, il est vrai, a en partie &#233;t&#233; noy&#233;e par la croissance &#233;conomique du Japon des ann&#233;es 70 et invers&#233;e par une mobilisation v&#233;h&#233;mente de l'opinion publique niant les responsabilit&#233;s du Japon pendant la guerre et les souffrances inflig&#233;es par l'arm&#233;e imp&#233;riale aux populations d'Asie. Dans une &#233;tude approfondie des massacres de Nankin, Takashi Yoshida a d&#233;montr&#233; que ce qui est en jeu pour les n&#233;gationnistes est moins le souvenir des victimes chinoises qu'une question propre au Japon. Leur mission est de ne pas laisser &#171; l'histoire nationale du Japon &#224; l'attention du peuple japonais &#187; &#234;tre entach&#233;e par des r&#233;cits historiques jug&#233;s masochistes, sombres et apolog&#233;tiques. Soucieux de pr&#233;server une &#171; histoire nationale &#187; dont &#171; les Japonais &#187; peuvent &#234;tre fiers, ils passent sous silence tout ce qui pourrait porter atteinte &#224; leur vision id&#233;ale du Japon pendant la guerre. Par cons&#233;quent, ce n'est pas simplement une question d'amn&#233;sie collective et de d&#233;ni, mais avant tout un lien complexe entre la culture politique actuelle du Japon et l'histoire de la soci&#233;t&#233; d'avant-guerre. Harry Harootunian illustre cette relation par la visite au sanctuaire de Yasukuni, cens&#233;e unifier la nation et qui une fois de plus fait office de m&#233;moire nationale. Pour bon nombre de Japonais, le sanctuaire de Yasukuni est devenu un lieu &#224; la m&#233;moire de tous ceux qui ont volontairement sacrifi&#233; leur vie pour la nation. A Yasukuni, personne ne se demande jamais si cette guerre &#233;tait &#171; juste &#187;, pour la simple raison qu'il est entendu que toutes les guerres du Japon furent &#171; justes &#187;. Dans un m&#234;me temps, le r&#244;le du gouvernement imp&#233;rial et le souvenir des exactions commises en Asie sont effac&#233;s ou d&#233;plac&#233;s par le processus de victimisation des mouvements pour la paix d'Hiroshima. La destruction par l'arme nucl&#233;aire d'Hiroshima et de Nagasaki a servi &#224; exon&#233;rer le Japon de ses responsabilit&#233;s. La majorit&#233; des Japonais ont trouv&#233; facile d'oublier ce qui fut commis en Asie, rel&#233;guant les &#233;v&#233;nements au rang de mauvais r&#234;ve survenu dans un lointain pass&#233;. Par contre, ils se sont empress&#233;s de mettre en avant leur attitude h&#233;ro&#239;que face aux souffrances inflig&#233;es par l'arme atomique, se pla&#231;ant ainsi en marge des autres peuples asiatiques. Les personnes pour qui le sanctuaire de Yasukuni est au c&#339;ur de la m&#233;moire nationale et des comm&#233;morations pour les soldats japonais tomb&#233;s au combat, sont exactement les m&#234;mes qui se font les porte-parole des campagnes rejetant toute forme d'excuse officielle. Pour les victimes des atrocit&#233;s commises par le Japon, les massacres de Nankin, la prostitution forc&#233;e des &#8220;femmes de r&#233;confort&#8221;, les exp&#233;riences biologiques de l'unit&#233; 731 et la marche de la mort de Bataan sont devenues des &#233;v&#233;nements symboliques et un instrument politique dans le cadre de luttes nationales comme internationales. Parmi ces atrocit&#233;s, le massacre de Nankin s'inscrit au c&#339;ur des griefs exprim&#233;s par la Chine au point de devenir un motif d'unit&#233; nationale. Dans les pays qui ont combattu le Japon, il suscite &#233;galement des sentiments anti-japonais qui restent bien ancr&#233;s. Comme Mark Eykholt l'a soulign&#233;, la Chine utilise les atrocit&#233;s japonaises commises en temps de guerre pour &#224; la fois jouer le r&#244;le de victime et d'intimidateur. La ferveur nationale qui s'est d&#233;velopp&#233;e autour de cette question fournit au gouvernement chinois une arme puissante pour intimider le Japon. La Chine a d&#233;montr&#233; qu'elle &#233;tait pr&#234;te &#224; faire usage des m&#233;dias, manifestations et menaces diplomatiques pour que le Japon lui accorde tous les &#233;gards qui lui sont dus. Ainsi, la Chine peut ais&#233;ment souligner le contraste entre son pass&#233; de victimes et son pr&#233;sent de puissante nation en plein essor qui refuse toute nouvelle forme de domination. Toutefois, l'&#233;quilibre reste incertain, et les r&#233;actions du peuple, diff&#233;rentes de celles des autorit&#233;s, peuvent s'av&#233;rer source de probl&#232;mes. Les &#233;tudiants chinois ont prouv&#233; leur volont&#233; d'utiliser leur ressentiment vis-&#224;-vis du Japon comme base &#224; leurs revendications anti-gouvernementales. En 1985, cela commen&#231;a par des protestations de faibles envergures, suivies un an plus tard par des manifestations plus importantes pour finalement aboutir aux &#233;v&#233;nements de la place Tiananmen, en mai 1989, montr&#233;s sur les &#233;crans de t&#233;l&#233;vision du monde entier. Les leaders du r&#233;gime chinois savaient pertinemment que le mouvement &#233;tudiant s'inscrivait dans la lign&#233;e du mouvement du 4 mai. D&#232;s 1919, les activistes du 4 mai avaient d&#233;nonc&#233; l'imp&#233;rialisme japonais et la corruption, r&#233;clamant la d&#233;mission de trois ministres incapables de s'opposer &#224; une clause du trait&#233; de Versailles attribuant au Japon les territoires du Shandong qui &#233;taient jusqu'alors sous le contr&#244;le de l'Allemagne. En 1921, le mouvement du 4 mai avait &#233;galement ouvert la voie &#224; la cr&#233;ation du Parti communiste chinois qui, jusqu'&#224; sa prise du pouvoir, en 1949, a souvent tir&#233; b&#233;n&#233;fice du mouvement. Toutefois, depuis les ann&#233;es 80, les &#233;tudiants, qui d&#233;noncent la forte charge politique des comm&#233;morations, posent un redoutable d&#233;fi au gouvernement en m&#234;lant sentiments anti-japonais et col&#232;re contre la corruption de l'&#233;tat. La m&#233;moire de la guerre est une construction id&#233;ologique au service d'int&#233;r&#234;ts politiques. Les nations modernes constituent des communaut&#233;s qui ont la langue pour seul point commun dans leurs d&#233;bats. Il convient donc de ne jamais envisager en bloc ce que les nations pensent et croient. Les tentatives des r&#233;visionnistes japonais de nier ou de minimiser l'inhumanit&#233; des massacres de Nankin n'ont pas seulement conduit &#224; des critiques, de part le monde, multipliant les comptes-rendus de la cruaut&#233; des &#233;v&#233;nements, mais elles ont aussi encourag&#233; des historiens japonais &#224; &#233;tudier plus en d&#233;tails les atrocit&#233;s commises par le Japon durant la guerre. Tandis que dans le domaine de l'&#233;ducation, la censure touche les manuels scolaires, l'historien japonais, Icnaga Saburo, a engag&#233; une longue bataille juridique et remport&#233; le soutien de milliers de sympathisants japonais qui luttent courageusement contre les amn&#233;sies du syst&#232;me &#233;ducatif. Le Guomindang qui avait combattu le Japon est un parti qui n'est plus au pouvoir &#224; Taiwan. Quant au Parti communiste, y compris dans ses comm&#233;morations du massacre, il ne peut aspirer &#224; un discours de mobilisation patriotique sans courir le risque de troubles et d'effets inverses &#224; ceux recherch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Excuses nombreuses et d&#233;nis constants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accuser le Japon de n'avoir jamais pr&#233;sent&#233; d'excuses n'a aucun sens. Une simple recherche sur Internet montre que depuis les ann&#233;es 70, l'empereur Hirohito, de nombreux Premiers ministres et des secr&#233;taires d'Etat se sont de nombreuses fois excus&#233;s aupr&#232;s de la Chine, de la Cor&#233;e et d'autres pays asiatiques. Toutefois, le n&#233;gationnisme demeure populaire. Le ministre de l'Education, Fujio Masayuki, fervent d&#233;fenseur de la th&#232;se visant &#224; disculper le Japon d'exactions commises durant la guerre, a d&#233;clar&#233; en 1986 que le massacre ne constituait q'une &#171; partie de l'histoire &#187; et que le proc&#232;s de Tokyo avait &#233;t&#233; &#171; une revanche raciale &#187;. Okuno Seisuke, jeune membre du conseil d'Etat, en visite au sanctuaire de Yasukuni, en 1988, a pour sa part consid&#233;r&#233; que le Japon n'avait pas &#233;t&#233; le seul agresseur et qu'il n'avait d'ailleurs exist&#233; aucune intention d'agression. Des mots tels que &#171; viol &#187; et &#171; agression &#187; &#233;taient bannis des manuels scolaires. Les Japonais qui avaient le courage d'enqu&#234;ter sur les atrocit&#233;s commises par le Japon durant la guerre &#233;taient sans cesse attaqu&#233;s et leurs travaux accus&#233;s de r&#233;pandre &#171; la propagande ennemie &#187;. Un journal de guerre a &#233;t&#233; d&#233;couvert dont la publication &#233;tait pleine d'erreurs intentionnelles afin de falsifier le document original. Les anciens soldats qui se sont excus&#233;s publiquement pour leur r&#244;le dans le massacre de Nankin ont fait l'objet de critiques virulentes et de menaces de mort. Motoshima Hitoshi, l'ancien maire de Nagasaki, qui en 1988 a dit reconna&#238;tre les responsabilit&#233;s de l'empereur durant la guerre, a &#233;t&#233; harcel&#233; et bless&#233; par balle lors d'une tentative d'assassinat. Comme l'a soulign&#233; Iris Chang, il s'agit d'atrocit&#233;s r&#233;it&#233;r&#233;es, non pas pour enterrer les victimes comme ce fut le cas en 1937, mais pour les enfouir dans le n&#233;ant de l'histoire. Ces mesures r&#233;visionnistes, en plus de provoquer des crises diplomatiques, ont jet&#233; le discr&#233;dit sur les excuses officielles fr&#233;quemment pr&#233;sent&#233;es par le Japon, celles-ci &#233;tant jug&#233;es hypocrites et d&#233;cevantes, synonymes de simulacre, de calcul et de rituel vid&#233; de sens. Les Premiers ministres japonais ont pr&#233;sent&#233; des &#171; excuses sinc&#232;res &#187;. Il y eut &#233;galement des n&#233;gociations officielles s&#233;rieuses en vue d'un processus de r&#233;conciliation favorable &#224; une normalisation des rapports entre gouvernements. Comme toujours dans le domaine de la politique, la langue du pardon &#233;tait tout sauf d&#233;sint&#233;ress&#233;e. Pour tous ceux qui restent fiers de leur &#171; histoire nationale &#187;, qui passent sous silence tout incident susceptible de ternir leur vision id&#233;ale du Japon, il n'a bien &#233;videmment jamais &#233;t&#233; question de demander pardon, de reconna&#238;tre les fautes pass&#233;es ni de manifester le moindre signe de repentir. Sur la sc&#232;ne diplomatique de l'Asie de l'Est, excuse rituelle et d&#233;ni historique, orchestr&#233;s simultan&#233;ment, servent des objectifs politiques contradictoires. D'un c&#244;t&#233;, les excuses officielles r&#233;p&#233;t&#233;es visent &#224; la r&#233;conciliation entre &#233;tats et au r&#233;tablissement de relations normales. D'un autre c&#244;t&#233;, le d&#233;ni constant des crimes de guerre vise &#224; renforcer l'identit&#233; et la fiert&#233; nationales. La souverainet&#233; de l'&#233;tat nation continue de dominer le th&#233;&#226;tre du repentir et de pardon. Elle reste aussi profond&#233;ment ancr&#233;e qu'elle monopolise, de nos jours, la violence l&#233;gitime, la police, les arm&#233;es et le droit de d&#233;clencher des hostilit&#233;s. Il reste difficile d'imaginer, comme l'a r&#234;v&#233; Derrida, un pardon digne de ce nom, non conditionn&#233; par les int&#233;r&#234;ts de l'&#233;tat nation et sa souverainet&#233;. En Asie de l'Est, o&#249; les aspirations nationalistes sont fortes, ce r&#234;ve semble encore plus lointain. Dans ce cas pr&#233;cis, c'est une t&#226;che difficile que de lib&#233;rer la m&#233;moire collective et l'historiographie des int&#233;r&#234;ts dominants de l'&#233;tat qui fonctionnent au gr&#233; des sempiternels lieux de m&#233;moire, comm&#233;morations, manuels scolaires, voire travaux universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. &lt;i&gt;Jus pos bellum&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte d'une &#171; nouvelle &#232;re d'intervention humanitaire &#187; et de terrorisme international, la th&#233;orie de la &#171; guerre juste &#187; a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une r&#233;habilitation. Comme l'a montr&#233; Noam Chomsky, en 2002, le New York Time s'est fait le porte-parole du consensus occidental en pr&#233;sentant &#171; les bombardements en Afghanistan comme une guerre juste &#187;. Comme le soulignent Michael Hardt et Antonio Negri, la r&#233;cup&#233;ration de l'ancienne conception de &#171; guerre juste &#187; remonte &#224; la guerre froide o&#249; elle avait servi de base &#224; la politique de limitation de l'expansion du communisme d&#233;fendue par le politologue George Kennan aupr&#232;s d'Henry Kissinger. La guerre froide &#233;tait alors con&#231;ue comme une guerre juste dans la mesure o&#249; elle permettait d'endiguer la menace sovi&#233;tique. La guerre juste devint alors une justification morale en vue de maintenir un statut permanent d'ordre mondial et l'id&#233;e de justice de la guerre froide fournit un pr&#233;texte aux guerres imp&#233;rialistes actuelles. En 1991, la guerre du Golf avait pour projet de cr&#233;er &#171; un nouvel ordre mondial &#187;. La politique de l'administration Clinton pour le maintien de la paix et la guerre humanitaire a conduit &#224; un nouvel ordre politique dans les Balkans. La guerre contre le terrorisme, lanc&#233;e apr&#232;s les attaques du 11 septembre, a fait appara&#238;tre la fonction constitutive ainsi que la port&#233;e de la guerre dans l'ordre mondial. Depuis le 17e si&#232;cle, les penseurs politiques europ&#233;ens se sont efforc&#233;s de bannir le concept de guerre juste, r&#233;pandu tout au long du Moyen &#226;ge - tout particuli&#232;rement durant les croisades et les guerres de religion -, et que Grotius a d&#233;fini en ces termes : &#171; La justice n'appartient pas au concept moderne de guerre &#187;. L'intention &#233;tait de s&#233;parer la guerre de domaines tels que la morale et la religion. N&#233;anmoins, les guerres &#171; justes &#187; de la fin du 20e si&#232;cle et d&#233;but du 21e se font l'&#233;cho implicite et explicite des anciennes guerres de religion. Dans le contexte de guerre contre le terrorisme et de diverses op&#233;rations militaires men&#233;es au nom des droits de l'homme, le concept de &#171; guerre juste &#187; est r&#233;apparu dans les discours de politiciens, de journalistes et d'intellectuels. Dor&#233;navant, toute l'humanit&#233; est ainsi, en principe, unie face &#224; des pratiques et &#224; des concepts abstraits tels que le terrorisme. Qui plus est, &#171; l'ennemi &#187;, de plus en plus indiscernable en tant que menace interne, conduit &#224; la criminalisation de diff&#233;rentes formes sociales de contestation et de r&#233;sistance. Traditionnellement, la guerre juste s'articule autour de deux points : &lt;i&gt;jus ad bellum&lt;/i&gt;, le droit d'entrer en guerre, et &lt;i&gt;jus in bello&lt;/i&gt;, le droit propre &#224; la conduite de la guerre. Pendant tr&#232;s longtemps, rien de plus n'a &#233;t&#233; dit sur la phase terminale de la guerre en terme de fin des hostilit&#233;s et de retour &#224; la paix. Toutefois, r&#233;cemment, un int&#233;r&#234;t pour la justice d'apr&#232;s guerre, &lt;i&gt;jus post bellum&lt;/i&gt;, est apparu. Ce regain d'int&#233;r&#234;t a, semble-t-il, conduit &#224; de nombreux conflits destructeurs : guerre du Golf en 1991, guerres civiles en Somalie (1992-1994), Bosnie (1992-1995) et Rwanda (1994-1995). En r&#233;ponse aux conflits en Bosnie et au Rwanda, les Nations unies ont cr&#233;&#233;, &#224; La Haye, le premier tribunal p&#233;nal international pour crimes de guerre depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. A Bagdad, le tribunal sp&#233;cial irakien pour crimes contre l'humanit&#233; a suscit&#233; autant d'int&#233;r&#234;t que celui de tribunal de Nuremberg, l'attention &#233;tant &#224; nouveau focalis&#233;e sur ce qui est permis ou non en temps de guerre et de conflit civil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV. Recherche de la v&#233;rit&#233; ou justice des vainqueurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prenant les proc&#232;s de Nuremberg et de Tokyo pour mod&#232;les, les intellectuels progressistes soutiennent que les tribunaux internationaux construisent une paix durable en, premi&#232;rement, &#233;liminant les leaders ennemis ; deuxi&#232;mement, traquant les criminels de guerre ; troisi&#232;mement, r&#233;habilitant les anciens pays ennemis ; quatri&#232;mement, attribuant la responsabilit&#233; d'atrocit&#233;s &#224; des individus et non pas &#224; l'ensemble du groupe ethnique ; et pour finir, recherchant la v&#233;rit&#233; sur les atrocit&#233;s commises en temps de guerre. Parmi ces cinq arguments, &#171; la recherche de la v&#233;rit&#233; &#187; a &#233;t&#233; la moins controvers&#233;e, la reconnaissance officielle des faits &#233;tant jug&#233;e capitale dans toute proc&#233;dure judiciaire. Au proc&#232;s de Nuremberg, un dossier de plus de cinq millions de pages a &#233;t&#233; constitu&#233;, publi&#233; plus tard en onze volumes d'actes judiciaires et vingt-deux de poursuites. Au proc&#232;s de Tokyo, trente milles pages de preuves ont &#233;galement &#233;t&#233; rassembl&#233;es. On peut &#171; d&#233;battre autant que l'on voudra sur la justice du proc&#232;s de Nuremberg, mais du point de vue de l'historien, on se trouve confront&#233; &#224; des sentences sans fondement &#187;. En l'absence de preuves fond&#233;es, terrain propice aux d&#233;nis des atrocit&#233;s commises, les tribunaux pour crimes de guerre ne sont pas en mesure de faire taire de tels arguments et leurs sentences peuvent &#234;tre per&#231;ues comme la simple justice des vainqueurs. C'est bien ce qu'a dit Hermann G&#246;ring, depuis sa prison, pour commenter son acte d'accusation : &#171; Le vainqueur sera toujours le juge et le vaincu l'accus&#233; &#187;. Le chef paramilitaire serbe, Zeljko Raznatovic, a quant &#224; lui d&#233;clar&#233; : &#171; Je me rendrai au tribunal pour crimes de guerre quand les Am&#233;ricains seront jug&#233;s pour Hiroshima, Nagasaki, le Vietnam, le Cambodge et Panama ! &#187; Des vainqueurs peuvent &#233;galement tenir des propos similaires. Ainsi le g&#233;n&#233;ral Curtis LeMay, qui avait pris pour cible des dizaines de villes japonaises et particip&#233; aux attaques &#224; la bombe incendiaire sur Tokyo a reconnu : &#171; Je suppose que si j'avais perdu la guerre, j'aurais &#233;t&#233; traduit en justice comme criminel de guerre &#187;. R&#233;cemment, le sp&#233;cialiste en droit international, Richard Falk, a trouv&#233; &#171; ind&#233;niable &#187; que la guerre en Irak &#233;tait un &#171; crime contre la paix pour lequel les leaders allemands avaient &#233;t&#233; accus&#233;s, poursuivis en justice et punis au proc&#232;s de Nuremberg &#187;. En 1954, l'historien britannique, A.J.P Taylor a fait la remarque suivante : &#171; Je ne comprends absolument pas ce qui signifie la culpabilit&#233; ou l'innocence en temps de guerre. Dans un monde o&#249; chaque &#233;tat souverain veille avant tout &#224; ses propres int&#233;r&#234;ts, il peut tout au plus &#234;tre critiqu&#233; pour erreur, mais pas pour crime &#187;. Taylor a &#233;galement sugg&#233;r&#233; que la moralisation de la guerre a rendu les conflits encore plus brutaux : &#171; Les plans de guerre de Bismarck ont tu&#233; des milliers de personnes tandis que les guerres juste du 20e si&#232;cle ont fait des millions de morts &#187;. Sous ces crit&#232;res moraux, qui engendrent des crimes de guerre incompr&#233;hensibles aux yeux de Taylor, c'est bien d'un &#171; nouvel ordre mondial &#187; dont il s'agit. Dans &lt;i&gt;Le Nomos de la terre&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1950, Carl Schmitt fut peut-&#234;tre le premier &#224; analyser &#171; la transformation du sens donn&#233; &#224; la guerre &#187; entre 1914 et 1945, avec la vision &#171; d'un nouvel ordre mondial &#187; se profilant &#224; l'horizon. En ao&#251;t 1914, la Premi&#232;re Guerre mondiale d&#233;buta comme une guerre classique, les puissances bellig&#233;rantes se consid&#233;rant comme aussi souveraines et l&#233;gitimes les unes que les autres. C'est d'ailleurs ainsi qu'elles &#233;taient reconnues par les lois internationales : &lt;i&gt;justi hostes&lt;/i&gt; dans le sens de &lt;i&gt;jus publicum Europaeum&lt;/i&gt;. Selon les lois internationales europ&#233;ennes, l'agression n'&#233;tait pas encore passible d'accusation pour crime. Par &#171; crimes de guerre &#187; on entendait alors des crimes commis pendant les hostilit&#233;s, soit des infractions qui avaient eu lieu en temps de guerre, jus in bello. Toutefois, en 1919, deux articles du Trait&#233; de Versailles annon&#231;aient un changement : l'article 227, accusait l'ancien Kaiser, Wilhelm II, et l'article 231, reconnaissait l'Allemagne responsable de la guerre d'agression et des dommages subis par les gouvernements alli&#233;s. En 1924, le Protocole de Gen&#232;ve pour la r&#233;solution pacifique des conflits internationaux contenait une d&#233;claration selon laquelle la guerre d'agression constituait, pour la premi&#232;re fois de mani&#232;re aussi explicite en Europe, un crime international. Comme l'a soulign&#233; Schmitt, dans le chaos que connut l'Europe entre 1919 et 1939, le dilemme entre la clause juridique du protocole de Gen&#232;vre condamnant la guerre et la question des motifs de guerre, tels que le r&#233;armement et la s&#233;curit&#233;, ne fit que s'aggraver. En fait, de 1919 &#224; 1939, tous les efforts pour &#233;carter les menaces de guerre en les criminalisant furent r&#233;duits &#224; n&#233;ant. Toutefois, en 1945, quand les Etats-Unis et l'URSS se mirent &#224; dominer des &#233;tats europ&#233;ens, ils se mirent d'accord et la criminalisation commen&#231;a. Ce contexte historique permet de mieux saisir les querelles que suscitent certaines formes de d&#233;nis. Tout d'abord, la perception des tribunaux pour crimes de guerre selon laquelle leur objectif est moins la recherche de la v&#233;rit&#233; qu'un proc&#232;s spectaculaire des vainqueurs. A titre d'exemples, David Irving a soutenu qu'Hitler avait &#233;t&#233; caricatur&#233;, ceci d&#232;s le proc&#232;s de Nuremberg o&#249; toutes les responsabilit&#233;s lui avaient &#233;t&#233; attribu&#233;es. Selon Irving, &#171; ces caricatures ont d&#232;s lors brouill&#233; l'&#233;criture de l'histoire &#187;. Au Japon, le philosophe Ueyama Shunpei, s'en est pris &#224; la version officielle de la guerre, version v&#233;hicul&#233;e par les m&#233;dias et les Etats-Unis pour justifier la conduite des Alli&#233;s. Selon Ueyama, la guerre ne fut pas seulement une guerre comme une autre dont le but ultime aurait &#233;t&#233; la sauvegarde des int&#233;r&#234;ts nationaux. A ses yeux, un &#233;tat souverain ne peut pas en juger un autre et il exprime de s&#233;rieux doutes quant &#224; la justice rendue au proc&#232;s de Tokyo &#224; la lumi&#232;re de l'implication des forces alli&#233;es dans les guerres de Cor&#233;e, d'Alg&#233;rie et de Suez. Le romancier, Hayashi Fusao, a publi&#233; une s&#233;rie d'articles intitul&#233;s, &#171; Th&#232;se sur la grande guerre en Asie de l'Est &#187;, dans lesquels il consid&#232;re que le tribunal de Tokyo n'&#233;tait qu'un acte de vengeance des vainqueurs, qu'il n'avait rien &#224; voir avec la &#171; justice &#187;, &#171; l'humanit&#233; &#187; ou la &#171; civilisation &#187;, que la guerre n'avait pas &#233;t&#233; une guerre d'agression men&#233;e par le Japon, comme le tribunal l'avait pr&#233;tendu, qu'il s'agissait plut&#244;t d'une &#171; guerre de cent ans &#187; contre les agresseurs occidentaux. Tanaka Masaaki, l'ancien secr&#233;taire du g&#233;n&#233;ral Matsui Iwane, condamn&#233; &#224; mort au proc&#232;s de Tokyo pour son r&#244;le de commandant en chef durant les massacres de Nankin, a &#233;crit dans La Fabrication des massacres de Nankin, ouvrage publi&#233; en 1984, qu'il n'y avait pas eu de tueries aveugles &#224; Nankin et que les pr&#233;tendus massacres avaient &#233;t&#233; fabriqu&#233;s de toute pi&#232;ce par la propagande du proc&#232;s de Tokyo et celle du gouvernement chinois. A ceux qui croient &#224; la r&#233;alit&#233; des massacres de Nankin, l'ouvrage objecte qu'ils &#171; ignorent que le tribunal n'a fait que rendre la justice des vainqueurs et que son but &#233;tait de prouver de mani&#232;re unilat&#233;rale et artificielle l'inhumanit&#233; et la cruaut&#233; de l'arm&#233;e japonaise, overlook the facts that perjury laws were not applied to the Trial &#187;. Fujioka Nobukatsu, professeur &#224; l'universit&#233; de Tokyo, a cr&#233;&#233; un groupe de recherches historiques dont le premier objectif &#233;tait de r&#233;crire &#171; l'histoire du proc&#232;s de Tokyo &#187; qui, &#224; ses yeux, diabolise le pass&#233; imp&#233;rial du Japon. Les exemples de ce type sont nombreux et d&#233;montrent que le proc&#232;s de Tokyo reste hautement contest&#233;. Selon les n&#233;gationnistes, la v&#233;rit&#233; n'a pas &#233;t&#233; rendue et seul le pass&#233; imp&#233;rial du Japon a fait l'objet d'une diabolisation. Selon eux, le tribunal &#233;tait &#224; la fois injustice et ill&#233;gitime, nul et non avenu en terme de droit international, ne relevant pas d'une juridiction &#224; m&#234;me de juger les chefs de guerre pour des motifs, in&#233;dits jusqu'en 1945, de crime contre la paix et de crime contre l'humanit&#233;. Ils soutiennent que le tribunal a r&#233;ussi &#224; imposer au Japon une &#171; version am&#233;ricaine &#187; de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, qu'il a &#171; lav&#233; le cerveau &#187; des Japonais pour les amener &#224; penser que leur pays avait men&#233; une guerre d'agression et pour saper la fiert&#233; nationale. Les querelles pouvaient ainsi se poursuivre ind&#233;finiment. Rien n'est plus incertain que la &#8220;v&#233;rit&#233;&#8221; rendue par des tribunaux pour crimes de guerre. Les d&#233;bats sur et contre le n&#233;gationnisme ne peuvent se r&#233;soudre par des sentences. Tandis que ces tribunaux sont contest&#233;s, ils apparaissent comme l'invention des vainqueurs &#224; qui revient le droit de juger, de condamner comme d'innocenter. Une difficult&#233; soulign&#233;e par Derrida : chaque fois que le pardon est prononc&#233;, cela suppose un pouvoir souverain, pouvoir n&#233;cessaire pour intenter un proc&#232;s et condamner, &#233;ventuellement acquitter, amnistier ou pardonner. Les n&#233;gationnistes qui contestent ce pouvoir souverain surench&#233;rissent avec un autre id&#233;al de souverainet&#233;. L'id&#233;al de l'absolue souverainet&#233; des &#233;tats nations, tout comme la loi internationale qui pr&#233;valut en Europe jusqu'&#224; la fin de la Premi&#232;re Guerre mondiale et pour laquelle Schmitt &#233;crivit un requiem en 1950, ont finalement trouv&#233; leurs plus virulents d&#233;fenseurs dans le camp des n&#233;gationnistes du 21e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. Un &#171; d&#233;ni officiel &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Derrida l'a remarqu&#233;, &#171; ce qui rend le pardon insupportable ou odieux, voire obsc&#232;ne, est l'affirmation de la souverainet&#233;. Il s'adresse alors le plus souvent de haut en bas, confirmant sa propre libert&#233; ou assumant le pouvoir de pardonner en tant que victime ou en son nom &#187;. Par cons&#233;quent, le pouvoir qui autorise le pardon peut priver la victime de son droit de parole. En Asie de l'Est, apr&#232;s 1945, tout du moins &#224; Taiwan, en Cor&#233;e et en Chine, o&#249; eurent lieu des guerres civiles et de s&#233;v&#232;res r&#233;pressions, la situation a &#233;t&#233; d'autant plus insupportable que les autorit&#233;s qui ont n&#233;goci&#233; le pardon en vue de r&#233;conciliations internationales sont celles-l&#224; m&#234;mes qui se rendirent coupables de meurtres odieux envers leurs concitoyens : &#224; Taiwan, il y eut la r&#233;pression du mouvement du 28 f&#233;vrier 1947 ; en Cor&#233;e du Sud, les massacres de Gwangju du 18 au 27 mai 1980, et en Chine, le 4 juin 1989, le massacre de Tiananmen. Jusqu'&#224; la &#171; r&#233;conciliation nationale &#187;, par un jugement r&#233;vis&#233;, normalement accompagn&#233; d'un changement de r&#233;gime, les exactions commises par le pouvoir souverain &#233;taient consid&#233;r&#233;es comme des mesures n&#233;cessaires maintien de la s&#233;curit&#233; nationale. Leurs victimes se voyaient criminalis&#233;es, consid&#233;r&#233;es comme des hors-la-loi ou des contre-r&#233;volutionnaires dont les t&#233;moignages ne pouvaient circuler librement ni influencer la m&#233;moire collective. En d'autres termes, tandis que pays asiatiques condamnent l'&#233;tat japonais pour n'avoir pas exprim&#233; de remords sinc&#232;res, bon nombre d'entre eux agissent de la m&#234;me fa&#231;on en camouflant les atrocit&#233;s inflig&#233;es &#224; leur propre peuple, faisant taire toute voix susceptible de porter pr&#233;judice au r&#233;gime, de corrompre la fiert&#233; nationale ou la tradition r&#233;volutionnaire. Pire, comme cela s'est produit au lendemain des massacres de Tiananmen, des tribunaux politiques ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s pour faire &#171; la v&#233;rit&#233; &#187; sur des crimes dits contre-r&#233;volutionnaires. Ces &#233;v&#233;nements, longtemps occult&#233;s par les autorit&#233;s, ont fait l'objet d'une r&#233;vision politique &#224; l'issue de changements de r&#233;gimes qui, &#224; Taiwan comme en Cor&#233;e du Sud, ont marqu&#233; une avanc&#233;e d&#233;mocratique. Entre 1993 et 1997, en Cor&#233;e du Sud, deux anciens pr&#233;sidents responsables du massacre de Gwangju ont fait l'objet d'enqu&#234;te, de mise en examen, de condamnation puis d'amnistie. Le 18 mai fut d&#233;cr&#233;t&#233; jour de comm&#233;moration. A Taiwan, en 1995, le Pr&#233;sident Lee a prononc&#233; des excuses officielles pour les victimes du 28 f&#233;vrier. L'ann&#233;e suivante, cette date &#233;tait d&#233;clar&#233;e jour de comm&#233;morations nationales avec ouverture d'un m&#233;morial. La r&#233;vision historique de ces &#233;v&#233;nements a marqu&#233; une nouvelle orientation dans l'historiographie et l'industrie de la m&#233;moire. Les partis comme les politiciens, pour qui les calculs &#233;lectoraux de leurs campagnes priment plus de tout, exploitent, manipulent et simplifient les ressentiments des victimes en haines raciales dont ils peuvent tirer profit. Ceci explique les relents naus&#233;abonds et obsc&#232;nes qui pr&#233;valent dans bon nombre de r&#233;cits. A Taiwan, o&#249; l'on encourage les t&#233;moignages oraux, on assiste &#224; un floril&#232;ge de r&#233;cits diff&#233;rents qui refl&#232;tent bien la complexit&#233; des &#233;v&#233;nements pass&#233;s. Toutefois, dans le cadre id&#233;ologique de leur publication, ces t&#233;moignages, le plus souvent r&#233;duits &#224; de r&#233;p&#233;titives accusations de complots, sont r&#233;cup&#233;r&#233;s par des partis et des politiciens plus que douteux. En Chine, le massacre de Tiananmen n'a toujours pas fait l'objet de la r&#233;vision requise. La m&#233;moire et l'histoire de l'&#233;v&#233;nement restent tabou ou soumis &#224; une stricte censure. Il est vrai que les &#233;v&#233;nements du 4 juin sont loin d'&#234;tre le seul &#233;pisode de l'histoire banni de la m&#233;moire par le r&#233;gime de Beijing. La p&#233;riode noire de la r&#233;volution culturelle de 1965-1976, bien qu'elle ait donn&#233; lieu au proc&#232;s de la bande des quatre, dans les ann&#233;es 1980, a seulement conduit &#224; l'inculpation d'un petit groupe de responsables, sans r&#233;v&#233;ler l'ampleur des actes de barbarie et des crimes contre l'humanit&#233;. Une enqu&#234;te sur cette sombre p&#233;riode, correctement men&#233;e, ne manquerait pas de mettre en cause le leadership du Parti. De part et d'autre du d&#233;troit de Taiwan, la guerre civile entre les communistes et le Guomintang chinois a scind&#233; la m&#233;moire collective en deux camps. Les deux r&#233;gimes se sont appuy&#233;s sur leur propre version de l'histoire de la Chine qui, depuis la scission de 1927, a conduit &#224; des d&#233;nis historiques mutuels qui, sous la forme d'une guerre civile inachev&#233;e, pourrait caract&#233;riser une forme particuli&#232;re de r&#233;visionnisme. La guerre civile et la r&#233;volution chinoise des trois premiers quarts du 20e si&#232;cle permettent tr&#232;s difficilement de penser en termes de pardon et de justice. Pourtant, des meurtres organis&#233;s de grande envergure ont constitu&#233; des r&#233;volutions &#171; l&#233;gitimes &#187;, voire des &#171; lib&#233;rations &#187;. Dans ce cas, nous c&#233;l&#233;brons et comm&#233;morons les &#233;v&#233;nements sans exprimer de remords pour les exc&#232;s de violence. Derrida a sugg&#233;r&#233; que nous sommes tous les h&#233;ritiers d'&#233;v&#233;nements qui portent la marque ind&#233;l&#233;bile de crimes contre l'humanit&#233;. Il a bien entendu &#224; l'esprit la r&#233;volution fran&#231;aise, et il ajoute qu'elle permit &#171; l'&#233;mergence de concepts tels que les droits de l'homme ou de crimes contre l'humanit&#233; &#187;. Personnellement, je songe au trois ann&#233;es qui se sont &#233;coul&#233;es apr&#232;s la lib&#233;ration de 1949, p&#233;riode durant laquelle des millions de personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es lors de conflits li&#233;s aux &#171; r&#233;formes agraires &#187;, aux campagnes anti-r&#233;volutionnaires et aux purges. Pour ces victimes, peu de traces &#233;crites subsistent. La violence &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme constitutive d'une soci&#233;t&#233; qui s'autoproclamait &#171; nouvelle &#187;. Les intellectuels n'ont pas &#233;crit pour les victimes des atrocit&#233;s commises par l'&#233;tat. Les &#233;crivains n'ont pas &#233;crit l'histoire de ceux &#224; qui personne n'a demand&#233; pardon. Ils n'apparaissent m&#234;me pas dans les discours r&#233;visionnistes. Nous devrions admettre l'argument r&#233;visionniste selon lequel les proc&#232;s pour crimes de guerre n'avaient pas les qualit&#233;s requises pour aller suffisamment loin dans leurs accusations. Ces tribunaux ont ignor&#233; les crimes commis par les vainqueurs, de m&#234;me ceux perp&#233;tu&#233;s pour des raisons politiques. En raison de ces manquements, on pourrait envisager un syst&#232;me international qui poursuivrait pour crimes de guerre aussi bien les vaincus que les vainqueurs, ceci selon des standards &#233;quivalents. Actuellement, on s'achemine vers une globalisation de l'histoire, de la m&#233;moire des crimes de guerre et des crimes d'&#233;tat. Ce mouvement, qui s'accompagne d'une dramatisation de la sc&#232;ne du repentir et du pardon, de proc&#232;s contre des crimes de guerre, n'est pas l'antith&#232;se de mouvements r&#233;visionnistes. Tous deux ont contribu&#233; &#224; ces deux th&#233;&#226;tres &#224; travers le monde. L'antith&#232;se se trouve peut-&#234;tre dans ce que Camus, dans Le T&#233;moin de la libert&#233;, en 1948, a caract&#233;ris&#233; comme &#171; l'image trompeuse de l'histoire comme abstraction &#187;, &#224; savoir une repr&#233;sentation id&#233;ologique, statistique et administrative, dans laquelle la mort devient invisible, &#171; une civilisation o&#249; le meurtre et la violence sont d&#233;j&#224; des doctrines en voie de devenir des institutions &#187; dans lesquelles &#171; les ex&#233;cutants ont obtenu le droit de devenir des administrateurs &#187;. De nos jours, de telles abstractions portent le nom de &#171; guerre propre &#187;, de &#171; guerre de lib&#233;ration &#187; (destituer un despote), de guerre &#171; pour la d&#233;mocratie &#187;, de &#171; l'humanit&#233; unie contre le terrorisme &#187; et les pouvoirs souverains s'arrogent le droit de r&#233;primer leur peuple au nom de la &#171; r&#233;volution &#187; ou de la &#171; lib&#233;ration &#187;. Une multitude de souffrances et de morts subsistent derri&#232;re les tribunaux pour crimes de guerre, la sc&#232;ne dramatis&#233;e du repentir et de pardon, de m&#234;me derri&#232;re les querelles r&#233;visionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yuan-horngj CHU, Universit&#233; Chiao-tung, Taiwan&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Premi&#232;re publication : 2 d&#233;cembre 2007)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pr&#233;sentation </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J. P. Dacheux, Pr&#233;sident de l'association</dc:creator>



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&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, chers amis. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Universit&#233; d'&#233;t&#233; de Chilhac, &#224; caract&#232;re international, constitue une rencontre originale. Elle est n&#233;e de l'initiative de professeurs et d'&#233;tudiants en philosophie qui se sont c&#244;toy&#233;s &#224; l'Universit&#233; Paris 8. Elle est due aussi &#224; une association nouvelle qui se propose de prolonger, d'&#233;largir, et de maintenir dans la dur&#233;e, les &#233;changes intellectuels et les contacts qui, ces derni&#232;res ann&#233;es, se sont engag&#233;s entre des habitants de la plan&#232;te. Ici : en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=9" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; &#224; Chilhac septembre 2007&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/logo/arton17.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, chers amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Universit&#233; d'&#233;t&#233; de Chilhac, &#224; caract&#232;re international, constitue une rencontre originale. Elle est n&#233;e de l'initiative de professeurs et d'&#233;tudiants en philosophie qui se sont c&#244;toy&#233;s &#224; l'Universit&#233; Paris 8. Elle est due aussi &#224; une association nouvelle qui se propose de prolonger, d'&#233;largir, et de maintenir dans la dur&#233;e, les &#233;changes intellectuels et les contacts qui, ces derni&#232;res ann&#233;es, se sont engag&#233;s entre des habitants de la plan&#232;te. Ici : en France ; et ailleurs : en Europe et en Asie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette association que je pr&#233;side, se veut une association pour une philosophie nomade et si elle a pr&#233;cis&#233;ment pris pour titre, Ici et Ailleurs, c'est que les probl&#233;matiques qu'on y aborde ne sont d'aucun lieu en particulier et concernent pourtant &#233;troitement chacune de nos cultures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me choisi, en cette ann&#233;e 2007, est cens&#233; nous &#233;viter de regarder avec na&#239;vet&#233; la r&#233;alit&#233; de notre &#233;poque marqu&#233;e par de violentes conflictualit&#233;s. Le diff&#233;rend culturel n'est pas seulement un sujet d'&#233;tude ; c'est notre quotidien, notre activit&#233;, notre lutte. L'affrontement politique n'est pas seulement un ph&#233;nom&#232;ne local, ici, et une r&#233;alit&#233; qui se vivrait aussi, semblablement, ailleurs, &#201;tat par &#201;tat. C'est un ph&#233;nom&#232;ne transverse, lui aussi mondialis&#233;, et que ne surplombe pas la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes, au contraire, tous ensemble dans le diff&#233;rend culturel et les chemins o&#249; nous nous engageons se croisent ou se rejoignent, se s&#233;parent et se rapprochent, tant il est vrai que notre temps de vie nous voit, tour &#224; tour, unis puis oppos&#233;s, dans un univers d&#233;sormais ferm&#233;, o&#249; les Grandes D&#233;couvertes g&#233;ographiques sont achev&#233;es mais o&#249; les complexit&#233;s ne cessent d'appara&#238;tre et d'ouvrir de nouveaux possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; de l'universel ne sera plus jamais uniforme et la diversit&#233; est devenue notre commune richesse. Bien entendu, une double r&#233;sistance, freine l'&#233;lan vers la construction d'une humanit&#233; qui ne craint plus ses diff&#233;rences ni ses diff&#233;rends. Une r&#233;sistance, positive, &#224; la domination de l'unique, se trouve confront&#233;e &#224; une autre, n&#233;gative, la r&#233;sistance au partage des savoirs et des biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps des philosophes des Lumi&#232;res est r&#233;volu. Peut-&#234;tre pas le temps de la philosophie. Peut-&#234;tre pas non plus celui des Lumi&#232;res. Jamais autant de questions ne sont apparues dans l'obscurit&#233; brutale o&#249; vit l'humanit&#233;, qui jamais ne connut d'aussi nombreux individus pouvant esp&#233;rer d'aussi longs temps d'existence. R&#233;&#233;clairer ces nouveaux temps nous concerne tous. Ce n'est plus l'affaire de penseurs occidentaux ou orientaux ; ce n'est plus l'affaire des civilisations appuy&#233;es sur leur pass&#233; ; c'est l'affaire des Terriens qui ont besoin des histoires et des pens&#233;es de tous les continents pour aborder sans trop de dommages leur pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirai, au cours de cette Universit&#233;, ce qui m'appara&#238;t comme &#233;trangement neuf bien qu'il ne s'agisse pas d'une nouveaut&#233; : nous rentrons, contre toute attente, dans l'&#226;ge des limites, de l'hospitalit&#233; et de la mesure. Non que l'&#233;thique ou la sagesse philosophique se soient, tout &#224; coup, empar&#233;es des soci&#233;t&#233;s humaines, mais parce que, d'abord, l'empreinte &#233;cologique (c'est-&#224;-dire la trace profonde que laissent sur la plan&#232;te nos activit&#233;s) ne nous donnera bient&#244;t plus les moyens de vivre sans limite, parce qu'ensuite, la solidarit&#233; de neuf milliards d'humains en l'an 2050 ne constituera pas un choix mais une n&#233;cessit&#233;, parce qu'enfin, il va nous falloir r&#233;apprendre &#224; compter en int&#233;grant &#224; nos calculs et &#224; nos pr&#233;visions, des param&#232;tres jusqu'ici non pris en consid&#233;ration. Et c'est &#224; ce monde-l&#224; qu'il s'agit de pr&#233;parer nos esprits, ici comme ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, je veux glisser une remarque : je suis devenu, progressivement, quelqu'un qui conna&#238;t un peuple, les Tsiganes ou Rroms, hommes sans territoire, sans &#201;tat, sans avoir mais non sans savoir, un peuple europ&#233;en s'il en est, parti &#224; jamais des Indes voici un mill&#233;naire, un peuple de bannis et d'esclaves, un peuple qui &#233;chappa de peu &#224; l'extermination. Ce peuple dissident, r&#233;sistant et m&#233;pris&#233; est l'arch&#233;type d'une humanit&#233; o&#249; se manifeste l'un des plus vifs diff&#233;rends culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici et Ailleurs vous accueille avec joie. Nous esp&#233;rons que la confrontation de nos pens&#233;es cr&#233;era, entre nous des liens et que ces liens r&#233;sisteront un peu &#224; l'usure du temps. Une association, c'est une complicit&#233;. Avec l'Universit&#233;, les Universit&#233;s, et, par-del&#224; ce qu'elles font pour &#234;tre les sites de l'universel, il y a, par le biais de la vie associative, la possibilit&#233; de cr&#233;er des connivences, de trouver des h&#244;tes partout, de se trouver une maison ailleurs, pouvant devenir sa maison pour un temps, n'importe o&#249; dans le village plan&#233;taire. Oubliant toute modestie, nous voudrions contribuer, pour notre toute petite part, &#224; redonner sens &#224; une vieille ambition : celle d'&#234;tre capable d'acqu&#233;rir cette philosophie nomade, cette culture souple et multiple qui permet de devenir un vrai citoyen du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bienvenue et que soient f&#233;conds nos &#233;changes et nos d&#233;bats !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'indig&#232;ne : une pr&#233;sence sans existence</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sidi Mohammed Barkat</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le mot &#233;tranger s'entend de diff&#233;rentes fa&#231;ons. Il en est une, marqu&#233;e au coin du paradoxe, qui consiste &#224; y associer des gens appartenant au pays. Ceux dont on pense, quand m&#234;me on ne le dirait pas, qu'ils sont des &#233;trangers bien qu'ils soient du pays. Cette fa&#231;on de concevoir le mot et aussi les personnes auxquelles il se rapporte se pr&#233;sente sous une figure particuli&#232;re dans les soci&#233;t&#233;s modernes et de droit qui sont les n&#244;tres.&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=9" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; &#224; Chilhac septembre 2007&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le mot &#233;tranger s'entend de diff&#233;rentes fa&#231;ons. Il en est une, marqu&#233;e au coin du paradoxe, qui consiste &#224; y associer des gens appartenant au pays. Ceux dont on pense, quand m&#234;me on ne le dirait pas, qu'ils sont des &#233;trangers bien qu'ils soient du pays. Cette fa&#231;on de concevoir le mot et aussi les personnes auxquelles il se rapporte se pr&#233;sente sous une figure particuli&#232;re dans les soci&#233;t&#233;s modernes et de droit qui sont les n&#244;tres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les d&#233;placements du politique dans l'art contemporain</title>
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		<dc:date>2007-11-07T16:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Christiane Vollaire</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;En janvier 1990, le sculpteur Richard Serra prononce &#224; Yale une conf&#233;rence apr&#232;s que son &#339;uvre Tilted Arc, command&#233;e par le gouvernement de L'Etat de New-York, ait &#233;t&#233; retir&#233;e de son emplacement et d&#233;truite pendant le transport, au motif de son &#034;absence de qualit&#233;s esth&#233;tiques&#034;. C'est de ce texte qu'on partira pour analyser ce que j'ai choisi d'appeler &#034;les d&#233;placements du politique dans l'art contemporain&#034;, dans la mesure o&#249;, en des termes tr&#232;s simples, il pose &#224; plusieurs niveaux la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=9" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; &#224; Chilhac septembre 2007&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/logo/arton21.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En janvier 1990, le sculpteur Richard Serra prononce &#224; Yale une conf&#233;rence apr&#232;s que son &#339;uvre Tilted Arc, command&#233;e par le gouvernement de L'Etat de New-York, ait &#233;t&#233; retir&#233;e de son emplacement et d&#233;truite pendant le transport, au motif de son &#034;absence de qualit&#233;s esth&#233;tiques&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est de ce texte qu'on partira pour analyser ce que j'ai choisi d'appeler &#034;les d&#233;placements du politique dans l'art contemporain&#034;, dans la mesure o&#249;, en des termes tr&#232;s simples, il pose &#224; plusieurs niveaux la complexit&#233; des relations &#224; la fois conflictuelles et constitutives du politique et de l'art au sein d'un syst&#232;me culturel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce qui nous int&#233;resse est que l'&#339;uvre m&#234;me de Richard Serra est, mat&#233;riellement, la m&#233;taphore de cette complexit&#233;. La r&#233;trospective pr&#233;sent&#233;e cette ann&#233;e au MOMA de New-York en est la manifestation, puisque tout son travail tend &#224; mettre physiquement en &#233;vidence les apories d'une place de l'art, comme la position m&#234;me de l'artiste oscille entre l'&#233;clat de la reconnaissance officielle et la violence du rejet public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La place de l'&#339;uvre dans un espace public&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;quation tr&#232;s &#233;l&#233;mentaire que pose Serra est la suivante : l&#224; o&#249; l'&#339;uvre prend sa place, quelque chose doit &#234;tre d&#233;plac&#233; pour la lui c&#233;der. L'&#339;uvre impose &#224; l'espace o&#249; elle s'inscrit un imp&#233;ratif massif de d&#233;placement. D&#233;placement qui affecte en premier lieu la trajectoire du spectateur, et l'oblige &#224; mobiliser corr&#233;lativement son corps et son regard, &#224; d&#233;ranger ses perspectives. Cette id&#233;e que l'art ne trouve pas sa place, mais doit l'imposer, et qu'en l'imposant il casse ce qui constituait jusque l&#224; l'espace environnant, Serra la fonde non pas &#224; partir de la sculpture, mais &#224; partir de la peinture elle-m&#234;me, en tant quelle doit d&#233;stabiliser l'espace architectural qu'elle investit. Il cite ainsi Le Corbusier, affirmant en 1932 dans une lettre &#224; Nekrasov que la fresque n'est rien d'autre qu'une entreprise de d&#233;vastation de l'architecture :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je n'envisage pas la fresque comme un moyen de mettre le mur en valeur, mais au contraire comme un moyen brutal de le d&#233;truire, de lui retirer toute notion de stabilit&#233;, de poids, etc. Je consid&#232;re que dans la Chapelle Sixtine, le Jugement dernier de Michel-Ange d&#233;truit le mur.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est question ici d'une v&#233;ritable brutalit&#233; de l'art, d'une &#233;vidence violente qu'il impose &#224; l'environnement. Et c'est le concept minimaliste d'une forme d'apparence sommaire, qui maximalise cet effet de d&#233;stabilisation, &#224; l'exact oppos&#233; de tout concept ornemental :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'&#339;uvre devient partie du site et restructure son organisation, aussi bien sur le plan de la conception que de la perception. Mes &#339;uvres ne d&#233;corent, n'illustrent ou ne d&#233;peignent jamais un lieu&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce caract&#232;re pol&#233;mique, dans un jeu d'opposition constante avec le milieu, qui fait &#339;uvre. Un jeu mena&#231;ant, dans lequel la massivit&#233; de l'&#339;uvre est r&#233;gl&#233;e sur l'apparente pr&#233;carit&#233; de son &#233;quibre, pla&#231;ant le spectateur dans une exp&#233;rience constante du danger. La charge d'acier impeccablement structur&#233;e porte en elle une v&#233;ritable puissance de chaos, elle se construit par ce potentiel de destruction. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cet affrontement pol&#233;mique de l'&#339;uvre &#224; l'espace et au regard du spectateur est saisi par l'artiste comme un acte politique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il est des sites o&#249; il est &#233;vident que l'&#339;uvre d'art est subordonn&#233;e &#224;, arrang&#233;e pour, adapt&#233;e &#224;, soumise &#224;, n&#233;cessit&#233;e par, utile &#224; &#8230; Dans ce cas, il est n&#233;cessaire de travailler en opposition aux contraintes du contexte, de fa&#231;on &#224; ce que l'&#339;uvre soit comprise comme une remise en cause de l'id&#233;ologie ou du pouvoir politique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La sollicitation d'une puissance de r&#233;sistance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace existant appara&#238;t bien dans ce texte comme la simple m&#233;taphore d'un ordre &#233;tabli, et l'&#339;uvre, en l'attaquant par un violent effet de perception, va entra&#238;ner le spectateur dans une dynamique de refus. La d&#233;stabilisation du regard met en quelque sorte physiquement une conscience en mouvement, dans une position d&#233;sign&#233;e par Serra comme &#034;r&#233;vision critique qu'on a de l'endroit&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi une v&#233;ritable exp&#233;rience ph&#233;nom&#233;nologique, qui place le spectateur de l'&#339;uvre en acteur de l'espace, mais cette exp&#233;rience agit &#224; la mani&#232;re d'un catalyseur mental qui, par la perception physique, met en branle un nouveau concept du rapport &#224; l'ordre, et induit chez le spectateur un effet roboratif, une sollicitation de sa puissance de r&#233;sistance et d'affrontement, dans ce qu'il appelle &#034;une nouvelle approche comportementale&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'effet de perception, la sollicitation physique va de pair avec une sollicitation mentale. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment cette double sollicitation qui d&#233;signe ce qu'on appelle au sens propre une esth&#233;tique, comme tension mentale induite par la sensation. La puissance oppositionnelle de l'&#339;uvre au milieu est ainsi le vecteur de transmission d'une &#233;nergie politique, et c'est cette puissance &#233;nergisante qui est, pour Serra, la fonction m&#234;me de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, ce rapport pol&#233;mique &#224; l'espace se constitue aussi en rapport pol&#233;mique &#224; l'histoire de l'art moderne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans l'histoire de la sculpture, l'acier a toujours &#233;t&#233; trait&#233; comme un &#233;l&#233;ment permettent de cr&#233;er une image, et jamais comme un mat&#233;riau de construction, c'est-&#224;-dire en termes de masse, de poids, de contrepoids, de capacit&#233; de r&#233;sistance, de charge maximum, de compression, de friction et de statique. (&#8230;) Le plus souvent, les sculpteurs ignorent les d&#233;couvertes de la r&#233;volution industrielle&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport au politique est aussi un rapport aux r&#233;alit&#233;s contemporaines de la mati&#232;re et de la production, en m&#234;me temps qu'un rapport &#224; la r&#233;sistance des mat&#233;riaux. L'art ne peut affronter les r&#233;alit&#233;s de l'environnement &#233;conomique que parce qu'il en ma&#238;trise les modes de production. Et il ne peut d&#233;tourner les modes de production utilitaire &#224; des fins esth&#233;tiques que parce qu'il a &#233;t&#233; capable de se les approprier pour les subvertir. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; l'un des enjeux majeurs de l'opposition &#233;tablie par Serra entre image et construction. Il montre, en prenant les exemples de Gonzalez, Picasso, Smith ou Calder, que ces artistes, utilisant le mat&#233;riau contemporain qu'est l'acier, sont cependant demeur&#233;s dans une esth&#233;tique de l'image, c'est-&#224;-dire dans un rapport conventionnel, purement visuel, &#224; leur objet. Ce que montre ainsi Serra, &#224; la suite de Benjamin, c'est que les r&#233;alit&#233;s du progr&#232;s technologique sont les constituants d'un renouvellement non seulement de la production des &#339;uvres, mais de l'exp&#233;rience esth&#233;tique elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. L'&#233;quivoque du rapport &#224; la production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A une esth&#233;tique de l'image, il oppose une esth&#233;tique de la construction, fond&#233;e sur le rapport des ing&#233;nieurs et des architectes &#224; la structure d'acier. Et se situe ainsi, en tant qu'artiste, dans la filiation architecturale de Mies van der Rohe, plut&#244;t que dans la filiation sculpturale de Calder. Dans la sculpture moderne, m&#234;me le rapport &#224; l'abstraction est encore un rapport de face &#224; face con&#231;u sur le mod&#232;le du rapport &#224; l'image. C'est toujours le sens de la vue qui est convoqu&#233;, dans ue relation d'ext&#233;riorit&#233; entre sujet et objet. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que vise Serra, c'est au contraire un rapport d'int&#233;gration du r&#233;cepteur dans l'&#339;uvre, rapport dans lequel ce qui provoqu&#233; est un effet sensoriel global, et non pas une simple sensation visuelle. La sculpture n'est pas destin&#233;e &#224; produire un effet de relief, mais un effet d'englobement. Et par l&#224;, c'est tout le rapport &#224; l'art qui est modifi&#233; : l'&#339;uvre n'est pas destin&#233;e &#224; &#234;tre vue, mais &#224; &#234;tre &#233;prouv&#233;e dans une exp&#233;rience du corps tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, pour paraphraser le Du Spirituel dans l'art de Kandinsky, on tente de mettre en &#339;uvre un Du Politique dans l'art, il faudra poser la question en ces termes : une &#339;uvre est-elle politique en tant qu'elle donne &#224; voir un objet politique ? C'est le cas du Guernica de Picasso, par exemple, ou dans les ann&#233;es 2000, du travail des fr&#232;res Chapman sur les D&#233;sastres de la guerre de Goya. Ou est-elle politique en tant qu'elle suscite un rapport subversif &#224; l'espace public, une relation probl&#233;matique aux lieux communs de l'histoire pass&#233;e ou contemporaine, un rapport &#233;quivoque aux standards de la production ? L'oscillation entre ces deux p&#244;les est l'un des modes du d&#233;placement qui fait de l'art conceptuel un art politique. Elle d&#233;finit, pour reprendre la formule d'Harald Szeeman, la mani&#232;re dont &#034;une attitude devient forme&#034;, aux d&#233;pens de tout effet narratif. &lt;br class='autobr' /&gt;
En introduisant des usages &#224; la fois efficaces et dysfonctionnels de l'acier dans l'espace public, Serra ouvre de nombreuses pistes de r&#233;ponse &#224; cette question. Et c'est la puissance m&#234;me de ces &#233;quivoques, et le jeu vertigineux qu'elles suscitent entre distance et int&#233;gration, dans la production de l'&#339;uvre autant que dans sa r&#233;ception, qui lui &#233;vite de basculer dans la d&#233;monstration, ou dans l'effet de propagande qui, par son univocit&#233; m&#234;me, abolit l'essence dynamique du politique. Ainsi &#233;crit-il :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Pour construire mes &#339;uvres, j'ai recours au secteur industriel, aux ing&#233;nieurs des Ponts et Chauss&#233;es, aux ouvriers du b&#226;timent, aux g&#233;om&#232;tres, aux man&#339;uvres, aux monteurs, aux transporteurs, etc. Mon atelier, ce sont maintenant les aci&#233;ries, les chantiers navals et les usines&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Et en m&#234;me temps :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je crois que la sculpture a le pouvoir, si tant est qu'elle en ait un, d'agir en contradiction avec les espaces et les endroits o&#249; elle s'ins&#232;re&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure m&#234;me o&#249; l'espace de production de l'&#339;uvre utilise les moyens du r&#233;gime de productivit&#233; industrielle, et s'inscrit dans ses sch&#233;mas technologiques ordinaires, son espace de r&#233;ception en fait au contraire &#233;clater les standards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La destruction des effets de coh&#233;sion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ce jeu contradictoire que t&#233;moigne aussi en photographie le travail de Martha Rosler, en introduisant dans l'image elle-m&#234;me un espace d'aberration qui en d&#233;truit la coh&#233;sion : en pleine guerre du Viet-Nam, elle produit aux Etats-Unis des photographies d'int&#233;rieurs bourgeois et douillets, o&#249; la jolie ma&#238;tresse de maison s'active &#224; faire le m&#233;nage, tandis que les grandes baies vitr&#233;es ouvrent sur des images de soldats patrouillant dans des rizi&#232;res. &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;f&#233;rence au pop'art et &#224; ses repr&#233;sentations publicitaires du confort des environnements contemporains. Mais aussi r&#233;f&#233;rence invers&#233;e &#224; l'art de la Renaissance, o&#249; les fen&#234;tres ouvrent sur la perspective paisible des paysages. L'effet d'aberration cr&#233;&#233; par la confrontation de deux espaces antinomiques, loin de tenir le spectateur &#224; distance, l'int&#232;gre au contraire dans un chaos esth&#233;tique qui sollicite sa r&#233;sistance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or ce que montre cette irruption d'un espace dans un autre, ce n'est pas seulement la r&#233;alit&#233; plan&#233;taire de leur coexistence, c'est aussi l'engendrement de l'un par l'autre. L'engendrement de la qui&#233;tude de l'espace du foyer par la violence de l'espace guerrier comme environnement omnipr&#233;sent. La r&#233;alit&#233; guerri&#232;re comme r&#233;alit&#233; lointaine, exotique, occult&#233;e, est tout &#224; coup pr&#233;sentifi&#233;e non pas dans une image t&#233;l&#233;visuelle, mais dans un paysage environnemental, en tant que milieu. Et cet effet de saisissement d&#233;truit les constructions de l'intime, &#224; la mani&#232;re dont la fresque de Michel-Ange d&#233;truit le mur de la Sixtine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'espace public est n&#233;cessairement un espace conflictuel, si le politique ne peut s'affirmer que comme topique d'affrontement, alors l'art ne peut se diluer en activit&#233; consensuelle qu'en renon&#231;ant &#224; ce qui le constitue, d&#232;s son origine, comme n&#233;cessit&#233; politique : celle de fonder la communaut&#233; comme contre-nature, &#224; partir de la d&#233;cision du langage. L'art originel, si institu&#233; qu'il soit, et m&#234;me comme expression fondatrice de l'institution, n'est jamais destin&#233; &#224; orner, mais, au sens propre, &#224; contredire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Une esth&#233;tique du conflit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#339;uvre r&#233;cente de la vid&#233;aste Danica Dakic montre dans le conflit des espaces et des corps une telle n&#233;cessit&#233;. Le lieu de tournage est un mus&#233;e du papier peint, pr&#233;sentant la tapisserie &#034;El Dorado&#034;, r&#233;alis&#233;e en 1848. Une esth&#233;tique classique et conventionnelle d&#233;roule ainsi le fond de paysages mus&#233;aux, devant lesquels des adolescents migrants de toute origine viennent &#224; tour de r&#244;le, en rythme syncop&#233;, en position de sport ou de combat, danser, parler et chanter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et le conflit qui s'&#233;tablit entre les standards acad&#233;miques du d&#233;cor de papier peint et les attitudes des personnages relevant des conventions h&#233;t&#233;rog&#232;nes de la performance contemporaine, cr&#233;ent un dispositif d'h&#233;t&#233;ronomie radicale. L&#224; se d&#233;ploie une &#233;nergie des sujets, doublement en devenir, par leur &#226;ge et par leurs origines. Et elle se potentialise de son affrontement &#224; la statique vieillote du d&#233;cor. Le d&#233;roulement statique du papier peint derri&#232;re la dynamique des corps en d&#233;ambulation appara&#238;t ainsi tr&#232;s vite comme le r&#233;f&#233;rent d'une m&#233;taphore de la migration. &lt;br class='autobr' /&gt;
La mat&#233;rialisation de l'environnement par le d&#233;cor imprim&#233;, dans son affrontement culturel au rythme syncop&#233; de la chor&#233;graphie, met en &#233;vidence ces effets de d&#233;calage et de d&#233;placement, cette dysharmonie qui trahit la rupture avec le milieu. Derri&#232;re l'authenticit&#233; dynamique des personnages diversement color&#233;s, c'est le d&#233;cor qui crie sa facticit&#233;. Aucun pathos n'est affich&#233;, aucune souffrance ne se dit ; mais c'est seulement dans les conflictualit&#233;s spatiales issues de ce dispositif d'h&#233;t&#233;ronomie, que deviennent perceptibles les tensions qui fondent un rapport au monde d&#233;socialis&#233;. Et cette dissociation m&#234;me appara&#238;t porteuse des imp&#233;ratifs d'une nouvelle socialit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans Le Grand Caravans&#233;rail de Mnouchkine, qui traitait autrement les probl&#233;matiques de la migration, c'&#233;taient des chariots charg&#233;s de personnages, pr&#233;cipit&#233;s sur le vide de la sc&#232;ne, qui disaient cette antinomie constitutive de l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. L'espace h&#233;t&#233;rotopique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ces rencontres de mondes apparemment incompatibles ne sont pas de simples juxtapositions. Et l'effet de saisissement ne na&#238;t nullement de leur caract&#232;re &#034;fortuit&#034; ou &#034;improbable&#034; pour reprendre les expressions surr&#233;alistes. Il na&#238;t au contraire du sentiment intime de leur authentique conjonction, de la certitude inqui&#233;tante de leur compatibilit&#233; effective. C'est pr&#233;cis&#233;ment de ce trouble d'une compatibilit&#233; des antinomies que naissent ce que Foucault appellent les &#034;h&#233;t&#233;rotopies&#034;, r&#233;gimes de la dissemblance et de l'alt&#233;rit&#233; radicale qu'il oppose aux utopies (lieux de nulle part) dans Les Mots et les choses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les utopies consolent (&#8230;). Les h&#233;t&#233;rotopies inqui&#232;tent, sans doute parce qu'elles minent secr&#232;tement le langage, parce qu'elles emp&#234;chent de nommer ceci et cela, parce qu'elles brisent les noms communs ou les enchev&#234;trent, parce qu'elles ruinent d'avance la syntaxe, et pas seulement celle qui construit les phrases, - celle moins manifeste qui fait tenir ensemble (&#224; c&#244;t&#233; et en face les uns des autres) les mots et les choses.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien en effet du r&#233;gime de l'h&#233;t&#233;rotopie que rel&#232;ve le travail esth&#233;tique, de ce r&#233;gime de la compatibilit&#233; des disproportions et des inad&#233;quations, qui &#034;ruine la syntaxe&#034; des visibilit&#233;s et &#034;mine secr&#232;tement&#034; le langage de l'imaginaire. Car une &#339;uvre parfaitement plastique est aussi, dans sa plasticit&#233; m&#234;me, une interrogation sur le langage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui construit la coh&#233;rence plastique de l'&#339;uvre, c'est pr&#233;cis&#233;ment la mise en &#233;vidence de l'artifice de ce qui fait &#034;tenir ensemble les mots et les choses&#034;, selon la formule de Foucault. Et cette mise en &#233;vidence de l'artifice est ce qui permet de reconna&#238;tre en effet l'homme comme &#034;animal politique&#034;, c'est-&#224;-dire comme celui qui construit l'espace commun par le geste de la fracture, &#224; la mani&#232;re dont, comme le montre Arendt dans l'Essai sur la r&#233;volution, l'exp&#233;rience politique de la fraternit&#233; commence par le fratricide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. La s&#233;gr&#233;gation &#233;galitaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La violence est le commencement&#034;, &#233;crit-elle. Et, dans une perspective clairement hobbesienne, elle interpr&#232;te les mythes des origines, de la l&#233;gende de Ca&#239;n &#224; celle de Romulus, comme ne d&#233;couvrant la fraternit&#233; (devenue l'embl&#232;me des mouvements r&#233;volutionnaires) que dans le fratricide. La violence n'est pas le mal, elle n'a aucune connotation morale, elle n'est rien d'autre qu'un principe de r&#233;alit&#233; originel, qui ne peut constituer l'humanit&#233;, et par l&#224;-m&#234;me l'histoire, que dans la rupture.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est par la conscience de cette violence originelle que les Grecs fondent le concept d' isonomie, une &#233;galit&#233; qui ne peut &#234;tre donn&#233;e que par la loi (nomos), reconnaissant par l&#224; que la nature ne saurait fonder que des rapports de domination. Et Arendt para&#238;t bien ici refuser toutes les positions du droit naturel. Mais cette &#233;galit&#233; donn&#233;e par la loi se fonde aussi sur le principe m&#234;me de l'exclusion. La r&#233;volution am&#233;ricaine ne fonde ses principes d&#233;mocratiques qu'&#224; partir de la r&#233;alit&#233; s&#233;gr&#233;gationniste qui suit l'abolition de l'esclavage, comme la d&#233;mocratie ath&#233;nienne a &#233;pous&#233; les formes de la discrimination sexuelle et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art, comme activit&#233; humaine par excellence, ne cesse ainsi d'explorer les apories de ce qui fait humanit&#233;, de ce qui constitue n&#233;cessairement l'unit&#233; sur le clivage, obligeant &#224; osciller sans cesse entre unifiant et discriminant, entre pacifiant et pol&#233;mique. Luc Boltanski, dans un essai r&#233;cemment r&#233;&#233;dit&#233;, en montre les effets dans les apories contemporaines de l'intention humanitaire. Il &#233;crit ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; La possibilit&#233; d'acc&#233;der &#224; une ext&#233;riorit&#233; - dont nous avons vu qu'elle caract&#233;risait le spectateur moderne - reste centrale dans la conception du spectateur de l'histoire universelle dont la puissance d'engagement pour une cause repose toujours sur un d&#233;sengagement initial&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. La constitution d'une mise en spectacle de la souffrance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le conflit entre la vis&#233;e d'une universalit&#233; de l'histoire comme concept ou comme r&#233;cit, et la r&#233;alit&#233; d'un v&#233;cu discriminant et sans commune mesure de la violence historique de masse, qui construit la tentation humanitaire dans son double statut d'appartenance et d'ext&#233;riorit&#233;. L'id&#233;e m&#234;me d'une histoire universelle est celle d'un point de vue surplombant, qui maintient celui qui le produit &#224; l'ext&#233;rieur de son objet, tout en le faisant s'en reconna&#238;tre comme partie. Et une telle tension est particuli&#232;rement d&#233;terminante lorsqu'elle concerne l'exp&#233;rience la plus fondatrice, qui est celle de la souffrance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Boltanski analyse ce dilemme de la souffrance &#224; distance en trois topiques : topique de la d&#233;nonciation, topique du sentiment et topique esth&#233;tique. La topique de la d&#233;nonciation r&#233;solvant le dilemme en accusation contre une malfaisance politique, sur le mod&#232;le de la d&#233;signation de l'affaire, &#224; la mani&#232;re de Voltaire dans l'affaire du Chevalier de la Barre ; la topique du sentiment le r&#233;solvant en compassion visant la bienfaisance, sur le mod&#232;le du roman sentimental du XVIII&#232;me ; la topique esth&#233;tique le r&#233;solvant en h&#233;ro&#239;sme de la cruaut&#233;, &#224; la mani&#232;re de Sade. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc bien, dans les trois topiques qu'il met en &#339;uvre, &#224; partir de la modernit&#233; du XVIII&#232;me si&#232;cle que Boltanski &#233;tablit l'origine d'une probl&#233;matique de &#034;la souffrance &#224; distance&#034;, et c'est d'un frottement entre r&#233;alit&#233; et fiction qu'elle surgit, puisqu'elle s'inscrit autant dans les r&#233;alit&#233;s de la violence que dans le v&#233;cu imaginaire de ses repr&#233;sentations, fondant par l&#224; la possibilit&#233; m&#234;me du roman. En ce sens on peut, ce que ne fait pas Boltanski, renvoyer les trois topiques au champ fondamental de l'esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. L'impossible du &#034;nous&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;preuve de la souffrance &#224; distance appara&#238;t alors comme l'&#233;preuve originelle du langage litt&#233;raire, qui constitue l'indicible sauvagerie de la r&#233;alit&#233; guerri&#232;re en &#233;pop&#233;e, et ses acteurs primitifs en h&#233;ros, comme le fait la po&#233;sie hom&#233;rique en instituant, sur l'exercice le plus sommaire de la brutalit&#233;, une respectable culture commune. Ici sont r&#233;unis le caract&#232;re pol&#233;mique de l'accusation, le caract&#232;re unifiant de la compassion et l'aristocratie d'un h&#233;ro&#239;sme de la cruaut&#233;, dont on retrouve la filiation sadienne chez Bataille et Artaud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le XVIII&#232;me, reconnaissant juridiquement une humanit&#233; commune derri&#232;re les diff&#233;rences, et fondant dans le m&#234;me temps, &#224; partir de Baumgarten, le concept d'esth&#233;tique comme communaut&#233; paradoxalement issue de la divergence des &#233;motions, va cristalliser ces d&#233;placements du politique dont on retrouve les filiations dans l'art contemporain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au c&#339;ur de la r&#233;alit&#233; contemporaine de l'art, existe ainsi un conflit d'espace qu'aucune &#339;uvre ne parvient &#224; r&#233;soudre : les lieux de production, d'exposition et de reconnaissance de l'art r&#233;activent le processus originel d'une s&#233;gr&#233;gation esth&#233;tique, qui affirme l'universalit&#233; de l'art tout en d&#233;terminant les territoires g&#233;ographiques de sa diffusion. L'exotisme, devenu topos privil&#233;gi&#233; de l'art du XIX&#232;me si&#232;cle, continue au XXI&#232;me de constituer son objet en m&#233;thode esth&#233;tique, non en sujet d'un regard. Et cette in&#233;galit&#233; g&#233;opolitique entre regardant et regard&#233; demeure l'un des effets de d&#233;placement du politique les moins interrog&#233;s dans l'art contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience esth&#233;tique affronte ainsi le sujet &#224; une impossibilit&#233; : celle de s'accommoder de l'espace auquel il est assign&#233;. Mais cet impossible, originellement v&#233;cu dans l'intimit&#233;, ne peut &#234;tre assum&#233; qu'en tant qu'il est montr&#233; dans l'espace public de l'exposition, et r&#233;v&#233;l&#233; ainsi comme un v&#233;cu commun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui fait communaut&#233; dans l'art est donc tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment ce qui fait obstacle &#224; la r&#233;alit&#233; commune de l'ordre &#233;tabli, pour fonder paradoxalement une communaut&#233; dans l'exp&#233;rience intime de la diff&#233;rence (ce qui sera l'objet m&#234;me de l'interrogation post-moderne, comme refus des grands r&#233;cits). Mais cette communaut&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e demeure virtuelle : elle n'est pas le simple constat d'un &#233;tat de fait qui se r&#233;duirait au consensus vague de l'&#233;vidence d'un &#034;nous&#034;. L'art oblige au contraire &#224; constater l'impossible du &#034;nous&#034;, autant que sa n&#233;cessit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est par l'exp&#233;rience esth&#233;tique que peut &#234;tre &#233;prouv&#233; ce dissensus commun, mais c'est au-del&#224; d'elle qu'il peut &#234;tre utilis&#233; comme arme politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Writing/Righting History of the Second World War : Forgetting and Remembering the Taiwanese Veterans in Postwar Taiwan</title>
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		<dc:date>2007-10-01T15:24:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mike Shi-chi</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;In postwar Taiwan, part of the Sino-Japanese War, as experienced by those who fought alongside the Allied, is categorically represented as a victorious war. Yet the same War, as experienced by those who fought alongside the eventually-defeated Japanese, is treated as a &#8220;discredited war&#8221;. In pursuit of postwar political unity of one nation under the Chinese KMT rule, how did postwar historical accounts represent these conflicting views of the war and antagonistic experiences ? And how did the (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=9" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; &#224; Chilhac septembre 2007&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/logo/arton22.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;In postwar Taiwan, part of the Sino-Japanese War, as experienced by those who fought alongside the Allied, is categorically represented as a victorious war. Yet the same War, as experienced by those who fought alongside the eventually-defeated Japanese, is treated as a &#8220;discredited war&#8221;. In pursuit of postwar political unity of one nation under the Chinese KMT rule, how did postwar historical accounts represent these conflicting views of the war and antagonistic experiences ? And how did the agents of the war remember these wartime experiences ? Did people who write history (histories) find a way to &#8220;reconcile&#8221; the conflicting views ? To explore these questions, this paper will focus on one of the many agents of the war, Taiwanese-native Japanese soldiers (and military personnel) [Taiji Riben bing], and examine the postwar historiography of these soldiers and their experiences in Taiwan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;During the Second World War, especially since 1937, more than one hundred thousand Taiwanese were recruited to serve in various capacities in the Japanese armed forces : &#8220;paramilitary&#8221; [C : junfu, J : gunfu] ; &#8220;auxiliary military personnel&#8221; [C : junshu, J : gunzoku] ; &#8220;volunteer soldiers&#8221; [C : zhiyuan bing, J : shigan hei]. As scholars point out, &#8220;when the war is at such intensity, they were given no choice but &#8216;forced' to pick up guns and, from that moment on, became &#8216;soldiers'&#8221;. These Taiwanese serving in or alongside the Japanese military became known collectively as Taiwanese-native Japanese soldiers. During the war, as the Japanese military pushed into mainland China, Southeast Asia, and islands across the Pacific, these Taiwanese were also sent to work (and fight) in foreign and remote lands across Asia and the Pacific. At the end of the war, according to various accounts, there are between 100,000 and 200,000 Taiwanese veterans who had fought in the Second World War. Among them, there are more than 30,000 casualties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I.	Forgetting Taiwanese Veterans in Public Memory since 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Since the end of the war, history of the Second World War has been written extensively in Taiwan, often under the auspice of the Chinese Nationalist (KMT) government. In any postwar account of war, soldiers (and thereafter veterans) are featured predominantly. Not only because soldiers had played a key role in war. The bravery, commitment, and sacrifice made by soldiers&#8212;on behalf of the nation&#8212;in the battlefields are often represented in (wartime and) postwar accounts as the ultimate manifestation of patriotism. In other words, soldiers are represented as the builders, defenders, and embodiment of the nation and the model citizen that all citizens should aspire to follow in time of national crisis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In postwar accounts in Taiwan, however, the episodes of more than 100,000 Taiwanese soldiers fighting on the side of the Japanese&#8212;in other words, against the Chinese&#8212;was hardly found. These Taiwanese veterans were hardly present in the postwar discourse of veterans. Instead, postwar account and public memory of the war has been dominated by the history of (mainland) Chinese soldiers and the mainland Chinese view(s) of the war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discourse of &#8220;(mainland Chinese) veterans&#8221; in postwar Taiwan&lt;br class='autobr' /&gt;
Since 1945, the mainland Chinese soldiers are the only &#8220;veterans&#8221; recognized politically in the public discourse of veterans (including state policy and administration) and historiographically in the general accounts of wars. For example, (institutionally) at the cabinet-level Veteran Affairs Commission, part of the Commission's Chinese name, guojun [or Nationalist soldiers] defines, categorically, the veterans are those who have served in the Guomindang (KMT) military. Thereby, the Commission is set out to look after the well-being of the mainland Chinese veterans who have served under the KMT government and the Taiwanese veterans who have served under the KMT government after 1949. Under the Commission's administration, the Taiwanese soldiers from World War II are categorically excluded.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Another state-level institution devoted to veterans, which is symbolically important as a part of the state's performance of shaping national identity, is the Martyr Shrine [zhonglie ci]. The Martyr Shrine has very specific rules as who could be &#8220;enshrined&#8221; and commemorated, and is dedicated to those who died fighting for the &#8220;Nationalist revolution [guomin geming]&#8221;, including those who contributed their lives in the &#8220;war of resistance&#8221; and anti-Communist campaigns since 1949. Later on, the KMT government enshrined several Taiwanese who died resisting the Japanese colonial rule. However, Taiwanese soldiers who fought as Japanese soldiers and died during the War are not enshrined. Related to the Martyr Shrine and also at the symbolical level (of performance), the &#8220;autumn national worship [qiuji guosang]&#8221;&#8212;led by the President of Taiwan&#8212;is hold annually at the Martyr Shrine in Taipei on the 3rd of September, the Armed Forces' Day [junren jie] in Taiwan. In the highest state form of honoring the soldiers, the mainland Chinese veterans and the post-1949 Taiwanese veterans are those &#8220;veterans&#8221; who are honored on the Armed Forces' Day. Conspicuously, the Taiwanese veterans from World War Two are absent in the postwar public discourse of veterans, without receiving state recognition or veteran welfare after the war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And historiographically, the Taiwanese veterans are similarly absent in most, if not all, postwar account of the war. Consequently, experiences of the Taiwanese veterans were largely, if not completely, suppressed in postwar accounts. Between 1945 and 1990, the history of Taiwanese-native Japanese soldiers who had fought against the Chinese and the Allied forces were hardly known to the public in Taiwan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As Suleiman argues, forgetting is the &#8220;active agent&#8221; in the formation of memories as it &#8220;gives memories their shape and relief&#8221;. By forgetting the history of Taiwanese-native Japanese soldiers, an actively and politically constructed public memory of the war&#8212;as well as an officially imposed amnesia&#8212;came into shape in postwar Taiwan under the KMT government.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Significance of Forgetting/Amnesia to Amnesty and Redemption&lt;br class='autobr' /&gt;
The official amnesia can be understood as a two-stage forgetting (in the sequence of forgetting &#8594; forgiving &#8594; redeeming). First, forgetting is a form of KMT government forgiving what the Taiwanese soldiers did against the Chinese during the war. Secondly, after forgiving by forgetting, forgetting is a way of KMT government redeeming the Taiwanese from what the Taiwanese soldiers did during the war against the Chinese.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A : Forgetting as a form of forgiving/amnesty&lt;br class='autobr' /&gt;
In the immediate years after the war ended, many Taiwanese were prosecuted in Taiwan, China, and at the International War Crime Tribunals across the Pacific and Japan. However, after 1949, &#8220;war crimes&#8221; committed by the Taiwanese against the Chinese and the Allied forces, as convicted by the International War Crime Tribunal after the war, were completely ignored by the KMT government in Taiwan. This &#8220;forgetting&#8221; (of what the Taiwanese soldiers did during the war against the Chinese) allowed the KMT government to forego war crime prosecution after 1946.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Ricoeur defines this kind of &#8220;official injunction to forget&#8221;, or &#8220;amn&#233;sie command&#233;e&#8221;, as a &#8220;prescribed amnesia&#8221;. In postwar Taiwan, this &#8220;prescribed amnesia&#8221; continued for more than fifty years under the KMT government. So, what is the significance of this political amnesia ? We can understand the KMT's forgetting as a form of amnesty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Again, quoting from Paul Ricoeur, amnesty is a &#8220;forced amnesia&#8221; and a &#8220;parody of forgiveness&#8221;. Yet, amnesty has its &#8220;conciliatory&#8221;, &#8220;utilitarian&#8221;, and &#8220;therapeutic&#8221; function. As Ricoeur recognizes that for the sake of political unity, amnesty can &#8220;silence the non-forgetting of memory&#8221;. In forgetting the Taiwanese &#8220;war crimes&#8221; committed against the Chinese and the Allied forces, the KMT government effectively&#8212;regardless of its intentionality&#8212;imposed a political amnesty on the Taiwanese soldiers who served in the Japanese military during the war. This amnesty first allowed the KMT government to halt prosecution of Taiwanese war crimes. Furthermore, this amnesty by forgetting helped to reduce&#8212;if not erase&#8212;animosity between the mainland Chinese and the newly incorporated Taiwanese population. As St&#233;phane Gacon argues, &#8220;the citizens grant amnesty to other citizens with the primary aim of reestablishing a national unity unbroken by civil conflict&#8221;. In doing so, it allowed the KMT government to build and maintain the much-needed political unity in Taiwan between the formerly antagonistic mainland Chinese and the Taiwanese. Especially after 1949, as the KMT government retreated to Taiwan and consolidated itself after losing the civil war against the Chinese Communist Party (CCP), this &#8220;forgetting&#8221; became ever more urgent in KMT government's fight against the primary enemy&#8212;CCP. By imposing a &#8220;forced amnesia&#8221; of the Taiwanese-native Japanese soldiers and their &#8220;war crimes&#8221;, the KMT rule could prevent domestic conflict between the Chinese and the Taiwanese in postwar Taiwan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As Suleiman argues, &#8220;[I]f there is a &#8216;duty to remember', there is also, just as importantly, a &#8216;duty to forget'&#8221;. For the sake of national unity, particularly after 1949, the history of Taiwanese-native Japanese soldiers was forgotten and this amnesia imposed by the KMT government served as a form of granting amnesty on the Taiwanese soldiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B : Forgetting as a form of redemption&lt;br class='autobr' /&gt;
Hannah Arendt has pointed out, forgiveness provides the &#8220;possible redemption from the predicament of irreversibility&#8221; and frees both &#8220;the one who forgives and the one who is forgiven&#8221; from consequences of an irreversible act. Wartime suffering inflicted by Japanese (including the Taiwanese soldiers) on the Chinese is surely an irreversible act. After the war, forgetting provides both the KMT government and the general population an opportunity&#8212;if not the only opportunity&#8212;to forgive war crime committed by the Taiwanese against the Chinese before 1945. And as Hannah Arendt argues, forgiving allows redemption from an irreversible act. Only by forgiving what the Taiwanese soldiers had committed during the war can the Taiwanese&#8212;as well as the Chinese&#8212;can be freed and redeemed from the consequence of an irreversible act like war crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As Suleiman points out, Ricoeur's view of &#8220;forgiveness&#8221; is redemptive as the latter argues that forgiveness proclaims to the sinner, &#8220;You are more worthy than your actions&#8221;. By forgetting the history of Taiwanese-native Japanese soldiers, the postwar KMT government was able to re-represent and redeem the Taiwanese as more &#8220;worthy&#8221; than their &#8220;action&#8221; (such as war crimes committed again the Chinese in the mainland). As Suleiman further points out, the &#8220;established democracy could not afford to throw out, let alone bring to trial, everyone who had worked under or implicated with&#8221; a now defunct and officially condemned regime. It happened in France after the Vichy, Italy after Mussolini, Argentina and Chile after military dictatorships and Eastern Europe after communism. The same happened in postwar Taiwan under the KMT government. (first forgetting, then) Forgiving war crime (of the Taiwanese soldiers) allows the KMT government to redeem the Taiwanese soldiers for the sake of national reconstruction, especially after 1949. For example, former Taiwanese-native Japanese soldiers were redeemed and represented as a force prepared to &#8220;recover the mainland&#8221; [fangong dalu] under the lead of the KMT government, regardless of what they did during the Sino-Japanese war. Again, this act of forgiving became ever more indispensable, particularly after 1949, as the Chinese KMT government consolidated itself in Taiwan and was forced to depend on its former enemies, the Taiwanese, as compatriots and &#8220;soldiers&#8221; in its anti-Communist campaign.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II.	The Creation of a New Discourse of Taiwanese Veterans since the 1990s&lt;br class='autobr' /&gt;
Under the politically imposed amnesia, the history of Taiwanese veterans is largely forgotten in postwar Taiwan. However, in private domain, Taiwanese veterans have been keeping their memories alive. Some veterans (and veterans' families) organized social activities and published directories and internal newsletters ; others organized themselves to seek (KMT government's assistance in seeking) veterans' compensation from the Japanese government. Although the public was hardly aware, these private efforts and network helped to keep the history of Taiwanese veterans alive under the politically imposed amnesia for more than five decades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Things finally started to change in 1990s. After five decades of being forgotten in official accounts of the war and in public memory of the war, several volumes of Taiwanese veterans' oral history, conducted by historians, were published, coincidentally, in 1997. The publication of oral history gives the Taiwanese veterans their first opportunity&#8212;since the end of the war&#8212;to bring their private memories of the war into public discourse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;One of the major contributors to this new discourse of Taiwanese veterans is the Institute of Taiwan History (ITH) at the Academia Sinica. ITH initiated its oral history project as early as 1994 and published their findings in 1997. Academia Sinica is a top research institution in Taiwan, and notably, it is also a state-sponsored national-level research institute. Similarly, several county-level local governments also conducted their own oral history projects during this period.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In addition to the aforementioned changes in the narratives of Taiwanese veterans by oral history projects, the emergence of a new discourse of Taiwanese veterans was also seen in practice. Also in 1997, a special exhibition of Taiwanese wartime history, &#8220;Taiwan ren zhanzheng zhan [exhibition of Taiwanese people's wars]&#8221;, was hold in Taipei by the Taipei Municipal Government. This exhibition showed pictures of several Taiwanese-native Japanese soldiers, personal effect saved from the war, and historical documents related to Taiwanese veterans. Since the end of the war, this exhibition is the first time in which the history of Taiwanese-native Japanese soldiers was featured publicly and predominantly in a governmental function in Taiwan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Since then, more scholarly works on Taiwanese soldiers are published, and often in collaboration with state and local governments. In addition, there are notably several autobiographical accounts by Taiwanese soldiers and oral history conducted by the families of Taiwanese soldiers. But in terms of their significance to the emergence of a new public discourse of Taiwanese veterans, scholarly works came earlier and more widely read.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Significance of oral history in two domains&lt;br class='autobr' /&gt;
A.	(Politically) To speak/write to redeem yourself from amnesty and to seek due state recognition as &#8220;veterans&#8221; in Taiwan&lt;br class='autobr' /&gt;
For more than fifty years, for the sake of social and national unity, wartime experiences of the Taiwanese veterans were forgotten in postwar amnesia. Consequently, memories of the Taiwanese veterans became what Ricoeur calls the &#8220;forgetful memory&#8221; and Taiwanese veterans would not be allowed to speak publicly for themselves or speak of their wartime accomplishment (or contribution) or suffering.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oral history provided the Taiwanese veterans a new opportunity to recover the latter's wartime memory. It allowed the Taiwanese veterans to speak publicly, for the first time, for and of themselves in their own country. At a seminar hosted by the Academia Sinica in 1996, a veteran commented on the long-awaited opportunity : &#8220;please allow me this opportunity to talk a bit more, this is the only one chance I got in fifty years, and it will be gone if I miss it&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And in speaking publicly of their experiences, what the Taiwanese veterans are seeking is due recognition&#8212;particularly state recognition&#8212;of their wartime accomplishment (or contribution) as well as their wartime suffering like other &#8220;veterans&#8221; being recognized in the public discourse. Like what some Taiwanese veterans have done since the late 1950s in Japan, the Taiwanese veterans started seeking recognition in Taiwan in the mid-1990s. And they are seeking recognition from both the general public and the government.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Speaking of private efforts to erect memorials to commemorate the deceased Taiwanese-native Japanese soldiers, a veteran commented that the efforts was made to raise public awareness of the issue because these &#8220;poor&#8221; deceased soldiers were never &#8220;respected&#8221; or &#8220;properly worshipped&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Speaking of the Taiwanese government, a former nurse commented : &#8220;the government treats these glorious citizens [rongmin], (and) these mainlanders [waisheng ren, or people from the outer provinces] so well, why it does not treat these poor people (former Japanese soldiers and auxiliary military personnel) the same way, we have all been poor and miserable, why the government does not care about us ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To the Taiwanese veterans, their present-day government and society at large have neither recognized their war efforts nor provided them veterans' welfare. And this lack of recognition and welfare is particularly acute and unbearable in comparison to other veterans such as the so-called &#8220;glorious citizens&#8221; veterans, who are mostly mainlanders. Therefore, veterans in Taiwan are organizing themselves and asking their own country to &#8220;reverse the verdict [pingfan]&#8221; on their wartime experiences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B.	(Historiographically) To speak/write to recover the forgetful memory and history from political amnesia&lt;br class='autobr' /&gt;
On the other hand, by speaking publicly of the Taiwanese veterans' experiences, oral history that has emerged since mid-1990s has helped to (re-)establish the Taiwanese veterans in history and postwar historiography in Taiwan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interestingly, the process of redemption is partly, if not mostly, initiated by historians in Taiwan in the 1990s. Here, we would like to further explore the issue of agency in understanding the emergence of a new discourse of Taiwanese veterans since the 1990s. We want to know : who make this new discourse ? As we have witnessed, several agents have played a role in creating and shaping this new discourse : veterans (soldiers and military auxiliary personnel), family members of veterans (jiashu for those veterans who are still alive and yizu for those veterans who passed away), historians and journalists, and, finally, governments in both Taiwan and Japan (by adopting the new discourse and reinforcing it). In terms of its significance to historiography, we will examine more closely the role of historians and historian's (sense of) responsibility/urgency in the emergence of the new discourse of veterans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ricoeur differentiates &#8220;forgetful memory&#8221;, &#8220;for the sake of public harmony&#8221; ; and the &#8220;unforgetful memory&#8221;, &#8220;for the sake of philosophical truth&#8221;. By making the general public aware of the existence of Taiwanese veterans, oral historians are effectively recovering the &#8220;forgetful memory&#8221; of the Taiwanese veterans and turning it into &#8220;unforgetful memory&#8221;. Even before any formal oral history work was completed, historians started the process of (re-)establishing the Taiwanese veterans in public memory of the war, by announcing the recruitment of interviewees in major newspapers, for example. Since the 1990s, the re-emergence of &#8220;unforgetful memory&#8221; of the Taiwanese veterans not only reconstructs the history of Taiwanese veterans, it further reshapes the history of the war in Taiwan. As one scholar points out, Taiwanese veterans and their history have been &#8220;long forgotten&#8221;. The purpose of these oral history projects on Taiwanese veterans is to &#8220;discover&#8221; Taiwanese history through oral history and &#8220;challenge&#8221; the &#8220;orthodox history&#8221; dictated by the government, and to fill in the &#8220;forty-year gap&#8221; in postwar history writing. This task is particularly significant in mid-1990s, as it is conducted at the eve of the fiftieth anniversary of the end of the war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At the same time, a sense of urgency propelled historians in Taiwan to initiate numerous oral history projects on Taiwanese veterans in the mid-1990s. As one scholar puts it, when historians finally track down a veteran only to find that the latter has passed away, they &#8220;feel regret and sorry for being &#8216;late for the appointment'&#8221;. With each veteran passed away, he took with him the &#8220;memory of his life&#8221;. And for historians working to &#8220;recover&#8221; history of Taiwanese veterans, time is literally running out.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The researchers and the publishers behind these oral history works are of special meaning to the Taiwanese veterans. As most oral history works are conducted by scholars in collaboration with local governments and the state-sponsored Academia Sinica, official and semi-official institutions have played a major role in recovering the history of Taiwanese veterans and re-establishing the new public discourse of Taiwanese veterans. The official and semi-official affiliation and sponsorship, which can well be represented and understood as indirect state recognition, give these oral history projects an extra significance to the veterans interviewed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III.	Conclusion : A New Discourse of Taiwanese Veterans as a New Challenge to Political Unity, 1990s to present&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In forgetting the history of Taiwanese-native Japanese soldiers, postwar accounts of the Second World War created an amnesia (of history) that made amnesty and redemption of the Taiwanese soldiers possible and helped to reinforce political unity under the KMT government. At the same time, as a result of this amnesia, Taiwanese veterans and Taiwanese wartime experiences have been absent in the postwar historiography of the war and the discourse of veteran for more than fifty years. It was only in the mid-1990s that oral history projects conducted by historians&#8212;in collaboration with official and semi-official institutions&#8212;began to recover memory of the Taiwanese veterans in public discourse and re-establish Taiwanese veterans in historical account of the war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Since the mid-1990s, more and more private memories of the war and history of Taiwanese veterans have been recorded and published, and a new discourse of Taiwanese veterans has been created. &#8220;Speaking of repressed memory, Suleiman argues that it is the very attempt to effect a forced forgetting that eventually leads to the return of the repressed&#8221;. In recent years, this new discourse becomes politically and historiographically more significant and controversial, particularly as this act of writing begins to challenge the long-hold national and social unity in postwar Taiwan. In place of the formerly imposed unity and political amnesia, the public memory of war in Taiwan has become highly contentious in the past decade. The latest example of contention is Lee Teng-hui's recent visit to Yasukuni Shrine. Lee visited and paid tribute to his deceased brother at the Yasukuni Shrine in Tokyo on 7 June, 2007 during his latest &#8220;sightseeing trip&#8221; to Japan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Significance of Lee's visit to Yasukuni Shrine, 2007&lt;br class='autobr' /&gt;
Lee, the former president of Taiwan (1988-2000), asserted that his visit to Yasukuni Shrine is meant to pay tribute to his deceased brother, who died fighting in the Japanese military in the Philippines in 1945 and has been enshrined in the Yasukuni since the end of the war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Some politicians who oppose Lee's visit have argued that Lee's visit to Yasukuni is politically motivated and &#8220;has ruined the dignity of the Taiwanese&#8221;, while other politicians who support Lee assert that this visit is for the &#8220;love of family&#8221; and criticized those who oppose Lee as &#8220;cold-blooded&#8221;. After Lee's visit to Yasukuni, a PRC man attempted to attack Lee by throwing a plastic bottle at the Narita airport in Tokyo as Lee was preparing to return to Taiwan, claiming that he &#8220;does not like Lee&#8221;. Amidst emotionally charged political rhetoric and action, what is the historical significance of Lee paying tribute at Yasukuni ? Its significance can be found in the larger context of the postwar historiography of forgetting, remembering, and redeeming Taiwanese veterans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.	(Politically) To seek state recognition : State recognition is particularly important for veterans. Since the end of the war in 1945, Yasukuni is the only officially sanctioned place commemorating the Taiwanese veterans. Therefore, Yasukuni, regardless of the political controversy started in 1980s, remains the only official place to pay tribute to the Taiwanese veterans. Ironically, some politicians who opposed Lee's visit started to argue, somewhat satirically, Lee as a former president should also seek recognition of others who were affected by the war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B.	(Historiographically) To establish/restore (the history of) Taiwanese veterans in history : Having been ignored in most historical accounts till today (2007), Lee's action is drawing unprecedented public's attention to the history of Taiwanese veterans (and the Taiwanese suffering during the war in general).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C.	To seek personal/family redemption : Before he visited Yasukuni, Lee told reporters : &#8220;to pay respect to my brother (at Yasukuni) is something that I have to do as (his family)&#8221; and &#8220;should have been taken for granted&#8221;. For Lee, the visit has fulfilled a wish he has hold for more than sixty years, since the time he last saw his brother before the latter left for the battlefield in the Philippines. As Lee personally explains shortly after the visit, only a personal visit to where the dead family member is worshipped could truly fulfill the need of paying tribute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As the postwar (contention over) memory of Taiwanese veterans has demonstrated, officially imposed &#8220;tidiness&#8221; (in the words of Martha Minow) on memory of war hardly lasts or stays unchallenged. Although &#8220;the temptation of closure&#8221; (in history writing never ceases (again from Martha Minow), memories of war are questions that will continue to surface and lead to heated debate in writing of history. In Taiwan, amidst the growing debate and the more open conflict over national identity since the 1990s, the new discourse of Taiwanese veterans becomes another notable site of contention. As the recent controversy over Lee's visit and paying tribute at Yasukuni has demonstrated, the Taiwanese society&#8212;as well as the larger Chinese and Japanese societies&#8212;is far from reaching a consensus on the legacy of the Taiwanese veterans. After decades of forgetting, remembering, and forgiving, writing the history of Taiwanese veterans continues, and it continues to reflect a deeply divided national identity and different perception of the war and Japanese colonial legacy in Taiwan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ethics and politics</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=23</link>
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		<dc:date>2007-09-26T15:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>HUANG, Pin-Yao &#40643;&#21697;&#22575;</dc:creator>



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&lt;p&gt;Abstract : &lt;br class='autobr' /&gt;
What is the relationship between ethics and politics ? But why are we asking this question here in the first place ? In &#8220;Ethics&#8221; of Alain Badiou, the importance of this question seems to be exposed twice and from two different points of view. Firstly, Badiou criticizes nowadays' politicians and intellectuals for making ethics a servant of politics. By politics, Badiou means without any ambiguity, parliamentary capitalist political system. He contends that this system has become (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=9" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; &#224; Chilhac septembre 2007&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/logo/arton23.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Abstract :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What is the relationship between ethics and politics ? But why are we asking this question here in the first place ? In &#8220;Ethics&#8221; of Alain Badiou, the importance of this question seems to be exposed twice and from two different points of view. Firstly, Badiou criticizes nowadays' politicians and intellectuals for making ethics a servant of politics. By politics, Badiou means without any ambiguity, parliamentary capitalist political system. He contends that this system has become the basis of our moral judgments, that what we consider to be good or evil today is what is going to help maintain the existence of this system. At the same time, even intellectuals abandon the idea of revolution. An ethics based on a capitalist political idea is then enforcing this idea and endangering our society. Badiou develops a theory of what he calls &#8220;ethics of truths&#8221; to replace the degenerated ethics proposed by capitalist politicians. The problem becomes how do we verify the validity of this new theory.&lt;br class='autobr' /&gt;
It is through the second point of view from which the relationship between ethics and politics is exposed in &#8220;Ethics&#8221;, that we will do this verification. Badiou criticizes a French politician for claiming that France will not be able to greet all the miseries of the world. That is to say, firstly, his new ethics must be able to allow us to criticize political decisions. Secondly, since there are always political decisions to be made, this new ethics must allow us to make political decisions. Few years ago, French politicians and intellectuals saw in the foulard a threat to the republic and to the education of youths. And the France ended by promulgating a law against the foulard. Badiou wrote an article that we translate into : Behind the law against the foulard, the fear. We propose to study the problem of the role of the ethics in political decisions as involved in this article and in a counterattack addressed to this article, in order to verify Badiou's ethics of truths and to clarify somewhat the relationship between ethics and politics.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Article dans le journal &#034;La Montagne&#034;</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=18</link>
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		<dc:date>2007-09-04T13:22:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Edition de Haute-Loire Mardi 4 Septembre 2007 Brioude LAVOUTE-CHILHAC - Chilhac &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Universit&#233; prend ses quartiers d'&#233;t&#233; dans le village &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand l'Universit&#233; prend ses quartiers d'&#233;t&#233;. Alain Brossat, professeur de philosophie &#224; l'Universit&#233; Paris VIII de Saint-Denis, conna&#238;t bien la Haute-Loire pour poss&#233;der une maison de vacances &#224; Siaugues-Sainte-Marie depuis 13 ans. Ayant eu connaissance de Chilhac dont le village vacances offre des conditions d'accueil exceptionnelles, ce professeur a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=9" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; &#224; Chilhac septembre 2007&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/logo/arton18.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Edition de Haute-Loire&lt;br class='autobr' /&gt;
Mardi 4 Septembre 2007&lt;br class='autobr' /&gt;
Brioude LAVOUTE-CHILHAC - Chilhac&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Universit&#233; prend ses quartiers d'&#233;t&#233; dans le village&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'Universit&#233; prend ses quartiers d'&#233;t&#233;. Alain Brossat, professeur de philosophie &#224; l'Universit&#233; Paris VIII de Saint-Denis, conna&#238;t bien la Haute-Loire pour poss&#233;der une maison de vacances &#224; Siaugues-Sainte-Marie depuis 13 ans. Ayant eu connaissance de Chilhac dont le village vacances offre des conditions d'accueil exceptionnelles, ce professeur a d&#233;cid&#233; d'y organiser une grande universit&#233; d'&#233;t&#233;, du 2 au 7 septembre, qui rassemble plus d'une centaine de chercheurs, d'&#233;tudiants avanc&#233;s et d'enseignants de quinze nationalit&#233;s diff&#233;rentes autour du th&#232;me g&#233;n&#233;ral &#171; Culture et Politique &#187;, pr&#233;cis&#233; dans l'intitul&#233; &#171; Le diff&#233;rend culturel &#187; inspir&#233; de l'ouvrage du m&#234;me titre du philosophe Jean-Fran&#231;ois Lyotard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce rassemblement, r&#233;solument international et cosmopolite, est le prolongement d'un travail engag&#233; depuis quelques ann&#233;es avec des universitaires, d'Extr&#234;me Orient essentiellement, &#224; Taiwan et au Japon, et derni&#232;rement avec la Chine continentale. &#171; Le site de Chilhac est tr&#232;s attrayant pour les gens d'Extr&#234;me Orient, souligne Alain Brossat. Ils sont arriv&#233;s aujourd'hui et sont compl&#232;tement sous le charme. Et ils ne sont pas les seuls ! &#187;. Japonais, Chinois, Ta&#239;wanais, Turcs, Ha&#239;tiens, Allemands, Am&#233;ricains et m&#234;me Fran&#231;ais prennent en effet le temps de d&#233;couvrir les majestueuses gorges de l'Allier depuis la terrasse de l'ancienne &#233;cole des soeurs o&#249; se tiendront pendant une semaine conf&#233;rences, tables rondes et travaux &#224; partir de divers objets culturels.&lt;br class='autobr' /&gt;
TOUR DE BABEL&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; diff&#233;rend &#187; est une notion importante dans la philosophie contemporaine. &#171; Nous allons essayer de travailler autour de cette id&#233;e : que se passe-t-il lorsqu'on essaie de parler ensemble ? poursuit Alain Brossat, que ce soit entre gens de cultures diff&#233;rentes ou ayant des points de vue, des opinions ou des int&#233;r&#234;ts divers &#187;. Tout &#233;change semble se heurter in&#233;vitablement &#224; un d&#233;saccord fondamental qui donne souvent le sentiment que &#171; parler ne sert &#224; rien &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos existences d&#233;sormais mondialis&#233;es procurent l'illusion que nous pouvons enfin nous entendre puisque nous disposons des m&#234;mes outils de communication comme l'Internet. Mais malgr&#233; la multiplication monstrueuse des &#233;changes et l'homog&#233;n&#233;isation des normes culturelles, le diff&#233;rend demeure. &#171; Pourquoi avons-nous tellement de mal &#224; nous entendre ? interroge Alain Brossat. Il s'agit pour nous de prendre &#224; contre-pied un discours assez convenu de m&#233;tissage culturel et de tout communicationnel. Ce rassemblement est l'occasion r&#234;v&#233;e de travailler sur cette question avec des gens qui ont des enracinements culturels tr&#232;s divers &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que Chilhac devient, une semaine durant, une tour de Babel o&#249;, par-del&#224; les diversit&#233;s, tous tenteront de parler la m&#234;me langue (traducteurs aidant) en proc&#233;dant sur eux-m&#234;mes &#224; la p&#233;rilleuse exp&#233;rience de l'&#233;change sans entrave et sans litige, &#171; comme Pasteur, conclut Alain Brossat, exp&#233;rimenta sur lui-m&#234;me le vaccin contre la rage... &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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